HISTOIRE DE SAINT FRANCOIS DE XAVIER

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HISTOIRE DE SAINT FRANCOIS DE XAVIER - Page 2 Empty Re: HISTOIRE DE SAINT FRANCOIS DE XAVIER

Message  Monique Ven 11 Fév 2022, 7:34 am

Miguel se retira dévoré de chagrin et de dépit; il se demandait comment il pourrait se venger d'Inigo, et venger aussi du même coup la famille d'Azpilcueta; il forma et rejeta plusieurs projets, puis il se décida à attendre, comptant sur les inspirations de l'avenir.

Peu de jours après, don Francisco se déclarait ouvertement disciple de son cher maître dans la vie spirituelle, et il aspirait au moment où il lui serait possible de faire une retraite sous sa direction, en suivant les Exercices spirituels que don Inigo avait écrits à Manreza, sous l'inspiration du ciel. Ce moment était celui où commençaient les vacances. Dès qu'il fut arrivé, Xavier quitta le collège et se sépara du monde, pour vivre pendant quelque temps seul avec Dieu dans la retraite et la pénitence. Il passa les quatre premiers jours sans prendre de nourriture; sa douleur d'avoir offensé Dieu, et son désir de le servir désormais étaient deux sentiments si vifs dans son âme ardente et vraie, qu'il liait ses pieds et ses mains, autant qu'il le pouvait, avant l'oraison, et il se présentait ainsi devant Dieu, comme une victime prête à lui être immolée; il ne quittait pas le cilice, il jeûnait tous les jours, il priait sans cesse.

Pendant que Francisco de Xavier devenait un homme nouveau dans cette retraite, le démon, rugissant de fureur, s'empara de l'âme de Miguel Navarro, et lui inspira l'infernale pensée de soustraire au ciel cette magnifique conquête, en brisant l'instrument qui la lui assurait.

Don lnigo, nous l'avons dit, habitait seul la chambre des trois amis, le moment était favorable; si Miguel le laissait échapper, il pourrait ne plus se représenter. La rue Saint-Hilaire est déserte la nuit : d'ailleurs, le couvent des Carmes est tout auprès, il se le ferait ouvrir au besoin; les couvents sont des lieux d'asile où les soldats du guet ne peuvent atteindre personne... Et puis, la famille d'Azpilcueta le protégera; n'est-ce pas pour son honneur qu'il s'expose?...

Ainsi raisonnait l'esprit du mal dans l'âme de Miguel Navarro.


A suivre...
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Message  Monique Sam 12 Fév 2022, 7:51 am

Un soir donc, vers minuit, peu de jours avant la fin de la retraite de Xavier, on aurait pu voir une ombre se glisser dans l'obscurité et longer le mur du collège de Sainte-Barbe, dans la rue Saint-Hilaire. Cette ombre s'arrêta au point correspondant à l'angle des bâtiments et du promenoir. L'ombre semblait écouter; ... mais le silence n'était interrompu autour d'elle que par une respiration étouffée, et les battements précipités d'un coeur qu'elle ne connaissait que trop en ce moment. - Rassuré de ce côté, Miguel, car c'était bien lui, retire de sa poche une corde nouée qu'il lance vivement sur le mur, et aussitôt il se blottit, il écoute encore... Rien ! Le vent léger de la nuit ne fait pas même bruire les feuilles des arbres du promenoir; pas une lumière n'éclaire une seule fenêtre; tout dort, tout fait silence... Et Satan le pousse, et voilà Miguel qui se prend à la corde et qui s'y balance... Elle est solide, il peut monter;... il monte, il atteint le bord du mur, il est tout près de la fenêtre de don Inigo... Il calcule les mouvements nécessaires, il passe la main sous son pourpoint,... elle en sort armée du couteau catalan... Il avance doucement; il va soulever le faible panneau de la fenêtre...

« Où vas-tu, malheureux? que vas-tu faire? » s'écrie une voix tonnante, terrible, foudroyante comme un châtiment du ciel (1).

Miguel est terrassé ! il regarde de tous côtés... Personne nulle part !... Il écoute, tout tremblant... Le silence est partout,... excepté dans son âme...

Mon Dieu ! mon Dieu ! murmure le coupable, c'est San Miguel mon patron !...

Et il porte la main sur la fenêtre, il l'ébranle fiévreusement, il l'ouvre, et, se précipitant dans la chambre, il va se jeter, dominé par la terreur, aux pieds de don Inigo dont il interrompt l'oraison ; il lui fait l'aveu de son crime, il en implore le pardon et l'obtient.

L'enfer était vaincu, le ciel triomphait.


------------


1 Le P. Bartoli, dans l'Histoire de saint Ignace, dit que Miguel entendit cette effrayante voix en montant l'escalier. Le P. Boubours et M. A. Faivre affirment qu'il monta par une échelle et entra par la fenêtre. Cette dernière version nous parait la plus vraisemblable; il eût été trop difficile à l'assassin de pénétrer dans le collège, au milieu de la nuit, autrement qu'en escaladant les murs, puisqu'il n'avait pas de complice à l'intérieur.

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Message  Monique Dim 13 Fév 2022, 7:31 am

Au sortir de sa retraite, Xavier commença l'étude de la théologie, et, toujours dirigé par son saint maître, il avança rapidement dans les voies de la perfection. On lui offrit en vain un riche canonicat à Pampelune; il le refusa, ne voulant plus d'autres richesses que celles du ciel. Don Inigo, le voyant assez fort, lui fit part de son désir d'aller travailler à la conversion des Juifs et des infidèles qui peuplaient la terre-sainte. Xavier lui répondit qu'il le suivrait partout où il irait. Pierre Lefèvre lui avait déjà fait la même réponse quelques mois auparavant.

L'année suivante, 1534, Lefèvre fut ordonné prêtre et célébra sa première messe le 22 juillet. Don Inigo, qui attendait ce moment pour réunir ceux qu'il avait gagnés à l'oeuvre de Dieu, leur conseilla de se préparer à cette réunion par les pénitences corporelles et de longues et fréquentes oraisons, afin d'attirer les lumières divines sur la vocation de chacun, dans la manière dont il devait travailler au salut des âmes pour la plus grande gloire de Dieu.

Au jour fixé, ses disciples, au nombre de sept, se rendirent auprès de lui. Tous, hommes de science, de mérite, de haute intelligence, ils e contemplèrent un instant avec une mutuelle admiration, et éprouvèrent une émotion qui se trahit par des larmes involontaires :

«Je comprends votre émotion, leur dit Inigo ; j'ai voulu laisser ignorer à chacun de vous les noms des compagnons que le ciel lui avait choisis, afin de laisser votre coeur plus libre de suivre les inspirations de Dieu. Je comprends qu'en vous voyant, votre zèle, votre courage, votre confiance redoublent d'ardeur. Dieu vous appelle tous à une entreprise d'une immense importance, j'en suis convaincu. Or, si chacun de vous séparément est capable de grandes choses, que serais-ce en vous réunissant dans une seule pensée, un seul intérêt, un seul but: la gloire de Dieu, le bien de l'Eglise? Vous avez eu le temps d'examiner devant Dieu votre vocation; vous allez vous prononcer aujourd'hui.


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Message  Monique Lun 14 Fév 2022, 7:52 am

«Pour moi, je n'ai qu'un désir: c'est, avec le secours de la grâce, de conformer ma vie à celle de divin Modèle. La sainteté personnelle de Jésus-Christ ne lui a pas suffi : il a vécu, il a souffert, il est mort pour le salut des hommes. Je veux donc tâcher de l'imiter en cela, autant qu'il sera possible à ma faiblesse. En travaillant à ma propre perfection, je veux me dévouer au salut de mes frères.... »

Puis, il leur dit de quelle douleur son âme avait été pénétrée à la vue des lieux-saints devenus la proie de l'enfer, après avoir été inondés du sang divin, et leur fit part de la résolution qu'il avait prise d'aller travailler à la conversion des infidèles de la terre-sainte « Que je serais heureux ! s'écria-t-il, s'il m'était donné de verser mon sang pour une telle cause sur cette terre arrosée du sang du Rédempteur ! Je veux espérer qu'un jour ce bonheur me sera accordé ! En attendant, je suis résolu à me donner, à me consacrer à Dieu entièrement, et à me vouer solennellement à son service pour ne plus appartenir qu'à lui seul ! Je veux m'engager irrévocablement, par un voeu solennel, à la pauvreté volontaire, à la chasteté perpétuelle, et au voyage de la terre-sainte ! »

L'âme tout entière de don Inigo semblait passer dans celles de ses disciples, à mesure qu'il leur parlait; il avait cessé, qu'ils l'écoutaient encore. Après quelques moments de silence, tous s'écrièrent spontanément, et d'une voix unanime :

« A la terre-sainte ! A la terre-sainte ! »

Tous s'engagèrent à suivre leur cher maître à la vie, à la mort; puis, maître et disciples s'embrassèrent avec autant d'émotion que de tendre charité, se promettant de s'aimer désormais comme des frères dont Inigo serait le chef, le frère aîné.

Ils délibérèrent ensuite sur le plan qu'ils devraient suivre, et convinrent qu'après avoir fini leurs études théologiques, ils se rendraient à Venise, où ils s'embarqueraient pour la Palestine, à moins toutefois que la Providence ne leur refusât les moyens de faire ce voyage dans le cours d'une année. Si, après avoir attendu un an à Venise, ils ne pouvaient s'embarquer, ils seraient dégagés de leur voeu relativement à la terre sainte, et ils iraient à Rome se mettre à la disposition du souverain pontife.


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Message  Monique Mar 15 Fév 2022, 7:38 am

Ce plan adopté à l'unanimité, Inigo fixa le jour de la fête de l'Assomption pour leur engagement solennel, qu'ils remettraient dans les mains de la Reine du ciel, en lui demandant de le faire agréer par son divin Fils. Chacun devait se préparer à cette grande donation de soi-même par la prière, le jeûne, les austérités corporelles.

Il y avait alors à Montmartre, et adossée au mur d'enclos de la célèbre abbaye qui couronnait la butte, une chapelle dédiée aux Saints Martyrs. La croyance générale était que Saint-Denis et ses compagnons avaient été martyrisés en ce lieu (1).

Ce sanctuaire, dépendant de l'abbaye, et où l'on venait, en pèlerinage vénérer le glorieux apôtre des Gaules et lui demander des grâces spéciales, avait une chapelle inférieure moins fréquentée : ce fut cette chapelle souterraine que choisit Inigo pour sa consécration et celle de ses disciples. Ils devaient y être absolument seuls.

Le 15 août 1534, ils s'y rendirent tous; Pierre Lefèvre, le seul qui fût prêtre, célébra le saint sacrifice. Avant la communion, il se tourna vers ses frères, tenant le corps de Notre-Seigneur, et tous l'un après l'autre, prononcèrent les voeux de pauvreté et de chasteté, et celui d'aller dans la terre-sainte pour y travailler à la conversion des Juifs et des infidèles, ou de se mettre à la disposition du souverain pontife ; puis ils communièrent avec une ferveur séraphique.

La Compagnie de Jésus venait d'éclore. L'Espagne a la gloire d'avoir reçu du ciel la première pensée de ce saint Institut, puisqu'au moment où l'immense amour de Dieu pour les hommes la laissa s'échapper de son coeur, elle descendit dans celui d'Inigo de Loyola, alors à Manreza, en Catalogne. Mais c'est à Paris que la Société de Jésus devait naître. Son premier berceau devait être le lieu où les premiers apôtres des Gaules reçurent la mort de la main même de ceux qu'ils venaient évangéliser et sauver !...


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1 L'abbaye et son église portaient alors le nom de Notre-Dame du Mont-des-Martyrs, nom dont la corruption populaire fit d'abord Mont-Martyre, puis Montmartre.


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Message  Monique Mer 16 Fév 2022, 7:37 am

Aussi, désormais, nous ne donnerons plus à l'illustre fondateur de la sainte Compagnie de Jésus, et au plus illustre de ses apôtres, que les noms d'Ignace et de François, non-seulement parce que, depuis leur célébrité, ils ne sont connus en France que sous ces noms, français, mais aussi parce que nous avons presque autant de droits que l'Espagne à les revendiquer comme notre gloire et notre bien. C'est en Espagne qu'ils sont nés, mais c'est en France, c'est à Paris qu'ils ont fait leurs études; c'est à Paris que Xavier s'est converti et qu'il a renoncé au monde et à lui-même; c'est à Paris que saint Ignace et ses disciples se sont voués au service de Dieu et au salut des âmes; enfin c'est à Paris qu'ils posèrent les bases de leurs statuts.

Il fut un temps où la ville de Paris se faisait un honneur de prendre le glorieux titre de Mère de la Compagnie de Jésus. Peut-être le reprendra-t-elle un jour !... Dans la chapelle inférieure des Saints-Martyrs, on voyait une plaque en bronze sur laquelle la ville de Paris avait fait graver, en latin, une inscription destinée à perpétuer la mémoire de la fondation de la Société de Jésus, et à rappeler que ce lieu fut le berceau de l'ordre célèbre qui reconnaît saint Ignace de Loyola pour père et Lutèce pour mère (1).

Qu'est devenue cette inscription?... Qu'est devenue la chapelle dans laquelle elle était placée ?... Qu'est devenu le monastère dont cette chapelle dépendait?... Tout cela a disparu, jusqu'au nom même du lieu béni où saint Denis reçut la palme du martyre en échange de son sang. Cette glorieuse mort n'est plus rappelée au peuple de Paris que par la barrière qui porte encore le nom de barrière des Martyrs...

« A Dieu très-grand. Arrête-toi, spectateur, et lis, dans ce tombeau des martyrs, l'origine d'un ordre célèbre, la Société de Jésus, qui reconnaît saint Ignace de Loyola pour père et Lutèce pour mère. Elle naquit en ce lieu, le 15 août 1534, lorsque Ignace et ses compagnons, par des voeux religieux, et après avoir participé au sacrement eucharistique, se consacrèrent pour toujours à la plus grande gloire de Dieu. »


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1 D.O.M. Siste, spectator, atque in hoc Martyrum sepulchro, probati ordinis cunas loge, societatis Jesu, quae S. Ignatium Loyolam patrem agnoscit, Lutetiam Matrem. Anno salutis MXXXIV, Augusti XV, hic nata est: cum Ignatius et Socii, votis sub sacram synaxim religiose conceptis, se Deo in perpetuum consecrarunt. Ad majorera Dei gloriam.

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Message  Monique Ven 18 Fév 2022, 8:50 am

VII


Xavier ne s'appartient plus; il s'est donné à Dieu tout entier, il s'est consacré à son service et au salut des âmes, et tous les instants de sa vie vont être exclusivement employés désormais à l'accomplissement de ce double voeu.

Vivant toujours avec Ignace et Lefèvre, il se perfectionnait à leur école, et suivait les conseils et la direction de son saint maître avec la docilité d'un enfant et l'humilité du plus parfait religieux. L'année suivante, 1535, Ignace devant faire un voyage en Espagne, il fut convenu que Xavier lui donnerait ses pouvoirs pour régler ses affaires de famille et d'intérêt, car il était à craindre que les frères de notre jeune saint ne cherchassent à lui inspirer de fâcheux regrets, s'il allait lui-même les voir et leur faire ses adieux.

Mais Satan avait pris les devants.

Miguel Navarro, un moment atterré par le merveilleux obstacle que la Providence avait opposé à sa première tentative de vengeance, avait bientôt retrouvé tous ses sentiments de haine et de basse jalousie. Xavier ne cachait nullement son changement d'idées, de vues et d'ambition. Il gardait le secret seulement sur les veaux qu'il avait faits, et il était même convenu que celui de pauvreté ne serait obligatoire, dans la pratique extérieure, qu'après les études théologiques. Miguel suivait de loin les progrès de celui que saint Ignace lui avait enlevé, et après avoir cherché le meilleur de tous les moyens pour le retirer de ses mains, il crut l'avoir trouvé et se hâta de le mettre en oeuvre.

Il partit pour la Navarre, il alla au château d' Obanos, où habitait le capitaine- don Juan d'Azpilcueta, frère aîné de François, et, dans les termes les plus propres à le persuader du dévouement qui l'animait, il lui représenta Xavier entièrement livré à un misérable hérétique, accusé même de sortilège et de magie, et assura qu'il était temps de rappeler don Francisco dans sa famille, si l'on tenait à son honneur et à son salut.

François venait d'apprendre cette infâme calomnie au moment où Ignace allait partir pour l'Espagne, et voici ce qu'il écrivit à son frère aîné ce sujet; ce long fragment de sa lettre donnera l'idée du noble caractère et du grand coeur de Xavier, ainsi que de sa reconnaissance pour son cher maître.


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Message  Monique Sam 19 Fév 2022, 8:23 am

AU CAPITAINE DON JUAN D'AZPILCUETA, AU CHATEAU D'OBANOS.
Paris, 25 mars 1535.



********



« ... Je  ne laisse partir aucune des personnes qui vont en Espagne, sans leur remettre une lettre pour vous, senhor ; mais j'ai tout lieu de craindre que ces témoignages de ma tendresse ne vous parviennent inexactement. La distance de Paris à Obanos est immense, les difficultés des chemins augmentent celles des communications, et je pense que c'est là ce qui me  prive de recevoir de vos nouvelles aussi fréquemment que je le désirerais. C'est là, sans doute, le seul obstacle qui entrave des relations aussi chères à votre coeur qu'elles le sont au mien. Si je ne reçois pas assez souvent des preuves de votre affectueuse sollicitude pour moi, je ne l'attribue qu'à la négligence de quelques messagers et à l'impossibilité où se trouvent les autres de satisfaire nos désirs. Je sais par les témoignages que j'en ai reçus, aussi bien que par plusieurs de nos amis, toute la part que vous prenez aux épreuves qui m'accablent sur ce sol étranger. Je sais que dans votre paisible résidence d'Obanos, où vous jouissez de tous les avantages de la fortune, vous prenez un vif intérêt à la position si pénible où je me trouve quelquefois, dans la vie de travail et d'étude à laquelle je me livre avec tant d'ardeur. Je sais que si  je manque souvent du nécessaire, cette privation ne peut être imposée à votre frère que par des motifs indépendants de votre volonté. Peut-être n'êtes-vous pas suffisamment éclairé sur les besoins si multipliés de ma position à Paris, dont le détail serait infini, et qui sont pour moi d'une amertume très-douloureuse. Mais je suis soutenu par ma confiance dans votre bonté pour moi; je ne doute pas que du moment où vous connaîtrez l'étendue de mes besoins, vous ne vous empressiez d'y pourvoir généreusement (1), et d'apporter une abondante amélioration dans une vie beaucoup trop éprouvée, beaucoup trop restreinte et gênée.


------------


1 Cette réclamation est assez clairement exprimée pour ne laisser aucun doute sur la cause des moments de gêne où se trouvait parfois notre saint. Cette lettre n'était peut-être pas connue au temps où le P. Bouhours écrivait.


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Message  Monique Dim 20 Fév 2022, 7:55 am

«J'ai vu, il y a peu de jours, le R. P. F. Vear, récemment arrivé pour les études de l'Université. Nous avons parlé de vous, senhor, très-longuement, à ma grande satisfaction d'abord ; mais bientôt, entraîné par la conversation, il me laissa entrevoir les plaintes graves que des personnes malveillantes vous ont portées contre moi, et, pressé par mes instances, il me raconta dans le détail toute la vérité. Si vous vouliez bien ajouter foi à ma parole, vous seriez convaincu que tout cela est faux, que ce sont des calomnies dont la plus odieuse perfidie a voulu noircir à vos yeux votre malheureux frère, et vous auriez pitié de lui, je le sais, à la pensée qu'il est si cruellement maltraité par la plus insigne fourberie ; vous sentiriez toute la douleur qui l'oppressé.

«Cependant, je vous affirme, senhor mon frère, que je suis moins sensible à cette diffamation qu'au chagrin que vous devez éprouver et que je ressens vivement. L'étendue de votre affection pour moi me donne la mesure de la profonde blessure que cette horrible calomnie a dû faire à votre noble coeur !

« Ces infâmes imposteurs n'ont pas craint d'envelopper avec moi, dans leur honteuse délation, le plus parfait, le plus saint de tous les hommes, maître Inigo ! Vous jugerez de la pureté de sa vie et de ses intentions par la démarche qu'il fait. Il va vous trouver lui-même, dans l'intérieur de votre famille; il vous remettra cette lettre en mains propres. Certes, s'il était tel que l'odieux pinceau de la calomnie s'est plu à vous le représenter, s'il n'avait la plus entière et la plus juste confiance en son innocence, irait-il se livrer ainsi, seul et sans armes, à la merci de ceux qui l'ont si cruellement offensé? Car il ne prétend nullement se soustraire à leur vue.

« Du reste, pour effacer l'impression fâcheuse que vous avez reçue, senhor, et afin que vous puissiez apprécier la grâce que Dieu a daigné me faire en me procurant des relations d'intimité avec l'excellent maître Inigo, je vous déclare ici, en mon âme et conscience, et sous le sceau de ma signature, je vous déclare, à vous, senhor mon frère aîné, qui méritez à si juste titre la tendresse et le respect de mon coeur, que j'ai personnellement les plus grandes obligations à don Inigo, et qu'elles sont telles que je serai toujours impuissant à les reconnaître comme elles le méritent. Dans les moments de pénurie d'argent où je me suis trouvé quelquefois, en raison de l'immense distance qui nous sépare, sa bourse m'a toujours été ouverte, et quand il ne pouvait m'obliger avec la sienne, il recourait pour moi à celle de ses amis. Mais de tous les services qu'il m'a rendus, le plus précieux, le plus important, est le soin avec lequel il a préservé mon imprudente jeunesse, des dangers déplorables dans lesquels m'eût entraîné la fréquentation d'hommes qui ne respirent que l'hérésie (1), et dont Paris est infecté en ce moment.


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1 Les partisans de la doctrine de Luther, qui inondaient alors les Universités de l'Europe


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Message  Monique Lun 21 Fév 2022, 7:36 am

Ces malheureux cachent la corruption de leur foi et de leurs moeurs sous le masque séduisant de leur esprit, d'un faux amour de l'humanité et de quelques autres vertus hypocrites. Don Inigo seul m'a garanti des piéges pernicieux que leur fausse amitié tendait de toute part à mon imprudence; c'est lui qui me les a découverts. Par ce seul bienfait, il a écarté de moi tant et de si grands malheurs, que je ne pourrais m'acquitter envers lui au prix de l'univers tout entier, s'il était en ma puissante. Sans lui, jamais je n'aurais pu me soustraire à lintimité de ces jeunes gens qui, sous un extérieur attrayant, portent un coeur purulent d'hérésie et plein de perfidie; les événements l'ont prouvé...

Je vous en prie, je vous en conjure, senhor mon frère, reportez sur maître Inigo toute la tendresse que votre coeur m'a vouée; ayez pour lui tous les égards que vous auriez pour moi si j'étais présent; que celui envers qui je me crois le plus obligé des hommes, reçoive de vous tout ce que j'aurais droit d'attendre de votre amitié. Voilà la prière que je vous adresse dans mon intérêt; voici maintenant celle que je vous adresse dans le vôtre.

« Saisissez l'occasion de jouir de l'entretien de ce sage par, excellence, que Dieu s'est plu à orner de ses dons les plus précieux , mettez à profit la connaissance intime que vous allez en faire. Ses avis, ses conseils, sont toujours marqués au soin de la sagesse, et vous en retirerez de grands fruits et de bien douces consolations, croyez-en mon expérience. Vous pouvez épancher votre coeur près de lui, sans réserve aucune; exposez-lui vos peines, vos ennuis, vos doutes si vous en avez, et faites ce qu'il vous dira. L'expérience vous prouvera que je ne suis pas trompé dans la confiance que m'inspire cet homme éminent si plein de Dieu.

«Quant à ce qui me regarde, il vous donnera tous les détails que vous pourrez désirer et que je souhaite que vous connaissiez. Croyez tout ce qu'il vous dira comme si je vous parlais moi-même, car personne ne connaît mieux le fond de mon âme; il sait le détail de toute ma vie privée, il sait mieux que moi ce dont j'ai besoin, et de quelle manière vous pouvez m'être utile . . .

« ... Je baise respectueusement, senhor, vos très-chères mains et celles de la senhora ma belle-soeur et chère cousine (1). Je demande à Dieu de vous combler de ses biens, de vous conserver heureux pendant un grand nombre d'années, et d'exaucer toutes les prières de vos âmes dont je connais la piété et la générosité. Ce sont mes voeux les plus sincères.

«
Votre serviteur très-dévoué et votre plus jeune frère,



« FRANCISCO DE XAVIER. »


Au ton de cette lettre, on reconnaît qu'elle est adressée au chef de la famille. Xavier avait, en effet, perdu son père; son frère aîné le remplaçait. Dona Magdalena, sa soeur, était morte également; mais dona Maria vivait encore pour pleurer ceux qu'elle avait perdus, et l'absence de ceux que la volonté divine tenait éloignés d'elle, et entre ces derniers, ce cher Francisco qu'elle savait être le « vase d'élection » destiné à l'apostolat des Indes... Heureuse !... et pauvre mère !...

L'enfer fut vaincu,. cette fois encore, dans la personne de Miguel Navarro et de ses complices. La présence de saint Ignace, sa sainte vie, les miracles nombreux que Dieu accordait à sa prière, dissipèrent promptement, en Navarre, les impressions produites par la calomnie, et au château d'Obanos, comme à celui de Xavier, on remercia Dieu de la bénédiction qu'avait apportée avec lui le père spirituel de François de Xavier.


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1 Le capitaine don Juan d'Azpilcueta avait épousé sa cousine du côté paternel.


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Message  Monique Mar 22 Fév 2022, 7:36 am

DEUXIÈME PARTIE ITALIE

Portugal (Novembre 1536. - Avril 1541.)


********


I


Il avait été convenu, on se le rappelle, que les disciples d'Ignace le rejoindraient à Venise, dans les premiers jours de l'année 1537. Depuis ce moment, leur nombre s'était accru. Entraînés par la puissance de l'exemple, trois jeunes gens, aussi distingués par leur science que par leur mérite personnel, s'étaient joints à nos fervents religieux, avec la résolution de partager leur vie de pauvreté, d'humilité, d'obéissance et de dévouement. C'étaient deux prêtres, Claude Lejay et Etienne Brouet, et un laïque, Jean Codure; tous les trois avaient fait les mêmes voeux le jour de la fête de l'Assomption, et Xavier et ses frères avaient renouvelé les leurs en même temps.

Ils partirent donc, pour se rendre à Venise, au  nombre de neuf : François de Xavier, Pierre Lefèvre, Diego Laynez, Alfonso Salmeron, Simon Rodriguez, Nicolas Bobadilla, Claude Lejay, Etienne Brouet et Jean Codure. Ils se mirent en route le 15 novembre 1536, vêtus de la robe longue, un bâton à la main, le bréviaire sous le bras, le chapelet sur leur poitrine, extérieurement, afin de témoigner, dans les pays protestants qu'ils traverseraient, leur attachement à la religion catholique; ils portaient sur le dos une petite valise contenant quelques livres et leurs manuscrits. Le voyage devait se faire à pied, en demandant l'aumône, et devait être de longue durée, car la guerre avec Charles-Quint rendant impraticable une grande partie des frontières, ils se virent forcés de passer par la Lorraine, de descendre par l'Allemagne et de traverser la Suisse pour gagner l'Italie.

Xavier, heureux de marcher enfin vers le but tant désiré par son zèle et sa ferveur, suivait courageusement ses frères depuis plusieurs jours, lorsque, tout à coup, il leur déclare avec une tristesse navrante qu'il ne peut aller plus loin.

Mais pour quel motif? lui demandent-ils avec empressement. Vous êtes malade, n'est-ce pas?

Oui, je l'avoue...

Je m'en doutais, dit Lefèvre qui connaissait bien son ami; votre visage porte l'empreinte d'une grande souffrance. Qu'éprouvez-vous?

J'ai un peu de fièvre... je ne puis plus marcher... Continuez sans moi, je vous rejoindrai plus tard.

Que nous vous laissions ici ! que nous vous abandonnions ! Certainement non. Il doit y avoir un médecin dans ce village ou dans les environs; nous allons vous soigner et non vous quitter.

A ce mot de médecin, François pâlit, et portant sur son ami un regard suppliant:

Oh ! non, lui dit-il, je vous conjure de me laisser ici et de partir.

Lefèvre insista néanmoins, et Xavier se vit forcé d'avouer toute la vérité à celui qui, depuis si longtemps, possédait toute sa confiance. Voici ce qu'il lui apprit :...


A suivre...
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Message  Monique Mer 23 Fév 2022, 7:51 am

Un des plus grands plaisirs de Xavier, dans sa vie d'étudiant, avait été celui de la course ou des jeux dans lesquels on se plaisait à admirer la souplesse, la grâce et la légèreté de ses mouvements. Il excellait dans tous les exercices du corps, et cette étonnante agilité, jointe à son élégance naturelle et à sa remarquable beauté, excitait autour de lui un murmure si flatteur, qu'il ne se refusait jamais à ce genre d'amusement. Cette vanité, François la déplorait amèrement depuis qu'il en avait compris le néant, et dans son désir de l'expier, il avait imaginé de serrer autour de ses jambes, et jusqu'au-dessus du genou, de petites cordelettes qui, après quelques jours de marche, avaient produit une enflure assez considérable pour couvrir entièrement ces ligatures. Cette douloureuse torture, le jeune saint l'avait soufferte jusqu'alors sans que nul de ses frères pût se douter du supplice qu'il s'imposait. Lefèvre, aussitôt, fit part à ses compagnons de cette triste découverte; ou porta le cher malade jusqu'au village le plus proche et on appela un chirurgien qui déclara l'opération impraticable Dieu seul, dit-il, pour l'amour de qui la chose a été faite, peut en guérir les fâcheux résultats. Tenter de retirer les liens, c'est exposer le malade à mourir pendant l'opération.

Xavier plein de confiance dans la bonté infinie, et bien certain qu'elle ne permettrait pas qu'il fût un obstacle au prompt départ de ses frères, engagea ces derniers à demander à Dieu ce témoignage de sa protection sur leur entreprise.

Le chirurgien a raison, dit-il, il faut demander à Dieu de me guérir; il le fera, j'en ai la confiance. Tous, à l'instant, se mettent en prière; c'était le soir. Le malade s'endort et passe une nuit très-calme; le lendemain matin les ligatures étaient tombées d'elles-mêmes, par petits fragments, l'enflure avait disparu, l'inflammation avait cessé, les liens n'avaient laissé nulle trace sur la peau, Xavier était plein de santé.

Après de ferventes actions de grâces, on se remit en marche. Le passage de nos pèlerins à travers l'Allemagne ne fut pas exempt de danger. Les hérétiques, reconnaissant leur orthodoxie au chapelet qu'ils portaient ostensiblement, les insultaient, les menaçaient, ne leur épargnaient aucun outrage. Mais la Providence, qui veillait sur eux, leur donna le courage de supporter toutes ces épreuves sans se plaindre, et de la remercier même au fond du coeur, en lui demandant la conversion de ces pauvres égarés; grâce à cette protection divine, ils arrivèrent heureusement à Venise, le 8 janvier 1537.


A suivre...
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Message  Monique Jeu 24 Fév 2022, 7:35 am

Leur saint maître les reçut avec des larmes d'attendrissement et de bonheur. Il désirait que ses disciples fussent présentés au souverain pontife avant leur départ pour la Palestine; mais le voyage de Rome ne pouvant effectuer dans le moment, il les dissémina dans les divers hospices de Venise; celui des Incurables fut assigné à Xavier.

Pour juger des progrès que notre saint avait déjà faits sous la direction de saint Ignace, rappelons-nous ce qu'il était au collège de Sainte-Barbe, quatre ans auparavant, et voyons-le maintenant à l'hôpital des Incurables, au moment où on lui dit qu'il y a, dans une salle voisine, un malade dont l'ulcère est si repoussant, qu'il faut un courage surhumain pour l'aborder.

Jamais encore l'élégant Francisco n'avait approché d'une plaie; il avait pour ces sortes de maladies une horreur instinctive qui les lui faisait fuir avec empressement; mais aujourd'hui c'est un homme nouveau; il est transformé de telle sorte, qu'en entendant parler du malade que chacun redoute, son visage semble rayonner de joie. Il entrevoit l'occasion de vaincre une répugnance qui lui paraît invincible, mais dont il espère triompher avec l'aide de Dieu. Don Inigo, son cher maître, ne lui a-t-il pas dit souvent :

« Francisco souvenez-vous qu'on n'avance dans la vertu, qu'autant qu'on triomphe de soi-même ! L'occasion d'un grand sacrifice est chose si précieuse, qu'il ne faut jamais la laisser échapper ! »

Or, c'était pour Xavier une de ces occasions qu'il eût fort regretté de perdre. Il demande à voir ce malade; il s'en approche d'abord plein de force et de courage..... Mais l'odeur qui s'en exhale le dégoûte aussitôt et lui fait bondir le coeur !.... C'est le moment de triompher de lui-même pour faire un pas de plus dans la vertu, suivant la maxime de son saint ami.

A cette pensée, toute la générosité de ce beau caractère va se révéler : quelque grand que soit le sacrifice, il le fera.


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Message  Monique Ven 25 Fév 2022, 7:08 am

Xavier tombe à genoux devant le malade, il l'embrasse affectueusement, il lui parle de Dieu, il le console et l'encourage, en mauvais italien, il est vrai, mais avec une expression de charité qui le rend bien plus éloquent que ne pourrait l'être le plus beau langage. Il découvre le membre ulcéré..... Son cœur bondit plus fort !.... la nature n'est pas vaincue..... Notre jeune saint veut en triompher à tout prix, car il sait qu'il combat sous l’œil de Dieu! Il approche son beau visage de ce membre purulent..... Ce visage pâlit..... la nature se révolte.... Xavier se sent défaillir..... Il se hâte de porter ses lèvres sur la hideuse plaie ! Il la baise..... il va plus loin, il la suce !!!

Dieu attendait cette dernière victoire !

Xavier se relève plus heureux de ce triomphe sur lui-même, qu'il ne l'avait jamais été de ses brillants succès dans le monde.

Par ce seul trait on peut juger de l'exercice qu'il donna à son zèle, à sa charité, à sa mortification, pendant six semaines qu'il Vécut dans ce lieu de souffrances. Infirmier et serviteur des pauvres malades, les services les plus vils étaient ceux qu'il leur rendait préférablement, heureux d'expier dans ces exercices de charité sans gloire aux yeux des hommes, la vanité qu'il ne cessait de se reprocher.

Il ne faisait grâce à aucune de ses répulsions naturelles.,Il s'était noblement vaincu sous bien des rapports déjà; mais il restait encore une répugnance à surmonter : la vue d'un corps mort lui faisait mal, il était porté à s'en éloigner..., il s'en rapprocha, il ensevelit tous les corps des pauvres qui moururent dans cet hôpital, pendant le séjour qu'il y fit. Il voulait triompher de lui-même en toutes choses; il voulait saisir toutes les occasions de faire un sacrifice, afin d'avancer chaque jour dans la vertu.

Les malades s'attachèrent promptement aux soins de François de Xavier; jamais encore ils n'en avaient reçu d'aussi doux, d'aussi affectueux. Il avait des consolations pour toutes les souffrances, des encouragements pour toutes les peines, des paroles calmantes pour toutes lei douleurs, une tendre charité pour tous, et on l'aimait avec le plus touchant abandon de cœur.

« Que deviendrions-nous, disaient les malades, si nous avions le malheur de le voir quitter l'hôpital? » Pauvres malades !


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Message  Monique Sam 26 Fév 2022, 7:29 am

II



Les disciples d'Ignace de Loyola partirent de Venise, vers la Fin du carême, pour se rendre à Rome. Le voyage fut long et pénible ; il se fit à pied et en demandant l'aumône, qui souvent leur était refusée. Ils marchèrent pendant trois jours, le long de la mer, pour se rendre à Ravenne, sans avoir obtenu même un morceau de pain. Après les austérités et les fatigues de Venise, c'en fut assez pour les exténuer; plusieurs d'entre eux tombaient sans pouvoir faire un pas de plus, au grand chagrin de leurs compagnons. Ils furent réduits à une telle extrémité, qu'étant entrés le dimanche de la Passion, dans un lieu planté de pins, ils se mirent à en cueillir quelques pommes, encore tout amères, et à y chercher une nourriture à laquelle ils furent bientôt forcés de renoncer. L'humidité de la saison, qui était extrêmement pluvieuse, les exposa aussi à de continuelles incommodités : après avoir été trempés toute la journée, ils passaient souvent la nuit en plein air; heureux quand ils trouvaient quelques restes de pailles pour s'en couvrir et s'y étendre ! Comme ils n'avaient pas d'argent pour traverser les fleuves, ils étaient obligés d'abandonner aux bateliers tantôt un vieux couteau, tantôt un encrier, ou enfin quelque petite chose à leur usage, et quelquefois même une partie de leurs pauvres vêtements. Dans une circonstance de ce genre, pour satisfaire un batelier mécontent, l'un d'eux, qui n'était pas dans les Ordres, se vit contraint de mettre son bréviaire en gage pendant que ses compagnons restaient en otage. De retour avec le prix demandé, il les délivra, et parcourut ensuite la ville d'Ancône en demandant l'aumône pour dégager son bréviaire.

.... Quelquefois il fallut faire des milles entiers dans l'eau jusqu'à la ceinture et même jusqu'à la poitrine. Un des voyageurs reçut la récompense immédiate de ses fatigues, car il avait une jambe malade par suite de l'échauffement du sang, et Dieu permit qu'il sortit de cet étrange bain tout à fait guéri.

A Ravenne, les amis eurent un moment de repos, parce qu'on les reçut dans l'hôpital; mais on ne leur donna qu'un lit. Trois d'entre eux, plus fatigués que les autres, devaient en profiter; et quand ils virent l'horrible saleté des draps, ils se décidèrent à s'en servir par vertu plutôt que par nécessité. Simon Rodriguez, un des trois, y renonça et s'étendit à terre, trouvent ce lit plus dur, peut-être, mais aussi plus décent que celui qu'on leur offrait. Alors il se sentit pris d'un violent remords pour avoir fui cette mortification, et il résolut de s'en punir à la première occasion...

Cependant, ceux qui rencontraient nos pèlerins, tous étrangers, portant des vêtements pareils, et tous se dirigeât vers Rome, les prenaient fréquemment pour des gens de mauvais renom, venant en Italie afin de se faire relever de quelque censure, ou absoudre de quelques crimes énormes. Ils marchaient trois à trois, un prêtre et deux autres qui ne l'étaient pas encore, Espagnols et Français, aussi unis de cœur que s'ils eussent eu la même patrie ou fussent nés de la même mère. Chacun souffrait plus pour ses compagnons que de ses maux personnels, et avant de penser à lui-même, s'occupait toujours de les soulager.


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Message  Monique Dim 27 Fév 2022, 7:49 am

Le P. Bartoli, à qui nous empruntons cette citation, reproduit ici un fragment remarquable du récit de ce voyage écrit par un de ces héroïques pèlerins, et que nous ne résistons pas au désir de faire connaître à nos lecteurs, dans la persuasion que le trait cité se rapporte à notre saint.

« Lorsque je parcourais Ancône dit ce Père, pour recueillir en aumônes de quoi racheter mon bréviaire, j'aperçus sur la grande place un des nôtres qui mouillé et pieds nus, s'adressait aux femmes du marché pour en obtenir soit un fruit, soit quelques légumes. Je m'arrêtai à le considérer, et me rappelant la noblesse de sa naissance, les richesses qu'il avait abandonnées, ses grands talents naturels, l'étendue de ses connaissances acquises et les vertus qui lui auraient donné un si grand poids dans le monde, je me sentis profondément touché et indigne d'être le compagnon de tels hommes. »

Citons encore, d'après le P. Bartoli, un trait bien touchant de la divine Providence à l'égard de ces héros évangéliques qui avaient tout quitté pour suivre Jésus-Christ et faire aimer sa croix.

« Après avoir passé trois jours à Lorette, et y avoir abondamment goûté les douces joies de la piété et un peu de repos, ils s'acheminèrent vers Rome, et arrivèrent à Tolentino de nuit, sans avoir même un morceau de pain pour réparer les fatigues du jour. Il pleuvait abondamment; ils ne rencontrèrent personne à qui pouvoir demander la charité. Trois d'entre eux allaient en avant, d'autres se tenaient le long des murs, un peu à l'abri de la pluie, et l'un d'eux marchait au milieu de la rue, n'ayant à craindre ni de se mouiller, ni de se salir plus qu'il ne l'était déjà; il vit venir à lui, au milieu de la boue, un homme de belle taille et, autant qu'il put en juger, d'une figure agréable. Celui-ci l'arrêta, lui prit la main, y mit quelques pièces de monnaie, et se retira sans dire un seul mot. Dès leur arrivée à une auberge, ils achetèrent un peu de pain, du vin et des figues sèches, magnifique repas pour eux et pour quelques mendiants avec lesquels ils le partagèrent (1). »


------------

1 Histoire de saint Ignace de Loyola et de l'origine de la Compagnie de Jésus, par le R. P. Daniel Bartoli. Trad. de l'italien, 2e édit., 1855, Paris.


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Message  Monique Lun 28 Fév 2022, 7:50 am

Nos voyageurs, dès leur arrivée à Rome, s'empressèrent d'en visiter les principales églises, et ils achevaient d'accomplir ce pieux pèlerinage , lorsqu'un personnage que nul d'entre eux n'avait remarqué, traversant la rue, vient droit à Xavier, et s'écrie en lui pressant les mains :

Est-ce bien vrai, cher Francisco ? c'est vous que je retrouve ici dans cet état de dépérissement, et vêtu d'une si étrange manière ?

Oui, senior Pedro, c'est bien moi; mais éclairé par maître Inigo, touché par la grâce et ne voulant plus vivre que pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.

Et maître Inigo est-il aussi à Rome?

Non, senior; il nous attend à Venise où nous l'avons laissé pour venir, par son ordre, nous présenter au souverain pontife et lui demander sa bénédiction, ainsi que l'autorisation d'aller travailler à la conversion des infidèles dans la terre-sainte.

Eh bien ! cher Francisco, venez au palais de la cour d'Espagne, où je réside pendant mon séjour à Rome, comme envoyé extraordinaire de notre seigneur l'empereur et roi, et je me charge de vous procurer très-promptement une audience de Sa Sainteté.

François de Xavier accepta avec empressement, ainsi que ses frères, le moyen que la Providence mettait à leur disposition. Il fut convenu qu'il se rendrait le lendemain, avec Pierre Lefèvre, au palais de la cour d'Espagne pour s'entretenir avec don Pedro Ortiz de l'affaire importante qui les avait amenés.

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Message  Monique Mar 01 Mar 2022, 7:26 am

Pedro Ortiz, envoyé extraordinaire de Charles-Quint près le Saint-Siège, avait connu intimement Xavier et Lefèvre à Paris; il avait aimé notre jeune saint comme l'aimaient tous ceux qui le connaissaient, et il lui fit les plus vives instances pour obtenir qu'il acceptât une chambre au palais de l'ambassade, mais ce fut en vain. François refusa de quitter l'asile qu'il avait trouvé dans l'hôpital espagnol, asile qu'il partageait avec ses frères, et où sa charité trouvait un exercice dans tous les moments dont il pouvait disposer.

Pedro Ortiz avait été à Paris un des plus ardents adversaires d'Ignace le Loyola; il avait fait tous ses efforts pour empêcher le jeune seigneur de Xavier de se laisser entraîner dans cette voie de pauvreté et d'humiliations qu'il ne pouvait comprendre, et il retrouvait maintenant l'aimable et élégant Navarrais tendant la main comme un mendiant dans les rues de la capitale du monde catholique; il le retrouvait pâle, défait, amaigri, presque méconnaissable. Don Pedro voulut savoir les motifs de ce changement, et lorsqu'il apprit les fatigues et les privations de tout genre que la sainte caravane avait endurées de Venise à Rome, lorsqu'il apprit que tous ces cœurs débordaient de joie au milieu de ces souffrances, lorsqu'il vit combien notre saint était heureux dans sa vie d'abnégation et de pénitence, Pedro ne sut plus qu'admirer. Il s'empressa de parler au pape Paul III, qui occupait alors le Saint-Siège, des disciples d'Ignace, dont la vertu égalait le savoir, de leur désir d'obtenir la faveur d'être admis à baiser les pieds du père commun des fidèles et à lui demander la bénédiction apostolique, ainsi que l'autorisation d'aller travailler à la conversion des infidèles de la Palestine. Le pape, ravi de tant de zèle pour la gloire de Dieu et pour le salut des âmes, exprima le désir de les recevoir dès le lendemain et pria don Pedro Ortiz de les lui présenter.

L'accueil du souverain pontife fut des plus bienveillants pour nos fervents pèlerins; Paul III demanda à entendre ces jeunes docteurs de l'Université de Paris, et leur proposa des questions théologiques qu'ils traitèrent avec autant de savoir et d'éloquence que de modestie et d'humilité. Le souverain pontife était charmé :

Nous sommes heureux, leur dit-il, de vous voir unir une telle science à une telle modestie. Que pouvons-nous faire pour vous ?

Très-saint Père, nous sollicitons la permission d'aller dans la terre-sainte pour y prêcher Jésus-Christ, sur les lieux-mêmes où il a donné tout son sang pour le salut du monde, et nous conjurons Votre Sainteté de daigner nous accorder sa bénédiction, afin qu'elle nous garantisse celle de Jésus-Christ lui-même sur tous les travaux que nous désirons entreprendre.

Nous ne pensons pas, reprit le pape, que le voyage de la terre-sainte soit possible : la guerre va éclater, les passages seront interceptés, et ces obstacles peuvent être de longue durée; mais votre zèle serait employé très-utilement ailleurs.

Il les bénit ensuite avec une affection toute paternelle, leur donna une aumône considérable et accorda à ceux d'entre eux, qui n'étaient pas encore prêtres, la permission de recevoir les saints Ordres de quelque évêque et en quelque lieu que ce, fût, en qualité de pauvres volontaires.

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Message  Monique Mer 02 Mar 2022, 7:40 am

Après cette audience, nos voyageurs retournèrent à Venise, où Xavier reprit son service des pauvres malades à l'hôpital des incurables. Il renouvela ses vœux, ainsi que ses frères, entre les mains du nonce du pape, Jérôme Varelli, archevêque de Rosana, et peu après, le 24 juin, les Ordres sacrés leur furent conférés par l'évêque d'Arbe, Vincenti Nigusanti.

Notre jeune saint, heureux de pouvoir travailler plus efficacement encore au salut du prochain, avec le caractère auguste qu'il venait de recevoir, désirait se préparer par une longue retraite à la célébration de sa première messe.

Un jour, après avoir prêché dans le bourg de Monte-Felice, à quatre lieues de Padoue, il retournait à Venise par un autre chemin que relui qu'il avait pris en venant, lorsqu'il aperçut une pauvre cabane en ruines, entièrement abandonnée, dont les abords étaient obstrués par les décombres amoncelés... Il avance, déblaye l'entrée de cette chaumière, et voit que ces murs sont lézardés, que son toit de chaume est à jour, en un,mot qu'elle est inhabitable et que sa position est complètement isolée :

« Qu'on serait bien ici, seul avec Dieu seul ! » se dit-il avec un frémissement de joie.

Et dès le lendemain, il venait prendre possession de cette demeure, afin de s'y livrer, sous le regard de Dieu seul, à tous les exercices de h, plus rigoureuse pénitence, à un jeûne de chaque jour, à une oraison continuelle. Il ne sortait de sa cabane que pour aller mendier son pain dans les environs; après avoir recueilli la quantité suffisante pour ne pas mourir de faim, il rentrait dans sa solitude, y macérait son corps et prenait ensuite quelques instants de repos sur ce sol humide et nu. Il passa ainsi quarante jours entiers dans la jouissance des consolations divines et de l'immolation continuelle de lui-même. Sa retraite finie, François retourna auprès de sou maître bien-aimé, alors à Vicence, où furent appelés tous ses frères, et il eut le bonheur de célébrer les saints mystères pour la première fois, en leur présence, appuyé de toutes leurs prières, de tous leurs veaux. Son émotion était si forte, et ses larmes coulaient si abondantes, que les assistants ne purent contenir celles qui remplissaient leurs cœurs....


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Message  Monique Jeu 03 Mar 2022, 7:36 am

La santé de Xavier, bien que très-forte naturellement, ne put résister à tant d'austérités : il tomba malade sérieusement peu de jours après sa première messe, et il fallut bien le traiter comme un mendiant, puisqu'il voulait vivre et mourir dans la pauvreté la plus complète. On le porta à l'hôpital, et là, le noble Xavier, le fier descendant des anciens rois de Navarre n'obtint que la moitié d'un lit! Il fut placé à côté d'un pauvre malade qui lui était inconnu !...

Dieu lui faisait expier ainsi les sentiments de fierté et les désirs de vaine gloire qui avaient un moment alimenté sa jeunesse..... mais il répandait en même temps de telles consolations dans sa belle âme, que Xavier, loin de regretter ce qu'il avait quitté, était heureux d'avoir un sacrifice de plus à offrir, et remerciait la divine Miséricorde qui daignait lui en ménager ainsi les précieuses occasions.

Dans son étude de l'Écriture sainte, François de Xavier invoquait souvent saint Jérôme; il lui demandait l'intelligence des difficultés qu'il rencontrait, et la lumière se faisait dans son esprit; il en était résulté, de la part de notre saint, une tendre dévotion à ce saint docteur de l'Église.

Une nuit, pendant que Xavier était malade à l'hôpital de Vicence, il crut voir en songe, et tout environné de gloire, le. saint qu'il aimait à invoquer dans ses études. Il crut l'entendre lui dire distinctement, après de douces et fortifiantes paroles, comme le ciel en envoie quelquefois à la terre :

« Une plus grande tribulation vous attend à Bologne, où vous passerez l'hiver avec un de vos frères seulement; les autres seront envoyés à Rome, à Padoue, à Ferrare, à Sienne. »

François resta profondément impressionné de ces paroles. Il ne voulut pas croire à une apparition réelle de saint Jérôme, et ne pouvant oublier les paroles qu'il avait entendues, ne pouvant méconnaître la consolation qu'il en éprouvait et l'amélioration de son état, il prit le parti de n'en rien dire, pas même à son saint maître, et d'attendre l'événement. Peu de jours après, il était parfaitement guéri.


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Message  Monique Ven 04 Mar 2022, 7:04 am

Cependant, l'année durant laquelle saint Ignace et ses disciples s'étaient engagés à attendre les moyens de passer en Palestine était expirée. La guerre ne laissait plus le moindre espoir d'embarquement; le moment était venu de prendre une décision relative au second vœu, celui de se mettre à la disposition du souverain pontife.

Ignace réunit donc ses disciples et leur dit que, dégagés maintenant du côté de la terre-sainte, il leur restait à accomplir le vœu d'aller à Rome recevoir du pape la destination qu'il jugerait devoir leur donner. Trouvant inutile de les y faire retourner tous, il ajouta qu'il irait lui-même à Rome accompagné de Pierre Lefèvre et de Diego Laynez ; que Xaviei et Bobadilla iraient prêcher à Bologne, Rodriguez et Lejay à Ferrare, Codure et Rozes à Padoue, Brouet et Salmeron à Sienne.

François de Xavier, en entendant désigner ainsi par son maître les villes qu'il avait entendu nommer dans son sommeil par saint Jérôme, ne put croire plus longtemps à une illusion, surtout en voyant que sa destination personnelle était Bologne; il garda néanmoins encore le secret de ses impressions là-dessus.

Avant de terminer cette réunion, saint Ignace donna des instructions détaillées à ses disciples, et ajouta que, s'étant tous réunis au nom de Jésus dans le but de procurer sa gloire, leur association devait porter désormais le nom de Compagnie de Jésus.


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Message  Monique Sam 05 Mar 2022, 7:07 am

III



Maria d'Ordez, noble, riche et sainte femme, membre du tiers ordre de Saint-Dominique, avait un si grand désir d'aller finir ses jours près du tombeau de ce saint fondateur, que se trouvant dégagée des liens de famille qui la retenaient en Espagne, elle accepta les propositions de son amie Isabella Casalinide Forli, qui l'engageait à venir à Bologne partager son appartement, où l'une et l'autre vivraient comme deux soeurs. La signora Isabella habitait au presbytère de Santa-Lucia, chez son oncle, Jérôme Casalini, curé de cette paroisse et aussi recommandable par sa science que par sa piété et ses vertus. Les deux amies, réunies depuis quelque temps et qui ne devaient plus se séparer désormais, allaient tous les matins entendre la messe à la chapelle du tombeau de saint Dominique, lorsqu'un jour Maria d'Ordez est frappée de l'accent du prêtre qui célèbre et le fait remarquer à Isabella. L'une et l'autre lèvent les yeux sur lui, et l'une et l'autre sont pénétrées du même sentiment d'admiration. Pour elles ce n'était pas un prêtre de la terre, c'était un prêtre venu du ciel. Isabella le contemple un instant croyant à une apparition céleste; puis, sa tête tombe dans ses mains, elle est anéantie devant Dieu, elle est profondément humiliée, elle voit les misères de son âme comme jamais elle ne les vit; ses larmes coulent silencieuses, calmes, abondantes... Elle reporte son regard sur le prêtre; lui aussi, ses larmes coulent, mais il y a sur son visage une sorte de rayonnement divin... Isabella ne s'y trompe pas : ces larmes, l'expression séraphique, l'accent de la prière du prêtre, témoignent éloquemment des délices dont son âme est inondée.

Après la messe, Isabella se sent vivement pressée de parler au saint qui vient de l'émouvoir si profondément; elle désire lui demander quelques avis spirituels; mais oser approcher de lui! elle s'en reconnaît si indigne ! Elle communique son désir et ses craintes à son amie.... Dona Maria était elle-même également ravie, et encore tout émue, elle lui répond seulement

Allons-y ensemble !

Elles font demander au saint prêtre de vouloir bien leur accorder un instant; elles l'obtiennent, et sont dans un tel ravissement de la manière dont il parle de Dieu, qu'après avoir recueilli ses précieux avis, elles rentrent en hâte, et font part de leur découverte au vénérable curé

Mon oncle, lui dit Isabella, ce n'est pas un homme, c'est un ange !...

D'où est-il? d'où vient-il?

Il est espagnol. D'où il vient? je l'ignore; tout ce que je sais, c'est qu'il parle de Dieu comme jamais je n'en avais entendu parler, et qu'il est d'une beauté qui n'a rien de la terre ! Quand il porte son regard vers le ciel, mon oncle, je suis sure qu'il voit Dieu ! Vous n'avez jamais vu d'expression semblable; elle est céleste !

Et il demeure à l'hôpital? ajouta dona Maria.

Oui, mon oncle, reprit Isabella, et nous ne pouvons l'y laisser. Allez le voir et le supplier de venir demeurer au presbytère !

Oh ! oui, signor, dit Maria, Dieu doit répandre ses bénédictions les plus abondantes partout où il passe !...

Eh bien ! j'irai le voir, mes enfants, et je ferai mon possible pour obtenir qu'il honore le presbytère de sa présence.


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Message  Monique Dim 06 Mar 2022, 7:37 am

Les deux amies étaient d'un âge mûr. Le bon curé sentait que cette exaltation, bien que toute naturelle au caractère italien, devait avoir pour ces deux saintes âmes un motif de grande valeur.

Dès le même jour il se rendit à l'hôpital et demanda à voir le prêtre espagnol qui, le matin même, avait dit la messe au tombeau de saint Dominique.

Ah ! lui répondit-on, c'est le Père Francisco ! Quel saint ! signor curé ! que vous serez heureux de le voir, de le connaître ! Venez tout d'abord le contempler de loin dans la salle où il soigne les malades.

De quel Ordre est-il ?

Signor nous ne savons pas trop; ils disent, quand on leur fait cette question, qu'ils sont tout nouveaux et de la Compagnie de Jésus.

Ils sont donc plusieurs ?

Deux, signor ; et de vrais saints.

On était arrivé à l'entrée de la salle où François de Xavier se dévouait comme il l'avait fait à Venise, et avec un succès d'autant plus grand pour la gloire de Dieu, qu'il parlait maintenant l'italien très-facilement.

Le curé de Santa-Lucia comprit, en le voyant, l'exaltation de sa nièce. et de Maria. S'il avait suivi les mouvements de celle qu'il éprouvait lui- même, il se serait mis aux pieds du jeune saint, en lui demandant de le bénir. Ils causèrent longuement des choses de Dieu, et le bon curé pria, supplia et obtint de l'aimable Xavier, qui ne savait refuser rien de ce qu'il pouvait accorder, qu'il accepterait l'hospitalité au presbytère, à la condition toutefois de ne se point asseoir à la table du bon curé.

Signor, lui dit notre jeune saint, j'ai fait vœu de vivre d'aumônes, de ne manger que le pain que j'aurai mendié, tant que la chose sera compatible avec mon ministère; permettez-moi d'y être fidèle ou de rester à l'hôpital.

Le curé, trop heureux de l'avoir sous son toit, accepta ses conditions, et dès le lendemain Xavier était établi chez lui, dans la plus grande liberté d'y vivre comme il l'entendrait.


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Message  Monique Lun 07 Mar 2022, 9:23 am

Tous les matins il allait offrir le saint sacrifice dans l'église de Santa-Lucia, puis il y entendait les confessions de la foule qui se pressait à son confessionnal. Il visitait ensuite les prisonniers à qui sa seule présente faisait une salutaire impression, et qui retiraient d'admirables fruits de sa pénétrante parole. En les quittant, il allait revoir ses chers malades de l'hôpital, et, le soir venu, il réunissait les enfants pour leur faire le catéchisme, après lequel il prêchait pour le peuple que les occupations de la journée privaient d'aller à l'église à un autre moment. Le peuple, ravi de sa parole, se portait ensuite au tribunal de la pénitence, et le retenait là jusqu'à une heure souvent très-avancée. Rentré chez lui, il passait en oraison une grande partie de la nuit.

Cette vie de labeurs, un jeûne presque continuel, des austérités dont il ne voulut rien retrancher, et un hiver des plus rigoureux, c'était plus qu'il n'en fallait pour abattre la plus forte santé. D'ailleurs, saint Jérôme n'avait-il pas dit à notre saint, à propos de sa maladie, à Vicence :

« Une plus grande tribulation vous attend à Bologne, où vous passerez l'hiver.

Cette tribulation, ce fut une violente fièvre intermittente qui, résistant à tous les moyens employés pour la combattre, réduisit enfin le jeune saint à un degré de faiblesse et de dépérissement qui fit craindre pour sa vie. Ce fut une grande douleur pour la ville de Bologne où il avait converti tant de pécheurs, consolé tant d'affligés, réconcilié tant d'ennemis, fait un si grand bien à tous!

Tant que ses forces le lui permirent, Xavier continua d'exercer le ministère de la prédication, de la confession, de l'instruction des enfants, du soin des malades et des prisonniers, tout cela avec l'ardente fièvre qui le dévorait et les souffrances qui en sont inséparables. Mais il vint un moment où la nature succomba. Affaibli jusqu'à ne pouvoir plus se soutenir; et toujours dévoré de zèle, il se traînait jusqu'à la porte de la rue, s'asseyait sur un petit banc de bois, et là s'efforçait encore d'exciter les passants à la contrition de leurs péchés; il leur prêchait la nécessité de la pénitence, il disait la miséricorde infinie d'un Dieu mort pour le salut du monde.


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Message  Monique Mar 08 Mar 2022, 7:28 am

Connu, aimé, vénéré comme l'était notre saint, cette prédication, d'autant plus éloquente qu'elle paraissait plus impossible, produisait des fruits merveilleux. Chacun s'approchait dès qu'il entendait la voix de l'apôtre vénéré; on l'entourait, on l'écoutait à genoux, et souvent les sanglots de ses auditeurs couvraient sa voix mourante qu'il ne soutenait qu'avec effort. Quelquefois elle s'éteignait tout à fait ! et ce jeune apôtre de trente-deux ans à peine, qui n'avait plus qu'un souffle de vie, demeurait là, anéanti, défaillant, pâle, défait comme si la mort eût passé sur lui ! Voué au salut des âmes et voulant donner à ce saint ministère jusqu'à son dernier soupir, il restait là, la tête penchée; le corps appuyé au mur, attendant le moment où sa voix pourrait encore un instant seconder son zèle qu'aucune souffrance ne pouvait affaiblir; alors sa vue seule impressionnait et produisait de nombreuses conversions. La nuit, il s'occupait de Dieu et ne s'accordait que quelques moments de sommeil.

Jérôme Casalini aurait voulu le soigner comme un père soigne son fils; mais il ne put rien gagner sur l'esprit de mortification et de zèle qui animait François, et se vit forcé de l'admirer seulement en remerciant Dieu de lui avoir ménagé, dans sa miséricorde, la faveur de voir d'aussi près la sainteté sur la terre. Le bon curé tâchait de profiter pour son avancement spirituel de tous les instants que son héroïque ami lui donnait durant cette maladie, car il s'était mis sous sa direction, ainsi que sa nièce et Maria d'Ordez. Il assurait que François de Xavier fondait en larmes tous les vendredis, en disant la messe de la Passion, et que souvent il eut de longs ravissements au saint autel, et il ajoutait :

«Le Père Francisco parle très-peu; mais chacune de ses paroles semble tombée du ciel. »

C'est que notre jeune saint se souvenait toujours avec douleur du plaisir qu'il avait goûté dans les conversations du monde, où les charmes de son esprit étaient appréciés et loués de manière à flatter son amour-propre, et il expiait maintenant ces petites satisfactions de sa vanité par tous les moyens que lui suggéraient ses regrets.

Les saints, selon le monde, se pardonnent bien volontiers les joies de ces petits triomphes; les saints, selon Dieu, se les reprochent et les expient.

Cependant, la fièvre qui minait Xavier finit par céder, et une lettre de son cher maître Ignace l'appelant à Rome, vers la fin du carême, il partit de Bologne presque furtivement, pour éviter l'explosion de douleur qu'il savait devoir éclater dans toute la ville à la nouvelle de son départ.

Jamais, dit le curé de Santa-Lucia, lorsque le saint eut quitté le presbytère, jamais la chambre qui a été habitée par le saint Père Francisco de Xavier ne sera occupée par un autre.

Tant que nous vivrons, ajoutait sa nièce, nul n'habitera cette chambre bénie ! et nous, mon oncle, nous irons y prier souvent.

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