LETTRES de Saint Jérôme.

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Message  Louis Sam 20 Mar 2021, 6:16 am



LETTRE LXXVI.

Pages 115-119.

AUGUSTIN À JÉRÔME.

Au Seigneur très-cher,
très-honoré dans les entrailles du Christ,
au saint frère et co-prêtre, Jérôme,
Augustin,
salut dans le Seigneur.

Il y a long-temps que j'ai adressé à votre Charité une lettre fort longue, en réponse à celle que vous vous souvenez bien de m'avoir écrite par votre saint fils Astérius, qui est aujourd'hui non-seulement mon frère, mais encore mon collègue. Je ne sais si elle a eu le bonheur de tomber entre vos mains; toutefois je pense que vous l'avez reçue, puisque vous m'écrivez, par le très-cher frère Firmius : « Si celui qui, le premier, m'a attaqué avec l'épée, a été repoussé avec le style, il est de votre bonté et de votre justice de donner tort à l'agresseur et non point à celui qui se défend. »

C'est par ce seul et faible indice que je puis conjecturer que vous avez lu ma lettre; car j'y ai déploré la fatale division qui existe entre deux hommes dont l'étroite amitié partout où le bruit s'en était répandu, faisait la joie de vos frères. J'ai agi de la sorte sans blâmer en rien votre conduite et je n'ai pas osé assurer que j'aie trouvé là quelque chose à redire; mais j'ai déploré la misère humaine qui fait que, quelque amitié qu'il y ait entre deux hommes, on ne saurait être sûr qu'elle doive durer. Mais enfin j'aurais mieux aimé savoir, par votre lettre, si vous m'avez accordé le pardon que je vous avais demandé. C'est ce que je voudrais que vous me fissiez entendre plus clairement, quoique un certain air plus gai qui reluit dans votre lettre, — pourvu toutefois que vous ne l'ayez écrite qu'après avoir vu la mienne, ce qui ne paraît pas du tout là, — semble m'annoncer votre pardon.

Vous me priez, ou plutôt vous m'ordonnez, avec la confiance que la charité inspire, de jouer avec vous dans le champ des Écritures, en sorte néanmoins que nous ne venions pas à nous blesser l'un l'autre. Pour ce qui me concerne, je voudrais que nous fissions de cet exercice une occupation sérieuse plutôt que d'en faire un jeu. Peut-être avez-vous entendu n'exprimer, par ce mot, que l'aisance avec laquelle vous voudriez qu'on s'y prît; mais, je vous le confesse, je désire quelque chose de plus d'un homme aussi bon, aussi habile que vous, puis d'ailleurs aussi consommé dans les Écritures par un travail de tant d'années, par tant de soins, par tant d'esprit et d'application et qui mène une vie à ne pas manquer de loisir.

Je voudrais donc que, avec le secours de l'Esprit saint qui, après vous avoir donné tous ces avantages, vous dictera encore ce que vous écrirez, vous m'aidassiez dans les questions ardues et difficiles, qui sont pour moi non point un champ où je puisse courir à mon aise mais une montagne que je ne saurais gravir sans perdre haleine.

Que si par le mot de jeu, vous avez voulu exprimer la gaîté qui doit régner dans des discussions entre amis, quelque claires ou quelque obscures que soient les choses dont on dispute, apprenez-moi, je vous prie, comment on arrive à ce point-là.

Car, s'il arrive que, faute d'attention ou d'intelligence de notre part, quelque chose nous fasse de la peine, et ne nous semble pas vrai, dans les écrits des autres, et que, en établissant ce que nous en pensons, nous venions à nous exprimer avec un peu trop de liberté et de chaleur, comment empêcherons-nous qu'on ne nous soupçonne de vouloir, par une vanité puérile, nous faire de la réputation, en attaquant les grands hommes ?

Et si, dans la nécessité où nous serons de réfuter les autres, il nous échappe quelque chose d'âpre, comment rendre cela supportable, comment l'entourer de paroles adoucissantes , de manière à ce que nous n'ayons pas l'air de tirer un glaive enduit de miel ?

Il y aurait un moyen pour se garantir de ces fautes, ou au moins pour éviter d'en être accusé, et ce serait, quand nous confèrerions avec un homme plus habile que nous, d'approuver aveuglément tout ce qu'il avancerait, puis de ne le contredire en rien, pas même pour nous éclairer.

Nous pourrions alors, sans crainte de blesser notre amitié…


Dernière édition par Louis le Mar 23 Mar 2021, 4:36 pm, édité 1 fois (Raison : Corrigé Firmus à la place de Firminus.)

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Message  Louis Dim 21 Mar 2021, 6:34 am


LETTRE LXXVI.

Pages 119-123.

AUGUSTIN À JÉRÔME.

Au Seigneur très-cher,
très-honoré dans les entrailles du Christ,
au saint frère et co-prêtre, Jérôme,
Augustin,
salut dans le Seigneur.

SUITE

Nous pourrions alors, sans crainte de blesser notre amitié, jouer comme dans un champ, mais aussi ne serait-ce pas nous faire illusion à nous-mêmes? Car je l'avoue à votre Charité, les livres qu'on appelle canoniques, sont les seuls livres des Écritures que j'aie appris à respecter et à vénérer, jusques à croire très-fermement que nul de ceux qui en sont les auteurs ne s'est mépris en quoi que ce soit.

Que si je trouve, dans ces livres, quelque chose qui ne semble contraire à la vérité, alors je n ai point de peine à me persuader, ou que mon exemplaire est fautif, ou que le traducteur n'a pas bien saisi le sens de l'Écriture, ou que je ne comprends pas moi-même.

Pour ce qui est des autres auteurs, quelque sainteté ou quelque science qu'ils puissent avoir, je n'irai pas, par cela seul qu'ils pensent ainsi, en les lisant, regarder comme vrai ce qu'ils disent; mais je n'y réfère qu'autant que je trouve leurs décisions ou autorisées par les livres canoniques, ou appuyées sur des raisons probables, qui leur donnent quelque apparence de vérité.

Je ne pense pas, mon frère, que vous soyez d'un autre sentiment; non, je ne pense pas que vous prétendiez qu'on doive lire vos livres comme on lit ceux des prophètes et des apôtres, que l'on ne saurait sans crime soupçonner de la moindre erreur. Cela serait bien éloigné de votre pieuse humilité, et de ce modeste sentiment que vous avez de vous-même; car s'il n'était réel, vous ne diriez pas sans doute : « Plût à Dieu que je méritasse vos embrassements, et que, dans un colloque mutuel, nous apprissions quelque chose l'un de l'autre ! »

Si l'idée que j'ai de votre droiture et de votre probité me donne lieu de croire que vous avez parlé sans feinte, sans dissimulation, à combien plus forte raison dois-je croire que l'apôtre Paul n'a pensé que ce qu'il a dit, en parlant de Pierre et de Barnabas : Quand je vis qu'ils ne marchaient pas droit, selon la vérité de l'Évangile, je dis à Pierre , en face de tous : Si vous, qui êtes Juif, vous vivez à la manière des Gentils, et non point à celle des Juifs, comment est-ce que vous contraignez les Gentils à judaïser? 1

Car, quel est l'homme sur les écrits ou sur la parole de qui l'on puisse compter, si l'Apôtre trompait ses chers fils, qu'il enfantait de nouveau, jusqu'à ce que le Christ, qui est la vérité, fût formé en eux; et après leur avoir dit d'abord : Ce que je vous écris, j'atteste devant Dieu que ce n'est point un mensonge,1, il ne leur écrivait la vérité néanmoins; et, par je ne sais quelle politique dissimulation, les trompait, en assurant qu'il avait vu que Pierre et Barnabas ne marchaient pas droit, selon l'Évangile; et qu'il résista en face à Pierre, uniquement parce qu'il forçait les Gentils à judaïser?

Mais, dira-t-on, il vaut mieux croire que Paul a dit quelque chose de faux, que de croire que Pierre ait fait quelque chose de mal. S'il en était ainsi, il faudrait dire…
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(1) Gal. II. 14. —  (1) Gal. I. 20.

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Message  Louis Lun 22 Mar 2021, 6:28 am



LETTRE LXXVI.

Pages 123-125.
 
AUGUSTIN À JÉRÔME.

Au Seigneur très-cher,
très-honoré dans les entrailles du Christ,
au saint frère et co-prêtre, Jérôme,
Augustin,
salut dans le Seigneur.

SUITE

Mais, dira-t-on, il vaut mieux croire que Paul a dit quelque chose de faux, que de croire que Pierre ait fait quelque chose de mal.

S'il en était ainsi, il faudrait dire, — ce qu'à Dieu ne plaise, — qu'il vaut mieux croire que l'Évangile a menti, que de croire que Pierre ait renié le Christ.

Il vaudrait mieux accuser d'imposture l'auteur du livre des Rois, que de croire que David, ce grand prophète, choisi de Dieu d'une manière si spéciale, ait convoité et enlevé la femme d'un autre homme, qu'il ait commis un adultère avec elle, et que, ajoutant l'homicide à l'adultère, il ait fait mourir le mari de cette femme.

Loin d'agir ainsi, je lirai les saintes Écritures, qu'une autorité divine et souveraine rend si respectables, et je les lirai avec pleine et ferme confiance en la vérité de ce qu'elles disent. Je croirai véritablement dignes, ou de louange, ou de correction, ou de blâme les personnes dont elles parlent, et j'aimerai mieux attribuer quelques faiblesses humaines à des gens d'un mérite d'ailleurs distingué, que de soupçonner d'imposture tous les livres saints.

Les Manichéens, ne pouvant éluder par aucun détour plusieurs passages des divines Écritures qui détruisent visiblement leurs impies erreurs, prétendent que ces passages sont falsifiés, en sorte néanmoins qu'ils imputent ces mêmes falsifications, non point aux apôtres qui ont écrit les livres, mais à je ne sais quels faussaires qui les ont corrompus. Cependant, comme ils n'ont jamais pu, ni par des exemplaires dont le nombre et l'ancienneté fassent foi, ni par l'autorité des originaux sur lesquels a été faite la version latine, prouver ces prétendues falsifications, ils succombent sous la force de la vérité bien connue et se retirent confus. Or, votre sainte prudence peut-elle donc ne pas voir combien ce serait favoriser leur impiété que d'admettre, je ne dis pas que les lettres des apôtres ont été falsifiées mais que les apôtres eux-mêmes ont écrit des faussetés ?

Il n'est pas croyable, dites-vous, que Paul ait repris l'apôtre Pierre pour une chose qu'il avait faite lui-même...

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Message  Louis Mar 23 Mar 2021, 6:25 am


LETTRE LXXVI.

Pages 125-129.
   
AUGUSTIN À JÉRÔME.

Au Seigneur très-cher,
très-honoré dans les entrailles du Christ,
au saint frère et co-prêtre, Jérôme,
Augustin, salut dans le Seigneur.

SUITE

Il n'est pas croyable, dites-vous, que Paul ait repris l'apôtre Pierre pour une chose qu'il avait faite lui-même. Je ne m'enquiers point à présent de ce que Paul a fait, mais je m'enquiers de ce qu'il a dit. C'est là ce qui importe surtout à la cause que je soutiens ; car il faut que la vérité des divines Écritures qui nous ont été données comme base de notre foi, non point par des hommes quelconques mais par les apôtres eux-mêmes et que nous mettons pour ce motif au rang des livres canoniques, soit de tout point reconnue et inaccessible au doute. Si donc Pierre a fait ce qu'il devait faire Paul a menti en disant que cet apôtre ne marchait pas selon la vérité de l'Évangile.

Car celui qui fait ce qu'il devait faire, celui-là, sans doute, agit bien; et conséquemment celui qui l'accuse de n'avoir pas bien agi, quand il sait pourtant qu'il a fait ce qu'il devait faire, celui-là est un imposteur. Si, au contraire, ce que Paul a écrit est vrai, il est vrai aussi que Pierre ne marchait point alors selon la vérité de l'Évangile. Il faisait donc ce qu'il ne devait pas faire; et si Paul avait déjà fait quelque chose de pareil, je croirai plutôt que, s'étant corrigé lui-même, il ne put s'empêcher de faire aussi la correction à son co-apôtre, que je ne croirai qu'il ait usé de mensonge dans aucune de ses Épîtres, et moins encore dans celle où il commence par dire: Ce que je vous écrits, j'atteste devant Dieu que ce n'est point un mensonge 1.

Je crois donc que Pierre agissait de façon à obliger les Gentils de judaïser; je le crois, parce que je vois que Paul l'a dit, et que je ne pense pas qu'il ait voulu mentir. En cela, Pierre ne marchait pas droit; car c'était aller contre la vérité de l'Évangile que de donner lieu à ceux qui croyaient en Jésus-Christ de penser qu'ils ne pouvaient être sauvés sans l'observation de ces vieilles cérémonies. C'est pourtant ce que prétendaient, à Antioche, ceux d'entre les Juifs qui avaient embrassé la foi, et c'est contre eux que Paul combattait avec constance et ardeur.

Mais pour lui, s'il fait circoncire Timothée, s'il acquitte un vœu à Cenchrée; si à Jérusalem d'après le conseil de Jacques, il se conforme, avec des Nazaréens aux usages de la loi, il ne veut point donner à entendre par là que ces sortes de cérémonies opèrent le salut du chrétien. II veut seulement empêcher qu'on le soupçonne de regarder comme une idolâtrie païenne des choses que Dieu avait ordonnées pour les temps anciens auxquels elles convenaient, et qui étaient la figure des choses à venir.

En effet, il était accusé, comme lui disait Jacques, d'enseigner qu'il fallait se séparer de Moïse 1. Or, c'eût été un grand mal que ceux qui croyaient en Jésus-Christ se séparassent des prophètes du Christ, comme détestant et condamnant la doctrine de celui dont le Christ même a dit : Si vous croyiez à Moïse, vous croiriez aussi en moi, car c'est de moi qu'il a écrit 2.

Pesez bien, je vous prie, les paroles mêmes de Jacques :…
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(1) Gal. I. 20. —  (1) Act. XXI. 21. —  (12) Joan. V. 46.

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Message  Louis Mer 24 Mar 2021, 6:41 am


LETTRE LXXVI.

Pages 129-131.
   
AUGUSTIN À JÉRÔME.

Au Seigneur très-cher,
très-honoré dans les entrailles du Christ,
au saint frère et co-prêtre, Jérôme,
Augustin, salut dans le Seigneur.

SUITE

Pesez bien, je vous prie, les paroles mêmes de Jacques : Vous voyez, mon frère, dit-il à Paul, combien de milliers de Juifs ont cru en Jésus-Christ, et tous sont zélés pour la loi.Or, ils ont ouï dire de vous que vous portez les Juifs , qui sont parmi les Gentils, à renoncer à Moïse, en disant qu'ils ne doivent pas circoncire leurs enfants, ni vivre suivant la coutume.— Que faire donc? certainement toute celte multitude s'assemblera, car ils savent que vous êtes arrivé.— Ainsi, faites ce que nous allons vous dire. Nous avons ici quatre hommes qui ont fait un vœu.— Prenez-les avec vous, purifiez-vous avec eux, et faites les frais de la cérémonie, afin qu'ils se rasent la tête, et que tout le monde sache que ce que l'on a ouï dire de vous est faux, et que vous continuez à observer la loi.— Quant aux Gentils qui ont cru, nous avons écrit que nous jugeons qu'ils doivent s'abstenir de viandes immolées aux idoles, du sang et de la fornication 1.

D'après ces paroles, il est, je crois, manifeste que Jacques ne donna ce conseil à Paul que pour montrer aux Juifs qui avaient cru en Jésus-Christ, et restaient néanmoins très-attachés a la Loi, que ce qu'on leur avait dit de Paul était faux, et que la doctrine du Christ n'allait point à faire condamner comme sacrilège, ni comme écrite sans l'ordre de Dieu, la Loi que Moïse avait donnée à leurs pères. C'était l'accusation que l'on formulait contre Paul. Elle ne venait pas néanmoins de ceux qui comprenaient de quelle manière les fidèles d'entre les Juifs devaient observer ces cérémonies, et qui savaient que ce ne devait être que pour rendre honneur à l'institution de Dieu, puis à la sainteté des mystères dont ces cérémonies avaient été des figures prophétiques, chacune pour obtenir le salut que le Christ venait de manifester, et qui se conférait par le sacrement du baptême.

Les hommes qui avaient répandu un tel bruit sur l'apôtre Paul, c'étaient ceux qui voulaient qu'on s'assujettît aux observations légales, comme si l'Évangile, sans cela, n'eût point été suffisant pour le salut….
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(1) Act. XXI. 20-25.

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Message  Louis Jeu 25 Mar 2021, 5:57 am


LETTRE LXXVI.

Pages 131-133.

AUGUSTIN À JÉRÔME.

Au Seigneur très-cher,
très-honoré dans les entrailles du Christ,
au saint frère et co-prêtre, Jérôme,
Augustin, salut dans le Seigneur.

SUITE

Les hommes qui avaient répandu un tel bruit sur l'apôtre Paul, c'étaient ceux qui voulaient qu'on s'assujettît aux observations légales, comme si l'Évangile, sans cela, n'eût point été suffisant pour le salut. Ils savaient que Paul était un ardent prédicateur de la grâce, qu'il se montrait toujours contraire à leurs prétentions et qu'il enseignait que l'homme est justifié, non point par les observations légales, mais par la grâce de Jésus-Christ, dont ces anciennes cérémonies n'étaient que des ombres et des figures. Voilà la cause de la haine qu'ils avaient contre lui, et de la persécution qu'ils tâchaient de lui susciter, en le faisant passer pour un ennemi de la loi et des préceptes divins.

Or, il n'avait pas de meilleur moyen d'échapper à l'odieux de ces faux reproches que d'observer lui-même les cérémonies qu'on le soupçonnait de condamner comme sacrilèges, et de montrer ainsi qu'il ne fallait ni les interdire aux Juifs comme mauvaises, ni les faire observer aux Gentils comme nécessaires.

Car si Paul eût réprouvé, comme on le disait, ces anciennes cérémonies, et, s'il n'eût consenti à les observer que pour mieux cacher ses sentiments, par cette démarche simulée, l'apôtre Jacques, au lieu de lui dire : Tous sauront, lui eût dit: Tous penseront que ce qu'ils ont ouï dire de vous est faux.

Ce parti était d'autant plus facile à prendre que les Apôtres avaient ordonné déjà, dans Jérusalem même, qu'on n'obligerait pas les Gentils à observer les cérémonies judaïques, dont néanmoins ils n'interdisaient pas l'observation aux Juifs, qui d'ailleurs n'y étaient pas obligés par la loi évangélique.

Or, si, nonobstant ce règlement des Apôtres, Pierre, se trouvant à Antioche ne laissa pas d'user de dissimulation pour engager les Gentils à pratiquer les anciennes cérémonies, qu'il n'était pas lui-même obligé d'observer, quoique d'ailleurs on ne lui en eût point interdit la pratique, par respect pour la loi que Dieu avait confiée aux Juifs, doit-on s'étonner que Paul le pressât de se déclarer ouvertement pour ce qu’il se souvenait d'avoir établi avec les autres Apôtres, par le décret du Concile de Jérusalem ?

Si, au contraire, comme je le croirais plutôt, Pierre agit de la sorte avant le concile de Jérusalem, il n'est pas étonnant…

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Message  Louis Ven 26 Mar 2021, 6:33 am


LETTRE LXXVI.

Pages 133-139.
 
AUGUSTIN À JÉRÔME.

Au Seigneur très-cher,
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au saint frère et co-prêtre, Jérôme,
Augustin, salut dans le Seigneur.

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Si, au contraire, comme je le croirais plutôt, Pierre agit de la sorte avant le concile de Jérusalem, il n'est pas étonnant que Paul n'ait pu approuver les timides ménagements de Pierre, qu'il l'ait pressé de se déclarer en toute liberté pour les sentiments dans lesquels il se trouvait, et qui étaient bien connus de Paul, soit parce qu'il avait exposé à Pierre l'Évangile qu'il prêchait aux Gentils, soit parce qu'il avait ouï parler de la révélation faite d'en haut à Pierre sur ce sujet, dans la vocation du centurion Corneille; soit enfin, parce qu'il l'avait vu mangeant avec les Juifs, avant que ceux dans la crainte de qui il cessa de le faire fussent arrivés à Antioche ; car je suis loin de nier que Pierre fut alors, en ceci, du même sentiment que Paul. Celui-ci donc ne l'instruisait pas de ce qu'il y avait de vrai sur ce sujet, mais il blâmait la feinte par laquelle il forçait les Gentils à judaïser; et son unique motif, c'est qu'une pareille dissimulation autorisait ceux qui prétendaient que, à moins d'être circoncis, et d'observer toutes les autres cérémonies qui étaient des figures des choses à venir, les croyants ne pouvaient être sauvés.

Si donc Paul fit circoncire Timothée, ce fut pour que les Juifs, et surtout les parents maternels de son disciple, ne s'imaginassent pas que ceux d'entre les Gentils qui avaient embrassé la foi détestaient la circoncision comme il faut détester l'idolâtrie, qui est l'œuvre du diable, tandis que la circoncision était une chose ordonnée de Dieu. Et s'il ne voulut pas circoncire Tite, ce fut pour ne point favoriser le sentiment de ceux qui disaient que, sans la circoncision, les croyants ne pouvaient être sauvés, et qui, afin de séduire les Gentils, publiaient partout que Paul lui-même était de cette opinion. Paul nous apprend tout cela ; quand il dit : Quoique Tite, que j'avais avec moi, fût Gentil, on ne l'obligea point à se faire circoncire; la considération des faux frères qui s'étaient introduits et glissés parmi nous, pour épier notre liberté, et nous réduire en servitude, ne nous porta pas à leur céder pour un seul moment, et nous tînmes fermes, afin que la pureté de l'Évangile restât pure au milieu de vous 1. On voit aisément par là que Paul savait que ces faux frères venaient remarquer s'il ne ferait point à l'égard de Tite ce qu'il avait fait pour Timothée, et il pouvait en cela user de la liberté avec laquelle il avait montré qu'il ne fallait ni rechercher ces cérémonies comme nécessaires, ni les condamner comme sacrilèges.

Mais, dites-vous, il est à craindre, dans cette question, que nous n'admettions, comme les philosophes, certains actes qui tiennent le milieu entre le bien el le mal, mais qui n'appartiennent ni à l'un ni à l'autre, et qu'on ne nous embarrasse, en disant que l'observation des cérémonies légales ne peut être une chose indifférente, qu'elle doit être un bien ou un mal. Si nous disons que c'est un bien, nous sommes réduits à les observer, comme les Juifs; si nous disons que c'est un mal, nous sommes forcés de croire que les apôtres les observaient par dissimulation, et non point avec droiture.

Quant à moi, je ne crains pas tant qu'on ne trouve quelque conformité entre les apôtres et les philosophes, — car il ne laisse pas d'y avoir parfois de la vérité dans les discours de ceux-ci, — que je n'appréhende qu'on ne les mette au rang des avocats, qui emploient le mensonge pour favoriser leur cause. Si, dans l'explication de l'épître aux Galates, vous avez cru pouvoir convenablement justifier, par l'exemple des avocats, la dissimulation de Pierre et de Paul, je ne craindrais pas, devant vous, de nommer les philosophes, qui véritablement sont des hommes vains, non pas que tout ce qu'ils enseignent soit faux, mais parce qu'ils se confient en bien des choses fausses, et que, lors même qu'ils disent vrai, ils sont étrangers à la grâce du Christ, lequel est la vérité.

Et pourquoi ne dirais-je pas que les cérémonies de l'ancienne loi ne sont ni…
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(1) Gal. II. 3-5,

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Message  Louis Sam 27 Mar 2021, 6:32 am


LETTRE LXXVI.

Pages 139-141.

AUGUSTIN À JÉRÔME.

Au Seigneur très-cher,
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Augustin, salut dans le Seigneur.

SUITE

Et pourquoi ne dirais-je pas que les cérémonies de l'ancienne loi ne sont ni bonnes , — puisqu'elles ne justifient point, n'étant que des ombres et des figures de la grâce par laquelle nous sommes justifiés, — ni mauvaises, puisqu'elles furent ordonnées de Dieu dans un temps et pour des personnes à qui elles convenaient ?

J'ai, au reste, en ma faveur, le passage du prophète qui dit que Dieu a donné au peuple juif des préceptes qui n'étaient pas bons. Si le prophète dit, non pas que Dieu leur a donné de mauvais préceptes mais seulement des préceptes qui n'étaient pas bons c'est peut-être pour nous faire entendre que ces préceptes n'étaient pas tels qu'on devint bon en les observant ou qu'on ne pût devenir bon en ne les observant point.

Je voudrais savoir de votre bienveillante sincérité si, lorsqu'un fidèle de l'Orient vient à Rome, il doit faire semblant de jeûner les samedis et ne jeûner que le samedi de Pâques? Si nous disons que c'est mal de jeûner le samedi, nous condamnerons non-seulement l’Église de Rome, mais aussi plusieurs Églises voisines, et d'autres encore plus éloignées, où cette coutume s'observe. Si, au contraire, nous soutenons que c'est mal de ne pas jeûner le samedi, quelle témérité n'y aura-t-il point à condamner tant d'Églises de l'Orient, en la plus grande partie du monde chrétien? Ne vous faut-il donc pas convenir qu'il est un certain milieu que l'on doit prendre, non point par dissimulation, mais par un esprit de bienséance que nous imposent les lois de la société? Si cela se peut dire des choses sur lesquelles les Livres canoniques n'enjoignent rien aux chrétiens, à combien plus forte raison le doit-on dire des cérémonies judaïques, et ne pas regarder comme un mal ce que Dieu a institué, ainsi que nous le savons par la foi chrétienne, qui nous enseigne d'ailleurs que ce n'est point là ce qui nous justifie , mais que c'est la grâce de Dieu, par Jésus-Christ notre Seigneur 1.

Je dis donc que, par un testament, qui est appelé l'ancien, la circoncision ct les autres observations légales furent ordonnées de Dieu au peuple juif, pour être des figures de ce qui devait s'accomplir par le Christ, et que, maintenant que tout cela est accompli, les paroles de l'Écriture sur ce sujet ne sont plus pour des chrétiens qu'une prophétie qu'ils doivent entendre, mais sans être obligés d'observer les cérémonies, comme s'il leur fallait attendre encore la révélation de la foi, dont ces figures annonçaient l'avènement.

Or, de même qu'on ne devait point imposer ces observations aux Gentils, de même on devait non pas les interdire aux Juifs, comme quelque chose de sacrilège et de détestable, mais les laisser mourir peu à peu, à mesure que l'Évangile serait allé croissant par la prédication de la grâce du Christ et que les croyants auraient compris que la justification et le salut sont l'effet de cette grâce, et non pas de ces figures instituées pour représenter ce que nous possédons maintenant.

Ces figures ont pris fin par la vocation des Juifs…
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(1) Gal. II. 15.

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LETTRE LXXVI.

Pages 143-145.

AUGUSTIN À JÉRÔME.

Au Seigneur très-cher,
très-honoré dans les entrailles du Christ,
au saint frère et co-prêtre, Jérôme,
Augustin, salut dans le Seigneur.

SUITE

Ces figures ont pris fin par la vocation des Juifs, qui s'en trouvaient en possession lorsque vinrent le Christ et les temps apostoliques. On s'est contenté, pour leur rendre honneur, de ne point les proscrire comme une impiété et une espèce d'idolâtrie; mais on ne les a pas laissé aller plus loin, de peur qu'elles ne parussent nécessaires, et qu'il ne semblât que c'était par elles qu'il fallait être sauvé, ou qu'il était impossible de l'être sans elles, comme se l'imaginaient ces hérétiques, qui, voulant être juifs et chrétiens tout à la fois, n'ont pu être ni chrétiens ni juifs.

Vous avez daigné m'avertir avec beaucoup de bienveillance de me précautionner contre cette erreur, quoique je n'aie jamais donné dans leur sentiment. Pierre n'y avait pas donné non plus; mais, par crainte, il avait fait semblant de penser comme eux. C'est pour cela que Paul nous assure que, ayant vu que cet apôtre ne marchait pas selon la vérité de l'Évangile, il l'avait blâmé d'une manière très-sérieuse de ce qu'il forçait les Gentils à judaïser. Paul n'agissait point de la sorte; et si, au besoin, il observait ces anciennes cérémonies, pour montrer qu'il ne fallait pas les condamner, il avait soin d'ailleurs, — pour que personne ne fût porté à croire, d'après ce qu'il avait fait, que ces observations fussent nécessaires, — il avait soin de prêcher avec zèle que c'était, non point par ces pratiques, mais par la grâce de la foi que les fidèles pouvaient être sauvés.

Or, quoique je pense que l'Apôtre Paul a fait tout cela de bonne foi, je suis aussi éloigné de commander ni de permettre aujourd'hui à des Juifs devenus chrétiens d'observer sérieusement les cérémonies légales, que vous le seriez, vous qui pensez que Paul s'est conduit par dissimulation, de commander ni de permettre qu'ils fissent semblant de les observer.

Voulez-vous que je dise, comme vous, que le fond de cette discussion, c'est que…

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Message  Louis Lun 29 Mar 2021, 6:20 am


LETTRE LXXVI.

Pages 145-147.
   
AUGUSTIN À JÉRÔME.

Au Seigneur très-cher,
très-honoré dans les entrailles du Christ,
au saint frère et co-prêtre, Jérôme,
Augustin, salut dans le Seigneur.

SUITE

Voulez-vous que je dise, comme vous, que le fond de cette discussion, c'est que, après avoir embrassé l'Évangile du Christ, les fidèles d'entre les Juifs font bien d'offrir des sacrifices, comme a fait Paul; de circoncire leurs enfants, comme Paul a circoncis Timothée, et d'observer le sabbat, comme tous les Juifs l'ont observé, pourvu que, en tout cela, il n'y ait que feinte et dissimulation?

S'il en est ainsi, nous donnons, je ne dis pas dans l'hérésie d'Ebion, ou de ceux que l'on appelle communément Nazaréens, ou dans quelque autre ancienne hérésie, mais dans je ne sais quelle hérésie nouvelle, qui serait d'autant plus pernicieuse qu'elle ferait le mal, non par erreur, mais avec connaissance et de propos délibéré.

Que si, pour vous sauver de cette conséquence, vous dites que les apôtres feignaient alors, avec raison, d'observer les cérémonies judaïques, afin de ne pas scandaliser la faiblesse de plusieurs d'entre les Juifs qui avaient cru en Jésus-Christ, et qui ne comprenaient pas qu'il fallût se départir de ces anciennes observances; mais qu'il y aurait de la folie à user d'une pareille dissimulation, aujourd'hui que la doctrine de la grâce du Christ est solidement établie parmi tant de nations, et que les fidèles, instruits par la lecture de la Loi et des Prophètes, qui se fait dans toutes les Églises chrétiennes, savent comment il faut entendre ces cérémonies, mais qu'il ne faut plus les observer, — pourquoi ne me sera-t-il pas permis de dire que l'apôtre Paul et les autres chrétiens, dont la foi était la plus pure, devaient faire honneur à ces cérémonies, en les observant d'une manière sérieuse, dans certaines occasions, de peur que des observances, d'un sens prophétique, et religieusement gardées par la piété des ancêtres, ne fussent détestées par leurs descendants, comme des sacrilèges diaboliques?

Sans doute, depuis l'avènement de la foi, que ces observances avaient annoncée d'abord,  et qui s'était révélée après la mort et la résurrection du Seigneur, leur office, qui était comme leur vie, avait cessé; néanmoins elles étaient comme des corps morts qu'il fallait conduire au tombeau, et à qui leurs amis devaient rendre ce devoir, non point par dissimulation, mais par religion; il ne fallait pas les abandonner tout d'un coup, ni les jeter aux morsures des chiens, c'est-à-dire aux calomnies de leurs ennemis.

Que si maintenant quelque chrétien, fût-il même né Juif, voulait observer ces cérémonies, à l'exemple de Paul, ce ne serait plus leur faire une pieuse conduite, ni les porter dans la tombe, mais ce serait troubler des cendres endormies, violer d'une manière impie la religion des tombeaux.

Je l'avoue néanmoins, lorsque je vous ai dit, dans ma lettre, que Paul…

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Message  Louis Mar 30 Mar 2021, 6:19 am


LETTRE LXXVI.

Pages 147-151.
 
AUGUSTIN À JÉRÔME.

Au Seigneur très-cher,
très-honoré dans les entrailles du Christ,
au saint frère et co-prêtre, Jérôme,
Augustin, salut dans le Seigneur.

SUITE

Je l'avoue néanmoins, lorsque je vous ai dit, dans ma lettre, que Paul, tout apôtre de Jésus-Christ qu'il était, n'observa les cérémonies des Juifs qu'afin de montrer qu'elles n'avaient rien de pernicieux pour quiconque voudrait les observer conformément à la loi de Moïse et à la tradition des ancêtres, je ne me suis point assez expliqué. Il fallait borner l'usage de ces cérémonies au temps où la grâce de la foi commença à se manifester, car alors ces observances n'avaient rien de pernicieux. Mais dans la suite les chrétiens devaient s'en départir peu à peu, de crainte que, s'ils les abandonnaient tout d'abord, on ne remarquât pas la différence de ce que Dieu avait prescrit à son peuple, par Moïse, d'avec ce que l'esprit immonde avait institué dans les temples des idoles. Ainsi, je dois plutôt me reprocher ma négligence, qui m'a fait oublier cette correction, que je ne dois me plaindre de ce que vous me relevez.

Je vous dirai néanmoins que , long-temps avant de recevoir votre lettre, j'avais fait contre le manichéen Faustus un écrit où je traite la même matière, quoique je ne l'aie touchée qu'en peu de mots, et où je n'ai point oublié de mettre la restriction dont il s'agit. C'est ce que vous pourrez voir, si vous voulez bien vous en donner la peine, et mes très-chers frères, par qui je vous envoie ces écrits, vous rendront sur cela tous les témoignages que vous souhaiterez.

Aussi, —et les lois de la charité me donnent le droit d'exiger que vous ajoutiez foi à ce que je vous dis qu'il y a de secret dans le fond de mon âme, — aussi protesté-je devant Dieu que bien que j'aie toujours pensé, depuis que je lis les Épîtres de Paul, que cet Apôtre n'a usé d'aucune dissimulation en observant les cérémonies judaïques, je n'ai jamais cru pour cela qu'il dût être permis présentement aux Juifs qui se font chrétiens de les observer sous quelque prétexte, ni dans quelque vue que ce puisse être, comme vous ne croyez pas non plus qu'il soit maintenant permis de faire semblant de les observer, quoique vous soyez d'ailleurs persuadé que les apôtres en ont usé de la sorte.

Ainsi, lorsque vous dites et protestez que, toute la terre fût-elle contre vous…

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Message  Louis Mer 31 Mar 2021, 6:39 am



LETTRE LXXVI.

Pages 151-153.

AUGUSTIN À JÉRÔME.

Au Seigneur très-cher,
très-honoré dans les entrailles du Christ,
au saint frère et co-prêtre, Jérôme,
Augustin, salut dans le Seigneur.

SUITE

Ainsi, lorsque vous dites et protestez que, toute la terre fût-elle contre vous, toujours néanmoins vous soutiendriez hardiment que l'observation des cérémonies judaïques est pernicieuse et mortelle pour les chrétiens, et que quiconque les observera, soit d'entre les Juifs, soit d'entre les Gentils, tombera dans les pièges du diable, non-seulement je souscris sans réserve à cette décision, mais j'ajoute encore que quiconque d'entre les chrétiens, soit Juif, soit Gentil, observe les anciennes cérémonies par un culte ou sincère ou simulé, tombe dans les pièges du démon. Que voulez-vous de plus ?

Vous dites que la dissimulation à laquelle recourent les apôtres ne prouve rien pour ce temps-ci; je fais cette différence tout comme vous; et, quoique Paul ait observé de bonne foi et sans déguisement les cérémonies judaïques, je ne pense pas qu'il soit maintenant permis de l'imiter en cela; car ces observances, respectables alors, doivent être détestées aujourd'hui.

Ainsi, quoiqu'il soit écrit : La Loi et les Prophètes jusqu'à Jean-Baptiste 1; et derechef : Les Juifs cherchaient à faire mourir le Christ, parce que non-seulement il violait le Sabbat, mais encore disait que Dieu était son Père, se faisant égal à Dieu 2 et de nouveau : Nous avons reçu grâce pour grâce et encore: La Loi a été donnée par Moïse,  la grâce et la vérité ont été apportées par Jésus-Christ 3; enfin, quoique Dieu eût promis par Jérémie 4, de faire avec la maison de Juda une alliance nouvelle, et toute différente de celle qu'il avait faite avec leurs pères, je ne crois pas néanmoins que les parents du Christ aient usé de dissimulation en le faisant circoncire. Que si l'on prétend qu'il n'était pas en âge de s'opposer à ce qu'il fut circoncis, du moins ne saurais-je croire qu’il usât de dissimulation, lorsqu’il dit à ce lépreux qui avait été guéri par lui, et non point par l'observance que Moïse avait prescrite: Vas, et offre pour toi le sacrifice que Moïse a ordonné; offre-le, afin qu'il leur serve de témoignage 1. Ce ne fut pas non plus par dissimulation qu'il se rendit à Jérusalem, un jour de fête, ce qu'il faisait si peu par ostentation et pour les yeux des hommes qu’il se rendit à Jérusalem, non point en se montrant, mais comme en secret 2.

Quoi donc, reprendra-t-on , le même apôtre n'a-t-il pas dit : …
___________________________________________________________________________

(1) Luc. XVI. 16. —   (2) Joan. V. 18.  —   (3) Ibid. I. 16. 17.—   (4) Jerem. XXXI,  31. 32.  —    (1) Matth. VIII. 4.  —   (2) Joan. VII. 10.

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Message  Louis Jeu 01 Avr 2021, 6:08 am


LETTRE LXXVI.

Pages 153-155.

AUGUSTIN À JÉRÔME.

Au Seigneur très-cher,
très-honoré dans les entrailles du Christ,
au saint frère et co-prêtre, Jérôme,
Augustin, salut dans le Seigneur.

SUITE

Quoi donc, reprendra-t-on, le même apôtre n'a-t-il pas dit : Voilà que, moi Paul, je vous déclare que si vous vous faites circoncire, le Christ ne vous servira de rien? 3 Il a donc trompé Timothée, et lui a rendu Jésus-Christ inutile ?Allèguerez-vous que cette circoncision, n'étant qu'une feinte, n'a pu lui porter préjudice ? Mais l'Apôtre n'établit pas cette distinction, et ne dit point : Si vous vous faites circoncire sérieusement ; et il ne dit pas non plus: Si vous le faites par feinte ; mais il dit absolument et sans exception : Si vous vous faites circoncire, le Christ ne vous servira de rien. Or, de même que vous expliquez ce passage en votre faveur, et que vous voulez qu'on sous-entende: Si vous ne le faites par feinte, de même je me crois fondé à demander qu'il me soit permis de comprendre que ces mots, si vous vous faites circoncire s'adressent à ceux qui voulaient être circoncis parce qu'ils pensaient ne pouvoir sans cela se sauver en Jésus-Christ.

A celui donc qui se faisait circoncire dans cette vue, dans ce désir, dans cette intention, le Christ ne servait de rien, comme l'apôtre le dit ailleurs clairement : Car, si la justice s'acquiert par la Loi, le Christ est donc mort en vain 1; comme il le dit encore dans cet autre endroit par vous rappelé : Vous n'avez plus de part au Christ, vous qui croyez que la Loi vous justifie; vous êtes déchus de la grâce 2.

L'apôtre condamne donc ceux qui prétendaient être justifiés par la Loi, et non point ceux qui, en observant ces anciennes cérémonies en l'honneur de celui qui les avait instituées, savaient bien qu'elles n'étaient que des figures qui promettaient la vérité, et qui ne pouvaient durer que jusqu'à un certain temps. C'est ce qu'il insinue encore quand il dit: Si vous êtes poussés par l'Esprit, vous n'êtes plus sous la Loi 3. Ce qui fait voir, comme vous l'observez, que ceux qui sont sous la Loi, non point par condescendance, selon le sentiment que vous attribuez à nos anciens; mais, comme je le crois, par un véritable attachement à ces anciennes cérémonies, n'ont pas l'Esprit saint.

C'est une grande question, ce me semble, de savoir ce que c'est que d'être sous la Loi, de cette manière que l’Apôtre condamne. Pour moi, je ne pense pas qu'il veuille parler seulement de la circoncision ou des sacrifices que les ancêtres ont offerts, et qui ne sont plus en usage parmi les chrétiens, ni qu'il ait en vue d'autres choses semblables; mais je crois qu'il a songé aussi à ce que la Loi ordonne ; Tu ne convoiteras point 4, précepte que, de notre aveu, les chrétiens sont obligés d'accomplir, et auquel l'Évangile n'a fait que donner un nouveau jour, un nouvel éclat.

L'apôtre dit…
_____________________________________________________________________________________

(3) Gal. V.2. —   (1) Gal. II. 21. —   (2) Ibid. V. 4. —   (3) Ibid. V. 18.  —  (4) Exod. XX. 17.

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Message  Louis Lun 05 Avr 2021, 6:32 am


LETTRE LXXVI.

Pages 155-159.

AUGUSTIN À JÉRÔME.

Au Seigneur très-cher,
très-honoré dans les entrailles du Christ,
au saint frère et co-prêtre, Jérôme,
Augustin, salut dans le Seigneur.

SUITE

L'apôtre dit que cette loi est sainte, que ce précepte est saint, juste et bon, puis il ajoute ensuite : Ce qui est bon m'a-t-il donc causé la mort ?Nullement; mais le péché, afin de paraître, m'a donné la mort par une chose bonne, en sorte que la malice du pécheur, ou du péché, dépasse toute mesure, à cause du précepte 1. Ce qu'il dit, que le péché dépasse toute mesure, à cause du précepte , il le dit ailleurs encore : La Loi est survenue pour faire abonder le péché. Mais là où il y a eu abondance de péché, là il y a eu aussi surabondance de grâce 2. Dans un autre endroit, il établit le même principe , lorsque, après avoir parlé de la dispensation de la grâce, et montré qu'elle justifie, il s'interroge en quelque façon, et dit : Pourquoi donc la Loi a-t-elle été établie ? puis ensuite répond à cette demande : C'a été pour faire connaître les prévarications, jusqu'à l'avènement de ce Fils que la promesse regardait 3.

Ceux donc qu'il dit être sous la Loi d'une manière condamnable, ceux que la Loi rend coupables, ce sont ceux qui ne remplissent pas la Loi, et qui, ne connaissant pas le bienfait de la grâce qui fait observer les commandements de Dieu, mettent, par une orgueilleuse présomption, toute leur confiance dans leurs propres forces. Car la plénitude de la Loi c'est l'amour, et l'amour de Dieu se répand dans nos cœurs, non point par nous-mêmes, mais par l'Esprit saint, qui nous a été donné . 4 Toutefois , pour que cette question fût développée autant qu'elle devrait l'être, il faudrait peut-être un volume écrit exprès, et avec beaucoup d'étendue.

Or, si ce précepte de la Loi, Tu ne convoiteras pas, tient l'homme sous le poids du péché, à moins que la grâce de Dieu ne vienne au secours de sa faiblesse, et, loin de le délivrer du péché, l'engage dans la prévarication, combien moins la circoncision et d'autres semblables cérémonies, qui, n'étant que des figures, et devant être nécessairement abolies, à mesure que se répandait la manifestation de la grâce, étaient-elles dans l'impossibilité de justifier personne ? Il ne fallait pas néanmoins les rejeter comme des sacrilèges diaboliques des Gentils, quand même commençait à être connue cette grâce qu'avaient annoncée de telles cérémonies ; mais il était à propos d'en permettre l'usage quelque temps encore, surtout à ceux qui étaient sortis du peuple à qui elles avaient été données. Par là, elles furent comme ensevelies avec honneur, et durent être abandonnées sans retour par tous les chrétiens.

Mais lorsque vous dites : Non point par sage condescendance, ainsi que l’ont pensé nos anciens, que voulez-vous dire, je vous prie?...
_________________________________________________________________________________________________

(1) Rom. VII. 12. 13. —  (2) Ibid. V. 20. —  (3) Gal. III. 19 —  (4) Rom. XIII. 10; V. 5.

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Message  Louis Mar 06 Avr 2021, 5:26 am


LETTRE LXXVI.

Pages 159-161.

AUGUSTIN À JÉRÔME.
Au Seigneur très-cher,
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Augustin, salut dans le Seigneur.

SUITE

Mais lorsque vous dites : Non point par sage condescendance, ainsi que l’ont pensé nos anciens, que voulez-vous dire, je vous prie? Car, ou bien cette condescendance est ce que j'appelle mensonge officieux, c'est-à-dire une espèce d'obligation de mentir honnêtement, ou bien je ne sais quel nom lui donner, si ce n'est peut-être que le mensonge cesse d'être mensonge, dès qu'on lui donne le nom de condescendance. Que si cela est absurde pourquoi donc ne pas vous déclarer ouvertement en faveur du mensonge officieux ? Peut-être le nom vous arrête-t-il parce qu'il n'est point usité dans les livres ecclésiastiques. Cette raison n'a pas arrêté notre Ambroise qui a voulu intituler du nom d’Offices Note (1)  quelques-uns de ses livres, tout pleins d'utiles préceptes. Est-ce qu'il faut blâmer celui qui mentira officieusement, et louer celui qui mentira par condescendance ? Écoutez-moi. Que celui qui est de cette opinion mente quand il le jugera convenable; car c'est une grande question de savoir s'il est d'un homme de bien de mentir quelquefois, ou plutôt si cela peut être permis à des chrétiens, eux à qui il a été dit : Qu'il y ait dans votre bouche, oui, oui, et non, non, afin que vous ne soyez point condamnés 1, et qui ajoutent foi à ces paroles : Vous perdrez tous ceux qui profèrent le mensonge 2.

Mais, comme je viens de le dire, c'est une question grave, et toute différente de celle que nous traitons. Que celui qui prend le parti du mensonge s'en serve quand il lui plaira; mais que l'on croie du moins fermement, et que l'on soutienne comme un principe inébranlable qu'il n'y a aucune sorte de mensonge dans les auteurs des saintes Écritures, et surtout des Écritures canoniques, afin que les ministres du Christ, desquels il est dit : On cherche parmi les dispensateurs quelqu'un qui soit fidèle 3, ne s'imaginent point que ce soit avoir fait un grand progrès dans la fidélité demandée que d'avoir appris à mentir pour la dispensation de la vérité puisque , suivant l'étymologie latine le mot fidélité suppose que l'on fait ce que l'on dit. Or, quand on fait ce crue l'on dit  il n'y a plus lieu an mensonge.

Il est donc certain que, fidèle dispensateur, l'apôtre Paul n'a rien écrit que de très véritable; car il était le dispensateur de la vérité, et non pas de la fausseté….
________________________________________________________________

(1) Jac. V. 12. —  (2) Ps. V. 7.  —  (3) I. Cor. IV. 2.

Note (1) : Les Offices de saint Ambroise s'adressent aux prêtres principalement; toutefois, ils furent écrits pour tout le monde, et l’auteur, en composant cet ouvrage, songeait à tous ses diocésains. Si l'on veut se convaincre de ce que nous avançons, il suffit de lire le premier chapitre, où il dit : Nous ne pouvons nous défendre de vous instruire ; car ce devoir est attaché au sacerdoce que l'on nous a forcément imposé. Le chapitre VIIe, où saint Ambroise explique le dessein de son ouvrage, et où il parle des motifs qui l'ont porté à l'entreprendre, est une preuve manifeste que, en écrivant ses Offices, il pensait à former l'esprit et les mœurs de tout le monde indistinctement. Je le fais, dit-il , pour instruire mes enfants, ceux avec qui nous devons vivre toujours dans l'éternité

Peut-on s'imaginer que saint Ambroise n'entendit par là que les seuls ecclésiastiques, et regardât comme des réprouvés tous les laïques de sou diocèse? Il est donc manifeste, et par saint Ambroise lui-même, et par la manière dont s'exprime ici saint Jérôme, que le simple titre des Offices doit être le titre véritable du plus beau des livres de l'évêque de Milan, et que les Bénédictins ont peut-être eu tort d'intituler cet ouvrage: De Officiis Ministrorum, — des Offices des Ministres.

Note (2) :   FIDÉLITÉ. — Fides, quia lit quod dicitur.

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Message  Louis Mer 07 Avr 2021, 6:41 am


LETTRE LXXVI.

Pages 161-165.

AUGUSTIN À JÉRÔME.

Au Seigneur très-cher,
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Augustin, salut dans le Seigneur.

SUITE

Il est donc certain que, fidèle dispensateur, l'apôtre Paul n'a rien écrit que de très véritable; car il était le dispensateur de la vérité, et non pas de la fausseté. Ainsi, il dit vrai quand il écrit qu'il vit Pierre ne marchant pas droit selon la vérité de l'Évangile, et qu'il lui résista en face, parce qu'il obligeait les Gentils de judaïser.

Quant à Pierre, il reçut avec la sainte et bénigne douceur de l'humilité ce que la charité de Paul lui fit dire avec liberté pour le bien de l'Évangile. Grand exemple que Pierre a laissé à ses successeurs, et qui leur apprend que, lorsqu'ils s'écartent des droits sentiers de la justice  ils ne doivent pas trouver mauvais que ceux mêmes qui sont moins anciens qu'eux les reprennent ; — exemple plus rare et plus saint que celui de Paul qui nous apprend à ne pas craindre de résister à nos anciens pour la défense de la vérité évangélique, sans blesser néanmoins la charité fraternelle.

Car, bien qu'il soit mieux de ne s'écarter en rien de la voie légitime, que de s'en écarter en quelque chose, il est plus beau et plus louable pourtant de recevoir très volontiers la correction, que de la faire courageusement aux autres. On peut donc louer ici la juste liberté de Paul et la sainte humilité de Pierre; autant que je puis en juger selon mes faibles lumières. il était même plus à propos de défendre ainsi ce dernier contre les calomnies de Porphyre, que de donner à cet homme un plus juste sujet de le calomnier, comme de dire aux chrétiens d'une manière sanglante, qu'ils usent de mensonge dans leurs écrits et dans la célébration des cérémonies qui regardent le culte de Dieu.

Vous me pressez de vous produire un seul interprète au moins qui soit de mon sentiment sur cette question, puisque vous citez un grand nombre de docteurs qui ont cru avant vous ce que vous croyez, et vous me priez , si vous êtes dans l'erreur, de vous permettre d'errer avec de tels personnages.

Je confesse n'avoir lu aucun de ceux que vous nommez; mais de six ou sept qu'ils sont, il y en a quatre dont vous ruinez vous-même l'autorité; car vous nous apprenez que le Laodicéen, dont vous taisez le nom, est tout récemment sorti de l'Église, et qu'Alexandre est un ancien hérétique. Quant à Origène et à Didymus, je vois que, dans vos derniers ouvrages, vous les réfutez vivement, et sur des questions qui ne sont point d'une médiocre importance, quoique vous ayez auparavant donné à Origène de merveilleuses louanges.

Or, je ne crois pas que vous vouliez errer avec des hommes de cette nature; quand on vous le permettrait, vous ne le voudriez pas vous-même, et vous n'avez parlé de la sorte que parce que vous pensez qu'ils n'ont point erré sur la question dont il s'agit. Quel homme aussi bien voudrait errer avec qui que ce soit ?

II ne reste donc plus que trois de vos auteurs Eusébius d'Émèse, Théodorus d'Héraclée et celui que vous nommez le dernier, Jean-Chrysostome qui élevé à la dignité pontificale, gouvernait naguère l'Église de Constantinople.

Au reste, si vous vouliez bien vous rappeler ou examiner ce que notre Ambroise, ce que notre Cyprien ont dit sur ce sujet…

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Message  Louis Jeu 08 Avr 2021, 5:26 am


LETTRE LXXVI.


Pages 165-169.

AUGUSTIN À JÉRÔME.

Au Seigneur très-cher,
très-honoré dans les entrailles du Christ,
au saint frère et co-prêtre, Jérôme,
Augustin, salut dans le Seigneur.

SUITE

Au reste, si vous vouliez bien vous rappeler ou examiner ce que notre Ambroise, ce que notre Cyprien ont dit sur ce sujet, vous trouveriez peut-être que mon opinion ne manque pas de soutiens parmi les auteurs qui nous ont précédés, quoique les livres canoniques soient comme je l'ai déjà dit, les seuls à qui je croie devoir cette libre servitude, les seuls que je puisse suivre, bien persuadé que leurs auteurs ne se sont pas trompés ct qu'ils n'ont pas voulu tromper.

Si donc je cherchais un troisième témoin pour opposer trois auteurs aux trois vôtres il me serait facile de le trouver, en lisant beaucoup; mais en voici un qui vaut tous les autres,  ou plutôt qui les surpasse tous, l'apôtre Paul; c'est à lui que j'ai recours, à lui que j'en appelle de tout ce que peuvent dire de contraire à mon sentiment les interprètes des Écritures. Je l'interpelle, et je lui demande si, en écrivant aux Galates qu'il avait vu Pierre ne pas marcher droit selon la vérité de l'Évangile, et que, pour ce motif, il le reprit en face de ce que, par sa dissimulation, il forçait les gentils à judaïser, — je lui demande s'il a dit vrai, ou bien si, par je ne sais quelle condescendance de dispensation, il a usé de mensonge; et un peu plus haut, en tête de ce récit, je l'entends qui me crie avec une voix religieuse: En ce que je vous écris, Dieu m'est témoin que je ne mens pas1 .

Qu'ils me le pardonnent ceux qui ne sont pas de mon opinion, je m'en rapporte plus volontiers au serment qu'un si grand apôtre fait sur la véracité de ses écrits, dans ses écrits mêmes, qu'à tous les raisonnements que les plus habiles peuvent faire sur ses épîtres.

Et je ne crains pas qu'on me dise que, en pensant défendre Paul d'avoir feint d’être dans l’erreur des Juifs, je donne lieu de croire qu'il y a été véritablement; car il n'usait pas de dissimulation lorsque, dans certaines conjonctures qui demandaient cela, il observait, avec une liberté apostolique, ces anciennes cérémonies, afin de montrer qu'elles n'avaient point été inventées par le démon pour séduire les hommes, mais que Dieu même les avait établies comme des figures pour représenter les choses à venir. II ne donnait pas dans les erreurs des Juifs, lui qui non seulement savait, mais encore ne cessait de prêcher avec un zèle infatigable que c'était une erreur de croire qu'il fallût assujettir les Gentils à ces observances, et qu'elles fussent nécessaires pour la justification des fidèles, quels qu'ils pussent être.

Quant à ce que j'ai dit que Paul avait été comme Juif parmi les Juifs, et Gentil parmi les Gentils…
___________________________________________________

(1) Gal. I. 20.

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Message  Louis Ven 09 Avr 2021, 6:39 am


LETTRE LXXVI.

Pages 169-171.
 
AUGUSTIN À JÉRÔME.

Au Seigneur très-cher,
très-honoré dans les entrailles du Christ,
au saint frère et co-prêtre, Jérôme,
Augustin, salut dans le Seigneur.

SUITE

Quant à ce que j'ai dit que Paul avait été comme Juif parmi les Juifs, et Gentil parmi les Gentils, non point par une dissimulation artificieuse, mais par une affectueuse complaisance, il me semble que vous n'avez pas bien compris ma pensée, ou peut-être que je ne me suis pas assez bien expliqué; car je n'ai pas voulu dire que cette tendresse compatissante l’ait porté à user de dissimulation, mais j'ai voulu dire seulement qu'il n'y avait pas plus de feinte dans ce qu'il faisait pour se conformer aux Juifs que dans ce qu'il faisait pour se conformer aux Gentils.

C'est la réflexion que vous avez faite vous-même, et je confesse avec reconnaissance qu'elle m'a été d'un grand secours. En effet, je vous avais demandé, dans ma lettre, comment on peut s'imaginer que Paul, en feignant d'observer les cérémonies judaïques, se soit fait Juif avec les Juifs, puisque, sans faire semblant de sacrifier aux idoles, il s'est fait Gentil avec les Gentils; vous m'avez répondu que c'est en recevant dans l'Église les incirconcis, en leur permettant d'user des viandes que les Juifs proscrivent, aussi bien que des autres; qu'il a été comme Gentil avec les Gentils. Mais, dites-moi, je vous prie, est-ce aussi par dissimulation qu'il en a usé de la sorte? On ne peut le dire sans erreur ct sans absurdité.

Il n'y a donc point non plus de dissimulation dans ce qu'il a fait pour se conformer aux coutumes des Juifs, ce qu'il a fait par une sage liberté, mais non point par un assujettissement servile, ou bien, ce qui serait plus indigne de lui, par une condescendance trompeuse plutôt que par une fidèle dispensation.

En effet, Paul atteste, — et l’on ne croira pas, je pense, qu'il veuille encore nous en imposer, — Paul atteste que…

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Message  Louis Sam 10 Avr 2021, 6:29 am


LETTRE LXXVI.

Pages 171-173.
 
AUGUSTIN À JÉRÔME.

Au Seigneur très-cher,
très-honoré dans les entrailles du Christ,
au saint frère et co-prêtre, Jérôme,
Augustin, salut dans le Seigneur.

SUITE

En effet, Paul atteste, — et l’on ne croira pas, je pense, qu'il veuille encore nous en imposer, — Paul atteste que, pour les fidèles et pour ceux qui ont reçu la connaissance de la vérité, tout ce que Dieu a créé est bon, et que l'on ne doit rien rejeter de ce qui se mange avec actions de grâces 1.

C'était donc sincèrement et sans dissimulation que l'apôtre Paul, qui était non seulement un homme ferme et instruit de la vérité, mais encore un dispensateur très fidèle 2 et un prédicateur irréprochable de cette même vérité 3, regardait comme bon tout ce qui a été créé de Dieu pour la nourriture des hommes 4.

Or, s'il est vrai que ce n'est point en feignant de prendre part aux sacrifices et aux cérémonies des Gentils, mais en leur donnant la véritable idée qu'ils devaient avoir de la circoncision et de la distinction des viandes, pourquoi veut-on qu'il n'ait pu se faire Juif avec les Juifs qu'en usant de dissimulation et d'artifice dans l'observation des cérémonies judaïques ?

Quoi ! il aura gardé, pour les sauvageons entés sur l’olivier franc, la fidélité d'un véritable dispensateur, et pour les branches naturelles et attachées au tronc de l’arbre 5 il aura usé de je ne sais quelle condescendance de dispensateur infidèle et trompeur ?

Quoi ! ce ne sera qu'en parlant comme il pensait, et en enseignant les vérités dont il était persuadé qu'il aura été Gentil avec les Gentils, et ce sera en parlant, en écrivant, en agissant contre sa pensée qu'il aura été comme Juif avec les Juifs ?

A Dieu ne plaise que nous croyions cela, car il devait également aux uns et aux autres une charité sincère qui partit d un cœur pur, d'une bonne conscience, et d'une foi non feinte 6. Ainsi donc, pour les gagner tous, il sut se faire tout à tous, non point par une artificieuse dissimulation, mais par une affectueuse compatissance; c'est-à-dire, non point en imitant, par une condescendance affectée, le mal qu'il voyait faire aux autres, mais en apportant avec sollicitude un miséricordieux remède à tous leurs maux, comme s'ils eussent été les siens propres.  

Quand donc il ne se refusait pas à observer les cérémonies de l'ancienne Loi, son dessein n'était pas de…
________________________________________________________________________

(1) I. Tim. IV. 4. (2) I. Cor. IV. 2.  —  (3) I. Tim. II. 7. —  (4) Ibid. IV. 4.  —  (5) Rom. XI. 24.  — (6) I. Tim. I. 5.

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Message  Louis Dim 11 Avr 2021, 6:19 am


LETTRE LXXVI.

Pages 173-175.

AUGUSTIN À JÉRÔME.

Au Seigneur très-cher,
très-honoré dans les entrailles du Christ,
au saint frère et co-prêtre, Jérôme,
Augustin, salut dans le Seigneur.

SUITE

Quand donc il ne se refusait pas à observer les cérémonies de l'ancienne Loi, son dessein n'était pas de tromper les Juifs par une feinte charitable; il ne faisait rien que de très sincère, et par là il rendait honneur à ces cérémonies ordonnées de Dieu, et qui devaient durer jusqu'à un certain temps ; puis il montrait qu'il ne fallait pas les confondre avec les rites sacrilèges des Gentils.

Pour ce qui est des Juifs, il se faisait comme Juif avec eux, non point par une artificieuse dissimulation, mais par une affectueuse compatissance, alors qu'il tâchait de retirer de l'erreur ceux qui ne voulaient pas croire en Jésus-Christ, ou qui s'imaginaient que leurs anciens sacrifices, que l'observation de leurs cérémonies pouvaient les purifier de leurs péchés et opérer leur salut.

Voilà ce qui le rendait sensible à l'aveuglement, comme s'il eût été aussi dans l'erreur, parce qu'il aimait son prochain comme lui-même, et faisait pour ses frères ce qu'il aurait voulu qu’on fit pour lui, si besoin eût été, car tel est le précepte du Seigneur, qui, après l'avoir donné, ajoutait : Là se trouvent la loi et les prophètes 1.

Cette même tendresse compatissante, il la recommande dans l’Épître aux Galates, lorsqu'il dit: Si un homme tombe dans quelque péché par surprise, vous qui êtes spirituels, instruisez-le avec esprit de douceur, et veillez sur vous-mêmes, de peur que vous ne soyez aussi tentés 2. Voyez s'il ne dit pas : Rendez-vous semblables à lui, afin de le gagner, non point, certes, en commettant la même faute, ou en feignant de l'avoir commise déjà, mais en considérant dans la chute d'autrui ce qui peut vous arriver à vous également, et en secourant avec charité celui qui est tombé, de même que vous voudriez être secouru, si vous étiez à sa place, c'est-à-dire, par une affectueuse compatissance, et non point par une artificieuse dissimulation.

Voilà de quelle manière Paul a été Juif avec le Juif, Gentil avec le Gentil; voilà ce qu'il a été avec tout homme engagé dans l'erreur ou dans le péché. Afin de les gagner tous, il s'est fait tout à tous, non point en feignent d'être ce qu'il n'était pas, mais en considérant qu'il était homme, lui aussi, et qu'il aurait pu lui en arriver autant qu'aux autres.

Daignez, je vous en supplie, daignez vous considérer un peu vous-même; voyez de quelle manière vous en avez usé à mon égard; rappelez-vous…
_________________________________________________________________________

(1) Matth. VII. 12. (2) Gal. VI. 1.  

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Message  Louis Lun 12 Avr 2021, 6:00 am


LETTRE LXXVI.

Pages 175-178.

AUGUSTIN À JÉRÔME.

Au Seigneur très-cher,
très-honoré dans les entrailles du Christ,
au saint frère et co-prêtre, Jérôme,
Augustin, salut dans le Seigneur.

SUITE

Daignez, je vous en supplie, daignez vous considérer un peu vous-même ; voyez de quelle manière vous en avez usé à mon égard; rappelez-vous, ou bien, si vous en avez gardé copie, relisez ce que vous me dites dans cette courte lettre que vous m'avez écrite par notre frère Cyprianus, aujourd'hui mon collègue.

Voyez avec quelle sincérité, quelle tendresse, quelle plénitude de charité, après m'avoir assez vivement reproché quelque chose en quoi je vous avais manqué, vous ajoutez aussitôt :

« Voilà ce qui blesse l'amitié ce qui viole les plus saintes lois. Ne nous acharnons point l'un contre l'autre comme des enfants, et ne donnons pas lieu à nos amis ou à nos détracteurs  de prendre part pour nos querelles. »

Je sens que non seulement ces paroles viennent du cœur  mais encore qu'elles sont un effet de votre bonté et de l'intérêt que vous prenez à moi. Je n'en serais pas moins persuadé quand même  vous  n'ajouteriez pas, comme vous faites : « Je vous écris de la sorte, parce que je veux avoir pour vous une amitié sincère et vraiment chrétienne, et ne rien garder dans le cœur qui ne soit conforme à ce qui est sur mes lèvres. »

O saint homme, pour qui j'ai une véritable amitié, comme Dieu, qui connaît le fond de mon cœur, m'en est témoin, les sentiments que vous exprimez dans votre lettre, et que je crois très-sincères, je ne puis douter que l'apôtre Paul ne les ait eus, non point pour chacun en particulier, mais pour les Juifs et les Grecs, pour tous les Gentils, ses enfants, qu'il avait engendrés dans l'Évangile, ou plutôt qu'il engendrait encore; pour toute cette multitude de Chrétiens, qui, dans la suite, devaient embrasser la foi, et à qui cette Épître devait être transmise; je ne prétends pas qu'il ait rien eu dans le cœur qui ne fût conforme à ce qu'il avait sur les lèvres.

Vous-même, vous vous êtes fait tel que je suis, et cela, non point par une artificieuse dissimulation, mais par une affectueuse compatissance, lorsque vous avez résolu de ne pas me laisser dans la faute où vous avez cru que j'étais tombé, et de m'en retirer, comme vous auriez voulu qu'on vous en retirât, si vous y étiez tombé vous-même.

Je vous rends donc grâces de votre bienveillance pour moi, et je vous prie en même temps de ne pas me savoir mauvais gré de ce que je vous si manifesté ma pensée intime sur ce qui me peine dans vos ouvrages.

Je désire que tout le monde en use avec moi comme j'en ai usé avec vous, et que si l'on trouve quelque chose à reprendre dans mes écrits, on ne le loue point par une basse flatterie; ou que, si on le blâme devant les autres on ne me le dissimule point à moi-même.

Voilà plutôt, je crois, ce qui blesse l'amitié, ce qui en viole les lois sacrées; car je ne sais s'il faut regarder comme une amitié chrétienne celle où on se conduit bien plus d'après cet axiome vulgaire :

La complaisance fait des amis, et la vérité attire la haine,

que d'après cette maxime du Sage : Les blessures que fait un ami valent mieux que les baisers trompeurs d'un ennemi 1.

Ainsi donc, faisons tous nos efforts…
__________________________________________________________

(1) Prov. XXVII. 6.

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Message  Louis Mar 13 Avr 2021, 6:35 am


LETTRE LXXVI.

Pages 178-181.

AUGUSTIN À JÉRÔME.

Au Seigneur très-cher,
très-honoré dans les entrailles du Christ,
au saint frère et co-prêtre, Jérôme,
Augustin, salut dans le Seigneur.

SUITE

Ainsi donc, faisons tous nos efforts pour montrer à ceux qui nous aiment et qui s'intéressent à nos ouvrages, qu'il peut arriver que des amis soutiennent des sentiments contraires, sans que néanmoins la charité en souffre, ni qu'elle se tourne en haine, quand nous disons à nos amis la vérité qui leur est due, soit que nous ayons la raison de notre côté, soit que nous nous trompions, pourvu que ce soit de bonne foi, et que nous ne gardions rien dans le cœur qui ne soit conforme à ce que nous avons sur les lèvres.

Au reste, nos frères qui vivent en société avec vous, et à qui vous rendez ce témoignage que ce sont des vases du Christ, doivent être bien persuadés que si la lettre que je vous écrivais est tombée entre les mains de plusieurs personnes, avant d'avoir pu arriver jusques à vous, à qui elle était adressée, cela est advenu contre mon gré, et que mon cœur n'en éprouve pas un médiocre chagrin. Vous dire comment la chose s'est faite, ce serait une histoire trop longue, et, si je ne me trompe, une histoire inutile; car il suffit, si l'on veut toutefois m'en croire, de protester que cela n'est point arrivé dans l'intention que l'on suppose; que, bien loin d'en avoir eu la pensée, de l'avoir ordonné, ou d'y avoir consenti, il ne m'est pas même venu dans l'esprit que cela pût arriver.

Si nos frères ne croient pas ce langage, dont je prends Dieu à témoin, je ne sais ce que je peux faire de plus. Cependant, je n'ai garde de m'imaginer qu'ils suggèrent de pareilles choses à votre Sainteté, dans la mauvaise intention de créer entre nous des inimitiés, que la miséricorde du Seigneur notre Dieu ne laissera pas naître, je l'espère; mais, sans aucun dessein de nuire, ils ont pu facilement soupçonner un homme d'une faute que l'homme peut commettre. Voilà ce que je dois croire d'eux, si ce sont des vases du Christ, et non point des vases d'ignominie , mais des vases d'honneur, des vases disposés de Dieu, dans la grande maison, pour toutes sortes de bonnes œuvres 1. Que si, après la protestation que je fais, — supposé qu'elle vienne à leur connaissance, — ils me condamnaient encore, vous voyez vous-même qu'ils ne feraient pas bien.

Quant à ce que je vous ai écrit, que je n'ai point envoyé à Rome de livre contre vous, je vous l'ai dit, parce que, ne regardant point cette lettre comme un livre, je croyais que vous vouliez parler de tout autre chose. D'ailleurs, ce n'est point à Rome que j'avais envoyé cette lettre; mais je vous l'avais adressée. Enfin, je ne m'imaginais pas que l'on pût regarder comme un libelle fait contre vous les avis que l'amitié seule me portait à vous donner, afin que vous changeassiez, si vous vous étiez trompé, ou que vous me reprissiez, si je me trompais moi-même.

Voilà ce que j'avais à dire pour vos amis; je m'adresse à vous maintenant, et vous conjure…
_________________________________________________________

(1) II. Tim. II. 20. 21.  

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Message  Louis Mer 14 Avr 2021, 7:11 am


LETTRE LXXVI.

Pages 181-185.

AUGUSTIN À JÉRÔME.

Au Seigneur très-cher,
très-honoré dans les entrailles du Christ,
au saint frère et co-prêtre, Jérôme,
Augustin, salut dans le Seigneur.

SUITE

Voilà ce que j'avais à dire pour vos amis ; je m'adresse à vous maintenant, et vous conjure, par la grâce de notre rédemption, de ne pas croire qu'il y ait ni flatterie, ni artifice dans ce que j'ai dit, en mes lettres, sur les grandes et excellentes choses que la bonté du Seigneur a mises en vous.

Si je vous ai offensé en quelque chose, pardonnez-le-moi. Je vous conjure encore de ne point outrer, par une application trop rigoureuse, ce que je vous ai appliqué de je ne sais quel poète , en quoi j'ai montré peut-être plus d'imprudence que de littérature. Aussitôt après, vous le savez, je disais que, en parlant de la sorte, je ne prétendais pas vous exhorter à recouvrer les yeux de l'esprit, que vous êtes loin d'avoir jamais perdus, mais que je voulais vous engager à examiner les choses de plus près, avec ces mêmes yeux si sains et si clairvoyants.

Tout mon dessein a donc été de vous porter à chanter, comme lui, la palinodie; ce que nous devons toujours faire, lorsque nous nous sommes éloignés de la vérité, mais non point, par l'exemple de Stésichore, de vous accuser d'aveuglement d'esprit; car je n'ai songé ni à vous attribuer, ni à craindre pour vous rien de semblable. Reprenez-moi hardiment, je vous prie, dès que vous verrez que je mérite d'être repris.

Car, encore que, selon les titres d'honneur, qui sont aujourd'hui en usage dans l'Église, l'épiscopat soit au-dessus de la prêtrise, Augustin cependant est, en bien des choses, au-dessous de Jérôme, outre que nous ne devons ni mépriser, ni rejeter les corrections de qui que ce soit de nos inférieurs.

A présent, je suis parfaitement convaincu des grands avantages qui peuvent résulter de votre version des Écritures, faite sur l'hébreu, et je vois que c'est le véritable moyen de connaître ce que les Juifs ont omis ou falsifié.

Mais je vous prie de me dire par quels Juifs il y a eu quelque chose de falsifié, si c'est par ceux qui ont traduit les Écritures avant l'arrivée du Seigneur, et dans ce cas-là, qui sont ces Juifs, quel est celui d'entre eux qui l’a fait; — ou bien si c'est par ceux qui sont venus depuis, et que l’on peut soupçonner d'avoir ôté, omis ou changé, dans les exemplaires grecs, les passages qui nous serviraient à établir contre eux la vérité de la foi chrétienne. Quant à ceux qui vivaient avant l'arrivée du Seigneur, je ne vois pas pourquoi ils auraient agi de la sorte.

Je vous prie encore de m'envoyer…

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Message  Louis Jeu 15 Avr 2021, 6:28 am


LETTRE LXXVI.

Pages 185-189.

AUGUSTIN À JÉRÔME.
Au Seigneur très-cher,
très-honoré dans les entrailles du Christ,
au saint frère et co-prêtre, Jérôme,
Augustin, salut dans le Seigneur.

SUITE

Je vous prie encore de m'envoyer la version que vous avez faite sur les Septante, et que j'ignorais que vous eussiez publiée. Je désire bien aussi lire votre traité Sur la meilleure manière de traduire, ouvrage dont vous m'avez parlé, et savoir comment on peut accorder la connaissance qu'un traducteur a des langues avec les conjectures de ceux qui expliquent et commentent les Écritures; car, bien que la foi des uns et des autres soit pure et qu'elle soit la même, il est impossible pourtant que sur plusieurs endroits obscurs il n'y ait point alors une grande diversité d'opinions.

Cette diversité ne porte cependant aucune atteinte à l'unité de la foi, puisqu'un même commentateur peut bien, sans s'écarter des règles de la foi donner à un même passage des explications différentes, lorsque, par son obscurité il en est susceptible.

Ce qui me fait désirer la version que vous avez faite sur les Septante, c'est que je voudrais me passer, autant que je le pourrais, de cette foule de traductions latines, que certains hommes, aussi téméraires qu'ignorants, ont données au public, et faire voir enfin, s'il est possible, à ceux qui m'accusent d'être jaloux de vos utiles travaux, que, si je ne fais pas lire dans les Églises votre traduction faite d'après l'hébreu, c'est pour éviter le grand scandale qui troublerait le peuple du Christ, si ce peuple, dont les oreilles et les cœurs sont accoutumés à la version des Septante, que les apôtres eux-mêmes ont approuvée, s'apercevait que nous voulussions introduire quelque chose de nouveau contre l'autorité de cette version.

C’est pourquoi, bien que; dans l'hébreu, il soit question non pas de lierre ni de citrouille, mais de je ne sais quoi d'autre, j'aimerais mieux que, dans tous les exemplaires latins, le nom de cette plante, dont il est parlé dans Jonas, et qui se soutenait sur son propre tronc, sans avoir besoin d'aucun appui, fût rendu par le nom de citrouille, car les Septante, je crois, n'ont mis ce mot que parce qu'ils savaient que la plante du prophète ressemblait à la citrouille.

Je pense qu'en voilà bien assez, peut-être même trop, pour répondre à vos trois lettres, qui m'ont été rendues, l’une, par Firmus, les deux autres, par Cyprianus. Dites-moi, ou pour mon instruction, ou pour celle d'autrui, ce que vous pensez de ma réponse.

Je mettrai plus de soin, désormais, avec la grâce du Seigneur, à ce que mes lettres vous parviennent avant de tomber en d'autres mains, qui pourraient les rendre publiques. Car je ne voudrais pas, je l'avoue, qu'il advînt aux lettres que vous m'écrivez ce qui est advenu aux miennes, chose dont vous avez grandement raison de vous plaindre.

Cependant, que nous soyons bien aises l'un et l'autre qu'il y ait dans notre amitié autant de liberté que d'affection, et ce qui nous blesserait dans les lettres l'un de l'autre, disons-nous-le réciproquement, pourvu que ce soit en un esprit où les yeux de Dieu ne voient rien de contraire à la charité fraternelle. Que si, néanmoins, vous pensez que cela ne se peut faire sans que cette charité en souffre, ne le faisons pas; car, bien que cette charité que je voudrais établir entre nous soit incontestablement la plus excellente, il vaut mieux en demeurer à une charité moins parfaite que s'il n'y en avait point du tout.

Fin de cette Lettre.

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Message  Louis Ven 16 Avr 2021, 6:08 am

LETTRE XLV.

Pages 132-135.

A MARCELLA.

Ambrosius Note (1), qui fournissait le papier, l'argent, les notarii dont usa pour écrire d'innombrables livres celui qui est notre Adamantius et notre Chalcentérus Note (2)  , dit en une lettre qu'il lui écrivait d'Athènes, que jamais il ne le vit se mettre à table sans faire faire quelque lecture; ni au lit, sans que quelqu'un des frères ne lut les Écritures saintes. Ainsi en était-il et le jour et la nuit, de façon que la lecture succédait à la prière, et la prière à la lecture.

Hommes charnels que nous sommes, qu'ayons-nous fait jamais de semblable ? à peine avons-nous lu une ou deux heures que nous bâillons d'ennui, que nous nous frottons le visage, que nous nous plaignons de la poitrine, et que nous passons à des occupations toutes mondaines, comme si nous avions beaucoup travaillé. Je ne parle pas de ces festins qui appesantissent l'esprit; j'ai honte de rappeler cette démangeaison de visites, laquelle fait que chaque jour nous allons chez autrui, ou que nous attendons ceux qui viennent chez nous. On entre en conversation, le discours s'engage, on déchire les absents, on décrie la vie de chacun, on se mord réciproquement, réciproquement on se dévore.

Voilà dans quels entretiens se passe un repas. Quand les amis se sont retirés, alors on…
_______________________________________________________________________________

Note (1) : Cet Ambrosius suivait, au rapport d'Eusèbe, [/i]Hist. eccl.[/i] VI, 15, les erreurs des Valentiniens, ou des Marcionites, selon saint Jérôme, de Script, eecl. Origène, étant venu à Alexandrie, le convertit à la religion chrétienne.

Note (2) : Chalcentérus, d'après l'étymologie grecque, veut dire qui a des entrailles de fer. Ammien Marcellin , livre XXI, donne ce nom à Didymus le grammairien. Saint Jérôme est le premier qui l'ait appliqué à Origène, pour montrer qu'il était infatigable dans le travail. C'est pour cela aussi qu'on l’appelait Adamantius, c'est-à-dire, qui est de diamant.

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