Comment interpréter les Saintes Écritures ?

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Message  Louis Jeu 18 Mar 2021, 7:45 am


LETTRE XXXIII.

Pages 140-143.

A PAMMACHIUS.

Sur la meilleure manière de traduire.

L'apôtre Paul, ayant à se défendre, devant le roi Agrippa, des crimes qu'on lui imputait, et voyant qu'il serait compris de celui qui devait l'écouter, alors, sûr du triomphe de sa cause, il commence aussitôt par se féliciter, et dit : Je m'estime heureux, ô roi Agrippa, de me défendre aujourd'hui devant vous de toutes les choses dont les Juifs m'accusent, car vous êtes pleinement instruit de leurs coutumes et des questions qui se sont élevées parmi eux 1. L Apôtre avait lu ce que dit l'Ecclésiastique : Heureux l'homme qui parle à une oreille attentive ! 2 et il était persuadé que les paroles de l'orateur n'ont de force qu'autant que la prudence d'un jeune éclairé leur en donne. C'est pourquoi je m'estime heureux, du moins dans cette conjoncture, d'avoir à répondre, devant un personnage éclairé, aux inculpations d'une langue inhabile , qui m'accuse ou d'ignorance ou de mensonge ; — d'ignorance, s'il est vrai que je n aie pas su traduire fidèlement la lettre d'Epiphanius ; — de mensonge, s'il est vrai que je n'aie pas voulu en faire une version exacte. Dans le premier cas, il y aurait erreur ; dans le second, il y aurait crime. Ainsi , de crainte que mon ennemi, avec la liberté qu'il se donne de tout dire, qu'il s'arroge de faire impunément tout ce qui lui plaît, ne m'accuse auprès de vous comme il a accusé le pape Epiphanius, je vous écris cette lettre, afin que vous y voyiez, et que ceux qui daignent nous aimer y voient, grâce à vous, les détails de cette affaire.

Il y a environ deux ans que ledit pape Épiphanius avait écrit à l'évêque Jean une lettre, dans laquelle, après l'avoir repris de ses erreurs sur quelques dogmes, il l'exhortait ensuite avec douceur à la pénitence. On arrachait à la Palestine des exemplaires de cette lettre, tant à cause du mérite de l'auteur que de l'élégance avec laquelle elle était écrite. Il y avait alors dans notre monastère un homme qui n'est point sans considération parmi ses concitoyens, Eusébius, de Crémone. Voyant que l'éloge de cette lettre était dans toutes les bouches, et que les ignorants comme les savants admiraient l'érudition de l'auteur et la pureté de son style, il se mit à me prier instamment de la lui traduire en latin et de la lui expliquer si clairement qu'il pût la comprendre sans peine, car il n'avait nulle connaissance de la langue grecque. Je fis ce qu'il souhaitait; puis , ayant mandé un copiste, je dictai la lettre fort à la hâte, et indiquai, par de petites notes marginales, ce que renfermait chaque chapitre ; Eusébius m'avait prié de faire cela pour lui uniquement. Je le conjurai à mon tour de garder chez lui cette traduction, et de la communiquer avec beaucoup de réserve.

La chose en demeure là un an et demi, après quoi ma version, par un prestige nouveau, passa, du cabinet d'Eusébius, à Jérusalem. Un faux frère, ou gagné par argent, comme il est aisé de le comprendre, ou poussé par sa propre malice, comme s'efforce en vain de nous le persuader celui qui l'a séduit, enleva les papiers d'Eusébius, reçut la récompense de son larcin et devint un autre Judas, fournissant ainsi à mes ennemis l'occasion d'aboyer contre moi, de crier aux oreilles des ignorants que je suis un faussaire, que je n'ai pas traduit mot à mot ; que j'ai dit très-cher, au lieu de dire honorable, et que par une maligne interprétation, ce qui est infâme, je n'ai pas voulu rendre ces mots : Père très-digne de respect. Ces griefs et de semblables bagatelles, voilà tout mon crime.

D abord, avant de parler de la version, je veux …
______________________________________________________________

(1) Acte XXVI. 2. 3.(2) Eccl. XXV. 12 suivant les LXX.

_________________
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Message  Louis Ven 19 Mar 2021, 6:42 am


LETTRE XXXIII.

Pages 145-147.

A PAMMACHIUS.

Sur la meilleure manière de traduire.

SUITE

D’abord, avant de parler de la version, je veux interroger ceux qui donnent à la malice le nom de prudence, et leur dire :

« D'où tenez-vous un exemplaire de cette lettre? Qui vous l'a donné? De quel front montrez-vous ce que vous avez obtenu par des voies criminelles ? Qu'y aura-t-il de sûr parmi les hommes, si nous  ne pouvons pas même cacher nos secrets dans l’enceinte de nos murs et dans nos cabinets ? »

Si je vous accusais de ce crime devant les tribunaux, je vous ferais condamner par les lois qui, dans les choses mêmes où il va de l'intérêt du fisc, punissent la fourberie des délateurs, et qui, tout en profitant de la délation, sévissent contre le délateur; elles aiment le profit qui résulte de là, mais l'intention du dénonciateur leur déplaît. Il n'y a pas long-temps que le prince Théodose condamna Esychius, homme consulaire, à avoir la tête tranchée, par ce qu'il avait corrompu avec de l'argent le secrétaire du patriarche Gamaliel, son ennemi déclaré, et s'était saisi de ses papiers. Nous lisons, dans les anciennes histoires, qu'un maître d'école, qui avait livré les enfants des Falisques, fut livré lui-même à ces enfants, les mains liées, et renvoyé vers ceux qu'il trahissait, le peuple romain ne voulant pas d'une victoire due à la scélératesse 1.

Lorsque Pyrrhus, roi des Epirotes, se guérissait dans son camp, d’une blessure, Fabricius ne pensa pas que l'on pût sans crime faire périr le prince par la trahison de son médecin, et renvoya à son maître ce misérable chargé de chaînes, montrant ainsi qu'il condamnait même un forfait commis sur la personne d'un adversaire.

Ce que les lois publiques, ce que les ennemis gardent soigneusement, ce qui est saint dans les guerres et au milieu des épées, n'a pas été en sûreté pour nous, au milieu des moines et des prêtres du Christ. Et il s'en trouve parmi eux qui, d'un air fier et arrogant, viennent vous dire : « Que voulez-vous? Si quelqu'un, à force d'argent et de sollicitations, s'est procuré les papiers d'Eusébius, il a fait ce qu'il était de son intérêt de faire. » Admirable justification du crime! comme si les brigands, les voleurs et les pirates ne faisaient pas également ce qu'il est de leur intérêt de faire ! Certes, Anne et Caïphe, en séduisant l'infortuné Judas, firent bien ce qu'ils pensaient devoir leur être utile.

Si je veux jeter sur le papier toutes les fadaises qui me passent par la tête…
_________________________________________

(1) Tit. Liv. Dec. I lib. V.

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Message  Louis Sam 20 Mar 2021, 7:17 am


LETTRE XXXIII.

Pages 147-151.

A PAMMACHIUS.

Sur la meilleure manière de traduire.

SUITE

Si je veux jeter sur le papier toutes les fadaises qui me passent par la tête, interpréter les Ecritures, piquer vivement ceux qui me blessent, exhaler ma bile, m'exercer sur des lieux communs, et mettre cela en réserve comme des flèches bien aiguisées pour m'en servir dans l'occasion, tant que je ne produis point mes pensées au dehors, elles sont des médisances, mais non pas des crimes; que dis-je ? ce ne sont pas même des médisances, puisqu'il n'en va rien aux oreilles du public.

Il n'appartient qu'à toi de corrompre des serviteurs, de gagner des clients par tes sollicitations, puis, à la faveur de l'or, comme on lit dans la fable, de pénétrer jusqu'à Danaé, et ensuite, dissimulant tes artifices, de me traiter de faussaire, alors que, par cette accusation, tu dévoiles en toi un crime beaucoup plus grand que celui que tu me reproches. Celui-ci t'appelle hérétique, celui-là t'accuse d'avoir corrompu les dogmes de la foi. Tu gardes le silence; tu n'oses répondre ; tu déchires le traducteur de la Lettre, tu l'attaques sur des syllabes, et tu te crois pleinement justifié quand tu as calomnié un homme qui ne te dit mot.

Supposons que, dans ma traduction, je me sois trompé en quelque point, ou que j'aie omis quelque chose, — car voilà tout ce qui fait le sujet de la querelle, et c'est par cet endroit seul que tu te justifies, — n'es-tu donc point hérétique, si je suis, moi, un mauvais interprète? Et je ne dis pas que je te regarde comme hérétique ; je laisse à. celui qui t'a accusé de l'être, qui a écrit que tu l'es, je laisse le soin de connaître la chose, mais je trouve qu'il n'est rien de plus ridicule que d'accuser quelqu'un, lorsqu'on est accusé soi-même ; et quand on a le corps tout couvert de blessures, de blesser un homme qui dort, afin de se consoler ainsi.

Jusqu'à présent j'ai parlé comme si j'avais, en effet, changé quelque chose à la lettre d'Epiphanius ; je me suis contenté de montrer que, si l'on trouve des fautes dans ma traduction, il n'y a rien dont on puisse me faire un crime. Mais, comme il est facile de prouver, par la lettre même, que je n'en ai point changé le sens, que je n'y ai rien ajouté, que je n'ai rien supposé, mes accusateurs font bien voir, avec toute leur habileté, qu'ils n1y entendent rien, et, en voulant découvrir l'impéritie d'autrui, ils dévoilent la leur. Pour moi, non-seulement je confesse, mais encore je déclare hautement que, dans la traduction des livres grecs, excepté lorsqu'il s'agit des Ecritures saintes, où l'ordre même des mots renferme quelque mystère, je ne m'attache point à rendre mot pour mot, et que je me borne à rendre le sens de l'auteur. En cela, j'ai pour guide Cicéron, qui a traduit le Protagoras Note (1) de Platon, l'Economique de Xénophon, et les deux belles oraisons qu'Eschine et Démosthènes ont faites l'un contre l'autre.

Ce n'est point ici le lieu de montrer combien il a omis de choses, combien il en a ajouté, combien il en a changé, afin d'accommoder les expressions d'une langue aux expressions de l'autre.

Il me suffit d'avoir l'autorité de cet habile interprète qui, dans la préface sur ces mêmes oraisons , s'exprime ainsi : « J'ai cru devoir entreprendre un travail, peu nécessaire pour moi en particulier, mais qui sera utile aux esprits studieux. J'ai donc traduit les deux célèbres plaidoyers que les deux plus grands orateurs de l'Attique, Eschyne et Démosthènes Note (2), ont prononcés l'un contre l'autre, et je les ai traduits, non pas en interprète, mais en orateur, conservant les pensées et leurs différentes formes, employant les figures et les termes propres au génie de notre langue  ; je n'ai pas cru que ce fût une nécessité de rendre mot pour mot, mais j'ai voulu reproduire tout le caractère, toute la force des expressions. Il m'a semblé que je devais au lecteur, non pas de compter, mais de peser les mots.»

Cicéron dit encore, à la fin de cette préface…
_________________________________________________________________________

Note (1) : LE PROTAGORAS DE PLATON.  — « Il nous reste trop peu de chose de ce travail, pour juger comment Cicéron l'avait exécuté. Le dialogue de Platon est dirigé contre les sophistes ; peut-être le philosophe romain , qui voulait combattre Épicure , a-t-il travaillé sur cet ouvrage pour s'exercer à défendre, contre les systèmes faux ou dangereux , la raison et la vertu.

» Il paraît que l'Economique de Cicéron n'était souvent qu'une imitation de celui de Xénophon ; la division en trois livres , et surtout quelques-uns des passages conservés nous engagent à le croire. Ce traité est fort souvent cité par les anciens, et les interprétations adoptées dans le texte latin, étaient de quelque poids en agriculture, car Pline dit, XVIII, 25: Hoc Cicero noster imbre fieri interpretatus est. Ce n'était cependant qu'un des premiers essais de la jeunesse de l'auteur. Saint Jérôme s'exprime ainsi, dans la préface de la Chronique d'Eusèbe : In Xenophontis OEconomico lusit, et Cicéron nous apprend lui-même, de Offic.. , II, 24 , qu'il l'écrivit an même âge qu'avait le jeune Marcus , lorsque son père lui adressa son traité des Devoirs , c'est-à-dire , vingt et un ou vingt-deux ans : Has res commodissime Xenophon Socraticus persecutes est, in eo libro qui Œconomicus inscribitur; quem nos, fere ista ætate cum essemus qua es tu nunc, e græco in latinum convertimus.. Le choix d'un tel ouvrage annonçait déjà cet esprit d'ordre et cette prudence qui régla tonte la conduite de sa vie.

» Quintilien , exhortant les jeunes Romains à se former l'esprit et le goût par la traduction des auteurs grecs, leur citait, comme d'illustres exemples, ces travaux de Cicéron : Qui etiam libros Platonis atque Xenophontis  edidit  hoc genere translatos, X , 5. Aujourd'hui, chez tous les peuples sensibles à la gloire des lettres , ces conseils n'ont rien perdu de leur sagesse , ni ces exemples , de leur autorité. » Le Clerc. Œuvress de Cicéron , tom. XII, pag. 306.


Note (2) : ESCHINE et  DÉMOSTHÈNES. — Ce fut vers L’an 708 que Cicéron traduisit ces deux harangues. « L’ Économique est bien antérieur à cette époque; mais dans le Timée, il suit le même système; il paraphrase souvent plutôt qu'il ne traduit; il prodigue les mots avec une riche fécondité ; il ne renonce jamais à la pompe ni à la majesté de son style , et on s'aperçoit que le grand orateur , qui eut toute sa vie devant les yeux le sénat et le peuple romain , ne veut pas plier son orgueilleuse période aux  tournures simples et suivies des disciples de Socrate. » Le Clerc , ibid. , pag. 303.

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Message  Louis Dim 21 Mar 2021, 7:00 am


LETTRE XXXIII.

Pages 151-157.

A PAMMACHIUS.

Sur la meilleure manière de traduire.

SUITE

Cicéron dit encore, à la fin de cette préface. « J'aurai, comme je l'espère, reproduit leurs discours, en conservant toutes les beautés qu'ils offrent, c'est-à-dire, les pensées, les figures, l’ordre des choses, et en ne m'attachant aux expressions qu'autant qu'elles peuvent s'accommoder aux usages de notre langue. Si toutes ne se trouvent pas traduites,  je me suis efforcé, du moins, d'en rendre l'esprit. »

Horace lui-même, cet homme si pénétrant et si docte, recommande la même chose, dans l'art poétique, à un habile interprète;

Ne va pas, traducteur trop fidèle,
Sans y changer un mot, répéter ton modèle.


HORACE. Épître aux Pisons.

Térence a traduit Ménandre; Plaute et Cécilius ont traduit les anciens comiques, mais s'attachent-ils scrupuleusement aux paroles, et, dans leur version, ne s'efforcent-ils pas davantage de conserver la beauté et l'élégance de l'original? Ce que vous appelez, vous, une traduction fidèle, les savants nomment cela une sotte imitation. De là vient que, formé par de tels hommes, et dès lors imbu de leurs maximes e[r]ronnées, dont je ne prévoyais pas que vous me feriez quelque jour un crime, je disais, quand, il y a près de vingt ans, je traduisis en latin la chronique d'Eusébius, de Césarée, je disais, entre autres choses, dans la Préface :

« Il est difficile à celui qui suit un auteur pas à pas de ne point broncher quelque part; il est difficile que ce qui est bien dit en une langue conserve la même beauté dans une version; l'on a désigné quelque chose par la propriété d'un mot; je n'ai pas de terme qui exprime cela, et, tandis que je cherche à rendre la même pensée, je prends un long détour pour faire peu de chemin. Viennent les brusques transpositions de mots, les différences de cas, les diversités de figures; vient enfin le caractère propre, et, en quelque sorte, le caractère domestique de la langue. Si je traduis mot à mot, je ne dis que des absurdités; si je suis forcé de déplacer ou de changer quelque chose, on dira que je n'agis plus en interprète. »

Après plusieurs choses, qu'il est inutile de répéter ici, j'avais ajouté :

« Si quelqu'un prétend que, dans la traduction, une langue ne perd rien de sa beauté, qu'il traduise Homère en latin, et mot à mot; je dis plus, qu'il le traduise en prose, dans la langue même du poète, et vous verrez que tout sera ridicule, que tout sera renversé, et que le poète si éloquent bégaiera à peine. »

Mais, comme mon autorité en ceci n'est pas d'un grand poids, — j'ai seulement voulu prouver, au surplus, que, depuis ma jeunesse, toujours je me suis attaché au sens et non point à la lettre, dans la traduction, — lisez, sur cette matière, la petite préface qui se trouve en tête du livre où est racontée la vie de saint Antoine.

« Une traduction calquée mot à mot sur l'original, dit l'auteur, en rend le sens obscur, et, comme sous des herbes luxuriantes, étouffe le blé, car, lorsqu'on s'asservit aux expressions et aux figures, c'est à peine si l'on explique par un long détour ce que l'on aurait pu dire en quelques mots. Ainsi, pour éviter cet écueil, dans la traduction que vous m'avez demandée de la Vie du bienheureux Antoine, j'ai fait en sorte que s'il manque quelque chose des mots, toutefois il ne manque rien du sens. Que d'autres s'attachent aux lettres et aux syllabes; pour vous, cherchez les pensées. »

Le jour expirerait que je n'aurais point encore apporté le témoignage de tous ceux qui, en traduisant, se sont bornés à rendre le sens…

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Message  Louis Lun 22 Mar 2021, 6:38 am


[
LETTRE XXXIII.

Page 157

A PAMMACHIUS.

Sur la meilleure manière de traduire.

SUITE

Le jour expirerait que je n'aurais point encore apporté le témoignage de tous ceux qui, en traduisant, se sont bornés à rendre le sens. Il me suffira pour le moment de citer Hilaire le confesseur, qui a traduit du grec en latin des Homélies sur Job, plusieurs traités sur les psaumes, et qui, au lieu de s'assujettir à une littéralité languissante, de se restreindre en une interprétation plate et gênée, a fait passer dans sa langue la pensée des auteurs, pour ainsi dire captive, et en a disposé en vainqueur.

Il n'est pas étonnant que les écrivains, soit profanes, soit ecclésiastiques aient agi de la sorte, puisque les Septante, les Évangélistes et les Apôtres en ont usé de même pour les volumes sacrés.

Dans saint Marc, nous lisons que le Seigneur dit : Talitha cumi 1, et l'évangéliste ajoute aussitôt: Ce qui signifie : Jeune fille, je te l'ordonne, lève-loi. Que l'on accuse donc l'Évangéliste parce qu'il a ajouté : Je te l'ordonne, tandis que l'hébreu porte seulement : Jeune fille, lève-toi. C'est pour parler avec plus de force, et pour montrer la pensée de celui qui appelait et qui ordonnait, que l'écrivain ajoute : Je te l'ordonne.

Saint Matthieu, après avoir dit que le traître Judas rendît les trente pièces d'argent et que l'on acheta…
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(1) Marc. V. 41.

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Message  Louis Mar 23 Mar 2021, 6:44 am


LETTRE XXXIII.


Pages 157-161.

A PAMMACHIUS.

Sur la meilleure manière de traduire.

SUITE

Saint Matthieu, après avoir dit que le traître Judas rendît les trente pièces d'argent et que l'on acheta avec cela le champ d'un potier, ajoute aussitôt : Alors fut accompli ce qui a été écrit par le prophète Jérémie, disant : Ils ont reçu les trente pièces d'argent, qui étaient le prix de celui qui a été mis à prix, et qu'ils ont acheté des enfants d'Israël, puis ils les ont donnés pour acheter le champ du potier, comme le Seigneur me l'a ordonné 1.

Ce passage ne se trouve point dans Jérémie; il est dans Zacharie, mais en des termes bien différents et en un ordre tout autre ; car voici ce que porte la Vulgate  Note (4) : Et je leur dirai : Si vous jugez que cela soit juste, donnez-moi ma récompense, ou refusez-la-moi. Et ils pesèrent ma récompense, trente pièces d'argent. Et le Seigneur me dit: Fais passer les pièces par le creuset, et juge s'il vaut ce qu'ils m'ont estimé. Et je pris les trente pièces d'argent, et je les mis dans la maison du Seigneur, pour qu'elles fussent jetées au creuset 2.

Il est aisé de voir par là combien le passage cité par l'Évangéliste diffère de la version des Septante. Le sens, dans l'hébreu, est le même qu'ici; mais l'ordre en est renversé, et les termes présentent quelque différence. L'hébreu porte donc : Et je leur dis, si vous jugez que cela soit juste, donnez-moi ma récompense; sinon, ne le faites pas. Et ils pesèrent ma récompense, trente deniers d'argent. Et le Seigneur me dit : Jette au statuaire cet argent, cette belle somme à laquelle ils m'ont évalué. Et je pris les trente pièces d'argent, et j'allai en la maison du Seigneur les jeter au Statuaire 3.

Que l'on accuse aussi de fausseté l'Apôtre, qui ne s'accorde ni avec l'hébreu ni avec les Septante, et qui, — la chose est bien plus grave, — se trompe sur les noms, puisqu'il cite Jérémie, au lieu de Zacharie.

Mais à Dieu ne plaise que nous parlions ainsi d'un disciple du Christ, qui, loin de s'arrêter aux lettres et aux syllabes, ne s'est attaché qu'à exprimer le sens des Écritures.

Venons à un autre passage du même Zacharie…
_________________________________________________________________

(1) Matth. XXVII. 9.(2) Zach, XI. 12.  — (3) Ibid. XI. 12. 13.

Note (4) : Cette Vulgate était une version latine faite sur celle des Septante, et qui était en usage du temps de saint Jérôme.  

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Message  Louis Mer 24 Mar 2021, 7:10 am


LETTRE XXXIII.

Pages 161-165.

A PAMMACHIUS.

Sur la meilleure manière de traduire.

SUITE

Venons à un autre passage du même Zacharie, que Jean l'évangéliste rapporte d'après le texte hébreu, à la place de ces mots: Ils verront celui qu'ils ont percé; nous lisons dans les Septante: Ils jetteront les yeux vers moi, à cause de ta colère à laquelle ils se sont livrés; ce que les Latins ont rendu ainsi: Ils jetteront les yeux vers moi, à cause des insultes, ou des outrages qu'ils m'auront faits. La version des Septante et la nôtre ne sont point d'accord avec l'Évangéliste, et cependant cette différence dans les expressions n'empêche point l'unité de sens et d'esprit.

Nous voyons aussi, dans saint Matthieu, que le Seigneur, prédisant à ses apôtres qu'ils l'abandonneraient 1, confirme ces paroles par un passage de Zacharie: Il est écrit, dit-il, je frapperai le pasteur, et les brebis seront dispersées 2. Ici, je me l'imagine, l'Évangéliste sera condamné par la sagesse de certains hommes, pour avoir osé attribuer à Dieu les paroles du Prophète.

Le même Évangéliste rapporte que Joseph, sur l'avertissement de l'ange, prit l'enfant et sa mère, et se retira en Égypte, où il demeura jusqu'à la mort d’Hérode, afin que fût accompli ce que le Seigneur avait dit par le prophète : J'ai appelé d'Égypte mon Fils 1 . Ce passage ne se trouve point dans nos exemplaires, mais il y a dans Osée, suivant le texte hébreu : Israël est un petit enfant, et je l'ai aimé, et j'ai rappelé d'Égypte mon Fils 2. À la place de ces paroles, la Version des Septante porte, au même endroit : Israël est un petit enfant, et je l'ai aimé, et j'ai rappelé de l’Égypte ses enfants. Faut-il donc répudier ces interprètes, parce que ce passage, qui regarde spécialement la mystérieuse vocation du Christ, ils l'ont traduit d'une autre manière? Ne doit-on pas plutôt les excuser, car ils sont hommes, et, suivant ce que dit saint Jacques : Nous faisons tous beaucoup de fautes; si quelqu'un ne commet point de faute dans ses paroles, c'est un homme parfait et il peut tenir tout le corps en bride 3.

Quant à ce que nous lisons encore dans le même Évangéliste : Et il vint habiter en une ville qui est appelée Nazareth, afin que s'accomplît ce qui a été dit par les prophètes : Il sera appelé Nazaréen 4; que les maîtres de la langue et les juges dédaigneux de tous les interprètes nous disent où ils ont lu ce passage, et apprennent qu'il se trouve dans Isaïe 5. En effet, à l'endroit où nous lisons, comme j'ai traduit : Il  sortira un rejeton de la tige de Jessé, et une fleur naîtra  de sa racine, l'hébreu porte, suivant l'idiome de cette langue : Il sortira un rejeton de la tige de Jessé, et un Nazaréen naîtra de sa racine. Pourquoi les Septante ont-ils omis le terme de Nazaréen, s'il n'est pas permis de traduire un mot par un autre mot? C'est un sacrilège d'avoir ou supprimé ou ignoré le sens d'un mot qui renferme un mystère.

Poursuivons, car les bornes resserrées d'une lettre ne permettent pas de s'arrêter longtemps sur chaque passage en particulier…

_____________________________________________________

(1) Matth. XXVI. 31.(2) Zach, XIII. 7.  —  (1) Matth. II. 15. —  (2) Osée. XI. 1. —  (3) Jac. III. 2. —  (4) Matth. II. 23. (5) Is. XI. 1.

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Message  Louis Jeu 25 Mar 2021, 6:56 am


LETTRE XXXIII.

Pages 165-169.

A PAMMACHIUS.

Sur la meilleure manière de traduire.

SUITE

Poursuivons, car les bornes resserrées d'une lettre ne permettent pas de s'arrêter longtemps sur chaque passage en particulier. Saint Matthieu dit encore : Tout cela arriva, pour que s'accomplit ce dont le Seigneur avait parlé par le prophète disant 1:  — Voici, la Vierge aura dans son sein, et elle enfantera un fils, et l'on appellera son nom Emmanuel 2, ce que les Septante ont traduit de la sorte : Voici, la Vierge recevra dans son sein, et elle enfantera un fils, et vous appellerez son nom Emmanuel.

Si l'on attaque jusqu'aux paroles, il est certain qu'il y a de la différence entre aura dans son sein, et recevra dans son sein ; entre on l'appellera et vous l'appellerez. Or, nous lisons dans l'hébreu : Voici, la Vierge concevra et elle enfantera un fils, et elle appellera son nom Emmanuel. Ce nom ne lui sera pas donné par Achaz, qui est accusé d’infidélité, ni par les Juifs, qui doivent renier le Seigneur, mais, dit le prophète, il le recevra de celle même qui aura conçu, de la vierge même qui aura enfanté.

Nous lisons encore, dans saint Matthieu, que, lors de l'arrivée des Mages, Hérode fut troublé, et que, ayant fait assembler les scribes et les prêtres, il leur demanda où devait naître le Christ, et qu'ils lui répondirent : A Bethléhem de Juda, car il est ainsi écrit dans le prophète 1 : — Et toi, Bethléhem, terre de Juda, tu n'es point la moindre entre les chefs de Juda, car de toi sortira le conducteur qui régira mon peuple d'Israël 2. Ce passage est traduit ainsi dans la Vulgate: Et toi, Bethléhem, maison d'Ephrata, tu es trop petite pour tenir une place parmi les nombreuses cités de Juda, mais c'est de toi que me viendra celui qui doit régner en Israël.

La différence qu'il y a entre saint Matthieu et les Septante, soit pour les mots, soit pour leur arrangement, étonnera davantage, si l'on consulte l'hébreu, qui porte : Et toi Bethléhem Ephrata, tu es la plus petite parmi les nombreuses cités de Juda, mais de toi me viendra celui qui doit être le dominateur en Israël.

Examinez les unes après les autres les paroles de l'Évangéliste. Et toi, Bethléhem, terra de Juda. Au lieu de terre de Juda, il y a dans l'hébreu : Ephrata ; et, dans les Septante : Maison d'Ephrata. Au lieu de: Tu n'es pas la moindre entre les chefs de Juda, on lit dans les Septante : Tu es trop petite pour prendre place entre toutes les villes de Juda. On lit ensuite dans l'hébreu : Tu es très-petite entre toutes les cités de Juda. Le sens est tout différent; il n'y a que les Septante et l'hébreu qui s'accordent.

Car l'évangéliste dit que Bethléhem n'est pas la moindre d'entre les principales villes de Juda, tandis que l'on dit d'un autre côté : Tu es, en effet, très-petite et peu considérable, mais c'est de toi néanmoins, de toi petite et peu considérable, que sortira le chef d'Israël, selon ces paroles de l'Apôtre : Dieu a choisi les choses faibles dans le monde, afin de confondre les choses fortes 1.

Quant aux paroles qui viennent ensuite: pour conduire, ou bien pour nourrir mon peuple d'Israël, il est manifeste qu'elles ne s'accordent pas avec celles du prophète.

Je suis entré dans ces détails, non point pour accuser les évangélistes de s'être trompés, car je laisse une pareille tâche à des impies comme Celsus, Porphyrius et Julianus…
_______________________________________________________

(1) Matth. I. 22. —  (2) Is. VII. 14. —  (1) Matth. II. 5. —  (2) Mich. V. (1) I. Cor. I. 27.

_________________
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Message  Louis Ven 26 Mar 2021, 7:06 am


LETTRE XXXIII.

Pages 169-173.

A PAMMACHIUS.

Sur la meilleure manière de traduire.

SUITE

Je suis entré dans ces détails, non point pour accuser les évangélistes de s'être trompés, car je laisse une pareille tâche à des impies comme Celsus, Porphyrius et Julianus, mais pour confondre l'ignorance de mes censeurs, et pour les forcer de me permettre, dans une simple lettre, ce que, bon gré, mal gré, ils seront bien obligés de pardonner aux apôtres, dans les saintes Écritures.

Marc, disciple de Pierre, commence ainsi son Évangile : Commencement de l'Évangile de Jésus-Christ, Ainsi qu'il est écrit dans le prophète Isaïe ; Voilà, j'envoie devant ta face mon ange qui, marchant devant toi, te préparera le chemin. Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez la route du Seigneur; rendez droits ses sentiers. Ce passage est tiré de deux prophètes, de Malachie et d'Isaïe. Car, ce qui vient d'abord : Voilà, j’envoie devant ta face mon ange, qui, marchant devant toi, te préparera le chemin, se trouve à la fin de Malachie 2 ; ce qui arrive ensuite : Voix de celui qui crie dans le désert, se trouve en Isaïe.

Or, comment l'évangéliste Marc a-t-il pu dire, dès le début de son volume : Ainsi qu'il est écrit dans le prophète Isaïe: Voilà, j'envoie mon ange, puisque ces paroles se trouvent, non point dans Isaïe, nous l'avons dit, mais dans Malachie, le dernier des douze prophètes? Que l'inhabile présomption résolve cette petite difficulté, et alors je demanderai pardon de mon erreur.

Le même évangéliste Marc nous montre le Sauveur disant aux Pharisiens : N'avez-vous jamais lu ce que fit David, quand la nécessité le pressait, et qu'ils eurent faim, lui et ceux qui étaient avec lui?Comment il entra dans la maison de Dieu, au temps du grand-prêtre Abiathar, mangea les pains de proposition, quoiqu'il ne fût permis qu'aux prêtres d'en manger 1 ? Lisons Samuel, ou bien les livres des Règnes 2, comme on dit communément, et nous y verrons qu'il s'appelle non point Abiathar, mais Abimelech le pontife qui plus tard, sur l'ordre de Saül, fut tué par Doeg avec les autres prêtres.

Venons à l'apôtre Paul. II écrit aux Corinthiens : car, s'ils eussent connu la sagesse de Dieu, ils n'eussent pas crucifié le Seigneur de la gloire,  de la gloire dont il est écrit que l'œil n'a point vu, que l'oreille n'a point entendu, que le cœur de l'homme n'a point compris ce que Dieu a préparé à ceux qui l'aiment 3.

Certaines gens, ajoutant ici foi aux rêveries des livres apocryphes. prétendent que ce passage est tiré de l'Apocalypse d'Elie, tandis que dans Isaïe, on lit, suivant l'hébreu : Depuis le commencement des siècles, les hommes n'ont point entendu, l'oreille n'a point ouï, l'œil n'a point vu, mais seul, ô mon Dieu, vous savez ce que vous avez préparé à ceux qui vous attendent. Les Septante ont rendu cela d'une manière toute différente : Depuis le commencement des siècles, nous n'avons point entendu et nos yeux n'ont point vu Dieu ; — vous seul avez entendu et vu; — ni vos propres ouvrages, et vous ferez miséricorde à ceux qui vous attendent. Nous savons d'où est tiré ce passage, et néanmoins l'Apôtre, au lieu de le traduire mot pour mot, l'a paraphrasé et en a exprimé le sens en d'autres termes.

Dans l'Épître aux Romains, le même apôtre Paul, citant un endroit d'Isaïe :…
___________________________________________________________________________

 (2) Malach. III. 3. —   (3) Is. XL. 3. —   (1) Marc. II. 25. 26. —   (2) I. Reg. XXI. —   (3) I. Cor. II. 8. 9.

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Message  Louis Sam 27 Mar 2021, 6:55 am


LETTRE XXXIII.

Pages 173-177.

A PAMMACHIUS.

Sur la meilleure manière de traduire.

SUITE

Dans l'Épître aux Romains, le même apôtre Paul, citant un endroit d'Isaïe : Voilà, dit-il, que je mettrai en Sion la pierre d'achoppement, la pierre de scandale 1 . Or, ceci est conforme au texte hébreu, mais ne s'accorde point avec l'ancienne version, car les Septante nous offrent un sens tout différent. Vous ne vous heurterez point contre cette pierre d'achoppement, disent-ils, cette pierre qui est une cause de ruine.

L'apôtre Pierre s'exprime comme les Hébreux et comme Paul, en disant : Il est  pour les incrédules une pierre d'achoppement, une pierre de scandale 2.

D'après tout cela, c'est chose manifeste, que, dans l'interprétation des anciennes Écritures, les Apôtres et les Évangélistes s'attachaient au sens et non point aux paroles; qu'ils ne s'inquiétaient guère des termes ni de l'arrangement des mots, pourvu que leur pensée fut nettement exprimée.

L'évangéliste Luc, cet homme apostolique, rapporte que le premier martyre de Jésus-Christ, Étienne, parlant dans une assemblée juive, disait : Jacob descendit en Égypte, avec soixante-quinze personnes, et il y mourut et nos Pères furent transportés à Sichem, et ils furent placés dans le sépulcre qu'Abraham acheta, à prix d'argent, des enfants d'Emor, père de Sichem 1 . Ce passage se trouve, dans la Genèse, d'une manière toute différente, car il y est dit que, pour la somme de quatre cents dragmes d'argent, Abraham acheta d'Ephron, Hethéen, fils de Séor, une caverne double, avec un champ attenant à cette caverne, près d'Hébron, et qu'il y ensevelit Sara, son épouse.

Nous lisons encore dans le même livre que Jacob, revenant de Mésopotamie, avec ses femmes et ses enfants, dressa sa tente devant Salem, ville des Sichimites, dans le pays de Chanaan; qu'il y demeura; que, pour le prix de cent agneaux, il acheta d'Emor, père de Sichem, une partie du champ où il avait dressé ses tentes; qu'il y éleva un autel, et qu'il adora là le Dieu d'Israël. —  Ce ne fut pas d'Emor, père de Sichem, qu'Abraham acheta une caverne ; ce fut d'Ephron, fils de Séor ; et il fut enseveli non point à Sichem, mais à Hébron, que l'on appelle par corruption Arboch. Les douze patriarches ne furent point ensevelis à Arboch; ils le furent à Sichem, et le champ fut acheté non point par Abraham, mais par Jacob. Je diffère la solution de cette petite difficulté, afin que mes détracteurs la cherchent et comprennent que, dans les Écritures, il faut considérer non pas les expressions, mais bien le sens.

Le vingt et unième psaume, selon l'hébreu, commence par les paroles mêmes que le Seigneur prononça sur la croix: Eli, Eli, lamma azabthani, ce qui signifie : Mon Dieu, mon Dieu, d'où vient que tu m'as abandonné? Que l'on me dise pourquoi les Septante ont intercalé ici : Jette les yeux sur moi, car ils ont traduit de cette manière : Mon Dieu, mon Dieu, jette sur moi les yeux, d'où vient que tu m'as délaissé ? On me répondra, sans doute, que l'addition de deux mots ne porte aucune atteinte au sens des Écritures; et moi, je répondrai de même que l'Église ne peut courir aucun danger, parce que en dictant un ouvrage à la hâte, j'aurai omis quelques mots.

Il serait trop long de rappeler tout ce que les Septante ont ajouté, tout ce qu'ils ont omis…
_____________________________________________________________

 (1) Is. VIII. 14. —   (2) I. Petr. II. 8. —   (1) Act. VII. 15. 16.

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Message  Louis Dim 28 Mar 2021, 5:58 am


LETTRE XXXIII.

Pages 177-181.

A PAMMACHIUS.

Sur la meilleure manière de traduire.

SUITE

Il serait trop long de rappeler tout ce que les Septante ont ajouté, tout ce qu'ils ont omis ; ces choses-là se trouvent indiquées par des obèles Note (5) et des astérisques, dans les exemplaires de l'Eglise ; car, lorsque les Hébreux nous entendent lire, en Isaïe : Heureux celui qui a des enfants dans Sion, et des domestiques dans Jérusalem 1, ils ont coutume de se moquer de nous; ils se moquent aussi de nous, lorsque, dans Amos, après la description que ce prophète présente de la mollesse des Israélites, nous venons à dire : Ils ont regardé cela comme quelque chose de durable, et non pas comme des biens qui échappent 2.

De telles paroles sentent, en effet, la rhétorique, et tiennent de la manière de Cicéron. Quel parti prendrons-nous donc à l'égard des livres authentiques, dans lesquels ces passages et autres semblables ne se trouvent pas, et qui, si nous voulions les citer, réclameraient une infinité de volumes ? Or, tout ce qu'ils ont omis, on peut, comme je disais, le voir ou par les astérisques, ou bien par ma traduction, si l'on veut, lecteur exact, la confronter avec l'ancienne version. Néanmoins c'est à bon droit que la traduction des Septante est reçue dans les Églises, soit parce qu'elle est la première, et qu'elle a été faite avant la venue du Christ, soit parce qu'elle est suivie par les Apôtres, dans les choses toutefois où elle ne diffère pas de l'hébreu.

Quant à Aquila, ce


Comment interpréter les Saintes Écritures ? Page_174Comment interpréter les Saintes Écritures ? Page_175

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(1) Is. XXXI. 9, selon les Septante.  — (2) Amos. VI. 4, selon les Septante.

Note (5) : Un obèle est un signe en forme de petite broche ; Origène et saint Jérôme s'en servirent pour indiquer ce que les Septante avaient ajouté dans leur version. Ce mot, qui est purement grec, a été oublié dans la récente édition du Dictionnaire de l'Académie.

Un astérisque estime marque dont les mêmes Pères se servirent pour indiquer ce qui se trouvait omis parles interprètes. L'astérisque des anciens avait la forme de la lettre X , avec un point à chacun des quatre angles , au lieu que notre astérisque est en forme d'étoile *.


Note (6):
Comment interpréter les Saintes Écritures ? Page_176

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Message  Louis Lun 29 Mar 2021, 6:32 am


LETTRE XXXIII.

Page 183.

A PAMMACHIUS.

Sur la meilleure manière de traduire.

SUITE

J'eus toujours de la vénération non point pour une verbeuse rusticité, mais pour une pieuse simplicité. Que celui qui se vante d'imiter les Apôtres dans leur langage, commence d'abord par les imiter dans leurs vertus. L'éclat de leur sainteté faisait excuser la simplicité de leurs paroles, et les syllogismes d'Aristote, les arguties contournées de Chrysippus, un mort ressuscité servait à les anéantir; mais il est ridicule à quelqu'un de nous, qui vivra au sein des trésors de Crésus, et des plaisirs de Sardanapale, de se glorifier d'une impolitesse affectée, comme si ce n'étaient que des voleurs et des scélérats ceux à qui l'éloquence échoit en partage; comme si les brigands cachaient dans les ouvrages des philosophes, et non pas dans les troncs des arbres, leurs glaives ensanglantés.

J'ai dépassé les bornes d'une lettre , mais je n'ai pas dépassé les limites de ma douleur, car, moi que l'on traite de faussaire, que l'on déchire dans les cercles de femmes occupées à leurs rouets et à leur laine, je me contente de repousser le crime dont on me charge, et n'use pas de récrimination. Je soumets donc tout à ton jugement; tâche de lire la Lettre et en grec et en latin, puis tu comprendras aussitôt l'absurdité des accusations de mes ennemis, l'ignominie de leurs reproches. Au surplus, il me suffit d'avoir instruit de cette affaire un ami qui m'est très-cher, et dorénavant je n'ai qu'à attendre, caché dans ma cellule, le jour du Seigneur. J'aime bien mieux, si cela se peut, et si mes ennemis le permettent, écrire des Commentaires sur les Écritures que des Philippiques à la manière de Démosthènes et de Cicéron Note (7)  .

______________________________________________________________________________

Note (7) : Telles que sont les oraisons de Démosthènes contre Philippe, roi de Macédoine, et celles de Cicéron contre Marcus Antonius.

Fin de cette Lettre.

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