Saint Pierre Claver.

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Message  Louis Sam 03 Oct 2015, 12:15 pm

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XVIII. L'idée et l'estime qu'on a de sa sainteté à Carthagène.


(suite)


Les témoins domestiques sont les moins suspects en ce genre, parce qu'ils sont ordinairement les plus difficiles à contenter. Comme ils voient les choses de plus près, que nul défaut n'échappe à leurs yeux, qu'ils prétendent bien avoir acquis les vertus que leur état exige d'eux, et qu'ils se familiarisent, pour ainsi dire, avec les saints, ils cessent enfin d'admirer ce qu'ils ont coutume de voir. Mais tout ce qu'on aperçut dans le P. Claver, tout le temps qu'il demeura au collège de Carthagène, ne servit qu'à confirmer, qu'à augmenter même la haute opinion qu'on avait de sa sainteté. Si, pour éprouver la patience de son serviteur, Dieu permit quelquefois qu'il fût en butte à la censure et aux contradictions de ses propres frères, il n'y en eut pas un seul qui ne se repentît bientôt des petites persécutions qu'ils lui avaient fait essuyer; et tandis même qu'à l'extérieur ils paraissaient oublier les égards qu'il méritait, les sentiments respectueux de leur cœur démentaient les paroles indiscrètes de leur bouche. Les supérieurs, de concert avec les inférieurs, ne pouvaient se taire sur les merveilles de sa sainteté ; et les éloges qu'ils ne se lassaient point d'en faire, aussi bien que l'attention qu'ils avaient à se recommander à ses prières, faisaient souffrir infiniment son humilité.

Ils donnèrent une preuve bien convaincante de leurs sentiments à cet égard, dans une grande maladie que le Père eut à Carthagène vingt ans avant sa mort : comme on avait été obligé de le saigner, ils firent recueillir son sang avec beaucoup de soin, et chacun des Pères de la maison voulut en recevoir quelques gouttes sur des linges propres, qu'ils gardèrent toujours depuis avec respect. Tout le monde s'empressait d'avoir de ses reliques, même pendant sa vie ; on demandait à ceux qui le rasaient une partie de sa barbe et de ses cheveux : les maîtres des esclaves nègres ramassaient précieusement les billets où il attestait qu'ils s'étaient confessés, pour en retenir la signature ; et on se servait ensuite de tout cela, pour opérer des guérisons miraculeuses.

A tant de témoignages si honorables à la mémoire de cet apôtre j'ajouterai celui de D. Pèdre de Zapata, qui avait été deux fois gouverneur de toute la province de Carthagène. Dans les informations juridiques qu'il fit lui-même commencer peu après la mort du Père, il atteste : « Que la réputation de la sainteté du P. Claver était si grande et si universellement répandue, qu'on le regardait comme la colonne et le soutien de l'État ; que tout le monde le comblait d'éloges ; que dans une ville où les jésuites avaient beaucoup d'ennemis, jamais il n'avait entendu personne dire du mal de lui ; que, du reste, il lui était impossible de se rappeler toutes les vertus et les actions héroïques dont il avait été le témoin, aussi bien que tous les miracles opérés par son intercession ; mais que tout ce qu'il avait vu ou entendu de lui, égalait tout ce qu'on rapporte des saints reconnus et honorés comme tels dans l'Église catholique. »

A suivre : LIVRE SIXIÈME.

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Message  Louis Dim 04 Oct 2015, 12:49 pm

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LIVRE  SIXIÈME.

Il y avait déjà trente-six ans que le P. Claver édifiait Carthagène par ses exemples et par ses vertus, qu'il la sanctifiait par son zèle et par ses travaux, et que, sans presque sortir de son enceinte, il était regardé comme l'apôtre de toutes les Indes occidentales ; épuisé de fatigues, consumé d'austérités, il était sur le point d'aller recevoir la récompense destinée à tant de mérites ; mais Dieu voulut encore purifier cette victime, pour la couronner bientôt avec plus de gloire. Il contracta, dans les exercices même de la plus héroïque charité, une maladie dangereuse qui fut suivie d'une infirmité habituelle de quatre années, pendant lesquelles il n'eut plus d'autre emploi, jusqu'à la mort, que celui de prier et de souffrir.

I. Il va secourir les pestiférés le long des côtes de la province, revient malade à Carthagène, et guérit contre toute espérance


On apprit à Carthagène que la peste, après avoir désolé la Havane, Porto-Rico et Vera-Cruz, s'était répandue sur les côtes de la terre ferme, où elle faisait de grands ravages. Animé d'un zèle plus vif que jamais, et d'un courage au-dessus de ses forces, après s'être déjà épuisé de travail à Carthagène pour disposer les habitants de la ville au jubilé de l'année 1650, le P. Claver voulut parcourir les habitations répandues le long des côtes pour y disposer les cœurs à profiter de la même grâce. Les fruits de la mission furent aussi abondants qu'il pouvait le désirer : mais comme la peste continuait toujours, il redoubla ses prières, ses mortifications, ses jeûnes, ses disciplines pour fléchir par sa pénitence la colère du ciel ; et il le fit avec si peu de ménagements, qu'enfin il y succomba. Son supérieur, informé de l'état où il se trouvait, lui envoya ordre de revenir ; il obéit sans répliquer. Il parut à Carthagène, si décharné et si abattu qu'on ne pouvait le considérer sans être touché de compassion.

Il régnait alors en cette ville une singulière maladie contagieuse qui enlevait tous les jours un grand nombre de personnes : plusieurs jésuites en moururent, et le P. Claver, qui était déjà malade, en fut attaqué des premiers. S'il ressentit alors quelque chagrin, ce ne fut pas de souffrir, c'était pour lui un vrai sujet de joie, mais de se trouver par là hors d'état d'aller assister les malades, dont la multitude augmentait de jour en jour. Bientôt il fut réduit à une telle extrémité, qu'on jugea à propos de lui donner le saint viatique : il voulait se prosterner en terre pour le recevoir avec plus de respect ; mais on arrêta les mouvements de sa ferveur, dans la crainte de le voir expirer de faiblesse. On peut aisément s'imaginer quels furent les sentiments de sa piété à la vue de son Sauveur, qu'il avait jusqu'alors uniquement aimé sur la terre, et auquel il espérait de se réunir bientôt dans le ciel. « Ce sont, disait-il alors en versant beaucoup de larmes, ce sont mes péchés qui ont attiré la peste dont cette ville est affligée, et Dieu ne veut plus se servir de moi, parce que j'ai toujours été le plus indigne de ses ministres. » Ces paroles sorties de la bouche d'un homme si saint et si humble, tirèrent des larmes des yeux de tous les assistants. On n'attendait plus que le moment où il expirerait ; mais le Seigneur, pour la consolation de Carthagène, voulut lui conserver encore quelque temps son ange tutélaire. Il revint peu à peu contre toute espérance, et au grand étonnement de tous ceux qui voyaient un vieillard infirme et consumé d'austérités, résister à la violence d'une contagion qui emportait les plus jeunes et les plus robustes. Tant qu'il fut obligé de garder le lit, son esprit fut toujours élevé à Dieu. Le F. Gonzalez, qui allait souvent le visiter, le trouvait sans cesse en oraison ; et quand il lui recommandait de prier pour les malades de Carthagène. « Très volontiers », répondait-il ; ou bien : « C'est ce que je faisais actuellement. » Aussi plusieurs personnes attribuèrent-elles leur guérison aux prières de ce saint homme.

Quoiqu'il fût hors de danger, jamais il ne revint bien de sa maladie, ni ne put rétablir ses forces. Il lui resta dans tous les membres un tremblement violent et continuel, qui lui ôta le libre usage des pieds et des mains. Il se vit ainsi privé de sa plus douce consolation, ne pouvant dire la messe ; il fallait même lui porter à la bouche le peu de nourriture qu'il prenait ; mais ce qu'il y a de plus prodigieux, c'est que ses mains cessaient de trembler et semblaient reprendre une nouvelle force, quand il voulait se donner la discipline à ses temps ordinaires. On eût dit que la faiblesse de son corps avait donné une nouvelle vigueur à son esprit. Comme il ne pouvait plus ni marcher, ni se lever tout seul, il était obligé de se faire habiller par un nègre à qui il recommandait de lui attacher tous ses cilices ; et en cet état, aidé de ce nègre ou s'appuyant sur un bâton, il se traînait jusqu'à l'église : quand il ne le pouvait pas, il s'y faisait porter pour y entendre la messe et pour y communier avec une ferveur qui ne se ressentait en rien de ses infirmités. Il se confessait chaque jour avec de grandes marques de douleur. Mais tant qu'il put faire un pas, jamais il ne souffrit que son confesseur vînt dans sa chambre ; il se mettait même toujours par humilité à la table des laïques, pour communier ; prenant alors, pour cette action, la pauvre étole qui lui avait si longtemps servi dans ses missions.

A suivre : II. Ses occupations pendant les quatre dernières années de sa vie.

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Message  Louis Lun 05 Oct 2015, 12:16 pm

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II. Ses occupations pendant les quatre dernières années de sa vie.

Malgré la triste situation où il se trouvait, le zèle dont il était dévoré ne lui permettait pas d'être tout à fait inutile au prochain. Après avoir satisfait à sa dévotion particulière par la réception des sacrements, au lieu de retourner à sa chambre, il confessait encore à l'église jusqu'à ce que les forces lui manquassent totalement ; et alors il conjurait le sacristain de l'appeler quand il trouverait quelqu'un qui eût besoin de confesseur, ou du moins de le lui envoyer dans sa chambre ; et dès qu'il s'agissait d'aller au secours de quelque pauvre esclave, ou d'un malade abandonné, il trouvait dans son courage assez de forces pour se faire porter dans les Hôpitaux, ou dans les cabanes des nègres.

Un vaisseau chargé d'esclaves de la nation des Ararais, qui est la plus féroce de toutes, étant arrivé à Carthagène, il se trouva qu'aucun d'eux n'avait reçu le baptême, parce qu'il n'y avait point de chrétiens dans leur pays, et que d'ailleurs l'aumônier du navire était mort dans le trajet. A cette nouvelle, le saint missionnaire parut oublier pour un temps toutes ses infirmités ; mais l'embarras était de trouver des interprètes, parce que, depuis plus de trente ans, il n'était point venu de nègres de cette nation. Après avoir instamment recommandé cette affaire à Dieu, il trouva heureusement ce qu'il cherchait, et se fit aussitôt transporter à leurs logements. A peine ces pauvres gens l'eurent-ils aperçu, que par une secrète impression d'amour et de respect, comme s'ils eussent été inspirés du ciel, ils coururent tous se jeter à ses pieds : le saint homme, de son côté, leur fit mille caresses ; et, comme depuis longtemps il désirait la conversion de cette espèce de nègres, il en prit des soins extraordinaires. Avant que de les quitter, il voulut baptiser lui-même tous les enfants ; et pour l'instruction des adultes, il laissa un catéchisme qu'il avait eu soin de faire traduire en leur langue. Ces derniers enfants qu'il venait de donner à l'Église et qu'il regardait comme le fruit de sa vieillesse, semblèrent le ranimer encore pour quelque temps.

A suivre : III. Il va dire le dernier adieu aux lépreux et prédit à une dame le retour de la peste.

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Message  Louis Mar 06 Oct 2015, 10:30 am

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III. Il va dire le dernier adieu aux lépreux et prédit à une dame le retour de la peste.


Comme son cœur était toujours à l'hôpital de Saint-Lazare, il voulut profiter de ces moments pour aller prendre congé de ses chers lépreux, avant que de mourir, et les animer pour la dernière fois à la patience : il lui arriva, à ce sujet, une petite aventure bien propre à faire sentir la protection de Dieu sur son serviteur. Ne pouvant se soutenir sur ses pieds, il envoya chercher une vieille bête qui appartenait à l'hôpital, et qui depuis longtemps était la monture ordinaire du pauvre qu'on avait chargé d'aller recueillir les aumônes par toute la ville. Le cheval et tout l'équipage étaient propres à exciter la risée de la populace : il fallut même que le Père, qui ne pouvait plus s'aider lui-même, se fît attacher par un nègre sur cet animal, et dans cet état il traversa toute la ville. Quand il fut hors de la porte et à l'entrée du pont, le démon irrité de la charité d'un homme qu'il regardait comme son plus grand ennemi (du moins la chose ne parut pas naturelle à ceux qui en furent les témoins), rendit tout à coup le cheval si furieux, qu'il s'écarta du droit chemin en bondissant, sans que personne pût l'arrêter dans sa course. Au même instant il s'éleva un vent impétueux, qui ayant saisi le manteau du Père par derrière, le lui laissa suspendu au cou, de manière à l'entraîner par terre. Tous les Espagnols et les nègres accoururent avec des bâtons pour arrêter le fougueux animal, tandis que D. Pèdre d'Estrada, qui de sa fenêtre voyait le danger du saint homme, donnait ordre aux gens d'aller le secourir : mais tous leurs efforts étant inutiles, ils en furent réduits à implorer pour lui, à grands cris, le secours du ciel. On le croyait perdu, lorsqu'enfin le cheval s'étant arrêté de lui-même, on joignit le Père, et on le trouva aussi tranquille que s'il s'était agi de tout autre que lui. On regarda comme un vrai miracle qu'un homme aussi âgé et aussi infirme, privé de l'usage de ses membres, eût pu résister ainsi, sans aucun accident, à une fougue capable de renverser l'homme le plus robuste. Alors un nègre ayant pris l'animal par la bride, conduisit le Père à son hôpital favori, où il dit le dernier adieu à ses pauvres, qui,  n'espérant plus de le revoir, fondaient en larmes, comme s'ils perdaient leur protecteur, leur ami et leur père.

C'était dans ces sorties extraordinaires, qu'il allait confesser Dona Isabelle d'Urbina, qui lui avait toujours fourni de grosses aumônes pour les pauvres. S'entretenant un jour avec elle, il lui dit que la peste, dont Carthagène venait d'être affligée, avait été salutaire à un grand nombre d'âmes et que, l'année suivante, elle reviendrait pour le profit de beaucoup d'autres, qui, la première fois, ne s'étaient pas trouvées bien préparées à la mort. « Hé quoi ! mon Père, » lui repartit la dame tout effrayée, « quoi ! encore la peste à Carthagène ? — Vous m'en direz des nouvelles au mois d'octobre », répliqua le saint homme. Cette terrible maladie qui ne manqua pas de revenir au temps marqué, ne permit plus à la dame de révoquer en doute aucune des prédictions de son directeur.

A suivre : IV. L'abandon où il se trouve dans son infirmité, et ce qu'il a à souffrir de la part d'un esclave.

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Message  Louis Mer 07 Oct 2015, 10:51 am

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IV. L'abandon où il se trouve dans son infirmité, et ce qu'il a à souffrir de la part d'un esclave.

A mesure que ses infirmités augmentaient, et que la nature s'affaiblissait, la grâce donnait de nouvelles forces à sa vertu, et il eut alors, plus que jamais, besoin de toute sa patience. Comme la peste avait réduit les jésuites à un très petit nombre, et que chacun d'eux se trouvait chargé de plusieurs emplois, ils ne pouvaient lui donner par eux-mêmes tous les secours qu'ils auraient souhaités.

Ce qu'il y a même de plus surprenant, c'est que ce grand homme, qui avait été si longtemps l'admiration, l'amour et l'oracle de Carthagène, se vit aussi tout à coup, par une permission particulière de Dieu, et par l'effet de l'inconstance naturelle aux hommes, oublié, abandonné de toutes les personnes du dehors; Isabelle et Hiéronime d'Urbina furent presque les seules qui pensassent à lui. Il se trouva donc livré à la discrétion de quelques nègres grossiers.

Celui qui était spécialement chargé de lui, était un jeune garçon aussi brusque et aussi maladroit, que s'il n'eût fait que d'arriver du milieu des sauvages. Il ne lui apportait sa nourriture, qui était celle de la communauté, que quand elle était froide, et souvent même après en avoir pris ce qui lui paraissait le meilleur. Il la lui présentait avec des mains capables de dégoûter tout autre qu'un homme habitué à manger avec les lépreux et de baiser leurs plaies ; il le laissait même quelquefois des jours entiers sans lui donner ni à boire ni à manger. A peine balayait-il sa chambre une fois en un mois ; et son infection naturelle, jointe aux restes de nourriture qu'il y laissait pourrir et à l'incommodité des moustiques et des moucherons dont elle était remplie, rendait cette demeure en quelque sorte inhabitable.

Cependant, quoi que le saint homme eût à souffrir, jamais on ne l'entendit se plaindre des mauvais traitements de son nègre : il se plaignit seulement quelquefois de ce que, pour être plus à sa liberté, il ne voulait pas l'aider à se lever et à s'habiller pour aller entendre la messe ou visiter le Saint-Sacrement.

Comme sa piété le portait à se rendre à l'église le plus souvent qu'il lui était possible, il voulait alors se lever lui-même; mais il tombait souvent de faiblesse, et quelquefois même si rudement qu'il se fit une plaie considérable à la tête. Sa chambre étant au-dessus de la sacristie, le frère accourait de temps en temps au bruit de sa chute, et le trouvant fort embarrassé à s'habiller, il s'offrait volontiers à lui rendre ce léger service ; mais le Père s'apercevant qu'il le traitait avec trop d'égards et de circonspection, faisait aussitôt appeler son nègre, qui ne manquait pas de lui fournir bientôt l'occasion de patience qu'il cherchait. Ce misérable lui faisait en effet souffrir une espèce de martyre : en l'habillant, il le secouait, le faisait heurter rudement contre le mur ou les meubles de la chambre, et le traitait avec une dureté qui tenait de la barbarie.

Cependant quoi qu'il eût à souffrir, et des manières de cet esclave, et de ses propres infirmités, jamais il ne poussa une seule plainte, jamais il ne fit paraître la moindre altération sur son visage : « Mes péchés », disait-il alors, « en méritent encore bien davantage. »

A suivre : V. On lui apporte la vie imprimée du F. Alphonse Rodriguez. — Traits singuliers de sa tendresse pour lui à cette occasion.

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Message  Louis Jeu 08 Oct 2015, 11:27 am

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V. On lui apporte la vie imprimée du F. Alphonse Rodriguez. — Traits singuliers de sa tendresse pour lui à cette occasion.


Au milieu de tant de sujets d'affliction, Dieu lui ménagea une consolation bien capable de les lui adoucir, aussi bien que de satisfaire la tendresse et la dévotion qu'il conserva toute sa vie pour son premier maître dans la vie spirituelle.

Un religieux de la maison vint un jour lui apporter la vie du vénérable F. Alphonse, imprimée depuis peu en Espagne: « Mon Père », lui dit-il en l'abordant, « voici la vie du saint F. Rodriguez qui vient de paraître ; il a voulu sans doute vous procurer du haut du ciel cette satisfaction, avant votre mort. » A cette nouvelle et à cette vue, le P. Claver transporté de joie, ne trouve point assez de termes pour le remercier : il prend le livre, et l'ayant mis avec respect sur sa tête, sur son cœur et sur ses lèvres : « Béni soit Dieu », s'écria-t-il, « qui m'a donné la consolation de voir enfin ce que j'ai si longtemps désiré ! » La vue du portrait du saint religieux qu'on avait mis à la tête de l'ouvrage, redoubla la vivacité de ses transports. On profita de cette circonstance pour lui demander quelques secrets qu'on n'aurait jamais pu tirer de lui.

On lui demanda donc s'il était vrai que le F. Alphonse lui eût prédit qu'il passerait aux Indes et en particulier à Carthagène ? Il répondit qu'il le lui avait répété plusieurs fois. On s'informa de quelques autres particularités de sa vie : il commença par cette extase prodigieuse, dont on a parlé dans le premier livre de cette histoire ; et en la rapportant, il parut entrer lui-même dans un ravissement pareil : ses yeux se fermèrent tout à coup, la parole lui manqua, et il ne put exprimer que par ses gestes les douceurs intérieures dont son cœur était inondé. Quelques moments après, le frère sacristain le voyant assoupi, se retira et remporta le livre avec lui : mais à peine fut-il sorti, que le P. Claver à son réveil, se voyant privé de son trésor, se fit promptement habiller, parce qu'il ne pouvait le faire lui-même ; et soutenu par son amour, qui lui donna des forces en ce moment, il alla à la sacristie chercher le frère, pour le prier de ne lui pas refuser la consolation de voir encore à son aise la vie et le portrait de son cher maître. Son respect ne lui permit pas alors de l'envoyer chercher par un autre, et malgré son

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extrême faiblesse, il voulut y aller lui-même, afin qu'il fût dit que, s'il devait la première lecture à son bonheur et aux attentions d'autrui, la seconde était le prix de ses soins et de sa tendresse. Quelques personnes fort attachées au collège, et entre autres D. Antoine de Bétancour, gouverneur de la Jamaïque, entrèrent en ce moment dans la sacristie ; et ils furent tous si étonnés des transports de joie du P. Claver, qu'il en prit lui-même occasion d'engager le F. Gonzalez à lire une partie de la vie de son maître, surtout les choses dont il avait été lui-même témoin, et dont il ne manquait pas de confirmer la vérité à mesure qu'elles se présentaient.

Il ne faut pas être étonné de ces empressements du P. Claver, vu la haute idée qu'il avait conçue de la sainteté de ce grand serviteur de Dieu, et les sentiments de vénération dont il avait été pénétré pour lui dès la première fois qu'il le vit. On a déjà dit qu'il avait conservé précieusement tous les écrits qu'il tenait de lui ; qu'avec la permission de ses supérieurs il en légua, avant que de mourir, une partie à un saint; religieux qu'il chérissait beaucoup, et qui l'avait accompagné durant vingt-deux ans dans ses différents ministères auprès des nègres; et qu'il envoya l'autre au noviciat de Thonga, pour former les novices à la véritable perfection.

Un des plus riches ornements de sa chambre fut l'image du F. Alphonse, qu'il avait placée dans un petit cadre de bois au chevet de son lit; il la présentait à tous ceux qui allaient le voir, et n'omettait rien pour exciter leur dévotion et leur confiance pour ce saint Frère : elle l'accompagna toujours dans ses missions ; et lorsque, quelques jours avant sa mort, tous ses petits meubles furent enlevés par la piété de ceux qui voulaient avoir quelqu'une de ses reliques, elle seule demeura toujours avec lui, comme si le F. Alphonse n'eût pas voulu abandonner à la mort un homme qui l'avait si tendrement aimé pendant sa vie.

A suivre : VI. Les forces du saint diminuent, il annonce sa mort prochaine.

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Message  Louis Ven 09 Oct 2015, 12:47 pm

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VI. Les forces du saint diminuent, il annonce sa mort prochaine.

Se trouvant réduit à ne pouvoir plus prendre que très peu de sommeil, il passait presque toute la nuit en prières, et s'entretenait avec Notre-Seigneur, d'une manière si douce et si tendre, qu'il semblait goûter par avance les délices du ciel. Il était bien aise de conserver alors de la lumière dans sa chambre, pour fixer de temps en temps les yeux sur le crucifix et sur les autres objets de sa dévotion ; mais les chandelles étant si petites qu'une seule ne suffisait pas pour toute la nuit, dès qu'elle était prête à finir, il avait soin d'avertir le nègre qui couchait dans sa chambre d'en allumer une autre. Comme ce garçon était souvent négligent à se lever, il arrivait que la lumière manquait tout à fait, et qu'il était obligé de sortir pour en aller chercher. Le nègre trouvant à son retour une autre chandelle tout allumée, et lui demandant avec étonnement d'où cela venait? « Dormez, mon fils, lui répondait le saint homme, et que cela ne vous embarrasse pas. » Ce qui est certain, c'est que, quand le Père mettait lui-même la chandelle dans le chandelier ou qu'il la donnait de sa propre main au nègre, quelque petite qu'elle fût, elle durait toujours jusqu'au jour.

Cependant le saint missionnaire s'affaiblissait de jour en jour et ne parlait plus que de sa mort prochaine. Vers le milieu de l'année 1654, il l'assura positivement à plusieurs personnes; mais celui avec qui il s'entretint le plus familièrement, fut le F. Nicolas Gonzalez, à qui il déclara nettement qu'il mourrait un jour de fête de la sainte Vierge. Ce fut dans cet intervalle que les galions arrivèrent à Carthagène, sous les ordres du marquis de Montalègre.

Le P. Claver ayant appris que le P. Diégo de Farigna venait d'arriver avec les galions pour lui succéder dans son ministère, et qu'il était chargé par le roi de baptiser les nègres : « Ah ! s'écria-t-il, pénétré de joie, levant les yeux au ciel, et frappant la terre de son bâton, baptiser les nègres! bonne nouvelle. » Aussitôt il se lève, se traîne jusqu'à la chambre du P. Farigna, se prosterne devant lui et lui baise les pieds avec beaucoup de respect, en le félicitant du glorieux emploi auquel il était destiné. Celui-ci surpris et confus de l'honneur que lui rendait le saint vieillard, le fut encore bien davantage, quand il sut que c'était le P. Claver, si fameux à Carthagène par la grandeur de ses travaux et l'éclat de ses vertus : il se jeta à son tour aux pieds du serviteur de Dieu, en lui protestant qu'il le regarderait toujours comme son maître.

La joie du P. Claver fut un peu troublée par l'ordre que le roi avait donné d'abattre la partie du collège qui donnait sur les murs de la ville. Il ne pouvait voir sans douleur la nécessité où plusieurs de ses frères, actuellement malades, seraient de déloger bientôt, aux risques de manquer des secours dont ils avaient besoin en cet état; il pria Notre-Seigneur de lui épargner ce chagrin, et de l'enlever auparavant de ce monde. Dieu l'exauça, il lui révéla le temps précis de sa mort; et ce fut alors qu'il en avertit Dona Isabelle d'Urbina.

Ayant été la voir peu de jours avant sa mort, il lui conseilla de prendre désormais pour confesseur le P. de Farigna, arrivé depuis peu à Carthagène ; et la dame lui ayant répondu que tant qu'elle aurait le bonheur de l'avoir, elle n'en voulait point d'autre, le Père lui dit alors positivement qu'il ne pourrait plus revenir chez elle, parce qu'il devait mourir bientôt. Comme il la vit extrêmement affligée de ces paroles, il lui promit de ne la pas oublier devant Dieu. Le discours du saint directeur fit une si vive impression sur l'esprit d'Isabelle, que le P. de Farigna étant alors tombé si dangereusement malade qu'on désespérait de sa guérison, elle assura hardiment qu'il ne mourrait pas, parce que le P. Claver le lui avait donné pour confesseur. L'événement vérifia sa prédiction.

Sur le bruit qui se répandit de la mort prochaine…

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Message  Louis Sam 10 Oct 2015, 11:34 am

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VI. Les forces du saint diminuent, il annonce sa mort prochaine.


(suite)


Sur le bruit qui se répandit de la mort prochaine de ce grand serviteur de Dieu, et sur la réputation de sa sainteté, le marquis de Montalègre vint le visiter, avant que de retourner en Espagne. Après l'avoir salué respectueusement, il le pria de recommander à Dieu le succès de son voyage et l'heureux retour de la flotte espagnole, qui ne pouvait manquer de rencontrer dans sa route un grand nombre de vaisseaux ennemis. Le saint homme le rassura, en lui disant que, malgré tous les périls qu'il aurait à essuyer avant que de gagner l'Espagne, il y arriverait sans aucun fâcheux accident avec toute sa flotte. Le marquis lui ayant alors demandé quelque chose qui lui eût appartenu, le Père lui répondit d'abord qu'un pauvre tel qu'il était n'avait rien à donner, et surtout à un seigneur comme lui : mais s'étant ensuite rappelé que le marquis avait épousé la nièce de saint François de Borgia, il tira de son chapelet cette précieuse médaille de saint Ignace dont il s'était servi pour opérer une infinité de guérisons, et la lui présenta humblement. D. Pèdre de Zapata, gouverneur de la ville, qui était présent à cette entrevue, lui ayant aussi demandé quelque part dans ses prières, le Père le conjura à son tour d'avoir pitié du collège et de lui être plus favorable que son prédécesseur, qui avait sollicité les ordres pour la démolition de la maison.

Délivré de ces visites qui gênaient extrêmement sa modestie, il en reçut une autre qui fut bien plus du goût de sa piété. Ce fut celle d'un religieux de Saint-François, grand homme de bien et son fils spirituel. Ces deux saints personnages s'entretinrent longtemps des choses de Dieu, avec de grandes effusions de cœur ; et, sur la fin de l'entretien, le religieux ayant témoigné au Père son chagrin, au sujet de la démolition du collège : « Je ne la verrai pas, lui dit Claver.— Et comment cela peut-il être, reprit le franciscain, puisqu'on dit que l'on commence à démolir demain ? — C'est, ajouta le Père, que j'ai prié Notre-Seigneur de m'appeler à lui auparavant, et qu'il a eu la bonté de me le promettre. — Depuis ce moment, il s'efforça d'oublier absolument toutes les choses de ce monde, pour ne plus s'occuper que de l'éternité.

Son humilité lui suggéra de faire déchirer la signature qu'il avait mise au bas d'un grand nombre de billets, préparés dans une cassette pour être distribués aux nègres à mesure qu'il les confessait. Il chargea le F. Manuel Lopez de cette commission ; mais, comme celui-ci se disposait à l'exécuter, il se sentit tout à coup arrêté par un mouvement intérieur, et il sortit aussitôt pour aller consulter un Père de la maison, qui lui dit de prendre les signatures entières, sans les déchirer, et de les lui apporter. Le bon frère jugeant par là que celui à qui il s'était adressé voulait conserver ces papiers comme des reliques, rentra sur-le-champ pour tâcher d'en avoir du moins une partie pour lui-même. Le P. Claver, qui de son lit s'aperçut de son dessein, prit le parti de charger quelque autre d'une commission qui lui tenait fort au cœur ; mais Lopez ne voulut point se dessaisir de son trésor ; et il en fit part à un grand nombre de personnes, qui le reçurent avec respect.

Peu de jours après, s'entretenant à cœur ouvert de sa mort prochaine avec le F. Nicolas Gonzalez, il le pria de le faire enterrer au pied de son confessionnal, près de la porte de l'église : « Non, non, lui dit le frère, mais ce sera dans la chapelle du Christ » ; après quoi il le conjura de recommander la ville de Carthagène à Dieu, quand il serait avec lui, et de conserver toujours quelque tendresse pour une terre qu'il avait arrosée de ses sueurs, où il avait gagné tant d'âmes et acquis tant de mérites. « Hélas ! répondit le saint homme, en soupirant, j'ai tout perdu par mes impatiences dans mes infirmités. » Malgré la sainte frayeur que lui inspirait son humilité, il ne cessait point cependant de parler, avec la plus parfaite confiance, du bonheur qui l'attendait dans le ciel ; de sorte que le même frère lui ayant donné la liste de plusieurs personnes de sa connaissance, dont il le priait de se souvenir auprès de Dieu ; il le lui promit, avec tout l'air d'un homme à qui le Seigneur avait donné une entière assurance de son salut.

A suivre : VII. Il est pris d'une fièvre violente, reçoit l'extrême onction et meurt saintement.

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Message  Louis Dim 11 Oct 2015, 12:25 pm

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VII. Il est pris d'une fièvre violente, reçoit l'extrême onction et meurt saintement..

Le sixième de décembre, qui était un dimanche, il descendit encore à l'église, appuyé sur deux nègres ; et, après y avoir communié avec des sentiments extraordinaires de dévotion, il se fit reporter à sa chambre. En passant par la sacristie, il dit au frère : « Je vais mourir, que me demandez-vous pour l'autre vie ? — Que vous recommandiez à Dieu cette ville et cette maison», lui répondit le sacristain. Il le lui promit, et s'étant fait mettre au lit, il passa le reste du jour dans les plus tendres entretiens avec son Dieu. Sur le soir, il fut saisi d'une fièvre très violente ; et, comme on jugea bien que tous les remèdes seraient pour lors inutiles, on remit jusqu'au lendemain à faire appeler le médecin.

L'infirmier qui avait eu soin de lui pendant le jour, étant venu de grand matin pour voir comment il avait passé la nuit, le trouva sans parole et sans mouvement, mais avec un visage si doux et si tranquille, qu'on l'eût pris pour un homme enseveli dans un profond sommeil ou ravi en extase. Tous les Pères de la maison, avertis de l'extrémité où il se trouvait, accoururent aussitôt, moins affligés du triste état où ils le voyaient, que touchés de l'aimable attention de la Providence à son égard. On faisait déjà les préparatifs pour la démolition d'une partie du collège, en conséquence de l'ordre du roi dont on a parlé. La nuit précédente, un bon religieux de la maison s'était plaint amèrement à Dieu, de ce qu'il permettait qu'un homme qui l'avait si fidèlement servi fût obligé de déloger dans la situation où il se trouvait ; et cette pensée, qui lui causait une vraie douleur, l'avait empêché de fermer l'œil ; mais, le matin, quand il apprit que le Père était sur le point d'expirer, il reconnut sa faute, et bénit mille fois le Seigneur d'avoir préparé à son serviteur une demeure dans le ciel, avant que celle de la terre lui manquât.

Le médecin étant arrivé sur ces entrefaites, jugea que tous les autres remèdes étaient désormais inutiles, il lui fit donner l'extrême-onction, qu'il reçut sans qu'on pût s'apercevoir s'il vivait encore, sinon à un léger battement de cœur.

A peine la cérémonie fut-elle achevée que tous ceux de la maison, de concert avec quelques personnes pieuses promptement accourues au collège, commencèrent à dépouiller sa chambre sans y rien laisser de tout ce qui pouvait être emporté, chacun voulant avoir de ses reliques. Tout fut pillé, à la réserve de la couverture qui était sur lui, et du portrait du F. Alphonse qu'un religieux de la maison défendit contre tous ceux qui voulaient l'enlever. Il semble que le P. Claver avait prévu tout ce qui arriva ; car ayant, peu de jours auparavant, donné à un frère un petit livre spirituel qui lui restait: « Gardez-le bien, lui dit-il, avant qu'on vous l'enlève. » Cependant le bruit s'en étant répandu dans la ville, tous les anciens sentiments de vénération et de tendresse qu'on avait eus pour le saint homme, et qui avaient paru comme assoupis durant tout le temps de sa longue infirmité, se réveillèrent en un instant dans les cœurs, et l'on vint de toutes parts pour avoir la consolation de le voir avant sa mort.

On n'avait pu refuser l'entrée de la maison à quelques personnes de distinction ; mais bientôt le tumulte fut si grand que la porte fut enfoncée, et le collège rempli d'ecclésiastiques, de religieux, de noblesse et de peuple, qui tous voulaient baiser les mains du Père et lui faire toucher leurs chapelets, pendant qu'il respirait encore. De tous côtés, on entendait les enfants crier par les rues : « Le saint se meurt, le saint se meurt ! » et ils se réunirent en si grand nombre, qu'on ne put les empêcher de pénétrer jusqu'à la chambre du malade où ils se jetèrent à genoux pour lui baiser la main.

Les nègres voulurent aussi lui prouver leur reconnaissance…

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Message  Louis Lun 12 Oct 2015, 1:14 pm

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VII. Il est pris d'une fièvre violente, reçoit l'extrême onction et meurt saintement.


(suite)


Les nègres voulurent aussi lui prouver leur reconnaissance; et en lui baisant les pieds qu'ils arrosaient de leurs larmes, ils s'écriaient qu'ils perdaient leur protecteur et leur père. Tout ce concours dura jusqu'à la nuit. On eut beaucoup de peine à faire retirer le monde et à fermer les portes de la maison ; mais, il ne fut pas possible de refuser à certains personnages la satisfaction de recevoir les derniers soupirs de celui qu'ils regardaient comme leur apôtre. Quelques-uns de ses pénitents envoyèrent deux peintres pour prendre le portrait de leur saint directeur ; ce qui ne leur fut pas difficile, parce qu'il était alors sans mouvement, qu'on le maniait comme on voulait et qu'il avait plus l'air d'un homme doucement ravi en Dieu que d'un moribond. D'autres, en plus grand nombre, se disputèrent le privilège de présenter la bière destinée à renfermer son corps ; mais on crut devoir donner la préférence à Isabelle d'Urbina, pour qui le saint homme avait eu une sollicitude particulière, et qui se tint fort honorée de pouvoir rendre ce léger service après la mort à celui qui lui en avait rendu de si essentiels pendant sa vie.

Le mardi matin, un peu après minuit, jour consacré à la Nativité de la sainte Vierge, le P. Claver parut s'affaiblir totalement ; et comme on le jugea près d'expirer, on fit la recommandation de l'âme. Elle ne fut pas plus tôt finie, qu'entre une et deux heures, tandis que les assistants répétaient à haute voix les sacrés noms de JÉSUS et de Marie, il rendit doucement son esprit à son Créateur en l'année 1654, la soixante-onzième ou, selon d'autres, la soixante-treizième de son âge, et la cinquante-cinquième depuis son entrée dans la Compagnie ; ayant ainsi le bonheur de commencer une vie immortelle dans le ciel, le même jour que celle qu'il avait toujours regardée comme sa Reine et sa Mère, avait commencé une vie mortelle sur la terre.

Son corps, défait et exténué par les pénitences et les infirmités, parut plus vif, plus frais et plus vermeil que pendant sa vie : son visage, devenu beau et tranquille, semblait respirer un air de tendre dévotion qui en inspirait à tout le monde; ses pieds et ses mains se trouvèrent maniables et flexibles, comme ceux d'un homme vivant ; et de tout son corps il s'exhalait une douce odeur, dont l'âme se sentait pénétrée. Au moment qu'il expira, tous les assistants se jetèrent à genoux pour lui baiser les pieds; et ce qu'il y eut de singulier, c'est qu'il ne vint en pensée à aucun d'eux de prier Dieu pour lui. Dès qu'on l'eût revêtu des habits sacerdotaux, on ne pensa qu'à piller de nouveau tout ce qui put se trouver dans sa chambre, sur son lit: on mit toutes ses hardes en pièces; quelques-uns lui coupèrent les cheveux, et on aurait été jusqu'à lui couper les doigts des pieds et des mains, si on ne s'y fût opposé fortement.

A suivre : VIII. Dieu révèle son bonheur à une sainte fille ; ses obsèques.

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Message  Louis Mar 13 Oct 2015, 11:15 am

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VIII. Dieu révèle son bonheur à une sainte fille ; ses obsèques.

Dieu voulut faire connaître la gloire dont il jouissait à une négresse d'Angola, nommée Lucrèce, qui depuis longtemps avait obtenu sa liberté, et que le saint homme avait formée à la vertu. Cette femme qui, la nuit même où il mourut, était à plus de vingt lieues de Carthagène, vit en songe une longue et magnifique procession tout éclatante de lumière et terminée par JÉSUS-CHRIST lui-même, auprès duquel était le P. Claver vêtu d'une robe si brillante que les yeux en étaient éblouis. Tout ce nombreux cortège prenait sa route vers le ciel, et quand il se fut élevé à une grande hauteur, la négresse le perdit de vue. Dès le matin même du mardi, elle sortit avec beaucoup d'empressement pour demander quelles nouvelles il y avait de Carthagène et si le P. Claver ne serait point mort ? On lui répondit qu'on n'en pouvait recevoir que le samedi suivant. Ce jour-là, on apprit que toute la ville était en rumeur au sujet de la mort de son saint apôtre arrivée le mardi après minuit. Quoiqu'on ne doive pas trop facilement ajouter foi aux visions et surtout à celles des femmes, il est certain que celle-ci ne pouvait avoir appris naturellement une telle mort : d'ailleurs les circonstances de ce récit, jointes à l'éclatante sainteté du P. Claver, laissent un juste sujet de penser que Dieu, pour sa propre gloire, voulut faire connaître celle dont il avait couronné l'humilité de son serviteur.

Les obsèques qu'on fit au saint missionnaire furent conformes à l'estime singulière qu'on avait de sa vertu ; et les honneurs qu'on rendit à sa mémoire égalèrent ceux qu'on a jamais rendus à celle des plus grands saints. On ne peut mieux juger de ce qui arriva à cet égard, que par la relation même du P. Recteur du collège de Carthagène. Voici ce qu'il en dit, dans une espèce de lettre circulaire, envoyée à tous les supérieurs de la province.

Dès que le Père Prieur des Augustins fut averti de la mort du P. Claver, il fit sonner toutes les cloches de son église; et, sur les huit heures du matin, il vint à la tête de sa communauté dans la chambre du défunt, d'où les religieux, après avoir récité quelques prières, descendirent à l'église pour y chanter une messe solennelle, avec le même appareil que si le corps eût été présent. A ce signal, toute la ville s'émut, et de tous les côtés on entendait publier les vertus et faire l'éloge du saint homme. Les nègres de la ville et des environs s'empressèrent de venir lui rendre leurs devoirs, et comme tous voulaient lui baiser les pieds et lui faire toucher leurs chapelets, on fut obligé d'y employer cinq ou six personnes, qui ne pouvaient encore suffire à contenter leur dévotion. Dona Isabelle d'Urbina…

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Message  Louis Mer 14 Oct 2015, 11:38 am

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VIII. Dieu révèle son bonheur à une sainte fille ; ses obsèques.


(suite)


…Dona Isabelle d'Urbina, celle de ses pénitentes qui lui avait été la plus chère, envoya une châsse de bois de cèdre, doublée d'une riche étoffe garnie de passements d'or, et dont toute la ferrure était dorée. D. Pèdre, duc d'Estrada, fit présent d'un magnifique luminaire ; D. Pèdre de Zapata, gouverneur de Carthagène, porta encore plus loin la générosité et les marques de sa vénération pour la mémoire de ce grand serviteur de Dieu. Dès qu'il eut appris sa mort, il assembla les magistrats et leur proposa de faire faire aux frais de la ville les obsèques d'un homme aussi illustre, pour reconnaître du moins par là les grands services qu'elle en avait reçus. Aussitôt deux commissaires députés vinrent prier le P. Recteur du collège de différer l'enterrement jusqu'au lendemain, de faire en attendant porter le corps à l'église pour satisfaire à la dévotion publique, et de charger quelqu'un de prononcer l'oraison funèbre. Tout ayant été accordé, un clergé nombreux se présenta pour transporter le corps. De toutes les églises de la ville on avait envoyé les plus belles tentures pour orner l'autel et le tombeau ; quelques personnes dévotes offrirent en même temps une belle palme très richement ornée, qu'on avait travaillée exprès pour la mettre à la main du P. Claver.

La foule de ceux qui accoururent pour assister à la cérémonie fut si prodigieuse, qu'elle ne put tenir dans l'église et que toutes les rues des environs en furent remplies. Avant qu'on transportât le corps, les personnes les plus distinguées de tous les ordres entrèrent dans la chambre où il reposait; et tous se disputèrent l'honneur de se charger de ce précieux fardeau. Le plus grand embarras était de percer la multitude qui obsédait l'entrée de l'église et de la maison ; pour la contenter, il fallut faire sortir le corps par la grande porte du collège. Il parut enfin dans l'église, où la plupart des habitants avaient à la main des cierges allumés : dans le même instant, on vint encore en foule pour lui baiser les pieds et les mains ; et si on n'avait pas usé de violence pour écarter le monde, on aurait tout mis en pièces pour avoir quelqu'une de ses reliques. La presse était si grande, qu'on regarda comme une espèce de miracle qu'il n'y eût eu personne d'étouffé. D. Pèdre d'Estrada pénétra, avec beaucoup de peine, jusqu'au saint corps et lui mit lui-même la palme dans la main gauche. Le commandeur de la Merci parut alors avec tous ses religieux, et quoique ce jour-là même fût le jour de leur plus grande fête, ils quittèrent leur propre église, pour venir dans celle des jésuites honorer la mémoire d'un homme à qui toute la ville avait les plus grandes obligations. Le marquis de Montalègre, commandant les galions arriva quelque temps après, à la tête de toute la noblesse espagnole, s'agenouiller près du corps et lui baiser les mains ; mais pour le faire approcher, il fallut que le clergé, conjointement avec les religieux de Saint-Augustin et de la Merci, aidât les jésuites à écarter le peuple qui ne cessait point d'environner le corps. D. Mathias Suarez de Melo, chanoine de la cathédrale et grand-vicaire du diocèse, vint ensuite, accompagné de tous les ecclésiastiques et les officiers de sa congrégation, pour lui rendre les mêmes respects ; de sorte que l'église ne désemplissait point.

Mais le tumulte augmenta bien autrement vers la nuit…

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Message  Louis Jeu 15 Oct 2015, 12:46 pm

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VIII. Dieu révèle son bonheur à une sainte fille ; ses obsèques.


(suite)


Mais le tumulte augmenta bien autrement vers la nuit par l'arrivée des nègres et du petit peuple, qui s'empressaient de lui faire toucher des chapelets, des linges, des rubans. On eut alors besoin de gens résolus et vigoureux, pour empêcher qu'on ne mît le corps en pièces ; dans l'embarras où l'on se trouvait, les jésuites, aidés de quelques personnes pieuses, prirent le parti de lui ôter le calice des mains, et de les étendre des deux côtés en forme de croix, pour donner au peuple plus de facilité de les baiser sans se jeter sur le corps même. Elles étaient encore si souples et si maniables, qu'on les portait aisément où l'on voulait et que chacun se les mettait sans peine sur la tête, sur les yeux, et sur toutes les parties du corps affligées de quelque incommodité. Son visage parut alors un peu humide; et aussitôt on s'empressa de recueillir avec des toiles de Hollande ou des étoffes précieuses cette espèce de sueur, dans le dessein de la conserver avec tout le respect dû aux reliques d'un saint.

Comme il était déjà nuit, et que la foule grossissait toujours, le gouverneur envoya la garde de la ville pour défendre le corps: mais les soldats ne pouvant se faire place qu'avec beaucoup de peine, le Prieur des Augustins, avec six de ses religieux, s'avança pour relever les jésuites, fatigués d'avoir lutté toute la journée contre les efforts du peuple. On voulut alors couvrir le corps avec un grand drap de velours noir; mais on en fut empêché par les cris de la multitude, qui voulait avoir la consolation de voir encore le saint, ainsi qu'elle l'appelait. Cependant on ne pouvait venir à bout de vider l'église; et malgré les efforts des religieux soutenus de la garde, quoiqu'on présentât même des torches allumées au-devant de ceux qui approchaient de trop près, on ne put empêcher qu'on n'enlevât le bonnet carré, les bas et jusqu'aux ongles des pieds.

Le lendemain, dès le grand matin, le concours et le tumulte recommencèrent. Dans toute la ville il n'y eut ni sain, ni malade, ni grand, ni petit, qui ne voulût venir rendre ses respects à l'apôtre de Carthagène et implorer sa protection. Vers les huit heures, les religieux de Saint-Jean de Dieu vinrent chanter une messe solennelle.

Les Pères Augustins arrivèrent ensuite sur les neuf heures, avec les magistrats de la ville, en robes de cérémonie, précédés de leurs huissiers et suivis du gouverneur, qui était accompagné de son lieutenant et de tous ses officiers. Après que tous se furent mis à genoux, les Augustins firent l'office, et, à la fin de la messe, un religieux de la Merci prononça l'oraison funèbre sur ce texte tiré des paroles de JÉSUS-CHRIST dans l'Évangile : « Celui qui croira en moi vivra, même après sa mort. »

Après le sermon, on se disposait à porter le corps en terre, mais il y eut une grande contestation entre les personnes les plus considérables de l'assemblée, à qui aurait cet honneur.

Enfin le gouverneur, les premiers magistrats, les principaux officiers de la marine et les plus distingués du clergé, se mirent en devoir de le tirer du lieu où il était; mais quoi que les gardes pussent faire, la populace vint encore en foule se jeter sur le corps, et lui arracha la chasuble de brocard d'or, l'aube, la soutane, et tout ce qu'on avait mis sur lui : il y en eut même qui lui coupèrent les doigts des pieds.

Comme le désordre augmentait de plus en plus, le Frère sacristain s'avisa d'aller chercher le coussin sur lequel le P. Claver avait expiré, et de le partager au bas de l'église, pour amuser quelque temps le peuple ; mais cet innocent artifice pensa lui coûter cher. Dès qu'il parut à la porte, il fut investi de toutes parts avec tant de violence, qu'on lui arracha le coussin qui fut mis aussitôt en mille pièces, et que lui-même il courut risque d'être étouffé. Pour se tirer de ce danger, il se sauva comme il put dans la chaire du prédicateur, d'où il commença à distribuer des billets que le Père tenait toujours prêts, signés de sa main, pour les nègres qu'il avait confessés. On profita de ce moment pour enterrer promptement le corps: on le plaça dans la chapelle du Christ, du côté de l'épître, et dans une espèce de niche creusée dans le mur.

Tout se passa en présence du gouverneur, des magistrats et des principaux officiers.

Le lundi, quatorzième de septembre, le corps de ville vint avec toute la musique de la cathédrale, et lui fit faire un service magnifique, où l'on distribua des cierges à tous les ecclésiastiques et à tous les religieux qui y assistèrent. Le P. Recteur du collège chanta la messe, après laquelle un Père Augustin prononça l'oraison funèbre; et la ville fit élever à son saint apôtre un superbe tombeau où elle mit ses armes.

Le lendemain, le gouverneur lui fit rendre à ses frais les mêmes honneurs, avec le même appareil. La messe fut chantée par le grand-vicaire et suivie d'un très bel éloge, que le Père Joseph de Pacheco, Augustin, fit du P. Claver. Il en prit occasion de parler des persécutions qu'on suscitait alors aux jésuites, et il ajouta que Dieu avait appelé à lui un si saint homme, pour n'être pas le témoin des châtiments qu'il préparait à la ville, privée de son puissant protecteur. L'auditoire, composé de tout ce qu'il y avait de plus distingué dans le clergé, dans la noblesse, dans la magistrature et dans le commerce, applaudit fort au discours de l'orateur.

A suivre : IX. Les nègres prennent un jour pour lui rendre les mêmes honneurs, leur désolation.

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Message  Louis Ven 16 Oct 2015, 12:18 pm

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IX. Les nègres prennent un jour pour lui rendre les mêmes honneurs, leur désolation.


Les nègres, plus intéressés que tous les autres à la gloire d'un saint qui les avait toujours si tendrement aimés, voulurent lui rendre aussi leurs devoirs et lui donner à leur tour des marques de la plus sincère reconnaissance. Ils prirent un jour particulier pour lui faire un service solennel, auquel ils invitèrent le gouverneur avec toute la noblesse de la ville et de la marine. Jamais cérémonie ne se fit avec plus d'ordre et de décence: ils se rangèrent par différentes nations, chacune avec son chef particulier; et comme ils ne voulaient rien épargner pour honorer la mémoire de leur père commun, ils distribuèrent des flambeaux à tous ceux qui étaient présents, sans distinction. La messe fut chantée avec une très belle musique, et l'oraison funèbre prononcée par le trésorier de l'église de Popayan. Aucun orateur ne s'étendit plus au long sur les vertus, la sainteté, les actions héroïques, les miracles éclatants du P. Claver; et pour inspirer à ses auditeurs encore plus de reconnaissance et de tendresse, il s'appliqua surtout à prouver que le ministère auquel Dieu l'avait destiné auprès des nègres, était la principale source de tant de merveilles qu'on avait admirées en lui.

Dans les habitations d'alentour, les autres nègres firent éclater leur zèle pour leur père commun, d'une manière moins pompeuse à la vérité, mais peut-être plus touchante. Dès qu'on y eût appris son heureuse mort, on n'entendit parmi ces pauvres esclaves que pleurs, cris, gémissements, et on fut plusieurs jours sans pouvoir les consoler de la perte qu'ils venaient de faire. Il n'y eut pas jusqu'aux nègres marons, gens accoutumés au meurtre et au brigandage, qui ne donnassent des marques de la plus vive douleur à la mort d'un homme qu'ils respectaient toujours comme leur maître, et qu'ils aimaient encore comme leur père.

Tous ces détails sont tirés de la lettre du P. Recteur de Carthagène; pour les terminer en deux mots, on peut dire qu'on vit se renouveler à la mort du P. Claver, tout ce qu'on a vu de plus singulier et de plus éclatant à celle des plus grands saints: jamais il n'y eut plus de concours, plus de vénération pour leur mémoire, plus de confiance en leurs mérites, plus d'empressement à avoir de leurs reliques. Toutes les voix conspirèrent à le canoniser par avance; et il y a lieu de croire que ce ne fut pas sans une secrète inspiration du ciel, que les ecclésiastiques, les religieux, la noblesse et le peuple, les savants et les ignorants concoururent dans le même instant à lui déférer tous les honneurs permis, qu'on a coutume de rendre aux plus illustres personnages que l'Église ait consacrés dans ses fastes.

A suivre : X. Portrait du P. Claver.


Dernière édition par Louis le Sam 17 Oct 2015, 3:56 pm, édité 1 fois (Raison : Orthographe.)

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Message  Louis Sam 17 Oct 2015, 11:52 am

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X Portrait du P. Claver.

Le P. Claver était d'une taille moyenne, naturellement droite, mais un peu courbée par l'habitude qu'il avait contractée de baisser les yeux et de regarder à terre. Il avait la tête grosse, le visage grand et tirant sur le brun, le front large et ridé, les tempes enfoncées: ses yeux étaient bien fendus, mais ses paupières étaient un peu rouges et enflammées par l'abondance des larmes qu'il avait coutume de répandre. Il avait le nez modérément courbe, la bouche grande, les lèvres grosses, la barbe épaisse, le cou court, la voix assez forte, mais plus sonore que flexible. Sa complexion était robuste d'elle-même, mais il la ruina bientôt par l'excès de ses travaux et de ses austérités.

Quelque grande qu'eût été la réputation de sa sainteté pendant sa vie, elle s'accrut beaucoup par la multitude des merveilles que Dieu opéra pour manifester la gloire de son serviteur après sa mort. La première chose qui surprit tous les assistants, c'est que, quand on lui présenta la palme dont on a parlé, en signe de tant de victoires qu'il avait remportées sur l'enfer, de lui-même il ouvrit la main pour la recevoir, et la referma aussitôt. Ce prodige fut bientôt suivi d'une infinité d'autres qui ne contribuèrent pas peu à augmenter la confiance qu'on avait déjà en son crédit auprès de Dieu.

A suivre : XI. On commence des informations juridiques, à la requête du gouverneur et de la ville.

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Message  Louis Dim 18 Oct 2015, 11:58 am

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XI. On commence des informations juridiques, à la requête du gouverneur et de la ville.

Don Pèdre de Zapata, gouverneur de Carthagène, frappé de tout ce qu'on en publiait, proposa au corps de ville de demander au chapitre, qui gouvernait alors le diocèse pendant la vacance du siège, d'ordonner un procès-verbal et des informations juridiques de la vie, des vertus et des miracles du saint homme. La ville en fit aussitôt faire la demande par D. Antoine Moéquez, enseigne royal, D. Rodrigue Perez, lieutenant de police, et D. Pèdre d'Aquilar, procureur du roi, qu'elle chargea de poursuivre l'affaire. Le P. Diégo Ramirez de Farigna, qualificateur du saint office, alors recteur du collège, y joignit sa requête. Le chapitre consentit volontiers à tout ce qu'on demandait. Il nomma le docteur Jean Guerrero, prêtre et qualificateur du saint office, pour juge commissaire en cette cause, et pour greffier, le licencié Jean Tollez, aussi prêtre et notaire de l'inquisition. Après les serments et les formalités ordinaires en pareille occasion, on leur ordonna de présenter au chapitre l'original des informations qui se feraient, sans en tirer aucune copie ; afin qu'ayant été mûrement examinées, on fût plus en état de faire droit sur les requêtes. On procéda ensuite aux informations juridiques qui commencèrent le 7 de septembre 1657, et finirent au mois de novembre de l'année 1660. Dans cet intervalle de temps, on entendit cinquante-neuf témoins de tout état, prêtres, religieux, gentilshommes et magistrats, tous gens dignes de foi ; et c'est de leurs dépositions, confirmées par serment, qu'on a tiré ce qu'on a vu de plus remarquable dans le cours de cette histoire ; aussi bien que les miracles opérés depuis, et dont nous allons rapporter les principaux avec toute la brièveté que nous permettra une matière si étendue.

A suivre : XII. Miracles vérifiés et attestés par serment.

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Message  Louis Lun 19 Oct 2015, 11:21 am

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XII. Miracles vérifiés et attestés par serment.


Dona Isabelle de Bétancour était tourmentée d'une fluxion sur les yeux, si opiniâtre et si fâcheuse, que quelque envie qu'elle eût de voir le corps du P. Claver, la nuit même qu'il était exposé dans l'église, elle n'osait sortir pour y aller, dans la crainte d'irriter son mal. Sa mère et sa sœur la pressèrent si fortement de venir aux funérailles du saint homme, qu'elle ne put résister à leurs instances: elle se rendit à l'église, elle se mit à genoux auprès du corps, et après lui avoir baisé la main, elle l'appliqua sur ses yeux. Dans l'instant même la fluxion disparut et ne revint plus.

Au temps même des obsèques du P. Claver, Barthélemi Sanchez était malade à l'hôpital de Saint-Sébastien, où la violence de la fièvre l'avait jeté dans une espèce de frénésie qui avait fait désespérer de sa vie. Son frère, qui l'avait quitté, comme il était prêt à rendre l'âme, pour assister à l'enterrement du saint homme, surpris de le retrouver encore vivant contre toute espérance, lui présenta une petite branche de romarin qu'il avait prise sur la bière : « Mon frère, lui dit-il en la lui donnant, prenez cette branche, elle a servi au saint P. Claver, recommandez-vous à lui, il peut vous guérir en un moment. » A ces mots, le malade ouvre les yeux, prend le rameau et le porte aussitôt à sa bouche. « Que faites-vous, lui cria son frère, prenez garde de le manger, il pourrait vous faire mal. — Non, non, répondit le moribond, c'est une chose qui vient d'un saint, elle ne peut me nuire. » En disant ces paroles, il en mangea une partie et fut guéri. Tout ce qu'il put se rappeler dans les interrogations qu'on lui fit à ce sujet, c'est qu'il avait trouvé ce romarin fort doux et fort agréable au goût ; qu'il s'endormit à l'instant d'un sommeil paisible, pendant lequel il lui semblait revivre ; qu'au bout d'une heure il se sentit parfaitement guéri ; qu'il mangea de très bon  appétit, dormit tranquillement toute la nuit, et retourna le lendemain chez lui plein de santé. Comme, en l'année 1659, on le pressait de venir lui-même déposer ce fait, il s'en excusa d'abord sur une grosse tumeur, accompagnée de grandes douleurs de reins, qui l'empêchait de marcher: mais un moment après, s'étant reproché de refuser cette marque de sa reconnaissance envers son bienfaiteur, il se détermina à aller à l'église des jésuites, où l'on recevait alors les dépositions. Avant même que d'y arriver, il se sentit délivré de toutes ses douleurs ; il approcha ensuite du tombeau du P. Claver pour lui rendre grâce de cette nouvelle faveur; et depuis, à mesure qu'il faisait sa déposition, il sentit sa tumeur diminuer. Il attesta le tout avec serment, en ajoutant qu'il était bien assuré que par l'intercession du saint homme il n'éprouverait jamais de pareilles douleurs.

D. Vincent de Villalobos, premier commissaire de Carthagène…

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Message  Louis Mar 20 Oct 2015, 1:08 pm


XII. Miracles vérifiés et attestés par serment.


(suite)

D. Vincent de Villalobos, premier commissaire de Carthagène, élevait chez lui un neveu de sa femme, appelé Dominique de Bétancour. Cet enfant, âgé de huit à neuf ans, tomba malade d'une fièvre chaude si dangereuse, qu'il fut condamné par tous les médecins. D. Vincent eut recours au P. Claver, pour qui il avait une singulière dévotion : prosterné devant son tombeau il lui adressa une fervente prière, et demanda ensuite au sacristain l'étole du serviteur de Dieu. De retour à la maison et rempli de confiance, il appliqua l'étole sur l'enfant, et dans l'instant, il lui prit une sueur si abondante et si heureuse que, peu d'heures après, les médecins le jugèrent guéri. Au bout de quelque temps, il fallut faire changer de linge au malade, et on oublia de lui remettre l'étole : alors la sueur recommença avec plus d'abondance que jamais, mais si froide et si mauvaise, que l'enfant tomba dans une défaillance accompagnée de symptômes si fâcheux, qu'on désespéra de sa vie. On s'aperçut de l'oubli, sa tante lui remit elle-même l'étole au cou, et s'étant retirée dans une chambre voisine pour donner un libre cours à ses larmes : « Saint P. Claver, s'écria-t-elle en soupirant, puisque vous avez commencé, achevez votre ouvrage, afin que tout le monde impute cette guérison à vos mérites. » A peine eut-elle prononcé ces paroles que la sueur s'arrêta, la fièvre cessa tout à coup, et le petit de Bétancour se leva de son lit, aussi sain et aussi robuste que s'il n'eût jamais été malade. Les médecins qui étaient présents attribuèrent une pareille guérison à un miracle ; et depuis, un d'entre eux affirma le fait avec serment.

La fille de D. Sébastien de Torrez, filleule de Dona Inès de Miranda, à la suite d'une saignée mal faite, souffrit d'une grosse tumeur au bras. Les médecins et les chirurgiens désespérèrent de sa guérison ; parce que dans ces pays chauds on ne connaît guère de remède à de pareils accidents. Sa marraine, qui avait déjà éprouvé la vertu des mérites du P. Claver, la fit porter à son tombeau où elle voulut l'accompagner. La petite fille entra dans l'église, en jetant de grands cris. Le sacristain la plaça aussitôt sur un banc élevé près du tombeau, afin qu'elle eût plus de facilité d'étendre la main : mais voyant qu'elle refusait de le faire, parce que la douleur l'empêchait d'étendre le bras et qu'elle croyait qu'on voulait le lui couper, il le prit lui-même, et l'ayant appliqué sur le haut du tombeau, il l'enveloppa d'une étole du P. Claver. A l'instant même la tumeur parut beaucoup moins grosse et moins enflammée. Le lendemain, la petite fille revint ; et en cinq jours, elle se trouva si parfaitement guérie, que le docteur Barthélemi de Torrez protesta qu'une pareille cure n'avait pu se faire sans miracle.

Il y avait chez Dona Talabera un esclave qui, depuis six ans, n'avait aucun usage de ses pieds. Elle le fit porter au tombeau du serviteur de Dieu ; et dès la première fois, il se trouva en état de marcher à l'aide d'un bâton. La maîtresse craignant qu'une guérison si subite d'un mal si invétéré ne fût pas durable, employa quelques autres remèdes pour achever de le guérir, et lui fit faire des fomentations avec du vin et des herbes aromatiques ; mais elle eut bientôt sujet de se repentir d'une charité si peu éclairée. En fort peu de temps, les jambes et les pieds de son esclave furent couverts d'ulcères douloureux, accompagnés d'un dégoût universel qui le réduisit peu à peu à l'extrémité. La dame ayant reconnu sa faute, le fit porter une seconde fois à l'église et demanda au saint homme pardon de son peu de confiance. Quand le malade fut retourné à la maison, on ne le reconnaissait plus : il parut sain et robuste, il mangea avec beaucoup d'appétit, et, sans aucun autre remède, il guérit totalement en peu de jours.

Une fille de Simon d'Anaja, nommée Thérèse, était devenue…

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Message  Louis Mer 21 Oct 2015, 11:39 am

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XII. Miracles vérifiés et attestés par serment.


(suite)


Une fille de Simon d'Anaja, nommée Thérèse, était devenue tout à fait aveugle d'une humeur maligne qui lui était tombée sur les yeux : il s'y était même formé dans les deux cavités une excroissance de chair qui couvrait les deux prunelles. Toute la famille désespérait de sa guérison : mais que ne peut une grande tendresse animée d'une grande confiance? Une des parentes de l'enfant, désolée de la voir en un état si déplorable, la prit entre ses bras, et, en lui présentant quelques cierges qu'elle venait d'acheter : « Ma fille, » lui dît-elle, « voilà des cierges que vous porterez vous-même au tombeau du P. Claver, quand il vous aura guérie ; nous verrons si sa charité sera insensible à votre affliction. » A ces mots, la petite fille ouvrit les yeux, et les tourna de tous côtés avec tant de vivacité, qu'ils parurent brillants comme deux flambeaux. Le bruit de cette merveille s'étant bientôt répandu dans toute la ville, il n'y eut point d'infirme qui n'eût recours au serviteur de Dieu pour obtenir la guérison de ses maux.

D. Garcie de Zerpa, regidor de Carthagène, déposa qu'il avait vu une infinité de guérisons miraculeuses opérées par la seule application d'une croix que le Père Claver avait donnée à Léonore de Zerpa, sa sœur. Le prêtre D. Juan de Zerpa, son frère, vint déposer la même chose, en ajoutant que le jour même de sa déposition, une dame, à qui sa belle-sœur avait prêté la croix, venait de la lui renvoyer, en la remerciant d'avoir été délivrée par elle des grandes douleurs qu'elle sentait aux bras et aux jambes. Il protesta encore que lui-même, dans la même année, il avait été guéri par le même moyen d'une goutte violente dont il était tourmenté.

L. F. Nicolas Gonzalez, ce religieux si attaché à son bon père pendant sa vie et depuis si zélé pour sa gloire après sa mort, déposa à son tour qu'on lui avait si souvent demandé des étoles qui avaient servi au saint homme et qu'elles avaient opéré tant de guérisons merveilleuses, que, malgré toute son attention, il n'avait pu bien marquer le nombre de ceux qui étaient venus le remercier, après en avoir éprouvé la vertu salutaire.

Mais un prodige plus singulier encore, et plus incontestable que tous ceux qu'on vient de rapporter…

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Message  Louis Jeu 22 Oct 2015, 1:45 pm

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XII. Miracles vérifiés et attestés par serment.

(suite)

Mais un prodige plus singulier encore, et plus incontestable que tous ceux qu'on vient de rapporter, c'est l'état même où se trouva le corps de ce grand serviteur de Dieu, à la translation qui en fut faite, deux ans et demi après sa mort.

Le provincial des jésuites voulant le placer plus honorablement, fit préparer une nouvelle châsse, et tailler dans le mur de la même chapelle un enfoncement proportionné, qu'il fit fermer d'une porte de fer armée de fortes serrures. Le premier jour de mars 1657, on abattit la maçonnerie du tombeau, et on trouva le bois de la bière, la toile, les passementeries, les serrures même toutes gâtées par l'extrême humidité de l'emplacement. Mais quand on eut découvert la bière, le corps qu'on y avait mis dans de la chaux vive, se trouva, à la réserve d'une partie de la tête qui était un peu endommagée, sain et entier, et sans la moindre marque de corruption. La chair en était fraîche, tous les membres étaient fermes, et posés exactement dans leur situation naturelle; et il s'en exhalait une douce odeur, pareille, selon le rapport du docteur Barthélemi Torrez, qui était présent, à celle d'une argile tendre, imbibée d'un suc odoriférant. L'habile médecin, après avoir examiné tous les doigts, l'un après l'autre, déposa avec serment dans le procès-verbal qui en fut fait, que l'état où il voyait le corps, avec toute sa peau, tous ses nerfs, et toutes ses autres parties aussi saines, malgré la quantité de chaux dont il était couvert, et l'excessive humidité du lieu où il avait été placé, lui paraissait un miracle au-dessus de la nature.

Après qu'on l'eût mis avec beaucoup de respect dans la nouvelle châsse, on le déposa dans l'espèce de niche qu'on avait creusée dans la muraille, et qui fut aussitôt exactement fermée. Le provincial fit ensuite une défense très expresse à tous les recteurs du collège, de jamais laisser enlever, sans un ordre supérieur, la moindre partie des précieuses reliques de ce saint missionnaire.

Ce privilège de l'incorruptibilité après la mort, a quelque chose de si particulier et de si rare, que Dieu n'a jugé à propos d'en honorer que quelques-uns de ses plus illustres saints. Dans ces derniers siècles, il a voulu l'accorder, du moins pour un temps, au vénérable Claver, comme il l'avait fait plus d'un siècle auparavant au grand Xavier ; sans doute afin qu'on rende quelque jour à l'apôtre des Indes occidentales, les mêmes respects que tout l'univers chrétien s'empresse de rendre à l'apôtre des Indes orientales.

A suivre : APPENDICE.

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Message  Louis Ven 23 Oct 2015, 12:28 pm

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APPENDICE.

A ces merveilleux récits du Père Fleuriau, nous croyons devoir donner pour épilogue une courte relation des deux miracles que la S. C des Rites approuva le  Ier novembre  1887, et qui déterminèrent la canonisation de l'Apôtre des nègres.

Le lecteur remarquera que tous deux — comme d'ailleurs les deux miracles approuvés par Pie IX, le 27 août 1848, pour la béatification du même saint — ont eu lieu en Amérique : il semble que Dieu ait voulu glorifier son serviteur surtout dans cette partie du monde où il avait tant souffert et tant fait pour la propagation de l'Évangile.

Le premier miracle est la guérison instantanée et parfaite de Barbe Dressen qui avait un chancre invétéré au côté droit de la mâchoire.

Barbe Dressen, née à Trêves en 1779, avait émigré aux États-Unis, et, après la mort de son mari, elle s'était fixée à Milwaukee. Elle avait joui d'une santé parfaite jusqu'à soixante-dix ans, il lui vint alors une petite verrue à la joue droite ; cette verrue dont elle ne se préoccupa point d'abord, augmenta jusqu'au diamètre d'un écu de cinq francs, et prit une couleur rougeâtre inquiétante qui la décida à consulter le docteur Bayer chez qui elle travaillait.

Le docteur reconnut aussitôt un chancre incurable, qui devait inévitablement amener la mort. Cette femme, connaissant la haute science du docteur, n'espéra plus de guérison par les remèdes humains et pensa à recourir à ceux du ciel. Le Père Weninger de la Compagnie de JÉSUS, au cours d'une mission qu'il était venu faire à Milwaukee, propageait la dévotion au bienheureux Pierre Claver surtout en appliquant ses reliques aux malades, et il obtenait beaucoup de guérisons par ce moyen. Barbe l'alla prier d'appliquer la relique du bienheureux sur son mal. Le Père accéda à son désir, l'exhorta à la confiance et lui recommanda de réciter quelques prières quotidiennes en l'honneur de Claver; elle se conforma à ce conseil et pendant deux ou trois ans le mal sembla diminuer, de sorte qu'elle espérait la guérison complète. Mais le Seigneur lui ménageait une plus dure épreuve pour la glorification de son serviteur. La maladie augmenta inopinément, la verrue se transforma en ulcère dont l'écoulement formait sur la joue de la patiente des croûtes successives qui la rongeaient et lui occasionnaient d'atroces douleurs. Elle endura pendant dix ans ces souffrances aiguës, sans omettre un seul jour ses prières au bienheureux Pierre. Sa confiance allait enfin être récompensée. Le Père Weninger était, depuis peu et après dix ans, revenu à Milwaukee. Barbe se sentit ranimée d'un plus vif espoir, elle fit appeler le Père au parloir, lui raconta son martyre de dix ans et lui dit : « Il n'y a que le saint qui puisse m'aider. » Puis elle se mit à genoux et demanda au Père de la bénir avec la relique du Bienheureux.

Le Père Weninger, ému de compassion, lui toucha d'abord avec la relique la partie de la joue affectée du chancre et puis ensuite le front et la mâchoire gauche. Prodige inouï ! à l'application de la relique, toute douleur disparut instantanément. La femme se releva transportée de joie, remercia le Père et sortit brusquement de la résidence.

A peine en plein air, elle s'aperçut qu'elle était complètement guérie : le vent ne lui causait pas la souffrance aiguë qu'il lui causait d'ordinaire, de légères écailles se détachèrent de la joue en poussière menue, et ces derniers vestiges du mal avaient disparu avant sa rentrée chez elle. Il ne restait aucune trace de l'affreuse plaie. Ceux qui l'avaient vue un peu auparavant furent stupéfaits et confirmèrent le miracle sous la foi du serment. Barbe Dressen avait 82 ans quand elle fut guérie le 29 juin 1861. Cinq ans après, les examinateurs délégués pour l'interroger furent obligés de reconnaître que ce mal miraculeusement chassé n'avait plus reparu.

Voici l'autre miracle…

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Message  Louis Sam 24 Oct 2015, 11:41 am

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APPENDICE.


(suite)


Voici l'autre miracle.

Ignace Strecker, venu d'Allemagne aux États-Unis avec sa famille en 1853, travaillait en 1861 dans une fabrique de savon à Saint-Louis. Un jour, il se heurta malheureusement la poitrine contre un angle de fer. Le choc avait été fort et, quoique sans blessure apparente, le sternum fut contusionné; une douleur cuisante et une sensation de brûlure s'ensuivirent ainsi qu'un gonflement progressif. Strecker ne s'était pas d abord préoccupé de cet accident, mais au bout de deux mois la tumeur n'ayant pas cessé d'augmenter, il consulta le médecin Heitzig. Celui-ci constata la carie du sternum. Les remèdes de son art prodigués pendant neuf mois n'amenèrent aucun résultat heureux, il voulut alors appeler à son aide son collègue le plus renommé, le docteur Schoeneman. Vainement ils essayèrent d'arrêter la carie qui avait gagné trois des côtes du côté gauche. Tous les remèdes furent impuissants à interrompre les progrès du mal; l'anémie, la fièvre, la toux, l'oppression et les sueurs nocturnes étaient venues le compliquer. Ignace n'était plus qu'un squelette revêtu d'une peau presque transparente. Deux ans s'étaient passés ainsi sans trêve à ses douleurs, et les médecins l'avaient condamné, ne lui donnant plus que 15 jours à vivre. Le malade renonça donc absolument à tout traitement, reconnu d'ailleurs inutile par celui qui le prescrivait, et congédia son médecin.

Sa femme, qui avait entendu le Père Weninger prêcher sur l'efficacité du recours au bienheureux Claver, engagea Strecker à le choisir pour intercesseur; il se traîna donc avec peine à l'église Saint-Joseph, où le Père Weninger touchait et bénissait avec la relique une multitude de malades, et se fit aussi toucher et bénir. Sa confiance était grande ; elle fut justifiée; à partir de ce moment la plaie ne jeta plus de pus : c'était le signe de la cessation de la carie. La blessure sécha en peu de semaines, se cicatrisa parfaitement et tous les maux concomitants disparurent ainsi que les symptômes avancés de phthisie, de sorte que peu de jours après sa visite à l'église, Ignace avait recouvré toute sa vigueur d'autrefois. Il reconnaissait à juste titre qu'il devait ce bienfait à l'intercession du bienheureux Pierre Claver et à ses mérites que Dieu avait daigné glorifier une fois de plus. Le docteur Schoeneman, qui, après l'avoir soigné quelque temps l'avait abandonné comme un malade désespéré, fut grandement surpris de cette guérison inattendue. Quoiqu'il ne fût pas catholique, il reconnut en ce fait un miracle de la toute-puissance divine.

Par suite de la vérification de ces deux miracles faite canoniquement, la Sacrée Congrégation des Rites proclama le 26 novembre 1887 que l'on pouvait procéder à la canonisation du B. Claver ; et, le 15 janvier 1888, Léon XIII plaça saint Claver sur les autels, en compagnie de son saint ami Alphonse Rodriguez, ne séparant point dans la gloire ceux que Dieu avait si étroitement unis ici-bas.

FIN.

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