LES MÈRES DES SAINTS

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Message  Monique Ven 05 Mai 2023, 7:29 am

C’est dans chacun des traits de ce rêve qu’il faut chercher les conversations, le cœur et l’intelligence d’Ermemberge. Après lui avoir dû la vie de l’âme, il lui dut la vie de l’intelligence.

Il avait un si précoce amour de l’étude qu’il obtint de ses parents la permission d’aller, tout enfant encore, à une école dont le maître, austère et sombre, le mit à une discipline farouche, et l’enferma afin de le faire mieux travailler.

L ’enfant devint malade ; on le ramena à la maison paternelle. Quand il y fut, on s’aperçut qu’il était devenu stupide. Il regardait tout ce qui l’entourait avec une physionomie égarée, comme si tout bruit l’importunait et la vue de tout être humain lui causait une angoisse profonde.

« Ah ! malheureuse que je suis, s’écria Ermemberge, mon fils est perdu! » Elle eut alors une inspiration. Elle ordonna de laisser l’enfant en toute liberté, de lui obéir avec promptitude, bonne grâce, et avec une affection que nul accès de cette maladie noire ne devait lasser. Peu à peu il revint à son expansif et tendre naturel.


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Message  Monique Sam 06 Mai 2023, 6:28 am

Quand, à force de vigilance et de tendresse, Ermemberge l’eût guéri de l’hypocondrie qui l’eût mené à la folie par le désespoir, il reprit sa passion pour l’étude. On le confia alors à des maîtres bienveillants et savants, à des Bénédictins qui s’étaient détachés de l’abbaye piémontaise de Fructuaria pour venir fonder une communauté à Aoste.

Là, les dons intellectuels qu’il avait reçus et que Ermemberge avait cultivés en même temps que les germes de sa piété, se développèrent. Anselme sentit qu’il était appelé à la vie monasitque. C’est lui, si j ’ai bon souvenir, qui disait : « Tout ce que mon âme possède de trésors, je le dois à ma mère et aux moines ».

Mais Gondulphe, qui n’avait d’autre fils que lui, résista obstinément à cette vocation. Anselme, avec cet héroïsme quine l’abandonne plus, demandait à Dieu de l’amener au bord de la tombe, afin que son père ne pût résister aux demandes d’un mourant. La maladie vint, la mort s’approcha, le père résista.

Il fut donc contraint de rentrer dans le monde. Il ne tarda pas à en aimer, non pas les vices, car, disent les biographes contemporains, jamais « il ne blessa la modestie, même par un regard » ; mais il en aima le bruit et les fêtes.


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Message  Monique Dim 07 Mai 2023, 7:32 am

Ici encore, Ermemberge sauva l’avenir de son fils, guida ce cœur pur mais affectueux, cette intelligence vigoureuse mais cet esprit riant, qui désirait l’amitié de tous et menaçait de se perdre dans la vie frivole.. Cette fois Ermemberge avait assuré la sainteté de son fils. Le Seigneur la rappela à lui.

Ce qu’elle était pour lui, une phrase va nous le révéler, la phrase qu’il confia à cet Eadmer, son secrétaire et son biographe, et que celui-ci nous a transmise.

« Après cette mort, le vaisseau de son cœur, comme s’il eût perdu son ancre, devint le jouet des flots. » Mais le Dieu tout-puissant, qui savait d’avance ce qu’il se proposait de faire de lui, le soumit à une dernière épreuve. Son père conçut contre lui une haine si vive qu’il s’acharnait à blâmer toutes ses actions, plus encore celles qui étaient louables que celles qui pouvaient être répréhensibles.

Nulle soumission de la part d’Anselme ne pouvait apaiser sa colère; plus le fils se montrait prévenant, plus le père se montrait exaspéré, « Jugeant que la position n’était plus tenable, et craignant de la voir s’aggraver encore, Anselme aima mieux s’éloigner de la maison paternelle et de la patrie que de s’exposer à des scènes qui pourraient tourner au déshonneur de son père et du sien. »


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Message  Monique Lun 08 Mai 2023, 6:27 am

La rudesse de son père, que la tendresse maternelle ne tempérait plus, lui avait rappelé combien le palais céleste était beau à côté de la plaine poudreuse, et combien le pain du Seigneur était doux, quand la moisson terrestre était pénible.

Il quitta donc la maison paternelle et il entra dans cette vie de rigoureuse piété et d’illuminante science que virent, dans toute sa beauté, les moines de Tabbaye du Bec. Il la mena à l’archevêché de Cantorbéry. Là il lui fallut, en effet, cette double puissance de la piété et de la science pour contraindre la force brutale à s’humilier devant la force morale.

C'est ainsi qu’il devint, non seulement célèbre alors dans l’Europe entière, mais qu’il est aujourd’hui encore considéré comme un des grands ministres de la civilisation humaine.


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Message  Monique Mar 09 Mai 2023, 7:25 am

CHAPITRE II

DE LA RENAISSANCE CATHOLIQUE.
A LA RENAISSANCE PAÏENNE ( XIIe-XVe SIÈCLE
).


§ 1. — La Mère de saint Bernard (1091-1153. — Le Couronnement de la Vierge, le merveilleux tableau du Bienheureux Angélique de Fiesole développe sous nos yeux l'incarnation des diverses nuances de l’idéal qui perce jusqu’aux profondeurs des cieux. Parmi les physionomies qu’on remarque là, deux frappent particulièrement, parce que leurs yeux indiquent qu’ils regardent plus haut que les autres. Ce sont les physionomies de saint Dominique et de saint Bernard.

Dominique, c’est la Virginité qui voit le Christ, Bernard, c’est la Force qui voit Dieu; et justement parce qu’elles sont en compagnie divine, la Virginité paraît fière et la Force attendrie. Toutefois, en Bernard, c’est la Force qui domine; vainement les contemporains nous disent que la simplicité de la colombe reluisait dans ses yeux; éloignons-nous du tableau, et. représentons-nous par l’imagination ce portrait du saint, nous pensons invinciblement à un aigle qui regarde le soleil.

Cette force qui voit Dieu, cette vision de quel que chose de surhumain, cette puissance qui s’attendrit parce qu’elle monte vers le cœur du Christ, si c’est le résumé des idées suggérées par la physionomie de Bernard, c’est également le résumé de la vie de sa mère.

Elle est un des plus saisissants types de la femme, du temps de la féodalité. Elle n’est pas, comme la mère de saint Léon, une dame de frontières, menacée par la guerre civile et forcée à la vigilance militaire ; comme la mère de saint Louis, elle n’a pas à protéger un royaume ; comme la mère de saint François de Sales, elle ne voit pas les flots du calvinisme essayer de monter jusqu’au mur de son château. La Bourgogne au début du XIIe siècle paraissait épargnée par la guerre. Elle était gouvernée par un des descendants d’Hugues Capet, nommé également Hugues et surnommé le Pacifique.


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Message  Monique Mer 10 Mai 2023, 6:45 am

Ce n’est pas le côté chevaleresque de ce siècle que nous devons chercher en la mère de saint Bernard; c’est la force morale. Elle resplendit par là. Elle est la matrone féodale, elle ouvre pour nous un coin du voile qui couvre l’idéal du Moyen Age, la beauté, la grandeur de ces âmes à la fois vaillantes et soumises, âmes du Barbare christianisé, où il y a du lion dompté.

Cette force morale du matronat chrétien de tous les temps et surtout d’alors, laisse derrière elle la vigueur de la mère lacédémonienne ou romaine qu’on nous a fait admirer en notre enfance : la mère chrétienne veut que ses enfants aient plus que la chevalerie et son dévouement, plus que l’honneur et son abnégation, plus que la piété,
avec sa pureté et sa charité. Elle veut la sainteté.

Non seulement, elle aime mieux son fils mort que déshonoré; il n ’est pas de digne mère qui ne pense ainsi. Mais elle fait incomparablement plus, elle l’aime mieux mort que souillé d’un péché mortel. Enfin elle arrive aux dernières hauteurs de la vigueur morale : elle l’aime mieux déchu, non dans son honneur, mais dans ses honneurs et privé de l’illustration de sa race, que taché par un péché véniel.


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Message  Monique Jeu 11 Mai 2023, 7:16 am

C’est ainsi qu’il nous faut juger la mère de notre saint. Elle était fille d’un seigneur, le comte Bernard de Montbard. Comment se nommait-elle? Le Père Ratisbonne, à qui nous devons une excellente Histoire de saint Bernard, la nomme Elisabeth. Les premiers biographes l’appellent Elize ou Alix; les savants traducteurs du XVIIe siècle, comme Lamy, Villefore, etc, penchent pour Alette, dans lequel nous pouvons retrouver Alix, comme Elisabeth dans Elize. Elle eut dès l’enfance la claire vue de l’amour divin et elle désirait s’y donner tout entière, en entrant dans un monastère.

La Providence, qui voulait d’elle non seulement une famille d’hommes pieux, mais un peuple de saints, ne le permit pas. Elle épousa Tescelin, seigneur de Fontaine, près Dijon. Il était de la maison de ces grands comtes de Châtillon, dont Joinville nous raconte les exploits a la croisade, en cette scène inoubliable où le sire de Châtillon entouré par cent ennemis, perdant son sang par dix blessures, se lève une dernière fois sur ses étriers en poussant le cri suprême de rescousse : « Châtillon ! Chevaliers ! où sont mes preud’hommes ! » Tescelin, notable chevalier, expert aux armes, sage au conseil, représente bien le type des nobles, chers aux poètes chevaleresques et vantés par eux parce qu’ils sont, en même temps, lion et agneau, lion devant l’ennemi, agnel en cambres, devant les femmes, les enfants, les vieillards.

Celui-ci doux et courtois, appelé souvent hors de son château par ses doubles devoirs de chevalier banneret et de conseiller du duc, était l’homme qu’il fallait pour laisser dame Alette acquérir, fortifier, développer cette maîtrise de soi et des autres qui la rendait — nous pouvons l’entrevoir — souveraine au foyer domestique.


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Message  Monique Ven 12 Mai 2023, 7:01 am

Elle avait quinze ans quand elle se maria. Elle eut six fils et une fille. Pour résumer en une phrase sa puissance apostolique, rappelons que son frère, illustre guerrier, son mari, ses six fils, sa fille, embrassèrent tous l’état religieux, après avoir cherché à éviter, en demeurant dans le monde, l’héroïsme de la sainteté. Bernard devait aller plus loin qu’eux dans cet héroïsme, toutefois, il eut un mouvement d’hésitation, non pas en face de la chasteté qui faisait comme partie de son sang maternel et qu’il ne perdit jamais, mais il hésita, un court instant, devant la science et la gloire mondaine.

Cette puissance apostolique, la pieuse matrone l’exerce surtout après sa mort, et c’est la couleur originale de ce portrait. Elle avait si bien introduit sa volonté dans la volonté de ceux qui l’entouraient, si bien versé son âme dans les âmes de ses enfants, que morte, elle paraissait vivre en eux. Nous verrons bientôt quelques-unes des manifestations de cette transfusion d’âme.

De toutes les phrases qui dans les lettres, les œuvres de saint Bernard indiquent les ressouvenus de l’influence maternelle, je citerai seulement celle-ci (qui n ’est pas commune dans les statuts des chefs d’ordres) : « Il faut que le supérieur soit une mère. »


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Message  Monique Sam 13 Mai 2023, 7:09 am

Il est difficile aux hommes d’aujourd’hui de comprendre vite les obstacles que la féodalité opposait à la vocation religieuse dans les jeunes nobles (car dans les vieillards, il est certain qu’elle la favorisait). Éloigner ses enfants du mal, pour une mère, c’est un devoir doux et qui est facile, quand la mère est intelligente, prudente et sage, et l’enfant sans vice naturel. Mais l’éloigner du bien pour arriver à un plus grand bien, là est la difficulté. Comment écarter ces fils de chevaliers de l’œuvre de la chevalerie qui était glorieuse, qui était pieuse, qui aimait l’honneur, qui recommandait la vertu? Comment en lever l’amour des armes à ces descendants des nobles guerriers, en un temps où la guerre était nécessaire et instante. Même sous un duc pacifique comme Hugues, la société était en état de guerre : il fallait être toujours prêt à la défense comme les voisins étaient prêts à l’attaque. La lutte entre le Pape et l’Empereur entretenait la fièvre dans les cerveaux ; le grand mouvement des croisades, qui commençait, allumait dans les jeunes cœurs les flammes martiales. D’ailleurs la croisade était incessante en Espagne. Le Cid Campeador mourait l’année même de la naissance de Bernard. Celui-ci avait huit ans quand Godefroy de Bouillon était nommé roi de Jérusalem. Pour lui, comme pour ses deux frères aînés et plus tard pour les trois qui suivirent, toute l’éducation était traversée par les échos qui viennent de Terre-Sainte, et l’épée ne semblait faire qu’un avec la croix.

Les trouvères, qui ne furent jamais si bien accueillis, ne montraient-ils pas Pierre l’Ermite se battant à coups de hache î Et ne voilà-t-il pas qu’au moment du grand assaut de Jérusalem, une armée de prêtres s’avance, marchant en lignes régulières comme des soldats, mais sans armes, portant sur la poitrine une croix rouge qui renferme une hostie consacré ; ils s’arrêtent, et quand ils ont récité les litanies, tous, d’un seul geste, ils lèvent les bras au ciel pour bénir les soldats, les armes, l’armée. Tout cela n’était-il pas saint et sanctifié ! Quoi de plus élevant que cet ensemble de leçons qui constituent l'éducation du Moyen Age, tel que nous le rencontrons dans
nos poèmes chevaleresques, dans les nombreuses variétés des livres d ’enseignements et de morale, les Castoiements, les Miroirs, les Ditz de toute sorte. Elles aboutissent à ce grand mot cortêsie, courtoisie, qui renferme tous les devoirs de l’homme envers ses semblables, après avoir mis au-dessus de tout les devoirs de l’homme envers Dieu.

L ’enfant peut-il ambitionner plus que de ressembler à l’enfant Vivien, le neveu du Grand Guillaume d ’Orange. L’enfant va mourir, il se confesse et il ne se rappelle qu’une faute : « J ’avais fait le vœu de ne reculer jamais devant les Sarrasins. » Aujourd’hui ils étaient cent mille, l’armée chrétienne était peu nombreuse. L ’enfant n ’est pas bien sûr d’avoir observé son vœu. Ainsi, c’est la seule faute qu’il ait commise en sa vie.


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Message  Monique Dim 14 Mai 2023, 7:12 am

Le jeune homme peut-il désirer autre chose que de ressembler à Foulques; le type du chevalier pieux, courtois, franc, bon, habile parleur, plein de piété envers Dieu, ayant toujours aimé les vaillants chevaliers et honoré les pauvres comme les riches; et toute l'éducation chevaleresque se résume en cette parole profonde : Si vous n'avez rien, Dieu est riche. Dès lors, pourquoi vous inquiéter?

La Bourgogne était alors particulièrement soumise à l'entraînement chevaleresque. Alphonse VI le Batailleur, le contemporain du Cid, avait épousé une princesse bourguignonne, petite-fille d’Hugues Capet, Constance, veuve d’un comte de Châlons et digne, par l’énergie de son caractère, d’être l’épouse du grand ennemi des Maures. Elle avait emmené avec elle en Castille bien des chevaliers bourguignons. Ainsi s’était constituée auprès d’elle une école de chevalerie.

De son côté, son époux entretenait contre les mahométans une croisade qui attirait la noblesse bourguignonne et maintenait bouillant le sang chrétien.

Comment la femme du chevalier, la parente des croisés, la mère de ces enfants de race militaire pouvait-elle lutter contre ces nobles attraits de la courtoisie et de l’honneur guerrier? Par l’exemple d’abord. « Je ne puis oublier, écrit un des amis de saint Bernard, combien cette femme illustre cherchait à servir d ’exemple et de modèle à ses enfants. Dans sa maison, dans l’état du mariage et au milieu du monde, elle imitait en quelque sorte la vie solitaire et religieuse, par ses abstinences, par la simplicité de ses vêtements, par son éloignement des plaisirs et des pompes du siècle; elle se retirait autant que possible, des agitations de la vie mondaine, persévérant dans les jeûnes,dans les veilles, dans la prière, et rachetant par des œuvres de charité ce qui pouvait manquer à la perfection d ’une personne engagée dans le mariage et dans le monde. »


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Message  Monique Lun 15 Mai 2023, 7:03 am

Plus tard et à mesure qu’elle sent la vie lui échapper, elle pensa qu’elle devait redoubler d’austérité afin que le souvenir de ses vertus parlât encore quand sa voix serait éteinte.

« Quelques années avant sa mort, continue Guillaume de Saint-Thierry, elle voulut en prévenir ses enfants et leur laisser l’exemple des exercices de piété pour lesquels elle les avait élevés. S’avançant ainsi de jour en jour dans la vertu, elle arriva au terme que Dieu lui avait marqué, pour aller recevoir l’accomplissement et la dernière perfection de sa charité dans le paradis. »

Ses soins dans l’éducation de sa famille, sa vigilance, sa ferme méthode, ses conseils n’avaient pas manqué. Ils avaient servi d’interprète et de commentaires à ces austères exemples.

Les historiens de saint Bernard relèvent trois traits dans cette éducation. D’abord le dévouement absolu de la mère qui, bien que faible de santé, voulut nourrir elle-même ses enfants pour que nulle influence matérielle ou morale ne vînt relâcher le lien que Dieu a mis entre la mère et les enfants. Puis ce fut dans l’expression de l’autorité, un langage à la fois sérieux et doux, aussi éloigné de la faiblesse que de la rudesse, de la mignardise que de la violence ; et c’est à cette aimable fermeté qu’on attribue l’âme, en même temps virile et tendre, généreuse et pieuse qui distingua les fils du chevalier Tescelin. Deux des historiens du saint, ce Guillaume de Saint-Thierry, dont j ’ai parlé déjà, et Jean l’Hermite nous donnent un croquis des sept enfants de dame Alette. Ils ont deux traits communs, la droiture développée par cette éducation qui respectait le naturel tout en le conduisant, et l’abnégation. Cette dernière vertu était due surtout au maître principe pédagogique du Moyen Age, la soumission : « Soumise aux volontés de son mari » Alette faisait régner dans la maison la crainte du Seigneur et partageait ses occupations entre le soin des pauvres et l’instruction de ses enfants. Elle les éleva comme s’ils eussent dû mener, un jour, une vie pénible et laborieuse. Elle leur inspira de bonne heure le mépris des joies mondaines, l’horreur de la mollesse et de l’oisiveté et « les accoutuma si bien à l'exercice du travail qu’ils semblaient faire entre ses mains l’apprentissage des austérités qu’ils ont depuis pratiquées ». Et « les accoutumant peu à peu à la mortification de la volonté propre, elle fit régner entre eux tous la conformité de goût et de sympathie ».


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Message  Monique Mar 16 Mai 2023, 7:14 am

Malgré ses désirs, qui étaient plutôt des prières devant Dieu que des conseils, les pratiques militaires de l’éducation l’emportèrent. Tout y poussait, nous l’avons vu, et vraisemblablement le bon chevalier, malgré sa douceur, malgré la force d’âme qui avait rendu Alette prépondérante dans sa famille, le chevalier n’eut pas permis qu’on jetât ses fils, de prime-saut, hors de la chevalerie. Il fallait l’âge, l’expérience les dernières paroles maternelles, les grâces puissantes que la pieuse âme put obtenir de Jésus en le priant dans son paradis, il fallait surtout la sainteté de Bernard et son influence plus instante que celle d’Alette.

Les deux aînés gagnèrent donc l’armée du duc de Bourgogne. Bernard allait-il les imiter? On peut supposer que sa mère, tout en partageant son cœur également entre ses enfants, avait obéi à l’ordre donné par la Providence, de prendre un soin plus minutieux de l’âme de celui-ci.

Avant qu’il vînt au monde, Alette avait eu de ces avertissements que Dieu allait envoyer également à la mère de saint Dominique. Elle avait eu un songe qui l’avait troublée. Il lui avait montré en elle un chien blanc, aboyant sans se lasser.

« Inquiète et tremblante, dit notre Guillaume — et j ’emprunte cette fois la traduction du Père Ratisbonne — la mère de Bernard consulta un homme de grande vertu, qui, à l’heure même, se trouva rempli de cet esprit de prophétie dont David était animé lorsque, parlant des prédicateurs saints, il disait à Dieu : Les langues de vos chiens aboieront contre vos ennemis. Et il lui répondit sur-le-champ : « Ne craignez rien; vous serez mère d’un enfant qui, comme un chien très fidèle, gardera la maison du Seigneur, et aboiera hautement contre les ennemis de la foi, car il sera un excellent prédicateur, et, avec sa langue médicinale, il guérira les plaies d’un grand nombre d’âmes ! »

Elle avait offert ses autres enfants à Dieu, celui-ci elle le lui consacra. Deux traits se détachent pour nous de la première enfance de Bernard : le soin avec lequel il imitait sa mère, puis la vivacité précoce de son intelligence.


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Message  Monique Mer 17 Mai 2023, 6:38 am

Son amour pour l’étude, sa persévérance laborieuse, sa rare facilité pour apprendre, pour comprendre, pour retenir ne pouvaient laisser de doute dans l’esprit de Tescelin. Bernard n ’était pas né pour cette plus glorieuse partie de l’éducation féodale, l’éducation guerrière, mais pour cette autre qui était, elle aussi, honorée, l’éducation littéraire et scientifique, celle qui fournissait à la société les grands ministres, les savants prélats, les moines saints et lettrés, les docteurs, les professeurs illustres.

On le pousse donc aux écoles, qui commençaient à devenir fort nombreuses. On l’envoya à celle de Châtillon-sur-Seine, c’est-à-dire celles qui n ’étaient pas exclusivement théologiques. Nous avons parlé du trivium et du quadrivium. Mais ces sept branches de connaissances qu’on appelait les sept arts, étaient loin de représenter tout le cycle des études au XIIe siècle. La pédagogie d’alors avait pour but de connaître la philosophie, et la philosophie comprenait tout l’ensemble des connaissances humaines. Elle se divisait en seize branches ; les sept arts ne comprenaient que quatre de ces seize rameaux de l’encyclopédie du Moyen Age.

Bernard atteignit dix-neuf ans quand il acheva le cursus completus. Il était renommé, parmi les écoliers, par la vigueur de son talent, la souplesse de sa dialectique, la fougue originale de son génie. Il pouvait aspirer aux plus hautes places soit à la cour, soit dans l’Église. Alette devait être fière de son fils et pourtant il l’attristait. Elle le revoyait toujours vertueux et pieux, mais il avait perdu l’élan de la dévotion, l’ardeur généreuse, le cœur caressant pour Dieu et pour sa mère. Peut-être l’ambition ou la vanité le tentaient-elles? Il hésitait entre cette passion pour l’apostolat que « l’homme de grande vertu » avait prophétisé et cette puissance sociale que son talent comme l’influence de sa famille lui promettaient.

Est-ce parce qu’elle eut le pressentiment que la fin de sa vie approchait? Est-ce pour amener définitivement le cœur de Jésus dans le cœur de son fils anxieux ? « On voyait paraître en elle de nouveaux excès de la ferveur dont elle avait déjà donné de si beaux exemples ; plus elle approchait de la fin, plus son cœur se dégageait et les travaux de sa charité redoublaient. Un ancien auteur nous rapporte qu’elle partait souvent de Fontaine, et s’en allait à Dijon, parcourir les maisons des pauvres pour y chercher les malades et les autres personnes affligées. Aux uns elle distribuait du linge et des habits, aux autres de la nourriture ou des remèdes, et les assistait tous selon leurs différents besoins. Mais elle prenait si bien ses mesures que ses pieux exercices ne trahissaient point sa modestie. Pour mieux éviter « les louanges, rien ne se faisait par l’entremise de ses domestiques, tout par elle-même et personne ne l’accompagnait dans ses bonnes œuvres.»


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Message  Monique Jeu 18 Mai 2023, 6:03 am

Les derniers jours de sa vie approchaient donc. Nous donnons encore une fois la parole à Villefore, l’historien du XVIIe siècle, dont le style naïf et pieux a bien rendu la scène suprême. « Elle avait pour saint Ambroise une dévotion tendre. Tous les ans, le jour consacré à sa mémoire, elle donnait un magnifique dîner aux prêtres du clergé de Dijon et des environs, et continua cette pratique jusqu’à sa mort.

» Le saint parut sensible à ces marques de son zèle et lui obtint d ’être intérieurement avertie du temps qu’elle devait mourir. Depuis quelques années elle ne soupirait plus qu’après la vue de Jésus-Christ et ses désirs s’enflammaient chaque jour. Une nuit elle eut un songe, où elle crut voir saint Ambroise qui lui annonçait que le propre jour de sa fête, qui était proche, Dieu satisferait à l’impatience qu’elle avait de s’unir à lui, l’assurant qu’il ne l’abandonnerait pas en ce moment décisif. A son réveil elle se trouva persuadée de la vérité de l’apparition; elle en ressentit une grande joie, et vint avec une gaieté surprenante déclarer cette nouvelle à Tescelin, à Bernard et à ses autres enfants. Ils en furent tous accablés, car si leur amour pour elle les empêchait pendant quelques moments de croire ce qui les menaçait d’un si grand malheur, le respect qu’ils avaient pour sa vertu leur faisait ajouter foi à ses pressentiments et à ses paroles.

De là en avant, elle ne s’occupa plus que des choses célestes et disposait tout comme une personne prévenue que sa prédiction s’accomplirait.

» Enfin la veille de la solennité de saint Ambroise arriva : tout se préparait chez elle, à l’ordinaire, pour le repas du lendemain, lorsque tout à coup elle se sentit attaquée d’une fièvre violente et maligne qui confirma la vérité de l’oracle. Le jour suivant le mal augmenta si considérablement qu’on n’espéra plus rien de sa vie. On lui administra d’abord le sacrement de l’Extrême-Onction, suivant l’usage de ces temps-là, et après, on la m unit du saint Viatique, pour la fortifier dans le trajet important qu’elle allait faire. Cependant, toujours attentive et toujours tranquille, elle fit assembler les ecclésiastiques, selon la coutume, elle ordonna à Guy, son fils aîné, de les aller servir à sa place et de les lui amener après le repas.

Cette fête chrétienne se célébra parmi des torrents de larmes et chacun y déplora la perte commune qu’on était près défaire. Ensuite ils entrèrent dans la chambre de la malade, qui, d’un visage serein et d’un air libre, leur annonça qu’elle allait mourir. Elle les conjura tous de prier pour elle autour de son lit, et leur dit qu’elle s’unirait à eux du mieux qu’il lui serait possible. Tandis qu’ils récitaient des Psaumes la voix faible les suivait lentement et lorsqu’on ne put plus l’entendre, on la voyait encore remuer les lèvres et marquer par les palpitations de sa langue qu’elle continuait de louer Dieu. Enfin, dans le temps qu’ils achevaient les litanies pour les mourants et au moment qu’on disait : Délivrez-la, Seigneur, par les mérites de vos souffrances et de voire croix, elle leva sa main défaillante pour faire sur elle le signe du salut, et avant que de l’avoir achevé, elle expira...


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Message  Monique Ven 19 Mai 2023, 8:20 am

» Bernard, sur qui elle avait toujours eu les yeux plus particulièrement ouverts, fut plus affligé que personne. Les suites de sa vie firent voir quelles impressions les enseignements de cette femme héroïque avaient faites sur son cœur. »

L ’impression ne parut pas immédiatement. Ses perplexités continuaient. Ses parents le poussaient vers le monde. Les lettres humaines où il excellait lui présentaient mille tableaux tentateurs. Ses frères mêmes, qu’il devait entraîner avec lui dans le cloître, cherchaient à l’entraîner avec eux dans le monde, où tout souriait à son ambition, où ils lui persuadaient qu’il pouvait, en servant pieusement Dieu, rendre à son pays les plus grands services. Il hésitait donc. Il confessa même plus tard qu’il allait céder. Qui le sauva?

Sa mère, qui commençait par lui son apostolat suprahumain. Il voyait souvent le cher fantôme. Il se présentait brusquement à lui, le regardait avec ces yeux doux qu’il avait vus plus aimants que jamais au lit de mort, et qui en ce moment, laissait voir un rayon de tristesse dans leur éclat céleste. Ils lui reprochaient de méconnaître la tendresse que sa mère avait eue pour lui. Cette tendresse, ce n’était pas seulement l’amour maternel mais l'amour divin qui la guidait; ce n’était pas pour ces frivolités qu’elle l’avait tant aimé! Il ne résista plus.

La servante de Dieu continua son apostolat. Son oncle, le bon chevalier Gaudry, succomba le premier à cette éloquence qui venait du pays des Anges. Ses trois fils y résistaient, André plus vivement que les autres. Un jour il vint trouver Bernard, déjà religieux: « Vide matrem; j ’ai vu ma mère, » lui dit-il. Dès lors aucun ne résista plus. Ils abandonnèrent la chevalerie humaine pour la chevalerie du Christ. André revit encore une fois sa mère et il trouva dans le sourire attendri de cette ombre bénie la récompense du sacrifice. Il ne restait que le plus jeune, Nivart. Il va nous dire en une phrase la pensée qui était l’aiguillon de toutes ces âmes, l’idée mère qu’Alette avait mise dans tous ces cerveaux.


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Message  Monique Sam 20 Mai 2023, 7:40 am

Quand les fils du seigneur de Fontaine vinrent dire un dernier adieu au château paternel, ils rencontrèrent leur plus jeune frère qui jouait avec quelques enfants de son âge. Guy, l’aîné, le prit dans ses bras, l’embrassa et lui dit : « Mon petit frère, le château, ces terres, tout sera désormais à toi seul. » L ’enfant le regarda fixement, de ces yeux qui devaient eux aussi rester fixés sur la croix du Seigneur, et il lui dit gravement : Vous prenez le Ciel et vous me laissez la terre, le partage n’est pas égal ».

Quelques années se passèrent. De tous ceux qu’Alette avait aimés, il ne restait plus, dans le monde, que sa fille Humbeline. Celle-ci, grande dame, belle et riche, alliée de près à la famille du comte de Lorraine, ne voulait pas entendre la voix de cet amour maternel qui continuait de là haut l’éducation sainte commencée ici-bas. Elle se rendit enfin. D’abord restant dans le monde, pour qu’il n ’y eût pas de doute sur l’inspiration à laquelle elle obéissait, elle prit pour règle de vie celle que sa mère avait suivie.

Plus tard elle put entrer au couvent et mourut en odeur de sainteté. Elle ferme cette couronne de sept étoiles célestes que la mère de saint Bernard porte dans le royaume des cieux.


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Message  Monique Dim 21 Mai 2023, 7:27 am

Quand les fils du seigneur de Fontaine vinrent dire un dernier adieu au château paternel, ils rencontrèrent leur plus jeune frère qui jouait avec quelques enfants de son âge. Guy, l’aîné, le prit dans ses bras, l’embrassa et lui dit : « Mon petit frère, le château, ces terres, tout sera désormais à toi seul. » L ’enfant le regarda fixement, de ces yeux qui devaient eux aussi rester fixés sur la croix du Seigneur, et il lui dit gravement : Vous prenez le Ciel et vous me laissez la terre, le partage n’est pas égal ».

Quelques années se passèrent. De tous ceux qu’Alette avait aimés, il ne restait plus, dans le monde, que sa fille Humbeline. Celle-ci, grande-dame, belle et riche, alliée de près à la famille du comte de Lorraine, ne voulait pas entendre la voix de cet amour maternel qui continuait de là haut l’éducation sainte commencée ici-bas. Elle se rendit enfin. D’abord restant dans le monde, pour qu’il n ’y eût pas de doute sur l’inspiration à laquelle elle obéissait, elle prit pour règle de vie celle que sa mère avait suivie.

Plus tard elle put entrer au couvent et mourut en odeur de sainteté. Elle ferme cette couronne de sept étoiles célestes que la mère de saint Bernard porte dans le royaume des cieux.


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Message  Monique Lun 22 Mai 2023, 7:11 am

§ II. — La Mère de saint Dominique (1170-1221). — Jourdain de Saxe, le premier biographe du saint patriarche, ne s’inquiète pas de l’illustration de la famille naturelle de saint Dominique : il pensait uniquement à sa famille spirituelle.

Le Moyen Age, époque où l’on fondait des races, tenait plus à l’honneur personnel qu’à l’ancienneté de la maison. Sous l’Ancien Régime, les grandes familles étaient fondées et le souvenir des ancêtres protégeait, illustrait, quand il ne la remplaçait pas, la vertu de l’individu. Quand donc les quatre légendes primitives eurent tout dit sur la vie du saint et qu’il n’y eût plus rien à montrer des merveilles qui étaient en lui, on eut un grand désir d’être éclairé sur ce qui était autour de lui. Mais il ne vint à personne la volonté de savoir minutieusement ce qu’était Jeanne d’Aza, la mère de Dominique. Pieuse et charitable, nous voyons bien qu’elle le fut. C’est à peu près tout ce qui apparaît. On ne nous donne aucun trait qui permette de pénétrer au fond de cette âme d’où sortit une des hautes âmes de l’humanité.

Presque tout l’intérêt se porte sur le nom de Guzman. Dominique appartenait-il à cette famille presque royale ? Les Bollandistes le nièrent. Des érudits par centaines l’affirmèrent et j ’ajouterai le démontrèrent. Les Bolonais surtout ne s’y épargnèrent pas. Il faut lire dans la vie écrite, en 1739, parle bon Père Touron une petite liste d’italiens qui s’employaient à la généalogie de l’humble Frère Dominique. Massa de Lugo et Thierri d ’Apoldo laissèrent peu de doute. Le Père Brémond les leva tous.

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Message  Monique Mar 23 Mai 2023, 8:01 am

« Dans une vallée de la Vieille-Castille qu’arrose le Duéro, presque à égale distance d ’Aranda et d’Osma, est un simple village appelé Calaruega dans la langue du pays et Calaroga dans la langue plus douce d’un grand nombre d’historiens. C’est là que naquit saint Dominique, l’an 1170 de l’ère chrétienne. Il dut la vie, après Dieu, à Félix de Guzman et à Jeanne d’Aza. Les pieux seigneurs avaient à Calaruega une habitation dans laquelle saint Dominique vint au monde, et qui, jusqu’à présent, n’a point péri tout entière. »

C’est ainsi que l'un des illustres enfants du patriarche commence cette biographie qui fit oublier toutes les autres. Plus loin; il nous racontera sa naissance en ce style retentissant et doucement hautain qui est à lui. « Un signe célèbre précéda la naissance de saint Dominique. Sa mère vit en songe le fils qui allait naître sous la forme d’un chien qui tenait dans sa gueule un flambeau, et qui s’échappait de son sein pour embraser toute la terre. Inquiète d’un présage dont le sens était obscur, elle allait souvent prier sur la tombe de saint Dominique de Silos, autrefois abbé d ’un monastère de ce nom qui n’était pas loin de Calaruega ; et en reconnaissance des consolations qu’elle y avait obtenues, elle donna le nom de Dominique à l’enfant qui avait été l’objet de ses prières.

C’était le troisième que le Seigneur lui accordait. L’aîné, Antoine, consacra sa vie au service des pauvres et honora par une grande charité le sacerdoce dont il était revêtu; le second, Maurice, mourut sous l’habit de Frère Prêcheur. Quand Dominique fut présenté à l’église pour y recevoir le baptême un nouveau signe manifesta la grandeur de sa prédestination. Sa marraine, que les historiens ne désignent qu’en l’appelant une noble dame, vit en songe sur le front du baptisé une étoile radieuse. Quelque vestige en demeura toujours depuis sur le visage  de Dominique et l’on a rem arqué, comme un trait singulier de sa physionomie, qu’une certaine splendeur jaillissait de son front, et attirait à lui le cœur de ceux qui le regardaient.


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Message  Monique Mer 24 Mai 2023, 7:44 am

Dominique ne fut point nourri d’un lait étranger ; sa mère ne permit pas qu’un autre sang que le sien coulât dans ses veines ; elle le garda sur un sein où il ne pouvait puiser qu’une nourriture chaste, et sur des lèvres où il ne pouvait en tendre qu’une parole vraie. Dès qu’il put remuer ses membres de lui-même, il sortait en secret de son berceau et se couchait à terre. « On eût dit qu’il connaissait déjà la misère des hommes, la différence de leur sort ici-bas : et que, prévenu d’amour pour eux, il souffrait d’avoir un lit meilleur que le dernier d’entre ses frères ; ou bien qu’instruit aux secrets du berceau de Jésus-Christ, il voulait se faire une couche semblable à la sienne. On ne sait rien de plus des six premières années de sa vie, »

A sept ans commencés, il quitta la maison paternelle et il fut envoyé à Gumiel d’Izan, chez un oncle qui remplissait dans cette église les fonctions d'archiprêtre. C’est à peu près tout ce que nous savons sur Jeanne d’Aza. On nous dira que Dominique a profité des exemples de piété que lui donnait sa mère et on ajoutera une remarque touchante et qui montre dans cette mère la foi exquise et la grandeur d’âme dans l’humilité qui caractérisent Dominique. « Par sa modestie et sa ferveur, son fils n’était pas seulement pour elle un sujet d’admiration, mais d’imitation. »


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Message  Monique Jeu 25 Mai 2023, 7:37 am

Pendant tout le temps qu’il étudie la grammaire et les humanités auprès de cet homme, « rempli de la grâce du sacerdoce » (c’est-à-dire jusqu’à l’âge de quatorze ans), pendant tout le temps, qu’ensuite, il passa à l'Université de Palencia, mère de la glorieuse Université de Salamanque, on ne voit point paraître Jeanne d ’Aza. On ne nous parle plus d’elle que pour nous annoncer sa mort. Dominique avait vingt ans, à ce que je puis voir. Notre saint se promit « d’imiter ce qu’il lui avait vu faire, et de suivre toujours les instructions qu’il en avait reçues ». Il n ’est pas possible de rêver une plus élogieuse oraison funèbre. La grandiose sainteté du patriarche élève jusque dans les hauteurs des cieux l’âme de celle dont il voulut être l’imitateur.

En regardant ce visage dont la contemplation me ravit, cette figure de saint Dominique que nous peint le Bienheureux Angélique de Fiesole, je cherche les traits de cette mère bénie. Mon imagination s’enivre en considérant ce regard, le plus tendre qu’on puisse rêver parce qu’il voit réellement les douceurs de l’amour divin. Cet œil si doux et si fin est-il l’œil de Jeanne d ’Aza? ce rayonnement de majesté juvénile; ce front rempli de droites pensées ; cette lèvre dédaigneuse du mal et qui ne paraît pas pouvoir faire au vice l’honneur de le haïr, mais qui le méprise avec un si angélique dédain ; ce profil d’une expression intense de virginité, en même temps que d’une sécheresse mystique, sécheresse contredite, d’ailleurs, par toute la vie du saint, qu’y a-t-il là que nous puissions détacher pour en faire le portrait de Jeanne d’Aza ?

Dans la description, non plus composée d’après les traditions, mais contemporaine, que nous livre une religieuse qui avait connu Dominique, sœur Cécile, du monastère de Sainte-Agnès, qu’y a-t-il également qui puisse nous aider à voir la pieuse dame ? « Sa stature était médiocre, sa taille maigre, son visage blanc et un peu coloré par le sang, ses cheveux et sa tête d’un blond assez vif, ses yeux beaux. Il lui sortait du front et d’entre les cils une certaine lumière radieuse qui attirait le respect et l’amour. Il était toujours joyeux et agréable, excepté quand il était ému de compassion par quelque affliction du prochain. Il avait les mains longues et belles, une grande voix noble et sonore. »


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Message  Monique Ven 26 Mai 2023, 6:55 am

Nous laissons aux philosophes, qui ont si souvent observé la ressemblance existant entre les fils et les mères, le soin de trouver Jeanne d’Aza dans le portrait de son fils.

Nous nous contenterons d’indiquer que cette couleur « d’un blond assez vif » est le plus souvent la marque du sang visigoth, c’est-à-dire le signe du plus noble et du plus pur sang d’Espagne.

Si nous savons peu de choses sur la vie de Dofia Juana , les renseignements sur sa sépulture ne manquent pas : on l’enterra d’abord dans le tombeau des Guzman, à l’église de Gumiel. En 1318 l’Infant don Juan Emmanuel fonda un couvent de Frères Prêcheurs à Peüafiel, il y fit transporter le corps de la servante de Dieu. On lui éleva un magnifique tombeau sur lequel on lit: « Sainte Jeanne, femme de Don Félix de Guzman, père du Bienheureux patriarche saint Dominique. »


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Message  Monique Sam 27 Mai 2023, 7:23 am

§ III. — Picca, Mère de saint François d'Assise (1182-1226). — Pour un historien qui étudie la vie d’un homme illustre, c’est une grande fortune de rencontrer un contemporain qui dise: « Je l’ai vu. Le voici tel que je l’ai observé sincèrement. » On compare ce portrait vivant à la physionomie légendaire que la mémoire des hommes a créée d'après les actions du héros et leurs résultats.

Il en peut sortir une leçon de psychologie très féconde, surtout une grande lumière historique. Nous pénétrons plus aisément dans l’intimité des personnages ; les changements que les incidents ont fait subir à leur naturel primitif nous frappent plus, et nous apprenons la façon dont l’auréole légendaire se forme dans le cerveau de la postérité.

D’ailleurs qui pourrait ne pas s’arrêter devant un homme disant : « J ’ai causé avec Charlemagne ; j ’ai observé saint Louis; voici le portrait de François d’Assise ; » les trois êtres le plus étonnants qui aient paru, depuis les apôtres, parce que le premier représente le maximum de la puissance humaine, le second le sommet de la perfection de l’homme, et le troisième un état intermédiaire entre le ciel et la terre, état plus puissant que cette puissance, plus parfait encore que cette perfection.


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Message  Monique Dim 28 Mai 2023, 7:24 am

Voici donc le portrait de François d’Assise en son adolescence, avant qu’il fût devenu, par une surabondance de grâce, et autant que le corps humain peut le supporter, la réalisation de ce séraphin que Dieu daigna lui montrer, de ce séraphin portant les blessures du divin Crucifié.

« Sa taille était au-dessous de la moyenne et bien prise. Il était maigre et d ’une complexion fort délicate. Il avait le visage ovale, le front large, les dents blanches et serrées, le teint brun, les cheveux noirs, les traits réguliers, la figure expressive, les lèvres vermeilles et le sourire charmant. Ses beaux yeux noirs étaient pleins de feu, de douceur et de modestie : la paix, l’innocence et la beauté de son âme se reflétaient sur son visage. A ces avantages extérieurs, il joignait ces qualités qui achèvent de rendre un jeune homme aimable : un esprit enjoué, une imagination vive, un cœur compatissant et généreux. Il était discret, et fidèle à sa parole, de mœurs douces et faciles et en même temps actif, entreprenant et capable de grands desseins : nature souple et pleine de contrastes, d’une courtoisie toute chevaleresque, et d’une droiture de caractère qui ne se démentit jamais. »

Ce portrait est utile à comparer avec les représentations que nous avons du saint; avant que son âme eût à peu près absorbé son corps et que ce corps ne fut plus que comme ces vitraux à demi transparents qui cachent à peine les lumières intérieures. La partie morale de ce portrait est surtout curieuse à rapprocher des qualités que nous découvre le patriarche quand il est arrivé à tout le développement de sa sainteté.

Comment ces qualités naturelles deviendront-elles la puissance dans la sagesse, la hardiesse dans l’humilité, le fulgurement du génie dans la simplicité, l’irrésistible autorité dans la modestie? Comment formeront-elles ce mélange inouï de grâce poétique, de sens pratique, d ’abandon candide et de pénétration transperçante?

Comment créèrent-elles surtout ce don le plus caractéristique de tous, cette franchise, douée de finesse et de bonhomie, qui jaillissait, comme s ’il n’en eût pas eu conscience et qui semblait quelquefois participer de la claire vue de Dieu? Nous n ’avons pas à le chercher. Ce n’est pas la vie de saint François que nous devons écrire et si nous avons donné son portrait, c’est qu’il a pour nous un intérêt spécial. Il nous aide à connaître la mère de notre saint.


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Message  Monique Lun 29 Mai 2023, 6:51 am

Nous savons que son père était un homme rude, brutal, religieux sans doute comme tout le monde l’était alors, mais surtout un marchand actif, hardi, presque exclusivement occupé des gains du négoce.

Le négoce était très étendu alors : il avait des allures martiales; et les marchands, bien armés, bien escortés, voyageaient par l’Italie, la France, l’Espagne, l’Allemagne, un peu à la façon des caravanes qui traversent aujourd’hui l’Asie et l’Afrique.

Rien ne nous empêche de supposer dans le fils le germe des qualités vigoureuses et actives du père. Mais ne sommes-nous pas autorisé à chercher l’âme de sa mère dans cette grâce, dans cette poésie, dans cette pureté native, dans cet esprit enjoué, dans cette imagination vive, dans ce cœur compatissant et généreux, dans toutes ces fines, tendres, sensibles vertus que nous révèle la physionomie adolescente de François?

Quelques incidents, soulignés par le biographe de sa jeunesse, nous prouveront que nous ne sommes pas trompé.

Disons-le auparavant, nous ne voyons pas bien comment ces biographes font honneur à l’Ombrie des dons naturels qu’ils signalent en lui. Il ne paraît pas tenir grand’chose de la race ombrienne. Son grand-père arrivait de Lucques et son père, Bernardone Moriconi, riche marchand, avait épousé une Française réfugiée à Assise, descendante des seigneurs de Bourlemont que le R. P. Fraisen nous dit, en 1751, être des gens illustres.


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