HISTOIRE DE SAINT FRANCOIS DE XAVIER

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HISTOIRE DE SAINT FRANCOIS DE XAVIER - Page 16 Empty Re: HISTOIRE DE SAINT FRANCOIS DE XAVIER

Message  Monique Mar 7 Fév - 9:56

Le Père jugeant sa prière raisonnable résolut d'attendre. Cependant, celui qui le logeait partit pour Malaca et ainsi nous demeurées tous deux sans maison pour nous retirer n'y sans avoir de quoi manger. Il me disait souvent que je fusse demander aux Portugais qui étaient encore dans l'ile un morceau de pain pour l'amour de Dieu, et ils lui envoyèrent plusieurs fois: mais leur charité selon leurs indiens ne l'empêchèrent pas de partir, en sorte qu'il tomba malade, et se voyant dans cet état sans avoir de quoi manger, il me demanda s'il ne ferait pas bien d'aller dans le vaisseau de Diogo de Pereira qui était à l'ancre dans la rade; je lui dis que oui parce que nous trouverions là quelque chose pour manger, et quelques médicaments et que peut-être l'air de la mer lui serait plus favorable. Il s'embarqua aussitôt pour le vaisseau. C'était le mardi après-midi, mais il n'y demeura guère; car ayant passé cette nuit avec de grandes douleurs, tant pour le branle du vaisseau qui était extraordinairement agité que pour l'ardeur de la fièvre qui avait beaucoup accru: il retourna avec moi à terre, portant sous son bras des haut-de-chausses de drap qu'on lui avait donnés par aumône contre le froid qui était pressant, et quelque peu d'amandes qu'il mis dans sa manche. Il arriva dans cet état de pauvreté avec une fièvre si ardente qu'il ressemblait à un fer embrasé dans la fournaise. Au même temps qu'il sortait du bateau, nous rencontrâmes un de ses amis nommé Jorge Alvarez qui le voulut avoir dans sa maison qui était une chaumière de paille, où étant arrivé il lui dit qu'il fallait qu'il se fit soigner au plus tôt.

Le Père lui dit qu'il n'était point besoin de remède, et dans la soignée il plasma, et avec un peu d'eau qu'on lui jeta sur le visage il revint. Depuis cette soignée il était si dégouté qu'il ne pouvait du tout manger. Le lendemain qui était le jeudi, la fièvre ayant redoublé on le soigna pour la seconde fois avec les mêmes accidents; et bien que ses douleurs fussent très-véhémentes, comme il savait tout souffrir et était très-patient, on ne le vue jamais sortir une parole de sa bouche pour se plaindre. Il entra ce même jour en délire et convulsions, et néanmoins il ne dit jamais une parole et il ne fit aucune action qui fut tant soit peu indécente, et le visage plein de joie avec des soupirs et une voix élevée comme s'il eut prêché il disait des choses que je ne comprenait pas pour n'être pas en la même langue; il est vrai que je lui entendais souvent répéter ces paroles : Tu autem peccatorum meorum et delictorum meorum miserere, et il les proférait et les autres aussi qui m'était inconnues, avec tant de ferveur pendant cinq ou six heures que j’en étais ravi et consolé.

Il avait aussi souvent le saint nom de Jésus en la bouche. Il fut dans ces entretiens le jeudi et le vendredi avec tant de patience et bénignité, qu'il ne donnait aucun travail à ceux qui le servaient. Et depuis qu'il eut été soigné, ce fut le mercredi, il ne mangea du tout rien jusqu'au samedi, auquel il commença à perdre la parole. Aussitôt que je le vis en cet état, je jugé que Notre-Seigneur le voulait bientôt appeler au ciel et je le veilla ceste nuit du samedi au dimanche, et pendant tout ce temps il ne retira jamais les yeux de dessus son crucifix qui était là; car à la pointe du jour du dimanche, lui ayant vue rendre un grand soupir je lui mis une chandelle bénite allumée dans sa main, et son âme sainte partit de ce misérable monde sans peine et sans travail, pour aller jouir de son Créateur et recevoir dans le repos bienheureux la récompense de ses travaux pour l'exaltation et la propagation de la foi et du saint nom de Jésus. Il mourut la nuit du dimanche sur les deux heures après minuit (1) le deuxième, décembre 1552, dans une chaumine de paille, dans l’ile de Sanciam, vis-à-vis de Canton....

1 Est-ce le traducteur, est-ce Antonio qui met la pointe du tour à deux heures du matin? Toutes les informations prises auprès des Portugais de la Santa-Cruz prouvent d'ailleurs que le saint mourut le 9 décembre, un vendredi, à deux heures après midi, et non après minuit. C'est évidemment une erreur du traducteur.


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Message  Monique Mer 8 Fév - 8:25


Après sa mort son visage était si agréable, si vermeil et si beau que je le tenais encore vivant, mais puisque Notre-Seigneur l'avait voulu enlever, j'en allai avertir le capitaine du vaisseau, et y ayant pris ce qui était nécessaire pour l'ensevelir, je le laissai étant tout en deuil et en tristesse de me voir privé d'une si douce et si amiable conversation qui était celle du Père, et m’en revins a son corps que je trouvai en même état que je l'avais laissé. Je le mis dans le suaire avec bien de la douleur et des larmes de tous ceux qui étaient présents.

Dans cette occupation m'étant souvenu de la coutume des Chinois qui mettent leurs morts dans un coffre bien fermé, je jugeai qu'il serait meilleur d'user de cette façon, Jorge Alvarez fut de mon sentiment, et ayant fait faire un coffre nous y mimes le corps du bienheureux Père, y étant assistés de deux hommes qui m'aidèrent à le lever, nous nous embarquâmes seuls dans un bateau et allâmes avec ce sacré dépôt à leur vaisseau qui appartenait à Diogo Pereira qui était de l'autre coté de l’ile, où la terre était plus propre pour la sépulture, nous y fîmes une fosse et nous y mis le corps : mais comme nous étions prêts à le fermer, il me vint à l'esprit que Notre-Seigneur voulait manifester les merveilles que vous savez. En même temps un de ces hommes qui étaient avec moi, nommé Jorge Mendez, me dit qu'il serait à propos de jeter dessus et dessous le corps saint dans la caisse de la chauvine afin de consumer la chair et qu'il ne restât que les os, lesquels sans doute quelqu'un désirerais avoir dans l'Inde.

Nous fûtes tous de son avis, et sans perdre de temps nous allâmes chercher quatre grands sacs de chaut que nous versâmes dans ce coffre lequel nous enlevâmes et enterrâmes, et après avoir bien battu la terre je mis dessus quelques pierres pour signal du lieu où était le bénin Père, et ainsi fut ensevelie le grand serviteur de Dieu par quatre hommes savoir deux mulâtres, c'est-à-dire qui sont nés d'un père européen et d'une mère asiatique, un Portugais et un Chinois; car les autres n'osaient sortir de leur cabane tant le froid était rigoureux. La sépulture se fit le même jour de son trépas sur le midi.


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Message  Monique Jeu 9 Fév - 7:53

Le saint corps demeura dessous la terre depuis ce jour jusqu'au 17 février que le temps était propre pour faire voile en l'Inde, et comme le même vaisseau où il était venu se préparait au départ, je dis au capitaine: Quoi donc, vous laisseriez ici dans cette ile le corps du Père François qui était si grand saint. Je sais bien, me répondit-il, qu'il était saint et que Notre-Seigneur a fait par lui plusieurs merveilles et prodiges, mais que voulez-vous, Antonio, que nous fassions ? le corps ne sera pas en état d'être transporté; j'enverrai néanmoins voir, et s'il est en état je ne veux partir sans le prendre. Il commande sur le champ à un Portugais auquel il se confiait, de le désenterrer et de lui apporter les os s'ils étaient déchainés, mais que s'il sentait mal, il le laissât et le remit sous terre. Cet homme allant ouvert la fosse et la caisse, il trouva le corps du Père tout entier aussi sain que nous l'avions mis, sans autre senteur que celle de la chaut.

Voyant ce miracle, il rendit grâce à Dieu qui conservait ainsi son serviteur, et retournant vers le capitaine, il apporta avec soie un morceau de la chair du saint corps, qu'il coupa comme je crois de sa cuisse affin qu'il jugeas de là en quel état était tout le corps. Le capitaine sentit ce morceau de chair sans y trouver aucune mauvaise odeur, et commanda qu'on lui apportas tout le corps comme il était dans la chaut, qu'on fermas le coffre et qu'on oignit de braie (1), afin qu'étant sur mer, il ne restas aucune mauvaise senteur. Cela étant fait nous partîmes pour Malacca.

Quand nous y arrivâmes on avait déjà sue par une jonque, qui est un petit bateau chinois, que le corps du saint Père venait dans notre vaisseau, beaucoup, ils résolurent de le recevoir avec plus de magnificence qu'ils pourraient; mais surtout son ami Diogo de Pereira à qui appartenait le vaisseau. Il faillait faire une grande quantité de cierges et préparer tout ce qui était nécessaire pour cette réception. D'autres vous diront mieux que moi cette solennité. Néanmoins puisque vous m'en demandez compte, je vous dirai ce que ma mémoire m'en fournit.

1 Braie. Toile goudronnée.
 

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Message  Monique Ven 10 Fév - 9:12

Nous arrivâmes à Malacà le 20 mars sur le midi, et parce que il était déjà tard pour recevoir le corps du Père, on remit au lendemain, se contentant pour ce jour de le porter du vaisseau à terre, dans une maison proche du port. Ce lieu fut bientôt rempli de peuple qui y accourait de toute la ville parce qu'on savait en quel état il était. Les vicaires vinrent aussi, et pour s’assurer si ce qu'on en disait était vrai, firent ôter toutes les planches du coffre où il était, excepté celles du fond, et l’ayant vue frais, vermeil et entier ils louèrent Notre-Seigneur.

Le jour suivant, tout le clergé vient le matin pour l'enlever avec des cierges, et l'appareil de Diogo de Pereira, et on le porta à Notre-Dame du Mont pour l'ensevelir. La procession était si belle et si nombreuse que jamais, dit-on, il s'en était vent une pareille dans Malacca. Étant arrivé à l'église on fit son office selon la coutume, et on l'enterra sans coffre pour la second fois avec la chaut dans la chapelle de Notre-Dame, et ils foulèrent et battirent la terre avec de gros leviers et lui rompirent et abaissèrent le nez dans l'état que vous l'avez vue à Goa, et lui crevèrent le coté droit, dans lequel comme vous savez un Père de la Compagnie à Goa ayant mis les doigts de la main droite, les en tira sanglants et parfumés d'une odeur toute céleste.

Le saint corps demeura ainsi depuis le 21 mars jusqu'au 15 d’août, que le Père Joam de Beiras et le Frère qui allaient aux Mollusques le découvrirent une nuit secrètement lorsque les vaisseaux devaient partir pour Goa, dans l'un desquels le Frère Manuel de Tavora l’enlevas. Pour les merveilles que Notre-Seigneur fit dans ce voyage, et pour la réception qu'on lui fit à Goa vous le savez mieux que moi pour l'avoir vue de nos yeux et y avoir assisté. Je ne dis que ce que j'ai vue excepté cette circonstance des doigts dans le coté, ayant été si heureux que de converser avec le Père Maistre François dans son voyage de la Chine et assisté à sa mort. Ce que je dis Notre-Seigneur m'est témoin que c'est la vérité même, bien que je ne dise pas toutes les merveilles qu'il a opérées par son saint. Plaise à Dieu de miséricorde par l'intercession de son saint serviteur, partant de ce monde, nous puissions aller où je crois qu'il est. Ainsi soit-il.


Notre-Seigneur soit avec vous mon très cher Père.
       
Le chinois Antonio DE SANTA FE.


Saint Francois de Xavier priez pour nous.

FIN
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