Vie de Mlle Mance et Hôtel-Dieu de Villemarie (Table) COMPLET

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Message  Louis Jeu 11 Oct 2012, 6:17 am

XIV. M. de Laval refuse d'approuver les hospitalières
— M. Olier et M. de La Dauversière les consolent.

Quoique M. de Laval eût bien voulu qu'elles restassent encore à Villemarie, malgré la perte de leur fondation, il ne cessa pas cependant de les presser, comme auparavant, de s'agréger à l'institut des hospitalières de Québec.

« Ce combat de nos chères sœurs a duré douze ans, dit la sœur Morin; ce que NOTRE-SEIGNEUR a permis pour exercer la vertu de nos mères, et faire connaître leur fermeté dans leur dessein. Et pendant tout ce temps elles souffrirent beaucoup de résister ainsi au sentiment de Monseigneur l'Évêque (1). »

Ce fut apparemment par l'espérance de les voir embrasser un jour l'institut des hospitalières de Québec, que M. de Laval refusa toujours de reconnaître officiellement leur communauté à Villemarie, malgré tout ce qu'on put faire pour le fléchir. Mlle Mance était extrêmement sensible à ce refus, le regardant comme fait à la Compagnie de Montréal et à M. Olier lui-même, qui avaient accepté les hospitalières de Saint-Joseph à l'exclusion de tout autre institut. Les prêtres du séminaire de Saint-Sulpice et M. de Maisonneuve n'épargnèrent ni les prières ni les instances auprès du prélat. Mais tout fut inutile ; et à la fin, on prit le parti d'abandonner cette affaire à la divine Providence et de demeurer en repos (2).

Malgré leur résignation aux ordres de DIEU, les filles de Saint-Joseph…

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(1) Annales des hospitalières de Villemarie, par la sœur Morin.
(2) Annales des hospitalières de Villemarie, par la sœur Morin.

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Message  Louis Jeu 11 Oct 2012, 12:28 pm

XIV. M. de Laval refuse d'approuver les hospitalières
— M. Olier et M. de La Dauversière les consolent.
(suite)

Malgré leur résignation aux ordres de DIEU, les filles de Saint-Joseph ne pouvaient s'empêcher cependant de ressentir tout ce que cet état d'incertitude avait d'affligeant pour elles. La sœur Maillet surtout y était très-sensible. Cette sainte fille, que DIEU conduisait par une voie d'oraison sublime et d'attention habituelle à sa divine présence, fut puissamment fortifiée par des faveurs extraordinaires qu'elle reçut plusieurs fois dans ses grandes désolations. Elle vit M. Olier jouissant de la gloire, qui la consolait dans ses peines et l'affermissait contre la crainte qu'elle avait que la maison de Saint-Joseph ne pût subsister à Villemarie. Dans une de ces circonstances il lui apparut avec M. de La Dauversière.

Ces deux grands serviteurs de DIEU l'assurèrent de sa part que cette œuvre était de lui, et qu'elle subsisterait malgré l'opposition des hommes, qui agissaient en aveugles, ne connaissant pas ses desseins ; mais que DIEU saurait tirer sa gloire des persécutions que l'on faisait souffrir à cette maison, fondée sur la pauvreté et soutenue par les croix ; qu'étant filles de saint Joseph et consacrées à honorer et à imiter la Sainte-Famille sur la terre, elles devaient marcher par le chemin des humiliations et des contradictions de la part des hommes ; que moyennant cela rien ne pourrait les renverser ni les détruire, étant soutenues de DIEU et protégées par la Sainte-Famille, JESUS, Marie, Joseph.

La sœur Maillet prenait plaisir à faire part à ses compagnes de ces faveurs extraordinaires, pour relever leur courage, qui en effet n'en était pas peu fortifié. « C'est ce qu'elle m'a dit plusieurs fois dans des entretiens particuliers, rapporte l'une d'elles. Ils étaient si dévots, si remplis de transports pour son bien-aimé, que ses paroles pénétraient mon cœur d'une douce consolation que je ne puis exprimer (1). »

Ces apparitions de M. Olier, qui ne sont pas les seules qu'on raconte de lui, et l'assurance donnée aux sœurs de Saint-Joseph, ne doivent point paraître suspectes dans l'histoire d'une fondation aussi admirable que l'est celle de l'Hôtel-Dieu de Villemarie, fondation dont elles sont comme une conséquence naturelle. Au reste, cette assurance a été justifiée de la manière la plus incontestable, ainsi qu'on en demeurera convaincu par la lecture de cet ouvrage ; car nous n'aurons à y raconter qu'une suite d'épreuves diverses et de croix de tous les genres, si multipliées et si continuelles, qu'il n'y a peut-être pas d'autre maison dans l'Église de DIEU qui en ait eu un plus grand nombre à porter.

____________________________________

(1) Montréal en Canada, mss. mss. in- 4º des hospitalières de la Flèche, p. 10. — Lettre circulaire sur la sœur Marie Maillet ; archives de l’hôtel – Dieu de Bougé, p. 6.

A suivre : Chapitre II . EXTREME PAUVRETE ET SOUFFRANCES QUE LES FILLES DE SAINT-JOSEPH ENDURENT A VILLEMARIE.


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Message  Louis Ven 12 Oct 2012, 6:24 am

CHAPITRE II

EXTREME PAUVRETE
ET SOUFFRANCES QUE LES FILLES DE SAINT-JOSEPH
ENDURENT A VILLEMARIE.


1660 et suiv. I. Les filles de Saint-Joseph
appelées à retracer à Villemarie les vertus
et surtout la pauvreté de saint Joseph.


En ordonnant à M. de La Dauversière d'établir une maison d'hospitalières dans l'île de Montréal, DIEU se proposait, comme on l'a vu, de faire paraître dans ces filles, et de répandre par elles dans cette colonie, l'esprit et les vertus du glorieux saint Joseph. Ce grand saint, qui eut en sa garde le Fils de DIEU et la très-sainte Vierge sa mère, et fut le plus honoré d'entre les hommes, participa aussi dans un degré très-éminent aux béatitudes que NOTRE-SEIGNEUR a préconisées dans l'Évangile, et qui sont sur la terre la consolation des vrais enfants de DIEU comme le motif de leurs plus douces espérances. « Bienheureux les pauvres ! dit le Sauveur. Bienheureux ceux qui sont doux, ceux qui sont dans l'affliction, ceux qui ont soif de la justice ! Bienheureux ceux qui sont miséricordieux, qui ont le cœur pur! Bienheureux les pacifiques, bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice (1) ! »

Tel fut sur cette terre le partage du grand saint Joseph, modèle parfait des vertus de pauvreté, de douceur, de résignation, de zèle, de commisération, de pureté, d'humilité, de patience dans les contradictions. DIEU, qui voulait donc faire paraître quelque chose des vertus de ce saint dans ses filles, leur communiqua en faveur des membres de son Fils, qu'elles sont obligées par état de soulager, une participation abondante à la charité douce et affectueuse de saint Joseph pour l'enfant JESUS ; il les mit aussi en part de sa patience dans les afflictions, et leur communiqua les autres vertus qui avaient éclaté en lui, mais surtout son amour pour la sainte pauvreté, afin qu'elles fussent dans cette nouvelle chrétienté des modèles de résignation et de patience pour tous les colons, la plupart associés par état à la pauvreté réelle de JESUS-CHRIST.

Car elles avaient été suscitées, comme on l'a vu déjà, pour honorer saint Joseph conducteur de JESUS pauvre, roi des pauvres, et fondateur de la pauvreté évangélique.C'est ce qui explique l'état de dénûment extrême où DIEU s'est plu à les tenir pendant environ cent cinquante ans, ainsi que toute la suite de cet ouvrage le montrera. Voici quelle fut leur pauvreté dès leur établissement à Villemarie.

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(1) Evangile se saint Matthieu, ch.V, v. 8 et suiv.
A suivre : II. Les filles de Saint-Joseph se voient sans aucun revenu assuré.

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Message  Louis Ven 12 Oct 2012, 12:46 pm

II. Les filles de Saint-Joseph se voient sans aucun revenu assuré.

Elles y étaient à peine arrivées qu'elles perdirent leur fondation, M. de La Dauversière, comme on vient de le dire, ne l'ayant pas placée en rente avant sa mort.

« Il ne le fît pas, dit la sœur Morin, pour des raisons qu'on saura dans l'éternité. Pour moi, ajoute-t-elle, je crois aisément que la chose est arrivée de la sorte, parce que DIEU veut que cette maison soit pauvre. Elle a été fondée sur la pauvreté : la pauvreté y subsiste encore à présent que j'écris ceci, en 1697. Le nécessaire ne lui manque point ; mais aussitôt qu'on pense à la mettre à l'aise, il vient un revers qui la rejette dans la pauvreté, par des pertes considérables qu'on ne peut dire en détail, mais dont on ressent bien la privation. Nonobstant tout cela, nous avons vécu et servi nos pauvres malades sans mourir de faim, et expérimenté combien était véritable l'assurance que M. de La Dauversière donna à nos premières mères à leur départ de la Rochelle: que la sainte Providence pourvoirait à tous leurs besoins. Nous l'avons éprouvé dans toutes les circonstances où nous avons eu besoin d'amis et de bien pour vivre ; sans sortir pourtant de la sainte pauvreté, qui est le fondement de cet établissement. Elle a été aimée, chérie et respectée de nos premières mères au delà de tout ce que je pourrais dire (1). »

Ces saintes filles, ayant donc perdu leur fondation, se trouvèrent absolument dépourvues de toute ressource assurée pour subsister à Villemarie. Il est vrai que peu après leur arrivée, M. de Maisonneuve leur donna, le 23 décembre 1659, au nom des seigneurs de l'île et en exécution de la promesse qu'ils avaient faite, cent arpents de terre situés entre la ferme de Saint-Gabriel et la montagne, au lieu appelé alors le Lac ou la Prairie aux Loutres, pour qu'elles et les autres hospitalières du même institut qui leur succéderaient à Villemarie en jouissent en toute propriété (1). Mais ces terres, encore incultes et couvertes de bois, ne pouvaient leur donner du pain qu'à mesure qu'elles les auraient mises en culture, et elles n'avaient pas alors le premier sou pour en commencer le défrichement.

Outre la perte de leur fondation, elles en éprouvèrent une autre considérable dès leur arrivée en Canada. Par le compromis fait le 31 mars 1656 entre la Compagnie de Montréal et les hospitalières de la Flèche, il avait été stipulé que celles des filles de Saint-Joseph qu'on enverrait à Villemarie jouiraient d'une pension de cent cinquante livres au moins pour chacune d'elles, qui serait payée par la maison de France où elles auraient fait profession, et qui aurait reçu leur dot (2).

Toutefois, la mère de Brésoles et ses compagnes ne touchèrent point cette pension pendant bien des années. « DIEU le permit ainsi, dit la sœur Morin, pour exercer leur vertu et la faire paraitre avec plus d'éclat. Elles ne se rendirent point importunes durant ce temps, se confiant dans la providence de DIEU, qui prend soin de toutes ses créatures et nourrit les moindres oiseaux de l'air (1). »

______________________________

(1) Annales des hospitalières de Villemarie, par la sœur Morin.
(1) Archives des hospitalières de Villemarie, acte du 23 décembre 1659.
(2) Acte de Chaussière, notaire à Paris, du 31 mars 1656.
(1) Annales des hospitalières de Villemarie, par la sœur Morin.

A suivre : III. Extrême pauvreté des filles de Saint-Joseph dans leurs repas.

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Message  Louis Sam 13 Oct 2012, 7:13 am

III. Extrême pauvreté des filles de Saint-Joseph dans leurs repas.

Nous avons vu que pour les fonder Mme de Bullion avait donné 22,000 livres, dont 2,000 servirent à les équiper et à payer les frais de leur voyage à Villemarie, ainsi que ceux des deux domestiques qu'elles avaient amenées de France. Sur cette somme, M. de La Dauversière avait employé trois à quatre cents livres à acheter à la Rochelle de la toile, des étoffes et des souliers pour elles et pour leurs gens ; et ces marchandises furent tout ce qu'elles apportèrent de bien en Canada. Dès leur arrivée elles furent obligées de les vendre pour se procurer le strict nécessaire, savoir, du blé, du lard, et quelques légumes, ce qui fut leur nourriture ordinaire pendant plus de vingt ans ; et encore n'en prenaient-elles qu'en petite quantité. Mais l'amour de la sainte pauvreté et l'esprit de pénitence leur faisaient trouver de bon goût ces aliments, quelque grossiers qu'ils pussent être. Elles n'avaient à leur propre usage que du pain de ménage, le même qu'elles donnaient à leurs domestiques; et pour leur réserver le lard elles n'en mangeaient qu'une seule fois par jour, et même qu'une fois de deux en deux jours. Pendant l'été elles ne vivaient guère que des légumes provenant d'un petit jardin qu'elles cultivaient elles-mêmes, et d'un peu de lait. Elles ne savaient ce que c'était que de manger du bœuf; les malades mêmes n'en avaient que fort rarement.

Les prêtres du séminaire, obligés de nourrir un grand nombre de familles qu'ils avaient amenées en Canada, ne pouvaient aider les filles de Saint-Joseph autant qu'ils l'auraient voulu. M. Souart et Mlle Mance leur envoyaient quelquefois du poisson frais, ce qui était pour elles un grand régal, comme aussi les œufs et la bouillie.

La sœur Morin, qui nous apprend ces détails, ajoute ce qui suit : « Je puis assurer que j'ai été au moins dix ans dans cette maison sans y avoir vu servir aucun fruit au réfectoire, sinon quelques prunes sauvages une ou deux fois l'an, et si chétives, qu'on ne voudrait pas les ramasser de terre aujourd'hui. Jamais de fraises, de framboises, ou de mûres, parce qu'on n'aurait pu en aller cueillir dans les bois sans courir risque de sa vie, à cause des Iroquois qui y étaient cachés. Pour l'hiver, tous nos repas consistaient en un petit morceau de lard, ou de poisson salé, ou enfin en des racines, des fèves, des pois, le tout apprêté avec la dernière propreté et pauvreté » (1).

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(1) Annales des hospitalières de Villemarie, par la sœur Morin.
A suivre : IV. Ce qu’elles ont à souffrir des rigueurs du froid.


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Message  Louis Sam 13 Oct 2012, 11:23 am

IV. Ce qu’elles ont à souffrir des rigueurs du froid.

Pour se former une juste idée de ce que pouvaient être les repas de ces saintes filles, il faut considérer les incommodités et les privations que la rigueur du froid y ajoutait.

N'ayant point de caves ni pour elles ni pour les pauvres, elles ne pouvaient rien garantir de la gelée, pas même le pain. II devenait aussi dur que les pierres, et pour pouvoir le couper et s'en nourrir, elles étaient obligées de le faire rôtir devant le feu. L'eau qu'elles mettaient sur la table s'y glaçait en très-peu de temps. Le vin même, destiné à l'usage des malades, était tout réduit en glace ; et à peine avaient-elles commencé leur repas, que leurs petites portions se trouvaient toutes gelées. Elles eurent à endurer cette excessive incommodité du froid pendant plus de vingt-huit ans, c'est-à-dire tout le temps qu'elles habitèrent les petits appartements où elles s'étaient logées à leur arrivée. Comme ils étaient construits en planches assez mal jointes, la neige, lorsqu'elle se joignait au vent, y entrait par plus de deux cents fentes. Elles ne pouvaient s'en garantir ni dans leur chambre de communauté, ni dans leurs cellules, ni dans les escaliers, pas même dans leur tribune et dans leur petit chœur. Il en était de même des salles des malades : en sorte que toutes les fois que pendant la nuit il était tombé de la neige avec vent, l'une de leurs premières occupations le matin était de la jeter dehors avec des pelles.

Il est vrai qu'elles avaient la facilité de faire du feu pour modérer cette grande rigueur du froid ; mais elles ne s'accordèrent cet adoucissement qu'après que M. Vignal, leur confesseur, le leur eût ordonné en vertu de la sainte obéissance. Comme il craignait que leur amour pour la souffrance ne leur fit donner à ce commandement une interprétation contraire à ses intentions et nuisible à leur santé, il allait exprès les visiter avec M. Souart, pour s'assurer si elles faisaient bon feu; et quand ils jugeaient qu'il n'y avait pas assez de bois au foyer, ils y en mettaient eux-mêmes.



A suivre : v. Leur extrême pauvreté dans le vêtement.


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Message  Louis Dim 14 Oct 2012, 6:56 am

v. Leur extrême pauvreté dans le vêtement.

Elles portaient la pauvreté dans leurs vêtements au delà de tout ce qu'on peut s'imaginer, les couvrant de tant de pièces diverses, par l'impuissance où elles étaient de s'en procurer de neufs, qu'à la fin il était difficile de reconnaître de quelle étoffe ils avaient été faits d'abord : ce qui fournit un jour un innocent sujet de récréation à M. de Maisonneuve, à Mme d'Ailleboust, et à quelques autres personnes qui se trouvaient par hasard à l'hôpital. La conversation étant tombée sur la toilette des filles de Saint-Joseph, on ne put jamais s'accorder sur l'espèce particulière de l'étoffe qui avait servi à faire leurs robes et leurs tabliers, ni même sur telle de leurs coiffes, dont la plus grande partie se trouvait composée de pièces d'étamine et de camelot, quoiqu'elles eussent d'abord été faites de taffetas, comme c'était alors l'usage (1). Ce grand amour pour la pauvreté était d'autant plus-méritoire devant DIEU et admirable aux yeux des hommes, qu'il contrastait davantage avec la manière délicate dont ces saintes filles avaient été nourries, vêtues et élevées dans la maison de leurs parents ; et pour mieux apprécier leur vertu, il ne sera pas hors de propos de donner ici quelques détails sur chacune d'elles (2).
__________________________________________

(1) Annales des hospitalières de Villemarie, par la sœur Morin.
(2) Annales des hospitalières de Villemarie, par la sœur Morin.
A suivre : VI. Enfance et vocation de la sœur de Brésoles.

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Message  Louis Dim 14 Oct 2012, 3:09 pm

VI. Enfance et vocation de la sœur de Brésoles.

La mère Judith Moreau de Brésoles (*), d’une illustre famille de Blois, qui tenait un rang considérable dans cette ville, avait été dès le bas âge l'objet de la prédilection de ses parents.

A l'âge de cinq ou six ans, elle commença à exercer la charité envers les malheureux, en soulageant les enfants pauvres des villages dont ses parents étaient seigneurs, leur distribuant volontiers ce qu'elle avait apporté de la ville, et obtenant encore de sa mère de quoi leur donner à manger.

Plus tard, elle se mit à leur faire le catéchisme, à leur apprendre à prier DIEU.

Enfin elle joignit à ces bonnes œuvres la visite des malades les plus abandonnés de ces villages, et, pour leur être plus utile, elle apprit à saigner et à composer des remèdes, n'étant encore âgée que de quatorze ou quinze ans.

Ses parents, par la grande affection qu'ils lui portaient, n'avaient jamais contrarié ses goûts pour ces œuvres de miséricorde; mais lorsqu'elle leur eut déclaré qu'elle était résolue de se consacrer à DIEU dans quelque institut voué au soulagement des malades, ils s'opposèrent absolument à ce dessein, en protestant que tant qu'ils vivraient ils ne consentiraient jamais à se séparer de leur fille. Elle employa en vain pour les fléchir les instances les plus vives et les plus pressantes, et ses larmes continuelles. Tout fut inutile.

Enfin, croyant qu'elle résisterait à la volonté de DIEU si elle demeurait plus longtemps dans le monde, elle…

_________________________
(*) La famille Moreau, qui a subsisté longtemps à Blois, écrivait le nom de Brésoles d'une manière un peu différente de celle que la sœur Judith Moreau avait elle-même adoptée ; car on trouve ce nom ainsi écrit : Brézolles.

A suivre …

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Message  Louis Lun 15 Oct 2012, 6:03 am

VI. Enfance et vocation de la sœur de Brésoles. (suite)

Enfin, croyant qu'elle résisterait à la volonté de DIEU si elle demeurait plus longtemps dans le monde, elle résolut, de l'avis de son confesseur, de sortir secrètement de la maison paternelle, et d'aller se présenter aux hospitalières de Saint-Joseph à la Flèche, qui jetaient alors un grand éclat dans les provinces voisines. Elle s'assura d'un homme de confiance qui l'accompagnât dans son voyage, et qui gardât le secret le plus impénétrable sur son dessein. Cet homme étant allé l'attendre avec un cheval à une porte de la ville de Blois qui était à l'opposite du chemin qu'elle devait prendre, elle alla le joindre de grand matin, monta à cheval, et arriva heureusement a la Flèche.

Là, pendant son noviciat, elle fut employée six mois à la pharmacie ; et elle profita si bien des leçons d'un chimiste très-expérimenté, qu'elle passa pour plus habile que lui dans cet art.

Après deux ans de séjour à la Flèche, on l'envoya à l'Hôtel-Dieu de Laval, où elle servit les malades pendant six ou sept ans, sans que ses parents eussent encore découvert le lieu de sa retraite.

Enfin, son beau-frère…

A suivre…


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Message  Louis Lun 15 Oct 2012, 1:52 pm

VI. Enfance et vocation de la sœur de Brésoles. (suite)

Enfin, son beau-frère, M. de Saint-Michel, étant allé visiter le bâtiment de l'Hôtel-Dieu de Laval, nouvellement construit, qui attirait alors les curieux, la rencontra par hasard dans une des salles, et la reconnut malgré le costume d'hospitalière, sous lequel il la voyait pour la première fois. Il la pressa donc de lui avouer qui elle était.

D'abord elle s'en défendit le mieux qu'elle put. Mais M. de Saint-Michel, résolu de ne pas la quitter qu'il n'eût tiré la vérité de sa bouche, soutint avec fermeté qu'elle était sa belle-sœur, qu'il ne pouvait en douter, quoiqu'elle eût disparu depuis huit ou neuf ans; et il fît tant, qu'à la fin elle se vit contrainte de se déclarer.

Dès ce moment, le séjour de Laval lui devint insupportable ; elle ne cessa de demander d'être placée ailleurs, jusqu'à ce qu'enfin M. de La Dauversière, l'ayant appelée à la Flèche, la choisit pour aller fonder la maison de Villemarie, où elle put satisfaire pleinement son amour pour la vie pauvre, mortifiée et cachée au monde (1).

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(1) Annales des hospitalières de Villemarie, par la sœur Morin.

A suivre : VII. Zèle infatigable de la sœur de Brésoles pour le travail.

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Message  Louis Mar 16 Oct 2012, 6:31 am

VII. Zèle infatigable de la sœur de Brésoles pour le travail.

En Canada, où elle ne fut d'abord connue que sous le nom de sœur Moreau, elle se livra avec une ardeur incroyable au service des malades, et, malgré l'extrême pauvreté de la maison, elle se procurait, par son industrie et par sa grande confiance en DIEU, tout ce qui était nécessaire à leur soulagement. Quoiqu'elle fût très-souvent malade de violents maux de tête, elle prit la pharmacie pour son emploi particulier, et fit de ses mains la plus grande partie des ustensiles, comme fourneaux, boîtes, tablettes. Elle exerçait aussi l'office de dépensière, de cuisinière, de lingère, et coulait elle-même les lessives. Elle se chargea enfin de l'office d'hospitalière et de sœur des salles, ayant à servir journellement douze, quinze et dix-huit malades, quelquefois jusqu'à vingt-quatre, tant sauvages que français.

« Un grand nombre de fois, dit la sœur Morin, je l'ai vue malade, au lit avec la fièvre et ses maux de tête, qu'elle appelait la rage de l'amour, à cause de l'espèce d'agonie où la mettaient ses excessives souffrances; s'il arrivait qu'on apportât alors quelque blessé à l'Hôtel-Dieu, ou quelqu'un de bien malade, oubliant aussitôt ses propres maux, elle se levait à l'instant pour le soulager (1). »

_____________________________

(1) Annales des hospitalières de Villemarie, par la sœur Morin.


A suivre : VIII. Confiance de la mère de Brésoles à l'enfant JESUS.

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Message  Louis Mar 16 Oct 2012, 11:55 am

VIII. Confiance de la mère de Brésoles à l'enfant JESUS.

Dans tous ses besoins et dans ceux des malades, elle s'adressait à l'enfant JESUS avec une confiance et une foi vive qui obtenaient tout de sa bonté. Appelée par la sagesse divine à répandre dans cette colonie l'esprit de saint Joseph, elle faisait bien paraître, par son grand amour pour JESUS enfant, qu'elle était elle-même remplie de l'esprit et des inclinations de ce saint patriarche. Elle avait même une image en relief de l'enfant JESUS, qu'elle portait toujours avec elle, quelquefois aux récréations, ce qui lui donnait lieu de découvrir à ses sœurs ses pensées sur le mystère de l'enfance du SAUVEUR , et en des termes si pleins de respect et d'amour, qu'il était aisé de connaître que c'était son cœur qui parlait par sa bouche. Elle lui dressait des oratoires dans divers endroits de la maison, mais surtout elle lui demandait le salut éternel de tous ses malades.

Quelquefois, se laissant aller à la confiance et à la simplicité de sa dévotion, elle le priait même de lui envoyer des aliments extraordinaires, pour qu'elle pût leur faire quelque petit régal ; « et très-souvent, dit la sœur Morin, elle était visiblement exaucée. Dès le jour même, on apportait ce qu'elle avait demandé à l'enfant JESUS, comme de la viande d'orignal, des canards, des sarcelles et d'autres sortes de gibier. Les malades, frappés de ces attentions de la Providence, ne pouvaient s'empêcher de dire alors à la mère de Brésoles : C'est le saint enfant JESUS qui nous envoie tout cela. — Oui, leur répondait-elle avec joie et reconnaissance, c'est lui-même; remercions-le tous ensemble; » ce qu'ils faisaient à l'instant.

Enfin, nous ajouterons que la manière dont elle apprêtait tous ses mets leur donnait un degré d'excellence qui n'avait rien d'ordinaire, au jugement des personnes même du goût le plus délicat; elles avaient peine à comprendre que les choses les plus communes devinssent si exquises en passant par ses mains, par exemple, comment avec un petit morceau de lard maigre et quelques herbes elle faisait des bouillons qui avaient un goût merveilleux, et faisaient plaisir aux personnes les plus dégoûtées (1 ) .

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(1) Annales des hospitalières de Villemarie, par la sœur Morin.


A suivre : IX. Dévotion de la mère de Brésoles envers l'enfant JESUS et le très-saint Sacrement.

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Message  Louis Mer 17 Oct 2012, 5:59 am

IX. Dévotion de la mère de Brésoles
envers l'enfant JESUS et le très-saint Sacrement.

C'était par son recours à l'enfant JESUS qu'elle trouvait tous ces secrets et d'autres semblables, dont nous parlerons dans la suite. Ce divin enfant était l'objet continuel de ses pensées et de ses affections. Durant le silence de la nuit, son plus agréable repos était de chanter en l'honneur de JESUS enfant des cantiques de louanges et d'actions de grâces.

Elle avait aussi une tendre et vive dévotion envers ce divin Sauveur résidant au très-saint Sacrement de l'autel, et employait la meilleure partie des nuits à lui témoigner son amour et sa religion. Comme sa cellule était contigüe à l'église, elle avait fait pratiquer une petite fenêtre dans la ruelle même de son lit, afin que pendant son repos elle pût jeter les yeux sur le saint tabernacle.

Elle se délassait ainsi des travaux du jour par des colloques avec le bien-aimé de son cœur ; et dans ses maladies c'était ce même lieu qui lui servait d'infirmerie, parce qu'il favorisait plus que tout autre sa dévotion. JESUS enfant et JESUS immolé sur l'autel faisait sa grande et comme son unique occupation intérieure.

Si elle s'entretenait ainsi avec lui durant le temps du repos, c'est que, par esprit de mortification, elle se tenait assise la plus grande partie des nuits, ou, si elle se couchait, c'était sur un lit très-dur, sans draps, n'ayant, autre chose sur elle qu'une couverture (1).

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A suivre : X. Amour de la sœur de Brésoles pour les pénitences corporelles.

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Message  Louis Mer 17 Oct 2012, 12:26 pm

X. Amour de la sœur de Brésoles pour les pénitences corporelles.

Le seul adoucissement qu'elle s'accordait la nuit contre la rigueur du froid excessif du Canada, c'était de coucher avec de gros sabots, dans lesquels elle avait mis du feu quelques moments auparavant. Malgré ses fatigues continuelles, malgré la dureté de son lit et la grossièreté de sa nourriture, elle exerçait sur elle-même de cruelles macérations, usant de disciplines, de haires, de chaînes de fer et d'autres instruments de pénitence, qui servaient comme d'aliments quotidiens à la générosité de son amour.

Il faut même convenir que, se laissant emporter à son ardeur pour la souffrance, elle a outrepassé plusieurs fois les bornes que l'obéissance aurait dû mettre à sa ferveur, ce qui du reste est une preuve incontestable de son grand amour pour la pénitence, et ne doit point diminuer l'estime que méritent ses autres rares vertus.

Aussi, le P. Die, Jésuite, qui avait connu particulièrement la mère de Brésoles, écrivait-il d'elle à Mme d'Ailleboust :

« Vous demeurez donc avec les hospitalières de Montréal ? Je vous en estime heureuse. Je connais l'une d'elles, appelée Judith Moreau de Brésoles, que j'ai conduite dès son enfance, et que je n'ai cessé de diriger que peu d'années avant qu'elle ait quitté la France pour aller en Canada. Je la considère comme une des plus grandes servantes que DIEU ait sur la terre, et des plus fidèles à suivre la voix du divin Époux (1). »

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A suivre : XI. La sœur Macé…

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Message  Louis Jeu 18 Oct 2012, 6:54 am

XI. La sœur Macé — Son amour pour la pauvreté et pour l'humilité.

La sœur Catherine Macé, la digne assistante de la mère de Brésoles, donna à la colonie de Villemarie des exemples non moins remarquables de pauvreté, de zèle, de charité, d'humilité et de toutes les vertus chrétiennes. Dès qu'elle entendit parler de l'institut naissant des hospitalières de Saint-Joseph, elle désira ardemment d'y être reçue. Son père, négociant à Nantes, et qui l'aimait beaucoup, refusa d'abord de consentir à son départ, et ne se rendit enfin à ses prières et à ses larmes que sur les instances d'un de ses fils, alors jeune ecclésiastique, et dans la suite directeur au séminaire de Saint-Sulpice, à Paris, le même dont nous avons parlé déjà.

Arrivée à Villemarie, elle fit paraître la solidité des vertus qu'elle avait pratiquées l'espace d'environ vingt ans dans l'institut de
Saint-Joseph, surtout son grand amour pour la pauvreté. Ses robes et ses habits n'étaient qu'un tissu de pièces d'un bout à l'autre. « Je ne me souviens pas de lui avoir vu des souliers neufs qu'une seule fois, dit la sœur Morin. » Car elle prenait pour son usage les vêtements et les chaussures que ses sœurs avaient laissés comme usés et hors d'état de servir encore ; et si on voulait l'en détourner, elle faisait si bien, qu'elle persuadait à ceux qui avaient autorité sur elle que c'était pour sa commodité qu'elle en usait ainsi. Sa chambre était la plus froide et la plus incommode de la maison ; elle y avait une table faite à coups de serpe, et pour s'asseoir un billot de bois.

L'office d'assistante, dont elle fut chargée en arrivant en Canada, affligeait sensiblement son humilité, parce qu'il est accompagné de quelque honneur ; mais elle y trouvait une sorte de dédommagement par le pouvoir qu'il lui donnait de suivre son attrait, en prenant pour elle toute la peine et le gros travail de la maison (1).


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A suivre : XII. Amour de la sœur Macé pour le travail…

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Message  Louis Jeu 18 Oct 2012, 10:20 am

XII. Amour de la sœur Macé pour le travail — sa grande charité.

Ainsi, elle a fait l'office de sœur converse tant qu'elle en a eu la force, c'est-à-dire pendant plus de trente ans, se chargeant du soin de la basse-cour, donnant à manger à deux vaches qu'on avait alors, tirant leur lait, les envoyant aux champs ; nourrissant aussi six autres animaux qu'on élevait pour avoir du lard; car vers ce temps on n'aurait pu, sans s'exposer aux surprises des Iroquois, aller à la chasse de l'orignal. Elle prenait de ces animaux toutes sortes de soins; et, comme pour la soulager dans un travail si pénible on lui avait donné une jeune fille, elle ne pouvait souffrir que celle-ci fît rien sans son concours, lui aidant à porter leur manger, à nettoyer les auges et à cueillir tous les jours pendant l'été de l'herbe dans le jardin, aux ardeurs du soleil. Elle s'était chargée pareillement du soin de la volaille.

Enfin elle faisait fréquemment les lessives, les coulait, aidait à les laver et à les plier, et tout cela sans embarras, sans inquiétude, disant qu'elle était la moins chargée de ses sœurs, étant toujours pleine de compassion pour elles, cherchant les occasions de leur faire plaisir la nuit comme le jour, et de prendre sur elle, si elle l'eût pu, les fardeaux de toutes.

Sa grande charité lui donnait une sincère estime pour tout le monde, et la portait à juger toujours favorablement des actions du prochain, même dans les cas où chacun s'accordait à les condamner. Si elle ne pouvait les excuser absolument, elle se rejetait sur l’intention, s'efforçant de persuader aux autres qu'elle avait été bonne et pure.

Il est vrai que quelques personnes croyaient voir de l'excès dans cette grande indulgence de la sœur Macé ; mais il faut remarquer que, si elle était si portée à excuser le prochain lorsqu'elle n'était placée qu'au second rang, étant devenue supérieure, elle corrigeait exactement les moindres fautes dans toutes les personnes qui lui étaient soumises, sans cesser pourtant d'offrir à toutes un modèle parfait de charité, de patience, d'humilité, de silence et de recueillement. Ce serait le cas de faire connaître ici les vertus de la sœur Maillet, que DIEU avait associée à la sœur Macé et à la mère de Brésoles ; mais nous parlerons d'elle dans la suite, pour ne pas trop interrompre ici les détails que nous avons entrepris de donner sur la vie pauvre de ces saintes filles (1).

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A suivre : XIII. Secours temporels que les hospitalières reçoivent…

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Message  Louis Ven 19 Oct 2012, 6:19 am

XIII. Secours temporels que les hospitalières reçoivent de
M. de Fancamp et des prêtres de Saint-Sulpice.

On pourrait demander d'où elles tiraient le strict nécessaire, n'ayant point de revenus, dans une colonie naissante, qui n'offrait aucune ressource et qui était elle-même exposée à manquer de tout, à cause de la pauvreté de ses habitants. Voici quels furent les moyens que la divine Providence fournit aux filles de Saint-Joseph pour pourvoir à leurs plus pressants besoins. M. de Fancamp et M. Macé, apprenant la résolution généreuse qu'elles avaient prise de ne pas abandonner le service de la colonie, quoiqu'elles y fussent sans aucune ressource assurée, furent si touchés d'un si héroïque dévouement, que depuis ils leur envoyèrent pour leur entretien 4 à 500 livres chaque année. Au commencement, elles les employèrent à se procurer des hardes et des meubles de première nécessité, et surtout à faire quelque défrichement sur leurs terres dites de Saint-Joseph, où elles occupèrent les deux hommes qu'elles avaient amenés de France, et qui s'étaient engagés à leur service pour l'espace de trois ans.

Mais comme ce défrichement s'opérait trop lentement pour procurer du pain à ces vertueuses filles, les associés de Montréal leur donnèrent l'usage de quatre arpents de terre de leur propre domaine pour les aider à subsister en attendant. Par la bénédiction que DIEU répandait sur les travaux qu'elles y faisaient faire, elles y recueillaient assez de blé pour leur usage et pour payer les gages de leurs domestiques, en vendant le surplus de la récolte afin de se procurer par là de l'argent. M. Macé, dont nous parlons, fut leur principal soutien, et leur procura successivement 37 à 38,000 livres :

A suivre…

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Message  Louis Ven 19 Oct 2012, 11:59 am

XIII. Secours temporels que les hospitalières reçoivent de
M. de Fancamp et des prêtres de Saint-Sulpice.
(suite)

M. Macé, dont nous parlons, fut leur principal soutien, et leur procura successivement 37 à 38,000 livres :

« Ce qui aurait pu, dit la sœur Morin, lui mériter très-justement le titre de fondateur. Un autre ecclésiastique de Saint-Sulpice, qui les aida aussi beaucoup de ses largesses, ce fut M. Souart. Cet homme, plein de zèle pour la gloire de DIEU, charitable envers les pauvres, et particulièrement envers les malades, n'avait pas de plus grande joie, dit encore la sœur Morin, que de répandre son bien en aumônes, et de se dépouiller de tout, afin de mourir pauvre lui-même. Il a donné en effet tout son bien de patrimoine, quoiqu'il passât la somme de 80,000 livres. Je ne dirai point ici le bien que ce grand serviteur de DIEU a fait à notre monastère ; vous le remarquerez dans la suite de cette histoire, où j'aurai occasion de parler de lui (1). »

Outre ces secours…

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(1) Annales des hospitalières de Villemarie, par la sœur Morin.


A suivre : XIV. Les filles de Saint-Joseph composent…

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Message  Louis Lun 22 Oct 2012, 8:46 am

XIV. Les filles de Saint-Joseph composent
des remèdes dont la vertu les aide à subsister.

Outre ces secours, quelles recevaient de la charité de leurs amis, DIEU leur fournit un autre moyen de subsistance dans les remèdes que la mère de Brésoles composait, et qui étaient en grande estime dans toute la colonie. On a vu que pendant son séjour à la Flèche elle avait si bien profité des leçons d'un chimiste de mérite, qu'elle avait passé pour plus habile que lui dans cet art. A Villemarie, elle fit clore un petit jardin où elle sema des plantes sauvages pour en composer des remèdes. Elle le cultivait de ses propres mains ; tout y croissait à plaisir, et on allait le voir par curiosité ; on ne pouvait s'empêcher d'être frappé de la bénédiction que DIEU donnait à ces plantes.

Il est vrai que, par un effet de sa dévotion ordinaire, la mère de Brésoles avait coutume de s'adresser à l'enfant JESUS pour qu'il daignât bénir ce jardin, et que dans ce dessein elle y portait fréquemment sa sainte image.

Au moyen de ces plantes sauvages, dont elle chercha à connaître la propriété, elle se mit donc à composer diverses sortes de remèdes, qu'elle inventa elle-même. Ces remèdes, par l'efficacité que DIEU leur donna, eurent en peu de temps une très-grande vogue dans tout le pays. La réputation de la mère de Brésoles fut même si universelle, qu'elle ne surpassa pas seulement celle d'un chirurgien jusque alors en grand crédit à Villemarie, mais qu'elle effaça même celle de M. Souart et de tous les autres médecins du Canada. Les personnes les plus riches voulaient avoir de ses remèdes, et la consultaient dans leurs maladies avec une confiance qui surpassait tout ce qu'on pourrait dire : jusque-là que les malades croyaient ne pouvoir mourir quand ils s'étaient mis entre ses mains ou qu'ils suivaient ses ordonnances.

Cette estime universelle était fondée sur les guérisons éclatantes que cette sainte fille opérait, et qui dans l'opinion de plusieurs passaient pour surnaturelles. Si l'on apportait à l'Hôtel-Dieu des hommes blessés par les Iroquois, ce qui arrivait fréquemment, elle préparait aussitôt des médicaments qui les guérissaient, quoique leurs blessures fussent très-considérables. Elle en composait pour toutes sortes de maladies ; et comme les effets qu'ils produisaient étaient tout autres que ceux des remèdes qu'on apportait de France, on disait communément que ses médicaments étaient miraculeux. Aussi les sauvages eux-mêmes, tant les alliés des Français que les Iroquois, avaient-ils une estime singulière pour la mère de Brésoles. Ils s'étaient accordés à la surnommer dans leur langue le soleil qui luit, à cause, disaient-ils, qu'elle redonnait la vie aux malades par ses soins et ses remèdes, comme cet astre la donne aux plantes par sa lumière et sa chaleur (1).

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(1) Annales des hospitalières de Villemarie, par la sœur Morin.


A suivre : xv. Le bonhomme Jouaneaux. — Sa chute et sa guérison.

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Message  Louis Lun 22 Oct 2012, 3:18 pm

xv. Le bonhomme Jouaneaux. — Sa chute et sa guérison.

Un autre fruit remarquable de l'habileté de la mère de Brésoles à guérir les blessés, ce fut d'acquérir par ce moyen à l'Hôtel-Dieu un dévoué et fidèle serviteur dans la personne de Mathurin Jouaneaux, qui, après sa guérison, touché de reconnaissance, se donna à cette maison avec tout ce qu'il possédait de biens en Canada. L'histoire de cet homme simple et généreux mérite de trouver place dans cet ouvrage.

Il avait quitté le lieu des Perrières, paroisse d'Aubigné en Anjou, pour servir durant cinq ans en qualité de défricheur la Compagnie de Montréal, d'après un contrat passé à la Flèche le 2 mai 1653 (1). Le temps de son engagement étant expiré, il reçut de M. de Maisonneuve, au nom des seigneurs, quinze arpents a de terre, au lieu dit alors la contrée de Saint-Joseph, pour en jouir en toute propriété, à la charge de défricher cette terre, d'y faire bâtir une maison, et de payer tous les ans aux seigneurs trois deniers de cens pour chaque arpent a (2).

A peine fut-il en possession de ce terrain, qu'il en mit cinq arpents a en valeur ; et comme ce défrichement l'exposait aux surprises des Iroquois, qui se cachaient partout pour surprendre les travailleurs, il se creusa une retraite sous terre, où il demeura seul pendant plusieurs années. Ce réduit ne recevait le jour que par la porte ; un vieux tronc d'arbre creusé par le laps des temps, qui se trouvait au-dessus, servait de tuyau pour conduire la fumée de son foyer.

En exécution de son contrat de concession, et aussi pour mettre ses grains en sûreté, Jouaneaux construisit près de son réduit une petite grange en bois qu'il couvrit de planches. Mais avant qu'elle fût fermée tout autour, et vraisemblablement lorsqu'il en achevait la toiture, il tomba du haut de sa grange et se blessa grièvement à la tête. On le porta aussitôt à l'Hôtel-Dieu, quoique sans espoir de guérison, car on jugeait que sa blessure était mortelle. Cependant les filles du Saint-Joseph, par l'assiduité et l'intelligence de leurs soins, et par l'efficacité de leurs remèdes, parvinrent à lui rendre la santé.


(a : Note de Louis: 1 arpent équivaut à 192 pieds ou env. 58 m.)

_________________________________

(1) Acte de Lafousse, notaire à la Flèche 2 mai 1653.
(2) Archives des hospitalières de Villemarie ; concession faite par M. de Maisonneuve, le 9 mai 1659.


A suivre : XVI. Jouaneaux se donne au service de l'Hôtel-Dieu avec tout ce qu'il possède en Canada.


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Message  Louis Mar 23 Oct 2012, 7:11 am

XVI. Jouaneaux se donne au service de l'Hôtel-Dieu
avec tout ce qu'il possède en Canada.

Jouaneaux, se voyant guéri contre son attente, songea à ce qu'il pourrait faire pour témoigner sa reconnaissance à ces charitables sœurs (1).

« Elles m'ont rendu la vie, se dit-il à lui-même; sans elles je ne serais plus. Le don de tout ce qui m'appartient est trop peu de chose pour reconnaître un bienfait de cette importance. Puisqu'elles m'ont sauvé la vie, il faut que j'en consacre le reste à les servir, et que je me donne moi-même à elles avec le peu de bien que je possède. »

Ce qu'il résolut avec tant de générosité, il l'exécuta avec une fidélité parfaite le 12 mars 1660, en présence de M. Vignal, prêtre de Saint-Sulpice, de M. de Maisonneuve et de M. d'Ailleboust, il fit don de sa personne, de ses quinze arpents a de terre, et de tous ses petits biens mobiliers, aux filles de Saint-Joseph ; « promettant de sa part, est-il dit dans le contrat de ce jour, de s'occuper pour leur service, tant que DIEU lui donnera des forces, et en tout ce à quoi il leur plaira de l'employer. »

Comme cet homme jouissait d'une parfaite réputation dans la colonie, qu'il était pieux, zélé pour le travail, et qu'il avait un grand désir de se séparer du monde autant qu'il pourrait, pour fuir les occasions de pécher, et de se consacrer au service de DIEU, les filles de Saint-Joseph acceptèrent volontiers ces généreuses propositions, et promirent de le nourrir, loger et entretenir sain et malade jusqu’à la fin de ses jours (1).

Dans l'état de pauvreté extrême où elles étaient alors, l'acquisition qu'elles firent de lui et de ses petits biens fut pour elles un grand soulagement et une espèce de fortune. Outre ses quinze arpents de terre dont il les enrichit, il leur donna encore sa vache et son porc.

« Quoique tout ce bien fût peu de chose, dit la sœur Morin, c'était beaucoup pour nos sœurs, dans la nécessité où elles étaient de tout. La vache leur donna du lait, et le porc du lard après sa mort, ce qui leur fut d'une grande douceur. »

Mais surtout, le bonhomme Jouaneaux leur rendit de très-grands services…


(a : Note de Louis: 1 arpent équivaut à 192 pieds ou env. 58 m.)
_______________

(1) Annales des hospitalières de Villemarie, par la sœur Morin.
(1) Annales des hospitalières de Villemarie, par la sœur Morin.


A suivre …

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Message  Louis Mar 23 Oct 2012, 1:39 pm

XVI. Jouaneaux se donne au service de l'Hôtel-Dieu
avec tout ce qu'il possède en Canada.


(suite)

Mais surtout, le bonhomme Jouaneaux leur rendit de très-grands services par les soins qu'il donna à leurs travaux domestiques. Il s'employait lui-même avec grande affection à défricher leurs terres, et bâtit à Saint-Joseph une cabane pour y loger plusieurs hommes qui travaillaient sous sa conduite. Enfin il ménageait toutes choses avec plus de soin et de sollicitude, et prenait plus de peine que si c'eût été pour son intérêt particulier (1).

1661.

Touchées de son dévouement et de son zèle infatigable à les servir, les filles de Saint-Joseph, pour le lier plus étroitement encore à leur maison, lui donnèrent une déclaration par écrit, le 21 mai 1661, en présence de M. Souart et de M. de Maisonneuve, par laquelle elles s'obligèrent à le regarder comme un membre de leur communauté, et en cette qualité à le rendre participant de toutes leurs prières et bonnes œuvres, comme aussi à faire pour son entretien pendant sa vie, et pour le repos de son âme après sa mort, ce qu'elles feraient pour l'une de leurs propres sœurs (2).
____________________

(1) Annales des hospitalières de Villemarie, par la sœur Morin.
(2) Archives des hospitalières de Villemarie, contrat du 21 mai 1661.

A suivre : XVII. Mme d'Ailleboust se retire à l'Hôtel-Dieu en qualité de pensionnaire.

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Message  Louis Mer 24 Oct 2012, 6:54 am

XVII. Mme d'Ailleboust se retire à l'Hôtel-Dieu en qualité de pensionnaire.

M. d'Ailleboust, dont on a parlé plus haut, étant venu à mourir la première année que les filles de Saint-Joseph étaient à Villemarie (3), cet événement fut un autre moyen que la Providence leur ménagea pour les aider dans leur détresse. D'après leur règle, elles peuvent recevoir dans leur maison en qualité de pensionnaires les dames pieuses qui veulent s'y retirer (4). L'éclat que leur vertu jetait dans la colonie, et la vénération qu'on leur portait, firent désirer à Mme d'Ailleboust, dès qu'elle se vit veuve et entièrement libre de sa personne, de demeurer dans leur compagnie, pour s'animer par leurs saints exemples au service de DIEU.

Elle se défit de tout son train, ne se réserva qu'une fille dévote pour en recevoir les services qu'exigeaient la délicatesse de sa santé et ses infirmités habituelles, et s'enferma dans la petite maison des filles de Saint-Joseph, qu'on pouvait appeler le couvent de la pauvreté et de la mortification. Il est vrai qu'on lui apprêtait son ordinaire à part, et que, les chambres des hospitalières étant petites, sombres et exposées au couchant, Mlle Mance lui en avait donné une plus commode dans sa maison, située à une extrémité de l'Hôtel-Dieu, et contiguë aux offices des sœurs.

Mme d'Ailleboust y était cependant fort à l'étroit, ayant avec elle sa fille de chambre et ses meubles ; mais le désir de vivre avec les servantes de DIEU lui fit surmonter toutes ces incommodités, quelque pénibles qu'elles pussent être à la nature.

Nous devons ajouter qu'en cherchant…

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(3) Registre des sépultures de Villemarie, 1er juin 1660. — Histoire du Montréal, par M. Dollier de Casson.Histoire du Canada, par M. de Bellemont.
(4) Constitutions des filles hospitalières de Saint-Joseph, in-12º, 1643.

A suivre…

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Message  Louis Mer 24 Oct 2012, 11:40 am

XVII. Mme d'Ailleboust se retire à l'Hôtel-Dieu en qualité de pensionnaire. (suite)

Nous devons ajouter qu'en cherchant à s'édifier auprès des filles de Saint-Joseph elle leur donna elle-même de touchants exemples d'édification. Elle gardait la clôture fort régulièrement, ne sortait jamais, et ne recevait personne du dehors dans sa chambre. Son entretien était fort dévot et tout à fait religieux ; on ne voyait rien en elle de l'esprit du monde, vivant humble et rabaissée comme si elle ne l'eût jamais connu, quoiqu'elle fût très-avantagée de dons naturels tant du corps que de l'esprit.

Elle jouissait de 20,000 livres de fortune, ce qui était beaucoup pour le temps dans ce pays. En entrant chez les hospitalières, elle leur donna, outre deux vaches, qui leur furent d'un grand secours, une somme d'argent et diverses marchandises.

Elles employèrent l'argent à construire les premiers bâtiments qui furent faits sur la terre dite de Saint-Joseph, et commencèrent alors à y tenir ménage, y ayant maison, grange et étable, mais le tout fort petitement et avec des craintes continuelles de la part des Iroquois, comme nous le dirons dans la suite.

Toutefois, DIEU…

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Message  Louis Jeu 25 Oct 2012, 6:37 am

XVII. Mme d'Ailleboust se retire à l'Hôtel-Dieu en qualité de pensionnaire.

(suite)

Toutefois, DIEU, qui voulait tenir ces saintes filles dans une exacte pauvreté, ne permit pas que Mme d'Ailleboust leur fît tout le bien qu'elle s'était proposé. Nous verrons qu'au bout de trois ans elle fut obligée par M. de Laval de se retirer à Québec pour y donner naissance à la confrérie de la Sainte-Famille, et qu'elle quitta ainsi l'Hôtel-Dieu de Villemarie, d'où elle emporta tout ce qu'elle avait.

Mais cette grande pauvreté n'altérait en rien la joie de ces généreuses filles. Au contraire, elles étaient comblées d'une indicible consolation lorsqu'après avoir employé tous les moyens que commandait la sagesse chrétienne, elles se voyaient quelquefois dépourvues de tout, étant bien assurées que DIEU ne leur ôtait ainsi tous les appuis humains que pour faire paraître d'une manière plus sensible les soins de sa providence sur elles.

Une épreuve très-dure qu'elles eurent à subir fort longtemps, sans pouvoir y apporter d'autre remède que la patience et la confiance en DIEU, fut la crainte où elles étaient de ne pouvoir maintenir leur communauté à Villemarie par défaut de novices, comme nous allons le raconter au chapitre suivant ( 1 ).

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(1) Annales des hospitalières de Villemarie, par la sœur Morin.

A suivre : Chapitre III.

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