L'âme humaine est-elle immortelle ?

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Dim 03 Déc 2017, 6:09 am

ARTICLE 5.

N'y a-t-il qu'un seul intellect actif pour tous les hommes? (1)

DIFFICULTÉ: 1. Il semble qu'il n'y ait qu'un intellect actif pour tous. Aucune forme séparée n'est multipliée d'après le nombre des corps. Or d'après Aristote (De animâ, lib. III, text. 19 et 20), l'intellect actif est séparé. Il n'est donc pas multiplié d'après le nombre des corps humains, mais il n'y en a qu'un seul pour tous.

SOLUTION : 1. Le Philosophe prouve que l'intellect actif est séparé par le fait que l'intellect possible l'est lui-même : car, selon sa propre expression, « l'être actif est supérieur à l'être passif ». Or, on dit que l'intellect possible est séparé, parce qu'il n'est l'acte d'aucun organe corporel. C'est dans le même sens qu'on peut le dire de l'intellect actif. (2) Cela ne signifie pas qu'il soit une substance séparée.

DIFFICULTÉ: 2. L'intellect actif produit l'universel, qui est unité dans le multiple. Mais la cause de l'unité est à plus forte raison une. Il n'y a donc qu'un  intellect actif pour tous.

SOLUTION : 2. L'intellect actif cause l'universel par abstraction de la matière. Il n'est pas nécessaire pour cela qu'il soit unique en tous les êtres intelligents. La seule unité requise doit se trouver dans son rapport aux choses dont il abstrait l'universel, et relativement auxquelles l'universel est un. Cette activité convient à l'intellect actif, parce qu'il est immatériel.

DIFFICULTÉ: 3. Tous les hommes possèdent les mêmes premiers principes de l'intelligence. Or ils y donnent leur assentiment par l'intellect actif. Ils possèdent donc tous le même intellect actif.

SOLUTION : 3. Tous les êtres de même espèce ont en commun l'action qui convient à cette espèce et par conséquent la faculté qui est le principe de cette action, sans qu'elle soit la même numériquement pour tous les individus. Or connaître les premières notions intellectuelles est une action propre à l'espèce humaine. Tous les hommes doivent donc avoir en commun la faculté qui est principe de cette action, et c'est l'intellect actif. Mais il n'est pas nécessaire qu'elle soit la même numériquement pour tous. Il faut néanmoins qu'elle dérive en tous d'un même principe (1). Ainsi cette possession en commun des premières notions par tous les hommes démontre l'unité de l'intelligence séparée, que Platon compare au soleil, mais non pas l'unité de l'intellect actif qu'Aristote compare à la lumière (2).

CEPENDANT:  Le Philosophe dit (De animâ, lib. III, text. 18)  que l'intellect actif est comme la lumière. Or la lumière n'est pas la même dans les divers objets éclairés. Il n'y a donc pas un même intellect actif pour tous les hommes.

CONCLUSION :…
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(1) Cette question revient à l’unique principe intelligent qu’Averroës admettait pour tous les hommes. Cette opinion a déjà été réfutée (quest. LXXVI, art. 2). (2) D'après Aristote, l'intelligence est séparée, c'est-à-dire qu'elle est sans mélange avec quoi que ce soit ; ce qui ne veut pas dire qu'elle soit une autre substance que l'âme. (1) Ce principe unique n'est rien autre chose que Dieu et constitue ce qu'il y a d'impersonnel dans la raison. (2) L'intelligence active, dit Aristote, est une sorte de virtualité pareille à la lumière ; car la lumière fait des couleurs qui ne sont qu'en puissance des couleurs en réalité, et c'est ce que fait l'intellect actif à l'égard des choses intelligibles.

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Lun 04 Déc 2017, 5:57 am

ARTICLE 5.

N'y a-t-il qu'un seul intellect actif pour tous les hommes? (1)  

SUITE

CONCLUSION

L'intellect agent étant une vertu de l'âme, il n'est pas possible qu'il n'y en ait qu'un pour tous les hommes, mais il faut qu'il y en ait autant qu'il y a d'âmes.

La décision sur ce point dépend de ce qui précède. Si en effet l'intellect actif ne faisait pas partie de l'âme, mais était une substance séparée, il n'y en aurait qu'un pour tous les hommes. Et c'est ainsi que comprennent la question les partisans de l'unité. — Mais si l'intellect actif fait partie de l'âme, comme faculté, il faut nécessairement admettre autant d'intellects actifs que d'âmes, le nombre des âmes étant égal au nombre des hommes. Car il est impossible qu'une seule et même faculté appartienne à plusieurs substances.
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(1) Cette question revient à l’unique principe intelligent qu’Averroës admettait pour tous les hommes. Cette opinion a déjà été réfutée (quest. LXXVI, art. 2).
A suivre : ARTICLE 6. y a-t-il une mémoire intellectuelle?

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Mar 05 Déc 2017, 7:01 am

ARTICLE 6.

Y a-t-il une mémoire intellectuelle? (3)

DIFFICULTÉ: 1. Il ne paraît pas qu'il y ait une mémoire dans la partie intellectuelle de l'âme. Selon saint Augustin, il n'y a dans la partie supérieure de l'âme que « ce qui n'est pas commun aux hommes et aux animaux ». Or la mémoire se trouve dans les uns et dans les autres. Saint Augustin écrit au même endroit : « Les bêtes peuvent connaître les choses corporelles au moyen des sens, et les conserver dans leur mémoire ». Cette faculté n'appartient donc pas à la partie intellectuelle de l'âme.

SOLUTION : 1. La mémoire, en tant que conservatrice des espèces intelligibles, n'est pas commune aux hommes et aux bêtes. Les « espèces » ne sont pas conservées seulement dans l'âme sensitive, mais bien plutôt dans le composé : car la mémoire est l'acte d'un organe. Mais l'intelligence est par elle-même conservatrice des « espèces intelligibles », sans accompagnement d'organe corporel. D'où cette affirmation du Philosophe (De animâ, lib. III, text. 6) : « l'âme est le lieu des espèces (1), non tout entière, mais l'intelligence».

DIFFICULTÉ: 2. La mémoire se rapporte au passé. Mais le passé implique une référence à un temps déterminé. La mémoire connaît donc les choses dans le temps, ce qui est les connaître « ici et maintenant ». Or cela n'appartient pas à l'intelligence, mais au sens. Il n'y a donc pas de mémoire intellectuelle, mais seulement une mémoire sensible.

SOLUTION : 2. La marque du passé peut être rapportée soit à l'objet connu, soit à l'acte de connaître. Ces deux conditions sont réunies dans l'âme sensitive qui connaît parce qu'elle est modifiée par un objet sensible présent : aussi l'animal se souvient-il, en même temps, d'avoir senti dans le passé, et d'avoir senti un objet sensible passé. Mais dans l'âme intellectuelle, la marque du passé est accidentelle et ne convient pas directement à l'objet de l'intelligence. Celle-ci comprend l'homme comme tel; mais à l'homme ainsi conçu il est accidentel d'être présent, passé ou futur. Toutefois par rapport à l'acte de connaître, la marque du passé peut se trouver dans l'intelligence comme dans le sens. Car notre acte intellectuel est un acte particulier, qui se réalise à tel ou tel moment : ce qui permet de situer un acte d'intelligence maintenant, hier ou demain. Et cela ne va pas contre la nature de cette faculté : car cet acte intellectuel, bien que particulier, est néanmoins immatériel, comme on l'a dit plus haut en traitant de l'intellect. Par suite, comme l'intelligence se connaît elle-même quoique réalité singulière, de même connaît-elle son intellection, qui est un acte singulier, du passé, du présent ou du futur. — Ainsi peut-on admettre qu'il y a mémoire dans l'intelligence par rapport aux actes passés : ce sera pour autant que l'intelligence connaîtra qu'elle a fait antérieurement ces actes, mais non pas en tant qu'elle saisirait le passé, avec les caractères de la durée.

DIFFICULTÉ: 3.  La mémoire conserve les ressemblances de choses auxquelles on ne pense pas actuellement. Mais cela ne peut avoir lieu dans l'intelligence : car l'intelligence est mise en acte du fait qu'elle est perfectionnée par l'« espèce intelligible ». Or dire que l'intelligence est en acte, c'est dire que l'on est en acte de comprendre. Ainsi l'intelligence comprend en acte tout ce dont elle possède une « espèce intelligible ». Il n'y a donc pas de mémoire intellectuelle.

SOLUTION : 3. Parfois l'espèce intelligible est seulement en puissance dans l'intelligence : on dit alors que cette faculté est en puissance. Parfois elle s'y trouve à l'état de parfaite actualité ; l'intelligence comprend alors en acte. Parfois encore, elle est dans un état intermédiaire entre la puissance et l'acte : et alors l'intelligence est à l'état « habituel ». Et de cette façon, l'intelligence conserve les « espèces intelligibles », même quand elle n'est pas en acte de connaître.

CEPENDANT: Selon saint Augustin ( De Trin., lib. X, cap. 11) « la mémoire, l'intelligence et la volonté forment un seul esprit ».

CONCLUSION :…

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(3) Cet article est le résumé du curieux traité d'Aristote, intitulé : De la mémoire et de la réminiscence. (1) Cette magnifique expression vient peut-être de Platon, et rappelle une magnifique pensée de saint Augustin, que Mallebranche a exprimée en disant que Dieu est le lieu des esprits, comme l’espace est le lieu des corps.

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Mer 06 Déc 2017, 5:12 am

ARTICLE 6.

Y a-t-il une mémoire intellectuelle? (3)

SUITE

CONCLUSION :

La mémoire comme faculté conservatrice des espèces intelligibles se rapporte à la partie intellective de l'âme, mais selon qu'elle a pour objet le passé considéré comme tel, elle se rapporte davantage à la partie sensitive.

Puisqu'il est de l'essence de la mémoire de conserver les impressions des choses auxquelles on ne pense pas actuellement, il faut examiner d'abord si les « espèces intelligibles » peuvent être conservées sous ce mode dans l'intelligence. Pour Avicenne, c'est impossible (1). Cela peut arriver, selon lui, dans la partie sensitive de l'âme où certaines facultés sont actes d'organes corporels, capables de conserver des impressions, sans connaissance actuelle. Or dans l'intelligence, qui n'a pas d'organe corporel, rien n'existe que sous un mode intelligible. Ce dont la similitude se trouve dans l'intelligence doit donc être actuellement compris. En conséquence, d'après Avicenne, aussitôt que l'on cesse de connaître actuellement une réalité, l'impression intelligible de cette réalité cesse d'exister dans l'intelligence. Et si l'on veut comprendre à nouveau la même chose, l'on doit se tourner vers l'intellect actif — qui pour lui est une substance séparée, — afin qu'il émane de cet intellect des formes intelligibles dans l'intellect possible. A force de pratiquer ce mouvement de conversion, l'intellect possible acquerrait, selon lui, une certaine facilité à le faire, et ce serait là l'habitus scientifique. — Donc, dans cette théorie, rien n'est conservé dans l'intelligence qui ne soit actuellement connu. De cette façon, pas de mémoire intellectuelle.

Mais cette opinion s'oppose nettement aux affirmations d'Aristote. Il dit en effet au IIIe livre du traité de l'Ame ( De animâ, lib. III, text. 8 ) : « Lorsque l'intellect possible devient les divers objets par la connaissance, l'on dit qu'il est en acte; c'est ce qui arrive quand il est capable d'opérer par lui-même. Il est encore d'une certaine façon en puissance, mais non pas comme avant d'apprendre ou de découvrir ». Or l'on dit que l'intellect possible devient les objets, en tant qu'il en reçoit les « espèces intelligibles ». A cause de cela, il peut donc opérer quand il le veut, mais il n'opère pas toujours : car même alors il est d'une certaine manière en puissance, sous un autre mode toutefois qu'avant de comprendre, c'est-à-dire le mode selon lequel celui qui a une connaissance habituelle est en puissance à connaître actuellement.

La théorie d'Avicenne est également contraire à la raison. Tout ce qui est reçu en un sujet l'est sous le mode de ce sujet. Or l'intelligence est d'une nature plus stable et permanente que la matière corporelle. Si donc la matière conserve les formes qu'elle reçoit, non seulement quand elle est mise en acte par elles, mais encore quand cette activité a cessé, l'intelligence recevra sous un mode bien plus stable et invariable les espèces intelligibles, qu'elles soient d'origine sensible, ou même qu'elles émanent d'une intelligence d'ordre supérieur. Donc, à ne concevoir la mémoire que comme la faculté de conserver des espèces intelligibles, l'on doit admettre qu'elle existe dans l'intelligence. Mais si l'on entend par mémoire une faculté qui a pour objet le passé comme tel, il n'y aura pas de mémoire intellectuelle, mais seulement une mémoire sensitive, capable de saisir les faits particuliers. Car le passé comme tel, signifiant qu'une chose existe en un temps donné, participe à la nature du particulier.
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(3) Cet article est le résumé du curieux traité d'Aristote, intitulé : De la mémoire et de la réminiscence. (1) Ce sentiment d'Avicenne est encore celui des philosophes qui suivent le système de  Kant; car ils admettent qu'il n'y a pas de mémoire à l'égard des conceptions, et que l’âme, à chaque fois qu'elle en a besoin, est obligée de les reproduire de nouveau.

A suivre : ARTICLE 7. La mémoire est-elle une puissance distincte de l’intelligence?

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Jeu 07 Déc 2017, 6:32 am

ARTICLE 7.

La mémoire est-elle une puissance distincte de l’intelligence? (2)

DIFFICULTÉ: 1. L'on pourrait distinguer la mémoire et l'intelligence comme deux puissances. S. Augustin ( De Trin. lib. X, cap. 10 et 11) met dans l'âme (in mente) : mémoire, intelligence et volonté. Il est clair que la mémoire se distingue de la volonté : et donc aussi l'intelligence.

SOLUTION : 1. Bien qu'on dise au IIIe livre des Sentences ( Dist. III, 1 Sent.) que mémoire, intelligence et volonté soient trois pouvoirs, ce n'est pas là toutefois la pensée de saint Augustin, qui déclare expressément au XIVe livre de la Trinité cap. 7, « si l'on conçoit mémoire, intelligence et volonté comme toujours présentes à l'âme, qu'on y pense actuellement ou non, ces facultés paraissent appartenir toutes à la mémoire. Mais j'appelle intelligence la puissance par laquelle nous connaissons actuellement, et j'appelle volonté, l'amour ou dilection qui réunit ce fils à son père ». Il est donc clair que saint Augustin ne prend pas ces trois termes comme trois puissances, mais il prend mémoire au sens de persistance habituelle de l'âme, intelligence au sens d'acte intellectuel, et volonté au sens d'acte de vouloir.

DIFFICULTÉ: 2.  Les puissances de l'âme sensitive et celles de l'âme intellective se distinguent de même façon. Or la mémoire sensible est autre chose que le sens (quest. LXXVIII, art. 4). Donc la mémoire intellectuelle est une autre faculté que l'intelligence.

SOLUTION : 2. Le passé et le présent peuvent être des différences propres qui entraînent une distinction des puissances sensibles, mais il n'en peut être de même pour les puissances intellectuelles (1), pour la raison déjà donnée (art. préc.).

DIFFICULTÉ: 3. Pour saint Augustin ( De Trin. lib. X, cap. 11) , mémoire, intelligence et volonté sont égales entre elles, et procèdent l'une de l'autre. Ce serait impossible si la mémoire était une même puissance que l'intelligence.

SOLUTION : 3. L'intelligence procède de la mémoire, comme l'acte de l'habitus. Et de cette manière elles sont égales entre elles, mais non comme deux puissances distinctes.

CEPENDANT: C'est le propre de la mémoire d'être le trésor des espèces intelligibles, le lieu où elles sont conservées. Or Aristote, dans le Traité de l'âme ( De animâ, lib. III, text. 6) attribue ce pouvoir à l'intelligence. La mémoire ne s'en distingue donc pas.

CONCLUSION :…
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(2) La mémoire est une des parties les plus mystérieuses de l'âme ; c'est aussi, comme nous l’avons dit, une de celle qu’Aristote a le mieux observées. En le suivant, saint Thomas est aussi complet et aussi exact qu’on pourrait l’être en mettant à profit les travaux de la science actuelle. (1) Parce que les puissances intellectuelles ont pour objet l’être en général, dépouillé de toutes circonstances particulières.

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Ven 08 Déc 2017, 6:30 am

ARTICLE 7.

La mémoire est-elle une puissance distincte de l’intelligence? (2)

SUITE

CONCLUSION :

Dans l'homme, la mémoire ne forme pas une puissance distincte de l'intelligence, elles ne forment ensemble qu'une seule et même puissance, puisqu'elles ont le même objet.

Comme on l'a dit plus haut (quest. LXXVII, art. 3, les puissances de l'âme se distinguent d'après la diversité des objets, puisque la nature de chaque puissance consiste dans sa relation à son objet L'on a dit également (ibid. que si quelque puissance est ordonnée par nature à un objet considéré sous son aspect général, il n'y aura pas lieu de diversifier la puissance en fonction des différences particulières de cet objet : ainsi la puissance de voir qui est ordonnée à son objet considéré sous l'aspect de coloré, n'a pas à être diversifiée d'après le blanc et le noir. Or l'intelligence regarde son objet sous l'aspect général d'être, à cause que l'intellect possible est la faculté de devenir toutes choses. C'est pourquoi aucune différence parmi les choses n'entraîne une distinction de puissances dans l'intellect possible.

Toutefois l'intellect agent et l'intellect possible se distinguent comme facultés. Car, par rapport à un même objet, la puissance active qui met l'objet en acte doit être un principe distinct de la puissance passive qui est modifiée par l'objet en acte. De la sorte, la puissance active est avec son objet dans le rapport d'un être en acte à un être en puissance, tandis que la puissance passive, est, au contraire, dans celui d'un être en puissance à un être en acte.

Il n'y a donc pas d'autres différences à introduire dans l'intelligence que celles d'intellect possible et d'intellect agent. La mémoire n'est donc pas une puissance distincte de l'intelligence (1) : car il appartient à la même faculté de conserver comme de recevoir.
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(2) La mémoire est une des parties les plus mystérieuses de l'âme ; c'est aussi, comme nous l’avons dit, une de celle qu’Aristote a le mieux observées. En le suivant, saint Thomas est aussi complet et aussi exact qu’on pourrait l’être en mettant à profit les travaux de la science actuelle. (1) La mémoire n’est pas distincte de l’intellect possible.

A suivre : ARTICLE 8. La raison se distingue-t-elle de l'intelligence?

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Sam 09 Déc 2017, 7:13 am

ARTICLE 8.

La raison se distingue-t-elle de l'intelligence? (2)

DIFFICULTÉ: 1. Cette distinction  paraît réelle. Le Traité de l'Esprit et de l'Ame (De spir. et an. cap. 11), saint Augustin s'exprime ainsi : « Si nous allons des puissances inférieures aux supérieures, d'abord se présente à nous le sens, puis l'imagination, puis la raison, puis l'intelligence ». La raison se distingue donc de l'intelligence, comme l'imagination de la raison.

SOLUTION : 1. Cette énumération est fondée sur l'ordre des actes, non sur la distinction des puissances. Toutefois le livre cité n'a pas grande autorité (1).

DIFFICULTÉ: 2. Boèce, dans la Consolation philosophique (De cons. lib. V, pros. 4), dit que l'intelligence est avec la raison dans le même rapport que l'éternité avec le temps. Mais il n'appartient pas au même pouvoir d'être à la fois dans l'éternité et dans le temps. La raison n'est donc pas une même puissance que l'intelligence.

SOLUTION : 2. La réponse est claire si l'on se reporte à notre conclusion (in corp. art.). On compare l'éternité au temps, comme l'immobile au mobile. C'est pourquoi Boèce a comparé l'intelligence à l'éternité, la raison au temps.

DIFFICULTÉ: 3. L'homme possède comme les anges l'intelligence, et le sens comme les animaux. Mais la raison qui est propre à l'homme, et par quoi il est appelé animal raisonnable, est une puissance autre que le sens. Donc, pour le même motif, la raison est une puissance autre que l'intelligence qui convient en propre aux anges, et pour laquelle ils sont appelés êtres intellectuels.

SOLUTION : 3. Les animaux sont par rapport à l'homme d'une infériorité telle qu'ils ne peuvent atteindre à la connaissance de la vérité que cherche la raison. L'homme au contraire arrive à la connaissance de la vérité que les anges connaissent, mais il y arrive imparfaitement. En conséquence, le pouvoir de connaître qu'ont les anges n'est pas d'un autre genre que celui de la raison, mais il est pour elle comme le parfait pour l'imparfait.

CEPENDANT: : Saint Augustin dit (Sup. Gen. ad litt. lib. III, cap. 20) que le principe par lequel l'homme surpasse les animaux irrationnels c'est la raison, ou l'esprit, ou l'intelligence, ou comme on voudra l'appeler. Raison, esprit et intelligence ne sont donc qu'une même puissance.

CONCLUSION :…
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(2) Cet article a pour objet d’établir que la raison est en nous la même puissance que l’intellect. (1) Il paraît que tout le monde n’admettait pas avec saint Thomas que le livre de l’Esprit et de l’âme était apocryphe. Car il se donne souvent la peine de l’interpréter comme s’il était de saint Augustin.  

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Dim 10 Déc 2017, 6:18 am

ARTICLE 8.

La raison se distingue-t-elle de l'intelligence? (2)

SUITE

CONCLUSION :

Dans l'homme la raison et l'intelligence ne forment qu'une seule et même puissance, bien que l'intelligence saisisse simplement la vérité qui s'offre à elle, tandis que la raison la perçoit en allant d'un objet compris à un autre ; seulement ce dernier procédé est celui d'un être imparfait et l'autre celui d'un être parfait.

La raison et l'intelligence ne peuvent être dans l'homme des puissances différentes. On le verra clairement si l'on considère l'acte de l'une et de l'autre. Faire acte d'intelligence, c'est simplement saisir la vérité intelligible. Raisonner, c'est aller d'un objet d'intelligence à un autre, en vue de saisir la vérité intelligible (3). Aussi les anges, qui possèdent parfaitement cette connaissance de par leur nature, n'ont-ils pas besoin d'aller d'un élément intelligible à un autre, mais ils saisissent la vérité des choses par une intuition simple et non d'une manière discursive (saint Denis : De div. nom. cap. 7) . Les hommes, par contre, parviennent à connaître la vérité, en allant d'un élément à un autre : aussi sont-ils appelés rationnels. Le raisonnement est donc à l'intuition intellectuelle ce que le mouvement est au repos, ou l'acquisition à la possession l'un appartient à l'être parfait, l'autre à l'imparfait. Mais du fait que toujours le mouvement procède de l'immobile et se termine au repos, le raisonnement humain procède, par la méthode de recherche ou d'invention, de quelques connaissances intellectuelles simples, les premiers principes; ensuite, par la méthode de jugement, il retourne de nouveau à ces premiers principes, à la lumière desquels il éprouve les résultats de sa découverte.

Or il est évident que le repos et le mouvement ne sont pas rapportés à des puissances diverses, mais à une puissance unique, même dans les êtres de la nature. Car c'est par le même principe interne qu'un être est mis en mouvement vers un lieu donné et qu'il s'y arrête. Ce sera plus vrai encore des actes de l'intelligence et de la raison. Elles ne sont donc qu'une même puissance.
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(2) Cet article a pour objet d’établir que la raison est en nous la même puissance que l’intellect. (3) L’intelligence connaît intuitivement.


A suivre : Article 9. La raison supérieure et la raison inférieure sont-elles des facultés diverses?

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Lun 11 Déc 2017, 6:41 am

ARTICLE 9.

La raison supérieure et la raison inférieure sont-elles des facultés diverses? (2)

DIFFICULTÉ: 1. Elles semblent se distinguer l'une de l'autre. D'après saint Augustin (De Trin. lib. XII, cap. 4), l'image de la Trinité se trouve dans la partie supérieure de l'âme, mais non pas dans la partie inférieure. Or les parties de l'âme, ce sont ses puissances. Il faut donc distinguer comme puissances les deux raisons.

SOLUTION : 1. On peut parler de partie, selon n'importe quelle manière de partager. Pour autant donc que la raison se divise d'après ses fonctions, l'on peut dire que raison supérieure et raison inférieure sont des parties de l'âme; mais non pas en tant qu'elles seraient des puissances distinctes.

DIFFICULTÉ: 2. Aucune réalité ne procède de soi-même. Mais la raison inférieure procède de la raison supérieure; elle est réglée et dirigée par elle. Ce sont donc deux puissances différentes.

SOLUTION : 2. L'on dit que la raison inférieure procède de la raison supérieure ou est réglée par elle, pour autant que les principes dont se sert l'inférieure sont déduits des principes de la supérieure, et sont dirigés par eux.

DIFFICULTÉ: 3. Pour Aristote…
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(2) On appelle raison supérieure l’intelligence qui s’applique à la considération des choses éternelles, et raison inférieure l’intelligence qui s’applique aux choses temporelles et périssables

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Mar 12 Déc 2017, 6:40 am

ARTICLE 9.

La raison supérieure et la raison inférieure sont-elles des facultés diverses? (2)

DIFFICULTÉS(SUITE)

DIFFICULTÉ: 3. Pour Aristote (Eth. lib. VI, cap. 1), le « pouvoir de science » par lequel l'âme connaît les vérités nécessaires est un autre principe, une autre partie de l'âme que le « pouvoir d'opinion » et « de raisonnement » par lequel elle connaît les vérités contingentes. Ce qu'il prouve de cette façon : lorsque des choses sont de genre différent, c'est une partie de l'âme de genre différent qui leur est ordonnée. Mais contingent et nécessaire sont de genre différent, comme corruptible et incorruptible. Or, étant donné l'identité du nécessaire et de l'éternel, du temporel et du contingent, il paraît bien qu'il y ait identité entre le « pouvoir de science » d'Aristote et la partie supérieure de la raison, qui d'après saint Augustin  (De Trin. lib. XII, cap. 7) est ordonnée à considérer et consulter l'éternel ; et de même entre le pouvoir « d'opinion » et «de raisonnement» et la raison inférieure, qui, toujours d'après saint Augustin, est ordonnée à l'organisation des choses temporelles. Les deux raisons sont donc des puissances distinctes.

SOLUTION : 3. Le « pouvoir de science » dont parle le Philosophe, n'est pas identique à la raison supérieure. Car l'on découvre des vérités nécessaires même dans les choses temporelles, objet de la Physique et des Mathématiques. Le « pouvoir d'opinion et de raisonnement » a moins d'extension que la raison inférieure. Car il n'a rapport qu'aux contingences. —  Il n'est pas toutefois exact que l'intelligence connaisse le nécessaire et le contingent au moyen de puissances différentes : car elle les connaît sous la même raison objective, c'est-à-dire sous la raison d'être et de vrai. En conséquence, elle connaît parfaitement les êtres nécessaires, qui sont parfaits sous le rapport de la vérité : elle atteint leur essence, et, par elle, démontre leurs propriétés essentielles. Quant aux êtres contingents, elle les connaît imparfaitement, parce qu'ils sont imparfaits sous le rapport de l'être et de la vérité. Le parfait et l'imparfait en acte ne peuvent causer une diversité de  puissances, mais ils causent des actes divers par leurs modes, et donc divers principes d'action et divers habitus. Si le Philosophe a distingué deux parties dans l'âme, le « pouvoir de science » et le « pouvoir d'opinion », ce n'est pas qu'ils forment deux puissances, mais parce qu'ils se distinguent par une aptitude spéciale à acquérir des habitus divers, ce qu'il cherche justement à établir en cet endroit. Bien que contingent et nécessaire diffèrent par le genre, ils se confondent cependant sous l'aspect universel d'être, qui est l'objet de l'intelligence, et auquel ils se réfèrent respectivement comme parfait et imparfait.

DIFFICULTÉ:4. Saint Jean Damascène ( De fid. Orth. lib II, cap. 22) dit que « l'opinion est formée par l'imagination. Ensuite l'esprit jugeant si l'opinion est vraie ou fausse, juge de la vérité : mens (esprit) vient en effet de metiendo (mesurant). L'intelligence a donc rapport aux choses dont il y a jugement et détermination vraies ». D'où, le pouvoir d'opinion, qui est la raison inférieure, est distinct de l'esprit et de l'intelligence, par quoi nous pouvons désigner la raison supérieure.

SOLUTION : 4. Cette distinction de saint Jean Damascène s'applique à la diversité des actes, et non à celle des puissances. L’opinion (2) est un acte de l'intelligence qui se porte vers l'un des termes d'une opposition contradictoire, avec la crainte que l'autre ne soit vrai. Juger, ou mesurer (mensurare) est un acte de l'intelligence appliquant des principes certains à l'examen de propositions données. D'où le nom de mens. Comprendre enfin, c'est adhérer à ce qui a été jugé en l'approuvant.

CEPENDANT: Selon saint Augustin (De Trin. lib. XII, cap. 4), raison supérieure et raison inférieure ne se distinguent que par leurs fonctions. Ce ne sont donc pas deux puissances.

CONCLUSION :…
___________________________________________________________

(2) On appelle raison supérieure l’intelligence qui s’applique à la considération des choses éternelles, et raison inférieure l’intelligence qui s’applique aux choses temporelles et périssables (2) Ce mot n’est pas pris par saint Jean Damascène dans le même sens qu’Aristote, lorsque celui-ci en fait une des puissances internes de l’âme, comme à la question précédente, art. 4. Dans ce dernier sens, l’opinion est le jugement que l’on porte à la suite d’une sensation.

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Mer 13 Déc 2017, 5:56 am

ARTICLE 9.

La raison supérieure et la raison inférieure sont-elles des facultés diverses? (2)

SUITE

CONCLUSION : La raison supérieure et la raison inférieure ne forment dans l'homme qu'une seule et même puissance, mais elles sont distinguées par la diversité de leurs actes et de leurs habitudes, puisque la raison supérieure s'applique par le moyen de la sagesse à la contemplation et à l'étude des choses éternelles, tandis que la raison inférieure s'applique par la science, aux choses temporelles qui la mènent à la connaissance des choses éternelles.

Raison supérieure et raison inférieure, au sens où saint Augustin les prend, ne peuvent en aucune façon être deux puissances de l'âme  (De Trin. lib. XII, cap. 7). Il définit en effet la première : celle qui est ordonnée à considérer et à consulter les vérités éternelles : considérer, en tant qu'on les contemple en elles-mêmes; consulter, en tant qu'on y prend des règles pour l'action. La seconde est définie : celle qui s'occupe des choses temporelles. Or le rapport du temporel à l'éternel, du point de vue de notre connaissance, c'est que l'un est le moyen de connaître l'autre. Dans le sens de la recherche, nous parvenons par les choses temporelles à la connaissance des éternelles. Comme dit saint Paul : « Les perfections invisibles de Dieu sont rendues visibles à l'intelligence par le moyen de ses œuvres » ( Rom. I, 20) . Mais dans le sens de la déduction, nous jugeons des choses temporelles d'après les vérités éternelles déjà connues, et nous les ordonnons d'après elles.

Or il peut se faire qu'un moyen employé, et le terme auquel on arrive par ce moyen appartiennent à des habitudes spirituelles différentes : ainsi les premiers principes indémontrables appartiennent à l'habitus d'intelligence, et les conclusions déduites de ces principes, à l'habitus de science. Exemple : des principes de la géométrie, l'on peut former des conclusions en une autre science, telle la « perspective ». Mais c'est à la même puissance, la raison, qu'appartiennent le moyen et le terme. Par suite, raison supérieure et raison inférieure ne sont qu'une seule et même puissance. Mais, d'après saint Augustin (loc. cit.), elles se distinguent par leurs fonctions et par divers habitus : on attribue en effet à la raison supérieure, la sagesse, à la raison inférieure, la science.
____________________________________________________________

(2) On appelle raison supérieure l’intelligence qui s’applique à la considération des choses éternelles, et raison inférieure l’intelligence qui s’applique aux choses temporelles et périssables
A suivre : ARTICLE  10. L'intelligence se distingue-t-elle de l'intellect?

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Jeu 14 Déc 2017, 6:27 am

ARTICLE  10.

L'intelligence se distingue-t-elle de l'intellect? (3)

DIFFICULTÉ: 1. Il doit y avoir une distinction à mettre entre eux : car le Traité de l'Esprit et de l’Âme dit : « Si nous allons des puissances inférieures aux supérieures, d'abord se présente à nous le sens, puis l'imagination, puis la raison, ensuite l'intellect, et ensuite l'intelligence ». Imagination et sens sont des puissances différentes : donc l'intellect et l'intelligence le sont également.

SOLUTION : 1. Au cas où l'on admettrait cette « autorité » [du Traité de l'Esprit et de l’Âme], l'on peut dire que l'intelligence désigne ici l'acte de l'intellect. Ainsi peut-on la distinguer de l'intellect, comme l'acte de la puissance.

DIFFICULTÉ: 2. Boèce dit (De Cons. lib. V, pros. 4) que « le sens, l'imagination, la raison, l'intelligence considère l'homme chacun d'une manière différente ». Or l'intellect est la même puissance que la raison. L'intelligence est donc une autre puissance que l'intellect, de même que la raison est distincte de l'imagination et du sens.

SOLUTION : 2. Boèce prend intelligence au sens d'acte intellectuel qui dépasse la raison. C'est pourquoi il ajoute que « la raison n'appartient qu'au genre humain, comme l'intelligence n'appartient qu'à Dieu ». Car c'est le propre de Dieu de tout connaître, sans aucune espèce de recherche.

DIFFICULTÉ: 3. Les actes sont antérieurs aux puissances.(Aristote : De animâ, lib. II, text. 33) Or l'intelligence est un acte distinct des autres actes attribués à l'intellect. Saint Jean Damascène dit en effet( De fid. Orth. lib II, cap. 22) : « Le premier mouvement de connaissance est l'intelligence; l'intelligence qui a rapport à quelque objet est l'intention; celle qui est permanente et qui modèle l'âme selon l'objet connu, c'est l'invention; l'invention qui demeure en un même sujet, qui s'examine et se juge elle-même, c'est la phronesis ou sagesse ; la phronesis développée forme la pensée, c'est-à-dire la parole intérieure ordonnée, d'où provient la parole exprimée par la langue ». En conséquence, il semble que l'intelligence soit une puissance spéciale.

SOLUTION : 3. Tous les actes que saint Jean Damascène énumère procèdent d'une seule puissance, la puissance intellectuelle. Elle saisit d'abord quelque chose par une intuition simple, et cet acte se nomme intelligence. Puis elle ordonne ce qu'elle a saisi à quelque autre connaissance ou opération, et c'est l'intention. Quand elle persiste à chercher dans ce même sens, c'est l'invention. Quand elle examine ce qu'elle a découvert en fonction de principes certains, cela s'appelle savoir : c'est la phronesis, ou sagesse, car (Aristote Met. lib. I, cap. 2) dit : il appartient à la sagesse de juger. Quand elle possède quelque chose de certain, parce qu'il a été examiné, elle pense à la manière de le communiquer aux autres : et c'est la mise en ordre de la parole intérieure, d'où procède le langage. — Et en effet toute différence dans les actes n'entraîne pas une distinction des puissances, mais celle-là seulement qui ne peut être ramenée au même principe.

CEPENDANT: Selon Aristote (De animâ, lib. III, text. 21), « il y a intelligence des indivisibles, en lesquels il ne peut y avoir du faux ». Mais une telle manière de connaître appartient à l'intellect. Donc l'intelligence n'est pas une autre puissance que lui.

CONCLUSION :…
__________________________________________________________________

(3) Dans le style moderne on demanderait quelle différence il y a entre l’intelligence et l’entendement, mais j’ai tenu à conserver, autant que possible, la terminologie d’Aristote.

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Ven 15 Déc 2017, 6:52 am

ARTICLE  10.

L'intelligence se distingue-t-elle de l'intellect? (3)

SUITE

CONCLUSION : L'intellect et l'intelligence ne forment pas deux puissances différentes, mais on les distingue comme on distingue l'acte de la puissance.

Le nom d'intelligence signifie proprement l'acte même de l'intellect qui est comprendre. Toutefois en certains ouvrages traduits de l'arabe (1), les substances séparées que nous appelons anges, sont nommées Intelligences, peut-être parce que ces substances ont une activité intellectuelle constante. Mais dans les ouvrages traduits du grec, on les appelle Intellects ou Esprits. Et donc l'intelligence ne se distingue pas de l'intellect comme une puissance d'une autre puissance, mais comme l'acte se distingue de la puissance. Une division semblable a été donnée aussi par les philosophes. Parfois en effet ils admettent quatre intellects : à savoir intellect agent (agentem), possible, à l'état d'habitude (habitu), intellect actuel (adeptum). Parmi ces quatre, l'intellect agent et l'intellect possible sont des puissances distinctes. Ainsi distingue-t-on en toute réalité puissance active et puissance passive. Si l'on considère les trois dernières dénominations, elles s'opposent entre elles d'après l'état de l'intellect possible : il est parfois seulement en puissance, et on le nomme possible; il est parfois en acte premier, l'acte de savoir, et alors on le nomme intellect à l'état d'habitude (in habitu) ; parfois enfin, il est en acte second, ce qui est penser, et alors on le nomme intellect en acte, ou intellect actuel (adeptum).
____________________________________________________________________

(3) Dans le style moderne on demanderait quelle différence il y a entre l’intelligence et l’entendement, mais j’ai tenu à conserver, autant que possible, la terminologie d’Aristote.(1) Il s’agit sans doute des traductions arabes d’Aristote, qui étaient souvent très-éloignées des traductions faites sur le grec.

A suivre : ARTICLE  11. L'intellect spéculatif et l'intellect pratique sont-ils des puissances distinctes ?

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Sam 16 Déc 2017, 6:44 am

ARTICLE 11.

L'intellect spéculatif et l'intellect pratique sont-ils des puissances distinctes ? (1)

DIFFICULTÉ: 1. Ils paraissent distincts : car la faculté de connaître, et celle de mouvoir appartiennent à des genres différents (De animâ, lib. II, text. 27) . Or l'intellect spéculatif ne fait que connaître, et l'intellect pratique met en mouvement. Ce sont donc deux puissances distinctes.

SOLUTION : 1. L'intellect pratique est une faculté de mouvement, non en tant qu'il exécute, mais en tant qu'il dirige le mouvement. Et cela lui appartient en raison de sa façon de connaître.

DIFFICULTÉ: 2. Une diversité d'objets entraîne une diversité de puissances. Or celui de l'intellect spéculatif est le vrai; celui de l'intellect pratique, le bien. Mais le vrai et le bien sont des objets différents. D'où les deux intellects sont distincts comme puissances.

SOLUTION : 2. Le vrai et le bien s'impliquent mutuellement. Car le vrai est un bien, sans quoi il ne serait pas désirable ; et le bien est un vrai, autrement il ne serait pas intelligible. De même donc que l'objet de l'appétit peut être un vrai, considéré comme bien, — par exemple, lorsqu'on désire connaître la vérité, — de même l'objet de l'intellect pratique est le bien qui peut être ordonné à l'action, considéré comme vrai. L'intellect pratique en effet connaît la vérité, comme l'intellect spéculatif, mais il ordonne à l'action cette vérité connue.

DIFFICULTÉ: 3. Dans la partie intellectuelle de l'âme, l'intellect pratique a le même rapport à l'intellect spéculatif, que l'estimative à l'imagination dans la partie sensible. Mais ces deux dernières se distinguent comme puissances (quest. LXXVII, art. 4). Et donc aussi les deux intellects.

SOLUTION : 3. Il est bien des différences d'objet qui peuvent entraîner une distinction dans les puissances sensibles, mais qui n'ont pas le même effet dans les puissances intellectuelles (1), comme nous l’avons dit (art. 7, et quest. LXXVII, art. 3).

CEPENDANT: D'après le Traité de l’Âme (De animâ, lib. III, text. 49), l'intellect spéculatif, par extension d'objet, devient pratique. Or une puissance ne se transforme pas en une autre puissance. Il n'y a donc pas de distinction entre intellect spéculatif et pratique.

CONCLUSION :…
______________________________________________________________

(1) Il suffit de donner la définition de ces deux espèces d’intellect pour faire voir qu’ils ne forment pas des puissances diverses. (1) En effet, les puissances sensitives peuvent être variées par la différence particulière des objets, tandis que cette différence ne peut diversifier l’intellect, qui a pour objet l’être général et universel.

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Dim 17 Déc 2017, 6:12 am

ARTICLE 11.

L'intellect spéculatif et l'intellect pratique sont-ils des puissances distinctes ? (1)

SUITE

CONCLUSION : Une chose perçue par l'intellect peut être destinée à une œuvre quelconque ou n'y pas être destinée ; comme c'est en cela que diffère l'intellect spéculatif de l'intellect pratique, il est constant qu'ils ne forment pas deux puissances.

En voici la raison. Un élément accidentel dans l'objet d'une puissance n'implique pas la distinction d'une puissance nouvelle. Il est accidentel à l'objet coloré qu'il soit un homme, qu'il soit grand ou petit : aussi tout cela est-il saisi par la même puissance de voir. Or il est accidentel à un objet saisi par l'intelligence qu'il soit ou non ordonné à l'action. Et c'est là en quoi diffèrent l'intellect spéculatif et l'intellect pratique. L'intellect spéculatif est celui qui n'ordonne pas ce qu'il connaît à l'action, mais seulement à la contemplation de la vérité. Au contraire, l'intellect pratique ordonne à l'action ce qu'il connaît. C'est pourquoi le Philosophe dit (De animâ, lib. III, text. 49) que l'intellect spéculatif diffère du pratique par sa fin. Aussi l'un et l'autre sont-ils dénommés d'après leur fin, l'un spéculatif, et l'autre pratique, c'est-à-dire opératif.
______________________________________________________________________

(1) Il suffit de donner la définition de ces deux espèces d’intellect pour faire voir qu’ils ne forment pas des puissances diverses.
A suivre : ARTICLE 12.  La syndérèse est-elle une puissance distincte?

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Lun 18 Déc 2017, 6:46 am

ARTICLE 12.

La syndérèse est-elle une puissance distincte? (2)

DIFFICULTÉ: 1. Elle paraît être une puissance spéciale. En effet, les réalités qui peuvent être comprises sous une même division, semblent appartenir au même genre. Or saint Jérôme (Sup. Ezech. 1) oppose la syndérèse à l'irascible, au concupiscible, au rationnel — qui sont des puissances. La syndérèse en est donc une également.

SOLUTION : 1. Cette division de saint Jérôme se rapporte à la distinction des actes, et non à celle des puissances. Or des actes divers peuvent appartenir à une même puissance.

DIFFICULTÉ: 2. Les opposés sont de même genre. Or syndérèse et sensibilité semblent s'opposer : car la syndérèse incline toujours au bien, et la sensibilité toujours au mal.  C'est pourquoi celle-ci est symbolisée par le serpent (saint Augustin : De Trin., lib. XII, cap. 12 et 13). La syndérèse est donc une puissance, comme la sensibilité.

SOLUTION : 2. De même l'opposition de la sensibilité et de la syndérèse considère l'opposition des actes, et non celle des espèces différentes d'un même genre.

DIFFICULTÉ: 3.  Saint Augustin (De Lib. arb. lib. II, cap. 10) dit, en son traité du Libre Arbitre, que dans notre pouvoir naturel de juger se trouvent des règles et des germes de vertus, qui sont certaines et immuables. C'est ce que nous appelons syndérèse. Puisque les règles immuables de notre jugement appartiennent à la partie supérieure de la raison, la syndérèse paraît être une même chose que la raison. C'est donc une puissance.

SOLUTION : 3. Ces raisons immuables sont les premiers principes pratiques, au sujet desquels il n'y a jamais erreur. On les attribue à la raison, comme puissance, et à la syndérèse, comme habitus. En conséquence, nous jugeons naturellement par l'une et par l'autre, c'est-à-dire par la raison et par la syndérèse.

CEPENDANT: Les puissances rationnelles sont capables des contraires, d'après Aristote (Met. lib. XII, text. 3) (3). Ce n'est pas le cas de la syndérèse, qui incline seulement au bien. La syndérèse n'est donc pas une puissance. Si elle était une puissance, elle devrait en effet être rationnelle, puisqu'on ne la trouve pas chez les animaux.

CONCLUSION :…
_____________________________________________________________________

(2) La syndérèse  est la connaissance habituelle des premiers principes moraux : comme il faut fuir le vice et pratiquer la vertu. (3) C’est-à-dire au bien et au mal.

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Mar 19 Déc 2017, 7:42 am

ARTICLE 12.

La syndérèse est-elle une puissance distincte? (2)

SUITE

CONCLUSION : La syndérèse n'est pas une puissance spéciale supérieure à la raison, ni elle ne se confond pas avec la nature humaine, mais c'est une habitude naturelle qui se rapporte aux principes pratiques, comme l'intellect est une habitude naturelle qui a pour objet les principes spéculatifs, et ce n'est par conséquent pas une puissance.

La syndérèse n'est pas une puissance, mais un habitus, bien que certains l'aient considérée comme une puissance supérieure à la raison, et que d'autres aient dit que c'était la raison, non comme raison mais comme nature. Pour le comprendre, il faut remarquer que le raisonnement humain (art. 8), étant une sorte de mouvement,  procède de la simple appréhension de quelques termes, à savoir de termes naturellement connus sans recherche rationnelle, comme d'un principe immobile, et qu'il s'achève également à une appréhension intellectuelle, lorsque nous jugeons, à l'aide de principes naturellement connus, des conclusions trouvées en raisonnant. Mais c'est un fait : comme la raison spéculative travaille sur des connaissances théoriques, ainsi la raison pratique s'attache-t-elle aux vérités qui ont rapport à l'action. De même donc que nous avons naturellement en nous des principes pour l'ordre spéculatif, il en faut aussi pour l'ordre de l'action. — Or, les premiers principes spéculatifs qui sont naturellement en nous n'appartiennent pas à une puissance spéciale, mais à un habitus spécial qui est appelé l'intelligence des principes (Aristote, Eth. lib. VI, cap. 6). Par suite, les principes pratiques que nous possédons par nature ne relèvent pas d'une puissance spéciale, mais d'un habitus naturel distinct que nous nommons syndérèse. C'est pourquoi l'on dit que la syndérèse incite au bien, et proteste contre le mal, lorsque nous nous mettons, à l'aide des premiers principes pratiques, à la recherche de ce qu'il faut faire, et que nous jugeons ce que nous avons trouvé. La syndérèse n'est donc pas une puissance, mais un habitus naturel.
_______________________________________________________________

(2) La syndérèse  est la connaissance habituelle des premiers principes moraux : comme il faut fuir le vice et pratiquer la vertu.
A suivre:  ARTICLE 13.La conscience est-elle une puissance?

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Mer 20 Déc 2017, 7:56 am


ARTICLE 13.

La conscience est-elle une puissance? (1)

DIFFICULTÉ: 1. Elle semble une faculté distincte. Pour Origène, la conscience est « l'esprit correcteur, le pédagogue qui accompagne l'âme pour l'éloigner du mal et l'attacher au bien ». Mais l'esprit désigne dans l'âme une certaine puissance : soit l'âme intelligente elle-même, selon le mot de saint Paul : « Renouvelez l'esprit de votre âme (Eph. IV, 23)». Soit l'imagination : c'est ainsi qu'en saint Augustin (Sup. Gen. Ad. Litt., lib. XII, cap. 6 et 7), la vision imaginative est appelée spirituelle. La conscience est donc une puissance.

SOLUTION : 1. La conscience est appelée esprit, lorsqu'on emploie esprit dans le sens d'âme intelligente [mens] (1). La conscience est en effet une sorte de décret de celle-ci.

DIFFICULTÉ: 2. Il n'y a qu'une puissance de l'âme qui puisse être sujet du péché. Or la conscience est le sujet du péché. Saint Paul dit de certains qu'ils sont souillés dans leur âme et conscience ( Tit., I, 15). Cette dernière est donc puissance.

SOLUTION : 2. L'on dit que la souillure est dans la conscience, non pas comme en son sujet, mais comme le connu est dans la connaissance : c'est-à-dire lorsqu'on sait qu'on est souillé.

DIFFICULTÉ: 3. La conscience ne peut être qu'un acte, un habitus, ou une puissance. Or elle n'est pas un acte : autrement, elle ne serait pas permanente dans l'homme. Elle n'est pas non plus un habitus, sans quoi elle ne serait pas quelque chose de simple, mais multiple : nous nous dirigeons en effet dans l'action au moyen de nombreux habitus de connaissance. La conscience est donc une puissance.

SOLUTION : 3.   Si l'acte ne demeure pas toujours en sa réalité propre, cependant il est toujours en sa cause : la puissance ou l'habitus. Or, même quand il y a plusieurs habitus à perfectionner la conscience, ils reçoivent leur valeur d'une seule cause, l'habitus des premiers principes, ou syndérèse. D'où ce premier habitus est parfois nommé conscience (art. préc.).

CEPENDANT: La conscience peut être mise de côté, mais non pas une puissance de l'âme. La conscience n'est donc pas une puissance.

CONCLUSION :…
_____________________________________________________________________

(1) La conscience est l'application des principes généraux de la morale à des faits particuliers. C'est elle qui dit si telle ou telle action est bonne ou mauvaise. (1) C’est un acte de l’intellect pratique qui dit ce qu’il est permis ou ce qu’il n’est pas permis de faire dans telles ou telles circonstances. Ainsi la loi naturelle détermine les principes généraux du droit, la syndérèse en est la connaissance habituelle et la conscience en fait l’application aux cas particuliers. C’est ce que dit saint Thomas lui-même dans son commentaire de Pierre Lombard (II Sent. dist. 24, quest II, art. 4.)

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Jeu 21 Déc 2017, 7:22 am

ARTICLE 13.

La conscience est-elle une puissance? (1)

SUITE

CONCLUSION : La conscience, prise dans son sens propre, n'est pas une puissance, mais un acte par lequel nous appliquons ce que nous savons à ce que nous faisons; et cette application a pour conséquence notre condamnation ou notre excuse.

A proprement parler, la conscience n'est pas une puissance, mais un acte. C'est évident d'après le nom même, et d'après les opérations qu'on lui attribue dans le langage usuel. D'après le nom d'abord, conscience marque le rapport d'une connaissance avec quelque chose. En effet conscientia signifie cum alio scientia [connaissance avec un autre]. Or l'application d'une connaissance à quelque autre chose se réalise au moyen d'un acte. Donc d'après l'étymologie même, il est évident que la conscience est un acte. — La même conclusion s'impose si l'on se réfère aux opérations attribuées à la conscience. L'on dit que la conscience atteste, oblige, incite, et encore accuse, reproche ou reprend. Or tout cela procède de l'application d'une certaine connaissance que nous avons à ce que nous faisons.

Ce qui se réalise de trois manières : 1. Lorsque nous reconnaissons que nous avons accompli ou non telle action. Comme dit l'Ecclésiaste (Eccl. VII, 23) : « Ta conscience sait que tu as souvent maudit les autres ». Et dans ce sens, l'on dit que la conscience atteste. 2. Cette application se fait encore, quand, par notre conscience, nous jugeons qu'il faut accomplir ou ne pas accomplir une action. L'on dit alors que la conscience incite ou oblige. 3. . Lorsque nous jugeons par la conscience que ce qui a été fait, fut bien fait ou non. Et alors l'on dit que la conscience excuse, accuse ou reproche. Il est clair que tout cela suit à l'application actuelle de notre connaissance à notre action. Aussi, à proprement parler, la conscience désigne-t-elle un acte.

Mais du fait que l'habitus est le principe de l'acte, on attribue parfois le nom de conscience au premier habitus naturel, c'est-à-dire à la syndérèse. Ainsi fait saint Jérôme. Saint Basile l'appelle « pouvoir naturel de juger ». Saint Jean Damascène ( De fid. orth. lib. IV, cap. 23) dit que c'est « la loi de notre intelligence ». L'on a coutume en effet de nommer la cause et l'effet l'un par l'autre.
____________________________________________________________________

(1) La conscience est l'application des principes généraux de la morale à des faits particuliers. C’est elle qui dit si telle ou telle action est bonne ou mauvaise.
 

A suivre : Question 80 : LES   FACULTÉS   AFFECTIVES   EN  GÉNÉRAL.

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Ven 22 Déc 2017, 6:48 am

Question 80 : LES   FACULTÉS   AFFECTIVES   EN  GÉNÉRAL.


Il faut ensuite étudier les facultés affectives. Quatre questions sur ce sujet : 1. De l'affectivité en général. 2. De la sensibilité. 3. De la volonté. 4. Du libre arbitre.

Deux problèmes dans la première : 1. Doit-on faire de la tendance affective une puissance spéciale? — 2. La tendance affective doit-elle être divisée en sensible et intellectuelle, comme en autant de puissances distinctes?

ARTICLE 1.

La tendance affective est-elle une puissance spéciale? (1)

DIFFICULTÉ: 1. Il semble que non. Il n'y a pas lieu en effet d'assigner une puissance pour ce qui est commun aux êtres animés et inanimés. Mais être en tendance est commun aux uns et aux autres. Car le bien est ce à quoi tendent toutes choses (Aristote : Eth. lib. 1, cap. 1) . La tendance affective n'est donc pas une puissance spéciale.

SOLUTION : 1. Les êtres doués de connaissance sont en tendance sous un mode supérieur à celui qui se trouve communément dans tous les êtres (in corp. art.. Il faut donc à cet effet une puissance dans l'âme.

DIFFICULTÉ: 2. Les puissances se distinguent d'après les objets. Or c'est la même réalité que nous connaissons et que nous désirons. Il ne doit donc pas y avoir de faculté appétitive distincte de la faculté de connaître.

SOLUTION : 2. Ce qui est connu est une même réalité que ce qui est désiré, mais la raison d'objet diffère : il est connu comme être sensible ou intelligible, il est désiré comme bon ou convenable. Pour admettre des puissances diverses, il faut une diversité d'objets formels [ rationum (1)], mais non d'objets matériels.

DIFFICULTÉ: 3. Ce qui est commun ne se distingue pas par opposition à ce qui est propre. Or toute puissance de l'âme est en tendance à un bien particulier désirable, à savoir, l'objet qui lui convient. Donc par rapport à cet objet qui est le désirable en général, il ne faut pas distinguer de puissance spéciale, qui serait la faculté appétitive.

SOLUTION : 3. Toute puissance de l'âme est une forme, une nature. Elle a son inclination naturelle dans un sens donné. Aussi chacune des puissances tend-elle à l'objet qui lui convient par une tendance naturelle. Mais en plus de cela, il y a la tendance psychologique qui suit à la connaissance : elle est le principe du mouvement affectif, non parce que cela convient à l'acte de telle puissance, la vision pour la vue, l'audition pour l'ouïe, mais parce que cela convient absolument à l'animal.

CEPENDANT: Le Philosophe (De animâ, lib. II, text. 27) distingue l'affectivité des autres puissances. De même, Damascène ( De fid. orth. lib. II, cap. 22) l'oppose aux facultés de connaissance.

CONCLUSION :…
_____________________________________________________________________

(1) Tous les philosophes sont unanimes à considérer l'appétit en général comme une puissance particulière de l'âme. — (1) Les moralistes
distinguent ainsi les actes moraux, quant au nombre et à l’espèce, d’après leurs objets formels, non d’après leurs objets matériels.

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Sam 23 Déc 2017, 6:33 am

ARTICLE 1.

La tendance affective est-elle une puissance spéciale? (1)

SUITE

CONCLUSION : Comme dans les substances qui ont une forme plus élevée il y a aussi une inclination plus noble, il faut que les êtres raisonnables, par là même qu'ils ont une forme plus distinguée, aient une puissance appétitive supérieure à l'appétit naturel.

Il faut admettre dans l'âme une puissance affective. Pour l'établir, considérons qu'à toute forme suit une inclination. Par exemple, le feu en vertu de sa forme tend vers le haut, et tend à produire un effet semblable à lui. Or la forme dans les êtres connaissant est d'une perfection plus grande que dans les non-connaissants. En ces derniers, l'on trouve seulement une forme qui détermine chacun d'eux à un seul être qui leur est propre et naturel. A cette forme naturelle suit une inclination qu'on nomme tendance naturelle. Chez les êtres connaissants, chacun d'eux est déterminé en son être propre par sa forme naturelle, mais cela n'empêche qu'il reçoive les formes intentionnelles des autres réalités : ainsi le sens, celles de toutes les choses sensibles, et l'intelligence, celles de tous les intelligibles. De la sorte, l'âme humaine devient en quelque façon toutes choses (2), par le sens et par l'intelligence : en cela les êtres connaissants ressemblent, pour ainsi dire, à Dieu, en qui toute réalité préexiste (Saint Denis : De div. Nom. cap. 5).

De même donc que les formes des êtres connaissants ont une perfection supérieure à celle des simples formes naturelles, ainsi faut-il que leur inclination soit supérieure à l'inclination appelée tendance naturelle. Et cette inclination supérieure appartient à la puissance affective de l'âme : par elle l'animal peut tendre vers ce qu'il connaît, et non pas seulement vers les fins auxquelles l'incline sa forme naturelle. Il est donc nécessaire d'admettre dans l'âme une faculté affective.
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(1) Tous les philosophes sont unanimes à considérer l'appétit en général comme une puissance particulière de l'âme.(2) L'âme devient les choses qu'elle connaît et qu'elle perçoit. Nous avons déjà fait remarquer cette expression qui révèle une des parties les plus profondes de la théorie péripatéticienne.

Suite : ARTICLE 2. L'affectivité sensible et l'affectivité intellectuelle sont-elles des puissances différentes?

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Dim 24 Déc 2017, 6:49 am

ARTICLE 2.

L'affectivité sensible et l'affectivité intellectuelle sont-elles des puissances différentes? (2)

DIFFICULTÉ: 1. Elles ne semblent pas distinctes comme puissances. Il ne suffit pas pour cela de différences accidentelles (quest. LXXVII, art. 3, et quest. LXXIX, art. 7). Or il est accidentel à l'objet désiré qu'il soit connu par le sens ou par l'intelligence. Donc pas de distinction.

SOLUTION : 1. Il n'est pas accidentel à l'objet désirable d'être connu par le sens ou par l'intelligence, mais cela lui convient essentiellement ; car l'objet désirable ne peut émouvoir l'affectivité que lorsqu'il est connu. Par suite, les différences dans l'objet connu causent de soi les différences d'objet désirable. En conséquence, les puissances affectives se distinguent d'après les différences dans ce qui est connu, comme d'après leurs objets propres.

DIFFICULTÉ: 2. La connaissance intellectuelle a pour objet l'universel, et c'est ce qui la distingue de la connaissance sensible, qui a pour objet le singulier. Or une telle distinction ne peut se rencontrer dans l'affectivité : la tendance affective étant un mouvement qui part de l'âme vers les choses, qui sont singulières, il semble que toute tendance ait le singulier pour objet. Il n'y a donc pas à distinguer d'affectivité intellectuelle.

SOLUTION : 2. Bien  que  l'affectivité  rationnelle se porte vers des réalités qui sont hors de l'âme sous le mode du particulier, elle s'y porte cependant sous un certain aspect universel : par exemple elle désire une chose parce que cette chose est bonne. Aristote dit à ce sujet dans sa Rhétorique (lib. II, cap. 4) qu'on peut avoir de la haine pour un objet universel : ainsi, nous avons en haine toute l'espèce des voleurs. Nous pouvons également désirer par l'affectivité rationnelle les biens immatériels que le sens ne perçoit pas, la science, la vertu, etc.

DIFFICULTÉ: 3. De même que l'affectivité est subordonnée à la connaissance, en tant que faculté inférieure, ainsi la faculté motrice. Or il n'y a pas dans l'âme de faculté motrice relative à l'intelligence, autre que celle relative au sens et commune à tous les animaux. Donc, pour le même motif, il n'y a pas d'autre faculté affective.

SOLUTION : 3. Il est dit dans le Traité de l'Ame ( De animâ, lib III, text. 57 et 58) qu'un jugement universel (2) ne peut causer de mouvement sans l'intermédiaire d'un jugement particulier. De même, l'affectivité supérieure met en mouvement par l'intermédiaire de l'inférieure. Il n'y a donc pas de faculté motrice distincte pour l'intelligence et pour le sens.

CEPENDANT: Le Philosophe ( De animâ, lib. III, text.57)  distingue deux espèces d'affectivité, et dit que la plus élevée met en mouvement l'inférieure (1).

CONCLUSION :…
_____________________________________________________________

(2) La distinction de ces deux appétits répond à la division de l’âme en deux parties, la partie intelligente et la partie sensitive. (2) Le texte porte : la conception de l’universel qu’Aristote oppose à la conception du particulier. On peut à ce sujet voir ce qu’il dit dans son traité Du mouvement des animaux , ch. 8. (1) Le texte d'Aristote est très-obscur; il est loin d'avoir la précision que lui donne ici saint Thomas.

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Mar 26 Déc 2017, 7:12 am

L'affectivité sensible et l'affectivité intellectuelle sont-elles des puissances différentes? (2)

SUITE

CONCLUSION : Ce que l'intellect perçoit étant d'un autre genre que ce qui est perçu par les sens, il est nécessaire que l'appétit intelligentiel ( intellectuelle ) et l'appétit sensitif appartiennent à des puissances diverses.

Il faut absolument admettre que l'affectivité intellectuelle est une puissance distincte de l'affectivité sensible. Une puissance affective est une puissance passive, dont la nature est d'être mise en mouvement par l'objet connu. Par suite, l'objet désirable connu est principe de mouvement mais ne le reçoit pas, tandis que la tendance affective le donne et le reçoit ( Aristote : De animâ, lib. III, text. 54 et Met. lib. XI, text. 53). Les êtres passifs et mobiles se distinguent d'après la diversité des principes actifs et moteurs : car il faut une proportion entre le moteur et le mobile, entre l'être actif et l'être passif, et la puissance passive elle-même tient sa propre nature de son rapport au principe actif. L'objet connu par l'intelligence étant d'un autre genre que l'objet connu par le sens, il s'ensuit que l'affectivité intellectuelle est une puissance distincte de l'affectivité sensible.
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(2) La distinction de ces deux appétits répond à la division de l’âme en deux parties, la partie intelligente et la partie sensitive.

A suivre : Question  81.  LA  SENSIBILITÉ.

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Mer 27 Déc 2017, 6:57 am

Question 81 : LA SENSIBILITÉ


Au sujet de la sensibilité, trois problèmes : 1. La sensibilité est-elle seulement de l'ordre affectif? — 2. Se divise-t-elle en puissances distinctes, l'irascible et le concupiscible? — 3. Ces deux puissances obéissent-elles à la raison?

ARTICLE 1.

La sensibilité est-elle seulement de l'ordre affectif? (3)

DIFFICULTÉ: 1. La sensibilité semble appartenir non seulement à l'affectivité, mais encore à la connaissance. Saint Augustin ( De Trin. lib. XII, cap. 12) ne dit-il pas que « le mouvement sensible de l'âme qui se porte vers les sens corporels est commun aux hommes et aux bêtes ». Mais les sens sont des facultés connaissantes. La sensibilité l'est donc également.

SOLUTION : 1. Lorsque saint Augustin  dit que le mouvement sensible de l'âme se porte vers les sens corporels, cela ne signifie pas .que les sens appartiennent à la sensibilité, mais bien plutôt que le mouvement de sensibilité est une sorte d'inclination vers les sens, c'est-à-dire : lorsque nous désirons les objets que les sens nous font connaître. Et de cette manière les sens appartiennent à la sensibilité, parce qu'ils vont pour ainsi dire devant elle.

DIFFICULTÉ: 2. Les réalités comprises dans une seule et même division appartiennent au même genre. Or saint Augustin (loc. cit. oppose sensibilité à raison supérieure et raison inférieure, qui sont de l'ordre de la connaissance. La sensibilité en fait donc partie.

SOLUTION : 2. La sensibilité se trouve dans la même classe que la raison supérieure et la raison inférieure, en tant qu'elles se ressemblent par l'acte de mouvoir (2) : en effet le pouvoir de connaître auquel se rapporte la raison est source de mouvement, tout comme la faculté appétitive dont relève la sensibilité.

DIFFICULTÉ: 3. La sensibilité joue le rôle du serpent dans la tentation du premier homme. Or le serpent a révélé et proposé le péché, —  ce qui procède du pouvoir de connaître. Donc la sensibilité s'y rattache.

SOLUTION : 3. Le serpent a non seulement révélé et proposé le péché, mais il inclina encore à le commettre (3). Et pour cette raison, il représente la sensibilité.

CEPENDANT: La sensibilité se définit le pouvoir affectif qui tend aux choses du corps.

CONCLUSION :…

_______________________________________________________________________

(3) Dans cet article philosophique saint Thomas recherche si la sensibilité (sensualitas) n’est pas aussi une faculté cognitive. (2) Elles peuvent mouvoir les puissances qui leur sont inférieures. (3). On sait qu'il y a eu des hérétiques, les ophites, qui ont prétendu que le serpent était le Christ, et qu'on devait l'adorer. Nous ne rappelons que pour mémoire cette folie, aussi contraire à l’Écriture qu'au bon sens.


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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Jeu 28 Déc 2017, 7:50 am

ARTICLE 1.

La sensibilité est-elle seulement de l'ordre affectif? (3)

SUITE

CONCLUSION: La sensibilité (sensualitas) n'implique pas une vertu cognitive, mais la puissance appétitive de l'âme.

Le terme de « sensibilité » paraît venir, de ce « mouvement sensible » dont parle saint Augustin (loc. cit., dans le traité de la Trinité, de la même façon que le nom d'une puissance se prend de l'acte : par exemple, la vue, de l'acte de voir. Le mouvement sensible est un phénomène affectif qui suit à une connaissance sensible (1). En effet, l'acte d'une faculté connaissante ne peut être appelé aussi exactement mouvement que celui de l'affectivité : la perfection du connaître consiste en la présence du connu dans le connaissant, tandis que celle de l'affectivité provient de l'inclination de l'être qui désire vers l'objet désiré. En conséquence, connaître se compare au repos, mais désirer, plutôt au mouvement. Le mouvement sensible, c'est donc l'acte de la faculté affective, et la sensibilité sera le nom de cette faculté.
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(3) Dans cet article philosophique saint Thomas recherche si la sensibilité (sensualitas) n’est pas aussi une faculté cognitive. (1) D'après Aristote, l'intelligence est impassible et par conséquent ne reçoit pas le mouvement (Voyez sa théorie de l'intelligence dans son Traité de l'âme. liv. III ch. 5 et 11 de la traduction française).

A SUIVRE :   ARTICLE 2. L'affectivité sensible se divise-t-elle en puissances distinctes, l'irascible et le concupiscible ?

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