HISTOIRE DE SAINT FRANCOIS DE XAVIER

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HISTOIRE DE SAINT FRANCOIS DE XAVIER - Page 4 Empty Re: HISTOIRE DE SAINT FRANCOIS DE XAVIER

Message  Monique Dim 03 Avr 2022, 7:46 am

« ..... Paul (1), un Portugais (2) et moi, allons embarquer cette semaine pour les Indes, pleins d'espoir d'y recueillir la plus riche moisson pour l'Eglise. Le témoignage d'hommes honorables, qui ont longtemps habité les Indes, ne nous laisse aucun doute sur la disposition de ces peuples à recevoir la lumière de l'Évangile.

« Comblés des faveurs de Son Altesse, nous partons avec le vice-roi des Indes, à qui elle nous a chaudement recommandés; nous partons sur le même vaisseau que lui. Le senior don Martino-Alfonso de Souza a pour nous une telle affection, qu'il s'est réservé le soin de pourvoir à tous nos besoins pendant la navigation. Il veut absolument que nous mangions à sa table; je vous le dis, non pour nous prévaloir d'un honneur dont assurément nous nous serions bien passés; mais pour vous donner l'idée de l'appui et des ressources que nous espérons trouver dans l'affection de ce grand dignitaire, pour le but auquel nous aspirons avec tant d'ardeur : la conversion des pauvres infidèles. Réjouissez-vous-en avec nous dans votre zèle pour la plus grande gloire de Dieu, et félicitez-nous du bonheur qui nous est donné d'aller porter le nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ devant les rois des nations qui voient et reconnaissent déjà l'autorité du roi de Portugal, clans la personne de son représentant.

« Notre espérance s'appuie encore sur la connaissance que nous avons de don Martino de Souza, qui arrivera avec nous environné de la considération que lui ont acquise ses vastes connaissances et sa longue expérience des affaires du pays, qu'il a habité plusieurs années, et où il a laissé une réputation parfaite. Et ici les courtisans mêmes, dont vous savez les dispositions généralement peu bienveillantes pour les grands dignitaires, s'accordent à reconnaître en lui l'intégrité et la loyauté par excellence. Plusieurs assurent qu'il est attendu par les Indiens avec autant d'empressement que par les Portugais.



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1 Paul de Camerini, italien.
2 Francisco Mancias.


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Message  Monique Lun 04 Avr 2022, 7:07 am

« Le vice-roi me disait, il y a trois jours, dans une conversation intime, que dans les Indes portugaises il existe une île peuplée de païens, où les juifs ni les musulmans n'ont jamais pénétré, et où il pense que l'Évangile fera de rapides et durables progrès. Il a fait sur les lieux des observations qui lui font espérer que le roi, et à son exemple toute la nation, seront très-disposés à embrasser la religion chrétienne.

« Les hommes prudents qui nous entourent jugent nos succès probables, d'après notre manière de vivre et celle dont nous exerçons notre ministère. Quant à nous, malgré le sentiment de notre pauvreté et de notre faiblesse, sales nous appuyer sur de vaines conjectures ou de vains désirs, nous sommes pleins d'espoir que le Seigneur, qui nous envoie vers ces peuples jusqu'ici privés de tout moyen de salut, prendra pitié de leur triste aveuglement et daignera agréer et bénir le ministère de ses faibles et inutiles serviteurs. Pour mettre notre âme entièrement à découvert devant vous, je vous dirai que c'est uniquement en Dieu que repose notre confiance dans une telle entreprise. C'est là seulement ce qui nous anime et nous encourage. Nous espérons que nos efforts, excités par notre amour pour Dieu, par notre dévouement à son service, parla seule vue de lui plaire et de travailler pour sa gloire, seront couronnés des plus heureux résultats, et que nous parviendrons à retirer ces malheureux peuples de l'empire des ténèbres, en les amenant à la connaissance du vrai Dieu et de la véritable religion.

« Ah ! nous vous conjurons, par les liens sacrés qui unissent nos âmes, de nous écrire le plus tôt, le plus longuement et le plus souvent que vous le pourrez ! Vos lettres nous parviendront par les bâtiments qui mettront à la voile, à Lisbonne, au mois de mars. Nous vous demandons, nous vous supplions de nous prescrire, de la manière la plus détaillée, les précautions que nous avons à prendre, la conduite que nous avons à tenir au milieu des infidèles. Bien que nous ne doutions pas du secours que l'expérience nous apportera, nous n'avons pas moins besoin de vos avis et de vos conseils, pour connaître la volonté de Dieu dans la direction de notre entreprise, car nous sommes bien persuadés que le Seigneur vous inspirera ce que nous aurons à faire, ainsi que la manière dont nous devons le faire, et qu'il continuera de se servir des interprètes qui jusqu'à ce jour nous ont manifesté ses desseins et sa volonté sur nous.


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Message  Monique Mar 05 Avr 2022, 8:10 am

« Le principal motif de mon instante prière, est la crainte de partager le danger que courent ceux qui, pleins de confiance dans leurs propres lumières, et ne tenant compte ni des temps, ni des lieux, ni de leur position personnelle, négligent de consulter les sages et de recueillir leurs avis. Ils se privent ainsi des grâces et des lumières que Dieu leur eût accordées, si, abaissant leur jugement devant leur ignorance et leur faiblesse, ils avaient eu recours aux conseils de ceux par lesquels Dieu a coutume de nous manifester sa volonté dans le service qu'il exige de nous.

«Nous vous supplions donc, nous vous conjurons, au nom du Seigneur, et par les liens qui nous unissent étroitement en Jésus-Christ, d'être exacts, fréquents et très détaillés dans les instructions et les ordres que vous nous donnerez, afin que nous sachions bien précisément ce que nous devons faire ou éviter. Nous désirons ardemment travailler au salut des âmes, en nous conformant à la volonté de Dieu, et nous sommes sûrs de reconnaître cette divine volonté dans les ordres et les avis que nous recevrons de vous. Vos prières aideront notre faiblesse à exécuter tout ce que vous jugerez bon de nous prescrire; nous les implorons de chacun de vous en particulier, outre celles qui sont exposées par la règle. Une longue navigation et le contact habituel de païens infectés de tous les vices, vont exposer notre faiblesse et notre tiédeur à des dangers si effrayants, que nous devrions trembler, si nous ne sentions que dans cette lutte nous serons soutenus par une abondance de secours proportionnée aux besoins.


« Nous vous écrirons des Indes par les premiers vaisseaux qui partiront; nos lettres seront très-détaillées, et nous vous enverrons toujours les copies de celles que nous écrirons au roi de Portugal. Cet excellent prince nous a recommandés, dans notre dernière audience, au nom de Dieu et de notre amour en son saint nom, de lui mander exactement et longuement les dispositions des peuples infidèles à recevoir l'Evangile. Il est on ne peut plus touché de leur triste ignorance, et nous a exprimé son vif désir de voir cesser les offenses que Dieu reçoit chaque jour de tant de créatures qui sont son ouvrage, et qu'il a rachetées à si haut prix. Tel est le zèle du roi pour la gloire de Dieu et le salut des âmes; je me sens porté à rendre an ciel des actions de grâces continuelles pour m'avoir fait connaître un prince qui, au milieu d'une si grande puissance, est si pénétré des choses divines. Si je ne le voyais par moi-même, j'aurais peine à croire qu'au faîte des grandeurs, dans l'agitation d'une grande cour, il puisse se trouver un cœur aussi éclairé et aussi plein de charité. Dieu veuille augmenter en lui ces précieux dons et ajouter des années à ses années, puisqu'il les emploie si bien et qu'il est si utile à son peuple.


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Message  Monique Mer 06 Avr 2022, 5:54 am

« Sa cour peut être comparée à une communauté régulière. Le nombre des personnes qui approchent des sacrements tous les huit jours est si considérable, que nous ne cessons d'en remercier et d'en louer Dieu. Nous sommes si occupés au tribunal de la pénitence que, fussions-nous deux fois plus nombreux, nous n'aurions pas un instant de loisir, car ce travail absorbe notre journée et une partie de la nuit, bien que nous ne confessions que les personnes de la cour. Je me souviens de l'étonnement que manifestèrent à ce sujet tous les étrangers qui affluaient autour du roi pendant son dernier séjour à Almérini. Ce spectacle, au sein d'une grande cour, était pour eux la chose la plus surprenante. La vue de cette foule de courtisans approchant de la sainte Table, tous les dimanches et toutes les fêtes, avec tant de piété et de recueillement, les frappait d'une sorte de stupeur; et bientôt entraînés par l'exemple, plusieurs se mirent en mesure de les imiter.

« Si le nombre des confesseurs était proportionné à la grande quantité de monde qui se porte à la cour, bien peu de personnes paraîtraient devant Son Altesse avant d'avoir mis ordre à leur conscience; car beaucoup désirent le faire et ne peuvent parvenir à nous aborder. Pourtant, je vous le répète, nous nous épargnons si peu, que le confessionnal absorbe tous les instants que nous pourrions donner à la prédication. Mais nous croyons plus conforme à notre Institut de confesser que de prêcher, d'autant plus qu'ici les bons prédicateurs abondent, tandis que les bons confesseurs y sont très-rares. Nous avons donc cru devoir laisser la chaire et prendre le confessionnal.

« Après tous ces détails, et au moment de nous embarquer, il ne nous reste plus qu'une chose à vous dire : c'est que nous adressons à Dieu les plus ferventes prières afin qu'il daigne nous réunir à vous dans une vie meilleure; à vous, dont nous ne nous séparons que pour lui et par lui; La distance qui va se trouver entre. vous et nous est immense; les travaux qui nous attendent vont absorber nos facultés, ils ne laisseront plus de place au désir de courir à de nouvelles conquêtes et à des moissons plus abondantes; il est bien difficile d'espérer que nous nous reverrons jamais en cette vie ! Que celui donc d'entre nous qui entrera le premier dans la vie éternelle, et n'y trouvera pas le frère qu'il aime dans le Seigneur, n'oublie pas de prier pour lui Jésus-Christ notre Roi, afin qu'il l'associe un jour à sa gloire, ainsi que nous tous.

« Adieu à tous mes amis en Jésus-Christ !




« FRANÇOIS DE XAVIER. »


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Message  Monique Jeu 07 Avr 2022, 8:52 am

VIII



Le port de Lisbonne était encombré; officiers, soldats, matelots, allaient et venaient de la plage à la ville, de la ville à la plage, avec des chargements considérables qu'on amenait à la flotte ancrée au port. Il s'agissait de pourvoir à l'armement de cinq grands navires et de quelques galions royaux composant la flotte en partance pour les Indes orientales.

Dans sa sollicitude pour l'exécution des ordres qu'il avait reçus du roi, don Antonio d'Ataïde, comte de Castanera, intendant de l'armée navale, vint trouver François de Xavier

            Père Francisco, lui dit-il, le roi veut que vous soyez abondamment pourvu de tout ce que vous désirerez pour le voyage. Veuillez bien me remettre une note des objets que je dois embarquer pour vous.

            Je suis infiniment touché des bontés de Son Altesse, senhor; mais je n'ai besoin de rien.

            Mon Père, les ordres du roi sont formels; il a fortement insisté pour que rien ne manque à bord de ce que vous aurez désiré.

            Senhor, on ne manque de rien lorsqu'on n'a besoin de rien; je vous rends mille grâces, je suis on ne peut plus reconnaissant de tout ce que je dois au roi; mais, senhor, je dois bien plus encore à la Providence, et vous ne voulez pas que je m'en défie, n'est-ce pas?

            Bien cher Père, vous êtes admirable! mais permettez-moi de vous dire que je dois obéir au roi. - Vous l'avez fait, senhor.

            J'ajouterai, mon Père, que la Providence ne fait pas toujours des miracles, et n'est-ce pas la tenter que de s'embarquer pour un tel voyage sans la moindre provision personnelle?

            Eh bien ! senhor, je vais vous faire une petite liste de livres de piété, qu'il sera utile de répandre parmi les Portugais des Indes qui en seront privés, et je vous demanderai pour moi un vêtement de gros drap, puisque le froid est dangereux, dit-on, en doublant le cap de Bonne-Espérance.

            Je vous en conjure, mon Père, faites-nous le plaisir de demander mieux que cela ! faites-le pour le roi !

            Je né saurais le faire, senhor, puisque je n'ai besoin de rien.

            Vous ne serez pas seul maître, ajouta impatiemment don Antonio; vous prendrez au moins le serviteur qu'on vous donnera !

            Tant que j'aurai ces deux mains, senhor, j'espère que Dieu me fera la grâce de n'avoir plus d'autre serviteur que moi-même!

            Mon Père, les convenances exigent que vous en ayez un ! Vous êtes revêtu d'une dignité que vous ne devez pas avilir; le roi m'a dit que vous partiez en qualité de légat apostolique. Serait-il convenable de voir un légat du pape laver son linge à bord, et préparer lui-même sa nourriture?

            Je vous demande pardon, senhor, de ne pouvoir céder à vos pressantes instances; mais j'ai l'intention, la volonté même de me servir et de servir les autres le plus possible, et je compte le faire sans déshonorer mon caractère. Lorsque je ne fais pas de mal, je ne crains ni de scandaliser le prochain, ni d'affaiblir l'autorité dont le Saint-Siège a daigné me revêtir... Senhor, ne nous le dissimulons pas : ce sont ces respects humains, ce sont ces idées fausses de bienséance et de dignité qui ont fait à l'Église le mal que nous voyons !

Don Antonio n'insista plus; le ton énergique de François de Xavier, bien qu'il eût conservé une extrême douceur, avait en même temps une si grande dignité, et une telle noblesse, que l'intendant ne craignit plus qu'une nature de cette trempe perdît rien de l'autorité qui lui était confiée.

François de Xavier savait imposer le respect en s'humiliant : c'est le secret des saints, en général; mais il semblait le posséder plus que d'autres. Dieu le permettait ainsi, sans doute, en vue des immenses conquêtes auxquelles il le destinait.

Le roi désira voir notre saint avant son départ, et lui remit quatre brefs du souverain pontife : l'un nommait le saint missionnaire nonce apostolique, un autre lui donnait les pouvoirs les plus étendus pour établir et maintenir la foi dans tout l'Orient, un troisième le recommandait à David, empereur d'Éthiopie, et le quatrième à tous les princes souverains des îles ou de la terre ferme, depuis le cap de Bonne-Espérance jusqu'au delà du Gange.

Xavier reçut ces brefs de la main du roi, avec le respect du au souverain pontife et à la majesté royale Senhor, répondit-il, je tâcherai de soutenir le fardeau que m'imposent Dieu et ses représentants sur la terre. Ma faiblesse est grande ! mais Dieu est tout-puissant; je mets ma confiance en lui seul.

            Examinez tout, lui dit le roi; visitez les forteresses des Portugais, voyez si Dieu y est servi, et rendez-nous compte de ce qu'il y a de mieux à faire pour établir le christianisme dans les nouvelles conquêtes. Écrivez souvent et longuement là-dessus non-seulement aux ministres, mais directement à ma personne. Je me recommande à vos prières, mon Père; priez aussi pour la reine, pour les infants, pour le Portugal.

            Tous les jours de ma vie, senhor, je n'oublierai jamais les bontés dont Votre Altesse a daigné m'honorer.

            Et moi je vous remercie du bien que vous nous avez fait à tous, Père Francisco, et je vous vois partir avec douleur !... mais il faut obéir aux ordres de Dieu !

Le jour de l'embarquement était arrivé. Le Père Paul de Camerini, italien, et Francisco Mancias, portugais qui n'était pas encore prêtre, suivaient notre saint dans les Indes. Le Père Rodriguez allait être séparé du frère qu'il chérissait; mais le Père de Xavier allait l'être de l'Europe tout entière, de cette partie du monde où il laissait ses plus chères, ses plus douces, ses plus précieuses affections, et il était heureux d'offrir à Dieu un si grand sacrifice. Il avait dit souvent :

« L'absence de la croix est l'absence de la vie. » Le jour de son départ pour les Indes était donc pour sa grande âme un jour de surabondance de vie. Simon Rodriguez l'accompagna jusque sur le pont de San-Diogo que devait commander le vice-roi. Au moment de la séparation, le visage de Rodriguez était inondé de larmes; Xavier prend la main de son ami, la serre avec affection et dit à ce frère bien-aimé :

«Mon bien cher Simon, voici les dernières paroles que je vous dirai jamais, car nous ne nous reverrons plus en ce monde. Souffrons patiemment, généreusement le déchirement de notre séparation. Si nous demeurons bien unis à Dieu, nous resterons toujours liés comme nous le sommes, rien ne pourra rompre notre association en Jésus-Christ ! Pour votre consolation, je veux, en vous quittant, vous découvrir une de mes plus secrètes pensées et la plus grande joie de mon âme.

« Vous vous souvenez bien qu'une nuit, dans l'Hôpital de Rome, vous m'entendîtes crier : Plus encore, Seigneur ! plus encore! Souvent vous m'avez demandé l'explication de cet élan, toujours je vous ai répondu que je préférais ne le pas dire. Eh bien ! je vous le dirai maintenant, comme un souvenir de confiance et d'amitié que je dépose dans votre coeur de frère. Je vis alors, en songe ou éveillé, Dieu le sait, tout ce que je devais souffrir pour la gloire de Jésus-Christ. Notre-Seigneur me donna en ce moment tant d'avidité pour les souffrances, que celles qui se présentaient me paraissaient insuffisantes, et que j'en désirais ardemment de nouvelles. C'est cette altération de mon âme qui me faisait m'écrier avec transport : Encore davantage! encore davantage ! J'espère que la divine bonté m'accordera dans les Indes ce qu'elle m'a montré en Italie, et que les ardents désirs qu'elle m'a mis au coeur seront bientôt satisfaits ! »

Les deux frères s'embrassèrent ensuite et ils se séparèrent avec des larmes, mais des larmes calmes comme leurs regrets, douces et silencieuses comme les larmes des saints.

François de Xavier venait de révéler toute la grandeur et toute l'énergie de son âme, dans le motif de consolation qu'il avait laissé à son ami. Il le voyait affligé de son départ, de la pensée de ne le plus revoir en cette vie et d'en rester séparé par une distance qui semblait infinie :

« Consolez-vous, lui dit-il, je vais souffrir et souffrir beaucoup ! »

C'est bien là la consolation donnée par un saint à un coeur digne de lui et capable de le comprendre ! Il en coûtait à l'humilité de Xavier de faire connaître à Rodriguez ce que Notre-Seigneur lui avait découvert; c'était un sacrifice; mais la générosité de Xavier est au-dessus de tous les dévouements. Son grand coeur suppose dans celui de son ami autant d'amour pour Jésus-Christ qu'il en éprouve lui-même, autant de désir de souffrir pour lui, autant de zèle pour sa gloire; il lui suppose tous les sentiment surhumains qui l'animent, le détachent de la terre et le tiennent uni à Dieu..... et il lui dit :

« Consolez-vous, je vais souffrir et souffrir beaucoup ! »


Et Rodriguez, bien capable d'apprécier et de goûter cette consolation, tend les bras à Xavier, le presse sur son coeur avec admiration, l'embrasse sans pouvoir lui répondre, et le quitte avec le regret de n'être pas . jugé digne de le suivre pour partager ses travaux, ses souffrances et ses dangers.

Le Père Rodriguez avait quitté le San-Diogo, on le ramena à terre, puis le signal fut donné; chaque vaisseau leva l'ancre et la flotte prit la haute mer sous le regard de Dieu et le commandement de don Martino Alfonso de Souza, qui avait voulu garder François de Xavier à bord du vaisseau qu'il montait.

C'était le 7 avril 1541, jour anniversaire de la naissance de notre saint; il entrait dans sa trente-sixième année.


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Message  Monique Ven 08 Avr 2022, 7:57 am

TROISIÈME PARTIE

MOZAMBIQUE PRESQU'ILE EN DEÇA DU GANGE
(Avril 1541 - Septembre 1545.)


*******


I


La flotte royale a gagné la haute mer, François de Xavier va commencer un nouvel apostolat. L'équipage de la capitane le San-Diogo compte un millier de passagers, en y comprenant le personnel militaire; Xavier va se faire tout à tous pour les gagner tous. S'intéressant au sujet de conversation qui plaît à chacun, il parle de la cour avec les gentilshommes, de la guerre avec les gens du métier, de science avec les savants, de commerce avec les négociants, et les charme tous par la grâce de son esprit, l'aimable bienveillance de ses manières, la distinction native de sa personne, distinction qu'il ne perdit jamais.

Le premier désordre que sou zèle attaqua, en raison de ses fâcheuses et presque toujours inévitables conséquences, ce fut le jeu. Il proposait des jeux innocents auxquels il paraissait prendre beaucoup d'intérêt; il assistait à des jeux sérieux lorsqu'il pensait ne pouvoir les empêcher, afin que sa présence toujours respectée, évitât les excès; il allait même quelquefois jusqu'à s'offrir pour tenir l'enjeu, et il arriva qu'on ne sut plus se passer de lui ni de son aimable et bienveillant intérêt. Tous les jours il faisait le catéchisme aux matelots dont l'affection pour lui était si tendre et si respectueuse, qu'il lui suffisait d'une parole, d'un signe pour terminer une querelle ou apaiser la plus vive irritation parmi eux.

Il se fit un jour un mouvement extraordinaire à bord de la capitane. Un jeune garçon de huit à dix ans venait de mourir subitement, et chacun s'étonnait de cette mort si prompte et se demandait quelle en pouvait être la cause

            Assistait-il au catéchisme avec les autres ? demanda le Père Francisco.

            Non, mon Père; il n'y a pas assisté une seule fois, lui répondit-on.

A l'instant se peignit sur le visage toujours gai et souriant de l'admirable saint une impression de tristesse qui serra tous les cœurs

            Mon cher Père, lui dit le vice-roi, vous paraissez éprouver une bien vive affliction de cette mort; ce n'est pourtant pas votre faute si l'enfant n'a pas reçu les instructions que vous donniez aux autres.

            Si je l'avais su, répondit tristement le saint, je l'y aurais fait venir assurément, senhor.


            Alors, mon Père, ne vous affligez pas ; vous l'ignoriez, vous ne pouvez vous faire de reproche.

Je me reproche comme une faute de ne l'avoir pas su ! J'aurais dû savoir qu'un des enfants embarqués sur le même bâtiment que moi ne recevait pas d'instruction.


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Message  Monique Sam 09 Avr 2022, 7:44 am

Ce zèle de notre saint pour toutes les âmes qu l'entouraient opéra bientôt un merveilleux changement dans les habitudes des marins. On n'entendais plus ni jurements, ni blasphèmes, ni injures; la charité était observée, les convenances même étaient respectées, et, du plus grand au plus petit, tout l'équipage était aux pieds de Xavier qu'on chérissait comme un père, qu'on vénérait comme un saut, qu'on admirait comme un prodige. Les instances du vice-roi pour le faire asseoir à sa table furent toujours vaines ; durant tout le voyage, malgré sa dignité de légat, François ne se nourrit que des aliments qu'il avait mendiés auprès des passagers.

Le scorbut ayant attaqué l'équipage vers les côtes de Guinée, la charité de Xavier se manifesta avec un zèle, une entente, un dévouement prodigieux. Les passagers épargnés par la maladie n'osaient approcher de ceux qu'elle atteignait, ils craignaient la contagion... Le saint apôtre ne se souvint pas de lui-même un seul instant; d'un malade à l'autre, il donnait à chacun les soins les plus empressés, rendait à tous les services les plus rebutants ou les plus délicats, et consolait tous les coeurs en sauvant toutes les âmes. Tant de fatigues et de veilles altérèrent la santé de Xavier et amenèrent de fréquents vomissements et une faiblesse extrême, sans ralentir son zèle, sans arrêter son dévouement. Le vice-roi lui fit donner une chambre plus grande et plus aérée; notre saint y fit porter les malades le plus en danger, il leur donna jusqu'à son lit; pour lui, il s'étendait sur le sol nu, ou montait sur le tillac, et, appuyant sa tête aux cordages, il s'accordait les quelques moments de repos que la nature exigeait impérieusement. Depuis que le soin des malades absorbait tous ses instants, don Martino de Souza le faisait servir de sa table; François de Xavier acceptait tout avec empressement, heureux de pouvoir offrir à ses chers convalescents quelques aliments plus délicats que ceux qu'on leur envoyait, et dont il réservait une part pour lui-même; son esprit de mortification et d'humilité trouvait son avantage à cet échange.

Le dévouement héroïque de notre saint lui mérita, de la part de tout l'équipage et des passagers du San Diogo, le surnom de saint Père, surnom qu'adoptèrent pour lui tous les Portugais des Indes, et qui lui resta toujours, même parmi les Indiens. L'aimable Père de Xavier acceptait avec son humilité et sa grâce ordinaires ce témoignage d'affectueuse vénération dont il rapportait à Dieu toute la gloire. En écrivant à la Compagnie de Jésus, qu'il appelait sa mère bien-aimée, il dit son voyage de Lisbonne à Goa, il rend compte de ses travaux apostoliques, mais il passe sous silence les détails que nous venons de rapporter.


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Message  Monique Dim 10 Avr 2022, 7:03 am

SAINT FRANÇOIS DE XAVIER A LA COMPAGNIE DE JÉSUS, A ROME.  Goa, 20 septembre 1542.


« Que la grâce et la charité de Notre-Seigneur Jésus-Christ soient toujours avec nous. Ainsi soit-il. « Pendant mon séjour à Lisbonne, je vous ai souvent entretenus, mes Frères, de mon départ pour les Indes, avec Paul de Camerini et Francisco Mancies, et comme vous le désirez, je viens, aussitôt que possible, vous faire part de notre arrivée et vous rendre compte de notre traversée.

« Partis de Lisbonne le 7 avril 1541, ce n'est que le 6 mai de cette année, 1542, que nous sommes arrivés (1). Ce voyage, ordinairement de sis mois, a duré plus d'un an. Nous montions le même vaisseau que. le vice-roi; nous n'avons qu'à nous louer des égards et des attentions que ce seigneur a eus pour nous. Du reste, nos santés ont très-bien résisté à toutes les fatigues du voyage.

(Le P. L. du Gad, Relation de l'expulsion des jésuites de Macao 5 novembre 1762. Publiée par le R. P. de Ravignan dans Clément XIII et Clément XIV. Tome II.)

« Pendant toute la traversée, nous nous sommes occupés à entendre les confessions, soit des malades, soit des bien portants, et nous avons prêché tous les dimanches. Je rends grâce à Dieu de m'avoir donné l'occasion de faire entendre sa divine parole sur le vaste empire des eaux, d'y célébrer les divins mystères, d'y administrer ses augustes sacrements, qui ne sont pas moins nécessaires sur mer que sur terre.

« Forcés de relâcher au Mozambique, nous y avons séjourné six mois avec les nombreux équipages de cinq grands vaisseaux du roi.


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1 La tradition locale est qu'il descendit d'abord à Morgonan, forteresse portugaise située à trois lieues de Goa. Afin d'en perpétuer le souvenir, les Portugais érigèrent une chapelle sur le rivage, à l'endroit même où leur saint apôtre avait, pour la première fois, posé le pied sur le sol indien; ce sanctuaire lui fut dédié. L'on raconte que lorsque les Hollandais vinrent plus tard attaquer la forteresse de Morgonan, un soldat voyant les canons ennemis braqués vers la porte, et ne doutant pas qu'elle ne tombât sous la mitraille, invoqua tout haut Saint François de Xavier, et qu'au même instant les boulets reculèrent, laissant leur empreinte sur la porte, en témoignage du miracle.


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Message  Monique Lun 11 Avr 2022, 10:51 am

« Cette île renferme deux villes, dont l'une appartient aux Portugais, l'autre aux Sarrasins leurs alliés. Pendant notre séjour, les équipages ont beaucoup souffert des maladies diverses qui les ont attaqués; nous avons perdu quatre-vingts hommes. Nous avons été constamment occupés dans les hôpitaux : les PP. Paul et Mancias comme infirmiers, et moi comme aumônier administrant les secours spirituels. Seul, je pouvais à peine suffire à tous.

« Le dimanche, je prêchais, l'auditoire était immense, et le vice-roi y assistait toujours. Outre ces occupations, j'étais souvent contraint d'entendre les confessions de beaucoup de personnes étrangères aux hôpitaux.

« Voilà comment nous avons passé notre temps au Mozambique; voilà comment ces six mois ont été employés uniquement à la gloire de Dieu et au profit de tout le monde. »


Nous nous permettons d'interrompre ici notre saint pour réparer une de ses omissions aussi habituelles que volontaires.

Disons d'abord que le vice-roi prit le parti de faire hiverner l'armée au Mozambique à cause du scorbut qui désolait les autres vaisseaux après avoir ravagé le sien, et que ce parti, le seul à prendre dans la fâcheuse situation où il se trouvait, était dangereux pour tous. Mais il était difficile de tenir la mer à l'approche de l'équinoxe, et dans l'état de maladie où étaient les marins, la manœuvre allait devenir impossible. Il fallait donc relâcher absolument, et il n'était possible de le faire qu'au Mozambique dont le climat est des plus malsains et très-dangereux en tout temps pour les Européens, par l'effet des eaux stagnantes qui y engendrent des maladies mortelles. Les Portugais, depuis qu'ils en avaient fait la conquête, l'avaient surnommé la Sépulture des Portugais.


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HISTOIRE DE SAINT FRANCOIS DE XAVIER - Page 4 Empty Re: HISTOIRE DE SAINT FRANCOIS DE XAVIER

Message  Monique Mar 12 Avr 2022, 7:01 am

Le vice-roi, ayant donné l'ordre de transporter tous les malades dans les hôpitaux, François de Xavier les y suivit avec empressement et ne se borna pas aux soins spirituels, comme il veut bien le laisser croire.

On sait que le scorbut décompose le sang, le corrompt et produit souvent des plaies qui éloignent du malade ceux qui devraient le secourir. Le cœur de Xavier, trop- grand pour reculer en face d'aucun danger. courut au-devant de celui-ci avec tout l'héroïsme dont il avait fait preuve sur le San-Diogo. Les malades les plus répulsifs étaient ceux qu'il préférait, parce qu'il y trouvait l'occasion de vaincre sa nature, toujours profondément impressionnée à la vue de ces grandes misères corporelles. Là, il renouvela souvent ce qu'il avait fait à Venise, se rappelant la maxime du Père de son âme :

« On n'avance dans la vertu qu'autant qu'on triomphe de soi-même. L'occasion d'un grand sacrifice est une chose si précieuse, qu'il ne faut jamais la laisser échapper. »

Xavier savait donner tant de charme à tous les soins délicats qu'il prodiguait aux malades, que chacun d'eux l'appelait lorsqu'il sentait redoubler ses souffrances:

« Où est le saint Père? Oh ! si le saint Père était là, disaient-ils, je souffrirais moins ! Sa vue seule fait tant de bien ! »

Et quand paraissait le saint Père, tous auraient voulu l'avoir à la fois; car tous assuraient que plus il était près d'eux, moins ils souffraient :

«Le plus doux et le plus efficace de tous les remèdes, disaient-ils, c'est de voir le visage angélique du saint Père. »


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Message  Monique Mer 13 Avr 2022, 8:22 am

Pour les satisfaire le plus possible le saint Père allait d'une salle à l'autre dans la journée, et passait une nuit dans chacune, à tour de rôle, ne prenant que quelques instants de repos sur le sol où il s'étendait. Au premier mouvement d'un malade, au premier cri échappé à la douleur, le saint se relevait et courait auprès de celui qu'il avait entendu.

Tant de travaux, tant de fatigues, accablèrent la santé naturellement très-forte de notre saint.

Une violente fièvre maligne obligea de le saigner sept fois en quelques jours, et son délire donna de sérieuses inquiétudes. Il était resté à l'hôpital d'où on avait voulu le retirer dès l'invasion de la maladie, et où il avait bien fallu le laisser malgré le mauvais air qu'il y respirait, car il avait répondu à toutes les instances :

«J'ai fait vœu de pauvreté, je veux vivre et mourir parmi les pauvres; mais je n'en suis pas moins reconnaissant de l'intérêt qu'on veut bien me témoigner.»

Toutes les fois que François de Xavier refusait ce qui lui était offert, il savait joindre tant de fermeté à son humilité, qu'on ne pouvait plus espérer de le vaincre.

Aussitôt que le saint malade alla mieux, il reprit ses veilles et ses fatigues, se traînant péniblement d'un lit à un autre pour consoler et fortifier au moins par sa bienfaisante parole, ceux qu'il ne pouvait servir comme auparavant.


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Message  Monique Jeu 14 Avr 2022, 7:30 am

Un jour, dans le paroxysme de la fièvre, il apprend qu'on vient d'apporter un matelot subitement atteint ; i1 n'y avait plus de lit disponible : on l'avait étendu sur la paille où il ne pouvait tarder à mourir. L'apôtre se relève, il s'approche de la couche du mourant et veut lui parler de l'éternité dont la porte s'ouvre pour . lui. Le médecin parait au même instant, et frémissant à la pensée du danger auquel s'expose notre saint, il le presse de renoncer à l’œuvre de salut qu'il vient d'entreprendre; voyant avec douleur qu'il n'est point écouté, il insiste

Permettez-moi de vous observer, mon Père, que personne ici n'est plus dangereusement malade que vous ne l'êtes; couchez-vous, je vous en conjure ! restez au repos, au moins jusqu'à la fin de l'accès; il y va de votre vie.

Je vous obéirai ponctuellement, cher docteur, je vous le promets, dès que j'aurai rempli ce devoir impérieux de mon ministère; c'est une âme à sauver, les moments sont précieux, il n'y a pas un instant à perdre.


Aussitôt, Xavier fait enlever le moribond de la couche où on l'avait étendu, et où il était alors sans connaissance, et le fait transporter dans son propre lit; à peine le jeune matelot est-il posé dans le lit du saint Père, qu'il reprend ses sens. Xavier, toujours héroïque, se couche près de lui, lui parle de son âme et des miséricordes infinies du Dieu qui allait la juger; il le confesse, le met dans les dispositions les plus saintes, et le voit mourir avec la consolation de l'avoir sauvé.

Ce devoir accompli, le saint obéit comme il l'avait promis, et laissa guérir sa fièvre sans renouveler ce que le médecin avait jugé si imprudent.

Il était à peine remis, que le vice-roi, dont la santé souffrait de ce prolongement de séjour dans une atmosphère viciée par tant de maladies, voulut se remettre en mer et refusa de laisser le Père de Xavier, à qui il. demanda de l'accompagner.

On allait remettre le San-Diogo à la voile, c'était la capitane, le vice-roi l'avait commandée jusque-là; il ordonna, en présence de Xavier, de l'armer pour son départ

Senhor, dit le saint apôtre qui commença dès lors à manifester les vues prophétiques dont il fut doué si abondamment senhor, ne montez pas ce navire ! il est le plus beau et le plus fort de la flotte, mais il sera brisé !


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Message  Monique Ven 15 Avr 2022, 8:38 am

Le vice-roi avait une si haute opinion de la sainteté du saint Père, qu'il n'hésita pas à embarquer sur le Coulan et à laisser le San-Diogo qui, peu après, se brisa contre un écueil, en vue de l'île de Salcète. Maintenant, laissons parler notre saint : « Mozambique est éloigné des Indes de neuf cents lieues environ. Le vice-roi se disposant à remettre à la voile, et la saison des pluies ayant jeté beaucoup de monde sur le grabat, il désira que quelqu'un de nous restât pour soigner les malades, et, à sa prière, Paul et Mancias restèrent au Mozambique, et je le suivis, pour lui administrer les secours de la religion, dans le cas où sa maladie s'aggraverait. Voilà pourquoi mon arrivée en ce pays a précédé de beaucoup celle de mes compagnons que j'attends d'un jour à l'autre par les vaisseaux qui sont restés en arrière.

« Il y a cinq mois que je suis arrivé à Goa, capitale des Indes. C'est une ville admirable à voir, dont toute la population est chrétienne. Les Français y ont une communauté nombreuse; la cathédrale, qui est magnifique, est desservie par nu chapitre considérable; du reste, il y a beaucoup d'églises. Quelle satisfaction n'ai-je pas éprouvée de voir la croix de Jésus-Christ ainsi arborée et glorifiée sur des plages lointaines, sur le vieux sol de l'idolâtrie !

« Notre traversée, du Mozambique à Goa, a duré plus de deux mois., Nous avons relâché quelques jours à Mélinde, ville située sur la côte, et où les négociants portugais ont un comptoir. Ceux que la mort y surprend sont enterrés dans de vastes tombeaux qu'on reconnaît aux croix qui les surmontent. Près de la ville on en voit une très-élevée, très-belle, en pierre dorée, que les Portugais y ont dressée. Je ne puis vous peindre mon ravissement à la vue de ce signe de notre rédemption, placé comme un trophée sur le sol de Mahomet !

« Le roi de Mélinde vint à bord pour saluer le vice-roi qui l'accueillit avec bonté et affection. Quelqu'un de notre équipage étant mort, nous lui rendîmes à terre les honneurs funèbres, avec toutes les cérémonies usitées dans l'Église; les Musulmans en étaient dans l'admiration.


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Message  Monique Sam 16 Avr 2022, 8:48 am

« Un des principaux Sarrasins de Mélinde me demanda un jour si les temples où nous avons coutume de prier sont très-fréquentés, si les chrétiens sont assidus aux exercices publics de la religion, s'ils sont très-fervents; il ajouta que chez eux la piété s'était refroidie depuis longtemps; que de dix-sept mosquées, il n'y en avait que trois un peu fréquentées. Cette indifférence religieuse le déconcertait, il n'en pouvait deviner la cause : « Un si grand mal, disait-il, ne peut venir « que d'un crime affreux commis par nous.  Après avoir échangé quelques paroles là-dessus, je finis par lui dire que Dieu, souverainement fidèle en ses promesses, a use égale horreur des infidèles et de leurs prières, et qu'il ne veut pas permettre la propagation d'un culte détestable à ses yeux.

« Ce que j'avais peine à prouver à mon dévot musulman, un autre, un casis maître et docteur dans la loi de Mahomet, vint le faire d'une manière assez piquante; il nous déclara que si le Prophète ne revenait les visiter dans deux ans, il renoncerait à sa religion. Au surplus, on a remarqué que les infidèles, abandonnés aux désordres d'une vie criminelle, sont livrés aux tourments du remords et du désespoir, et que, dans son infinie bonté, Dieu permet souvent que cet état d'anxiété et de souffrances intérieures tourne au salut de leurs âmes, en les faisant rentrer en eux-mêmes et chercher la vérité.

« Au sortir de Mélinde, nous rencontrâmes d'abord Socotora, île d'environ cent mille pas de circuit; nous y mouillâmes. C'est un terrain sec, aride et stérile, qui ne produit que des dattes dont les insulaires font du pain; ils n'ont pour toute ressource que leurs palmiers et leurs troupeaux, c'est-à-dire des dattes, de la viande et du lait. Cette île est exposée à des chaleurs excessives. Ses habitants sont grossiers et d'une ignorance déplorable; ils ne savent ni lire ni écrire, et on ne peut découvrir au milieu d'eux le moindre vestige des lettres humaines. Ils se font gloire d'être chrétiens, et ils le sont, si le christianisme consiste dans des églises, des croix et des lampes. Chaque bourg a un cacis qui fait les fonctions de curé, bien qu'il ne sache rien de plus que ses paroissiens. N'ayant point de livre, puisqu'il ne sait pas lire, il récite par cœur quelques formules de prières. Quatre fois par jour, au bruit d'une crécelle, comme celle dont nous nous servons le jeudi saint, ces pauvres chrétiens se rendent à l'église : à minuit, à l'aurore, après-midi, et le soir au coucher du soleil. Les cacis ne comprennent pas même la langue de leur liturgie, que je crois syriaque. Ils ont une profonde vénération pour saint Thomas, qui, disent-ils, fut leur père dans la foi. Ils répètent souvent dans leurs formules un mot qui ressemble à notre Alleluia. Les cacis n'administrent jamais le baptême, dont ils ignorent même le nom. Pendant mon séjour, je l'ai administré à plusieurs enfants, du consentement de leurs parents qui, en général, s'empressaient de me les présenter.


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Message  Monique Lun 18 Avr 2022, 7:20 am

« Leur libéralité fait un étrange contraste avec leur indigence; car ils m'offraient tout ce qu'ils avaient, et je fus contraint d'accepter quelques dattes, afin de ne pas paraître mépriser ce qu'ils m'offraient avec tant d'empressement. Ils me prièrent et me supplièrent de rester avec eux, me promettant de se faire baptiser tous sans exception. Touché de leurs instances, je priai le vice-roi de me permettre de m'arrêter là où je trouverais une moisson abondante et en maturité. Mais cette.1le, privée de garnison portugaise, étant exposée aux insultes des mahométans, le vice-roi craignit que, dans leurs descentes, je ne fusse enlevé et retenu en captivité chez eux. Il refusa donc, en m'assurant que je trouverais bientôt d'autres chrétiens ayant au moins autant besoin de secours et d'instruction, et auxquels je serais plus utile encore.

« J'assistai aux vêpres récitées par le cacis ; cet office dura une heure entière, toujours le cacis répétant les mêmes prières et brûlant de l'encens, en sorte que l'église était remplie de fumée. Ces cacis ont deux carêmes dans l'année, pendant lesquels ils ne mangent absolument que des dattes et des herbes potagères en faible quantité; ils mourraient plutôt que d'enfreindre cette abstinence. Si quelqu'un se permettait une infraction à cet égard, l'entrée de l'église lui serait fermée.

« Je rencontrai un jour, dans un village, deux enfants dont la mère est mahométane. Ignorant la religion de leurs parents, je voulus leur administrer le baptême ; mais les petits marmots s'enfuirent encourant vers leur mère en criant que je voulais les baptiser. La mère aussitôt m'assaillit d'injures et me déclara qu'elle ne souffrirait jamais que ses enfants fussent chrétiens.

« Alors, voilà les Socotoriens qui crient de leur côté qu'elle a raison, que les Sarrasins sont indignes d'une telle faveur, et que s'ils la demandaient, eux, Socotoriens, s'y opposeraient en masse, et ne souffriraient jamais qu'un mahométan devînt chrétien. Telle est la haine de ce peuple pour les Sarrasins.

« Sur la fin de février, nous remîmes à la voile, et arrivâmes ici le 6 mai, comme je vous l'ai dit. Des cinq navires restés au Mozambique après nous, et qui levèrent l'ancre vers le milieu de mars, le plus considérable (1), et chargé de marchandises précieuses, s'est brisé et perdu; mais on a pu sauver l'équipage; les autres sont arrivés à bon port.



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1 Le San-Diogo.


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Message  Monique Mar 19 Avr 2022, 8:17 am

« Depuis que je suis à Goa, je demeure à l'hôpital de cette ville, où j'ai administré les sacrements aux malades. La multitude des personnes qui désirent les sacrements, quoique bien portantes, est si considérable, que je n'aurais pu suffire à toutes, lors même que je me serais décuplé. Après le service de l'hôpital, j'emploie le reste de la matinée à confesser les personnes de la ville. L'après-midi, je vais visiter les prisonniers, je travaille à instruire ces pauvres malheureux; après leur avoir enseigné à accuser leurs péchés, je leur fais faire une confession générale. De là je reviens près de l'hôpital, dans une église dédiée à la sainte Vierge, et j'y fais le catéchisme aux enfants, qui dépassent souvent le nombre de trois cents. Je leur fais apprendre les prières d'usage, le symbole et le Décalogue. L'évêque a fait, pour toutes les autres églises de la ville, une obligation de ce genre d'instruction, ce qui a convaincu tout le monde de l'utilité et des avantages qu'on en peut retirer; aussi n'y a-t-il qu'une voix pour y applaudir.

« Les dimanches et fêtes, je célèbre les saints mystères dans l'hôpital des lépreux qui est en dehors de la ville, dans un faubourg; j'y entends les confessions et je communie les assistants. Il n'y a personne dans cet hôpital qui ne se soit approché des sacrements. Dès que j'eus fait entendre la parole de Dieu à ces malheureux lépreux, ils la reçurent avec avidité, et j'eus la consolation de me voir aimé d'eux !

« Ces mêmes jours de dimanches et de fêtes, en sortant de l'hôpital des lépreux, je vais à l'église dont je vous ai parlé, et j'y prêche aux indigènes; l'après-midi, j'y retourne pour leur expliquer le Symbole des Apôtres, l'Oraison dominicale, la Salutation angélique, le Décalogue. La foule s'y porte au point que l'église peut à peine la contenir.

« Maintenant, je pars, d'après l'ordre du vice-roi, pour le Cap Comorin, éloigné d'environ soixante-six lieues (1). On assure que cette contrée offre une riche moisson; j'espère que mes travaux y tourneront à la gloire de Dieu. J'emmène trois indigènes qui, outre leur langue naturelle, possèdent assez bien le portugais. Deux sont diacres, le troisième n'est que minoré. La première pensée du vice-roi avait été d'envoyer dans ce pays les Pères Paul et F. Mancias dès leur arrivée ici.

Que Dieu m'accorde son secours assez abondamment pour y faire triompher son saint nom et lui procurer beaucoup de gloire ! Qu'à votre intercession, il oublie toutes mes iniquités ! Je le lui demande ardemment.



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1 On en compte près de deux cents.

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Message  Monique Mer 20 Avr 2022, 9:07 am

« Les fatigues d'un si long voyage par mer, celles du tribunal de la pénitence où je me charge des péchés de chacun, tandis que je gémis sous le fardeau des miens, ce contact habituel avec des idolâtres, sur un sol brûlé par un soleil de feu; toutes ces choses me seront une source de consolations et de délices, si je sais les accepter dans la seule vue de plaire à Dieu; car je suis convaincu que les âmes qui ont aimé la croix de Notre-Seigneur, ont trouvé le bonheur dans les traverses, dans les contradictions, dans les misères de la vie, et que pour elles l'absence de la croix était l'absence de la vie.

« Et, en effet quelle mort peut être plus redoutable que la vie qui est séparée de Jésus-Christ? surtout lorsqu'on a goûté le bonheur de vivre en lui et par lui ! Ah ! croyez-moi ! il n'y a pas de croix comparable à celle de vivre à la merci de ses passions, et il n'y a pas de bonheur qui puisse être comparé à celui de mourir chaque jour à sa volonté propre, pour s'abandonner entièrement à celle de Jésus-Christ !

«Je vous demande, je vous supplie, mes frères bien-aimés, de me donner des nouvelles de chacun des membres de notre Société, puisqu'il ne me reste aucun espoir de vous revoir jamais, et que je ne puis plus m'entretenir avec vous désormais que par lettres. Quelque indigne que je sois de cette faveur, ne me la refusez pas ! Souvenez-vous que c'est Dieu qui vous a rendus digues de fortifier mon espérance et de me soutenir de vos consolations.

«Je vous conjure, au nom de Jésus-Christ, de me prescrire la conduite que je dois suivre à l'égard des mahométans et des païens vers lesquels on m'envoie. Dieu me parlera par vous; il me fera connaître de quelle manière il veut que son Evangile soit annoncé à ces pauvres peuples, et comment je dois les amener à son bercail. En lisant vos lettres, je reconnaîtrai les fautes que j'aurai faites, et je me hâterai de m'en corriger.

« J'espère avec une grande confiance que Notre-Seigneur Jésus-Christ jettera un regard de miséricorde sur les mérites et les prières de l'Église notre mère, ainsi que sur ceux de ses membres dont vous faites partie, et qu'il daignera se servir de moi, tout mauvais serviteur que je suis, pour répandre l'Évangile sur le sol de l'idolâtrie. Je ne doute même pas, quelle que soit l'abjection de l'instrument qu'il veut bien employer à cette couvre si importante, qu'elle ne tourne , un jour à la honte de ceux qui, nés pour de grandes choses, se consument dans les petites. J'espère que l’œuvre que j'entreprends sera un puissant stimulant pour les âmes les plus timides, surtout lorsqu'elles verront que moi, cendre et poussière, moi, l'homme le plus abject, j'atteste, comme témoin oculaire, que cette partie de la vigne du Seigneur est complètement privée d'ouvriers apostoliques. Ah ! plût à Dieu que le zèle pour sa gloire en amenât ici un grand nombre ! Plût à Dieu que je pusse me consacrer à leur service, être pour toujours leur esclave !

«Je conjure la miséricorde infinie de nous donner part à la félicité éternelle pour laquelle il nous a créés, d'augmenter nos forces pour travailler à son service et de nous inspirer toujours la plus parfaite conformité à sa suprême volonté.


« Puissiez-vous bien vous porter tous !

«Je suis votre inutile frère en Jésus-Christ,


« FRANÇOIS DE XAVIER. »


Nous avons cru devoir ne rien retrancher de cette lettre où l'âme de notre saint se dévoile entièrement. On a pu remarquer jusqu'à quel point il porte l'oubli de lui-même, l'ardeur de son zèle pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, et cette brûlante soif des souffrances qui lui fait voir l'absence de la vie dans l'absence de la Croix. On a vu que, pour lui, ne pas souffrir c'est n'être plus attaché à Jésus-Christ, et il préfère la mort. Toute sa vie, tous ses travaux, toutes les fatigues de son illustre apostolat dans les Indes seront la conséquence des admirables sentiments qui remplissent son âme, et qu'il exprime si énergiquement dans les pages qu'on vient de lire.


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Message  Monique Jeu 21 Avr 2022, 6:39 am

II


Un hardi navigateur, dont le nom cher au Portugal est resté célèbre dans le monde, Vasco de Gama, n'entreprenait jamais un voyage de longs cours sans s'assurer les secours de la religion; il emmenait son confesseur. Dans ces temps de foi vive, qu'on a tant accusés de beaucoup d'ignorance et d'un peu de barbarie, on tenait généralement, fût-on même réputé savant, à ne pas vivre et mourir sans sacrements; on ne craignait pas, il est vrai, d'être taxé de Jésuitisme en pratiquant la religion dans laquelle on se faisait gloire d'être né : les Jésuites n'existaient encore que dans la pensée de Dieu.

Vasco de Gama, dans son premier voyage de découvertes, en 1497, avait atteint la presqu'île en deçà du Gange, il explorait la côte de Malabar et ajoutait à la gloire qui s'attachait à son nom, lorsque son confesseur lui fut enlevé par les Indiens avec quelques-uns de ses compagnons. Ce fut le 31 juillet que les sauvages firent un martyr de don Pedro de Covilham, religieux de l'Ordre de la Trinité pour la Rédemption des captifs. Ils l'attachèrent à un arbre et lancèrent sur lui leurs nombreuses flèches. Pendant que son corps ruisselait de sang, le saint martyr fit entendre des paroles prophétiques que ses compagnons recueillirent pieusement, et qui, fidèlement consignées à leur retour, dans les Mémoires de la bibliothèque du roi de Portugal et dans les manuscrits de l'Histoire de l'Ordre de la Rédemption des captifs, à Lisbonne, furent toujours conservées.

« Dans quelques années, dit Pedro de Covilham, pendant que les flèches indiennes pleuvaient sur son corps et s'y enfonçaient en le déchirant,  dans quelques années, il naîtra dans l'Église de Dieu un Ordre de clercs qui portera le nom de Jésus (1). Un de ses premiers Pères, conduit par le Saint-Esprit, pénétrera jusqu'aux contrées les plus éloignées des Indes orientales, dont la plus grande partie embrassera la foi orthodoxe par le ministère de ce prédicateur évangélique. »

Cette prédiction, dont le Portugal attendait l'accomplissement, n'eut son entier effet que cinquante ans plus tard. L'illustre fondateur de la sainte Compagnie de Jésus, né en 4491, avait six ans au moment où le Père de Covilham annonçait dans les Indes le prédicateur évangélique » qui devait y porter la foi; ce prédicateur lui-même, François de Xavier, ne devait venir au monde qu'à neuf ans de là, en 1506, et dans les Indes que dans l'année 1542.

------------

1 Il est remarquable que cette prophétie se fit entendre le 31 juillet, qui devait être le jour de la mort de saint Ignace, et celui auquel l'Église devait célébrer sa fête.


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Message  Monique Ven 22 Avr 2022, 7:38 am

Nous avons vu comment Xavier travaillait au salut des âmes et à la gloire de Dieu dans la ville de Goa. On a pu pressentir les soins délicats qu'il prodiguait aux lépreux, par ce peu de mots échappés de son cœur : « Je n'eus pas plus tôt fait entendre la parole de Dieu à ces malheureux lépreux, qu'ils en furent avides, et que j'eus la consolation de me voir aimé d'eux. » Toute la puissance de sa parole, aidée de son aimable et douce charité, est dans ces quelques mots. Les lépreux avaient subi le charme, ils l'avaient aimé dès qu'ils l'avaient entendu, et « ils étaient avides de sa parole. »

Le vice-roi lui avait fait de vives instances pour obtenir l'honneur de l'avoir dans son palais; notre saint avait refusé avec grâce et fermeté, comme de coutume, en répondant à don Martino-Alfonso

Vous ne voudriez pas me voir infidèle à mon vœu, senhor, j'en suis certain; permettez-moi donc de n'avoir d'autre demeure que celle des pauvres.

Vous me forcez toujours à vous céder, mon bien cher Père, avait repris le vice-roi avec l'accent du regret; allez donc à l'hôpital puisque je ne puis l'empêcher, mais priez pour moi et les miens que vous privez d'une grande consolation. Et Xavier était allé à l'hôpital. Étrange habitation pour un nonce apostolique !

L'étendue des pouvoirs de François de Xavier devait être connue de l'évêque de Goa. Le saint se présenta chez lui, dès son arrivée, lui mit entre les mains les brefs du souverain pontife, et se prosterna en lui demandant sa bénédiction, et l'autorisation d'exercer le saint ministère dans les pays soumis à sa juridiction.

L'évêque, don Juan d'Albuquerque, un des plus saints prélats de l'époque, ravi de l'angélique expression de notre saint, le releva vivement et l'embrassa avec un sentiment d'affection dont il s'étonnait lui-même plus tard, en parlant de l'impression que la vue du saint apôtre avait produite sur lui.


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Message  Monique Sam 23 Avr 2022, 8:05 am

Les historiens de saint François de Xavier. insistent sur l'effet attractif de sa présence, dès la première fois qu'on le voyait. Cela se comprend aisément. Dieu voulant faire de lui le conquérant pacifique d'une multitude de peuples, lui avait donné tout ce qui charme et attire. Il devait conquérir, non les Etats, mais les âmes; il devait avoir l'empire des cœurs pour y établir le règne de Jésus-Christ, il avait reçu abondamment tout ce qui devait faciliter cette conquête, la plus difficile de toutes, et Dieu joignant à tous ses dons sa grâce toute-puissante, rien ne résistait à l'apôtre qu'il s'était choisi. Cette beauté qu'on avait admirée dans le monde avait acquis une expression toute céleste, depuis que Xavier était à Dieu entièrement ; l'attrait qu'elle inspirait n'avait plus rien d'humain : c'était une impression mélangée de respect, d'admiration et de disposition à céder à l'influence, à l'ascendant qui se faisaient sentir. Il avait à peine besoin d'appeler les cœurs qu'il venait chercher, tous allaient à lui avec empressement.

L'évêque de Goa baisa respectueusement les brefs du souverain pontife, et dit à Xavier en les lui remettant :

«Un légat apostolique, envoyé immédiatement par le vicaire de Jésus-Christ, n'a pas besoin de prendre sa mission d'ailleurs. Usez librement des pouvoirs que le Saint-Siège vous a donnés, et soyez assuré que si l'autorité épiscopale est nécessaire pour les maintenir, elle ne vous manquerai jamais. »

Le sentiment que le saint légat venait d'inspirer si subitement à l'évêque se fortifia à mesure qu'il le connut davantage, et l'union la plus intime s'établit entre eux et servit prodigieusement les vues de notre saint pour la gloire de Dieu.

Bien que la ville de Goa fût catholique depuis la conquête, l'esprit du christianisme s'y affaiblissait de jour en jour. Les Portugais, attirés dans les Indes par la cupidité, ne reconnaissaient plus d'obstacles à leur ambition; tous les moyens leur étaient devenus bons pour augmenter leur fortune, et, comme il arrive d'ordinaire, la soif des richesses engendrait toutes sortes de crimes. La science manquait au clergé . de Goa et l'instruction était nulle dans le peuple. Il était temps que la prophétie du Père de Covilham s'accomplit; il était temps que Dieu envoyât son «vase d'élection» dans ces pays lointains, où les catholiques n'étaient plus qu'un obstacle à l'extension de la foi.

Cet état de choses rendait l'arrivée de notre saint d'autant plus appréciable aux yeux de l'évêque, dont le plus grand désir fut celui de seconder son zèle par tous les moyens possibles.


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Message  Monique Dim 24 Avr 2022, 8:02 am

L'apôtre, profondément attristé de voir les sacrements abandonnés par ceux qui avaient d'autant plus besoin de s'en rapprocher, qu'ils étaient en contact continuel avec les idolâtres et les mahométans, crut devoir commencer sa mission par les Portugais.

Pour attirer les bénédictions divines sur son immense entreprise, il passait en prière la plus grande partie de la nuit, ne s'accordant que trois ou quatre heures de repos; et ce repos, il le prenait étendu à terre, près des malades de l'hôpital, et se relevait dès qu'il entendait le moindre mouvement, comme nous l'avons vu dans l'hôpital du Mozambique. Après ces quelques heures de léger sommeil souvent interrompu, il allait se remettre en oraison, et dès l'aurore il offrait le saint sacrifice. Sa ferveur était si vive à l'autel, ses larmes étaient si abondantes, que les assistants en étaient vivement impressionnés :

«Je sens quelque chose de si extraordinaire et de si doux, quand je sers la messe au saint Père, disait Antonio Andra, soldat portugais, que je voudrais pouvoir la lui servir tous les jours.»

Notre saint donnait ensuite la matinée aux malades des hôpitaux, qu'il embrassait en les soignant, en leur parlant du Dieu qui tient compte de toutes les souffrances, et il embrassait et soignait les lépreux avec la même effusion, la même tendresse de charité. Après avoir quêté pour eux quelques aliments plus délicats que ceux qu'on leur accordait d'ordinaire, s'il était assez heureux pour leur en apporter qui flattaient leur goût, son angélique visage rayonnait de joie, et il embrassait une fois de plus ses pauvres bien-aimés, en remerciant la bonté divine de la consolation qu'il éprouvait. Puis, il faisait sa visite aux prisonniers, et de là, une clochette à la main, il parcourait les rues de la ville, en conjurant les parents d'envoyer leurs enfants et leurs esclaves à l'instruction qu'il allait faire pour eux.

Fidèles chrétiens, disait-il de l'accent le plus pénétrant, fidèles chrétiens, envoyez vos enfants et vos esclaves, afin qu'ils apprennent la sainte doctrine de Jésus-Christ ! Je vous en conjure, envoyez-les pour l'amour de Dieu ! »


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Message  Monique Lun 25 Avr 2022, 7:16 am

Les enfants accouraient autour du saint Père, dès qu'ils entendaient la petite clochette; ils lui baisaient les mains, ils lui témoignaient une tendresse des plus affectueuses et le suivaient à mesure, qu,'il passait, de manière que les premiers venus faisaient avec lui le tour de la ville, et qu'il arrivait à l'église, escorté de plusieurs centaines d'enfants. Il était beau, il était touchant de voir ce jeune Père ainsi entouré de ces enfants qui lui témoignaient autant d'amour que de vénération. Tous recevaient ses instructions avec une égale avidité et les répétaient ensuite à leurs parents. Ils allaient même jusqu'à faire observer à ces derniers combien leur conduite était en opposition avec les enseignements de la religion, ce qui amena de sérieuses réflexions de la part des parents.

Dans un temps où l'autorité paternelle tenait à être respectée, on sentait l'importance de ne pas donner prise à l'insubordination des enfants, par des exemples contraires aux leçons qu'on leur faisait recevoir. La. nécessité de maintenir les enfants dans le devoir amena les parents à le pratiquer eux-mêmes, et ils coururent à leur tour auprès du saint apôtre, qui leur fit des instructions spéciales où les pauvres pécheurs fondaient en larmes. Nous avons vu, dans la lettre de notre saint, qu'il ne pouvait plus suffire aux confessions, tant elles étaient nombreuses ; en six mois la ville était déjà changée à ne la plus reconnaître. Tout le monde voulait se confesser à Xavier, la piété reprenait vive et fervente, c'était une régénération complète.

Le vice-roi qui aimait si tendrement le saint Père, donnait les plus beaux exemples et secondait de tout son pouvoir le zèle apostolique de Xavier. Une fois par semaine il l'accompagnait dans la visite des hôpitaux et des prisons, et donnait à tous des aumônes et des encouragements.

Goa était devenue une ville sainte.

Don Miguel Vaz, grand vicaire de l'évêque, dit un jour à Xavier qui lui témoignait le désir d'étendre ses conquêtes.

Mon Père, la côte orientale, du cap Comorin à l'île de Manaar, serait un vaste champ pour votre zèle. C'est un peuple de pêcheurs appelés Palawars, souvent inquiétés par la descente des Maures, et qui, ayant été secourus contre eux par les Portugais, se sont fait baptiser pour plaire à leurs protecteurs; mais ils n'ont de chrétien que le nom, ne savent rien du christianisme, et ne demandent qu'à être instruits et éclairés.

Je pars, cher senhor !...


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Message  Monique Mar 26 Avr 2022, 7:22 am

Ces pauvres gens sont très-disposés à recevoir la lumière de l'Evangile, et vous y ferez des merveilles avec le zèle qui vous anime; mais je dois vous prévenir, mon Père, que c'est le pays le plus pauvre, le plus stérile qu'on puisse voir. Nul étranger n'a encore pu se résigner à s'y établir. Les marchands seuls y vont tous les ans à l'époque de la pêche des perles; je dois ajouter que les chaleurs y sont intolérables pour les Européens.

            Dieu me donnera, j'espère, la force de les supporter, senhor, répondit Xavier. Quand il m'a envoyé dans les Indes, il en connaissait les divers climats; je mets donc toute ma confiance en Celui qui m'a envoyé, et je vais partir.

Le saint apôtre quitta don Miguel Vaz et alla prendre congé du vice-roi qui d'abord voulut le retenir et envoyer le Père Paul de Camerini sur la côte des Palawars; mais il céda à la fermeté de Xavier, par lequel il croyait entendre la voix de Dieu.

Notre saint donna ses instructions aux deux Pères qu'il laissait à Goa; il fit ses plus tendres adieux à ses malades et à ses lépreux, en leur promettant de revenir les voir; il les embrassa et les bénit en répandant des larmes sur leur vive douleur; il leur recommanda d'obéir à la voix de ses frères comme à la sienne; d'aimer Dieu sur toutes choses, de le prier pour lui et pour la mission qu'il allait entreprendre, et leur promit de se souvenir d'eux chaque jour au saint autel. Les sanglots interrompirent souvent le charitable Père qui, après. avoir reçu les plus touchantes et les plus consolantes promesses, se sépara de ses chers malades, et entendit encore au loin les cris de désolation que son départ arrachait à leurs cœurs.

Cette scène se renouvela dans chaque prison, le cœur de François de Xavier était brisé !

Enfin, il alla recevoir la bénédiction épiscopale, et il s'embarqua, le 17 octobre 1542, emmenant Francisco Mancias et deux jeunes indigènes, élèves du collège de Goa. Le vice-roi aurait voulu le combler de présents; il n'accepta qu'une chaussure et une sorte de casaque à pèlerine, de l'étoffe la plus commune. Quant aux provisions de bouche, son refus comme de coutume fut absolu; il ne voulait rien devoir qu'à la charité de l'équipage.


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Message  Monique Mer 27 Avr 2022, 10:19 am

III



SAINT FRANÇOIS DE XAVIER A SAINT IGNACE DE LOYOLA.


Tutucurin, 23 mai 1543.



« Que la grâce et la charité de Notre-Seigneur Jésus-Christ nous soient toujours en aide. Ainsi soit-il.

« Je vous mandais de Goa, et très-longuement, notre voyage de Lisbonne aux Indes; et puisque vous le désirez, mon tendre Père, je vais vous parler maintenant de mes travaux au cap Comorin.

«J'ai emmené quelques élèves indigènes du séminaire de Goa; leur instruction étant suffisante, ils ont déjà reçu les Ordres. A notre arrivée nous avons commencé à parcourir les bourgades des néophytes,qui,privés de prêtres pour leur administrer les sacrements, et n'ayant pas même de catéchiste pour leur faire apprendre le Symbole, l'Oraison dominicale et la Salutation angélique, ne savent rien de leur religion, sinon qu'ils ont été baptisés. Les Portugais, n'étant pas attirés pour leurs affaires dans ces pays pauvres et stériles, les chrétiens y sont entièrement abandonnés. Depuis que j'y suis, je vais d'un village à l'autre (1), instruisant et baptisant tous les enfants. J'ai purifié ainsi un nombre infini de ces petits innocents, qui n'auraient vraiment su distinguer leur main droite de leur main gauche. Ces chers petits ne me laissent le temps ni de réciter mon bréviaire, ni de manger, ni de prendre un peu de repos; ils me suivent partout, me demandant sans cesse de leur faire répéter les prières. Je comprends que le royaume des cieux leur appartienne véritablement. Comme je ne pourrais repousser sans impiété leurs pieuses instances, je leur fais confesser, dans le signe de la Croix, les noms du Père, du Fils et du Saint-Esprit, après quoi, je tâche de leur inculquer le Pater et l'Ave. Je remarque dans ces enfants une si grande vivacité d'esprit, que je suis convaincu qu'ils de viendraient d'excellents chrétiens, si on pouvait les instruire.

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1 Il allait presque toujours à pied, revêtu du surplis et de l'étole, et précédé de la croix, à moins que les distances ne fussent très-considérables.


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Message  Monique Jeu 28 Avr 2022, 7:28 am

« Je rencontrai sur ma route une bourgade entièrement peuplée de païens, qui refusaient de devenir chrétiens, comme tous leurs voisins, par la raison, disaient-ils, que leur Seigneur le leur avait défendu. J'appris qu'il y avait parmi eux une pauvre femme qui, depuis trois jours, était en travail d'enfant; et qu'on désespérait de la sauver. Ces malheureux adressaient des prières au ciel; mais le ciel n'exauce pas les veaux des infidèles; ils invoquaient toutes leurs divinités; mais les démons étaient sourds à leurs cris. J'allai dans la maison de cette mourante avec un de mes compagnons, et oubliant que j'étais sur un sol païen, ou plutôt, me rappelant, d'après la parole des Livres Saints, que « la terre et tout ce qu'elle renferme appartient au Seigneur, » j'invoquai avec confiance le saint nom de Dieu. Par mon interprète, j'exposai à la malade les principaux mystères de notre sainte religion, et la grâce venant au secours de nos paroles, elle nous donna de grands témoignages de foi. Je lui demandai si elle désirait, si elle voulait être chrétienne; d'après sa réponse affirmative, je récitai l'Évangile, qui, probablement, n'avait jamais été lu dans ce pays, et je la baptisai... Mais qu'arriva-t-il? Elle avait cru, elle avait espéré en Jésus-Christ... Elle fut délivrée tout à coup, pendant les cérémonies ! Aussitôt, le père et les autres enfants sollicitèrent si vivement la grâce du baptême que je leur administrai à tous ce sacrement, et j'enfantai ainsi à Jésus-Christ cette nombreuse famille.

« La nouvelle de cette délivrance miraculeuse se répandit en un instant. J'allai de suite trouver les plus considérables du lieu, je les sommai au nom de Dieu, de reconnaître Jésus-Christ son Fils, par qui seul l'homme peut être sauvé : ils me répondirent, comme les premiers, qu'ils ne pouvaient changer de religion, sans l'autorisation de leur chef.

« En ce moment, il se trouvait précisément dans la bourgade un envoyé de ce petit souverain, qui venait recevoir les impôts. J'allai le voir, et lui développai quelques dogmes de notre foi; mais il ne me laissa pas achever, et s'empressa de me dire qu'il était chrétien de cœur, que notre religion lui paraissait bonne, et qu'il laissait à chacun la liberté de l'embrasser, s'il le désirait; mais il n'eut pas le courage de donner l'exemple. Cependant toutes les familles de la bourgade profitèrent avec empressement de la liberté qu'on leur laissait, et j'administrai le saint baptême à tous les habitants de tout âge et de tout sexe, sans exception. Après avoir pris nos mesures, pour le bien de cette petite chrétienté, nous nous rendîmes à Tutucurin, où nous avons été si bien accueillis, que nous espérons la plus abondante récolte.


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