Saint Pierre Claver.

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Message  Louis Jeu 03 Sep 2015, 12:52 pm

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IX. Il est favorisé du don de prophétie. — Diverses prédictions en conséquence.

(suite)


Il tira d'un danger encore plus pressant un grand nombre de personnes qui étaient sur le point de périr, sans le savoir. En passant un jour devant une maison de la ville, il avertit tous ceux qui y étaient d'en sortir sans différer, s'ils ne voulaient pas être écrasés sous les ruines. Ils obéirent, quoique avec assez de répugnance, parce qu'ils ne voyaient aucun péril : mais à peine eurent-ils fait quelques pas, que la maison croula et ne fut bientôt plus qu'un tas de bois et de pierres.

D. Juan d'Uvriarte Araoz, un de ses pénitents, désolé de voir sa fille unique à l'extrémité, résolut d'aller au collège la recommander aux prières de son saint directeur. « Non, non, lui dit le Père en le voyant arriver, et avant qu'il eût encore pu dire une parole. — Mais, mon Père, répartit D. Juan, que voulez-vous me dire par là? Croyez-vous que je vienne me confesser? — Vous voulez, répliqua le saint homme, que je recommande votre fille à Dieu; rendez-lui plutôt grâces de ce qu'il veut la prendre pour le ciel: il n'est pas même nécessaire de dire la messe pour elle. » Par toutes les perquisitions qu'on fit à ce sujet, on reconnut qu'il n'était pas possible que le Père eût été informé de la maladie subite de cette fille. Elle mourut le jour même, et les parents ne doutant point de son salut, se consolèrent plus aisément de sa perte.

Il lui arrivait souvent de prédire ces sortes de morts heureuses, plus consolantes et plus précieuses que la santé. Étant allé voir Augustin de Baraona qui languissait depuis quelque temps, le malade voulut se confesser pour se mieux disposer à la mort. Sa femme et son fils voyant qu'ils avaient déjà passé plus d'une heure et demie ensemble, eurent la curiosité d'écouter ce qu'ils disaient et se glissèrent doucement derrière les rideaux. Ils furent bien surpris de voir le Père à genoux, qui, les mains jointes, suppliait son malade de le recommander à Dieu, dès qu'il serait avec lui, ce qui arriva le lendemain ; Baraona le lui promit, en l'embrassant avec tendresse. Cependant la dame, affligée d'entendre que la mort de son mari était si proche, fondait en larmes: mais son fils la consola enfin, en lui rappelant les paroles que le saint homme avait ajoutées. La mort de Baraona arriva le lendemain, ainsi que le Père l'avait prédit.

De toutes les personnes de Carthagène, Dona Isabelle d'Urbina fut celle qui eut le plus souvent occasion de reconnaître dans son saint directeur le don de prophétie et de lumières. Un jour, après l'avoir confessée, il lui imposa pour pénitence de prier Dieu pour les esclaves qu'elle avait dans une habitation fort éloignée de Carthagène; « et surtout pour ce pauvre martyr », répéta-t-il par deux fois avec une émotion extraordinaire. Huit jours après elle apprit qu'à la même heure, le maître des esclaves en avait aperçu un qui s'était retiré pour prendre un peu de repos, parce qu'il se sentait fort malade; et que s'étant imaginé que ce malheureux quittait le travail par négligence, il l'avait fait traîner rudement en prison, où, chargé de fers, il périssait de misère et de langueur.

Quelques jours avant le carême, étant entré chez la même dame, à qui sa sœur était venue tenir compagnie: « En vérité, dit-il, de tout ce carême, on n'aura pas besoin ici de parures. » Dès le premier dimanche, D. Juan d'Urbina, leur père, tomba si malade, que les deux sœurs ne furent presque occupées qu'à le soigner. Au bout d'un mois, il lui prit une si grande défaillance qu'on pensa à lui donner le viatique ; et comme sa fille était toute désolée de voir que le médecin voulait différer, le P. Claver la rassura, en lui disant qu'il n'était pas encore temps. Quelques jours après, il survint au malade de grands vomissements qui firent craindre pour sa vie, et le lendemain Dona Isabelle courut à son saint directeur pour lui demander le secours de ses prières. « Quoi! lui dit-il, en frappant deux fois de la main sur une petite table qui était placée vis-à-vis de son confessionnal, quoi! des prières pour ce saint homme Job! Dieu lui destine une brillante couronne dans le ciel; mais ce ne sera que la semaine sainte. » Il mourut en effet le dimanche des Rameaux.

Il se trouvait alors à Carthagène un jeune Espagnol de grande espérance, nommé Emmanuel Alvarez…

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Message  Louis Ven 04 Sep 2015, 12:44 pm

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IX. Il est favorisé du don de prophétie. — Diverses prédictions en conséquence.

(suite)


Il se trouvait alors à Carthagène un jeune Espagnol de grande espérance, nommé Emmanuel Alvarez. Le P. Claver le pressa vivement de quitter le monde et de prendre l'habit religieux, parce qu'il devait mourir plus tôt qu'il ne pensait, en telle année et en tel mois qu'il lui marqua. Alvarez, incertain de ce qu'il devait faire, ne découvrit rien à personne de tout ce qu'on lui avait dit et continua pendant quelques années ses études à Santa-Fé. Après y avoir pris les grades ordinaires, il revint à Carthagène, où il ne trouva plus le serviteur de Dieu qui était mort depuis quelque temps, et où il prit enfin l'habit de Saint-François. Au milieu de son noviciat, il tomba malade; et comme ses supérieurs voulaient le renvoyer chez ses parents pour se rétablir, parce que le mal paraissait devoir être long et dangereux : « Non, non, dit-il alors avec assurance, tout cela serait inutile : je dois mourir cette année, dans ce lieu même, et ce sera au commencement du mois prochain. Il y a longtemps que mon saint P. Claver me l'a prédit, et cela arrivera assurément. » En effet, le novice mourut saintement dans les premiers jours du mois suivant.

D. Lopez d'Estrada, fils aîné de la sœur d'Isabelle d'Urbina, ayant été puni par son maître pour quelque négligence dans ses études, se retira de dépit au couvent de Saint-Jacques, dans le dessein de se faire religieux. Ses parents en eurent beaucoup d'inquiétude. Le P. Claver étant allé voir la mère du jeune homme, cette dame lui fit part de son chagrin, en lui disant que, quoiqu'elle désirât voir ses enfants prendre une route aussi sainte, celui-ci n'était pas encore en état d'embrasser un tel parti. « Ne craignez rien, lui répondit le saint homme. D. Lopez ne sera jamais religieux ; mais il faudra vous résoudre à consacrer à Dieu vos deux cadets qui entreront chez les jésuites. » L'aîné changea bientôt en effet de résolution, et les deux frères, qui n'avaient jamais pensé à se faire religieux, sollicitèrent fortement leur entrée dans la Compagnie: mais D. Pédro d'Estrada, leur père, ne put jamais se résoudre à y consentir. Quelque temps après, le jeune D. Lopez s'étant embarqué sur la Capitane pour aller à l'île de Sainte-Catherine, le navire heurta rudement sur un rocher à l'entrée même du port, et se brisa. La nouvelle en vint bientôt à Carthagène, et les débris qu'on aperçut tout le long de la côte ne servirent que trop à la confirmer. La mère du pilote vint tout éplorée trouver le P. Claver pour lui demander le secours de ses prières dans ce malheur. « Consolez-vous, lui répondit-il, ne pleurez point: le navire à beaucoup souffert à la vérité, mais il n'a péri aucun homme de l'équipage. » Il confirma la même chose à la mère de D. Lopez, en ajoutant que bientôt elle reverrait son fils. Cependant Don Pedro ne pouvait se rassurer. Un jour que ce gentilhomme priait avec beaucoup de ferveur dans l'église des jésuites, il promit à Dieu que, s'il lui venait de bonnes nouvelles de son aîné, il consentirait de bon cœur à ce que les deux autres se fissent religieux. A peine eut-il fait cette promesse, qu'au sortir de l'église il trouva un homme avec une lettre de D. Lopez, qui lui mandait qu'il était en sûreté à Porto-Belo, avec tous les gens du navire. Peu de temps après, les deux cadets entrèrent chez les jésuites, où ils vécurent avec une grande réputation de vertu.

Le saint missionnaire, qui venait de donner des assurances si positives de la vie de D. Lopez, eut bientôt l'occasion d'en donner de fort tristes à son sujet. Ce jeune gentilhomme étant passé en Espagne durant le siège de Barcelone, ne voulut pas manquer une si belle occasion de signaler son courage. Un jour que le P. Claver confessait Isabelle d'Urbina sa tante, il lui dit qu'au mois de novembre elle aurait une mort à pleurer, et la laissa dans une grande inquiétude. Au bout de quelques jours, l'ayant rencontrée avec sa sœur, mère de D. Lopez: « Pour octobre, leur dit-il, pour octobre. » Comme il les regardait toutes deux en ce moment d'un air fort affligé, chacune d'elles craignit pour soi et ne savait que penser. Enfin la flotte d'Espagne étant arrivée au mois de novembre, apporta des lettres par lesquelles on apprit que, le sept d'octobre, D, Lopez avait été tué au siège de Barcelone.


A suivre : LIVRE CINQUIÈME.

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Message  Louis Sam 05 Sep 2015, 11:51 am

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LIVRE  CINQUIÈME.



Ce sont les vertus qui font les saints, plutôt que les prodiges, les révélations et les extases, quoique ces dons singuliers supposent ordinairement une grande sainteté dans ceux qui en sont favorisés. Ce qu'on a vu jusqu'ici du P. Claver, ne peut donner que la plus haute idée de ce grand serviteur de Dieu ; mais tout admirables que paraissent et que soient effectivement ses œuvres, elles le sont encore plus dans leur principe; je veux dire dans les vertus éminentes de ce saint apôtre. Avant donc que de parler de l'heureuse mort et de la récompense éclatante dont le Seigneur voulut les couronner, j'espère qu'on ne sera pas fâché de les voir réunies ici sous un seul point de vue; elles n'en serviront que mieux à rendre croyables, et les prodiges que nous avons déjà rapportés, et ceux qui nous restent à raconter encore.


I. Son amour pour Dieu.


La reine des vertus et celle d'où naissent toutes les autres, était aussi celle qui avait jeté de plus profondes racines dans son cœur. Rien de plus ardent et de plus tendre tout à la fois que son amour pour Dieu. Toutes ses entreprises, tous ses travaux, toutes ses peines, toutes ses mortifications partaient du même principe, de son désir extrême d'endurer quelque chose pour Dieu et de lui marquer par là son amour. Quoi qu'il pût faire et souffrir pour lui, il croyait toujours ne rien souffrir et ne rien faire, parce qu'il ne faisait et ne souffrait rien qui répondît à la grandeur de sa charité. De là cette oraison continuelle que, ni les occupations les plus laborieuses, ni les maladies les plus accablantes, ni le sommeil même, n'étaient capables d'interrompre : de là cette union intime avec Dieu, qui paraissait plutôt celle d'un séraphin habitant du ciel, que d'un homme encore attaché à la terre.

A le voir si modeste, si recueilli, si solitaire, au milieu même du plus grand tumulte, il était aisé de juger qu'il était sans cesse comme absorbé en Dieu ; et ni le bruit, ni le péril, ni quelque chose que ce pût être, ne le détournait de cet objet. Comme il passait un jour dans une rue de Carthagène, les chevaux d'un carrosse, ayant pris le mors aux dents, vinrent avec furie à sa rencontre : on lui criait de toutes parts de s'écarter ; mais comme il ne s'apercevait pas du danger, le frère qui l'accompagnait fut obligé de le prendre promptement entre ses bras et de le retirer dans une boutique voisine. Pour lui, il n'avait rien vu, ni entendu, et il ne demanda pas même à son compagnon de quoi il s'agissait.


A suivre : II. Son oraison continuelle. — Faveurs qu'il y reçoit.

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Message  Louis Dim 06 Sep 2015, 12:07 pm

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II. Son oraison continuelle. — Faveurs qu'il y reçoit.

Dès qu'il n'était pas occupé au service du prochain, il se délassait par la prière de ses travaux apostoliques. Le P. Sébastien de Morille, qui fut recteur du collège de Carthagène, avait coutume de dire qu'il ne savait pas quand le P. Claver finissait son oraison, parce que, à quelque heure qu'il allât dans sa chambre, il l'y voyait toujours en prières. Quelquefois, ouvrant doucement la porte, il le trouvait, ou une couronne d'épines sur la tête, ou une corde au cou, souvent si hors de lui-même, que, pour ne le pas troubler, il se retirait sans lui rien dire. Ceux qui l'ont observé de plus près, ont attesté qu'il ne donnait que deux ou trois heures au sommeil, et qu'il passait le reste de la nuit en oraison, répandant une grande abondance de larmes ; son sommeil même était souvent interrompu par de tendres aspirations vers Dieu. Comme les orages sont terribles à Carthagène, surtout pendant la nuit, le F. Gonzalez, qui était son voisin, allait quelquefois tout transi de peur se renfermer dans la chambre du saint homme : il se mettait même à son côté, pour se mieux rassurer. Dès que l'orage avait cessé, il sortait, sans que le P. Claver l'eût entendu, ni qu'il fût revenu un seul instant de sa contemplation.

On n'a jamais pu connaître les faveurs célestes qu'il éprouvait dans son oraison, parce qu'il prit toujours un très grand soin de les cacher; mais son humilité profonde, sa prodigieuse mortification, sa patience invincible dans les travaux, son parfait détachement des créatures, son extrême mépris de lui-même, sa pureté de vie, cet esprit prophétique qui lui découvrait les besoins des absents, les choses futures et les secrets des cœurs, en un mot, ses ravissements et ses extases sont des preuves incontestables de ses communications intimes avec Dieu et du sublime degré de contemplation auquel il fut élevé.

On le vit souvent, soit quand il offrait le divin sacrifice, soit quand il récitait les prières au milieu de ses pauvres de Saint-Lazare, soit quand il assistait les criminels à la mort, environné d'une lumière brillante qu'on ne pouvait regarder sans en être ébloui. Quelqu'un qui passait un soir près de sa porte vit à travers des fentes une clarté si extraordinaire, qu'il crut que le feu était dans la chambre. Il entra brusquement, et il aperçut au milieu d'une lumière aussi douce que vive, le serviteur de Dieu élevé de terre, immobile et abîmé dans une profonde contemplation.

La même chose arriva au nègre qui le servait. Une nuit qu'il entrait dans sa chambre, il la vit remplie d'une lumière si éclatante que d'abord il s'arrêta court. Ayant ensuite cherché le Père, il le trouva suspendu en l'air, les yeux tendrement attachés sur un crucifix qu'il tenait en main, mais à genoux et dans la posture où il était avant ce ravissement Le saint resta plusieurs heures en cet état, jusqu'à ce qu'enfin on le vit descendre peu à peu à terre. Le Frère qui était chargé de le soigner dans sa dernière infirmité, fut une fois témoin du même prodige. Il en fut si frappé, qu'il douta quelque temps s'il n'appellerait point les autres religieux à ce merveilleux spectacle; mais craignant de blesser l'humilité du P. Claver, il attendit qu'il fût revenu à lui pour le remettre sur son lit. Le saint homme, très mortifié d'avoir été surpris dans cet état, fit promettre le silence au Frère qui, après la mort du Père, attesta le fait avec serment.

Malgré tant de faveurs extraordinaires, il se préparait à l'oraison avec une simplicité de novice, comme s'il n'eût fait que d'être initié à ce saint exercice.


A suivre : III. Sa dévotion particulière à la passion de JÉSUS-CHRIST.

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Message  Louis Lun 07 Sep 2015, 12:31 pm

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III. Sa dévotion particulière à la passion de JÉSUS-CHRIST.


La passion de JESUS-CHRIST était son plus doux attrait : il commençait presque toujours ses oraisons en se représentant les mystères douloureux de l'Homme-Dieu; et de la tendre considération de ses peines, il était insensiblement élevé à la sublime contemplation de son essence, sans perdre un instant de vue ce divin objet.

Dans ces moments il tenait ordinairement en main quelque petite image qui lui représentait le mystère qu'il méditait : on les trouva toutes après sa mort, mais presque effacées par ses baisers et par ses larmes. Les jours qu'il n'en était pas empêché par ses occupations auprès du prochain, il allait faire des stations devant un grand crucifix placé dans un endroit écarté de la maison; et quand il croyait n'être entendu de personne : « Ah! mon JÉSUS, s'écriait-il, Dieu crucifié pour moi, je vous aime beaucoup, oui beaucoup, de tout mon cœur. » Sans cesse il parlait de la passion de son Sauveur, et toujours avec des larmes, des soupirs d'amour, qui inspiraient à tous ceux qui l'entendaient une sainte tristesse mêlée d'une joie pure. Quoiqu'il eût toujours le visage maigre et décharné par la rigueur de ses austérités, dans la semaine sainte il devenait si défait et si abattu de douleur, qu'il n'était plus reconnaissable et qu'il paraissait une image vivante de JÉSUS-CHRIST affligé. Un religieux qui le fréquenta familièrement pendant plusieurs années, était convaincu que les instruments de la passion étaient gravés dans son cœur, comme on le rapporte de quelques saints. Tous les vendredis il sortait la nuit de sa chambre, sans être aperçu, et la corde au cou, une couronne d'épines sur la tête, une croix sur les épaules, il allait dans les endroits les plus écartés de la maison comme pour suivre JESUS-CHRIST montant au Calvaire.

A suivre : IV. Sa dévotion envers le Saint-Sacrement.

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Message  Louis Mar 08 Sep 2015, 11:29 am

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IV. Sa dévotion envers le Saint-Sacrement.


Si le seul souvenir de la passion du Sauveur le pénétrait ainsi d'une tendre compassion, la présence de ce même Sauveur dans l'Eucharistie l'embrasait d'amour. Il se tenait devant lui comme s'il l'eût vu de ses propres yeux. L'humanité sainte de son Dieu, sa divinité, sa toute-puissance, son infinie bonté dans cet auguste mystère, attiraient tour à tour les mouvements de son esprit et de son cœur ; et sa foi l'élevait, en quelque sorte, jusqu'à l'état des bienheureux qui le contemplent face à face. C'était au pied de ce divin Sacrement qu'il passait une grande partie de ses oraisons : il le visitait plusieurs fois le jour, et dans sa dernière maladie, ne pouvant y aller de lui-même, il s'y faisait porter le plus souvent qu'il lui était possible. En marchant dans la ville, quand il trouvait une église ouverte, il ne manquait pas d'y entrer pour adorer le Dieu caché sur nos autels ; et il s'affligeait de voir sa cour si déserte, tandis que les places publiques étaient remplies. La veille des grandes fêtes ou des jours marqués par quelque indulgence particulière, il allait dans les rues exhorter tout le monde à se mettre en état de communier le lendemain. Il avait surtout grand soin que les nègres ne fussent pas privés du bonheur de recevoir le saint viatique ; et pour que la cérémonie se fît avec plus de décence, il allait balayer lui-même et parfumer leurs loges : il portait l'attention jusqu'à couvrir alors leurs lits d'une courtepointe de soie, dont on lui avait fait présent pour cet usage.

Il eut bien des contradictions à essuyer au sujet de ces pauvres esclaves : plusieurs trouvaient à redire qu'il les fit communier si souvent, et l'accusaient de suivre plus en cela sa piété que la prudence ; mais, comme il était parfaitement instruit de ce qui était convenable, et qu'il savait exclure à propos de cette grâce ceux qui n'étaient pas bien disposés à la recevoir, sans rien répliquer au discours des hommes, il suivait le parti que Dieu lui inspirait. S'ils étaient ignorants et grossiers, il se donnait des peines infinies pour les instruire avant que de les admettre à la participation des saints mystères. S'ils étaient regardés au dehors comme le rebut de la nature, il respectait la beauté de la grâce dont ils étaient ornés au dedans, et c'en était assez pour les lui rendre chers. « Eh ! pourquoi, disait-il quelquefois, sous prétexte que ce sont des misérables, les priverait-on d'un Sacrement spécialement destiné aux pauvres, aux petits, aux faibles et aux infirmes ? »

Dieu lui-même prit soin de justifier la conduite de son ministre par un trait qui mérite d'avoir place ici. Une religieuse d'une éminente vertu, s'entretenant un jour avec un homme d'un ordre respectable, et d'ailleurs distingué par sa doctrine, fit tomber le discours sur la sainteté du P. Claver. « Je respecte fort sa piété, reprit le religieux, mais je ne puis excuser sa facilité à faire communier les nègres. » Le jugement d'un homme estimé pour son mérite fit naître quelques doutes dans l'esprit de la religieuse, mais elle fut bientôt détrompée. La nuit suivante, elle vit en songe le P. Claver debout et tout brillant de gloire, avec le religieux à genoux devant lui et qui lui demandait humblement pardon d'avoir voulu obscurcir par ses discours l'éclat de sa sainteté.

Mais c'est particulièrement au saint sacrifice de la messe que sa dévotion éclatait d'une manière plus sensible. Il appréhendait si fort que les fidèles ne manquassent d'y assister les jours d'obligation, que pour la commodité du public, il avait obtenu la permission de dire deux messes les jours des principales fêtes de l'année, et en particulier celui de la fête du Saint-Sacrement. Il avertissait le sacristain de ne lui point donner les ablutions ordinaires, s'il s'apercevait qu'après un certain temps il entrât du monde pour chercher une messe. Quelque nombreuses que fussent ses occupations, après s'être confessé avec une grande abondance de larmes, il employait une demi-heure à se préparer à ce divin sacrifice. Depuis ce moment jusqu'à la fin de son action de grâces, il ne parlait à personne et restait tout absorbé dans la pensée et dans l'amour de Dieu qu'il allait offrir et recevoir. A l'autel, son visage paraissait si enflammé, son air si pénétré de respect, surtout aux fêtes de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère, qu'il inspirait la modestie, la piété et la dévotion aux plus insensibles, et qu'une infinité de personnes trouvaient une véritable consolation à entendre sa messe. Pendant toute son action de grâces, la grandeur infinie, la bonté incompréhensible d'un Dieu abaissé jusqu'à servir d'aliment à sa créature, la vue de sa propre bassesse, et le sentiment de son indignité le frappaient tour à tour si vivement, que, n'ayant point alors assez de paroles, ni de sentiments pour exprimer sa reconnaissance, il recourait à la sainte Vierge, pour la prier de suppléer à sa faiblesse, et de l'aider elle-même à remercier son Fils.

A suivre : V. Sa dévotion à la sainte Vierge et à quelques saints particuliers.

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Message  Louis Mer 09 Sep 2015, 1:02 pm

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V. Sa dévotion à la sainte Vierge et à quelques saints particuliers.


Il avait sucé, pour ainsi dire, avec le lait, la dévotion envers cette auguste Mère de Dieu, qu'il regardait comme le canal par lequel JÉSUS-CHRIST se plaît à nous communiquer ses grâces, pour nous engager à avoir pour elle plus de respect et plus d'amour. Le saint commerce qu'il avait eu avec saint Rodriguez, si chéri de cette Reine du ciel, n'avait pas peu contribué à augmenter les sentiments qu'il avait pour elle : il portait sur sa poitrine un petit livre où la vie et les mystères de la sainte Vierge étaient représentés : il les regardait souvent, il les méditait sans cesse ; et jamais il ne les voyait sans se sentir pénétré de l'amour le plus tendre pour cette bonne Mère. Toutes les fois qu'il entrait dans la maison, ou qu'il en sortait, après avoir adoré le Saint-Sacrement, il ne manquait pas d'aller la saluer dans sa chapelle.

Il l'appelait ordinairement « la Mère du bel amour » ; et, pour obtenir par son intercession un amour de Dieu plus vif et plus tendre, on l'entendait souvent, au milieu de ses prières et de ses ravissements, répéter ces paroles si touchantes: «  Ah ! ma bonne Mère, apprenez-moi,  je vous en conjure, apprenez-moi à aimer votre divin Fils : obtenez-moi une étincelle de ce pur amour dont votre cœur brûla toujours pour lui ; ou prêtez-moi le vôtre, afin que je puisse du moins le recevoir dignement en moi. »

Il célébrait toutes ses fêtes avec une piété singulière ; et dès la veille il s'y préparait par des prières, des pénitences et des jeûnes extraordinaires : il consacrait l'après-midi de ces jours-là à confesser les enfants des écoles publiques, pour leur inspirer de bonne heure l'amour de Marie. Il avait engagé quelques personnes riches et vertueuses à lui envoyer un repas où rien ne manquait pour la propreté et pour l'abondance : il en faisait porter une partie à l'hôpital de Saint-Lazare, et lui-même il distribuait l'autre à la porte, où il avait soin de préparer une table commode pour les pauvres: il s'y asseyait avec eux, mais toujours à la dernière place : il y faisait aussi venir quelques joueurs d'instruments pour les réjouir. A la fin du repas, il leur faisait une petite exhortation propre à exciter leur respect et leur confiance pour celle dont la fête les rassemblait ; il récitait avec eux le chapelet, et les renvoyait enfin charmés de ses vertus et de sa bonté.

On ne saurait dire combien il distribua de chapelets. Sans compter ceux qu'il donnait au confessionnal, dans les hôpitaux et dans les prisons, tous les ans il en dépensait huit à neuf mille pour les nègres nouvellement arrivés, et il avait grand soin que tous fussent exacts à le porter. Il employait le temps des récréations communes à faire lui-même des chapelets avec ses interprètes.


Chaque jour de l'année était marqué…

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Message  Louis Jeu 10 Sep 2015, 1:35 pm

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V. Sa dévotion à la sainte Vierge et à quelques saints particuliers.

(suite)

Chaque jour de l'année était marqué par quelque petit service qu'il tâchait de rendre à la Mère de son Dieu ; et, à chaque heure du jour, il ne manquait pas de la saluer par l'hymne de l'Église consacré à cet office. Il était principalement si touché de la pureté de sa conception immaculée, et de la gloire de son assomption triomphante, qu'il l'en félicitait souvent avec une joie visible jusque sur son visage.

Il ne pouvait tarir sur les louanges et les vertus de Marie. Un jour de l'Annonciation, se trouvant dans la chapelle de la maison de D. André de Vauquecel, où il s'entretenait familièrement avec lui et avec toute sa famille des grandeurs de la Mère de Dieu, il tira une petite image où était représenté le mystère dont on célébrait la mémoire. Après s'être étendu quelque temps sur les obligations infinies que les hommes avaient à cette heureuse Vierge, il poussa un profond soupir, perdit peu à peu l'usage de ses sens et resta plus d'une heure en cet état, au milieu de tous les assistants qui répandaient des larmes de dévotion, jusqu'à ce qu'enfin son compagnon, voyant qu'il était temps de retourner au collège, le tira fortement, et le fit revenir à lui.

Après JÉSUS-CHRIST et sa sainte Mère, sa principale dévotion était à son ange gardien, à saint Pierre, son patron, et à son père saint Ignace dont il portait toujours une médaille sur lui. Mais il avait de plus choisi vingt-quatre saints pour ses protecteurs, et il s'adressait à chacun d'eux tour à tour ; afin qu'il n'y eût pas une seule heure dans la journée, où, comme il le disait lui-même, il n'eût un avocat particulier auprès de Dieu. Ceux qui seraient tentés de regarder toutes ses attentions comme des minuties, ne savent guère ce que c'est qu'une dévotion animée par une foi vive et une tendre charité.

A suivre : VI. Son amour pour le prochain.

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Message  Louis Ven 11 Sep 2015, 12:42 pm

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VI. Son amour pour le prochain.

Une des preuves les moins équivoques de l'amour dont il brûlait pour Dieu et de l'intérêt qu'il prenait à son culte et à sa gloire, c'est l'amour même qu'il avait pour le prochain et le zèle dont il était dévoré pour son salut: amour si pur et si désintéressé, que dans les hommes il ne cherchait, il ne voyait rien que Dieu, rien que des âmes rachetées de son sang ; zèle si empressé et si ardent, qu'après s'être épuisé de travaux pour ses frères, il gémissait encore de ne pouvoir rien faire pour eux. Il est inutile de rappeler que ce fut ce zèle ardent du salut des âmes qui le fit sortir d'Espagne, traverser les mers et souffrir un long martyre de quarante années dans un pays où tout conspirait à affliger la nature ; mais ce qui est surtout remarquable, c'est cet amour désintéressé du prochain qui l'attacha aux pauvres, aux misérables et aux esclaves si particulièrement, qu'il ne connaissait pas même de nom la plupart des gens riches ou qualifiés de Carthagène. Instruire les ignorants, consoler les affligés, visiter les captifs, assister les infirmes, fournir à toutes les nécessités des malheureux, c'étaient les plus chères délices de son cœur.

Plusieurs personnes dignes de foi ont attesté que, pendant tout le temps de son apostolat à Carthagène, il ne se passa pas un seul jour où il n'eût exercé quelque acte héroïque de charité ; de manière que, selon qu'il est rapporté dans les procès dressés pour sa canonisation, il est en ce point plus admirable qu'imitable. Sans rien répéter ici de ce qu'il fit au service des nègres, que ne lui en coûta-t-il point pour les empêcher de périr ? Ces malheureux prenaient souvent le parti de se laisser mourir de faim pour terminer par là toutes leurs misères, et il n'y avait que la charité du P. Claver qui fût capable de vaincre leur obstination sur ce point. Un d'eux, accablé de maux et tout couvert d'ulcères, ayant pris cette funeste résolution, le saint homme l'alla trouver et, à force de prières, le décida à prendre du moins un morceau. Celui-ci l'ayant tenu quelque temps dans sa bouche, le rejeta avec dégoût dans le plat. « Mon fils », lui dit alors le Père, « ce n'est pas ainsi qu'il faut faire ; regardez-moi. » En même temps il prend le morceau, et l'avale aux yeux du nègre, qui, étonné de son zèle et de son courage, se détermina à manger, et guérit enfin.

A suivre : VII. Il soulage les âmes du purgatoire.

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Message  Louis Sam 12 Sep 2015, 12:04 pm

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VII. Il soulage les âmes du purgatoire.

Il n'abandonnait pas les âmes de ses frères après la mort, ainsi qu'on l'a déjà pu remarquer: pénitences, prières, messes, indulgences, il leur appliquait tout ce qui dépendait de lui : aussi arrivait-il souvent que ces âmes affligées, sûres de son crédit auprès de Dieu, venaient lui demander le secours de ses prières. La délicatesse et l'incrédulité de notre siècle ne m'empêcheront pas d'en rapporter ici quelques traits. Ils paraîtront peut-être dignes de la raillerie des esprits forts ; mais ne suffit-il donc pas de reconnaître un Dieu maître de ces sortes d'événements, et que d'ailleurs ils soient bien attestés, pour qu'ils puissent trouver place dans une histoire écrite pour des lecteurs chrétiens.

Un nègre malade, qu'il avait retiré dans sa chambre et couché dans son lit, ayant entendu la nuit de grandes plaintes, courut au P. Claver qui était à genoux en oraison : « Ô mon Père, lui dit-il, quel est donc ce grand bruit qui m'effraye ainsi, et qui m'empêche de dormir ? — Retournez, mon fils », lui répondit le saint homme, « et dormez sans crainte. » Alors, l'ayant aidé à se remettre au lit et lui ayant posé la couverture sur la tête, il ouvrit la porte de la chambre, il dit quelques paroles et tout à coup les plaintes cessèrent.

Plusieurs autres nègres étant occupés à travailler dans une habitation éloignée de la ville, un d'eux alla couper du bois sur une montagne voisine. Comme il approchait de la forêt, il entendit que, du haut d'un arbre, on l'appelait par son nom: il leva les yeux vers l'endroit d'où partait la voix, et ne voyant personne, il voulut s'enfuir pour rejoindre ses compagnons : mais il fut arrêté à un passage étroit par un spectre effrayant, qui commença à décharger sur lui de grands coups d'un fouet garni de fer tout rouge de feu, en lui disant : « Pourquoi n'as-tu pas ton chapelet ? Porte-le désormais, et le dis pour les âmes du purgatoire. » Il lui ordonna ensuite de demander à la maîtresse de l'habitation quatre écus qu'elle lui devait, et de les porter au P. Claver pour faire dire des messes à son intention ; après quoi il disparut. Cependant, au bruit des coups et aux cris du nègre, ses compagnons étant accourus, ils le trouvèrent plus mort que vif, et encore tout meurtri des coups qu'il avait reçus, sans pouvoir leur dire une parole. On le porta à l'habitation, où la maîtresse avoua qu'elle était effectivement redevable de la somme en question à un nègre qui était mort peu de temps auparavant. Le P. Claver ayant été informé de tout ce détail, fit dire les messes qu'on demandait et donna un chapelet au nègre.

A suivre : VIII. Son zèle pour le salut des âmes.

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Message  Louis Dim 13 Sep 2015, 12:43 pm

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VIII. Son zèle pour le salut des âmes.


Ses travaux immenses à Carthagène et aux environs étaient encore trop peu de chose pour l'étendue et l'ardeur de son zèle. Il eût voulu se faire porter sur les côtes de Guinée et pénétrer dans les vastes contrées de l'Afrique pour les gagner à JÉSUS-CHRIST. « Ah !» s'écriait-il souvent dans les transports de sa charité, « heureux celui qui pourrait aller sur les côtes de Guinée, de Carabal, etc., pour convertir ces pauvres nègres !» Il en demanda plusieurs fois la permission et n'ayant pu l'obtenir, il pria ses supérieurs de l'envoyer au moins dans les îles où l'on débarquait les nègres avant que de les amener à Carthagène. Il se défiait toujours de leur christianisme, parce qu'il en trouvait plusieurs qui n'avaient point été baptisés, ou dont le baptême était fort douteux ; et c'est ce qui lui faisait désirer de parcourir, l'un après l'autre, tous les ports où on les conduisait. Au défaut de cette consolation, il se procurait celle d'aller souvent faire des missions dans l'intérieur du nouveau royaume de Grenade. Dans la dernière qu'il entreprit, il pénétra jusqu'à Cotoca, au voisinage d'Uraba, où la férocité des Indiens n'avait pas encore permis au christianisme de s'établir. Déjà il était sur le point d'entrer dans cette vaste province pour y convertir les idolâtres, ou du moins pour y répandre son sang, lorsque la santé et les forces lui manquèrent totalement et l'obligèrent de revenir à Carthagène, semblable encore en cela au grand Xavier, dont la mort arrêta le zèle à la vue même de la Chine, où il espérait annoncer le nom de JÉSUS-CHRIST.
A suivre : IX. Sa mortification.

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Message  Louis Lun 14 Sep 2015, 11:23 am

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IX. Sa mortification.

Un amour si fervent, une piété si tendre, une oraison si continuelle, un zèle si vif étaient soutenus dans le saint missionnaire d'une mortification si étonnante, que le seul récit suffirait pour effrayer la pénitence même la plus austère. S'il est vrai que la mortification est un moyen d'acquérir l'amour de JÉSUS-CHRIST, il ne l'est pas moins que celui qui aime JÉSUS-CHRIST se mortifie pour l'imiter et pour lui plaire. Toute la vie du P. Claver fut en ce genre, une espèce de prodige, ou plutôt ce fut un long et continuel martyre.

Doux, indulgent et tendre pour tous les autres, il était l'ennemi implacable de lui-même. Dans l'impossibilité de présenter ici les différentes mortifications qu'il embrassa pour réduire son corps en servitude et l'immoler sans cesse comme une hostie vivante à la gloire de Dieu, je commencerai par celle qui parait le moins terrible, mais dont la pratique invariable demande peut-être les plus grands efforts et la constance la plus soutenue; je parle de la mortification des sens, qu'il porta jusqu'à un point si extraordinaire, qu'il semblait en être presque absolument privé.

Pendant cinquante-quatre ans qu'il vécut dans la Compagnie, jamais il ne se permit un regard de simple curiosité; ce qui paraîtra surprenant, si l'on fait réflexion à la multitude de ses occupations au dehors et aux différentes circonstances où il se trouva. Quand il se promenait à la campagne, il refusait à ses yeux le plaisir innocent d'en considérer les endroits les plus propres à flatter la vue; et, quelque charmé qu'il fût de la parure des autels aux jours de grandes fêtes, quelques éloges qu'il donnât aux soins que le sacristain avait pris pour y réussir, il se privait lui-même de la consolation que cette vue lui aurait donnée. A l'arrivée de quelque flotte, tout Carthagène est en rumeur: on sonne toutes les cloches de la ville, on fait une décharge générale d'artillerie; le peuple, la noblesse, les ecclésiastiques, les religieux, tous courent en foule vers le port, soit pour apprendre des nouvelles d'Espagne, soit pour s'informer de leurs parents, de leurs amis, de mille choses intéressantes pour des personnes reléguées dans un autre monde. La fenêtre du P. Claver donnait sur le port, et, pendant quarante ans, il n'eut jamais la curiosité de l'ouvrir pour se donner sans peine un spectacle qui faisait sortir tous les autres de leurs maisons. On a déjà remarqué que jamais il ne s'informait d'aucunes nouvelles étrangères, et qu'il ne voulait rien écouter que ce qui regardait le service de Dieu et le bien des âmes; mais s'il se trouvait engagé dans quelque conversation qui roulât sur des choses purement curieuses ou même indifférentes, il se recueillait alors tellement en lui-même, qu'il n'entendait pas ce qu'on disait : il arrivait même souvent que, pour n'être pas interrompu dans ses communications intérieures avec Dieu, il se mettait du coton dans les oreilles, sous prétexte de remédier à quelque infirmité. Quand quelque musicien célèbre arrivait d'Espagne aux Indes, il se faisait ordinairement un plaisir de venir faire briller ses talents au collège: mais le P. Claver ne s'y trouvait jamais avec les autres Pères de la maison; et quoiqu'il souhaitât fort que, pour l'honneur du culte divin, il y eût aux jours solennels de la musique dans l'église, son âme était alors si occupée de l'harmonie céleste, qu'il ne faisait pas la moindre attention à celle de la terre. Lorsqu'il arrivait des jésuites étrangers à la maison, il fallait l'avertir pour qu'il s'en aperçût ; alors il allait les embrasser avec toutes les marques de la plus vive tendresse, il s'efforçait de leur rendre tous les devoirs qu'inspire la plus humble charité, mais il ne songeait jamais à leur demander, ni d'où ils venaient, ni où ils allaient, ni à quels emplois ils étaient destinés.

En un mot, comme les plaies des pauvres et des malades étaient les objets les plus agréables à ses yeux; ainsi leur entretien grossier, et surtout leurs confessions et leurs soupirs, étaient ce qu'il y avait de plus flatteur pour ses oreilles. On peut ajouter que l'odeur des hôpitaux et des cachots lui tenait lieu des parfums les plus exquis; et, pour bien juger de sa mortification en ce point, il n'y a qu'à se rappeler ce qu'on a rapporté de son assiduité auprès des lépreux et des malades couverts d'ulcères. Jamais on ne le vit, ni sentir une fleur ou quelque autre odeur agréable, ni se servir d'aucun préservatif contre l'infection des nègres et des endroits où il était obligé de passer des heures entières. Étant allé confesser un nègre, quelqu'un des compagnons du malade vint le prier de sortir un moment, jusqu'à ce qu'il eût emporté quelques ordures dont l'infection était insupportable : « Laissez, lui dit-il, cela est bien. » Il acheva ensuite tranquillement ce qu'il avait à faire : mais en sortant, il avertit l'esclave de bien nettoyer la loge, parce que la mauvaise odeur était capable d'incommoder beaucoup le malade.


A suivre : X. Son abstinence prodigieuse.

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Message  Louis Mar 15 Sep 2015, 12:53 pm

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X. Son abstinence prodigieuse.


En comparant l'excès de ses travaux avec le peu de nourriture qu'il prenait, on ne concevait pas comment il pouvait se soutenir sans miracle. Ses repas n'excédaient pas, pour la quantité, la collation de ceux qui jeûnent le plus rigoureusement ; ses mets les plus ordinaires étaient quelques morceaux de pain qu'il ramassait sur les tables, avec quelques patates grillées; et quand il se sentait plus accablé que de coutume, il buvait quelque chose de chaud. S'il était obligé de prendre des aliments moins grossiers, il ne leur donnait point d'autre assaisonnement que celui de quelques herbes fort amères, qu'il  disait  être très bonnes pour son estomac. Quand, à certains jours de fête et de grande solennité, on servait à la communauté quelque chose de meilleur qu'à l'ordinaire, il partageait entre ses voisins les plats qu'on mettait devant lui; et si on le pressait de se donner, comme les autres, cette petite douceur, dont il avait encore plus de besoin qu'eux pour se fortifier, il s'en excusait sur la faiblesse de son estomac qui ne lui permettait pas l'usage de ces sortes de viandes trop nourrissantes. Pour remédier à cette faiblesse, et se soutenir un peu dans ses travaux, les médecins lui conseillèrent souvent l'usage du chocolat, très commun en ce pays; mais quoi qu'on pût lui représenter, il se fit toujours un devoir de s'en abstenir.

Tant qu'il put dire la messe, il dit toujours la dernière; et pendant près de quarante ans de travaux apostoliques, jamais on ne le vit, ni manger un morceau, ni boire seulement un verre d'eau, ni prendre aucune autre sorte de rafraîchissement, hors le temps du repas : ce qui, dans un climat aussi brûlant, est une mortification excessive. La loi qu'il s'imposa de ne goûter aucune espèce de fruit, n'en est pas peut-être une moins extraordinaire.

Se promenant un jour avec deux frères coadjuteurs, pendant un temps de récréation, ceux-ci cueillirent une très belle grappe de raisin qu'ils lui présentèrent; mais un d'entre eux, voyant qu'il la refusait et que rien ne pouvait le déterminer à la recevoir, s'avisa de lui dire avec une espèce de chagrin, qu'il serait bien plus édifié de sa complaisance, que de tant d'opiniâtreté: alors le Père en prit deux grains qu'il mangea pour ne les pas chagriner, en leur disant avec simplicité, que c'étaient là les premiers raisins qu'il eût goûtés en Amérique. Il trouva ainsi le secret de ne pas mécontenter ses frères, sans rien perdre de sa mortification.

A suivre : XI. Les rigueurs qu'il exerce sur son corps.

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Message  Louis Mer 16 Sep 2015, 11:51 am

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XI. Les rigueurs qu'il exerce sur son corps.


Mais quelque rude que fût la guerre qu'il déclarait à ses sens, les rigueurs qu'il exerçait sur son corps avaient quelque chose de plus terrible encore. Son lit ordinaire était une peau de bœuf ou une simple natte, sans autre oreiller qu'une grosse pièce de bois : encore, pendant plusieurs années, n'eut-il point d'autre lit que la terre. Il y était si accoutumé que, même quand il était malade, il sortait de son lit, pour se coucher sur le plancher, sans que la plupart du temps les nègres qui le gardaient s'en aperçussent ; et quand par hasard quelqu'un d'eux le reprenait de son indiscrétion, il s'excusait, en disant qu'il reposait ainsi beaucoup plus commodément.

Trois fois par nuit il se donnait une sanglante discipline, l'une avant que de prendre un léger sommeil, l'autre vers minuit, et la troisième quand on donnait le signal du lever pour toute la communauté : ses disciplines étaient faites, ou de cordes goudronnées pleines de nœuds piquants, ou de chaînettes de fer armées de pointes. Les voisins même entendaient le bruit des coups ; et ceux qui étaient chargés de faire la nuit la ronde dans le collège, s'étant arrêtés quelque temps pour l'écouter, s'en retournaient saisis d'une certaine frayeur mêlée de compassion. Pour tout remède aux plaies qu'il s'était faites par ces pieuses cruautés, il y appliquait un rude cilice dont il se couvrait tout le corps. D'abord il entrelaçait les doigts de ses pieds avec de petites cordes de crin remplies de nœuds ; et tout le long des jambes, il en ajoutait d'autres plus dures et plus grosses, parce qu'il pouvait les cacher plus facilement ; il portait ensuite deux croix faites d'un bois rude et grossier, l'une sur le dos, l'autre sur la poitrine ; et celle-ci était toute hérissée de pointes du côté de la chair : pour les attacher plus fortement, il se garrottait tout le corps de cordons de crin, dont les bouts étaient ramenés le long des bras jusqu'aux poignets. De six d'entre eux, il avait fait une large bande parsemée de pointes de fer, qui lui descendait en forme d'étole croisée sur l'estomac, et dont les deux bouts lui formaient une ceinture autour des reins. Quand il était renfermé dans sa chambre, il se mettait sur la tête une couronne d'épines très piquantes, une grosse corde au cou, et aux mains des espèces de gants faits de cordes de crin ; mais pour mieux cacher ces austérités effrayantes, il mettait en même temps à sa porte une pierre qui tombait, dès qu'on voulait ouvrir ; et ce signal lui donnait le temps de se dépouiller, au moins d'une partie de cet attirail de pénitence.

Ce qu'il y a de plus prodigieux…

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Message  Louis Jeu 17 Sep 2015, 2:32 pm

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XI. Les rigueurs qu'il exerce sur son corps.

(suite)


Ce qu'il y a de plus prodigieux, c'est que, quoiqu'il fût ainsi lié et pour ainsi dire crucifié, dès qu'il s'agissait d'aller quelque part au service du prochain, personne n'était plus dispos que lui. Dans ses courses apostoliques, il marchait d'un pas si agile et si délibéré, que ses compagnons ne le suivaient qu'à peine et que souvent il les laissait bien loin derrière lui. Tant il est vrai que la charité donne des ailes, et que dans les saints elle produit une force supérieure à toutes leurs faiblesses. Malgré la chaleur du climat, il portait par dessus tout cela une chemise de grosse laine, mais dont le collet était de toile, comme celui des autres. Souvent il arrivait qu'il se trouvait si serré, si accablé de chaud et de douleur, qu'il en tombait évanoui. Au bout de vingt ans, les supérieurs, s'en étant aperçus, lui ordonnèrent de porter du linge, mais il le choisit si grossier et si dur, que le mérite de son obéissance ne lui fit rien perdre de celui de sa mortification.

Dans tout le reste il tâchait d'inventer quelque nouveau moyen de souffrir. Loin de prendre jamais aucune précaution contre les injures des différentes saisons, il n'en parlait pas même par forme de conversation ; et quelque abondante que fût la sueur qui lui découlait du visage au milieu de ses travaux, il ne l'essuyait jamais. Les jours destinés à raser la communauté, il allait toujours après tous les autres ; et il demandait alors en souriant, s'il n'y avait point là quelque méchant couteau pour lui. Il ne trouvait que trop souvent ce qu'il désirait ; et il était charmé quand il tombait entre les mains de quelque maladroit qui lui coupait tout le visage: il demeurait alors immobile, les yeux fermés, sans dire une seule parole, et se réjouissant en lui-même de trouver cette nouvelle occasion de souffrir. Les Pères de la maison qui le voyaient quelquefois tout en sang, faisaient au maître de vifs reproches de ce qu'il ne donnait au P. Claver que des apprentis, ou de petits nègres sans expérience ; mais celui-ci s'excusait toujours sur ce que le Père n'en voulait point d'autres.

Il fallait bien que la vigueur surnaturelle de l'esprit soutînt en lui la faiblesse naturelle du corps…

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Message  Louis Ven 18 Sep 2015, 1:16 pm

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XI. Les rigueurs qu'il exerce sur son corps.

(suite)


Il fallait bien que la vigueur surnaturelle de l'esprit soutînt en lui la faiblesse naturelle du corps, puisqu'au plus fort de ses infirmités, il n'ôtait rien du terrible appareil de pénitence dont on a parlé. Dans une grande maladie, le Frère qui avait soin de lui ayant aperçu son cilice, lui dit tout étonné : « Hé ! mon Père, qu'est-ce que donc ceci ? Jusqu'à quand l'âne sera-t-il ainsi attaché ? — Jusqu'à la mort, » lui répondit le Père avec tranquillité. Une autre fois qu'il fut attaqué d'une fièvre violente, le médecin lui dit de se mettre au lit, mais il fit quelque difficulté, parce qu'il avait besoin du secours de quelqu'un pour se déshabiller, et qu'ainsi il n'aurait pu cacher les instruments de pénitence dont il était couvert, le Père provincial vint lui ordonner d'obéir au médecin et chargea en même temps le P. de Sandoval de lui aider à se coucher. A la vue des cilices dont il était comme garrotté, le médecin se jeta à genoux et s'écria les larmes aux yeux : « Ah ! mon cher Père, comment voulez-vous n'être pas malade, en vous traitant de la sorte ? N'est-ce pas là être homicide de soi-même ? » Le malade pria qu'on le laissât seul pour achever de se déshabiller : mais, quoi qu'il pût dire, on lui donna un nègre qui eut tant de peine à le dépouiller de tous les cilices dont il était garni, qu'on ne comprenait pas comment il pouvait venir à bout de les accommoder lui-même.

La manière dont le saint homme se comportait à l'égard des moustiques et des autres insectes volants dont le pays est infecté, est peut-être une de ses mortifications les plus étonnantes. Il s'est trouvé des tyrans, qui, après avoir essayé les plus cruels supplices contre les martyrs sans les ébranler, ont cru pouvoir abattre leur courage en les exposant aux piqûres des mouches et des guêpes : quel héroïsme ne faut-il donc pas pour soutenir un pareil tourment pendant un si grand nombre d'années, sans faire pourtant le moindre mouvement, même indélibéré, pour chasser ces animaux importuns et se délivrer de leur persécution ? C'est ce qu'on a vu avec admiration dans le P. Claver. Tout le temps qu'il fut à Carthagène, il fut exposé aux piqûres continuelles de ces espèces de taons, dont un seul renfermé la nuit dans une chambre, suffit pour interrompre le sommeil ; et jamais il ne prit aucune précaution pour s'en garantir : il souffrait avec une tranquillité incroyable, qu'ils lui missent les mains et le visage tout en sang. Lorsque ceux qui le voyaient en ce pitoyable état, le conjuraient de les chasser, il répondait, comme il avait déjà fait à ses interprètes, qu'ils lui étaient fort utiles, et qu'ils le saignaient sans lancette; mais si quelqu'un, touché de compassion, se mettait en devoir de les tuer, alors il soufflait doucement pour les faire envoler.

A suivre : XII. Sa patience; persécutions qu'il a à essuyer.

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Message  Louis Sam 19 Sep 2015, 11:32 am

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XII. Sa patience; persécutions qu'il a à essuyer.


Un homme aussi prodigieusement mortifié devait avoir une patience à l'épreuve de tout. Cependant ce qu'on souffre volontairement paraît d'ordinaire plus supportable que ce qu'on a à souffrir des autres; pour le P. Claver tout lui était égal; et de quelque part que lui vinssent les souffrances, elles trouvaient en lui la même fermeté. Il avait appris du F. Alphonse Rodriguez deux grandes maximes qui méritent d'être rapportées ici telles qu'on les a trouvées dans ses écrits après sa mort, parce qu'il en fît toujours la règle de sa conduite.


PREMIÈRE MAXIME. « Quand on me persécute ou qu'on parle mal de moi, ou bien je l'ai mérité, ou bien je ne l'ai pas mérité. Si je l'ai mérité, pourquoi me plaindre ? Il faut plutôt me corriger et demander à Dieu pardon de ma faute. Si je ne l'ai pas mérité, il faut me réjouir et remercier Dieu de m'avoir donné cette occasion de souffrir quelque chose pour son amour ; et du reste il faut me taire. »

SECONDE MAXIME. « Dans les traverses qu'on me suscite, pourquoi ne ferais-je pas ce qu'un âne fait ? Qu'on parle mal de lui, ou qu'on le maltraite, il se tait : qu'on l'oublie ou qu'on lui refuse à manger, qu'on le fasse aller, ou qu'on le méprise, qu'on le surcharge, il se tait : en un mot, quoi qu'on dise ou qu'on fasse de lui, il ne dit rien, il ne se plaint pas. Ainsi doit faire le vrai serviteur de Dieu, et lui dire avec David : « Ut jumentum factus sum apud te : Je suis devenu devant vous comme une bête de charge. »

Les peines infinies que le P. Claver se donnait pour les esclaves méritaient les plus grands éloges : il se trouva cependant plusieurs maîtres qui prirent à tâche de le chagriner en tout, et qui allèrent même jusqu'à l'outrager, sous prétexte que leurs esclaves perdaient trop de temps avec lui ; que par ses fréquentes instructions il les détournait de leur travail ; que sa bonté les rendait trop insolents. Plein de ces fausses idées, ces maîtres intéressés défendaient à leurs nègres d'aller le voir ; et, quand il venait lui-même les chercher, ils avaient ordre de lui fermer la porte avec mépris et de l'accabler d'injures. L'homme apostolique gardait alors un profond silence, ravi de souffrir quelque chose pour le service de Dieu ; mais il ne lâchait pas prise pour cela, et il arrivait souvent que ces maîtres revenaient de leurs injustes préjugés. Convaincus par leur propre expérience que, sous la conduite du P. Claver, leurs nègres devenaient de jour en jour plus laborieux et plus dociles, ils les abandonnaient enfin à sa disposition ; mais, comme ces sortes de contestations étaient fréquentes, il fallait toujours combattre et gagner, pour ainsi dire, le terrain pied à pied.

Il y eut aussi parmi les Espagnols un grand nombre de libertins qui…

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Message  Louis Dim 20 Sep 2015, 12:01 pm

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XII. Sa patience; persécutions qu'il a à essuyer.

(suite)


Il y eut aussi parmi les Espagnols un grand nombre de libertins qui, furieux de se voir enlever les complices de leurs désordres, non contents de lui faire mille outrages et de le traiter d'hypocrite et de séducteur, allèrent jusqu'à se jeter sur lui le poignard à la main, en le menaçant de le tuer s'il ne cessait de les inquiéter ; mais rien n'était capable de ralentir son zèle, ni d'altérer sa douceur : « Si c'est la volonté de Dieu que je meure, » répondait-il alors tranquillement, « voilà ma vie, vous pouvez la prendre. »

Ce qui devait lui être encore plus sensible, c'est que quelques Pères de la maison étaient les premiers à désapprouver sa manière de traiter avec les nègres : ainsi Dieu permet-il que les plus gens de bien se trompent quelquefois pour donner à ses saints une plus belle occasion de mérite. A les entendre, c'était en lui un bon zèle, mais d'ailleurs indiscret et précipité. Ses succès dans tout ce qu'il entreprenait à cet égard auraient dû les désabuser ; mais il n'est pas aisé de détromper certaines personnes accoutumées à juger de tout par leurs propres idées, et à ne trouver rien de bien fait que ce qu'elles font elles-mêmes. Il y en eut même, et au dehors et au dedans, qui pendant quelques années traitèrent son zèle de caprice, sa constance d'opiniâtreté, sa mortification de dureté de caractère, sa tendresse pour les nègres de manie, son recueillement d'ignorance, sa sainteté même d'illusion. Les moins ardents condamnaient en général le tumulte de ses occupations, les distractions de son emploi, le temps considérable qu'il y perdait et l'embarras qu'il donnait à ses interprètes qui devenaient par là inutiles au service de la maison. S'il arrivait qu'un nègre ne répondît pas juste aux interrogations qu'on lui faisait, ou ne reçût pas assez bien la sainte hostie dans sa bouche, les plus zélés lui en faisaient des reproches : ils s'adressaient même aux supérieurs ; et, comme il ne disait jamais rien pour sa défense, on lui donnait tort, en le taxant d'imprudence. On allait quelquefois jusqu'à lui faire des réprimandes publiques si sévères, qu'il fallait une patience comme la sienne pour n'en être pas troublé ; et comme il se croyait toujours coupable, il se punissait de toutes les fautes dont on le reprenait, et que sa conscience ne lui reprochait pas.

On ne saurait croire tout ce qu'il eut à souffrir en particulier d'un certain frère portugais, homme brusque, violent et d'une conduite si peu religieuse qu'on fut obligé de le chasser quelque temps après de la Compagnie. Comme c'était malgré lui qu'il allait accompagner le Père dans ses ministères auprès du prochain, il prenait plaisir à le faire longtemps attendre pour sortir de la maison, il le grondait continuellement en chemin ; et quand il eût été à propos de se hâter, il s'arrêtait exprès ; de sorte que quelque besoin qu'eût un malade d'être promptement secouru, le Père était obligé d'attendre que le caprice du frère fût passé. Dans l'intérieur de la maison, il n'est point d'outrages qu'il ne lui fît : il traitait ses occupations saintes d'imaginations ridicules et sa piété d'hypocrisie. Le saint homme ne lui disait jamais une parole, et il se contentait de le regarder humblement comme un fléau que Dieu lui avait justement envoyé pour le punir de ses péchés.

Ce fut surtout dans les dernières années de sa vie…

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Message  Louis Lun 21 Sep 2015, 12:50 pm

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XII. Sa patience; persécutions qu'il a à essuyer.



(suite)


Ce fut surtout dans les dernières années de sa vie que sa patience eut occasion de paraître. Quelques ennemis des jésuites (car ceux qui travaillent à la gloire de Dieu n'en manquèrent jamais) saisirent l'occasion de l'arrivée d'un visiteur général à Carthagène, pour exciter une violente tempête contre ces religieux; et elle tomba particulièrement sur le P. Claver. On l'accusa entre autres choses de réitérer le baptême, et en conséquence on lui défendit de baptiser désormais. Il n'ignorait pas ce qu'il avait à dire pour sa justification, n'ayant jamais rebaptisé que dans le cas d'un doute bien fondé, et toujours sous condition: mais il aima mieux souffrir en silence ; et quoi qu'il en coûtât à son cœur d'abandonner ainsi ses pauvres esclaves, il jugea plus à propos d'obéir sans répliquer.

Il eut longtemps à vivre sous un supérieur fort prévenu contre lui, et qui, choqué de ce qui paraissait en lui d'extraordinaire, crut que, pour mieux s'assurer de sa vertu, il fallait ne manquer aucune occasion de l'éprouver ; mais quelque attention qu'on apportât à l'examiner alors, jamais on n'aperçut en lui la plus légère marque d'aigreur ou même d'altération. On alla jusqu'à lui dire, au sujet de quelque question sur laquelle les sentiments étaient partagés, qu'il n'était qu'un ignorant, qu'il n'entendait pas même le latin : mais quelques preuves qu'il eût données de sa capacité en tout genre de doctrine, il ne parla que pour avouer de bonne foi son ignorance. « Il importe peu », disait-il à ceux qui paraissaient surpris de sa tranquillité en une pareille occasion, « de passer pour savant ou pour ignorant ; mais il importe beaucoup d'être humble et obéissant ».

Au temps de la Passion, ayant aperçu dans l'église du collège une femme parée d'une manière mondaine, il s'approcha d'elle et lui représenta qu'un tel ajustement ne convenait, ni au temps, ni à son état, ni à son âge. Il suffisait que ce fût une femme vaine à qui on paraissait reprocher son âge pour la mettre en fureur: elle s'emporta de manière que le frère sacristain étant accouru au bruit qu'elle faisait, et la voyant dans une agitation terrible, ne manqua pas de se ranger de son parti et de blâmer l'indiscrétion du Père. Le recteur du collège arriva un moment après et, soit qu'il ne pût apaiser autrement la fureur de la dame, soit que le silence du P. Claver lui fît juger qu'il avait tort, il le reprit en le traitant d'homme indiscret qui s'abandonnait à l'impétuosité de son zèle. L'humble religieux, sans dire une seule parole pour sa justification, se jeta aussitôt à genoux devant son supérieur, lui baisa les pieds, lui demanda pardon du scandale qu'il venait de donner, et le pria de lui imposer une pénitence proportionnée à la faute, qu'il avait commise. La dame resta surprise et si confuse de tout ce qui se passait à son occasion, que, rentrant tout à coup en elle-même, elle prit la résolution de mener une vie plus édifiante et plus chrétienne. Les nègres eux-mêmes se permettaient de le traiter de la manière la plus indigne : ils se plaignaient souvent de ce qu'il les occupait trop, et leur donnait plus d'affaires lui seul que tous les autres ensemble ; mais qu'il ne fallait pas s'en étonner, puisqu'il n'était qu'un capricieux et un fanatique que personne ne pouvait souffrir. Toutes ces insultes avaient des charmes inexprimables pour ce grand serviteur de Dieu, et il les écoutait avec une joie qui éclatait quelquefois sur son visage.

A suivre : XIII. Sa douceur inaltérable.

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Message  Louis Mar 22 Sep 2015, 11:24 am

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XIII. Sa douceur inaltérable.

La véritable vertu se fait connaître tôt ou tard ; et il en est d'elle comme d'une lumière pure qui vient à bout de dissiper les nuages les plus épais, les plus obscures ténèbres. Celle du P. Claver était trop éclatante pour ne pas forcer enfin l'admiration de ceux mêmes qui le persécutaient. Ce n'était pas en lui une patience triste et sévère qui se fait estimer sans pouvoir se faire aimer, qui frappe l'esprit sans gagner le cœur; elle était toujours accompagnée d'une douceur aimable qui entraînait insensiblement tous les cœurs, et qui triomphait aussi bien de la férocité naturelle des sauvages, que de la haine de ses plus opiniâtres ennemis : L'idée qu'on en avait parut surtout en deux occasions bien remarquables.

Une femme qui devait une certaine somme au collège, tâchait depuis longtemps d'éluder, à force d'artifices et d'impostures, les poursuites ordinaires de la justice: tous les jours elle assemblait chez elle une grande multitude de gens de toute espèce, devant qui elle ne cessait point de déclamer, ni d'invectiver contre les jésuites. On jugea à propos de tenter les voies de la douceur, et comme on crut celle du P. Claver capable d'apaiser un peu l'esprit de cette furie, on lui ordonna d'aller lui parler : il obéit, il parla, mais inutilement. La femme abusant de sa patience et de son humilité, le chargea d'injures lui et son compagnon. Peu contente de ces premiers excès, elle résolut de passer des outrages aux mauvais traitements: elle feignit donc d'être malade et envoya chercher le Père pour la confesser, en témoignant un vif repentir de l'avoir ainsi traité. A peine fut-il entré qu'on vit paraître deux esclaves fugitifs, que la prétendue malade avait fait cacher dans sa chambre, et qui vinrent pour se jeter sur lui comme des furieux; tandis qu'elle de son côté, pour assouvir sa rage, vomissait contre lui un torrent d'injures. Le compagnon du Père, homme intrépide et vigoureux, voyant qu'on était sur le point de le frapper avec violence, le retire par son manteau, se met en devoir de le défendre et cependant crie de toute sa force au secours. A l'instant les assassins s'évadent; et la femme, aussi touchée que surprise de la douceur et de l'humilité du saint homme, se jette à ses pieds, lui demande pardon de son emportement, et lui promet de se corriger.

Dans un grand procès qu'on avait intenté aux jésuites, un des principaux juges se montrait si passionné contre eux, qu'il faisait sentir en toutes manières son indignation à quiconque osait parler en leur faveur. Il était cependant nécessaire de lui présenter une requête d'où dépendait le gain ou la perte de la cause, et personne ne voulut s'en charger. Le recteur du collège eut recours à sa ressource ordinaire, à la douceur du P. Claver, persuadé que du moins la réputation de sa sainteté ferait quelque impression sur l'esprit du juge. Il le chargea donc de présenter le mémoire; le magistrat ne l'eut pas plus tôt aperçu, que tout transporté de colère, il s'oublia jusqu'à lui dire les choses les plus outrageantes. Le Père se retira sans rien répondre, mais avec un air respectueux et aussi satisfait que s'il eût été le mieux reçu du monde. Le lendemain, on le renvoya encore, avec la même requête que le juge n'avait pas daigné prendre : celui-ci, plus outré que jamais et s'imaginant que les jésuites faisaient peu de cas de son indignation et de son autorité, entra dans une telle fureur, qu'il les traita tous, sans distinction, de mutins, de séditieux, de scélérats, de gens qu'il fallait exterminer. Le saint homme, après l'avoir écouté avec une tranquillité admirable, le quitta en lui faisant une profonde révérence. L'affaire dura encore longtemps, toujours avec de nouveaux outrages d'une part, et une patience inaltérable de l'autre; mais enfin la douceur l'emporta sur la violence, et les jésuites gagnèrent leur procès.

A suivre : XIV. Ses vertus religieuses. — Sa pureté angélique.

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Message  Louis Mer 23 Sep 2015, 1:10 pm

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XIV. Ses vertus religieuses. — Sa pureté angélique.


Comme ce sont les trois vœux qui constituent proprement les religieux, à tout ce qu'on vient de dire des vertus du P. Claver, on peut ajouter que si dans toutes les autres il pouvait servir de modèle aux chrétiens les plus parfaits, dans celles de son état il était encore le modèle des religieux les plus fervents.

Sa pureté était celle d'un ange, ce qui cessera de paraître étonnant, si l'on fait réflexion à son extrême modestie, à sa mortification excessive et à sa vigilance continuelle sur tous ses sens. On a observé que, pendant cinquante-quatre ans qu'il vécut dans la Compagnie, jamais il n'arrêta les yeux sur le visage d'aucune femme: aussi ses confesseurs ont-ils protesté hautement qu'il avait toujours conservé en ce point la première innocence de son baptême.

Prévenu de la grâce dès sa plus tendre enfance, il eut l'amour de la vertu avant l'usage de la raison. Le peu de temps qu'il passa dans le siècle, il pouvait déjà servir d'exemple aux religieux ; et depuis son entrée au noviciat, il ne cessa point d'avancer à grands pas dans la route de la sainteté. Tous les jours il se confessait, après un rigoureux examen de lui-même; et il ne le faisait jamais sans répandre beaucoup de larmes. Attentif aux moindres mouvements de son cœur, son amour pour Dieu lui inspirait une vive crainte de l'offenser, qui le retenait sans cesse dans la circonspection la plus scrupuleuse. En un mot, de son recueillement, de sa tempérance et de ses austérités, il s'était fait comme un bouclier impénétrable pour opposer à tous les traits empoisonnés de l'esprit tentateur. Il avait surtout une dévotion particulière â la conception immaculée de la Mère de Dieu, pour obtenir la grâce d'une pureté digne de cette Reine des vierges: il la conseillait à ceux qui se sentaient attaqués de tentations violentes contre cette vertu ; et ils ne manquaient pas d'en éprouver, tôt ou tard, les plus salutaires effets.


A suivre : XV. Sa pauvreté.

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Message  Louis Jeu 24 Sep 2015, 1:56 pm

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XV. Sa pauvreté.

Pour ce qui regarde la pauvreté religieuse, on peut dire du P. Claver, que, conformément à la règle et â l'esprit de son saint fondateur, il la regardait comme sa propre mère : tout ce qu'on apercevait dans sa personne et dans sa manière de vivre respirait la pauvreté même. Sa chambre fut d'abord une espèce de loge si étroite et si obscure, que pendant plusieurs années il était obligé d'en sortir pour pouvoir écrire: son lit, ainsi qu'on l'a déjà remarqué, n'était qu'une simple peau ou une natte étendue par terre. Tous ses meubles consistaient en quelques instruments de pénitence, deux sièges de bois grossièrement travaillés, un petit banc pour ceux qui venaient le voir, et une table toute nue sur laquelle il n'y avait que son bréviaire, le même qu'il avait eu d'abord et qu'il conserva toute sa vie, avec deux volumes de cas de conscience : pour ce qui est de tous les autres livres, il allait les consulter à la bibliothèque, à mesure qu'il en avait besoin. Les ornements répondaient aux meubles: un crucifix d'une peinture grossière, placé entre deux images, dont l'une représentait JÉSUS-CHRIST à la colonne et l'autre saint Pierre à genoux pleurant son infidélité: une croix de bois au chevet de son lit, et au-dessus, un portrait du F. Rodriguez; telle était la parure de sa chambre. Amateur de tout ce qui le rapprochait de son divin modèle, le P. Claver ne se servait ordinairement que du rebut des autres: il changeait de bonnet carré, au plus tous les dix ans, encore n'en voulait-il jamais porter un neuf: ses camisoles étaient composées de quatre morceaux de mauvaise toile attachés ensemble avec de petites cordes; et pour ce qui est de son manteau, c'est un prodige que l'ayant employé à tant d'exercices de charité, il ait pu durer si longtemps; aussi était-il tout cousu de pièces. Un jour le supérieur l'ayant obligé de prendre une soutane neuve, il parut si embarrassé et même si affligé, que, par compassion pour lui, on fut contraint de lui rendre celle qu'il avait quittée.

Son amour extrême pour la pauvreté allait jusqu'à des attentions qui paraîtraient des bagatelles, si on ne remontait pas au principe qui les dirigeait. Jamais il ne prenait une chandelle entière, se contentant des bouts qu'il ramassait de tous les côtés : il n'écrivait que sur le revers des papiers dont on ne faisait plus d'usage; et pour cela il n'avait point d'autres plumes que celles qui avaient été rebutées, et qu'il accommodait de son mieux. C'était encore par le même esprit, qu'il ne se nourrissait ordinairement que des restes de pain qu'on avait recueillis sur toutes les tables ; et qu'il faisait ses plus chères délices d'aller manger à la porte au plat des pauvres.

Souvent il arrivait que …

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Message  Louis Ven 25 Sep 2015, 4:14 pm

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XV. Sa pauvreté.


(suite)


Souvent il arrivait que, revenant à jeun et tout épuisé de fatigues longtemps après midi, il ne trouvait rien pour dîner, parce que le frère cuisinier l'avait oublié. Loin de s'en plaindre, il tâchait toujours d'excuser l'officier, en disant qu'il ne fallait s'en prendre qu'à lui seul, et qu'il le méritait bien pour n'avoir pas eu le soin de se trouver avec les autres. Quelqu'un pourtant, touché de compassion de le voir ainsi négligé, voulut en avertir le supérieur. « Oh! pour cela non, je vous prie, lui dit le saint homme, eh! de quoi se plaindre? Combien y en a-t-il d'autres qui passent, non pas une seule matinée, mais plusieurs jours sans avoir un morceau de pain? » Toutes les aumônes qu'il pouvait ramasser étaient employées à secourir les pauvres: il travaillait sans cesse, s'épuisait et se privait de tout pour eux ; mais il n'aimait pas à distribuer lui-même les sommes qu'on voulait lui mettre en main. Quelques instances qu'on pût lui faire d'en prendre au moins une partie pour l'employer aux usages qu'il jugerait les plus convenables, il refusait toujours.


Dans une grande maladie qu'il eut, le capitaine Jean-François de Saint-Martin ne put le résoudre à accepter le moindre soulagement de sa part ; et comme il le conjurait avec instance de lui dire au moins de quoi il pourrait avoir besoin : « D'un peu de toile pour habiller un nègre », lui répondit-il. On lui en envoya douze aunes ; il en fit couper précisément ce qui était nécessaire, et renvoya le reste. Un jour qu'il avait consenti à ce qu'on lui envoyât une bouteille de vin dont on savait qu'il avait besoin, on lui demanda s'il le voulait blanc ou rouge ? « Les pauvres, dit-il, ne choisissent pas » ; et, dès qu'il l'eût reçue, il la fit porter à un autre religieux de la maison qui n'était pas aussi malade que lui. Sa délicatesse allait si loin sur cet article, que, même dans la plus grande nécessité, jamais il ne voulut toucher, ni aux conserves, ni aux autres petites douceurs qu'on a coutume de donner aux infirmes.

A suivre : XVI. Son obéissance.

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Message  Louis Sam 26 Sep 2015, 11:59 am

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XVI. Son obéissance.


Persuadé que la perfection de l'homme consiste à faire la volonté de Dieu, et que le bonheur du religieux est d'être sûr de la faire toujours, s'il le veut, le Père Claver porta l'obéissance propre de son état à un point où il est bien rare et bien difficile d'atteindre. Voici encore ce qu'on a trouvé de lui sur cet article, dans quelques notes écrites de sa main: « Dans la vie religieuse il n'y a point de route plus courte, pour arriver à la perfection, que celle de l'obéissance aux supérieurs: ainsi je m'en rapporte plus à une seule de leurs paroles, qu'à cent révélations particulières. Quand le supérieur m'ordonnera quelque chose de difficile, j'élèverai mon cœur à Dieu ; je me représenterai que lui-même me le commande ; et sans rien répliquer, je lui obéirai avec la promptitude des anges, en le remerciant de ce qu'il daigne se servir de moi, pour exécuter ses volontés. »

Il agissait conformément à ces grands principes, et le respect qu'il portait à ceux qui avaient autorité sur lui, était pareil à celui qu'il avait pour Dieu même. Ses amis les plus intimes et les plus familiers n'étaient plus pour lui que des objets de vénération, dès qu'ils devenaient ses supérieurs. Il n'envisageait en eux que celui dont ils tenaient la place ; et, comme tout supérieur, quel qu'il pût être, était égal pour lui à cet égard, on peut dire que par là il n'en changeait jamais. Il ne paraissait devant eux que comme le dernier des novices, dans la posture la plus respectueuse, le bonnet à la main, les yeux baissés, l'esprit attentif au moindre signe de leur volonté ; sans que, ni difficultés, ni péril même, fût capable de le faire balancer un moment, dès qu'il l'avait aperçue. Au reste, son obéissance et son respect ne se réduisaient pas à exécuter les ordres de ses supérieurs, tout son cœur leur était ouvert, et il leur faisait un détail exact de ses oraisons, de ses pénitences, des moindres mouvements de son âme, en les suppliant de le conduire et de le réformer de la manière qu'ils le jugeraient à propos. Lui qui était en cela un si grand maître pour les autres, il ne croyait pas pouvoir rien décider comme il faut pour lui : il avait alors pour maxime que, comme jamais on ne se voit bien soi-même, jamais aussi on ne se juge bien soi-même ; et qu'ainsi on a besoin du jugement, comme des yeux d'autrui.

Pour se mieux assurer de cette parfaite obéissance, les supérieurs voulurent quelquefois la mettre aux plus fortes épreuves. Un jour, après lui avoir fait une très sévère réprimande pour une bagatelle, on lui commanda de demeurer à genoux, jusqu'à ce qu'on lui donnât d'autres ordres. Quoiqu'il fût déjà fort âgé et fort infirme, il y resta près d'une heure, témoignant beaucoup de joie de cette mortification, et déterminé à y rester un jour entier jusqu'à ce qu'on changeât sa pénitence.

Le supérieur, dont on a déjà parlé, lui ayant ordonné de changer absolument de méthode dans l'instruction des nègres, et d'abandonner même certaines pratiques dont il avait jusqu'alors recueilli un très grand fruit, il obéit sur-le-champ, sans rien dire que ces paroles, aussi propres à marquer son humilité que son obéissance : « Il faut que je sois bien misérable de ne pouvoir faire un peu de bien, sans occasionner beaucoup de mal et sans troubler toute la maison ; mais c'est le propre d'un ignorant, d'un indiscret et d'un pécheur comme moi. »

Une autre fois…

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Message  Louis Dim 27 Sep 2015, 12:06 pm

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XVI. Son obéissance.

(suite)


Une autre fois, étant allé faire mission à Tolu, bourg assez éloigné de Carthagène, où il avait déjà publié les indulgences ordinaires, il reçut une lettre de son recteur qui lui mandait de revenir au collège. Le curé du lieu, les officiers et les soldats, affligés de le perdre, firent tous leurs efforts pour l'arrêter quelques jours, jusqu'à ce qu'ils eussent écrit au recteur ; ils lui représentèrent que la désolation de tout le peuple, la perte de tant d'âmes qui paraissaient bien disposées à profiter de ses travaux, le temps qui était alors extrêmement pluvieux et les mauvais chemins, seraient des excuses suffisantes et des raisons auxquelles son supérieur ne résisterait pas. Mais, quoi qu'on pût lui dire, et quelque douleur qu'il eût lui-même de voir ses travaux inutiles et tant de fruits perdus, il n'écouta rien, il se mit en chemin et se rendit à Carthagène pour le jour marqué. Il semble que Dieu voulut récompenser son obéissance par une protection particulière ; car dès qu'il fut en chemin, la pluie, qui jusque-là avait été continuelle et abondante, cessa tout à coup.

Ce n'était pas seulement aux supérieurs, c'était à tous les officiers de la maison qu'il obéissait, comme à Dieu, dans tout ce qui regardait leur office. S'il entrait dans la cuisine pour y rendre quelque service, il se découvrait et, les yeux baissés, il priait humblement le cuisinier de lui dire ce qu'il voulait qu'il fît. Quand il était chargé de préparer le réfectoire, il n'arrangeait pas la moindre chose sans l'ordre de l'officier qui en avait le soin. Au premier signal que donnait le portier, il accourait en lui disant : « Que m'ordonnez-vous, mon frère? » Le sacristain, sûr de le trouver toujours à ses ordres, avait recours à lui pour tout ce qui demandait le ministère d'un prêtre. Quand il sortait en ville, il n'avait point d'autre volonté que celle de son compagnon, qui déterminait à son gré, et le chemin qu'il fallait prendre, et la manière d'aller. S'il entrait dans le quartier des novices, il demandait les ordres de celui qui y présidait, et le respectait alors comme son supérieur. Enfin sa passion d'obéir, si on peut employer ce terme, était si forte que, quand il était obligé d'aller en mission, sans autre compagnon qu'un nègre qui lui servait d'interprète, ne pouvant se résoudre à se gouverner lui-même, il donnait à cet esclave toute autorité sur lui, pour avoir le mérite de l'obéissance : c'était lui qui réglait l'ordre de la marche, les repos qu'il fallait prendre, les habitations où l'on devait aller.

De ce grand principe de la plus parfaite obéissance, partait son attachement et son exactitude à toutes les règles établies par saint Ignace ; et ceux qui furent les plus attentifs à examiner sa conduite, furent forcés d'avouer que jamais ils ne l'avaient vu manquer à la plus légère observance. Dans la multitude de ces règlements, il y en a quelques-uns qui paraissent peu importants en eux-mêmes, et d'ailleurs très assujettissants ; mais sa vigilance et son courage suppléaient à tout ; de sorte que quand, en sortant de la maison, il oubliait par hasard de se marquer à la porte, accablé du grand nombre de personnes qui voulaient alors lui parler, dès qu'il s'apercevait de son oubli, il retournait sur ses pas pour obéir à ce que la règle prescrit sur cet article.

Il était toujours le premier à se trouver où le signal de la communauté l'appelait. Si on lui remettait quelque lettre sans avoir été décachetée, il était sensiblement affligé de voir que les supérieurs ne lui donnassent pas lieu, en la lisant les premiers, de pratiquer la subordination et la dépendance. A plus forte raison n'écrivait-il jamais sans leur avoir montré ses lettres ; et il était si exact sur cet article, qu'ayant eu ordre de son général d'écrire pour quelque affaire particulière à un autre jésuite des Indes, et ne pouvant montrer la lettre au supérieur de la maison, il alla la porter au provincial, qui était pour lors à Carthagène.

A suivre : XVII. Son humilité profonde.

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