Saint Pierre Claver.

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Message  Louis Sam 20 Juin 2015, 12:49 pm


III. Le P. Claver travaille au salut des nègres, sous le P. de Sandoval.


(suite)


Quant à ceux qui étaient pleins de santé, il les préparait à loisir à recevoir le saint baptême. Jour et nuit il était occupé de ses chers esclaves: ni la rigueur des saisons, ni les fatigues et les maladies n'étaient capables de l'arrêter: il se croyait obligé à prodiguer par charité une vie qui lui avait été rendue par un miracle.

Après avoir choisi avec soin des interprètes de différentes langues, selon les différentes nations des nègres, il marquait exactement dans un petit livre leurs noms et ceux de leurs maîtres, avec le lieu de leurs habitations: tous les ans il avait soin de faire un petit présent, non seulement à ses interprètes pour être bien servi dans l'occasion, mais encore aux principaux maîtres des esclaves, pour obtenir d'eux la liberté de les assembler en certains temps, et d'exercer auprès d'eux toutes les fonctions de son ministère. Il tenait encore deux autres registres, où chaque nation avait sa place; et à mesure qu'il baptisait quelque nègre, il écrivait son nom sous le titre de sa nation, en y ajoutant un signe qui pût servir à le distinguer des autres. Lorsqu'il rencontrait des nègres, soit dans leurs cases, soit en chemin, il consultait aussitôt son livre: s'ils n'étaient pas encore baptisés, il achevait de les instruire, et comme il portait toujours sur lui un flacon rempli d'eau pour cet usage, il leur conférait le baptême. On rapporte qu'en sept ans il en baptisa plus de trente mille.

Tant de travaux et de succès lui attirèrent des lettres de félicitation de la part des personnes les plus distinguées dans l'Église et dans l'État, et engagèrent plusieurs missionnaires à demander de lui être associés dans son ministère. Le P. Claver obtint ce bonheur, et dès qu'il eut reçu les ordres sacrés, il se joignit à cet homme apostolique : mais le P. de Sandoval ayant été obligé de retourner à Lima, il se trouva seul chargé de tout le travail. Il s'en acquitta si parfaitement, que le P. de Sandoval, à son retour, jugeant que son disciple suffisait à Carthagène, s'enfonça dans les terres, parcourut plus de quatre cents lieues le long des côtes et dans le continent, donnant partout des marques éclatantes de son zèle, et recueillant des fruits proportionnés à ses immenses travaux. Revenu à la maison de Carthagène, il y fut chargé successivement de différents emplois. Enfin, épuisé de fatigues, couvert d'ulcères, accablé de douleurs, il passa les deux dernières années de sa vie étendu sur un pauvre lit et presque abandonné de tout le monde, parce que le petit nombre des jésuites du collège et la multitude accablante de leurs occupations ne permettaient pas de lui donner tous les secours qu'on aurait voulu. Quand on allait le visiter, on le trouvait presque toujours couché sur le dos, les yeux levés vers le ciel et les mains jointes sur la poitrine, offrant à Dieu le double sacrifice de ses louanges et de sa vie. Dans cet état si désolant pour la nature, ses seules paroles étaient : « Dieu soit loué, Dieu soit béni ! » et sa seule consolation était de pouvoir encore se traîner pour dire la messe. Il mourut à l'âge de soixante-seize ans, plein de jours et de mérites, le matin de Noël.

Tel était le maître que Dieu avait préparé au P. Claver…

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Message  Louis Dim 21 Juin 2015, 2:31 pm

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III. Le P. Claver travaille au salut des nègres, sous le P. de Sandoval.


(suite)


Tel était le maître que Dieu avait préparé au P. Claver : faut-il s'étonner qu'à une si sainte école, avec de si heureuses dispositions, il soit devenu lui-même un missionnaire si parfait ? Il ne fut qu'un an sous la conduite du P. de Sandoval ; mais dans ce court espace de temps, toujours attentif à ses instructions et à ses exemples, embrasé de son zèle et de sa charité, il reçut avec plénitude le double esprit de son maître, et devint bientôt en état de le surpasser.

Jamais peut-être aucun ouvrier évangélique ne fit un sacrifice aussi parfait et aussi généreux. En changeant de lieux et de climats, les ministres de l'Évangile trouvent toujours de nouveaux objets qui les animent et qui les soutiennent : les douceurs de l'un peuvent en quelque sorte dédommager des rigueurs de l'autre; et le changement seul est par lui-même une espèce de soulagement pour la nature. Mais le climat du pays où le P. Claver se confina ne perdit jamais rien de ses rigueurs pour lui : ce furent toujours de nouveaux travaux, de nouvelles souffrances, quoique dans le même lieu, pendant près de quarante années: toujours il eut besoin d'un nouveau zèle et d'un nouveau courage, parce qu'une seule ville était le rendez-vous de toutes les nations, et que l'apôtre de Carthagène était celui d'un monde entier.

A suivre : IV. Conduite du P. Claver à l'arrivée des nègres à Carthagène.

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Message  Louis Lun 22 Juin 2015, 2:33 pm

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IV. Conduite du P. Claver à l'arrivée des nègres à Carthagène.

Dès qu'il arrivait au port un navire chargé de nègres, le gouverneur lui-même et ses principaux officiers se chargeaient à l'envi de l'en avertir ; parce que, outre qu'il disait un certain nombre de messes pour celui qui lui apportait le premier une si heureuse nouvelle, on était persuadé qu'on ne pouvait lui causer une joie plus vive. En effet il paraissait aussitôt revivre, ses yeux s'animaient, son visage pâle et défait prenait une couleur de santé qui ne lui était pas ordinaire. Après s'être mis à genoux pour remercier Dieu, il s'informait de la langue que parlaient ces nouveaux esclaves, il cherchait des interprètes et il courait au port muni de biscuits, de conserves, d'eau-de-vie, de tabac, de limons et d'autres provisions dont ces sauvages font leurs délices. Comme la plupart sont persuadés qu'on ne les a pris que pour employer leur graisse à caréner les vaisseaux, et leur sang à teindre les pavillons, il mettait tout en œuvre pour les rassurer. D'abord il leur faisait entendre que cette persuasion n'était qu'un artifice du démon pour les perdre ; qu'on les avait fait venir pour les délivrer de son esclavage et les conduire à une félicité éternelle ; qu'ils pouvaient s'en rapporter sur ce point à plusieurs de ceux qui avaient déjà été tirés de leur pays, et qui se trouvaient beaucoup plus heureux à Carthagène ; et que pour lui en particulier, il leur servirait toujours de protecteur, d'avocat, de maître et de père.

Mais quoi qu'on pût leur dire de sa part, son affection, qui paraissait dans toutes ses manières, était plus éloquente que tous les discours de ses interprètes : et je ne sais quelle sympathie, qui se trouvait entre son cœur et celui de ces pauvres gens, les lui attachait tous, presque dès le premier abord. Il leur distribuait ensuite les petits rafraîchissements qu'il avait apportés, et par là il achevait de les gagner. Aussi avait-il coutume de dire à ce sujet, qu'il fallait leur parler avec la main, avant que de vouloir leur parler de bouche. Dans ce dessein il allait ordinairement chez un de ses amis, homme vertueux et très charitable. « Il vient d'arriver, » lui disait-il alors en souriant, « un vaisseau chargé de nègres, il faut un hameçon pour les prendre, » et sur-le-champ on lui envoyait toutes les provisions dont il avait besoin pour eux.

Après se les être ainsi attachés par les marques de la plus attentive charité, il travaillait à les gagner à Dieu. Il s'informait d'abord de tous ceux qui étaient nés pendant le voyage, pour leur conférer le baptême ; il visitait ensuite ceux qui étaient dangereusement malades, pour les disposer, ou au baptême, ou au sacrement de pénitence, selon qu'ils étaient, ou n'étaient pas encore chrétiens. Il arriva plus d'une fois que plusieurs moururent immédiatement après cette grâce, comme si la divine Providence ne les avait conservés que pour donner à son serviteur la consolation de les sauver.

Ces faveurs l'animaient à un nouveau travail. Persuadé qu'il ne pouvait acheter trop chèrement un si grand bonheur, il prenait soin de tous les malades les uns après les autres : il nettoyait leurs ordures, pansait leurs plaies, leur portait lui-même la nourriture à la bouche. En partant, il les embrassait avec tendresse, et les laissait si étonnés, si charmés d'une charité à laquelle ils ne s'attendaient pas, que leur servitude de Carthagène leur paraissait préférable à la liberté dont ils jouissaient dans leur pays.

Le jour du débarquement général étant arrivé, il s'y trouvait ponctuellement, muni des mêmes provisions et accompagné d'autres esclaves de la même nation. Il leur donnait la main pour les aider à mettre pied à terre ; recevait les malades entre ses bras et les portait sur des charrettes qu'il avait fait préparer exprès : il n'y en avait aucun à qui il ne donnât des marques de son affection, si vives et si naturelles, que tous ceux qui en étaient les témoins en étaient ravis d'admiration. Il ne les quittait point qu'il ne les eût tous conduits comme en triomphe dans leurs logements, plus honoré de cette compagnie, en entrant à Carthagène, que ces fameux vainqueurs qui entraient autrefois triomphants à Rome. Quand ils étaient logés, il les allait encore visiter tous, les uns après les autres, leur promettait de revenir bientôt et les recommandait très instamment à leurs maîtres.

A suivre : V. Méthode qu'il observe dans l'instruction des nègres.

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Message  Louis Mar 23 Juin 2015, 12:28 pm

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V. Méthode qu'il observe dans l'instruction des nègres.

Il eût voulu les conquérir tous à Dieu, sans différer; mais la plus grande difficulté était d'avoir de bons interprètes. Que d'obstacles n'eut-il pas à vaincre ! Que de persécutions même n'eut-il pas à essuyer à ce sujet ! Il en devait coûter

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beaucoup, et pour les payer, et pour les former : son courage vint à bout de l'un et la Providence fournit à l'autre. Ayant obtenu de ses supérieurs la permission de chercher des aumônes pour une œuvre si sainte, il allait lui-même de porte en porte solliciter la charité des fidèles ; et Dieu, intéressé au salut des âmes qu'il avait confiées à ses soins, lui fit trouver des personnes pieuses qui lui fournissaient abondamment tout ce qui était nécessaire. Avec ces secours il avait de quoi s'attacher quelques interprètes, secourir les pauvres et les malades, racheter des esclaves réduits au désespoir, et payer les ouvriers qui étaient obligés de travailler à la place de ses interprètes, pendant le temps qu'il les employait à faire les instructions. Dieu ayant ainsi donné à ses soins tout le succès qu'il désirait, il se disposa à reprendre ses travaux apostoliques, avec plus d'ardeur que jamais. Voici la méthode qu'il y observait.

Après être convenu avec ses interprètes du temps et du lieu le plus commode pour instruire les nègres, il se rendait exactement dans leurs cases aux heures marquées. Ces cases sont de grands magasins, ou, pour mieux dire, de longues prisons humides, obscures, dénuées de tout ; les nègres y sont entassés par centaines, les uns sur les autres, sans autre lit que la terre. L'air chaud et empesté, qui s'exhale de tant de corps déjà infects par eux-mêmes, en rend le séjour insupportable; et il est peu d'étrangers qui puissent y demeurer longtemps sans défaillir. Mais si la petite vérole, ou quelque autre maladie épidémique, vient se joindre à tant d'autres incommodités, les esclaves eux-mêmes n'y peuvent résister.

Avant que de se mettre en chemin, le zélé missionnaire implorait la divine miséricorde par de ferventes prières, qu'il avait coutume de faire devant le saint Sacrement, par des pénitences extraordinaires et par toutes les œuvres de piété que l'ardeur de sa charité lui pouvait inspirer. Il partait ensuite, ayant à la main un bâton surmonté d'une croix, un crucifix de bronze sur la poitrine, et sur l'épaule un sac où il renfermait un surplis, une étole, les saintes huiles, des biscuits, quelques flacons remplis d'eau-de-vie et d'eau de senteur, avec tout ce qui était nécessaire, soit pour dresser un autel, soit pour soulager les infirmes. Quoique chargé de la sorte, il marchait avec tant de courage et d'agilité, que son compagnon avait de la peine à le suivre.

Dès qu'il était arrivé, il entrait dans le quartier des malades : là il commençait par leur laver le visage avec quelque eau odoriférante, pour diminuer l'infection dont ils étaient tourmentés ; il leur donnait un peu de vin, ou d'eau-de-vie, pour les fortifier ; il les régalait avec les biscuits et les conserves qu'il avait eu la précaution d'apporter; il leur conférait ensuite les sacrements qu'ils étaient en état de recevoir et ne les quittait qu'après les avoir remplis de consolation.

De là il se rendait au quartier de ceux qui n'étaient arrêtés par aucune incommodité…

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Message  Louis Mer 24 Juin 2015, 12:01 pm

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V. Méthode qu'il observe dans l'instruction des nègres.


(suite)


De là il se rendait au quartier de ceux qui n'étaient arrêtés par aucune incommodité; et, après les avoir tous rassemblés dans une grande cour ou dans quelque autre endroit assez spacieux, il y élevait un autel, sur lequel il plaçait des tableaux propres à donner à ces esprits grossiers quelque idée de nos mystères. Au lieu le plus remarquable était un tableau de JESUS-CHRIST en croix. On y voyait sortir de toutes ses plaies des ruisseaux de sang, qui coulaient dans un vase précieux : un prêtre les recueillait avec respect pour en baptiser un nègre, qui attendait cette grâce à genoux et dans une  posture très dévote ; des cardinaux, des papes, des princes et des rois assistaient à cette cérémonie, adorant avec joie la miséricorde d'un Dieu Sauveur qui prodiguait ainsi son sang pour tout le monde. D'un côté de ce tableau, on apercevait quelques nègres richement parés et comme tout brillants de gloire : c'étaient ceux qui avaient déjà reçu le baptême ; mais ceux qui l'avaient refusé paraissaient, de l'autre côté, tout difformes et environnés de monstres hideux qui avaient la bouche ouverte pour les dévorer. Ce spectacle, consolant et terrible tout à la fois, excitait ces pauvres gens à l'estime d'un bienfait honoré par les puissances mêmes de la terre, à la crainte du malheur destiné à ceux qui n'en veulent pas profiter, au désir d'éviter ce malheur par la vertu du sang divin unie avec l'eau du sacrement, et surtout à l'amour d'un Dieu qui avait tant fait et tant souffert pour des hommes misérables. Ces sortes de peintures si expressives, soutenues de quelques sentences courtes, vives et animées par le zèle, ont souvent plus de force pour persuader que les discours les plus éloquents.

Tout étant ainsi préparé, il disposait lui-même des sièges pour ses interprètes, et afin que les nègres eux-mêmes pussent entendre plus commodément la parole divine, il allait chercher des bancs, des ais et des nattes qu'il rangeait soigneusement autour de l'autel ; il faisait tout cela d'un air si content, avec une ferveur si aimable, que ces pauvres esclaves ne savaient comment lui marquer leur reconnaissance. Il plaçait les hommes d'un côté et les femmes de l'autre, il pourvoyait à tout ; on eût dit qu'il n'avait point là d'autre emploi que celui de servir et d'être l'esclave des esclaves mêmes. Si parmi eux il en apercevait quelqu'un qui pût causer de l'incommodité aux autres par la vue ou par l'infection de ses ulcères, il le couvrait de son manteau, dont il se servait aussi quelquefois pour faire une espèce de siège aux infirmes, dans la crainte qu'ils ne fussent assis trop durement. Souvent il le reprenait si souillé et si infect qu'il fallait le laver jusqu'à sept ou huit fois; mais l'ardeur de la charité semblait tout purifier; et il était si occupé du soin de gagner ces âmes à Dieu, qu'il eût mis volontiers sur lui son manteau tout sale des ordures des nègres les plus dégoûtants, si ses interprètes ne l'en eussent empêché.

A suivre: VI. Ses travaux dans ses exercices.

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Message  Louis Jeu 25 Juin 2015, 12:36 pm

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VI. Ses travaux dans ses exercices.


Avant que de commencer le catéchisme, il prenait chaque nègre en particulier pour examiner s'il avait été baptisé; il rangeait à part ceux qui donnaient des preuves suffisantes de leur baptême ; et, pour les distinguer, il leur mettait au cou une médaille de plomb sur laquelle étaient gravés les saints noms de JÉSUS et de Marie, en les avertissant de la porter toute leur vie, tant comme une marque de la grâce qu'ils avaient reçue, que pour leur sûreté particulière contre les périls auxquels ils se trouveraient exposés. Quant à ceux dont les réponses lui donnaient un juste sujet de douter, il leur faisait prendre un signe particulier pour les reconnaître et les baptiser quelque autre jour sous condition.

Après ces préparatifs, il commençait enfin ses instructions en cette manière. Prenant en main son bâton, qui représentait la figure d'une croix, il se mettait à genoux au milieu des nègres et il priait quelque temps, le visage enflammé du feu de l'Esprit-Saint ; puis, d'un air capable de tirer des larmes des cœurs les plus durs, il faisait le signe de la croix, répétant deux ou trois fois chaque parole et chaque action, afin que tous pussent le suivre. Il approchait ensuite avec ses interprètes de chaque nègre pour lui faire faire en particulier le signe de la croix, donnant des éloges à ceux qui l'avaient bien retenu, blâmant les autres avec douceur, et ne passant point aux suivants que les premiers n'eussent parfaitement appris ce premier article.

Il suivait le même ordre dans l'explication de nos principaux mystères, et, pour les faire mieux entendre, il se servait de comparaisons proportionnées à la grossièreté de ses auditeurs. Mais il ne se bornait pas à leur proposer ce qu'il devait croire, il leur apprenait encore à le pratiquer. L'exposition de chaque mystère était suivie d'un acte de foi qu'il avait soin d'imprimer fortement dans leur esprit ; il excitait leur espérance par la vue du bonheur et de la gloire que la miséricorde et le sang même d'un Dieu avait préparés aux chrétiens ; et de cette vue naissaient comme naturellement des actes réitérés d'amour pour un si grand et si bon maître, qui voulait les tirer de leurs ténèbres pour les appeler à la lumière, qui d'esclaves du démon les rendait enfants de Dieu, et qui, après les avoir délivrés de la damnation tant de fois méritée par leurs crimes, leur proposait une félicité éternelle qu'ils pouvaient mériter par l'observation de sa loi.

Ces différents actes partant d'un coeur rempli de foi, d'espérance et d'amour, le feu dont il était embrasé se communiquait à ceux qui l'entendaient. Il profitait de ces heureuses dispositions pour les engager à une détestation sincère de leur infidélité et à un désir ardent de recevoir le saint baptême. Pour leur en faire mieux sentir la vertu : « Il faut, mes enfants, leur disait-il, faire ici comme le serpent, qui se dépouille de son ancienne peau pour en prendre une plus belle et plus brillante »; et, en disant ces paroles, il appliquait ses ongles sur sa main, comme s'il eût voulu la déchirer. Alors ces pauvres esclaves, attentifs à ses moindres actions, faisaient de leur côté les mêmes démonstrations pour lui faire entendre qu'ils avaient compris et qu'ils voulaient se dépouiller de leurs anciennes superstitions, pour être entièrement renouvelés dans les eaux salutaires du baptême.

Pendant ces instructions, il était tantôt debout, tantôt à genoux, tantôt appuyé contre quelque méchant tonneau ; tandis que les interprètes et les nègres étaient commodément assis sur les sièges qu'il leur avait lui-même préparés. Il arrivait souvent que quelques-uns de leurs maîtres, qui avaient voulu être les témoins de cet édifiant spectacle, surpris de l'humilité du saint homme et indignés du peu de respect des nègres, se mettaient en devoir de les châtier de leur insolence; mais le Père accourait aussitôt à leur défense, et s'efforçait de persuader à leurs maîtres que cette place leur était due, que tout se faisait là pour eux et que lui-même il n'était rien. Il n'est pas surprenant en effet que, s'estimant beaucoup moins qu'eux, il crût les devoir placer mieux que lui.

A suivre : VII. Sa conduite en administrant le baptême aux nègres.

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Message  Louis Ven 26 Juin 2015, 12:30 pm

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VII. Sa conduite en administrant le baptême aux nègres.


Quand il les jugeait suffisamment instruits, au jour fixé pour leur administrer le baptême, il les faisait ranger par groupes de dix, donnant le même nom à chaque dizaine, pour qu'ils s'en souvinssent mieux. D'abord il baptisait les enfants, puis les hommes et il finissait par les femmes. Avant que de commencer la cérémonie, il se mettait à genoux pour faire à Dieu une prière ardente en faveur de ces pauvres âmes ; il les lui offrait toutes et le conjurait de vouloir bien les purifier par son sang. Cela fait, il se levait l'air inspiré, le visage embrasé comme un séraphin, et s'approchait de ceux qui devaient recevoir le baptême, accompagné d'un interprète, et suivi d'un nègre et d'une négresse déjà chrétiens pour servir de parrain et de marraine. Celui qui devait être baptisé était à genoux, les mains jointes sur la poitrine, et le Père, en lui montrant dans un vase d'argent l'eau destinée à lui procurer la grâce qu'il attendait :


« Voilà, lui disait-il par un interprète, cette eau salutaire qui, en vertu des mérites de JESUS-CHRIST, purifie l'âme et la rend brillante comme le soleil ; voilà la source de la grâce qui fait les vrais enfants de Dieu et leur donne droit au royaume de sa gloire ; mais, pour obtenir une telle faveur, il faut se repentir de ses péchés, il faut renoncer au démon et aux maximes du monde. Ne le faites-vous pas de tout votre cœur ? Ne croyez-vous pas en JESUS-CHRIST ? Ne voulez-vous pas entrer dans son Église et recevoir le baptême ? »


Il répétait ces paroles jusqu'à deux et trois fois ; et quand le néophyte avait répondu à propos, il le baptisait à l'instant ; après quoi il lui mettait au cou une de ces médailles, où il avait fait graver les noms de JESUS et de Marie, pour le distinguer de ceux qui n'avaient pas encore été baptisés.

Pendant qu'il était occupé à ces fonctions, si on venait l'avertir que quelqu'un de ceux que la maladie avait empêchés d'assister à l'instruction était en danger, il quittait tout pour y courir et revenait ensuite reprendre le travail qu'il avait interrompu. On ne peut dire combien il arracha d'âmes au démon, en les secourant si à propos et avec tant de zèle. Il arriva que plusieurs esclaves moururent immédiatement après avoir reçu le baptême : aussitôt, il se mettait en prières, remerciant Dieu d'avoir bien voulu se servir de lui pour sauver ces malheureux.

Dès que la cérémonie était achevée, il faisait à tous les nouveaux baptisés une exhortation vive et pathétique, où il leur rappelait la grandeur du bienfait qu'ils venaient de recevoir; il leur représentait ensuite leurs obligations, en les exhortant à garder fidèlement la loi de JESUS-CHRIST dont ils étaient devenus les membres, et à mourir plutôt que de la violer par un seul péché ; il ajoutait que si, par malheur, ils venaient à en commettre un, ils trouveraient un remède salutaire, toujours prêt, dans la douleur et la confession de leurs péchés, et à cette occasion il les instruisait de la manière de recevoir chrétiennement le sacrement de pénitence.

Pour les frapper davantage, leur donner plus d'horreur du péché et les engager plus efficacement à la vertu…

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Message  Louis Sam 27 Juin 2015, 11:30 am

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VII. Sa conduite en administrant le baptême aux nègres.


(suite)


Pour les frapper davantage, leur donner plus d'horreur du péché et les engager plus efficacement à la vertu, il leur faisait voir, d'un côté, le portrait d'une âme damnée, spectacle terrible dont il se servait pour leur exposer vivement les châtiments éternels que Dieu réserve aux pécheurs ; de l'autre, celui d'une âme bienheureuse et toute brillante de gloire : « Voilà, leur disait-il alors, ce que vous serez un jour, si vous êtes fidèles à conserver la grâce de votre baptême. » Toutes ces instructions finissaient par un acte fervent de contrition et d'amour de Dieu. Il prenait en main le crucifix qu'il portait sur sa poitrine, et, l'élevant de manière que tous pussent le voir : « Voyez, s'écriait-il, de quelle manière nos péchés ont traité notre grand Dieu et notre aimable père ; voyez jusqu'où l'ont réduit, et notre extrême malice, et son immense charité pour nous. Oui, c'est pour nous qu'il est mort sur cette croix ; c'est pour nous qu'il a été comme abîmé dans cet océan d'ignominies et de douleurs. » Il accompagnait ces mots de larmes si amères, que tous ces bons sauvages y répondaient par des sanglots. Les voyant disposés comme il le désirait, il leur apprenait à dire et à répéter souvent ces belles paroles :« JESUS-CHRIST, fils unique de Dieu, vous êtes mon père, ma mère, mon trésor, tout mon bien. Je vous aime de tout mon cœur, et j'ai une extrême douleur devons avoir offensé ; oui, je vous aime de toutes mes forces et de toute mon âme. » Enfin, les regardant comme purifiés dans le sang de l'Agneau et comme de vrais enfants de Dieu, il les embrassait avec tendresse ; et dans tout cela il montrait un cœur si touché, un air si aimable et si transporté de joie, que ces pauvres esclaves, charmés de tant de bonté, et animés de ce nouvel esprit que donne le baptême, ne savaient comment répondre à tant d'amour.

Pour lui marquer leur consolation et leur joie, ils levaient les yeux au ciel, ils battaient des mains, ils se jetaient à genoux, à ses pieds afin de baiser du moins le bas de sa robe ; ils poussaient des cris d'allégresse mille fois redoublés ; et chacun, en son langage et à sa manière, le comblait de mille bénédictions. Partout où ils le retrouvaient ensuite, c'étaient toujours les mêmes démonstrations d'amour et de respect : ils couraient en foule au-devant de lui, se prosternaient à terre, l'appelaient leur maître, leur protecteur, leur père, et ne pouvaient se lasser de lui témoigner leur reconnaissance.

Ce travail capable à lui seul d'occuper plusieurs missionnaires, devint pour le P. Claver un travail, non pas de toutes les années, mais de toutes les semaines, et presque de tous les jours. A chaque nouveau débarquement de nègres, il était obligé de recommencer les mêmes exercices, de sorte que souvent il ne lui restait que quelques courts intervalles pour s'employer à d'autres travaux.

Ceux qui lui donnèrent le plus de peine, furent les sauvages des côtes de Guinée, naturellement fiers, indomptables, et d'ailleurs attachés à mille superstitions prises du mahométisme. Il fut obligé de redoubler pour eux tous les efforts de son zèle et de sa charité ; il se prêtait à tous leurs caprices, il supportait tout de leur part ; et il obtint enfin par ses prières, sa patience et sa douceur, ce que les menaces et les châtiments de leurs maîtres ne pouvaient obtenir.

A suivre : VIII. Son attention à découvrir les nègres qu'on lui cachait.

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Message  Louis Dim 28 Juin 2015, 12:57 pm

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VIII. Son attention à découvrir les nègres qu'on lui cachait.


L'attention du saint missionnaire n'oubliait rien de ce qui concernait son cher troupeau. Outre les nègres inscrits sur les registres publics, les pilotes et les mariniers, pour éviter de payer les droits du roi, en débarquaient d'autres sur les côtes voisines, qu'ils faisaient ensuite entrer secrètement à Carthagène; ils les y tenaient soigneusement cachés, pour les vendre à leur profit à des marchands qui les envoyaient travailler à leurs sucreries, où ils passaient pour chrétiens, sans avoir reçu le baptême. Son zèle triompha des obstacles que lui opposait cette cupidité. Dans toutes les habitations des gens de mer il envoyait des interprètes fidèles qui, sous prétexte de connaissance ou de parenté, demandaient à parler aux nègres nouvellement arrivés. Ces pauvres esclaves, ravis de retrouver quelqu'un de leurs amis, accouraient aussitôt en foule. Les interprètes s'informaient alors de chacun d'eux en particulier s'il avait été baptisé ? S'il répondait que non, ils lui disaient qu'ils étaient venus pour leur procurer à tous ce bonheur et les rendre par là enfants de Dieu ; après quoi ils les instruisaient peu à peu de ce qu'il fallait croire et pratiquer pour mériter une telle grâce. Quand ils les jugeaient suffisamment disposés, ils en avertissaient le P. Claver, qui ne manquait pas de s'y rendre ; et pour ne point effaroucher les maîtres, il leur promettait un secret inviolable sur leur conduite, en leur protestant que jamais il ne ferait rien contre leurs intérêts. Ceux-ci rassurés par sa droiture et touchés des marques de sa bonté, lui permettaient volontiers d'instruire leurs esclaves, de les baptiser et d'exercer librement auprès d'eux toutes les fonctions de son ministère.

A suivre : IX. Soins qu'il se donne pour former les nègres baptisés à la vertu.

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Message  Louis Lun 29 Juin 2015, 12:05 pm

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IX. Soins qu'il se donne pour former les nègres baptisés à la vertu.

Il ne se contentait pas de les faire chrétiens, il voulait qu'ils fussent bons chrétiens. Pour attirer de plus en plus leur confiance, et pour les rendre plus dociles à ses avertissements, il n'épargnait rien en leur faveur. Tous les jours il allait les visiter dans leurs loges, les consolant dans leurs afflictions, les secourant dans leurs besoins, les soulageant dans leurs maladies. Souvent il se tenait des heures entières sur la place publique pour amasser des aumônes ; et après avoir obtenu des marchands différentes espèces de provisions, il les mettait dans un panier qu'il portait lui-même sur son dos à ses chers nègres. Avant que de les leur distribuer il leur expliquait les commandements de Dieu et de l'Église ; il leur enseignait à prier, à bien entendre la messe, à s'approcher chrétiennement des sacrements de pénitence et d'Eucharistie, à faire saintement toutes leurs actions ; il leur rappelait encore les récompenses promises aux justes et les châtiments terribles destinés aux pécheurs impénitents ; et il terminait toujours ses visites en leur faisant produire des actes de contrition et d'amour de Dieu.

Les jours de fête il allait les chercher lui-même pour les faire venir à la messe, et les conduisait à l'église du collège, où il avait eu soin de préparer des bancs et des nattes pour les garantir de l'humidité. Si la multitude des confessions l'empêchait de sortir, il leur envoyait quelques nègres accrédités parmi eux, qui les amenaient en foule. A la vue de ces nombreuses troupes d'esclaves, les Espagnols de la ville, et surtout les dames qui ne pouvaient souffrir l'infection naturelle aux nègres, se plaignaient hautement qu'il ne leur était plus possible d'y tenir, qu'on voulait les chasser, que ce zèle outré ferait déserter l'église. A toutes ces plaintes le P. Claver répondait avec modestie que ces pauvres gens étaient chrétiens, qu'ils étaient obligés de satisfaire au précepte de l'Église, qu'il était lui-même leur pasteur et leur chapelain, et qu'ainsi c'était à lui de leur dire la messe, et de la leur faire entendre. Après la messe il faisait distribuer quelques rafraîchissements aux vieillards et aux infirmes, et les faisait reconduire à leurs habitations par des guides charitables.

En se sacrifiant ainsi pour eux, il n'omettait rien pour les retenir dans les bornes du devoir, et les empêcher d'oublier leurs obligations. Dès qu'il les voyait s'écarter de la bienséance du christianisme, il prenait un air et un ton de maître auxquels ils ne pouvaient résister. Jamais il ne les rencontrait, qu'il ne leur donnât quelque avis salutaire proportionné à leur âge, à leur état et à leurs besoins. « Prenez garde, disait-il aux plus jeunes, de trop compter sur votre jeunesse : souvent les grains se dessèchent en herbes, et les fleurs ne portent pas toujours des fruits. » « Songez, ajoutait-il à ceux qui étaient déjà avancés en âge, que la maison est déjà vieille et qu'elle menace ruine : confessez-vous, tandis que vous en avez le temps, la commodité. » Rencontrait-il quelque libertin plus indocile que les autres : « Dieu compte tes péchés, lui disait-il, et le premier que tu commettras sera peut-être le dernier de ta vie. » Ces avertissements avaient ordinairement leur effet, et la terreur des châtiments de Dieu servait, ou à les conserver dans la vertu, ou à les retirer du vice.

L'autorité qu'il s'était d'ailleurs acquise sur leur esprit, et l'amour qu'ils lui portaient faisaient qu'ils lui obéissaient sans réplique et sans peine. Sa seule vue était un frein capable d'arrêter ou de faire revenir les plus indociles ; et les plus vicieux même, dès qu'ils le rencontraient, se jetaient à ses genoux pour lui demander sa bénédiction.

A suivre : X. Il remédie à plusieurs abus auxquels ils étaient sujets.

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Message  Louis Mar 30 Juin 2015, 1:32 pm

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X. Il remédie à plusieurs abus auxquels ils étaient sujets.

Ces barbares ont une vraie passion pour les danses accompagnées du son des flûtes, des tambourins et d'autres instruments de musique qui sont fort de leur goût. Quand il n'y voyait rien de contraire à la bienséance, il ne s'y opposait pas, pourvu que d'ailleurs elles n'allassent pas jusqu'à l'excès, persuadé que des hommes presque toujours accablés de travaux ont besoin de quelques plaisirs innocents; mais dès qu'il s'y glissait la moindre indécence, alors il accourait, le visage tout en feu, tenant un crucifix d'une main et de l'autre une discipline dont il frappait les danseurs et les joueurs d'instruments, qui les abandonnaient sur-le-champ pour s'enfuir au plus vite. Il s'en saisissait alors comme d'une dépouille enlevée au démon, et les mettait en dépôt chez quelque chrétien zélé, avec ordre de ne les point rendre à leurs maîtres qu'ils n'eussent donné quelque aumône pour les pauvres de l'hôpital de Saint-Lazare. Il ne pouvait souffrir une négresse seule avec un nègre, même au milieu des rues : et sans se contenter de l'excuse de parenté qu'ils lui apportaient quelquefois, il les reprenait toujours sévèrement: « Tout le monde ne sait pas cette parenté, leur disait-il, mais tout le monde voit le scandale. » Aussi, dès qu'on l'apercevait, ceux qui se trouvaient en faute s'en retournaient-ils promptement chacun de son côté.

Une de ses principales attentions était de les empêcher de travailler les jours de fête, sous quelque prétexte et pour quelque cause que ce pût être. S'ils éprouvaient alors une véritable nécessité, il leur cherchait lui-même des aumônes pour subsister, et ne manquait jamais de leur dire, en les leur présentant, qu'ils ne devaient pas craindre de manquer de pain pour avoir été fidèles à Dieu. Il n'était pas moins exact à leur faire observer tous les jeûnes de l'Église. Pendant l'avent et le carême, il leur ôtait absolument tous leurs instruments de jeu, en leur représentant avec beaucoup de force que ce temps était destiné à pleurer ses fautes, à punir les plaisirs illicites par la privation des plaisirs même permis ; et que des chrétiens ne pouvaient sans honte et sans ingratitude s'occuper à se divertir, dans un temps où leur Dieu avait souffert pour eux.

Son zèle s'animait surtout contre l'ivrognerie et le blasphème. S'il apprenait que quelqu'un se fût emporté jusqu'à ces excès, après l'avoir sévèrement repris de sa faute, il lui faisait lécher la terre avec sa langue, et en lui mettant alors légèrement le pied sur le cou pour l'humilier davantage devant tous les autres : « Eh ! qui es-tu, malheureux, s'écriait-il, pour oser ainsi attaquer le ciel et outrager la divine majesté? » En se retirant, il donnait ordre qu'on l'informât si le coupable se corrigeait, et il ne cessait point qu'il n'eût obtenu de lui ce qu'il désirait.

Il s'occupait de légitimer par le mariage les unions irrégulières ; et lorsque les maîtres s'en offensaient, il leur répondait que leur domaine ne s'étendait pas jusque sur les consciences, et que leur droit, quel qu'il pût être, ne l'emportait pas sur le droit divin et naturel.

Un des abus qui lui donna le plus de peine à retrancher fut une espèce de fête qu'ils appelaient « les pleurs des morts ». Ils avaient un temps marqué où les hommes et les femmes s'assemblaient la nuit pour pleurer tous leurs morts ; il s'y mêlait beaucoup de cérémonies superstitieuses et païennes : la plupart s'y enivraient, et il s'y commettait mille autres désordres. Son zèle ne put voir ces excès sans indignation, et il n'eut point de repos qu'il ne les eût entièrement abolis. Il eut même pour ce sujet recours à l'autorité ecclésiastique, et il obtint des magistrats une défense expresse d'y vendre ou d'y porter aucune boisson capable d'enivrer. Dieu lui-même le seconda dans ce pieux dessein par des moyens extraordinaires qui tenaient du prodige.

A suivre : XI. Sa tendresse à les secourir dans leurs misères.

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Message  Louis Mer 01 Juil 2015, 12:45 pm

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XI. Sa tendresse à les secourir dans leurs misères.

Autant il avait de zèle et de sévérité pour empêcher le désordre parmi les nègres, autant faisait-il paraître de douceur et de charité pour eux dans tout le reste. S'il en trouvait quelques-uns qui appréhendassent d'être punis pour n'avoir pas assez veillé aux intérêts de leurs maîtres dans les ventes et les achats, il allait demander grâce pour eux, et, si des maîtres trop intéressés la lui refusaient, il cherchait des aumônes pour les dédommager lui-même de leurs pertes. S'il apprenait qu'on en traitât d'autres avec trop de barbarie, il n'épargnait ni remontrances, ni prières, pour exciter leurs maîtres à la compassion. Entendait-il, en passant, les cris de ceux qu'on punissait, il accourait, le cœur serré, pour faire cesser les coups. Enfin, il se chargeait de ramener lui-même ceux à qui la crainte du châtiment avait fait prendre la fuite ; il sollicitait instamment leur pardon, et se faisait leur caution sans balancer.

Il avait un soin tout particulier de ceux qui avaient été mis en prison : il se faisait un devoir de les visiter souvent ; et, sachant qu'ils manquaient de tout, il leur portait du tabac et toutes sortes de petits soulagements. Il passait avec eux des heures entières, occupé à leur adoucir leurs peines et à leur en faire sentir le prix ; il leur représentait, avec une douceur capable de toucher les plus insensibles, que tout ce qu'ils souffraient était à leur égard un effet de la miséricorde de Dieu, qui, pour leur épargner les châtiments éternels qu'ils avaient tant de fois mérités, avait permis cette sévérité passagère de leurs maîtres; ajoutant que, s'il lui était possible, il demeurerait en prison avec eux pour les consoler du moins par sa présence. Par ces discours accompagnés de manières tendres et officieuses, il en garantit beaucoup du désespoir. D'autre part il engageait les maîtres à proportionner la punition aux fautes, et à ne pas jeter ces malheureux dans le désespoir : il leur promettait que dans la suite ils auraient lieu d'être contents ; et ces pauvres esclaves, pour ne point manquer à ce qu'ils devaient à leur bon père, s'efforçaient de réparer leurs torts par leurs services.

A suivre : XII. Ses travaux au confessionnal.

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Message  Louis Jeu 02 Juil 2015, 12:12 pm

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XII. Ses travaux au confessionnal.

Toutes les peines que le saint homme se donnait pour les instruire et les baptiser, n'approchent pas de ce qu'il lui en coûtait pour les disposer, comme il faut, au sacrement de pénitence.

L'église du collège des jésuites était petite, fort humide, chaude et, pour comble d'incommodités, pleine d'une infinité de moustiques que le voisinage de la mer y attirait. Le confessionnal du P. Claver était placé près de la porte et exposé jusqu'à midi aux rayons d'un soleil brûlant. Dès qu'on commençait la première messe, il y descendait sans qu'il fût besoin de l'avertir, et jusqu'à huit heures du matin il y confessait tous ceux qui se présentaient. Au moindre signal du sacristain, il y revenait promptement et n'en sortait point qu'il n'eût satisfait ceux qui voulaient s'adresser à lui. Aux approches d'une grande fête ou de quelque indulgence particulière, il faisait un tour par la ville, en disant à ceux qu'il rencontrait : « Tel jour arrive une fête de Notre-Seigneur, ou de la Vierge ; il y a une indulgence à gagner : il faut songer à nettoyer la maison, à purifier son cœur. » Alors il se trouvait au confessionnal dès trois heures du matin, et il y restait jusqu'à ce qu'on vînt l'avertir pour dire la dernière messe. Tant qu'il se présentait des nègres, il ne recevait point d'autres pénitents ; après eux, il confessait les pauvres et les enfants des écoles publiques.

Si quelques personnes de distinction venaient se mêler dans cette foule, il tâchait de les renvoyer avec douceur, disant aux hommes, que pour eux il ne manquait pas de confesseurs, et faisant entendre aux dames que son confessionnal était trop étroit pour l'étendue de leurs robes, et qu'il n'y pouvait entrer que de pauvres négresses. Il s'en trouvait qui ne se rebutaient point et que l'intérêt de leur salut, joint à la confiance qu'ils avaient en ce saint directeur, engageait à surmonter tous les obstacles ; mais pour obtenir la grâce qu'ils désiraient, ils étaient obligés d'attendre que tous les nègres eussent passé, chacun à son tour.

A suivre : XIII. Il fait ses derniers vœux de profès. Vœu qu'il y ajoute.

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Message  Louis Ven 03 Juil 2015, 12:52 pm

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XIII. Il fait ses derniers vœux de profès. Vœu qu'il y ajoute.

Au milieu de la pénible carrière que son zèle et sa charité lui avaient ouverte, il eut ordre de se préparer à faire les derniers vœux de profès, sur la fin de l'année 1622. Comme ce degré suppose de la science et de la vertu dans les sujets que la Compagnie en juge dignes, il en fut affligé parce qu'en lui il ne reconnaissait rien de pareil. Il ne l'accepta qu'à condition qu'on lui permettrait d'y ajouter un autre vœu signé de sa main : c'était celui de se consacrer pour toujours au service des nègres. Voici de quelle manière il voulut commencer sa profession. « Amour, Jésus, Marie, Ignace, Pierre, mon Alphonse, et vous qui êtes les patrons de mes chers nègres, écoutez-moi. » Il prononça ensuite la formule ordinaire des vœux de profès, qu'il signa ainsi : « Pierre, esclave des nègres pour toujours. »

Après ses premiers vœux, il s'était regardé comme l'esclave de son Dieu; après les seconds, il voulut devenir pour Dieu l'esclave des esclaves mêmes. Il savait que plus il aimerait ces malheureux, plus il témoignerait d'amour au Seigneur, en l'aimant dans ce qu'il y avait de moins aimable aux yeux des hommes : aussi firent-ils dès lors, plus que jamais, ses plus chères délices. Tous les talents qui lui auraient attiré l'admiration publique dans les chaires et dans les écoles les plus célèbres, il se fit un plaisir de les ensevelir pour toujours au milieu de ses pauvres nègres : sa plus grande science fut désormais de mépriser toute celle qu'il avait acquise par une longue étude ; et il affecta même de ne plus rien savoir que ce qu'il lui fallait pour s'acquitter dignement de l'humble ministère dont il s'était chargé. Rendre à ces hommes grossiers et misérables tous les services dont il était capable, c'était sa joie dans ses peines, sa consolation dans ses disgrâces, son soutien dans ses travaux. C'était dans ces dispositions qu'il était entré dans la route que la Providence lui avait tracée : ce fut dans les mêmes dispositions, devenues de jour en jour plus parfaites et plus sublimes, qu'il persévéra jusqu'à la mort.


A suivre : XIV. Soins prodigieux qu'il se donne pendant le carême.

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Message  Louis Sam 04 Juil 2015, 1:35 pm

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XIV. Soins prodigieux qu'il se donne pendant le carême.


Quelque excessifs que paraissent les travaux dont on l'a vu chargé jusqu'ici, ils n'étaient que comme un prélude de ceux dont il était accablé pendant le carême. Voici l'ordre qu'il s'était prescrit à lui-même pour ce saint temps.

Il avait soin de faire couvrir tout le pavé de l'église de planches commodes, qu'il faisait nettoyer tous les trois jours pour mettre les nègres à l'abri de l'humidité et de la puanteur que le bois aurait pu contracter. Derrière son confessionnal il faisait suspendre une grande quantité de chapelets, de disciplines et de cilices, qu'il distribuait dès le premier jour ; vis-à-vis, il plaçait une petite table, sur laquelle était un livre plein d'estampes représentant les mystères de la vie et de la passion de JESUS-CHRIST. Au haut, on voyait une âme condamnée aux flammes de l'enfer, afin que cette vue inspirât à ses pénitents une plus grande horreur du péché et une contrition plus vive. Il n'oubliait pas les vieillards et les infirmes, pour qui il réservait toujours quelques rafraîchissements particuliers ! Tous ces préparatifs achevés, il se rendait au confessionnal le matin avant le jour, il y passait huit heures entières et il y retournait à deux heures après midi, qui était le temps destiné aux négresses. Avant que de commencer les confessions, il faisait une courte explication de l'évangile du jour, et il la finissait par quelques actes de contrition qui les faisaient fondre en larmes, les disposant par là au sacrement de pénitence, dont ils approchaient avec une piété et une ferveur capables de faire honte aux Espagnols les plus chrétiens. La fatigue de ce travail, augmentée par la chaleur, par la mauvaise odeur des nègres, par les piqûres cruelles des moustiques et par l'incommodité du cilice dont il était couvert depuis les pieds jusqu'au cou, le faisait souvent tomber en faiblesse ; et tout le soulagement qu'il prenait alors était de se frotter le visage avec un linge trempé dans le vin. La faiblesse allait quelquefois jusqu'à un évanouissement total, et on était alors obligé de l'emporter pour le faire revenir à lui.

Vers les six heures du soir, il conduisait les hommes sous un appentis qui était près de la porte du collège, et il les confessait jusqu'au moment où on fermait cette porte. Au sortir de ce travail, il se trouvait ordinairement si épuisé qu'il fallait le porter au réfectoire, où un morceau de gros pain avec quelques patates grillées faisaient tout son repas. Retiré dans sa chambre, il se délassait de ses travaux par de sanglantes disciplines et deux ou trois heures d'oraison.

Les dimanches du carême, après avoir rassemblé les nègres et les mulâtres au son d'une clochette qu'il portait à la main, il les conduisait en procession jusqu'à la grande place, en chantant dévotement des prières et des cantiques. Là il leur expliquait la doctrine chrétienne et leur faisait une exhortation touchante, qui se terminait toujours par un acte de contrition; il les amenait ensuite à l'église, où il se mettait aussitôt au confessionnal pour y recueillir le fruit de ses instructions et de ses peines. Non content d'y faire porter les vieillards et les malades sur des chaises à bras, il les soutenait sur ses genoux, ou bien il s'asseyait lui-même sur les bras de leur chaise pour les confesser d'une manière qui leur fût plus commode. Il les menait ensuite à la table de communion; et après leur avoir fait faire leur action de grâces, il leur présentait un petit déjeuner avec quelques rafraîchissements qu'il leur servait ordinairement à genoux. On ne sera pas étonné d'entendre répéter si souvent ces mêmes termes, si l'on se souvient qu'il était pour les nègres comme la mère la plus tendre et qu'une mère ne se lasse point de renouveler les mêmes attentions.

A partir du dimanche de la Passion…

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Message  Louis Dim 05 Juil 2015, 12:26 pm

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XIV. Soins prodigieux qu'il se donne pendant le carême.


(suite)


A partir du dimanche de la Passion, ses exhortations ne roulaient plus que sur les souffrances du Dieu Sauveur. Il faisait alors placer vis-à-vis l'autel de la Vierge, des tableaux où les mystères douloureux de cet Homme-Dieu étaient représentés, et à mesure que les nègres arrivaient, avant de les confesser, il leur faisait jeter les yeux sur ces tableaux pour les exciter à concevoir une douleur plus vive de leurs péchés, qui avaient causé tant de souffrances à JESUS-CHRIST.

Le Jeudi-Saint, il exposait sur la petite table dont on a déjà parlé une image du même Sauveur lavant les pieds à ses Apôtres, pour leur enseigner l'humilité, l'obéissance et l'amour du prochain. Les confessions et les exhortations se succédaient presque sans intervalle pendant toute la quinzaine de Pâques.

Des personnes graves qui l'avaient observé de près assurèrent que, durant le carême seul, il confessait plus de cinq mille nègres ; il se trouvait des maîtres intéressés qui, sans faire réflexion qu'en rendant leurs esclaves plus chrétiens on les rendait plus dociles, plus laborieux et plus fidèles, se plaignaient du temps qu'on leur faisait perdre; mais rien n'arrêtait le zèle du P. Claver. Il s'en trouvait d'autres plus raisonnables qui, selon la pratique usitée dans certains endroits, lui apportaient quelques petits présents en signe de leur reconnaissance ; mais il s'en jugeait si indigne, qu'il les regardait presque comme des affronts. « Allez, leur disait-il alors d'un air plein de franchise, portez cela à votre curé ; il a beaucoup plus de peine, et il le mérite beaucoup mieux que moi. » Il croyait toujours ne rien faire, tandis que le travail des autres lui paraissait considérable ; il se regardait même comme un homme absolument inutile, qui mangeait un pain qu'il ne gagnait pas, et qu'on nourrissait par pure charité.

A suivre : XV. Il va chercher les nègres qui n'avalent pu se confesser à Pâques.

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Message  Louis Lun 06 Juil 2015, 11:53 am

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XV. Il va chercher les nègres qui n'avalent pu se confesser à Pâques.

Après les fêtes de Pâques, n'étant plus si occupé à entendre les confessions dans l'église, il allait par toute la ville pour confesser les malades qui n'avaient pu encore satisfaire au précepte. Son zèle le rendait alors saintement curieux ; il pénétrait dans les endroits les plus retirés, dans les loges et les cabanes les plus obscures, jusque dans le fond des écuries, pour découvrir s'il n'y avait point quelque nègre cassé de vieillesse qui fût dans le même cas. Comme il n'ignorait pas que ces pauvres malheureux étaient abandonnés comme des bêtes de charge désormais incapables de servir, et que d'ailleurs il y avait de ces nègres affranchis, arrivés depuis longtemps à Carthagène, qui se seraient cru déshonorés s'ils avaient reçu le baptême à leur âge, et qui se contentaient de quelques pratiques extérieures du christianisme, il n'épargnait aucun soin pour les tirer du péril où ils étaient. Dieu lui donnait souvent des inspirations particulières à cet égard ; et, lorsqu'il s'y attendait le moins, il rencontrait comme par hasard quelques-uns de ces squelettes animés que la mort semblait avoir oubliés, et qui n'attendaient que l'arrivée du saint missionnaire pour être baptisés et mourir incontinent après.

Il y avait dans la ville une négresse, âgée de plus de cent ans, et qui depuis longtemps passait pour chrétienne sans l'être : le Père la vint voir pour la confesser; mais avant que de passer outre, mû par une inspiration, il lui demanda tout à coup si elle était baptisée. Elle n'osa lui mentir. Elle avoua qu'elle ne l'était pas, et que la nuit précédente, durant son sommeil, JESUS-CHRIST en croix, accompagné de sa sainte Mère, lui était apparu et l'avait sévèrement reprise de sa négligence. Le Père l'instruisit aussitôt, la baptisa et, comme elle mourut quelques moments après, il eut la consolation de l'envoyer au ciel.

Il ne se contentait pas d'une première visite : comme la caducité de leur âge lui faisait tout craindre pour ces pauvres vieillards, il allait les voir exactement deux fois l'année et, toutes les fois qu'il les visitait, il leur répétait ce qu'il avait coutume de dire à d'autres en pareille circonstance : « Vous voyez que la maison est vieille et chancelante, elle tombera lorsque vous y penserez le moins; profitez de l'occasion qui se présente, et qui ne reviendra peut-être plus. » L'événement ne vérifiait que trop souvent sa prophétie, pour le malheur de ceux qui n'avaient pas voulu se rendre à ses avertissements charitables.

A suivre : XVI. Il visite les nègres malades.

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Message  Louis Mar 07 Juil 2015, 12:02 pm

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XVI. Il visite les nègres malades.

Tout le reste de l'année, quand il n'était pas occupé aux missions dont on parlera dans la suite, un de ses principaux emplois était d'assister les nègres malades. Il s'en faisait donner un registre exact, il avait des gens affidés pour l'avertir à propos : Dieu lui-même, pour le bien de ces pauvres âmes et pour la consolation de son ministre, l'éclairait souvent d'une manière extraordinaire. Il avait besoin de compagnons, et, afin d'avoir toujours quelqu'un de libre à la maison pour cet office, il rendait aux frères tous les services dont il était capable et leur aidait à faire leurs emplois, afin qu'ils fussent plus tôt en liberté de le suivre.

Ni les pluies et les chaleurs, ni les rigueurs des saisons, ni la longueur et la difficulté des chemins, ni la durée des maladies n'étaient capables de l'arrêter. Il y avait en cela quelque chose de prodigieux qui ne pouvait se comprendre. Lorsqu'il étudiait à Santa-Fé-de-Bogota, le soleil l'incommodait jusqu'à le rendre souvent très malade, et, pour traverser seulement la cour, il était obligé de se garantir la tête; mais, dans ses travaux apostoliques de Carthagène, il allait partout exposé à l'ardeur du soleil le plus brûlant, sans en ressentir la moindre gêne ; rien ne paraissait le fatiguer ; ceux qui l'accompagnaient avaient beaucoup de peine à le suivre ; épuisés de lassitude, ils succombaient sous le poids du travail, et il était obligé d'en changer trois ou quatre fois dans un seul après-dîner.

Quand il était de retour à la maison, comme s'il n'avait encore rien fait, il conjurait le portier de l'avertir, à quelque heure de la nuit que ce fût, dès qu'on viendrait chercher quelqu'un pour les malades. « Ceux qui travaillent beaucoup, lui disait-il, ont besoin de repos ; mais pour moi, qui ne fais rien ici, il ne m'en faut pas. » Sa chambre donnait immédiatement sur la porterie ; et comme il était toujours tout habillé et qu'il passait la plus grande partie de la nuit en prières, au premier coup de la cloche il descendait en diligence, pour n'être prévenu par personne.

Ses soins ne se bornaient pas à visiter les nègres malades pour leur donner tous les secours spirituels qui dépendaient de son ministère, il se faisait encore le médecin de leurs corps. Sa chambre était comme une boutique ouverte à tous les infirmes ; et le grand nombre de ceux qui venaient y chercher du secours aurait été capable d'occuper tout le temps d'une personne. Quand il allait voir les pauvres malades, il portait toujours avec lui un sac rempli de remèdes et de tout ce qu'il croyait capable de les soulager.

Quelque longues que fussent les infirmités, jamais il ne se rebutait. Pendant trois ans entiers, il continua de visiter avec le même zèle une négresse d'Angola, et de lui fournir tous les secours nécessaires. Il en visita une autre pendant dix ans. Enfin, ayant appris qu'un pauvre nègre accablé de vieillesse était abandonné de tout le monde dans une misérable cabane qui touchait aux murs de la ville, il prit soin de lui jusque sa mort, c'est-à-dire pendant quatorze années entières. Toutes les semaines il allait lui porter sa provision de vivres; quand il arrivait, il prenait l'infirme entre ses bras ; et après avoir fait lui-même son lit, il l'y remettait avec les plus tendres démonstrations de charité. Pour fournir à tout, il le recommandait de porte en porte à la charité des fidèles du voisinage, et il rendait les plus vives actions de grâces à ceux de qui il avait reçu pour lui quelque aumône.

A suivre : XVII. Lumières extraordinaires qu'il reçoit au sujet des nègres malades.

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Message  Louis Mer 08 Juil 2015, 3:48 pm

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XVII. Lumières extraordinaires qu'il reçoit au sujet des nègres malades.

Dieu, de son côté, prenait plaisir à soutenir et à récompenser le zèle de son serviteur par des faveurs singulières, qui le dédommageaient de toutes ses peines. Il  semble, ainsi qu'on l'a déjà remarqué, que Dieu lui ait révélé parfois le péril de ces pauvres esclaves, et que plusieurs n'aient attendu pour mourir en prédestinés que le secours de leur charitable Père. C'est ce qui arriva à deux nègres appartenant à deux capitaines espagnols : ils étaient déjà sans connaissance et sur le point d'expirer ; le saint homme arrive, se met en prières, les fait revenir à eux, les baptise, et, un moment après, il a la consolation de les voir mourir revêtus de l'innocence qu'ils venaient de recevoir dans le sacrement.

La même grâce fut accordée à une négresse encore païenne : elle allait expirer dans une pauvre case abandonnée ; le Père y entre, comme par hasard ; il la trouve sans mouvement, sans pouls et sans chaleur. Dans cette extrémité, il s'adresse au Seigneur : la connaissance revient à la malade, il se hâte de l'instruire, et à peine lui eut-il conféré le baptême qu'elle mourut.

Dans la maison d'une dame espagnole il y avait un nègre qui passait pour chrétien, sans l'être ; après quelques jours de maladie, il fut réduit à l'extrémité : aussitôt on appelle le P. Claver qui, le trouvant déjà à l'agonie, se met en prières; le moribond revient en pleine connaissance, il avoue qu'il n'a pas reçu le baptême, le reçoit et expire. On ne finirait pas, si on voulait rapporter toutes les merveilles que Dieu voulut opérer pour la consolation du saint missionnaire et le salut de ses chers esclaves ; mais je ne puis en omettre deux plus remarquables encore.

Comme il s'en retournait au collège, accablé de lassitude, après avoir passé tout un après-dîner à visiter différents malades, il s'arrêta tout à coup, et jetant un profond soupir : « Allons, dit-il à son compagnon, allons, mon frère, entrons dans ce logis, nous n'y serons pas longtemps. » Il entre, et y trouve quelques pauvres femmes, qui, en le voyant, crurent voir un ange descendu du ciel. « Où est la malade ? » leur demanda-t-il. Celles-ci, tout étonnées d'une pareille question, le conduisent dans une petite chambre reculée où il voit une femme mourante: il l'exhorte, il la confesse, et,  après lui avoir donné l'absolution, il la voit expirer doucement. Une autre fois qu'il était occupé à une œuvre de charité avec le même compagnon : « Encore un moment de patience, lui dit-il avec émotion, il s'agit d'aller secourir une âme. » Il quitte aussitôt son emploi ; il se transporte hors de la ville dans une pauvre cabane, où il trouve un vieux nègre à l'agonie, qui, après s'être confessé et avoir reçu l'extrême-onction, mourut entre ses bras. Il faisait alors un temps si horrible, qu'il revint à la maison tout trempé et tout couvert de boue ; mais, sans songer à lui-même, son premier soin fut de faire changer son compagnon. Ce bon frère déposa depuis avec serment que le Père, conduit par le même esprit intérieur, avait assisté tant de nègres en de pareilles circonstances, qu'il ne pouvait en faire le détail.

Passant un jour dans une rue de la ville…

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Message  Louis Jeu 09 Juil 2015, 12:06 pm

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XVII. Lumières extraordinaires qu'il reçoit au sujet des nègres malades.


(suite)

Passant un jour dans une rue de la ville, il aperçut une négresse qui était tranquillement assise à la porte de sa maison ; aussitôt il demande à parler à la maîtresse et lui dit de faire retirer l'esclave, et d'avoir soin de la faire confesser promptement. « Mais, mon Père, lui répondit la dame tout étonnée d'un pareil discours, pourquoi se tant presser ? elle se porte fort bien. N'importe, répliqua le saint homme, faites-la confesser ; autrement vous aurez bientôt, vous et elle, lieu de vous repentir. » On suivit son conseil, et on fit confesser l'esclave qui mourut ce jour-là même.

Si Dieu, pour fournir toujours une nouvelle matière aux travaux de son serviteur, l'éclairait ainsi quelquefois sur le péril des uns, souvent aussi, pour le récompenser de sa charité, il lui faisait connaître le bonheur des autres. Depuis quelque temps, il avait décidé une vertueuse négresse, nommée Angèle, à prendre chez elle une pauvre femme percluse de tous ses membres et toute couverte de plaies; un jour qu'il alla la visiter pour la confesser et lui porter quelques petites provisions, la charitable hôtesse lui dit d'un air affligé qu'Ursule (c'était le nom de la malade) était sur le point d'expirer. « Non, non, répondit le Père en la consolant, elle a encore quatre jours à vivre, et elle ne mourra que samedi. » Ce jour étant arrivé, il dit la messe à son intention et sortit pour aller la disposer à la mort. Après avoir été quelque temps en prières : « Consolez-vous, dit-il à l'hôtesse d'un air assuré, Dieu aime Ursule, elle mourra aujourd'hui ; mais elle ne sera que trois heures en purgatoire: qu'elle se souvienne seulement, quand elle sera avec Dieu, de prier pour moi et pour celle qui jusqu'ici lui a tenu lieu de mère. » Elle mourut en effet à midi, et l'accomplissement d'une partie de la prophétie ne servit pas peu à faire ajouter foi à l'autre. — C'est ainsi que le saint missionnaire savait allier les plus singulières faveurs de Dieu avec l'humilité la plus profonde. Confus du secret qui lui échappe malgré lui, il se réduit à demander le secours des prières de celle dont il annonce le bonheur.

Ayant été un autre jour pour confesser une personne qu'il avait coutume de visiter, il apprit qu'elle venait d'expirer. Les parents étaient extrêmement affligés et lui-même, qui n'avait pas cru qu'elle dût sitôt mourir, ne pouvait se consoler de ne l'avoir pas assistée dans ce dernier moment. Il se mit aussitôt en prières auprès du corps, puis se levant tout à coup d'un air serein: « Une telle mort, dit-il, est plus digne de notre envie que de nos larmes: cette âme n'est condamnée qu'à vingt-quatre heures de purgatoire ; tâchons d'abréger le temps de ses peines par la ferveur de nos prières. » Ayant dit ce peu de mots, il sortit en hâte pour ne pas en dire davantage.

A suivre : XVIII. Miracles qu'il opère en faveur des nègres.

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Message  Louis Ven 10 Juil 2015, 12:45 pm

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XVIII. Miracles qu'il opère en faveur des nègres.

Dans un homme appelé à tous les travaux de l'apostolat, il n'est pas étonnant que le don des lumières fût soutenu de celui des miracles. Le nombre de ceux qu'il opéra en faveur des esclaves est si grand, qu'on ne peut en indiquer ici qu'une partie. Un jour qu'il se trouvait au milieu d'une grande troupe de ces sauvages, on vint lui dire qu'une négresse était sur le point d'expirer; il y va sans différer, la couvre de son manteau, lui donne quelques gouttes d'une eau odoriférante et la laisse peu de temps après parfaitement guérie. La vue de ce miracle, dont personne ne douta, inspira à tous les esclaves encore païens le désir d'embrasser une religion où s'opéraient de telles merveilles.

Tandis qu'il était occupé à faire le catéchisme dans une habitation, il apprit qu'un nègre encore idolâtre était dangereusement malade; il laissa aussitôt le soin de l'instruction au Frère qui l'accompagnait, et partit pour aller voir ce malheureux, déjà dans le délire; le maître de la maison voulut empêcher le Père d'aller plus avant, en lui faisant entendre que les nègres ne revenaient jamais de ce mal et de cet état ; mais quoi qu'on pût lui dire, il approcha du nègre, animé de la seule confiance en Dieu. Au bout de quelques heures, le malade revint en pleine connaissance, demanda le baptême, le reçut et alla aussitôt après se ranger parmi ceux qui assistaient au catéchisme.

Une négresse appartenant au capitaine Gaspard de los Reyes était si malade, qu'elle paraissait prête à rendre l'âme et qu'on lui avait déjà mis un cierge bénit à la main. Le serviteur de Dieu arriva dans ce moment sans avoir été appelé, et, feignant de ne rien savoir, il demanda des nouvelles de la malade, comme s'il fût venu uniquement pour lui donner quelque consolation. On lui fit voir le triste état où elle était réduite; et, au sortir de la chambre, on lui demanda ce qu'il en pensait. « Il ne faut, répondit-il, que lui faire boire un peu de menthe infusée dans de l'eau. » Quoique ce remède parût extraordinaire et contraire même à la nature du mal, on le donna cependant avec confiance; et, le jour suivant, la malade demanda à manger, après quoi elle ne sentit plus aucune incommodité. Dieu voulut faire éclater la réalité du miracle par le moyen même que l'humble missionnaire avait pris pour le cacher; car personne ne put s'empêcher de regarder comme miraculeuse une guérison si subite, précédée d'une espèce d'agonie et opérée par un remède qui naturellement devait la retarder.

Le même Espagnol, témoin de ce prodige, déposa encore celui qu'on va rapporter. Il était allé voir un de ses amis, nommé François d'Ortiz, fort affligé de l'état où se trouvait une négresse qui gouvernait toute sa maison et qui se mourait. Tandis que les deux amis s'entretenaient à la porte, ils virent passer le P. Claver, qui demanda à Ortiz le sujet de son affliction. Quand on le lui eut expliqué: « Priez Dieu pour elle, répliquât il en souriant, et bientôt elle sera guérie. » Il continue cependant son chemin, en la recommandant lui-même au Seigneur. A peine eut-il fait vingt pas qu'on descendit en hâte de la chambre de la malade pour dire à son maître qu'elle était absolument hors de danger. Les deux Espagnols, étonnés du peu de temps qui s'était écoulé entre le rétablissement de l'esclave et les prières du saint homme, lui attribuèrent de concert cette guérison.

Emmanuel Lopez avait une esclave nommée Antoinette, dont le P. Claver prenait un soin particulier, parce qu'elle était attachée à l'hôpital de Saint-Lazare, où elle rendait mille services. Elle tomba si dangereusement malade, qu'il passa trois nuits à l'assister et à la disposer à la mort. La veille même de la fête de saint Lazare, l'ayant prise par le bras, comme pour examiner son pouls: « Antoinette, lui dit-il, c'est aujourd'hui la résurrection de Lazare, rendez grâce à Dieu de la santé qu'il vous donne. » A ces mots, comme s'il se fût repenti d'en avoir trop dit, il se déroba aux yeux de ceux qui étaient présents. La malade se trouva parfaitement guérie le même jour; et tant qu'elle vécut, pour marquer à Dieu sa reconnaissance, le jour de saint Lazare elle portait à l'hôpital tout ce qu'elle avait gagné en une année par son travail.

A suivre : XIX. Résurrection d'une négresse et d'un nègre, morts sans baptême.

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Message  Louis Sam 11 Juil 2015, 12:19 pm

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XIX. Résurrection d'une négresse et d'un nègre, morts sans baptême.

Quelque diligence que pût faire le zélé missionnaire, comme il ne pouvait se trouver partout où on avait besoin de son secours : il advint qu'une négresse d'Angola, appartenant à Don Vincent de Villalobos, major de Carthagène, mourut sans qu'il eût pu arriver à temps pour l'assister. Déjà son maître donnait des ordres pour l'enterrement, lorsque le Père survient; il arrête la cérémonie et appelle à haute voix la négresse par son nom, sans qu'elle donne le moindre signe de vie. Aussitôt il se met en prières auprès d'elle et, quelques moments après, on aperçut qu'elle remuait. Après avoir jeté une grande quantité de sang par la bouche, elle s'écria d'une voix distincte : « Ah ! JÉSUS, que je reviens fatiguée ! — D'où et de quoi lui ? demanda le Père. — Je marchais vers un jardin délicieux, répondit-elle, et comme j'étais près d'y entrer, un enfant d'une beauté ravissante s'est présenté à moi, m'en a défendu l'entrée, et m'a fait retourner sur mes pas, en me disant que je ne pouvais pas encore arriver au lieu charmant que je voyais. Je suis donc revenue ici, mais sans savoir ni par où, ni comment ; et de là vient l'extrême lassitude que je sens. » Alors le Père fit écarter tout le monde pour la confesser ; mais ayant reconnu qu'elle n'était pas chrétienne, il la disposa au baptême, qu'elle demanda avec instance en présence de tous les assistants. La maîtresse, qui, pendant vingt ans, l'avait vue fréquenter les sacrements, voulait s'y opposer, mais elle se rendit enfin à l'autorité du saint homme ; et à peine la négresse eut-elle été baptisée, qu'elle expira. Dans les informations qui se firent depuis pour servir à la canonisation du P. Claver, Don Vincent attesta ce miracle avec serment.

Il arriva quelque chose de semblable dans la maison de Don François de Silva. On y avait trouvé une pauvre esclave étendue par terre et tellement privée de sentiment, qu'elle parut morte à tout le monde. Les maîtres et les domestiques en furent d'autant plus affligés, qu'elle n'avait pas encore été baptisée. A la première nouvelle de cet accident, le père se transporta à la maison ; et dès qu'on l'aperçut : « Ah ! mon Père, lui dit-on, quel malheur ! et qui l'aurait pu prévoir ? — Hé quoi ! répondit le saint homme sans paraître troublé, le bras de Dieu est-il donc raccourci ? C'est un bon père : un peu de foi et de confiance en lui. Où est l'esclave ? » On la lui montre, il s'approche d'elle, et, après une courte mais fervente prière, il l'appelle et lui demande si elle veut être baptisée. L'esclave, ayant ouvert les yeux, répondit d'une voix distincte qu'elle le voulait de tout son cœur. Il est impossible d'exprimer l'étonnement, la joie et la sainte frayeur dont tous les assistants furent saisis en ce moment ; mais l'admiration augmenta quand, après avoir reçu le baptême, on la vit se lever d'elle-même et marcher parfaitement guérie. La merveille ne se termina pas là. Le Père avait défendu de jeter l'eau qui avait servi à baptiser la négresse : un domestique, qui avait ignoré cette défense, la prit pour arroser un vase où il y avait quelques plantes desséchées depuis cinq ou six mois. En peu de jours, toutes ces plantes reverdirent et produisirent des fleurs très belles et très odoriférantes, tandis que toutes les autres qui étaient proches et qui avaient été arrosées avec de l'eau ordinaire, restèrent sèches et périrent.

Je finirai ce sujet par un autre prodige qui eut encore plus…

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Message  Louis Dim 12 Juil 2015, 12:34 pm

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XIX. Résurrection d'une négresse et d'un nègre, morts sans baptême.


(suite)

Je finirai ce sujet par un autre prodige qui eut encore plus d'éclat. Ayant été faire ses instructions ordinaires dans une habitation de nègres, il apprit qu'il y en avait deux à l'extrémité, mais fort obstinés dans leur infidélité. Il y court, il leur parle, il redouble ses efforts auprès d'eux, mais toujours sans succès. Épuisé de forces et accablé de douleur, il se retire pour un moment, élève sa voix et son cœur à Dieu, le conjure de ne pas laisser périr des âmes rachetées par le sang de JÉSUS-CHRIST, et offre pour elles ses pénitences et un grand nombre de messes. Tandis qu'il était ainsi en prière, on vint lui dire qu'un de ces malheureux était mort dans son endurcissement ; il y retourne en hâte, et, voyant qu'on voulait déjà l'aller jeter à la voirie, il le fait rapporter sur le lit où il avait expiré. Les gens de la maison l'y suivirent quelques moments après et ils le trouvèrent le crucifix à la main, occupé à instruire et à exhorter ce misérable qui, sorti des bras de la mort, demanda le baptême devant tout le monde. Le bruit de ce miracle s'étant répandu dans toute la contrée, le P. Provincial voulut s'en informer du P. Claver lui-même. Le saint homme pour ne pas désobéir à son supérieur qui l'interrogeait juridiquement, répondit avec une simplicité admirable qu'il était vrai qu'on était venu lui dire que ce nègre était mort ; qu'il y était accouru promptement, et qu'ayant demeuré quelque temps auprès de lui, Dieu avait permis que l'esclave fût retrouvé vivant.

A suivre : XX. Actions héroïques de sa charité envers les nègres les plus malades.

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Message  Louis Lun 13 Juil 2015, 11:48 am

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XX. Actions héroïques de sa charité envers les nègres les plus malades.


Tant  d'effets merveilleux de son pouvoir auprès de Dieu, sont peut-être moins étonnants encore que les excès héroïques de sa charité envers les nègres. Pour bien juger de leur mérite, il faut se rappeler ce qu'étaient ces barbares. Leur seule odeur, lors même qu'ils sont en parfaite santé, devient insupportable à la longue ; mais les maladies, les fièvres, les dyssenteries, les apostumes, les cancers, les ulcères et les petites véroles, auxquels ils sont fort sujets ; leurs demeures, qui ne sont que des galetas, de méchants trous où l'air ne pénètre qu'à peine ; tout cela, joint à la chaleur excessive du climat, a de quoi effrayer le courage le plus robuste, et l'impression est telle, que les curés eux-mêmes appelés pour assister ces  malheureux, après  avoir administré les sacrements à deux ou trois, sont obligés de se retirer promptement. Mais rien n'était capable de rebuter le charitable missionnaire : les loges les plus infectes étaient pour lui des jardins délicieux ; les plaies les plus horribles et l'odeur qui s'en exhalait, lui tenaient lieu des parfums les plus exquis. Sans cesse il visitait ceux qui en étaient affligés, il passait avec eux des heures entières, faisait lui-même leurs lits, les embrassait, nettoyait leurs plaies, et, ce qui paraîtrait incroyable, il y portait les lèvres. On sait ce que firent une sainte Catherine de Sienne, un saint François-Xavier et quelques autres Saints qui eurent le courage d'appliquer la bouche sur des ulcères horribles, dont la vue seule les avait d'abord épouvantés ; mais, sans vouloir rien diminuer de leur mérite, ce qui leur a attiré l'admiration des fidèles et ce qu'ils n'ont fait qu'une seule fois, le P. Claver l'a fait plus de mille, non seulement chez les nègres, mais encore dans les hôpitaux et principalement dans celui des lépreux, où tout conspirait à révolter les sens, ainsi qu'on le verra bientôt.

Un jésuite, qui passa quelques jours à Carthagène avant que de partir pour Rome, voulut s'instruire par lui-même du misérable état des nègres et de tout ce que le Père faisait pour eux : il s'offrit donc à l'accompagner ; mais il fut bientôt si frappé de la seule vue et de l'infection de ces affreuses demeures, qu'il tomba évanoui et qu'il fallut l'emporter. Revenu à lui, et rempli d'admiration pour les merveilles de la charité du P. Claver, dont il avait été le témoin, il ne put s'empêcher de dire hautement qu'il irait les publier partout, dans la capitale du monde chrétien.

Quelque plaisir que la grâce lui fît trouver dans ces sortes de services, souvent la nature se soulevait ; mais son zèle le faisait bientôt triompher de ses répugnances. Ayant été appelé chez un riche armateur pour confesser un nègre tout couvert d'ulcères, il le trouva étendu dans un coin, où on l'avait jeté pour épargner aux autres l'insupportable infection qui s'exhalait de ses plaies. Le maître de la maison et quatre autres Espagnols l'avaient suivi de loin, curieux de voir les effets de cette charité extraordinaire dont ils avaient entendu parler. A la première vue de ce cadavre infect, le saint homme fut saisi d'horreur et son premier mouvement fut de reculer. Mais un moment après, confus de sa lâcheté, il se retire à l'écart, et après s'être donné une rude discipline, en se reprochant de n'avoir pas eu le courage de servir un frère racheté par le sang de JÉSUS-CHRIST, il retourne vers le malade, s'avance à genoux, baise dévotement toutes ses plaies, en appliquant la langue sur les plus rebutantes ; puis non content de l'avoir confessé, il reste encore très longtemps avec lui pour le consoler. Ceux qui l'avaient suivi se retirèrent aussitôt, saisis d'étonnement et de respect. Pour lui, après avoir ainsi pleinement satisfait à la charité, il sortit d'un air aussi grave et aussi tranquille que s'il ne lui fût rien arrivé d'extraordinaire.

Augustin Ugarta, qui fut d'abord inquisiteur à Carthagène, puis évêque de Quito, eut un jour la même curiosité. Sachant que le P. Claver était venu confesser un nègre attaqué d'un mal contagieux, il se mit en lieu de l'examiner attentivement ; et ayant aperçu tout ce qu'on lui avait dit à ce sujet, il se retira sans pouvoir proférer une parole. Il ne se lassait point depuis de publier ces prodiges de charité et de mortification, qu'il n'aurait jamais pu croire, s'il ne les avait vus de ses propres yeux.

A suivre : XXI. Traits singuliers de sa charité dans leurs maladies épidémiques.

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Message  Louis Mar 14 Juil 2015, 11:15 am

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XXI. Traits singuliers de sa charité dans leurs maladies épidémiques.


Cette pratique de baiser et de lécher même les ulcères les plus infects était si familière au saint missionnaire, que D. François de Cavaillero, consul de Carthagène, qui eut souvent occasion de voir et d'admirer ses actions héroïques, sachant qu'on faisait des informations juridiques sur sa vie et ses vertus, vint de lui-même trouver le Recteur du collège. Parmi plusieurs traits dont il avait été témoin, il en rapporta un qui s'était passé à son occasion. En 1628, ce capitaine arriva au port de Carthagène avec quelques vaisseaux chargés de nègres : la petite vérole s'étant mise parmi eux d'une manière si furieuse que tous furent en danger de mort, il demanda s'il y avait dans la ville quelque confesseur qui entendît leur langue; on lui parla aussitôt du zèle et de la charité du P. Claver. Avant que de le faire avertir, il fit parfumer avec des aromates et des herbes odoriférantes les endroits où on avait renfermé les plus malades. Le P. Claver les trouva étendus sur quelques misérables planches ; après les avoir salués d'un air plein de tendresse, il se mit à genoux devant eux, les embrassa tous l'un après l'autre, baisa leurs plaies, et les ayant gagnés par ses manières aimables, il entendit leur confession, après laquelle il leur distribua quelques petits rafraîchissements. Le capitaine fut si frappé de ce spectacle, qu'il regarda depuis le P. Claver comme un saint rempli de l'esprit de Dieu.

Il fallait bien en effet que Dieu le soutînt d'une façon particulière, car tout ce qu'on lui voyait faire alors surpassait les forces de la nature. On en jugera par les deux traits suivants. Ayant été appelé pour une troupe de nègres de Biafara, malades d'une violente dyssenterie, il pria une négresse libre de la même nation, nommée Magdeleine de Mendoza, de venir avec lui pour lui servir d'interprète. Dès qu'il fut arrivé, il commença par les lever de dessus la terre où ils étaient couchés : le premier qu'il prit entre ses bras le couvrit d'une ordure si infecte que la négresse, ne pouvant en soutenir ni l'odeur, ni la vue, se retira aussitôt. Le Père, resté seul et désolé de ne pouvoir plus se faire entendre à ces malheureux : « Magdeleine, s'écria-t-il, revenez, au nom de Dieu ; ce sont nos frères, ce sont des hommes rachetés par le sang de JÉSUS-CHRIST. » A ces mots elle revint un peu confuse de sa fuite précipitée; après les avoir embrassés, après avoir essuyé et baisé leurs plaies, le saint homme les instruisit et les disposa à recevoir le baptême.

Dans une autre occasion, étant allé en hâte confesser un nègre de Tolofo, enflé jusqu'à la gorge, tout couvert d'ulcères et déjà sans parole et sans sentiment, il fut bientôt abandonné de son compagnon et de son interprète, qui ne purent soutenir l'air empoisonné qu'on y respirait. Plein de courage et de confiance en Dieu, le Père approche du malade, lui met son crucifix sur la bouche et sur le cœur, et après avoir été quelque temps en prières, il l'appelle à haute voix. Aussitôt ses deux compagnons reviennent ; et, tout surpris de ne plus respirer qu'un air doux et frais dans ce même lieu dont l'odeur les avait écartés, ils trouvent le malade revenu à lui et en état de se confesser. Le Père resta quelque temps pour lui inspirer des sentiments conformes à la situation où il se trouvait ; et après lui avoir donné l'extrême-onction, il laissa son interprète auprès de lui pour l'assister, en l'assurant qu'il mourrait bientôt : ce qui arriva.

C'était principalement dans les maladies épidémiques et contagieuses que…

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