Somme de la Foi catholique contre les Gentils.

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Message  Louis Lun 24 Juil 2023, 7:01 am


De l’âme.

LXXXIII

Raisons qui semblent prouver que l'âme humaine
n'est pas créée avec le corps, mais a éternellement existé.

SUITE

Si l'on prétend qu'il est également naturel à l'âme d'être unie à un corps et d'être séparée de ce corps à des époques diverses, nous ne pouvons admettre qu'il en soit ainsi. Car :

1º Il faut considérer comme des accidents les choses qui, d'après les lois naturelles, se succèdent dans le même sujet, telles que la jeunesse et la vieillesse. Si donc l'âme est successivement unie au corps et séparée d'avec le corps, en vertu d'une loi naturelle, son union avec le corps ne sera qu'accidentelle, et par conséquent, l'homme, qui se trouve constitué par cette union, ne sera pas un être essentiellement, mais par accident.

2º L'être en qui la succession du temps amène un changement d'état est soumis aux révolutions du ciel qui règlent le cours du temps. Or, les substances intellectuelles et incorporelles, au nombre desquelles on doit mettre les âmes séparées, appartiennent à un ordre supérieur aux corps; c'est pourquoi elles ne peuvent être soumises à l'influence des mouvements célestes. Il est donc impossible qu'à des époques diverses elles soient, tantôt unies à des corps, et tantôt séparées de ces corps, et toujours en vertu de leur nature, ou bien qu'elles désirent naturellement, maintenant l'un de ces états, et plus tard l'état opposé.

Il n'y aurait pas une contradiction moins grande à dire que les âmes ne sont unies aux corps …

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Message  Louis Mar 25 Juil 2023, 5:49 am


De l’âme.

LXXXIII

Raisons qui semblent prouver que l'âme humaine
n'est pas créée avec le corps, mais a éternellement existé.

SUITE

Il n'y aurait pas une contradiction moins grande à dire que les âmes ne sont unies aux corps, ni par force, ni en vertu de leur nature, mais spontanément et volontairement. En effet :

1º Aucun des êtres ne veut déchoir de sa dignité, s'il n'est point trompé à cet égard. Or, l'âme, séparée du corps, est dans une condition plus élevée que lorsqu'elle lui est unie (6) ; et cela est vrai, surtout dans l'opinion platonicienne  (7), d'après laquelle l'union du corps et de l'âme a pour effet de faire perdre à cette dernière le souvenir des choses qu'elle a auparavant connues et l'empêche de s'élever à la contemplation de la vérité pure. Donc elle n'est pas unie volontairement au corps, à moins que ce ne soit par erreur. Or, il ne peut y avoir en elle aucune cause d'erreur, puisque nos adversaires supposent qu'elle sait tout. Ils ne peuvent pas se retrancher à dire que, lorsqu'il s'agit d'un choix particulier, le jugement qui résulte d'une cause universelle se trouve obscurci par les passions, comme cela a lieu dans les individus qui s'abandonnent à l'intempérance; car les passions capables d'une telle influence sont inséparables d'une certaine modification corporelle, et pour cette raison, l'âme séparée n'en est pas susceptible. Donc, si l'âme eût existé avant le corps, elle ne lui serait pas unie en vertu de sa propre volonté.

2° Tout effet résultant du concours de deux volontés non coordonnées entre elles est purement fortuit. On pourrait donner pour exemple une personne qui, se rendant sur la place publique pour faire une acquisition, y rencontre son créancier arrivé là sans s'être préalablement concerté avec elle Or, il n'y a nul rapport entre la volonté qui détermine le père à l'acte d'où dépend la génération du corps et la volonté de l'âme séparée qui veut s'unir à ce corps. Donc, puisque l'union du corps et de l'âme ne peut se réaliser sans le concours de ces deux volontés, il s'ensuit qu'elle est fortuite, et par conséquent, la génération de l'homme n'a pas pour cause la nature, mais le hasard; ce qui est évidemment faux, puisqu'elle se produit de la même manière dans la plupart des cas.

A ceux qui nous répondraient que l'âme n'est unie avec le corps…
_________________________________________

(6) Il faut observer que saint Thomas raisonne ici dans l'opinion même de ses adversaires, qu'il combattra directement bientôt. (7) Cette  note est libellée en latin; sur demande, nous la publierons. Bien à vous.

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Message  Louis Mer 26 Juil 2023, 6:19 am


De l’âme.

LXXXIII

Raisons qui semblent prouver que l'âme humaine
n'est pas créée avec le corps, mais a éternellement existé.

SUITE

A ceux qui nous répondraient que l'âme n'est unie avec le corps, ni à raison de sa nature, ni par sa propre volonté, mais en vertu d'une disposition divine, nous dirons que la difficulté subsiste tout entière, s'il est vrai que les âmes ont été créées avant les corps. Car :

1º Dieu a placé tous les êtres dans la condition qui convient à leur nature; c'est pourquoi il est dit de chaque créature : Dieu vit que cela était bon (Gen., I, 10 et suiv.); et de toutes ensemble : Dieu vit toutes les choses qu'il avait faites ; et elles étaient très bonnes ( ibid., I, 31 ). En supposant donc qu'il ait créé les âmes séparément des corps, nous sommes forcés d'admettre que ce mode d'existence est le plus convenable pour leur nature. Or, l'ordre établi par la divine bonté ne peut avoir pour effet de faire descendre les êtres à un degré inférieur, mais bien plutôt de les élever à un état meilleur. Donc l'union de l'âme avec le corps ne saurait être le résultat d'une disposition divine.

2° L'ordre établi par la sagesse divine ne permet pas que les substances les plus viles s'ennoblissent au détriment des substances supérieures. Or, les corps, qui sont successivement produits et soumis à la destruction, sont au dernier degré de l'échelle des êtres. Donc l'ordre fixé par la sagesse divine s'oppose à ce que, pour ennoblir les corps des hommes, des âmes, dont l'existence leur est antérieure, soient unies avec eux, puisque, comme on le voit assez par tout ce qui précède, cette union ne peut avoir lieu qu'au détriment des âmes.

Origène comprit bien cette difficulté : c'est pourquoi, après avoir affirmé que les âmes humaines ont été créées dès le commencement, il ajoute qu'elles sont unies à des corps par la volonté de Dieu, mais que c'est pour elles un châtiment. Il suppose qu'avant l'existence des corps ces âmes ont péché, et que suivant la gravité de leur faute, elles ont été unies à des corps plus ou moins nobles, qui leur servent de prison ( 8 ).

Mais cette opinion ne peut se soutenir. Car :…
__________________________________________________

( 8 ) Cette  note  est  libellée en latin; sur demande, nous la publierons. Bien à vous.

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Message  Louis Jeu 27 Juil 2023, 6:55 am


De l’âme.

LXXXIII

Raisons qui semblent prouver que l'âme humaine
n'est pas créée avec le corps, mais a éternellement existé.

SUITE

Origène comprit bien cette difficulté : c'est pourquoi, après avoir affirmé que les âmes humaines ont été créées dès le commencement, il ajoute qu'elles sont unies à des corps par la volonté de Dieu, mais que c'est pour elles un châtiment. Il suppose qu'avant l'existence des corps ces âmes ont péché, et que suivant la gravité de leur faute, elles ont été unies à des corps plus ou moins nobles, qui leur servent de prison ( 8 ).

Mais cette opinion ne peut se soutenir. Car :

1º Toute peine est opposée à un bien naturel, et c'est pour cela qu'on lui donne le nom de mal. Si donc l'union de l'âme et du corps est une punition, elle n'est pas un bien naturel. Or, c'est ce qu'on ne peut admettre; car elle est dans l'intention de la nature, puisque c'est là le terme de la génération naturelle. Il s'ensuit, en second lieu, que la qualité d'homme n'est pas un bien suivant la nature, quoiqu'il soit dit après la création de l'homme : Dieu vit toutes les choses qu'il avait faites; et elles étaient très bonnes [Gen. I, 31].

2° Le bien ne peut résulter du mal que par accident. Si donc à cause du péché commis par une âme séparée, il a été décrété que cette âme serait unie à un corps, comme il y a en cela un certain bien, ce bien sera accidentel. Donc l'homme n’a  été formé que par hasard ; conclusion qui fait injure à la divine sagesse, dont il est dit : Vous avez ordonné toutes choses avec mesure, avec nombre et avec poids [Sap.,XI, 21].

Cette doctrine est en contradiction manifeste avec celle de l'apôtre saint Paul, qui s'exprime ainsi en parlant de Jacob et d'Esaü : Avant qu'ils fussent nés, ou qu'ils eussent rien fait de bon ou de mauvais, il fut dit que l'aîné servirait le plus jeune [Rom., IX, 11,12 et 13] (9). Donc leurs âmes n'avaient commis aucun péché avant que cette parole eût été prononcée, bien qu'elle fût postérieure à leur conception, comme on peut s'en assurer [Gen. XXV, 23].

En traitant la question de la distinction des êtres [ch. 44], nous avons déjà combattu l'opinion d'Origène par plusieurs raisons que nous pourrions également reproduire ici ; c'est pourquoi, sans nous y arrêter de nouveau, nous passons à d'autres arguments.

4° Les sens sont nécessaires à l'âme humaine…
________________________________________________

( 8 ) Cette  note  est  libellée en latin; sur demande, nous la publierons. Bien à vous. (9) Cette  note  est  libellée en latin; sur demande, nous la publierons. Bien à vous.

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Message  Louis Ven 28 Juil 2023, 6:38 am


De l’âme.

LXXXIII

Raisons qui semblent prouver que l'âme humaine
n'est pas créée avec le corps, mais a éternellement existé.

Origène comprit bien cette difficulté : c'est pourquoi, après avoir affirmé que les âmes humaines ont été créées dès le commencement, il ajoute qu'elles sont unies à des corps par la volonté de Dieu, mais que c'est pour elles un châtiment. Il suppose qu'avant l'existence des corps ces âmes ont péché, et que suivant la gravité de leur faute, elles ont été unies à des corps plus ou moins nobles, qui leur servent de prison ( 8 ).


Mais cette opinion ne peut se soutenir. Car :

SUITE

4° Les sens sont nécessaires à l'âme humaine, ou bien elle peut s'en passer, et cette proposition disjonctive n'admet pas de moyen terme. Or, l'expérience nous démontre que les sens lui sont indispensables; car l'individu qui manque de quelqu'un des sens est aussi privé de la connaissance des objets sensibles qui nous sont révélés par ce sens : l'aveugle-né, par exemple, est étranger à la notion des couleurs, et ne les connaît sous aucun rapport. En outre, si les sens n'étaient pas nécessaires à l'âme humaine pour connaître, il n'y aurait dans l'homme aucun rapport entre la perception des sens et celle de l'intelligence, et nous voyons que le contraire a lieu; car la perception des sens est le principe de la mémoire, et c'est sur cette dernière que repose l'expérience, à l'aide de laquelle nous parvenons à comprendre ce qu'il y a d'universel dans les sciences et les principes des arts (10).

Si donc l'âme humaine ne peut connaître sans les sens, comme la nature ne laisse manquer les êtres d'aucune des choses nécessaires pour réaliser complètement leurs opérations propres, et qu'elle donne, par exemple, aux animaux doués d'une âme sensitive et motrice les organes convenables pour produire la sensation et le mouvement, l'âme humaine n'aurait pas été privée, lors de sa création, des sens qui sont pour elle des instruments indispensables. Or, l'opération sensitive est impossible sans les organes corporels [ch. 57 et 78]. Donc l'âme n'a pas été créée sans ces organes. Si l'on prétend, au contraire, que l'âme humaine peut se passer des sens pour connaître, et qu'elle a été créée sans le corps, on sera obligé d'accorder qu'avant d'être unie au corps elle connaissait par elle-même ce qu'il y a de vrai dans toutes les sciences.

Les disciples de Platon l'admettent, puisqu'ils considèrent comme étant causes de la science les idées qui, d'après le sentiment de leur maître, sont les formes intelligibles et séparées des choses (11). D'où il suit que l'âme, lorsqu'elle était séparée, ne rencontrant aucun obstacle, avait une connaissance pleine et entière de chaque science. Puisque durant son union avec le corps elle est plongée dans l'ignorance, nous sommes forcés d'en conclure qu'elle a oublié la science qu'elle possédait autrefois. Les partisans des doctrines platoniciennes en conviennent, et ils en voient la preuve en ce que, si l'on interroge sur l'objet de chaque science et en suivant un ordre logique, le premier venu, quelque ignorant qu'il soit, ses réponses sont toujours conformes à la vérité. Il arrive quelque chose de semblable lorsque, dans un discours suivi, on entretient une personne de choses auparavant oubliées et qu'on lui remet ainsi en mémoire. Et de tout cela il résulte qu'apprendre n'est autre chose que se ressouvenir.

Ce système nous conduit donc nécessairement à conclure que l'union du corps et de l'âme a pour effet d'entraver les opérations de l'intelligence. Or, la nature, en adjoignant quelque chose à un être, ne cherche jamais à gêner son opération, mais bien plutôt à la perfectionner. Donc l'union du corps et de l'âme ne sera pas naturelle. Donc l'homme ne sera pas un être avoué par la nature, dont les lois seront violées dans sa génération; conséquences dont la fausseté est manifeste.

5° La fin dernière de chaque être consiste dans le but auquel cet être s'efforce d'arriver par ses opérations…
______________________________________________________

( 8 ) Cette  note  est  libellée en latin; sur demande, nous la publierons. Bien à vous.
(10) Cette doctrine est parfaitement conforme à celle d'Aristote, qui s'exprime ainsi : « Cette doctrine d’Aristote  est  libellée  en latin; sur demande, nous la publierons. Bien à vous.»  
(11) Voyez la note 4 du ch. 74. N.D.L.R. Cette note 4  est aussi libellée en latin; sur demande, nous la publierons. Bien à vous.

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Message  Louis Sam 29 Juil 2023, 5:51 am


De l’âme.

LXXXIII

Raisons qui semblent prouver que l'âme humaine
n'est pas créée avec le corps, mais a éternellement existé.

Origène comprit bien cette difficulté : c'est pourquoi, après avoir affirmé que les âmes humaines ont été créées dès le commencement, il ajoute qu'elles sont unies à des corps par la volonté de Dieu, mais que c'est pour elles un châtiment. Il suppose qu'avant l'existence des corps ces âmes ont péché, et que suivant la gravité de leur faute, elles ont été unies à des corps plus ou moins nobles, qui leur servent de prison ( 8 ).


Mais cette opinion ne peut se soutenir. Car :

SUITE

5° La fin dernière de chaque être consiste dans le but auquel cet être s'efforce d'arriver par ses opérations. Or, toutes les opérations propres de l'homme, lorsqu'elles sont faites dans l'ordre convenable et conformément à la règle, ont pour but de découvrir la vérité ; car les opérations des puissances actives préparent et disposent en quelque sorte à l'usage des puissances contemplatives. Donc la fin de l'homme est la contemplation de la vérité. Donc c'est pour cela que l'âme est unie au corps ; car cette union constitue l'homme. Donc il n'est pas vrai que l'âme, en s'unissant au corps, perd la science qu'elle possédait ; mais elle s'unit avec lui pour acquérir la science.

Si l'on interroge un homme étranger aux sciences sur les divers objets de chacune, ses réponses ne seront justes qu'autant qu'elles porteront sur les principes universels que personne n'ignore et que tous connaissent naturellement et de la même manière. En lui adressant des questions ultérieures, suivant l'ordre convenable, il répondra exactement sur les choses qui se rapprochent le plus des premiers principes, sur lesquels son attention restera fixée ; et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'il puisse appliquer la notion vraie qu'il possède des premiers principes aux choses qu'on lui demande. Il est donc évident que ces premiers principes produisent, dans celui que l'on interroge, une notion nouvelle. Donc ce n'est pas une simple réminiscence d'une connaissance antérieure.

En supposant que la connaissance des conclusions soit aussi naturelle à l'âme que celle des principes, tous les hommes connaîtraient également les conclusions aussi bien que les principes; car ce qui est dans la nature se retrouve invariablement chez tous les individus. Or, tous les hommes n'ont pas une connaissance égale des conclusions, mais seulement des principes. Donc nous connaissons tous naturellement les principes, et non les conclusions. Or, ce qui n'est pas dans la nature s'acquiert au moyen de ce qui est naturel, de même qu'à l'aide des mains on réalise extérieurement tous les objets d'art. Donc la connaissance des conclusions est pour nous une dérivation des principes.

8° Comme la nature tend sans cesse à l'unité, chaque faculté doit naturellement avoir un seul objet : par exemple…
___________________________________________________________

( 8 ) Cette  note  est  libellée en latin; sur demande, nous la publierons. Bien à vous.


Dernière édition par Louis le Lun 31 Juil 2023, 8:04 am, édité 1 fois (Raison : Enlever une balise.)

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Message  Louis Dim 30 Juil 2023, 5:37 am


De l’âme.

LXXXIII

Raisons qui semblent prouver que l'âme humaine
n'est pas créée avec le corps, mais a éternellement existé.

Origène comprit bien cette difficulté : c'est pourquoi, après avoir affirmé que les âmes humaines ont été créées dès le commencement, il ajoute qu'elles sont unies à des corps par la volonté de Dieu, mais que c'est pour elles un châtiment. Il suppose qu'avant l'existence des corps ces âmes ont péché, et que suivant la gravité de leur faute, elles ont été unies à des corps plus ou moins nobles, qui leur servent de prison ( 8 ).

Mais cette opinion ne peut se soutenir. Car :

SUITE

8° Comme la nature tend sans cesse à l'unité, chaque faculté doit naturellement avoir un seul objet : par exemple, l'objet propre de la vue est la couleur, et celui de l'ouïe est le son. Donc l'objet naturel de l'intelligence est unique, de même que cette faculté, et elle le connaît essentiellement et naturellement. Cet objet ne peut être que ce qui renferme en soi toutes les choses connues par l'intelligence, de la même manière que le terme de couleur comprend toutes les couleurs visibles par elles-mêmes; et l'être seul [pris en général] remplit cette condition. Donc notre intelligence connaît naturellement l'être [ens] et tout ce qui appartient essentiellement à l'être , en tant que tel; et c'est sur cette connaissance que repose la notion des première principes, tels que celui-ci : On ne peut affirmer et nier en même temps la même chose, et les autres semblables. Donc notre intelligence ne connaît naturellement que ces seuls principes, et par eux elle arrive aux conclusions; de même que la vue saisit au moyen de la couleur tous les objets sensibles, aussi bien ceux qui le sont toujours que ceux qui le deviennent par accident.

9° Ce qui nous vient par les sens n'a pu être dans l'âme avant l'existence du corps. Or, c'est au moyen des objets sensibles que nous connaissons les principes eux-mêmes; car si nous n'eussions par eu, par les sens, la perception d'un tout quelconque, il nous était impossible de savoir que le tout est plus grand que la partie, et il en serait de nous comme de l'aveugle-né, qui est absolument insensible aux couleurs. Donc il n'y avait dans l'âme aucune notion des principes, et, à plus forte raison, de leurs conséquences, avant l'existence du corps. Donc la raison donnée par Platon, que l'âme existait avant d'être unie au corps, n'a rien de solide.

10° Si l'on veut que toutes les âmes aient existé avant les corps auxquels elles sont unies …
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( 8 ) Cette  note  est  libellée en latin; sur demande, nous la publierons. Bien à vous.

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Message  Louis Lun 31 Juil 2023, 6:38 am


De l’âme.

LXXXIII

Raisons qui semblent prouver que l'âme humaine
n'est pas créée avec le corps, mais a éternellement existé.

Origène comprit bien cette difficulté : c'est pourquoi, après avoir affirmé que les âmes humaines ont été créées dès le commencement, il ajoute qu'elles sont unies à des corps par la volonté de Dieu, mais que c'est pour elles un châtiment. Il suppose qu'avant l'existence des corps ces âmes ont péché, et que suivant la gravité de leur faute, elles ont été unies à des corps plus ou moins nobles, qui leur servent de prison ( 8 ).

Mais cette opinion ne peut se soutenir. Car :

SUITE

10° Si l'on veut que toutes les âmes aient existé avant les corps auxquels elles sont unies, il faut en conclure, selon nous, que par suite des vicissitudes du temps, la même âme se trouve unie à des corps divers; et c'est ce qui résulte clairement de l'opinion qui fait le monde éternel. En effet, si toujours des hommes ont été reproduits, il y a eu un nombre infini de corps humains engendrés et détruits durant tout le cours du temps. Nous sommes donc forcés d'admettre, ou que le nombre des âmes qui ont précédé les corps était actuellement infini, si chaque âme est unie à chaque corps ; ou bien, si ce nombre est limité, que les mêmes âmes s'unissent tantôt à un corps et tantôt à un autre.

— Quand même on accorderait que la génération des hommes n'est pas éternelle, la conséquence reste invariable tant que subsiste l'hypothèse de la préexistence des âmes ; car, bien que cette reproduction n'ait pas toujours eu lieu, il est hors de doute qu'en vertu des lois naturelles, elle peut se continuer à l'infini, puisque chaque individu est naturellement constitué de telle manière que, s'il n'en est pas accidentellement empêché, de même qu'il a été engendré par un autre, il peut engendrer un autre à son tour. Or, il ne saurait en être ainsi dans le cas où, le nombre des âmes étant fini, une seule ne peut être unie [successivement] à plusieurs corps. C'est pour cette raison que la plupart de ceux qui regardent les âmes comme antérieures aux corps font passer chacune d'elles d'un corps à un autre. Cette transmigration nous paraît inadmissible. Donc les âmes n'ont pas existé avant les corps.

Nous prouvons ainsi que
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( 8 ) Cette  note  est  libellée en latin; sur demande, nous la publierons. Bien à vous.  

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Message  Louis Mar 01 Aoû 2023, 5:40 am


De l’âme.

LXXXIII

Raisons qui semblent prouver que l'âme humaine
n'est pas créée avec le corps, mais a éternellement existé.

SUITE

Nous prouvons ainsi que la même âme ne peut pas s'unir à plusieurs corps.

1º  Il n'y a entre les âmes humaines aucune différence spécifique, mais seulement une différence numérique (12); autrement chaque homme serait d'une espèce différente des autres. Or, la différence qui consiste dans le nombre repose sur les principes constitutifs de la matière. Donc les âmes humaines ne peuvent être distinctes entre elles qu'à raison de quelque chose de matériel. Il ne faut pas entendre cette proposition en ce sens que la matière fait partie de l'âme même; car nous avons démontré [ch.49 et 50] que l'âme est une substance intellectuelle et que la matière n'entre dans la composition d'aucune substance intellectuelle. Donc la diversité et la pluralité des âmes doivent être prises, comme nous l'avons dit, dans l'ordre [ou le rapport] qui rattache ces âmes aux diverses matières avec lesquelles elles s'unissent. Si donc il y aune distinction réelle entre les corps, des âmes également distinctes les unes des autres doivent être unies à chacun d'eux. Donc une seule âme n'est pas unie à plusieurs corps.

2° Nous avons prouvé [ch.56 et 57] que l'âme est unie au corps comme sa forme. Or, il existe nécessairement une proportion entre les formes et leurs propres matières, puisqu'elles sont entre elles dans le même rapport que la puissance et l'acte, et que l'acte propre correspond à la propre puissance. Donc la même âme n'est pas unie à plusieurs corps.

3º Il doit y avoir également une proportion entre la puissance du moteur et son mobile…
_________________________________________________

(12) Cette différence numérique n'est autre que la diversité, la distinction ou l'individualité.

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Message  Louis Mer 02 Aoû 2023, 5:47 am


De l’âme.

LXXXIII

Raisons qui semblent prouver que l'âme humaine
n'est pas créée avec le corps, mais a éternellement existé.

SUITE

3º Il doit y avoir également une proportion entre la puissance du moteur et son mobile; car une puissance quelconque ne saurait mouvoir indifféremment tout mobile. Or, quand même l'âme ne serait pas la forme du corps, on n'en serait pas moins obligé de convenir qu'elle est son moteur; et c'est par le sentiment et le mouvement que nous distinguons l'être animé de l'être inanimé (13). Donc la diversité des âmes est en raison de la diversité des corps.

4º Toutes les fois qu'il s'agit d'êtres produits par voie de génération et soumis à la destruction, la génération ne peut avoir pour effet de rétablir l'identité numérique d'un être (14); car la génération et la destruction étant un mouvement [ou changement] qui a pour terme la substance dans les êtres qui sont engendrés et détruits, la substance ne conserve pas son identité, comme cela a lieu tant que le mouvement n'est que local. Or, si la même âme s'unit successivement à plusieurs corps produits par voie de génération, cette génération aura pour résultat un homme qui sera numériquement le même qu'auparavant; et c'est ce qui ressort nécessairement de l'opinion de Platon, pour qui l'homme n'est qu'une âme revêtue d'un corps (15). La même observation s'applique également partout et dans tous les cas; car, puisque l'unité est, de même que l'être, une conséquence de la forme, il doit y avoir identité numérique là où la forme est numériquement une. Donc il ne peut se faire que la même âme s'unisse à plusieurs corps; d'où il suit que les âmes n'ont point existé avant les corps.

Cette vérité est en conformité parfaite avec la foi catholique; car
___________________________________________________________

(13) Cette  note  est  libellée en latin; sur demande, nous la publierons. Bien à vous.

(14) Il faut distinguer deux sortes d''identité : l'identité spécifique et l'identité numérique. La première consiste dans la réunion des attributs essentiels qui constituent l'espèce, et la seconde comprend tout ce qui concourt à la formation de l'individu. La génération peut bien, et doit même nécessairement, si l'ordre naturel n'est pas interverti, reproduire l'identité spécifique, d'après ce principe si souvent rappelé par saint Thomas et qu'il ne faut jamais perdre de vue, que tout agent produit un être semblable à lui : par exemple, l'homme engendre un homme, le cheval, un cheval, et ainsi des autres. Mais il n'en est pas de même de l'individu, et il est absolument impossible que la génération ait pour effet de rétablir l'identité numérique ou la même individualité. Si l'on procède par voie de recomposition, en réunissant des parties qui ont été séparées, on pourra arriver à reconstituer cette identité numérique. Par exemple, que l'on reconstruise un édifice renversé avec les mêmes matériaux, en les disposant exactement dans l'ordre qu'ils constituaient auparavant, sans rien ajouter ni retrancher; ou bien encore, que l'on rassemble les rouages d'une machine démontée, et l'on aura non-seulement un édifice ou une machine semblable, mais la même édifice et la même machine, c'est-à-dire l'identité numérique. Si, au contraire, un être est produit par voie de génération, il sera nécessairement distinct de tous les individus qui l'ont précédé et de tous ceux qui doivent le suivre.

(15) Voyez la note 3 du ch.  57. N.D.L.R.: Cette note 3  est aussi libellée en latin; sur demande, nous la publierons. Bien à vous.

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Message  Louis Jeu 03 Aoû 2023, 5:15 am


De l’âme.

LXXXIII.

Raisons qui semblent prouver que l'âme humaine
n'est pas créée avec le corps, mais a éternellement existé.

SUITE

Cette vérité est en conformité parfaite avec la foi catholique; car il est dit dans les Psaumes : C’est lui qui a formé séparément leurs cœurs [Ps. XXXII, 15], c'est-à-dire que Dieu a créé pour chacun une âme particulière successivement et non en une seule fois, et qu'il n'a pas uni la même âme à plusieurs corps.

Voilà la raison de ce passage du livre des Dogmes ecclésiastiques : « Nous croyons que les âmes des hommes n'ont pas été, au commencement, du nombre des autres natures intellectuelles, et qu'elles n'ont pas été créées toutes ensemble, comme Origène l'a imaginé. » [Gennade, ch. 14.]

LXXXIV. Réponse aux objections dirigées contre la conclusion précédente.

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Message  Louis Ven 04 Aoû 2023, 6:31 am


De l’âme.

LXXXIV

Réponse aux objections dirigées contre la conclusion précédente.

Il est très facile de détruire les arguments par lesquels on essaie de prouver que les âmes ont existé dès l'éternité, ou du moins avant les corps.

1º Nous ne pouvons rejeter la première raison, savoir que l'âme a la vertu d'exister toujours. Mais il faut observer que la vertu ou la puissance d'une chose ne s'étend pas à ce qui a été antérieurement, mais à ce qui est actuellement ou sera dans la suite; c'est pourquoi il n'y a pas de possibilité pour les choses passées. Donc, de ce que l'âme a la vertu d'exister toujours, on ne peut conclure qu'elle a toujours existé, mais seulement qu'elle existera toujours. — En outre, l'effet qu'une vertu est destinée à produire n'en résulte réellement qu'autant que cette vertu est supposée d'avance. Donc, bien que l'âme ait la vertu d'exister toujours, on n'en pourra conclure qu'elle existe toujours qu'après qu'elle aura reçu cette vertu; et si l'on prétend qu'elle l'a eue éternellement, on tombe dans une pétition de principe, en affirmant comme prouvée son éternité, qui est en question.

2º On s'appuie encore sur cette raison : que la vérité connue par l'âme est éternelle…

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Message  Louis Sam 05 Aoû 2023, 6:07 am


De l’âme.

LXXXIV

Réponse aux objections dirigées contre la conclusion précédente.

SUITE

2º On s'appuie encore sur cette raison: que la vérité connue par l'âme est éternelle. Il est nécessaire d'envisager sous deux rapports l'éternité de la vérité connue : d'abord dans l'objet même de la science, ensuite dans le sujet qui la possède. Si la vérité connue est éternelle par rapport à l'objet lui-même, la chose connue est éternelle, mais non le sujet qui connaît. Si, au contraire, la vérité connue est éternelle dans l'être doué de cette connaissance, l'âme intelligente est éternelle. Or, la vérité, qui est dans l'intelligence, n'est pas éternelle dans le second sens, mais seulement dans le premier; car il est évident, par les démonstrations précédentes, que l'intellect actif produit en nous, au moyen des images, de nouvelles espèces intelligibles, à l'aide desquelles notre âme aperçoit la vérité.

Il n'y a donc en cela rien qui prouve que l'âme est éternelle, mais plutôt que les vérités perçues dans l'intelligence reposent sur quelque chose d'éternel. Elles ont pour fondement commun la vérité première, cause universelle qui renferme en elle toute vérité. Le rapport de l'âme avec ce principe éternel n'est pas celui qui rattache le sujet à sa forme, mais le même qui existe entre un être et sa fin propre, puisque le vrai est le bien de l'intelligence et sa fin. Or, il n'est pas plus difficile de fixer la durée d'une chose d'après la nature de sa fin que d'assigner son commencement lorsqu'on connaît la cause active; car l'être dont la fin subsistera toujours doit être capable d'une durée perpétuelle. Par conséquent, l'éternité de la vérité intelligible peut servir à prouver l'immortalité de l'âme, mais non son éternité.

Cette éternité ne ressort pas davantage de l'éternité de l'agent. Cela résulte clairement de toutes les raisons que nous avons données en traitant la question de l'éternité des créatures [ch.31 à 37].

3º La troisième objection, qui se tire de la perfection de l'univers, n'est pas sérieuse…

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Message  Louis Dim 06 Aoû 2023, 6:31 am


De l’âme.

LXXXIV

Réponse aux objections dirigées contre la conclusion précédente.

SUITE

3º La troisième objection, qui se tire de la perfection de l'univers, n'est pas sérieuse. En effet, la perfection de l'univers consiste dans les espèces et non dans les individus, puisque cet univers s'augmente continuellement d'un très grand nombre d'individus appartenant à des espèces préexistantes. Or, les âmes humaines ne se distinguent pas entre elles par l'espèce, mais seulement par le nombre [ch. 75]. Donc il ne répugne pas à la perfection de l'univers que de nouvelles âmes soient successivement créées.

4° On voit par là quelle réponse il faut faire à la quatrième objection…

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Message  Louis Lun 07 Aoû 2023, 6:14 am


De l’âme.

LXXXIV

Réponse aux objections dirigées contre la conclusion précédente.

SUITE

4° On voit par là quelle réponse il faut faire à la quatrième objection. On doit entendre dans le sens que nous venons d'indiquer le passage de l'Écriture où il est dit que Dieu acheva son œuvre, et qu'il se reposa ensuite après avoir terminé tous ses ouvrages (1). Comme cet achèvement, qui n'est autre chose que la perfection des créatures, concerne les espèces et non les individus, de même ce repos divin signifie que Dieu cessa de former des espèces nouvelles, et non des individus nouveaux précédés par d'autres semblables et de même espèce. Par conséquent, puisque toutes les âmes humaines appartiennent à une même espèce aussi bien que tous les hommes, Dieu ne sort pas de ce repos en créant journellement de nouvelles âmes.

Il est bon d'observer qu'Aristote n'enseigne nulle part que l'intelligence humaine est éternelle, expression qu'il emploie habituellement pour désigner une chose qui, dans son opinion, a toujours existé. Il se contente de dire qu'elle est perpétuelle (2), et ce terme peut très bien s'appliquer aux êtres qui doivent exister toujours, quoiqu'ils n'aient pas toujours été. C'est pour cela qu'après avoir indiqué en quoi l'âme intellectuelle diffère des autres formes par sa condition, il n'affirme aucunement que cette forme a précédé la matière, comme Platon le fait en parlant des idées, et comme le sujet abordé par le Philosophe semblait le demander, mais il dit simplement qu'elle survit au corps (3).
________________________________________________

(1), (3) Ces  notes  sont  libellées en latin; sur demande, nous les publierons. Bien à vous. (2) Voyez au ch. 78, la note 1, 15°. N.D.L.R. Cette note 15º  est aussi libellée en latin; sur demande, nous la publierons. Bien à vous.
LXXXV. L’âme ne fait pas partie de la substance de Dieu.…

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Message  Louis Mar 08 Aoû 2023, 6:08 am



De l’âme.

LXXXV

L’âme ne fait pas partie de la substance de Dieu.

Il est évident maintenant que l'âme ne fait pas partie de la substance de Dieu. En effet :

1º Nous avons prouvé que la substance divine est éternelle et que rien de nouveau ne survient en elle [liv. I, ch.15]. Or, les âmes humaines n'ont pas existé avant les corps [ch. 83]. Donc l'âme ne peut appartenir à la substance divine.

2° Il est impossible que Dieu soit la forme d'aucun être [liv. I, ch.27]. Or, l'âme humaine est la forme du corps [ch. 57, et 68 à 72]. Donc elle ne fait pas partie de la substance divine.

3° Toute substance dont il sort un être…

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Message  Louis Mer 09 Aoû 2023, 5:26 am


De l’âme.

LXXXV

L’âme ne fait pas partie de la substance de Dieu.

SUITE

3° Toute substance dont il sort un être quelconque est en puissance relativement à cet être. Or, la substance de Dieu n'est en puissance pour quoi que ce soit, puisqu'elle est un acte pur [liv. I, ch.16]. Donc l'âme ou quelque autre chose ne peut être formée de la substance de Dieu.

4º La substance dont un autre être est formé subit quelque changement. Or, Dieu est absolument immuable [liv. I, ch.13]. Donc rien ne saurait être fait de sa substance.

5º Il est constant que l'âme varie sous le rapport de la science, de la puissance [ou énergie], et de leurs contraires. Or, Dieu n'est sujet à aucun changement essentiel ou accidentel [ibid.]. Donc l'âme ne peut sortir de la substance divine.

6º Dieu est un acte pur et il est exempt de toute puissance passive…

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Message  Louis Jeu 10 Aoû 2023, 5:53 am


De l’âme.

LXXXV

L’âme ne fait pas partie de la substance de Dieu.

SUITE

6º Dieu est un acte pur et il est exempt de toute puissance passive [liv. I, ch.16]. Or, l'âme humaine est à la fois en puissance et en acte; car elle possède un intellect passif, qui est en puissance pour tous les être intelligibles, et un intellect actif [ch.69 et 76]. Donc l’âme humaine ne participe pas à la nature divine.

7º La substance divine étant absolument indivisible, l'âme ne peut être prise dans cette substance, à moins qu'elle ne soit la substance tout entière. Or, la substance divine est nécessairement une [liv. I, ch.42]. Donc, s'il en était ainsi, il n'y aurait pour tous les hommes qu'une seule âme sous le rapport de l'intelligence, contrairement à ce qui a été démontré [ch. 75]. Donc l'âme n'appartient pas à la substance divine.

Trois causes semblent avoir donné naissance à l'opinion que nous combattons…

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Message  Louis Ven 11 Aoû 2023, 6:20 am


De l’âme.

LXXXV

L’âme ne fait pas partie de la substance de Dieu.

SUITE

Trois causes semblent avoir donné naissance à l'opinion que nous combattons :

1° Quelques philosophes ont enseigné qu'il n'existe point de substance incorporelle. C'est pourquoi Dieu n'était pour eux que le plus parfait des corps, que ce corps fût l'air, le feu ou tout autre principe. Ils faisaient participer l'âme à sa nature ; car tous attribuaient à l'âme les mêmes qualités qu'au principe des choses, ainsi que nous le voyons par Aristote (1). D'où il résulte que l'âme est une partie de la substance divine. C'est d'après ce système que Manès en vint à représenter Dieu comme une lumière corporelle qui remplit des espaces infinis, et dont l'âme humaine est une petite portion.— Nous avons fait justice de cette opinion, en prouvant d'abord que Dieu n'est pas un corps [liv. I, ch.20], et ensuite que ni l'âme humaine ni aucune substance intellectuelle ne sont corporelles [ch.65 et 49].

2° D'autres ont pensé qu'il…
_____________________________________________

(1)  Les opinions diverses des anciens philosophes sur la nature de l'âme sont exposées par Aristote dans le 2e chapitre du 1er livre De l'Âme. Tous ces philosophes admettent plus ou moins explicitement la corporéité de l'âme. — Voyez la note 4 du ch. 49, p. 16. => (4) Aristote, dans le 2e chapitre du 1er livre de l'Âme, qu'il serait trop long de reproduire, expose les sentiments divers des anciens philosophes sur cette substance. Selon Démocrite et Leucippe, ce n'est autre chose que le feu et le calorique, et elle est de forme ronde, parce que cette forme est celle qui rend plus facile la pénétration des corps. Les Pythagoriciens la croyaient composée de tous les corpuscules qui s'agitent et voyagent dans l'air, parce qu'ils lui attribuaient la propriété de se mouvoir seule. L'opinion d'Anaxagore se rapproche de la précédente: cependant il paraît établir une distinction entre l'âme et l'intelligence. Quant à Empédocle : « [Texte latin, sur demande, nous le publierons. Bien à vous]» — Selon Thalès, l'âme est un moteur qui participe à la nature de l'aimant. Diogène la confond avec l'air et la regarde comme le principe universel. Critias prétend la trouver dans le sang, qui est le principe de la sensibilité. Toutes les autres opinions reviennent à celles-là ou ne les modifient que très légèrement.

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Message  Louis Sam 12 Aoû 2023, 6:35 am


De l’âme.

LXXXV

L’âme ne fait pas partie de la substance de Dieu.

SUITE

D'autres ont pensé qu'il n'y a pour tous les hommes qu'un seul intellect (2), qui est ou l'intellect actif seul, ou tout ensemble l'intellect actif et l'intellect passif [ch. 76] ; et parce que les anciens considéraient comme étant Dieu toute substance séparée, il suit de là que notre âme, c'est-à-dire l'intelligence par laquelle nous connaissons, est d'une nature divine. C'est pourquoi, même à l'époque où nous sommes, plusieurs auteurs, d'ailleurs soumis aux enseignements de la foi chrétienne, faisant de l'intellect actif quelque chose de séparé, ont positivement affirmé que cet intellect actif est Dieu. — Nous avons établi ci-dessus [ch.73 et 75] que cette hypothèse de l'unité de l'intellect est une erreur.

3º Ce qui a pu donner lieu encore à cette opinion…
_______________________________________

(2)  On se rappelle que c'est la doctrine professée par Alexandre d'Aphrodisée, Avicenne et Averrhoès. Voyez à ce sujet les [ch. 62, 74, 75 et 76].

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Message  Louis Dim 13 Aoû 2023, 4:49 am


De l’âme.

LXXXV

L’âme ne fait pas partie de la substance de Dieu.

SUITE

3º Ce qui a pu donner lieu encore à cette opinion, c'est la ressemblance qui existe entre notre âme et Dieu; car l'opération de connaître, que nous attribuons surtout à Dieu comme son opération propre, ne convient à aucune des substances comprises dans ce monde inférieur, si ce n'est à l'homme à raison de son âme. Quelques-uns ont donc pu croire pour cela que l'âme est une portion de la nature divine, surtout ceux qui admettaient dans leurs systèmes, comme une chose incontestable, l'immortalité de l'âme humaine. L'Écriture elle-même paraît favoriser ce sentiment; car, après cette parole : « Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance [Gen. I, 26], nous lisons : Le Seigneur Dieu forma l'homme du limon de la terre et déposa sur son visage le souffle de la vie [ibid. II, 7]. On a voulu conclure de ce passage que la nature de l'âme est divine, pour cette raison que celui qui souffle sur le visage d'un autre fait passer hors de lui une chose qui est numériquement la même que celle qui était en lui, et qu'en s'exprimant ainsi, l'Écriture semble insinuer que quelque chose de divin a passé de Dieu dans l'homme pour lui donner la vie.

La ressemblance en question ne prouve nullement que l'âme de l'homme fasse partie de la substance divine, puisque son opération de connaître est imparfaite sous plusieurs rapports, et que cette imperfection répugne en Dieu. Une telle ressemblance est donc plutôt le signe indicatif d'une image défectueuse que d'une sorte de consubstantialité. C'est ce que l'Écriture veut nous faire entendre en disant que l'homme a été créé à l'image de Dieu. Cette espèce d'insufflation nous fait voir, par conséquent, que la vie qui a passé de Dieu dans l'homme consiste dans une certaine ressemblance, et non dans l'unité de la substance; et s'il est dit qu'il déposa ce souffle de vie sur son visage, c'est parce que les organes de la plupart des sens étant situés dans cette partie du corps, c'est sur le visage que la vie apparaît d'une manière plus sensible. Ce qui est dit, que Dieu déposa sur le visage de l'homme le souffle de la vie, signifie donc simplement qu'il donna à l'homme l'esprit qui le vivifie, mais sans le prendre dans sa propre substance ; car celui qui souffle physiquement sur le visage d'un autre [et cette action paraît avoir donné lieu à la métaphore] chasse l'air sur son visage, et ne lui communique pour cela aucune partie de sa substance.

LXXXVI. L'âme humaine n'est pas transmise avec le sperme.

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Message  Louis Lun 14 Aoû 2023, 7:06 am


De l’âme.

LXXXVI

L'âme humaine n'est pas transmise avec le sperme.

Il est facile, à l'aide des démonstrations précédentes, de prouver que l'âme humaine n'est point transmise avec le sperme, comme si elle l’accompagnait dans l'acte de la génération. En effet :

1º Aucun des principes, dont les opérations ne peuvent se réaliser sans le corps, ne saurait non plus commencer d'exister sans le corps; car le mode d'existence de la chose est conforme à son opération, puisque tout être opère en sa qualité d'être. Quant aux principes dont les opérations ne dépendent pas du corps, c'est le contraire qui a lieu, et leur production n'est pas le résultat de la génération du corps. Or, l'opération propre à l'âme sensitive et à l'âme nutritive est nécessairement subordonnée au corps [ch. 57 et 68], tandis que l'âme intellectuelle n'exerce la sienne par aucun organe corporel [ch. 69]. Donc la génération du corps a pour effet la production de l'âme nutritive et de l’âme sensitive, mais elle reste étrangère à celle de l'âme intellectuelle. Or, la transmission du sperme a pour but la génération du corps. Donc l'âme nutritive et l'âme sensitive commencent d'exister par le fait de cette transmission, mais non pas l'âme intellectuelle.

Si l'âme humaine commençait d'exister par le fait de la transmission du sperme, cela ne…

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Message  Louis Mar 15 Aoû 2023, 6:02 am


De l’âme.

LXXXVI

L'âme humaine n'est pas transmise avec le sperme.

SUITE

Si l'âme humaine commençait d'exister par le fait de la transmission du sperme, cela ne pourrait avoir lieu que de deux manières. D'abord, parce que cette âme étant en acte dans le sperme, elle se trouverait séparée accidentellement de l’âme de l'individu générateur, de même que le sperme se sépare de son corps, ainsi qu'il arrive pour les animaux annelés, qui vivent après avoir été coupés en morceaux: ils ont en eux une seule âme en acte et plusieurs en puissance, et lorsque leur corps est divisé, cette âme commence d'exister en acte dans chacune des parties vivantes. La seconde manière, c'est que le sperme possède la vertu de produire rame intellectuelle, en sorte que cette âme existe en lui virtuellement, et non en acte.

Or, la première de ces conditions est impossible pour deux raisons.

Premièrement, parce que l'âme intellectuelle étant des trois âmes la plus parfaite et douée d'une plus grande vertu que les deux autres, le propre sujet qu'elle doit perfectionner est le corps, dont les organes sont aussi variés afin que par eux puissent se réaliser ses opérations multiples. Donc elle ne peut être en acte dans le sperme isolé, puisque les âmes mêmes des brutes qui sont des animaux parfaits ne se multiplient pas, comme celles des animaux annelés, lorsqu'on partage le corps.

Secondement, comme l'intelligence, qui est la vertu propre et principale de l'âme intellectuelle, n'est pas l'acte d'une certaine partie du corps, il est impossible qu'elle se trouve accidentellement divisée par suite de la division du corps; et par conséquent il en faut dire autant de l'âme intellectuelle.

La seconde condition présente une impossibilité égale. En effet, le principe actif contenu dans le sperme n'agit de manière à produire la génération de l'animal qu'en modifiant le corps; car aucune vertu résidant dans la matière ne peut agir autrement. Or, dès qu'une forme commence d'exister par une modification de la matière, son être dépend de la matière, puisque c'est cette modification qui la fait passer de la puissance à l'acte ; et par conséquent elle est déterminée à l'être actuel de la matière, qui consiste dans l'union de cette substance avec sa forme. C'est pourquoi, si l'être de la forme commence aussi de la même manière, cet être ne sera autre chose que son union actuelle avec la matière; et ainsi la forme dépendra de la matière, même à raison de son être. En supposant donc que l'âme humaine arrive à l'existence par l'effet du principe actif inhérent au sperme, il s'ensuit que son être dépend de la matière, aussi bien que l'être des autres formes matérielles; et nous avons précédemment démontré le contraire [ch.79].

Donc il est faux, sous tous rapports, que l'âme humaine reçoive l'existence par la transmission du sperme.

3º Toute forme qui arrive à l'être

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Message  Louis Mer 16 Aoû 2023, 5:37 am


De l’âme.

LXXXVI

L'âme humaine n'est pas transmise avec le sperme.

SUITE

3º Toute forme qui arrive à l'être par le fait d'une modification survenue dans la matière est une forme tirée de la puissance passive propre à la matière; car le changement qui convient à cette substance consiste dans le passage de la puissance à l'acte. Or, l'âme intellectuelle ne peut sortir de la puissance passive de la matière, puisque nous avons prouvé [ch. 68] qu'elle excède toute la puissance de cette dernière, à raison de son opération, qu'elle réalise sans le secours de la matière [ch. 69]. Donc l'âme intellectuelle ne reçoit pas l'être par l'effet d'une modification de la matière, ni, par conséquent, en vertu d'un principe actif résidant dans le sperme.

4° Nulle vertu active ne peut étendre son action plus loin que son genre. Or, l'âme intellectuelle est complètement en dehors du genre des corps, puisque aucun d'eux n'est capable de l'opération de connaître, qui est propre à cette âme. Donc il n'est point de vertu corporelle qui puisse produire une âme intellectuelle. Or, l'action du principe actif résidant dans le sperme ne s'exerce que par une vertu corporelle ; car la vertu qui réalise les formes agit au moyen d'une triple chaleur émanée du feu, du ciel et de l'âme. Donc l'âme intellectuelle ne saurait arriver à l'existence en vertu d'un principe actif inhérent au sperme.

5° Il serait absurde de dire qu'une substance intellectuelle peut se trouver divisée par suite de la…

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Somme de la Foi catholique contre les Gentils.  - Page 15 Empty Re: Somme de la Foi catholique contre les Gentils.

Message  Louis Jeu 17 Aoû 2023, 5:59 am


De l’âme.

LXXXVI

L'âme humaine n'est pas transmise avec le sperme.

SUITE

5° Il serait absurde de dire qu'une substance intellectuelle peut se trouver divisée par suite de la division du corps, ou bien être produite par une vertu corporelle. Or, l'âme est au nombre des substances intellectuelles [ch. 68]. Donc elle n'est ni fractionnée avec le sperme, ni amenée à l'existence par une vertu active qui réside dans le sperme; et, par conséquent, elle ne peut, en aucune manière, recevoir son être par la transmission de ce fluide.

Si la génération d'un être est la cause qui en fait exister un autre, le second cessera d'exister lorsque le premier sera détruit. Or, la destruction du corps n'entraîne pas celle de l'âme, puisqu'elle est immortelle [ch. 79], Donc l'âme ne commence pas d'exister à cause de la génération du corps. Or, la transmission du sperme est la cause propre de la génération du corps. Donc cette transmission n'est pas la cause productive de l'âme.

Par là se trouve renversée l'erreur d'Apollinaire et de ses disciples, qui, selon le témoignage de saint Grégoire de Nysse, enseignaient que les âmes engendrent les âmes, de même que les corps engendrent les corps (1).
__________________________________________________

(1) La doctrine établie par saint Thomas dans ce chapitre est très nettement formulée dans le livre des Dogmes ecclésiastiques de Gennade de Marseille, qui se trouve dans le huitième tome des œuvres de saint Augustin, édition des Bénédictins.— « Texte  LATIN » N.D.L.R. sur demande, nous le publierons. Bien à vous.
LXXXVII. Dieu donne l’existence à l’âme par voie de création.

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Bienheureux l'homme qui souffre patiemment la tentation, parce qu'après avoir été éprouvé, il recevra la couronne de vie, que Dieu a promise à ceux qui l'aiment. S. Jacques I : 12.
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