Saint Pierre Claver.

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Message  Louis Ven 22 Mai 2015, 4:49 pm

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Saint Pierre Claver. Saint_10

Apôtre des Nègres (*)

par le Père B.-G. FLEURIAU, de la Comp. de Jésus,

ÉDITION  REVUE  ET  ABRÉGÉE.

Société de Saint Augustin,

DESCLÉE, DE BROUWER  & Cie,

Imprimeurs des Facultés Catholiques de Lille.

1893.


________________________________

Nous éditerons ce fil pour y déposer les liens dès leur parution.

Bonne lecture à tous.

(*): Pour agrandir l'image, cliquez dessus.



TABLE DES MATIÈRES




[size=12]PREFACE



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LIVRE PREMIER.



[size=12]
I. Sa naissance, ses parents, sa première éducation.
II. On l'envoie faire ses études à Barcelone. Ses progrès dans la science et dans la vertu.
III. Il demande à être reçu chez les Jésuites.
IV. Il entre au noviciat à Tarragone ; sa ferveur et ses progrès pendant son noviciat.
V. Il fait un pèlerinage de dévotion à Mont-Serrat.
VI. Il fait ses premiers vœux.
VII. Il étudie les humanités à Girone.
VIII. On l'envoie faire sa philosophie à Majorque, où il lie une étroite amitié avec le F. Alphonse Rodriguez.
IX.  Instructions de Rodriguez à Claver.
X. Maximes du P. Claver.
XI. Le F. Rodriguez voit la gloire préparée au P. Claver.
XII. Le Père Claver soutient son acte public de philosophie.
XIII. Le F. Rodriguez l'exhorte à passer aux Indes.  
XIV. Il part de Majorque pour aller à Barcelone.
XV. On l'applique à l'étude de la théologie. Son union avec Dieu.
XVI. A sa sollicitation, les supérieurs décident de l'envoyer aux Indes. Il s'embarque à Séville pour Carthagène.
XVII. Il va à Santa-Fé pour achever ses études de théologie. Emplois qu'il y exerce. Ses succès.
XVIII. Il fait sa troisième année de noviciat à Tongha, et revient à Carthagène, où il reçoit les ordres sacrés.



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LIVRE SECOND.


[size=12]

I. Description de Carthagène et de son territoire.
II. Différentes sortes de nègres qui y abondent. Leur triste situation.
III. Le P. Claver travaille au salut des nègres, sous le P. de Sandoval.
IV. Conduite du P. Claver à l'arrivée des nègres à Carthagène.
V. Méthode qu'il observe dans l'instruction des nègres.
VI. Ses travaux dans ses exercices.    
VII. Sa conduite en administrant le baptême aux nègres.
VIII. Son attention à découvrir les nègres qu'on lui cachait.
IX. Soins qu'il se donne pour former les nègres baptisés à la vertu.  
X. Il remédie à plusieurs abus auxquels ils étaient sujets.
XI. Sa tendresse à les secourir dans leurs misères.  
XII. Ses travaux au confessionnal.
XIII. Il fait ses derniers vœux de profès. Vœu qu'il y ajoute.
XIV. Soins prodigieux qu'il se donne pendant le carême.
XV. Il va chercher les nègres qui n'avaient pu se confesser à Pâques.    
XVI. Il visite les nègres malades.
XVII. Lumières extraordinaires qu'il reçoit au sujet des nègres malades.
XVIII. Miracles qu'il opère en faveur des nègres.
XIX. Résurrection d'une négresse et d'un nègre, morts sans baptême.  
XX. Actions héroïques de sa charité envers les nègres les plus malades.
XXI. Traits singuliers de sa charité dans leurs maladies épidémiques.  
XXII. Douleur qu'il ressent à la mort de ses nègres ou à leur départ de Carthagène.



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LIVRE TROISIÈME.


[size=12]

I. Ses travaux dans l'hôpital public des malades. Il prédit à quelques-uns leur guérison.
II. On le fait ministre du collège.
III. On lui donne la charge de maître des frères novices ; soins qu'il prend pour les former à la plus haute perfection.
IV. Il quitte l'emploi de maître des novices et il prend soin de l'hôpital des lépreux.
V.  Il convertit les pécheurs et les désespérés.
VI. Il convertit plusieurs hérétiques, notamment un prélat anglais.  
VII. Il vient à bout des plus obstinés par sa douceur et sa patience.  
VIII. Il entreprend la conversion des mahométans.
IX. Ses travaux dans les prisons.
X. Il assiste plusieurs criminels à la mort ; ses succès dans ce ministère.



[/size]
LIVRE QUATRIÈME.  


[size=12]

I. Il trouve de quoi acheter des interprètes ; manière dont il les forme, ses soins pour eux.
II. Ses missions aux environs de Carthagène.
III. Succès que Dieu lui donne, et punition de quelques indociles. — Lumières extraordinaires dont il est favorisé.  
IV. Il entreprend de réformer Carthagène ; conversions extraordinaires de quelques libertins.
V. Ses travaux et ses succès au temps de l'arrivée des galions.
VI. Dieu le favorise du don de miracles.
VII. Dieu lui fait connaître ceux qui ont besoin de son secours.
VIII. Il pénètre dans le secret des cœurs.    
IX. Il est favorisé du don de prophétie. — Diverses prédictions en conséquence.



[/size]
LIVRE CINQUIÈME.


[size=12]

I. Son amour pour Dieu.    
II. Son oraison continuelle. — Faveurs qu'il y reçoit.    
III. Sa dévotion particulière à la passion de JESUS-CHRIST.  
IV. Sa dévotion envers le Saint-Sacrement.
V. Sa dévotion à la sainte Vierge et à quelques saints particuliers.
VI. Son amour pour le prochain.
VII. Il soulage les âmes du purgatoire.
VIII. Son zèle pour le salut des âmes.
IX. Sa mortification.
X. Son abstinence prodigieuse.  
XI. Les rigueurs qu il exerce sur son corps.
XII. Sa patience ; persécutions qu'il a à essuyer.
XIII. Sa douceur inaltérable.
XIV. Ses vertus religieuses.— Sa pureté angélique.  
XV. Sa pauvreté.
XVI. Son obéissance.
XVII. Son humilité profonde.  
XVIII. L'idée et l'estime qu'on a de sa sainteté à Carthagène.



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LIVRE SIXIÈME.  



[size=12]

I. Il va secourir les pestiférés le long des côtes de la province, revient malade à Carthagène, et guérit contre toute espérance.
II. Ses occupations pendant les quatre dernières années de sa vie.
III. Il va dire le dernier adieu aux lépreux et prédit à une dame le retour de la peste.
IV. L'abandon où il se trouve dans son infirmité, et ce qu'il a à souffrir de la part d'un esclave.
V. On lui apporte la vie imprimée du F. Alphonse Rodriguez. — Traits singuliers de sa tendresse pour lui à cette occasion.
VI. Les forces du saint diminuent, il annonce sa mort prochaine.
VII. II est pris d'une fièvre violente, reçoit l'extrême-onction et meurt saintement.
VIII. Dieu révèle son bonheur à une sainte fille; ses obsèques.
IX. Les nègres prennent un jour pour lui rendre les mêmes honneurs, leur désolation.
X. Portrait du P. Claver.
XI. On commence des informations juridiques, à la requête du gouverneur et de la ville.  
XII. Miracles vérifiés et attestés par serment.


APPENDICE
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Dernière édition par Louis le Mer 17 Aoû 2016, 10:31 am, édité 107 fois

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Bienheureux l'homme qui souffre patiemment la tentation, parce qu'après avoir été éprouvé, il recevra la couronne de vie, que Dieu a promise à ceux qui l'aiment. S. Jacques I : 12.
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Message  Louis Ven 22 Mai 2015, 4:51 pm



Préface


Parmi le grand nombre de vies d'hommes illustres qui se sont distingués par leur piété, il n'en est peut-être point où il y ait plus de quoi intéresser, de quoi étonner même la pieuse curiosité d'un lecteur chrétien, que dans celle que nous présentons au public.

On y verra un homme distingué par la noblesse de sa naissance, par la pénétration de son esprit, et par la supériorité de ses talents, oublier tout ce qu'il est, et renoncer à tout ce qu'il peut être, pour aller s'ensevelir sans retour dans l'obscurité d'une terre étrangère, se consacrer sans ménagement au service des esclaves les plus méprisables, pendant près de quarante ans avec un courage plus qu'humain, dans une région dont le climat seul avait de quoi effrayer la plus austère mortification.

On y retrouvera, ce qu'on a le plus admiré dans le grand Apôtre des Indes et du Japon, à la réserve de la variété de ses courses évangéliques et de la rapidité de ses conquêtes; événements qui donnent plus d'éclat, sans donner par eux-mêmes plus de mérite. Des deux côtés c'est le même zèle, le même courage, le même amour pour Dieu, la même soif du salut des âmes rachetées de son sang, la même ardeur pour les croix, le même don de miracles et de prophéties, et, en quelque sorte, les mêmes succès dans la conversion de peuples nombreux, de tout état, de toute secte et de toute religion.

Enfin, la vie du Père Claver présente en même temps le défenseur le plus ardent et le plus intrépide de la foi de JÉSUS-CHRIST, le restaurateur le plus zélé et le plus infatigable de la piété chrétienne, le père le plus généreux et le plus tendre de tous les malheureux, le modèle le plus parfait des pénitents, des religieux et des apôtres; et, pour tout dire en un seul mot, la merveille des Indes occidentales au dernier siècle, comme dans le précédent saint François-Xavier avait été la merveille des Indes orientales.

Il paraîtra sans doute surprenant que la mémoire d'un si grand homme ait été si longtemps comme ensevelie dans un coin éloigné de la terre. A la réserve du royaume où il avait pris naissance, il était presque inconnu à tout le reste de l'Europe; mais le Seigneur, dont la providence sur ses Saints est toujours admirable, a voulu enfin, pour la manifestation de sa propre gloire, s'intéresser à celle de son serviteur. Il n'a pas permis que le souvenir de tant de sublimes vertus et de travaux héroïques se perdît dans le monde chrétien : l'éclat s'en est répandu de l'Amérique en Espagne, et de l'Espagne en Italie, jusqu'au pied du trône du vicaire de JESUS-CHRIST, et nous avons appris qu'à Rome, on a commencé à travailler au procès de la canonisation d'un apôtre digne au moins de l'admiration des fidèles, jusqu'à ce qu'on le propose authentiquement à leur vénération (1). C'est ce qui m'a engagé à le faire connaître à ceux pour qui la véritable sainteté a des attraits.

Malgré toute ma bonne volonté, il m'eût été impossible…


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 (1). Le Père Fleuriau publia la Vie du Père Claver vers le milieu du XVIIIesiècle.

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Message  Louis Sam 23 Mai 2015, 12:03 pm

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Préface

(suite)

Malgré toute ma bonne volonté, il m'eût été impossible d'y réussir, si je n'avais été prévenu dans ce dessein par un jésuite espagnol, zélé pour la gloire d'un homme qui était son confrère, qui vivait encore de son temps et dont il ne pouvait ignorer les grandes actions, vu le soin qu'ont les jésuites d'envoyer à leurs supérieurs le détail exact de tout ce qui se passe chez eux d'extraordinaire. En 1657, c'est-à-dire trois ans après la mort du P. Claver, le P. Joseph Fernandez avait déjà fait imprimer à Madrid une vie espagnole du saint missionnaire ; mais, comme elle avait été composée avant les procès-verbaux qui se firent depuis, elle n'était fondée que sur le bruit public, sur les écrits du P. Claver, et sur le témoignage des religieux qui avaient été les admirateurs de ses vertus : elle n'avait donc ni l'étendue, ni l'autorité nécessaire pour bien faire connaître le serviteur de Dieu.

En cette même année, 1657, les informations juridiques commencèrent à ce sujet, par l'ordre des grands-vicaires et du chapitre de Carthagène (le siège étant alors vacant), à la requête du gouverneur, des magistrats et des jésuites : elles continuèrent jusqu'en 1660; et c'est sur ces pièces authentiques, sur une infinité de dépositions faites avec serment par des personnes dont on n'a pu soupçonner ni les lumières, ni la sincérité, que le même jésuite espagnol composa une nouvelle vie, qui fut imprimée à Saragosse, en 1666. C'est un ample recueil de mémoires, semés de digressions, interrompus par des réflexions mystiques, ou des déclamations trop oratoires, et arrangés avec peu de méthode, plutôt qu'une histoire écrite avec ordre ; mais comme elle contient un grand nombre de faits très détaillés, faute d'autres mémoires, j'avais été obligé de m'y conformer dans tout ce que je rapporte ici des vertus et des miracles de l'Apôtre des Indes occidentales; et je l'avais fait d'autant plus volontiers que le tout se trouvait appuyé sur des autorités qu'on ne pouvait contester sans témérité.

Depuis, comme j'étais sur le point de finir cet ouvrage, il m'est tombé entre les mains une vie du P. Claver, écrite en italien, par le P. Joseph de Lara, jésuite, chargé de poursuivre la canonisation du vénérable serviteur de Dieu, et imprimée à Rome, en 1748. Elle est presque entièrement conforme, pour les faits et les miracles, à celle du jésuite espagnol; mais elle a l'avantage d'être tirée des procès juridiques dressés à Rome pour la canonisation de l'apôtre de Carthagène; et par là elle acquiert un nouveau degré de certitude et d'authenticité qui manque à l'autre. Cette vie m'a mis en état de contenter les lecteurs les plus soupçonneux et je n'ai presque rien inséré dans celle que je donne au public qui ne soit tiré de celle-là.— Quoique dans plusieurs endroits je n'aie guère pu avoir d'autre mérite que celui de traducteur, il a fallu d'ailleurs retrancher tant de choses inutiles, débrouiller tant de circonstances mal digérées et rétablir dans un nouvel ordre tant de faits déplacés, que les deux ouvrages sont tout différents. Les faits et les miracles ne s'inventent point; et, puisque je ne pouvais avoir que ces deux auteurs pour guides, il n'est pas étonnant qu'en cela j'ai dit les mêmes choses qu'eux : il suffit qu'elles soient dites dans un autre tour, un autre goût et un autre arrangement qui m'ont paru plus naturels.

Je n'ai garde cependant de prétendre que cet ouvrage…


Dernière édition par Louis le Dim 24 Mai 2015, 2:59 pm, édité 1 fois (Raison : Correction dans le titre.)

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Message  Louis Dim 24 Mai 2015, 2:57 pm

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Préface

(suite)

Je n'ai garde cependant de prétendre que cet ouvrage soit exempt de tous les défauts qu'on pourrait reprocher aux deux autres : j'y en reconnais même beaucoup, et je conviens que dans plusieurs endroits il pourra paraître ennuyeux à ceux qui cherchent moins à s'instruire et à s'édifier, qu'à s'amuser; mais j'ai cru que l'utilité et l'approbation d'un certain nombre de lecteurs me dédommageraient assez de la censure des autres. J'ajouterai que, si on fait attention au genre d'histoire que j'avais à écrire, on excusera plus aisément des défauts qu'il m'était comme impossible d'éviter; du moins on conviendra qu'il était très difficile d'y soutenir l'intérêt comme dans la plupart des vies d'hommes illustres Les événements singuliers, les courses fréquentes et les voyages multipliés, les tempêtes et les naufrages souvent essuyés, les persécutions des hommes et des démons soutenues avec constance, les ordres religieux établis ou réformés, que sais-je ? les négociations intéressantes heureusement terminées, les emplois importants dignement remplis, les changements éclatants de situation, de lieu, ou de circonstance : tout cela a de quoi réveiller l'esprit, et frapper l'imagination qui se plaît naturellement à cette diversité d'objets ; mais tout cela n'a pu trouver place ici.

C'est un saint, il est vrai, et un grand saint, mais qui, dès sa tendre jeunesse prévenu par la grâce, n'a point eu d'obstacle remarquable à surmonter pour suivre sa vocation.

C'est un illustre missionnaire, mais qui traverse les mers une seule fois, qui ne sort point d'une même contrée où il est confiné par l'obéissance pour toute sa vie, qui entreprend toujours les mêmes projets, qui reprend continuellement les mêmes travaux, et qui donne sans cesse le spectacle des mêmes vertus. Ses actions sont héroïques, ses miracles éclatants et par là capables d'intéresser : mais ce sont toujours les mêmes, tout s'opère toujours dans le même lieu, et presque à l'égard des mêmes personnes. Le moyen de ne pas fatiguer à la longue un lecteur qui ne cherche partout que du nouveau ?

Disons encore que, dans tout le cours d'une vie aussi longue, ce qui se fit hier se fait aujourd'hui, et se fera encore demain; de sorte que, pour ne pas écrire un journal insipide, on a été obligé de grouper les faits du même genre, qui ne sont arrivés que dans des temps assez éloignés : arrangement qui donne nécessairement à la narration un certain air de monotonie.

Mais si l'historien en est plus à plaindre, le héros de son histoire n'en est que plus digne d'admiration pour les esprits un peu attentifs. Oui, il y a peut-être plus d'héroïsme à soutenir pendant quarante années l'effrayante uniformité d'une vie aussi crucifiée et aussi pleine de travaux, qu'à passer successivement d'un travail ou d'un emploi à l'autre, quand même chacun d'eux entraînerait les mêmes fatigues.

Comme la variété dans les plaisirs les rend plus piquants, la variété dans les peines mêmes les rend plus supportables : c'est l'espèce de consolation que n'a point eue le P. Claver, et l'avantage qui manque à celui qui entreprend d'écrire sa vie. On ne pourra, par exemple, sans étonnement, le voir renouveler mille fois aux pieds des nègres, des malades et des lépreux le spectacle que quelques saints, et en particulier le grand Xavier, ont donné au monde, je veux dire celui de cette charité et de ce courage plus qu'héroïques qui les ont portés à baiser une fois des plaies affreuses : mais, je le répète, ce sont toujours les mêmes actions. Que si la répétition, quoique nécessaire, en devient fatigante, quarante ans d'une vie illustrée par ces actions et par ces prodiges n'en méritent pas moins d'être présentés aux âmes fidèles qui, dans ces sortes de lectures, cherchent la solide satisfaction et d'admirer les vertus dont on leur parle, et de s'animer elles-mêmes à les pratiquer.

Je suis bien aise de trouver ici l'occasion de rappeler, pour l'honneur de notre religion…

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Message  Louis Lun 25 Mai 2015, 12:15 pm

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Préface

(suite)

Je suis bien aise de trouver ici l'occasion de rappeler, pour l'honneur de notre religion, que c'est uniquement dans le sein de l'Église catholique, à qui seule il appartient de former les saints, qu'on trouve des hommes pareils ; c'est du sein de l'Église romaine qu'est sortie la lumière de l'Asie et des Indes orientales, François Xavier ; et c'est du sein de la même Église qu'est sortie depuis la lumière des Indes occidentales et de l'Amérique, P. Claver. Dans quelque religion que ce puisse être, on trouvera des hommes attachés aux devoirs de leur état, généreux envers les misérables, modestes dans la prospérité, patients dans la disgrâce, réglés dans leurs moeurs et dans leur conduite ; en un mot, bons parents, bons amis, bons citoyens. Il ne faut pour cela que de la raison et du courage, ou même de la vanité et de l'intérêt. Mais où trouvera-t-on, même dans les sectes et les sociétés qui affectent le plus un certain air de probité et de réforme, un homme toujours inviolablement uni à Dieu jusque dans la dissipation des devoirs de son emploi, parce qu'il ne les remplit que pour  lui plaire ; un homme pauvre, humble et mortifié jusqu'à trouver sa richesse dans l'indigence, sa gloire dans les humiliations, son plaisir dans les afflictions et dans les croix ; un homme charitable jusqu'à se dépouiller de tout pour enrichir des étrangers ; généreux jusqu'à sacrifier son propre bonheur pour les délivrer de leurs misères ; patient jusqu'à chérir ses peines et ceux qui les lui font souffrir ; détaché de lui-même jusqu'à ne s'occuper que de la félicité des autres hommes, qu'il regarde tous comme ses concitoyens, comme ses frères ? Où trouvera-t-on, dis-je, un tel homme? Où l'a-t-on jamais trouvé, si ce n'est dans l'Église romaine ?              

Enfin, pour obéir au décret de N. S. P. le pape Urbain VIII, je proteste que quand j'ai donné au vénérable P. Claver le nom du saint, je ne l'ai fait que dans le sens et selon l'usage établi d'accorder ce titre aux hommes, même encore vivants, qui se distinguent par leurs vertus ; et que je n'ai eu aucune intention de prévenir la décision de l'Église, qui a seule le droit de juger définitivement de la vraie sainteté de ceux qui meurent dans sa communion. Puisse-t-elle nous accorder bientôt la consolation d'honorer publiquement, sur nos autels, un apôtre qui a si longtemps travaillé à sa gloire sur la terre, et que tant de fidèles révèrent déjà au fond de leurs cœurs ! (1)

_____________________________________________________________

(1) Le vœu du Père Fleuriau est aujourd'hui réalisé : béatifié par Pie IX le 16 juillet 1850, Pierre Claver a été canonisé par Léon XIII le 15 janvier 1888.

A suivre : Livre Premier.

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Message  Louis Mar 26 Mai 2015, 12:29 pm

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LIVRE  PREMIER

Tandis  que  la foi  établie par saint François-Xavier dans les Indes orientales y faisaient des progrès rapides par le ministère de ses successeurs dans l'apostolat, la divine Providence, qui a ses temps marqués pour la distribution de ses grâces, préparait en Europe un nouvel apôtre destiné à sanctifier les Indes occidentales, et à y renouveler une partie des prodiges opérés par le Thaumaturge  des derniers siècles. Il semble qu'en envoyant dans le Nouveau-Monde un autre Xavier, un homme animé de son esprit, embrasé de son zèle, orné de ses vertus, armé de la même puissance et favorisé des mêmes dons, Dieu ait voulu qu'à cet égard l'Amérique n'eût rien à envier à l'Asie. Or, cet homme apostolique est le Père Pierre Claver, dont j'entreprends d'écrire l'histoire.



I. Sa naissance, ses parents, sa première éducation.


Il naquit à Verdu, bourg du comté d'Urgel et du diocèse de Solfona, dans la principauté de Catalogne, vers l'an de J.-C. 1581 (ou, selon d'autres, 1585), sous le règne de Philippe II et le pontificat de Sixte V. Quoique la noblesse du sang n'ait rien de commun avec la sainteté, elle sert pourtant à lui donner du lustre et à lui attirer l'amour et le respect. Cet avantage ne manqua pas au serviteur de Dieu. Son père, Pierre Claver, était d'une maison des plus distinguées de la Catalogne, alliée à celle des Requesens, et qui a mêlé son sang avec celui des comtes de Bénévent. Sa mère, Anne Sabocano, n'avait pas une origine moins illustre, la noblesse catalane s'étant fait une espèce de loi de ne s'allier jamais qu'avec des personnes d'une condition à peu près égale. Dans cette famille les richesses ne répondaient pas à la noblesse, quoique d'ailleurs elles fussent assez considérables pour lui faire soutenir son rang avec honneur: mais ce qui lui manqua du côté de la fortune fut abondamment compensé du côté de la vertu ; avantage d'autant plus précieux que la noblesse est attachée à la naissance, et que les vertus sont le fruit des actions et du mérite.

Ses parents, qui faisaient une profession ouverte de piété, ne songèrent qu'à lui inspirer de bonne heure les sentiments dont ils étaient eux-mêmes pénétrés, en l'élevant dans la crainte et dans l'amour du Seigneur. Ils le destinèrent même dès son enfance à l'état ecclésiastique ; le motif qui les y engagea fut moins le désir de le faire marcher sur les traces d'un de ses oncles, frère de son père, qui possédait un riche canonicat de la cathédrale de Solfona, qu'une secrète inspiration de Dieu qui voulait se réserver cet enfant pour en faire un vase d'élection. On a su que l'unique vue qui détermina sa vertueuse mère à prendre ce parti, fut la généreuse et sainte émulation d'imiter dans son sacrifice les deux heureuses femmes dont elle portait le nom, Anne mère de Samuel, et Anne mère de Marie.

Si des parents aussi chrétiens n'épargnèrent rien pour son éducation, son beau naturel et sa docilité répondirent à leurs soins au delà même de leurs désirs : on peut dire qu'il se sentit de l'amour pour la vertu avant même que de la bien connaître; amour qui augmentait en son cœur à mesure que sa raison se développait. Dès ses plus tendres années, on aperçut en lui une douceur de mœurs, relevée par une certaine vivacité modeste, qui le rendait aimable et qui lui gagnait tous les cœurs; mais surtout une inclination marquée pour le service des autels, soutenue par une affection tendre pour toutes les choses de piété, qui rendait sa vie déjà précieuse aux yeux de Dieu. Ses manières étaient simples, son extérieur contenu, son air affable, de sorte qu'il était aisé de juger des progrès étonnants qu'il devait faire un jour dans la voie de la sainteté. Dès lors il avait coutume de dire, dans ses entretiens familiers avec ceux de son âge, que ce qu'on apprend de bonne heure ne s'oublie jamais, et qu'on retrouve toujours à la mort ce qu'on a sucé avec le lait ; maxime dont il confirma la vérité par son propre exemple.


A suivre : II : On l'envoie faire ses études à Barcelone. Ses progrès dans la science et dans la vertu.

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Message  Louis Mer 27 Mai 2015, 11:53 am

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II. On l'envoie faire ses études à Barcelone. Ses progrès dans la science et dans la vertu.


Comme ses parents n'avaient en vue que l'utilité et l'avancement d'un fils qui leur était si cher, dès qu'il fut en état de faire ses études, au lieu de l'envoyer à Solfona auprès de son oncle, ils l'envoyèrent à Barcelone, où il devait avoir plus de facilité pour se perfectionner dans les lettres humaines ; mais le Seigneur, qui conduisait toutes leurs démarches et qui le destinait à la Compagnie de JÉSUS, voulut lui ménager cette occasion de la bien connaître.

Quoiqu'il fût encore très jeune, sa vertu paraissait déjà si solide, que son père ne craignit point de l'éloigner et de l'abandonner en quelque sorte à lui-même : il ne fut point trompé dans l'opinion qu'il en avait conçue. Les occupations du jeune Claver dans une ville de plaisirs, comme le sont toutes les grandes villes, n'eurent rien des amusements ordinaires à la jeunesse même la plus réglée. Tout le temps que lui laissaient ses études était sanctifié par la prière, par la fréquentation des sacrements, par des entretiens tendres avec Dieu et par des pratiques de pénitence, dont les rigueurs étaient le prélude de celles qu'il exerça toujours depuis sur son corps innocent. Après ce qu'il devait à Dieu, l'honneur et le culte de la très sainte Vierge faisaient ses plus chères délices; il la regardait comme sa propre mère, et son amour pour elle surpassait celui du plus tendre de tous les fils. Un de ses délassements les plus ordinaires était d'aller au collège des jésuites : il s'entretenait avec eux le plus souvent qu'il lui était possible; il leur ouvrait sa conscience avec candeur; et les conseils salutaires qu'il en recevait, joints aux grands exemples de sainteté qu'il découvrait chez eux, l'animaient de jour en jour à croître lui-même en vertu et en ferveur.

Ayant une mémoire très heureuse et un esprit excellent, ses pratiques de piété, toujours réglées par la prudence et par les avis de ses directeurs, ne nuisirent point à ses études. Une âme qui cherche Dieu en tout sait trouver du temps pour tout ce qui est de son devoir. En peu d'années il fit des progrès qui étonnèrent ses maîtres. L'université de Barcelone l'admit aux grades avec une distinction marquée; et l'évêque même, avant que de lui donner la tonsure et les ordres mineurs, rendit les témoignages les plus honorables à sa


Saint Pierre Claver. Page_110


doctrine et à sa vertu. En recevant ces premières marques de son engagement avec Dieu, il sentit naître en lui-même une nouvelle ferveur, et comme un nouvel esprit qui l'attirait à la Compagnie de JÉSUS.

A suivre : III. Il demande à être reçu chez les Jésuites.

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Message  Louis Jeu 28 Mai 2015, 1:28 pm

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III. Il demande à être reçu chez les Jésuites.


La haute idée qu'il s'était formée de la perfection de l'institut des jésuites dont tout le but est la plus grande gloire de Dieu et le salut des hommes, jointe aux bas sentiments que son humilité lui donnait de lui-même, lui fit craindre un refus et l'empêcha quelque temps de se déclarer : n'osant pas s'adresser à des hommes auxquels il ne se jugeait pas digne d'être associé, il prit le parti de négocier d'abord cette importante affaire avec Dieu seul, qui ne manque jamais de se communiquer aux âmes humbles. Après avoir redoublé ses oraisons et ses pénitences pour intéresser le ciel en sa faveur, il parla de son dessein à son confesseur et lui découvrit le fond de son âme. Le Père, qui connaissait tout le mérite et toute la vertu du jeune Claver, fut charmé de cette ouverture; et, convaincu qu'il y allait de la gloire de Dieu, il lui conseilla de s'adresser sans crainte aux supérieurs. Ceux-ci, après l'avoir éprouvé pendant quelques mois, donnèrent volontiers leur consentement à ce qu'il désirait, mais à condition qu'il obtiendrait celui de ses parents.

Son père et sa mère firent paraître en cette occasion l'esprit chrétien dont leurs cœurs étaient pénétrés. Les belles qualités et les rares talents de leur fils leur avaient donné les plus flatteuses espérances : ils le regardaient comme l'appui de leur maison, l'honneur de leur famille et la consolation de leur vieillesse. En recevant sa lettre, ils furent étonnés et laissèrent même couler des larmes; mais la grâce triompha bientôt de la nature. Après être demeurés quelque temps immobiles et sans parole, tous deux, comme de concert, élevèrent leurs mains et leurs cœurs vers le ciel, pour rendre grâces au Seigneur du choix qu'il daignait faire, et pour lui offrir le sacrifice généreux et entier de leur enfant. Comme ils l'aimaient d'une tendresse vraiment chrétienne, moins pour eux que pour lui-même et pour Dieu, ils lui envoyèrent leur consentement et leur bénédiction, en priant le Seigneur de la confirmer, de le faire croître sans cesse en sainteté et de les consoler par là de tout ce qu'ils perdaient. C'est ainsi qu'un père se montre vraiment père, et qu'il aime vraiment son enfant, en lui procurant les vrais biens.

Ravi d'une réponse si conforme à ses désirs, et d'une bénédiction qu'il regarda toujours comme une source abondante de faveurs de la part du ciel, il sollicita sa réception avec plus d'ardeur que jamais, et on ne lui fit pas longtemps attendre une grâce dont il se montrait d'autant plus digne, qu'il croyait l'être moins.

A suivre : IV. Il entre au noviciat à Terragone; sa ferveur et ses progrès pendant son noviciat.

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Message  Louis Sam 30 Mai 2015, 7:05 pm

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IV. Il entre au noviciat à Terragone; sa ferveur et ses progrès pendant son noviciat..


Les supérieurs l'envoyèrent sans différer à Tarragone, où était le noviciat des Jésuites. Il y entra à l'âge d'environ vingt ans, le septième jour d'août de l'an 1602.

L'idée qu'on y avait de sa vertu, fondée sur le témoignage de tous ceux qui l'avaient connu à Barcelone, l'y fit recevoir à bras ouverts. Mais quelle fut sa joie à lui-même, quand il se vit enfin au terme de ses désirs et en liberté de ne plus s'occuper que de son Dieu ! Semblable à un passager qui, échappé de la tempête, baise tendrement le rivage où il aborde et où il trouve sa sûreté, à peine fut-il dans sa cellule qu'il se prosterna, pour en baiser le pavé avec toutes les marques du plus profond respect et de la dévotion la plus tendre. Plus il se croyait indigne d'une telle grâce, plus il s'empressa d'en témoigner à Dieu sa reconnaissance.


« Ah! Seigneur, s'écriait-il quelquefois, qu'ai-je donc fait pour mériter que vous me retirassiez ainsi dans votre maison ? Ce n'est qu'à votre infinie miséricorde que je dois l'entrée de ce paradis ; et je ne puis reconnaître une faveur si précieuse que par l'amour le plus vif et le plus constant. Accordez-moi donc encore cette nouvelle grâce, ô mon Dieu ! et puisque je commence à être tout à vous, que je n'aime que vous, que je ne vive plus que pour vous. — Aimables murs, ajoutait-il dans un saint transport, quoi! je vous vois, je vous touche, je vous possède! Clôture sacrée, où l'âme trouve sa véritable liberté, est-il possible que vous me possédiez vous-même? Demeure sainte, plus précieuse pour moi que les palais des plus grands rois, faites désormais tous mes plaisirs. Et vous, mon Dieu, Dieu de miséricorde, vous qui êtes toute ma confiance et tout mon appui, faites, par votre grâce, que je ne perde pas par ma faute un trésor que je tiens de votre seule bonté. »


S'il regarda son entrée chez les jésuites comme le plus grand honneur qu'il pût recevoir, on peut dire que leur compagnie ne dut pas s'en tenir moins honorée que lui, puisqu'il lui donnait dans sa personne un nouvel apôtre et un grand saint.

Dès le premier jour de son noviciat, les exercices de l'état religieux lui furent aussi familiers que s'il les eût pratiqués toute sa vie. On ne trouva presque rien à lui apprendre; on ne vit rien à réformer en lui ; on eût dit qu'il était né pour ce genre de vie, et que le même esprit qui avait inspiré le fondateur prescrivant les règles, était passé dans le jeune novice pour les pratiquer. Jamais, ni pendant le temps de son noviciat, ni dans toute la suite d'une vie variée par tant d'emplois et de travaux différents, personne ne le vit manquer à la plus légère observance, de sorte que le P. Gaspard, qui avait été novice avec lui, étant devenu provincial et le voyant plusieurs années après à Carthagène, ne put s'empêcher de dire avec admiration : « Je trouve ici le P. Claver aussi novice que lorsque je le vis à Tarragone.» En effet, ni ses grands services, ni le nombre de ses années, ni son mérite universellement reconnu ne changèrent rien en lui de la douceur, de la simplicité, de l'humilité et de l'exactitude du novice le plus soumis et le plus fervent : aussi est-ce l'état dans lequel il se considéra toujours par rapport à tout le monde.

Persuadé que tout est grand, que tout est précieux au service du souverain Maître…

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Message  Louis Sam 30 Mai 2015, 7:07 pm

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IV. Il entre au noviciat à Terragone; sa ferveur et ses progrès pendant son noviciat.


(suite)


Persuadé que tout est grand, que tout est précieux au service du souverain Maître, et que des premiers commencements de la vie spirituelle dépend tout le cours de la vie religieuse, il n'oublia rien pour parvenir à la plus haute perfection. Assiduité à l'oraison, ardeur pour le travail, recherche des emplois les plus pénibles et les plus humiliants, dureté envers lui-même, affabilité à l'égard de tous les autres, promptitude à obéir à ses supérieurs, zèle à servir ses frères, parce que dans ses frères et dans ses supérieurs il ne regardait que Dieu : tel fut dès lors le plan général de sa vie. Aussi s'attira-t-il bientôt l'estime et l'amour de toute la communauté où l'on savait priser le vrai mérite.

Dieu se communiquait à son serviteur à proportion du zèle et de la fidélité qu'il témoignait à son service et les enseignements intérieurs qu'il reçut alors de ce divin maître pouvaient lui tenir lieu de tout le reste. Peut-être ne sera-t-on pas fâché d'en voir ici un abrégé, tiré d'un petit livre qu'il communiqua depuis à un de ses confidents les plus intimes.

« 1° Chercher Dieu en toutes choses, et tâcher de le trouver en tout.

« 2° Faire tout pour la plus grande gloire de Dieu.

« 3° Employer toutes ses forces Pour parvenir à une  obéissance si parfaite, qu'on soumette sa volonté et son jugement au supérieur comme à la personne même de JESUS-CHRIST.

« 4º Ne rien chercher en ce monde que ce que JESUS-CHRIST lui-même y a cherché; c'est-à-dire, à sanctifier les âmes, à travailler, à souffrir, à mourir même pour leur salut, en vue de JESUS-CHRIST. »

Il est aisé de voir que toute la vie du P. Claver est renfermée dans ce peu de paroles, et qu'en écrivant ce qu'il devait faire, il ne marquait que ce qu'il fit toujours.

A suivre : V. Il fait un pèlerinage de dévotion à Mont-Serrat.

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Message  Louis Dim 31 Mai 2015, 2:09 pm


V. Il fait un pèlerinage de dévotion à Mont-Serrat.


On a coutume d'envoyer les novices en pèlerinage à quelque lieu de dévotion, en mémoire de celui que saint Ignace, leur fondateur, fit lui-même au commencement de sa conversion, à Notre-Dame de Mont-Serrat : ils y vont toujours à pied, en demandant l'aumône, et logeant, autant qu'il est possible, dans les hôpitaux. Le terme du pèlerinage assigné au jeune Claver eut de quoi lui être infiniment agréable ; ce fut Mont-Serrat même. On l'y envoya en la compagnie de deux autres novices, avec la bénédiction de son supérieur, et un bourdon à la main pour toute provision. La fatigue du voyage ne lui fit rien diminuer ni de la durée de ses oraisons, ni de la rigueur de ses pénitences, ni de la pratique des exercices prescrits par la règle. Dès qu'il était arrivé en quelque endroit, son premier soin était d'aller à l'église, avec ses compagnons, pour y adorer JESUS-CHRIST dans le sacrement de son amour. Après avoir passé quelque temps en prières, il allait demander l'aumône de porte en porte ; et de quelque nature qu'elle fût, sa vertu y trouvait toujours de quoi se satisfaire : si elle était peu considérable, il était au comble de la joie, parce que son amour pour la pauvreté et pour les souffrances la lui rendait précieuse ; si elle était plus abondante, son contentement était égal, parce que son amour pour le prochain y trouvait un moyen facile de soulager la misère des pauvres. C'est ainsi que tout profite, tout tourne en bien à une âme qui aime son Dieu.

Quand les trois jeunes novices arrivaient de bonne heure au lieu où ils devaient séjourner, ils rassemblaient les enfants dans quelque place de la ville ou du bourg ; et de là ils les conduisaient en procession jusqu'à l'église, chantant des prières et des cantiques : spectacle édifiant où tout le monde accourait en foule. Ils avaient surtout grand soin de leur faire, tour à tour, un catéchisme mêlé d'exhortations, pour les instruire de leurs devoirs et les engager à les remplir. Lorsque le tour de Claver était venu, le zèle dont il paraissait animé et la force de ses paroles faisaient une grande impression sur tous les assistants : le feu dont l'Esprit-Saint embrasait son cœur se communiquait à ceux de son auditoire. Des personnes de tout âge se mêlaient avec les enfants pour l'écouter, tous emportaient comme fruit de ses discours une vive douleur de leurs péchés et un amour sincère de leur Dieu.
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Saint Pierre Claver. Mont-s10

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A la vue de la sainte montagne qui était le terme de leur voyage, Claver se prosterna, pour rendre ses respects à la Mère de Dieu, qui y est particulièrement révérée. Quelque rude que fût le chemin, hérissé de rochers escarpés et coupé de ravines profondes, son amour le lui rendait facile et doux: rien de tout ce que l'œil y découvre ensuite de beau et d'agréable ne fut capable de détourner un moment son esprit de la vue des beautés célestes dont il était occupé. Mais quels furent les transports de son cœur à l'aspect de cette image vénérable qui lui représentait la majestueuse beauté de la Reine du ciel, qu'il avait toujours tendrement aimée comme sa mère ! Il resta trois jours entiers dans ce saint lieu, aussi touché de la charité des enfants de saint Benoît, à qui appartient ce monastère, qu'édifié de leurs exemples ; mais, pour tirer de son pèlerinage le fruit principal que les novices s'y proposent, après s'être confessé avec la plus vive douleur, il reçut le corps de son Dieu dans un cœur pénétré de la dévotion la plus tendre. Il passait devant l'image miraculeuse de la Vierge tout le temps qu'il n'était pas obligé d'employer ailleurs, et il eut voulu y passer toute sa vie. Il n'a jamais fait à personne le détail des faveurs qu'il reçut alors de cette Reine des Saints : mais toutes les fois que, dans la suite de sa vie, il se rappelait le souvenir de ce pèlerinage, il versait des larmes si douces, qu'il était aisé de juger par là des délices dont son âme avait été inondée.

En sortant de ce lieu sacré par esprit d'obéissance, il y laissa son cœur, et son amour lui fit trouver le chemin aussi triste et aussi long en le quittant, qu'il lui avait paru court et agréable en y allant.


A suivre : VI.  Il fait ses premiers vœux.

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Message  Louis Lun 01 Juin 2015, 12:56 pm

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VI. Il fait ses premiers vœux..

De retour au noviciat, il s'y prépara à faire ses vœux par une retraite de huit jours, suivant ce qui se pratique chez les jésuites. Prêt à faire à son Dieu l'oblation entière de sa personne, il ne se considéra plus que comme un esclave entre les mains de la souveraine Majesté : il n'eut plus de volonté que pour lui en sacrifier tous les mouvements, plus de corps que pour lui en faire un holocauste perpétuel par les rigueurs de la pénitence, plus de sens que pour les captiver sous le joug de sa loi et de son bon plaisir. Ce fut dans ces dispositions que, le 8 août, il se consacra à Dieu par les vœux de religion, mais avec une si grande abondance de larmes, qu'à peine put-il les prononcer. Dépouillé de tout à l'extérieur, son attachement intérieur fut si parfait, mais surtout sa pauvreté d'esprit et de cœur fut telle, que dès ce moment il sembla ne plus aimer que les pauvres et les esclaves, pour devenir par vertu ce qu'ils étaient par nécessité.


La perfection qu'il avait acquise dans ces saints exercices avait quelque chose de si frappant, qu'on le retint plus de deux mois pour servir de modèle aux autres novices. On devait, selon la coutume, l'envoyer, au sortir de son noviciat, achever ses études dans quelque collège, avant que d'enseigner aux autres les lettres humaines ; mais on ne voulut pas priver sitôt les novices de sa présence et de ses exemples. Il fut le seul à ne pas s'apercevoir de cette marque de distinction de la part des supérieurs : son humilité la lui fit même regarder moins comme une estime singulière qu'ils faisaient de sa vertu, que comme un temps dont il avait lui-même besoin pour acquérir une perfection qui lui manquait.

A suivre : VII. Il étudie les humanités à Girone.

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Message  Louis Mar 02 Juin 2015, 11:55 am

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VII. Il étudie les humanités à Girone.


Il eut volontiers passé le reste de sa vie dans l'humble état de novice; mais les supérieurs jugeant enfin qu'il était temps de l'appliquer aux sciences, l'envoyèrent au collège de Girone, où en peu de mois il se rendit si habile
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Saint Pierre Claver. Girone10


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dans la langue grecque et dans la langue latine, qu'il se trouva en état de composer en l'une et en l'autre, et de réciter publiquement de petits discours qui lui attirèrent des applaudissements dont sa modestie eut beaucoup à souffrir. La pénétration de son esprit, jointe à l'assiduité de son application, lui fit faire de si grands progrès, que ses maîtres se déchargeaient quelquefois sur lui du soin d'instruire les autres jeunes jésuites.

Comme c'était moins la curiosité et l'envie naturelle de savoir que l'esprit d'obéissance et le bon plaisir de Dieu qui le guidaient dans toutes ses démarches, jamais son étude ne lui fit rien déranger du temps ni de la suite de ses exercices de piété ; il la commençait en s'adressant à Dieu ; il la continuait avec Dieu ; il la finissait tout absorbé en Dieu ; il le priait alors avec ardeur d'être lui-même son premier maître, et de ne lui rien apprendre qu'à l'aimer souverainement et uniquement.

A suivre : VIII. On renvoie faire sa philosophie à Majorque, où il lie une étroite amitié avec le F. Alphonse Rodriguez.

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Message  Louis Mer 03 Juin 2015, 11:37 am

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VIII. On renvoie faire sa philosophie à Majorque, où il lie une étroite amitié avec le F. Alphonse Rodriguez.

On venait d'établir depuis peu à Majorque un collège pour les jésuites, et on voulut y envoyer un professeur habile, avec quelques jeunes étudiants. Claver fut du nombre de ceux qu'on destinait à faire leurs études dans cette ville où des raisons secrètes l'attiraient, et, par là, il se trouva au comble de ses vœux. Il était alors âgé d'environ vingt-trois ans ; et quelques fatigues qu'il fallût essuyer, sa joie fut extrême de penser que les périls et les tempêtes de la mer allaient le jeter entre les bras du F. Alphonse Rodriguez (1), dont la vertu brillait depuis longtemps d'un éclat extraordinaire.

Ce bon religieux faisait alors l'office de portier au collège de Majorque ; mais, dans cet humble état c'était une âme favorisée des plus sublimes dons de Dieu ; un de ces esprits simples et dociles où habite la doctrine céleste, et à qui les illuminations divines tiennent lieu de toutes les lumières de la science humaine ; un de ces cœurs purs et droits qui, détachés de tout le reste, jouissent en paix des familiarités du divin amour, et qui, placés sur la terre, semblent goûter déjà les délices du ciel. Quel attrait pour le jeune Claver d'être destiné à vivre avec un homme si capable de lui apprendre tous les secrets de la science des saints et de la perfection la plus relevée ! A peine, en arrivant à Majorque, eut-il rendu ses respects à son nouveau supérieur, qu'il alla avec empressement chercher celui qu'il regardait comme son maître, et qu'il avait aimé avant même que de le voir.

Dès qu'ils s'aperçurent l'un l'autre, ils se reconnurent aux seuls sentiments de leur cœur : tous deux se prosternèrent en même temps, pour se donner mutuellement des marques de leur respect ; et sans avoir encore ouvert la bouche, ils entendirent sans peine tout ce qu'ils voulaient se dire. Si Claver fut ravi de trouver dans Alphonse un saint vieillard déjà parfait, Alphonse ne le fut pas moins de trouver déjà tant de vertu dans un si jeune religieux.

Tous deux reconnurent avec joie un trait aimable de la Providence à leur égard dans cette réunion de leurs deux âmes si semblables et déjà si unies en Dieu. Ils convinrent, avec la permission du supérieur, d'un temps marqué pour conférer tous les jours ensemble des choses divines ; et ils choisirent pour cela une heure qui ne pût apporter aucun obstacle ni aux emplois de l'un, ni aux études de l'autre. Ainsi, de l'école de la philosophie, Claver passait à celle de la sainteté ; et la même pureté d'intention qu'il apportait à toutes les deux les lui rendait également profitables. Dieu lui donna pour l'une un esprit excellent, avec des professeurs habiles, et pour l'autre, avec un cœur embrasé d'amour, un maître éclairé de l'Esprit-Saint. Aussi ne perdait-il pas une seule de ses paroles qu'il avait grand soin de mettre par écrit. Le disciple, charmé de la vertu de son maître, s'efforçait de l'imiter; et le maître, à son tour, charmé des dispositions singulières de son disciple, ne lui cachait rien de ce qui pouvait le conduire à la plus sublime perfection : instruit des desseins de Dieu sur Claver, il répandait son âme tout entière dans la sienne.

Ceux qui cherchent à s'édifier seront bien aises de trouver ici un abrégé des instructions d'un saint à un saint. Le voici, tiré de la vie du F. Alphonse imprimée à Madrid, et recueilli longtemps auparavant par le P. Claver.…

________________________________________________________

(1) Alphonse Rodriguez, né en Espagne, le 25 juillet 1531, entra à l'âge de quarante ans dans la Compagnie de JESUS, où il exerça pendant plus de trente ans, avec une rare piété, les humbles fonctions de Frère coadjuteur. Ce saint religieux fut mis au rang des Bienheureux par Léon XII, le 29 septembre 1824. Le décret de sa béatification fut solennellement publié à Rome, le 12 juin de l'année suivante. Enfin Léon XIII le canonisa le 15 janvier 1888.

A suivre : IX. Instructions de Rodriguez à Claver.

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Message  Louis Jeu 04 Juin 2015, 1:07 pm

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IX. Instructions de Rodriguez à Claver.


« Un religieux qui veut avancer dans la vertu doit s'appliquer à se bien connaître ; en se connaissant, on se méprise; en ne se connaissant pas, on s'enfle, on s'enorgueillit. Il doit parler peu avec les hommes, et beaucoup avec Dieu. S'il parle, qu'il dise toujours du bien des autres, et, autant qu'il sera possible, du mal de soi. Il doit être, comme Melchisédech, sans père, sans mère, sans parents ; parce qu'il les doit regarder comme s'il ne les avait plus, Dieu seul lui devant tenir lieu de tout le reste...

« Que dans tous les hommes il regarde Dieu, les honorant tous comme ses images : mais qu'il le prie surtout pour ceux qui l'ont offensé, et qu'il leur fasse plus de bien qu'il n'en a reçu de mal...

« Qu'au commencement de ses actions, il les dirige toutes au plus grand service et à la plus grande gloire de Dieu ; qu'au milieu, il les unisse à celles de JESUS-CHRIST, pour les rendre plus dignes de la souveraine majesté; et qu'à la fin, il les lui offre pour le bien spirituel de son âme et de son prochain...

« Qu'il ait toujours Dieu présent au fond de son cœur ; que là il se fasse une espèce de retraite, où il lui demande sans cesse la grâce de ne le point offenser ; et qu'il ne fasse, ni ne dise rien, sans l'avoir consulté...

« Que jamais il ne sorte de sa chambre sans une bonne raison, et sans en avoir demandé à Notre-Seigneur la permission, avec la grâce de ne rien faire qui lui déplaise : qu'au retour, il examine s'il y revient tel qu'il en était sorti...

« Qu'il n'use de ses sens que pour les choses nécessaires, ou qui sont du service de Dieu : qu'il ne regarde point les choses curieuses, et qu'il n'écoute jamais les nouvelles inutiles qui partagent le cœur....

« Que jamais il ne parle ni de la nourriture, ni du vêtement, ni de ce qui peut regarder son logement ; qu'il ne mange que ce qui est absolument nécessaire pour vivre, sans jamais toucher à ce qui serait trop délicat: en un mot, qu'il se comporte en tout comme un homme mort au monde et qui ne vit plus que pour Dieu....

« Qu'il regarde les louanges comme des outrages, en se rappelant le peu qu'il est aux yeux de Dieu ; qu'il aime les mépris, en vue de ceux que JESUS-CHRIST a essuyés pour lui; et que dans les affronts il s'humilie, en pensant qu'il en mérite beaucoup plus encore pour ses péchés....

« Qu'il médite souvent les dernières fins de l'homme, et la mort en particulier : que par là il s'anime à travailler et à souffrir, en considérant que bientôt il n'aura plus de temps pour méditer....

« Que dans ses méditations il s'attache aux vertus propres de son état ; qu'à chacune de ces vertus, il se représente attentivement les plus grandes difficultés qui peuvent se rencontrer pour l'acquérir, et qu'il ne cesse point jusqu'à ce qu'il se soit déterminé à les surmonter toutes courageusement pour Dieu....

« Qu'il se rappelle souvent en détail la passion de Notre-Seigneur, et tout ce qu'il a souffert pour lui ; qu'il lui en rende sans cesse les plus vives actions de grâces ; qu'il lui demande une partie de sa croix, et qu'il la porte avec joie pour son amour....

« Qu'il fuie soigneusement toutes les occasions où il est déjà tombé et où il y aurait quelque danger de tomber....

« Qu'il détache son cœur de toutes les créatures pour le donner tout à Dieu seul, et que, pour augmenter en lui le feu de l'amour divin, il en fasse plusieurs actes par jour....

« Qu'il ait une dévotion tendre à la sainte Vierge, la servant et l'aimant de tout son cœur ; que plusieurs fois dans la journée il visite quelqu'une de ses images; qu'il récite exactement le chapelet et le petit office ; qu'il ne perde aucune occasion de lui marquer son zèle par quelque petit service ; mais surtout qu'il médite bien ses vertus, et qu'il s'applique à les imiter....

« Qu'il honore les images des saints, comme s'ils étaient eux-mêmes présents : qu'il se rappelle les vertus qui les ont distingués, la brièveté de leurs travaux et la durée de leur récompense....

« Qu'il veille beaucoup et dorme peu : tout le temps qu'on donne au sommeil est un retranchement de la vie et des mérites....

« Qu'il étudie avec soin tout ce qu'il lui est nécessaire de savoir, en évitant toute étude curieuse et superflue....

« Qu'enfin il cherche Dieu en tout et partout, il le trouvera toujours à ses côtés. »

On voit que ces courtes instructions renferment tout ce qu'il y a de plus sublime dans l'Évangile, toute la vie du chrétien et du religieux le plus parfait : par là on peut juger de la sainteté d'un maître qui, à l'exemple de JESUS-CHRIST, n'enseignait que ce qu'il pratiquait lui-même depuis longtemps. Une semence aussi sainte répandue dans le cœur d'un disciple aussi fervent, produisait chaque jour au centuple. Jamais le P. Claver ne se départit de ces salutaires maximes : celles qu'on trouva longtemps après dans un manuscrit, confié par lui à un religieux qui lui avait servi de compagnon, montrent jusqu'à quel point il avait profité des leçons de celui que Dieu lui avait donné pour guide dans la voie de la perfection. Je ne puis me dispenser d'en rapporter encore ici quelques traits.

A suivre : X. Maximes du P. Claver.

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Message  Louis Ven 05 Juin 2015, 3:24 pm

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X. Maximes du P. Claver.


« 1° Le salut et la perfection de l'homme consistent à faire la volonté de Dieu, à laquelle il doit tendre en toutes choses, et dans tous les moments de sa vie. Plus il accomplira cette divine volonté, plus il sera parfait.

— 2° Pour faire la volonté de Dieu, il faut que l'homme méprise la sienne propre : plus il mourra à lui-même, plus il vivra en Dieu. Mais pour acquérir ce double avantage, il faut qu'il aime Dieu, et plus il purgera son cœur de l'amour de lui-même, plus il aura d'amour pour Dieu.

— 3º Pour aimer Dieu comme il doit être aimé, il faut se détacher de tout amour terrestre, il faut n'aimer que lui ; ou si l'on aime quelque autre chose, ne l'aimer que pour lui.

— 4º Que l'homme dirige toutes ses pensées, ses paroles et ses actions à la seule gloire de Dieu ; travaillant sans cesse à conformer sa volonté à la sienne; de sorte qu'il ne désire ni le mal, ni même le bien que Dieu ne veut pas ; et que, dans quelque épreuve où Dieu juge à propos le mettre, jamais la paix de son âme ne soit troublée.

— 5º Pour tirer un vrai profit de tout ce qui arrive dans la vie, l'homme doit se taire au milieu des réprimandes, des injures et des mauvais traitements, soit qu'il y ait de sa faute, soit qu'il n'y en ait pas ; et quand on contestera avec lui, que son silence lui tienne lieu de victoire.

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Saint Pierre Claver. Page_212

— 6° Pour faire de plus rapides progrès dans la vertu, qu'il ait surtout un grand soin de garder sa langue, et que la vérité, la paix, l'édification du prochain se trouvent dans toutes ses paroles. Qu'en peu de mots il dise beaucoup de choses, et que, pour bien parler, il parle toujours ou de Dieu, ou avec Dieu.

— 7º Qu'il ne préfère rien à ce qui lui viendra de l'obéissance, qui que ce soit qui lui commande ; se soumettant pour Dieu à toutes les créatures, et faisait avec une grande paix d'esprit tout ce qui sera en son pouvoir. S'il ne peut pas faire tout ce qu'on exige de lui, et qu'on lui en demande la raison, qu'il se contente de dire simplement qu'il ne l'a pas pu ; et que du reste, à tout ce qu'on lui dira, il ne réponde rien, non, rien du tout Quelque reproche qu'on lui puisse faire, qu'il se taise, et qu'il accepte tout pour, Dieu, pourvu que ce ne soit rien, ou contre Dieu, ou contre l'obéissance. C'est là savoir se vaincre comme il faut soi-même. »

Tel est le fruit que le jeune Claver sut tirer des entretiens de son saint maître ; mais on en jugera mieux encore par les vertus héroïques que nous lui verrons pratiquer toute sa vie. « Ah ! mon cher Alphonse, lui disait-il quelquefois dans ses transports d'amour et de ferveur, que faut-il faire pour aimer de tout mon cœur JESUS-CHRIST, mon Sauveur et mon Dieu ? Apprenez-le moi, vous qu'il instruit à son école. Je sens bien qu'il m'inspire le désir d'être tout à lui, mais je ne sais comment m'y prendre. »

A suivre : XI. Le F. Rodriguez voit la gloire préparée au P. Claver.

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Message  Louis Sam 06 Juin 2015, 11:41 am

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XI. Le F. Rodriguez voit la gloire préparée au P. Claver.

Ce ne fut pas là le seul avantage que lui procurèrent son séjour à Majorque et sa liaison intime avec le F. Alphonse. Les pères les plus passionnés n'aiment pas leurs enfants avec plus de tendresse que ce grand serviteur de Dieu n'en avait pour son fils spirituel : il ne cessait point de le recommander à JESUS-CHRIST et de solliciter pour lui les grâces les plus singulières, les dons les plus précieux. Dieu, touché de sa charité et de ses prières, voulut donner au saint vieillard la consolation de savoir que ces vœux étaient exaucés. Un jour qu'il priait avec une ferveur extraordinaire, il tomba tout à coup dans un de ces ravissements qui chez lui étaient assez fréquents, et il fut élevé en esprit jusqu'au séjour des bienheureux. Là, son ange lui découvrit les trônes brillants et majestueux dont parle l'apôtre saint Jean dans son Apocalypse. Il en vit un qui lui parut plus éclatant que tous les autres ; et, remarquant qu'il était vide, il demanda pour qui il était préparé? « C'est pour ton disciple Claver, lui répondit l'ange : c'est la récompense de ses vertus, et du grand nombre d'âmes qu'il doit gagner à Dieu dans les Indes de l'Occident. » Aussitôt la vision disparut. On ne peut exprimer la joie qu'il sentit au fond de son cœur, quand il fut revenu à lui; mais il ne voulut rien découvrir à Claver de tout ce qui lui avait été révélé et il se contenta de le communiquer à son confesseur, de qui on le sut depuis.

Le P. Joseph d'Urbina étant depuis à Carthagène, a protesté mille fois qu'il ne doutait aucunement de la vérité de ce que Dieu avait fait connaître au F. Alphonse, puisque ayant, pour ainsi dire, suivi pas à pas le P. Claver dans toute sa conduite, il y avait toujours remarqué une perfection digne de la plus éclatante couronne.

Si Alphonse eût suivi les premiers mouvements de son cœur, il eût imité saint Antoine de Padoue, qui, ayant appris par révélation qu'un certain homme obtiendrait la couronne du martyre, saintement jaloux d'un si grand bonheur, le chercha partout, pour lui donner dès lors des témoignages publics de sa vénération ; mais si le secret qu'il devait garder l'empêcha de satisfaire en cela sa piété, du moins rien n'égala le respect qu'il conserva depuis, au fond de son cœur, pour un homme qui devait envoyer tant d'âmes au ciel. Un jour, l'ayant aperçu de loin qui revenait au collège avec un de ses compagnons : « Voyez-vous, dit-il à un Père qui était auprès de lui, ces deux jeunes religieux qui viennent ? Ils iront aux Indes où ils feront de grands fruits pour le salut des âmes. » L'événement qui vérifia la prophétie sert en même temps à vérifier la révélation dont avait été favorisé le F. Alphonse, au sujet du P. Claver, qui n'avait encore eu jusque-là aucune idée du ministère auquel la Providence le destinait, et qui attendait en paix les ordres de ses supérieurs.


A suivre : XII. Le Père Claver soutient son acte public de philosophie.

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Message  Louis Dim 07 Juin 2015, 5:17 pm

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XII. Le Père Claver soutient son acte public de philosophie.


Il était à la fin de ses études de philosophie ; et, comme il s'y était extrêmement distingué, on le chargea de soutenir un acte public. Il obéit, malgré tout ce qu'il en devait coûter à son humilité ; et ayant fait paraître autant de capacité que de modestie, il remporta de cet exercice une égale réputation de doctrine et de vertu. Peu sensible à des applaudissements qu'il avait mérités, quelque application qu'il apportât par obéissance aux sciences humaines, son inclination le portait toujours à la doctrine céleste qu'il puisait à l'école de F. Alphonse, et il y faisait de merveilleux progrès.

On eût dit que les grâces sensibles dont Dieu favorise quelquefois ses serviteurs se communiquaient de l'un à l'autre. Comme il sortait un jour avec un compagnon d'une grande vertu,  le saint vieillard qui, faisait l'office de portier, les arrêta un moment, et en faisant sur eux le signe de la croix :

« Songez, leur dit-il, que les trois adorables personnes de la sainte Trinité vous accompagnent. »

A ces mots il tomba en extase, privé de l'usage de tous ses sens. Au même instant, le saint jeune homme se sentit à son tour si pénétré d'amour et de tendresse, que ne pouvant presque plus faire un pas, il voulut rentrer dans la maison ; mais, faisant réflexion que les supérieurs l'avaient envoyé, il pria Dieu de modérer un peu l'excès des faveurs sensibles dont il le comblait, pour lui donner le pouvoir d'obéir. Il obtint ce qu'il désirait : mais il lui en resta une si vive impression, qu'à chaque pas il était obligé de faire un nouvel effort pour se soutenir, et que tout le reste du jour il parut comme hors de lui-même, sans avoir le libre usage de ses sens. Si quelques paroles d'Alphonse, échappées même en passant et en présence des autres, faisaient tant d'impression sur l'esprit et sur le cœur de Claver, que ne devait-il point arriver dans leurs entretiens les plus intimes et les plus secrets, ou quand il conversait lui-même seul avec Dieu.

A suivre : XIII. Le F. Rodriguez l'exhorte à passer aux Indes.

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Message  Louis Lun 08 Juin 2015, 7:33 pm

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XIII. Le F. Rodriguez l'exhorte à passer aux Indes.


Cependant le temps de son séjour à Majorque était près d'expirer, il allait devoir se séparer de son saint maître ; et cette séparation fut peut-être un des plus grands sacrifices de son obéissance. Avant que de le lui ôter, Dieu voulut encore se servir d'un guide si sûr, pour mettre le disciple dans la route où il devait acquérir tant de mérites devant le Seigneur, et rendre tant de services au prochain.

Si saint Grégoire le Grand est appelé à juste titre l'apôtre de l'Angleterre, pour y avoir envoyé des ouvriers évangéliques qui y ont établi la foi chrétienne, on peut assurer qu'Alphonse Rodriguez a mérité le nom d'apôtre de Carthagène, pour lui avoir donné Claver. Instruit des desseins du ciel sur sa personne, il alla le trouver peu de temps avant son départ; et voici ce qu'il lui dit, dans un de ces entretiens spirituels où il dévoilait toute son âme.


« Mon cher frère, je ne puis assez vous exprimer quelle est la douleur de mon cœur, en voyant que Dieu est ignoré de la plus grande partie de la terre, faute de ministres qui aillent le faire connaître. Que de larmes ne demande pas la vue de tant de peuples qui ne s'égarent que parce qu'on ne leur présente aucune lumière pour les conduire ; qui périssent, non pas tant parce qu'ils veulent se perdre, que parce qu'on ne fait aucun effort pour les sauver! On voit tant d'ouvriers inutiles où il y a peu de moisson ; et où la moisson est abondante, il y a si peu d'ouvriers. Combien d'âmes n'enverraient pas au ciel, dans l'Amérique, tant de ministres qui vivent oisifs en Europe? On craint la peine qu'il y aurait à les chercher, et on ne craint pas le péril et le crime qu'il y a à les abandonner. On prise les richesses de ces contrées, et on en méprise les hommes. La charité ne peut-elle donc aller sur ces mers que la cupidité a depuis si longtemps ouvertes? Il arrive dans les ports d'Espagne des flottes entières chargées de leurs trésors; quelle multitude d'âmes n'y pourrait-on pas conduire au port de la félicité éternelle? Pourquoi faut-il que l'amour du monde soit plus ardent pour l'acquisition des uns que ne l'est l'amour de JESUS-CHRIST pour la conquête des autres? Tout barbares que paraissent ces hommes, ce sont des diamants, encore bruts à la vérité, mais dont la beauté dédommage assez de la peine qu'il en coûte pour les polir. O saint frère de mon âme! quel vaste champ à votre zèle! Si la gloire de la maison de Dieu vous touche, allez aux Indes gagner tant de milliers d'âmes qui s'y perdent; si vous aimez JESUS-CHRIST, allez recueillir son sang répandu sur des nations qui n'en connaissent pas le prix. Travaillez avec lui jusqu'à la mort, pour le salut des hommes, puisque vous êtes de sa compagnie. C'est beaucoup, il est vrai, que d'être disposé à partir pour les Indes, au premier ordre des supérieurs, mais ce n'est pas assez pour un jésuite; comme c'est là sa première et sa plus noble vocation, il faut qu'il leur marque lui-même son empressement, et qu'il sollicite vivement une pareille fonction. Représentez-leur donc incessamment vos désirs, priez, sollicitez, pressez: les instances réitérées ne sont pas contre l'obéissance, quand on a lieu de croire que le supérieur ne diffère de se rendre que pour mieux éprouver notre constance. »


Ces paroles prononcées d'un ton d'apôtre, enflammaient le cœur de Claver. La seule pensée de ce grand nombre d'âmes qui se perdaient aux Indes, faute de secours, déchirait la sienne : pour en racheter une seule, il eût donné mille vies. Sûr de la volonté de Dieu, qui lui était notifiée par un si saint homme, il écrivit à son provincial une lettre dictée par le zèle et par la ferveur. Le supérieur lui répondit qu'il examinerait attentivement cette vocation, à la visite qu'il devait faire à Barcelone, où Claver eut en même temps ordre de se rendre pour y commencer ses études de théologie.

A suivre : XIV. Il part de Majorque pour aller à Barcelone.

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Message  Louis Mar 09 Juin 2015, 11:25 am

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XIV. Il part de Majorque pour aller à Barcelone.



Le départ devait être douloureux pour les deux grandes âmes que la charité avait si tendrement unies, mais leur douleur ne s'exprima que par des sentiments de piété et par de vives actions de grâces au Seigneur, pour toutes les faveurs dont il lui avait plu de les combler. Rodriguez promit à Claver de ne le jamais oublier dans ses prières, et lui fit présent de quelques livres spirituels qu'il avait composés. Ce présent et cette promesse adoucirent beaucoup le chagrin qu'avait Pierre de perdre son guide; mais comme les supérieurs, pour délivrer le saint vieillard de l'importunité de ceux qui venaient sans cesse lui demander ses écrits, avaient défendu d'en laisser transporter aucun hors du collège, un frère qui se trouvait pour lors à la porte en avertit Claver, qui était déjà prêt à sortir, et se mit en devoir de saisir ses papiers. Celui-ci, instruit d'un ordre qu'il avait ignoré jusque-là, en avertit à son tour Alphonse, qui alla sur-le-champ demander au supérieur la permission de donner ses écrits à son disciple; et après lui avoir représenté que ce jeune jésuite irait bientôt aux Indes, où ces sortes de livres sont rares, il obtint sans peine ce qu'il désirait. Claver, charmé de posséder ce trésor, ne songea plus qu'à s'embarquer pour Barcelone.

Dieu voulut donner en cette occasion une marque bien sensible de l'attention paternelle de sa providence à l'égard de son serviteur. Il n'y avait alors dans le port de Majorque qu'un léger bâtiment assez mal équipé et en très mauvais état. Le maître et les compagnons d'étude de Claver, qui devaient faire le même trajet, ne se croyant pas en sûreté sur un vaisseau si mal en ordre, prirent le parti d'en attendre un autre qui fût mieux armé et plus en état de tenir la mer. Claver, plein de confiance en Dieu, saisit l'occasion qui se présentait ; il monta sur le premier navire, et en peu de temps il arriva heureusement à Barcelone; tandis que les autres, qui s'étaient embarqués sur le second, furent pris par des corsaires et emmenés à Alger.
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Jamais Claver ne perdit les sentiments de vénération et de tendresse qu'il avait conçus pour Rodriguez ; jusque dans ses dernières années, il le nommait son saint maître et se faisait un grand honneur d'avoir été son disciple. Il n'en parlait même presque jamais sans une espèce d'extase. Outre ses écrits, qu'il conservait précieusement, il avait recueilli dans un petit livre tout ce qu'il en avait appris de vive voix; il y avait marqué jusqu'au jour et à l'heure où il avait eu le bonheur de le lui entendre dire; et il le portait sur lui, avec les autres écrits de son maître. Il ne se lassait point de les lire; c'était son oracle dans ses doutes, sa consolation dans ses peines, son asile dans ses travaux; et, en recevant le saint Viatique, il les tint étroitement serrés sur sa poitrine, pour ranimer sa ferveur dans ces précieux moments.

A peine fut-il arrivé à Barcelone, qu'il réitéra ses instances pour sa chère mission des Indes. Les supérieurs, quoique ravis de voir en lui un zèle si convenable à un jésuite, jugèrent à propos de l'éprouver encore quelque temps; d'autant plus que connaissant ses talents, ils avaient peine à se priver d'un sujet qui leur donnait de si grandes espérances.

A suivre : XV. On l'applique à l'étude de la théologie. Son union avec Dieu.

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Message  Louis Mer 10 Juin 2015, 3:59 pm

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XV. On l'applique à l'étude de la théologie. Son union avec Dieu.


Le P. Claver s'appliqua donc par obéissance à l'étude de la théologie, et il y apporta les dispositions d'esprit et de cœur qui l'avaient déjà distingué à Majorque. Au-dessous de tous ses compagnons par sa profonde humilité, il les surpassa bientôt par ses succès. Les lettres humaines et la philosophie n'avaient rien diminué de sa ferveur : l'étude de la théologie, qui a Dieu même pour objet, ne servit qu'à augmenter son amour, de sorte qu'il passait avec justice pour le plus habile et le plus vertueux de tous les étudiants.

C'est le témoignage que lui rendit après sa mort le P. Parigas, son ancien condisciple, dans une lettre écrite à un jésuite de ses amis. Voici ses propres termes :


« Dans le temps que j'étudiais à Barcelone avec le P. Claver, j'aurais fort souhaité d'être son confident, pour découvrir au monde bien des merveilles cachées dans ce grand serviteur de Dieu. Tout ce que j'en puis dire, c'est que je l'ai toujours connu un saint et parfait religieux : il fut modeste, affable, officieux envers tout le monde, ne se plaignant jamais de personne, et parlant toujours ou de Dieu, ou de choses capables de contribuer à l'avancement spirituel de ceux qui l'entendaient. Nul n'était plus humble dans toutes ses manières, plus obéissant aux supérieurs, plus exact dans les observances de la discipline religieuse. Je ne crains point d'assurer que jamais je ne lui ai vu violer la moindre règle. Il s'efforçait d'imiter en tout le F. Alphonse Rodriguez, dont il conservait quelques livres écrits de sa main : on reconnaissait en lui le même esprit d'oraison, la même union avec Dieu, les mêmes mortifications. Ainsi je ne suis pas surpris qu'ayant mené une vie si sainte, il fasse des miracles après sa mort. »

Ce dernier trait de conformité avec le F. Alphonse, en ce qui regarde l'oraison et la mortification, est l'éloge le plus accompli qu'on puisse faire de sa conduite à Barcelone.

Une union si intime avec Dieu, jointe à une application si constante à l'étude, tant d'austérité avec tant d'innocence, surtout dans un corps délicat et déjà usé par le travail, lui attirèrent les plus singulières faveurs du ciel. Si son humilité les lui fit dérober à la connaissance des hommes, elle ne put empêcher qu'il n'en échappât quelques traits malgré lui. Un de ses compagnons en fut un jour témoin, dans une occasion assez extraordinaire. Ils passaient ensemble à l'endroit même où saint Ignace fut si maltraité par de jeunes libertins, pour avoir rétabli la piété dans un couvent de religieuses dont la conduite relâchée déshonorait la profession. Le jeune jésuite qui était avec Claver l'arrêta un moment : « Mon frère, lui dit-il, ce fut ici que notre P. Ignace fut brisé à coups de bâton; oui, ce fut ici.» A ces mots, Claver leva les yeux au ciel, devint immobile, et perdit tellement l'usage de ses sens, qu'il ne put sortir du lieu où il était qu'après un long ravissement. On n'a jamais pu savoir ni ce qu'il vit alors, ni ce qui lui fut révélé; mais on sait que l'impression lui en resta toujours si profondément gravée dans l'esprit et dans le cœur, que, longtemps après, en racontant cette aventure à un de ses plus intimes confidents, il paraissait encore comme ravi en extase, et qu'au défaut de sa bouche ses yeux s'exprimaient par leurs larmes. Par ce seul trait, on peut juger de ses communications avec Dieu, et des grâces sensibles dont il était favorisé dans ses oraisons.

A  suivre : XVI. A sa sollicitation, les supérieurs décident de l'envoyer aux Indes. Il s'embarque à Séville pour Carthagène.

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Message  Louis Jeu 11 Juin 2015, 1:54 pm

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XVI.  A sa sollicitation, les supérieurs décident de l'envoyer aux Indes. Il s'embarque à Séville pour Carthagène.


Au bout de deux années de théologie, il pressa de nouveau ses supérieurs de l'envoyer aux Indes; et il le fit avec tant d'instance, que le provincial Joseph de Villegas, craignant de s'opposer à la volonté de Dieu, lui accorda enfin la permission qu'il sollicitait si ardemment. On ne peut exprimer quelle fut la joie du fervent jésuite, en recevant la lettre de son supérieur; il voulut la relire plusieurs fois, il ne se lassait point de la baiser, et il la garda toute sa vie. Dès qu'il en eut achevé la lecture, il se prosterna en terre pour rendre à Dieu les plus vives actions de grâces de la faveur dont il l'honorait. Dans la ferveur de sa prière, il lui offrit sans réserve ses peines, ses travaux, son sang, toute sa personne, pour le salut des âmes qui devaient lui être confiées. Ensuite, ne pouvant renfermer dans son coeur la joie dont il était rempli, il alla trouver tous ses amis pour leur faire part de son bonheur, recevoir leurs félicitations, et leur demander le secours de leurs prières.

Il y avait déjà sept ans qu'on avait établi une province de la Compagnie dans le nouveau royaume de Grenade. Pour la former d'une manière qui répondît à l'attente publique et aux pieuses intentions de ceux qui y avaient contribué par leurs libéralités, le Père général Aquaviva avait, en 1609, ordonné à chaque province d'Espagne d'y envoyer un ouvrier évangélique d'un mérite distingué. Claver fut celui que la province d'Aragon choisit pour s'acquitter de ce qu'on exigeait d'elle; et on peut dire que jamais peut-être, si on en excepte saint François-Xavier, la Compagnie n'envoya dans les Indes un plus digne ministre.

Bientôt il eut ordre de se rendre à Séville, pour s'y embarquer avec quelques autres jésuites qui devaient partir pour les Indes, sous la conduite du P. Mexia. Rempli de l'esprit et du zèle de saint François-Xavier, qu'il se proposa toujours pour modèle, il voulut commencer son voyage comme lui.

Le P. Claver partit de Barcelone sans différer; et quoiqu'il n'eût dû s'écarter que d'une lieue de son chemin pour aller prendre congé d'un père et d'une  mère qu'il n'avait point vus depuis son départ pour Barcelone, et qu'il ne devait jamais revoir, il voulut se refuser ce plaisir. Il n'ignorait pas que Dieu ne lui défendait point de leur donner cette consolation ; mais son détachement de tout objet créé l'emporta sur tous les sentiments de la nature. Ses vertueux parents ne purent s'empêcher de se plaindre et leurs plaintes parurent si raisonnables, qu'un autre jésuite qui devait aussi passer aux Indes, fit lui-même le voyage exprès pour aller leur rendre une visite. Il tâcha de les consoler par les éloges qu'il donna à l'éminente sainteté de leur fils ; mais ces éloges mêmes augmentèrent leur douleur, par le regret de n'avoir pu être les témoins de tout ce qu'on publiait à son avantage.

Dès qu'il fut arrivé à Séville…

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Message  Louis Ven 12 Juin 2015, 11:35 am

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XVI.  A sa sollicitation, les supérieurs décident de l'envoyer aux Indes. Il s'embarque à Séville pour Carthagène.

(suite)


Dès qu'il fut arrivé à Séville, le P. Mexia voulut lui faire prendre les ordres sacrés, avec tous ceux qui devaient s'embarquer pour les missions, vu l'extrême difficulté qu'il y a à trouver des évêques aux Indes; mais il s'en excusa sur ce qu'il ne se sentait ni capable, ni digne d'un tel honneur; et il le fit d'un air si naturel, si plein de simplicité et de candeur, qu'il obtint enfin qu'on le remettrait à un autre temps. Ayant séjourné peu de temps à Séville, il mit à la voile au mois d'avril de l'année 1610. Dès ce moment il oublia si parfaitement tout ce qu'il laissait en Europe, que dans l'espace de quarante-quatre ans qu'il vécut aux Indes, jamais on ne l'entendit ni parler, ni demander aucune nouvelle de ce qui se passait en Espagne. Les seules choses qu'il parut ne pas oublier furent les vertus qu'il avait remarquées dans quelques religieux, pour se reprocher de ne les avoir pas imitées; les sermons qu'il avait entendus et dont il aurait eu besoin encore, disait-il, pour se convertir; et les cérémonies faites à la béatification de son P. Ignace, pour s'en réjouir intérieurement comme un bon fils.

Sa réputation de vertu le suivit partout, et ne fit qu'augmenter durant son voyage. Ses paroles édifiantes, sa modestie angélique, sa charité officieuse et tendre, son zèle à servir tous ses frères et à leur rendre les offices les plus humbles, toute sa conduite, en un mot, lui gagna bientôt les cœurs de ses compagnons de voyage, qui, le regardant comme un ange tutélaire que Dieu leur avait donné, n'appréhendaient aucun péril tandis qu'il serait avec eux.

Il se chargea principalement du soin des malades : il leur donnait lui-même à manger, leur préparait les remèdes dont ils avaient besoin, ne les quittait ni jour ni nuit et les disposait à recevoir les sacrements. Étant obligé malgré lui de manger à la table du capitaine, il ne se consolait de cet honneur que par le moyen qu'il y trouvait de satisfaire sa charité ; et de


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tout ce qu'on lui présentait, il réservait toujours le plus délicat et le meilleur pour le porter à ses malades. A l'heure qu'il avait marquée, on s'assemblait pour entendre le catéchisme et pour réciter le chapelet. Personne n'eût osé jurer, ni proférer une parole indécente en sa présence ; et il suffisait même, pour arrêter les plus emportés, de les menacer de le dire au P. Claver.

Le voyage fut de quelques mois, et on aborda enfin heureusement. En arrivant aux Indes, le P. Mexia, qui avait apprécié la sainteté et les grands talents du jeune missionnaire, voulut l'emmener avec lui au Pérou, mais la Providence en avait autrement ordonné. Claver, affligé et confus tout à la fois de l'estime qu'on faisait de lui, eut recours à Dieu pour détourner ce coup qui l'aurait éloigné d'un pays après lequel il soupirait depuis si longtemps. Le provincial ayant fait réflexion que la nouvelle mission de Carthagène demandait un sujet d'un mérite reconnu et d'une vertu éprouvée, se détermina à l'y envoyer. En débarquant au port de cette ville, le nouveau missionnaire baisa tendrement cette terre qui devait être arrosée de ses sueurs, il la baigna de ses larmes ; et, levant les yeux au ciel, il remercia Dieu de l'avoir conduit dans une contrée où il aurait tant d'occasions de travailler et de souffrir pour sa gloire.

A  suivre : XVII. Il va à Santa-Fé pour achever ses études de théologie. Emplois qu'il y exerce. Ses succès.

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Message  Louis Sam 13 Juin 2015, 11:09 am

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XVII.  Il va à Santa-Fé pour achever ses études de théologie.
Emplois qu'il y exerce.
Ses succès.


Il n'y fut cette fois cependant que fort peu de temps. Comme il lui manquait encore deux années d'étude de théologie, on l'envoya, avec quelques autres jeunes jésuites, à Santa-Fé, ville éloignée de deux cents lieues de Carthagène. Il eut beaucoup à souffrir dans ce voyage de l'incommodité du climat et des difficultés du chemin ; mais il trouvait de quoi satisfaire son goût pour la mortification dans les obstacles mêmes qu'il fallait surmonter. A la vue des nègres qu'il rencontra sur sa route, il commença à prendre pour eux ces sentiments de zèle et de tendresse qu'il conserva toute sa vie. Dans les endroits où il devait passer la nuit, il avait soin de les rassembler autour de lui ; et, se jugeant incapable du ministère de la parole évangélique, il priait quelqu'un des prêtres qui l'accompagnaient de faire le catéchisme à ces pauvres esclaves. Son cœur se portait déjà comme de lui-même vers cette nation méprisée des hommes, mais qui, dans les desseins de Dieu, devait être l'objet principal de sa charité.

Il ne trouva pas le collège de Santa-Fé dans l'état où on l'avait cru ; il n'y avait point encore de revenu assuré, ni d'école de théologie ouverte. Aussi pendant les deux premières années qu'il y passa, on l'employa aux exercices domestiques de la maison : il y était sacristain, portier, infirmier, cuisinier ; il y était tout ce qu'on voulait : plus les offices étaient bas et humiliants, plus ils étaient de son goût ; et, malgré le zèle qui le portait à travailler au salut des âmes, son humilité s'en accommodait si bien, qu'il eût voulu passer toute sa vie dans cet état. Quand il fut question de reprendre et de continuer les études de théologie, il écrivit à son provincial pour le prier de vouloir bien le laisser dans le degré de simple frère coadjuteur ; il le fit avec des instances si vives et si réitérées, que le supérieur fut obligé de lui répondre qu'il devait se laisser conduire par l'obéissance. On ne peut s'empêcher d'admirer la conduite de Dieu sur ses serviteurs et ses élus : le même esprit qui avait porté Claver à différer de recevoir les ordres sacrés en Europe, le portait à y renoncer absolument en Amérique : si le saint F. Alphonse ne lui eût donné le désir d'aller aux Indes, l'idée qu'il avait de son incapacité ne lui aurait jamais permis d'y penser. Il obéit à la vocation du ciel. Mais, tandis que son zèle l'anime à travailler au salut des âmes, son humilité l'arrête, et veut même lui en ôter les moyens. Dieu seul savait accorder des sentiments si contraires en apparence, et il les dirigeait tous à sa propre gloire et à la sanctification de son serviteur.

Quoiqu'il eût été obligé de reprendre le cours de ses études, comme le collège nouveau était établi et qu'il s'y trouvait alors peu de religieux, il fallut encore qu'il se chargeât de plusieurs des offices domestiques ; et il s'en acquittait si bien, qu'on eût été tenté de l'y laisser, selon ses désirs, si d'ailleurs le succès éclatant qu'il eut dans sa théologie ne l'avait pas fait regarder comme un des sujets les plus propres à remplir les postes les plus honorables. Il y soutint parfaitement l'idée qu'il avait donnée de sa capacité en Espagne. Le P. Antoine-Augustin, qui avait été son premier maître de théologie, se trouva alors être son confesseur. Ce saint homme, après avoir été honoré en Europe, et surtout à Rome, des plus considérables emplois, était enfin passé aux Indes occidentales, où il vécut et mourut en réputation d'une éminente vertu. Ce fut pour lui une grande joie de retrouver Claver ; la connaissance qu'il avait de son mérite le lui rendit infiniment cher, et l'estime singulière qu'il fit paraître pour sa vertu ne contribua pas peu à confirmer celle qu'on en avait déjà conçue.

A la fin de sa théologie, on lui fit subir l'examen le plus rigoureux, pour mieux juger des progrès qu'il y avait pu faire. Il s'imagina d'abord qu'il n'était question que de voir s'il était digne d'être promu au sacerdoce ; et comme il vit que tout le monde paraissait charmé de la capacité qu'il montrait dans ses réponses : « Eh ! mon Dieu, dit-il avec une candeur admirable, faut-il donc tant de théologie pour recevoir les saints ordres, et pour catéchiser de pauvres nègres? » Mais ayant su depuis qu'on l'avait examiné pour juger s'il était capable d'être admis au degré de profès des quatre vœux, qui est le degré le plus honorable chez les jésuites, et même le seul qui fixe irrévocablement un sujet dans la Compagnie, il ne put s'empêcher de dire à ceux qui le félicitaient sur cette distinction : « Si je l'avais su, ou je n'aurais rien répondu du tout, ou du moins j'aurais répondu plus mal, me sentant tout à fait indigne de cet honneur. » Ceux qui connaissent la délicatesse du cœur humain en tout ce qui regarde les distinctions du côté de l'esprit, jugeront par là de sa profonde humilité. Refuser un degré honorable dont on est censé digne, c'est déjà beaucoup ; mais vouloir paraître ignorant pour l'éviter, c'est infiniment plus.


A  suivre : XVIII. Il fait sa troisième année de noviciat à Tongha, et revient à Carthagène, où il reçoit les ordres sacrés.

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Message  Louis Dim 14 Juin 2015, 12:46 pm


XVIII.
Il fait sa troisième année de noviciat à Tongha,
et revient à Carthagène,
où il reçoit les ordres sacrés.


On avait établi depuis peu une nouvelle maison à Tongha, et on l'y envoya pour y faire la troisième année de noviciat, qui est en usage parmi les jésuites, avant que d'être admis aux derniers vœux. Outre que les supérieurs furent bien aises de lui procurer le temps et les moyens de rétablir sa santé déjà fort altérée par l'étude, les maladies et ses austérités extraordinaires, ils considérèrent combien son exemple serait utile aux novices pour les former à la vertu ; et la présence d'un si saint homme ne fut pas un des moindres avantages qu'ils donnèrent à cette maison. Il y fit encore l'office de portier et de sacristain, à l'édification de tous ses frères. La modestie et la piété des novices le charmaient, et cette demeure lui fut toujours si chère, qu'en mourant il lui envoya, comme le plus précieux gage de sa tendresse, le petit livre qu'il avait reçu du F. Rodriguez en partant de Majorque, et qu'il appelait son trésor. Les termes dont il se servit en lui faisant ce présent sont une si vive expression de son humilité, que je crois faire plaisir aux lecteurs en les rapportant ici.

« Je l'envoie, dit-il, au noviciat, afin que les novices en profitent et que leur père-maître le garde soigneusement, comme un trésor dont je n'ai pas su profiter moi-même. Je conjure ceux qui le liront de prier Dieu pour ce pécheur qui, ayant à sa disposition une mine si précieuse, au lieu d'en tirer l'or pur de la sainteté, n'en a tiré que de la rouille. »

Après tant d'épreuves, on le renvoya enfin à Carthagène au mois de novembre de l'année 1615. Il y servit quelque temps de compagnon au Père Nugnez dans ses travaux apostoliques; et malgré sa résistance et ses excuses, l'année suivante il fut ordonné prêtre par les mains de l'évêque de Carthagène.

Dès qu'il se vit élevé à la dignité du sacerdoce, il ne pensa plus qu'à en acquérir le véritable esprit et à en remplir exactement tous les devoirs. Vivement pénétré de la pureté de cœur qu'exige un ministère si sacré, redoutable aux anges mêmes, il se disposa à sa première messe, par une retraite de plusieurs jours, par un redoublement de pénitence, et par une confession générale qu'il fit avec une grande abondance de larmes, quoique son confesseur y pût à peine trouver une matière suffisante d'absolution. Il parut à l'autel comme un séraphin embrasé d'amour, donnant par sa piété un spectacle également capable de réjouir les anges et d'édifier les hommes. Il fut le premier jésuite qui eut le bonheur de dire sa première messe à Carthagène; et il choisit pour cette auguste action une chapelle de la Vierge, où l'on vénérait une statue miraculeuse de cette Reine du ciel. Toute sa vie il se fit un devoir de lui marquer sa reconnaissance de la bonté qu'elle avait eue de lui prêter un autel, pour y offrir le divin sacrifice.

Comme la ville de Carthagène a été le théâtre le plus éclatant des vertus et des travaux de ce saint missionnaire, j'ai cru qu'il ne serait pas hors de propos d'en donner une légère idée au lecteur, pour le mettre plus en état de juger de tout ce qu'il eut, et à y faire, et à y souffrir.


A  suivre : LIVRE  SECOND.

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