Saint Pierre Claver.

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Message  Louis Lun 15 Juin 2015, 12:17 pm

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LIVRE  SECOND


I. Description de Carthagène et de son territoire.


La ville de Carthagène, une des plus considérables de l'Amérique septentrionale, est située au fond du grand golfe  du Mexique, entre le petit golfe de Darien et le grand fleuve de la Magdeleine, par le trois cent deuxième degré le longitude, et entre le onzième et le douzième de latitude boréale.

Les chaleurs y sont si excessives, les pluies si fréquentes, l'air si malsain, qu'il n'y a que la cupidité, ou le zèle qui puisse y attirer les étrangers et leur en rendre le séjour supportable. Depuis le commencement de décembre jusqu'à la fin de mars, il y règne un vent d'est ou du nord assez froid, dont les étrangers, accoutumés à un ciel moins brûlant, s'accommodent volontiers ; mais ce changement subit de température incommode fort les naturels du pays. Alors tous les arbres des environs, particulièrement ceux qui sont sur les montagnes, languissent et se dessèchent, toutes les campagnes sont désolées et la terre ne produit presque rien. Pendant les huit autres mois de l'année, le soleil y est comme un feu ardent, insupportable, même aux Espagnols, qui s'accoutument sans peine à tous les autres climats. La chaleur pénètre alors les appartements les plus retirés, et les rend comme des étuves. Ceux qui sont nouvellement arrivés, tombent peu à peu dans une langueur qui leur fait perdre entièrement l'appétit, et les expose à d'autres accidents. Les pluies qui tombent alors en abondance, loin de modérer la chaleur, semblent la rendre plus accablante. De ces deux causes réunies naissent trois grands inconvénients : des maladies extraordinaires, qui ruinent en peu de temps les tempéraments les plus robustes; de nombreux essaims de moustiques, de moucherons, et d'autres insectes volants, dont les piqûres envenimées sont toujours suivies d'ampoules très douloureuses ; des orages furieux, accompagnés de torrents d'eau, qui font périr une infinité d'hommes, et brisent même les plus fortes branches des cocotiers. De plus, le sol y est si stérile, qu'il faut faire venir d'ailleurs tout ce qui est nécessaire à la vie; et comme les tempêtes fréquentes rendent les mers voisines fort dangereuses, souvent, au milieu des monceaux d'or et d'argent, on manque de tout.

Un climat si redoutable à la nature n'a point effrayé la cupidité. Le port de Carthagène est comme le rendez-vous général de plusieurs nations qui viennent y trafiquer ; de toutes les Indes on y apporte de l'argent et de l'or ; et ce pays est l'entrepôt de tout ce qui se transporte du Mexique, du Pérou, de Potosi, de Quito, et des îles environnantes.


A  suivre : II. Différentes sortes de nègres qui y abondent. Leur triste situation.

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Message  Louis Mar 16 Juin 2015, 12:27 pm

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II. Différentes sortes de nègres qui y abondent. Leur triste situation.


Les nègres y sont chargés de tout le travail : on les emploie aux mines, à la culture des terres, aux ouvrages les plus pénibles ; l'on n'y est riche, l'on n'y vit qu'au prix de leurs sueurs et souvent même de leur sang.

Les marchands et les armateurs vont les acheter sur les côtes de la Guinée, d'Angola et du Congo, au milieu même des terres de l'Afrique, où ces malheureux sont continuellement en guerre les uns contre les autres, et d'où les vainqueurs viennent vendre leurs captifs pour du vin, de l'huile et d'autres provisions. On les achète communément pour quatre écus, et on les revend pour deux cents ou même plus, à Carthagène. Comme ils sont de nations différentes, ils diffèrent aussi de caractère et de langage; d'où il arrive qu'on a des peines infinies à les former et à les instruire. Sur les seules côtes de la Guinée on en compte de plus de trente peuplades, dont chacune parle une langue différente. Ceux-ci sont les mieux faits, les plus noirs, les plus courageux et les plus robustes; c'est ce qu'on appelle les Nègres de bon aloi : mais ce sont aussi les plus sauvages, ceux en qui l'on découvre le moins de raison, avec une certaine fierté stupide qui les rend presque intraitables. Il y en a d'autres tirés des confins de la Mauritanie qui, sans avoir leurs bonnes qualités, ont tous leurs vices et toute leur indocilité.

Ceux d'Angola et du Congo, qui sont les plus communs à Carthagène, paraissent les plus traitables et les plus doux. Ils embrassent sans peine le christianisme, et on en voit quelquefois parmi eux de très fervents : mais ils sont, pour la plupart, d'une grossièreté extrême. Quand ils voient donner le baptême à quelques-uns de leurs compagnons, ceux qui ont été déjà baptisés viennent se mettre au rang des catéchumènes, pour recevoir encore une fois ce sacrement, croyant faire par là une action très méritoire. La langue d'Angola leur est commune à tous; mais elle varie dans quelques nations.

Les autres nègres se tirent des îles de Saint-Thomas, de Carabal, d'Arda et de Mina; mais ceux qu'on trouve dans les trois dernières y viennent des îles voisines. Le vil prix auquel on vend ces pauvres gens marque bien leur misère et le mépris qu'on en fait : on les donne ordinairement pour quatre morceaux de cuir de vache par tête; aussi sont-ils les plus stupides et les plus sauvages de tous les nègres. Ils sont si avides de chair humaine, qu'ils mangent quelquefois leurs propres enfants; et leurs dents pointues comme des alênes sont en même temps si dures, qu'ils cassent sans beaucoup de peine les os de bœuf qu'on leur jette comme à des chiens. Ils sont par contre les plus dociles, les plus disposés à embrasser la foi, et les plus exacts aux pratiques de la religion, principalement ceux d'Arda.

On ne peut exprimer toutes les misères que ces pauvres esclaves ont à souffrir durant le cours de la navigation. On les entasse pêle-mêle au fond des vaisseaux, sans lit, presque sans nourriture, chargés de chaînes et plongés dans leurs ordures. Tout cela, joint à la chaleur du lieu obscur où on les renferme, et à la mauvaise qualité des aliments qu'on leur donne, leur cause des maladies, des plaies et des ulcères qui augmentent leur infection naturelle à un tel point, que souvent ils ne la peuvent supporter eux-mêmes.

Il n'est point de bêtes maltraitées comme ces malheureux…

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Message  Louis Mer 17 Juin 2015, 11:49 am

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II. Différentes sortes de nègres qui y abondent. Leur triste situation.


(suite)


Il n'est point de bêtes maltraitées comme ces malheureux; aussi plusieurs tombent dans le désespoir et aiment mieux se laisser mourir de faim, que de vivre dans un état si déplorable. Souvent quand la vieillesse ou l'infirmité les a mis hors d'état de travailler, leurs maîtres les abandonnent impitoyablement à leurs propres misères, comme des animaux devenus inutiles, sans daigner leur procurer le moindre secours.

Ce qu'il y a de plus triste pour eux, c'est qu'on ne prend guère plus de soin de leurs âmes que de leurs corps. Toute la peine que se donnent les marchands qui les vendent et les maîtres qui les achètent consiste à leur ordonner de se faire chrétiens; et comme la crainte aussi bien que l'ignorance de ce qu'on exige d'eux les empêche de résister, on prend occasion de leur silence pour les baptiser, sans précaution et sans les avoir instruits ni de ce qu'ils reçoivent, ni de ce qu'ils doivent croire et pratiquer en conséquence. Aussi le baptême n'est-il pour la plupart qu'une pure cérémonie à laquelle ils ne comprennent rien ; et, faute d'une connaissance suffisante de leur état, avec le caractère de chrétiens ils conservent des mœurs païennes et toute sorte de superstitions.

Tel était l'état de Carthagène, lorsque le P. Claver y arriva : telle était la carrière que Dieu ouvrait à son zèle pour les trente-neuf ans qui s'écoulèrent depuis sa prêtrise jusqu'à sa mort.

A son retour en cette ville, il y trouva la maison des jésuites bien différente de ce qu'elle était cinq ans auparavant. Ces Pères avaient été obligés de déloger, pour éviter l'incommodité de quelques maisons élevées dans le voisinage, et d'où l'on voyait sans peine tout ce qui se passait dans l'intérieur du collège : mais l'esprit de pauvreté et de mortification dont le P. Claver était animé, trouva dans le nouvel établissement de quoi se satisfaire. L'église avait à peine trente pieds de long, elle était si enfoncée et si humide, que le plus souvent on la trouvait toute remplie de boue. La maison était si resserrée, que, quoiqu'il n'y eût alors qu'un petit nombre de jésuites, ils étaient pour la plupart logés deux à deux dans de fort petites chambres. Elle se trouvait environnée d'un côté par la boucherie publique, et de l'autre, par une multitude de boutiques et de cabarets, dont le bruit, les clameurs et les chansons profanes, trop ordinaires dans ces sortes de lieux, troublaient continuellement le repos et la solitude des religieux. Pour surcroît d'embarras, elle n'avait alors aucun revenu fixe, on n'y vivait que d'aumônes; et Dieu, pour éprouver ses serviteurs, permettait que souvent ils manquassent du strict nécessaire. Tant d'incommodités réunies rendirent cette demeure agréable au nouveau missionnaire.


A  suivre : III. Le P. Claver travaille au salut des nègres, sous le P. de Sandoval.

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Message  Louis Jeu 18 Juin 2015, 2:30 pm

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III. Le P. Claver travaille au salut des nègres, sous le P. de Sandoval.

Dès qu'il se vit établi selon son goût à Carthagène, sa première attention fut de chercher les moyens de procurer aux nègres, pour qui Dieu lui avait donné un attrait particulier, les secours dont il était capable. Il n'ignorait pas tout ce qui devait lui en coûter de peines, soit de la part de ces esclaves grossiers et indociles, soit de la part de leurs maîtres toujours durs et intéressés ; il prévit tous les rebuts, toutes les contradictions, toutes les insultes même qu'il aurait à essuyer ; mais son zèle l'emporta sur toute autre considération, et les obstacles ne servirent qu'à lui donner une nouvelle ardeur. Il ne put voir tant d'âmes prêtes à périr, sans employer toutes ses forces pour les sauver. Et quoique sa charité s'étendît en général à tout le monde, et en particulier à tous les malheureux, il est certain que les nègres eurent toujours la principale part à sa tendresse. Il commença ce si laborieux ministère sous la conduite du P. Alphonse de Sandoval, dont il se fit quelque temps le disciple, pour devenir bientôt le maître et le modèle de tous les autres missionnaires. La vie de cet homme apostolique, qui devait lui servir de guide pendant quelques années, mériterait un volume entier ; et quoique ce ne soit pas l'objet que je dois présenter ici au lecteur, j'espère qu'il ne me saura pas mauvais gré de lui avoir fait connaître un saint dont les actions ont tant de rapport avec celles du missionnaire dont j'écris l'histoire. Raconter les travaux héroïques de l'un, c'est exposer par avance une partie de ce qu'on verra bientôt entreprendre à l'autre.

Le P. de Sandoval était né d'une famille distinguée par sa noblesse et sa piété. Ses parents, qui étaient allés à Lima pour y exercer un emploi considérable, l'y firent élever dans le séminaire des jésuites. A la fin de ses études il fut reçu dans leur Compagnie; et, dès le noviciat, on vit éclater en lui les vertus les plus éminentes, surtout un désir insatiable de souffrir pour la gloire de JESUS-CHRIST. Quelques années après, ayant été élevé à la dignité du sacerdoce, malgré les répugnances de son humilité qui le portait à servir en qualité de simple frère coadjuteur, il fut destiné aux missions de Carthagène, où les jésuites s'étaient établis depuis peu.

Dans ce dessein…

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Message  Louis Ven 19 Juin 2015, 1:28 pm


III. Le P. Claver travaille au salut des nègres, sous le P. de Sandoval.


(suite)


Dans ce dessein, il partit de Cusco, où il avait fait ses études et sa troisième année de noviciat pour revenir à Lima. Ses Supérieurs l'y retinrent quelque temps pour travailler, pendant le carême, au salut des âmes. Il s'y attacha à confesser les pauvres, surtout les nègres qui venaient le trouver en foule, et pour qui Dieu lui avait donné un goût et des talents particuliers. On eût bien voulu le retenir pour toujours dans cette capitale du Pérou; mais son zèle et son amour pour les souffrances l'appelaient à Carthagène, et on fut obligé de l'y envoyer. Il entreprit ce long, difficile et périlleux voyage, à pied, sans autres provisions que son bréviaire et quelques papiers de dévotion. En arrivant, il fut charmé de trouver une maison où tout manquait, excepté l'occasion de travailler et de souffrir beaucoup. La pauvreté au dedans et les persécutions au dehors, en étaient le plus précieux trésor, le plus solide appui. Il n'y avait alors que trois prêtres, qui, pour avoir de quoi subsister, étaient obligés d'aller tour à tour quêter par toute la ville. Le P. de Sandoval fut chargé de cet emploi aussi humiliant que laborieux ; et pendant trois années il alla tous les jours de porte en porte, une besace sur le dos, jusqu'à ce qu'on eût enfin un frère instruit à son école de la modestie et de la vertu que demande une pareille fonction. Délivré de cet emploi, il se chargea de celui de portier et du soin de servir les religieux de la maison, avec une humilité d'esclave et une tendresse de mère. Il allait acheter lui-même les provisions et il les préparait avec tout le soin dont il était capable. Tout le temps que lui laissaient ses occupations domestiques, il l'employait à confesser, à faire le catéchisme, à secourir le prochain, de sorte qu'il ne se délassait d'un travail que par un autre.

L'arrivée de quelques Caciques, qui en ce temps-là vinrent de Darien et d'Uraba avec des présents pour le gouverneur et pour l'évêque de Carthagène, donna au Père Provincial la pensée d'envoyer quelqu'un de ses religieux pour cultiver ces terres idolâtres. Le Père de Sandoval sollicita instamment cette mission, mais il n'en tira d'autre fruit que beaucoup de souffrances, il fut appelé à d'autres missions. Son zèle y était récompensé par des succès égaux à son travail; lorsqu'il fut frappé d'une maladie mortelle. Comme il était près d'expirer, il fut miraculeusement guéri par saint Ignace, à qui Dieu avait fait connaître qu'il destinait cet excellent ouvrier à travailler au salut des nègres.

Le P. de Sandoval n'oublia jamais que la santé lui avait été rendue pour une fin si sainte, et il prit la résolution de s'y consacrer désormais tout entier. Dès lors ces malheureux esclaves furent le principal objet de ses missions aux environs de Carthagène. Il les traitait avec douceur, les instruisait avec zèle, les consolait avec charité dans leurs travaux, les assistait avec soin dans leurs maladies: mais l'expérience lui apprit que c'était au temps de leur débarquement à Carthagène, qu'il fallait surtout en avoir soin, parce qu'on les envoie presque aussitôt travailler, soit aux mines, soit dans des habitations éloignées, sans qu'on sache bien s'ils ont été baptisés ou non.

Dès qu'il arrivait un navire prêt à débarquer, le saint missionnaire y courait donc, accompagné d'un interprète. Ses premiers soins étaient pour les malades ; mais il pensait d'abord à sauver leurs âmes: il baptisait les uns, il confessait les autres; et selon que les circonstances le demandaient, il les disposait à une mort chrétienne. Si le mal ne pressait pas, il les consolait, les soulageait, leur donnait mille petits rafraîchissements qu'il avait apportés avec lui; après quoi il prenait soin de leur conscience.

Quant à ceux qui étaient pleins de santé…

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Message  Louis Sam 20 Juin 2015, 12:49 pm


III. Le P. Claver travaille au salut des nègres, sous le P. de Sandoval.


(suite)


Quant à ceux qui étaient pleins de santé, il les préparait à loisir à recevoir le saint baptême. Jour et nuit il était occupé de ses chers esclaves: ni la rigueur des saisons, ni les fatigues et les maladies n'étaient capables de l'arrêter: il se croyait obligé à prodiguer par charité une vie qui lui avait été rendue par un miracle.

Après avoir choisi avec soin des interprètes de différentes langues, selon les différentes nations des nègres, il marquait exactement dans un petit livre leurs noms et ceux de leurs maîtres, avec le lieu de leurs habitations: tous les ans il avait soin de faire un petit présent, non seulement à ses interprètes pour être bien servi dans l'occasion, mais encore aux principaux maîtres des esclaves, pour obtenir d'eux la liberté de les assembler en certains temps, et d'exercer auprès d'eux toutes les fonctions de son ministère. Il tenait encore deux autres registres, où chaque nation avait sa place; et à mesure qu'il baptisait quelque nègre, il écrivait son nom sous le titre de sa nation, en y ajoutant un signe qui pût servir à le distinguer des autres. Lorsqu'il rencontrait des nègres, soit dans leurs cases, soit en chemin, il consultait aussitôt son livre: s'ils n'étaient pas encore baptisés, il achevait de les instruire, et comme il portait toujours sur lui un flacon rempli d'eau pour cet usage, il leur conférait le baptême. On rapporte qu'en sept ans il en baptisa plus de trente mille.

Tant de travaux et de succès lui attirèrent des lettres de félicitation de la part des personnes les plus distinguées dans l'Église et dans l'État, et engagèrent plusieurs missionnaires à demander de lui être associés dans son ministère. Le P. Claver obtint ce bonheur, et dès qu'il eut reçu les ordres sacrés, il se joignit à cet homme apostolique : mais le P. de Sandoval ayant été obligé de retourner à Lima, il se trouva seul chargé de tout le travail. Il s'en acquitta si parfaitement, que le P. de Sandoval, à son retour, jugeant que son disciple suffisait à Carthagène, s'enfonça dans les terres, parcourut plus de quatre cents lieues le long des côtes et dans le continent, donnant partout des marques éclatantes de son zèle, et recueillant des fruits proportionnés à ses immenses travaux. Revenu à la maison de Carthagène, il y fut chargé successivement de différents emplois. Enfin, épuisé de fatigues, couvert d'ulcères, accablé de douleurs, il passa les deux dernières années de sa vie étendu sur un pauvre lit et presque abandonné de tout le monde, parce que le petit nombre des jésuites du collège et la multitude accablante de leurs occupations ne permettaient pas de lui donner tous les secours qu'on aurait voulu. Quand on allait le visiter, on le trouvait presque toujours couché sur le dos, les yeux levés vers le ciel et les mains jointes sur la poitrine, offrant à Dieu le double sacrifice de ses louanges et de sa vie. Dans cet état si désolant pour la nature, ses seules paroles étaient : « Dieu soit loué, Dieu soit béni ! » et sa seule consolation était de pouvoir encore se traîner pour dire la messe. Il mourut à l'âge de soixante-seize ans, plein de jours et de mérites, le matin de Noël.

Tel était le maître que Dieu avait préparé au P. Claver…

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Message  Louis Dim 21 Juin 2015, 2:31 pm

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III. Le P. Claver travaille au salut des nègres, sous le P. de Sandoval.


(suite)


Tel était le maître que Dieu avait préparé au P. Claver : faut-il s'étonner qu'à une si sainte école, avec de si heureuses dispositions, il soit devenu lui-même un missionnaire si parfait ? Il ne fut qu'un an sous la conduite du P. de Sandoval ; mais dans ce court espace de temps, toujours attentif à ses instructions et à ses exemples, embrasé de son zèle et de sa charité, il reçut avec plénitude le double esprit de son maître, et devint bientôt en état de le surpasser.

Jamais peut-être aucun ouvrier évangélique ne fit un sacrifice aussi parfait et aussi généreux. En changeant de lieux et de climats, les ministres de l'Évangile trouvent toujours de nouveaux objets qui les animent et qui les soutiennent : les douceurs de l'un peuvent en quelque sorte dédommager des rigueurs de l'autre; et le changement seul est par lui-même une espèce de soulagement pour la nature. Mais le climat du pays où le P. Claver se confina ne perdit jamais rien de ses rigueurs pour lui : ce furent toujours de nouveaux travaux, de nouvelles souffrances, quoique dans le même lieu, pendant près de quarante années: toujours il eut besoin d'un nouveau zèle et d'un nouveau courage, parce qu'une seule ville était le rendez-vous de toutes les nations, et que l'apôtre de Carthagène était celui d'un monde entier.

A suivre : IV. Conduite du P. Claver à l'arrivée des nègres à Carthagène.

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Message  Louis Lun 22 Juin 2015, 2:33 pm

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IV. Conduite du P. Claver à l'arrivée des nègres à Carthagène.

Dès qu'il arrivait au port un navire chargé de nègres, le gouverneur lui-même et ses principaux officiers se chargeaient à l'envi de l'en avertir ; parce que, outre qu'il disait un certain nombre de messes pour celui qui lui apportait le premier une si heureuse nouvelle, on était persuadé qu'on ne pouvait lui causer une joie plus vive. En effet il paraissait aussitôt revivre, ses yeux s'animaient, son visage pâle et défait prenait une couleur de santé qui ne lui était pas ordinaire. Après s'être mis à genoux pour remercier Dieu, il s'informait de la langue que parlaient ces nouveaux esclaves, il cherchait des interprètes et il courait au port muni de biscuits, de conserves, d'eau-de-vie, de tabac, de limons et d'autres provisions dont ces sauvages font leurs délices. Comme la plupart sont persuadés qu'on ne les a pris que pour employer leur graisse à caréner les vaisseaux, et leur sang à teindre les pavillons, il mettait tout en œuvre pour les rassurer. D'abord il leur faisait entendre que cette persuasion n'était qu'un artifice du démon pour les perdre ; qu'on les avait fait venir pour les délivrer de son esclavage et les conduire à une félicité éternelle ; qu'ils pouvaient s'en rapporter sur ce point à plusieurs de ceux qui avaient déjà été tirés de leur pays, et qui se trouvaient beaucoup plus heureux à Carthagène ; et que pour lui en particulier, il leur servirait toujours de protecteur, d'avocat, de maître et de père.

Mais quoi qu'on pût leur dire de sa part, son affection, qui paraissait dans toutes ses manières, était plus éloquente que tous les discours de ses interprètes : et je ne sais quelle sympathie, qui se trouvait entre son cœur et celui de ces pauvres gens, les lui attachait tous, presque dès le premier abord. Il leur distribuait ensuite les petits rafraîchissements qu'il avait apportés, et par là il achevait de les gagner. Aussi avait-il coutume de dire à ce sujet, qu'il fallait leur parler avec la main, avant que de vouloir leur parler de bouche. Dans ce dessein il allait ordinairement chez un de ses amis, homme vertueux et très charitable. « Il vient d'arriver, » lui disait-il alors en souriant, « un vaisseau chargé de nègres, il faut un hameçon pour les prendre, » et sur-le-champ on lui envoyait toutes les provisions dont il avait besoin pour eux.

Après se les être ainsi attachés par les marques de la plus attentive charité, il travaillait à les gagner à Dieu. Il s'informait d'abord de tous ceux qui étaient nés pendant le voyage, pour leur conférer le baptême ; il visitait ensuite ceux qui étaient dangereusement malades, pour les disposer, ou au baptême, ou au sacrement de pénitence, selon qu'ils étaient, ou n'étaient pas encore chrétiens. Il arriva plus d'une fois que plusieurs moururent immédiatement après cette grâce, comme si la divine Providence ne les avait conservés que pour donner à son serviteur la consolation de les sauver.

Ces faveurs l'animaient à un nouveau travail. Persuadé qu'il ne pouvait acheter trop chèrement un si grand bonheur, il prenait soin de tous les malades les uns après les autres : il nettoyait leurs ordures, pansait leurs plaies, leur portait lui-même la nourriture à la bouche. En partant, il les embrassait avec tendresse, et les laissait si étonnés, si charmés d'une charité à laquelle ils ne s'attendaient pas, que leur servitude de Carthagène leur paraissait préférable à la liberté dont ils jouissaient dans leur pays.

Le jour du débarquement général étant arrivé, il s'y trouvait ponctuellement, muni des mêmes provisions et accompagné d'autres esclaves de la même nation. Il leur donnait la main pour les aider à mettre pied à terre ; recevait les malades entre ses bras et les portait sur des charrettes qu'il avait fait préparer exprès : il n'y en avait aucun à qui il ne donnât des marques de son affection, si vives et si naturelles, que tous ceux qui en étaient les témoins en étaient ravis d'admiration. Il ne les quittait point qu'il ne les eût tous conduits comme en triomphe dans leurs logements, plus honoré de cette compagnie, en entrant à Carthagène, que ces fameux vainqueurs qui entraient autrefois triomphants à Rome. Quand ils étaient logés, il les allait encore visiter tous, les uns après les autres, leur promettait de revenir bientôt et les recommandait très instamment à leurs maîtres.

A suivre : V. Méthode qu'il observe dans l'instruction des nègres.

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Message  Louis Mar 23 Juin 2015, 12:28 pm

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V. Méthode qu'il observe dans l'instruction des nègres.

Il eût voulu les conquérir tous à Dieu, sans différer; mais la plus grande difficulté était d'avoir de bons interprètes. Que d'obstacles n'eut-il pas à vaincre ! Que de persécutions même n'eut-il pas à essuyer à ce sujet ! Il en devait coûter

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beaucoup, et pour les payer, et pour les former : son courage vint à bout de l'un et la Providence fournit à l'autre. Ayant obtenu de ses supérieurs la permission de chercher des aumônes pour une œuvre si sainte, il allait lui-même de porte en porte solliciter la charité des fidèles ; et Dieu, intéressé au salut des âmes qu'il avait confiées à ses soins, lui fit trouver des personnes pieuses qui lui fournissaient abondamment tout ce qui était nécessaire. Avec ces secours il avait de quoi s'attacher quelques interprètes, secourir les pauvres et les malades, racheter des esclaves réduits au désespoir, et payer les ouvriers qui étaient obligés de travailler à la place de ses interprètes, pendant le temps qu'il les employait à faire les instructions. Dieu ayant ainsi donné à ses soins tout le succès qu'il désirait, il se disposa à reprendre ses travaux apostoliques, avec plus d'ardeur que jamais. Voici la méthode qu'il y observait.

Après être convenu avec ses interprètes du temps et du lieu le plus commode pour instruire les nègres, il se rendait exactement dans leurs cases aux heures marquées. Ces cases sont de grands magasins, ou, pour mieux dire, de longues prisons humides, obscures, dénuées de tout ; les nègres y sont entassés par centaines, les uns sur les autres, sans autre lit que la terre. L'air chaud et empesté, qui s'exhale de tant de corps déjà infects par eux-mêmes, en rend le séjour insupportable; et il est peu d'étrangers qui puissent y demeurer longtemps sans défaillir. Mais si la petite vérole, ou quelque autre maladie épidémique, vient se joindre à tant d'autres incommodités, les esclaves eux-mêmes n'y peuvent résister.

Avant que de se mettre en chemin, le zélé missionnaire implorait la divine miséricorde par de ferventes prières, qu'il avait coutume de faire devant le saint Sacrement, par des pénitences extraordinaires et par toutes les œuvres de piété que l'ardeur de sa charité lui pouvait inspirer. Il partait ensuite, ayant à la main un bâton surmonté d'une croix, un crucifix de bronze sur la poitrine, et sur l'épaule un sac où il renfermait un surplis, une étole, les saintes huiles, des biscuits, quelques flacons remplis d'eau-de-vie et d'eau de senteur, avec tout ce qui était nécessaire, soit pour dresser un autel, soit pour soulager les infirmes. Quoique chargé de la sorte, il marchait avec tant de courage et d'agilité, que son compagnon avait de la peine à le suivre.

Dès qu'il était arrivé, il entrait dans le quartier des malades : là il commençait par leur laver le visage avec quelque eau odoriférante, pour diminuer l'infection dont ils étaient tourmentés ; il leur donnait un peu de vin, ou d'eau-de-vie, pour les fortifier ; il les régalait avec les biscuits et les conserves qu'il avait eu la précaution d'apporter; il leur conférait ensuite les sacrements qu'ils étaient en état de recevoir et ne les quittait qu'après les avoir remplis de consolation.

De là il se rendait au quartier de ceux qui n'étaient arrêtés par aucune incommodité…

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Message  Louis Mer 24 Juin 2015, 12:01 pm

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V. Méthode qu'il observe dans l'instruction des nègres.


(suite)


De là il se rendait au quartier de ceux qui n'étaient arrêtés par aucune incommodité; et, après les avoir tous rassemblés dans une grande cour ou dans quelque autre endroit assez spacieux, il y élevait un autel, sur lequel il plaçait des tableaux propres à donner à ces esprits grossiers quelque idée de nos mystères. Au lieu le plus remarquable était un tableau de JESUS-CHRIST en croix. On y voyait sortir de toutes ses plaies des ruisseaux de sang, qui coulaient dans un vase précieux : un prêtre les recueillait avec respect pour en baptiser un nègre, qui attendait cette grâce à genoux et dans une  posture très dévote ; des cardinaux, des papes, des princes et des rois assistaient à cette cérémonie, adorant avec joie la miséricorde d'un Dieu Sauveur qui prodiguait ainsi son sang pour tout le monde. D'un côté de ce tableau, on apercevait quelques nègres richement parés et comme tout brillants de gloire : c'étaient ceux qui avaient déjà reçu le baptême ; mais ceux qui l'avaient refusé paraissaient, de l'autre côté, tout difformes et environnés de monstres hideux qui avaient la bouche ouverte pour les dévorer. Ce spectacle, consolant et terrible tout à la fois, excitait ces pauvres gens à l'estime d'un bienfait honoré par les puissances mêmes de la terre, à la crainte du malheur destiné à ceux qui n'en veulent pas profiter, au désir d'éviter ce malheur par la vertu du sang divin unie avec l'eau du sacrement, et surtout à l'amour d'un Dieu qui avait tant fait et tant souffert pour des hommes misérables. Ces sortes de peintures si expressives, soutenues de quelques sentences courtes, vives et animées par le zèle, ont souvent plus de force pour persuader que les discours les plus éloquents.

Tout étant ainsi préparé, il disposait lui-même des sièges pour ses interprètes, et afin que les nègres eux-mêmes pussent entendre plus commodément la parole divine, il allait chercher des bancs, des ais et des nattes qu'il rangeait soigneusement autour de l'autel ; il faisait tout cela d'un air si content, avec une ferveur si aimable, que ces pauvres esclaves ne savaient comment lui marquer leur reconnaissance. Il plaçait les hommes d'un côté et les femmes de l'autre, il pourvoyait à tout ; on eût dit qu'il n'avait point là d'autre emploi que celui de servir et d'être l'esclave des esclaves mêmes. Si parmi eux il en apercevait quelqu'un qui pût causer de l'incommodité aux autres par la vue ou par l'infection de ses ulcères, il le couvrait de son manteau, dont il se servait aussi quelquefois pour faire une espèce de siège aux infirmes, dans la crainte qu'ils ne fussent assis trop durement. Souvent il le reprenait si souillé et si infect qu'il fallait le laver jusqu'à sept ou huit fois; mais l'ardeur de la charité semblait tout purifier; et il était si occupé du soin de gagner ces âmes à Dieu, qu'il eût mis volontiers sur lui son manteau tout sale des ordures des nègres les plus dégoûtants, si ses interprètes ne l'en eussent empêché.

A suivre: VI. Ses travaux dans ses exercices.

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Message  Louis Jeu 25 Juin 2015, 12:36 pm

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VI. Ses travaux dans ses exercices.


Avant que de commencer le catéchisme, il prenait chaque nègre en particulier pour examiner s'il avait été baptisé; il rangeait à part ceux qui donnaient des preuves suffisantes de leur baptême ; et, pour les distinguer, il leur mettait au cou une médaille de plomb sur laquelle étaient gravés les saints noms de JÉSUS et de Marie, en les avertissant de la porter toute leur vie, tant comme une marque de la grâce qu'ils avaient reçue, que pour leur sûreté particulière contre les périls auxquels ils se trouveraient exposés. Quant à ceux dont les réponses lui donnaient un juste sujet de douter, il leur faisait prendre un signe particulier pour les reconnaître et les baptiser quelque autre jour sous condition.

Après ces préparatifs, il commençait enfin ses instructions en cette manière. Prenant en main son bâton, qui représentait la figure d'une croix, il se mettait à genoux au milieu des nègres et il priait quelque temps, le visage enflammé du feu de l'Esprit-Saint ; puis, d'un air capable de tirer des larmes des cœurs les plus durs, il faisait le signe de la croix, répétant deux ou trois fois chaque parole et chaque action, afin que tous pussent le suivre. Il approchait ensuite avec ses interprètes de chaque nègre pour lui faire faire en particulier le signe de la croix, donnant des éloges à ceux qui l'avaient bien retenu, blâmant les autres avec douceur, et ne passant point aux suivants que les premiers n'eussent parfaitement appris ce premier article.

Il suivait le même ordre dans l'explication de nos principaux mystères, et, pour les faire mieux entendre, il se servait de comparaisons proportionnées à la grossièreté de ses auditeurs. Mais il ne se bornait pas à leur proposer ce qu'il devait croire, il leur apprenait encore à le pratiquer. L'exposition de chaque mystère était suivie d'un acte de foi qu'il avait soin d'imprimer fortement dans leur esprit ; il excitait leur espérance par la vue du bonheur et de la gloire que la miséricorde et le sang même d'un Dieu avait préparés aux chrétiens ; et de cette vue naissaient comme naturellement des actes réitérés d'amour pour un si grand et si bon maître, qui voulait les tirer de leurs ténèbres pour les appeler à la lumière, qui d'esclaves du démon les rendait enfants de Dieu, et qui, après les avoir délivrés de la damnation tant de fois méritée par leurs crimes, leur proposait une félicité éternelle qu'ils pouvaient mériter par l'observation de sa loi.

Ces différents actes partant d'un coeur rempli de foi, d'espérance et d'amour, le feu dont il était embrasé se communiquait à ceux qui l'entendaient. Il profitait de ces heureuses dispositions pour les engager à une détestation sincère de leur infidélité et à un désir ardent de recevoir le saint baptême. Pour leur en faire mieux sentir la vertu : « Il faut, mes enfants, leur disait-il, faire ici comme le serpent, qui se dépouille de son ancienne peau pour en prendre une plus belle et plus brillante »; et, en disant ces paroles, il appliquait ses ongles sur sa main, comme s'il eût voulu la déchirer. Alors ces pauvres esclaves, attentifs à ses moindres actions, faisaient de leur côté les mêmes démonstrations pour lui faire entendre qu'ils avaient compris et qu'ils voulaient se dépouiller de leurs anciennes superstitions, pour être entièrement renouvelés dans les eaux salutaires du baptême.

Pendant ces instructions, il était tantôt debout, tantôt à genoux, tantôt appuyé contre quelque méchant tonneau ; tandis que les interprètes et les nègres étaient commodément assis sur les sièges qu'il leur avait lui-même préparés. Il arrivait souvent que quelques-uns de leurs maîtres, qui avaient voulu être les témoins de cet édifiant spectacle, surpris de l'humilité du saint homme et indignés du peu de respect des nègres, se mettaient en devoir de les châtier de leur insolence; mais le Père accourait aussitôt à leur défense, et s'efforçait de persuader à leurs maîtres que cette place leur était due, que tout se faisait là pour eux et que lui-même il n'était rien. Il n'est pas surprenant en effet que, s'estimant beaucoup moins qu'eux, il crût les devoir placer mieux que lui.

A suivre : VII. Sa conduite en administrant le baptême aux nègres.

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Message  Louis Ven 26 Juin 2015, 12:30 pm

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VII. Sa conduite en administrant le baptême aux nègres.


Quand il les jugeait suffisamment instruits, au jour fixé pour leur administrer le baptême, il les faisait ranger par groupes de dix, donnant le même nom à chaque dizaine, pour qu'ils s'en souvinssent mieux. D'abord il baptisait les enfants, puis les hommes et il finissait par les femmes. Avant que de commencer la cérémonie, il se mettait à genoux pour faire à Dieu une prière ardente en faveur de ces pauvres âmes ; il les lui offrait toutes et le conjurait de vouloir bien les purifier par son sang. Cela fait, il se levait l'air inspiré, le visage embrasé comme un séraphin, et s'approchait de ceux qui devaient recevoir le baptême, accompagné d'un interprète, et suivi d'un nègre et d'une négresse déjà chrétiens pour servir de parrain et de marraine. Celui qui devait être baptisé était à genoux, les mains jointes sur la poitrine, et le Père, en lui montrant dans un vase d'argent l'eau destinée à lui procurer la grâce qu'il attendait :


« Voilà, lui disait-il par un interprète, cette eau salutaire qui, en vertu des mérites de JESUS-CHRIST, purifie l'âme et la rend brillante comme le soleil ; voilà la source de la grâce qui fait les vrais enfants de Dieu et leur donne droit au royaume de sa gloire ; mais, pour obtenir une telle faveur, il faut se repentir de ses péchés, il faut renoncer au démon et aux maximes du monde. Ne le faites-vous pas de tout votre cœur ? Ne croyez-vous pas en JESUS-CHRIST ? Ne voulez-vous pas entrer dans son Église et recevoir le baptême ? »


Il répétait ces paroles jusqu'à deux et trois fois ; et quand le néophyte avait répondu à propos, il le baptisait à l'instant ; après quoi il lui mettait au cou une de ces médailles, où il avait fait graver les noms de JESUS et de Marie, pour le distinguer de ceux qui n'avaient pas encore été baptisés.

Pendant qu'il était occupé à ces fonctions, si on venait l'avertir que quelqu'un de ceux que la maladie avait empêchés d'assister à l'instruction était en danger, il quittait tout pour y courir et revenait ensuite reprendre le travail qu'il avait interrompu. On ne peut dire combien il arracha d'âmes au démon, en les secourant si à propos et avec tant de zèle. Il arriva que plusieurs esclaves moururent immédiatement après avoir reçu le baptême : aussitôt, il se mettait en prières, remerciant Dieu d'avoir bien voulu se servir de lui pour sauver ces malheureux.

Dès que la cérémonie était achevée, il faisait à tous les nouveaux baptisés une exhortation vive et pathétique, où il leur rappelait la grandeur du bienfait qu'ils venaient de recevoir; il leur représentait ensuite leurs obligations, en les exhortant à garder fidèlement la loi de JESUS-CHRIST dont ils étaient devenus les membres, et à mourir plutôt que de la violer par un seul péché ; il ajoutait que si, par malheur, ils venaient à en commettre un, ils trouveraient un remède salutaire, toujours prêt, dans la douleur et la confession de leurs péchés, et à cette occasion il les instruisait de la manière de recevoir chrétiennement le sacrement de pénitence.

Pour les frapper davantage, leur donner plus d'horreur du péché et les engager plus efficacement à la vertu…

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Message  Louis Sam 27 Juin 2015, 11:30 am

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VII. Sa conduite en administrant le baptême aux nègres.


(suite)


Pour les frapper davantage, leur donner plus d'horreur du péché et les engager plus efficacement à la vertu, il leur faisait voir, d'un côté, le portrait d'une âme damnée, spectacle terrible dont il se servait pour leur exposer vivement les châtiments éternels que Dieu réserve aux pécheurs ; de l'autre, celui d'une âme bienheureuse et toute brillante de gloire : « Voilà, leur disait-il alors, ce que vous serez un jour, si vous êtes fidèles à conserver la grâce de votre baptême. » Toutes ces instructions finissaient par un acte fervent de contrition et d'amour de Dieu. Il prenait en main le crucifix qu'il portait sur sa poitrine, et, l'élevant de manière que tous pussent le voir : « Voyez, s'écriait-il, de quelle manière nos péchés ont traité notre grand Dieu et notre aimable père ; voyez jusqu'où l'ont réduit, et notre extrême malice, et son immense charité pour nous. Oui, c'est pour nous qu'il est mort sur cette croix ; c'est pour nous qu'il a été comme abîmé dans cet océan d'ignominies et de douleurs. » Il accompagnait ces mots de larmes si amères, que tous ces bons sauvages y répondaient par des sanglots. Les voyant disposés comme il le désirait, il leur apprenait à dire et à répéter souvent ces belles paroles :« JESUS-CHRIST, fils unique de Dieu, vous êtes mon père, ma mère, mon trésor, tout mon bien. Je vous aime de tout mon cœur, et j'ai une extrême douleur devons avoir offensé ; oui, je vous aime de toutes mes forces et de toute mon âme. » Enfin, les regardant comme purifiés dans le sang de l'Agneau et comme de vrais enfants de Dieu, il les embrassait avec tendresse ; et dans tout cela il montrait un cœur si touché, un air si aimable et si transporté de joie, que ces pauvres esclaves, charmés de tant de bonté, et animés de ce nouvel esprit que donne le baptême, ne savaient comment répondre à tant d'amour.

Pour lui marquer leur consolation et leur joie, ils levaient les yeux au ciel, ils battaient des mains, ils se jetaient à genoux, à ses pieds afin de baiser du moins le bas de sa robe ; ils poussaient des cris d'allégresse mille fois redoublés ; et chacun, en son langage et à sa manière, le comblait de mille bénédictions. Partout où ils le retrouvaient ensuite, c'étaient toujours les mêmes démonstrations d'amour et de respect : ils couraient en foule au-devant de lui, se prosternaient à terre, l'appelaient leur maître, leur protecteur, leur père, et ne pouvaient se lasser de lui témoigner leur reconnaissance.

Ce travail capable à lui seul d'occuper plusieurs missionnaires, devint pour le P. Claver un travail, non pas de toutes les années, mais de toutes les semaines, et presque de tous les jours. A chaque nouveau débarquement de nègres, il était obligé de recommencer les mêmes exercices, de sorte que souvent il ne lui restait que quelques courts intervalles pour s'employer à d'autres travaux.

Ceux qui lui donnèrent le plus de peine, furent les sauvages des côtes de Guinée, naturellement fiers, indomptables, et d'ailleurs attachés à mille superstitions prises du mahométisme. Il fut obligé de redoubler pour eux tous les efforts de son zèle et de sa charité ; il se prêtait à tous leurs caprices, il supportait tout de leur part ; et il obtint enfin par ses prières, sa patience et sa douceur, ce que les menaces et les châtiments de leurs maîtres ne pouvaient obtenir.

A suivre : VIII. Son attention à découvrir les nègres qu'on lui cachait.

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Message  Louis Dim 28 Juin 2015, 12:57 pm

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VIII. Son attention à découvrir les nègres qu'on lui cachait.


L'attention du saint missionnaire n'oubliait rien de ce qui concernait son cher troupeau. Outre les nègres inscrits sur les registres publics, les pilotes et les mariniers, pour éviter de payer les droits du roi, en débarquaient d'autres sur les côtes voisines, qu'ils faisaient ensuite entrer secrètement à Carthagène; ils les y tenaient soigneusement cachés, pour les vendre à leur profit à des marchands qui les envoyaient travailler à leurs sucreries, où ils passaient pour chrétiens, sans avoir reçu le baptême. Son zèle triompha des obstacles que lui opposait cette cupidité. Dans toutes les habitations des gens de mer il envoyait des interprètes fidèles qui, sous prétexte de connaissance ou de parenté, demandaient à parler aux nègres nouvellement arrivés. Ces pauvres esclaves, ravis de retrouver quelqu'un de leurs amis, accouraient aussitôt en foule. Les interprètes s'informaient alors de chacun d'eux en particulier s'il avait été baptisé ? S'il répondait que non, ils lui disaient qu'ils étaient venus pour leur procurer à tous ce bonheur et les rendre par là enfants de Dieu ; après quoi ils les instruisaient peu à peu de ce qu'il fallait croire et pratiquer pour mériter une telle grâce. Quand ils les jugeaient suffisamment disposés, ils en avertissaient le P. Claver, qui ne manquait pas de s'y rendre ; et pour ne point effaroucher les maîtres, il leur promettait un secret inviolable sur leur conduite, en leur protestant que jamais il ne ferait rien contre leurs intérêts. Ceux-ci rassurés par sa droiture et touchés des marques de sa bonté, lui permettaient volontiers d'instruire leurs esclaves, de les baptiser et d'exercer librement auprès d'eux toutes les fonctions de son ministère.

A suivre : IX. Soins qu'il se donne pour former les nègres baptisés à la vertu.

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Message  Louis Lun 29 Juin 2015, 12:05 pm

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IX. Soins qu'il se donne pour former les nègres baptisés à la vertu.

Il ne se contentait pas de les faire chrétiens, il voulait qu'ils fussent bons chrétiens. Pour attirer de plus en plus leur confiance, et pour les rendre plus dociles à ses avertissements, il n'épargnait rien en leur faveur. Tous les jours il allait les visiter dans leurs loges, les consolant dans leurs afflictions, les secourant dans leurs besoins, les soulageant dans leurs maladies. Souvent il se tenait des heures entières sur la place publique pour amasser des aumônes ; et après avoir obtenu des marchands différentes espèces de provisions, il les mettait dans un panier qu'il portait lui-même sur son dos à ses chers nègres. Avant que de les leur distribuer il leur expliquait les commandements de Dieu et de l'Église ; il leur enseignait à prier, à bien entendre la messe, à s'approcher chrétiennement des sacrements de pénitence et d'Eucharistie, à faire saintement toutes leurs actions ; il leur rappelait encore les récompenses promises aux justes et les châtiments terribles destinés aux pécheurs impénitents ; et il terminait toujours ses visites en leur faisant produire des actes de contrition et d'amour de Dieu.

Les jours de fête il allait les chercher lui-même pour les faire venir à la messe, et les conduisait à l'église du collège, où il avait eu soin de préparer des bancs et des nattes pour les garantir de l'humidité. Si la multitude des confessions l'empêchait de sortir, il leur envoyait quelques nègres accrédités parmi eux, qui les amenaient en foule. A la vue de ces nombreuses troupes d'esclaves, les Espagnols de la ville, et surtout les dames qui ne pouvaient souffrir l'infection naturelle aux nègres, se plaignaient hautement qu'il ne leur était plus possible d'y tenir, qu'on voulait les chasser, que ce zèle outré ferait déserter l'église. A toutes ces plaintes le P. Claver répondait avec modestie que ces pauvres gens étaient chrétiens, qu'ils étaient obligés de satisfaire au précepte de l'Église, qu'il était lui-même leur pasteur et leur chapelain, et qu'ainsi c'était à lui de leur dire la messe, et de la leur faire entendre. Après la messe il faisait distribuer quelques rafraîchissements aux vieillards et aux infirmes, et les faisait reconduire à leurs habitations par des guides charitables.

En se sacrifiant ainsi pour eux, il n'omettait rien pour les retenir dans les bornes du devoir, et les empêcher d'oublier leurs obligations. Dès qu'il les voyait s'écarter de la bienséance du christianisme, il prenait un air et un ton de maître auxquels ils ne pouvaient résister. Jamais il ne les rencontrait, qu'il ne leur donnât quelque avis salutaire proportionné à leur âge, à leur état et à leurs besoins. « Prenez garde, disait-il aux plus jeunes, de trop compter sur votre jeunesse : souvent les grains se dessèchent en herbes, et les fleurs ne portent pas toujours des fruits. » « Songez, ajoutait-il à ceux qui étaient déjà avancés en âge, que la maison est déjà vieille et qu'elle menace ruine : confessez-vous, tandis que vous en avez le temps, la commodité. » Rencontrait-il quelque libertin plus indocile que les autres : « Dieu compte tes péchés, lui disait-il, et le premier que tu commettras sera peut-être le dernier de ta vie. » Ces avertissements avaient ordinairement leur effet, et la terreur des châtiments de Dieu servait, ou à les conserver dans la vertu, ou à les retirer du vice.

L'autorité qu'il s'était d'ailleurs acquise sur leur esprit, et l'amour qu'ils lui portaient faisaient qu'ils lui obéissaient sans réplique et sans peine. Sa seule vue était un frein capable d'arrêter ou de faire revenir les plus indociles ; et les plus vicieux même, dès qu'ils le rencontraient, se jetaient à ses genoux pour lui demander sa bénédiction.

A suivre : X. Il remédie à plusieurs abus auxquels ils étaient sujets.

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Message  Louis Mar 30 Juin 2015, 1:32 pm

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X. Il remédie à plusieurs abus auxquels ils étaient sujets.

Ces barbares ont une vraie passion pour les danses accompagnées du son des flûtes, des tambourins et d'autres instruments de musique qui sont fort de leur goût. Quand il n'y voyait rien de contraire à la bienséance, il ne s'y opposait pas, pourvu que d'ailleurs elles n'allassent pas jusqu'à l'excès, persuadé que des hommes presque toujours accablés de travaux ont besoin de quelques plaisirs innocents; mais dès qu'il s'y glissait la moindre indécence, alors il accourait, le visage tout en feu, tenant un crucifix d'une main et de l'autre une discipline dont il frappait les danseurs et les joueurs d'instruments, qui les abandonnaient sur-le-champ pour s'enfuir au plus vite. Il s'en saisissait alors comme d'une dépouille enlevée au démon, et les mettait en dépôt chez quelque chrétien zélé, avec ordre de ne les point rendre à leurs maîtres qu'ils n'eussent donné quelque aumône pour les pauvres de l'hôpital de Saint-Lazare. Il ne pouvait souffrir une négresse seule avec un nègre, même au milieu des rues : et sans se contenter de l'excuse de parenté qu'ils lui apportaient quelquefois, il les reprenait toujours sévèrement: « Tout le monde ne sait pas cette parenté, leur disait-il, mais tout le monde voit le scandale. » Aussi, dès qu'on l'apercevait, ceux qui se trouvaient en faute s'en retournaient-ils promptement chacun de son côté.

Une de ses principales attentions était de les empêcher de travailler les jours de fête, sous quelque prétexte et pour quelque cause que ce pût être. S'ils éprouvaient alors une véritable nécessité, il leur cherchait lui-même des aumônes pour subsister, et ne manquait jamais de leur dire, en les leur présentant, qu'ils ne devaient pas craindre de manquer de pain pour avoir été fidèles à Dieu. Il n'était pas moins exact à leur faire observer tous les jeûnes de l'Église. Pendant l'avent et le carême, il leur ôtait absolument tous leurs instruments de jeu, en leur représentant avec beaucoup de force que ce temps était destiné à pleurer ses fautes, à punir les plaisirs illicites par la privation des plaisirs même permis ; et que des chrétiens ne pouvaient sans honte et sans ingratitude s'occuper à se divertir, dans un temps où leur Dieu avait souffert pour eux.

Son zèle s'animait surtout contre l'ivrognerie et le blasphème. S'il apprenait que quelqu'un se fût emporté jusqu'à ces excès, après l'avoir sévèrement repris de sa faute, il lui faisait lécher la terre avec sa langue, et en lui mettant alors légèrement le pied sur le cou pour l'humilier davantage devant tous les autres : « Eh ! qui es-tu, malheureux, s'écriait-il, pour oser ainsi attaquer le ciel et outrager la divine majesté? » En se retirant, il donnait ordre qu'on l'informât si le coupable se corrigeait, et il ne cessait point qu'il n'eût obtenu de lui ce qu'il désirait.

Il s'occupait de légitimer par le mariage les unions irrégulières ; et lorsque les maîtres s'en offensaient, il leur répondait que leur domaine ne s'étendait pas jusque sur les consciences, et que leur droit, quel qu'il pût être, ne l'emportait pas sur le droit divin et naturel.

Un des abus qui lui donna le plus de peine à retrancher fut une espèce de fête qu'ils appelaient « les pleurs des morts ». Ils avaient un temps marqué où les hommes et les femmes s'assemblaient la nuit pour pleurer tous leurs morts ; il s'y mêlait beaucoup de cérémonies superstitieuses et païennes : la plupart s'y enivraient, et il s'y commettait mille autres désordres. Son zèle ne put voir ces excès sans indignation, et il n'eut point de repos qu'il ne les eût entièrement abolis. Il eut même pour ce sujet recours à l'autorité ecclésiastique, et il obtint des magistrats une défense expresse d'y vendre ou d'y porter aucune boisson capable d'enivrer. Dieu lui-même le seconda dans ce pieux dessein par des moyens extraordinaires qui tenaient du prodige.

A suivre : XI. Sa tendresse à les secourir dans leurs misères.

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Message  Louis Mer 01 Juil 2015, 12:45 pm

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XI. Sa tendresse à les secourir dans leurs misères.

Autant il avait de zèle et de sévérité pour empêcher le désordre parmi les nègres, autant faisait-il paraître de douceur et de charité pour eux dans tout le reste. S'il en trouvait quelques-uns qui appréhendassent d'être punis pour n'avoir pas assez veillé aux intérêts de leurs maîtres dans les ventes et les achats, il allait demander grâce pour eux, et, si des maîtres trop intéressés la lui refusaient, il cherchait des aumônes pour les dédommager lui-même de leurs pertes. S'il apprenait qu'on en traitât d'autres avec trop de barbarie, il n'épargnait ni remontrances, ni prières, pour exciter leurs maîtres à la compassion. Entendait-il, en passant, les cris de ceux qu'on punissait, il accourait, le cœur serré, pour faire cesser les coups. Enfin, il se chargeait de ramener lui-même ceux à qui la crainte du châtiment avait fait prendre la fuite ; il sollicitait instamment leur pardon, et se faisait leur caution sans balancer.

Il avait un soin tout particulier de ceux qui avaient été mis en prison : il se faisait un devoir de les visiter souvent ; et, sachant qu'ils manquaient de tout, il leur portait du tabac et toutes sortes de petits soulagements. Il passait avec eux des heures entières, occupé à leur adoucir leurs peines et à leur en faire sentir le prix ; il leur représentait, avec une douceur capable de toucher les plus insensibles, que tout ce qu'ils souffraient était à leur égard un effet de la miséricorde de Dieu, qui, pour leur épargner les châtiments éternels qu'ils avaient tant de fois mérités, avait permis cette sévérité passagère de leurs maîtres; ajoutant que, s'il lui était possible, il demeurerait en prison avec eux pour les consoler du moins par sa présence. Par ces discours accompagnés de manières tendres et officieuses, il en garantit beaucoup du désespoir. D'autre part il engageait les maîtres à proportionner la punition aux fautes, et à ne pas jeter ces malheureux dans le désespoir : il leur promettait que dans la suite ils auraient lieu d'être contents ; et ces pauvres esclaves, pour ne point manquer à ce qu'ils devaient à leur bon père, s'efforçaient de réparer leurs torts par leurs services.

A suivre : XII. Ses travaux au confessionnal.

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Message  Louis Jeu 02 Juil 2015, 12:12 pm

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XII. Ses travaux au confessionnal.

Toutes les peines que le saint homme se donnait pour les instruire et les baptiser, n'approchent pas de ce qu'il lui en coûtait pour les disposer, comme il faut, au sacrement de pénitence.

L'église du collège des jésuites était petite, fort humide, chaude et, pour comble d'incommodités, pleine d'une infinité de moustiques que le voisinage de la mer y attirait. Le confessionnal du P. Claver était placé près de la porte et exposé jusqu'à midi aux rayons d'un soleil brûlant. Dès qu'on commençait la première messe, il y descendait sans qu'il fût besoin de l'avertir, et jusqu'à huit heures du matin il y confessait tous ceux qui se présentaient. Au moindre signal du sacristain, il y revenait promptement et n'en sortait point qu'il n'eût satisfait ceux qui voulaient s'adresser à lui. Aux approches d'une grande fête ou de quelque indulgence particulière, il faisait un tour par la ville, en disant à ceux qu'il rencontrait : « Tel jour arrive une fête de Notre-Seigneur, ou de la Vierge ; il y a une indulgence à gagner : il faut songer à nettoyer la maison, à purifier son cœur. » Alors il se trouvait au confessionnal dès trois heures du matin, et il y restait jusqu'à ce qu'on vînt l'avertir pour dire la dernière messe. Tant qu'il se présentait des nègres, il ne recevait point d'autres pénitents ; après eux, il confessait les pauvres et les enfants des écoles publiques.

Si quelques personnes de distinction venaient se mêler dans cette foule, il tâchait de les renvoyer avec douceur, disant aux hommes, que pour eux il ne manquait pas de confesseurs, et faisant entendre aux dames que son confessionnal était trop étroit pour l'étendue de leurs robes, et qu'il n'y pouvait entrer que de pauvres négresses. Il s'en trouvait qui ne se rebutaient point et que l'intérêt de leur salut, joint à la confiance qu'ils avaient en ce saint directeur, engageait à surmonter tous les obstacles ; mais pour obtenir la grâce qu'ils désiraient, ils étaient obligés d'attendre que tous les nègres eussent passé, chacun à son tour.

A suivre : XIII. Il fait ses derniers vœux de profès. Vœu qu'il y ajoute.

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Message  Louis Ven 03 Juil 2015, 12:52 pm

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XIII. Il fait ses derniers vœux de profès. Vœu qu'il y ajoute.

Au milieu de la pénible carrière que son zèle et sa charité lui avaient ouverte, il eut ordre de se préparer à faire les derniers vœux de profès, sur la fin de l'année 1622. Comme ce degré suppose de la science et de la vertu dans les sujets que la Compagnie en juge dignes, il en fut affligé parce qu'en lui il ne reconnaissait rien de pareil. Il ne l'accepta qu'à condition qu'on lui permettrait d'y ajouter un autre vœu signé de sa main : c'était celui de se consacrer pour toujours au service des nègres. Voici de quelle manière il voulut commencer sa profession. « Amour, Jésus, Marie, Ignace, Pierre, mon Alphonse, et vous qui êtes les patrons de mes chers nègres, écoutez-moi. » Il prononça ensuite la formule ordinaire des vœux de profès, qu'il signa ainsi : « Pierre, esclave des nègres pour toujours. »

Après ses premiers vœux, il s'était regardé comme l'esclave de son Dieu; après les seconds, il voulut devenir pour Dieu l'esclave des esclaves mêmes. Il savait que plus il aimerait ces malheureux, plus il témoignerait d'amour au Seigneur, en l'aimant dans ce qu'il y avait de moins aimable aux yeux des hommes : aussi firent-ils dès lors, plus que jamais, ses plus chères délices. Tous les talents qui lui auraient attiré l'admiration publique dans les chaires et dans les écoles les plus célèbres, il se fit un plaisir de les ensevelir pour toujours au milieu de ses pauvres nègres : sa plus grande science fut désormais de mépriser toute celle qu'il avait acquise par une longue étude ; et il affecta même de ne plus rien savoir que ce qu'il lui fallait pour s'acquitter dignement de l'humble ministère dont il s'était chargé. Rendre à ces hommes grossiers et misérables tous les services dont il était capable, c'était sa joie dans ses peines, sa consolation dans ses disgrâces, son soutien dans ses travaux. C'était dans ces dispositions qu'il était entré dans la route que la Providence lui avait tracée : ce fut dans les mêmes dispositions, devenues de jour en jour plus parfaites et plus sublimes, qu'il persévéra jusqu'à la mort.


A suivre : XIV. Soins prodigieux qu'il se donne pendant le carême.

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Message  Louis Sam 04 Juil 2015, 1:35 pm

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XIV. Soins prodigieux qu'il se donne pendant le carême.


Quelque excessifs que paraissent les travaux dont on l'a vu chargé jusqu'ici, ils n'étaient que comme un prélude de ceux dont il était accablé pendant le carême. Voici l'ordre qu'il s'était prescrit à lui-même pour ce saint temps.

Il avait soin de faire couvrir tout le pavé de l'église de planches commodes, qu'il faisait nettoyer tous les trois jours pour mettre les nègres à l'abri de l'humidité et de la puanteur que le bois aurait pu contracter. Derrière son confessionnal il faisait suspendre une grande quantité de chapelets, de disciplines et de cilices, qu'il distribuait dès le premier jour ; vis-à-vis, il plaçait une petite table, sur laquelle était un livre plein d'estampes représentant les mystères de la vie et de la passion de JESUS-CHRIST. Au haut, on voyait une âme condamnée aux flammes de l'enfer, afin que cette vue inspirât à ses pénitents une plus grande horreur du péché et une contrition plus vive. Il n'oubliait pas les vieillards et les infirmes, pour qui il réservait toujours quelques rafraîchissements particuliers ! Tous ces préparatifs achevés, il se rendait au confessionnal le matin avant le jour, il y passait huit heures entières et il y retournait à deux heures après midi, qui était le temps destiné aux négresses. Avant que de commencer les confessions, il faisait une courte explication de l'évangile du jour, et il la finissait par quelques actes de contrition qui les faisaient fondre en larmes, les disposant par là au sacrement de pénitence, dont ils approchaient avec une piété et une ferveur capables de faire honte aux Espagnols les plus chrétiens. La fatigue de ce travail, augmentée par la chaleur, par la mauvaise odeur des nègres, par les piqûres cruelles des moustiques et par l'incommodité du cilice dont il était couvert depuis les pieds jusqu'au cou, le faisait souvent tomber en faiblesse ; et tout le soulagement qu'il prenait alors était de se frotter le visage avec un linge trempé dans le vin. La faiblesse allait quelquefois jusqu'à un évanouissement total, et on était alors obligé de l'emporter pour le faire revenir à lui.

Vers les six heures du soir, il conduisait les hommes sous un appentis qui était près de la porte du collège, et il les confessait jusqu'au moment où on fermait cette porte. Au sortir de ce travail, il se trouvait ordinairement si épuisé qu'il fallait le porter au réfectoire, où un morceau de gros pain avec quelques patates grillées faisaient tout son repas. Retiré dans sa chambre, il se délassait de ses travaux par de sanglantes disciplines et deux ou trois heures d'oraison.

Les dimanches du carême, après avoir rassemblé les nègres et les mulâtres au son d'une clochette qu'il portait à la main, il les conduisait en procession jusqu'à la grande place, en chantant dévotement des prières et des cantiques. Là il leur expliquait la doctrine chrétienne et leur faisait une exhortation touchante, qui se terminait toujours par un acte de contrition; il les amenait ensuite à l'église, où il se mettait aussitôt au confessionnal pour y recueillir le fruit de ses instructions et de ses peines. Non content d'y faire porter les vieillards et les malades sur des chaises à bras, il les soutenait sur ses genoux, ou bien il s'asseyait lui-même sur les bras de leur chaise pour les confesser d'une manière qui leur fût plus commode. Il les menait ensuite à la table de communion; et après leur avoir fait faire leur action de grâces, il leur présentait un petit déjeuner avec quelques rafraîchissements qu'il leur servait ordinairement à genoux. On ne sera pas étonné d'entendre répéter si souvent ces mêmes termes, si l'on se souvient qu'il était pour les nègres comme la mère la plus tendre et qu'une mère ne se lasse point de renouveler les mêmes attentions.

A partir du dimanche de la Passion…

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Message  Louis Dim 05 Juil 2015, 12:26 pm

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XIV. Soins prodigieux qu'il se donne pendant le carême.


(suite)


A partir du dimanche de la Passion, ses exhortations ne roulaient plus que sur les souffrances du Dieu Sauveur. Il faisait alors placer vis-à-vis l'autel de la Vierge, des tableaux où les mystères douloureux de cet Homme-Dieu étaient représentés, et à mesure que les nègres arrivaient, avant de les confesser, il leur faisait jeter les yeux sur ces tableaux pour les exciter à concevoir une douleur plus vive de leurs péchés, qui avaient causé tant de souffrances à JESUS-CHRIST.

Le Jeudi-Saint, il exposait sur la petite table dont on a déjà parlé une image du même Sauveur lavant les pieds à ses Apôtres, pour leur enseigner l'humilité, l'obéissance et l'amour du prochain. Les confessions et les exhortations se succédaient presque sans intervalle pendant toute la quinzaine de Pâques.

Des personnes graves qui l'avaient observé de près assurèrent que, durant le carême seul, il confessait plus de cinq mille nègres ; il se trouvait des maîtres intéressés qui, sans faire réflexion qu'en rendant leurs esclaves plus chrétiens on les rendait plus dociles, plus laborieux et plus fidèles, se plaignaient du temps qu'on leur faisait perdre; mais rien n'arrêtait le zèle du P. Claver. Il s'en trouvait d'autres plus raisonnables qui, selon la pratique usitée dans certains endroits, lui apportaient quelques petits présents en signe de leur reconnaissance ; mais il s'en jugeait si indigne, qu'il les regardait presque comme des affronts. « Allez, leur disait-il alors d'un air plein de franchise, portez cela à votre curé ; il a beaucoup plus de peine, et il le mérite beaucoup mieux que moi. » Il croyait toujours ne rien faire, tandis que le travail des autres lui paraissait considérable ; il se regardait même comme un homme absolument inutile, qui mangeait un pain qu'il ne gagnait pas, et qu'on nourrissait par pure charité.

A suivre : XV. Il va chercher les nègres qui n'avalent pu se confesser à Pâques.

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Message  Louis Lun 06 Juil 2015, 11:53 am

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XV. Il va chercher les nègres qui n'avalent pu se confesser à Pâques.

Après les fêtes de Pâques, n'étant plus si occupé à entendre les confessions dans l'église, il allait par toute la ville pour confesser les malades qui n'avaient pu encore satisfaire au précepte. Son zèle le rendait alors saintement curieux ; il pénétrait dans les endroits les plus retirés, dans les loges et les cabanes les plus obscures, jusque dans le fond des écuries, pour découvrir s'il n'y avait point quelque nègre cassé de vieillesse qui fût dans le même cas. Comme il n'ignorait pas que ces pauvres malheureux étaient abandonnés comme des bêtes de charge désormais incapables de servir, et que d'ailleurs il y avait de ces nègres affranchis, arrivés depuis longtemps à Carthagène, qui se seraient cru déshonorés s'ils avaient reçu le baptême à leur âge, et qui se contentaient de quelques pratiques extérieures du christianisme, il n'épargnait aucun soin pour les tirer du péril où ils étaient. Dieu lui donnait souvent des inspirations particulières à cet égard ; et, lorsqu'il s'y attendait le moins, il rencontrait comme par hasard quelques-uns de ces squelettes animés que la mort semblait avoir oubliés, et qui n'attendaient que l'arrivée du saint missionnaire pour être baptisés et mourir incontinent après.

Il y avait dans la ville une négresse, âgée de plus de cent ans, et qui depuis longtemps passait pour chrétienne sans l'être : le Père la vint voir pour la confesser; mais avant que de passer outre, mû par une inspiration, il lui demanda tout à coup si elle était baptisée. Elle n'osa lui mentir. Elle avoua qu'elle ne l'était pas, et que la nuit précédente, durant son sommeil, JESUS-CHRIST en croix, accompagné de sa sainte Mère, lui était apparu et l'avait sévèrement reprise de sa négligence. Le Père l'instruisit aussitôt, la baptisa et, comme elle mourut quelques moments après, il eut la consolation de l'envoyer au ciel.

Il ne se contentait pas d'une première visite : comme la caducité de leur âge lui faisait tout craindre pour ces pauvres vieillards, il allait les voir exactement deux fois l'année et, toutes les fois qu'il les visitait, il leur répétait ce qu'il avait coutume de dire à d'autres en pareille circonstance : « Vous voyez que la maison est vieille et chancelante, elle tombera lorsque vous y penserez le moins; profitez de l'occasion qui se présente, et qui ne reviendra peut-être plus. » L'événement ne vérifiait que trop souvent sa prophétie, pour le malheur de ceux qui n'avaient pas voulu se rendre à ses avertissements charitables.

A suivre : XVI. Il visite les nègres malades.

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Message  Louis Mar 07 Juil 2015, 12:02 pm

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XVI. Il visite les nègres malades.

Tout le reste de l'année, quand il n'était pas occupé aux missions dont on parlera dans la suite, un de ses principaux emplois était d'assister les nègres malades. Il s'en faisait donner un registre exact, il avait des gens affidés pour l'avertir à propos : Dieu lui-même, pour le bien de ces pauvres âmes et pour la consolation de son ministre, l'éclairait souvent d'une manière extraordinaire. Il avait besoin de compagnons, et, afin d'avoir toujours quelqu'un de libre à la maison pour cet office, il rendait aux frères tous les services dont il était capable et leur aidait à faire leurs emplois, afin qu'ils fussent plus tôt en liberté de le suivre.

Ni les pluies et les chaleurs, ni les rigueurs des saisons, ni la longueur et la difficulté des chemins, ni la durée des maladies n'étaient capables de l'arrêter. Il y avait en cela quelque chose de prodigieux qui ne pouvait se comprendre. Lorsqu'il étudiait à Santa-Fé-de-Bogota, le soleil l'incommodait jusqu'à le rendre souvent très malade, et, pour traverser seulement la cour, il était obligé de se garantir la tête; mais, dans ses travaux apostoliques de Carthagène, il allait partout exposé à l'ardeur du soleil le plus brûlant, sans en ressentir la moindre gêne ; rien ne paraissait le fatiguer ; ceux qui l'accompagnaient avaient beaucoup de peine à le suivre ; épuisés de lassitude, ils succombaient sous le poids du travail, et il était obligé d'en changer trois ou quatre fois dans un seul après-dîner.

Quand il était de retour à la maison, comme s'il n'avait encore rien fait, il conjurait le portier de l'avertir, à quelque heure de la nuit que ce fût, dès qu'on viendrait chercher quelqu'un pour les malades. « Ceux qui travaillent beaucoup, lui disait-il, ont besoin de repos ; mais pour moi, qui ne fais rien ici, il ne m'en faut pas. » Sa chambre donnait immédiatement sur la porterie ; et comme il était toujours tout habillé et qu'il passait la plus grande partie de la nuit en prières, au premier coup de la cloche il descendait en diligence, pour n'être prévenu par personne.

Ses soins ne se bornaient pas à visiter les nègres malades pour leur donner tous les secours spirituels qui dépendaient de son ministère, il se faisait encore le médecin de leurs corps. Sa chambre était comme une boutique ouverte à tous les infirmes ; et le grand nombre de ceux qui venaient y chercher du secours aurait été capable d'occuper tout le temps d'une personne. Quand il allait voir les pauvres malades, il portait toujours avec lui un sac rempli de remèdes et de tout ce qu'il croyait capable de les soulager.

Quelque longues que fussent les infirmités, jamais il ne se rebutait. Pendant trois ans entiers, il continua de visiter avec le même zèle une négresse d'Angola, et de lui fournir tous les secours nécessaires. Il en visita une autre pendant dix ans. Enfin, ayant appris qu'un pauvre nègre accablé de vieillesse était abandonné de tout le monde dans une misérable cabane qui touchait aux murs de la ville, il prit soin de lui jusque sa mort, c'est-à-dire pendant quatorze années entières. Toutes les semaines il allait lui porter sa provision de vivres; quand il arrivait, il prenait l'infirme entre ses bras ; et après avoir fait lui-même son lit, il l'y remettait avec les plus tendres démonstrations de charité. Pour fournir à tout, il le recommandait de porte en porte à la charité des fidèles du voisinage, et il rendait les plus vives actions de grâces à ceux de qui il avait reçu pour lui quelque aumône.

A suivre : XVII. Lumières extraordinaires qu'il reçoit au sujet des nègres malades.

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Message  Louis Mer 08 Juil 2015, 3:48 pm

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XVII. Lumières extraordinaires qu'il reçoit au sujet des nègres malades.

Dieu, de son côté, prenait plaisir à soutenir et à récompenser le zèle de son serviteur par des faveurs singulières, qui le dédommageaient de toutes ses peines. Il  semble, ainsi qu'on l'a déjà remarqué, que Dieu lui ait révélé parfois le péril de ces pauvres esclaves, et que plusieurs n'aient attendu pour mourir en prédestinés que le secours de leur charitable Père. C'est ce qui arriva à deux nègres appartenant à deux capitaines espagnols : ils étaient déjà sans connaissance et sur le point d'expirer ; le saint homme arrive, se met en prières, les fait revenir à eux, les baptise, et, un moment après, il a la consolation de les voir mourir revêtus de l'innocence qu'ils venaient de recevoir dans le sacrement.

La même grâce fut accordée à une négresse encore païenne : elle allait expirer dans une pauvre case abandonnée ; le Père y entre, comme par hasard ; il la trouve sans mouvement, sans pouls et sans chaleur. Dans cette extrémité, il s'adresse au Seigneur : la connaissance revient à la malade, il se hâte de l'instruire, et à peine lui eut-il conféré le baptême qu'elle mourut.

Dans la maison d'une dame espagnole il y avait un nègre qui passait pour chrétien, sans l'être ; après quelques jours de maladie, il fut réduit à l'extrémité : aussitôt on appelle le P. Claver qui, le trouvant déjà à l'agonie, se met en prières; le moribond revient en pleine connaissance, il avoue qu'il n'a pas reçu le baptême, le reçoit et expire. On ne finirait pas, si on voulait rapporter toutes les merveilles que Dieu voulut opérer pour la consolation du saint missionnaire et le salut de ses chers esclaves ; mais je ne puis en omettre deux plus remarquables encore.

Comme il s'en retournait au collège, accablé de lassitude, après avoir passé tout un après-dîner à visiter différents malades, il s'arrêta tout à coup, et jetant un profond soupir : « Allons, dit-il à son compagnon, allons, mon frère, entrons dans ce logis, nous n'y serons pas longtemps. » Il entre, et y trouve quelques pauvres femmes, qui, en le voyant, crurent voir un ange descendu du ciel. « Où est la malade ? » leur demanda-t-il. Celles-ci, tout étonnées d'une pareille question, le conduisent dans une petite chambre reculée où il voit une femme mourante: il l'exhorte, il la confesse, et,  après lui avoir donné l'absolution, il la voit expirer doucement. Une autre fois qu'il était occupé à une œuvre de charité avec le même compagnon : « Encore un moment de patience, lui dit-il avec émotion, il s'agit d'aller secourir une âme. » Il quitte aussitôt son emploi ; il se transporte hors de la ville dans une pauvre cabane, où il trouve un vieux nègre à l'agonie, qui, après s'être confessé et avoir reçu l'extrême-onction, mourut entre ses bras. Il faisait alors un temps si horrible, qu'il revint à la maison tout trempé et tout couvert de boue ; mais, sans songer à lui-même, son premier soin fut de faire changer son compagnon. Ce bon frère déposa depuis avec serment que le Père, conduit par le même esprit intérieur, avait assisté tant de nègres en de pareilles circonstances, qu'il ne pouvait en faire le détail.

Passant un jour dans une rue de la ville…

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Message  Louis Jeu 09 Juil 2015, 12:06 pm

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XVII. Lumières extraordinaires qu'il reçoit au sujet des nègres malades.


(suite)

Passant un jour dans une rue de la ville, il aperçut une négresse qui était tranquillement assise à la porte de sa maison ; aussitôt il demande à parler à la maîtresse et lui dit de faire retirer l'esclave, et d'avoir soin de la faire confesser promptement. « Mais, mon Père, lui répondit la dame tout étonnée d'un pareil discours, pourquoi se tant presser ? elle se porte fort bien. N'importe, répliqua le saint homme, faites-la confesser ; autrement vous aurez bientôt, vous et elle, lieu de vous repentir. » On suivit son conseil, et on fit confesser l'esclave qui mourut ce jour-là même.

Si Dieu, pour fournir toujours une nouvelle matière aux travaux de son serviteur, l'éclairait ainsi quelquefois sur le péril des uns, souvent aussi, pour le récompenser de sa charité, il lui faisait connaître le bonheur des autres. Depuis quelque temps, il avait décidé une vertueuse négresse, nommée Angèle, à prendre chez elle une pauvre femme percluse de tous ses membres et toute couverte de plaies; un jour qu'il alla la visiter pour la confesser et lui porter quelques petites provisions, la charitable hôtesse lui dit d'un air affligé qu'Ursule (c'était le nom de la malade) était sur le point d'expirer. « Non, non, répondit le Père en la consolant, elle a encore quatre jours à vivre, et elle ne mourra que samedi. » Ce jour étant arrivé, il dit la messe à son intention et sortit pour aller la disposer à la mort. Après avoir été quelque temps en prières : « Consolez-vous, dit-il à l'hôtesse d'un air assuré, Dieu aime Ursule, elle mourra aujourd'hui ; mais elle ne sera que trois heures en purgatoire: qu'elle se souvienne seulement, quand elle sera avec Dieu, de prier pour moi et pour celle qui jusqu'ici lui a tenu lieu de mère. » Elle mourut en effet à midi, et l'accomplissement d'une partie de la prophétie ne servit pas peu à faire ajouter foi à l'autre. — C'est ainsi que le saint missionnaire savait allier les plus singulières faveurs de Dieu avec l'humilité la plus profonde. Confus du secret qui lui échappe malgré lui, il se réduit à demander le secours des prières de celle dont il annonce le bonheur.

Ayant été un autre jour pour confesser une personne qu'il avait coutume de visiter, il apprit qu'elle venait d'expirer. Les parents étaient extrêmement affligés et lui-même, qui n'avait pas cru qu'elle dût sitôt mourir, ne pouvait se consoler de ne l'avoir pas assistée dans ce dernier moment. Il se mit aussitôt en prières auprès du corps, puis se levant tout à coup d'un air serein: « Une telle mort, dit-il, est plus digne de notre envie que de nos larmes: cette âme n'est condamnée qu'à vingt-quatre heures de purgatoire ; tâchons d'abréger le temps de ses peines par la ferveur de nos prières. » Ayant dit ce peu de mots, il sortit en hâte pour ne pas en dire davantage.

A suivre : XVIII. Miracles qu'il opère en faveur des nègres.

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