LES INTUITIONS DU CURÉ D'ARS - Chanoine Francis Trochu - Aumonier de l'Adoration à Nantes - Docteur en lettres

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Message  Monique Jeu 18 Mar 2021, 8:35 am

XXIII



Tandis qu'il promenait les enfants



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Au cours de 1849, Mme Géry, d'Annonay, dans l'Ardèche, se rendit en pèlerinage auprès de M. Vianney pour lui réclamer un miracle. Son mari avait été transporté à l'hôpital, et tellement malade, qu'elle avait tout sujet de craindre. Laissant ses deux jeunes enfants à la maison sous la garde d'une servante, elle accourait, lasse du pénible voyage, mais surtout torturée par des appréhensions trop légitimes. Retrouverait-elle son mari vivant ?... Or, au confessionnal d'Ars, elle reçut cette réponse incroyable :

« Ne craignez rien, ma bonne femme, votre mari garde ses enfants. »

Où cela, et comment ? Au plus tôt, Mme Géry s'éloigna d'Ars. Arrivée chez elle, elle demanda : « Mon mari ?... Mes enfants ?...

Monsieur est guéri, répondit la servante, et il est allé conduire les deux petits dans votre propriété de Vernosc ».


Vernosc se trouve à six kilomètres d'Annonay.

Stupeur et attendrissement de Mme Géry... C'était pourtant vrai ! Son mari, plus que convalescent, était allé prendre l'air avec les enfants. Et l'avant-veille déjà, il se promenait, leur donnant la main, à l'heure où la mère recevait à Ars l'étonnante nouvelle que l'on sait. (1)


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(1) Mme Géry, revenue à Ars en y amenant sa fille Séraphine, a raconté le fait à M. l'abbé Toccanier le 20 octobre 1864 (Documents Ball, N° 9)


A suivre...


Dernière édition par Monique le Mer 07 Avr 2021, 9:28 am, édité 1 fois
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Message  Monique Ven 19 Mar 2021, 8:36 am


XXIV



La clef



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Un vieillard habitant une commune voisine d'Ars, Sainte-Euphémie, a raconté ce qui va suivre à son curé, lequel l'a fidèlement rapporté au sanctuaire d'Ars :



« J'ai habité Chaleins, jusqu'à l'âge de vingt ans. Pendant plusieurs années, j'ai été placé dans la maison Mathon. Ma patronne était une femme très pieuse qui souvent allait entendre la messe à Ars. Mais, comme son mari y trouvait à redire, elle attendait qu'il s'absentât lui-même pour satisfaire sa grande dévotion. Elle laissait alors la clef de la maison à son petit domestique, afin que celui-ci pût la remettre à son maître s'il rentrait plus tôt que d'habitude.

Or, un jour que Mme Mathon s'était rendue à Ars pour assister à la messe de M. Vianney, elle vit l'homme de Dieu, sur le point de commencer le saint sacrifice, traverser la foule des pèlerins qui remplissaient l'église et venir droit à elle.

« Madame, lui dit-il, rentrez vite chez vous, car vous avez emporté la clef de votre maison et votre mari pourrait se fâcher. »

La dame Mathon, surprise, constata qu'en effet elle avait bien emporté la clef. Sans plus tarder, elle reprit le chemin de Chaleins où, en arrivant, elle raconta à son petit domestique ce qui avait hâté son retour. »



Le vieillard ajoutait : « Cela ne m'a pas bien étonné, car tout le monde savait que le Curé d'Ars était un saint ».


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Message  Monique Sam 20 Mar 2021, 8:06 am

XXV



Une mort mystérieuse


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Le 8 février 1864, au cours du procès de canonisation du Curé d'Ars, M. l'abbé Louis Beau, curé de Jassans, qui avait été son confesseur habituel des dernières années, fit la déclaration suivante :



Ma conviction intime est que M. Vianney voyait et connaissait ce qui se passait à distance.

Voici la preuve qu'il en a lui-même fournie :

« Allez-vous-en, dit un jour le serviteur de Dieu à une personne qui se trouvait dans la foule des pèlerins.

Mais, pourquoi m'envoyez-vous ? Je n'ai pas terminé mes affaires.

Allez-vous-en »,
répéta avec insistance le Curé d'Ars.



Cette personne partit tout de suite. Or, en arrivant chez elle, à Yenne, en Savoie, elle apprit que son neveu, jeune prêtre de vingt-sept ans, économe au petit séminaire du Pont-de-Beauvoisin, avait été trouvé noyé dans le Rhône.

Comme, quelque temps après, on demandait au Curé d'Ars s'il pouvait dire les causes de l'accident : « C'est une victime », répondit-il sans autre explication.


A suivre...
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Message  Monique Dim 21 Mar 2021, 8:19 am

XXVI



« C'est la plus belle »



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Un jour se présente au confessionnal de M. Vianney Mlle Sophie Mécusson, jeune personne de Ligny (Meuse), très pieuse et sans doute assez peu chargée de crimes, car, dès qu'elle est agenouillée à ses pieds, le saint Curé lui dit : « Ma petite fille, allez vous confesser à qui vous voudrez. Il y en a ici qui sont plus pressés que vous ! ».

La pénitente, légèrement déconcertée, se ressaisit cependant assez pour ne pas perdre une si belle occasion. Elle avait attendu longtemps son tour à venir et elle repartirait sans recevoir les conseils du saint !

« Je vous en prie, mon Père, confessez-moi. »

Silence de l'autre côté de la grille.

« Oh ! mon Père, donnez-moi au moins un souvenir... une image de sainte Philomène.

Mais, répondit enfin M. Vianney, dans votre église de Ligny, dans telle chapelle, il y a un superbe tableau de sainte Philomène. Allez et faites-le reproduire. C'est la plus belle tête de la sainte que je connaisse. »




Or le Curé d'Ars n'avait jamais mis le pied à Ligny ; il ignorait l'existence du tableau. Comment en savait-il la beauté ?... (1)

Cette peinture, qui existe toujours, est en effet fort jolie. La jeune martyre, couronnée de roses, les cheveux dénoués sous son voile blanc, presse contre son cœur une palme et un lis. A ses pieds sont étendus, avec l'ancre symbolique, des instruments de supplice, un sabre, des fouets, des flèches. La physionomie est jeune ; les traits vraiment gracieux sont tout illuminés d'un sourire céleste.

Le tableau est daté de 1836. On ignore le nom de l'artiste. (2)


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(1) Nous tenons ce récit de M. le chanoine Maucotel, supérieur du grand séminaire de Verdun. Il l'avait entendu conter directement, avec plusieurs faits de ce genre, par M. Guillaumet, longtemps supérieur du collège de l'Immaculée-Conception à Saint-Dizier, qui avait été un fervent pèlerin d'Ars au temps du saint Curé

(2) Ce tableau est reproduit dans notre ouvrage : La « petite sainte » du Curé d'Ars, SAINTE PHILOMÈNE (Vitte, Lyon-Paris), p. 146


A suivre...
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Message  Monique Lun 22 Mar 2021, 8:21 am

XXVII



« Scholastique ! »



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La dévouée servante se désolait pour plusieurs raisons. Oh ! ce n'était pas sur elle-même qu'elle gémissait, étant de ces chrétiennes qui, vouées au service d'autrui, demandent à Dieu, comme celle dont parle Lamartine, « la grâce de trouver la servitude douce et de l'accepter sans murmure ». Ce qui chagrinait si profondément Scholastique, c'était la triste conduite de son maître et plus encore peut-être l'état d'abattement où la maîtresse de maison était tombée. « Madame ne mange plus, madame ne dort plus, madame s'en va au grand galop ! » soupirait à part soi la compatissante fille. Et elle se rongeait les sangs, désespérée de ne trouver remède ni à l'inconduite de monsieur, ni à la douleur mortelle de madame.

Elle n'y avait pas songé encore ; elle y songeait bien tard : Ars, qui n'est pas loin de Lyon, Ars, ne serait-ce pas le salut ?

Un matin de 1857, sous un prétexte quelconque, elle obtient de s'absenter. Vite, elle s'en va à la place Bellecour et prend place dans la diligence. Vers onze heures, c'est l'arrivée dans le village où de nombreux pèlerins circulent.

Cependant, l'église est pleine à regorger. M. Vianney, assis dans la petite chaire, fait son catéchisme. La pieuse servante se loge comme elle peut, dans le coin le plus humble. Elle tâche de saisir quelques mots, mais sa pensée, chargée d'inquiétude, refait vingt fois le voyage. Mon Dieu ! Elle avait espéré voir tout de suite M. le Curé ! Le cas est si grave, si pressant : cette pauvre dame si malheureuse, ce père indigne, ces enfants qui, s'ils perdent leur mère, vont avoir sous les yeux tant de fâcheux exemples !... Ah ! si le saint pouvait savoir !...

Le catéchisme fini, M. Vianney quitte l'église, traverse les rangs des pèlerins qui l'attendent et referme enfin sur lui la porte de son presbytère.

« Quand va-t-il revenir ? interroge la servante.

Oh ! dans une heure, tout au plus : son repas lui prend cinq minutes à peine ; il se repose ensuite un peu, puis il visite sa Providence, ses malades... »

Patience donc ! Restons à l'église. Qui sait, peut-être ?... Personne, parmi tant de gens assemblés, ne semble disposé à céder sa place. Mais il reste un espace libre à l'entrée du chœur. Résolument, malgré des observations croisées, la domestique s'y faufile.

Une heure. M. Vianney arrive. Il prie un instant, puis sa voix s'élève dans le silence. Il appelle :

« Scholastique !... Scholastique ! »

La servante a un sursaut, mais ne bouge pas. Est-il possible que M, le Curé l'ait nommée ainsi sans la connaître ? Il doit se trouver dans la nef une autre personne affublée de ce prénom.

Une troisième fois, l'appel a retenti :

« Scholastique ! »

La Scholastique lyonnaise n'hésite plus. Malgré son trouble, elle s'est retournée et elle a vu les regards du saint posés sur elle. Elle va vers M. Vianney, qui la conduit à son confessionnal de la chapelle Saint-Jean-Baptiste.

Sur-le-champ, le Curé d'Ars lui dit la raison de sa venue et qu'il lui faut repartir sans tarder, parce que, là-bas, on la désire : sa maîtresse est guérie.

Toute joyeuse, Scolastique remonta dans la diligence de Lyon. Dès son arrivée, elle constata que le saint d'Ars avait dit vrai. Madame l'attendait avec un courage renouvelé : c'était déjà une convalescente qui ne demandait qu'à reprendre des forces.



Quelque temps après, Scholastique quittait Lyon pour devenir, à Paris, la cuisinière d'un colonel en retraite, rhumatisant, voltairien et, naturellement, « ennemi des jésuites ». Sa pieuse et fine diplomatie vint à bout de ce vieil entêté. Elle fit neuvaine sur neuvaine en l'honneur du Curé d'Ars, entré alors dans son éternité ; le colonel rendit les armes et se convertit tout de bon : il mourait pieusement à l'âge de quatre-vingt-neuf ans, en mars 1861. Quant au premier maître de Scholastique, les documents ne révèlent pas ce qu'il devint dans la suite : il est vraisemblable que la grâce le toucha ; sans quoi, il n'y aurait pas eu, sans doute, de si heureux changements dans sa maison. (1)


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(1) D'après une lettre adressée, le 6 mars 1913, à Mgr Monestès, évêque de Dijon, par Mme la baronne de Pardailhan, bien au courant de ces faits


A suivre...
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Message  Monique Mar 23 Mar 2021, 7:22 am

Troisième partie : Lecture dans les cœurs

*
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I



Le sommeil du saint qui lit dans les cœurs

et l'apparition qui révèle l'état d'une conscience



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L'heureux témoin des faits extraordinaires qui vont suivre, M. François Bourdin, que nous trouvons, en 1900, retiré à Benonces de l'Ain, non loin de la Chartreuse de Portes, les a racontés à M. l'abbé Joly, curé de la paroisse. « C'est, écrivait M. Joly, un vieillard universellement estimé pour sa vertu et sa piété. On ne saurait suspecter son témoignage ». Or son récit, plus que tout autre peut-être, montre à quel point saint Jean-Marie Vianney vivait comme naturellement dans le surnaturel.



*

* *



A l'âge de trente-cinq ans, par suite de mauvaises affaires dans l'exploitation des forêts de Villebois, François Bourdin se retira désespéré chez son beau-père à Ambutrix (1). On y prêchait une mission ; mais il refusa d'y prendre part, malgré les instances de sa famille qui, dans cette paroisse chrétienne, regardait comme un grand déshonneur d'avoir un membre n'accomplissant pas ses devoirs. Un des motifs qui le retenaient était la crainte de n'être pas disposé à communier, à cause du désespoir qui le tourmentait, car, bien qu'il ne fût pas très fervent, il avait toujours gardé une foi vive et un grand respect pour le Saint-Sacrement.

Comme la mission touchait à sa fin, un jour en travaillant il ressentit de profonds remords. « Je veux me confesser, dit-il en rentrant, mais au grand confesseur, au Curé d'Ars ». C'était en 1856. Le vénérable Curé était alors à l'apogée de sa réputation. On objecta à François Bourdin que les autres prêtres étaient aussi bons que M. Vianney pour entendre sa confession. « Oui, sans doute, répondit-il, Luther et saint Ignace de Loyola avaient tous deux le pouvoir de remettre les péchés, mais qui entre les deux n'aurait préféré le saint ? »

Il partit pour Ars, trouva l'église comble et les confessionnaux assiégés. On le prévint que, pour se confesser dans la journée, il fallait être de bonne heure à l'église. Le lendemain, il y entra avant l'aurore et attendit patiemment son tour.

M. Vianney, après avoir entendu le récit de sa vie, pour tout encouragement lui dit en pleurant : « Mon garçon, vous êtes damné... Revenez demain ». Cette parole pénétra jusqu'au fond de l'âme du pénitent. Il se retira en pleurant, lui aussi, et en se disant : « Moi damné !... Maudit de Dieu !... Pour toujours !... ».

Celui chez qui il logeait, observant qu'il ne mangeait plus et qu'il paraissait très chagrin, s'informa de la cause de sa peine et le rassura en lui disant que le Curé d'Ars avait tenu le même langage à beaucoup d'autres (2).

Le lendemain, notre pénitent se présenta de nouveau, comme il en avait reçu l'ordre, et ainsi sept jours de suite. M. Vianney confessait dans sa petite sacristie. Il faisait fort peu d'exhortation, mais pleurait continuellement. Parfois il semblait sommeiller, et Bourdin, ennuyé de cela, eut la hardiesse de lui pousser un peu le bras. « Ce n'est pas un vrai sommeil, lui dirent quelques habitants d'Ars ; c'est alors qu'il lit dans les âmes. »



Enfin, le huitième jour, le pénitent voulait communier et se disposait à s'agenouiller à la sainte table, lorsqu'un gardien de l'église s'approcha de lui et lui dit :

« Vous allez communier ?... Mais avez-vous reçu l'absolution ?

Ah ! monsieur, répondit Bourdin, un peu surpris, c'est vrai... peut-être que... je ne me souviens pas...

Alors il faut retourner vous confesser.

Mais que va dire M. le Curé ? Il me traitera de scrupuleux

Allez seulement : plus il a de monde, plus il est content. »


Donc, au lieu de communier, François Bourdin se mit le dernier au rang des pénitents et attendit patiemment encore presque toute la journée. Lorsque celui qui le précédait fut sorti, il prit sa place ; il n'avait vu entrer personne à la sacristie.

Or, à ce moment, M. Vianney était debout, le dos tourné vers la porte et il conversait avec une grande dame qui se tenait en face de lui.

Cette femme était d'une taille plus élevée que celle du saint Curé. Ses vêtements étaient bleu pâle, sa figure un peu arrondie avait une beauté merveilleuse dont rien de ce qui se voit, en image ou en réalité, ne peut donner une idée.

Lorsque le pénitent entra, elle jeta sur lui un regard plein de bonté, qui le pénétra jusqu'au fond de l'âme. N'osant trop la regarder lui-même, il s'agenouilla au confessionnal et se mit la tête dans les mains.

Le Curé d'Ars sembla ne s'apercevoir de rien et continua à s'entretenir avec la dame mystérieuse ; mais le dialogue n'était pas entendu par le témoin. Celui-ci croit que l'entretien dura une demi-heure.

Pendant qu'il était au prie-Dieu, Bourdin sentit comme un poids immense se soulever de sa poitrine et éprouva aussitôt un bien-être indéfinissable, comme une impression sensible de la grâce en son cœur. Puis le Curé d'Ars se retrouva seul, sans que la porte se fût rouverte pour laisser sortir la grande dame. Il se tourna vers le pénitent et le prit par le bras : « Allez, mon ami, allez en paix, lui dit-il, vous êtes sûrement en grâce avec Dieu. »

Pour témoigner sa joie et sa reconnaissance, ce brave homme tira une pièce de vingt francs (c'était presque tout ce qui lui restait) et la donna au vénérable Curé, qui l'accepta en disant : « Mes pauvres en ont toujours besoin ».



L'année suivante, Bourdin renouvela son pèlerinage, se confessa encore huit jours consécutifs, et ne vit rien d'extraordinaire, cette fois, chez M. Vianney. Mais, comme l'année précédente, il communia avec de grandes consolations sensibles. Il était désormais affermi dans les pratiques de la vie chrétienne.


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(1) Villebois et Ambutrix sont deux communes du département de l'Ain

(2) Le Curé d'Ars savait mesurer ses coups. Il frappait très fort quand cela était nécessaire pour ébranler une conscience. C'est le cas ici. Après cette parole effrayante : Vous êtes damné, il sous-entendait : si vous persévérez dans ce vice, cette passion coupable... si vous ne revenez pas aux pratiques religieuses, etc.


A suivre...
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Message  Monique Mer 24 Mar 2021, 8:13 am

II



Le rayonnement du mystère



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« Mlle Marie Roch, domiciliée à Paris-Montrouge, se trouvait aux prises avec des difficultés intérieures très personnelles, qui la tourmentaient beaucoup et dont elle ne savait comment sortir. »

Ainsi débute le chanoine Ball en son enquête.

Lasse de réfléchir, de consulter, et n'espérant plus rien de ses conseillers habituels, notre parisienne songea à ce petit curé de village dont la renommée était venue jusqu'à elle. En sa foi profonde, elle se persuada qu'une simple bénédiction du saint suffirait à dissiper ses longs ennuis.

Elle entreprit le voyage d'Ars pendant l'été de 1849. La saison était mal choisie pour qui désirait aborder promptement M. Vianney. Mlle Roch, le trouvant « constamment circonvenu par la foule empressée des pèlerins », ne put l'approcher à sa sortie de l'église ; elle dut prendre rang parmi les pénitentes.

Enfin, elle toucha à la chapelle de saint Jean-Baptiste. Les gardiennes avaient coutume d'y laisser pénétrer les deux ou trois personnes dont le tour arrivait, et l'on regardait comme une faveur d'achever sa préparation si près du confessionnal. Introduite dans la chapelle, Mlle Marie Roch, poussée par une curiosité assez compréhensible, se posta devant la porte du confessionnal et y plongea le regard.



Or, « au lieu de découvrir le vénérable Curé lui-même, elle vit distinctement à la place où pouvaient être ses yeux deux lumières très vives, comme deux jets de feu. A ce spectacle, elle fut saisie d'épouvante, puis, voulant s'assurer qu'elle n'était point le jouet d'une illusion, elle se mit à regarder très attentivement et à diverses reprises dans le confessionnal pendant au moins une huitaine de minutes, et le phénomène resta le même tout ce temps : sans apercevoir la personne du Curé d'Ars, elle vit les deux lumières brillantes sans changement ni diminution de la clarté, et au même endroit.



« Tout cela se passait en plein jour, continue M. Ball. Alors, persuadée que cela ne pouvait être que tout à fait surnaturel, Mlle Roch conçut une idée si haute du vénérable Curé qu'elle n'eut plus le courage d'entrer au confessionnal. Elle quitta la chapelle avec la persuasion que le saint prêtre avait vu certainement tout ce qui se passait dans son cœur et tout ce qui la troublait. »



Tout de même, le lendemain, Mlle Marie Roch se trouva sur le passage de M. Vianney dans le vestibule du clocher. Traversant la foule qui s'y pressait, il s'arrêta devant cette femme inconnue, la bénit, comme elle en avait eu le secret désir, et il lui dit d'un ton assuré, sans qu'elle lui eût rien fait connaître de l'état de son âme : « Mon enfant, soyez tranquille, tout ira bien ».



Ces paroles répondaient pleinement aux soucis intimes de Mlle Roch. Elles se réalisèrent à la lettre quelques mois après : plus de difficultés, plus de tourment.



Le rapport du chanoine Ball, établi sur les témoignages de Mlle Roch qui sont datés de 1880, se termine ainsi : « Ce fait merveilleux prouve que non seulement le vénérable Curé d'Ars possédait le don surnaturel de connaître ce qui se passait dans l'intérieur le plus intime des âmes, mais que la lumière même de Dieu apparaissait à travers les organes de son corps. » (1)


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(1) Documents, N° 79


A suivre...
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Message  Monique Jeu 25 Mar 2021, 8:29 am

III



« Tel dimanche... à tel endroit »



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Assez peu de temps avant la mort de M. Vianney, un père de famille qui habitait École, dans le Doubs, amena au saint Curé son petit garçon, âgé de quatre ans, en train de perdre la vue. Cet homme, bon chrétien, était capable d'entendre sans faiblir la douloureuse décision du serviteur de Dieu :

« Votre enfant restera aveugle. Ce sera votre croix, et vous la porterez jusqu'à la mort. »

Le pauvre père inclina la tête sous la main divine qui l'éprouvait. Il embrassa l'innocent comme pour dire son fiat, puis il demanda à M. le Curé de l'entendre en confession.

Son accusation terminée, le saint lui dit :

« Vous n'accusez pas tous vos péchés.

Eh ! veuillez m'aider, mon Père.

Eh bien ! souvenez-vous : tel dimanche (et M. Vianney indiqua lequel) vous êtes allé travailler à tel endroit (et il en fit la description exacte), sans permission et pendant la messe.

Cela est vrai, mon Père. »




Souvent, dans la suite, ce brave homme, à qui le Curé d'Ars avait prodigué les paroles de consolation et d'encouragement, raconta ce qui lui était arrivé. (1)


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(1) « Les contemporains qui survivent l'ont entendu, et c'est de la bouche de l'un d'eux que j'ai recueilli ces détails », écrivait en 1917 à Mgr Convert M. le Supérieur des Missionnaires diocésains d'École.


A suivre....
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Message  Monique Ven 26 Mar 2021, 8:29 am

IV



La curiosité satisfaite



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L'admirable livre de l'Imitation de Jésus-Christ, qui, à n'en guère douter, fut composé par un religieux contemplatif pour d'autres religieux ses frères, donne ce conseil : Laissez là la curiosité ou les choses curieuses, celles qu'on se plaît à voir, mais qu'il peut être inutile de voir. Relinque curiosa.

Or pouvait-il y avoir « curiosité », c'est-à-dire vain désir de voir ou désir de voir des choses vaines, quand il s'agissait des choses d'Ars ou de la personne même du Curé d'Ars ? Ce dernier semble l'avoir pensé ; en tout cas, il agit comme s'il le pensait dans une circonstance spéciale. La scène est plaisante, telle que l'a rapportée au procès de canonisation, dans sa déposition du 6 août 1864, M. le chanoine Camelet, alors supérieur des Missionnaires de Pont-d'Ain et titulaire de la cure d'Ars (1), qui en tenait les détails de l'héroïne elle-même, une religieuse.



*

* *



Étant dans un établissement situé non loin d'Ars, lui avait raconté cette religieuse, l'idée me vint d'y aller pour trois motifs :

1° Pour voir M. le Curé que je ne connaissais pas ;

2° Pour prier dans la chapelle de sainte Philomène ;

3° Pour admirer les ornements de l'église.



Comme j'arrivais auprès du presbytère, M. le Curé en sortait pour entrer à l'église. Ce fut lui qui me donna de l'eau bénite. « Sœur une telle, me dit-il, suivez-moi. »

Il me mena dans la chapelle de sainte Philomène. Après une courte prière faite devant la statue de la sainte, il me conduisit à la sacristie, où il étala tous les ornements devant moi.

Puis il me dit :

« Ma Sœur, vous êtes venue ici pour prier sainte Philomène : je vous ai menée dans sa chapelle.

Vous êtes venue encore pour admirer les ornements : ils sont là sous vos yeux.

Vous êtes venue enfin pour voir le Curé d'Ars : il est devant vous.

Vous êtes entièrement satisfaite. Je vous salue bien. »



-------------


(1) Pratiquement, en effet, M. Camelet n'eut guère que le titre de curé après la mort de M. Vianney, dont il avait été le légataire. Ce fut M. Toccanier, ancien auxiliaire du saint, qui remplit la charge de curé d'Ars, pour n'en recevoir officiellement le titre qu'en 1872.


A suivre...
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Message  Monique Sam 27 Mar 2021, 8:06 am

V



« Allez à Fourvière »



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Une dame fort pieuse avait un mari qui ne l'était pas. Au mois d'août 1855, ils montèrent à Fourvière, où la dame se présenta au confessionnal d'un jésuite tout récemment arrivé d'Amérique, le R. P. Aloysius Roccofort. Sans doute, après la confession, fut-il question du mari. Quoi qu'il en soit, ce monsieur accompagna ensuite sa femme à la résidence des Pères.

Au cours de l'entretien qu'il eut, en présence de la dame, avec le R. P. Roccofort, il ne cacha point ses véritables sentiments : il avait conservé la foi, mais il se refusait à reprendre des pratiques religieuses abandonnées depuis trop longtemps. Le Père fut éloquent, mit en œuvre les preuves les plus convaincantes, les plus véhémentes exhortations ; rien n'y fit.

« C'est vrai, répondait le visiteur à chacun des arguments, oui, c'est vrai, mais je ne puis pas. »

Sur un signe du Père, la dame se retira.

« M'avouerez-vous enfin, dit alors le religieux, la cause de votre endurcissement ?

Le mauvais exemple, repartit l'autre. J'ai un frère dont la conduite scandaleuse m'a éloigné de la religion.

Mais, mon ami, les fautes de votre frère lui sont personnelles. C'est un égaré, soit ! Est-ce une raison pour que vous-même...

Inutile d'insister davantage, mon Père. Je ne puis pas... Je ne puis pas... »


Trois semaines peut-être après ce pénible entretien, le P. Aloysius Roccofort était demandé, une fois de plus, au parloir.

Il reconnut dans l'homme qui l'attendait le pécheur qui ne pouvait pas ; mais quel changement dans la physionomie et l'attitude du visiteur !

« Ah ! mon Père, commença-t-il, conduit par mon épouse si dévouée, je suis allé voir le Curé d'Ars. Je me tenais au milieu d'une file d'hommes qui désiraient lui parler, quand il passa tout près de moi. Il allait célébrer sa messe et il paraissait tout perdu en Dieu. Subitement, il s'arrêta. « Que faites-vous ici ? me dit ce saint prêtre. Vous ne pourriez pas m'aborder au confessionnal avant la nuit. Allez à Fourvière vous confesser au Père qui vient d'Amérique... Si votre frère a eu tort, il se convertira. Vous, ne perdez pas votre âme pour un si futile prétexte. »

Mon Père, les paroles du Curé d'Ars m'ont bouleversé. C'est un avertissement du ciel. »


Et, sanglotant, le pécheur humblement s'agenouilla pour se confesser.



M. le chanoine Toccanier se trouvant en pèlerinage à La Louvesc le 30 août 1878, entendit ce récit de la bouche même du R. P. Aloysius Roccofort, qui a toujours vu dans ce fait surprenant « comme une preuve manifeste que M. Vianney avait reçu de Dieu le don d'une intuition surnaturelle ». (1)


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(1) Documents Ball, N° 46


A suivre...
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Message  Monique Dim 28 Mar 2021, 8:15 am

VI



« Quarante-quatre... »



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Dans l'ombre humide de la vieille sacristie d'Ars, qu'ils en ont donc entendu de confidences, ce confessionnal aux rudes planches, ce mur dont le crépissage jauni s'est craquelé en vingt endroits ! Ils ont gardé leurs secrets. Ah ! S'ils pouvaient parler, dire au moins les larmes, les repentirs !... Longtemps, il est vrai, l'enduit de la muraille a porté des chiffres mystérieux, additions ou soustractions faites au temps où le saint confessait ici les hommes.

Ces graffitti d'un nouveau genre, tracés au crayon par des pénitents de M. Vianney, un prêtre qui fut vicaire dans la paroisse une douzaine d'années après la mort du saint, M. l'abbé Claude Rougemont, assurait les avoir vus, et de l'un d'eux il connaissait l'histoire.



Mlle Alix-Henriette, baronne de Belvey, habitait la plus grande partie de l'année en son château de Montplaisant, sur la commune de Montagnat, près de Bourg-en-Bresse. Elle allait aussi de temps en temps dans une propriété de Chaneins que possédait sa famille. Or Chaneins est une paroisse voisine d'Ars.

C'est de là sans doute que Mlle de Belvey, fidèle dirigée de M. Vianney, lui envoya un jour, sous prétexte de porter une lettre, un pécheur endurci. Cet homme, à ce qu'on disait dans Chaneins, ne s'était pas confessé depuis sa première communion, et il ne mettait guère les pieds à l'église que deux fois l'an, à Pâques et à Noël.

Il put atteindre le Curé d'Ars à la sacristie. Sa commission faite, il s'empressait de reprendre la porte.

« Eh ! mon ami, lui demanda le serviteur de Dieu, depuis quand ne vous êtes-vous pas confessé ?

Confessé, moi ?...


Oui, mon ami... Mais, pour causer, mettez-vous là. »

Et d'un geste auquel l'homme obéit sans trop s'en rendre compte, M. Vianney lui montrait l'agenouilloir du confessionnal. Le pénitent improvisé se gratta la tête.

« Depuis quand, monsieur le Curé ?... Oh ! quarante ans...

Quarante-quatre, rectifia le saint sans l'ombre d'une hésitation.

Quarante-quatre ?... » reprit à part lui notre commissionnaire. Et, tout en marmottant « quarante-quatre... quarante-quatre... », l'homme faisait une soustraction sur l'enduit du mur, au-dessus de l'accoudoir.

« C'est tout de même vrai ! » dit-il enfin.

Une telle révélation l'avait bouleversé. L'heure était favorable pour un coup décisif. Par des paroles saisissantes, le Curé d'Ars ouvrit l'âme de ce pécheur au repentir.



Il vécut dès lors en bon chrétien.

En sortant de l'audience du saint, il avait conté son heureuse aventure au Frère Athanase ; il la conta ensuite à Mlle de Belvey. Tous deux en témoignèrent au procès de canonisation. (1)


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(1) Baronne de BELVEY, Procès apostolique inchoatif, folio 187 ; Frère ATHANASE, id., folio 1052


A suivre...
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Message  Monique Lun 29 Mar 2021, 7:52 am

VII



Des dates et des chiffres encore


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Au nombre de ces Lyonnais adonnés au spiritisme qu'Antoine Saubin, après sa conversion, envoya s'agenouiller aux pieds de M. Vianney (1), il y eut celui que les autres regardaient comme leur chef, un certain Dars, qui habitait rue du Bœuf.

Dars commença par déclarer, en toute bonne foi, qu'il ne s'était pas confessé depuis vingt ans. Mais le serviteur de Dieu voyait plus clair que lui dans sa conscience.

« Vous vous trompez. Comptez bien, rectifia-t-il, il y a vingt-quatre ans que vous n'êtes allé à confesse. »

Dars réfléchit et ne put que répondre : « C'est exact ». (2)



*

* *



Vers 1840, vinrent à Ars le père et la mère Rochette avec leur fils infirme. La mère avait de la piété, le père, point du tout : s'il avait accompagné sa femme auprès de M. Vianney, c'était « à cause du petit » ; rien de plus. Entré à l'église, il n'alla pas au delà du bénitier. Quand sa femme et son garçon, qui se tenaient là-bas contre la sainte table, auraient parlé à M. le Curé, eh bien, on s'en retournerait.

Mais, M. le Curé, en train de confesser derrière le maître-autel, savait, sans l'avoir vu, sans que personne lui eût parlé de lui, que le père Rochette se trouvait dans son église. Il surgit soudain, et, du milieu du sanctuaire, par un geste, il appela quelqu'un. Ce quelqu'un, c'était le père Rochette, qui s'en douta, mais fit le mort.

Sa femme et son fils s'étaient retournés vers lui. M. Vianney renouvela son geste. Le père Rochette ne bougea pas. « Il est donc si incrédule que ça ? », demanda le saint. Toutefois, il ne se tint pas pour battu. Le père Rochette, de son côté, comprit qu'il faudrait bien y aller ; car, dans la nef, tout le monde le regardait. « Après tout, se dit-il, le Curé d'Ars ne me mangera pas ! » Et sans hâte, il s'avança vers le sanctuaire.

C'est alors que M. Vianney exécuta sa manœuvre ordinaire. Péremptoire, irrésistible, de son bras tendu, il indiquait l'endroit du rendez-vous : le confessionnal. « Mettez-vous là », commanda-t-il. Et, sûr de tenir son homme : « A nous deux, maintenant, mon père Rochette ! »

Oh ! répliqua l'autre debout contre l'instrument fatal, j'ai pas bien envie.

Commencez voir ! »
, reprit M. Vianney déjà assis à son tribunal.

Sans résistance, cette fois, le père Rochette s'était laissé tomber à genoux.

« Mon Père, balbutia-t-il, il y a un certain temps que... Dix ans...

Mettez un peu plus.

Douze ans...

Encore un peu plus.

Oui, depuis le Grand Jubilé de 1826.

Nous y voilà ! On trouve à force de chercher. »


Et cela dit, le père Rochette, qui n'avait été que négligent, fit une confession excellente. Ce fut une conversion. Sa femme eut la joie, le lendemain, de l'accompagner à la sainte table. (3)

Puis, de même que l'âme du père, le corps du fils fut guéri. Il y eut grande joie dans le ciel à cause du pécheur repentant, tandis que, parmi ses nombreux ex-voto, la chapelle de sainte Philomène comptait deux béquilles de plus.



*

* *



Peu de mois avant sa mort, le Curé d'Ars confiait à M. Toccanier que, sans rien changer dans son existence si austère, il consentirait à rester ici-bas « jusqu'à la fin du monde pour la conversion des pauvres pécheurs ». Le principal de sa vocation était là : leur consacrer son temps, ses forces, sa vie.

Aussi n'aimait-il pas qu'on cherchât à le retenir pour des bagatelles, surtout qu'on accaparât le confessionnal sans raison sérieuse. « Vous n'avez pas à vous confesser, intimait-il à des personnes de piété, à des religieuses dont il scrutait l'âme instantanément, allez communier comme cela. Laissez à d'autres le temps nécessaire. » (4)

Ce même don d'intuition lui servit notamment, un jour de 1848 ou de 1849, pour couper court aux scrupules  et aux importunités  d'une pénitente. Cette dame, originaire de Cousance, dans le Jura, « appartenait, selon les apparences, remarque finement le chanoine Ball, à cette classe de personnes qui font consister leur religion, au moins pour une grande part, en de longues confessions, ou qui ne pensent pas pouvoir faire la plus courte retraite sans l'accompagner d'une confession générale de toute leur vie ».

« Mon Père, commença notre Jurassienne, puisque me voici en pèlerinage, ne dois-je pas en profiter pour faire ma confession générale ?

Mais, ma bonne, répliqua M. Vianney qui ne la connaissait d'aucune manière, il n'y a pas longtemps que vous en avez fait une : il y juste cinq mois ».


C'était exact.

« Toute surprise et décontenancée par cette réponse, continue M. Ball, la pénitente se contenta de demander au vénérable Curé quelques avis sur la manière de disposer de ses biens temporels, et il ne fut plus question de confession générale. »



Mlle Gavaud, Jean-Claude Viret et d'autres habitants de Cousance ayant entendu le fait de la bouche même de cette dame, le rapportèrent au chanoine Ball au cours d'un pèlerinage. (5)


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(1) V. ce livre, p. 142 (partie : lecture dans les cœurs  XI)

(2) Documents Ball, N° 17

(3) On trouvera un trait du même genre aux pp. 282 et 283 de ce livre (partie : quelques directions  II)

(4) V. par exemple pp. 185 et 284 de ce livre (respectivement : partie annonces de conversion  IV, et partie quelques directions  II  1ère lettre) ; pp. 351, 362 de notre ouvrage Le curé d'Ars

(5) Documents, N° 163


A suivre...
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Message  Monique Mar 30 Mar 2021, 8:19 am

VIII



Les pénitences de Sœur Clotilde



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C'était en mars 1852. La froide nuit enveloppait les villages de la Dombes. Ceux de la région des étangs, là-bas, étaient déjà endormis ; mais, non loin des rives de la Saône, sur la pente du vallon qui descend au Fontblin, Ars ne reposait pas tout à fait encore. Il était environ neuf heures ; M. Vianney, après la prière, était rentré dans sa cure ; le long de l'église, qui se rouvrirait bien avant l'aurore, des ombres se glissaient vers la porte latérale ; les pénitentes du saint, dont plusieurs attendaient leur tour depuis la veille, se hâtaient de prendre place sur les bancs du vestibule. Là, on somnolerait, le chapelet aux doigts, jusqu'à la minute où reparaîtrait, éclairé par sa lanterne aux vitres fendillées, l'austère et bon visage du Curé d'Ars.

Parmi ces femmes qui, pour se confesser au serviteur de Dieu, avaient bravé les fatigues d'un voyage et d'un séjour à Ars en pareille saison, il y avait, blottie dans un coin où on ne l'eût devinée qu'à peine, une religieuse de la Congrégation enseignante de l'Enfant-Jésus. Sœur Clotilde  dans le monde Mlle Jeanne-Marie Coiffet  était employée dans ce temps-là à l'école de Leigneux (Loire). Elle était chétive de mine, petite de taille et n'avait que dix-huit ans. Pour des raisons personnelles, elle désirait voir M. Vianney et se confesser à lui... Les heures s'écoulèrent lentement, et la jeune Sœur s'effrayait à la pensée qu'il lui faudrait sans doute revenir là une nuit encore !

Enfin, au dehors des pas retentissent. C'est lui ; l'ami des « pauvres pécheurs », qui regagne son poste douloureux et sublime. Entré dans le vestibule, il traverse les rangs des pénitentes. La surveillante de garde, qui tout à l'heure sonnera l'angélus au clocher, lui a ouvert la porte qui donne accès dans la nef, lorsque soudain il se retourne et fait un geste d'appel. Des pénitentes viennent à lui. « Non, commande-t-il, laissez venir cette enfant ». Il désigne le coin d'ombre où se cache, la dernière de toutes, cette petite religieuse qui, en effet, a bien une physionomie d'enfant.



Or, tandis que le saint lançait son appel, il s'était produit dans l'église quelque chose d'étrange : un grand bruit, des cris nombreux et répétés, comme une dispute entre des individus fortement irrités. Plusieurs des personnes présentes supplièrent M. le Curé de leur imposer silence. « Ce n'est rien, dit tranquillement M. Vianney à Sœur Clotilde qui marchait auprès de lui, pas trop rassurée ; c'est le démon qui fait cela. » Et les rumeurs infernales cessèrent du même coup.



La nef de l'église, où aucune lampe n'était encore allumée, demeurait dans l'obscurité la plus complète. Les pénitentes s'y installèrent en tâtonnant ; cependant aucune ne perdait une place acquise avec tant de patience et de peine. Seule la chapelle saint Jean-Baptiste était éclairée, mais combien faiblement, par une chandelle unique. Quant au saint lui-même, il restait, en ces heures de nuit, entièrement invisible.



Sœur Clotilde s'agenouilla donc au confessionnal. Elle ne fut pas plutôt le front contre la grille qu'elle aperçut distinctement le serviteur de Dieu tout illuminé de la tête aux pieds, comme s'il eût été imprégné de soleil.

Dominant son émotion, la religieuse commença d'accuser ses fautes. L'accusation achevée, elle vit le saint toujours radieux, toujours dans l'immobilité de l'extase.

« J'ai fini ma confession, mon Père, dit-elle alors timidement.

Confessez-vous »,
murmura-t-il.

Pensant qu'il ne l'avait pas entendue, elle répéta l'humiliante litanie. Puis, éblouie toujours par l'incompréhensible lumière, elle l'avertit une seconde fois qu'elle avait tout dit...

« Confessez-vous », réitéra l'homme de Dieu.

Docile, elle recommença encore. Il y eut un silence... Dans l'église, on s'étonnait. Enfin, le Curé d'Ars sortit de son extase, et, sans autre réflexion :

« Mon enfant, interrogea-t-il, vos pénitences, les avez-vous toujours bien faites ? »

Cette question que rien n'avait provoquée fut pour la pénitente un trait de lumière : le Curé d'Ars pénétrait dans le secret de son âme. Sœur Clotilde se rappela qu'en effet elle avait parfois oublié ses pénitences sacramentelles et qu'elle ne s'en était jamais accusée.



Revenue à Ars le 21 novembre 1878  elle enseignait alors à Saint-Julien-sous-Montmélas  Sœur Clotilde conta fidèlement à M. Ball ce qui lui était arrivé là même, vingt-six ans plus tôt. « Personne en tout point recommandable et digne de foi », comme l'affirme le digne enquêteur, la religieuse assura qu'elle était bien restée près d'une heure à faire sa triple confession et que, pendant tout ce temps, le phénomène lumineux était demeuré le même ». (1)


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(1) Documents, N° 59.  Sous le N° 60, qui ne contient aucun fait d'intuition proprement dit, M. Ball relate « un autre phénomène à peu près semblable ». Un jour de 1858, Mlle Julie Raynaud, de Saint-Étienne (Loire), se confessait au vénérable Curé d'Ars quand elle vit celui-ci dans une longue extase et tout rayonnant de lumière, comme si le soleil, venant du haut de son confessionnal, eût frappé directement sa figure et répandu ses rayons sur lui de la tête aux pieds. Or la chapelle de saint Jean-Baptiste, où il confessait alors, étant au nord de l'église, il était matériellement impossible que la petite croisée qui l'éclaire en prenant jour à travers le mur septentrional pût recevoir les rayons du soleil au point de produire le phénomène remarqué, comme d'ailleurs il n'était pas possible non plus que ses rayons reçus par la fenêtre de la chapelle de la Sainte Vierge, sise vis-à-vis et au midi, pussent frapper sur le confessionnal en question à cause de la disposition des lieux ». Mlle Raynaud s'en assura elle-même : « le même jour et quand M. Vianney fut sorti du confessionnal, elle alla le visiter avec soin pour voir s'il n'y avait pas au plafond de ce meuble sacré et à celui de la chapelle une issue quelconque par où la lumière qu'elle avait vue répandue sur le saint prêtre eût pu arriver... Elle demeura pleinement convaincue que le fait ne pouvait être que de l'ordre surnaturel ». « Tout cela m'a été affirmé et certifié à Ars, en 1878, par Mlle Raynaud elle-même, personne très posée, digne de foi et ne paraissant nullement enthousiaste. »


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Message  Monique Mer 31 Mar 2021, 8:53 am

IX



Le péché caché



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Le récit qui va suivre, entièrement de la main de M. le chanoine Ball, démontre avec quelle spontanéité et quelle continuité le Curé d'Ars lisait au plus intime des consciences.


*

* *



Dans le temps que M. Vianney tenait sa Providence, il y avait dans l'établissement une orpheline d'un âge un peu avancé qui n'avait pas encore fait sa première communion.

Cette personne se préparait à la faire isolément, comme le bon Curé avait coutume d'en agir avec les personnes d'un certain âge.

Déjà, elle lui avait fait sa confession générale, et, depuis, elle continuait à se présenter au confessionnal assez souvent dans l'espoir toujours que le saint prêtre lui donnerait l'absolution.

Mais celui-ci se contentait d'entendre le peu de chose qu'elle lui accusait et la renvoyait simplement à une autre fois, sans l'absoudre.

Comme cette manière de faire durait depuis assez longtemps, sans paraître devoir cesser, la jeune personne, surprise et ennuyée, en témoigna son étonnement et sa peine à une des directrices de la Providence, Mlle Marie Filliat :

« Pourquoi, lui dit-elle, M. le Curé ne me fait-il pas finir, depuis le temps que j'ai terminé ma confession ? »

Persuadée que le vénérable Curé voyait surnaturellement quelque obstacle sérieux dans l'âme de cette orpheline, la directrice lui répondit : « Vous avez peut-être dans votre conscience quelque vilain péché que vous n'avez pas osé dire et qui empêche M. le Curé de vous absoudre. »

A ces mots, l'orpheline baissa la tête, puis, malgré la confusion qui colorait ses joues, elle finit par avouer à la directrice que c'était vrai, et, en même temps, lui raconta le fait qu'elle n'avait pas osé accuser.

La directrice l'encourage, lui apprend la manière d'avouer ce péché et l'envoie tout de suite s'en confesser, sans prévenir le confesseur.

La jeune personne y va, confesse tout, et le bon Curé, cette fois, lui donne l'absolution sans retard ni difficulté.



Mlle Marie Filliat, qui atteste ce fait, assure que ce péché caché était de telle nature que M. Vianney ne pouvait absolument pas en avoir la moindre connaissance par les lumières naturelles, et que, s'il en a attendu l'accusation avant d'absoudre, ce n'a pu être qu'à l'aide de lumières surnaturelles.

Ce même fait est attesté encore par Mlle Catherine Lassagne, principale directrice de la Providence d'Ars. (1)


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(1) Documents, N° 73


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Message  Monique Jeu 01 Avr 2021, 8:14 am

X



Guérie d'âme et de corps



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Ancienne institutrice, Mlle Marie Robert, de Clermont-Ferrand, a aujourd'hui quatre-vingt-deux ans. « J'ai toujours suivi, écrit-elle (1), les excellents et pieux conseils que m'a donnés M. Vianney. Je m'en suis bien trouvée. »

Mlle Robert est un témoin de bonne mémoire autant que de bonne foi. « J'avais dix-neuf ans quand se sont déroulés les événements que je raconte. Or je me rappelle toutes ces choses comme si elles étaient d'hier... Mais je tiens à ce qu'elles ne tombent pas dans l'oubli. C'est pourquoi je les fais connaître avant de mourir. »



En 1857, Mlle Marie Robert, très anémiée, fait le pèlerinage de Fourvière. Elle espère sa guérison de la Sainte Vierge, mais en même temps elle songe à profiter de son voyage pour visiter Ars et sa vivante merveille. Une jeune fille de ses amies l'accompagne.

De Lyon-Perrache à Villefranche, nos pèlerines lièrent conversation avec deux autres jeunes filles venues de Dijon et qui se dirigeaient, elles aussi, vers le saint village. L'une d'elles, ayant le genou droit complètement ankylosé et la jambe inerte, marchait très péniblement avec des béquilles. Pour descendre du train à Villefranche comme pour monter dans l'omnibus d'Ars, il fallut qu'un des employés vînt à son secours.



« Après notre modeste souper, raconte Mlle Robert, nous allâmes toutes quatre à l'église réciter la prière et le chapelet, puis recevoir la bénédiction du Saint-Sacrement. Quand le bon M. Vianney descendit de chaire, traversant la nef de l'église, la demoiselle qui avait le genou ankylosé osa toucher du bout des doigts le surplis de M. le Curé, en lui disant :

« Mon Père, je viens vous demander ma guérison. »


M. Vianney se retourna vers elle et avec un regard foudroyant :

« Malheureuse que vous êtes, lui répondit-il, avant de solliciter la guérison de votre corps, demandez donc plutôt celle de votre âme ! »

Et il passa. Mais nous l'entendîmes qui ajoutait en se rendant lentement vers le chœur :

« Il est vrai que la Chananéenne se contentait des miettes qui tombaient de la table du Maître. »

Le lendemain matin, cette pauvre estropiée alla se mettre sur les rangs pour se confesser. Tout à coup M. le Curé sortit de son confessionnal et lui fit signe de venir. Chaque jour, pendant une semaine entière, elle revint ainsi et put faire sa confession générale.

Enfin, le 8 septembre, fête de la Nativité de la Sainte Vierge, nous voici toutes les quatre à la messe. La jeune fille, bien convertie cette fois, se dirige, le moment venu, vers la sainte table. Mais à peine s'est-elle levée que ses béquilles lui échappent et tombent à terre. Elle est droite et marche sans boiter. Et tout de suite, les personnes qui nous entourent de s'écrier : « Miracle ! Miracle ! »

M. Vianney, qui s'était mis à donner la communion, s'arrête un instant et dit à haute voix : « Silence, mes enfants, silence ! » De grosses larmes emplissent ses yeux et ruissellent sur sa chasuble. La jeune fille communie, revient à sa place et s'agenouille à terre comme nous. Elle était complètement guérie. Qu'on juge de notre heureuse surprise !

Après la messe, le frère sacristain conduisit notre jeune amie à M. le Curé.

« Ma pauvre enfant, lui dit le saint, vous êtes bien indigne de la grande faveur que vous avez reçue aujourd'hui. Remerciez sainte Philomène de tout ce qui vous arrive. Moi, je n'y suis pour rien...

Mais, mon Père, faut-il laisser mes béquilles dans la chapelle de la sainte ?

Non, remportez-les chez vous. Vous reviendrez dans quelque temps avec votre mère, et ensemble vous remercierez bien sainte Philomène. »




Lorsque nous partîmes d'Ars, cette demoiselle remportait ses béquilles sous son bras. Le conducteur de l'omnibus lui dit en souriant : « Ah ! je vois ce qui est arrivé. Aujourd'hui vous n'avez plus besoin de moi pour monter en voiture ». Et ce brave homme se parlait à lui-même en allant et venant autour de ses chevaux : « Eh bien, mon vieux, tu ne voulais pas y croire. Tu ne peux plus nier à présent : c'est la troisième que tu vois guérie en quinze jours !... ».

Voilà ce que j'ai vu de mes yeux, entendu de mes oreilles, et j'affirme, ayant encore bonne mémoire, que je n'ai rien changé, rien exagéré et que tout s'est bien passé comme je le raconte.

Quant à moi, je fus guérie après avoir fait, sur les conseils du Curé d'Ars, deux neuvaines à sainte Philomène. »


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(1) Lettre adressée à Mgr Convert en octobre 1921


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Message  Monique Ven 02 Avr 2021, 8:03 am

XI



Le spirite



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Si le Frère cordonnier de la Trappe de Notre-Dame des Dombes eût rompu le silence prescrit par la règle ce dont il n'avait nullement le désir quels souvenirs extraordinaires il aurait pu conter ! Mais Frère Joachim se taisait en méditant peut-être sa propre histoire, qui était bien l'histoire des miséricordes de Dieu.

Frère Joachim s'était appelé dans le monde Antoine Saubin.

Orphelin de père dès le bas âge, Antoine avait quinze ans quand il perdit sa mère. Bien qu'élevé chrétiennement, le jeune homme, livré à lui-même, cessa bientôt toute pratique religieuse. A vingt ans, Saubin venait à Lyon pour y travailler dans l'échoppe d'un cordonnier.

Il n'était point méchant garçon. En son cœur, la foi couvait sous la cendre ; parfois, en passant devant quelque église, où il n'entrait pas, il sentait comme une nostalgie le prendre. Il croyait au surnaturel, mais comment y atteindre ?

A vingt-sept ans, Antoine Saubin entrait en relation avec plusieurs familles qui faisaient du spiritisme. Des hallucinations terribles le hantèrent... Entendant parler du Curé d'Ars, la pensée lui vint de le consulter sur ces mystérieux prestiges. Ses amis voulurent l'en empêcher. Il partit quand même.

En jouant des coudes, le peu patient Saubin put pénétrer assez loin dans la nef de la petite église pour apercevoir de dos M. Vianney qui, agenouillé à cette heure dans la chapelle de sainte Philomène, y récitait son bréviaire. Notre Lyonnais resta là un quart d'heure ; déjà l'attente lui paraissait longue. « Si ce prêtre, songea-t-il, avait l'esprit de Dieu comme on le prétend, il saurait bien que j'ai à lui parler et que je suis pressé. »

Aussitôt le Curé d'Ars se retourna et, regardant Antoine Saubin stupéfait :

« Patience, mon ami, dit le serviteur de Dieu, je suis à vous tout de suite. »

Décidément, ce curé n'était pas un devin pour rire. Antoine lui fit ses confidences. « Revenez demain », lui signifia M. Vianney. Le lendemain matin, après avoir assisté à la messe, Saubin pénétra dans la sacristie tandis que le saint quittait les ornements.

« Toutes vos visions, lui déclara le serviteur de Dieu, ne sont que des illusions du démon pour vous tromper. Ne fréquentez plus ces maisons. Faites une neuvaine à Notre-Dame de Fourvière, et je vous assure que tout cela cessera. »

Déjà, Antoine Saubin goûtait une paix inconnue. Et pourtant, que de fautes chargeaient encore sa conscience !

« Mon Père, demanda-t-il, ne devrais-je pas me confesser ?... Mais je ne suis pas prêt.

A Fourvière, répliqua le saint, vous trouverez un bon Père qui vous entendra et vous dira ce que vous aurez à faire. »




Cela se passait au début de février 1859. Le 19 mars suivant, l'ancien spirite entrait à la Trappe. Manifestement, la Providence de Dieu avait tout conduit. Monté à Fourvière, Antoine Saubin y avait rencontré un jésuite auquel il s'était confessé. Il lui avait conté ensuite quel changement radical s'était opéré dans ses dispositions d'âme sur la route même d'Ars, alors qu'il sortait d'une entrevue avec le saint Curé. Non, il n'en voulait plus, du spiritisme ; non, il ne resterait pas dans un milieu plein de tant de périls. Il voulait fuir le monde, expier ses fautes, s'enfermer en quelque solitude...

Et c'est ainsi qu'en la fête de saint Joseph, Antoine gravissait les pentes qui mènent sur les hauts plateaux du Vivarais. Il se présentait au monastère de Notre-Dame-des-Neiges, là même où, trente ans plus tard, devait venir, non moins humble et non moins pénitent, celui qui fut dans le monde le joyeux lieutenant Charles de Foucauld. Antoine Saubin, alors âgé de vingt-neuf ans, devenait le Frère Joachim.

Plus tard, guéri d'une maladie mortelle par l'apposition d'une relique de saint Jean-Marie Vianney, Frère Joachim vint à Ars avec dom Polycarpe, depuis abbé de Notre-Dame-des-Neiges, remercier son grand bienfaiteur. Là, il raconta son histoire. (1)

Il devait mourir saintement non loin d'Ars, au monastère de Notre-Dame-des-Dombes où l'on avait eu besoin d'un frère cordonnier.


------------



(1) C'est précisément l'un de ses auditeurs d'alors, M. l'abbé Rougemont, vicaire d'Ars, qui a fait consigner ces détails au Procès apostolique continuatif (folios 787-788). Le Frère Joachim a confirmé son récit par deux lettres datées, l'une du 14, l'autre du 20 février 1878. Il se déclare, dans la dernière, prêt à témoigner sous la foi du serment, s'il en est besoin.


A suivre...
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Message  Monique Sam 03 Avr 2021, 6:39 am

XII



« C'est parfaitement vrai !... »



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Le Carillon de Beaurepaire (Isère), dans son numéro d'août 1893, a publié ce fait d'intuition qui montre avec quelle simplicité et quelle facilité M. Vianney lisait au fond des cœurs.

*

* *



Le 4 août est l'anniversaire de la mort du Curé d'Ars, dont notre église possède la statue. En l'honneur de sa fête, nous rappelons deux faits locaux qui ne peuvent qu'intéresser ceux qui ne les connaissent pas. (1)



Mlle Marie Levet exerçait sa profession de couturière à Estrablin, près de Vienne. Mise au courant par d'autres pèlerins du pays de la grande réputation du Curé d'Ars, elle voulut se rendre compte de tout ce qu'elle entendait raconter. Moi aussi, se dit-elle, j'aurai le bonheur de voir ce saint prêtre, de lui parler et de lui demander les lumières et les conseils dont j'ai besoin. Ses désirs se réalisèrent pleinement.

Arrivée à Ars, elle se prépara de son mieux à accomplir les devoirs de son pèlerinage. Elle attendit de longues heures au confessionnal. Enfin elle se confessa et, quand elle eut terminé, le saint Curé lui dit :

« Il y a telle chose dont vous n'avez pas parlé et que vous avez faite à telle époque de votre vie.

C'est parfaitement vrai, mon Père, répondit-elle, après quelques instants de réflexion ; je l'avais complètement oublié »




Le saint confesseur lisait donc dans les consciences... Marie Levet eut le bonheur de s'entretenir plusieurs fois avec lui. Il la reçut du Tiers Ordre de saint François. Il lui signa quantité de souvenirs, dont plusieurs sont gardés pieusement par sa famille.

Revenue dans son pays natal de Tourdan, elle y habita une modeste maison où elle gagna le ciel par la pratique des bonnes œuvres. Elle mourut saintement le 20 février 1897, à l'âge de soixante-treize ans.


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(1) Les lecteurs du présent livre connaissent déjà l'un de ces « deux faits locaux », classé parmi les récits de vue à distance, p. 89 (XIV)


A suivre...
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Message  Monique Dim 04 Avr 2021, 11:48 am

XIII



Un faux pénitent qui cessa de l'être



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« Oui, oui, affirmait dans la diligence de Lyon à Ars, un voyageur venu de la Drôme, qu'il y ait du monde ou qu'il n'y en ait pas, je verrai le curé, je le verrai !

Vous y arriverez avec de la patience, rectifiait un de ses compagnons de route.

Pensez, reprenait l'autre, que ma femme est malade et que les médecins n'y peuvent rien. On dit que ce prêtre fait des guérisons étonnantes... Avec nous il n'y perdra pas, sûrement. »




Or, dans l'église d'Ars, la foule était plus dense que jamais à l'heure où nos pèlerins y pénétrèrent. Tout de suite pourtant, l'homme qui voulait « voir le curé » s'informa de lui.

« Oh ! lui fut-il répondu, vous ne pourrez probablement pas le voir ailleurs que dans le confessionnal.

Dans le confessionnal ?

Oui, là, derrière la porte de la sacristie. »


Le voyageur n'avait pas prévu cette complication. Se confesser ? Diable ! Il y avait beau temps qu'il n'en avait plus l'habitude. « Après tout, songea-t-il, pourvu que le curé m'indique un remède !... » Et il s'assit au dernier rang des pénitents.

Enfin, la porte mystérieuse se referma sur notre homme. Il s'agenouilla, marmotta un semblant d'accusation, puis : « Monsieur le Curé, commença-t-il, je vous dirai que ma femme...

Vous reviendrez demain, mon ami ! »


M. Vianney s'était levé et reconduisait le faux pénitent vers la porte.

Le lendemain, même comédie, même entrée et même sortie que la veille.



Le simulateur osa se présenter à la sacristie une troisième fois, sans que ses dispositions eussent changé, ni sa manière d'accuser ses fautes.

« Hé, mon ami, lui dit le Curé d'Ars, est-ce ainsi qu'on se moque du bon Dieu ? Vous ne dites pas ceci... et cela... Vous avez fait de la prison pour tel motif... Dans tel chemin, vous avez reçu des coups de bâton... »

Le pénitent de contrebande écoutait abasourdi. Il en avait oublié la maladie de sa femme. Il avoua qu'en effet ses confessions d'Ars n'étaient pas sincères ; qu'il avait été jadis impliqué, non sans raison, dans une affaire d'assassinat ; que, dans le chemin désigné, certaines gens s'étaient fait justice sur ses épaules... Mais comment le Curé d'Ars eût-il su ces choses sans une révélation de Dieu ? Du coup, cela ne plaisantait plus. L'homme agenouillé sentit passer en lui le frisson du mystère. La grâce d'En-Haut acheva de lui donner, après la sincérité, le repentir.

Il avoua ses fautes comme un vrai pénitent, en reçut l'absolution et se releva, l'âme guérie ; car le seul réellement malade dans sa famille, c'était lui. M. Vianney le lui fit comprendre.

L'homme de la Drôme avait pensé trouver un rebouteur ; il était tombé sur un saint.



Le document qui relate cette histoire n'ajoute rien au sujet de la femme malade. M. Ball s'est contenté de conclure ainsi son rapport : « Le Frère Athanase, directeur des Frères d'Ars, qui fait ce récit, en tient tous les détails du Frère Jérôme et de M. Pierre Oriol, à qui ce monsieur les avait racontés lui-même, le jour de sa troisième entrevue avec M. Vianney ». (1)


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(1) Documents, N° 27
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Message  Monique Lun 05 Avr 2021, 7:36 am

XIV



Ce qui fut dit à des prêtres du Nord



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Deux faits d'intuition se trouvent contenus dans la lettre ci-dessous qui fut adressée le 28 avril 1908 à M. le chanoine Carton, de Lille, par Mgr Berteaux, prélat de la maison de Sa Sainteté, curé de Saint-Martin, à Roubaix.



*

* *



Monsieur l'Archiprêtre,



Bien volontiers, je m'empresse de vous communiquer les renseignements que vous désirez au sujet de faits qui se sont passés à Ars.

Il y a soixante-trois ans, j'étais élève au grand séminaire. J'assistai, pendant les vacances, à une petite réunion d'ecclésiastiques des environs de Saint-Amand, mon pays natal. Dans cette réunion, se trouvaient plusieurs excellents prêtres du Nord, notamment M. Dewatine, curé de Mortagne, et M. Lefranc, curé de Thun-Saint-Amand, qui revenaient tous deux d'un voyage au cours duquel ils avaient visité Ars.

M. Dewatine raconta qu'il n'avait pas grande confiance dans tout ce qu'on rapportait du saint Curé, et que, pour cette raison, au passage de M. Vianney qui se rendait de la cure à l'église, il s'était tenu à l'écart. Quelle ne fut pas son émotion quand le saint, se détournant de sa route, vint lui frapper sur l'épaule en lui disant : « Ayez confiance, mon ami ! »



M. Lefranc rapporta à son tour que le vénéré Curé d'Ars, à qui il s'était confessé, lui avait dit de se préparer à bientôt mourir, car il aurait prochainement à l'épaule un mal qui le conduirait au tombeau. Le bon curé de Thun ajoutait qu'il se préparait, sans croire cependant à la prédiction, car il jouissait alors d'une excellente santé. J'appris, quelques mois plus tard, que M. Lefranc était mort d'un mal à l'épaule.



Voilà, monsieur l'Archiprêtre, ce que mes vieux souvenirs, que je crois fidèles, me rappellent au sujet de ces deux prêtres dont la mémoire est demeurée en bénédiction...


A suivre...
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Message  Monique Mer 07 Avr 2021, 9:27 am

XV



Ce qui fut dit à une mondaine



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Pourquoi Mlle Alice Douzel, cette jeune mondaine aux regards distraits, s'était-elle mêlée à la foule recueillie des pénitentes ? Le savait-elle bien elle-même ? La curiosité sans doute, et aussi le remords d'une existence vaine qui aurait pu être si féconde... Bref, son tour vint de s'agenouiller au confessionnal. Elle n'en était guère émue, car, après tout, que pouvait bien lui apprendre ce petit curé de campagne ? Elle commença une accusation quelconque. Soudain elle tressaillit. Le petit curé de campagne l'apostrophait :

« O ma pauvre enfant, quand donc mettrez-vous un terme à votre vie inutile et dissipée ? Quand finirez-vous de lasser la patience du bon Dieu ?... Il vous attend chez les Sœurs Maristes. Il n'a pas oublié votre promesse d'être toute à lui. »

C'était vrai. Mlle Douzel, très pieuse il y avait peu de temps encore, s'était liée par une semblable promesse, puis, singulièrement déchue de sa ferveur, elle avait paru vouloir s'étourdir pour oublier, emportée dans le tourbillon des vanités, des amusements et des fêtes... Le Curé d'Ars venait de percer son âme à jour. Alice, toute confuse de ce coup direct, avoua ses torts, mais n'eut pas le courage de prendre sur place l'énergique décision que le saint jugeait nécessaire.



Elle revint à ses futilités, rechercha plus que jamais les adulations et les plaisirs. Sur les entrefaites, un gentilhomme demanda sa main. Elle ne put s'empêcher alors de songer à ce prêtre qui avait si bien lu dans son âme. Mais quoi ! Il n'était plus possible de revenir en arrière. Alice Douzel devint Mme de Kéranion. Toutefois, pour endormir sa conscience, elle promit que, si Dieu lui donnait une fille, elle la consacrerait à la Sainte Vierge et l'élèverait chrétiennement.

Effectivement, après dix ans de mariage, elle eut une fille. Songea-t-elle à sa promesse ? Il semble que oui, puisqu'elle donna à cette petite le nom de Marie. Mais voilà qu'âgée seulement de quelques mois, l'enfant, frappée d'un mal mystérieux, parut près de mourir. Affolée, Mme de Kéranion, qui habitait alors Paris, prit sa fille dans ses bras et la porta sur l'autel de Notre-Dame des Victoires. Là, elle se jura de donner plus tard à sa petite Marie l'exemple d'une vie vraiment sérieuse et chrétienne. L'enfant guérit.

Hélas ! par une légèreté inconcevable, la mère, à mesure que grandissait l'innocente, vivait de plus en plus en marge de la foi. Une de ses sœurs, la jugeant aussi incapable qu'indigne d'élever cette pure enfant, la lui enleva résolument pour se charger de son éducation. Insouciante, l'autre laissa faire.

A sept ans, Marie est mise en pension chez les Sœurs Maristes de Saint-Étienne. Elle y fait sa première communion comme un ange de la terre. Plus tard, elle voue à Dieu sa virginité. Elle ferme les yeux à sa vertueuse tante et, l'heure venue, Marie se consacre définitivement à la Sainte Vierge en devenant religieuse Mariste.

Connaissant l'efficacité réparatrice de la souffrance, elle s'offrit en victime pour cette mère trop frivole qu'elle aimait toujours et qu'elle voulait rendre à Dieu. Dès lors, tourmentée par des souffrances inouïes qu'elle supporta sans plainte, la petite Sœur fit de sa vie un acte ininterrompu de charité et d'amour. Avant de quitter ce bas monde, elle goûta le profond bonheur de reconquérir sa mère.

Et c'est elle, Mme de Kéranion, revenue à la ferveur de sa jeunesse, qui a conté ces détails touchants. Elle n'a pas voulu taire son nom, parce qu'il chante à sa manière la patience et les miséricordes d'un Dieu qui daigna, en substituant la fille à la mère, ne pas supprimer une vocation religieuse dont le Curé d'Ars, par une intuition d'En-Haut, avait reconnu l'existence. (1)


------------



(1) Les détails de cette histoire proviennent d'une notice manuscrite sur plusieurs Sœurs Maristes, communiquée, le 6 avril 1921, à Mgr Convert par le T. R. P. Raffin, supérieur général de la Société de Marie.


A suivre...
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Message  Monique Jeu 08 Avr 2021, 8:14 am

XVI



L'amnésie de Mère Albine



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Mère Albine est décédée le 10 décembre 1919, à Cognac, où elle était supérieure des Sœurs Gardes-malades de la Miséricorde, dont la maison-mère est à Séez. Née à Mayenne en juin 1828, entrée à la Miséricorde en 1848, elle comptait donc quatre-vingt-onze ans d'âge et soixante et onze de vie religieuse. C'était, dans les dernières années de sa vie, une sympathique petite vieille, au parler lent, à l'esprit très lucide, à l'âme claire, simple, naïve comme celle d'un enfant. Mais avec cela un brin de malice souriante qui l'apparentait au Curé d'Ars.

Elle l'avait vu jadis, ce bon saint... Mais ce n'est que bien longtemps après l'entrevue qu'elle en confia les impressions, douces et terrifiantes, à une ou deux intimes amies... Celles-ci « mangèrent-elles la consigne », bien qu'elles eussent promis le secret ? C'est vraisemblable. Quoi qu'il en soit, le fait est aujourd'hui assez connu de la communauté pour qu'il n'y ait plus d'indiscrétion à le relater dans tous ses détails. Du reste, Mère Albine s'en ouvrit, en 1916, au prêtre qui nous l'a communiqué M. l'abbé Boudoire, curé de Genneville, au diocèse d'Angoulême. Voici en quels termes elle lui conta cette histoire étrange :



C'était peu d'années après mes premiers vœux. Notre maison de Séez n'était pas bien riche alors ; elle ne l'est guère devenue depuis. Il s'agissait de transformer notre chapelle devenue insuffisante. Comme nous ne gagnions rien, vouées que nous sommes par vocation à visiter les malades pauvres et à aider leurs familles, il fallut quêter. Et ce fut pour quelque temps la dispersion.

Celles qui avaient été désignées pour ce rude office partirent donc, deux par deux, comme autrefois les Disciples. J'étais de l'expédition et, vu mon inexpérience, on me mit sous les ordres d'une Sœur plus âgée et moins timide. Ma compagne, que je n'avais pas à juger, était par tempérament entreprenante et curieuse. Je dois même avouer et cet aveu éclairera ce qui va suivre qu'elle m'avait parfois un peu malédifiée par ses façons autoritaires, sa liberté trop grande de jugement ; elle n'était pas sans vanité non plus... Tout cela, je le dis par amour de la vérité, et aussi parce que, comme vous le verrez, c'est devenu de l'histoire ancienne et ça a tourné à l'honneur de ma regrettée Sœur.

C'est nous deux qui allions le plus loin : notre champ de glane était la région de Grenoble... La tentation était bien forte pour ma compagne de faire un petit crochet du côté d'Ars où couraient tant de pèlerins. « Nous profiterons du voyage, me dit-elle, pour aller voir ce curé dont on raconte tant de choses ». N'ayant pas le bâton de commandement, je répondis à ma Sœur que je ferais ce qu'elle voudrait, puisque seule elle était responsable. J'objectai seulement que cette tournée supplémentaire me paraissait bien inutile et qu'en tout cas, je ne me confesserais point à ce prêtre étranger.

« Pas plus que moi du reste, conclut ma compagne. Mais nous irons à Ars tout de même ! »



Nous y voilà arrivées. Foule dans la rue qui descend vers l'église. Église .bondée. Nous étions bien tombées ! Jamais nous n'arriverions à voir d'assez près celui que nous avions entendu sur la route appeler le saint. Encore moins pouvions-nous songer à lui demander audience.

Profitant de la sortie de plusieurs personnes, nous nous faufilons dans l'église. Je me rappelle qu'il y faisait à la fois bien chaud et bien sombre. Nous nous mettons en prière, tout à fait au fond, à l'entrée de la chapelle des Saints Anges. Mais, mon Dieu, que de distractions ! Je songeais malgré tout : dire qu'il y a peut-être ici un saint, un grand saint ! Et je tâchais de me recueillir au milieu de cette foule. Ma compagne, se dressant par-dessus les têtes, s'efforçait de voir quelque chose. « Où est donc le saint ? » questionna-t-elle. Quelqu'un lui désigna du doigt, au-delà de la sainte table, la porte de la sacristie.

« Il confesse les hommes à cette heure-ci, dit cette personne. Si vous voulez lui parler, achetez de la patience. »

Or, à ce moment-là, la porte de la sacristie s'ouvrit toute grande. Un monsieur en sortit, la tête baissée. Et derrière lui, une forme blanche apparut : un vieux prêtre en surplis. Il se pencha un peu au dehors et, j'en eus la certitude immédiatement, il nous regarda, nous, les pauvres Sœurs quêteuses de Séez, dans l'Orne !...

« Venez, mes petites ! » dit-il d'une voix perçante. Aussitôt un remous se produisit, une étroite allée se creusa parmi les fidèles. Nous comprîmes à cela qu'il fallait avancer. On nous poussa plutôt qu'on ne nous laissa aller à la sacristie.



Le Curé d'Ars, que nous nous attendions à trouver debout et seul, s'était rassis à son confessionnal enfoncé entre le mur et un vieux meuble, et un homme à ses genoux commençait sa confession !

Que faire ?... Le saint, nous ayant appelées, nous avait laissées entrer, et il semblait ne plus se rendre compte de notre présence !... Mais ce pénitent, avec ses péchés qui me paraissaient si énormes !... Nous fûmes tellement saisies l'une et l'autre que, retenant nos souffles, nous restâmes collées contre une grande armoire qui remplissait tout le fond de la sacristie. Quelles affreuses minutes ! Je croyais sentir les fautes du pénitent se graver en rouge dans ma mémoire. « Comment, pensai-je, oublier tant de crimes ?... Me voilà malheureuse pour toute ma vie !... » L'idée aussi qu'il y avait violation du secret commençait à poindre dans mon esprit, quand l'homme dont je n'aperçus que les larmes se retira pour disparaître dans l'église.

Aussitôt le Curé d'Ars s'était levé. Il fit deux pas vers nous. Il affectait, eût-on dit, de ne pas regarder ma compagne. C'est à moi la première qu'il adressa la parole... Mon Dieu, quand je pense à ce que le saint m'a révélé, quelle joie faite de gratitude et de confiance ! Je vous répète mot pour mot ce qu'il m'a dit en souriant : « Soyez heureuse, ma petite ; vous aurez une belle place en paradis ».

Puis un éclair passa dans son regard et d'une voix menaçante il dit à ma compagne effondrée : « Vous, si vous ne changez pas, c'est l'enfer !... »

Ce fut tout. Il se rassit à son confessionnal. Nous sortîmes. Ma Sœur était pâle comme une morte.



Qu'ajouter à cela ? Deux choses seulement. D'abord que ma pauvre bien-aimée compagne, à partir de cette minute tragique, me parut comme transformée : un modèle d'humilité, d'oubli de soi-même et de charité. Le mot terrible du Curé d'Ars : c'est l'enfer lui avait fait autant de bien, sinon plus, qu'une retraite de trente jours !

Puis, il faut que je défende la réputation de saint Jean-Marie Vianney. Il n'a violé en définitive aucun secret. Il savait, ce grand saint, que les péchés de cet homme s'effaceraient aussitôt de nos mémoires. « Oh ! me redisais-je, que je vais être malheureuse ! » Je n'osais plus penser à rien. Je me rappelais en effet que j'avais entendu de grosses fautes. Soit pour m'aguerrir, soit que la curiosité s'en mêlât les deux peut-être ! je fis un tout petit pas dans ma mémoire, puis deux... Et je n'y trouvai plus rien. Alors, je l'ouvris toute grande, je l'interrogeai à fond, j'en scrutai les moindres recoins. Plus un souvenir de détail. Rien, rien, et depuis, rien, rien encore !... Une seule chose demeure avec le regard, l'accent, la promesse délicieuse et la menace salutaire du Curé d'Ars : le visage baigné de larmes d'un pécheur inconnu ! Presque dans le même temps, le saint avait procuré le salut à deux âmes ! »


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A suivre..
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Message  Monique Ven 09 Avr 2021, 7:19 am

XVII



Le petit chapelet de M. de Torrier



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M. l'abbé de Torrier, curé d'Auriac, diocèse de Toulouse, avait pris des billets à la loterie lancée par saint Jean-Marie Vianney lui-même pour la construction de la « belle église » qui serait dédiée à sainte Philomène. M. de Torrier eut la chance d'avoir un numéro gagnant. D'où une lettre adressée en 1862 à M. le chanoine Camelet, supérieur des Missionnaires de Pont-d'Ain, qui, avec l'abbé Toccanier, s'occupait de la loterie.

M. Torrier fit bien de réclamer l'objet qui lui était échu. Sans cela, nous aurions perdu de bien intéressantes révélations.



*

* *



S'il s'était agi d'une simple bonne œuvre, débute-t-il, j'aurais volontiers sacrifié mon lot. Mais comme il s'agit de la loterie du Curé d'Ars, ma confiance en tout ce qui se rattache de près ou de loin envers un homme qui m'a fait tant de bien ne me permet pas d'abandonner ce qui doit être pour moi un si précieux souvenir.



Après ce préambule, M. de Torrier explique ce qu'il doit au Saint Curé.



Au mois de septembre 1858, ayant fait une retraite de quelques jours à la Grande-Chartreuse, j'allai célébrer l'anniversaire de l'apparition de la Sainte Vierge sur la montagne de La Salette. La fête terminée, la comtesse de V... qui m'accompagnait voulut absolument se rendre à Ars. Intimement convaincu de la sainteté du curé de ce village, je craignais les appréciations d'un homme à qui Dieu dévoilait le fond des cœurs. Toutefois, par complaisance pour la comtesse et aussi pour ne pas résister à la grâce, je me laissai entraîner.

Arrivé à Ars, je me rendis à l'église pour y entendre le sermon. La Providence voulut qu'au milieu d'un grand nombre de prêtres, je fusse le seul debout et en face du saint. Tourné de trois quarts, il eut constamment son regard si perçant fixé sur moi.

A ce moment, la crainte de ne pas être suffisamment digne d'amour s'empara de moi et je priai Dieu que M. Vianney pût lire au fond de mon cœur et qu'il me le révélât à moi-même.

Néanmoins, je n'eus pas le courage de suivre, comme tant d'autres, ce saint homme pour chercher à lui parler. Je me contentai de prier auprès des reliques de sainte Philomène. Puis je sortis du village pour aller sur le plateau où je restai plus d'une heure, peu désireux de m'aboucher avec M. le Curé. Il fallut les instances réitérées d'une dame inconnue pour me décider à l'aborder dans un chemin qu'il avait pris pour se rendre chez une malade. Plusieurs prêtres, pèlerins comme moi, l'accompagnaient.

Arrivé près de lui, je lui offris l'humble hommage de mon respect et me recommandai à ses prières. Après m'avoir dit que nous avions tous besoin de prières et que nous devions prier les uns pour les autres, brusquement il prit ma main gauche qui serrait un petit chapelet et qui était elle-même complètement recouverte par la manche de ma douillette. « Que portez-vous là ? » demanda-t-il. J'ouvris la main. Le saint y prit le petit chapelet, le fit sauter deux ou trois fois dans sa main, le bénit et le remit dans ma main gauche qu'il serra fortement d'une manière cordiale.

Cette bienveillance amicale, dont tout autre aurait été si heureux, me parut un peu trop familière. Mais ma confiance illimitée en sa sainteté ne me permit pas de m'arrêter à des pensées si mesquines.

Après m'avoir remis mon chapelet, M. Vianney me dit quelques paroles d'édification, ayant l'air de ne s'occuper que de moi et de négliger les autres confrères qui se tenaient à sa gauche. Il termina sa courte et pieuse conversation par ces paroles : « Un jour, nous nous reverrons au ciel ».

Sur le seuil de la maison qu'il visitait, je pris congé de lui, en me recommandant de nouveau à ses prières. Il me répondit alors, avec beaucoup d'affection, qu'il n'y manquerait pas. Les autres prêtres attendirent au dehors qu'il eût confessé la malade. Quant à moi, j'allai réciter mes petites heures.



Jusque là, moi, l'homme impressionnable, je n'avais rien senti vibrer en moi. Mais, à peine commencée la récitation des psaumes, mon âme fut inondée d'une joie ineffable et des larmes bien douces coulèrent en abondance de mes yeux. Mon esprit et mon cœur s'attachaient sans effort et avec un charme indicible aux versets sacrés qui, tous, ce jour-là, au bréviaire de Toulouse, parlaient de la confiance en Dieu. Aucun mot ne passait inaperçu et sans me remplir de consolation.

Loin de croire à une grâce, je m'imaginai tout d'abord être sous le coup d'une impression purement nerveuse... Cependant, mes heures terminées, je cherchai à analyser ce délicieux état de mon âme ; je m'efforçai d'apprécier, avec calme, les diverses circonstances de mon entrevue avec M. Vianney. Cet examen impartial me convainquit que cette joie intime, cette confiance succédant à la crainte, toutes ces émotions extraordinaires que je venais de ressentir, je devais les attribuer à l'influence du saint Curé.

Toutefois, monsieur le Supérieur, pour être bien sûr que je n'étais pas victime d'une illusion, j'allai vous consulter. Vous eûtes la bonté de me dire que, connaissant l'humilité, la réserve et la discrétion habituelles de M. Vianney, je devais regarder ce qui m'était arrivé comme une grâce particulière.

Satisfait d'une réponse qui s'accordait si bien avec mes propres sentiments, je partis d'Ars l'âme pacifiée. J'ajouterai, pour votre édification, que cette paix et les suaves émotions qui l'accompagnaient, persévérèrent trois ou quatre mois. Elles étaient plus sensibles au moment de l'oraison. Aujourd'hui, le seul souvenir de ces faveurs dissipe les nuages qui de temps en temps voudraient troubler mon âme et diminuer ma confiance en Dieu.



Je dois vous dire encore qu'en septembre 1860, je renouvelai, par reconnaissance, mon pèlerinage d'Ars. Après ma messe, j'allai m'agenouiller sur la tombe du saint Curé. Là, il me vint l'inspiration de demander au ciel, par son intercession, la guérison d'une névralgie qui me faisait horriblement souffrir depuis plusieurs mois. Je souhaitai toutefois que ma guérison, en même temps que profitable à mon âme, pût servir à la gloire de Dieu et à celle de son serviteur.

Ma prière terminée, j'étais déjà guéri... Ni pendant mon voyage de retour, ni pendant l'année qui suivit, je n'éprouvai les douleurs aiguës de mon mal. Si, depuis les vacances dernières, ma névralgie a reparu, elle n'est plus aussi pénible que la première fois. Peut-être le saint Curé m'en veut-il de n'être pas allé cette année à son tombeau. J'espère bien, si Dieu me prête vie et santé, m'y rendre l'an prochain...



P. S. En relisant ma lettre, je viens de m'apercevoir d'un oubli. Je voulais vous dire que je suis convaincu que le saint Curé d'Ars a eu de l'état de mon âme et de l'existence du petit chapelet dissimulé dans ma main une connaissance surnaturelle ; que c'est pour me consoler qu'il s'est montré si familièrement bon envers moi et que je dois à sa sainteté la paix de mon âme. Je vous ferai enfin remarquer que pas un mot, pas un geste de ma part n'avait pu le mettre au courant de mon état d'âme.


A suivre...
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Message  Monique Sam 10 Avr 2021, 9:21 am

XVIII



La neuvaine du négociant



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« M. Beaumont, curé de Saint-Langis-les-Mortagne (Orne), note le chanoine Ball, raconte dans une lettre à la date du 3 février 1878 qu'un de ses amis habitant la Ferté-Macé, M. Valpinson, négociant et voyageur pour son propre commerce, lui a fait part plusieurs fois, et toujours avec larmes, des faits suivants relatifs au don d'intuition surnaturelle dont était doué le vénérable Curé d'Ars. » (1)



On en parlait tant de ce Curé d'Ars que M. Valpinson résolut de profiter d'un de ses voyages dans la région lyonnaise pour pousser une pointe jusqu'à Villefranche, d'où il atteindrait facilement le petit et célèbre village... Il y arriva chargé d'une commission par une dame de ses compatriotes.

Homme débrouillard, M. Valpinson se faufila si bien parmi les rangs des pèlerins qu'il pénétra dans la sacristie à l'instant même où M. Vianney revenait de sa messe. En pareille conjoncture, le saint Curé était toujours bref.

« Mon Père, lui dit M. Valpinson, en manière de préambule, ma femme est malade... »

Elle ne l'était pas beaucoup, mais enfin elle l'était assez pour qu'il n'y eût pas mensonge. Le fin M. Vianney répliqua :

« Faites une neuvaine.

Une mère, continua le commerçant, demande des nouvelles de son fils.

Tout va bien »
, répondit M. le Curé sans plus ample informé. Et du geste il congédia M. Valpinson.



Celui-ci s'empressa de communiquer à Mme Migorel, la mère inquiète de son fils, que « tout allait bien ». Presque aussitôt d'ailleurs, cette dame en eut la preuve concrète : une bonne lettre lui arrivait de Valparaiso où le R P. Félix Migorel, religieux des Sacré-Cœurs, était missionnaire. Or, c'était depuis plusieurs années la première lettre qu'elle reçût de lui.



De retour, M. Valpinson se mit à faire la neuvaine prescrite. Qu'en advint-il pour Mme Valpinson ? L'histoire ne le dit pas. Mais une chose certaine, c'est que, pendant ces neuf jours de prières, son mari dut se demander si le curé de là-bas ne lui avait pas joué un tour de sa façon : un tel désir de se confesser s'empara de notre négociant qu'il n'eut de paix qu'aux pieds d'un prêtre !

Peu de temps après, mû cette fois par un autre sentiment que la curiosité, il se retrouvait à Ars. Il se présenta au confessionnal de M. Vianney. Il n'eut guère que le temps de se signer.

« Oh ! je sais, commençait déjà le saint Curé, vous avez fait votre neuvaine, et vous vous êtes confessé il y a tant de jours... »

De ces jours il indiqua le nombre exact.

« Vous êtes ici, continua-t-il, pour deux jours encore... »

Ce qui était vrai. Alors le saint, s'arrêtant de parler, fondit en larmes.

« Hélas ! gémit-il enfin, vous avez un vice qui vous damnera, si vous ne le corrigez : c'est l'orgueil. »

Le pénitent n'avait pas encore ouvert la bouche... Il fit une confession fervente.

Comme il l'avait projeté, il demeura bien « deux jours encore » dans le village. Il y fit une sérieuse retraite, ce qu'il n'avait point prévu. « Ce n'était plus le même homme, écrit M. Ball ; ses idées étaient bouleversées de fond en comble. »



« M. Beaumont ajoute que, depuis lors, son ami de très vaniteux qu'il était réellement devint humble comme un petit enfant ; que, à son retour d'Ars, il était converti comme il faut l'être pour entrer dans le royaume des cieux. »


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(1) Documents, N° 5


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Message  Monique Dim 11 Avr 2021, 8:41 am

XIX



A la veille du sous-diaconat



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Les confidences qui vont suivre sont de M. le chanoine Fourès, qui, devenu incapable de tout ministère actif, vivait alors retiré dans sa famille à Aiguesvives (Haute-Garonne). Sa lettre, datée du 29 décembre 1904, fut adressée à Mgr Convert.

Elle relate un trait sans grand relief, si l'on veut, et pourtant précieux à retenir ; car il s'est passé dans Ars beaucoup de faits du même genre qui, malheureusement, resteront dans l'oubli. Nous voyons ici M. Vianney, après avoir pénétré une âme jusqu'en ses profondeurs, l'encourager à la persévérance en lui montrant l'avenir dans ses grandes lignes. Il procédait sans doute ainsi le plus souvent.



*

* *


Monsieur le Curé,



Permettez à un ancien pèlerin d'Ars de vous écrire.

C'était vers le milieu d'octobre 1856. Un jeune professeur du petit séminaire de Toulouse, ayant entendu raconter sur M. Vianney des choses remarquables, céda au vif désir d'aller voir ce saint prêtre et de lui confier quelques troubles à l'endroit de sa vocation.

Ce jeune ecclésiastique, arrivé dans l'église d'Ars pleine de monde, devait revenir à Toulouse sans retard, le lendemain étant le jour de la rentrée au séminaire. Il pénètre jusque dans la sacristie. « M. le Curé, lui dit-on, vous rejoindra à cinq heures. » A cinq heures en effet, le saint vieillard arrive tout haletant, n'ayant qu'un souffle et s'assied à côté de la grille pour écouter notre jeune homme.

« Mon Père, lui dit celui-ci humblement à genoux devant lui, ce n'est pas une confession que je viens vous faire, mais une confidence. Je suis à la veille d'être ordonné sous-diacre, et par moments, je suis très inquiet. Daignez demander au bon Dieu qu'il veuille vous faire connaître ce que je dois faire. Je viens de bien loin pour recevoir vos conseils. »

Le saint prêtre aussitôt, sans hésitation aucune, répond :

« Je vois parfaitement votre âme, je vois l'inclination de votre cœur. Vous devez être prêtre et missionnaire. »

Il ajouta quelques paroles comme considérations générales sur la vanité de tout ce qui n'est pas Dieu.

Après la prière du soir, le jeune minoré fendit de nouveau la foule qui entourait déjà dans le sanctuaire le vénérable Curé, lui demanda sa bénédiction et se recommanda à ses prières. Il en reçut ces paroles :

« Soyez en paix, je ne change rien à ce que j'ai dit. Allez ! »



Notre pèlerin était ordonné prêtre quelque temps après. Il est devenu missionnaire du Sacré-Cœur dans la maison du Calvaire de Toulouse, puis directeur du séminaire et enfin aumônier d'une institution de bienfaisance.

Il croit avoir fait quelque bien, surtout comme missionnaire. Visiblement la bénédiction du saint Curé d'Ars est demeurée sur lui. Faut-il dire que depuis la mort du serviteur de Dieu, arrivée le 4 août 1859, il a passé peu de jours sans l'invoquer ?... Vous avez déjà compris que ce pèlerin d'Ars, en 1856, est le prêtre même qui a l'honneur de vous écrire.


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Message  Monique Lun 12 Avr 2021, 10:12 am

XX



En distribuant la communion


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Le don surnaturel qu'avait reçu M. Vianney de voir à distance ou de lire dans les cœurs valut à certaines personnes de courtes hontes.

C'est ainsi qu'en distribuant la communion pendant sa messe, il passa par deux fois une dame pieusement agenouillée à la sainte table. Voyant le serviteur de Dieu revenir une troisième fois près d'elle :

« Mon Père, dit-elle toute rougissante, vous ne m'avez pas donné la communion.

Non, mon enfant, répondit le saint penché au-dessus d'elle ; vous avez pris quelque chose ce matin. »


Elle se souvint qu'en effet, elle avait, à son lever, mangé par inadvertance un peu de pain. (1)



*

* *



A la même place, quelque chose d'assez peu différent arriva à une demoiselle Étiennette Poignard, qui habitait le gracieux pays de Blacé, au delà de Villefranche-sur-Saône. Un beau matin de 1845, de très bonne heure, de joyeuses compagnes vinrent frapper à ses volets clos. « Allons, criaient-elles, en route, les pèlerins d'Ars, en route ! ». Etiennette ne se fit pas prier. En hâte, elle se leva et sauta dans la voiture où on l'attendait.

La jeune fille était sincèrement pieuse ; elle communiait souvent et bénéficiait même des directions de M. Vianney.

L'idée de revoir ce bon Père la transportant d'allégresse, elle ne fit que chanter elle-même, babiller et rire tout le temps du voyage. On pénétra dans Ars un peu avant sept heures, précisément pendant que la cloche annonçait la messe de M. le Curé.

Etiennette tenta de se recueillir, y parvint à grand'peine et, le moment venu de la communion, elle alla, seule de ses compagnes, s'agenouiller à la sainte table.

Le célébrant, arrivé à sa jeune pénitente, commença la formule rituelle : Corpus Domini nostri... mais il ne l'acheva pas ; il demeurait là, immobile, tenant l'hostie entre ses doigts. Mlle Poignard levant les yeux, aperçut un visage sévère.

Interdite, elle se mit à réciter mentalement les actes de foi, d'espérance et de charité par lesquels elle avait coutume de clore chaque matin sa prière... Alors seulement, le saint Curé la communia.

Etiennette se retira ; mais une angoisse subsistait en elle. Avait-elle donc péché assez gravement pendant ce voyage ? Elle voulut en avoir le cœur net. Vers midi, elle joua si bien des coudes qu'elle eut la chance de se trouver, entre l'église et la cure, sur le passage de M. Vianney. Celui-ci savait à qui il avait affaire et que la leçon serait féconde.

« Quand on n'a pas fait sa prière du matin, lui dit-il discrètement et avec bonté, quand on a été dissipée tout le long de la route, on n'est pas trop disposée à faire la sainte communion. »

Etiennette Poignard comprit et ne recommença plus. (2)


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(1) Rapporté par M. André Thèbre, lors du Procès apostolique inchoatif (folio 1118)

(2) Les détails de ce récit proviennent de Mlle Maria Brizard, domiciliée à Ars et amie intime de Mlle Poignard (Documents Ball, N° 18)


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