L'âme humaine est-elle immortelle ?

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Ven 29 Déc 2017, 6:33 am

ARTICLE 2.

L'affectivité sensible se divise-t-elle en puissances distinctes, l'irascible et le concupiscible ? (1)

DIFFICULTÉ: 1. Cette distinction ne paraît pas fondée. C'est une même faculté de l'âme qui correspond à un couple de contraires, ainsi la vue a pour objet le blanc et le noir (Aristote De animâ, lib. II, text. 107). Or le convenable et le nuisible sont des contraires. Du fait que le concupiscible a pour objet le convenable, et l'irascible, le nuisible, ils ne forment qu'une même puissance affective.

SOLUTION : 1. Le concupiscible a pour objet le convenable et le nuisible. Mais l'irascible s'oppose au nuisible qui attaque le sujet.

DIFFICULTÉ: 2. L'affectivité sensible n'a pas d'autre objet que ce qui convient dans l'ordre de la sensation. Or c'est là l'objet du concupiscible. Il n'y a donc pas d'autre affectivité sensible que celui-ci.

SOLUTION : 2. De même que les facultés sensibles de connaissance comprennent une faculté « estimative » (2) qui perçoit des modalités qui n'impressionnent pas les sens (quest. LXXVIII, art. 4), de même l'affectivité sensible possède une faculté dont l'objet n'est pas ce qui convient comme délectable au sens, mais comme utile à l'animal pour sa défense : et cette faculté, c'est l'irascible.

DIFFICULTÉ: 3. La haine est dans la puissance irascible. D'après saint Jérôme dans son commentaire sur saint Matthieu (cap. XIII) : en effet, il faut que nous ayons dans cette puissance la haine des vices. Or la haine, étant le contraire de l'amour, se trouve dans la puissance concupiscible. Les deux puissances ne forment donc qu'une faculté.

SOLUTION : 3. La haine appartient de soi au concupiscible ; mais en raison de la lutte qu'elle provoque, elle peut relever de l'irascible.

CEPENDANT: saint Grégoire de Nysse (2) ( De. nat. hom. cap. 16) et saint Jean Damascène (De fid. orth., lib. II, cap. 22)   distinguent ces deux puissances, comme des parties de l'affectivité sensible.

CONCLUSION :…
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(1) Cette distinction que saint Thomas établit ici psychologiquement est reconnue par tous les philosophes. Nous la retrouverons dans la partie morale de la Somme, où elle joue le plus grand rôle. (2) C'est l'opinion, qu'Aristote distingue de la pensée, qui est le propre de l'homme. (2) Cet ouvrage, intitulé De naturâ hominis, qu'on attribuait au moyen âge à saint Grégoire de Nysse, est du philosophe chrétien Némésius , qui vivait probablement sur la fin du cinquième siècle.

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Sam 30 Déc 2017, 6:52 am

ARTICLE 2.

L'affectivité sensible se divise-t-elle en puissances distinctes, l'irascible et le concupiscible ?(1)

SUITE

CONCLUSION : La puissance concupiscible a pour objet ce qui convient et ce qui ne convient pas, tandis que la puissance irascible a pour but de résister aux contraires ; il y a donc dans l'âme sensitive deux parties, la concupiscible et l'irascible.

L'affectivité sensible est un pouvoir générique qu'on appelle sensibilité, mais elle se divise en deux facultés qui sont ses espèces, l'irascible et le concupiscible. Pour l'établir, il faut considérer ceci : les êtres corruptibles de la nature doivent avoir non seulement une inclination à suivre ce qui leur convient et à fuir ce qui est nuisible, mais encore une inclination à résister aux causes de corruption et aux agents contraires qui mettent un empêchement à l'acquisition de ce qui convient, et amènent ce qui est nuisible. Ainsi le feu est enclin naturellement non seulement à s'éloigner d'un lieu inférieur, qui ne lui convient pas, et à s'élever vers le haut, ce qui est conforme à sa nature, mais encore à s'opposer à ce qui peut le détruire ou gêner son action. L'affectivité sensible étant une inclination consécutive à la connaissance du sens, comme la tendance naturelle est une inclination qui suit à la forme, il doit donc y avoir dans la partie sensitive de l'âme deux puissances : l'une par laquelle l'âme est simplement inclinée à rechercher ce qui lui convient dans l'ordre sensible, et à fuir ce qui peut nuire, c'est le concupiscible ; l'autre par laquelle l'animal résiste aux attaques des choses qui l'empêchent d'atteindre ce qui convient et lui causent du dommage, c'est l'irascible. En conséquence, l'on dit que son objet est « ce qui est ardu » : car sa tendance le porte à surmonter les obstacles et à les dominer.

L'on ne peut ramener ces deux inclinations à un même principe : car il arrive que l'âme s'occupe de choses pénibles, contre l'inclination du concupiscible (1), afin de suivre celle de l'irascible qui est de lutter contre les obstacles. D'où l'opposition des passions de l'irascible et de celles du concupiscible : ainsi lorsque la convoitise s'allume, la colère diminue, et réciproquement, — au moins dans la plupart des cas. C'est pourquoi encore l'irascible est une sorte de défenseur du concupiscible : il s'élève contre les obstacles aux choses agréables que désire le concupiscible, et contre les causes de dommage que ce dernier évite. Par suite, toutes les passions de l'irascible prennent origine des passions du concupiscible, et se terminent en elles : la colère, par exemple, naît d'une tristesse qui affecte le sujet, et lorsqu’elle l'en a délivré, elle s'apaise en un sentiment de joie. Autre conséquence : les animaux combattent pour ce qu'ils désirent, à savoir : la nourriture et les jouissances sexuelles (Aristote, De animal., lib. IX, cap.1).
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(1) Cette distinction que saint Thomas établit ici psychologiquement est reconnue par tous les philosophes. Nous la retrouverons dans la partie morale de la Somme, où elle joue le plus grand rôle. (1) Qui tend à  ne s’occuper que des choses gaies et agréables.
A suivre : Article 3. L'irascible et le concupiscible obéissent-ils à la raison?

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Dim 31 Déc 2017, 7:09 am

ARTICLE 3.

L'irascible et le concupiscible obéissent-ils à la raison? (3)

DIFFICULTÉ: 1. C'est le contraire qui paraît vrai. Ces deux facultés font partie de la sensibilité. Or celle-ci n'obéit pas à la raison : aussi est-elle symbolisée par le serpent (saint Augustin : De Trin. lib. XII, cap. 12 et 13).  Donc l'irascible et le concupiscible ne sont pas soumis à la raison.

SOLUTION : 1. La sensibilité est symbolisée par le serpent d'après ce qui lui convient en propre comme pouvoir sensible. Irascible et concupiscible désignent plutôt l'affectivité sensible par rapport à son activité, activité que la raison commande (art. 1 et 2 huj. quæst).  

DIFFICULTÉ: 2. Quand on obéit à quelqu'un, on ne lutte pas contre lui. Or l'irascible et le concupiscible luttent contre la raison. Comme dit saint Paul ( Rom. VII, 23) : « Je vois en mes membres une autre loi qui s'oppose à celle de mon esprit ». Irascible et concupiscible ne sont donc pas soumis à la raison.

SOLUTION : 2. « Il faut considérer dans l'animal, dit Aristote (Pol. lib. II, cap. 3), un pouvoir despotique et un pouvoir politique : l'âme domine le corps par un pouvoir despotique, l'intellect domine l'affectivité par un pouvoir politique et royal ». Le pouvoir despotique est celui par lequel quelqu'un commande à des esclaves, qui n'ont pas la faculté de résister à l'ordre du chef, car il n'est rien en eux qui leur appartienne. Le pouvoir politique et royal est celui par lequel on commande à des hommes libres qui, bien que soumis à l'autorité du chef, ont cependant quelque pouvoir propre qui leur permet de résister à ses ordres. — De même dit-on que l'âme domine le corps d'un pouvoir despotique : car les membres du corps ne peuvent aucunement résister à son commandement, mais suivant son désir, la main, le pied, et tout membre qui peut recevoir naturellement une impulsion de la volonté, se meuvent aussitôt. Mais l'on dit que l'intellect, la raison commande à l'irascible et au concupiscible d'un pouvoir politique, car l'affectivité sensible a un pouvoir propre qui lui permet de résister à l'ordre de la raison. L'affectivité sensible en effet peut entrer naturellement en action sous l'impulsion non seulement de l'estimative chez les animaux, et, chez l'homme, de la cogitative que la raison universelle dirige, mais encore sous celle de l'imagination et des sens.

Nous savons par expérience que l'irascible et le concupiscible s'opposent à la raison, quand nous sentons ou imaginons une chose agréable que la raison défend, ou une chose attristante que la raison prescrit. Ainsi le fait que ces deux facultés s'opposent en certains cas à la raison n'empêche pas qu'elles lui obéissent.

DIFFICULTÉ: 3. Comme la faculté affective, la faculté sensible est inférieure à la raison. Or le sens n'obéit pas à la raison : nous n'entendons ni ne voyons selon notre volonté. Semblablement, les facultés d'affectivité sensible ne lui obéissent pas.

SOLUTION : 3. Les sens externes ont besoin pour agir des objets sensibles du dehors qui les impressionnent, et sur la présence desquels la raison n'a pas de prise. Mais les facultés internes, tant dans l'ordre de l'affectivité que de la connaissance, n'ont pas besoin des réalités extérieures. Aussi sont-elles soumises au commandement de la raison qui peut non seulement exciter ou apaiser les états affectifs, mais encore former des schèmes dans l'imagination.

CEPENDANT: Selon saint Jean  Damascène (De orth. Fid. lib. II, cap. 12), la partie de l'âme qui obéit à la raison et se laisse persuader par elle se divise en convoitise et colère.

CONCLUSION :…
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(3) Il s'agit ici de déterminer les rapports de la raison avec l'appétit irascible et l'appétit concupiscible.


Dernière édition par Louis le Ven 05 Jan 2018, 4:05 pm, édité 1 fois (Raison : Remplacer le mot intelligence par le mot intellect.)

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Mar 02 Jan 2018, 7:03 am

ARTICLE 3.

L'irascible et le concupiscible obéissent-ils à la raison? (3)  

SUITE

CONCLUSION : L’appétit irascible et l’appétit concupiscible obéissent à la raison et à la volonté, mais non sous le même rapport.

Irascible et concupiscible obéissent à la partie supérieure de l'âme, qui comprend raison et volonté, de deux manières, c'est-à-dire par rapport soit à l'une soit à l'autre de ces facultés. Ils obéissent à la raison dans leur activité même. En voici le motif : l'affectivité sensible chez les animaux reçoit naturellement son mouvement de l'estimative : par exemple, la brebis s'effraie parce qu'elle estime le loup son ennemi. Au lieu de l'estimative, il y a dans l'homme (quest. LXXVIII, art. 4) la cogitative, que certains philosophes nomment: raison particulière, parce qu'elle opère des synthèses de représentations individuelles. Aussi l'affectivité sensible de l'homme est-elle, par nature, mise en mouvement par elle. Mais la raison particulière reçoit naturellement son mouvement et sa direction de la raison universelle (1) : c'est pourquoi, dans le raisonnement syllogistique, l'on tire de propositions universelles des conclusions particulières. Il s'ensuit évidemment que la raison universelle commande à l'affectivité sensible qui se divise en concupiscible et irascible, et que cette faculté lui obéit. Mais la déduction qui va de principes universels à des conclusions particulières n'est pas l'œuvre de l'intelligence comme telle, mais de la raison. Donc ces deux puissances sensibles obéissent plutôt à la raison qu'à l'intelligence. — Chacun peut en faire l'expérience en lui-même : l'on peut apaiser la colère, la crainte, etc., ou aussi les exciter, à l'aide de considérations d'ordre universel.

L'affectivité sensible est soumise à la volonté, dans l'exécution qui s'accomplit au moyen de la faculté motrice. Chez les animaux en effet le mouvement suit immédiatement l'état affectif, ainsi la brebis qui a peur du loup s'enfuit aussitôt. Car il n'y a pas chez eux d'affectivité supérieure qui s'y oppose. Mais l'homme n'exécute pas le mouvement aussitôt qu'il éprouve l'état affectif. Il attend l'ordre de l'affectivité supérieure, la volonté. Quand en effet des puissances motrices sont ordonnées l'une à l'autre, la seconde n'imprime de mouvement qu'en vertu de la première : aussi l'affectivité inférieure ne peut-elle le faire que si l'affectivité supérieure y consent. C'est ce que veut dire Aristote ( De animâ, lib. III, text. 57) au Traité de l'Ame : l'affectivité supérieure met en mouvement l'affectivité  inférieure (2), comme une sphère céleste en meut une autre. — De cette façon donc l'irascible et le concupiscible obéissent à la raison.
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(3) Il s'agit ici de déterminer les rapports de la raison avec l'appétit irascible et l'appétit concupiscible. (1) Pour expliquer le mouvement dans les animaux, Aristote compare l'action à la conclusion d'un syllogisme, dont la conception ou la raison universelle est la majeure, la conception particulière la mineure, et l’action qui résulte de cette conception particulière, la conclusion. Le moyen seul est la cause du mouvement, et si l’animal n’en avait pas la conception, il n’agirait pas. Voyez son Traité du mouvement des animaux, ch. 7.. (2) Le texte d’Aristote porte seulement comme une sphère , mais les commentateurs ont longuement développé ce passage en l’appliquant aux sphères célestes.

A suivre : QUESTION 82 LA VOLONTÉ.


Dernière édition par Louis le Mer 03 Jan 2018, 4:43 pm, édité 1 fois (Raison : Orthographe.)

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Mer 03 Jan 2018, 7:48 am

Question 82 : LA VOLONTÉ.

Il faut maintenant traiter de la volonté. Cinq questions : 1. La volonté désire-t-elle quelque chose par nécessité? — 2. Désire-t-elle toutes choses de cette manière? — 3. Est-elle une puissance supérieure à l'entendement? — 4. La volonté meut-elle l'entendement? — 5. Se divise-t-elle en irascible et concupiscible ?

ARTICLE 1.

La volonté désire-t-elle quelque chose nécessairement ? (1)

DIFFICULTÉ: 1. La volonté paraît ne rien désirer par nécessité. Pour saint Augustin ( De civ. Dei lib. V, cap. 10), ce qui est nécessaire ne peut être volontaire. Or tout mouvement de la volonté est volontaire. Donc rien de ce que désire la volonté ne l'est nécessairement.

SOLUTION : 1. L'expression de saint Augustin doit se comprendre du nécessaire par nécessité de contrainte. La nécessité de nature n'ôte pas la liberté, comme il le dit lui-même dans le même ouvrage.

DIFFICULTÉ: 2. D'après Aristote (Met. lib. IX, text. 3), les facultés rationnelles sont capables des contraires. Or la volonté est une faculté rationnelle, puisqu'il est dit au Traité de l'Ame ( De animâ, lib. III, text. 42) que « la volonté est dans la raison ». La volonté est donc capable des contraires, et en conséquence n'est déterminée à rien nécessairement.

SOLUTION : 2. Que la volonté veuille quelque chose naturellement, cela se rapporte plutôt à l'intellect des premiers principes (1) qu'à la raison qui est capable des contraires. Sous cet aspect, c'est une puissance intellectuelle plutôt que rationnelle.

DIFFICULTÉ: 3. Par la volonté nous sommes maîtres de nos actes. Mais nous ne sommes pas maîtres de ce qui est nécessairement. L'acte de la volonté ne peut donc être nécessaire.

SOLUTION : 3. Nous sommes maîtres de nos actes en tant que nous pouvons choisir ceci ou cela. Le choix ne porte pas sur la fin, il porte sur les moyens (Aristote : Eth. lib. III, cap. 2). En conséquence, le désir de la fin dernière ne fait pas partie des actes dont nous sommes maîtres.

CEPENDANT: Tous d'une même volonté désirent le bonheur, dit saint Augustin (De Trin. lib. XIII, cap. 4). Si ce désir n'était pas nécessaire, mais contingent, il manquerait au moins à quelques-uns. Donc la volonté désire quelque chose nécessairement.

CONCLUSION :…
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(1) Cet article a pour but de distinguer ce qu’il y a de libre et ce qu'il y a de nécessaire dans l'exercice de la volonté. C'est une réfutation de ceux qui ont dit que l'homme était libre dans tous ses actes, et de ceux qui ont soutenu qu'il ne l'était dans aucun. (1) La volonté, considérée dans ses rapports avec la fin dernière, répond à l’intellect, mais considérée par rapport aux moyens qui mènent à cette fin, elle répond plutôt à la raison, parce que, comme elle, elle peut choisir entre des choses diverses.

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Jeu 04 Jan 2018, 7:07 am

ARTICLE 1.

La volonté désire-t-elle quelque chose nécessairement ?(1)

SUITE

CONCLUSION : La volonté ne peut rien vouloir par une nécessité de coaction, mais elle peut vouloir quelque chose par une nécessité finale  ou hypothétique; il y a même une chose qu’elle veut d'une nécessité naturelle, c'est la béatitude.

Nécessité a plusieurs sens. De façon générale, le nécessaire est ce qui ne peut pas ne pas être. Mais cela peut convenir à un être d'abord en raison d'un principe intrinsèque : soit un principe matériel, comme lorsqu'on dit que tout composé de contraires doit nécessairement se corrompre; soit un principe formel, comme lorsqu'on dit nécessaire que les trois angles d'un triangle soient égaux à deux droits. C'est la nécessité essentielle (necessitas naturalis) et absolue. — Il peut ensuite convenir à un être qu'il ne puisse pas ne pas être, en raison d'un principe extrinsèque, cause finale ou efficiente. Par rapport à la fin, cela arrive quand un être ne peut atteindre sa fin, ou l'atteindre convenablement sans ce principe : par exemple, la nourriture est nécessaire à la vie, le cheval au voyage. Cela s'appelle nécessité de la fin, ou parfois encore l'utilité (1). Par rapport à la cause efficiente, la nécessité se rencontre, quand un être se trouve contraint par un agent de telle sorte qu'il ne puisse faire le contraire. C'est la nécessité de contrainte.

Cette dernière nécessité répugne tout à fait à la volonté. Car nous appelons violent ce qui est contraire à l'inclination naturelle d'un être. Or le mouvement volontaire est une certaine inclination vers un objet. Par suite, comme on appelle naturel ce qui est selon l'inclination de la nature, ainsi appelle-t-on volontaire, ce qui est selon l'inclination de la volonté. Or il est impossible qu'un acte soit à la fois par violence et par nature : il est donc également impossible qu'un acte soit absolument contraint ou violent et en même temps volontaire.

Mais la nécessité de la fin ne répugne pas à la volonté, lorsqu'elle ne peut atteindre cette fin que par un seul moyen : ainsi lorsqu'on a la volonté de traverser la mer, il est nécessaire à la volonté qu'elle veuille prendre le bateau.

De même pour la nécessité de nature. Il faut même dire qu'il en doit être ainsi : comme l'intellect adhère nécessairement aux premiers principes, la volonté adhère nécessairement à la fin dernière, qui est le bonheur. Car la fin a le même rôle dans l'ordre pratique que le principe dans l'ordre spéculatif (Aristote, Phys., lib. II, text.80 ou 89). Il faut en effet que ce qui convient naturellement et immuablement à quelque chose, soit le fondement et le principe de tout ce qui en dérive : car la nature est le premier principe en tout être, et tout mouvement procède de quelque chose d'immuable (2).
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(1) Cet article a pour but de distinguer ce qu’il y a de libre et ce qu'il y a de nécessaire dans l'exercice de la volonté. C'est une réfutation de ceux qui ont dit que l'homme était libre dans tous ses actes, et de ceux qui ont soutenu qu'il ne l'était dans aucun. (1) Dans cette nécessité finale, il faut distinguer ce qui est nécessaire purement et simplement, comme la nourriture est nécessaire pour vivre, ou ce qui est nécessaire par pure bienséance. C’est cette dernière espèce qui porte le non d’utilité. C’est ainsi qu’un cheval est nécessaire pour voyager, parce qu’il est plus commode d’aller en voiture que d’aller à pied. (2) La béatitude est ce principe immuable qui sert de base à toutes les déterminations de la volonté.

A suivre : ARTICLE 2. La volonté veut-elle nécessairement tout ce qu'elle veut ?

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Ven 05 Jan 2018, 7:16 am

ARTICLE 2.

La volonté veut-elle nécessairement tout ce qu'elle veut ? (2)

DIFFICULTÉ: 1. Cela paraît exact : saint Denys (De div. nom. cap. 4) dit en effet que le mal est en dehors de l'objet de la volonté. Celle-ci tend donc nécessairement au bien qui lui est proposé.

SOLUTION : 1. La volonté ne peut tendre à aucun objet, si ce n'est sous l'aspect de bien. Mais comme il y a une multitude de biens, la volonté n'est pas nécessairement déterminée à un seul.

DIFFICULTÉ: 2. L'objet de la volonté est avec elle dans le rapport du moteur au mobile. Or le mouvement du mobile suit nécessairement à l'impulsion du moteur. L'objet de la volonté la meut donc nécessairement.

SOLUTION : 2. La cause motrice produit nécessairement le mouvement dans le mobile, dans le cas où la force de cette cause surpasse de telle sorte le mobile que toute la capacité d'agir de celui-ci soit soumise à la cause. Mais la capacité de la volonté, s'étendant au bien universel et parfait, ne peut être entièrement subordonnée à un bien particulier quelconque. Aussi n'est-elle pas nécessairement mise en action par lui.

DIFFICULTÉ: 3. De même que ce qui est connu par le sens est objet de l'affectivité sensible, ainsi ce qui est connu par l'intellect est objet de l'appétit intellectuel, ou volonté. Mais l'objet du sens meut nécessairement l'affectivité sensible : selon saint Augustin ( Gen. ad. litt. cap. 14) , les animaux sont entraînés par ce qu'ils voient. Il semble donc que l'objet connu par l'intelligence meuve nécessairement la volonté.

SOLUTION : 3. Le sens n'opère pas, comme la raison, des synthèses de divers objets, mais il en saisit simplement un seul. Par suite, il meut vers cet objet unique l'affectivité sensible, d'une manière déterminée. Mais la raison peut comparer plusieurs objets, et c'est pourquoi l'affectivité intellectuelle, la volonté peut être sollicitée par eux, et non pas nécessairement par un seul.

CEPENDANT: Saint Augustin (Retract lib. I, cap. 9) dit que la volonté est la faculté par laquelle on pèche ou l'on vit selon la justice. Et de cette façon, elle est capable des contraires. Elle ne veut donc pas par nécessité tout ce qu'elle veut.

CONCLUSION :…
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(2) Cet article est une réfutation de Calvin, de Luther, des trinitaires, des fatalistes et de tous ceux qui ont nié ou attaqué de quelque manière le libre arbitre. Toutes ces erreurs ont été condamnées par le Concile de Trente, (Conc. Trid, sess. VI, can. 1 et 5.)

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Sam 06 Jan 2018, 6:29 am

ARTICLE 2.

La volonté veut-elle nécessairement tout ce qu'elle veut ? (2)

SUITE

CONCLUSION : Il y a des biens particuliers sans lesquels l'homme peut être heureux; c'est pourquoi la volonté ne les veut pas nécessairement; c'est ainsi que l'intellect ne donne pas nécessairement son assentiment aux choses qui n'ont pas une connexion nécessaire avec les premiers principes.

Voici comment on peut le prouver. De même que l'intellect adhère nécessairement et naturellement aux premiers principes, ainsi la volonté à la fin dernière. Or il est des vérités qui n'ont pas de relation nécessaire aux premiers principes (art. préc.) : telles les propositions contingentes dont la négation n'implique pas la négation de ces principes. A de telles vérités, l'intellect ne donne pas nécessairement son assentiment. Mais il est des propositions nécessaires qui ont cette relation nécessaire : telles les conclusions démonstratives dont la négation entraîne celle des principes. A celles-ci l'intellect adhère nécessairement, lorsqu'il a reconnu la connexion des conclusions avec les principes par le moyen d'une démonstration. Faute de quoi, l'assentiment n'est pas nécessaire.

Il en va de même pour la volonté. Il est des biens particuliers qui n'ont pas de relation nécessaire au bonheur, parce qu'on peut être heureux sans eux. A de tels biens la volonté n'adhère pas nécessairement. Mais il est d'autres biens qui impliquent cette relation ; ce sont ceux par lesquels l'homme adhère à Dieu, en qui seul se trouve le vrai bonheur. Toutefois avant que cette connexion ne soit démontrée nécessaire par la certitude de la vision divine, la volonté n'adhère nécessairement ni à Dieu ni aux biens qui s'y rapportent. Mais la volonté de celui qui voit Dieu dans son essence adhère nécessairement à Dieu, de la même manière que maintenant nous voulons nécessairement être heureux (1)  — Il est donc évident que la volonté ne veut pas par nécessité tout ce qu'elle veut.
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(2) Cet article est une réfutation de Calvin, de Luther, des trinitaires, des fatalistes et de tous ceux qui ont nié ou attaqué de quelque manière le libre arbitre. Toutes ces erreurs ont été condamnées par le Concile de Trente, (Conc. Trid, sess. vi, can. 1 et 5.) (1)  Cette question si difficile ne nous paraît avoir été traitée nulle part avec autant de profondeur et de clarté.
A suivre : Article 3. La volonté est-elle une puissance supérieure à l'intellect?

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Dim 07 Jan 2018, 6:23 am

ARTICLE 3.

La volonté est-elle une puissance supérieure à l’intellect? (2)

DIFFICULTÉ: 1. La volonté paraît supérieure : car le bien et la fin sont les objets de la volonté. Or la fin est la première et la plus élevée des causes. La volonté est donc la première et la plus élevée des puissances.

SOLUTION : 1. La relation de cause s'établit par comparaison d'un terme à un autre. Or en une telle comparaison, c'est la raison de bien qui se trouve être la plus élevée. Mais le vrai a une signification plus absolue, et il enveloppe la raison même de bien : le bien est en effet un certain vrai. Mais par contre le vrai lui-même est un certain bien, pour autant que l’intellect est une réalité, et que le vrai est sa fin. Or, parmi les autres fins, celle-ci est la plus excellente, de même que l’intellect parmi les autres puissances.

DIFFICULTÉ: 2. Les êtres de la nature progressent de l'imparfait au parfait. Et cela se remarque également dans les facultés de l'âme. Ainsi il y a progrès du sens à l'intellect, qui lui est supérieur. Mais il y a un progrès naturel de l'acte de l’intellect à l'acte de la volonté. La volonté est donc une puissance plus parfaite et plus élevée que l'intellect.

SOLUTION : 2. Ce qui est antérieur dans l'ordre de la génération et du temps est moins parfait : car en un seul et même être, la puissance est antérieure à l'acte dans le temps, et l'imparfait précède le parfait. Mais ce qui est antérieur absolument et par nature est plus parfait : de cette façon l'acte est antérieur à la puissance. Et sous ce rapport l’intellect est antérieur à la volonté, comme la cause du mouvement l'est au mobile, et le principe actif au principe passif : en effet le bien connu par l'intelligence met en mouvement la volonté.

DIFFICULTÉ: 3. Les habitus sont avec les puissances clans le rapport de la perfection à ce qui est perfectible. Mais l'habitus qui perfectionne la volonté, c'est-à-dire la charité, est supérieur à celles qui perfectionnent l’intellect. Saint Paul dit en effet : « Quand je connaîtrais tous les mystères, quand j'aurais une foi entière, si je ne possède pas la charité, je ne suis rien (I. Cor. XIII, 2) ». La volonté est donc une puissance supérieure à l'intellect.

SOLUTION : 3. Cet argument considère la volonté par rapport à ce qui est supérieur à l'âme. La vertu de charité en effet est la vertu par laquelle nous aimons Dieu (1).

CEPENDANT: Aristote admet (Eth. lib. X, cap. 7) que l'intellect est la plus élevée des puissances de l'âme.

CONCLUSION :…
__________________________________________________________________

(2) En déterminant les rapports de l'intelligence et de la volonté saint Thomas répand encore de nouvelles lumières sur ce sujet qu'il a déjà si approfondi.(1) Dieu est incomparablement supérieur à l’âme, qui en a la connaissance, comme on l’a vu (in corp. art.).

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Lun 08 Jan 2018, 6:23 am

ARTICLE 3.

La volonté est-elle une puissance supérieure à l'intellect? (2)

SUITE

CONCLUSION : L'objet de l'intellect étant absolument plus noble que celui de la volonté, l'intellect est par là même une puissance plus noble que la volonté; cependant cette faculté est sous un rapport supérieure à l'intellect dans le sens que son objet peut se rencontrer dans un sujet plus élevé.

Il faut répondre que la supériorité d'une chose sur une autre peut se considérer de deux manières, absolument ou relativement. On considère une chose absolument quand on la considère en elle-même, et on la considère relativement quand on la considère par rapport à une autre. Si on considère l'intellect et la volonté en eux-mêmes, on trouve alors que l'intellect est la faculté la plus noble, et cela résulte de la comparaison de leurs objets. Car l'objet de l'intellect est plus simple et plus absolu que l'objet de la volonté. En effet, l'objet de l'intellect est la raison même du bien que l'on désire, et l'objet de la volonté est ce bien lui-même dont la raison est dans l'intellect. Or, plus une chose est simple et abstraite, plus elle est en elle-même noble et élevée. L'objet de l'intellect est donc plus élevé que l'objet de la volonté. Et comme les facultés sont entre elles comme leur objet, il s'ensuit que l'intellect est une faculté plus noble et plus élevée que la volonté.

— Relativement, c'est-à-dire par rapport à ce qui leur est extérieur, la volonté est quelquefois supérieure à l'intellect, dans le sens que l'objet de la volonté existe dans un sujet plus élevé que celui de l'intellect. Par exemple on pourrait dire que l'ouïe est relativement plus noble que la vue, dans le sens que le sujet qui produit le son est quelquefois plus noble que celui qui produit la couleur, quoique la couleur soit en elle-même plus noble et plus simple que le son. Car, comme nous l'avons dit (quest. XVI, art. 1 , et quest. XXVII, art. 4), l'action de l'intellect consiste en ce que l'essence ou la raison de l'objet compris est dans le sujet qui le comprend, tandis que l'acte de la volonté n'est parfait qu'autant que la volonté se porte vers la chose elle-même selon ce qu'elle est en soi. C'est ce qui a fait dire à Aristote ( Met.lib. VI, text. 8 ) que le bien et le mal qui sont les objets de la volonté sont dans les choses, tandis que le vrai et le faux qui sont les objets de l'intellect sont dans l'esprit. Si donc l'être dans lequel est le bien est plus noble que l'âme elle-même dans laquelle est la nature ou la raison comprise de ce bien, il s'ensuit que par rapport à cet être la volonté est supérieure à l'entendement. Mais si l'être dans lequel se trouve le bien est inférieur à l'âme, alors c'est l'intellect qui est supérieur à la volonté par rapport à
lui. C'est ce qui fait que l'amour de Dieu vaut mieux que sa connaissance, mais que la connaissance des choses temporelles vaut mieux au contraire que leur amour. Cependant absolument parlant l'intellect est plus noble que la volonté.
_____________________________________________________________________

(2) En déterminant les rapports de l'intelligence et de la volonté saint Thomas répand encore de nouvelles lumières sur ce sujet qu'il a déjà si approfondi.

A suivre : Article 4.  La volonté meut-elle l’intellect?

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Mar 09 Jan 2018, 6:36 am

ARTICLE 4.

La volonté meut-elle l’intellect? (2)

DIFFICULTÉ: 1. Non, parce que la cause motrice est supérieure et antérieure au mobile. Car la cause motrice, c'est l'être qui agit, et l'être qui agit est plus noble que celui qui pâtit, comme disent saint Augustin ( Sup. Gen. ad. litt. lib. XII, cap. 16) et Aristote (De animâ, lib. III, text. 19). Or il a été établi que l’intellect est antérieure et supérieure à la volonté (art. préc.). La volonté ne meut donc pas l’intellect.

SOLUTION 1. L'on peut considérer l'intellect de deux manières, on peut le considérer : 1° comme percevant l'être et le vrai en général; 2° comme une chose et comme une puissance particulière ayant un acte déterminé. On peut aussi considérer la volonté sous un double point de vue.

On peut la considérer : 1° d'après la généralité de son objet ou comme l'appétit du bien en général; 2° comme une puissance déterminée qui a un acte déterminé.

Si donc on compare l'intellect et la volonté selon la généralité de leur objet, nous avons dit (art. préc.) que dans ce sens l'intellect est absolument plus élevé et plus noble que la volonté. Mais si l'on considère l'intellect suivant la généralité de son objet et la volonté comme une puissance déterminée, dans ce cas encore l'intellect est supérieur et antérieur à la volonté, parce que dans la nature de l'être et du vrai que l'intellect perçoit est comprise la volonté elle-même avec son acte et son objet. L'intellect comprend donc la volonté, son acte et son objet ainsi que tous les autres objets particuliers qu'il perçoit, tels que la pierre ou le bois qui sont compris dans l'idée générale de l'être et du vrai.

Si on considère la volonté d'après la nature générale de son objet qui est le bien et l'intellect comme une chose et une puissance spéciale, alors dans l'idée générale du bien se trouve compris, comme un objet spécial, l'intellect lui-même, son acte et son objet qui est le vrai, parce que chacune de ces choses est un bien particulier. Dans ce sens la volonté est supérieure à l'intellect et peut le mouvoir.

De toutes ces considérations résulte clairement le motif pour lequel ces deux puissances exercent l'une sur l'autre une action réciproque, parce que l'intellect comprend que la volonté veut et la volonté veut que l'intellect comprenne. Pour la même raison le bien rentre dans le vrai dans le sens que c'est une sorte de vrai que l'intelligence comprend, et le vrai rentre dans le bien dans le sens que c'est une sorte de bien que la volonté recherche (1).

DIFFICULTÉ: 2…
______________________________________________

(2) Il est très important de déterminer clairement le domaine de la volonté, parce qu’un acte n’étant bon ou mauvais qu’autant  qu’il est volontaire, il faut qu’on sache jusqu’où s’étend l’empire de la volonté. (1) Ces deux puissances sont par le moyen de leurs actes comme deux cercles qui se referment l’un et l’autre.

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Mer 10 Jan 2018, 7:28 am

ARTICLE 4.

La volonté meut-elle l’intellect? (2)

DIFFICULTÉ (suite)

DIFFICULTÉ: 2. Le moteur n'est pas mû par le mobile, si ce n'est indirectement. Or l’intellect meut la volonté : car l'objet désirable connu par l’intellect est moteur, mais non mobile. Or l'affectivité est à la fois l'un et l'autre. L’intellect ne reçoit donc pas de mouvement de la volonté.

SOLUTION : 2. L’intellect meut la volonté d'une autre manière que la volonté l’intellect (2), comme on l'a déjà dit (in corp. art.).

DIFFICULTÉ: 3.  Nous ne pouvons rien vouloir qui n'ait été saisi par l’intellect. Si donc, pour comprendre, la volonté donne le mouvement en voulant comprendre, il faudra encore qu'un autre acte de l’intellect précède ce vouloir, et un autre vouloir cet acte d'intelligence et ainsi indéfiniment. Ce qui est impossible. La volonté ne meut donc pas l’intellect.

SOLUTION : 3. Il n'est pas nécessaire d'aller ainsi de la volonté à l'intellect et de l'intellect à la volonté indéfiniment, mais qu'on doit s'arrêter à l'intellect comme au premier principe de tout mouvement. Car il est nécessaire que la connaissance précède tout mouvement volontaire, mais tout mouvement volontaire ne précède pas nécessairement toute connaissance. Quant au premier principe de tout conseil et de toute intelligence, il est plus élevé que notre intellect; c'est Dieu (3), comme le dit Aristote (Eth. lib. VII, cap.18). Et il prouve de cette manière qu'il n'est pas nécessaire de remonter indéfiniment de cause en cause.

CEPENDANT: Saint Jean Damascène (De orth. fid. lib. II, cap. 16)  dit : Il est en notre pouvoir d’apprendre ou de ne pas apprendre l’art que nous voulons. Il y a donc en nous des choses qui n'y sont que par l'effet de la volonté. Et comme c'est par l'intellect qu'un art s'apprend, il s'ensuit que la volonté meut cette faculté.

CONCLUSION :…
______________________________________________________________

(2) Il est très important de déterminer clairement le domaine de la volonté, parce qu’un acte n’étant bon ou mauvais qu’autant  qu’il est volontaire, il faut qu’on sache jusqu’où s’étend l’empire de la volonté. (2) L’un est cause finale et l’autre cause efficiente. (3) Ce principe attaque l'erreur des pélagiens, qui voulaient que l'homme, pour faire le bien, pût se passer de Dieu et de sa grâce.

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Jeu 11 Jan 2018, 7:28 am

ARTICLE 4.

La volonté meut-elle l’intellect? (2)

SUITE

CONCLUSION : L'intellect meut la volonté comme cause finale, tandis que la volonté qui se rapporte au bien en général meut l'intellect comme cause efficiente.

Il faut répondre qu'il y a deux manières d'entendre qu'une chose en meut une autre :

1° Elle peut la mouvoir comme cause finale, et c'est ainsi que la fin meut l'agent. Dans ce sens l'intellect meut la volonté parce que c'est le bien compris qui est l'objet de la volonté et qui la meut comme sa fin.

2° Elle peut la mouvoir comme agent; c'est ainsi que ce qui altère meut ce qui est altéré et ce qui pousse ce qui est poussée.  En ce sens la volonté meut l'intellect et toutes les forces de l'âme, comme le dit saint Anselme (De similitud.. cap. 2). La raison en est que suivant la manière dont toutes les puissances actives sont ordonnées, la puissance qui se rapporte à la fin universelle est celle qui meut les puissances qui se rapportent à des fins particulières.

Et il en est ainsi dans l'ordre naturel comme dans l'ordre politique. En effet, le ciel qui conserve universellement tous les corps engendrés et corruptibles meut tous les corps inférieurs qui agissent chacun, pour la conservation de leur propre espèce ou même de leur individu. De même le roi, par là même qu'il a pour objet le bien commun de tout le royaume, meut par son ordre chacun des magistrats qui sont chargés de l'administration de chaque cité.

Or, l'objet de la volonté est le bien et la fin en général.

Donc par là même que toute puissance se rapporte à un bien qui lui est propre, comme la vue à la couleur et l'intellect à la connaissance du vrai, il s'ensuit que la volonté comme agent meut toutes les puissances de l'âme et qu'elle commande leurs actes, à l’exception des puissances naturelles de la partie végétative qui ne sont pas soumises à notre libre arbitre.
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(2) Il est très important de déterminer clairement le domaine de la volonté, parce qu’un acte n’étant bon ou mauvais qu’autant  qu’il est volontaire, il faut qu’on sache jusqu’où s’étend l’empire de la volonté.
A suivre : Article 5. Y a-t-il dans l’appétit supérieur un appétit irascible distinct de l’appétit concupiscible?

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Ven 12 Jan 2018, 6:35 am

ARTICLE 5.

Y a-t-il dans l’appétit supérieur un appétit irascible distinct de l’appétit concupiscible? (1)


DIFFICULTÉ: 1. Il semble qu'on doive distinguer l'appétit irascible et l'appétit concupiscible dans l'appétit supérieur qui est la volonté. Car l'appétit concupiscible vient de la concupiscence et l'appétit irascible de la colère. Or, il y a une concupiscence qui ne peut appartenir à l'appétit sensitif, mais seulement à l'appétit intelligentiel qui est la volonté. Telle est la concupiscence de la sagesse, dont il est dit (Sap. VI, 21) : La concupiscence de la sagesse conduit au royaume éternel. Il y a aussi une colère qui ne peut appartenir qu'à cet appétit; telle est celle que nous concevons contre les vices. C'est ce qui fait dire à saint Jérôme (in Matt. cap. 13) que nous devons avoir dans la puissance irascible de l'âme la haine de tous les vices. Donc on doit dans l'appétit intelligentiel comme dans l'appétit sensitif distinguer l'appétit irascible de l'appétit concupiscible.

SOLUTION : 1. l'amour et la concupiscence s'entendent de deux manières. Quelquefois on entend par là des passions qui s'élèvent avec une certaine surexcitation de l'esprit. C'est le sens vulgaire qu'on donne à ces affections qui, ainsi comprises, n'existent que dans l'appétit sensitif. D'autres fois on entend par là une simple affection sans passion, sans mouvement de l'esprit. Alors ce sont des actes de la volonté qu'on peut attribuer à Dieu et aux anges. Dans ce dernier sens ils ne se rapportent pas à des puissances diverses, mais à une seule et môme puissance qu'on appelle la volonté.

DIFFICULTÉ: 2. On dit généralement que la charité est dans l'appétit concupiscible et l'espérance dans l'irascible. Or, la charité et l'espérance ne peuvent être dans l'appétit sensitif parce que ces vertus n'ont pas pour objets des choses sensibles, mais des choses intelligibles. On doit donc admettre qu'il y a dans la partie intellectuelle de l'âme un appétit concupiscible et un appétit irascible.

SOLUTION : 2. On peut dire que la volonté est irascible dans le sens qu'elle veut combattre le mal, non d'après l'impulsion de la passion, mais d'après le jugement de la raison. On peut dire aussi de la même manière qu'elle est concupiscible parce qu'elle désire le bien. Ainsi la charité et l'espérance sont dans l'irascible et le concupiscible, c'est-à-dire dans la volonté suivant qu'elle se rapporte à ces actes divers. On peut aussi entendre de cette manière ce que dit le livre de l'Esprit et de l'Âme, que l'irascible et le concupiscible appartiennent à l'âme avant qu'elle ne soit unie au corps, pourvu toutefois qu'on entende cette priorité selon l'ordre de nature et non selon l'ordre de temps, quoique d'ailleurs il ne soit pas nécessaire d'ajouter foi à cet ouvrage.

DIFFICULTÉ: 3. Dans le livre de l'Esprit et de l'Âme (cap. 3) il est dit que l'âme, avant d'être unie au corps, possède ces puissances : l'appétit irascible, l'appétit concupiscible et la raison. Or, il n'y a pas de puissance sensitive qui se rapporte à l'âme exclusivement, elles se rapportent toutes à l'âme unie au corps, comme nous l'avons dit. Donc l'appétit irascible et l'appétit concupiscible existent dans la volonté qui est l'appétit intelligentiel.

SOLUTION : 3. La réponse est par là même évidente (voir solution 2).

CEPENDANT: Némésius (2) dit (De nat. hom. cap. 16) que c'est la partie déraisonnable de l’âme qui se divise en appétit concupiscible et en appétit irascible. Saint Jean Damascène dit la même chose (De fid. orth . lib. II, cap. 12). Aristote dit aussi (De animâ, lib. III, text. 42) que la volonté réside dans la raison, et il place dans la partie déraisonnable de l'âme la concupiscence et la colère ou le désir et la passion.

CONCLUSION :…
_________________________________________________________________

(1) Cet article; nous donne l’interprétation de ces passages de l'Ecriture : Irascimini et nolite peccare (Ps. IV). Odie sunt  Deo impius et impietas ejus (Sap. XIV). Concupiscet rex decorem tuum (Ps.. XLIV). Concupivit anima mea, etc (Ps.. CXVIII).(2) Le texte porte saint Grégoire de Nysse, mais désormais nous citerons le véritable auteur de cet ouvrage.

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Sam 13 Jan 2018, 5:40 am

ARTICLE 5.

Y a-t-il dans l’appétit supérieur un appétit irascible distinct de l’appétit concupiscible?  (1)

SUITE


CONCLUSION : On ne distingue pas dans l’appétit supérieur  de l’homme, c’est-à-dire dans la volonté, l’appétit concupiscible et l’appétit irascible.

Il faut répondre que l'appétit irascible et l'appétit concupiscible ne sont pas des parties de l'appétit intelligentiel qu'on appelle la volonté. Car, comme nous l'avons dit (quest. LXXVII, art. 3, et quest. LXXIX, art. 7), la puissance qui se rapporte à un objet d'une manière générale n'est pas diversifiée par les différences spéciales comprises sous cette raison générale.

Ainsi la vue se rapportant à tout ce qui est visible et coloré en général, ne se divise pas en autant de puissances qu'il y a de différentes espèces de couleurs. Mais s'il y avait une puissance qui eut pour objet le blanc considéré comme tel et non comme objet coloré, cette puissance différerait de celle qui se rapporterait au noir, comme à son objet propre. Or, l'appétit sensitif n'a pas pour objet le bien en général, parce que les sens ne perçoivent rien d'universel.

C'est ce qui fait que les parties de l'appétit sensitif se diversifient selon la diversité de nature de leurs objets particuliers. Ainsi le concupiscible regarde le bien selon qu'il délecte les sens et qu'il convient à la nature, tandis que l'irascible se rapporte au bien selon qu'il repousse et combat ce qui pourrait être nuisible. Mais la volonté a pour objet le bien en général. C'est pour ce motif que les puissances appétitives contenues en elle ne sont pas diverses, et qu'on ne distingue pas dans l'appétit intelligentiel une puissance irascible différente de la puissance concupiscible, comme on ne divise pas non plus l'intellect en plusieurs facultés perceptives, bien que dans la partie sensitive ces puissances soient multiples.
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(1) Cet article; nous donne l’interprétation de ces passages de l'Ecriture : Irascimini et nolite peccare (Ps. IV). Odie sunt Deo impius et impietas ejus (Sap. XIV). Concupiscet rex decorem tuum (Ps.. XLIV). Concupivit anima mea, etc (Ps.. CXVIII).


A suivre : QUESTION 83. LE   LIBRE  ARBITRE.

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Dim 14 Jan 2018, 7:12 am

Question 83 : LE LIBRE ARBITRE.


A propos du libre arbitre, quatre problèmes : 1. L'homme est-il libre? — 2. Le libre arbitre est-il un acte, une puissance ou un habitus? — 3. Si c'est une puissance, est-elle de l'ordre de l'affectivité ou de la connaissance? — 4. Si elle est de l'ordre de l'affectivité, est-elle une même puissance que la volonté, ou s'en distingue-t-elle?

ARTICLE 1.

L'homme possède-t-il le libre arbitre? (1)

DIFFICULTÉ: 1. Il semble que l'homme ne soit pas libre. Celui qui est libre, fait ce qu'il veut. Or l'homme ne fait pas ce qu'il veut. Saint Paul dit  (Rom. VII, 19)en effet : « Je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas ». L'homme n'a donc pas le libre arbitre.

SOLUTION : 1. Bien que l'affectivité sensible obéisse à la raison (quest. LXXXI, art. 3 ad. 2) , elle peut cependant en certains cas lui résister, en désirant quelque chose contre son ordre. C'est cela le bien que l'homme ne fait pas alors même qu'il le veut, à savoir « ne pas désirer contre la raison », selon le commentaire même d'Augustin sur ce passage (Cont. Jul.. lib. III, cap. 26)

DIFFICULTÉ: 2. Qui possède le libre arbitre, peut vouloir et ne pas vouloir, agir et ne pas agir. Mais cela n'appartient pas à l'homme. Selon le mot de saint Paul (Rom. IX, 16), ni le vouloir n'appartient à celui qui veut, ni la course à celui qui court. L'homme n'a donc pas le libre arbitre.

SOLUTION : 2.  Il ne faut pas comprendre ce texte de saint Paul en ce sens que l'homme ne pourrait vouloir ou courir librement, mais en ce sens que le libre arbitre n'y suffit pas s'il ne reçoit l'impulsion et l'aide de Dieu.

DIFFICULTÉ: 3. « Est libre ce qui est cause de soi », (Met. lib. I, cap. 2)  dit Aristote. Ce qui reçoit son mouvement d'un autre, n'est pas libre. Or Dieu met en mouvement la volonté. « Le cœur du roi est dans la main de Dieu, dit le livre des Proverbes (XXI, 1) , et Dieu le tourne dans le sens où il veut ». Et saint Paul (Phil. II 13) : « C'est Dieu qui opère en nous le vouloir et l'agir ». L'homme n'a donc pas le libre arbitre.

SOLUTION : 3. Le libre arbitre est cause de son mouvement. Par le libre arbitre en effet l'homme se meut lui-même à l'action. Il n'est cependant pas indispensable à la liberté que ce qui est libre soit la cause première de soi-même; pas plus qu'il n'est requis, pour être la cause de quelque chose, d'être sa cause première. C'est Dieu qui est la cause première, donnant le mouvement aux causes naturelles et aux causes volontaires. Et de même qu'en mettant en mouvement les causes naturelles il ne fait pas que leurs actes ne soient pas naturels, ainsi en mettant en mouvement les causes volontaires, il n'ôte pas à leurs actes leur modalité volontaire, mais bien plutôt il la réalise en eux : car Dieu opère dans les êtres selon leur nature propre (1).

DIFFICULTÉ: 4…
_________________________________________________________________

(1) Toutes les différentes erreurs de Luther, de Calvin, Œcolampade, de Mélanchton, de Pélage et de tous les hérésiarques anciens et modernes sur le libre arbitre sont ici attaquées et réfutées.(1) C'est ce qui concilie la liberté de l'homme avec tous les attributs de Dieu.

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis Hier à 6:59 am


ARTICLE 1.

L'homme possède-t-il le  libre arbitre? (1)

DIFFICULTÉ (suite)

DIFFICULTÉ: 4. Quiconque est libre, est maître de ses actes. Mais l'homme ne l'est pas. Il est écrit en Jérémie (Jér. X, 23) : « Ce n'est pas à l'homme qu'appartient sa voie, ce n'est pas à l'homme  de  diriger  ses  pas ». L'homme n'est donc pas libre.

SOLUTION : 4. Quand on dit que la voie de l'homme ne lui appartient pas, cela concerne l'exécution de ses choix, exécution qui peut être empêchée, que l'homme le veuille ou non. Mais nos choix eux-mêmes nous appartiennent; toujours en supposant le secours de Dieu.

DIFFICULTÉ: 5. (Aristote, Eth. lib. III, cap. 5) « Tel est un être, telle lui paraît la fin ». Mais il n'est pas en notre pouvoir d'être de telle ou telle façon : cela nous est donné par la nature. Il nous est donc naturel de suivre une fin déterminée. Nous ne l'atteignons donc pas librement.

SOLUTION : 5.  Il y a deux manières d'être pour l'homme, l'une naturelle, l'autre surajoutée à la nature. L'on peut considérer cette qualité naturelle soit dans la partie intellectuelle de l'âme, soit dans le corps, et les puissances qui lui sont données. Par le fait que l'homme est disposé de telle manière en raison de la qualité naturelle qu'il tient de son être intellectuel, l'homme désire naturellement la fin dernière, c'est-à-dire le bonheur. Or cette tendance est naturelle et n'est pas soumise au libre arbitre, nous l'avons montré précédemment (quest. préc. art. 2). — Sous le rapport du corps et de ses puissances, l'homme peut avoir telle manière d'être naturelle, en raison de son tempérament ou d'une disposition provenant d'une influence quelconque de causes corporelles; toutefois ces causes ne peuvent modifier la parte intellectuelle puisqu'elle n'est pas l'acte d'un corps. En conséquence, tel se trouve chaque individu de par son état corporel, telle lui paraît la fin : car par l'effet d'une telle disposition l'homme est incliné à choisir ou à rejeter telle action. Mais ces inclinations sont soumises au jugement de la raison à qui obéit l'affectivité inférieure, comme on l'a dit (quest. LXXXI, art. 3.).

Aussi cette influence ne porte-t-elle pas préjudice à la liberté.

Quant aux manières d'être surajoutées, ce sont les habitus et les passions, qui inclinent un individu dans un sens plutôt que dans l'autre. Toutefois ces inclinations elles-mêmes sont soumises au jugement de la raison. De plus ces qualités en dépendent encore, par le fait qu'il est en notre pouvoir de les acquérir, soit en les causant effectivement soit en nous y disposant, ou même de les rejeter. Et de la sorte rien ne s'oppose à la liberté du vouloir.

CEPENDANT: Selon l'Ecclésiastique (XV, 14) : « Dieu a créé l'homme au commencement, et il l'a laissé dans la main de son conseil », c'est-à-dire « de son libre arbitre », ajoute la Glose.

CONCLUSION :…
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(1) Toutes les différentes erreurs de Luther, de Calvin, Œcolampade, de Mélanchton, de Pélage et de tous les hérésiarques anciens et modernes sur le libre arbitre sont ici attaquées et réfutées.

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis Aujourd'hui à 7:45 am

ARTICLE 1.

L'homme possède-t-il le libre arbitre? (1)

SUITE

CONCLUSION : Puisque l’homme est raisonnable il a nécessairement le libre arbitre.

Il faut répondre que l'homme a le libre arbitre, parce qu'autrement les conseils, les exhortations, les préceptes, les défenses, les récompenses et les peines seraient inutiles. Pour s'en convaincre jusqu'à l'évidence il faut remarquer qu'il y a des êtres qui agissent sans jugement, c'est ainsi que la pierre se précipite en bas. Il en est de même de tous les êtres sans  connaissance. Il y en a qui agissent avec jugement, mais non avec liberté ; tels sont les animaux. Car la brebis qui voit le loup juge qu'elle doit le fuir, mais ce jugement est purement instinctif ou naturel, il n'est pas libre, parce qu'elle ne juge pas d'après la comparaison des objets, et il en est ainsi du jugement de toutes les bêtes brutes.

Mais l'homme agit avec jugement parce que c'est d'après sa connaissance qu'il juge qu'il doit fuir ou rechercher une chose. Et comme son jugement n'est pas instinctif quand il s'agit de faire quelque action particulière, mais qu'il résulte du travail logique de la raison, il s'ensuit qu'il agit avec liberté pouvant ainsi se décider entre des objets opposés.

Car à l'égard des choses contingentes la raison peut choisir entre les contraires (1), comme on le voit dans les syllogismes dialectiques et dans l'art de la persuasion que la rhétorique enseigne.

Or, les actions particulières sont des choses contingentes, et c'est pour cela que la raison peut porter sur elles des jugements divers et qu'elle n'est pas par conséquent nécessitée à se prononcer d'une manière déterminée. Donc par cela seul que l'homme est raisonnable il est nécessaire qu'il soit libre.
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(1) Toutes les différentes erreurs de Luther, de Calvin, Œcolampade, de Mélanchton, de Pélage et de tous les hérésiarques anciens et modernes sur le libre arbitre sont ici attaquées et réfutées. — (1) C’est ce qui prouve que s’il y a des motifs déterminants, il n’y a pas de motifs nécessitants. Cette objection, sur laquelle les philosophes ont tant appuyé, est par là même détruite.

A suivre : ARTICLE 2. Le libre arbitre est-il une puissance ?

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Bienheureux l'homme qui souffre patiemment la tentation, parce qu'après avoir été éprouvé, il recevra la couronne de vie, que Dieu a promise à ceux qui l'aiment. S. Jacques I : 12.
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Louis
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