L'âme humaine est-elle immortelle ?

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L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Dim 17 Sep 2017, 4:04 pm

Bonjour à tous,

L’idée de publier ce fil m’est venu à la suite de cette lecture dans le Catéchisme de Gasparri.

Ve Concile de Latran (1512-1517), session VIII, De anima humana :

«…avec l’approbation du sacré Concile, nous condamnons et réprouvons tous ceux qui soutiennent que l’âme intellectuelle est mortelle…»

Source

Je voulais en savoir plus sur l’âme humaine immortelle. Quoi de plus excellent que la Somme de S. Thomas d’Aquin, quand nous savons ce qui suit :

Mais le plus grand honneur rendu à saint Thomas, réservé à lui seul, et qu'il ne partagea avec aucun des docteurs catholiques, lui vint des Pères du concile de Trente: ils voulurent qu'au milieu de la sainte assemblée, avec le livre des divines Écritures et des décrets des Pontifes suprêmes, sur l'autel même, la Somme de Thomas d'Aquin fût déposée ouverte, pour qu'on pût y puiser des conseils, des raisons, des oracles.
________________________________________________

(extraits de l’Encyclique ÆTERNI PATRIS, 4 août 1879, de S.S. Léon XIII)

Source

Voici un petit tableau explicatif qui résume bien le fil :


Ce qui suit a été publié par DESCLÉE & Cie :




Nous éditerons ce fil pour y déposer les * dès leur parution.

Studieuse et profitable lecture.

Bien à vous.

Question 75 : L'ESSENCE DE L'ÂME

* art. 1 : L’âme est-elle une réalité corporelle ?
* art. 2 : L’âme est-elle une réalité subsistante ?
* art. 3 : L’âme des bêtes est-elle subsistante ?
* art. 4 : L’âme est-elle l'homme tout entier?
* art. 5 : L’âme est-elle composée de matière et de forme ?
* art. 6 : L’âme humaine est-elle corruptible ?
* art. 7 : L’âme est-elle de même nature que l'ange ?

Question 76 : L'UNION DE L'ÂME ET DU CORPS

* art. 1 : Le principe intelligent s’unit-il au corps comme une forme ?
* art. 2 : Y a-t-il autant de principes intelligents qu'il y a de corps ?
* art. 3 : Y a-t-il dans l'homme, outre l’âme intellectuelle, d'autres âmes d’essence différente?
* art. 4 : Y a-t-il dans l'homme une autre forme que l'âme intellectuelle ?
* art. 5 : Convenait-il à l’âme intellectuelle d’être unie à un corps, tel que le corps humain ?
* art. 6 : L'âme intellectuelle est-elle unie au corps par le moyen de dispositions accidentelles ?
* art. 7 : L'âme est-elle unie au corps par un corps intermédiaire ?
* art. 8 : L'âme est-elle tout entière dans chaque partie du corps ?

Question 77 : LES FACULTÉS DE L'ÂME EN GÉNÉRAL

* art. 1 : L'essence de l'âme est-elle identique à sa puissance ?
* art. 2 : Y a-t-il une ou plusieurs puissances dans l'âme ?
* art. 3 : Les puissances de l’âme se distinguent-elles par leurs actes et leurs objets?
* art. 4 : Y a-t-il une hiérarchie entre les puissances de l'âme ?
* art. 5 : Toutes les facultés sont-elles dans l’âme comme en leur sujet ?
* art. 6 : Les facultés de l’âme émanent-elles Puissances émanent-elles de son essence ?
* art. 7 : Les puissances procèdent-elles les unes des autres ?
* art. 8 : Toutes les puissances demeurent-elles dans l'âme après qu’elle est séparée du corps ?

Question 78 : LES FACULTÉS DE L’ÂME EN PARTICULIER

* art.1 : Faut-il distinguer dans l’âme des puissances de cinq genres différents ?
* art.2 : Les puissances de l'âme végétative se divisent-elles exactement en facultés de nutrition, d’accroissement et de reproduction ?
* art. 3 : Y-a-t-il exactement cinq sens externes ?
* art. 4 : Avons-nous une division satisfaisante des sens internes ?

Question 79 : LES FACULTÉS INTELLECTUELLES

art. 1 : L'intelligence est-elle une puissance de l'âme ou son essence ?
art. 2 : L'intelligence est-elle une puissance passive ?
art. 3 : Faut-il admettre l'existence d'un intellect actif ?
art. 4 : L'intellect actif fait-il partie de l'âme ?
art. 5 : N’y a-t-il qu'un seul intellect actif pour tous les hommes ?
art. 6 : Y a-t-il une mémoire intellectuelle ?
art. 7 : La mémoire est-elle une puissance distincte de l'intelligence ?
art. 8 : La raison se distingue-t-elle de l'intelligence ?
art. 9 : La raison supérieure et la raison inférieure sont-elles des facultés diverses ?
art. 10 : L'intelligence se distingue-t-elle de l'intellect ?
art. 11 : L'intellect spéculatif et l'intellect pratique sont-ils des puissances distinctes ?
art. 12 : La syndérèse est-elle une puissance distincte ?
art. 13 : La conscience est-elle une puissance ?

Question 80 : LES FACULTÉS AFFECTIVES EN GÉNÉRAL

art. 1 : La tendance affective est-elle une puissance spéciale ?
art. 2 : L'affectivité  sensible et l'affectivité  intellectuelle sont-elles des puissances différentes ?

Question 81 : LA SENSIBILITÉ

art. 1 : La sensibilité est-elle seulement de l’ordre affectif ?
art. 2 : L'affectivité  sensible se divise-t-elle en puissances distinctes, l'irascible et le concupiscible ?
art. 3 : L'irascible et le concupiscible obéissent-ils à la raison ?

Question 82 : LA VOLONTÉ

art. 1 : La volonté désire-t-elle quelque chose nécessairement ?
art. 2 : La volonté veut-elle toutes nécessairement tout ce qu’elle veut ?
art. 3 : La volonté est-elle une puissance supérieure à l'intelligence ?
art. 4 : La volonté meut-elle l'intelligence ?
art. 5 : Faut-il distinguer dans l'affectivité supérieure des facultés d'irascible et de concupiscible ?

Question 83 : LE LIBRE ARBITRE

art. 1 : L'homme possède-t-il le libre arbitre ?
art. 2 : Le libre arbitre est-il une puissance ?
art. 3 : Le libre arbitre est-il une puissance affective ?
art. 4 : Le libre arbitre est-il une puissance distincte de la volonté ?

Question 84 :   COMMENT L’ÂME, LORSQU’ELLE EST UNIE AU CORPS, CONNAÎT-ELLE LES RÉALITÉS CORPORELLES QUI LUI SONT INFÉRIEURES ?

art. 1 : L'âme a-t-elle une connaissance intellectuelle des corps ?
art. 2 : L'âme connaît-elle les corps au moyen de son essence ?
art. 3 : L’âme comprend-t-elle  toutes choses au moyen d’idées innées?
art. 4 : Les espèces intelligibles dérivent-elles dans l'âme de certaines formes séparées ?
art. 5 : L’âme intellectuelle connaît-elle les corps dans les raisons éternelles ?
art. 6 : La connaissance intellectuelle s’acquiert par les choses sensibles ?
art. 7 : L'intelligence peut-elle exercer son activité au moyen des espèces intelligibles qu’elle possède en elle, sans faire retour sur les images ?
art. 8 : Le jugement de l'intelligence est-il entravé par l’inactivité des sens ?

Question 85 : COMMENT ET SELON QUEL ORDRE OPÈRE L'INTELLIGENCE ?

art. 1 : Notre intelligence connaît-elle les réalités corporelles et matérielles par abstraction des images ?
art. 2 : Les espèces intelligibles abstraites des images sont-elles  pour notre intelligence l’objet même qui est connu ?
art. 3 : L’intelligence connaît-elle d'abord le plus universel ?
art. 4 : Peut-on connaître simultanément plusieurs objets?
art. 5 : Notre intelligence connaît-elle en composant et en divisant ?
art. 6 : L'intelligence peut-elle errer ?
art. 7 : Quelqu'un peut-il mieux comprendre une même réalité mieux qu'un autre ?
art. 8 : L’intelligence connaît-elle l'indivisible avant le divisible ?

Question 86 : QUE CONNAÎT NOTRE INTELLIGENCE DANS LES RÉALITÉS MATÉRIELLES ?

art. 1 : Notre intelligence  connaît-elle les singuliers ?
art. 2 : Notre intelligence peut-elle connaître des infinis ?
art. 3 : Notre intelligence connaît-elle les choses contingentes ?
art. 4 : Notre intelligence connaît-elle les futurs ?

Question 87 : COMMENT L'ÂME INTELLECTUELLE SE CONNAÎT-ELLE ELLE-MÊME, ET CONNAÎT-ELLE CE QU’ELLE POSSÈDE ?

art. 1 : L'âme intellectuelle se connaît-elle elle-même par son essence ?
art. 2 : Notre intelligence connaît-elle les habitus de l'âme par leur essence ?
art. 3 : L'intelligence connaît-elle son acte ?
art. 4 : L'intelligence connaît-elle l'acte de volonté ?

Question 88 : COMMENT L'AME HUMAINE CONNAIT-ELLE LES RÉALITÉS SUPÉRIEURES À ELLE ?

art. 1 : L'âme humaine peut-elle, dans l'état de la vie présente, connaître des substances immatérielles par elles-mêmes?
art. 2 : Notre intelligence peut-elle arriver à connaître des substances spirituelles, au moyen des réalités matérielles ?
art. 3 : Dieu est-il le premier objet connu par l’esprit humain ?

Question 89 : DE LA CONNAISSANCE DE L'ÂME SÉPARÉE DU CORPS.

art. 1 : L'âme séparée du corps peut-elle  connaître quelque chose par l’intelligence ?
art. 2 : L'âme séparée connaît-elle les substances séparées ?
art. 3 : L’âme séparée connaît-elle toutes les réalités naturelles ?
art. 4 : L’âme séparée connaît-elle les singuliers ?
art. 5 : L’habitus de la science acquise en cette vie demeure-il dans l'âme séparée ?
art. 6 : L'usage de la science acquise en ce monde demeure-t-il dans l’âme séparée ?
art. 7 : Est-ce que la distance dans l'espace empêche l'âme séparée de connaître ?
art. 8 : Les âmes séparées connaissent-elles ce qui se passe ici-bas ?



Dernière édition par Louis le Mar 21 Nov 2017, 7:47 am, édité 31 fois

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Mer 20 Sep 2017, 4:04 pm

L'ÂME  HUMAINE

Après l'étude de la créature soit spirituelle soit corporelle, il  faut en venir à l'étude de l'homme qui est à la fois l'un et l'autre. L'on traitera d'abord de sa nature, puis de sa production dans l'être. La nature humaine est du domaine du théologien, en ce qui concerne l'âme; le corps ne l'intéresse que dans son rapport avec cette dernière. On commencera donc par l'âme, et puisque les substances spirituelles possèdent, selon Denys, essence, pouvoir et activité, l'on examinera les questions relatives : 1° à l'essence de l'âme; 2° à son pouvoir, c'est-à-dire à ses puissances ; 3º à son opération.

Sur le premier point, deux sujets de recherche : l'âme en elle-même, et dans son union avec le corps. Dans le premier sujet, sept problèmes : 1. L'âme est-elle une réalité corporelle? — 2. Est-elle une réalité subsistante? — 3. Les âmes animales le sont-elles? — 4. L'âme est-elle l'homme même ou bien plutôt l'homme n'est-il pas un être composé d'âme et de corps? — 5. L'âme est-elle composée de matière et de forme? — 6. Est-elle incorruptible? — 7. Est-elle de même nature que l'ange?

Question 75 : L'ESSENCE DE L'ÂME

ARTICLE 1.

L'âme est-elle une réalité corporelle ?

DIFFICULTÉ : I. Il semble qu'elle en soit une. L'âme est en effet pour le corps principe de mouvement. Si elle en donne, c'est qu'elle en a reçu. C'est vrai de toute réalité : on ne donne pas ce qu'on n'a pas, ce qui n'est pas chaud ne chauffe pas. Dans le cas d'un être qui donnerait du mouvement sans en avoir reçu, il y aurait mouvement éternel et uniforme, et cela d'après la démonstration du VIII e livre de la Physique d'Aristote. Mais rien de tel n'apparaît dans le mouvement psychique. Donc l'âme donne du mouvement parce qu'elle en a reçu; et puisque toute réalité de ce genre est un corps, l'âme est par conséquent une réalité corporelle.

SOLUTION: 1. Tout être en mouvement reçoit, à la vérité, son mouvement; mais puisqu'on ne peut remonter à l'infini, il est nécessaire qu'il y ait une cause de mouvement qui n'en reçoive pas. Être mis en mouvement, c'est passer de la puissance à l'acte : la cause motrice donne au mobile ce qu'elle a, en tant qu'elle l'actualise. Mais l'on distingue, au VIIIe livre de la Physique, une cause motrice tout à fait immobile, et qui ne reçoit de mouvement ni par nature ni indirectement : elle peut produire un mouvement perpétuel et uniforme; puis une autre cause qui n'est pas mise en mouvement par nature, mais seulement indirectement : elle ne produit pas de mouvement perpétuel et uniforme, telle l'âme : enfin une autre cause qui, par nature, est mise en mouvement, tel le corps. Les anciens « Physiciens », qui ne croyaient qu'à l'existence des corps, affirmèrent que toute cause motrice reçoit son mouvement, que cela est nécessaire dans le cas de l'âme, et donc qu'elle est une réalité corporelle.

DIFFICULTÉ: 2. Toute connaissance dépend d'une certaine ressemblance avec l'objet. Or il ne peut y avoir ressemblance entre un corps et une réalité incorporelle. L'âme ne pourrait donc pas connaître les corps, si elle n'avait pas la même nature qu'eux.

SOLUTION: 2. Il n'est pas requis que la ressemblance de la réalité connue soit actuelle dans l'être qui connaît. Mais si un être est d'abord en capacité, puis en acte de connaître, il faut seulement qu'il soit en puissance à la ressemblance de la chose connue, mais non pas qu'il la possède en acte : ainsi la couleur n'est pas actuelle dans la pupille. Par suite, il n'est pas besoin que la ressemblance des réalités corporelles soit actuelle dans l'âme, mais que l'âme soit apte à la recevoir. — Les anciens « Physiciens », qui ne distinguaient pas la puissance de l'acte, supposaient à l'âme une nature corporelle, composée des éléments de tous les corps pour qu'elle pût les connaître tous.

DIFFICULTÉ: 3. La cause motrice doit avoir contact avec ce qu'elle meut. Or il n'y a contact qu'entre les corps. Si donc l'âme met le corps en mouvement, elle est une réalité corporelle.

SOLUTION : 3. L'on distingue contact de l'ordre quantitatif, et contact de l'ordre dynamique. Dans le premier cas, un corps ne peut être touché que par un corps; dans le second, il peut l'être par une réalité immatérielle.

CEPENDANT, d'après saint Augustin, l'on dit que l'âme est simple par rapport au corps, parce que ce n'est pas une masse qui s'étale dans l'étendue.

CONCLUSION

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Jeu 21 Sep 2017, 7:19 am

ARTICLE 1.

L'âme est-elle une réalité corporelle ?

SUITE

CONCLUSION :  Admettons d'abord que l'âme est le premier principe de la vie dans les vivants qui nous entourent : nous appelons animés les vivants, et objets inanimés, les êtres qui n'ont pas la vie.  Or, la vie se manifeste surtout par la connaissance et par le mouvement. Les anciens philosophes, incapables de penser au-delà des images, attribuaient à ces  actions  un principe corporel : il n'y avait pour eux d'autres réalités que les corps ; en dehors de là, il n'y avait rien. Aussi affirmaient-ils que l'âme était une réalité corporelle.

L'on pourrait montrer de bien des manières la fausseté de cette opinion, mais l'on se servira d'un seul argument, à la fois le plus universel et le plus sûr.

Tout principe d'opération vitale n'est pas une âme, ou alors ce serait une âme que l'œil, principe de la vision, et ainsi des autres organes. Mais c'est le premier principe vital qui est une âme. Un corps peut bien être en quelque façon principe vital, le cœur par exemple, mais non pas premier principe. Si un corps est principe vital, ce n'est pas en tant que corps : autrement tout corps le serait, mais parce qu'il est tel corps. Or il possède une telle « actualité » en raison d'un principe qui est appelé son acte. Puisque l'âme est le premier principe de la vie, ce n'est donc pas une réalité corporelle, mais l'acte d'un corps. L'on en dirait autant de la chaleur, principe par lequel un corps est chauffé.
A suivre : Article 2.

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Ven 22 Sep 2017, 7:40 am

ARTICLE 2.

L’âme est-elle une réalité subsistante ?

DIFFICULTÉ: 1. L'âme ne paraît pas être une réalité subsistante. Il faudrait pour cela qu'elle puisse être désignée comme « quelque chose ». Or cette désignation convient seulement au composé d'âme et de corps.

SOLUTION : 1. On peut comprendre le « quelque chose » soit de toute réalité subsistante, soit d'une réalité subsistante complète d'espèce déterminée. Le premier sens exclut tout ce qui est accident, ou forme matérielle, le second exclut encore cette imperfection d'être une partie d'un tout. Ainsi la main est « quelque chose » au premier sens, mais non au second. De la même manière l'âme, qui est une partie de la nature humaine, n'est « quelque chose », réalité subsistante, qu'au premier sens. C'est pourquoi il faut concéder que le composé d'âme et de corps peut être désigné comme « quelque chose. »

DIFFICULTÉ: 2. A une réalité subsistante on peut attribuer une activité. Or on ne peut le faire pour l'âme. Car, d'après Aristote, si l'on disait que l'âme sent ou comprend, l'on pourrait tout autant dire qu'elle tisse ou qu'elle bâtit.

SOLUTION : 2.  Le texte cité ne rapporte pas la pensée d'Aristote, mais l'opinion de ceux pour qui comprendre, c'est être mis en mouvement : on peut le voir par le contexte. — Autre réponse : il convient d'agir par soi à ce qui existe par soi. Mais l'on peut dire d'une chose qu'elle subsiste par soi, lorsqu'elle n'est ni accident, ni forme matérielle, alors même qu'elle ne serait qu'une partie d'un être. Mais à proprement parler, il n'y a de subsistant par soi que la chose qui n'est ni accident, ni forme matérielle, ni partie. En ce sens, on ne peut dire que l'œil ou la main subsistent par soi, et par conséquent qu'ils aient une activité propre. C'est au tout que sont attribuées les opérations des parties, considérées comme moyens d'action. L'on dira en effet que l'homme voit avec l'œil, et palpe avec la main; mais, en un autre sens, que l'objet chaud réchauffe par sa chaleur. Car, à parler en rigueur, la chaleur ne chauffe en aucune manière. L'on dira donc que l'âme comprend, comme l'on dit que l'œil voit, mais il serait plus exact de dire : l'homme comprend par son âme.

DIFFICULTÉ: 3. De plus, cela impliquerait qu'elle a une certaine activité indépendamment du corps, alors que cela n'est pas vrai même de l'acte intellectuel pour lequel il faut toujours des images, phénomènes d'origine corporelle.

SOLUTION : 3. Le corps n'est pas requis pour l'acte intellectuel, à la manière d'un organe, mais en raison de l'objet qu'il fournit, à savoir, l'image, qui est à l'intelligence ce que la couleur est à la vue. Le fait d'avoir besoin du corps n'empêche pas l'intelligence d'être subsistante : autrement l'animal ne le serait pas, lui qui a besoin d'objets extérieurs pour la sensation.

CEPENDANT, selon saint Augustin, « lorsqu'on a compris que l'esprit est par nature une substance, mais non corporelle, l'on comprend l'erreur de ceux qui la tiennent pour corporelle : ils y ajoutent des éléments sans lesquels ils sont incapables de concevoir aucune nature, à savoir, les images des corps. » La nature de l'esprit humain est donc incorporelle d'abord, mais de plus substance, c'est-à-dire réalité subsistante.

CONCLUSION

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Sam 23 Sep 2017, 8:00 am

ARTICLE 2.

L’âme est-elle une réalité subsistante ?

SUITE

CONCLUSION: Le principe de l'acte intellectuel que nous appelons âme humaine doit être un principe incorporel et subsistant. Par l'intelligence, l'homme peut connaître toutes les natures corporelles. Mais pour connaître des objets, il ne faut rien posséder en soi de leur nature : car ce qu'on posséderait ainsi par essence empêcherait de connaître les autres réalités. Ainsi la langue du malade chargée d'une humeur amère, bilieuse, ne goûte rien de doux, mais trouve tout amer. Si donc le principe intellectuel possédait en lui une nature corporelle quelconque, il ne pourrait connaître tous les corps. Et puisque tout corps est d'une nature déterminée, le principe intellectuel ne peut donc être un corps.

Il est tout autant impossible qu'il connaisse à l'aide d'un organe corporel. Car la nature de cet organe empêcherait de connaître tous les corps : ainsi ferait une couleur dans la pupille de l'œil. De même un liquide prend la coloration du verre où il est versé.

Le principe intellectuel, — en d'autres termes l'esprit, l'intelligence, — possède donc une activité qui lui convient essentiellement, et à laquelle le corps n'a point part. Ce mode d'agir n'appartient qu'à une réalité subsistante. Car seul possède une activité, l'être en acte : en conséquence un être n'opère que de la manière dont il existe. Ainsi ne dit-on pas que ce qui chauffe, c'est la chaleur, mais l'objet chaud. Il reste que l'âme humaine, c'est-à-dire l'intelligence, l'esprit, est une réalité incorporelle et subsistante.

À suivre : ARTICLE 3. L'âme des bêtes est-elle subsistante ?

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Dim 24 Sep 2017, 7:17 am

ARTICLE 3.

L'âme des bêtes est-elle subsistante ?

DIFFICULTÉ: 1. Cela paraît vrai, puisque l'homme, dont l'âme est une réalité subsistante, appartient au même genre que les animaux.

SOLUTION : 1. Bien que l'homme soit du même genre que les animaux, il en diffère cependant par l'espèce. C'est la différence de forme qui entraîne la différence spécifique. Mais il n'est pas nécessaire que toute différence de forme implique que le genre soit différent.

DIFFICULTÉ: 2.  Il y a le même rapport entre les sens et le donné sensible qu'entre l'intelligence et le donné intelligible. Or cette dernière opère sans le corps. Il arrivera donc la même chose pour les sens. L'âme des bêtes qui possède des sens sera donc subsistante, pour le même motif que l'âme humaine douée d'intelligence.

SOLUTION : 2.  L'analogie du sens à l'intelligence se fonde sur ce qu'ils sont tous deux en puissance à leurs objets. Mais ils sont dissemblables, du fait que le sens subit l'action du donné sensible, avec une modification corporelle. Aussi des objets d'une trop grande intensité peuvent-ils être dommageables pour le sens. Cela n'arrive pas dans l'intelligence qui, après avoir saisi les objets de pensée les plus relevés, est plus apte à en saisir de moindres. Si cependant le corps se fatigue tandis qu'on pense, c'est un effet indirect : car l'intelligence a besoin de l'opération des facultés sensibles qui lui fournissent des images.

DIFFICULTÉ: 3. L'âme des bêtes peut mouvoir le corps. Du fait qu'un corps ne peut donner le mouvement mais seulement le recevoir, il suit que l'âme des bêtes possède une certaine activité indépendamment du corps.

SOLUTION : 3. Il y a dans l'âme deux facultés qui ont rapport au mouvement : l'une commande le mouvement, c'est l'affectivité. Dans l'âme sensitive, elle ne peut agir sans le corps : la colère, la joie et toutes les passions impliquent une modification corporelle. L'autre faculté motrice exécute le mouvement; par elle, les membres sont mis en mesure de suivre l'impulsion de l'affectivité. Son opération ne consiste pas à mouvoir, mais à être mise en mouvement. D'où l'on peut conclure qu'il n'y a pas dans l'âme sensitive de mouvement qui s'exécute sans le corps.

CEPENDANT: « Nous croyons que seul l'homme possède une âme subsistante, mais ce n'est pas vrai des animaux. »

CONCLUSION

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Lun 25 Sep 2017, 7:49 am

ARTICLE 3.

L'âme des bêtes est-elle subsistante ?

SUITE

CONCLUSION:  Les anciens philosophes ne distinguaient pas l'intelligence du sens, et rapportaient l'une et l'autre facultés à un principe corporel. Platon, lui, admit cette distinction, mais il rapportait le tout à un principe incorporel : d'après lui, comprendre et sentir convenaient en propre à l'âme. En conséquence, l'âme des bêtes devait être subsistante. — Aristote, par contre, affirma que l'intellection, seule parmi les activités de l'âme, s'accomplit sans organe corporel. Quant à la sensation et aux autres activités de l'âme sensitive, il est clair qu'elles impliquent une modification corporelle : dans la vision, la pupille est modifiée par la représentation colorée ; il en est de même pour les autres puissances. L'âme sensitive n'a donc pas d'opération qui lui convienne en propre, mais toute son activité procède du composé. L'âme des bêtes, n'ayant pas d'activité propre, ne peut être subsistante : car tout être existe de la même manière qu'il agit.
A suivre : ARTICLE 4. L'âme est-elle l’homme tout entier?

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Mar 26 Sep 2017, 7:22 am

ARTICLE 4.

L'âme est-elle l'homme tout entier?

DIFFICULTÉ: 1. Il est écrit dans la 2e épître aux Corinthiens : « Bien que l'homme extérieur en nous se corrompe, l'homme qui est au dedans se renouvelle de jour en jour. » Ce qui est au dedans, c'est l'âme. L'âme est donc l'homme intérieur.

SOLUTION : 1. Aristote a écrit dans l'Ethique qu'une chose est surtout ce qui est en elle le principal. Lorsque le chef de la cité fait un acte, on l'attribue à la cité elle-même. Ainsi parfois désigne-t-on par le terme d'homme, ce qu'il y a en lui de plus important, tantôt la partie intellectuelle, — ce qui est conforme à la vérité, — et c'est l'homme intérieur; tantôt la partie sensible, y compris le corps, — selon l'opinion des philosophes qui s'arrêtaient au niveau du sensible, — et c'est l'homme extérieur.

DIFFICULTÉ: 2. L'âme humaine est une substance, non pas universelle, mais individuelle. C'est donc une hypostase, une personne, et de plus, une personne humaine. L'âme est donc l'homme, puisque la personne humaine, c'est l'homme.

SOLUTION : 2. Toute substance individuelle n'est pas une hypostase, une personne, mais celle-là seulement qui possède l'essence spécifique au complet. Ni la main, ni le pied ne sont hypostases ou personnes. De même l'âme, qui n'est qu'une partie de l'espèce humaine.

CEPENDANT: Saint Augustin loue Varron d'avoir reconnu que l'homme ce n'était ni seulement le corps, ni seulement l'âme, mais à la fois l'âme et le corps.

CONCLUSION

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Mer 27 Sep 2017, 7:51 am

ARTICLE 4.

L'âme est-elle l'homme tout entier?

SUITE

CONCLUSION : L'on peut comprendre que l'âme soit l'homme, en ce sens d'abord que l'homme en général serait l'âme, alors que cet homme particulier ne serait pas l'âme, mais un composé d'âme et de corps, tel Socrate. Et si je m'exprime ainsi, c'est que certains philosophes ont admis que seule la forme appartenait à l'espèce, la matière étant seulement une partie de l'individu. Ce qui ne peut être vrai, puisque tout ce que désigne la définition appartient à l'espèce. Et la définition des êtres physiques ne désigne pas uniquement la forme, mais encore la matière. Aussi la matière est-elle une partie de l'espèce, dans ces êtres, non pas la matière qui a une quantité déterminée, et qui est le principe de l'individuation, mais la matière commune. Par exemple : il est de l'essence de cet homme particulier qu'il soit constitué par cette âme, cette chair et ces os, tandis qu'il est de l'essence de l'homme en général d'avoir une âme, de la chair et des os. Il entre en effet dans l'essence spécifique tout ce qui est commun par essence aux individus contenus dans cette espèce.

L'on peut encore comprendre la thèse d'une autre façon, en ce sens que cette âme serait identique à cet homme. On pourrait le dire, si l'âme sensitive avait une activité propre indépendamment du corps. Toutes les activités humaines conviendraient alors uniquement à l'âme. Chaque réalité est en effet constituée par le principe même de ses actions. Ainsi l'homme, c'est le principe même des activités de l'homme. — Mais l'on a fait voir ci-dessus que la sensation n'est pas uniquement une opération de l'âme. Sentir est une opération de l'homme tout entier, bien qu'elle ne soit pas propre à l'homme. En conséquence, l'homme n'est pas seulement l'âme, mais un être composé d'âme et de corps. — Platon, pour qui la sensation était une opération propre à l'âme, pouvait dire que l'homme est une âme qui se sert d'un corps.

A suivre : ARTICLE 5. L'âme est-elle composée de matière et de forme?

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Jeu 28 Sep 2017, 7:31 am

ARTICLE 5.

L'âme est-elle composée de matière et de forme?

DIFFICULTÉ: 1. La puissance s'oppose à l'acte. Tous les êtres en acte participent de l'Acte Premier, Dieu, par qui toutes choses ont la bonté, l'être, la vie, comme l'enseigne Denys dans les Noms Divins. Par conséquent, tout ce qui est en puissance participe de la première puissance, qui est la matière première. Or l'âme humaine est en puissance sous un certain rapport : cela paraît à l'état potentiel où se trouve parfois l'intelligence. L'âme humaine participe donc de la matière première, qui la constitue pour une part.

SOLUTION : 1. L'Acte premier est le principe universel de tous les actes, parce qu'il est infini, et contient à l'origine toute réalité en lui, sous un mode virtuel. S'il est participé par les autres êtres, ce n'est pas qu'il en fasse partie, mais c'est en tant que les êtres procèdent de lui par une diffusion de son être propre. Quant à la puissance, elle doit être proportionnée à l'acte, puisqu’elle le reçoit. Les actes reçus, qui procèdent du Premier Acte infini et en sont une participation, sont divers. Il ne peut donc y avoir une puissance unique qui reçoive tous les actes, comme il y a un Acte unique qui donne l'être à tous les actes participés : ou alors, la puissance réceptrice serait égale à la puissance active du Premier Acte. Mais la puissance réceptrice qui se trouve dans l'âme intellectuelle est d'un autre ordre que celle de la matière première. Il y paraît bien à la diversité des formes reçues en l'une ou en l'autre : la matière première reçoit les formes individuelles, l'intelligence les formes universelles. L'existence d'une puissance de ce genre dans l'âme intellectuelle ne prouve donc pas que l'âme soit composée de matière et de forme.

DIFFICULTÉ: 2. Il y a matière partout où se rencontrent ses propriétés. Or il y a dans l'âme des propriétés matérielles telles que d'être sujet et de changer. L'âme est le sujet de la science et de la vertu ; elle passe de l'ignorance à la science, du vice à la vertu. Il y a donc de la matière dans l'âme.

SOLUTION : 2. Il convient à la matière d'être sujet et de changer, parce qu'elle est en puissance. L'intelligence et la matière première n'étant pas en puissance de même façon, elles diffèrent par leur manière d'être sujet et de changer. L'intelligence est sujet de la science, et passe de l'ignorance à la science, pour autant qu'elle est en puissance aux formes intelligibles.

DIFFICULTÉ: 3. Ce qui n'a pas de matière, n'a pas de cause de son être, dit Aristote. Mais l'âme a une cause, puisqu'elle est créée par Dieu. Elle possède donc une matière.

SOLUTION : 3. Ce qui cause l'existence de la matière, c'est la forme. C'est aussi l'agent, par le fait qu'il la met en acte de la forme, en causant le changement. Une forme qui subsiste par soi, ne possède pas l'existence par le moyen d'un principe formel; elle n'a pas non plus de cause qui la fasse passer de la puissance à l'acte. A la suite du texte cité dans l'argument, le Philosophe ajoute que, dans les êtres composés de matière et de forme, il n'y a pas d'autre cause que celle qui fait passer de la puissance à l'acte; mais les êtres immatériels sont immédiatement un être véritable.

DIFFICULTÉ: 4.  Ce qui n'a pas de matière, mais est seulement forme, est Acte pur et infini. Mais cela appartient à Dieu seul. L'âme a donc une matière.

SOLUTION : 4. L'être participe est avec ce qui participe dans le rapport de l'acte à la puissance. Toute forme créée, même si elle subsiste par soi, doit participer à l'être. C'est vrai, selon Denys, de la vie même ou de toute autre modalité semblable. Or l'être participé est limité à la capacité du sujet récepteur. En conséquence, Dieu seul qui est son être même est Acte pur et illimité. Mais, dans les substances intelligentes, il y a composition d'acte et de puissance ; non pas composition de matière et de forme, mais de forme et d'être participé. C'est pourquoi certains philosophes disent qu'elles sont composées de « ce par quoi elles sont » et de « ce qu'elles sont » : l'être est en effet « ce par quoi » une réalité existe.

CEPENDANT, Saint Augustin établit, dans son Commentaire sur la Genèse, que l'âme n'a été faite d'aucune matière, ni corporelle, ni spirituelle.

CONCLUSION

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Ven 29 Sep 2017, 7:45 am

ARTICLE 5.

L'âme est-elle composée de matière et de forme?

SUITE

CONCLUSION: L'âme n'a pas de matière. On peut d'abord le prouver d'après le concept d'âme en général, selon lequel l'âme est la forme d'un corps. Mais alors, elle est forme, ou par sa réalité tout entière, ou par une partie d'elle-même. Dans la première hypothèse, l'âme ne peut avoir de matière, si l'on entend par là de l'être qui n'est qu'en puissance : car la forme est de soi un acte, et ce qui est seulement en puissance ne peut être partie d'un acte, puisque la puissance ne peut coïncider avec l'acte, étant son opposé. Mais si l'âme n'est forme que par une partie d'elle-même, cette partie nous la nommerons âme, et la matière dont elle est immédiatement l'acte nous la nommerons le « premier animé. »

L'on peut prouver ensuite que l'âme n'a pas de matière, en se fondant sur le concept d'âme humaine, considérée comme intellectuelle. Il est évident que tout être est reçu dans un autre, selon le mode de celui qui reçoit. Ainsi toute réalité est connue, à la manière dont sa forme est dans l'être connaissant. L'âme intellectuelle connaît la réalité en son essence, sous un mode absolu I par exemple la pierre sous son aspect universel de pierre. La forme absolue de la pierre se trouve donc dans l'âme intellectuelle, sous sa raison formelle. L'âme intellectuelle est donc une forme absolue [c'est-à-dire dégagée de matière], et non un composé de matière et de forme. — Si au contraire elle l'était, la forme des réalités serait reçue en elle, en tant qu'elles sont individuelles ; et de la sorte, l'âme ne connaîtrait que le singulier, tout de même que les facultés sensibles qui reçoivent la forme des réalités à l'aide d'un organe corporel : la matière est en effet le principe d'individuation des formes. Il reste donc que l'âme intellectuelle, et d'ailleurs toute autre substance douée d'intelligence, et connaissant la forme des réalités sous un mode absolu, n'est pas composée de forme et de matière.
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I C’est-à-dire immatériellement et universellement.

A suivre : ARTICLE 6. L'âme est-elle composée de matière et de forme?

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Sam 30 Sep 2017, 7:57 am

ARTICLE 6.

L'âme est-elle corruptible ?

DIFFICULTÉ: 1. Les êtres qui ont même origine et même développement doivent avoir une fin semblable. Hommes et bêtes ont même origine, puisqu'ils viennent de la terre. Et le développement de leur vie est identique : car, selon l'Ecclésiaste, « tous les vivants ont même souffle, et l'homme n'a rien de plus que l'animal ». Par suite, ajoute-t-il « la mort est la même pour l'un comme pour l'autre, et leur sort est égal ». Puisque l'âme des bêtes est corruptible, l'âme humaine l'est aussi.

SOLUTION : 1. Salomon met cette idée au compte des insensés, comme on peut le voir au livre de la Sagesse. Que l'homme et les animaux aient même origine, c'est vrai quant au corps [:] tous les animaux viennent en effet de la terre. Mais ce n'est plus vrai de l'âme : l'âme des bêtes procède d'une énergie corporelle, l'âme humaine est créée [immédiatement] par Dieu. La Genèse dira, à propos des bêtes : « Que la terre produise l'âme du vivant », mais à propos de l'homme : « [Dieu] a soufflé sur son visage un souffle de vie ». D'où cette parole de l'Ecclésiaste : « Que la poussière retourne à la terre d'où elle est tirée, et que l'esprit retourne à Dieu qui l'a donné ». — De même, le développement vital est identique, sous le rapport du corps. A cela se réfère le texte de l'Ecclésiaste  : « Tous les vivants ont même souffle » ; et celui du livre de la Sagesse : « C'est une fumée et un souffle dans nos narines... » Mais le développement n'est pas le même dans le cas de l'âme : l'homme a l'intelligence, les bêtes n'en ont pas. Il est donc faux de dire : « L'homme n'a rien de plus que l'animal. » — Aussi, la fin de l'un et de l'autre est-elle la même pour le corps, non pour l'âme.

DIFFICULTÉ: 2. Ce qui vient du néant doit retourner au néant : car la fin doit être proportionnée au commencement. Or, il est dit au livre de la Sagesse que « nous sommes nés de rien », ce qui est vrai du corps, mais aussi de l'âme. Par conséquent « après cette vie, ce sera comme si nous n'avions pas été », même sous le rapport de l'âme.

SOLUTION : 2. Créer procède, non d'une puissance passive, mais de la seule puissance active du Créateur qui peut faire quelque chose de rien. Parallèlement, pouvoir retourner au néant n'implique pas que la créature ait une aptitude à ne plus exister, mais signifie que le Créateur a la puissance de ne plus lui donner l'être. Or être corruptible, c'est avoir cette aptitude à ne plus exister.

DIFFICULTÉ: 3. Aucune réalité n'existe qui n'ait d'activité propre. Pour l'âme, cette activité, qui est de comprendre à l'aide des images, ne peut avoir lieu sans le corps. L'âme ne peut comprendre sans images, et les images ne peuvent être données s'il n'y a pas de corps. L'âme ne peut donc subsister, une fois le corps détruit.

SOLUTION : 3. Comprendre par le moyen des images est l'opération propre à l'âme qui est unie au corps. Lorsqu'elle en sera séparée, elle aura une manière différente de connaître, analogue à celle des autres substances séparées, comme on le verra plus clairement par la suite.

CEPENDANT, Les âmes humaines, dit Denys, tiennent de la bonté divine une nature intellectuelle et une vie impérissable.

CONCLUSION

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Dim 01 Oct 2017, 6:58 am

ARTICLE 6.

L'âme est-elle corruptible ?

SUITE

CONCLUSION: L'âme humaine dont nous affirmons qu'elle est un principe intelligent doit être incorruptible. Une chose peut se corrompre soit à cause de sa nature propre, soit par l'effet d'une cause extérieure. Or une réalité subsistante ne peut être engendrée ou corrompue de la seconde manière, c'est-à-dire : parce qu'un autre être est engendré ou se corrompt. Génération et corruption conviennent à une chose de la manière dont lui convient l'être, lequel est acquis par l'une et perdu par l'autre. La chose à qui l'être convient par soi, ne peut être engendrée ou corrompue qu'en raison de sa propre nature, mais ce qui ne subsiste pas, tels les accidents et les formes matérielles, naît et disparaît en même temps que le composé auquel il appartient. — L'on  a vu  que l'âme des bêtes n'est pas subsistante par nature, mais seulement l'âme humaine. Aussi l'âme des bêtes est-elle détruite avec le corps.

Quant à l'âme humaine, elle ne pourrait se corrompre qu'en raison de sa nature propre. Or c'est tout à fait impossible, non seulement pour elle, mais pour toute réalité subsistante qui est forme pure. En effet : ce qui convient de soi à une chose en est inséparable. Or l'être convient de soi à la forme, qui est un acte. La matière ne reçoit l'être actuel que parce qu'elle reçoit la forme. Si elle se corrompt, c'est que la forme se sépare d'elle. Mais il est impossible que la forme soit séparée d'elle-même. Une forme subsistante ne peut donc cesser d'exister.

Même si l'âme était composée de matière et de forme, selon l'opinion de certains, il faudrait encore affirmer qu'elle est incorruptible. Il n'y a en effet de corruption que dans les êtres où il y a passage d'un contraire à un autre. Générations et corruptions sont des passages de certains états à leurs contraires. Les corps célestes qui échappent à cette loi sont incorruptibles. Mais dans l'âme intellectuelle, l'on ne peut trouver des changements de cette sorte. Quand elle reçoit, c'est selon la nature de son être. Or ce qui est ainsi reçu ne présente pas de contrariété. Car même les idées des opposés ne sont pas opposées en elle : il n'y a qu'une même science des contraires. L'âme humaine ne peut donc être corruptible.

L'on peut trouver une preuve de cette incorruptibilité en cette vérité générale que tout être désire naturellement exister, sous le mode qui lui convient. Chez les êtres doués de connaissance, le désir est proportionné au mode de connaître. Le sens ne connaît l'être que dans une étendue et une durée concrètes, mais l'intelligence le connaît absolument, et par référence à n'importe quel temps. Aussi, tout être doué d'intelligence désire-t-il naturellement exister toujours. Mais un désir naturel ne peut être vain. Toute substance intelligente est donc incorruptible.
A suivre : ARTICLE 7. L'âme est-elle de même nature que l’ange?

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Lun 02 Oct 2017, 7:44 am

ARTICLE 7.

L'âme est-elle de même nature que l’ange?

DIFFICULTÉ: 1. Tout être est orienté à sa fin par la nature de son espèce, qui lui donne une inclination vers cette fin. L'âme et l'ange ont une même fin, la béatitude éternelle. Ils sont donc de même espèce.

SOLUTION : 1. L'argument allégué considère la fin prochaine et naturelle d'un être, alors que la béatitude éternelle des esprits est la fin dernière et surnaturelle.

DIFFICULTÉ: 2. La dernière différence spécifique est la plus parfaite dans l'être, car c'est elle qui achève l'essence de l'espèce. Mais rien n'est plus parfait dans l'ange et dans l'âme que l'être intellectuel. Ils ont ainsi même différence spécifique, ils sont donc de même espèce.

SOLUTION : 2. L'ultime différence spécifique est la plus parfaite dans l'être, parce qu'elle est la plus déterminée, à la manière dont l'acte est plus parfait que la puissance. Mais « intellectuel » n'est pas ce qu'il y a de plus parfait en ce sens : car c'est un indéterminé et un universel par rapport à de nombreux degrés d'intellectualité, tout de même que « sensible », par rapport à ceux de l'être sensible. En conséquence, ni les êtres sensibles, ni les êtres intellectuels, n'appartiennent tous à une même espèce.

DIFFICULTÉ: 3. L'âme ne paraît différer de l'ange que par son union au corps. Celui-ci n'est pas une partie de l'essence de l'âme : il n'appartient donc pas à son espèce. Par conséquent l'âme et l'ange sont de même espèce.

SOLUTION : 3. Le corps ne fait pas partie de l'essence de l'âme, mais l'âme est, par son essence, apte à être unie à un corps. C'est pourquoi l'âme ne constitue pas à proprement parler une espèce, mais c'est le composé d'âme et de corps. Et le fait même que l'âme en quelque façon ait besoin du corps pour agir montre qu'elle est une nature intellectuelle d'un degré inférieur à celui de l'ange, lequel n'est jamais uni à un corps.

CEPENDANT :  Les êtres, dont les activités propres sont différentes, appartiennent à différentes espèces. C'est le cas pour l'âme et pour l'ange. D'après Denys, les esprits angéliques possèdent une intelligence simple et heureuse, parce qu'ils n'empruntent pas au monde visible leur connaissance de la divinité. Il affirme ensuite le contraire au sujet de l'âme humaine. L'âme et l'ange n'appartiennent donc pas à la même espèce.

CONCLUSION


Dernière édition par Louis le Mar 03 Oct 2017, 9:40 am, édité 1 fois (Raison : Orthographe.)

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Mar 03 Oct 2017, 6:36 am

ARTICLE 7.

L'âme est-elle de même nature que l’ange?

CONCLUSION : Origène admettait l'identité d'espèce pour les âmes humaines et pour les anges : car il ne reconnaissait qu'une différence accidentelle dans leur degré de perfection, causée, comme on l'a dit précédemment, par leur libre choix.

Mais c'est impossible, parce que les substances incorporelles ne peuvent se distinguer numériquement les unes des autres, sans une différence d'espèce et sans une inégalité naturelle. N'étant pas composées de matière et de forme, mais étant formes subsistantes, elles devront se distinguer par l'espèce. Il est inconcevable qu'une forme séparée ne soit pas unique en chaque espèce. S'il y avait une blancheur séparée de tout sujet, elle serait nécessairement unique : telle blancheur ne se distingue de telle autre que parce qu'elle se trouve en tel ou tel sujet. La diversité dans l'espèce est toujours accompagnée d'une différence d'essence : parmi les espèces de couleurs, l'une est plus parfaite que l'autre, et ainsi du reste. La raison en est que les différences qui divisent le genre sont des contraires, et les contraires ont entre eux le rapport du parfait à l'imparfait, car le principe de l'opposition par contrariété, c'est la privation et la possession.

La conséquence serait la même, si les substances incorporelles étaient composées de matière et de forme. Pour distinguer telle matière de telle autre, ou bien il faudra que la forme soit principe de distinction pour la matière : c'est-à-dire que les matières seront diverses par leur relation à diverses formes, et alors il y aura encore une diversité d'espèce et une inégalité naturelle ; ou bien il faudra que la matière soit le principe de distinction des formes, et dans ce cas une matière ne se distinguera d'une autre que d'après les divisions de la quantité : mais l'on n'en trouve pas en des substances incorporelles, telles que l'ange et l'âme. Il est donc impossible que l'ange et l'âme soient de même espèce. — L'on montrera plus loin comment les âmes humaines sont plusieurs en une seule espèce.
A suivre : QUESTION   76.  L'UNION DE L'ÂME ET DU CORPS.

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Mer 04 Oct 2017, 6:42 am

Question 76 :  L'UNION DE L'ÂME ET DU CORPS.

Il faut maintenant traiter de l'union de l'âme et du corps.

Huit problèmes se posent : 1. Le principe intelligent s'unit-il au corps comme une forme? —  2. Y a-t-il autant de principes intelligents qu'il y a de corps, ou n'y a-t-il qu'une seule intelligence pour tous les hommes? — 3. Dans un corps qui a pour forme un principe intelligent, y a-t-il quelque autre âme? — 4. Y a-t-il en lui une autre forme substantielle? — 5. Quelle nature doit avoir un corps qui a pour forme un principe intelligent? — 6. Ce principe intelligent est-il uni à un tel corps par l'intermédiaire d'un autre corps? — 7. Ou au moyen de quelque forme accidentelle? —  8. L'âme est-elle tout entière en toute partie du corps?

ARTICLE 1.

Le principe intelligent s'unit-il au corps comme une forme?

DIFFICULTÉ: 1.  Pour le Philosophe, l'intellect est séparé et n'est l'acte d'aucun corps. Il ne peut donc s'unir à lui comme une forme.

SOLUTION : 1. La forme la plus parfaite à laquelle s'arrête la recherche du philosophe de la Nature, c'est-à-dire l'âme humaine, est bien une forme pure, mais unie à la matière. La preuve d'Aristote est que « l'homme est engendré de la matière par l'homme et par le soleil ». Elle est une forme pure de toute matière en tant que puissance intellectuelle : car elle n'informe pas d'organe corporel, à la manière dont la faculté de voir est l'acte de l'œil. L'on ne peut, en effet, faire acte d'intelligence à l'aide d'un organe, comme cela arrive pour la vue. Néanmoins l'âme qui possède cette puissance intellectuelle est unie à la matière, parce qu'elle est la forme du corps, et le terme de la génération de l'homme. D'où cette affirmation du Traité de l'Ame que l'intelligence est une forme séparée, parce qu'elle n'est pas une faculté unie à un organe corporel.

DIFFICULTÉ: 2.  Toute forme est déterminée par la nature de sa matière : sans quoi, il n'y aurait pas de proportion requise entre la matière et la forme. Mais si l'intellect s'unissait au corps comme une forme, la détermination propre à chaque corps entraînerait une détermination de nature pour l'intellect. Il ne pourrait plus alors connaître toutes choses, ainsi qu'on l'a établi précédemment. Mais cela s'oppose à sa nature. L'intellect n'est donc pas uni au corps comme une forme.

DIFFICULTÉ: 3.  Toute puissance réceptrice qui est l'acte d'un corps reçoit la forme sous un mode matériel et individuel ; car la forme est reçue selon le mode d'être de ce qui la reçoit. Or la forme de la réalité connue n'est pas reçue dans l'intelligence de la manière qu'on vient de dire, mais, au contraire, sous un mode immatériel et universel. Faute de quoi, l'intelligence ne connaîtrait pas l'immatériel et l'universel, mais le singulier, tout comme le sens. L'intellect n'est donc pas uni au corps comme une forme.

SOLUTION : 2 et 3. En conséquence, pour que l'homme puisse tout comprendre par son intelligence, et qu'il saisisse l'immatériel et l'universel, il suffit que cette faculté intellectuelle ne soit pas l'acte d'un corps.

DIFFICULTÉ: 4.  La puissance d'agir et l'action…

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Jeu 05 Oct 2017, 7:49 am

ARTICLE 1.

Le principe intelligent s'unit-il au corps comme une forme?

(suite)

DIFFICULTÉ: 4.  La puissance d'agir et l'action appartiennent à une même réalité : c'est le même être qui peut agir et qui agit. Nous savons déjà que l'activité intellectuelle n'appartient à aucun corps. La puissance intellectuelle ne sera donc la puissance d'aucune réalité corporelle. Et puisque nulle puissance ne peut être plus éloignée de la matière ou plus simple que l'essence dont elle procède, l'essence même d'où sort la faculté intellectuelle ne peut être unie au corps comme une forme.

SOLUTION : 4. L'âme humaine, en raison de sa perfection, n'est pas une forme enfoncée dans la matière, totalement absorbée par elle. Rien n'empêche donc qu'une de ses puissances ne soit pas l'acte d'un corps. Cependant l'âme est forme du corps, considérée selon son essence.

DIFFICULTÉ: 5.  Ce qui possède l'être par soi-même ne doit pas s'unir au corps comme une forme. Car la forme est « ce par quoi » une réalité existe, et ainsi, à parler en rigueur, l'être même de la forme n'appartient pas à la forme. Mais le principe intelligent possède l'être par soi-même ; il est subsistant, comme on l'a dit. Il ne s'unit donc pas au corps comme une forme.

SOLUTION : 5. L'âme communique à la matière corporelle l'être par lequel elle est une réalité subsistante : l'âme intellectuelle ne forme avec elle qu'un seul être, en sorte que l'être du composé tout entier est également l'être de l'âme. Cela n'arrive pas pour les formes qui ne sont pas subsistantes. En conséquence, l'âme humaine, mais non les autres formes, conserve son être, le corps étant détruit.

DIFFICULTÉ: 6. Ce qui appartient par essence à une réalité s'y trouve toujours. Or, il est essentiel à la forme d'être unie à la matière. Ce n'est pas accidentellement, mais par essence qu'elle est l'acte d'une matière, ou alors l'union de la matière et de la forme ne donnerait pas un tout essentiel, mais un tout accidentel. La forme ne peut donc exister sans sa matière propre. Or le principe intelligent qui est incorruptible, comme on l'a montré, continue d'exister sans être uni à un corps, lorsque le corps est détruit. Il ne lui est donc pas uni comme une forme.

SOLUTION : 6. Il convient par essence à l'âme d'être unie à un corps, comme au corps léger de se tenir en haut. Le corps léger ne change pas d'essence parce qu'il est retiré de son lieu naturel, mais il garde une tendance, une inclination à y retourner. De même l'âme humaine conserve son être lorsqu’elle est séparée du corps, tout en ayant une aptitude, une inclination naturelle à s'unir à lui.

CEPENDANT : Pour Aristote, la différence spécifique doit se prendre de la forme d'une réalité. Or chez l'homme, cette différence, c'est le « rationnel », à cause même du principe intelligent qui est en lui. Ce principe est donc la forme de l'homme.

CONCLUSION

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Ven 06 Oct 2017, 6:51 am

ARTICLE 1.

Le principe intelligent s'unit-il au corps comme une forme?


CONCLUSION : L'intelligence, principe de l'activité intellectuelle, doit être la forme du corps humain. Le principe par lequel un être agit immédiatement, c'est la forme de cet être à qui une activité est attribuée : le principe immédiat de la guérison du corps, c'est la santé; celui du savoir dans l'âme, c'est la science. La santé est ainsi forme pour le corps, et la science forme pour l'âme. Car un être n'agit que pour autant qu'il est en acte, et c'est par le principe de cette actualité qu'il agit. Or le principe immédiat de la vie du corps, c'est l'âme. La vie se révèle par des activités qui varient selon  le degré d'être des vivants, et le principe immédiat qui est à l'origine de toutes les opérations en nous, c'est l'âme : elle est le principe qui nous fait nous développer physiquement, sentir, nous mouvoir dans l'espace, et pareillement, comprendre. Ce principe, qu'on l'appelle intelligence ou âme intellectuelle, est donc la forme du corps. — Telle est la démonstration d'Aristote au 2e livre du Traité de l'Ame.

Mais si l'on voulait soutenir que l'âme intellectuelle n'est pas forme du corps, il faudrait montrer comment l'acte de comprendre peut appartenir à tel homme en particulier. Chacun sait en effet par expérience que c'est lui-même qui comprend. — Or l'action est attribuée à un être de trois manières : ou bien cet être agit selon tout ce qu'il est, ainsi le médecin guérit; ou selon une partie de lui-même, ainsi l'homme voit à l'aide des yeux; ou d'une manière indirecte, ainsi dit-on que le blanc construit, parce qu'il se trouve que l'architecte est blanc. Lorsque nous disons que Socrate ou Platon font acte d'intelligence, on ne leur attribue pas cela d'une manière indirecte, mais en tant qu'ils sont des hommes, essentiellement. Il faut donc admettre soit que Socrate comprend selon tout ce qu'il est, d'après la conception platonicienne en laquelle l'homme, c'est l'âme intellectuelle; soit que l'intelligence n'est qu'une partie de la réalité de Socrate. La première opinion est insoutenable : car nous avons montré que c'est le même homme qui a conscience, à la fois, de sentir et de comprendre. Le corps, étant indispensable à la sensation, doit être une partie de l'homme. Par conséquent, l'intelligence par laquelle Socrate comprend est une partie de son être, si bien que l'intelligence est en quelque façon unie à son corps.

Le Commentateur soutient, au 3e livre du Traité de l'Ame, que cette union se réalise au moyen de l'« espèce intelligible. »  Celle-ci se trouverait à la fois dans l'intellect possible, et dans les images qui dépendent d'organes corporels. Ainsi par l'espèce intelligible, l'intellect possible est mis en rapport avec le corps de tel ou tel homme. — Mais un rapport, une union de cette sorte ne peut faire que l'action de l'intellect soit vraiment une action de Socrate. Une comparaison empruntée à l'ordre de la sensation, — point de départ des recherches d'Aristote sur l'intelligence, — va éclairer le problème. Les images sont à l'intelligence dans le même rapport que les couleurs à la vue. Les « espèces » qui proviennent des images sont donc dans l'intellect possible comme les « espèces » sensibles des couleurs sont dans la faculté de voir. Mais du fait que les couleurs dont les similitudes sont dans la vue, se trouvent sur un mur, il ne s'ensuit pas qu'on attribue au mur l'action de voir, mais l'on dira plutôt qu'il est vu. De même, par le fait que les « espèces » qui proviennent des images sont dans l'intellect possible, il ne s'ensuit pas que Socrate qui possède ces images comprenne, mais que lui ou ses images sont compris par l'intellect.

Selon d'autres philosophes, l'intellect est uni au corps comme un principe moteur…

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Sam 07 Oct 2017, 7:37 am

ARTICLE 1.

Le principe intelligent s'unit-il au corps comme une forme?

CONCLUSION (suite):

Selon d'autres philosophes, l'intellect est uni au corps comme un principe moteur, en sorte que l'intellect et le corps forment un seul être : ce qui permet d'attribuer l'action de l'intellect à ce tout. Mais cette théorie est sans aucune valeur, et cela pour plusieurs motifs:

1. L'intellect ne peut donner de mouvement au corps que par le moyen de l'affectivité. Or le mouvement affectif présuppose un acte intellectuel. Ce n'est donc pas en raison d'une impulsion de l'intellect que Socrate comprend : mais au contraire, c'est parce que Socrate comprend qu'il reçoit une impulsion de l'intellect.

2. Socrate est un être individuel, dont l'essence, composée de matière et de forme, est une : si l'intellect n'est pas sa forme, il n'appartiendra pas à son essence. L'intellect sera donc avec Socrate dans le rapport d'un principe moteur avec ce qui est mis en mouvement. Mais comprendre est une activité immanente, et non pas transitive comme l'action de chauffer. On ne peut donc attribuer l'acte d'intelligence à Socrate parce qu'il reçoit une impulsion de l'intellect.

3. L'action d'une cause motrice n'appartient au mobile que comme à un instrument : telle l'action du menuisier à la scie. S'il convient à Socrate de comprendre en raison de l'activité de sa cause motrice, il ne sera donc qu'un instrument, — conclusion contraire à la pensée d'Aristote pour qui comprendre ne se réalise pas au moyen d'un instrument corporel.

4. L'action de la partie est attribuée au tout, comme celle de l'œil l'est à l'homme; elle n'est cependant jamais attribuée à une autre partie du même être, si ce n'est d'une manière indirecte : l'on ne dira pas que la main voit, parce que l'œil voit. Si l'unité de l'intellect et de Socrate se réalise seulement de la façon susdite, l'action de l'intellect ne pourra être attribuée à Socrate. D'autre part, si Socrate est un tout composé de l'intellect et des autres éléments qui constituent Socrate, et si cependant l'intellect ne lui est uni que comme une cause motrice, il en résulte que Socrate n'est pas absolument un, et donc qu'il n'est pas absolument un être. Toute réalité possède l'être de la même manière qu'elle possède l'unité.

Il ne reste donc que la solution d'Aristote : …

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Dim 08 Oct 2017, 7:18 am

ARTICLE 1.

Le principe intelligent s'unit-il au corps comme une forme?

CONCLUSION  (suite):

Il ne reste donc que la solution d'Aristote : cet homme comprend parce que le principe intelligent est sa forme. C'est donc l'acte intellectuel qui permet de prouver que le principe intelligent est la forme du corps.

On peut encore l'établir à considérer l'essence de l'espèce humaine. La nature d'une réalité est révélée par son opération. L'opération propre à l'homme est de comprendre : c'est par quoi il est supérieur à tous les animaux. Et Aristote a fixé en cette activité, comme étant proprement humaine, le parfait bonheur. L'espèce de l'homme doit donc être déterminée d'après le principe de cette activité. Et comme l'espèce est déterminée d'après la forme propre à un être, il s'ensuit donc que le principe de l'activité intellectuelle est pour l'homme cette forme propre.

Noter cependant que plus la forme est d'un degré élevé, plus elle a d'emprise sur la matière corporelle, moins elle y est « enfoncée», et plus elle la dépasse par son activité ou sa puissance. Ainsi la forme d'un corps composé possède une activité qui ne dépend pas des qualités élémentaires. Et plus on s'élève dans les degrés des êtres, plus on trouve que la capacité de la forme dépasse la matière élémentaire : l'âme végétale plus que le métal, l'âme sensitive plus que l'âme végétale. Or l'âme humaine est la forme la plus élevée en perfection. Sa puissance dépasse si fort la matière corporelle qu'elle possède une activité et une faculté où cette matière n'entre en aucune façon. Cette faculté, c'est l'intelligence.

Remarquer que si l'on donnait l'âme comme un composé de matière et de forme, elle ne pourrait absolument pas être forme du corps. La forme est un acte, la matière est seulement puissance : un composé de matière et de forme ne peut donc pas être, selon tout ce qu'il est, la forme d'un autre sujet. Si ce composé n'est forme que selon une partie de son être, cette partie sera appelée « âme », et le sujet de la forme, « premier animé », comme on l'a dit plus haut.
A suivre : Article 2 : Y a-t-il autant de principes intelligents qu'il y a de corps ?

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Lun 09 Oct 2017, 8:04 am

ARTICLE 2.

Y a-t-il autant de principes intelligents qu'il y a de corps ?

DIFFICULTÉ: 1. Il semble au contraire qu'il n'y ait qu'une seule intelligence pour tous les hommes. Il n'y a pas plus d'une substance immatérielle par espèce. L'âme humaine est une substance immatérielle, puisqu'elle n'est pas composée de matière et de forme. Il ne peut donc y en avoir plusieurs en une même espèce, et tous les hommes appartiennent à une seule. Il ne peut donc y avoir pour eux tous qu'une seule intelligence.

SOLUTION : 1. L'âme intellectuelle, tout comme l'ange, n'est pas extraite de la puissance de la matière; elle est néanmoins la forme d'une certaine matière, ce qui n'est pas le cas de l'ange. Ce sont donc les divisions de la matière qui fondent la multiplicité des âmes dans une même espèce; mais il est absolument impossible qu'il y ait, en une même espèce, plusieurs anges.

DIFFICULTÉ: 2. A supprimer la cause, on supprime l'effet. Si le nombre des âmes dépendait du nombre des corps, il ne resterait pas, ceux-ci détruits, une multitude d'âmes, mais un seul être. Ce qui est hérétique, parce que cela supprimerait les récompenses et les châtiments [dans l'au-delà].

SOLUTION : 2. L'unité d'une chose est fonction de son mode d'être : il faut donc juger de son aptitude à être multipliée, d'après son être. Or l'âme intellectuelle, considérée en son être, est unie au corps en tant que forme; et néanmoins elle continue d'exister, une fois le corps détruit. De même, la multiplicité des âmes est relative à celle des corps, et néanmoins lorsque les corps sont détruits, les âmes restent une multitude d'êtres.

DIFFICULTÉ: 3.  Si mon intelligence est distincte de la vôtre, ce sont donc deux intelligences individuelles. Les individus en effet sont des êtres qui se distinguent numériquement à l'intérieur d'une même espèce. Or ce qui est reçu dans un sujet, l'est selon le mode de l'être qui reçoit. Les « espèces intelligibles » des choses seront donc reçues en nos deux intelligences sous un mode individuel. Mais c'est contre la nature de l'intelligence, qui connaît l'universel.

SOLUTION : 3. Que l'être intelligent ou son « espèce intelligible » soient individués, cela n'empêche pas de connaître l'universel; ou alors,  le cas serait le même pour les intelligences pures, qui sont des réalités subsistantes et donc particulières. Cet empêchement ne peut venir que de la matérialité du sujet connaissant ou de l'« espèce » qui est son moyen de connaître. L'action, en effet, correspond au mode de la forme de l'être agissant : l'action de chauffer, à la chaleur; et la connaissance, à l' « espèce » par laquelle on connaît. — Or une essence universelle se trouve divisée en une multiplicité d'êtres par les principes d'individuation qui viennent de la matière. Si donc la forme I, qui est le moyen de connaître est matérielle, non abstraite des conditions de la matière, elle représentera l'essence du genre ou de l'espèce, mais seulement en tant que cette essence est diversifiée par les principes d'individuation ; et par suite l'essence ne sera pas connue en son universalité. Mais si l' « espèce » [moyen de connaître], est abstraite des conditions de la matière individuelle, ce sera une ressemblance de l'essence, abstraction faite de ce qui fonde la multiplicité. C'est de cette façon qu'on connaît l'universel. Il importe peu ici de savoir s'il y a ou non plusieurs intelligences : car même s'il n'y en avait qu'une, il faudrait que cette intelligence et son « espèce intelligible » fussent quelque chose d'individuel.

DIFFICULTÉ: 4….
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I C’est-à-dire : « L’espèce ou forme intentionnelle ».

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Mar 10 Oct 2017, 8:08 am

ARTICLE 2.

Y a-t-il autant de principes intelligents qu'il y a de corps ?

SUITE

DIFFICULTÉ: 4.  Ce qui est compris se trouve dans l'intelligence en acte de comprendre. Si donc mon intelligence se distingue de la vôtre, il faut que l'objet de pensée soit différent en chacune de nos intelligences. Il sera de la sorte compté comme une chose individuelle, et intelligible seulement en puissance. Il faudra encore abstraire de l'un et de l'autre un concept universel, car lorsqu'on a affaire à une pluralité quelconque, l'on peut abstraire un aspect intelligible commun. Mais c'est contre la nature de l'intelligence, qui, en cette hypothèse, ne se distinguerait plus de l'imagination. Il faut donc admettre qu'il n'y a qu'une intelligence pour tous les hommes.

SOLUTION : 4. Qu'il y ait une ou plusieurs intelligences, l'objet de la pensée est un. Cet objet n'est pas dans l'intelligence sous un mode réel, mais selon sa ressemblance. « La pierre n'est pas dans l'âme, mais la représentation de la pierre. » Et cependant l'objet de la pensée, c'est la pierre et non pas la « représentation » de la pierre, à moins que l'intelligence ne fasse réflexion sur elle-même. Autrement, il n'y aurait pas de sciences des réalités, mais seulement de nos représentations. Or il arrive que divers sujets connaissant prennent la ressemblance d'une même réalité au moyen de formes diverses. Et par le fait que la connaissance se fait par assimilation du sujet connaissant à la réalité connue, le même objet peut être connu par plusieurs individus. Ainsi, dans la sensation : plusieurs voient la même couleur, chacun à l'aide d'une représentation. De même, plusieurs intelligences peuvent comprendre une même réalité. La différence entre sens et intelligence, d'après la doctrine d'Aristote, consiste en ce que la réalité est sentie selon le mode qu'elle possède en dehors de l'âme, c'est-à-dire en son existence concrète; mais que l'essence de la réalité qui est saisie par l'intelligence, est sans doute en dehors de l'âme, mais n'existe pas sous le mode selon lequel elle est saisie. En effet, l'essence universelle est connue, abstraction faite des principes d'individuation. Or elle n'existe pas, de cette manière, en dehors de l'esprit. — Dans la théorie de Platon, la réalité intelligible est telle en dehors de l'esprit qu'au dedans : il admettait que les essences des choses avaient une existence à part de la matière.

DIFFICULTÉ: 5. Lorsque l'élève reçoit la science de son maître, l'on ne peut dire que la science du maître soit la cause génératrice de la science de l'élève : ou alors la science serait une forme active, à la manière de la chaleur, ce qui est évidemment faux. La science qui est transmise à l'élève semble donc une même science numériquement que celle du maître. Fait impossible, s'il n'y a pas une seule intelligence pour tous deux. Le maître et l'élève ont donc une même intelligence, et, en conséquence, tous les hommes.

SOLUTION : 5. La science de l'élève n'est pas la même que celle du maître. On expliquera plus loin comment se fait la transmission I.

DIFFICULTÉ: 6. Saint Augustin écrit : « Si seulement j'affirmais qu'il y a plusieurs âmes humaines, je me moquerais de moi-même. » Mais l'unité de l'âme apparaît surtout clairement dans l'intelligence. Il n'y a donc qu'une seule intelligence pour tous les hommes.

SOLUTION : 6. Saint Augustin veut dire que la pluralité des âmes n'empêche pas qu'elles n'appartiennent à une même espèce.

CEPENDANT: Il y a même rapport, selon Aristote, entre les causes universelles et leur effet universel qu'entre les causes particulières et leur effet particulier. Or il est impossible qu'une âme, unique en son espèce, appartienne à des êtres vivants d'espèces différentes. Il ne peut donc se faire qu'une âme intellectuelle, unique numériquement, appartienne à divers êtres particuliers.

CONCLUSION :…
_____________________________________________________

I Q. 117, a.1. Un homme peut-il en enseigner un autre ?


Dernière édition par Louis le Jeu 12 Oct 2017, 11:52 am, édité 1 fois (Raison : Insertion d'un lien.)

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Mer 11 Oct 2017, 8:10 am

ARTICLE 2.

Y a-t-il autant de principes intelligents qu'il y a de corps ?

SUITE


CONCLUSION :

Que l'intelligence soit unique pour tous les hommes, c'est absolument impossible. Et notre assertion est évidente, d'abord dans la position platonicienne où l'on admet que l'homme, c'est l'intelligence. Si Socrate et Platon ne sont en effet qu'un seul intellect, ils forment un seul homme, et ne se distinguent l'un de l'autre que par les éléments surajoutés à leur essence. Il n'y aura pas plus de différence entre Socrate et Platon qu'entre l'homme vêtu d'une tunique, et le même homme vêtu d'une chape : pure absurdité.

C'est encore évident dans la position aristotélicienne, où l'intelligence est une partie, une faculté de l'âme qui est la forme du corps. Il est impossible qu'il n'y ait qu'une forme pour plusieurs réalités numériquement distinctes ; tout autant qu'il est impossible qu'elles aient un seul être. Car le principe de l'être, c'est la forme.

Même conclusion, quel que soit le mode d'union qu'on imagine entre l'intelligence et tel ou tel individu. Supposons une cause principale unique et deux causes instrumentales. Il n'y aura qu'un seul être actif, absolument parlant, mais il y aura deux actions : si, par exemple, un homme touche plusieurs objets avec les deux mains, il n'y aura qu'un seul être qui touche, mais deux attouchements. Inversement, s'il n'y a qu'un seul instrument et plusieurs causes principales, l'on aura plusieurs êtres actifs, mais une seule action. Exemple : si plusieurs hommes tirent un bateau avec un seul câble, il y aura plusieurs êtres qui tirent, et une seule action de tirer. Si enfin la cause principale et l'instrument sont uniques, il y aura un seul être actif et une seule action. Ainsi lorsque le forgeron frappe avec son marteau, un seul frappe, et d'un seul coup. — Quel que soit le mode d'union de l'intelligence à tel ou tel homme, il est évident qu'elle a une supériorité sur les autres facultés : les puissances sensibles lui obéissent et sont à son service. Supposons qu'il y ait pour deux hommes plusieurs intelligences et un seul sens, par exemple que deux hommes n'aient qu'un seul œil, il y aurait plusieurs voyants et une seule vision. Mais, au contraire, s'il n'y a qu'une intelligence, on pourra multiplier autant qu'on voudra le nombre des instruments à son service, Socrate et Platon ne formeront qu'un seul être intelligent. Ajouter que l'acte même de comprendre qui est l'action de l'intelligence ne s'accomplit pas à l'aide d'un autre instrument que l'intelligence elle-même. D'où une nouvelle conséquence : il n'y aura qu'un seul être qui agit et une seule action. C'est-à-dire : tous les hommes ne forment qu'un seul être intelligent, et il n'y a qu'un seul acte intellectuel, — pour un même objet de pensée.

Mon acte intellectuel pourrait se distinguer du vôtre en raison de la distinction de nos images : car l'image de la pierre en moi n'est pas la même que son image en vous. Mais il faudrait pour cela que l'image, pour autant qu'elle est propre à chacun de nous, fût la forme de l'intellect possible. Car le même être, agissant selon diverses formes, produit des actions diverses; de manière analogue, des formes diverses dans la réalité produisent en un même œil plusieurs sensations visuelles. Or la forme de l'intellect possible, ce n'est pas l'image, mais l' « espèce intelligible » abstraite des images. Une seule intelligence n'abstrait de diverses images de même ordre qu'une seule « espèce intelligible. » Aussi peut-il se trouver plusieurs images de la pierre en une même conscience humaine, et cependant une seule « espèce intelligible » de pierre en sera abstraite. Par elle, l'intelligence d'un seul homme comprend en un seul acte la nature de la pierre, malgré là multiplicité des images. Donc, admis qu'il n'y ait qu'une seule intelligence pour tous les hommes, la diversité des images en plusieurs individus ne pourrait causer la diversité des actes intellectuels en chacun d'eux, comme se le figure le Commentateur, au livre 3e du Traité de l'Ame. — Il est donc absolument impossible et inacceptable de n'admettre qu'une seule intelligence pour tous les hommes.

A SUIVRE : Article 3.  Y a-t-il dans l'homme, outre l'âme intellectuelle, d'autres âmes d'essence différente ?

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Jeu 12 Oct 2017, 7:34 am

ARTICLE 3. Y a-t-il dans l'homme, outre l'âme intellectuelle, d'autres âmes d'essence différente ?

DIFFICULTÉ: 1. Il semble qu'il y ait dans l'homme d'autres âmes que l'âme intellectuelle, à savoir : l'âme sensitive et l'âme végétative. Car une même substance ne peut être à la fois corruptible et incorruptible : or l'âme intellectuelle ne peut se corrompre, tandis que les autres âmes le peuvent, comme on l'a dit plus haut. Il ne peut donc y avoir dans l'homme une seule essence pour ces trois âmes.

SOLUTION : 1. L'âme sensitive n'est pas incorruptible en raison de sa nature, comme c'est le cas pour l'âme intellectuelle. Quand l'âme n'est que sensitive, elle peut être détruite, mais lorsqu’elle est en plus intellectuelle, elle est incorruptible. Le principe sensitif ne donne pas l'incorruptibilité, mais il ne peut pas non plus la faire perdre au principe intelligent.

DIFFICULTÉ: 2.  Même si l'âme sensitive est incorruptible, l'on peut objecter ceci : selon le Xe livre des Métaphysiques, « ce qui est corruptible n'est pas du même genre que ce qui est incorruptible. » Or l'âme sensitive du cheval, du lion et des autres animaux est périssable. Si elle ne l'est pas dans l'homme, elle n'appartiendra pas au même genre en lui que dans la bête. — L'animal se définissant par son âme sensitive, l'animalité ne formera pas un genre commun à l'homme et aux bêtes. Ce qui est inadmissible.

SOLUTION : 2. Ce ne sont pas les formes qui sont classées dans les genres et les espèces, mais les êtres composés. L'homme est corruptible, comme les autres animaux. L'on distingue le corruptible de l'incorruptible en raison de la différence des formes : cela ne fait pas que l'homme n'appartienne pas au même genre que les animaux.

DIFFICULTÉ: 3. Selon Aristote, l'embryon est animal avant d'être homme. Ce serait impossible, si l'âme sensitive avait une même essence avec l'âme intellectuelle. Car il est animal par l'âme sensitive, et homme par l'âme intellectuelle. Il n'y a donc pas dans l'homme une même essence pour les deux âmes.

SOLUTION : 3. L'embryon n'a d'abord qu'une âme sensitive. Celle-ci disparaît, et une âme plus parfaite lui succède qui est à la fois sensitive et intellectuelle. On le dira avec plus de détails par la suite I.

DIFFICULTÉ: 4.  Selon Aristote encore, le genre se détermine d'après la matière, et la différence spécifique d'après la forme. « Raisonnable », qui est dans l'homme cette différence, est relatif à l'âme intellectuelle. Quant [au genre] « animal », il lui convient parce qu'il possède un corps doué d'une âme sensitive. L'âme intellectuelle est avec ce dernier dans le rapport de forme à matière; elle n'est donc pas identique par essence à l'âme sensitive, mais elle la suppose comme sujet matériel.

SOLUTION : 4. Il ne faut pas concevoir que les êtres de la nature sont distincts de la même manière que les abstractions logiques qui tiennent à notre façon de comprendre. Car la raison peut comprendre une seule et même réalité à l'aide de divers concepts. L'on a dit que l'âme intellectuelle contenait virtuellement toute la réalité de l'âme sensitive, et quelque chose de plus. La raison peut donc considérer à part ce qui appartient à l'âme sensitive comme l'élément matériel et imparfait. Elle constate que cet élément est commun à l'homme et aux animaux, et elle en forme le concept du genre. Quant au degré de perfection par lequel l'âme intellectuelle est supérieure à l'âme sensitive, elle le considère comme l'élément formel qui achève l'être humain, et elle en forme la différence spécifique de l'homme.

CEPENDANT: : « Nous ne disons pas qu'il y a deux âmes en un seul homme, comme Jacques et d'autres écrivains syriens, l'une animale qui vivifie le corps et se trouve mêlée au sang, l'autre spirituelle qui est au service de la raison ; mais nous disons qu'il n'y a dans l'homme qu'une seule et même âme, qui vivifie le corps par sa présence, et se règle elle-même par la raison. »

CONCLUSION :…
______________________________

I Q. 118, a.2.


Dernière édition par Louis le Ven 13 Oct 2017, 9:10 am, édité 1 fois (Raison : Insertion d'un lien.)

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Re: L'âme humaine est-elle immortelle ?

Message  Louis le Ven 13 Oct 2017, 7:21 am

ARTICLE 3 . Y a-t-il dans l'homme, outre l'âme intellectuelle, d'autres âmes d'essence différente ?

SUITE

CONCLUSION : Platon admettait l'existence de plusieurs âmes en un seul corps. Il les distinguait d'après les organes, et leur attribuait les diverses fonctions vitales : faculté nutritive dans le foie, affective dans le cœur, connaissante dans le cerveau.

Aristote rejette cette opinion en ce qui concerne les parties de l'âme qui usent d'organes corporels pour leur opération. La preuve en est que les animaux, qui peuvent vivre après avoir été coupés en morceaux, présentent en chacun des tronçons les diverses opérations de l'âme, tels le sens et l'affectivité. Ce serait impossible, si les différents principes psychiques, comme autant d'essences diverses, étaient distribués en diverses régions du corps.

Quant à l'âme intellectuelle, Aristote ne détermine pas d'une façon certaine, semble-t-il, si elle est distincte des autres parties de l'âme par simple abstraction, ou encore sous le rapport de la situation dans le lieu.

La théorie de Platon peut être soutenue, si l'on admet que l'âme est unie au corps, non comme une forme, mais comme une cause motrice, ainsi qu'il l'admet lui-même. Il n'y a pas de contradiction à ce qu'un seul mobile soit mis en mouvement par plusieurs moteurs, surtout si la motion s'exerce sur différentes parties du mobile. — Mais si nous admettons que l'âme est unie au corps comme une forme, il est absolument impossible qu'il y ait en un même corps plusieurs âmes d'essence différente…

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