L'âme humaine est-elle immortelle ?

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Mer 08 Nov 2017, 6:32 am

ARTICLE 6.

Les facultés de l'âme émanent-elles de son essence?

DIFFICULTÉ: 1. D'un principe simple ne peut procéder du divers. L'essence de l'âme est une et simple. Puisque ses puissances sont nombreuses et diverses, elles ne peuvent émaner de son essence.

SOLUTION : 1. D'un principe simple plusieurs effets peuvent procéder naturellement, selon un ordre déterminé, ou encore en raison d'une diversité de sujets récepteurs. Ainsi donc, d'une seule et même essence émanent de nombreuses puissances de nature différente, soit à cause des rapports d'ordre qu'elles ont entre elles, soit du fait qu'il y a divers organes corporels.

DIFFICULTÉ: 2. L'être dont un autre être procède est la cause de ce dernier. Or l'essence de l'âme ne peut être la cause des puissances, comme il est évident à l'examen des différents genres de causes. Les puissances n'émanent donc pas de l'essence de l'âme.

SOLUTION : 2. Par rapport à ses propriétés, le sujet est cause finale, et en un certain sens cause efficiente; et même cause matérielle, comme sujet récepteur de l'accident. De là, nous pouvons conclure que l'essence de l'âme est la cause de toutes les puissances, à la fois comme fin et comme principe actif, et de certaines d'entre elles comme sujet récepteur.

DIFFICULTÉ: 3. L'émanation désigne un certain mouvement. Or rien ne se meut soi-même, si ce n'est selon une partie de soi : on dit par exemple que l'animal se meut lui-même, parce qu'une partie de son être donne le mouvement et qu'une autre le reçoit. L'âme non plus, selon Aristote, n'est pas mise en mouvement. L'âme ne peut donc causer en elle ses puissances.

SOLUTION : 3. Les propriétés émanent de leur sujet non par une sorte de changement, mais par une sorte de jaillissement naturel. Ainsi une modalité d'être résulte naturellement d'une autre : par exemple, la couleur de la lumière.

CEPENDANT: : Les facultés de l'âme sont des propriétés qu'elle possède par nature. Or le sujet est la cause de ses accidents : il est en effet exprimé dans la définition de chacun d'eux. Les facultés procèdent donc de l'essence de l'âme comme de leur cause.

CONCLUSION :…

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Jeu 09 Nov 2017, 6:20 am

ARTICLE 6.

Les facultés de l'âme émanent-elles de son essence?

SUITE

CONCLUSION : Il y a entre forme substantielle et forme accidentelle des ressemblances et des différences. Elles ont en commun d'être un acte, et de faire que quelque chose soit en acte. Mais elles diffèrent sous deux rapports :

1. La forme substantielle donne l'être absolument, et son sujet est seulement de l'être en puissance. La forme accidentelle ne donne pas absolument l'être, mais telle qualité, telle quantité, ou toute autre modalité, et son sujet, c'est déjà de l'être en acte. L'on trouvera donc l'être actuel dans la forme substantielle avant de le trouver en son sujet; et puisque ce qui est premier dans un genre est toujours cause, la forme substantielle causera l'être en acte dans son sujet. Mais par contre, l'actualité de l'être se trouve dans le sujet de la forme accidentelle avant de se trouver en celle-ci. C'est pourquoi l'actualité de cette forme est causée par l'actualité même du sujet; de telle sorte que le sujet reçoit la forme accidentelle pour autant qu'il est en puissance, mais il la produit pour autant qu'il est en acte. Cela, nous ne l'affirmons que de l'accident qui est une propriété essentielle; car, pour l'accident d'origine externe, le sujet ne fait que le recevoir : ce qui le produit, c'est un principe extérieur.

2. Les formes substantielle et accidentelle diffèrent encore, en ce que la matière est ordonnée à la forme substantielle — l'élément le moins important étant toujours ordonné à celui qui l'est davantage. Par contre, la forme accidentelle a pour rôle de perfectionner le sujet.

D'après ce qui précède, le sujet des facultés de l'âme est soit seulement l'âme elle-même, qui peut être sujet d'un accident, en tant que puissance réceptrice, soit le composé. Et ce dernier existe en acte par le fait de l'âme. — En conclusion, toutes les puissances, quel que soit leur sujet, l'âme seule ou le composé, émanent de l'essence de l'âme comme de leur principe. Comme on l'a dit, en effet, l'accident est causé par le sujet, en tant que celui-ci est en acte; il est reçu en lui, en tant que le sujet est en puissance.
A suivre : ARTICLE 7. Les facultés de l'âme émanent-elles de son essence?

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Ven 10 Nov 2017, 7:32 am

ARTICLE 7.

Les puissances procèdent-elles les unes des autres ?

DIFFICULTÉ: 1. Quand plusieurs réalités commencent d'être en même temps, l'une ne peut sortir de l'autre. Or toutes les puissances sont créées en même temps que l'âme. Elles ne peuvent donc procéder les unes des autres.

SOLUTION : 1. Toute puissance émane de l'essence non par changement, mais par une sorte de jaillissement naturel; et cependant elle existe en même temps que l'âme. Il faut dire la même chose d'une puissance quelconque par rapport aux autres.

DIFFICULTÉ: 2. Une puissance émane de l'âme, comme l'accident de son sujet. Mais une puissance de l'âme ne peut être le sujet d'une autre puissance, puisqu'il n'y a pas d'accident de l'accident. Elles ne peuvent donc procéder les unes des autres.

SOLUTION : 2. Un accident ne peut être absolument parlant le sujet d'un autre accident. Mais il y a un ordre de réceptivité dans la substance : ainsi la quantité est reçue avant la qualité. De cette façon l'on peut dire qu'un accident est le sujet d'un autre, telle l'étendue pour la couleur, en ce sens que la substance reçoit tel accident par l'intermédiaire d'un autre. Ce rapport peut être également affirmé des puissances de l'âme.

DIFFICULTÉ: 3. L'opposé ne naît pas de son opposé, mais tout être naît d'un être semblable selon l'espèce. Or les puissances se distinguent comme des opposés, ainsi que des espèces diverses. Elles ne procèdent donc pas les unes des autres.

SOLUTION : 3. L'opposition qu'on trouve entre les puissances de l'âme est celle du parfait à l'imparfait. La même opposition se rencontre entre les espèces de nombres et de figures. Ce genre d'opposition n'empêche pas que l'une ne tire son origine de l'autre. Car il est naturel que l'imparfait procède du parfait.

CEPENDANT: On connaît les puissances par leurs actes. Or l'acte d'une puissance est causé par l'acte d'une autre puissance : par exemple, l'acte de l'imagination par l'acte du sens. En conséquence, il y a des puissances de l'âme qui causent les autres.

CONCLUSION :…

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Sam 11 Nov 2017, 6:16 am

ARTICLE 7.

Les puissances procèdent-elles les unes des autres ?

SUITE

CONCLUSION : Dans les réalités qui procèdent selon un certain ordre naturel d'un même principe, celui-ci est cause d'elles toutes, et la plus proche du principe est cause en quelque façon des plus éloignées. On l'a dit : il y a plusieurs espèces d'ordre entre les puissances de l'âme. Il est donc des puissances de l'âme qui procèdent de l'essence par l'intermédiaire d'une autre puissance.

Mais l'essence de l'âme est pour ses puissances un principe actif et une fin, comme aussi un sujet récepteur, soit elle seule, soit en même temps que le corps. Or le principe actif et la cause finale sont plus parfaits; le sujet récepteur, comme tel, moins parfait. Par suite, les puissances de l'âme qui ont une priorité dans l'ordre de perfection et de nature, sont principes des autres, à la manière des causes efficientes et finales. Nous voyons ainsi que le sens a pour fin l'intelligence, mais la réciproque n'est pas vraie. Le sens est, en effet, comme une participation incomplète de l'intelligence. L'on peut donc dire qu'il procède naturellement de l'intelligence, comme l'imparfait du parfait. — Mais si l'on prend l'ordre de réceptivité, ce sont au contraire les puissances les moins parfaites qui sont principes des autres. L'âme, par exemple, en tant qu'elle possède la puissance de sentir, est un sujet, une matière en quelque sorte, par rapport à l'intelligence. C'est pourquoi les puissances moins parfaites sont antérieures aux autres, dans l'ordre de génération : l'animal est en effet engendré avant l'homme.
A suivre : ARTICLE 8. Toutes les puissances demeurent-elles dans l'âme après qu'elle est séparée du corps?

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Dim 12 Nov 2017, 7:28 am

ARTICLE 8.

Toutes les puissances demeurent-elles dans l'âme après qu'elle est séparée du corps?

DIFFICULTÉ: 1. Il semble que toutes les puissances de l'âme demeurent en elle après la mort. L'auteur du livre « De l'Esprit et de l'Ame » écrit : l'âme s'éloigne du corps, emportant avec elle le sens et l'imagination, la raison, l'intellect et l'intelligence, le concupiscible et l'irascible.

SOLUTION : 1. Ce livre ne fait pas autorité. Il peut donc être négligé avec autant de facilité qu'on en a apportée en l'écrivant. — On pourrait néanmoins répondre que l'âme emporte avec elle ces puissances sensibles sous un mode non actuel, mais virtuel.

DIFFICULTÉ: 2. Les puissances de l'âme sont ses propriétés naturelles. Or une propriété est toujours inhérente à son sujet et n'en est jamais séparée. Les puissances de l'âme demeurent donc en elle, même après la mort.

SOLUTION : 2.  Les  puissances dont  nous disons qu'elles ne demeurent pas sous un mode actuel dans l'âme séparée, ne sont pas seulement des propriétés de l'âme, mais du composé humain.

DIFFICULTÉ: 3. Les puissances de l'âme, et même les puissances sensibles, ne perdent pas leur force lorsque le corps se débilite. — Comme il est dit au traité de l'Ame, « si un vieillard pouvait avoir un œil de jeune homme, il verrait aussi bien que lui ». Or la perte de la force est un acheminement vers la corruption. Les puissances de l'âme ne se corrompent donc pas en même temps que le corps, mais demeurent dans l'âme séparée.

SOLUTION : 3. L'on dit que ces puissances ne perdent pas leur force lorsque le corps se débilite, parce que l'âme, leur principe d'activité, est immuable.  

DIFFICULTÉ: 4. La mémoire est une faculté de l'âme sensitive. Mais la mémoire demeure dans l'âme séparée. Dans l'évangile selon saint Luc, il est dit au mauvais riche dont l'âme seule se trouve en enfer : « Souviens-toi que tu as été comblé de biens pendant ta vie ». La mémoire demeure donc dans l'âme séparée, et par conséquent les autres puissances de la partie sensitive de l'âme.

SOLUTION : 4. Cette  manière de se souvenir doit s'entendre de la mémoire pour autant que saint Augustin attribue cette faculté à l'esprit, non selon qu'elle est une puissance de l'âme sensitive.

DIFFICULTÉ: 5.  La joie et la tristesse sont des états du concupiscible, qui est une puissance de l'âme sensitive. Or il est sûr que les âmes séparées s'attristent des peines ou se réjouissent des récompenses qui sont leur partage. Donc cette puissance affective demeure dans l'âme séparée.

SOLUTION : 5. Tristesse et joie sont dans l'âme séparée comme des états de l'affectivité, non pas sensible, mais spirituelle. Elles se trouvent ainsi dans les anges.

DIFFICULTÉ: 6. L'âme, au moment où le corps gît insensible mais non pas encore mort, perçoit certaines visions imaginaires ; selon saint Augustin, elle éprouverait le même état lorsqu'elle est effectivement séparée du corps. Or l'imagination est une puissance sensitive. Ainsi donc une puissance de ce genre demeure dans l'âme séparée : en conséquence toutes doivent demeurer.

SOLUTION : 6. Il s'agit ici d'une recherche et non d'une affirmation de saint Augustin. Il s'est d'ailleurs rétracté sur quelques-uns de ces points. [ Retract. lib. 2, cap. 24.]

CEPENDANT: « L'homme est constitué par deux substances, l'âme avec sa raison, la chair avec ses sens ». Donc la chair étant anéantie, les puissances sensibles ne demeurent pas.

CONCLUSION :…


Dernière édition par Louis le Mar 14 Nov 2017, 8:29 am, édité 1 fois (Raison : La référence à la Solution 6.)

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Lun 13 Nov 2017, 7:34 am

ARTICLE 8.

Toutes les puissances demeurent-elles dans l'âme après qu'elle est séparée du corps?

SUITE

CONCLUSION : L'âme est le seul principe de toutes ses puissances. Mais certaines n'ont pas d'autre sujet que l'âme : telles l'intelligence et la volonté. Ces facultés demeurent donc nécessairement dans l'âme, une fois le corps détruit. D'autres ont pour sujet le composé humain : ainsi toutes les puissances de l'âme sensitive et végétative. Or le sujet étant détruit, l'accident ne peut persister. Aussi, lorsque le composé se désagrège, ces puissances ne demeurent pas sous un mode actuel, mais seulement virtuel ; elles sont dans l'âme comme en leur principe et leur racine.

Il est donc faux d'affirmer, comme certains, que ces puissances demeurent dans l'âme même lorsque le corps est corrompu. Et encore plus faux que les actes de ces puissances demeurent dans l'âme séparée : car ces puissances n'ont d'activité qu'au moyen d'organes corporels.
A suivre : Question 78 : LES FACULTÉS DE L'ÂME EN PARTICULIER.

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Mar 14 Nov 2017, 6:12 am

Question 78 : LES   FACULTÉS   DE   L'ÂME  EN   PARTICULIER.  


Faisons maintenant une étude particulière des différentes puissances de l'âme. Pour le théologien la seule qui importe spécialement est celle des puissances intellectuelles et appétitives, parce qu'il s'y trouve des vertus. Cependant la connaissance de ces puissances dépend d'une certaine façon de la connaissance des autres. Aussi allons-nous diviser notre étude en trois sections : 1. Des puissances dont l'exercice précède celui de l'intelligence.  —  2. Des facultés intellectuelles. — 3. Des facultés affectives.

Dans la première section, l'on étudiera : 1. Les différents genres de puissances dans l'âme. — 2. Les puissances de l'âme végétative. — 3. Les sens externes. — 4. Les sens internes.

ARTICLE 1.

Faut-il distinguer dans l'âme des puissances de cinq genres différents ?

DIFFICULTÉ: 1. Il n'y a pas lieu de distinguer cinq genres différents de puissances, à savoir, puissances végétative, sensitive, affective, motrice, intellectuelle. Car les puissances sont des parties de l'âme. Or l'on n'y distingue ordinairement que trois parties, les âmes végétative, sensitive et rationnelle. Il n'y a donc que trois genres de puissances et non pas cinq.

DIFFICULTÉ: 2. Les puissances de l'âme sont les principes des opérations vitales. Or la vie se manifeste de quatre manières. Selon Aristote en effet, « Admis qu'il y ait plusieurs modes de vivre, nous disons qu'un être vit, même s'il ne possède que l'un de ces modes : soit l'intelligence, soit le sens, soit le mouvement et l'arrêt dans l'espace, soit encore le changement dû à la nutrition avec dépérissement ou croissance ». Il n'y a donc que quatre genres de puissances de l'âme, l'affectivité étant exclue.

SOLUTIONS : 1 et 2   se résolvent par ce qui vient d'être dit. (Note de Louis : voir ce qui sera dit dans la conclusion, au prochain post. Bien à vous.)

DIFFICULTÉ: 3. Ce qui est commun à toutes les puissances ne peut être référé à un genre distinct dans l'âme. Or l'appétition convient à n'importe quelle puissance de l'âme. La faculté de voir est en tendance vers un objet visible proportionné. Comme dit l'Ecclésiastique : « L'œil désire la grâce et la beauté, et, plus que cela, voir la verdure des champs ». De même, toute autre puissance désire un objet qui lui convienne. Il ne faut donc pas faire de l'affectivité un genre spécial de puissance.

SOLUTION : 3. La tendance naturelle est l'inclination qui porte naturellement une réalité vers un objet donné : par sa tendance naturelle, toute puissance désire ce qui lui convient. Mais la tendance psychologique dépend de ce qui est connu. Et pour une tendance de ce genre, il faut une faculté spéciale; la connaissance seule ne suffit pas. La réalité est désirée en tant qu'elle existe en elle-même, tandis qu'elle n'est pas elle-même dans la faculté de connaissance, mais seulement selon sa ressemblance. La faculté de voir ne tend donc à l'objet visible que pour réaliser son acte, c'est-à-dire pour voir : mais l'être animé tend à la chose qu'il voit par sa puissance affective, non seulement pour voir, mais pour d'autres fins utiles. Si l'âme n'avait besoin des réalités perçues par le sens que pour l'exercice de cette faculté sensible, c'est-à-dire, afin de sentir, il ne serait pas nécessaire de distinguer l'affectivité comme un genre spécial parmi les puissances de l'âme; la tendance naturelle des puissances suffirait.

DIFFICULTÉ: 4. Le principe du mouvement dans les animaux c'est ou bien le sens, ou bien l'intellect, ou encore l'affectivité, — d'après le IIIe livre du Traité de l'Ame. La faculté motrice ne doit donc pas être comptée comme un genre spécial de puissance en plus de ces trois.

SOLUTION : 4. Le sens et la faculté affective sont bien principes de mouvement dans les animaux parfaits. Toutefois ni l'un ni l'autre à eux seuls ne pourraient mouvoir, si une puissance spéciale ne leur était surajoutée. En effet, les animaux immobiles ont bien ces deux facultés, et cependant ils n'ont pas de faculté motrice. Celle-ci se trouve non seulement dans l'affectivité et le sens en tant qu'ils commandent le mouvement, mais aussi dans les différentes parties du corps, pour les rendre aptes à suivre l'impulsion affective que donne l'âme. A preuve : lorsque les membres ne sont plus dans leur état normal, ils n'obéissent plus à cette impulsion.

CEPENDANT: Le Philosophe déclare admettre comme puissances de l'âme, les puissances végétative, sensitive, appétitive, motrice, et intellectuelle.

CONCLUSION :…

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Mer 15 Nov 2017, 6:34 am

ARTICLE 1.

Faut-il distinguer dans l'âme des puissances de cinq genres différents ?

CONCLUSION : Il y a cinq genres différents de puissances dans l'âme : ce sont ceux qu'on vient d'énumérer. Trois d'entre eux sont attribués à l'âme ; quatre sont des modes de vivre. La raison de cette variété, c'est la diversité des âmes qu'on distingue selon les différentes manières dont l'action de l'âme dépasse le pouvoir d'action des corps. La nature corporelle tout entière est en effet soumise à l'âme, et joue vis-à-vis d'elle le rôle de matière et d'instrument. Il y a donc d'abord une opération de l'âme qui dépasse si complètement la nature des corps qu'elle ne s'exerce même pas au moyen d'un organe corporel : celle de l'âme rationnelle.

— Il est une autre opération, inférieure à la précédente, qui s'accomplit au moyen d'un organe, mais non d'une qualité corporelle : celle de l'âme sensitive. En effet le chaud et le froid, l'humide et le sec, et autres qualités corporelles du même genre, sont bien requises pour l'action du sens; mais il ne s'ensuit pas que cette action s'accomplisse au moyen de ces qualités; elles sont requises seulement pour que l'organe soit en bonne disposition.

Enfin, l'opération la moins élevée de l'âme se fait au moyen d'un organe et en vertu d'une qualité corporelle. Elle est supérieure néanmoins à l'action des corps : car les mouvements de ceux-ci dépendent d'un principe extérieur, tandis que cette activité procède d'un principe interne, — mode d'action qui est commun à toutes les opérations de l'âme : l'être animé en effet se meut toujours lui-même d'une certaine manière. Cette dernière activité est celle de l'âme végétative : l'assimilation nutritive et les opérations conséquentes s'accomplissent par l'action de la chaleur, qui joue alors le rôle de cause instrumentale.

Or, les différents genres de puissances se distinguent d'après les objets. Plus une puissance est élevée, plus son objet est universel. On peut déterminer trois degrés d'universalité dans l'objet. Pour certaine puissance de l'âme, l'objet, c'est seulement le corps uni à l'âme : telle est la puissance végétative, qui n'agit en effet que sur le corps auquel  l'âme est unie. Il est un autre genre de puissance dont l'objet est plus universel, c'est-à-dire tout corps sensible, et non seulement le corps uni à l'âme. Il y a enfin un autre genre de puissance dont l'objet est encore plus universel, ce n'est plus seulement tout corps sensible, mais tout être en général. Ainsi, les deux derniers genres de puissance possèdent une opération qui a rapport non seulement à une réalité conjointe à l'âme, mais encore à une réalité extérieure.

— Il faut cependant que l'âme qui opère soit en relation avec son objet : la réalité extérieure, objet de l'opération de l'âme, le sera de deux façons :

1. En tant qu'elle est apte à être unie à l'âme et à se trouver en elle par sa ressemblance. En ce cas, deux genres de puissances : la puissance sensible, relative à l'objet le moins étendu, le corps sensible; la puissance intellectuelle, relative à l'objet le plus étendu, l'être universel.

2. En tant que l'âme est inclinée et en tendance à cette réalité extérieure. Il y aura encore là deux genres de puissances : la jouissance affective, par laquelle l'âme entre en relation avec la réalité extérieure comme avec sa fin, première dans l'ordre d'intention; et la puissance de locomotion, qui met l'âme en rapport avec la réalité extérieure, prise comme terme de l'opération et du mouvement. C'est en effet pour obtenir un objet désiré et auquel il tend que l'animal se meut dans l'espace.

Quant aux différents modes de la vie, on les distingue d'après la hiérarchie des vivants. Il est des vivants, où il n'y a que la puissance végétative, telles les plantes. Il en est d'autres qui, en plus de la puissance végétative, possèdent la sensibilité, mais non la locomotion : animaux immobiles, telles les huîtres. D'autres encore ont en plus la puissance de locomotion : ce sont les animaux parfaits, qui ont besoin de beaucoup de choses pour vivre, et donc doivent se mouvoir pour chercher au loin leur nécessaire. Il est enfin d'autres vivants qui ont en plus la puissance intellectuelle, ce sont les hommes. — Quant à la puissance appétitive, elle ne constitue pas de degré dans la hiérarchie des vivants : car en tout être où il y a puissance sensible, il y a affectivité.

A suivre : ARTICLE 2. Les puissances de l'âme végétative se divisent-elles exactement en facultés de nutrition, d'accroissement et de reproduction?

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Jeu 16 Nov 2017, 6:58 am

ARTICLE 2.

Les puissances de l'âme végétative se divisent-elles exactement en facultés de nutrition, d'accroissement et de reproduction?

DIFFICULTÉ: 1. La division susdite ne paraît pas convenir à l'âme végétative. Ces puissances sont des forces naturelles. Or les facultés de l'âme dépassent ces forces par leur perfection. On ne doit donc pas les compter parmi les facultés de l'âme.

SOLUTION : 1. Ces forces sont appelées naturelles parce qu'elles ont un effet analogue à celui de la nature matérielle qui donne aussi l'être, la quantité, et la conservation dans l'être; les puissances végétatives le font toutefois sous un mode plus élevé. Elles sont encore appelées naturelles, parce que dans leur action, elles utilisent comme instruments les qualités actives et passives qui sont principes des actions physiques.

DIFFICULTÉ: 2. Il ne faut pas assigner de puissance de l'âme en raison d'une fonction commune aux vivants et aux non vivants. Or telle est la génération, pour tous les êtres qui peuvent être engendrés ou se corrompre, vivants ou non. Donc la puissance génératrice ne doit pas être comptée parmi les facultés de l'âme.

SOLUTION : 2. La génération dans les êtres inanimés est produite par une cause tout extérieure. Mais la génération des vivants s'accomplit sous un mode plus élevé, au moyen d'un élément du vivant, la semence, qui contient un principe apte à former le corps. Il faut donc dans le vivant une puissance pour élaborer cette semence, et c'est la puissance d'engendrer.

DIFFICULTÉ: 3. L'âme possède une puissance supérieure à celle de la nature corporelle. Or une nature corporelle donne, par le moyen de la même puissance active, et l'espèce et la quantité qui convient. A plus forte raison, l'âme. Il n'y a donc pas lieu de distinguer la faculté de croître de celle d'engendrer.

SOLUTION : 3. La génération du vivant étant causée par une semence, il faut au commencement que l'animal soit engendré sous un petit volume. D'où la nécessité d'une puissance de l'âme qui lui fasse atteindre un développement convenable. Mais le corps inanimé est engendré, à partir d'une matière déterminée, par une cause extérieure. Voilà pourquoi il reçoit en même temps et son caractère spécifique et la quantité qu'il faut, selon les conditions de la matière.

DIFFICULTÉ: 4. Toute  réalité conserve son être par le principe même qui le lui a donné. Or c'est par la puissance d'engendrer que le vivant acquiert son être. C'est donc par elle qu'il conserve la vie. Mais la faculté de nutrition est aussi ordonnée à la conservation du vivant. Comme dit Aristote, « c'est une puissance qui peut sauvegarder l'être du sujet où elle se trouve ». L'on ne doit donc pas distinguer cette faculté de celle d'engendrer.

SOLUTION : 4. Comme on l'a dit, l'action de l'âme végétative s'accomplit au moyen de la chaleur, dont le rôle est d'absorber l'humidité. Il faut donc, pour restituer l'humidité perdue, une puissance nutritive qui transforme l'aliment en la substance du corps. C'est nécessaire également pour l'action des puissances d'accroissement et de génération.

CEPENDANT: Selon le Philosophe, les opérations de l'âme végétative sont « engendrer, user des aliments » et encore « donner l'accroissement ».

CONCLUSION :…

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Ven 17 Nov 2017, 6:49 am

ARTICLE 2.

Les puissances de l'âme végétative se divisent-elles exactement en facultés de nutrition, d'accroissement et de reproduction?

SUITE

CONCLUSION : Il y a trois puissances dans l'âme végétative. Car elle a pour objet le corps vivant par l'âme, et le corps requiert de l'âme trois sortes d'opérations : Une qui lui donne l'être, et pour cela il y a la faculté d'engendrer ; une autre par laquelle le corps vivant atteint le développement qui lui convient, et pour cela il y a la faculté d'accroissement; une troisième enfin par laquelle le corps vivant conserve son être et son développement  normal, et pour cela il y a la faculté de nutrition.

Il est cependant des différences à marquer entre ces puissances. Celles de nutrition et d'accroissement produisent leur effet dans l'être où elles se trouvent. C'est en effet le corps uni à l'âme qui s'accroît et se conserve par l'action de facultés d'accroissement et de nutrition, appartenant à cette même âme. Mais la faculté d'engendrer produit son effet non dans le même corps, mais dans un autre : car aucun être ne peut s'engendrer lui-même. Par suite, la faculté d'engendrer approche de la dignité de l'âme sensitive, qui est en relation avec les réalités extérieures, quoique sous un mode plus parfait et plus universel : selon l'expression de Denys, ce qu'il y a de plus élevé dans une nature inférieure rejoint ce qu'il y a de plus bas dans la nature qui lui est supérieure. Aussi parmi les trois puissances végétatives, celle qui joue davantage le rôle de fin, la principale et la plus parfaite, c'est la faculté d'engendrer. Il appartient en effet à une chose déjà parfaite en elle-même d'en produire une autre qui lui soit semblable. Les puissances d'accroissement et de nutrition sont subordonnées à la puissance de génération ; celle d'accroissement à la puissance nutritive.

A suivre : ARTICLE 3. Y a-t-il exactement cinq sens externes?

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Sam 18 Nov 2017, 6:59 am

ARTICLE 3.

Y a-t-il exactement cinq sens externes?

DIFFICULTÉ: 1. Il ne semble pas qu'il y ait seulement cinq sens externes. Car le sens connaît les accidents, et ceux-ci se divisent en de nombreux genres. Puisque les puissances se distinguent d'après les objets, il semble- qu'il y ait autant de sens différents que de genres d'accidents.

SOLUTION : 1. Tous les accidents n'ont pas par eux-mêmes le pouvoir de causer un changement, mais seulement les qualités de la troisième espèce, qui sont susceptibles d'altération. Et c'est pourquoi il n'y a que ces qualités qui soient objets des sens. En effet, d'après le VIIe livre des Physiques, les sens sont modifiés selon les mêmes qualités que les corps inanimés.

DIFFICULTÉ: 2.  La grandeur, la figure, et les autres « sensibles communs » ne sont pas des « sensibles indirectement perçus », mais s'opposent à ces derniers. Or une différence essentielle dans les objets entraîne une distinction dans les puissances. Puisque la grandeur et la figure diffèrent davantage de la couleur que le son, on a plus de raison, semble-t-il, de distinguer une puissance connaissante  pour la grandeur ou la figure que pour la couleur et le son.is-

SOLUTION : 2. La grandeur, la figure, etc., qu'on appelle « sensibles communs » sont intermédiaires entre les « sensibles indirectement perçus » et les « sensibles propres », objets des sens. En effet : les sensibles propres modifient le sens immédiatement et directement, car ce sont des qualités qui causent une altération. Quant aux sensibles communs, ils sont tous réductibles à la quantité. Pour la grandeur et le nombre, il est évident que ce sont des espèces de la quantité. La figure est une qualité qui a rapport à la quantité, puisqu'elle consiste en la limitation de l'étendue. Le mouvement et le repos sont perçus, selon que leur sujet se trouve en un ou plusieurs états quant à la grandeur ou à la distance dans l'espace, — mouvement d'accroissement ou mouvement local ; ou encore, sous le rapport des qualités sensibles, — mouvement d'altération. De telle sorte que sentir le mouvement et le repos, c'est d'une certaine façon sentir l'un et le multiple. Or la quantité est le sujet immédiat de la qualité, cause d'altération, telle la surface pour la couleur. En conséquence, les sensibles communs n'agissent pas sur le sens immédiatement et directement, mais par le moyen de la qualité sensible : par exemple la surface, par le moyen de la couleur. Ce ne sont pourtant pas des « sensibles indirectement perçus ». Car les sensibles communs introduisent un élément de diversité dans la modification sensorielle : le sens est modifié différemment par une grande et par une petite surface. L'on dit même que la blancheur est grande ou peu étendue, et pour cette raison, elle peut être divisée relativement au sujet où elle se trouve.

DIFFICULTÉ: 3. Un seul sens ne perçoit qu'un couple de qualités contraires...

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Dim 19 Nov 2017, 6:17 am

ARTICLE 3.

Y a-t-il exactement cinq sens externes?

SUITE

DIFFICULTÉ: 3. Un seul sens ne perçoit qu'un couple de qualités contraires : ainsi la vue perçoit le blanc et le noir. Or le toucher perçoit plusieurs couples de contraires : le chaud et le froid, l'humide et le sec, etc. L'on n'a donc pas affaire à un seul sens, mais à plusieurs. Il y a donc plus de cinq sens.

SOLUTION : 3. Le Philosophe semble dire, au Traité de l'Ame, que le sens du toucher forme un genre, mais qu'il se divise en plusieurs espèces, et c'est pour cela qu'il a pour objet plusieurs couples de contraires. Ces espèces n'ont pas d'organe différencié, mais sont ensemble sur tout le corps : aussi ne remarque-t-on pas qu'elles sont distinctes. Quant au goût, qui perçoit le doux et l'amer, il se trouve avec le toucher sur la langue mais non sur tout le corps. On peut donc le distinguer aisément du toucher.

L'on peut répondre également que dans tous ces contraires, chaque couple appartient à un genre prochain, et tous les couples à un genre commun, qui serait l'objet du toucher en général. Mais il n'y a pas de dénomination pour ce genre commun, pas plus que pour un genre prochain, comme celui du chaud et du froid.

DIFFICULTÉ: 4. L'espèce ne s'oppose pas au genre. Or le goût est une espèce de toucher. L'on ne doit donc pas en faire un sens distinct du toucher.

SOLUTION : 4. Le goût est, d'après Aristote, une sorte de toucher qui ne se trouve que sur la langue. Il n'y a donc pas à le distinguer du toucher en général, mais seulement de ces espèces du toucher qui sont répandues par tout le corps. — Si toutefois l'on admet l'unité du toucher, à cause de l'unité de son objet, l'on pourra dire que le goût se distingue du toucher parce que la modification sensorielle n'est pas la même en tous les deux. Le toucher ne subit pas seulement une modification spirituelle, mais une modification physique dans son organe, en fonction de la qualité sensible qui agit directement sur lui. Mais l'organe du goût n'est pas nécessairement modifié de cette façon-là, de telle sorte, par exemple, que la langue devienne douce ou amère. Il n'est modifié que par une qualité qui précède la sensation de saveur et de laquelle celle-ci prend origine : c'est à savoir l'humidité, qui est objet du toucher.

CEPENDANT: Le Philosophe dit au Traité de l'Ame qu'il n'y a pas plus de cinq sens.

CONCLUSION :…

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Lun 20 Nov 2017, 6:26 am

ARTICLE 3.

Y a-t-il exactement cinq sens externes?

SUITE

CONCLUSION : Certains ont voulu chercher un principe de distinction des sens externes dans la structure des organes, selon qu'y prédomine tel ou tel élément, l'eau, l'air, etc. D'autres, dans la nature du « milieu » sensible, qui est ou contigu ou extérieur au sens : l'air, l'eau, etc. D'autres enfin, d'après la nature des diverses qualités sensibles, que ce soit la qualité d'un corps simple, ou la qualité résultant d'une combinaison.

Mais aucune de ces solutions n'est valable. Les puissances ne sont pas faites pour les organes, mais les organes pour les puissances. La diversité des puissances ne vient pas de la diversité des organes; mais la nature a disposé des organes différents pour correspondre à la diversité des puissances. De même, elle a donné divers « milieux » aux divers sens, sous le mode qui convenait à l'activité des puissances. Quant à la nature des qualités sensibles, ce n'est pas au sens qu'il appartient de les connaître, mais à l'intelligence.

Il faut donc prendre comme fondement du nombre et de la distinction des sens externes, ce qui appartient en propre et essentiellement au sens. Or le sens est une puissance passive dont la nature est de pouvoir être modifiée par un objet sensible extérieur.  L'objet  extérieur, cause  de changement, est ce que le sens perçoit essentiellement, et c'est selon les différences qu'il présente qu'on distingue les puissances sensibles.

Or il y a deux espèces de modification : l'une est physique, l'autre spirituelle. Une modification est physique quand la forme de ce qui cause le changement est reçue dans l'être changé sous un mode physique, par exemple, la chaleur dans ce qui est chauffé. Une modification est spirituelle, quand la forme est reçue sous un mode spirituel, par exemple la couleur dans la pupille de l'œil, qui, pour autant, n'en est pas colorée. Pour l'action du sens, une modification spirituelle est requise selon laquelle la forme intentionnelle de l'objet sensible est produite dans l'organe du sens. Autrement, si la seule modification physique suffisait à produire la sensation, tous les corps physiques en éprouveraient lorsqu'ils subissent un changement qualitatif.

Mais en certains sens, l'on ne trouve qu'une modification spirituelle, ainsi dans la vue. En d'autres, l'on trouve en même temps que celle-ci, une modification physique, quelle provienne soit seulement de l'objet, soit aussi de l'organe. Sous le rapport de l'objet, l'on trouve une modification physique dans l'espace, lorsqu'il s'agit du son, objet de l'ouïe : le son est produit par un choc et par l'ébranlement de l'air. Il y a altération qualitative dans le cas de l'odeur, objet de l'odorat : il faut en effet qu'un corps soit modifié d'une certaine manière par la chaleur pour exhaler une odeur. Par rapport à l'organe, il y a modification physique dans le toucher et dans le goût : car la main s'échauffe en touchant un objet chaud, et la langue s'humecte de l'humidité des saveurs. Quant aux organes de l'odorat et de l'ouïe, ils ne subissent aucune modification physique en sentant, si ce n'est d'une manière indirecte.

La vue, qui s'exerce sans aucune modification physique soit dans l'organe soit dans l'objet, est une faculté tout à fait spirituelle, le plus parfait de tous les sens et le plus universel. Après elle, vient l'ouïe, puis l'odorat qui supposent une modification physique du côté de l'objet. Le mouvement local est en effet plus parfait que le mouvement d'altération, et lui est naturellement antérieur, comme on le prouve au VIIIe livre des Physiques. Le toucher et le goût sont les plus matériels des sens. On parlera plus bas de leur distinction. — Les trois premiers sens n'opèrent pas par un « intermédiaire» contigu, afin qu'aucune modification physique n'atteigne l'organe, comme c'est le cas pour les deux derniers.
A suivre : ARTICLE 4. Avons-nous une division satisfaisante des sens internes?


Dernière édition par Louis le Mar 21 Nov 2017, 1:52 pm, édité 1 fois (Raison : Orthographe.)

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis Hier à 7:46 am

ARTICLE 4.

Avons-nous une division satisfaisante des sens internes?

DIFFICULTÉ: 1. La division admise des sens internes ne paraît pas satisfaisante. On n'oppose pas en effet ce qui est commun à ce qui est propre. L'on ne doit donc pas compter le sens commun parmi les puissances sensibles internes, à part des sens externes qui sont des sens propres.

SOLUTION : 1. Le sens interne n'est pas appelé « commun » par attribution universelle, comme s'il était un genre, mais comme la racine et le principe commun de tous les sens externes.

DIFFICULTÉ: 2. Il n'est pas besoin d'une faculté interne de connaissance pour une fonction que peut accomplir le sens propre et externe; mais pour apprécier les objets sensibles les sens externes suffisent : chaque sens peut en effet juger de son objet propre. De même, ils semblent avoir ce qu'il faut pour percevoir leurs actes. L'action du sens est en effet comme un intermédiaire entre la puissance et l'objet : il paraît donc que la faculté de voir puisse bien mieux percevoir son acte de voir que la couleur, cet acte étant plus proche de la faculté que l'objet. De même pour les autres sens. Il n'est donc pas nécessaire de désigner pour cette fonction une puissance interne qu'on appellerait sens commun.

SOLUTION : 2. Le sens propre apprécie son objet sensible, en le discernant des autres qualités qui peuvent tomber sous le même sens : par exemple en discernant le blanc du noir ou du vert. Mais discerner le blanc du doux, ni la vue ni le goût ne le peuvent : car  pour discerner une chose d'une autre, il faut les connaître toutes les deux. C'est donc au sens commun qu'il appartient de faire un tel discernement : à lui sont rapportées comme à un terme commun toutes les connaissances des sens propres, et c'est par lui encore que sont perçues les modifications intentionnelles des sens : par exemple, quand quelqu'un voit qu'il voit. Cela ne peut être le fait du sens propre qui ne connaît que la qualité sensible par laquelle il est modifié. C'est par cette modification que s'accomplit la vision, et à celle-ci suit une autre dans le sens commun qui perçoit la vision elle-même.

DIFFICULTÉ: 3. L'imagination et la mémoire sont, d'après le Philosophe, des modalités du centre primitif de la sensibilité. Mais l'on n'oppose pas une modalité à son sujet. Il ne faut donc pas distinguer la mémoire et l'imagination du sens.

SOLUTION : 3. Une puissance peut sortir de l'essence de l'âme par l'intermédiaire d'une autre : l'âme peut de la même façon être sujet d'une puissance par une puissance intermédiaire. C'est sous ce rapport qu'on dit que l'imagination et la mémoire sont des modalités du centre primitif de la sensibilité.

DIFFICULTÉ: 4…

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