FLEURS DE NOS FORÊTS - Physionomie de plusieurs enfants de nos sauvages du Canada - Par N.-E. Dionne - 1904.

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Message  Roger Boivin Dim 18 Mar 2018, 3:14 pm


Une autre petite histoire édifiante d'une jeune indienne des Montagnes Rocheuses de l'Amérique du Nord :



+


Le Père Augustin Dimier, missionnaire aux Montagnes Rocheuses, écrivait en juin 1900 au rédacteur des Lettres de Jersey :

« Les Nez-Percés sont une tribu indienne des Montagnes Rocheuses. Ils ont été bien lents à se convertir, mais les nouveaux baptisés sont, par leur constance et leur ferveur, la consolation du missionnaire.

« Joséphine, jeune Indienne de cette tribu, fut envoyée par ses parents, chez les Sœurs chargées d'instruire les jeunes filles de cette nation. Elle y resta plusieurs années, et fit preuve d'une piété au-dessus de l'ordinaire. Vers l'âge de dix-sept ou dix-huit ans, elle retourna chez ses parents à l'époque des vacances. Son père lui trouva un parti avantageux ; Joséphine refusa, et obtint d'aller à l'école encore une année. Vers le mois de juin elle tomba malade pour la première fois de sa vie. Une fièvre l'emporta en peu de jours ; elle mourut de la manière la plus édifiante, avec un grand calme de conscience.

« Le père, la mère et tous ses parents résidaient dans leur tribu, à une distance de cent kilomètres pour le moins. Le jour même, et peut-être au moment de la mort, une vieille tante convertie annonça à toute la parenté que Joséphine n'était plus de ce monde, qu'elle l'avait vue monter au ciel, et elle raconta sa vision. Ces braves gens, païens convertis, ne savaient qu'en croire, lorsque leur parvint la nouvelle de la mort. »

« Un mois après, ajoute le P. Dimier, les Sœurs nettoyant leur chapelle, trouvèrent sous une statue de la Sainte Vierge une lettre de Joséphine demandant à Notre-Dame la grâce de mourir à l'école, et de garder la virginité qu'elle avait consacrée à Dieu. La lettre avait été écrite au mois de mai. » En juin, la grâce fut accordée.



_____



LES PHÉNOMÈNES TÉLÉPATHIQUES ET LE SECRET DE L'AU-DELÀ - par le P. D. Lodiel S.J. - 1903 - page 47 :

https://archive.org/stream/lesphnomnest00lodi#page/46/mode/2up


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Message  Roger Boivin Sam 14 Juil 2018, 7:52 pm




Voici maintenant quelques extraits tirés de l'HISTOIRE DE LA VÉNÉRABLE MÈRE MARIE DE L'INCARNATION, par Claude Martin, édition 1892, et placé sur TE DEUM par Louis ici : https://messe.forumactif.org/t7905p25-mere-marie-de-l-incarnation-iere-superieure-des-ursulines-de-quebec#139132

(Ouvrage en deux tomes que l'on retrouve dans Open Library[i] :
tome I, page 385 : https://archive.org/stream/histoiredelavn01mart#page/384/mode/2up
et suite dans le IIe tome ici : https://archive.org/stream/histoiredelavn02mart#page/34/mode/2up )

___

Je débute par un texte parlant de l'état de la colonie et des sauvages au moment de l'arrivée des Ursulines :


[i]État de la colonie et des sauvages au moment de l'arrivée des Ursulines.

Au moment de l'arrivée des Ursulines, la colonie était très peu nombreuse encore. Elle ne se composait que de deux cent cinquante personnes environ. Mais les qualités morales de ces premiers colons compensaient leur petit nombre. Ils ne formaient entre eux qu'une famille, dont M. de Montmagny était à la fois le chef et le père.

Autour d'elle, vivaient en grand nombre les peuplades sauvages, assez différentes de mœurs et de langage. Les plus proches de Québec étaient celles des Algonquins, groupées surtout au nord de l'embouchure du Saint-Laurent. Plus loin, du côté de l'ouest et sur les bords du grand fleuve, habitaient les Hurons, de mœurs moins douces que les Algonquins, plus nombreux, belliqueux et quelquefois même féroces. La prédication de l'Évangile n'avait pas tardé cependant à porter chez eux des fruits abondants et vraiment magnifiques de dévotion et de piété. Quant aux Algonquins, évangélisés avant même les Hurons, ils avaient encore moins opposé de résistance à l'action de la grâce.

Mais où la bonne nouvelle fut longtemps combattue, et ne put se répandre qu'au prix des plus grands sacrifices, ce fut chez les Iroquois, peuple essentiellement farouche et superstitieux, cruel et sanguinaire, qui habitait au delà des Hurons dans l'intérieur de cette partie septentrionale du continent américain. Ces sauvages étaient continuellement en guerre contre leurs voisins. Leurs invasions mirent même à plusieurs reprises la colonie française du Canada à deux doigts de sa ruine. Pendant plus d'un siècle la France eut à lutter contre eux, sans pouvoir les réduire ; et nous verrons plus loin quels affreux supplices ils infligèrent aux apôtres des Hurons qui s'efforçaient de leur apporter à eux aussi les lumières et les bienfaits de la foi.

Ce simple coup d'œil sur les tribus sauvages du Canada suffira pour faire comprendre l'étendue et l'importance de la Mission de la Nouvelle-France, aussi bien que ses nombreuses difficultés et ses graves périls.

Les sauvages, dont un grand nombre n'étaient pas encore convertis, inspiraient, on le comprend, une terreur très vive à la petite colonie française. On raconte que, pendant de nombreuses années, elle ne put subsister que moyennant les provisions de bouche et les effets apportés de France, car personne n'osait s'aventurer au delà des petits forts bâtis çà et là aux environs de Québec.

Mais si ces commencements de colonisation étaient durs et pénibles, les hommes généreux et vaillants qui l'avaient entreprise ne comptaient pour rien les fatigues quand il s'agissait d'étendre le règne de Dieu et d'honorer la France. Le précieux concours des saintes religieuses conduites par notre Mère de l'Incarnation et Mme de la Peltrie vint d'ailleurs contribuer beaucoup à leur faciliter ce grand œuvre. La sanctification et l'éducation de la femme ne sont-elles pas, en effet, les principaux éléments de véritable civilisation et de salut d'un pays, de même que sa dépravation est toujours la cause certaine de sa ruine ?



Et je poursuit par :

Louis a écrit:

Les principales élèves sauvages.

Pourrait-on se lasser d'entendre de tels récits ! Mais nous trouvons dans la Correspondance de la vénérée Mère de l'Incarnation des détails sur les premiers temps de la colonisation du Canada bien plus précieux et bien plus intéressants encore. Voici, entre autres choses, quelques portraits de ses premières élèves, dans une lettre écrite à une dame, à la date du 3 septembre 1640, un an à peine après son arrivée au Canada :

« La première séminariste sauvage qu'on nous donna, appelée Marie Negabmat, était si accoutumée à courir dans les bois, qu'on perdait toute espérance de la retenir dans le séminaire. Le R. P. le Jeune, qui avait porté son père à nous la donner, envoya avec elles deux grandes filles sauvages chrétiennes qui demeurèrent quelque temps avec elle pour la fixer ; mais ce fut en vain, car elle s'enfuit quatre jours après dans les bois, ayant mis en pièces une robe que nous lui avions donnée. Son père, qui est un excellent chrétien, et qui vit comme un saint, lui commanda de revenir au séminaire, ce qu'elle fit. Elle n'y fut pas deux jours, qu'il y eut un changement admirable : elle ne semblait plus être elle-même, tant elle était portée à la prière et aux pratiques de la piété chrétienne ; en sorte qu'aujourd’hui elle est l'exemple des filles de Québec, quoiqu'elles soient toutes très bien élevées. Sitôt qu'elle a fait une faute, elle vient en demander pardon à genoux, et elle fait les pénitences avec une douceur et une affabilité incroyables. En un mot, on ne peut la regarder sans être touché de dévotion, tant   son  visage  marque   d'innocence   et  de   grâce intérieure.

« En même temps, on nous donna une grande fille, âgée de dix-sept ans, appelée Marie Amiskviam…


Dernière édition par Roger Boivin le Jeu 26 Juil 2018, 8:14 pm, édité 1 fois
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Message  Roger Boivin Sam 14 Juil 2018, 7:53 pm

Louis a écrit:
Les principales élèves sauvages.

(suite)

« En même temps, on nous donna une grande fille, âgée de dix-sept ans, appelée Marie Amiskviam. Il ne se peut rien voir de plus souple, ni de plus innocent, ni encore de plus candide; car nous ne l'avons pas surprise une seule fois dans le mensonge, ce qui est une grande vertu dans les sauvages. Si ses compagnes l'accusent, elle ne s'excuse jamais. Elle est si ardente à prier Dieu, qu'il ne faut jamais l'avertir de le faire ; elle y porte même les autres, et il semble qu'elle est leur mère, tant elle a de charité pour elles. Elle a un grand esprit pour retenir ce qu'on lui enseigne, particulièrement des mystères de notre sainte foi ; ce qui nous fait espérer qu'elle fera un grand bien, quand elle sera retournée avec les sauvages. Elle est recherchée en mariage par un Français; mais on a dessein de la donner à un de sa nation, à cause de l'exemple qu'on espère qu'elle donnera aux sauvages. Oh ! si Dieu donnait la dévotion à quelques personnes de France d'aider à lui faire une petite maison ! Elle ferait, sans doute, une œuvre d'un très grand mérite. Cette fille nous a beaucoup aidées dans l'étude de la langue, parce qu'elle parle bien français. Enfin elle gagne le cœur de tout le monde par sa grande douceur et par ses belles qualités.

« Votre filleule, Marie-Madeleine Abatenau…
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Message  Roger Boivin Sam 14 Juil 2018, 7:53 pm

Louis a écrit:
Les principales élèves sauvages.

(suite)

« Votre filleule, Marie-Madeleine Abatenau, nous fut donnée toute couverte de petite vérole et n'ayant encore que six ans. A cet âge elle seule avait servi, dans la maladie dont ils moururent, son père et sa mère avec tant d'adresse, qu'elle était l'admiration de ceux qui la voyaient. Il ne se peut voir un enfant plus obéissante : elle prévient même l'obéissance, car elle a l'adresse de se placer dans les lieux où elle prévoit qu'on pourra l'employer, et elle fait si bien ce qu'on lui commande, et de si bonne grâce, qu'on la prendrait pour une fille de qualité ; aussi est-elle votre filleule, je dirais volontiers votre fille en Jésus-Christ. J'ajouterai, pour votre consolation, qu'elle sait par cœur son catéchisme et les prières chrétiennes, qu'elle récite avec une dévotion capable d'en donner à ceux qui la voient.

« Marie-Ursule Gamitien, filleule de Mlle de Chevreuse, n'est âgée que de cinq à six ans ; toute petite qu'elle est, elle ne nous donne pas de peine à lui faire faire son devoir de chrétienne, car elle n'est pas plus tôt éveillée, qu'elle se met d'elle-même en devoir de prier Dieu ; elle dit son chapelet pendant la messe, et chante des cantiques en sa langue sauvage.

« Agnès Chabdikuchich nous fut donnée en même temps. Le nom d'Agnès lui convient très bien, car c'est un agneau en douceur et en simplicité. Quelque temps avant que d'entrer au séminaire, elle rencontra le R. P. de Quen dans le bois où elle coupait sa provision ; elle ne l'eut pas plus tôt aperçu, qu'elle jeta sa hache à l'écart, et lui dit : « Enseigne-moi. » Elle fit cette action de si bonne grâce, qu'il en fut sensiblement touché, et, pour satisfaire sa ferveur, il la mena au séminaire avec une de ses compagnes, où elles se rendirent en peu de temps capables du saint baptême. Elle a fait de très grands progrès auprès de nous, tant dans la connaissance des mystères que dans les bonnes mœurs, dans les ouvrages manuels, à lire, à jouer de la viole, et en mille autres petites adresses. Elle n'a que douze ans, et a fait sa première communion à Pâques, avec trois de ses compagnes.

« Nicole Assepanse nous fut donnée le même jour…
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Message  Roger Boivin Sam 14 Juil 2018, 7:54 pm

Louis a écrit:
Les principales élèves sauvages.

(suite)

« Nicole Assepanse nous fut donnée le même jour, âgée de sept ans. Ses parents, qui sont les plus considérables d'entre les sauvages, nous prièrent de la recevoir pour un temps, parce qu'elle ne pouvait les suivre à la chasse. Cette fille a l'esprit si ouvert, qu'elle est capable d'instruction comme une fille de vingt ans. Elle n'avait été que cinq mois au séminaire, et déjà elle savait rendre compte des principaux points de notre foi, sachant parfaitement le catéchisme et les exercices du chrétien. Lorsque sa mère vint la chercher au retour de la chasse, la petite fille lui faisait faire les prières ; j'admirais la simplicité de la mère, qui n'était pas encore baptisée, de recevoir l'instruction de sa fille avec tant d'ardeur et de docilité. Ravie d'aise de l'entendre prier Dieu, elle lui disait : « Ma fille, tu nous instruiras, ton père et moi ; si tu voulais demeurer encore au séminaire, où tu es tant aimée, tu deviendrais encore bien plus capable de le faire. » Cette fille néanmoins ne put quitter sa mère, qui n'a pas d'autre enfant; mais elle lui disait : « Encore que je m'en veuille aller, ce n'est pas que je manque d'aucune chose; je mange tout que je veux, les vierges me donnent de beaux habits, et elles m'aiment beaucoup; mais je ne puis vous quitter. » Ainsi on la retira pour l'emmener dans les cabanes, où elle est admirée de tous les sauvages.

« Je serais trop longue de vous parler séparément de toutes; mais je vous dirai, en général, que ces enfants nous aiment plus que leurs parents, ne témoignant aucun désir de les suivre, ce qui est fort extraordinaire chez les sauvages. Elles se forment sur nous autant que leur âge et leur condition le peuvent permettre. Lorsque nous faisions nos exercices spirituels, elles gardaient un continuel silence, elles n'osaient pas même lever les yeux ni nous regarder, pensant que cela nous interrompait. Mais aussi, quand nous les eûmes finis, on ne peut exprimer les caresses qu'elles nous firent, ce qu'elles ne font jamais à leurs mères naturelles. Quatre communièrent à Pâques; elles firent cette action avec tant de pureté, que la moindre ombre de péché leur faisait peur, et avec tant d'ardeur et de désir de s'unir à Notre-Seigneur, que, dans l'attente de le recevoir, elles s'écriaient: « Oh! quand sera-ce que Jésus nous viendra baiser au cœur ? » Le R. P. Pijart, qui les avait baptisées et instruites pour la communion, les voyant se comporter avec une modestie tout angélique, ne put retenir ses larmes. Nous en avons dix-huit, sans parler des femmes sauvages, qui ont permission d'entrer au lieu destiné à l'instruction des Françaises et des sauvages, où elles ne manquent pas de se trouver. »

Tels sont les touchants détails que notre vénérée Mère nous a laissés sur ses premières élèves sauvages, mais...
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Message  Roger Boivin Sam 14 Juil 2018, 7:57 pm

Louis a écrit:
Mœurs et habitudes des sauvages.

Tels sont les touchants détails que notre vénérée Mère nous a laissés sur ses premières élèves sauvages, mais il ne sera pas inutile de lui emprunter encore quelques renseignements non moins touchants sur les mœurs, les coutumes de leurs parents, et sur la nature du pays lui-même. Voici à cet égard ce que nous lisons dans une de ses lettres : a

« Ils sont habillés l'été et l'hiver. L'été, ils ont une peau d'orignac, grande comme celle d'un bœuf, carrée comme une couverture, qu'ils mettent sur leurs épaules. Ils l'attachent avec une courroie, en sorte que leurs bras sortent tout nus ; ils n'ont que cela avec le brayer, ayant les pieds et la tête nus. Chez eux, à la campagne et quand ils se battent avec leurs ennemis, ils sont nus comme la main et n'ont que le brayer, qui les couvre assez modestement. Ils ont la peau minime à cause du soleil, et des graisses dont ils s'oignent par tout le corps. Ils ont pour la plupart le visage tatoué avec des raies rouges et bleues. L'hiver, ils ont pour robes des couvertures de lits accommodées comme celles dont je viens de parler, excepté qu'elles ont des manches de même. Ils ont des chausses de cuir ou des couvertures usées qui leur vont jusqu'à la ceinture. Ils ont là-dessus une veste de castor avec son poil en guise de manteau. Ceux qui se couvrent la tête, traitent pour des bonnets de nuit rouges au magasin. Ils ont aussi des capotes ou des tapaborts. Voilà pour ceux qui sont bien habillés.

« Mais il y en a qui sont presque nus en tout temps par pauvreté. Les femmes sont fort modestement vêtues, ayant toujours des ceintures qui les serrent (car les hommes n'en ont presque jamais, leurs robes allant au gré du vent). Leurs robes vont en bas jusqu'à mi-jambes, et en haut jusqu'au haut du cou, ayant presque toujours les bras couverts. Elles se couvrent aussi la tête d'un bonnet de nuit d'homme, ou d'un castor ou d'un tapabort. Leurs cheveux sont abattus sur le visage et liés par derrière ; et communément elles sont fort modestes et pudiques. Nous faisons de petites simares à nos séminaristes et les coiffons à la française. On aurait de la peine à distinguer un homme d'une femme, sans cette différence d'ajustement dont je viens de parler, car leurs visages sont tous semblables. Leurs souliers sont de peau d'orignac, préparée comme celle de buffle. Ils en froncent un morceau par le bout, mettent une pièce carrée au talon, passent une petite courroie comme à une bourse, et voilà leurs souliers faits. Les Français n'en portent point d'autres l'hiver, parce qu'on ne peut sortir pour marcher sur la neige qu'avec des raquettes, et pour cela on ne peut se servir de souliers français. Voilà ce que vous désiriez savoir touchant la façon des maisons et des habits de notre Canada 1. »

A ces précieux détails sur les mœurs et les coutumes des indigènes, notre Mère en donnait encore…
______________________________________________________________________

a Note de Louis: J’ai aéré cette lettre en 2 paragraphes. Bien à vous.1 Lettres historiques. Lettre à son fils, du 27 août 1644.
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Message  Roger Boivin Sam 14 Juil 2018, 7:59 pm

Louis a écrit:
Mœurs et habitudes des sauvages.

(suite)

A ces précieux détails sur les mœurs et les coutumes des indigènes, notre Mère en donnait encore de non moins intéressants sur les productions naturelles du pays. « Nous voyons dans les campagnes des lis sauvages et des martagons. On y voit aussi quantité de cèdres dont les branches nous servent à faire des balais. Il y a encore beaucoup de pins, de sapins et d'épinettes qui demeurent verts pendant tout l'hiver malgré les grands froids.

« Vous me demandez de plus, ajoutait-elle en terminant, si nos sauvages sont aussi parfaits que je le dis dans mes lettres. Je vous dirai qu'en matière de mœurs, je veux dire en leur façon d'agir, de faire un compliment, on n'y voit pas la politesse française. On ne s'est pas étudié à leur apprendre cela, mais bien à leur enseigner solidement les commandements de Dieu et de l'Eglise, les points et les mystères de notre foi, les prières et les pratiques de notre religion, comme sont le signe de la croix, l'examen de conscience et autres semblables actions de piété. Un sauvage se confesse aussi bien qu'un religieux; il est naïf au possible et fait état des plus petites choses. Lorsqu'ils sont tentés, ils font des pénitences publiques avec une admirable humilité. »

Cependant, quoi qu'en dise notre vénérable Mère, dont les tendresses maternelles à l'égard de ses chers sauvages pouvaient bien n'être pas exemptes de quelque illusion, toutes les peuplades indigènes qui habitaient alors les bords du grand fleuve du Saint-Laurent n'avaient pas, tant s'en faut, des mœurs aussi douces. Beaucoup résistaient avec fureur et opiniâtreté au zèle des missionnaires. Et d'ailleurs, si la bonne nouvelle de l'Évangile était déjà, vers le milieu du XVIIesiècle, si répandue dans cette partie de l'Amérique du Nord, l'histoire ne doit pas oublier de dire, sous peine d'être injuste et ingrate, au prix de quelles fatigues, de quels efforts, de quels sacrifices, ces succès apostoliques avaient été obtenus.

A suivre : Chapitre III. Les Apôtres du Canada. https://messe.forumactif.org/t7905p25-mere-marie-de-l-incarnation-iere-superieure-des-ursulines-de-quebec#139320
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Message  Roger Boivin Sam 14 Juil 2018, 10:50 pm


Et je saute dans le chapitre V, ( ici : https://messe.forumactif.org/t7905p50-mere-marie-de-l-incarnation-iere-superieure-des-ursulines-de-quebec#139897 ), toujours du même livre édité sur TD par Louis :

Louis a écrit:
.
CHAPITRE V

UNE  JEUNE CAPTIVE CHEZ LES IR0QU0IS

Confitebor tibi in gentibits, Domine.
Seigneur,  je confesserai votre nom au sein des nations idolâtres.
(II Rois,XXII, 50.)

Divers détails sur les progrès de la foi chez les sauvages et les petites élèves des Ursulines.

En retraçant à grands traits l'histoire de la communauté naissante, nous ne devons oublier ni le succès de l'apostolat de nos vaillantes Ursulines, ni les événements qui se passaient alors au sein de cette glorieuse Église du Canada, dont les intérêts préoccupaient si vivement le cœur de notre vénérable Mère. Ses chers sauvages, son cher Canada, vrai « paradis terrestre, disait-elle,  où la  croix et es épines naissent si amoureusement, que plus on est piqué, plus le cœur est rempli de douceur 1 », n'était-ce point là, en effet, plus encore peut-être que sa chère famille spirituelle, l'objet de ses affections les plus vives ? Ses lettres nous offrent, à cet égard, un témoignage irrécusable. Une mère ne parlerait pas de ses propres enfants autrement qu'elle ne le fait de ses chers sauvages. Elle entre en mille détails, fière de raconter leurs progrès dans la foi et dans la vie chrétienne, heureuse de faire leur éloge. Que ne pouvons-nous rapporter ici tout ce que son cœur y a épanché de sentiments affectueux et maternels ? Glanons du moins çà et là quelques traits.

« Nos petites séminaristes, écrit-elle à la supérieure des Ursulines de Tours, en septembre de cette année 1642, ne vous aiment pas moins que nous. Nous en avons eu cette année au-dessus de nos forces, mais notre bon Maître nous a fait la grâce de pouvoir les faire vivre ainsi que nous. Outre les sauvages sédentaires qui ont passé l'hiver autour de notre maison, nous en avons eu un grand nombre de passagers, qui étaient presque continuellement à notre porte pour demander avec la nourriture spirituelle celle du corps. La Providence du Père céleste a pourvu à tout, en sorte que les chaudières étaient toujours sur le feu; pendant que l'une se vidait, l'autre s'apprêtait.

« Les vaisseaux ne furent pas plus tôt partis l'année dernière, qu'on nous amena un grand nombre de filles sauvages pour les disposer au saint baptême. Au bout de quelque temps, on en baptisa cinq à la fois en notre petite chapelle. Nous y avons vu baptiser aussi un grand nombre d'hommes et de femmes, qui faisaient paraître des sentiments si chrétiens, que nos cœurs fondaient de tendresse et de dévotion. Une jeune femme fut tellement transportée dans cette action, qu'aussitôt qu'on lui eut versé sur la tête les eaux sacrées, elle se tourna vers les assistant en s'écriant: « Ah! c'en est fait, je suis lavée.» Il y avait plus de dix-huit mois qu'elle pressait pour être admise au nombre des enfants de Dieu ; c'est ce qui la fit crier si haut, avec des tressaillements de joie non pareils.

« Un jeune homme que nous vîmes baptiser ne voulut jamais partir, quoique tous les gens le quittassent, qu'il ne fût lavé des eaux du baptême; je l'interrogeai assez longtemps sur les mystères de notre sainte religion, et j'étais ravie de l'entendre et de voir qu'il en avait plus de connaissance que des milliers de chrétiens qui font les savants; ce fut pour cela qu'on le nomma Augustin. Durant son séjour à la chasse, il fut contraint de demeurer avec des païens de sa nation, qui est une des plus corrompues. Ils lui donnèrent de graves sujets d'exercer sa foi et sa patience; mais, quoi qu'ils lui pussent dire, ils ne l'ébranlèrent jamais, et il ne quitta point sa prière, qui est le point sur lequel on le combattait. Etant de retour pour la fête de Pâques, je lui demandai comment il s'était comporté : « Ah ! me dit-il, le diable m'a grandement tenté. — Et que faisais-tu pour le chasser? — Je tenais, répondit-il. en la main le chapelet que tu m'as donné, et je faisais le signe de Jésus (c'est le signe de la croix) ; puis je disais : Aie pitié de moi. Jésus, car j'espère en toi; c'est toi qui me détermines, chasse le diable, afin qu'il ne me trompe point. » Ainsi ce bon néophyte demeura victorieux de ses ennemis visibles et invisibles.

« Comme le grand fleuve de Saint-Laurent a été cette année tout plein de glace, il a servi de pont à nos sauvages, et ils y marchaient comme sur une belle plaine. Nous eûmes toute la satisfaction possible, la veille et le matin du saint jour de Pâques, de les voir accourir à perte d'haleine pour se confesser et communier. Comme nous sommes logées sur le bord de l'eau, ils aperçurent quelques-unes de nous, et s'écrièrent : « Dites-nous si c'est aujourd’hui le jour de Pâques, auquel Jésus est ressuscité. Avons-nous bien compris notre massinahigan? (C'est un papier où on leur marque les jours et les lunes.) — Oui, dîmes-nous ; mais il est tard, et vous êtes en danger de ne point entendre la messe. » A ces mots, ils commencèrent à courir au haut de la montagne et arrivèrent à l'église, où ils eurent encore le temps de faire leurs dévotions. Ils étaient altérés comme des cerfs du désir d'entendre la messe et de recevoir le saint Sacrement, après en avoir été privés près de quatre mois. On les voyait venir par troupes à notre église pour faire leurs prières, et rendre leur première visite au saint Sacrement, et nous prier de leur aider à rendre grâces à Dieu de ce qu'il les avait gardés durant leur chasse, qu'il leur avait donnée très bonne.

« Un excellent chrétien nommé Charles…
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1 Lettres historiques. Lettre XVI. page 337.
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Message  Roger Boivin Sam 14 Juil 2018, 10:51 pm

Louis a écrit:
Divers détails sur les progrès de la foi chez les sauvages et les petites élèves des Ursulines.

(suite)

« Un excellent chrétien nommé Charles, dont les relations parlent avantageusement, fut un des premiers qui arriva la veille de Pâques, avec une grande troupe de femmes et de filles, pour se disposer à la fête. Après son action de grâces, je lui demandai :

« Que veux-tu faire de toutes ces femmes et de ces filles? — Ho, ningue, me dit-il, c'est-à-dire ma mère , je les ai toujours gardées durant la chasse, et je n'avais garde de les laisser seules, de crainte qu'il ne leur arrivât quelque accident; nous avons toujours prié ensemble, et elles n'ont point eu d'autre cabane que la mienne. »

« Ce bon homme, qui mène une vie de saint, n'avait presque rien rapporté de sa chasse, parce qu'il lui avait fallu toujours nourrir ses hôtesses, durant les trois mois de son absence, par un pur zèle de rendre service à Dieu, et pour la conservation de leur pureté. Il eut un zèle apostolique pour aller au Sagenay, afin d'inviter de nouveau sa nation à croire en Dieu. A cet effet, il vint me trouver, et me dit :

« Je te prie de me prêter un crucifix assez grand, je te le rapporterai; je ferai un coffre exprès pour le conserver. » Je lui demandai : « Qu'en veux-tu faire? — Je veux, me dit-il, aller aider au Père de Quen à convertir ma nation. D'ailleurs il y a des lieux très dangereux où il ne saurait aller ; ce sont des sauts dans l'eau, où il faut toujours aller à genoux; moi, j'irai pour convertir mes gens, et je ferai ce voyage, que le Père ne saurait faire sans mourir. »

Je le louai de son dessein, et lui donnai mon crucifix qu'il baisa et caressa avec une très grande dévotion ; puis il sortit aussitôt pour aller trouver sa compagnie, qui était venue ici pour se faire instruire et baptiser. Ce sauvage, devenu apôtre, a enseigné tous ceux de sa nation, en sorte qu'ils sont capables d'être mis au nombre des enfants de Dieu.

Le Père de Quen, qui l'avait attendu à Tadoussac, n'ayant pu passer outre, fut ravi du zèle apostolique de ce bon sauvage, et de voir un si heureux succès de sa prédication, de sorte qu'en peu de temps il en baptisa un grand nombre, réservant à une autre occasion les autres qui ne sont pas sédentaires, pour ne point hasarder le saint baptême, qu'après les avoir bien éprouvés.

« Le bon Victor…
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Message  Roger Boivin Sam 14 Juil 2018, 10:52 pm

Louis a écrit:
Divers détails sur les progrès de la foi chez les sauvages et les petites élèves des Ursulines.

(suite)


« Le bon Victor, qui est un de nos meilleurs chrétiens, ayant peu de mémoire, oublie facilement ses prières. Il n'en n'est pas de même de son intérieur, car il est dans une attention continuelle à Dieu et dans un entretien familier et très intime avec sa divine Majesté ; mais il croit ne rien faire s'il ne fait comme les autres chrétiens. Il vient donc à la grille, et à la première de nous qu'il rencontre il dit:

« Hélas! je n'ai point d'esprit, fais-moi prier Dieu. »

II a la patience de se faire répéter dix ou douze fois une prière, et, la croyant bien savoir, il s'en retourne à sa cabane, où il n'est pas plus tôt arrivé, qu'il l'oublie. Il revient à mains jointes ; il confesse, comme un enfant, qu'il n'a point d'esprit, et prie qu'on recommence à l'instruire. Combien pensez-vous que cette ferveur est agréable à des personnes qui désirent la gloire de Dieu et le salut des âmes? Le bon Charles, dont j'ai parlé ci-dessus, s'accorde très bien avec celui-ci ; car, quand il le visite, il lui dit : « Prions Dieu, mon frère. » Ils se mettent à genoux, et récitent le chapelet trois ou quatre fois, sans se lever. Je n'avais dessein que de vous parler de nos séminaristes ; comme ceux-ci sont passagers, et la plupart du temps à notre grille, il ne m'est pas facile de m'empêcher de parler de leur ferveur, la charité me liant à nos néophytes d'une étrange manière.

« Nous avons eu trois grandes séminaristes qui ont été cet hiver à la chasse avec leurs parents, pour leur aider dans le ménage et à apprêter leur pelleterie. Elles s'appellent Anne-Marie Uthirdchich, Agnès Chabvekche, Louise Aretevir ; elles eurent bien de la peine à se résoudre à ce voyage, parce qu'elles devaient être privées trois mois de la sainte messe et de l'usage des sacrements ; mais, leurs parents étant de nos principaux chrétiens, on ne put les refuser. Nous les garnîmes autant que la pauvreté du Canada nous le put permettre ; après quoi elles nous quittèrent avec bien des larmes.

« Leur principal office était de régler les prières et les exercices du chrétien, ce qui passe pour un grand honneur parmi les sauvages. L'une réglait les prières et les faisait faire avec une singulière dévotion; la seconde déterminait les cantiques spirituels sur les mystères de notre foi, et la troisième présidait à l'examen de conscience, et faisait concevoir à l'assemblée l'importance de cet exercice. Mais, quoiqu'elles passassent ainsi le temps dans des pratiques de dévotion, elles ne laissèrent pas d'écrire deux fois au révérend Père supérieur de la Mission et à moi, en des termes si religieux et si judicieux, que tout le monde admirait leur esprit. Monsieur notre gouverneur m'en parla surtout avec une consolation toute particulière de voir en des filles sauvages, nourries dans les bois et dans les neiges, des sentiments de dévotion et une politesse d'esprit qui ne se trouvent pas bien souvent dans des filles bien élevées de la France. Le sujet de leurs lettres était que, se voyant si longtemps privées des sacrements, elles demandaient qu'on leur envoyât du secours pour les retirer de cet ennui. A leur retour, la première visite qu'elles firent fut au très saint Sacrement, et la seconde à l'image de la très sainte Vierge. Anne-Marie avait cherché les premières fleurs du printemps pour couronner cette image et celle du petit Jésus. Ensuite elles nous rendirent compte de toutes leurs actions. « Ah ! disaient-elles, que la privation de la sainte messe et des sacrements nous a été pénible 1 ! »

Mais, de toutes les élèves sauvages des Ursulines...
________________________________________________

1 Lettres historiques. Lettre xxv, page 353 et suiv.
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Message  Roger Boivin Sam 14 Juil 2018, 10:53 pm

Louis a écrit:
Thérèse la Huronne.

Mais, de toutes les élèves sauvages des Ursulines, la plus intéressante assurément, celle qui fit le plus d'honneur à ses maîtresses, ce fut une jeune enfant appelée Thérèse qui est désignée dans les Mémoires des Ursulines de Québec sous le nom de Thérèse la Huronne.

Elle était née de parents hurons, mais renommés par leur zèle pour la foi catholique et la sainteté de leur vie. Un de ses oncles, qui veilla sur ses premières années, était considéré comme un saint ; un autre était très estimé de la Mère Marie de l'Incarnation. La petite Thérèse avait pieusement profité des bonnes leçons qu'elle avait reçues chez ses parents. La nature d'ailleurs s'était plu à la favoriser, non moins que la grâce.

Amenée chez les Ursulines par un de ses oncles, au printemps de l'année 1640, elle n'y demeura que deux ans ; mais elle sut si bien mettre à profit ces deux années, qu'elle devint en peu de temps un modèle accompli de toutes les vertus. Déjà, étant encore au pensionnat, elle était considérée comme un petit apôtre. Il n'était pas un Huron venant à Québec qui ne voulût la voir. Elle leur parlait à tous de Dieu, en des termes si touchants et avec un tel amour, qu'ils en étaient émus profondément. Plusieurs même se convertirent aux accents de sa vive piété. C'est du moins le précieux témoignage que lui a rendu le Père Vimont.

Du reste, un trait charmant de son enfance...
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Message  Roger Boivin Sam 14 Juil 2018, 10:54 pm

Louis a écrit:
Son zèle et sa piété.

Du reste, un trait charmant de son enfance, lorsqu’elle était chez les Ursulines, nous donnera une idée de son ardeur pour le salut des âmes. Un de ses compatriotes, ravi de sa piété, voulut la soumettre à une petite épreuve. Il était sur le point d'être baptisé, et la jeune Thérèse en ressentait une grande joie. Or, étant venu un jour la demander au parloir des Ursulines, il feignit devant elle d'avoir perdu la foi, lui disant qu'il avait peine à croire tout ce qu'on lui enseignait, et qu'il ne pensait plus à son baptême. A ces paroles notre petite Thérèse est toute en feu.

« Que penses-tu faire, misérable, lui dit-elle dans une sainte colère ? Qui est-ce qui a troublé tes pensées? Veux-tu donc aller dans l'enfer avec les démons? Tu mourras peut-être cette nuit, et tu te trouveras avec eux avant le jour ! Ah ! le diable t'a renversé la tête. »

Voyant qu'il continuait ainsi à se déclarer infidèle, Thérèse éclate en sanglots et l'accable de reproches. Enfin, croyant qu'il n'y avait plus rien à espérer pour lui, elle le quitte et va, tout éplorée, trouver la Mère de l'Incarnation et la Mère Marie de Saint-Joseph.

« II est perdu, dit-elle, et je suis triste, car il ne veut plus croire en Dieu ; le diable l'a trompé, et il dit qu'il ne se soucie plus d'aller au ciel ! »

Puis, rehaussant sa voix et gesticulant avec menace :

« Ah ! si j'eusse pu rompre la grille, je l'aurais bien battu. »

Les Mères étonnées se rendirent au parloir, et là, ayant découvert la plaisanterie, elles voulurent la consoler ; mais elles ne pouvaient y parvenir, et il fallut que le R. P. de Brébeuf l'assurât que tout cela n'était qu'un jeu de la part de son compatriote 1.

Voici un autre trait de cette aimable enfant…
______________________________________________

1 Les Ursulines de Québec, t. Ier, p. 47.
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Message  Roger Boivin Sam 14 Juil 2018, 10:55 pm

Louis a écrit:
Son zèle et sa piété.

(suite)


Voici un autre trait de cette aimable enfant qui nous est raconté par notre vénérée Mère : « Nous fîmes nos exercices spirituels après la fête de Pâques. Quand nous les eûmes finis, notre Thérèse eut aussi le désir de les faire. Elle se retira sur petite hauteur qui borne notre clôture, et en partant elle dit à une de ses compagnes : « Je m'en vais me cacher comme les filles vierges, et là je prierai Dieu pour tous les sauvages et les Français et pour vous toutes, afin qu'il vous fasse miséricorde ; et pendant tout ce temps je ne parlerai à aucune créature, mais seulement à Dieu. »

Sa compagne, bien étonnée et en même temps bien édifiée de cette résolution, vint en donner avis à toutes ses autres compagnes, qui allèrent aussitôt trouver notre petite recluse et lui dirent qu'elles voulaient être de la partie. Elles la ramenèrent et se construisirent chacune une espèce de petite cellule, où elles se renfermèrent et gardèrent un silence très exact. Elles firent des prières et des oraisons continuelles durant tout le temps de leur retraite, ce qui fut pour nous une cause de grande consolation ; car c'est une chose très rare que des filles sauvages, habituées à une entière liberté, se captivent de la sorte et gardent une solitude volontaire. Cependant elles passèrent tout ce temps dans une si grande douceur, qu'il fallut les en retirer de force ; car elles y montraient trop de zèle et d'ardeur 1

Mais une autre captivité d'un tout autre genre était réservée à notre petite Thérèse, et une grande occasion allait lui être bientôt donnée de signaler son courage et sa foi.

Ses parents, qui habitaient sur les bords des grands lacs, dans le pays des Hurons, la réclamaient avec instance pour la marier, bien qu'elle n'eût encore que treize à quatorze ans.

Or on était arrivé au milieu de cette année 1642, marquée dans les annales canadiennes par des événements si douloureux et de si fâcheux augure. Les Iroquois , peuple cruel et féroce, et qu'on aurait dit vraiment voué au démon, rendus furieux par les progrès de la foi chez leurs voisins, les Hurons, avaient résolu de les anéantir, et surtout les Français qui leur prêchaient l'Evangile. Le R. P. J. Lallemand, alors supérieur de la Mission huronne, voyant le péril qui menaçait sa chère Église, députa à Québec un des Pères missionnaires les plus intrépides, pour y demander du secours. Ce fut le séraphique Père Jogues.

Ce voyage était plein de périls; car…
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1 Lettres historiques. Lettre XXV, page 362, 363.
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Message  Roger Boivin Sam 14 Juil 2018, 10:56 pm

Louis a écrit:
Son zèle et sa piété.

(suite)


Ce voyage était plein de périls; car les farouches Iroquois, bien plus nombreux que les Hurons, s'étaient répandus dans tout ce pays, et occupaient en plusieurs points déjà les bords du grand fleuve, qui était la communication la plus facile entre le centre de la Mission huronne et Québec.

Notre saint religieux, destiné à cueillir bientôt la palme du martyre, n'hésita pas un instant. Il arriva à Québec, après un heureux voyage, dans les premiers jours d'août, en compagnie de cinq Hurons très fidèles, dont trois étaient des plus considérables de la tribu et parents de notre jeune Thérèse.

« Durant tout le séjour qu'ils firent à Québec avec le Père Jogues, ils étaient presque toujours ou dans notre chapelle ou à notre grille, raconte notre vénérée Mère. On eût dit, à voir la grande modestie de ces bons néophytes, qu'ils eussent été élevés dès leur enfance parmi des religieux. Ils nous firent des harangues si chrétiennes que nous en étions ravies. On ne peut imaginer les remerciements les plus humbles qu'ils nous adressaient pour les soins que nous avions donnés à leur parenté, pendant les deux années qu'elle avait passées au séminaire. Ils regardaient comme un miracle de la voir lire et écrire, ce qu'ils n'avaient encore jamais vu parmi eux. Ils la voyaient adroite comme une Française. Ils l'entendaient parler en deux ou trois langues, et ils la considéraient déjà comme l'exemple de leur nation et la maîtresse des filles et des femmes huronnes. Nous les pourvûmes, ajoute notre Mère, de tout ce qui était nécessaire à son mariage, et puis il nous fallut la remettre entre les mains de ses parents qui étaient venus la chercher. Je ne sais en qui il y eut plus de douleur en cette occasion, en nous de la perdre, ou en elle de nous quitter. Mais l'exhortation que lui fit le Père Jogues sur l'obéissance qu'elle devait à ses parents, la décida à nous dire adieu. On l'embarqua donc, et le Père Jogues, qui était à la tête de cette petite flotte de barques huronnes, la fît mettre, pour une plus grande sûreté, dans son canot, où il y avait trois Hurons 1. »

La caravane était cette fois assez nombreuse. Elle se composait d'une vingtaine de Hurons avec quelques filles ou femmes, du R. P. Jogues et de deux Français qui avaient voulu accompagner ce bon Père par dévouement pour sa personne, mais surtout par un vif sentiment de zèle apostolique. Ils se nommaient René Goupil et Guillaume Couture.

Les premières journées du voyage furent heureuses. La petite flottille remontait tranquillement le grand fleuve. Mais...
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1 Lettres historiques. Lettre XXV, p. 363, 364.
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Message  Roger Boivin Sam 14 Juil 2018, 10:58 pm

Louis a écrit:
Elle est emmenée en captivité chez les Iroquois avec le Père Jogues.

Les premières journées du voyage furent heureuses. La petite flottille remontait tranquillement le grand fleuve. Mais, quand on fut arrivé à une cinquantaine de kilomètres au delà du village des Trois-Rivières, les féroces Iroquois, armés d'arquebuses, cachés en nombre considérable dans les joncs qui en cet endroit bordaient le fleuve, fondirent tout à coup, avec une effroyable impétuosité, sur le Père Jogues et son escorte.

Au bout d'un moment de résistance désespérée de la part des Hurons, trop faibles en nombre, les sauvages agresseurs se rendirent maîtres de leurs personnes et de tous les canots. Le R. P. Jogues fut leur plus précieuse conquête, victime innocente vouée au sacrifice, sur laquelle ils se promirent bien d'assouvir à leur aise leur infernale cruauté. Thérèse fut emmenée, elle aussi, en captivité avec tous ses autres compagnons. Cependant ces affreux barbares ne lui firent aucun mal, pendant les trois ans qu'elle demeura en leur possession ; mais elle fut témoin des horribles supplices infligés au Père Jogues, et dont la pensée fait frémir.

C'est ici que commence, pour le glorieux martyr...
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Message  Roger Boivin Sam 14 Juil 2018, 11:01 pm

Louis a écrit:
Horribles tourments infligés au Père Jogues.

C'est ici que commence, pour le glorieux martyr, la voie douloureuse dans laquelle nous ne pouvons le suivre que les larmes aux yeux.

Après l'avoir dépouillé de ses vêtements, ses bourreaux le jettent au fond d'un canot et l'accablent de coups de bâton et de massue. Ils mordent affreusement ses mains et ses pieds, lui arrachent tous les ongles avec leurs dents et lui mâchent les deux index. La victime demeure longtemps privée de sentiment et presque de vie; mais ce n'est là que le commencement de ses douleurs.

On se met en route. Quand on allait par eau, lié au fond d'un canot, ces êtres dénaturés s'amusaient, pour charmer les ennuis du voyage, à le piquer profondément avec de longues épines, des alênes ou des éclats de bois. Quand on allait par terre, ils le chargeaient de lourds fardeaux, comme une bête de somme. Exposé la nuit à d'innombrables nuées d'insectes, attaché à un piquet, il n'avait souvent pendant le jour, pour toute nourriture, que quelques baies sauvages.

Le lugubre convoi ayant rencontré un jour, dans sa marche, une troupe de guerriers iroquois qui se rendaient sur les bords du fleuve, les pauvres et malheureux prisonniers et le Père Jogues surtout furent le jouet de leur horrible cruauté. Le martyr, de nouveau roué de coups, fut porté à moitié mort sur un amas d'écorces d'arbres, où ils lui brûlèrent un doigt et lui en broyèrent un autre avec les dents.

Enfin, le 14 août, on arriva au premier bourg…
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Message  Roger Boivin Sam 14 Juil 2018, 11:02 pm

Louis a écrit:
Horribles tourments infligés au Père Jogues.

(suite)


Enfin, le 14 août, on arriva au premier bourg iroquois de ces régions. Hélas ! c'était le terme de la voie douloureuse, mais ce n'était pas celui des supplices. La plume nous tombe ici des mains. Elle se refuse à décrire ces horribles scènes que la rage des démons peut seule produire. Attachées à des pieux établis sur une sorte de théâtre au-dessus de la foule, afin d'être mieux exposées aux regards de tous, les innocentes victimes voient tourbillonner autour d'elles de nombreux sauvages, couteau en main, qui arrachent en dansant et en poussant des cris de joie féroce, qui un doigt, qui un lambeau de chair.

La nuit vient; les bourreaux, par lassitude, s'arrêtent un peu, mais c'est pour mieux recommencer le lendemain encore. Traîné de village en village, le Père Jogues et quelques-uns de ses compagnons, les deux Français surtout qui l'avaient accompagné, sont pendant plusieurs mois laissés seuls, nuit et jour, au milieu des bois, exposés presque sans vêtements à toutes les rigueurs de l'hiver qui était venu.

Un jour, un des deux héroïques compagnons du Père Jogues, René Goupil, ayant fait le signe de la croix sur le front d'un enfant, fut assommé d'un coup de hache, tandis que l'autre était relégué dans un autre village et entièrement séparé du fervent missionnaire.

Ce glorieux martyr, demeuré seul au milieu de ces loups dévorants, ne cessait d'offrir à Dieu ses larmes, ses souffrances et ses prières pour la conversion de ses bourreaux.

« Que de fois, racontait-il lui-même après son évasion, dont nous parlerons tout à l'heure, que de fois nous nous sommes assis sur les bords des fleuves de Babylone et nous avons versé des larmes au souvenir de Sion , non seulement de la Sion triomphante dans les cieux, mais de celle qui glorifie Dieu sur la terre! Que de fois, bien que sur une terre étrangère, nous avons chanté le cantique du Seigneur , et nous avons fait retentir les forêts et les montagnes des louanges de leur auteur, qu'elles n'avaient pas entendues depuis leur création ! Que de fois j'ai gravé le Nom de Jésus sur les arbres élevés des forêts, afin que les démons qui tremblent en l'entendant prononcer , prissent la fuite en le voyant! Que de fois, en découpant l'écorce, j'ai tracé sur les arbres la très sainte Croix de mon Dieu, pour faire fuir ses ennemis, et que par elle, ô mon Seigneur et mon Roi, vous régnassiez au milieu des ennemis de la croix, les hérétiques et les païens, habitants de ces contrées, et sur les démons qui y dominent au loin 1 ! »

Cependant ce généreux confesseur de la foi trouvait encore le moyen d'annoncer la bonne nouvelle de l'Évangile à quelques âmes moins cruelles et moins adonnées au démon que les autres. Il en baptisa, en secret, dit-on, une soixantaine, qui devinrent le premier noyau de l'Eglise chez les Iroquois.

Mais une de ses plus grandes consolations au milieu de ses tourments fut notre jeune Thérèse. Un des oncles de cette digne élève des Ursulines, traîné en captivité avec elle et toute la caravane dirigée par le Père Jogues, étant parvenu à s'évader, après un an de séjour chez les Iroquois, apporta à Québec les nouvelles les plus consolantes sur sa jeune nièce. Sa première visite fut pour les Ursulines qui l'avaient si bien accueilli l'année précédente. Nous laissons à penser avec quel empressement on se groupa autour de lui, pour avoir des nouvelles des malheureux captifs.

« Thérèse, disait-il, n'a point de honte de son baptême….
__________________________________________________

1L'abbé Casgrain. Introduction, p. 38.
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Message  Roger Boivin Sam 14 Juil 2018, 11:03 pm

Louis a écrit:
Thérèse confesse le nom de Jésus-Christ chez les Iroquois.

« Thérèse, disait-il, n'a point de honte de son baptême; elle prie Dieu publiquement, elle se confesse souvent au Père Jogues, et elle m'obéissait en tout. Je l'exhortais souvent à bien faire et à ne point perdre courage. Je vous remercie, mes Mères, ajoutait le pauvre homme, des bonnes instructions que vous lui avez données. Elle ne les oubliera point ; elle sait tout ce que vous enseignez. Thérèse parle au Père Jogues toutes les fois qu'elle peut le voir ; mais cela n'empêche pas qu'elle ne soit grandement triste de se voir au milieu de nos plus cruels ennemis. Elle a bien souffert du froid durant l'hiver, et elle a été fort malade ; mais Dieu lui a rendu la  santé. Je lui disais souvent : « Aie courage, cette vie est courte ; tes travaux prendront fin, et tu seras heureuse au ciel, si tu persévères. » Elle n'a point de chapelet pour prier, mais elle se sert de ses doigts ou de petites pierres, qu'elle laisse tomber à chaque Ave Maria qu'elle dit. Thérèse parlait souvent de vous, mes Mères. « Hélas ! disait-elle, si les filles vierges me voyaient en cet état parmi ces méchants Iroquois, qui ne connaissent pas Dieu, oh ! comme elles auraient pitié de moi 1! »

Quelle n'était pas la joie de notre Mère de l'Incarnation et de toutes les religieuses, en entendant un tel témoignage sur la conduite de leur jeune élève ! Elles eussent voulu la couvrir de leurs saintes caresses, mais du moins elles ne cessaient de prier pour sa persévérance et de s'intéresser à son sort.

Les Iroquois, ayant été battus dans une rencontre avec les soldats français de la colonie... : ( https://messe.forumactif.org/t7905p50-mere-marie-de-l-incarnation-iere-superieure-des-ursulines-de-quebec#140158 )
_______________________________________________________

1 Les Ursulines de Québec, tome Ier, p. 50.

Voilà ! j'arrête ici.
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Message  Roger Boivin Jeu 26 Juil 2018, 8:18 pm


Un autre texte tiré d'un autre ouvrage :

Extrait tiré de l'ouvrage : LE CULTE DE SAINTE ANNE EN OCCIDENT.. - Par Fr, Paul-Victor Charland, des Frères-Prêcheurs - 1921 - pp 416-17-19 : https://archive.org/stream/lecultedesaintea00charuoft#page/416/mode/2up
:



Sauvages.

Depuis l'abbé Casgrain, tous ceux qui ont écrit sur le sanctuaire de Beaupré, jusqu'aux protestants, comme McDonald Oxley, contemplent avec admiration " ces deux longues processions de canots d'écorce, l'une remontant, l'autre descendant le fleuve, et leurs rameurs, naguère barbares, accompagnant de pieux cantiques les coups vigoureux des avirons. Des solitudes et des forêts de l'Ouest, de la Gaspésie aux rivages battus par l'Océan, des caps les plus reculés du golfe Saint-Laurent, des bords stériles de la Baie d'Hudson et des rivages plantureux des Grands Lacs, les peaux-rouges, attirés par les prodiges dont ils avaient oui parler, arrivaient en foule au point de dépasser par le nombre leurs frères au visage pâle.

Ainsi, chaque année, ils venaient, au jour de la fête du 26 juillet ; et ce jour-là, sur le rivage de Sainte-Anne, tout un village de cabanes sauvages se dressait comme par enchantement, pour abriter ces dévots pèlerins. Telle était, dit l'histoire locale, la vénération de ces pieux enfants des bois pour la Bonne sainte Anne du Nord, qu'un grand nombre d'entre eux se rendaient à genoux en récitant des prières, des bords de la grève jusqu'au seuil de l'église. Et, comme leurs cœurs étaient délicieusement émus en touchant l'enceinte vénérée ! comme ils baisaient avec amour le parquet sacré, et parfois avec des larmes plein les yeux ! Comme aussi ils chantaient, avec cette voix dont le timbre si pur ravissait autrefois nos premiers missionnaires ! comme aussi ils priaient leur sainte Patronne soit pour lui demander la guérison d'un être chéri ou la cessation d'un fléau ; soit pour la remercier de telle ou telle grâce obtenue par son intercession toute-puissante !

Chez les Micmacs, cette dévotion était encore si grande au temps de M. Painchaud, leur missionnaire, et c'est lui-même qui en rend témoignage, que pour obtenir d'eux le sacrifice d'une passion ou d'une mauvaise habitude, on n'avait qu'à leur dire : " Vous contristez le cœur de la Bonne sainte Anne, et vous lui prouvez que vous ne l'aimez pas. "

Naguère encore au Cap-Breton, à l'extrémité sud du Lac Bras-d'or, en leur jolie chapelle qui a fait donner à l'endroit le nom de Chapel Island, la fête de la Sainte durait toute une semaine, et la piété s'y entremêlait de jeux et de réjouissances qui attiraient un grand nombre de visiteurs au visage pâle, venus des villages voisins, et souvent de très longues distances. Un militaire poète, le colonel Hamilton, a raconté en beaux vers anglais, cette grande et intéressante festivité. Protestant de fait, mais catholique de cœur, il admire cette foi vivace et naïve du sauvage ; il la décrit avec attendrissement, et nous-même ne pouvons nous défendre de l'écouter.

Traduction :

Par essaims de canots, à grands coups d'avirons,
Flotille dansant sur le large Bras-d'Or,
Ou sur des barges plus solides, avec rames et voiles,
Equippées et appareillées à la manière des blancs.
Ils sont venus de mainte bourgade sauvage, de loin ou de près,
Les privilégiés de ces tribus nomades,
Portant des noms très harmonieux en leur doux langage.
Ils sont venus des rivages brumeux de Malagwatchkit ;
D'où Benacadie et Eskasoni
Confondent leurs coteaux avec le ravin de Tweedmooge ;
De Wagamatkook dont les eaux roulent sur des sables d'or ;
De Whykomagh — doux nid qui s'abrite au flanc des collines ;
De Boularderie, et de Sainte-Anne à la ceinture de montagnes,
Et du pied des hauteurs solitaires de Victoria,
D'où Ingonishe baigne ses pieds dans l'Océan.
Et de maint vallon, et de maint cours d'eau, et de maint rivage.
Tous très chers à ces noirs enfants du sol,
Surtout à cette heure où leurs races à-demi éteintes
Se donnent comme un dernier rendez-vous.
Ils sont tous venus, hommes et femmes, têtes blondes ou têtes blanches,
Depuis le vieux radoteur éclopé, jusqu'au bébé nouveau-né ;
Tous à genoux pour célébrer la fête de bonne sainte Anne,
Et au milieu de la fête, ils tiennent grand conseil, comme au temps jadis.
Quand de graves entreprises attendaient la dernière parole des anciens.

Plus récemment encore, en 1910, en souvenir de leur conversion à la foi catholique, les Micmacs de Ristigouche élevaient un monument à leur bonne Sainte et gravaient à sa base cette inscription touchante :

MONUMENT DU IIIe CENTENAIRE
érigé le 24 juin 1910 en mémoire
Du très heureux jour où
la tribu des Micmacs
A la suite du grand chef Membertou
se donna au Christ
le 24 juin 1610
Bonne sainte Anne, priez pour nous !


*
* *

Roger Boivin
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FLEURS DE NOS FORÊTS - Physionomie de plusieurs enfants de nos sauvages du Canada - Par N.-E. Dionne - 1904. - Page 4 Empty Re: FLEURS DE NOS FORÊTS - Physionomie de plusieurs enfants de nos sauvages du Canada - Par N.-E. Dionne - 1904.

Message  Roger Boivin Dim 10 Jan 2021, 2:09 pm


DE L'INFLUENCE EUCHARISTIQUE SUR L'APOSTOLAT DES PREMIERS MISSIONNAIRES AU CANADA - Par Mgr J.-M. Emard - (Conférence lue en 1910 - 33 pages) :

https://archive.org/details/delinfluenceeuch00ma/page/n1/mode/2up


On y parle entre autre de la piété édifiante de ces nouveaux chrétiens.
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FLEURS DE NOS FORÊTS - Physionomie de plusieurs enfants de nos sauvages du Canada - Par N.-E. Dionne - 1904. - Page 4 Empty [Épidémie mortelle, Secours du Ciel, la Croix] - 1691.

Message  Roger Boivin Ven 26 Mar 2021, 12:15 pm

Extrait d'un vieux livre de 1691 :

NOUVELLE RELATION DE LA GASPESIE, QUI CONTIENT Les Moeurs et la Religion des Sauvages Gaspésiens Porte-Croix, adorateurs du Soleil.. :

https://archive.org/details/nouvellerelation01lecl/page/172/mode/2up

Pour en faciliter la lecture, j'ai corriger certains mots d'alors, pour les rétablir selon l'orthographe d'aujourd'hui. Exemple :

L'accent sur les é ; et au lieu de sçai, j'ai mis sais ; au lieu de  avoit, j'ai mis avait ; de accablez, accablés ; et plusieurs mots dont les s étaient remplacés par des f ; et les et par des & ; etc.


CHAPITRE X.

De l'origine du culte de là Croix,
chez les Gaspésiens dits
Porte-Croix.


Je ne sais quel jugement vous ferez de la manière que nos Sauvages disent avoir reçu la Croix, selon la tradition de leurs ancêtres ; qui porte que leur Pays étant affligé d'une maladie très dangereuse et pestilentielle, qui les réduisait dans une extrême disette de toutes choses, et qui en avait déjà mis plusieurs dans le tombeau ; quelques vieillards de ceux qu'ils estimaient les meilleurs, les plus sages et les plus considérables s'endormirent, tous accablés de langueur et de chagrin, de voir une désolation si générale, et la ruine prochaine de toute la Nation Gaspésienne, si elle n'était promptement soulagée par un puissant secours du Soleil, qu'ils reconnaissent, comme nous avons dit, pour leur Divinité. Ce fut, disent-ils, dans ce sommeil plein d'amertume, qu'un homme beau par excellence leur apparut, avec une Croix à la main, qui leur dit de prendre bon courage, de s'en retourner chez eux, de faire des Croix semblables à celle qu'on leur montrait, et de les présenter aux Chefs des Familles ; les assurant que s'ils les recevaient avec estime, ils y trouveraient indubitablement le remède à tous leurs maux.

Comme les Sauvages sont crédules aux songes jusqu'à la superstition, ils ne négligèrent pas celui-ci, dans leur extrême nécessité : ainsi ces bons vieillards retournèrent aux Cabanes, d'où ils étaient partis le jour précédent. Ils firent une assemblée générale de tout ce qui restait d'une Nation mourante ; et tous ensemble conclurent, d'un commun accord, que l'on recevrait avec honneur le sacré signe de la Croix qu'on leur présentait du Ciel, pour être la fin de leur misère, et le commencement de leur bonheur : comme il arriva en effet, puisque la maladie cessa, et que tous les affligés qui portèrent respectueusement la Croix furent guéris miraculeusement : Plus heureux mille fois que les Peuples de Byzance, dont la Ville fut presque toute dépeuplée de ses Habitants, par la peste qui avait infesté toute la Sicile et la Calabre en l'année sept cent quarante-huit.

L'Histoire nous apprend que l'on voyait de certaines Croix bleues et reluisantes sur les habits des personnes, et que tous ceux qui en étaient marqués mouraient subitement de la peste, au grand étonnement de tout le monde.

La Croix ne fut pas si fatale, ni d'un si mauvais augure à nos pauvres Gaspésiens : elle fut plutôt dans leur Pays, comme l'Arc-en-ciel que Dieu fit paraître autrefois à la face de tout l'Univers, pour consoler le genre humain, avec promesse de ne le plus punir d'un second déluge ; et c'est ainsi que la Croix arrêta tout court ce torrent de maladie et de mortalité qui désolait ces Peuples, et leur fut un signe efficace et rempli d'une merveilleuse fécondité de grâces et de bénédictions. Les avantages miraculeux qu'ils en reçurent, leur en firent espérer de bien plus considérables dans la suite ; c'est pourquoi ils se proposèrent tous, de ne décider aucune affaire, ni d'entreprendre aucun voyage sans la Croix.

Après donc la résolution prise dans leur Conseil, qu'ils porteraient toujours la Croix, sans en excepter même les petits enfants, pas un Sauvage n'eut jamais osé paraître devant les autres, sans avoir en sa main, sur sa chair, ou sur ses habits, ce sacré signe de leur salut [..]
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