NIKITARONCALLI Contre-vie d'un Pape

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 NIKITARONCALLI Contre-vie d'un Pape   - Page 3 Empty Re: NIKITARONCALLI Contre-vie d'un Pape

Message  Monique Sam 25 Juin 2022, 7:44 am

Le célèbre historien allemand, qui disait ce qu'il
pensait et qui n'était pas lié, par intérêt, à une
quelconque conspiration du silence, poursuit sur
cette lancée d'une extrême clarté, en racontant
que cet homme, énergique et rusé, cardinal
depuis 1402, atteignit une grande puissance sous
le faible Alexandre V, auquel il succéda en 1410.
Comme son homonyme cinq siècles et demi plus
tard, il convoqua un Concile Œcuménique à
Rome, pour la réforme de l'Église. Mais
contrairement à son homonyme de notre époque,
son Concile, malgré la réputation épouvantable
du promulgateur, n'a pas représenté un
cataclysme pour l'Église de l'époque. En fait, il
n'est pas allé au-delà d'une condamnation de
l'hérésie de Wycliffe.

S'envolant de Rome devant Ladislas, roi de Naples,
contre lequel il avait soutenu Louis d'Angiò,
espérant avoir raison du pape légitime Grégoire XII
et du pape Avignonnais Benoît XIII, il permit à
Sigismond, roi des Romains, de convoquer le
Concile de Constanza qui le déposerait comme
simoniaque, en 1415. Il est enfin élu cardinal,
Évêque de Frascati par Martin V, auquel il se
soumet en 1419, l'année de sa mort. Grégoire
conclut son portrait de Jean XXIII par ces mots :
" ...ce Cossa, représentant le plus inique de la
vieille Église, tyran tombant sous le poids de ses
propres crimes ; ce Cossa qui se fait le juge de
Jean Hus, enthousiaste de l'idée morale de
l'humanité ; ce Cossa est un profil qui mérite le
mépris, de sorte que l'œil ne supporte pas de le
voir."

C'est sur ce modèle que s'est basé Angelo
Giuseppe Roncalli pour ressusciter ce nom "tabou".
C'est la première gifle retentissante à la Tradition
du prêtre de Sotto il Monte, qui, à quelques
minutes près, tient entre ses mains le destin de
l'Église. C'était son défi au monde. Lorsque le
Camerlengo de la Sainte Église Romaine, avec un
frémissement, brailla de la Loggia delle Benedizioni
au peuple Romain rassemblé sur la Place Saint
Pierre, ce nom depuis des siècles inaudible au
Vatican, beaucoup de vieux cardinaux se croisèrent
secrètement, et les cris des fantômes résonnèrent
dans les onze mille pièces du petit état.


A suivre...
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Message  Monique Dim 26 Juin 2022, 8:20 am

CHAPITRE VI

L'anecdotique de Jean XXIII est probablement
la plus copieuse que la vie d'un Pape puisse
avoir, par rapport à sa brièveté. Et, si l'on lit
entre les lignes, elle s'avère être un guide
surprenant et fiable pour l'identification de la
personne, dans ses réalités les plus inattendues.
La personnalité composite d'Angelo Giuseppe
Roncalli, avec sa richesse d'implications et ses
nuances vives, a eu un rôle essentiel dans le
programme révolutionnaire de sa politique. Une
nature humaine affirmée qui avait une parfaite
emprise sur son prochain et sur ses idées,
essentiellement grâce à cette apparence
inaltérable de simplicité et d'amabilité qui a
toujours caractérisé Jean XXIII, et qui cachait
en effet, avec l'aisance qui allait naturellement
de pair avec sa personnalité, une disposition
inflexible, comparable, dans sa cohérence, aux
proportions volumineuses de sa carrure paysanne.

S'il était conscient du pourquoi et du comment
le Conclave avait placé la tiare pontificale sur sa
tête, on peut en déduire qu'il a plus que laissé
entendre à tout le monde que son successeur
devait être Giovanni Battista Montini, ce même
Montini qui, comme nous l'avons vu, et ce n'est
pas un hasard, au moment où Roncalli est élu
Pape, se précipite à l'aéroport de Rome
accompagner à Rome les frères du nouveau
Pontife. Il l'a noté dans son journal. Et il était
impatient de le lui dire en personne, lorsque,
nouvellement fait pape, il rencontra les évêques
de la Conférence épiscopale italienne. "À cette
occasion, se souvient monseigneur Arrigo
Pintonello, alors Ordinaire Militaire pour l'Italie,
nous, les évêques, étions alignés le long des
murs de la vaste salle.

Jean XXIII s'est tenu devant chacun d'entre
nous, échangeant un salut, un mot. Quand il a
été devant moi, il s'est mis au garde-à-vous et,
saluant militairement, il s'est présenté comme le
sergent Angelo Roncalli". Je me souviens encore
de mon embarras et de celui des évêques
présents, en voyant le Pape jouer de la sorte. Puis,
alors qu'il se tenait devant Montini, il l'a regardé
fixement pendant un moment, a souri, lui a pris les
mains et s'est écrié : "C'est toi qui aurais dû être
élu, pas moi. J'ai été élu par erreur !" En effet,
Montini sera le favori de Jean XXIII. En tête de la
liste des nouveaux cardinaux créée en 1958,
Montini travaille à la rédaction des discours les plus
importants de Roncalli, et lors de la première
session du Concile, il est accueilli dans des
appartements spéciaux, au Vatican, que le Pape
avait fait personnellement aménager pour lui.


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Message  Monique Lun 27 Juin 2022, 7:24 am

Tandis que, d'une part, Jean XXIII poursuivait
point par point sa politique progressiste,
écartant les conseils et les suggestions du
Collège des Cardinaux et de l'épiscopat, d'autre
part son habileté diplomatique et sa
connaissance subtile de l'homme lui suggéraient
de ne rien changer, de l'extérieur du Vatican,
qui puisse alarmer l'opinion publique, peu ou mal
informée sur les choses secrètes. Ainsi, par
exemple, la Cour et la vie de la Cour restèrent les
mêmes. En effet, certaines positions que dans les
dernières années de Pie XII étaient restés vacants
ou avaient été négligés et abolis, furent rétablis.
A noter, pour la singularité de la procédure tout
sauf formelle, le rétablissement dans ses fonctions
de l'ancien maître de maison, "commendatore"
Pio Manzia. Ce dignitaire, d'un âge avancé et
archétype du vieux gentilhomme Romain " noir ",
c'est-à-dire, par tradition familiale, lié au Pontife
et aux cercles cléricaux, dès que le Pape élu
Roncalli, après avoir béni les gens de la Loge de
Saint-Pierre qui s'étaient retirés pour prendre un
rafraîchissement dans une salle spécialement
aménagée, eut le courage de frapper à cette porte
et, comme le Pape l'invitait à entrer, il se présenta
et expliqua que pendant plus de cinquante ans il
avait occupé la fonction abolie de "Maître de la
Maison de Sa Sainteté". Roncalli le coupa court et
le réintégra sur le champ dans son poste. Puis il
versa le vin qui était devant lui sur la table, dans
deux verres, et but avec le vieux monsieur en
larmes, en lui souhaitant une vie longue et
heureuse. L'appartement papal, au Palais
Apostolique, et la villa de Castelgandolfo restèrent
tels quels, comme resta inchangée la pompe de
l'ancien rituel. Le Pape est apparu à Saint Pierre
sur la Sedia Gestatoria (trône portable), entouré de
la Cour religieuse et séculaire en rangs serrés, avec
les trompettes d'argent jouant la Marche
Triomphale de Silveri, depuis les vitraux largement
ouverts, à l'intérieur de la Basilique. Il a continué à
porter les anciens vêtements sacrés et à respecter
les anciennes traditions. Bien sûr, il portait souvent
le "Camauro" (bonnet rouge bordé de fourrure
blanche) des papes du XVIe siècle, et je n'ai jamais
vu de montre à son poignet. "Apparemment", tout
est resté inchangé. Pourtant, en vivant à côté du
Pape, on pouvait constater que, depuis l'époque de
Pie XII, quelque chose de fondamental, au Vatican,
avait changé. Bien que respectueux de l'ancien
protocole, Jean XXIII signalait à son entourage
qu'il trouvait ce protocole assez lourd et, parfois, il
en venait à l'ignorer, s'en moquant, comme c'était
dans sa nature. A certaines faiblesses très privées,
pour être sûr, le prêtre de Sotto il Monte devenu
Pape avait cédé.

Par exemple, il a fait transformer la Tour Saint-Jean,
une ancienne tour qui s'élève au cœur des jardins
du Vatican, en une résidence d'été pharaonique.
On n'a jamais su le coût exact de ces travaux
gigantesques et inutiles - Jean XXIII n'a jamais
habité la tour qui a accueilli, pendant quelques jours,
Athénagoras en visite au Pape et, plus tard, Paul VI
régnant, ce fut la prison dorée du cardinal Mindszenty,
dans son bref et amer séjour-isolement au Vatican
- mais le bruit court que dans le puits sans fond de
cette entreprise, furent jetés entre trois et quatre
milliards de lires de l'époque. L'ancien bâtiment a dû
être renforcé par d'importants travaux de fondation ;
l'intérieur a dû être "vidé" et reconstruit selon les
derniers codes de construction. Des ascenseurs ont
été installés, ainsi qu'un système de climatisation
complet. L'appartement, développé avec une extrême
grandiosité conceptuelle par sa hauteur, était équipé
de services et de salles de bains très coûteux, que
ceux qui ont eu l'occasion de les voir, qualifiaient de
"pharaoniques". Le magnifique ameublement se
dressait sur un fond de tapisseries et de tableaux
précieux. On a longtemps parlé de cette tour au
Vatican comme d'un rêve des "mille et une nuits".
Telle est la préciosité coûteuse contenue dans cette
construction circulaire, dotée de vastes terrasses
couvertes et ouvertes, qui a toutefois conservé à
l'extérieur l'aspect original d'une sévère
tour-forteresse.


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Message  Monique Mar 28 Juin 2022, 6:47 am

Quelques marches en pierre mènent à la porte d'entrée,
presque monastique dans sa simplicité, surmontée
des armoiries en bronze du Pape Roncalli. Cette
"faiblesse", hélas ! de nouveau riche, à laquelle Roncalli
s'est abandonné et qui, pourtant, n'est même pas
comparable au triomphe du mauvais goût qui a éclaté
et s'est imposé au Vatican avec son successeur, Paul VI,
et qui a été qualifié par le Pacellien de "Caprice du
Nabab".

En vivant à ses côtés, et en suivant le développement
déconcertant et impitoyable de sa politique
d'"ouverture" aux temps nouveaux marxistes, on
pouvait facilement percevoir la contradiction entre
l'emballage et le contenu, et mesurer, parfois, combien
il était pesant pour la mentalité progressiste et
réformatrice de Roncalli, de respecter ces coutumes qui
proclamaient pour toujours le Tribunal Pontifical, le
premier parmi tous les autres dans le monde.

Plus d'une fois, je me suis rendu compte que le Pape
était absent, ennuyé ou même contrarié par certains
aspects du cérémonial. Et parfois, lorsqu'il était
particulièrement fatigué, ceux qui l'entouraient
pouvaient lire l'agacement sur son visage. Je me
souviens de la visite pour la présentation des lettres de
créance d'un nouvel ambassadeur Sud-Américain. Nous
étions dans la Salle du Trône. Le Pape était assis sur le
petit trône avec les deux nobles gardes à ses côtés. Le
monseigneur participant "di settimana"
(en détail hebdomadaire), qui ce jour-là se trouvait
être mon ami Del Gallo de Roccagiovine, avait introduit
l'ambassadeur. Moi, avec l'autre Chambellan de l'Épée
et de la Cape en détail hebdomadaire, j'étais devant le
trône, près d'une console dorée sur laquelle trônaient
deux énormes vases chinois. De sorte que lorsque le
diplomate commençait à lire la lettre au Pontife, je
voyais ses épaules, tout en regardant le Pape en face.
Cette lettre est vite apparue excessivement longue.
La voix emphatique de l'ambassadeur semblait réciter
un madrigal espagnol. Del Gallo de Roccagiovine,
proche du Pape, me regarda et se couvrit la bouche
de sa main car il avait envie de rire. J'avais aussi envie
de rire, et à ce moment-là, je me suis rendu compte
que Jean XXIII signalait clairement sa vexation. Il
balançait ses pieds, qui ne descendaient pas jusqu'au
coussin de velours rouge, ouvrait et fermait
continuellement ses lunettes à branches, qu'il tenait
dans ses mains, et levait les yeux en regardant le
plafond, et en nous regardant en face. Dieu merci, la
lecture toucha à sa fin, et avec seulement trois mots
hâtifs et sans couleur, Roncalli excusa le verbeux
Sud-Américain. Il est descendu du trône. L'autre
Chambellan de l'Épée et de la Cape en service
hebdomadaire et moi-même avons ouvert le petit
cortège qui, en règle générale, escortait le Pape
jusqu'à ses appartements. Derrière nous, les
pantoufles du Pape traînaient sur le sol le pas lourd
de Jean XXIII, et je pouvais l'entendre marmonner
quelque chose dans l'idiome Vénitien. Nous nous
sommes dirigés vers le couloir sombre habituel,
quand tout à coup, le traînement de Roncalli s'est
arrêté. Nous avons regardé en arrière et nous
nous sommes arrêtés. Le pape était parti ! On l'a
cherché partout. Rien. Nous nous sommes
consultés, perplexes. Enfin, le vieux sergent de la
Garde suisse qui était avec nous a résolu l'énigme.
Dans le mur du long couloir ombragé s'ouvrait une
petite porte secrète, dissimulée dans la tapisserie,
qui conduisait en un rien de temps aux
appartements du Pape. Roncalli l'avait appris et
l'utilisait de temps en temps pour s'éclipser, laissant
sa suite en plan. C'est ainsi qu'était Jean XXIII.


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Message  Monique Mer 29 Juin 2022, 7:02 am

Il avait pris et imposé à tous, au Vatican et
à l'étranger, son habitude la plus particulière
(carrément téméraire pour un pape) de
quitter le Vatican incognito, à toute heure du
jour et de la nuit.

Soudain, on découvrit que le Pape avait disparu.
Recherches anxieuses dans tout le Vatican, les
hommes de la Gendarmerie devenant fous de
zèle sans but. Puis la notification à la police
italienne qui allait fouiller Rome et ses environs
après cette piste impossible. La plupart du temps,
Roncalli et son chauffeur rentraient furtivement
au Vatican, et le pape expliquait en souriant à
ses collaborateurs consternés qu'il avait eu envie
d'une promenade incognito dans Rome, ou qu'il
avait soudainement ressenti le besoin de rendre
visite à un vieil ami, sans les lourdeurs du
cérémonial.

Il arrivait parfois que la police Italienne localise
le Pape chez quelqu'un. Les agents attendaient
alors devant la porte pendant des heures et des
heures. Pendant ce temps, la voix se répandait.
Certaines personnalités arrivaient en toute hâte
du Vatican, une petite foule de badauds se
rassemblait sur le trottoir. Quelques heures plus
tard, un Jean XXIII sans le savoir, après avoir
bavardé et parfois dîné avec son hôte, sortant
par cette porte, habillé en prêtre, faisait la
fâcheuse expérience de se retrouver entouré de
policiers, sous les applaudissements du peuple
et, le matin, l'escapade Papale faisait la une
dans tous les journaux.

Roncalli avait toujours quelqu'un à sa table. La
plupart des prélats et des connaissances de
passage à Rome recevaient invariablement
l'invitation du Pape. Et souvent les sœurs qui
travaillaient en cuisine étaient informées du
nombre des convives à un moment donné, et
devaient bientôt maîtriser à la perfection un
grand nombre de plats, opulents et épicés, de
la cuisine internationale la plus sophistiquée,
car Roncalli se révélait immédiatement ce
grand "fourchette" et encore meilleur "verre"
qu'il était.


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Message  Monique Jeu 30 Juin 2022, 6:36 am

Chaque samedi, après la dernière audience,
Jean XXIII maintenait la vieille habitude
papale de recevoir, pour les remercier, toutes
les composantes de la Cour qui avaient
accompli leur service "hebdomadaire". Nous
nous sommes alignés autour des murs
damassés de sa bibliothèque, puis le Pape est
entré. Debout, au centre du tapis, il nous
adressa ses remerciements et exprima son
"embarras" pour la "confusion" et le trouble que
sa modeste personne nous causait. Puis nous
partions, embrassant son anneau en nous
agenouillant. Lorsque nous portions notre
uniforme ou le magnifique costume Espagnol,
ce n'est que devant le Pape que nous devions
plier le genou, et ce n'est qu'à lui que nous
devions baiser l'anneau. En fait, notre rang
nous désignait comme les gentilshommes du
Pape, et exclusivement les siens. De même que
la Noble Garde, qui ne présentait l'épée qu'au
Pape, tout en saluant tous les autres, y compris
les cardinaux, simplement au garde-à-vous.
Mais la plupart des "carriéristes" de la Cour, qui
sentaient bien la tournure des événements, dès
qu'ils rencontraient Giovanni Battista Montini,
par exemple, directement nommé cardinal par
Jean XXIII, se prosternaient à ses pieds,
cherchaient et tenaient sa main et la couvraient
de baisers.

Un matin, juste avant la mort du cardinal
Tedeschini, j'ai accepté son invitation à
l'accompagner à une audience privée avec le
Pape. Après que le cardinal ait passé près d'une
demi-heure seul avec Jean XXIII, la porte du
bureau du pape s'est ouverte et j'ai été invité à
entrer. Roncalli, dans son habit blanc, était assis
derrière son bureau, encombré de papiers. Sur le
bureau, avec une horloge ancienne, un encrier
et un petit vase, se trouvait une épaisse forêt de
plumes, plumes en l'air.

Le cardinal Tedeschini me présenta avec cet
incomparable style de gentleman qui le distinguait,
et Jean XXIII demanda de mes nouvelles et de
mon activité. Il m'a dit qu'il avait lu certains de mes
écrits sur "L'Osservatore Romano", et pendant un
instant, mais seulement un instant, par un éclair
qui passait dans son regard aimable et cordial, j'ai
eu l'impression qu'en lui-même il me disait : "Et je
sais aussi, cher ami, que nous ne sommes pas
exactement d'accord." Sachant que j'étais éditeur,
il m'a parlé de l'importance de l'information dans le
monde moderne, où tous les hommes sont
protagonistes, chacun à son degré, de la
transformation des temps. "Voyez", me dit-il à un
certain moment, "je lis chaque jour de nombreux
journaux", et il me désigna de la main le grand
"anello piscatorio (anneau du pêcheur), une liasse
de quotidiens entassés sur un coin du bureau, sous
un lourd presse-papier. Je regardais machinalement
ces grands quotidiens, et mon rythme cardiaque
s'est accéléré. Tout en haut, trônait "L'Unità", le
journal du parti Communiste Italien, avec des
marques rouges sur la marge d'un titre. "Le monde
d'aujourd'hui va très vite", a poursuivi le Pape.
"Nous, catholiques, devons nous tenir au courant
des temps, et ne pas être pris au dépourvu par les
grands changements qui sont à l'œuvre avec la
contribution proactive de tous les hommes de
bonne volonté. Vous êtes assez jeunes pour voir le
monde changer, et ce nouveau monde apportera
une humanité meilleure, je le sais."


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Message  Monique Lun 11 Juil 2022, 8:22 am

Un échange de remarques spirituelles a suivi,
et l'audience s'est terminée. En sortant du
bureau du Pape, je suis tombé, presque, sur
un prêtre qui est entré à la hâte, enveloppé
dans une cape noire qui ne laissait à découvert
qu'une paire de grosses lunettes noires et un
crâne rasé. J'ai fait un bond sur le côté et
Monseigneur Capovilla a disparu derrière la
porte, qui s'est refermée derrière lui avec une
bouffée d'air glacé.

Deux Sediari (porteurs de chaises) dans
l'ancienne robe de brocart rouge, avec le doyen
de l'antichambre, déposaient sur les maigres
épaules du cardinal Tedeschini sa grande cape.
Le secrétaire du cardinal, le bon père passioniste
Ridolfi, se tenait à trois pas, la serviette de cuir
dans sa main droite.

Je regardais avec admiration et émotion mon
Cardinal, grand et beau dans la somptueuse
veste de Prince de l'Eglise. Malgré l'abyssale
différence d'âge qui me séparait de lui, je sentais
que j'appartenais, corps et âme, à son monde, à
ce monde qui, avec une grande lueur de lumière,
s'enfonçait inexorablement dans le crépuscule.
Et nous avons quitté l'appartement papal, en
silence, en passant devant les Gardes Suisses qui
rendaient, encore, les honneurs militaires.


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Message  Monique Mar 12 Juil 2022, 8:58 am

CHAPITRE VII

L'élection de Roncalli au pontificat met en mouvement,
sur le visage de l'Église, les aiguilles qui marqueront
ponctuellement, l'une après l'autre, ces heures
décisives qui, en quatre ans, bouleverseront la
chrétienté et renverseront l'équilibre politique de
l'Occident. Aujourd'hui, nous pouvons regarder ces
événements en perspective, avec calme et détachement,
et nous ne pouvons que nous étonner en observant
comment ce programme parfaitement étudié et analysé
"hors du Vatican" allait se réaliser dans son intégralité,
atteignant tous les objectifs de cette subversion
intégrale qui devait être le point final de l'action
combinée de deux Pontifes, celui de Roncalli et, ensuite,
celui de Montini.

Nous avons écrit, au début de ce livre, qu'un journal
allemand, le "General Anzeiger für den Nieder-Rhein",
a eu la chance d'imprimer l'incroyable prédiction,
quelques jours seulement après le décès de Pie XII, que
le Conclave imminent élirait le patriarche de Venise, le
précurseur prédéterminé de Giovanni Battista Montini.
Ce journal est entré malgré lui dans l'histoire. Non pas
comme un devin qui a deviné par hasard une prophétie
impossible, mais comme un diffuseur de nouvelles
scrupuleux envers ses propres lecteurs.

Ce programme avait été mis au point pendant des
années " hors du Vatican " et, comme nous l'avons dit,
il s'est rapidement déroulé, dès que le prêtre de
Sotto il Monte, devenu Jean XXIII, sortit de la loge
Saint-Pierre, dans l'habit blanc du Pape, pour bénir les
fidèles qui arrivaient.

La nuit même, à la gare de Termini, Giovanni Battista
Montini descend du train de Bergame, poussant devant
lui les frères Roncalli, dans leurs habits de campagne,
effarés et confus sous les flashs des paparazzi.


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Message  Monique Mer 13 Juil 2022, 7:52 am

La quarantaine de monseigneur de Brescia
touche à sa fin. Son apparition à Rome,
cette nuit-là, avec les frères du nouveau
pape, doit être considérée, pour celui qui sait
lire entre les lignes du "symbolisme" du
Vatican, comme l'affirmation publique de ce
"Delfinato" qui liera, à partir de ce moment-là,
Montini à Jean XXIII.

En effet, sans attendre, vingt jours seulement
après ce moment, Roncalli nomme Montini
cardinal. Peu importe s'il était tombé en disgrâce
sous Pie XII, à cause de ses combines politiques
qui, une fois découvertes, lui avaient coûté
l'ostracisme immédiat de Rome et le galero
cardinalice tant désiré !

Défiant le Pacellien, un Jean XXIII à peine élu
pose sa grande main paysanne sur la pâle
calvitie de monseigneur de Concesio dont les
veines bleues, ce n'est pas un secret, coulent
le sang de la souche de Sion.

Et soudainement, dans le nouveau Vatican,
tout le bagage lourd, "inconfortable" de Montini
sera rigoureusement "tabou". Tout doit être
oublié : ses " faiblesses " privées, ses initiatives
politiques secrètes. Son credo idéologique qui l'a
amené, entre autres, à haïr les Allemands et
l'Allemagne, à un point qui le conduira à participer
au déclenchement des hostilités, en 1939, en
conseillant à la Pologne d'ouvrir le feu contre
l'armée allemande.


A suivre...
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Message  Monique Jeu 14 Juil 2022, 8:01 am

L'historien Louis Marschalko, dans son livre
"Les Conquérants du Monde"
(les vrais criminels de guerre) écrit ainsi à ce
sujet, à la page 276 : "Le 21 avril 1939,
Monseigneur Montini, légat du pape en Pologne
à l'époque, a dit au comte Szembeck que selon
le point de vue officiel du Vatican, si la Pologne
décidait de faire la guerre, ce serait une guerre
juste et légitime. (Le comte Jean Szembeck,
l'un des principaux responsables du ministère
polonais des Affaires étrangères, a publié son
journal en France sous le titre "Journal 1933-1939")".

Mais qui est ce "Delfino" de Roncalli, que des
forces conjointes sans le Vatican ont désigné,
depuis des années déjà, pour succéder au prêtre
de Sotto il Monte ? Regardons-le, un instant, à
la loupe.

Il est né à Concesio, dans la province de Brescia,
le 26 septembre 1897. Le géniteur de la famille
est un Bartolomeo, ou Bartolino De Benedictis,
dit Montino. De Benedetti (Benedictis) est un
nom juif.

Ce n'est pas par hasard que l'on découvrira que
Montini, devenu Paul VI, a l'audace de porter
l'"Ephod" du Souverain Prêtre hébreu, sur l'habit
pontifical. Pour annoncer la nouvelle sensationnelle
au monde entier, c'est l'abbé Georges de Nantes
qui, en octobre 1970, dans le numéro 37 de son
mensuel "Contre Réforme Catholique", lance un cri
d'alarme, avec un article intitulé "L'Amulette du
Pape". Dans "Paris Match" du 29 août, la chronique
de Roberto Serrou "Le prochain pape sera-t-il un
Français ?" Est illustré par une grande photographie
du Pape et du cardinal Villot. Je contemple ces deux
visages fermés qui dissimulent le destin de l'Eglise...
Mais, qu'est-ce que c'est, là, sur la poitrine de
Paul VI, sous la croix pectorale ? Un curieux bijou
que je ne me rappelle pas avoir vu sur un autre
Pape ! L'objet doit être en or, de forme carrée, orné
de douze pierres précieuses serties sur quatre lignes,
trois par trois. Il est suspendu d'une manière très
particulière à un cordon qui longe celui qui porte la
croix du Christ.

J'ai peur de comprendre. Tous les doutes sont
donc possibles.


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Message  Monique Ven 15 Juil 2022, 7:03 am

Pour décrire l'objet, sans art, j'ai utilisé
les mots mêmes qui, au ch. XXVIII de
l'"Exode", décrivent l'Ephod du Prêtre
Suprême hébreu !

Voici donc, sur le cœur du Pape, suspendu
à son cou, le "Pectoral du Jugement" que
le Prêtre Suprême Aaron et ses successeurs
doivent porter comme ornement rituel
pour signifier les douze tribus d'Israël, "pour
les rappeler sans cesse en la présence de
Yahvé" (Ex. 28,29.)

Paul VI a porté l'emblème de Caiphas...
Qui sait depuis combien de temps, pourquoi,
et de qui il le tient ?

Le Pape serait-il en train de signaler qu'il est le
légataire direct du sacerdoce Lévitique, en
tant que Pontife d'une Eglise transformée en
le nouvel et unique Israël de Dieu ? Ou bien
prépare-t-il plutôt une restauration du Judaïsme
comme religion du Monothéisme pur, du Livre
le plus sacré, de l'Alliance universelle ? L'abbé
de Nantes poursuit dans son écrit :

"Au Katholikentag, cette année, il y a eu un
culte hébraïque du sabbat, et à Bruxelles, le
cardinal Suenens a anticipé un prochain Concile,
un Concile de "réconciliation" qui doit se tenir à
Jérusalem.  Maintenant, le B'nai-B'rith et la
Franc-maçonnerie rêvent d'ériger là aussi, ainsi
qu'à New York, un "Temple de l'Entente" dont un
modèle a été présenté au Pape comme un signe
d'un large œcuménisme. Tout se met en place !

Qui nous informe, humbles croyants, sur ce
pectoral et sur tous les points obscurs de lointains
et sombres projets ? Qui parmi nous a le droit de
savoir si le Pape, portant l'Ephod de Caïphe,
entend reprendre dans l'Eglise le culte de l'Ancien
Hébreu sans craindre la rage de l'Israël selon la
chair, ou si son dessein est de ramener les Eglises
chrétiennes au judaïsme universel et de restaurer
à Jérusalem le sacerdoce Lévitique ?  
 
Ambiguïté du regard et du geste, du mot ou de
l'amulette... jusqu'à présent, le Crucifix n'avait jamais
supporté la concurrence d'aucun autre symbole de
culte. Va-t-il, sans un son, sans un mot, disparaître
bientôt du cœur du Pape ? Alors au Vatican, un coq
chantera une dernière fois".

Moi aussi, j'ai vu l'Ephod sur l'habit blanc de Paul VI.

A suivre...
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Message  Monique Sam 16 Juil 2022, 6:52 am

Il était cousu à l'étole, et la chaîne en or avec un
gland au bout lui arrivait presque aux genoux.
Je me souviens avoir demandé ce que cela
signifiait à certains monseigneurs "participants".
Certains n'en avaient aucune idée.
D'autres disaient que cela devait être un cadeau
d'un groupe de pèlerins étrangers. Il existe de
nombreuses photos de Montini avec l'Ephod.
La première de ces photos du Pape avec l'"amulette"
sur sa poitrine date de 1964. Parfois, la Croix pectorale
n'est pas du tout visible. Dans certains cas, elle est
dissimulée sous la mozzetta (cape courte portée par
les prélats lors de fonctions solennelles). En une seule
occasion, l'étole apparaît sans la mozzetta : sur une
photographie prise en Inde, où le pape apparaît assis et
entouré d'enfants hindous. Dans ses visites aux lieux
saints, ou sanctuaires, l'éphod ne manque jamais.

Il en est ainsi lors de sa visite à Fumone, lorsqu'il se rend
sur la tombe de Célestin V, à Santa Sabina, le Mercredi
des Cendres, où l'on chante les litanies renouvelées des
Saints, en commençant par Sancte Abraham... Aux pieds
de l'Immaculée, le 8 décembre, à Rome, etc., partout où
il porte la mozzetta et l'étole.

Naturellement, cette "nouveauté" a suscité la curiosité des
journalistes, qui ont commencé à demander des
explications avec de plus en plus d'insistance.

Au point que le professeur Federico Alessandrini, directeur
du Bureau de Presse du Vatican, a reçu l'ordre de répondre,
au cours d'une conférence de presse, que ce bijou n'était
autre qu'un "fermoir" pour maintenir l'étole. Or, aucun
Pontife n'avait jamais utilisé ce fermoir avant Paul VI,
comme en témoignent les portraits et photos de tous ses
prédécesseurs.

A suivre...
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Message  Monique Dim 17 Juil 2022, 7:31 am

Montini, en outre, murmure-t-on à Rome et dans toute l'Italie,
est un homosexuel. Donc sujet au chantage. Donc dans la main
de ceux qui ont l'intention de le manipuler à leurs propres fins.

À Milan, en tant qu'archevêque, il était souvent arrêté, la nuit,
par la police, en civil et en compagnie douteuse. Pendant des
années, il a été lié par une amitié particulière à un acteur qui se
teint les cheveux en rouge et qui ne fait aucun mystère de ses
relations avec le futur Pape. Cette relation se poursuivra pendant
des années, de façon constante et loyale. Un fonctionnaire du
service de sécurité du Vatican me confia que ce favori de Montini
avait reçu l'autorisation d'entrer ou de sortir des chambres papales
à sa guise.

A tel point que souvent, ils le voyaient arriver dans l'ascenseur au
milieu de la nuit !

La "peau de banane" sur laquelle Paul VI a glissé, provoquant la fin
officielle de ce secret de polichinelle (référence à son homosexualité),
a été l'homélie qu'il a prononcée en janvier 1976 sur "l'éthique sexuelle",
parsemée de nombreux points concernant l'homosexualité, provoquant
ainsi la réaction de l'écrivain français Roger Peyrefitte.

En fait, l'hebdomadaire "Il Tempo", numéro 13 du 4 avril, 1976, publie
une interview de l'écrivain (Roger Peyrefitte), qui se présente comme
" l'homme le plus libéral de toute la France ", dans laquelle ce célèbre
homosexuel aiguise sa plume et reproche au Pape sa propre
homosexualité, lui refusant ainsi le droit de se poser en censeur. Paul VI
reconnaît officiellement la blessure de ce coup de rapière.


A suivre...
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Message  Monique Lun 18 Juil 2022, 7:18 am

Une journée de prière est convoquée pour
"réparer l'affront fait au Pape", mais toute
l'Italie rit longtemps de cet épisode. La
télévision anglaise interviewa Peyrefitte
qui aggrava encore la situation en se
déclarant surpris d'avoir obtenu tant de
publicité inespérée, à si bon prix.

Le premier chantage saisira Montini à la
gorge alors qu'il gravit le Siège de Pierre.
Quand la franc-maçonnerie obtiendra
rapidement l'abolition de
l'excommunication dont l'Eglise frappe les
partisans de la crémation, menaçant de
révéler les rencontres secrètes entre Montini,
archevêque de Milan, et "son" acteur, dans
un hôtel de Sion, dans le canton suisse du
Valais. Plus tard, à Paris, seront révélées
les coulisses de ce premier acte papal
claudiquant de Paul VI et l'activité d'un
gendarme, patient collecteur de preuves
irréfutables.

Mais revenons à cette année 1958. Dans
sa quarantaine à Milan, Montini est
certainement conscient de sa prédestination.
Et il attend la mort de Pie XII. A partir de
ce moment-là, il entrera de nouveau en
scène comme un protagoniste plus ou moins
occulte, mais à l'avenir certain. On peut dire
qu'il participe directement au pontificat de
Roncalli, en collaborant avec le Pape à la
rédaction des plus importants documents
pontificaux.

Vers la seconde moitié des cinq années du
gouvernement d'Eglise des Roncalliens,
l'archevêque de Milan devient le cerveau
principal de la politique de Jean XXIII.
Monseigneur Capovilla fait la navette entre
Rome et Milan. La liaison ininterrompue est
ébruitée au Vatican. Et ceux qui veulent en
connaître les raisons, et qui interrogent le
pape avec une extrême prudence, sont
amenés à croire que Montini sera le
prochain pape, et donc qu'il ferait bien
de se préparer à la succession.

La capacité de Montini, en cette période de
préparation à son pontificat imminent, se
déploie entièrement pour amener Jean XXIII
à prédisposer la voie sur laquelle il doit
avancer rapidement. Il doit se garder, au
Vatican, d'un de ses anciens grands ennemis :
le cardinal Domenico Tardini, que l'astucieux
Roncalli s'est abstenu d'écarter de la
Secrétairerie d'Etat. Ce même Tardini qui,
des années auparavant, avait découvert les
contacts secrets de Montini avec le Kremlin.
Ce même Tardini qui a forcé l'intervention de
Pie XII dans cette affaire, et le bannissement
de Rome du dangereux comploteur. Mais en
1961, Tardini meurt, et Jean XXIII nomme
comme secrétaire d'État le fade cardinal Amleto
Cicognani. Certains n'écartent pas la main de
l'archevêque de Milan dans le choix de Roncalli.
Il est un fait que, à partir de ce moment,
l'influence de Montini sur la politique de Jean
XXIII s'accroît, parfois au grand jour.


A suivre...
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Message  Monique Mar 19 Juil 2022, 7:41 am

Son action politique dans le cercle
restreint de son diocèse de Milan
joue dans le sens de la grande
politique progressiste de Jean XXIII.
Le modernisme, parfois jugé désuet
par les fidèles, caractérise la
personnalité introvertie et
imprévisible de Montini. Sa nature
homosexuelle l'emporte, dans la
recherche à tout prix de la nouveauté
et de l'excentricité. Il apparaît en
public, lors d'une cérémonie au
Vélodrome de Milan, coiffé d'une
casquette de cycliste ; une autre fois,
sur un chantier, il est photographié avec
un casque de charpentier sur la tête.
C'est sa manie de l'exhibitionnisme qui
l'amène un jour, en tant que Pape, à
opter pour cette tiare ultramoderne qui,
ressemblant à un missile - et c'est ainsi
que les Romains insolents l'ont
promptement baptisée - a été placée sur
sa tête le jour du couronnement. Et sa
fièvre du grotesque et de la nouveauté led
conduira à porter, lors d'une audience
avec les Amérindiens de Gaylord
(Michigan), une coiffe de chef, et à poser
dans cet état devant l'appareil photo.
Cette photographie de l'ANSA a fait le tour
du monde en un rien de temps, pour donner
la mesure exacte d'un tempérament pour le
moins curieux pour un Pape.

Cette même frénésie pour la nouveauté,
cette fièvre iconoclaste montinienne, frappe
le Vatican de Paul VI en le transformant en
un Hilton de goût douteux.

Cette fureur hystérique le poussera à faire
disparaître tout vestige ancien, à l'intérieur
du Vatican, en abolissant la Cour et l'ancien
Corps armé, en effaçant en un instant des
traditions et des coutumes séculaires qu'aucun
Pape dans l'histoire n'avait jamais osé modifier,
en transmettant à leurs successeurs, comme le
veut la règle, ce qu'ils avaient reçu de leurs
prédécesseurs, intact et sain.

Ainsi, Montini, à Milan, ne manque aucune
occasion d'agir comme un progressiste.


A suivre...
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Message  Monique Mer 20 Juil 2022, 6:49 am

Il va jusqu'à autoriser l'avocat Mario Mazzucchelli
à lire, transcrire et publier dans un livre les
dossiers classés, conservés dans les archives de
l'archevêché, d'un célèbre et scandaleux procès
du XVIIe siècle d'une religieuse, la Dame de
Monza, coupable d'avoir transformé son couvent,
dont elle était la mère supérieure, en une maison
de plaisir pour son amant masculin. Le livre,
"La Monaca di Monza" (Dall' Oglio, Editore - Milan,
1961), est un chef-d'œuvre de pornographie
raffinée. Naturellement, l'auteur rusé de ce livre à
succès a soigneusement oublié d'inclure une copie
de la lettre par laquelle Montini l'avait autorisé à lire
et à publier la documentation embarrassante de cet
ancien procès.

De plus, Montini est en contact permanent avec
Jean XXIII. Lorsqu'il est à Rome, le Pape a toujours
des pièces près de son appartement qui lui sont
réservées. Et il le voit souvent de manière informelle.
Lors de ces appels au Vatican, Montini trahit presque
la conscience de son avenir proche. Et il étudie de
près les hommes de Jean XXIII, pour se faire une
idée personnelle de leur valeur. Avec certains, il est
froid et déconcertant. Avec d'autres, il se montre
bienveillant et protecteur.

Il a ses hommes au Vatican, prêtres et laïcs, qui
travaillent pour lui, l'informant de tout ce qui se
passe sous le soleil, au sujet du Pape, 24 heures
sur 24. L'un de ses frères est un représentant
démocrate-chrétien, qui a un secrétaire privé.
À peine Montini est-il devenu Pape qu'il nomme
le secrtaire de son frère Chambellan de l'Épée et
du Cap. J'aimerais le rencontrer moi-même. Nous
partagerons de nombreuses heures de détails
d'honneur et de missions diplomatiques. Je n'ai
jamais rencontré d'homme plus occupé que ce
secrétaire du sénateur Montini. Il est le fil
conducteur entre le parti Démocrate Chrétienne
et Paul VI. Et il a renoncé à sa personnalité. Et
sa vie privée. Il a appris à ses dépens ce que
c'est que d'être un outil entre les mains des
Montini. Son patron parlementaire, lorsqu'il parle
avec quelqu'un, ne regarde jamais son
interlocuteur dans les yeux. Quand je lui en ai
parlé, lors de nos rencontres au Vatican, lui, qui
était son secrétaire et qui doit s'abstenir de dire
ce qu'il pense, a levé les yeux au ciel. Une
réponse éloquente, pour un Romain.


A suivre...
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Message  Monique Jeu 21 Juil 2022, 7:55 am

La Confindustrie (association professionnelle
des industriels) considère l'archevêque de
Milan avec méfiance. Ils n'apprécient pas son
attitude ambiguë qui consiste à ne jamais
prendre une position claire. Et la direction est
bien informée des relations cordiales de
Montini avec les représentants des travailleurs.

A la différence de Roncalli, clair, authentique,
inébranlable dans ses convictions
révolutionnaires, Montini ne s'engage pas.
Il peut amasser son avenir en lui-même, le
construire pièce après pièce, sans donner le
moindre indice qui pourrait révéler ses projets
futurs. Il sait tenir à distance la rancœur et la
bienveillance. Même ceux qui le connaissent
bien diront qu'il a un tempérament aride et
manipulateur. Et déloyal.

Je peux admettre avoir suivi de près certains
des "méfaits" Montiniens. Un exemple pour
tous : la trahison du Primat de Hongrie. Le
cardinal Mindszenty a appris à ses dépens
les deux visages de Paul VI. Et il a été
grandement blessé. Mais il s'est dressé
contre cette trahison avec toute sa fierté et
sa dignité de prince de l'Église et de primat
de Hongrie. En octobre 1974, à Vienne, je
me suis agenouillé devant ce grand cardinal.
Et j'ai voulu écrire dans son intégralité
l'histoire de sa trahison, par Giovanni
Battista Montini (1).

L'archevêque de Milan a si bien tracé sa
route, sous l'ombre massive du prêtre de
Sotto il Monte, que lorsque son tour est
venu de s'asseoir sur le trône papal, tous
les objectifs préfixés à l'extérieur du
Vatican sont heureusement atteints.
L'annulation de l'excommunication de la
franc-maçonnerie, le rapprochement avec
le monde Juif, l'acceptation du Marxisme,
l'implication du Christianisme avec le
Protestantisme, la dé-spiritualisation du
Christianisme.

Aucun pape "élu par le Saint-Esprit"
n'aurait réussi, en si peu d'années,
comme cela s'est produit avec Roncalli
et Montini, à transformer le visage
bimillénaire de l'Église et à renverser
les équilibres du monde, conformément
au dessein des forces occultes,
intéressées par cette révolution colossale
et dramatique. Montini savait que les
points de ce programme avaient été
fermement établis. C'est pourquoi,
lorsqu'à la mort de Jean XXIII, il arrivera
au Vatican et entrera au Conclave, il
portera dans sa valise un habit papal
élégant et bien repassé, confectionné
par le tailleur le plus prestigieux de Rome.


(1) Voir Franco Bellegrandi, "Il portone di piombo", Sugarco edizioni, Milan, mars 1975.


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Message  Monique Ven 22 Juil 2022, 7:46 am

CHAPITRE VIII

Un autre changement qui n'a pas
échappé au cercle étroit de ceux
qui passaient, en raison de leur
rang et de leur service, la majeure
partie de leur journée au Palais
Apostolique, est l'apparition
soudaine de personnages
homosexuels dans des postes de
prestige et de responsabilité
proches du Pape. La plaie qui, à
l'époque de Paul VI, submergera
et transformera le Vatican, le
dévastant, a commencé à montrer
ses premiers symptômes évidents,
bien cachés entre les plis baroques
de l'ancienne Cour, mais
malheureusement vivants et réels.
La longue main de l'archevêque de
Milan, affligée de ses faiblesses,
disposait déjà, avec discrétion, l'un
après l'autre, les personnages de son
jeu et de son cœur, sur l'échiquier
de l'État de onze mille pièces.

Naturellement, les nouveaux
protagonistes touchés par la "maladie"
entraînent à leur tour quelques
personnages mineurs, liés à eux par le
même destin solitaire. C'est ainsi que,
lentement mais avec une insistance
croissante, des voix et des indiscrétions
commencèrent à circuler au Vatican,
malheureusement suivies d'événements
très graves. Ces personnages, en raison
de leur fonction, se trouvaient souvent
au milieu de nous, surtout lorsque les
monarques et les chefs d'État rendaient
visite au pape.

Et ils avaient leurs préférés. Des jeunes
gens efféminés en uniformes moulants
qui se poudraient les joues "pour cacher
l'obscurité de leur croissance". Avec une
extrême prudence, nous, les chambellans
de l'épée et de la cape, évitions leurs
sourires et leur affabilité, nous limitant à
saluer de loin avec le clic standard du talon.
Naturellement, même dans le sous-bois
des fonctionnaires commençait à surgir le
"recommandé" de l'archevêque de Milan,
et, parfois, ici et là, éclataient de petits et
de grands scandales, si bien que la
Gendarmerie Pontificale avait du pain sur
la planche, comme on dit, au milieu de
toutes ces mines vagabondes, et fermait
un œil, et pas rarement les deux, et étouffait
les rapports, et décourageait un rédacteur
diligent ou deux.

J'ai moi-même vécu une telle expérience.
Avec un directeur de succursale de la banque
Monte dei Paschi di Siena, membre émérite
du Circolo di San Pietro. Les banques, à
commencer par la banque Santo Spirito
présidée par le marquis Giovan Battista
Sacchetti, regorgent de petits fonctionnaires
du Vatican. Des rejetons sans qualification ni
métier, qui s'en sortent jusqu'à la retraite,
traitent l'argent au guichet et renoncent à
leurs primes annuelles pour s'offrir une
adhésion au Club de Chasse.

Souvent, des représentants de la petite
noblesse, traînant les nuits au Palazzo
Borghese, profitant des journaux gratuits et
commandant un verre d'eau minérale au
serveur en livrée.


A suivre...
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Message  Monique Sam 23 Juil 2022, 7:06 am

Ce directeur, un homme d'âge moyen
au look macho, chauve et poilu, a eu
le cran de m'aborder avec des
propositions homosexuelles, alors que
je passais par hasard à l'agence après
les heures de bureau. Jouant les idiots,
je me suis poliment éloigné. J'ai appris
par la suite que ce personnage à l'allure
de petit fonctionnaire fasciste était un
grand cordon de l'ordre militant
souverain des " pédés ".

Tout à coup, de vieux et dignes employés
de bureaux dépendant du "Governatorato",
ont été, sans raison apparente, mis à la
retraite ou transférés, et sur les sièges
vacants qui en résultent se sont reposés
leurs tendres fesses les nouveaux arrivés,
chacun avec la lettre de recommandation
de Montini en poche.

Pendant ce temps, l'ancien protocole du
Vatican était mis à mal. Des violations
répétées et de plus en plus fréquentes de
l'étiquette espagnole, vieille d'un siècle et
jusqu'alors ininterrompue, au cours des
cérémonies solennelles, nous sont apparues
évidentes à la Cour. Le détail de la Cour,
pendant les fonctions solennelles à la
basilique, était supervisé par le secrétaire
de Monseigneur Maggiordomo, le
passionné "commendatore" Giovanni
Giovannini. Cet homme, constamment
excité et haletant, connaissait parfaitement
son difficile métier et portait sur ses épaules,
toujours vêtu d'une queue de pie flottante,
étincelante d'une myriade de décorations
éphémères, la responsabilité de commander
avec un tact extrême les membres séculiers
de la Cour, tous ou presque des
représentants de la meilleure aristocratie
Italienne. Évidemment, il arrivait que
certains de ces messieurs, qui n'avaient
jamais eu l'idée d'obéir à qui que ce soit,
selon leur humeur du moment, opposent un
refus catégorique au "commendatore", qui
devait s'en accommoder.

Après les premières années du pontificat
de Jean XXIII, pour le "commendatore"
Giovannini les choses prirent un tournant
soudain. Le coup de massue du Concile
avait produit ses effets même sur les
coutumes de l'ancien tribunal pontifical.
Les anciens privilèges avaient été réduits à
néant, et d'authentiques et vénérables
étaient traités, comme on dit à Rome,
comme des "poissons dans la figure"
(comme de la terre), en plein milieu de la
basilique Saint-Pierre grouillante de monde,
avec le Patriciat et le Corps Diplomatique
en rangs serrés.


A suivre...
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Message  Monique Dim 24 Juil 2022, 7:13 am

Je me souviens, pour en avoir été témoin,
de quelques épisodes significatifs de ce
changement au nom du progressisme
Giovannien. Une fois, lors d'une Chapelle
Papale, la mission de l'Ordre Souverain de
Malte arriva à Saint Pierre avec quelques
minutes de retard, pour constater que sa
place sur la tribune avait été prise par une
autre mission étrangère. Les quatre ou cinq
chevaliers de Malte, tous raides comme des
béliers dans leurs uniformes écarlates,
demandent hautainement aux intrus de
quitter leurs sièges, mais ceux-ci refusent
de le faire. Une altercation feutrée s'ensuit.
Le "Commendatore" Giovannini a été sur
place en un clin d'œil et a ordonné aux
Maltais de se trouver un autre endroit en
commentant d'une voix forte qu'il était grand
temps de mettre fin à des privilèges devenus
ridicules à la lumière des nouveaux temps.
Ceux-ci, le visage rouge, vaniteux dans leurs
uniformes inutiles et humiliés, furent obligés
de battre en retraite en annonçant de sinistres
représailles au "commendatore", qui s'en alla
avec le plus grand mépris.

Un de mes amis de l'Ordre de Malte m'a dit
que le Grand Magistère avait écrit une lettre
de protestation grandiloquente, que le Vatican
a laissé sans réponse. Une autre fois, toujours
au cours d'une cérémonie solennelle à
Saint-Pierre, un de mes vieux amis, le comte
Franco Ceccopieri Maruffi, également
chambellan de l'épée et de la cape de Sa
Sainteté, un bigot et un imposteur, uniquement
parce qu'il avait laissé une de ses connaissances
prendre la place d'un autre, fut confronté par
Giovannini, saisi par le bras et emmené par le
détail. Les patrons, les diplomates et la
population ont apprécié le spectacle inhabituel
d'un gentilhomme, solennel dans son magnifique
costume espagnol avec épée et décorations,
traîné dehors par un bourgeois en queue de pie,
transfiguré par la colère.

Avec l'introduction de plus en plus massive dans
le personnel du petit État d'éléments peu
fiables, mais puissamment protégés par les
personnages du "nouveau cours", le ton général
de la moralité, autrefois exemplaire au-delà de
la Porte de bronze, s'est lentement détérioré, et,
finalement, irrémédiablement contaminé. De
petits groupes d'usuriers impitoyables, cupides
et vicieux ont vu le jour, aidés par des employés
de base qui n'étaient souvent que de simples
huissiers, qui faisaient également sortir
clandestinement des marchandises en Italie
- principalement des cigarettes et des liqueurs
- achetées à bas prix au Vatican et revendues
très avantageusement de l'autre côté de la
frontière. Certains de ces spéculateurs se sont
impliqués dans de véritables opérations
financières, prêtant de l'argent à usure aux
malheureux dans le besoin qui tombaient entre
leurs griffes. La plupart du temps, en dehors de
leurs trafics illégaux, l'argent prêté provenait de
personnages anonymes avides et complaisants.
De nombreux membres du Vatican, parmi ces
laïcs et certains membres du clergé, ont été
littéralement ruinés par ces vautours, dont
certains n'avaient éprouvé aucune gêne à utiliser
ces revenus souillés et considérables pour créer
des entreprises immobilières et commerciales
d'une pertinence remarquable, ici même à Rome.
Et c'est ainsi qu'un simple huissier, ou un humble
réceptionniste du Vatican, une fois passée la
frontière avec l'Italie, se transformait
soudainement en cadre industriel ou en riche
propriétaire.


A suivre...
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Message  Monique Lun 25 Juil 2022, 7:32 am

La plus stricte "omertà" (conspiration
du silence) protégeait les méfaits de
ces gens affreux, dans le Vatican
Giovannien, et même si la Gendarmerie
venait à connaître, parfois, l'existence de
monseigneur habit qui empêchait la
conclusion de l'enquête, et décourageait
clairement les enquêteurs. Si bien que,
lorsque dans les filets de cette populace
tomba un jeune homme qui occupait un
poste élevé à la Cour Pontificale et qui
fut poussé au suicide, l'affaire fut étouffée
et le scandale honteux qui aurait balayé,
comme on dit à Rome, le menu et le gros
fretin, fut évité d'autorité.

Nous, dignitaires de la Cour, connaissions
bien ce malheureux. Il s'agissait du
"commendatore" Aurelio Catalano, jeune
secrétaire affable et efficace du Maître de
la Chambre de Sa Sainteté, monseigneur
Nasalli Rocca. À l'occasion de sa nomination
comme chambellan de l'épée et de la cape
du pape, nous lui avions tous remis le lourd
collier d'argent doré, emblème du grade, et
entretenu avec lui une amitié sincère et
ouverte. Il était issu d'une famille qui avait
perdu sa fortune dans l'ancienne Afrique
Italienne, lorsque les domaines des Italiens
des colonies ont été confisqués, à la fin de la
guerre, par les pays nouvellement
indépendants. Il attendait le modeste
remboursement que le gouvernement Italien,
avec sa lenteur habituelle, distribuait avec
parcimonie à ces malheureux qui, un jour,
avaient mis en jeu tous leurs capitaux et leur
existence même pour rendre, comme on disait,
plus grande et plus respectée la Patrie.

Aucun d'entre nous n'a jamais eu le moindre
soupçon de son dénuement, poliment dissimulé
derrière une jovialité souriante et immuable.
En effet, son salaire ne lui permettait pas de
subvenir à sa situation familiale éprouvante.
Quand on sait que les salaires du Saint-Siège
étaient, à l'époque, proverbialement maigres.
Mais la situation difficile de leur supérieur
n'échappait pas à ses subordonnés, qui vivaient
quotidiennement à ses côtés, dans son
somptueux bureau au-dessus de la cour
Saint-Damaso. C'est ainsi qu'ils le persuadèrent
d'accepter, avec une insistance feutrée, un
prêt "très commode". En l'espace d'un an et
demi, le prêt "très pratique" est devenu la
corde savonneuse d'une potence, et, alors que
la compensation gouvernementale faisait
irrémédiablement défaut, les intérêts passifs
exigés par ces requins solitaires par le biais de
chèques postdatés ont grimpé en flèche pour
atteindre cent de la somme prêtée. Ses
subordonnés qui lui avaient tendu le piège sont
devenus, mois après mois, des chiens féroces,
et lorsqu'il a été brutalement menacé de
scandale, le pauvre homme a préféré se pendre
à une poutre, dans sa maison romaine, par une
nuit calme d'août, alors que tout le monde,
même ses assassins féroces, avait quitté la ville
pour les vacances d'été.

La tragédie a fait sensation au sommet du Vatican.
Mais tout fut étouffé. Je me souviens avoir
répondu avec indignation à la personnalité qui,
avec une hypocrite sollicitude, faisait appel à ma
sympathique discrétion, en invoquant le bon nom
de la Famille Pontificale. Et parfois je vois encore
devant moi le visage bon et souriant de mon pauvre
ami Catalano, comme je l'avais vu au Caffè Rosati,
dans la Via Veneto, quelques semaines avant la
tragédie, et il m'avait paru triste et abattu, comme
s'il était déjà conscient de son long voyage sans
retour.


A suivre...
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Message  Monique Mar 26 Juil 2022, 6:03 am

Parallèlement à ce phénomène négatif
s'éveille, pour la première fois dans
l'histoire du Vatican, dans les premiers
mois du gouvernement de Jean XXIII,
une " conscience de classe " chez les
ouvriers (quelques centaines) qui
travaillent dans les bureaux et les
ateliers du petit État. Comme un vent
nouveau soufflait, cette catégorie qui
se transmettait de père en fils son
emploi au Vatican, fut immédiatement
attisée par les syndicats Italiens.
L'écart entre les salaires et les
avantages des travailleurs Italiens et
ceux du Vatican était, à l'époque,
déconcertant. Les premières
revendications ont été présentées,
tentant une convergence vers les
niveaux Italiens. Malgré le progressisme
déjà croissant en ces premiers jours du
pontificat Giovannien, les
revendications ont été rejetées et le
clerc, comme on dit à Rome, se
retrouva une fois de plus seul. Au bon
moment, c'est-à-dire de manière
féodale et autoritaire, malgré toutes les
promesses et les sourires. C'est ainsi
que sont apparus les premiers actes de
rébellion et de contestation "passive".
Certains de ces actes étaient cependant
clameurs et dramatiques, et, bien qu'ils
n'aient jamais dépassé les frontières de
la Cité du Vatican, ils restent des
chroniques inédites et significatives des
changements de mentalité des employés
du Saint-Siège, réveillés par les
trompettes du Concile, d'une douce
léthargie de plusieurs siècles.
Personnellement, j'ai été le témoin
accidentel de trois de ces ces épisodes
clameurs.

La première, chronologiquement, a été une
fausse tentative de suicide d'un employé
de l'Annona Vaticana, les grands magasins
qui vendent, aux citoyens du Vatican et à
ceux qui y ont accès avec une carte spéciale,
les biens de consommation qui affluent
chaque semaine, de toute l'Europe, à un
prix inférieur à celui pratiqué en Italie. La
catégorie était en grève à cause
des améliorations salariales promises et
toujours repoussées. Un matin, alors que
je me rendais à la rédaction de
" L'Osservatore Romano ", à l'intérieur du
Vatican, dont l'entrée se trouve dans la Via
del Pellegrino, juste en face de l'arrière du
bâtiment Annona avec un rédacteur, le père
Carlo Gasbarri, Paolin Florentin, des cris et
des supplications nous ont fait lever les yeux
sur les fenêtres qui s'ouvraient à six ou sept
mètres du sol, dans le bâtiment Annona. Des
personnes regardaient à l'extérieur et
braillaient en direction d'un individu en blouse
blanche suspendu en l'air, s'accrochant au
rebord de la fenêtre. Comme dans un
cauchemar, on a vu ce personnage se détacher
de la fenêtre et dégringoler, la blouse blanche
soulevée en l'air, sur le trottoir en contrebas.
Nous nous sommes précipités pour aider et le
Père Gasbarri s'est agenouillé près du mort,
sans vie sur les pavés, et a signé de la croix.
D'autres personnes se sont précipitées, et le
pauvre malheureux a été hissé à la hâte dans
une voiture et emmené à l'hôpital. J'ai appris
par la suite qu'il avait survécu à ce petit saut,
et que son acte démonstratif avait dénoué
l'impasse et valu à la catégorie des
améliorations salariales.

Un autre épisode, qui, en revanche, s'est mal
terminé, est celui d'un monseigneur âgé,
fonctionnaire de la Curia Romana, qui
considérait comme tout à fait injuste l'ordre
qui, sans préavis, le privait de sa charge, le
forçant à une retraite prématurée. Il a
déclenché une protestation silencieuse
et dramatique. Pendant plus d'un an, il a
passé ses heures de travail habituelles, qu'il
pleuve ou qu'il vente, en costume et mallette
à la main, au centre de la place Saint-Pierre,
les yeux fixés sur la fenêtre du Pape.


A suivre...
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Message  Monique Mer 27 Juil 2022, 7:53 am

Beaucoup, au Vatican et à l'extérieur,
ont été témoins de la tragédie
solitaire du pauvre monseigneur.
Peut-être le Pape lui-même, derrière
les vitres de sa fenêtre, avait-il été
troublé par cette petite silhouette
sombre d'un prêtre, le nez en l'air,
immobile, tout seul au milieu de la
place Saint-Pierre, au même endroit,
jour après jour et pendant toutes ces
heures interminables. Mais il n'est
pas intervenu. Et à la fin, le vieux
prêtre a perdu la tête.

Le troisième épisode, le plus bruyant
car ponctué de coups de feu, a eu
lieu le mercredi 8 avril 1959, peu après
14 heures. Je sortais du portail de
Sainte-Anne avec Andrea Lazzarini,
directeur de la troisième page de
"L'Osservatore Romano", lorsque des
cris et des coups de feu ont percé l'air.
Le Suisse en détail a disparu derrière
la porte du poste de garde.

Qu'est-ce qui pourrait bien venir briser
la vieille quiétude du quartier des
Suisses ? Le garde Adolfo Ruckert,
jugeant injuste son renvoi du corps
décrété par le commandant, le colonel
Roberto Nunlist, avait fait irruption
dans l'appartement de l'officier, juste
au-dessus de la porte Sainte-Anne,
et avait déchargé son arme sur lui,
lui le blessant aux fesses, fatalement
exposées dans la fuite précipitée.

Le jeune homme a été arrêté, et
contraint de passer quelque temps dans
une clinique psychiatrique près de la
ville de Tivoli, avant de rejoindre l'autre
côté des Alpes. Le gigantesque colonel,
quant à lui, a dû allonger avec
beaucoup de circonspection, sur des
chaises bien rembourrées, son derrière
qui avait connu un baptême du feu si
peu glorieux.


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Message  Monique Jeu 28 Juil 2022, 7:06 am

CHAPITRE IX

L'attitude publique pleine d'esprit de
Roncalli l'expose à des spéculations
d'une gravité particulière. Ce n'était
pas un secret que le patriarche de
Venise était atteint depuis des années
d'une forme d'artériosclérose, et qu'il
était traité à Pise par un spécialiste de
cette ville, le frère, comme nous
l'avons dit, du ministre Démocrate
Chrétien de l'Industrie et du
Commerce. De Venise, le cardinal
Roncalli se rendait périodiquement
dans la capitale provinciale Toscane et,
pendant des années, il a suivi le
traitement que ce médecin lui a
administré. Lorsque le professeur
Togni apprit par la radio l'élection de
son illustre patient, ils le virent porter
ses mains à ses cheveux.

La thèse des épisodes récurrents
d'artériosclérose de Jean XXIII,
soigneusement cachés au monde
extérieur, qui créeraient dans son
action gouvernementale des crises et
des trous de mémoire récurrents,
expliquerait l'importance des fréquents
voyages à Milan du secrétaire du Pape,
Loris Capovilla, qui, selon les
personnes au courant au Vatican, dans
ses rencontres continuelles avec
l'archevêque Montini, recevait de ce
dernier des orientations et des
instructions sur lesquelles poursuivre
la politique progressiste du réformateur.
C'est un fait que le secrétaire Marxiste
du Pape s'est installé dans la capitale
Lombarde comme dans un bureau
politique très personnel et bien déguisé.
Mon oncle Enrico Pozzani, président des
"Cavalieri del Lavoro" (chevaliers du travail),
m'a manifesté plus d'une fois son intérêt
pour la politique. pour services rendus à
l'industrie), m'a plus d'une fois manifesté
ses appréhensions quant à l'étonnante
croissance que connaissait le mouvement
ouvrier Lombard vers une politique presque
exclusivement orientée vers l'huilage du
capital. Il m'a souvent dit, à ces occasions,
que des sources bien informées, liées à de
grandes entreprises industrielles telles que
Pirelli, Alfa Romeo, et Fiat, établi une
influence directe de Capovilla sur l'action
des syndicats et sur l'activité subversive
répandue parmi les ouvriers des grandes
usines du nord de l'Italie. Mon oncle, qui
avait de fréquents contacts avec les
personnalités les plus représentatives de la
grande entreprise Italienne, examinait à
l'époque un rapport que lui avait remis le
professeur Valletta, administrateur délégué
de FIAT, dans lequel, après le récit
documenté de l'implication du secrétaire du
Pape dans la " communisation " et dans la
lutte ouvrière des métallurgistes du Nord,
les perplexités de la direction de l'entreprise
impuissante à contrer une action aussi
dangereuse, car impossible à contrer, étaient
exprimées. Je me souviens de cette réunion,
à laquelle j'ai participé en tant que
" Vaticaniste " pour le bureau de presse de la
Federazione Nazionale dei Cavalieri del Lavoro,
dans le quartier de l'EUR de Rome, surnommé
le " Colisée Carré ", en raison des six galeries
superposées du sol à la terrasse, de sa forme
massive carrée marbrée. La petite silhouette
du professeur Valletta, dans des vêtements
sombres, presque défraîchis, entre les hauts
murs de marbre poli de cette présidence sur
laquelle se détachaient, en lettres de bronze,
les noms des "Cavalieri del Lavoro"
nouvellement élus qui avaient donné de
grosses sommes à la Fédération, et le
montant de la donation.

Mais ce petit sudiste qui dégageait tant de
volonté et d'intelligence était en effet un géant
dans l'histoire du redressement industriel de
l'Italie d'après-guerre. Si l'industrie automobile
Turinoise est devenue ce qu'elle est aujourd'hui,
FIAT et la famille Agnelli le doivent à La Valette
ce qu'elle est aujourd'hui.


A suivre...
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Message  Monique Ven 29 Juil 2022, 6:50 am

Enfoncé dans son fauteuil de cuir jaune,
La Valette avait sorti de sa serviette
une liasse de papiers dactylographiés
et les avait placés devant mon oncle,
comme un singulier "solitaire" sur le
plateau de cristal du monumental
bureau présidentiel. J'étais assis devant
l'administrateur délégué, et j'avais
exposé, tels que je les connaissais,
quelques points de vue et évaluations sur
la politique du Pape Roncalli et sur les
résultats de cette politique, par
l'intermédiaire de diverses personnalités
influentes, et, dans ce cas, de
monseigneur Loris Capovilla, sur la vie et
les affaires de l'Italie.

Puis, Pozzani avait commencé à feuilleter
le rapport dactylographié. Et quand sa
voix a commencé à épeler certains
passages, ici et là, mon attention s'est
accrue.

Ces feuilles dactylographiées étaient un
rapport confidentiel pour le directeur
général, compilé par le service de sécurité
de l'entreprise, dirigé à l'époque par un
ancien officier de haut rang officier des
carabiniers. De ce rapport, rempli de
noms, de dates et de faits, a pris forme
l'action politique du secrétaire de
Jean XXIII, à travers les syndicats et le
parti communiste Italien, au sein des
ouvriers des plus importantes industries,
principalement mécaniques, du nord de
l'Italie. Après un profil personnel
détaillant un ancien engagement avec
les communistes italiens à l'époque de
la guerre civile dans le nord de l'Italie,
dans lequel le nom de Capovilla a été lié
à des exécutions sommaires de fascistes
par des bandes communistes, et un profil
de l'un de ses frères, un chef communiste
de Mestre, le rapport explique comment
Capovilla, dans ses contacts confidentiels
avec des politiciens, des militants, des
représentants syndicaux, a souligné qu'il
parlait au nom du Pape, comme un
interprète de son cours politique précis.
En outre, on a décrit ses relations avec
le cardinal de Milan, Montini, qui, dans
le vaste projet de contrôle politique du
pays, était responsable de la
"communisation" totale des grandes
masses ouvrières de Lombardie, et
l'animateur de la prédication évangélique
à tendance Marxiste.

Le profil d'information concluait que les
rencontres régulières et fréquentes
entre Capovilla et Montini étaient
preuve que ce dernier avait une voix
influente dans l'orientation politique
progressiste de la politique du Vatican.


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