VIE DE SAINTE MARGUERITE-MARIE ALACOQUE DE L'ORDRE DE LA VISITATION SAINTE-MARIE

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Message  Monique Dim 21 Nov 2021, 8:21 am

L'humilité de Marguerite-Marie ne pouvait se résoudre à laisser découvrir que ce qu'elle avait écrit au Père de la Colombière s'était réalisé. En conséquence, elle pria Mlle de Bisefrand de retirer son billet. Mais le supérieur, le Père Bourguignet, s'en étant emparé après la mort du Père, répondit « qu'il donnerait plutôt toutes les archives de la maison que s'en défaire (2). »

Un autre témoignage de la vertu consommée du Père de la Colombière et de notre Sainte est consigné dans le « sentiment de la Soeur anglaise (1). » Il y est encore question de l'intervention surnaturelle de Soeur Marguerite-Marie pour retenir le Père à Paray, où Dieu voulait qu'il mourût. C'est dans ce document que se trouvent les lignes suivantes : « Ainsi, notre chère Soeur Alacoque est cause que Paray possède ce trésor, puisqu'il est proclamé saint par tout le peuple, bien qu'il ne puisse pas encore être canonisé. L'on espère qu'avec le temps il le sera (1). »

Mais voulons-nous savoir comment la Soeur Alacoque reçut le coup douloureux de la mort de son saint directeur ? La Mère Greyfié répond « Quand le Révérend Père de la Colombière mourut, cette chère Soeur perdait en lui le meilleur ami qu'elle eût au monde. Elle ne se troubla ni inquiéta nullement, parce qu'elle aimait ses amis pour la gloire de Dieu et pour leur avancement propre en son divin amour, et non pour son intérêt d'elle-même. Mais comme je pris garde qu'elle ne me demandait point de faire pour lui, comme pour d'autres, des prières et pénitences extraordinaires, je lui en demandai la cause. Elle me répondit d'un air doux et content : « Ma chère Mère, il n'en a pas besoin; il est en état de prier Dieu pour nous, étant bien placé dans le ciel, par la bonté et miséricorde du sacré Coeur de Notre Seigneur Jésus-Christ. Seulement, pour satisfaire à quelque négligence qui lui était restée en l'exercice du divin amour, son âme a été privée de voir Dieu, dès sa sortie de son corps jusqu'au moment qu'il fut déposé dans le tombeau. » La Mère Greyfié poursuit : « Je ne lui ai jamais ouï regretter, mais oui bien se réjouir de son bonheur éternel, auquel elle prenait part, en rendant grâce au sacré Coeur de Jésus-Christ de toutes celles qu'il avait faites à ce digne religieux en sa vie et en sa mort (1). »


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2. I, p. 151. Mgr Languet dit : « Le supérieur des jésuites, qui en connaissait le pris et qui en avait vu l'accomplissement, répondit qu'il sacrifierait plutôt toutes les archives de la maison que ce billet prophétique. » Vie de la Vénérable Mère Marguerite-Marie. Édition princeps 1729, P. 171.

1. Cette « Soeur anglaise » était une jeune veuve, pénitente du P. de la Colombière, qui l'adressa d'abord à. Paray, quand elle quitta l'Angleterre pour mettre son salut en assurance. Elle fit plus tard profession à la Visitation de Charolles, sous le nom de Soeur Claude-Marguerite Boucher ou Boucher.

1. I, P. 378, Mémoire de la Mère Greyfié. Cf. I, p. 152.


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Message  Monique Lun 22 Nov 2021, 6:11 am

Souvent, les nuits du jeudi au vendredi saint, Soeur Marguerite-Marie était sans le savoir un sujet d'admiration et d'étonnement pour toute la Communauté, car elle les passait devant le saint Sacrement, dans l'attitude d'une âme totalement absorbée en Dieu. Une seule chose avait alors pouvoir sur elle: l'obéissance. Si on venait lui dire : « Ma Soeur; notre Mère vous mande de vous aller chauffer, » elle y allait paisiblement pendant un quart d'heure, et revenait là où était demeuré son coeur, parce que là était son trésor. Plusieurs voulurent connaître ce que cette Sainte pouvait ainsi faire et penser toute la nuit et le lui demandèrent. A l'une, elle répondit : « Je suis si occupée de la Passion de Notre-Seigneur, que je ne sais pas si j'ai un corps dans ce temps-là, je ne le sens point » (2). A l'autre : « Ma chère Soeur, je m'occupe pour l'ordinaire des souffrances extrêmes qu'a souffertes notre divin Maître pour nous. D'autres fois, je me veux mal et à tous les pécheurs de nos ingratitudes à son égard (3). »

Mais écoutons encore la Mère Greyfié. Elle va nous en apprendre plus long à ce sujet : « Je me souviens qu'un jeudi saint, elle sortait d'une longue maladie, dont elle n'était pas encore remise, ni approchant (1). Néanmoins, elle me vint demander, par grande miséricorde, de veiller le saint Sacrement. Je ne vis nulle apparence qu'elle le pût faire; mais pour lui donner quelque consolation, je lui permis de se tenir au choeur depuis huit heures jusque après la procession de la ville (2). Elle accepta ce premier offre, et avec beaucoup d'humilité et de douceur, me pria de lui prolonger ce temps, disant qu'elle y serait une partie de la nuit pour moi et l'autre pour nos bonnes amies, c'était ainsi, qu'entre elle et moi, elle nommait les âmes du purgatoire, pour l'intérêt desquelles, et pour le mien encore, j'abandonnai la nuit à cette généreuse convalescente, qui ne manqua pas, à huit heures et demie, de prendre sa place au choeur, droit au-dessus du pupitre, et y demeura dès lors à genoux, les mains jointes, sans aucun appui, ni se remuer non plus qu'une statue, jusqu'au lendemain à l'heure de prime (3), qu'elle se mit en choeur avec les autres. Vous trouverez chez vous plusieurs témoins de cette vérité. Lorsqu'elle me rendit compte de sa disposition pendant tout ce temps, elle me dit que Notre-Seigneur lui avait fait la grâce d'entrer en participation de son agonie dans le jardin des Olives, et qu'elle avait eu tant à souffrir, qu'à tout coup, il lui semblait que son âme s'allait séparer de son corps (4). »

Les âmes du purgatoire ont occupé une place trop importante dans la vie de notre Sainte pour ne pas nous arrêter quelques instants sur un sujet si instructif. Notre-Seigneur on le sait avait comme livré sa bénie servante à ces pauvres âmes, pour être leur consolatrice et leur victime. On peut dire qu'elle en était habituellement environnée, ces grandes affligées s'adressant à elle en toute confiance, afin d'être secourues. Plusieurs des visions qu'elle en eut sont bien faites pour donner à réfléchir. Elle raconte entre autres celle-ci:

Une fois, « comme j'étais devant le saint Sacrement le jour de sa fête, tout d'un coup il se présenta devant moi une personne toute en feu, dont les ardeurs me pénétrèrent si fort, qu'il me semblait que je brûlais avec elle. L'état pitoyable où elle me fit voir qu'elle était en purgatoire me fit verser abondance de larmes. Il me dit qu'il était ce religieux bénédictin, qui avait reçu ma confession une fois, qu'il m'avait ordonné de faire la sainte communion, en faveur de laquelle Dieu lui avait permis de s'adresser à moi, pour lui donner du soulagement dans ses peines, me demandant, pendant trois mois, tout ce que je pourrais faire et souffrir, ce que lui ayant promis, après en avoir demandé la permission à ma supérieure, il me dit que le sujet de ses grandes souffrances était qu'il avait préféré son propre intérêt à la gloire de Dieu, par trop d'attache à sa réputation ; la seconde était le manquement de charité envers ses frères, et la troisième le trop d'affection naturelle qu'il avait eu pour les créatures et le trop de témoignages qu'il leur en avait donné dans les entretiens spirituels, ce qui déplaisait beaucoup à Dieu (1). »


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2. I, p. 530. Déposition de Soeur Marie-Rosalie de Lyonne. Procès de 1715.

3. I, P. 543. Déposition de Soeur Anne-Élisabeth de la Garde-Marzac. Procès de 1715.

1. C'était très probablement en 1682, par cséquent la nuit du 26 au 27 mars.

2. Vers 10 heures du soir.

3. Sept heures du matin.

4. I, . p358, Mémoire de la Mère Greyfié. Cf. I, pp. 194, 195.

1. Autobiographie, p. 106.


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Message  Monique Mar 23 Nov 2021, 7:24 am

Les trois mois qui suivirent furent pour Marguerite-Marie trois mois du plus cuisant martyre. Il lui semblait vivre dans le feu. Mais ce martyre de flamme eut sa floraison de grâces. Au bout de ce temps, comblé de joie et de gloire, le religieux délivré s'en alla jouir du bonheur éternel. Remerciant sa libératrice, il lui promit de la protéger devant Dieu.

Les prisons de la divine justice n'étaient pas des lieux fermés pour la confidente du Coeur de Jésus ; bien souvent, Notre-Seigneur lui faisait voir ce qui s'y passait. Après la mort d'une Soeur du monastère, Soeur Jeanne-Françoise Deltufort de Sirot, elle fut comme terrifiée par l'apparition et les aveux de la défunte, dont l'agonie avait été effrayante. Sans la sainte Vierge, son âme eût été perdue. Le démon croyait déjà la tenir entre ses griffes. Révélant à la charitable Soeur Alacoque ce qu'elle endurait au purgatoire, elle lui dit : « Bien que je souffre pour plusieurs choses, il y en a trois qui me font plus souffrir que tout le reste. La première est mon voeu d'obéissance, que j'ai si mal observé, que je n'obéissais qu'en ce qui me plaisait; et telles obéissances ne sont qu'à condamnation devant Dieu. La seconde est mon voeu de pauvreté, ne voulant pas que rien me manquât, donnant à mon corps plusieurs soulagements superflus... Ah!... que les religieuses qui veulent avoir plus que la vraie nécessité et qui ne sont pas parfaitement pauvres sont odieuses aux yeux de Dieu! La troisième chose, c'est les manquements de charité et pour avoir causé de la désunion et en avoir eu avec les autres. Et pour cela les prières que l'on fait ici ne me sont pas appliquées, et le sacré Coeur de Jésus-Christ me voit souffrir sans compassion, parce que je n'en avais point de ceux que je voyais souffrir (1). » Cette pauvre Soeur avait sans doute été une de celles qui persécutèrent la Servante de Dieu, et maintenant c'est à elle que cette âme infortunée s'adresse pour être soulagée !

La charité de Soeur Marguerite-Marie s'étendait à toutes ces malheureuses détenues de la justice suprême. « Je ne les nomme que mes amies souffrantes, » écrit-elle à la Mère de Saumaise (2).

Priant pour deux personnes qui avaient été en considération dans le monde, elle en vit une condamnée à un long purgatoire. Toutes les prières et tous les suffrages offerts à Dieu pour son repos étaient appliqués aux âmes de quelques familles de ses sujets, qui avaient été ruinées par son. défaut de charité et d'équité. Rien ne leur étant resté afin de faire prier Dieu pour leurs défunts, le Seigneur avait résolu d'y suppléer ainsi.


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1. II, pp. 287, 288.
2. II, p. 269.


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Message  Monique Mer 24 Nov 2021, 7:57 am

Un premier jour de l'an, la Sainte priait pour trois amies décédées, dont deux étaient religieuses et l'autre séculière. « Laquelle veux-tu que je délivre pour tes étrennes ? » lui dit Notre-Seigneur (1). Elle, s'abaissant profondément, le pria de faire lui-même ce choix. Alors, il délivra l'âme de la personne séculière, déclarant qu'il avait moins de peine à voir souffrir des âmes religieuses, parce qu'il leur avait donné, pendant leur vie, plus de moyens de se purifier par l'observance de leurs règles.

Les connaissances surnaturelles de la Soeur Alacoque relativement aux âmes du purgatoire étaient si manifestes que des personnes du dehors venaient s'informer d'elle de l'état de leurs parents décédés. Humblement, la Soeur répondait : « Est-ce que je sais ce qui se passe en purgatoire ! » Cependant, quelque temps après, elle disait aux uns : « Dieu a fait une grande grâce à un tel; il l'a mis dans son paradis et il n'a été qu'un tel temps dans le purgatoire. Elle exhortait les autres à continuer leurs prières (2)... »

La femme du docteur Billet, étant décédée, apparut à la Servante de Dieu, lui demanda des prières et la chargea de faire savoir à son mari . deux choses secrètes, concernant la justice et son salut. La Mère Greyfié répugnait à de tels messages et ne voulut rien transmettre de celui-ci. Peu après, nouvelle apparition de la défunte à la Soeur Alacoque et nouvelle résistance de la supérieure.

Mais la nuit suivante, un bruit si horrible se fit entendre dans la cellule de cette dernière, qu'elle en pensa mourir d'effroi, et revenue à elle, s'empressa d'avertir le docteur.

Il semble que la Mère Greyfié n'eût plus rien à souhaiter pour être convaincue dé la vérité de toutes les grâces que recevait Soeur Marguerite-Marie. Mais non ! Placée de Dieu auprès d'elle, pour la passer au crible, si l'on peut ainsi dire, cette virile supérieure va, une fois encore, exiger preuve sur preuve ; et parce que, dans tout ceci, elle n'est que l'instrument dont l'Esprit-Saint se sert, pour révéler à tous quelle âme est celle qu'il travaille de la sorte, la Mère Greyfié obtiendra tout ce qu'elle demandera, malgré ce qui semble téméraire dans sa conduite. Voici le fait...


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1. I, p. 378

2. I, p. 531. Déposition de Soeur Marie-Rosalie de Lyonne. Procès de 1715.


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Message  Monique Jeu 25 Nov 2021, 8:28 am

Les infirmités de notre Sainte furent telles, durant toute l'année 1682, qu'elles ne lui laissaient pas quatre jours de suite sans l'arrêter. Le 21 décembre, jour de Saint-Thomas, elle était si faible qu'on. aurait pu croire à une mort prochaine. La Mère Greyfié vient trouver la malade à l'infirmerie et lui remet un billet, lui disant de faire ce qu'il contenait. Notre-Seigneur avait été le premier à le lui annoncer. Soeur Marguerite-Marie ouvre cependant le papier et lit ce qui suit

« Je vous commande, en vertu de sainte obéissance, que vous demandiez à Dieu qu'il me fasse connaître si ce qui se passe et s'est passé en vous depuis que je suis chargée de votre conduite, est de son esprit et de son mouvement ou de celui de la nature, et que, pour signe que le tout est de Dieu, il suspende vos maux corporels, pendant l'espace de cinq mois seulement, sans que vous ayez, pendant ce temps-là, besoin de remèdes ni de quitter le train ordinaire de la règle. Mais que, si ce n'est pas Dieu, mais la nature qui agit en votre intérieur et extérieur, il vous laisse, selon votre coutume, tantôt d'une manière, tantôt de l'autre. Ainsi, nous resterons sûres de la vérité. (1) »

Rapportant la chose, Soeur, Marguerite-Marie ajoute : « L'on me fit donc sortir de l'infirmerie, avec des paroles telles que Notre-Seigneur les inspirait, pour les rendre plus sensibles et mortifiantes à la nature. Je présentai donc ce billet à mon Souverain, lequel n'ignorait pas ce qu'il contenait et il me répondit : Je te promets, ma fille, que pour preuve du bon esprit qui te conduit, je lui aurais bien accordé autant d'années de santé qu'elle m'a demandé [de mois] et même toutes les autres assurances qu'elle m'aurait voulu demander. Et, droit à l'élévation du saint Sacrement, je sentis, mais très sensiblement [que] toutes mes infirmités m'étaient ôtées, à la façon d'une robe que l'on m'aurait dévêtue et laquelle serait demeurée suspendue. Et je me trouvai dans les mêmes force et santé d'une personne très robuste, laquelle depuis longtemps n'aurait été malade, et passai ainsi le temps que l'on avait souhaité, après lequel je fus remise dans les dispositions précédentes (2). »


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1. I, pp. 394, 395, Ecrits de la Mère Greyfié. Cf. I, p. 187.

2. Autobiographie, pp. 112,113


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Message  Monique Ven 26 Nov 2021, 7:51 am

Le 21 mai 1683, les cinq mois étaient révolu: La Mère Greyfié eut lieu d'être satisfaite, puisque tout se passa selon le programme qu'elle avait elle-même dressé. Elle redemanda son billet à Soeur Marguerite-Marie et y traça les lignes sui vantes : « Ce vingt-cinquième mai, j'avoue que j'a remarqué en vous une santé telle que je vous avais recommandé de la demander à Dieu et que, par ce signe manifeste, je dois être persuadée que la bonté et miséricorde incompréhensible du Coeur sacré de Jésus est l'autrice de ce qui s'est passé et si passe en votre âme jusqu'à présent. Je le veux ainsi croire ; mais je vous commande de nouveau de prier Dieu le Père, par Notre-Seigneur Jésus Christ, que pour l'amour de lui et encore pour m'affranchir de tous doutes, il vous continue la santé jusqu'à l'année complète de cette obéissance première. Passé cela, je vous abandonne à tout ce qu'il voudra faire de votre corps ; mais j'ai besoin, de ce temps pour mon entière assurance (1). »

L'année 1683 fut donc une année de santé pour la Servante de Dieu. Mais, la priva-t-il pour cela du bienfait sans égal de la souffrance ? Oh! non ! Et puisqu'elle était alors plus spécialement donnée aux âmes du purgatoire, la douleur, comme un feu intelligent, semblait réduire en cendres les parties les plus délicates de son être moral. Un tel travail intérieur ne se supporte pas sans d'indicibles peines. Cependant, son âme goûta aussi de célestes consolations, par la vue du bonheur éternel réservé à certaines privilégiées, au sortir du purgatoire.

Le 5 février 1683, la Mère Philiberte-Emmanuel de Monthoux, supérieure du premier monastère d'Annecy, mourait saintement. Toutefois, elle avait encore à se purifier avant de paraître devant Dieu. Notre-Seigneur montra à Soeur Marguerite-Marie que les prières et les bonnes oeuvres, offertes pour cette vénérée Mère dans tout l'Ordre de la Visitation, lui apportaient de grands soulagements. Le jeudi suivant, 15 avril, il lui sembla voir cette âme sous le calice qui renfermait l'hostie consacrée, et y recevant l'application des mérites de la nuit d'agonie du Sauveur. Le jour de Pâques, elle la revit, bien près d'être entièrement libérée. Enfin, le 2 mai, dimanche du Bon-Pasteur, elle la contempla allant comme se noyer et s'abîmer dans la gloire, avec une autre défunte, qui était du monastère de Paray, Soeur Jeanne-Catherine Gâcon, décédée le 18 janvier précédent. Montant au ciel, cette chère Soeur répétait

« L'amour triomphe, l'amour jouit; l'amour en Dieu se réjouit ! »

La Mère Anne-Séraphine Boulier, étant morte au monastère de Dijon le 7 septembre 1683, notre Sainte ne put s'en attrister, « la croyant jouissante de son souverain Bien (1). » Elle eut, en effet, connaissance de la récompense éternelle de cette âme, et, un peu plus tard, elle écrivit encore à son sujet : « Je la crois bien haute dansla gloire et dans le rang de ces séraphins, destinés à rendre un perpétuel hommage au sacré Coeur de Notre-Seigneur Jésus-Christ (1). »


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1. I, p. 395, Ecrits de la Mère Greyfié. Cf. I, p. I88.
1. II, p. 272.
1. II. p. 288.


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Message  Monique Sam 27 Nov 2021, 7:36 am

Au mois d'avril 1684, la jeune Antoinette-Rosalie de Sennecé, élevée au monastère de Paray comme Soeur du petit habit, tomba dans un accident d'apoplexie et un sommeil léthargique qui mirent hors d'espoir de lui pouvoir administrer les derniers sacrements. Toute la Communauté, qui chérissait cette aimable enfant, était dans la consternation. La Mère Greyfié, pour obtenir la grâce que la petite malade recouvrât l'usage de la raison, commanda à la Soeur Alacoque de promettre à Notre-Seigneur ce qu'il lui montrerait désirer. Elle n'eut pas plus tôt accompli cette obéissance que le Souverain de son âme l'assura qu'il accorderait la faveur sollicitée, « pourvu que je lui promisse trois choses, lesquelles il voulait absolument de moi, » dit-elle. « La première, de ne jamais refuser d'emploi dans la religion; la seconde, de ne point refuser d'aller au parloir, ni d'écrire, qui était la troisième. A cette demande, je confesse que tout mon [être] frémit, pour grande répugnance et aversion que j'y sentais, Et je répondis : O mon Seigneur! vous me prenez bien par mon faible, mais je demanderai permission, laquelle ma supérieure me donna d'abord, quelque peine que je lui en pusse faire paraître, et il m'en fit faire une promesse en forme de voeu, pour ne m'en pouvoir plus dédire; mais, hélas ! combien d'infidélités n'y ai-je pas commises, car il ne m'ôta pas pour cela la peine que j'y sentais, qui a duré toute ma vie, mais la Soeur reçut ses sacrements (1). »

Il faut noter cependant, que parfois, cette répugnance de Soeur Marguerite-Marie pour le parloir avait ses exceptions. La Mère Greyfié nous en donnera un exemple : « Le Révérend Père dé la Pérouse étant venu à Paray, désira de lui parler et la voir, sur l'estime que le Révérend Père de la Colombière lui avait témoigné faire de cette chère défunte ; et l'ayant entretenue, il me fit l'honneur de me voir quelques jours après, pour me remercier de lui avoir donné cette consolation, m'assurant que, sans qu'il eût rien dit à cette vertueuse défunte de ses dispositions; elle lui avait parlé comme si elle avait lu dans son intérieur. Je voulus savoir d'elle si elle avait été bien mortifiée, comme à son ordinaire, lorsque je l'avais fait appeler pour le parloir, pour aller près de lui. Elle me répondit d'un air dégagé et gai que non, parce que Notre-Seigneur lui avait fait connaître que ce religieux était très aimé de son divin Coeur. Elle me dit, dans une autre occasion, chose à peu près semblable du Révérend Père Rolin (2). »

A l'Ascension de 1684, la Mère Greyfié achevait à Paray ses six années de gouvernement et était élue supérieure à Semur-en-Auxois. On peut lui rendre le témoignage qu'elle avait poussé jusqu'aux dernières limites les expériences qu'elle avait cru devoir faire des voies exceptionnelles de la Soeur Alacoque. En ce genre, rien ne restait à faire. L'épreuve avait toujours été victorieuse. Cette supérieure pouvait cesser de commander à cette fille d'obéissance, mais elle ne cesserait jamais de l'aimer ni de croire à la vérité de la mission qu'elle avait reçue de Dieu. Voilà donc encore une âme gagnée au Coeur de Jésus, et quelle âme! Déjà, la Mère Greyfié a un nom dans son Ordre et elle est appelée à voir son influence y grandir bien davantage. Après Semur, où elle restera six ans, elle sera supérieure au second monastère de Rouen de 1681 à .1697 ; elle finira par l'être au premier monastère d'Annecy. de 1700 à 1706, puis de 1712 à 1717, c'est-à-dire jusqu'à sa mort. Ainsi, à l'ombre même des tombeaux des saints fondateurs, elle pourra redire tout ce qu'elle sait de la dévotion au Sacré Coeur, s'en faisant l'apologiste et l'apôtre. Elle aura de quoi déposer en faveur des révélations de son humble fille de Paray, et, le moment venu, elle n'y faillira pas !


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1. Autobiographie, p. 110. Cette « petie Soeur » de Sennecé était une enfant privilégiée, qui avait fait voeu de chasteté à sept ans. Elle en avait treize, quand elle mourut le 26 avril 1684, après avoir prononcé conditionnellement les trois voeux de religion.

2. I, p. 374, Mémoire de la Mère Greyfié. Cf. I, p. 301. Le Père Rolin passa une première fois une année en résidence à Paray, du temps de la Mère Greyfié, 1683-1684.


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Message  Monique Hier à 8:14 am

CHAPITRE VI.

LA LUMIÈRE EST MISE SUR LE CHANDELIER.
LA SERVANTE DE DIEU EST ÉLUE ASSISTANTE UNE PREMIÈRE FOIS,
PUIS NOMMÉE MAITRESSE DES NOVICES.
TRIOMPHE DU SACRÉ COEUR DANS LA COMMUNAUTÉ DE PARAY. 1684-1686.



********

Le départ de la Mère Greyfié fut pour Soeur Marguerite-Marie une rude épreuve, à l'inverse du sens que l'on a coutume d'appliquer à ce mot. Expliquons-nous. La Mère Péronne-Rosalie venait d'être remplacée, à la tête de la Communauté de Paray, par la Mère Marie-Christine Melin, professe du monastère. Ce qui distinguait cette vraie fille de saint François de Sales, c'était une douceur incomparable. Depuis longtemps, grande admiratrice des vertus de la Servante de Dieu, elle jugea qu'il ne fallait pas laisser davantage une telle lumière sous le boisseau. Elle proposa donc au Chapitre la Soeur Alacoque pour assistante, et l'élection ratifia le choix de la nouvelle supérieure. Or, pour une âme toute d'humilité, comme était celle de notre Sainte, se sentir revêtue d'une charge qui comporte certains petits honneurs, c'était une intime souffrance. Ce qui lui en était une bien plus grande encore, c'était de se voir privée de ce pain délicieux de la correction, dont la Mère Greyfié lui avait été extraordinairement libérale. Tout cela réuni lui devient une peine si étrange, qu'elle ne peut s'empêcher de la verser dans le coeur de son ancienne Mère, et elle lui écrit, avec le plus filial abandon : « Il me semblait que je vivais en assurance sous votre conduite, parce qu'elle me faisait toujours marcher à rebours de mes inclinations naturelles, et c'est ce qui faisait plaisir à cet esprit duquel je crois être conduite, qui me voudrait toujours voir abîmée dans toutes sortes d'humiliations, souffrances et contradictions ; autrement il ne me donne point de repos. La nature n'y trouve pas son compte, à tout cela; mais cet esprit qui gouverne le mien ne peut souffrir que j'aie aucun plaisir que celui de n'en avoir point. (1) »

Comme pour se dédommager de remplir une charge honorable aux yeux des créatures, Soeur Marguerite-Marie aimait à s'appliquer en tout aux plus bas offices de la maison, allant s'offrir aux Soeurs de la cuisine, tant pour les aider à porter leur bois et laver la vaisselle que pour d'autres travaux. Un jour, qu'elle était plus occupée que de coutume et en train de balayer le choeur, ces bonnes Soeurs vinrent la prier de leur donner du secours. Volant où la charité l'appelait, elle ne prit pas même le temps de relever les balayures, et ne put retourner achever sa besogne avant que l'office sonnât. En entrant, la Communauté trouva ainsi les choses tout en désordre. L'humble assistante en fut sensiblement mortifiée, mais « c'était pour l'ordinaire sa récompense, » remarquent les Contemporaines (1). Cependant, elle s'acquittait des devoirs de sa charge à la satisfaction générale.



1. I, p. 369. Lettre à la Mère Greyfié, citée dans son Mémoire. Cf. 1, p. 209, II, pp. 277, 278.
1. I, p. 193.


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