Saint Pierre Claver.

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Message  Louis Mar 04 Aoû 2015, 11:47 am

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VIII. Il entreprend la conversion des mahométans.

(suite)

Le Père dut souvent acheter plus chèrement ses conquêtes ; et on ne saurait dire tout ce que lui coûta l'opiniâtreté presque invincible de ces mahométans. Il fut vingt-deux ans entiers avant que de trouver accès dans l'âme d'un forçat turc qu'il avait entrepris de convertir ; il l'avait presque abandonné; mais, ayant appris que le malheureux était à l'extrémité, il alla le retrouver et lui parla cette fois avec tant de force et d'efficacité, qu'il l'amena à demander le baptême. « Il n'y a point d'autre loi que celle de JÉSUS-CHRIST, dans laquelle je veux vivre et mourir, s'écria le néophyte. Maudite soit la loi du faux prophète Mahomet, aussi bien que tous ceux qui la suivent. »

Il employa trente ans à combattre l'obstination d'un autre Turc qui servait dans la maison du gouverneur, et il n'en triompha qu'après un prodige singulier. Cet homme étant allé couper du bois sur les montagnes voisines, vit ou crut voir en songe la Reine du ciel, qui, en lui montrant le P. Claver, lui dit d'un ton sévère : « Pourquoi ne fais-tu pas ce que celui-ci te dit ? Pourquoi ne te convertis-tu pas ? » La vision disparut, et la première personne qu'il rencontra en revenant fut le Père lui-même, qui à son ordinaire le pressa de se convertir. Ébranlé, il changea de couleur ; mais il ne se rendit pas encore et passa rapidement son chemin sans faire semblant d'entendre ce qu'on lui disait. Il fallut un nouveau prodige de charité pour dompter ce naturel féroce. Vers le même temps on condamna un criminel à mort, et comme il ne se trouvait point d'exécuteur, on voulut obliger le Turc à en faire l'office. Celui-ci ne pouvant s'y résoudre, s'enfuit et se retira au château de Sainte-Croix, sous la protection de quelques personnes puissantes. On le découvrit bientôt et on le força à faire l'exécution, pour laquelle il avait tant de répugnance que, sans un peu de biscuit trempé dans le vin que le Père lui donna avec beaucoup de bonté, il serait tombé en faiblesse. Mais la tendresse, la charité, le zèle du serviteur de Dieu à l'égard du criminel même, qu'il était chargé d'assister à la mort, portèrent le dernier coup au cœur du musulman. Persuadé enfin que la loi que professait un si saint homme était la seule véritable, il vint, dès le soir même de l'exécution, se jeter à ses pieds et se mettre entre ses mains. Peu de jours après il fut baptisé dans la cathédrale avec toute la solennité possible.

Il serait impossible de dire combien le P. Claver convertit de mahométans ; mais ce qu'on peut assurer, c'est que presque aucun de ceux qui de son temps vinrent à Carthagène, ne put résister à l'esprit de Dieu qui agissait en lui. Peu content d'aller les chercher dans le lieu de leur demeure, il prenait après le repas les clefs du portier, pour avoir occasion de gagner quelque âme à Dieu. C'était une de ses récréations les plus ordinaires; et comme parmi les pauvres à qui il donnait à manger, il se trouvait souvent des hérétiques ou des musulmans réduits à la dernière misère, en les soulageant dans leur faim et dans leur soif, il avait la consolation de rassasier celle qu'il avait lui-même de leur salut. Il les servait le plus souvent à genoux, et ces malheureux, touchés de son humilité et de sa douceur, entraient enfin dans tous les sentiments qu'il s'efforçait de leur inspirer.

A suivre : IX. Ses travaux dans les prisons.

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Message  Louis Mer 05 Aoû 2015, 11:43 am

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IX. Ses travaux dans les prisons.

Son zèle n'eût pas été satisfait, si quelque misérable lui eût échappé. Il trouva donc le moyen de pénétrer dans les cachots les plus profonds et les plus abandonnés. Quand il allait visiter des prisonniers, il les excitait à la patience et au repentir de leurs crimes; et lorsqu'il les trouvait suffisamment disposés, il les confessait comme pour mourir. Ayant banni des prisons les jurements, les inimitiés et les querelles, il avait chargé un des prisonniers les plus dociles de l'informer exactement de tous ceux qui retomberaient dans ces sortes de fautes, pour leur en faire une sévère correction. La prière s'y faisait tous les jours en public, et le soir tous les prisonniers s'assemblaient pour réciter les litanies de la sainte Vierge. Il avait plus d'attention encore pour ceux qui étaient retenus dans les cachots: il allait s'y renfermer avec eux et ne les quittait point qu'il ne leur eût donné quelque consolation.

Il n'est aucune espèce de service qu'il ne s'efforçât de rendre à ces malheureux. Non content d'avoir chargé un vertueux licencié, nommé Jean Sanchez, de se faire spécialement leur protecteur, il allait lui-même trouver, tantôt les procureurs et les greffiers, pour les engager à expédier promptement les affaires de ceux qui languissaient dans la prison, tantôt les avocats les plus habiles, pour les exhorter à prendre leur cause en main, tantôt les juges mêmes, pour les conjurer de terminer au plus tôt les procès, sans faire attendre si longtemps des misérables. Dans les causes criminelles, il se contentait de demander simplement tout ce qui ne blessait pas absolument la justice. S'il apprenait qu'un criminel était l'objet de poursuites de la part d'un particulier, il allait chez celui-ci pour l'engager à se désister, et ne manquait pas de lui représenter qu'il y avait beaucoup plus de risque pour lui à poursuivre une vengeance qui pourrait lui devenir funeste, qu'il n'y en avait pour le coupable à subir une peine qui pouvait lui devenir méritoire.

A suivre : X. Il assiste plusieurs criminels à la mort; ses succès dans ce ministère.

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Message  Louis Jeu 06 Aoû 2015, 2:56 pm

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X. Il assiste plusieurs criminels à la mort; ses succès dans ce ministère.


On ne peut douter qu'il n'eût une grâce singulière pour adoucir aux criminels leur sentence de mort. Dès que quelqu'un d'eux était condamné, on l'envoyait chercher. Il accourait sans différer, embrassait le criminel avec tendresse, et lui mettant son crucifix entre les mains:

« Ah! mon cher frère, lui disait-il, voici la planche que Dieu vous offre dans votre naufrage; et il n'y a point pour vous d'autre moyen d'échapper à la tempête. Que je serais heureux si je pouvais, comme vous, savoir l'heure de ma mort ! Nous devons tous aboutir au même terme, un peu plus tôt, un peu plus tard ; qu'importe après tout? »
 

Il lui apprenait ensuite à faire une confession générale; et comme il ne manquait jamais de porter avec lui des instruments de mortification, il l'engageait à joindre une pénitence volontaire à celle qu'on lui faisait subir de force.

Le jour destiné à l'exécution, il rassemblait tous les prisonniers, récitait un évangile en mettant la main sur la tête du criminel, leur disait la messe et leur faisait chanter les litanies de la sainte Vierge à l'intention de ce malheureux. Il y ajoutait une exhortation si pathétique, qu'il arrachait des larmes de tous les yeux. S'approchant ensuite de son patient, il l'engageait à demander pardon aux autres prisonniers, à se recommander instamment à leurs prières et même à leur faire lui-même quelque instruction, s'il était en état de la faire. Arrivé au lieu du supplice, il lui faisait baiser tous les échelons du gibet, comme autant de degrés qui devaient le conduire au ciel: il arrosait d'eau bénite, et le criminel, et l'instrument de son supplice: quand il le voyait faible et abattu, il lui essuyait le visage avec son mouchoir; il lui faisait prendre du biscuit, des rafraîchissements et quelque liqueur propre à le conforter: il n'est, en un mot, aucun secours qu'il ne se mît en devoir de lui procurer. L'exécution finie, il faisait entonner solennellement des prières pour l'âme du mort, par la musique de la cathédrale qu'il avait soin de faire venir à ce dessein : il se retirait enfin si convaincu du bonheur de presque tous ceux qu'il assistait, qu'un jour en parlant de quelques personnes qui avaient livré un criminel entre les mains de la justice: « Dieu leur pardonne, dit-il, mais ils ont assuré le salut de cet homme, au risque de se perdre eux-mêmes. » Aussi la plupart regardaient-ils comme une grâce de mourir entre les mains du saint homme. Les plus indomptables devenaient doux comme des agneaux, dès qu'il leur parlait ; et au lieu de leurs emportements ordinaires, on n'entendait plus que leurs soupirs et que le bruit des disciplines sanglantes qu'ils se donnaient avant que de sortir de la prison pour être exécutés.

Un capitaine espagnol ayant été condamné au feu, comme faux-monnayeur, demanda le P. Claver…

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Message  Louis Ven 07 Aoû 2015, 12:21 pm

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X. Il assiste plusieurs criminels à la mort; ses succès dans ce ministère.


(suite)

Un capitaine espagnol ayant été condamné au feu, comme faux-monnayeur, demanda le P. Claver pour se mieux préparer à paraître devant Dieu. Quelque temps avant sa condamnation, le saint homme avait déjà su si bien le disposer à la mort que, le jour même qu'on lui prononça sa sentence, il écrivit sur son livre de prières ces paroles si touchantes: « Ce livre est à l'homme le plus heureux du monde : la justice livre son corps à la mort, pour sauver son âme. Je prie celui entre les mains de qui il tombera de me recommander à la divine miséricorde. J'ai péché, ô mon Dieu! et je mérite, non une seule mort, mais mille: ma plus grande douleur est de n'en avoir pas une aussi forte que je devrais l'avoir, après toutes les offenses que j'ai commises contre vous. »

Il devait être étranglé avant que d'être jeté au feu : la corde rompit au premier tour; le Père, le voyant tomber à terre, courut à lui et le prit entre ses bras. Tandis qu'il le tenait le visage tendrement serré contre le sien, l'exécuteur passa une autre corde au cou du criminel ; ce qui fît dire à des religieux venus eux aussi pour assister le condamné que le Père avait contracté une irrégularité.

« A la bonne heure, répondit Claver animé d'un saint zèle, pourvu qu'à ce prix, je sauve une âme: mais non, je ne puis être irrégulier pour une telle action. »

La corde s'étant rompue une seconde fois, le Père fit encore la même chose; et quoique, par ces efforts redoublés, le visage du patient fût devenu hideux à effrayer ainsi qu'il parut un moment après, le saint homme ne cessa point de l'embrasser et de lui parler, jusqu'au moment où il expira dans les sentiments les plus chrétiens. Un des religieux qui avaient été présents, frappé de son zèle, de sa charité et de l'extrême pauvreté qui paraissait dans toute sa personne, s'écria dans un transport d'admiration : « Voilà un vrai religieux, et qui nous apprend à l'être! »

Le comte de Castel-Mayor, accusé d'avoir voulu se rendre maître de Carthagène, fut arrêté par ordre de la cour, et conduit au château de Sainte-Croix : mais il trouva bientôt le moyen de s'enfuir vers deux navires portugais escortés de deux autres vaisseaux hollandais venus sur les côtes pour favoriser son dessein. Cependant un sergent et un autre Portugais, ayant été soupçonnés d'avoir contribué à l'évasion, furent condamnés à passer par les armes. Pour se décharger eux-mêmes, ils en avaient faussement accusé d'autres. Le P. Claver les détermina à se rétracter avant l'exécution. Dès qu'ils furent tombés par terre, voyant qu'ils respiraient encore, il courut à eux pour les soutenir dans leurs bonnes résolutions ; et il ne les quitta point, tant qu'il leur resta un souffle de vie.

Souvent on l'a vu chargé d'assister seul plusieurs criminels à la fois…

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Message  Louis Sam 08 Aoû 2015, 12:11 pm

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X. Il assiste plusieurs criminels à la mort; ses succès dans ce ministère.

(suite)


Souvent on l'a vu chargé d'assister seul plusieurs criminels à la fois et même jusqu'à trente, sans que rien pût ralentir la vivacité de son zèle ni qu'aucun d'eux résistât à ses charitables remontrances. Cinq nègres fugitifs ayant été repris, furent tous condamnés à mort pour servir d'exemple aux autres. Le P. Claver ne manqua pas d'aller secourir ses chers esclaves; et après les avoir confessés, il les disposa à mourir chrétiennement. Un d'entre eux, qui était encore païen, touché de l'exemple de ses compagnons et plus encore de la charité du saint missionnaire, voulut se convertir à la foi et demanda le baptême. Ainsi la justice humaine fut pour lui la source précieuse de la miséricorde divine, et dans sa condamnation même il trouva son salut.

Quand il était malade, et même dans la dernière infirmité qui le conduisit au tombeau, le Père Claver se faisait porter aux prisons pour ne pas abandonner des malheureux dont seul il savait venir à bout. Il y fut un jour appelé pour un Maure que l'arrêt de sa condamnation, avait rendu furieux; dès la première fois qu'il lui parla, il sut si bien l'adoucir et le laissa si disposé à souffrir la mort en punition de ses crimes, que quand d'autres religieux vinrent ensuite pour l'assister jusqu'au lieu du supplice, ils le trouvèrent qui se déchirait le corps à grands coups de discipline, ne soupirant plus qu'après le moment où il espérait aller voir son Dieu.

Les plus obstinés scélérats ne résistaient pas à l'esprit de Dieu dont il était animé. Un Espagnol, depuis longtemps si pauvre et si abandonné qu'il ne savait quel parti prendre, trouva enfin un asile dans la maison d'un vertueux capitaine qui le traita comme son fils. Peu de jours après, ce malheureux portant l'ingratitude et la barbarie jusqu'aux derniers excès, assassina son bienfaiteur et emporta tout l'argent qu'il put trouver dans la maison. Dieu ne laissa pas un tel crime impuni : l'assassin tomba bientôt entre les mains de la justice, qui le condamna à mort. Il apprit sa sentence en désespéré: mais à peine le P. Claver se fut-il approché de lui, que ses cris et ses fureurs changèrent en soupirs et en sanglots. Avant que d'être exécuté, il demanda les plus cruels supplices comme une grâce; et dans tout le temps qu'il vécut encore, il donna de si vives marques de repentir et de douleur, que sa mort arracha des larmes à ceux-mêmes que son crime avait le plus irrités.

A  suivre : LIVRE  QUATRIÈME.

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Message  Louis Dim 09 Aoû 2015, 12:22 pm

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LIVRE  QUATRIÈME

Il semble qu'il y ait eu, dans ce qu'on a rapporté jusqu'ici, de quoi occuper le zèle, et épuiser les forces de vingt ouvriers évangéliques ; mais Claver suffisait à tout. Au milieu des fatigues excessives que lui causait le soin des malades, des hérétiques et des prisonniers,  il n'oubliait jamais les nègres. Outre ceux qui ne font, pour ainsi dire, que débarquer à Carthagène, et qu on distribue ensuite dans toute l'Inde, il y en a un très grand nombre qui demeurent dans la ville, pour le service des particuliers, ou qui sont répandus dans le territoire d'alentour, pour y être employés aux travaux domestiques. Ces derniers forment différentes petites peuplades gouvernées par les Espagnols: ils ont d'autant plus besoin d'attention et de secours, qu'ils sont plus éloignés de tout commerce avec les chrétiens des villes; ce furent aussi ceux dont le saint missionnaire prit le plus de soin. Il eût bien voulu les conquérir tous à JÉSUS-CHRIST, au moment même de leur débarquement, et avant qu'ils fussent dispersés aux environs de Carthagène; mais il manquait souvent de bons interprètes; et c'est ce qui arrêtait malgré lui son zèle et ses travaux apostoliques.


I. Il trouve de quoi acheter des interprètes ; manière dont il les forme, ses soins pour eux.


Pour remédier à cet inconvénient, il avait appris la langue d'Angola, qui est la plus facile et la plus étendue de toutes. Mais elle ne lui suffisait pas, pour tant de nations différentes ; d'ailleurs les interprètes qu'il gageait à Carthagène lui faisaient souvent défaut, soit par leur propre négligence, soit par la dureté intéressée de leurs maîtres qui les lui refusaient. Il prit donc le parti d'acheter des nègres pour le service de la maison, dans l'espérance d'en faire peu à peu des interprètes habiles et laborieux. Il fallait pour ce dessein des ressources que le collège n'était pas en situation de lui fournir: mais Dieu lui fit trouver des aumônes abondantes, et sembla même autoriser son zèle en ce point par des événements qui tiennent du miracle. Ayant appris qu'un marchand de ses amis était sur le point de partir pour la traite des nègres, il lui remit une somme d'argent pour acheter trois esclaves des plus dociles et des plus capables d'instruction, en l'assurant que Dieu ne l'abandonnerait pas, et que cet argent devant servir à la conversion d'une infinité d'âmes, pourrait être la cause de son salut à lui-même.

Le commencement du voyage fut assez heureux…

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Message  Louis Lun 10 Aoû 2015, 11:36 am

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I. Il trouve de quoi acheter des interprètes ; manière dont il les forme, ses soins pour eux.


(suite)


Le commencement du voyage fut assez heureux pour le marchand, mais quand il fut à la vue des côtes de Guinée, il s'éleva tout à coup une si furieuse tempête, que les galions du roi, sur l'un desquels il s'était embarqué, furent dispersés en un moment, et que celui qui le portait alla donner avec impétuosité contre un rocher. Déjà le navire était à moitié brisé, on avait jeté à la mer une partie de la charge, et l'équipage cherchait inutilement à se tirer de ce péril. Dans cette extrémité, le marchand se ressouvient de l'argent que le P. Claver lui avait confié ; il se dépouille de tout, ne conservant autour de lui que le linge où il avait enfermé ce trésor, et plein de confiance en Dieu et dans les mérites de son serviteur, il se lance au milieu de la mer.

Malgré tous les efforts qu'il faisait pour se sauver à la nage, il se voyait sur le point d'être englouti par les flots, lorsqu'il aperçut tout à coup une monstrueuse écaille de tortue que la Providence semblait lui envoyer, comme autrefois elle envoya une baleine pour sauver le prophète Jonas: il résolut de s'en servir comme d'une espèce d'esquif pour gagner le rivage; et après avoir été pendant plusieurs heures le jouet de la fureur des vents et de la mer, il aborda enfin sain et sauf, mais absolument dénué de tout, et n'ayant pour toute ressource que l'argent du P. Claver. La tentation était délicate, vu l'état déplorable où il se trouvait réduit, mais sa fidélité fut plus grande encore, et il aima mieux s'exposer à manquer du nécessaire, que de manquer à exécuter la commission dont il était chargé. Il acheta les trois nègres qui lui parurent les plus habiles et les plus intelligents, et il ne douta point que si l'argent même du saint homme avait été son salut dans son premier voyage, l'usage qu'il venait d'en faire ne fût sa sauvegarde à son retour. C'est ce qu'il écrivit lui-même au P. Claver, avant que de partir pour Carthagène. Il ne se trompa pas dans son espérance, et Dieu, content de sa fidélité, lui fut fidèle à son tour. Son voyage fut heureux, ses travaux furent bénis du ciel ; et en peu d'années il devint plus riche qu'il ne l'avait été.

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Ce fut ainsi qu'avec le secours de la Providence, le zélé missionnaire parvint à avoir sept nègres tous de différentes

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langues : mais que de soins et que de peines ne lui fallut-il pas encore pour les  instruire et les former à instruire les autres! Il était souvent obligé…

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Message  Louis Mar 11 Aoû 2015, 11:09 am

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I. Il trouve de quoi acheter des interprètes ;
manière dont il les forme, ses soins pour eux.

(suite)


…Il était souvent obligé d'employer plusieurs jours de suite pour apprendre à quelques-uns d'entre eux à faire seulement le signe de la croix. Il avait destiné à leur instruction quotidienne un temps déterminé, il n'y manquait jamais, et en consacrait la plus grande partie au dernier arrivé: il avait soin de les occuper tous à un travail proportionné à leurs forces; et le petit profit qui pouvait en revenir à la maison lui servait ensuite, ou à en acheter d'autres, ou à soulager les infirmes et ceux qui étaient hors d'état de travailler.

Sérieux et mélancolique par caractère, avec eux il était toujours gai et ouvert. Sans cesse attentif à leurs besoins, il leur demandait souvent s'ils étaient contents dans la maison, s'ils étaient bien traités et s'ils ne manquaient de rien. Quand ils étaient malades, la désolation de son cœur se peignait sur son visage : non content de les secourir en tout ce qui dépendait de lui, il avait recours aux plus habiles médecins ; et quoiqu'il ne leur parlât jamais de ses propres infirmités, pour ses chers interprètes il les sollicitait jusqu'à l'importunité. Un de ces malheureux étant affligé d'une fistule dont l'infection le rendait insupportable à tout le monde, le P. Claver, avec la permission de ses supérieurs, le logea dans sa propre chambre, et le coucha dans son lit. Tous les jours il lui portait lui-même à manger, il pansait ses plaies, le nettoyait, lui donnait tous les remèdes propres à le soulager; et pour être plus en état de le secourir, il couchait à terre au pied de son lit. Il le garda ainsi pendant quatre mois entiers : ce qu'il fit pour celui-ci, il le faisait pour les autres à l'occasion.

Tous ne répondaient pas toujours à sa tendresse: il y en eut un, entre autres, qui, pendant plusieurs années, lui fit souffrir une espèce de martyre continuel: mais quoi qu'il pût faire à son égard, jamais le saint homme pensa, ni à le renvoyer, ni même à s'en plaindre à qui que ce fût; le regardant comme une occasion précieuse que Dieu lui ménageait, pour exercer sa patience et pour épurer sa vertu, il s'était fait une loi de lui marquer une affection particulière ; dans toutes les affaires les plus importantes il prenait ses conseils, il lui confiait tout ce qui l'intéressait le plus ; et il ne se vengea de ses duretés que par des soins plus empressés.

On a vu ailleurs quelle était son affliction quand…

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Message  Louis Mer 12 Aoû 2015, 11:30 am

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I. Il trouve de quoi acheter des interprètes ;
manière dont il les forme, ses soins pour eux.


(suite)


On a vu ailleurs quelle était son affliction quand il perdait quelque nègre: mais quand la mort lui enlevait un de ses interprètes, il était désolé, jusqu'à avoir besoin de consolation, et il recevait avec une extrême sensibilité les compliments de condoléance qu'on a coutume de faire en ces occasions. Il leur faisait faire des obsèques magnifiques, et il y invitait un grand nombre de prêtres et de religieux étrangers. Dans les enterrements de nègres, il avait coutume de dire lui-même la messe : mais quand il s'agissait de ses interprètes, sa douleur lui étouffait la voix, il n'avait plus de force que pour porter la croix ; et durant tout le service on le voyait fondre en larmes.

Ce fut avec le secours de ces hommes formés de sa main, qu'il exerça la plus grande partie de ses fonctions apostoliques auprès des autres nègres, et que ses travaux furent couronnés de tant de succès. On ne sait pas précisément combien il en baptisa : ce qui est certain, c'est que le nombre en fut très considérable. Un religieux l'ayant interrogé sur cet article, quelque temps avant sa mort, il lui répondit qu'il lui semblait en avoir baptisé plus de trois cent mille : mais comme son humilité le portait toujours à diminuer le nombre de ses bonnes œuvres, des gens dignes de foi ont assuré qu'il en avait baptisé au moins quatre cent mille. Quel triomphe dans le ciel, quand un ouvrier évangélique y entre accompagné de tant de mérites, précédé ou suivi de tant de milliers d'âmes à qui il a ouvert l'entrée de cet heureux séjour!

A suivre: II. Ses missions aux environs de Carthagène.

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Message  Louis Jeu 13 Aoû 2015, 12:27 pm


II. Ses missions aux environs de Carthagène.


Malgré tous les soins qu'il prenait des pauvres esclaves, jamais il ne croyait en faire assez, pour remplir auprès d'eux tout son apostolat. Les missions d'après Pâques succédaient ordinairement aux occupations laborieuses du carême, et on eût dit qu'il y reprenait de nouvelles forces. Quelque temps qu'il fit, il s'y rendait toujours à pied, sans que ni les pluies, ni les orages, ni les chaleurs excessives pussent retarder un moment ses courses apostoliques. Le salut des âmes lui tenait lieu de nourriture, et il demeurait sans jamais rien prendre jusque vers l'heure de midi où il disait la messe.                                                                      

Muni de tous les pouvoirs des ordinaires, pour absoudre les cas réservés, pour réhabiliter les mariages invalides et pour exercer toutes les autres fonctions d'un missionnaire, il se mettait en marche sans autres provisions que sa confiance en la Providence. Il prenait avec lui un interprète nègre, à qui il obéissait comme à son supérieur, et avec qui il partageait son petit bagage, consistant en ornements nécessaires pour dire la messe et en quelques chapelets, ou autres petits objets de dévotion à distribuer. Il lui fallut en mille occasions franchir des montagnes escarpées, grimper sur des rochers tout hérissés d'épines, traverser des ravines pleines de boue et de grandes marres d'eau: mais tout cela ne faisait qu'augmenter son courage, et redoubler sa reconnaissance pour ceux qui voulaient bien lui donner le moyen de travailler ainsi pour la gloire de son Dieu et le salut de ses frères.

Un jour, prêt à se mettre en route dans un temps d'orage et par des chemins affreux, il alla demander à un supérieur ecclésiastique les pouvoirs qui lui étaient nécessaires, et les ayant obtenus, à son retour il alla lui rendre les plus humbles et les plus sincères actions de grâces, comme si effectivement toute la grâce eût été pour lui et qu'on ne dût lui avoir aucune obligation de ses peines. L'ecclésiastique lui ayant alors demandé comment il s'était trouvé dans sa mission : « Fort bien, répondit-il en souriant, car le fruit a été grand, et le travail proportionné au fruit. » Aussi avait-il été souvent obligé de marcher ayant de l'eau et de la boue jusqu'aux genoux, et de se frayer un chemin au travers des broussailles et des épines qui avaient ensanglanté ses pieds, ses mains et son visage.

Dès qu'il était arrivé au lieu de sa mission, s'il y avait quelque chapelle ou oratoire, il y entrait, pour demander à Dieu la grâce de le seconder dans son travail : sinon, il se mettait à genoux au pied d'une grande croix qu'il faisait planter au milieu de la cour ; et là il implorait avec ferveur JÉSUS-CHRIST crucifié pour le salut de tant d'âmes qui couraient risque de se perdre, faute d'instruction et de secours. Ensuite, après avoir humblement salué tout le monde, s'il y avait dans la maison quelques nègres malades ou accablés de vieillesse, il se rendait à leurs loges pour leur donner des rafraîchissements, ou leur administrer les sacrements, en cas de nécessité. En passant ainsi de loge en loge, il cherchait la plus mauvaise et la plus pauvre pour y faire sa demeure.

Aux approches de la nuit…

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Message  Louis Ven 14 Aoû 2015, 12:09 pm

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II. Ses missions aux environs de Carthagène.


(suite)


Aux approches de la nuit et dans le temps que les nègres revenaient de leur travail, il les abordait avec douceur, les embrassait et, après leur avoir laissé quelques moments pour se reposer de leurs fatigues, il les assemblait dans la chapelle ou autour de la croix. Là, s'étant mis à genoux avec eux, il leur faisait réciter quelques prières à haute voix et leur expliquait le sujet de sa venue : ensuite, pour leur inspirer de vifs sentiments de douleur de leurs péchés et d'amour pour Dieu, il leur faisait sur les peines de l'autre vie et les grandes vérités de la religion une exhortation pathétique, soutenue par le spectacle de l'enfer et des souffrances de JÉSUS-CHRIST, dont il leur présentait toujours quelques tableaux propres à les frapper. Enfin, il les renvoyait, en les avertissant qu'il resterait avec eux tout le temps nécessaire pour les confesser et leur donner les autres secours dont ils auraient besoin. Chaque soir il renouvelait le même exercice; et avant qu'ils fussent retournés dans leurs loges, il s'informait exactement de leurs inimitiés, de leurs querelles, de leurs désordres et de tous les scandales qu'ils auraient pu donner, pour y apporter les remèdes convenables.

Les maîtres des habitations ne manquaient pas de l'inviter à venir à leur table : mais, pour prendre ses repas, il se retirait ordinairement à la mauvaise loge qu'il avait choisie pour demeure. Ce n'était qu'à force d'instances et d'importunités, qu'on pouvait le déterminer à manger avec ses hôtes. Il faisait porter aux malades les plats qu'on lui servait ; et il se contentait d'un morceau de pain fait de blé d'Inde, ou d'un peu de riz cuit avec du sel et de l'eau, sous prétexte que ces sortes de mets étaient bons pour son estomac. Le soir, après avoir renvoyé tous les nègres chez eux, il se donnait une rude discipline, passait plusieurs heures de la nuit en oraison, et prenait enfin un court sommeil à terre, enveloppé de son manteau. Avant le jour, il allait à la chapelle pour y entendre les confessions, et finissait le travail de la matinée par la sainte messe. De là il se retirait dans sa loge, occupé de Dieu jusqu'au moment où il recommençait ses instructions du soir.

Pendant qu'il prêchait aux nègres, il était quelquefois si tourmenté des moustiques, qu'il en était tout en sang ; et jamais il ne faisait le moindre mouvement pour les écarter : si quelqu'un s'avançait pour les chasser ou pour les tuer, il s'y opposait en disant que c'étaient des animaux qui appartenaient à Dieu, que d'ailleurs ils lui étaient fort utiles à lui-même, qu'ils lui tiraient le mauvais sang, et que par là ils le dispensaient de la saignée dont il avait besoin de temps en temps. Son interprète, désolé de lui voir le visage tout défiguré par ces insectes sans qu'il permît d'y remédier, prit le parti de lui faire abréger ses exhortations, en lui représentant qu'il fallait envoyer les nègres se reposer de leurs travaux.

Ce qu'il appréhendait le plus, c'était les attentions et les bons traitements des Espagnols ; et quand il ne pouvait se débarrasser autrement de leurs importunités, il terminait la mission le plus promptement qu'il lui était possible. Du reste, quelques efforts qu'on fît pour l'engager à se mieux traiter, jamais on ne put lui faire rompre l'abstinence rigoureuse dont il s'était fait une loi. Le peu de nourriture qu'il prenait, joint à l'excès et à la continuité de ses travaux, l'épuisait quelquefois jusqu'à le faire tomber en faiblesse au confessionnal. Un jour que, dans le cours de la matinée, cet accident lui était arrivé d'une manière plus grave qu'à l'ordinaire, son interprète le reprit vivement de son indiscrétion, et voulut lui persuader de prendre quelque chose : « Non pas encore aujourd'hui, répondit le saint missionnaire, car je n'ai encore rendu aucun service à Dieu. » A cela près, son obéissance pour lui était si singulière, que jamais il n'entreprenait rien d'important que par ses ordres, ou de son consentement. On lui écrivit d'une habitation fort éloignée, pour le prier d'y venir faire une mission ; il répondit qu'il y irait avec plaisir, si son nègre y consentait. Comme celui-ci ne jugea pas qu'il fût à propos d'y aller, à cause de la distance du lieu et de la difficulté qu'il y aurait à passer un grand fleuve qui se trouvait sur la route, il dit aux envoyés qu'il était bien fâché de ne les pas satisfaire, mais que cela ne dépendait pas de lui, et qu'il les priait de l'excuser.


A suivre : III. Succès que Dieu lui donne, et punition de quelques indociles. — Lumières extraordinaires dont il est favorisé.

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Message  Louis Sam 15 Aoû 2015, 11:49 am

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III. Succès que Dieu lui donne, et punition de quelques indociles. — Lumières extraordinaires dont il est favorisé.


Les fruits abondants et prodigieux qu'il recueillait de ses missions, le dédommageaient de toutes ses fatigues. Le baptême conféré à des centaines de nègres qui passaient pour chrétiens sans l'être ; des confessions mal faites réformées ; des inimitiés invétérées éteintes ; des relations coupables rompues, ou rectifiées par des mariages légitimes ; les habitudes de jurer, ou de proférer des paroles obscènes changées en cantiques de dévotion ; une réforme générale de mœurs, partout où le saint apôtre portait ses pas : voilà les succès dont il plaisait à Dieu de récompenser son serviteur.

Si quelqu'un, rebelle à ses avertissements, devenait un sujet de scandale pour les autres, il le menaçait avec force de la colère du ciel ; et le châtiment suivait la menace de près.

Un nègre opiniâtre et scandaleux n'avait tenu aucun compte, ni de ses avis, ni de ses menaces, on s'aperçut peu de jours après qu'il avait disparu; ceux qui furent envoyés à sa recherche, ayant rencontré un crocodile dans leur chemin, le tuèrent, l'ouvrirent et lui trouvèrent dans le corps la tête et quelques membres du malheureux esclave encore entiers.

Cet exemple répandit une si grande terreur dans toute l'habitation, qu'il inspira aux plus indociles une forte crainte de la justice divine. Il y en eut un autre qui, malgré ses premières résistances, finit par profiter des avertissements du ciel. Le saint missionnaire l'ayant trouvé occupé à semer un champ de maïs : «Vous le semez, lui dit-il, mais vous ne le recueillerez pas.» Il tomba malade peu de temps après, de sorte qu'on fut obligé de le rapporter à son habitation : sa jeunesse, la force de sa complexion, la nature de la maladie qui parut d'abord peu considérable, rien ne fut capable de le rassurer : il raconta à sa maîtresse l'aventure qui lui était arrivée avec le Père, se disposa à la mort et mourut dans des sentiments fort chrétiens.

Pour donner plus de crédit à ses discours, Dieu voulut les autoriser par des événements, où l'on ne pouvait s'empêcher de reconnaître sa puissance. Une certaine habitation (1) était depuis longtemps désolée par un volcan qui vomissait des flammes, dont l'odeur était insupportable et dont la violence menaçait les habitants d'un engloutissement prochain. Le P. Claver, à qui ces pauvres gens s'adressèrent, leur ordonna de préparer une grande croix pour le lendemain. Après avoir dit ces paroles, il se rend près du volcan, se met en prières, arrose la terre d'eau bénite et fait planter la croix devant le cratère; et les feux ne parurent plus depuis.

Dans le bourg de Tolu, la sécheresse était si extrême et si continuelle, qu'elle faisait tout appréhender pour la récolte…

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(1). Établissement d'un colon avec ses dépendances et plantations.

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Message  Louis Dim 16 Aoû 2015, 12:57 pm

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III. Succès que Dieu lui donne, et punition de quelques indociles. — Lumières extraordinaires dont il est favorisé.


(suite)

Dans le bourg de Tolu, la sécheresse était si extrême et si continuelle, qu'elle faisait tout appréhender pour la récolte. On avait déjà fait inutilement des prières publiques, pour obtenir de la pluie. Le curé vint au nom de tous les habitants conjurer le saint missionnaire de recommander à Dieu ce pays affligé : il se mit à genoux, et s'étant presque aussitôt relevé d'un air serein : « Consolez-vous, dit-il, vous aurez de l'eau avant le coucher du soleil. » Dès le soir même, sans que jusque-là on eût vu la moindre apparence de pluie, elle commença à tomber, et dura pendant trois jours et trois nuits en telle abondance, qu'elle répara tous les dommages causés par la sécheresse.


Saint Pierre Claver. - Page 4 Page_111


Une autre fois, étant allé dans l'habitation de D. Nicolas de Barrios, le nègre qui était l'intendant de la maison, plein de respect pour l'éminente sainteté du Père et persuadé que Dieu l'envoyait pour le soulagement d'une pauvre négresse malade, le reçut avec de grandes démonstrations de joie et fit tout son possible pour le bien traiter. Il voulut le loger dans un appartement commode; mais le Père ne choisit qu'un misérable taudis rempli de blé d'Inde déjà échauffé, qui fourmillait de calandres et d'autres petits insectes. Cependant, pour répondre aux honnêtetés de son hôte, il lui donna de bonnes espérances au sujet de sa malade, et ayant dit un évangile sur elle, elle se trouva débarrassée de son mal. Ce ne fut pas la seule faveur dont Dieu récompensa la charité du nègre. Le Père, charmé, de son bon cœur, lui promit de dire trois messes pour lui : il en avait déjà dit deux, lorsque le jour suivant il pria son hôte de partir promptement avec lui pour aller dire la troisième dans un autre lieu. Le nègre un peu surpris fit d'abord quelque difficulté : il se rendit enfin ; et à peine furent-ils sortis de l'habitation, que des pirates hollandais y vinrent tout mettre à feu et à sang.

Il rendit le même service à une peuplade auprès de laquelle il était allé en mission. Éclairé tout à coup d'une lumière surnaturelle, il avertit ceux qui assistaient à ses instructions, de se chercher pour quelque temps une autre demeure, parce que dès la nuit suivante il devait arriver une troupe d'Anglais déterminés à saccager tout le pays. L'avertissement parut d'autant plus extraordinaire, qu'on n'avait pas eu encore la moindre nouvelle de l'arrivée d'aucun Anglais dans ces mers : mais on ne fut pas longtemps sans reconnaître la vérité de la prédiction et la sagesse de ceux qui en avaient profité. Ces pirates qu'on avait cru fort éloignés, abordèrent la nuit même à la côte, ravagèrent toute l'habitation et  brûlèrent toutes les maisons, à la réserve de celle où le saint missionnaire avait logé et à laquelle il avait donné sa bénédiction.    

C'est ainsi que, pour la conservation et le salut de ces nouveaux chrétiens…

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Message  Louis Lun 17 Aoû 2015, 10:40 am

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III. Succès que Dieu lui donne, et punition de quelques indociles. — Lumières extraordinaires dont il est favorisé.


(suite)

C'est ainsi que, pour la conservation et le salut de ces nouveaux chrétiens, Dieu donnait à leur apôtre des lumières intérieures dont il ne manquait jamais de profiter lui-même, sans qu'aucune difficulté fût capable de l'arrêter. Étant un jour chez un capitaine espagnol, il partit subitement de la maison pour se mettre en chemin au travers des montagnes escarpées qui étaient dans le voisinage, sans prendre ni guide ni compagnon ; soit pour leur épargner les fatigues d'une telle route, soit pour leur cacher les faveurs qu'il recevait du ciel. Quand il fut de retour, le capitaine lui fit d'aimables reproches, sur ce qu'il allait ainsi seul par des pays inconnus et presque impraticables. « Il s'agissait, répondit le saint missionnaire avec une grande simplicité, du salut de trois âmes. » On sut en effet qu'il était allé pour trois pauvres nègres, cassés de vieillesse, oubliés de tout le monde, abandonnés au milieu des montagnes dans les ruines de quelques misérables masures, et qui n'attendaient que le secours d'un prêtre pour mourir en paix.

Il revenait de ses missions si maigre, si exténué et si défait, qu'à peine pouvait-on le reconnaître ; de sorte que les supérieurs étaient obligés de modérer ses austérités. Ce qu'il perdait du côté de la mortification, il savait bien le retrouver du côté de la charité. Dès qu'il n'était plus occupé à ses missions de la campagne, il reprenait avec une nouvelle ardeur ses travaux ordinaires auprès des nègres, des hérétiques et des musulmans de la ville. Mais les désordres des catholiques le touchaient encore plus vivement que l'infidélité des uns et l'aveuglement des autres. Se regardant toujours comme l'apôtre de Carthagène, il ne pouvait voir sans douleur que Dieu n'y fût pas parfaitement servi : il croyait n'avoir rien fait pour sa gloire, en ramenant les idolâtres à la foi, tandis que les enfants de l'Église la déshonoraient par leurs moeurs toutes païennes.


A suivre : IV. Il entreprend de réformer Carthagène; conversion extraordinaire de quelques libertins.

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Message  Louis Mar 18 Aoû 2015, 11:42 am

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IV. Il entreprend de réformer Carthagène; conversion extraordinaire de quelques libertins.


Pour y remédier, autant par ses exemples que par ses discours, il marchait toujours dans les rues d'un air si recueilli et si plein de Dieu, qu'il inspirait du respect et de la piété à tous ceux qui le voyaient. Au milieu même des places publiques, il savait prendre son temps, pour faire au peuple des exhortations vives et pathétiques propres à donner à tous les assistants une grande horreur du vice, et une crainte salutaire des châtiments qui lui sont préparés. S'il voyait un commencement de dispute et de querelle entre les habitants, il s'avançait aussitôt, et sa seule présence suffisait pour les apaiser. Trouvait-il des joueurs rassemblés en quelque endroit, il leur prescrivait lui-même ce qu'ils devaient exposer au jeu, pour prévenir, par la modicité de la somme, les excès où l'intérêt et le désespoir ont coutume de porter ; il les avertissait surtout de jouer sans tumulte et sans fraude, pour ne pas faire du jeu un trafic honteux ou un pillage criminel. Quelque part qu'il entendît jurer, ou proférer des paroles sales, il y accourait, et la vivacité de son zèle rendait presque toujours efficace une correction que la douceur de sa charité rendait aimable. C'était par cet heureux tempérament de sévérité et de douceur qu'il avait acquis une autorité à laquelle les plus libertins et les plus indociles n'osaient résister. Ceux qui s'occupaient d'entretiens suspects, craignaient tellement sa rencontre, que, dès qu'ils l'apercevaient de loin, ils se retiraient au plus vite, pour n'être pas surpris.

Outre le soin des hôpitaux et des prisons dont il était toujours chargé, les tentes des soldats, les magasins des négociants, les boutiques des artisans ouvraient tour à tour une nouvelle carrière à l'ardeur de sa charité et à la vivacité de son zèle. Il avait surtout une grâce particulière pour prévenir toutes les occasions d'offenser la divine majesté. S'il apprenait qu'il y eût quelques semences d'inimitié ou de haine entre les particuliers ou les familles, il se mettait aussitôt en devoir d'éteindre ces premières étincelles toujours capables de produire un funeste incendie, et il ne manquait jamais d'y réussir. Il se transportait chez les parties intéressées, et, par les charmes de sa douceur et de ses paroles, il savait si bien ménager les esprits et gagner les coeurs, qu'on l'appelait communément l'ange de la paix.

Il n'est aucun moyen de réformer les mœurs et de sanctifier les âmes qu'il n'embrassât avec ardeur. Une de ses principales attentions était d'aller dans les boutiques des artisans, où il savait qu'il y avait des jeunes gens et des enfants plus en état que les autres de profiter de ses instructions : il les exhortait à la crainte et à l'amour de Dieu, et tâchait de leur inspirer de bonne heure une tendre dévotion à la sainte Vierge. S'il entrait dans quelque maison pour confesser un malade, il chargeait son compagnon d'instruire les enfants, ou de faire une petite  exhortation à toute la famille, et s'il arrivait que le malade mourût, il en prenait occasion d'exhorter tous ceux qu'il trouvait rassemblés dans le voisinage, à bien vivre, pour bien mourir.

L'éclat de sa sainteté et le bruit de ses merveilles lui attira peu à peu…

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Message  Louis Mer 19 Aoû 2015, 12:30 pm

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IV. Il entreprend de réformer Carthagène; conversion extraordinaire de quelques libertins.


(suite)


L'éclat de sa sainteté et le bruit de ses merveilles lui attira peu à peu un grand nombre de personnes de condition qui désiraient ardemment de se confesser à lui et de se gouverner par ses avis ; mais ce n'était ni aux riches, ni aux grands qu'il voulait s'attacher. Outre que le soin des nègres, des malades et des pauvres lui donnait assez d'occupation, et que d'ailleurs son humilité en souffrait, il savait qu'il y a communément peu à gagner et beaucoup à perdre avec ces sortes de gens, que leurs passions aveuglent et que leur prospérité enivre. Dès qu'ils se trouvaient dans l'affliction ou dans la disgrâce, il les recevait volontiers ; mais en toute autre circonstance, il fallait perdre avec eux beaucoup de temps en compliments, en cérémonies, en discours inutiles et mondains ; et pour lui, il ne savait que parler de Dieu, que s'occuper du salut des âmes. Aussi trouvait-il moyen de s'en défaire le plus honnêtement qu'il lui était possible, pour se livrer presque tout entier aux pauvres et aux malades.

Ses travaux auprès des Espagnols étaient suivis des mêmes succès qu'auprès des nègres et des infidèles : on eût dit que Dieu, pour l'intérêt de sa gloire, avait donné à ses paroles une vertu puissante, un charme secret dont il était impossible de se défendre.

Emmanuel Rodriguez attesta, en parlant de lui-même, qu'étant, le soir, derrière un arbre, pour attendre l'occasion de commettre un crime, le P. Claver passa près de là, en revenant de confesser un malade : quoique la nuit fût déjà si obscure qu'on ne pouvait distinguer les objets à deux ou trois pas, le serviteur de Dieu se tourna vers l'endroit où il se trouvait, en lui criant : « Prends garde, malheureux, car la mort est aux aguets derrière cet arbre. » Ces mots furent pour Rodriguez un coup de foudre: il prit aussitôt la fuite, et renonça de bonne foi à son projet criminel.

Cet ascendant qu'il avait pris sur les cœurs était si connu, que pour les pécheurs les plus désespérés, quand tous les autres moyens étaient inutiles, on avait soin d'appeler le saint apôtre de Carthagène.

On vint lui dire une fois qu'un ancien comte de Gelao…

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Message  Louis Jeu 20 Aoû 2015, 12:11 pm

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IV. Il entreprend de réformer Carthagène; conversion extraordinaire de quelques libertins.


(suite)


On vint lui dire une fois qu'un ancien comte de Gelao,  réduit à l'extrémité, était près de mourir en désespéré ; qu'il n'écoutait ni exhortations ni prières ; que, quand on lui présentait le crucifix, il détournait la tête comme un furieux ; et que les ministres les plus zélés n'avaient point jusqu'alors remporté d'autre fruit de toutes leurs peines, que le chagrin de le voir toujours plus endurci. Le Père y alla sur le champ, et, dès la première fois, il fut beaucoup mieux reçu que tous les autres. Ayant passé le reste du jour en prières pour ce malheureux, il revint le lendemain plein de confiance en Dieu; après avoir dit au malade tout ce que l'ardeur de son zèle lui inspirait en pareilles circonstances, il tire son crucifix de son sein, il lui ordonne de l'adorer et de mettre le bout de la croix sur sa bouche. A cet instant le cœur du moribond est attendri, il demande pardon à Dieu avec de grandes marques de repentir ; et après avoir reçu tous les sacrements avec une piété exemplaire, il laisse les assistants parfaitement rassurés sur son salut. Dès qu'il eut expiré, le saint homme pénétré de joie entra chez un gentilhomme dont il connaissait la vertu, et le pria de se joindre à lui pour rendre grâces à Dieu de la miséricorde qu'il avait exercée envers ce pécheur.

Il apprit qu'une femme espagnole, qui se trouvait en péril de mort, ne répondait à tous les avertissements salutaires qu'on lui donnait que par les paroles les plus abominables. On eût dit qu'elle était livrée à l'esprit impur ; de sorte que, pour ne pas augmenter ses crimes, chacun se faisait un scrupule de lui parler. Après l'avoir recommandée à Dieu, le Père l'alla voir, il dit un Évangile sur elle et il n'en reçut d'abord point d'autres réponses que tous les autres. Indigné d'entendre de pareilles ordures, le zèle du chaste directeur s'enflamme, et en lui présentant son crucifix : « Allez, lui dit-il d'une voix qui parut à cette malheureuse un coup de tonnerre, puisque vous voulez aller en enfer, allez-y : voici votre juge qui vous y condamne. » A ces mots, elle se tait enfin, sans oser même lever les yeux. Ce premier point gagné, le saint homme, à l'exemple d'un pasteur charitable qui ne frappe la brebis égarée que pour la ramener au bercail, change de ton, tâche de la faire revenir par la douceur, et la conjure d'espérer en la miséricorde d'un Dieu crucifié pour son salut. La malheureuse, pressée par tant de motifs si forts et si touchants, se rend enfin ; elle demande à se confesser et l'abondance de ses larmes ne laissa aucun lieu de douter de la sincérité de sa conversion.

Il n'en fut pas ainsi d'une autre femme que le serviteur de Dieu exhortait depuis longtemps à mener une vie plus régulière. Quelques efforts qu'il pût faire, elle résistait toujours, et remettait sa conversion à un autre temps. « Hé bien ! lui dit-il un jour avec une sainte colère, continuez à fermer ainsi l'oreille à la voix d'un Dieu qui vous appelle; dans peu, vous verrez le succès de votre obstination. » Le châtiment suivit de près la menace : en moins de deux semaines cette misérable fut attaquée d'un mal si subit et si violent, qu'elle mourut sans avoir le temps de se reconnaître.

Il avait la même grâce pour consoler les personnes affligées. La dame Léonore d'Ordas ayant perdu l'espérance de revoir son mari, qui était absent depuis longtemps sans qu'on pût apprendre de ses nouvelles, tomba dans une telle mélancolie, que pendant plus de quatre mois on crut qu'elle en perdrait l'esprit. Ce qui augmentait son chagrin, c'est qu'elle se trouvait chargée de quatre ou cinq enfants en âge d'être établis, et à qui elle n'avait pas de quoi fournir le nécessaire. Ne sachant à quoi se résoudre, elle vint un matin à l'église du collège et demanda le P. Claver avec beaucoup d'empressement. Après lui avoir exposé le sujet et l'excès de son affliction, elle le conjura de prier Dieu pour elle et de vouloir bien lui donner quelque chose qui lui eût appartenu. L'humilité du saint homme fut troublée à cette proposition ; mais la dame lui ayant fait entendre qu'elle ne pouvait survivre à son malheur, et que, pour peu que ses peines durassent encore, elle se donnerait la mort, il tira la croix qu'il portait sur sa poitrine, lui dit de la mettre sur son cœur, pendant qu'elle entendrait la messe, et l'assura qu'elle y trouverait tout ce qu'elle désirait. L'effet suivit de près la promesse : cette croix dissipa en un instant tous les nuages de son esprit, adoucit toutes les amertumes de son cœur, et la laissa aussi remplie de consolation, que si la cause de ses peines eût totalement cessé, mais craignant qu'elles ne se renouvelassent bientôt, si elle se dessaisissait de cette croix salutaire, elle l'emporta chez elle, sans rien dire. Le Père, qui la regardait comme son plus précieux trésor, l'envoya redemander, et, pour l'obtenir plus aisément, il assura la dame qu'elle n'en aurait plus besoin : ce qui arriva comme il l'avait promis.

A suivre : V. Ses travaux et ses succès au temps de l'arrivée des galions.

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Message  Louis Ven 21 Aoû 2015, 3:42 pm

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V. Ses travaux et ses succès au temps de l'arrivée des galions.


Quelque occupé qu'il fût à réformer, à secourir, à consoler ainsi les habitants de Carthagène, les quatre derniers mois de l'année fournissaient encore plus ample matière à son zèle. Depuis le commencement de septembre jusqu'à Noël, les flottes d'Espagne ont coutume de se rendre à la baie de Carthagène, pour y joindre les vaisseaux du Pérou, du Potosi et de Quito, qui y arrivent chargés de toutes les richesses des Indes : le grand nombre d'étrangers qui s'y trouvent y forme alors une nouvelle ville plus corrompue encore que la première. A peine sont-ils débarqués à terre, qu'ils se livrent impunément à toutes sortes d'excès. Les haines, les vengeances, les duels y exercent librement toutes leurs fureurs. Enfin l'inconduite, l'ivrognerie, les usures, les fraudes, les jurements et les blasphèmes font de cette multitude débordée un assemblage de païens. C'est à ce torrent d'iniquités que le saint apôtre de Carthagène entreprit de s'opposer.                                                                        

Pour ce dessein, il prenait avec lui quelques jeunes gens bien instruits et formés à son école, et il allait avec eux à la grande place, où aboutissent les quatre principales rues de la ville. Là il passait une grande partie de la journée à instruire, à exhorter, à inviter les pécheurs à la pénitence ; et il le faisait avec tant de force, qu'on ne pouvait l'entendre sans être vivement touché. On ne peut dire le nombre des querelles qu'il étouffa, des scandales qu'il fit cesser, des usures, et des autres désordres qu'il abolit. Pour soustraire aux dangers de l'indigence une infinité de pauvres filles, trouva le moyen de les doter, soit par les aumônes qu'il allait lui-même recueillir dans la ville et sur la flotte, soit en faisant appliquer à cette bonne œuvre les amendes pécuniaires que les magistrats imposent en certains cas aux particuliers. En un mot, le fruit de ses travaux était si prodigieux, que vers la fin de l'année les confessionnaux étaient aussi fréquentés qu'ils le sont communément dans la semaine sainte.

A suivre : VI. Dieu le favorise du don de miracles.

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Message  Louis Sam 22 Aoû 2015, 11:38 am

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VI. Dieu le favorise du don de miracles.


Tant de succès n'eussent pas aussi pleinement répondu aux travaux d'un seul homme, si Dieu lui-même ne l'eût fait dépositaire de sa puissance en le favorisant des dons qu'il a coutume de communiquer aux apôtres des nations infidèles ; je veux dire du don des miracles, du don de prophétie, du don de pénétrer le secret des cœurs. Je commencerai par le don des miracles.

Un nommé François Lopez, chargé de recueillir les aumônes destinées à entretenir le luminaire de la confrérie du Saint-Sacrement, choisissait ordinairement pour faire cette quête, le temps de la plus grande ardeur du soleil ; parce qu'alors tout le monde se tient renfermé chez soi, pour éviter la chaleur. Dans l'exercice de cette bonne œuvre, il gagna une violente maladie qui le mit bientôt à l'extrémité. Pierre Mercado, son oncle, alla promptement chercher le P. Claver qui, à son arrivée, le trouva sans aucun signe de vie. Voyant que tout le monde le pleurait déjà comme mort : « Non, non, » dit-il avec confiance, « celui au service duquel il a perdu la santé saura bien la lui rendre ; et il n'a permis que le péril fût si grand, que pour mieux faire éclater la grandeur de sa miséricorde. » Il ordonna ensuite qu'on exprimât dans la bouche du malade l'eau d'une certaine espèce d'éponge, remède qui passe pour assez violent dans le pays ; mais un nègre fort expérimenté, qui se trouva présent, s'y opposa en soutenant que Lopez était mort. « Non », insista le saint homme, « il ne l'est pas : qu'on essaye seulement. » Puis il s'en retourna promptement à la maison, en recommandant le malade au Seigneur. On fit le remède ordonné, mais il n'opéra rien, et le nègre s'obstina plus que jamais dans son opinion. Tandis que toute la famille fondait en pleurs, Mercado va retrouver le Père, pour se consoler du moins avec lui. « Eh ! pourquoi», lui dit le serviteur de Dieu, « pleurez-vous ainsi votre neveu? Retournons, le remède aura peut-être plus de vertu une autre fois. » Aussitôt il se met en chemin, entre chez le malade, bénit la boisson qu'il avait d'abord ordonnée, remue lui-même l'eau avec la main ; et à peine l'eut-il donnée au malade, qu'on entendit celui-ci pousser un grand soupir. Dans le premier transport   de joie, tous les  assistants coururent à lui ; et le Père, entendant crier au miracle, disparut promptement. Quelque soin que son humilité eût pris de cacher ce prodige aux yeux des hommes, sa fuite précipitée, son air embarrassé, son espèce d'obstination à conseiller un remède, qui dans ces circonstances est souvent plus nuisible que salutaire, le trahirent malgré lui : et ce qui ne laissa plus aucun lieu d'en douter, c'est que dès ce même jour le malade fut parfaitement rétabli.

Le receveur André de Castro l'ayant fait appeler chez lui pour y baptiser un enfant qui paraissait en danger de mort, il voulut faire chauffer l'eau qui lui parut trop froide : mais comme il ne se trouva point alors de feu dans la maison et que le danger pressait, le saint se fit apporter l'eau, la bénit, la mêla avec la main, et à l'instant la personne qui tenait le vase d'argent sentit, au travers du métal, une douce chaleur qui la surprit extrêmement.

L'esclave d'une femme voisine du collège étant prête à expirer d'une…

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Message  Louis Dim 23 Aoû 2015, 12:01 pm

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(suite)


L'esclave d'une femme voisine du collège étant prête à expirer d'une hémorragie, sa maîtresse fort affligée, parce qu'elle n'avait point d'autre domestique pour la servir, fit avertir le P. Claver de venir la confesser au plus tôt. Il y alla, et après lui avoir donné l'absolution : « Levez-vous, Marie », lui dit-il, « et servez votre maîtresse. » Elle obéit, et se trouva sur-le-champ en état de rendre dans la maison tous les services ordinaires.

La sœur de la dame Isabelle d'Urbina étant malade d'une petite vérole accompagnée de pourpre, Isabelle envoya une chaise à porteur au P. Claver, qui était alors fort âgé et fort infirme, en le conjurant de venir disposer sa sœur à la mort, et la consoler elle-même. En arrivant, le Père fit prendre à la malade un petit morceau de conserve fort commune ; après quoi il dit à Isabelle : « Ne craignez plus de voir mourir votre sœur : la mort est, à la vérité, venue bien près d'ici, mais elle a passé. » En achevant ces paroles, il sortit. Le médecin étant venu quelques moments après et trouvant la malade fort affaiblie, voulut lui faire donner l'Extrême-Onction ; mais les deux sœurs pleines de confiance dans les paroles de leur saint directeur, ne jugèrent pas à propos de se presser ; et en effet la parfaite guérison suivit de près la visite et le remède.

Mais Dieu voulut faire sentir à la même dame, par un événement bien différent, quoique non moins miraculeux, qu'il connaît beaucoup mieux que nous-mêmes ce qui nous est avantageux; et qu'en pareil cas, il faut s'abandonner avec confiance entre ses mains. Son mari ayant été attaqué d'une maladie contagieuse dans un petit château à quelque distance de la ville, on fit prier le saint homme de venir au secours de ce gouverneur, qui était presque à l'extrémité. Il porta avec lui une image du F. Alphonse Rodriguez, qu'il présenta au malade. Dès que celui-ci l'aperçut, il témoigna beaucoup de joie et de respect ; il promit, s'il guérissait, une grosse somme d'argent pour contribuer aux frais de la canonisation de ce grand serviteur de Dieu. Le Père lui-même se mit en prières, et récita un évangile sur le gouverneur qui, malgré l'espérance d'un prompt rétablissement, mourut bientôt après fort regretté de tout le monde. Isabelle, inconsolable d'une telle perte, s'imagina que le Père n'avait pas voulu prier le Seigneur pour la santé de son mari, ne doutant point qu'il n'eût été exaucé s'il l'eût fait : elle s'en plaignit à lui-même fort amèrement, et eut le courage de lui demander s'il ne l'avait point trompée ? « Non », répondit Claver, « et le F. Alphonse lui-même a demandé instamment à Notre-Seigneur la guérison du malade ; mais ce divin Sauveur lui a répondu, qu'il lui était beaucoup plus avantageux de mourir maintenant, parce qu'il ne serait jamais mieux disposé. Il assura depuis si positivement et si souvent que ce gentilhomme était sauvé, qu'on ne peut révoquer en doute ses connaissances sur ce point, et que la vertueuse épouse se consola de la perte de son époux, par la certitude de son bonheur.

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Message  Louis Lun 24 Aoû 2015, 11:32 am

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D. Vincent de Villalobos fut attaqué d'un mal si violent, que toute la famille en pleurs le regardait déjà comme mort. Une femme de sa connaissance lui dit qu'une de ses esclaves étant sur le point d'expirer, elle lui avait mis, par le conseil du P. Claver, une certaine racine sur la tête et que en peu de jours elle avait été totalement guérie. C'étaient effectivement quelques racines broyées que le saint homme employait ordinairement dans ces sortes de rencontres, plus pour cacher le miracle que pour servir de remède. Plein de confiance, ce gentilhomme se fit appliquer le même remède sur la tête et sur le front : il dormit ensuite tranquillement, l'appétit qu'il avait totalement perdu lui revint et son mal se dissipa.

Une esclave de Dona Marie-Anne de Bellido tomba si dangereusement malade, qu'en peu de temps elle fut réduite à l'extrémité. Déjà même on la croyait morte et on se disposait à l'ensevelir, lorsque le P. Claver arriva, sans avoir été ni appelé, ni averti. « Non, non », dit-il en la voyant, « elle n'est pas morte, et même elle ne mourra point » Il l'appelle aussitôt par son nom, elle ouvre les yeux, lui répond, se confesse et se trouve parfaitement guérie.

Un autre jour qu'on l'avait été chercher en hâte pour un malade, il le trouva déjà privé de tout sentiment. Comme tout le monde jugea qu'il avait expiré, le Père mit sur le corps la croix qu'il portait et se retira aussitôt, en donnant pourtant quelque espérance à ceux qui étaient présents. A peine eut-il fait quelques pas dans la rue, qu'on le rappela : le Frère qui l'accompagnait, demanda ce qu'on voulait ? et comme on lui répondit que le malade désirait parler au P. Claver, le bon Frère, qui croyait la chose impossible, voulut continuer son chemin ; mais on le pressa si fort, qu'ils revinrent et trouvèrent celui qu'on avait cru mort parfaitement guéri. Cet homme rendit la croix, en faisant mille remercîments à son bienfaiteur, qui de son côté, sans proférer la moindre parole, retourna promptement au collège : mais son compagnon, aussi étonné du silence du Père que du prodige même, n'y fut pas plus tôt arrivé, qu'il raconta à tout le monde ce qu'il venait de voir.

Les démons ne résistaient pas plus que les maladies à la vertu de son pouvoir…

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Message  Louis Mar 25 Aoû 2015, 11:57 am

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Les démons ne résistaient pas plus que les maladies à la vertu de son pouvoir ; et le nombre des possédés qu'il délivra fut si grand que, dans les informations qui se firent après sa mort, on ne put recueillir qu'une partie des faits. En voici un exemple d'autant moins douteux, qu'il se passa à la vue d'une infinité de personnes. Dans l'hôpital de Saint-Sébastien, un nègre encore infidèle fut pris d'une maladie inconnue et qui paraissait incurable. Il oublia tout à coup sa langue naturelle, pour en parler une que personne ne pouvait entendre ; il sentait au dedans de lui-même une voix terrible qui le menaçait de mort, si jamais il songeait à se faire baptiser ; il devint enfin si furieux, qu'il voulait se détruire. Le P. Claver ayant été appelé, reconnut sans peine l'artifice et la rage de l'esprit des ténèbres : il dit quelques évangiles sur le malade et en lui mettant la main sur la tête, il récita le « Credo » à haute voix. A l'instant le démon prit la fuite, le nègre, devenu tranquille, parla sa langue ordinaire ; il demanda le baptême, et dès qu'il l'eût reçu, il se trouva délivré de toutes ses infirmités.

Ce n'est pas toujours par des guérisons ou des délivrances miraculeuses, que le Seigneur fait éclater la sainteté et la puissance de ses serviteurs. Une jeune négresse portant un panier plein d'œufs qu'elle allait vendre au marché, fut rencontrée par un Espagnol, qui, pour je ne sais quelle raison, lui donna un soufflet. Le coup fut si violent, que le panier tomba par terre et que tous les œufs furent cassés. La pauvre fille désolée de cette perte jeta de grands cris, qui mirent tout le voisinage en rumeur. Le P. Claver, qui passait par là, comme par hasard, fut touché de compassion ; et, s'étant approché de la négresse, il lui demanda ce qu'elle avait à pleurer ? « Ce que j'ai», répondit-elle: « voyez, mon Père, c'était là tout mon bien, tout ce que j'avais pour vivre pendant plusieurs jours.— Hé bien ! » répliqua le saint homme, « remettez vos œufs dans votre panier, et ne pleurez plus. » Ensuite, comme pour lui aider à les ramasser, il se mit à les pousser doucement vers elle avec le bout de son bâton, et, à mesure qu'il les touchait, ils devenaient aussi entiers qu'auparavant. L'esclave tout étonnée ne savait que penser et prenait tout ce qu'elle voyait pour un enchantement. Elle se retourna pour remercier son bienfaiteur, mais il avait disparu.

Il arriva une autre fois que le P. Claver, tout absorbé en Dieu au moment qu'il donnait la communion au peuple avec la plus belle chasuble de l'église, alla heurter contre une lampe dont l'huile se répandit sur lui. Quand il retourna à la sacristie, le Frère, tout désolé de voir son ornement perdu, ne put s'empêcher de lui en faire des reproches très vifs et en des termes peu mesurés ; mais voyant que le Père ne répondait rien, il alla en murmurant mettre la chasuble dans un coin séparé, de crainte qu'elle ne gâtât les autres. Le saint homme se retira dans l'église, en priant Dieu pour celui qui venait de le traiter si mal. Dès le lendemain, le sacristain étant allé revoir la chasuble, fut bien étonné de la trouver aussi propre et plus brillante même qu'auparavant. La surprise et la joie furent égales dans ce bon religieux, qui parut presque aussi sensible au recouvrement de son ornement qu'au prodige qui le lui avait rendu.

Il faudrait un volume entier, pour rapporter toutes les guérisons subites, ou désespérées, toutes les merveilles que le saint apôtre opéra dans l'exercice de son ministère, soit en visitant seulement le malade, soit en récitant sur lui un évangile, soit en lui envoyant quelques conserves, soit enfin en lui appliquant quelque relique. En voici un trait singulier, et qui fit plus de bruit que la plupart des autres….

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Message  Louis Mer 26 Aoû 2015, 11:50 am

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VI. Dieu le favorise du don de miracles.


(suite)


Un jeune Catalan, particulièrement connu du P. Claver, résolut de s'embarquer en qualité de chirurgien, sur un vaisseau qui partait pour l'île de Cuba, de conserve avec celui qui portait le gouverneur de la Jamaïque. Avant que de mettre à la voile, il alla prendre congé du Père, à qui il demanda des reliques pour sa sauvegarde durant le voyage ; et en ayant obtenu quelques-unes, qui étaient renfermées dans un papier, il les attacha sur sa poitrine. Lorsque les deux vaisseaux furent en vue de la Jamaïque, on aperçut un gros navire ennemi qui leur donna la chasse. Celui qui portait le gouverneur eut le temps de gagner le port, tandis que l'autre, resté seul, était obligé de soutenir un feu terrible. Au milieu du combat, une balle frappa le chirurgien à la poitrine; il tomba sous le coup, on le crut mort et on le retira promptement à fond de cale. Comme on le déshabillait, pour tenter de lui donner quelques secours s'il n'était que blessé, on vit tomber de son sein une grosse balle qui, s'étant arrêtée contre le papier, ne lui avait laissé qu'une légère contusion sur la chair. On lui demanda avec étonnement la cause d'un événement si extraordinaire ; et ayant répondu qu'il était redevable de son salut à ce papier qui venait du P. Claver, il fut obligé de le partager, aussi bien que les reliques entre tous les gens de l'équipage. Cependant les ennemis, contents de la prise du vaisseau, débarquèrent leurs prisonniers dans l'île de la Jamaïque, où le bruit de ce prodige se répandit en peu de temps. Le gouverneur, de retour à Carthagène, eut soin de l'y publier ; et le jeune chirurgien étant venu remercier le Père, prit à part le F. Gonzalez, lui raconta le fait et le pria de l'écrire, afin que la mémoire d'un événement si miraculeux ne se perdît point.

La vertu communiquée au serviteur de Dieu semblait n'être inutile que pour lui-même; de sorte que, dans les infirmités dont il était accablé, il ne trouvait de ressource que dans sa patience et sa soumission à la volonté de Dieu. Cependant, un jour qu'il était tombé fort gravement et s'était fait à la tête une blessure qui ne fut pas bien traitée par un chirurgien peu habile, on en fit venir un autre plus expert. Celui-ci jugea à propos d'ouvrir la plaie de la largeur de plus d'un doigt, et, le lendemain, l'ayant trouvée parfaitement guérie sans aucune autre marque qu'une petite cicatrice rouge, « Il a passé par ici, » dit-il aussitôt avec étonnement, « un plus grand chirurgien que moi. » Il demanda ensuite un nouveau linge au Frère infirmier, sous prétexte de changer l'appareil, mais en effet pour avoir la consolation d'emporter celui qui était déjà teint du sang d'un si saint homme. En arrivant chez lui, il l'appliqua sur les yeux de sa femme, qui depuis trois mois était incommodée d'une grosse fluxion, et dans le même instant elle se trouva guérie.

A suivre : VII. Dieu lui fait connaître ceux qui ont besoin de son secours.

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Message  Louis Jeu 27 Aoû 2015, 11:24 am

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VII. Dieu lui fait connaître ceux qui ont besoin de son secours.


Il n'était pas toujours nécessaire qu'on s'adressât à lui, pour éprouver l'effet de son pouvoir auprès de Dieu. On a déjà remarqué plus d'une fois, que souvent il connaissait par une lumière surnaturelle les personnes malades, affligées, qui avaient besoin de son secours. C'est ce qui fut juridiquement prouvé dans les informations canoniques, on en verra avec plaisir quelques exemples.

Un pauvre homme, nommé Alphonse Nicolas, étant tombé dangereusement malade, fut tout surpris de voir le P. Claver entrer chez lui, parce qu'il ne l'avait point fait avertir, et que d'ailleurs son logement était si écarté qu'on ne pouvait le trouver que très difficilement. Après lui avoir dit quelques paroles de consolation, le saint homme l'exhorta à se confesser ; et, ayant appris de lui qu'il s'appelait Nicolas, il lui demanda s'il voulait voir son patron. Le pauvre répondit qu'il le voulait bien. Aussitôt le Père tire de sa poche un livre où était l'image du saint et la présente au malade. On y voyait une troupe de démons fuyant à l'aspect du saint évêque, et dont la figure terrible fit une si forte impression sur Alphonse qu'au moment même il conçut une vive douleur de ses péchés, et que, pour commencer une vie plus chrétienne, il voulut faire une confession générale. Le Père lui fit en sortant une aumône considérable, il continua de le visiter tant qu'il fut malade ; et, après lui avoir rendu les plus humiliants services, il baisait les ulcères dont il était couvert. Quand le malade fut en état de marcher, il venait tous les jours à l'église du collège ; dès que le P. Claver l'apercevait, il se levait du confessionnal et le prenait par le bras, pour l'aider à se traîner jusqu'à la chapelle du Christ, où il avait soin de le placer de manière qu'il pût entendre la messe commodément.

On vit alors se renouveler mille fois, en faveur des Espagnols, les merveilles opérées en faveur des nègres qui avaient besoin d'un prompt secours. Comme il allait un jour voir un malade pour qui on l'avait appelé, il s'arrêta tout à coup au milieu du chemin, puis s'adressant à son compagnon : « Mon Frère, » lui dit-il en homme inspiré, « retournons sur nos pas, et allons sauver une âme. » A ces mots il marche en diligence vers l'endroit que lui marquait l'esprit de Dieu, et il entre dans une cabane où il trouve un pauvre Espagnol que la misère et le désespoir avaient réduit à se pendre. Comme il respirait encore, le P. Claver coupe la corde, reçoit ce malheureux entre ses bras et le fait revenir à force de soins. S'appliquant ensuite à la guérison de son âme, il lui fait vivement sentir le risque qu'il avait couru de périr éternellement ; et le voyant pénétré d'une sincère douleur de son crime, il le confesse, le console et le laisse enfin déterminé à recevoir avec soumission la croix dont Dieu l'avait chargé.

Une dame espagnole, dont le fils avait mal réussi dans quelques affaires qu'on lui avait confiées, se voyant accablée de dettes et poursuivie par des créanciers impitoyables, dont elle essuyait tous les jours les menaces et les mauvais traitements, tomba dans un si violent désespoir qu'elle prit la résolution de s'empoisonner. Au moment qu'elle descendait pour fermer la porte de la maison, afin que personne ne vînt la troubler dans l'exécution de son dessein, le P. Claver, conduit par une inspiration particulière, entra dans la cour. « Qu'y a-t-il donc, Madame, » lui dit-il en la regardant d'un air de bonté et de compassion ? Frappée d'une visite à laquelle elle ne s'attendait pas et revenue à elle-même: « Ah! mon Père, s'écria-t-elle, soyez le bien-venu : c'est sans doute un ange que Dieu m'envoie pour me secourir. » En même temps, elle se jette à ses pieds et lui montre le poison qu'elle avait préparé. Le Père l'ayant reprise avec fermeté, lui fit une vive exhortation sur la dette éternelle qu'elle allait contracter, sur les exigences tyranniques des démons auxquels elle voulait se livrer, et sur les avantages des afflictions et de la patience. « Eh ! pourquoi, ajouta-t-il, désespérer, même en cette vie ? Que n'avez-vous recours à Dieu ? Ne savez-vous pas que c'est un père qui n'abandonne jamais ceux qui se confient en lui ? » La dame, vivement touchée, reconnut sa faute, la confessa et, après en avoir reçu l'absolution, se résigna parfaitement à tout ce qu'il plairait à la Providence de lui envoyer.

Dans une maison de Carthagène distinguée par sa piété…

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Message  Louis Ven 28 Aoû 2015, 12:16 pm

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VII. Dieu lui fait connaître ceux qui ont besoin de son secours.



(suite)


Dans une maison de Carthagène distinguée par sa piété, il y avait un grand nombre de négresses à qui on ne permettait pas de sortir. Une d'entre elles, ne pouvant supporter une pareille contrainte, prit le parti de s'enfuir. Au bout de quelque temps, elle eut de vifs remords; mais la crainte du châtiment l'empêchant de retourner, elle résolut de se donner la mort. Dans ce dessein, elle se munit d'une corde, sort de la maison où elle se tenait cachée, monte sur un arbre, et s'étant déjà mis la corde au cou, elle s'écrie : « JÉSUS, soyez avec moi. » A ce nom si doux et si puissant, la corde rompt ; la négresse tombe à terre pénétrée de repentir, et, faisant le signe de la croix, elle bénit la miséricorde divine de l'avoir délivrée d'un tel péril, mais sans pourtant oser encore retourner chez ses premiers maîtres. Au milieu de son embarras, elle entendit une voix secrète qui lui disait d'aller à l'église des jésuites et de s'adresser au P. Claver : elle y alla sur-le-champ et se confessa de son crime, en lui montrant la corde rompue. Le saint homme, après lui avoir donné tous les avis nécessaires, la ramena lui-même à ses maîtres, et en obtint le pardon de cette malheureuse esclave, en les assurant de son repentir.

Un jour, sortant du collège, le P. Claver rencontra sur son chemin une jeune dame: « Où allez-vous, lui dit-il ?» La pauvre femme hésitant à répondre: « Donnez-moi, ajouta-t-il, avec bonté, ce que vous portez là. » Elle, le regardant comme un homme inspiré, tira aussitôt de sa poche une corde qu'elle lui montra, en lui avouant que le désespoir la lui avait fait prendre pour terminer ses jours. « Hé ! pourquoi, ma fille, reprit-il encore, voulez-vous mourir, tandis que je suis ici, prêt à vous donner tous les secours nécessaires ? » Il lui ordonna ensuite de retourner chez elle, lui fit faire une confession générale et l'engagea à mener désormais une vie chrétienne.

Il tira encore du même péril une malheureuse esclave désespérée de ne pouvoir obtenir la liberté que son maître lui avait souvent promise pour récompense de ses services. Toutes les fois qu'elle faisait réflexion à son malheur, le démon lui apparaissait tout disposé à la délivrer de ses maux : « Que tardes-tu »? lui disait-il, en lui témoignant beaucoup de compassion de son état. « Que ne te donnes-tu la mort ? C'est la fin de tous les maux de la vie. Te voilà esclave et malheureuse pour toujours ; et si tu avais assez de courage pour exécuter ce que je te conseille, tu serais admise dans le ciel au nombre des martyres. » Un jour qu'elle était à une fenêtre, où il y avait des grilles et des barres propres au dessein du prétendu médecin : « Voilà, lui dit-il, une belle occasion de te rendre heureuse ; mais dépêche-toi, car je vois venir ici un homme que je hais, parce qu'il est mon plus grand ennemi ; et s'il arrive, nous ne pourrons achever. Déjà elle s'était passé la corde au cou, lorsque le P. Claver entra dans la maison :

« Ne te l'avais-je pas bien dit ? » lui cria le démon, en prenant la fuite.

— « Et qu'est-ce ceci ? » lui dit à son tour le saint homme en l'abordant. « Que faites-vous ? Pourquoi cette corde ?

— Hélas ! mon Père », répondit la pauvre esclave en versant des torrents de larmes, « c'est la peine de mes péchés, j'étais perdue sans vous.

— Hé bien! » répliqua-t-il, en lui présentant le crucifix, « voici qui vous pardonnera ces péchés, si vous vous en repentez vivement à ses pieds. » Il la disposa ensuite à faire une confession générale et la laissa très contente de passer le reste de sa vie dans l'esclavage pour expier son crime.

Souvent Dieu ôte aux hommes les biens périssables de la fortune…

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