LETTRES de Saint Jérôme.

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Message  Louis Mar 23 Fév 2021, 6:08 am


LETTRE LXXII.

Pages 29-33.

AUGUSTIN À JÉRÔME.
Au Seigneur vénérable,
au frère bien-aimé, à Jérôme co-prêtre
Augustin,
salut dans le Seigneur.

SUITE

Quant à moi, si je reçois vos corrections avec docilité, je n'éprouverai pas de douleur. Et lors même que, par une faiblesse commune à tous les hommes, ou par ma faiblesse propre, je ne verrais pas sans quelque peine que l'on me corrigeât, fût-ce avec raison, toujours est-il mieux de guérir une tumeur à la tête, mais en causant quelque souffrance, que de l'épargner aux dépens de la santé. C'est ce que sentait bien celui qui a dit que des ennemis qui nous reprennent sont ordinairement plus utiles que des amis qui n'osent nous reprendre; car, ceux-là, à travers leurs emportements, nous signalent quelquefois de véritables défauts dont nous pouvons nous corriger, tandis que ceux-ci n'usent pas de toute la liberté de la justice, dans la crainte d'empoisonner les douceurs de l'amitié.

Puisque, ce vous semble, vous êtes un bœuf qui, fatigué par la vieillesse du corps, conservez néanmoins la vigueur de l'esprit, et suez d'un fructueux travail dans l'aire du Seigneur, me voilà; si j'ai dit quelque chose de mal, posez fortement sur moi votre pied. Le poids de votre âge ne me doit point être pesant, pourvu qu'il brise la paille de ma faute.

Voilà ce que je désire, voilà ce qui fait que je ne puis lire, ni me rappeler qu'en soupirant, les derniers mots de votre lettre (1). « Plût à Dieu, dites-vous, que je méritasse vos embrassements, et que, dans un mutuel entretien, nous enseignassions ou bien nous apprissions quelque chose ! » Mais moi, je dis : Plût à Dieu qu'il nous fût donné, au moins, d'habiter des lieux voisins les uns des autres, et, si nous ne pouvions avoir de fréquents entretiens, d'échanger alors de fréquentes lettres.

Maintenant, au contraire, nous sommes séparés par une bien grande distance ; il me souvient que, dans ma jeunesse, j'écrivis à votre Sainteté sur les paroles de l'Apôtre aux Galates, puis voilà que, déjà vieux , je n'ai point encore été honoré d'une réponse, et que, par je ne sais quelle occasion  rapide, la copie de ma lettre vous est arrivée plus facilement que, par mes soins, ma lettre elle-même ; car celui qui s'en était chargé ne vous l'a pas remise, et ne l'a pas davantage rapportée.

Au reste, dans vos lettres qui ont pu me tomber entre les mains, il y a tant de choses que je ne souhaiterais, pour l'avancement de mes études, rien tant que d'être attaché à vos côtés. Comme je ne le puis moi-même, je songe à vous envoyer et à mettre sous votre discipline quelqu'un de mes enfants dans le Seigneur, pourvu toutefois que vous m'honoriez d'une réponse à ce sujet. Il s'en faut bien que je vous égale, ni que je puisse jamais vous égaler dans la science des divines Écritures. Le peu que j'ai d'acquis en cette partie, je le dispense au peuple de Dieu le mieux qu'il m'est possible, mais les occupations du ministère ecclésiastique ne me permettent de m'appliquer à cette élude qu'autant que cela est nécessaire pour instruire les peuples qui m'écoutent.

Il est parvenu en Afrique je ne sais quel libelle où vous êtes fort maltraité…
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(1) La LXIX.

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Bienheureux l'homme qui souffre patiemment la tentation, parce qu'après avoir été éprouvé, il recevra la couronne de vie, que Dieu a promise à ceux qui l'aiment. S. Jacques I : 12.
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Message  Louis Hier à 6:09 am


LETTRE LXXII.

Pages 33-35.

AUGUSTIN À JÉRÔME.
Au Seigneur vénérable,
au frère bien-aimé, à Jérôme co-prêtre
Augustin,
salut dans le Seigneur.

SUITE

Il est parvenu en Afrique je ne sais quel libelle où vous êtes fort maltraité. J'ai reçu la réponse que vous y avez faite, et que vous avez daigné m'envoyer. Je vous avoue que je ne l'ai pu lire sans être vivement affligé de ce que, entre deux personnes, autrefois unies d'une si étroite amitié, et dont la liaison, formée par l'affection la plus tendre, était connue de presque tontes les Églises, il existe aujourd'hui une si funeste division.

Néanmoins, vous faites paraître dans votre lettre beaucoup de modération, et une attention spéciale à réprimer les saillies de la colère; cependant, si je n'ai pu la lire sans être pénétré de douleur et saisi de crainte, quelle impression ne me ferait pas ce que votre adversaire a écrit contre vous, si cela venait à me tomber entre les mains ! Malheur au monde,  à cause des scandales 1 ! Voilà qu'arrive, voilà que s'accomplit tout-à-fait ce que dit la vérité: Parce que l'iniquité a abondé, la charité de plusieurs se refroidira 2. Quel cœur, en effet, pourra désormais s'épancher sûrement dans un autre cœur? Vers qui l'affection pourra-t-elle se rejeter en toute tranquillité? De quel ami dorénavant ne se méfiera-t-on pas, comme d'un homme qui peut devenir un ennemi, puisque cette division qui fait notre douleur a pu s'élever entre Jérôme cl Rufin? Oh ! le triste et malheureux sort !

Combien peu nous devons compter sur ce que nous croyons savoir des dispositions présentes de nos amis, dès que nous n'avons nulle prescience des choses futures ! Mais pourquoi gémir sur ce peu de fond que l'ami doit faire sur la fidélité de son ami, puisque l'homme ne se connaît pas lui-même pour l'avenir ? Peut-être bien sait-il, quoique avec peu de certitude, quel il est à présent, mais ce qu'il doit être plus tard, il l'ignore.

Puisque nous en sommes là, je désirerais savoir non-seulement si les saints et les bienheureux anges connaissent ce qu'ils sont, mais encore…
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(1) Matth. XVIII. 7. —  (2) Ibid. XXIV. 12.

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Message  Louis Aujourd'hui à 5:24 am


LETTRE LXXII.

Pages 35-39.

AUGUSTIN À JÉRÔME.
Au Seigneur vénérable,
au frère bien-aimé, à Jérôme co-prêtre
Augustin,
salut dans le Seigneur.

SUITE

Puisque nous en sommes là, je désirerais savoir non-seulement si les saints et les bienheureux anges connaissent ce qu'ils sont, mais encore s'ils ont la prescience de ce qu'ils doivent être dans la suite. Comment le démon , lorsqu'il était bon ange a-t-ii pu être heureux, s'il prévoyait sa future iniquité, son éternel supplice? voilà ce que je ne comprends pas du tout. Je voudrais que vous me dissiez votre sentiment là-dessus, si toutefois c'est une chose qu'il soit besoin de connaître. Voyez pourtant ce que font les terres et les mers, qui nous séparent l'un de l'autre ! Si j'étais à la place de cette lettre que vous lisez maintenant, vous me répondriez sur-le-champ à ce que je vous demande. Mais à présent, quand me récrirez-vous? quand m'enverrez-vous votre lettre ? quand me parviendra-t-elle ? quand la recevrai-je? Plaise à Dieu que je la reçoive enfin; car, si ce ne peut être aussi tôt que je voudrais, j'attendrai avec toute la patience dont je suis capable.

Ainsi, j'en reviens encore à ces expressions de votre lettre, expressions si douces, si pleines de votre saint désir, et je me les approprie à mon tour : « Plût à Dieu que je méritasse vos embrassements, et que, dans un mutuel entretien, nous enseignassions ou bien nous apprissions quelque chose, » s'il est possible toutefois que je puisse vous rien enseigner ! Ces paroles, qui maintenant sont autant les miennes que les vôtres, me charment et m'encouragent, et le désir ardent, quoique inutile, que nous avons l'un et l'autre de nous voir, ne me donne pas peu de consolation.

Mais d'ailleurs je suis pénétré d'une profonde tristesse, lorsque je pense que, après avoir, largement et long-temps reçu de Dieu ce que vous aviez désiré de part et d'autre; après avoir, dans une étroite union dans une tendre amitié, goûté ensemble le miel des saintes Écritures, vous avez néanmoins entre vous aujourd'hui un ressentiment si amer. En quel temps, en quel lieu, l'amitié la plus solide ne pourra-t-elle pas appréhender ces fâcheux retours, si, dans le temps même où, déchargés du poids des affaires du siècle, et dégagés de tout, vous suiviez le Seigneur, vous viviez ensemble sur cette terre que le Christ a foulée  de pieds humains, et où il a dit : Je vous donne ma paix, je vous laisse ma paix 1 , — si, dis-je, étant l'un et l'autre avancés en âge, et uniquement absorbés par l'étude de la parole du Seigneur, telle chose néanmoins a pu vous arriver? Véritablement, c'est une tentation que la vie de l'homme sur la terre 2.

Hélas ! que ne pouvons-nous donc nous rencontrer quelque part ensemble ! Peut-être que, dans l'émotion, la douleur, la crainte qui m'agitent, je tomberais à vos pieds, je pleurerais tant que je pourrais, je prierais autant que j'aimerais. Je supplierais chacun de vous pour lui-même, je vous supplierais l'un pour l'autre , je vous supplierais pour tous les chrétiens, et surtout pour les faibles, pour qui le Christ est mort, et à qui vous donnez sur le théâtre de ce monde un si dangereux spectacle; je vous supplierais de ne point écrire ni répandre contre vous des écrits que, un jour, lorsque vous aurez fait la paix, vous ne pourrez détruire , vous qui ne pouvez maintenant vous accorder; ou que vous appréhenderez de lire, après votre réconciliation , de crainte de vous brouiller de nouveau.

Je parle franchement à votre charité…
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(1) Joan. XIV. 27 —  (2) Job. VII. 1.

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