LES MÈRES DES SAINTS

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Message  Monique Mer 04 Oct 2023, 6:28 am

Il y avait alors à Naples un homme de Dieu que l’Italie entière révérait comme un prodige de sainteté : c’était François de Hyéronimo ou de Girolamo, delà Compagnie de Jésus. D’abord missionnaire au Japon, où il avait en vain cherché le martyre, il poursuivait maintenant dans sa patrie les âmes pécheresses afin de les ramener à Dieu. Il convertissait par milliers ceux qui jusque-là s’étaient obstinés dans le mal, et opérait toutes sortes de prodiges. Un jour l’homme de Dieu, traversant les rues de Naples, entra dans le palais des Liguori pour rendre visite à don Joseph et à donna Anna, dont il connaissait la piété.

Heureuse de cette rencontre, donna Anna s’empressa de présenter au saint missionnaire l’enfant nouveau-né et de réclamer pour lui ses meilleures bénédictions. François considéra longtemps le petit Alphonse, comme s’il voulait lire dans son cœur, puis il le prit dans ses bras, et après l’avoir béni, dit à la mère : « Cet enfant ne mourra pas avant d’avoir achevé sa quatre-vingt-dixième année ; il deviendra évêque et fera de grandes choses pour Jésus-Christ. » Puis il sortit du palais, laissant le père et la mère à leurs réflexions. Cet horoscope parut quelque peu étrange à don Joseph. Sans doute, dans l’Ancien Testament, on voit que Dieu réclamait les prémices des fruits de la terre et les premiers-nés de chaque famille, mais depuis longtemps on ne lui offrait plus que des cadets. L’aîné conservait le nom et le domaine, et le cadet se consacrait au service des autels.

« Le bon François de Hyéronime, emporté par son zèle, pensait don Joseph, ne voyait partout que des missionnaires et des évêques, mais il fallait aussi penser à perpétuer la famille. Dieu nous donnera sans doute d’autres enfants,, se disait-il, qui pourront devenir, si c’est sa volonté, évêques ou missionnaires. » Et de fait, sa famille s’augmenta bien vite de six autres enfants, trois garçons et trois filles, dont plusieurs manifestèrent, dès leurs plus tendres années, des goûts prononcés pour la vie religieuse. Don Joseph en conclut qu’il ne fallait pas considérer le pressentiment de l’homme de Dieu comme une véritable prophétie.


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Message  Monique Jeu 05 Oct 2023, 7:24 am

Quant à donna Anna, comme Marie après la prédiction du saint vieillard Siméon, elle renferma dans son cœur les paroles du saint missionnaire. Tout en laissant à Dieu le soin de faire son œuvre dans l’âme de l’enfant, elle s’appliqua soigneusement à faire éclore les précieux germes que la grâce y avait déposés. Cette mère vraiment chrétienne se constitua l’institutrice de ces petits anges que Dieu avait confiés à ses soins; jamais elle ne voulut souffrir qu’une voix étrangère les initiât à leurs devoirs religieux.

Tous les matins, après les avoir bénis, elle leur apprenait à prier Jésus et Marie. Avec eux, elle récitait le rosaire, ou des invocations à leurs saints protecteurs. Son bonheur, c’était de les voir réunis autour d’elle, le soif, pour apprendre de sa bouche les éléments de la doctrine chrétienne. Avec quel cœur elle leur parlait alors du grand devoir d’aimer Dieu, de s’attacher à Jésus et à Marie, de fuir le péché comme le plus grand de tous les maux! Ainsi autrefois Blanche de Castille élevait l’enfant béni qui fut plus tard saint Louis.

La semence tombait sur une terre fertile. Dieu avait comblé de ses dons les plus précieux l'enfant de sa prédilection. Docile aux impressions de la grâce, son jeune cœur se tournait naturellement vers Dieu. A l’âge où les enfants savent à peine fixer pendant quelques instants la mobilité de leur esprit, on le voyait fuir les distractions et les amusements de l’enfance pour se recueillir en la présence de Dieu, le prier avec ferveur, lui dresser de petits autels et imiter les saintes cérémonies. Aussi était-ce avec un vrai ravissement qu’il écoutait les pieuses leçons de sa mère.


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Message  Monique Ven 06 Oct 2023, 8:13 am

Quand il fut à l’âge de recevoir le sacrement de pénitence, donna Anna le conduisit au Père Thomas Pagano, de l’Oratoire, son parent et son directeur. Cet homme de Dieu, très éclairé dans les voies spirituelles, prépara l’enfant à recevoir la sainte communion, et le dirigea pendant son enfance et son adolescence avec tant de prudence et de sagesse que jamais Alphonse ne voulut prendre une détermination importante sans l’avoir consulté.

Dans ce couvent de l’Oratoire existait une Congrégation de jeunes nobles qui rendait aux parents d’inappréciables services, non seulement en tenant les enfants éloignés des mauvaises sociétés, mais encore en formant leurs jeunes cœurs à la piété et à la vertu. La pieuse mère associa l’enfant à la Congrégation quand il eut atteint sa neuvième année. Dès lors il devint un sujet d’édification pour ses jeunes camarades et d’admiration pour ses maîtres, qui n’avaient jamais vu dans un enfant de cet âge un si vif désir d’entendre la parole de Dieu, et surtout de la mettre en pratique.

Cependant donna Anna redoublait de sollicitude à mesure que le petit Alphonse avançait en âge. Épiant pour ainsi dire les mouvements de la grâce dans son âme, elle proportionnait ses secours au développement progressif de sa piété. Elle lui apprit aussi à faire oraison, à méditer sur l’amour que nous devons à Dieu, sur la malice du péché, sur le châtiment qu’il mérite, et l’enfant profita si bien de ses leçons qu’à douze ans il jouissait déjà des célestes communications, comme le prouve le trait suivant, rapporté par un témoin oculaire.


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Message  Monique Sam 07 Oct 2023, 8:01 am

Chaque dimanche, les Pères de l’Oratoire avaient l’habitude de conduire leurs jeunes congréganistes à quelque maison de campagne des environs pour s’y divertir. Un jour qu’ils se trouvaient sur la montagne de Miradori, dans la maison de campagne du prince de la Riccia, les enfants commencèrent un jeu qu’Alphonse ne connaissait pas. Il refusa donc d’y prendre part, mais ses camarades insistèrent tellement pour le faire jouer avec eux qu’il finit par s’y décider.

Le malheur voulut qu’il gagnât un nombre considérable de parties, au grand étonnement de ses compagnons, qui finirent par lui reprocher amèrement de les avoir trompés. « Tu nous disais si bien que tu ne connaissais pas le jeu ! » s’écria l’un d’eux avec colère. Et il ajouta une parole plus qu’inconvenante. Alphonse rougit : « Comment, dit-il à son camarade, vous offensez Dieu pour quelques misérables deniers. Tenez : voilà votre argent! »  Et en disant ces mots, il jeta par terre les quelques pièces d’argent qu’il venait de gagner, tourna le dos à ses compagnons, et disparut dans un épais bocage.

Les enfants continuèrent leur jeu jusqu’au dé clin du jour, puis se disposaient à partir, mais Alphonse ne reparaissait pas. On se mit à l’appeler, à le chercher de tous côtés. Quelle ne fut pas leur surprise de le trouver à genoux devant un vieux laurier aux branches duquel il avait attaché une image de la Madone, qu’il portait habituellement sur lui : Absorbé dans un saint recueillement il ne remarquait nullement le bruit qui se faisait autour de lui. Les enfants, étonnés, l’entourèrent avec respect. Celui qui l’avait gravement offensé, pris de remords à cette vue, s’écria « Malheureux que je suis! j’ai contristé un saint ! » Sortant enfin de son ravissement, Alphonse aperçut ses camarades et ne put dissimuler son trouble en se voyant surpris dans cet état.


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Message  Monique Dim 08 Oct 2023, 7:47 am

Alphonse à douze ans, c’est le saint en miniature. Il restera tel que l’a formé sa mère, recueilli, pieux, craignant Dieu, ami de l’oraison, ennemi acharné du péché. L’enfant deviendra un homme, mais les traits ne changeront pas. Alphonse le comprenait si bien qu’il reconnaissait tout devoir à sa mère. « S’il y eut quelque bien en moi dans mon enfance, disait-il, si j’ai pu éviter le mal, j’en suis extrêmement redevable à la sollicitude de ma mère. Obligé le plus souvent à faire des excursions maritimes, mon père ne pouvait s’occuper, comme il aurait voulu, de l’éducation de ses enfants. Toute la charge retombait ainsi sur ma mère. » Et il ajoutait dans l’élan de sa reconnaissance : « A la mort de mon père, j’ai fait le sacrifice de ne pas aller à Naples, mais quand ma mère sera sur le point de mourir, si je n’en suis pas empêché d’ailleurs, je n’aurai pas le courage de ne pas aller l’assister à ses derniers moments. » Il tint parole.

En 1756, âgé de soixante ans, ne vivant plus que pour Dieu et les âmes, Alphonse se rendait à Bénévent, avec dix-huit de ses compagnons, pour y prêcher une grande mission. Il apprit sur la route que sa mère était gravement malade. Anna Cavalieri était parvenue à l’âge de quatre-vingt-quatorze ans. Plus fervente qu’une religieuse cloîtrée, elle continuait, malgré son extrême vieillesse à réciter tous les jours l’office divin, à faire l’oraison mentale, à entendre la sainte messe. Jamais elle ne s’exempta du jeûne ecclésiastique. L’heure de la récompense avait sonné pour elle. Là, apprenant sa maladie, Alphonse laissa ses compagnons se diriger vers Bénévent et prit la route de Naples. Ce fut une grande consolation pour la pauvre mère de revoir, avant de quitter la terre, ce fils tendrement aimé. Alphonse, qu’elle avait pris depuis longtemps pour son directeur spirituel, lui donna ses derniers conseils et reprit, après lui avoir fait ses adieux, le chemin de Bénévent où sa présence était nécessaire. La mission fut très laborieuse, mais tout en travaillant jour et nuit pour Dieu et les âmes, Alphonse n’oubliait pas sa mère mourante. Il écrivait à son frère : « Demandez pour moi une dernière bénédiction à notre mère et dites-lui que Dieu et la Madone l’attendent au Ciel ».

« Quelques jours après, raconte un de ses compagnons, nous allions nous mettre à table, quand un courrier vint annoncer à don Alphonse la mort de sa mère. Il nous fît part de la nouvelle avec la plus tranquille résignation, et nous pria de dire la messe le lendemain pour le repos de l’âme de la chère défunte. Puis il bénit la table comme à l’ordinaire avec une sérénité qui nous remplit tous d’admiration. » Trente ans après, le missionnaire, l’évêque, le saint, le docteur allait rejoindre au Ciel celle dont il sera éternellement la gloire !


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Message  Monique Lun 09 Oct 2023, 6:28 am

§ XIII. — La Mère de sainte Marie-Françoise des Cinq-Plaies, tertiaire professe alcantarine (1715-1791). — Dieu, dans les siècles où sa puissance est le plus contredite, la montre dégagée de ces instruments humains, la logique, l’intelligence, l’espérance, la fortune, le travail, qui, en l’expliquant, sembleraient lui servir d’aide. Quand, dans un but mystérieux, que les événements futurs dévoileront en partie à nos descendants, Il desserre momentanément les liens dont il a enchaîné le pouvoir de l’Esprit malin, Il donne aussi une plus claire expression à sa tendresse paternelle. C’est la compensation que sa bonté accorde aux individus pour adoucir les sévérités que sa Providence juge nécessaires au châtiment ou à la destruction des sociétés cor rompues ou usées. On dirait qu’il veut parler directement aux hommes de bonne volonté. Il bouleverse les lois habituelles de la logique. Il donne la simplicité de l’âme aux hommes de génie, la douceur exquise aux puissants, l’humilité naïve aux riches, le pouvoir moral aux mendiants, et, surtout, le miracle aux enfants.

Quand il en arrive ainsi, quand le Maître Tout-Puissant illumine de la lumière surnaturelle les cerveaux que l’âge condamne habituellement à l’obscurité et accorde la volonté sainte aux âmes que les lois de la nature retiennent ordinairement dans l’engourdissement, la mère tienne a alors un rôle exceptionnel. Elle est moins le guide que la contemplatrice. Elle accompagne cette jeune âme plus qu’elle ne la dirige, et elle se borné souvent à défendre l’enfant contre le mal extérieur. Elle donne une idée du rôle que Marie eut à remplir envers le petit Jésus.

C’est bien ce que nous voyons en la mère de sainte Marie-Françoise. Nous ne rencontrons pas en cette mère le développement d’intelligence, de vigueur morale ou d’héroïques vertus, aucun de ces germes merveilleux où notre raison veut chercher, comme le fruit dans la fleur, l’origine de la sainteté des hommes que l’Eglise a canonisés. C’était, nous dit-on, une bonne femme, dont la patience est mise à de fréquentes épreuves, car son mari, grossier artisan, est emporté et brutal. Celui-ci s’appelle Gallo, elle Barbe. Elle avait déjà eu plusieurs enfants. Elle en attendait bientôt un autre. Mais malade, attristée, peut-être battue, fort troublée de noirs pressentiments, elle se croyait destinée à une mort prochaine. Elle alla trouver le Père Jean-Joseph de la Croix, que tout Naples regardait déjà comme un saint et qui la reçut avec sa douceur habituelle, tout particulièrement aimable envers les pauvres. Le saint fit sur elle le signe de la Croix et se mit en prière. Puis il se releva et lui dit : « Aie bon courage, ma fille, tu n’as rien à craindre et prends bien soin de la petite fille qui va naître, car ce sera une grande sainte. »


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Message  Monique Mar 10 Oct 2023, 6:08 am

Nous retrouvons ici encore saint François de Girolaino. Un jour, quelque temps après la visite au Père Jean-Joseph, il rencontra Barbe, et, l’arrêtant, il lui dit : « Veille scrupuleusement sur l’enfant qui va naître, car elle arrivera un jour à une grande sainteté. » Les douleurs de la bonne femme augmentèrent et devinrent si grandes que, le 25 mars, elle se mit à genoux devant une petite image de Notre-Dame de Grâce, elle la supplia avec larmes de venir à son secours ; elle fut exaucée. L’enfant vint donc au monde le jour de l’Annonciation de la sainte Vierge. On lui donna au baptême le nom de Anne-Marie-Rose-Nicolette.

Barbe n’avait guère de lait et ne put nourrir la fillette, qu’elle confia à diverses nourrices. Elle était trop pauvre pour pouvoir les choisir. L’enfant dépérit et on la croyait destinée à une mort prochaine. Barbe la prit alors dans ses bras et, se jetant aux pieds de Celle qui l’avait si souvent protégée, elle lui présenta la fillette en disant : « Mammamia, que te coûterait-il de me donner un peu de lait pour nourrir ma fillette? » Elle regardait l’image en pleurant et la touchait avec un geste puis elle reporta la main sur son sein, vide jusque-là, et elle sentit qu’il était tout gonflé de lait.

L’enfant sauvée dévoila, dès qu’elle put balbutier, ce que Notre-Seigneur avait mis au fond de son âme. Le premier geste qu’elle fit fut pour montrer des prêtres qui passaient et le premier mot qu’elle prononça fut, en dirigeant ses petites mains vers ces prêtres, « des Christs, des Christs ! » Bien avant le temps où l’intelligence naît chez les autres enfants, elle allait trouver ses sœurs aînées et leur faisait comprendre qu’elle voulait leur entendre répéter les leçons de doctrine chrétienne que la mère leur apprenait. Pour les remercier de leurs leçons, elle leur donnait une partie de ses repas. « Son ange gardien, nous dit son biographe, fut un bien meilleur répétiteur. » Ce fut elle bientôt qui donna des leçons de catéchisme à ses petites compagnes et elle le faisait avec une si étonnante clarté que Barbe en était émerveillée et ne se lassait de l’écouter. Elle la trouvait souvent réfléchie, par fois pleurant et comme en extase devant un petit autel qu’elle avait élevé. Quand on lui demandait à quoi elle pensait, on apprenait qu’elle méditait la Passion de Notre-Seigneur. Elle n’avait pas encore quatre ans. Elle avait déjà la claire vue du Ciel et des misères de ce monde ; elle parlait avec un grave sourire à sa mère, « du visage humain, dont il ne restera plus que des ossements ».


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Message  Monique Mer 11 Oct 2023, 6:32 am

C’était elle qui voulait porter la statuette de l’Enfant-Jésus à ces Crèches, dont même les plus humbles familles préparaient les ornements, si longtemps à l’avance. Cet enfant, elle le baignait tendaient sur Je Golgotha. Elle chantait les Noëls avec une ardeur touchante, et quand sa famille avait quitté cette Crèche, elle restait là long temps encore, avec la permission maternelle, à converser avec l’Enfant-Dieu, avec Joseph et Marie. Une nuit, qu’on ne l’avait pas vue rejoindre sa mère et ses sœurs, on alla vers la Crèche et on l’y trouva ravie en extase, élevée de deux pieds au-dessus de terre.

Sa mère n’avait pas pu résister à ses instances. Dès l’âge de quatre ans, elle l’avait menée à confesse. Elle ne résista pas plus à ses prières ardentes et, dès l’âge de sept ans, elle permit qu’elle fît sa première communion. Son confesseur eut grand’peine à y consentir. Enfin, il ne crut pas pouvoir refuser ce bonheur dont non seulement l’âme de l’enfant mais son corps furent enflammés. Dieu ne voulait pas que la mère s’enorgueillît des merveilles dont il entourait son enfant. Ce martyre maternel, dont nous avons vu un illustre exemple dans Charlotte de Savoie, nous le retrouvons dans la vie de l’ouvrière.

François Gallo n’était pas plus impie que ne le fut Louis XI, mais il avait, lui aussi, des visées sur l’avenir de la fillette. Il était non seulement grossier et brutal, mais âpre au gain. Marie-Françoise, quoique chétive, travaillait avec tant de soin que malgré les prières, les méditations, l’assistance aux offices, elle faisait plus de besogne que toute autre. Quelques onces de pain suffisaient à sa nourriture. Bientôt la pauvre mère vit sa fille dépérir de nouveau et enfin arriver aux dernières limites de la vie. On lui donna les derniers sacrements. Barbe ne désespéra pas. Elle invoqua de nouveau, avec sa foi enflammée, Mammamia.


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Message  Monique Jeu 12 Oct 2023, 7:40 am

La sainte Vierge lui rendit encore une fois sa fille, mais ce fut pour de nouvelles angoisses. Elle était si modeste, si pieuse, qu’un jeune homme riche la demanda en mariage. Elle avait seize ans. Le père, ravi de cette fortune inespérée, la promit sans la consulter. Elle refusa avec respect et avec fermeté, en affirmant à son père qu’elle s’était promis depuis longtemps, non pas d’abandonner sa mère et sa famille puisque son travail lui était nécessaire, mais de prendre l’habit de tertiaire de Saint Pierre d’Alcantara. Le père insista, la jeune fille persista dans son respect et dans son refus. Alors, furieux, Gallo saisit une corde et se mit à battre sa fille avec rage. Elle courba la tète et ne se plaignit pas. Heureusement, Barbe, avertie, accourut et parvint à enlever la corde des mains du père exaspéré.

Il cessa de la battre, mais, la saisissant vivement, il l’emmena dans une pièce où il l’enferma, déclarant qu’elle n’aurait que du pain et de l’eau et ne verrait personne tant qu’elle n’aurait pas consenti au mariage. Vainement la mère supplia. Enfin, elle alla trouver un bon Frère Mineur de l’Observance, le Père Théophile, pour qui Gallo avait un grand respect. Le Père le raisonna si bien qu’il délivra sa fille, et, touché de son humilité, de sa douceur, il lui permit, à la grande joie de Barbe, de prendre l’habit du tiers ordre. Elle avait un peu plus de seize ans.

Mais Gallo entendait tirer grand profit de cette docilité, qui n’avait résisté qu’une seule fois et dans une circonstance solennelle. Il lui fit payer la chambre qu’elle occupait dans la maison paternelle et préleva une part sur son travail, bien peu rémunéré pourtant, Marie-Françoise devint poitrinaire. La consomption la minait depuis longtemps.

Les médecins déclarèrent qu’elle était perdue sans ressources. On lui donna l’extrême-onction. La pauvre mère, ne pouvant se résoudre à assister à l’agonie de cette admirable fille, s’était retirée dans une pièce voisine. Là, agenouillée, sanglotant, elle attendait de minute en minute l’annonce de la mort, lorsqu’elle s’entendit appeler. Elle entra dans la chambre mortuaire. Quel spectacle ! Sa fille était debout. Elle demanda ses habits et dit à sa mère : « Je suis guérie, saint Pascal, l’un des saints de l’Ordre des Frères Mineurs Alcantarins m’est apparu. Il m’a dit : « Lève-toi, Marie-Françoise ». Je lui ai obéi. Vous voyez, ma mère, je suis bien guérie. »


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Message  Monique Ven 13 Oct 2023, 8:07 am

II y eut un moment de répit. Après les angoisses causées par les maladies et les épreuves de son enfant, Barbe put admirer les grâces miraculeuses dont Dieu continua à la combler ; sa vie en est remplie, comme son corps de cette odeur suave qui s’exhalait d’elle aux fêtes de Notre-Dame et qui embaumait non seulement ses vêtements, mais tout ce qu’elle touchait. Barbe voyait là la conséquence de cette extrême pureté qu’elle connaissait mieux que toute autre. Ce répit fut court. L’amour de Françoise pour Jésus crucifié, les extases qu’elle avait, sa vertu héroïque, le don de prophétie et de miracle que Dieu lui communiqua pour la récompenser de cet amour et de cette vertu, devinrent pour elle comme pour sa mère, une occasion d’épreuves.

Gallo songea à exploiter cette puissance et il voulut forcer sa fille à l’exercer moyennant finances. On devine l’horreur que cette proposition excita dans l’esprit de Barbe, comme de Marie-Françoise et la fermeté de sa réponse. Le père, plus exaspéré que jamais, se mit à la battre. A grand’peine, Barbe l’arracha de ses mains. La sainte allait bientôt perdre sa protection en ce monde. Au mois de février 1648, Barbe sentit qu’elle devait quitter cette fille bien-aimée. Celle-ci était alors de nouveau fort malade et il fallut qu’on la portât auprès du lit de mort. Elle entoura sa mère de ses caresses, de ses consolations, de ses prières. La bonne femme avait tant souffert, en elle et en son enfant, des brutalités conjugales, qu’elle s’imaginait voir son mari à côté d’elle la poursuivant, la brutalisant, l’injuriant jusque dans la mort. Barbe expira réconfortée par la piété de Marie-Françoise. Celle-ci tomba sur le cadavre maternel. Il fallut l’emporter hors de la chambre.

Ses épreuves n’étaient pas terminées. Mais, à mesure qu’elle souffrait, à mesure que son corps s’affaiblissait, son pouvoir miraculeux croissait. Le Seigneur Jésus voulait, nous l’avons dit, choisir les plus faibles instruments pour mieux démontrer sa puissance et comme il avait utilisé, pour cette démonstration, un corps d'enfant qui n’existait guère encore, il utilisait un corps de moribond qui n’existait presque plus. Elle obtint surtout cette faveur que son père se repentît et mourût pieusement. Elle l’obtint en demandant au Seigneur Jésus qu’il lui envoyât la plus douloureuse maladie qu’elle eût encore eue et qu’elle restât ainsi cruellement affligée jusqu’à ce que son père fût sorti du Purgatoire.


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Message  Monique Sam 14 Oct 2023, 8:33 am

§ XIV. — Marie Leczinska, Mère de la Vénérable Louise de France, Carmélite (1737-1787. — Nous ne nous appesantirons pas sur la biographie de Marie Leczinska. On sait, sans qu’il soit besoin d’insister, tout ce que l’épouse de Louis XV eut à souffrir. Elle reçut en récompense une grâce, la plus grande qu’elle pût demander à Dieu, la grâce d’avoir des enfants pieux. Louise, l’une de ses filles, pour devenir la sainte que nous révèle le monastère de Saint-Denis, eut besoin de recevoir de sa mère de nombreuses leçons de patience. Elle était née vive, colère, orgueilleuse. Elle dit un jour, étant encore enfant, à l’une de ses femmes qui l’avait offensée :

« Ne suis-je pas la fille de votre roi ? — Ne suis-je pas la fille de votre Dieu? répliqua vivement celle-ci. — Vous avez raison, c’est moi qui ai tort. Je vous en demande pardon. » L’éducation que la pieuse mère donnait à ses enfants est toute dans cette phrase qui montre en la jeune fille la sagesse, la foi vive, l’humilité, la parfaite intelligence de l’esprit du christianisme.

Les lois de l’étiquette, très puissantes à la cour de France, empêchaient la reine d’avoir ses enfants auprès d’elle autant qu’elle l’eût voulu. Pourtant les chroniqueurs d’alors lui reprochent de ne pas savoir se séparer d’eux. Madame Louise venge sa mère de ce reproche dans les morceaux de son autobiographie qu’elle nous a laissés ; elle explique la nécessité de ces séparations et le soin que sa mère avait d’en diminuer les inconvénients. Nous retrouvons là aussi le naïf témoignage de la sainteté de la reine de l’opinion que ses filles en avaient.

Ce témoignage nous est précieux ; il suffit à résumer toute la vie pieuse de Marie Leczinska. « J’aurais désiré être plus longtemps et plus particulièrement avec elle. Mais il y a des usages à la cour auxquels il faut plier jusqu'aux sentiments de la nature. Toutefois j’admirais souvent comment la reine, qui avait de grands devoirs à remplir et auxquels elle était très fidèle, avait su se mettre en liberté et vivre comme une sainte au milieu de la cour. »


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Message  Monique Lun 16 Oct 2023, 7:26 am

Cette sainteté, les anecdotes du temps, les pamphlets jansénistes, philosophiques et déjà révolutionnaires, la lui reprochèrent, nous le verrons, sous le nom de dévotion et de bigoterie. Nous trouvons dans ces insultes la preuve même de sa grandeur morale; et les railleries mettent en relief les plus beaux traits de sa physionomie. Madame Louise revient souvent sur cette sainteté de sa mère. « Henriette, écrit-elle, vivait comme la reine, tout le monde disait que c'était une sainte. »

« La reine, dit-elle plus loin, qui ne perdait aucune occasion de s'édifier, voulait aller à la cérémonie de la vêture de la comtesse de Ruppelmonde, qui entrait aux Carmélites de la rue de Grenelle. Elle nous y conduisit. » La reine aimait tout particulièrement les Carmélites, surtout celles de Compiègne, qu’elle allait voir très souvent. Elle avait même un petit appartement dans leur maison, où elle passait des journées entières, suivant tous leurs exercices de piété. Par respect pour leur solitude, elle nous permettait rarement de l’accompagner. Mais elle nous parlait de leur joie, de leur contentement en des termes qui me faisaient soupirer après le moment où je pourrais en essayer moi-même.

Quelque confiance néanmoins que j’eusse dans la piété de la reine et sa résignation aux volontés de la Providence, je n’osai jamais lui en ouvrir mon cœur, bien persuadée qu’elle m’objecterait mon peu de santé, car elle n’ignorait pas qu’habituellement je crachais le sang. Survint la maladie de mon pauvre père, puis sa mort qui conduisit au tombeau non seulement la dauphine mais aussi la reine. »


Les dernières années de celle-ci avaient été plus éprouvées que les premiers temps de son mariage. Toutefois la patience était venue avec une piété plus intense et l’âge avait apaisé la jalousie fort légitime de l’épouse outragée et aimante. Il faut souligner ce dernier mot, car ses ennemis, ne pouvant rien reprendre à sa conduite, l’accusèrent d’avoir une âme sèche; et des ennemis elle en eut beaucoup et d’amers. Tout ce qui, de près ou de loin touchait à l'Encyclopédie, aux philosophes, aussi bien de l’école déiste que de la secte athée, détestait en elle la femme énergiquement pieuse ; ceux qui n’osaient pas encore la railler ouvertement, déclaraient qu'elle était « dévote d’une superstition étrange, ridicule aux yeux des Français ». Cette superstition étrange, c’était la gravité usuelle de la vie chrétienne ; et ceux qui prétendaient avoir le monopole de représenter les yeux des Français, étaient ces semi-libertins qui essayaient d’accorder une vie relâchée avec quelques pratiques extérieures de religion.


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Message  Monique Mar 17 Oct 2023, 8:38 am

Pour les libertins avérés, la reine était le but de leurs moqueries autant que de leur haine. Ils publièrent que Marie Leczinska n’était entourée que d’un cercle de « prêtres et de moines, où l’on passait le temps à crier au scandale et à gémir sur les débordements du roi ». Les philosophes avaient si bizarrement troublé le bon sens des courtisans que, forcés de reconnaître l’inépuisable charité de la reine, ils disaient d’elle : « elle est charitable par bigoterie », oubliant que, voulant insulter la piété en la nommant bigoterie, ils faisaient de celle-ci la plus aimable, comme la plus énergique des vertus, puisqu’ils étaient forcés de lui reconnaître la puissance de créer la charité.

Elle était également haïe des hommes politiques, par cela même qu’elle était franche, bonne, détestant l’astuce et incapable d’intrigues. Imitant les philosophes dans le nouvel et étrange usage qu’ils faisaient de la langue française, les politiques insultaient sa sincérité en disant que c’était « ignorer l’art de se faire des créatures ». Sa bonté, ils la nommaient amitié banale ; son dédain de la ruse lui venait, selon eux, de ce qu’elle « n’avait pas d’originalité » ; et ne pouvant nier qu’elle eût de l’esprit, mais furieux qu’elle ne l’appliquât pas aux profits de leurs intrigues, ils avaient découvert « qu’elle n’avait pas l’esprit de suite ». Enfin, enragés contre sa vie modeste, contre ses sentiments dignes et contre la réserve de sa conduite, les chroniqueurs inspirés par ces trois classes d’ennemis, les philosophes, les libertins, les courtisans, imaginèrent de chercher là la cause du libertinage de Louis XV. C’est ainsi qu’ils l’accusèrent de « n’avoir rien à elle, pas même les sentiments qu’elle feignait parfois ».

Nous avons d’elle des lettres peu connues et qui étaient faites pour rester dans l’intimité. Elles nous dévoilent non seulement sa bonté, la vivacité de son esprit naturel, mais également la grâce et la vivacité de son cœur. «Je suis plus flattée, écrit-elle, d’être la femme du roi et la mère de mon fils que la reine. N’en dites jamais mot, mais j’aime le premier à la folie. » Sa mère est malade. Elle écrit avec une mélancolie qui nous fait pénétrer avant dans cette âme qu’on nous dit si étroitement sèche. « Les plaisirs les plus innocents ne sont pas faits pour moi. Aussi n’en veux-je plus chercher en ce monde. Je fonds en vous écrivant. Je ne sais seulement que mon cœur parle et qu’il est dans la douleur. Je laisse ma pauvre mère dans un état pitoyable. Vous connaissez mon tendre attachement pour elle. Jugez de ce que la séparation me coûte. » Et quand elle perdit sa fille Thérèse, en 1744, ne nous montre-t-elle pas aussi le fond d’une âme tendre quoique chrétienne par-dessus tout? « Ma pauvre enfant est bien heureuse. Je l’envie. Mais il faut que je souffre encore dans cette triste vie. »


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Message  Monique Mer 18 Oct 2023, 8:50 am

Elle nous donnera le résumé de sa conduite cordiale : « Il faut plaire à tous et en aimer peu, mais aimer beaucoup ceux que l’on aime. Voilà ma maxime. » Si c’est une maxime royale, n’est-ce pas aussi une maxime touchante? On peut deviner que, droite et sensée, d'être tant l’intrigue et humblement pieuse, elle eut aussi pour ennemis les jansénistes. Sait-on ce qu’ils lui reprochaient surtout? C’est inimaginable. Ils ne pouvaient lui pardonner de s’être fait tendrement aimer de son fils et de ses filles, et de leur avoir donné une piété ferme mais simple, docile et clairvoyante.

Toujours embourbés dans cette logomachie que les idées philosophiques introduisaient en France en donnant aux théories nouvelles un langage qui faisait jurer le sens commun, ils affirment que si Mesdames et le dauphin l’aiment, c’est qu'ils ont en elle la confiance d'enfants mal élevés!

Je n’ai pu résister au désir de dire ces quel ques mots brefs pour défendre la mère de notre Vénérable. Il semble que reine, n’ayant aucun des défauts que l’on reproche aux princes, princesse sincère et digne, femme simple et bonne par-dessus tout, mère tendre et attentive, épouse de Louis XV et traversant pure comme le rayon de soleil qui éclaire l’eau des marais, cette boue du XVIIIe siècle, il semble qu’elle eût dû être admirée par ceux-là qui tonnaient contre la corruption des cours, contre l’égoïsme de l’ancien régime, contre la sécheresse du cœur des grandes dames et l’hypocrisie des dévotes. Il n’en est rien.

Il faudrait un livre spécial pour la défendre contre le dédain de ses contemporains, que l’histoire n’a que trop imités. Cette haine s’explique. C’est que si elle fut une bonne reine, elle fut surtout une bonne chrétienne et cela, pour les contemporains, les disciples de Voltaire, c’est le crime irrémissible. Elle n’avait jamais caché qu’elle mettait Jésus-Christ au-dessus de tout, et elle le montrait avec cette candide vivacité que nous recommandons à l’attention de son prochain biographe comme un des traits, peu dévoilés jusqu’ici, de sa douce physionomie.


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Message  Monique Jeu 19 Oct 2023, 9:04 am

Dès l’année 1740, elle laissait voir la lassitude que lui causaient la cour, la liberté de mœurs et de langage qui y régnait. Elle dévoilait surtout sa passion pour la piété. Il faut se rappeler qu’avant qu’elle épousât le roi, il avait été question de son mariage avec le duc d’Orléans, très savant et très pieux. Elle ne cachait pas à ses familiers qu’elle regrettait d’être reine. « Si j’avais été duchesse d’Orléans, dit-elle, nous aurions mené une vie délicieuse ; tandis que mon mari serait à Sainte-Geneviève, je serais aux Carmélites. » C’est cette « bigoterie » qui était le crime irrémissible ; et l’on pardonnait au prince de Conti, par exemple, d’être crapuleux, à demi fou, ignoble, avare et grotesque, parce qu’il était le chef de la franc-maçonnerie, tandis qu’on raillait la reine d’être d’une bonté exquise, parce que cette bonté elle la devait à la « dévotion ».

Toutefois la Providence sait tirer quelques mots de vérité des lèvres de ceux qui la détestent le plus. Elle força un des plus illustres chroniqueurs du XVIIIe siècle, homme d’État, ami de la philosophie et du jansénisme, à oublier, comme par distraction, son esprit dénigrant et son intelligence à visées étroites. Le marquis d’Argenson fit, sans paraître le vouloir, l’éloge de la mère de notre sainte, en disant que trois mots résument la biographie delà bonne reine: Piété, douceur, humanité.

J’ajouterai une phrase pour compléter le résumé de cette noble vie et la très brève esquisse que j’en donne : C’est pour obéir à ses vœux que les évêques de France, composant l’assemblée de 1765, prirent la résolution d’établir en France la fête du Sacré-Cœur.


A suivre...
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Message  Monique Ven 20 Oct 2023, 8:05 am

Le Sacré-Cœur ! C’est sur ce mot que je termine mon œuvre. Il la domine tout entière. C’est lui qui l’a inspirée, lui qui y resplendit à chaque ligne. Au centre des plus vivants- de mes instincts, je trouve un sentiment puissant de la miséricorde de Dieu. Depuis bien des années, je demande à mon Maître doux et brillant, au bon Jésus, le Seigneur de l’amour et de la lumière, le droit d’élever un petit autel à sa Bonté. Mais je ne savais comment l’entreprendre. J’avais commencé par rêver de reconstituer la Judée au temps de Notre-Seigneur et de Le montrer vivant au milieu de ses contemporains : mais ce travail d’imagination, si austère et si pieux qu’il dût être, était bien au-dessous de Lui. Je rêvai encore de mettre en scène tous les récits où l’Evangile nous dévoile surtout sa douceur compatissante. Mais comment toucher à cette grandeur traditionnelle du Livre Saint sans risquer de blesser les âmes délicates !

C’est alors qu’une voix qui m’est chère me parla des Mères des Saints. Il me parut que c’était la réponse à mon inquiétude. La grande preuve de la bonté du Seigneur n’est-ce pas l’amour qu’il donne et celui qu’il inspire? N’est-ce pas de cet amour que naît la sainteté ? N’est-il pas vrai aussi que l’amour maternel est le plus élevé, le plus désintéressé après l’amour de Dieu? N’est-ce pas, enfin, en triomphant de l’amour d’une Mère que cet amour divin montre la plus grande force, comme il prouve sa plus grande bonté en récompensant cette mère par la sainteté de son enfant! C’est donc en montrant l’âme des Mères des Saints que je pouvais le mieux louer la Bonté de Jésus en sa douceur et en sa puissance.

Voici l’humble autel. Il est construit par des mains profanes, mais les pierres en sont si resplendissantes et si solides qu’il plaira, je l’espère, aux belles et fortes âmes. Il les aidera à devenir plus belles encore. Il les aidera aussi à répandre la force autour d’elles; et avec la force morale, la vérité dans son double effort : l’effort humain qui est l’histoire, l’effort céleste qui est la Piété.


Fin
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