VIE DE SAINTE MARGUERITE-MARIE ALACOQUE DE L'ORDRE DE LA VISITATION SAINTE-MARIE

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Message  Monique Sam 02 Oct 2021, 7:00 am

Ailleurs, revenant sur cette grâce immense que lui fit Notre-Seigneur, la Sainte écrit ces mots : « Il me dit que je ne devais rien craindre, parce qu'il me promettait une des plus grandes grâces qu'il eût jamais [faites] à aucun de ses amis, qui était de me gratifier de sa présence actuelle et continuelle (2). »

Puis Notre-Seigneur l'avertit comment il la punira de ses fautes : « Lorsque tu feras des fautes, je les purifierai par les souffrances, si tu ne le fais par la pénitence et je ne te priverai point de ma présence pour cela, mais je te la rendrai si douloureuse qu'elle tiendra lieu de tout autre supplice.

« Et dans ce moment, il effectua si bien sa promesse qu'il m'était toujours présent. Et je le sentais toujours proche de moi, comme si l'on était proche de quelqu'un que les ténèbres de la nuit empêcheraient de voir des yeux du corps. Mais la vue perçante de l'amour me le fit voir et sentir d'une manière bien plus aimable et certaine et de différentes manières (1). »

« Je ne me souciais plus ni du temps ni du lieu, depuis que mon Souverain m'accompagnait partout, » lisons-nous dans l'Autobiographie. « Je me trouvais indifférente à toutes les dispositions que l'on pût faire de moi; étant bien sûre que, s'étant ainsi donné à moi sans aucun mien mérite de ma part, mais par sa pure bonté, et que, par conséquent on ne me le pourrait pas ôter, cela me rendait contente partout (2). »

Après sa profession, Soeur Marguerite-Marie passa successivement dans les divers emplois du monastère (3). « Partout elle s'y soutint avec sa ferveur ordinaire, » disent les Contemporaines (4) ; mais partout aussi, elle recueillit la myrrhe des souffrances et des humiliations. Jamais cependant elle ne se sentait rassasiée de ce côté-là.

Nommée d'abord aide à l'infirmerie, elle confesse ingénument que Dieu seul peut connaître ce qu'elle y eut à souffrir, tant de la part de mon naturel prompt et sensible, » écrit-elle, « que de celle des créatures et du démon, lequel me faisant souvent tomber et rompre tout ce que je tenais entre les mains, et puis se moquait de moi, en me riant quelquefois au nez : Oh la lourde ! tu ne feras jamais rien qui vaille ! Ce qui jetait mon esprit dans une tristesse et abattement si grand que je ne savais que faire, car souvent il m'ôtait le pouvoir de le dire à notre Mère, parce que l'obéissance abattait et dissipait toutes [ses] forces (1). »


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2. II, p. 568. Lettre au P. Croiset, 3 novembre 1689.
1. II, pp. 568, 569. Lettre au P. CrOiset, 3 novembre 1689.
2. Autobiographie, p. 66.
3. Elle les a tous exercés pendant sa vie religieuse, à l'exception de la charge de supérieure et de l'office de portière.
4. I, p. 100.
1. Autobiographie, p. 81.


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Message  Monique Dim 03 Oct 2021, 8:09 am

La Soeur infirmière était alors Soeur Catherine-Augustine Marest. En la plaçant d'office à côté de la Soeur Alacoque, la Providence ne pouvait rapprocher deux personnes dont le caractère fût plus diamétralement opposé. Notre Sainte eut donc beaucoup à souffrir à l'infirmerie. Est-ce à dire qu'elle n'y fit rien souffrir elle-même ? Il faudrait être dépourvu de sens pratique pour le penser. Si nous nous mettons impartialement à la place de la Soeur Marest, prenant soin de noter que c'était une nature exceptionnellement virile et décidée, nous devrons reconnaître que, pour une officière de cette trempe, n'être secondée que d'intention et de bonne volonté de la part de son aide, sans l'être presque jamais d'effet ni d'opération, c'était plutôt être exercée que secourue. Et dans le cas présent, il n'y avait remède; car une âme que Dieu emplit toujours et absorbe tellement qu'elle vit « plus là où elle aime que là où elle anime (1), » cette âme-là sera toujours hors de son élément dans le contact quotidien avec les choses extérieures. Telle était celle de la jeune professe. Et ce qui aiguisait sa souffrance, elle se rendait parfaitement compte de tout cela, ressentant au double-les heurts dont elle était cause, bien qu'elle ne pût rien y changer. Mais puisque, quand il s'agit de sanctifier ses élus, Dieu bouleverserait plutôt le monde que de laisser cette sanctification en arrière, rien ne doit nous étonner dans le plan qu'il adoptera toujours pour faire arriver Marguerite-Marie où il la veut. Grandes lignes, détails, tout est divinement coordonné, afin que l'esprit, le corps et le coeur de sa bien-aimée soient toujours en état de sacrifice.

Dès maintenant, il est bon de nous rappeler le témoignage que rendra dans la suite la Mère Greyfié, plus à même que toute autre, peut-être, de se prononcer en cette matière et de nous faire le portrait moral de la Servante de Dieu. Cette grande supérieure dira donc : « Elle était naturellement Saint Augustin, bien avant, aurait dit : Anima verius est ubi amat quam ubi animat. judicieuse et sage et avait l'esprit bon, l'humeur agréable, le coeur charitable au possible : en un mot, l'on peut dire que c'était un sujet des mieux conditionnés pour bien réussir à tout, si le Seigneur ne l'eût exaucée en sa demande d'être inconnue et cachée dans l'abjection et la souffrance (1). »

De son côté, le Père Croiset écrira un jour « Dieu lui avait donné beaucoup d'esprit, un jugement solide, fin et pénétrant, une âme noble, un grand coeur (2). » Ainsi, c'est un fait bien constaté la Soeur Alacoque n'était pas une personne à l'esprit étroit et borné, d'une humeur chagrine et mélancolique, comme quelques-uns se la représentent. C'était une fille de jugement, une religieuse aimable; mais une permission spéciale de Dieu sur elle voulait que toutes ses heureuses qualités disparussent ordinairement sous le voile de l'humiliation.


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1. Saint François de Sales, DÉFENSE DE L'ESTENDART DE LA SAINTE CROIX, Livre II, ch. III, p. 114. Édition du Ier monastère d'Annecy, MDCCCXCII. Cf. TRAITTÉ DE L'AMOUR DE DIEU. Même édition, MDCCCXIV. T. I, Livre V, ch. III, p. 267.

1. Vie et uvres, I, p. 385. Mémoire de la Mère Greyfié. Le manuscrit autographe n'existe plus, mais les Archives de la Visitation de Paray en possèdent une très précieuse copie dans un de leurs plus anciens manuscrits, le ms. 6. C'est ce texte que nous citerons toujours et qui a été reproduit intégralement dans le T. I de Vie et Oeuvres.

2. ABBREGÉ DE LA VIE D'UNE Religieufe de la Visitation de fainte Marie, De laquelle Dieu s'eft fervi pour l'établiffement de la devotion au Sacré Coeur de JÉSUS-CHRIST, décedée en odeur de fainteté le 17 Octobre de l'année 1690, p. 7. Lyon, M.DC.XCI.


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Message  Monique Lun 04 Oct 2021, 7:31 am

En revanche, les communications entre Jésus-Christ et cette âme sont incessantes. Mais il faut avouer qu'elles se passent sur un terrain bien, différent de celui où nous vivons habituellement. Un jour, après la sainte comdaigna demander à Soeur Marguerite-Marie de lui réitérer le sacrifice qu'elle lui avait déjà fait de sa liberté et de tout son être. « Ce que je fis de tout mon Coeur, pourvu, lui dis-je, ô mon souverain Maître, que vous [ne] fassiez jamais rien paraître en moi d'extraordinaire, que ce qui me pourra le plus causer d'humiliation et d'abjection devant les créatures et me détruire dans leur estime : car hélas ! mon Dieu, je sens ma faiblesse, je crains de vous trahir et que vos dons ne soient pas en sûreté dans moi. Ne crains rien, ma fille, me dit-il, j'y mettrai bon [ordre], car je m'en rendrai le gardien moi-même et te rendrai impuissante à me résister. Eh quoi ! mon Dieu, me laisserez-vous toujours vivre sans souffrir? (1) » Alors Notre-Seigneur lui montra une grande croix toute couverte de fleurs, l'assurant que ces fleurs tomberaient peu à peu et qu'il ne lui resterait que les épines. Ce lui fut une annonce qui ravit son âme, au lieu de l'effrayer.

Qu'on ne croie pas que, parmi tant de faveurs célestes, Soeur Marguerite-Marie négligeât la pratique des plus humbles et basses vertus, véritable et solide fondement de son Ordre. En janvier 1673, saint François de Sales se plut à lui donner de nouvelles lumières à ce sujet. Il lui montra que les vertus qu'il avait toujours le plus souhaitées à ses filles étaient celles qui l'avaient lui-même tenu continuellement uni à Dieu : c'est-à-dire la charité envers Dieu et le prochain et la plus profonde humilité. A cette toute jeune professe, déjà le saint fondateur confie un douloureux secret. Il se plaint qu'on est déchu de ce double esprit qu'il s'était efforcé d'implanter dans sa génération spirituelle, et il enseigne comment on pourra l'y remettre en vigueur. Il reconnaît donc bien Soeur Marguerite-Marie pour vraie fille de la Visitation. Qui sait si le Dieu des miséricordes n'avait pas déjà dévoilé aux regards du grand évêque, qu'en un avenir prochain, le Coeur de Jésus se donnerait à ce cher Institut de la Visitation, et que ce serait par le moyen de cette humble enfant qui, depuis trois mois à peine, avait prononcé les trois voeux de religion ?

La Mère de Saumaise, voyant que sa chère fille continuait à recevoir de telles grâces extraordinaires, lui ordonna d'écrire ce qui se passait dans son intérieur. La Soeur y eut tout d'abord une extrême répugnance. Notre-Seigneur l'en reprit, lui disant : « Pourquoi refuses-tu d'obéir à ma voix et d'écrire ce qui vient de moi et non de toi, qui n'y as aucune part qu'une simple adhérence ? Considère ce que tu es et ce [que] tu mérites, et tu pourras connaître d'où vient le bien que tu possèdes. Pourquoi crains-tu, puisque je t'ai donné pour asile le lieu où tout est rendu facile ? (1) » Elle obéit donc. C'est grâce aux pages qu'elle écrivit alors que nous pouvons plus sûrement la suivre dans les premières années de sa vie religieuse. Malheureusement ce Mémoire n'existe plus dans le manuscrit autographe. Il n'en reste que d'anciennes copies qui ne sont pas irréprochables; mais elles ont pourtant leur valeur. Détachons-en quelques passages; ils nous seront une nouvelle révélation de ce qui occupe l'âme des saints.


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1. Autobiographie, pp. 65-66.munion, Notre-Seigneur
1. II, pp. 232, 233.


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Message  Monique Mar 05 Oct 2021, 7:25 am

« Une veille de communion, je demandai à mon Jésus d'unir mon coeur au sien, puisque c'était là toute ma prétention. Et, me disant comme se pourrait-il faire d'unir le néant au Tout. Je sais que cela ne se peut que par votre amour.  Et, me faisant voir par la suprême pointe de l'entendement ce beau Coeur plus éclatant qu'un soleil et d'une infinie grandeur et un petit point qui ne semblait qu'un atome et qui était tout noir et défiguré, mais qui faisait tous ses efforts pour s'approcher de cette belle lumière ; mais c'était en vain, si ce Coeur amoureux ne l'eût attiré lui-même en disant:  Abîme-toi dans ma grandeur et prends garde de n'en jamais sortir, parce que, si tu en sors, tu n'y rentreras plus. Et je trouve mon coeur tellement lié à l'oraison, que je suis quelquefois comme si je n'en avais plus de jouissance, et dans une paix si grande que je n'ai d'autre inquiétude que de [ne] pas aimer mon Dieu et que je n'emploie pas bien mon temps en l'exercice de son saint amour. Et m'imaginant quelquefois que c'était le démon qui me tenait ainsi, je disais à Dieu : Faites-moi connaître les ruses du démon, afin que je les évite! Mais, mon Bien-Aimé m'a fait entendre que le démon ne pouvait connaître  l'intérieur, que lorsque l'on en donnait quelque signe extérieur, et qu'il ne pouvait donner la paix à un coeur (1). »

Soeur Marguerite-Marie était sujette à des extinctions de voix qui l'empêchaient de chanter l'office, ce qui lui était fort sensible. La veille de la Visitation, Ier juillet 1673, il y avait déjà longtemps qu'elle subissait cette privation, qu'elle regardait comme un châtiment. Ayant fait de vains efforts pour essayer de suivre le choeur au début des matines et ne pouvant y réussir, elle s'anéantit dans le sentiment de l'adoration. Tout à coup, pendant le Te Deum, tandis qu'elle tenait ses bras modestement croisés dans ses manches, une divine lumière vint s'y reposer sous la figure d'un petit enfant éclatant comme un soleil. Transportée d'un tel spectacle, elle dit, « dans un profond silence : Mon Seigneur et mon Dieu, [par] quel excès d'amour abaissez-vous ainsi votre grandeur infinie ? e viens, ma fille, te demander pourquoi tu me dis si souvent de ne me point approcher de toi ? Vous le savez, ó mon Souverain, que c'est que je [ne] suis pas digne de m'approcher de vous, et bien moins de vous toucher. Apprends que, plus tu te retires dans ton néant, plus ma grandeur s'abaisse pour te trouver. » Craignant que ce ne fût un ange de Satan, l'humble Marguerite s'écria: « Si c'est vous, ô mon Dieu, faites donc que je chante vos louanges! » A l'heure même, la voix lui revint, plus libre et plus forte que jamais. L'heureuse privilégiée poursuivit le chant du Te Deum avec le choeur, et le reste des matines se passa ainsi, sans que toutes les caresses que lui prodiguait alors le divin Enfant la détournassent un instant de l'attention respectueuse qu'elle devait au saint office. Notre-Seigneur l'en bénit, disant : « J'ai voulu éprouver le motif dont tu récites mes louanges ; car si tu te fusses tenue un peu moins attentive à les dire, je me serais retiré.

« Ayant gardé ma voix assez longtemps, » poursuit-elle, « je la perdis une seconde fois et, l'ayant demandée à Notre-Seigneur, il me fut répondu qu'elle n'était pas à moi, et qu'il me l'avait prêtée pour m'obliger à croire, et que je devais demeurer contente en la perdant comme en la possédant et j'en suis demeurée depuis a dans l'indifférence (1). » C'est qu'elle ne trouvait rien de plus profitable à une âme que ce parfait abandon pour toutes choses (2). »


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1. II, p. 131.
1. II, pp. 139, 140. Cf. I, pp. 109, 110.
2. I, p. III.


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Message  Monique Mer 06 Oct 2021, 7:13 am

Cette maxime, elle la tenait de Notre-Seigneur lui-même, car il lui avait donné à entendre que c'était à elle à se soumettre indifféremment à tous lés vouloirs de son Dieu, sans se mêler de lui donner des lois, et il avait ajouté : « Je te ferai comprendre dans la, suite que je suis un sage et savant directeur, qui sais conduire les âmes sans danger, lorsqu'elles s'abandonnent à moi en s'oubliant d'elles-mêmes (3). » Et il réprimait en celle-ci jusqu'à l'ombre d'une imperfection. Un jour de Pâques, l'emploi de notre Sainte l'empêchant de faire l'oraison avec la Communauté, cela excita en elle un petit mouvement de chagrin. La leçon divine ne se fit pas attendre. « Sache, ma fille, que l'oraison de soumission et de sacrifice m'est plus agréable que la contemplation, » lui dit son souverain Maître (1).

Il n'est pas possible de rapporter tous les enseignements qu'elle reçut de cette bouche adorable, non plus que d'énumérer toutes les visions dont elle fut gratifiée. Qu'il suffise de dire que, de jour en jour, Notre-Seigneur1ui faisait faire un pas de plus dans le sublime et mystérieux sentier qui devait la conduire aux grandes révélations du Sacré Coeur. Déjà, il le lui manifestait, ce Coeur divin, et bien que ce ne fût encore que d'une manière qui dût lui rester intime et personnelle, Marguerite-Marie n'en commençait pas moins à se sentir consumée du désir de publier partout l'amour du Coeur de son Dieu.

Un jour, une voix intérieure lui disait sans cesse qu'elle était sur le bord d'un précipice. Ne comprenant pas comment se l'expliquer à elle-même, elle confie sa peine à Notre-Seigneur : « Unique Amour de mon âme, faites-moi connaître ce qui m'inquiète! » A l'oraison, Notre-Seigneur se présente à elle tout couvert de plaies, lui disant de regarder l'ouverture de son sacré Côté, qui était un. abîme sans fond, creusé par une flèche sans mesure, celle de l'amour. Si elle voulait éviter l'abîme qu'elle se plaignait de ne pouvoir connaître, il fallait se perdre dans celui-ci, car c'était la demeure de ceux qui l'aiment. L'âme y rencontre la source des eaux vives pour se purifier et recevoir en même temps la vie de la grâce, que le péché lui avait ôtée. Le coeur y trouve une fournaise d'amour qui ne le laisse plus vivre que d'une vie d'amour (1).

Un autre jour, Soeur Marguerite-Marie, sentant son âme plongée dans une sorte d'agonie, Notre-Seigneur l'honora de sa visite et lui dit : « Entre, ma fille, dans ce parterre délicieux, pour ranimer ton âme languissante. » Elle comprit qu'il parlait de son sacré Coeur, « dont la diversité des fleurs était autant aimable que leur beauté était admirable ». Mais comme elle n'osait les toucher, il l'y invita par ces mots : « Tu en peux cueillir à ton gré. » Alors, se jetant à ses pieds, elle s'écria : « O mon divin Amour, je n'en veux point d'autre que vous, qui m'êtes un bouquet de myrrhe, que je veux porter continuellement entre les bras de mes affections. Tu as bien su choisir, me dit-il ; car toutes les autres fleurs sont passagères et ne peuvent longtemps durer en cette vie mortelle sans se flétrir. Il n'y a que la myrrhe que tu choisis qui puisse conserver sa beauté et son odeur et cette vie est sa saison : il n'y en a point dans l'éternité (2). »


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3. Autobiographie, p. 69.
1. I, p. 107.
1. Cf. 1, p. III. II, p. 142.
2. II, p. 153. Cf. I, p. 113.


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Message  Monique Jeu 07 Oct 2021, 8:04 am

Une autre fois, écrit-elle, « faisant ma lecture pour contribuer à l'entretien d'après vêpres (1), mon Bien-Aimé se présenta devant moi : Je te veux faire lire dans le livre de vie, où est contenue la science d'amour. Et me découvrant son sacré Coeur, il m'y fit lire ces paroles : Mon amour règne dans la souffrance, il triomphe dans l'humilité et il jouit dans l'unité ; ce qui s'imprima si fort dans mon esprit que je n'en ai jamais perdu la mémoire (2). »

Le 4 octobre, fête de saint François d'Assise, Dieu donnait ce séraphique patriarche pour conducteur spécial à Soeur Marguerite-Marie, après lui avoir montré la gloire incomparable dont il jouit au ciel et lui avoir dit que c'était « un des plus grands favoris de son sacré Coeur. » Marqué des sacrés stigmates, amant passionné de la pauvreté, ne voulant connaître que Jésus-Christ crucifié, François avait été sur la terre une vivante image du Sauveur du monde. A cause de cela, il avait désormais un grand pouvoir au ciel, pour obtenir aux âmes l'application efficace des mérites du précieux Sang. Il semble que ses mains percées fussent plus dignes d'être comme le canal par lequel ce Sang adorable voulait couler sur les pécheurs. François d'Assise était aussi un puissant avocat pour les Ordres religieux déchus de leur première ferveur. Notre-Seigneur dit à sa servante que c'était comme gage de son divin amour qu'il lui donnait un tel protecteur, pour la conduire dans ses peines et souffrances (1).

Plus Notre-Seigneur s'incline vers elle, plus c'est pour l'initier aux inénarrables douleurs de son Coeur divin. La Sainte méditait un jour sur l'agonie du Sauveur au jardin des Oliviers, et se sentait fort pressée du désir de participer aux angoisses du Dieu fait Homme. Il l'exauça. « C'est ici où j'ai plus souffert intérieurement qu'en tout le reste de ma Passion, » lui dit-il, « me voyant dans un délaissement général du ciel et de la terre, chargé de tous les péchés des hommes. « J'ai paru devant la sainteté de Dieu, qui, sans avoir égard à mon innocence, m'a froissé en sa fureur, me faisant boire le calice qui contenait tout le fiel et l'amertume de sa juste indignation, et comme s'il eût oublié le nom de Père pour me sacrifier à sa juste colère. Il n'y a point de créature qui puisse comprendre la grandeur des tourments que je souffris alors. C'est cette même douleur que l'âme criminelle ressent lorsqu'étant présentée devant le tribunal de la sainteté divine, qui s'appesantit sur elle, la froisse et l'opprime, et l'abîme en sa juste rigueur. »


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1. A la Visitation, chaque religieuse doit, autant que possible contribuer à l'édification de ses Soeurs, en rapportant quelque passage de sa lecture spirituelle mendant l'assemblée d'après vêpres.

2. II, pp. 152, 153. Cf. 1, p. 103.

1. En étudiant la question de très près, on se demande s'il n'est pas plus vraisemblable de placer cette grâce comme nous le faisons ici au 4 octobre 1673, plutôt qu'au 4 octobre 1686, date donnée par les premières éditions de Vie et oeuvres? N'a-t-on point fait erreur ? 1° La relation de cette faveur semble comprise dans les Écrits faits par ordre de la Mère de Saumaise, à en juger d'après les anciennes copies qui subsistent. 2° Puisque Dieu réservait à l'humble Visitandine le privilège d'avoir le grand saint d'Assise pour conducteur dans les voies de la crois, en 1673 il lui restait effectivement un long et douloureux chemin à parcourir; tandis qu'à la fin de 1686, sa mission était déjà remplie. Tout était pacifié. Le Sacré Coeur avait triomphé !


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Message  Monique Ven 08 Oct 2021, 8:09 am

Continuant ses adorables confidences, Notre-Seigneur ajouta : « Ma justice est irritée et prête de punir, par des châtiments manifestes, des pécheurs cachés, s'ils ne font pénitence ; et je te veux faire connaître lorsque ma justice sera prête à lancer ses coups sur ces têtes criminelles. Ce sera lorsque a tu sentiras appesantir ma sainteté sur toi, qui dois élever ton coeur et tes mains au ciel, par prières et bonnes oeuvres, me présentant continuellement à mon Père, comme une victime d'amour, immolée et offerte pour les péchés de tout le monde, me mettant comme un rempart et un fort assuré entre sa justice et les pécheurs (1). »

Alors, Notre-Seigneur prévient Marguerite-Marie qu'elle se sentira comme environnée de sa miséricorde, lorsqu'il aura résolu de faire grâce à quelqu'une de ces âmes pécheresses, et que, quand elle persévérerait pour le ciel, il lui sera montré « quelque petit échantillon » de la joie que les bienheureux en reçoivent.

Pendant la première retraite ou solitude qui suivit sa profession, par conséquent à l'automne de l'année 1673, elle sentit la main de Dieu se poser sur elle. Voici en quelle manière : « Les deux ou trois premiers jours, cette sainteté divine s'appesantit et s'imprima si fort en moi, qu'elle me rendait incapable de faire l'oraison et de supporter la douleur intérieure que je sentais, si la même puissance qui me faisait souffrir ne m'avait soutenue, car je sentais un désespoir et douleur si grande de paraître devant mon Dieu, que j'aurais voulu mille fois m'abîmer, me détruire et m'anéantir, s'il avait été à mon pouvoir, tant je me sentais indigne de paraître devant cette divine présence, dont je ne me pouvais retirer, d'autant qu'elle me poursuivait partout comme une criminelle qui était prête à recevoir sa condamnation; mais avec une soumission si grande au divin vouloir de mon Dieu, que je suis toujours disposée à recevoir toutes les peines, douleurs qu'il lui plaira m'envoyer, et avec même amour et contentement que je ferais la suavité de son amour (1). »

Souffrir de la part des créatures, c'est souvent bien amer pour une nature délicate... Mais souffrir de la part du Créateur lui-même, c'est une peine d'une acuité bien autrement pénétrante. Job accusait le Seigneur de le tourmenter merveilleusement (2). Marguerite-Marie ressentait ce tourment divin, lorsqu'elle voyait s'appesantir sur elle ce qu'elle nomme les deux saintetés de Dieu : sainteté d'amour, sainteté de justice. En portant le poids de la sainteté d'amour, la Servante de Dieu devait expier pour les âmes du purgatoire. Le poids de la sainteté de justice devait surtout la faire souffrir pour les pécheurs et particulièrement pour les âmes consacrées à Dieu, « pour lesquelles, » lui dit un jour son Époux céleste, « je te ferai voir et sentir dans la suite ce qu'il te conviendra souffrir pour mon amour (1). »

Mais il faut l'entendre elle-même décrire les opérations de cet amour en elle. De tels accents ne sont pas de la terre.



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1. II, pp. 164, 165. Cf. II, pp. 283, 284.
1. II, pp. 165, 166, note.
2. Mirabiliter me crucias. Job, X, 16.


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Message  Monique Sam 09 Oct 2021, 8:47 am

« Une autre fois, ce Souverain de mon âme me dit : Je te veux être toute chose, ta joie et ta consolation, mais je serai aussi ton supplice. Je connus l'effet de ces paroles.

Entre ses perfections divines, celle qui devait effectuer ses promesses, qui était sa sainteté d'amour et de justice, je confesse qu'il est difficile à une créature d'en exprimer les effets, n'ayant jamais rien senti de si douloureux que cette sainteté de justice, qui s'imprime dans l'âme d'une manière si terrible qu'elle voudrait se précipiter dans toutes les peines imaginables et s'immoler à souffrir celle des damnés, plutôt que de paraître devant la sainteté de Dieu avec un seul péché. L'âme ressemble à une huile bouillante qui pénètre jusqu'à la moelle des os et rend le corps si insensible à toutes autres douleurs qu'elles lui semblent plutôt un rafraîchissement qu'une souffrance. Ce que je trouve de plus rigoureux, c'est la présence de mon Souverain, lorsqu'il m'en favorise en cet état. Il donne des impressions de sa pureté, qu'il est impossible à l'âme de se supporter, se voyant dans un état si abominable. Elle voudrait pouvoir fuir et se cacher, mais c'est en vain. Ce Dieu plein d'amour prend plaisir de la voir en cet état, lui fait trouver partout ce qu'elle fuit. Ce n'est pas qu'elle voulût, pour quoi que ce soit, perdre la vue de soif Bien-Aimé, en faisant aucune action qui [lui] pût déplaire. Elle souffrirait mille morts à la vue de son indignité. Elle dit souvent avec saint Pierre : Retirez-vous de moi, car je suis une pécheresse. Bien loin de désirer d'être délivrée de cet état souffrant, j'aurais voulu, à chaque moment, voir augmenter mes peines.

La sainteté d'amour ne cause guère moins de souffrance, à la réserve que toutes ces peines donnent à l'âme des mouvements de joie et de contentement si grands, qu'il n'est pas moins difficile de les exprimer. Elle donne à l'âme un désir [si] ardent d'être unie à Dieu, qu'elle n'a de repos ni jour ni nuit, car le lit et la table lui semblent un gibet où elle ne va que pour se crucifier ; les conversations font son supplice. Dieu se faisant voir incessamment à l'âme et lui découvrant les trésors dont il l'enrichit, et l'aident amour qu'il a pour elle et le peu de correspondance qu'elle a, son amour la presse si vivement de l'aimer, qu'il n'y a que le divin auteur de ces opérations qui puisse exprimer ce que c'est. Alors, l'âme n'a plus d'intérêts ni de désirs et d'empressements que pour son unique Amour ; le reste lui semble superflu ou inutile (1). »




1. Archives de la Visitation de Paray. Copis des escry que la tres honore mere m. fse Somaise fit faire a nre sr Mte M Alacoque en calite de sa superieure dans les 6 ant quelle a gouuerne cette Comte et que lon ns a confie après la mort de cette chere mere. (La Mère de Saumaise mourut à Dijon, le 31 juillet 1694.) L'orthographe, à elle seule, suffit à prouver l'antiquité du manuscrit de Paray. Voir II pp. 146, 147.


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Message  Monique Dim 10 Oct 2021, 8:33 am

Les avertissements divins se multipliaient. Un jour, elle croit entendre ces paroles : « Le Seigneur se lasse d'attendre, il veut entrer dans ses greniers pour cribler son froment et séparer le bon grain d'avec le chétif. » Toutefois, elle ne s'arrête pas à cette pensée et cherche au contraire à s'en détourner, comme d'une distraction. Mais de nouveau la sainteté de Dieu s'appesantit sur elle et une voix toute-puissante se fait entendre, disant : « Mon peuple choisi me persécute secrètement et ont irrité ma justice! Mais je manifesterai ses péchés secrets par des châtiments visibles, car je les criblerai dans le crible de ma sainteté, pour les séparer d'avec mes bien-aimés. » Et, lui découvrant son Coeur tout déchiré et transpercé de coups, le Sauveur ajouta : « Voilà les blessures que je reçois de mon peuple choisi. Les autres se contentent de frapper sur mon corps; mais ceux-ci attaquent mon Coeur, qui n'a jamais cessé de les aimer (1). »

Et, une autre fois, se présentant encore à elle sous un aspect plus sanglant, son Coeur sacré paraissant navré de douleur : «Voilà l'état où me réduit mon peuple choisi, que j'avais destiné pour apaiser ma justice et il me persécute secrètement. S'il ne s'amende, je les châtierai sévèrement; je retirerai mes justes et j'immolerai le reste à ma juste colère, qui s'embrasera contre eux. » Fidèle à ce que lui avait enseigné son Bien-Aimé, Marguerite-Marie conclut en disant: « Je lui présentai son amour souffrant, dont un des regards était capable d'apaiser son courroux (1). »

« Une fois, après avoir longtemps souffert sous le poids de la sainteté de Dieu, elle m'ôta la voix et les forces. J'avais tant de confusion de paraître devant les créatures, que la mort m'aurait été plus douce. La sainte communion m'était. si douloureuse qu'il me serait difficile d'exprimer la peine que je sentais en m'en approchant, bien qu'il ne me fût pas permis de m'en retirer, puisque c'était lui-même qui me faisait souffrir cet état, me défendant même de m'en éloigner. Je pouvais dire avec le prophète que mes larmes me servaient de pain nuit et jour. Le saint Sacrement, qui était tout mon refuge, me traitait avec tant d'indignation que j'y souffrais une espèce d'agonie, et je n'y pouvais demeurer qu'en me faisant une extrême violence. Et si, hors les temps d'obligation, je m'en allais me présenter devant elle (2), en disant : Où voulez-vous que j'aille, ô divine justice, puisque vous m'accompagnez partout ? j'entrais et sortais sans savoir ce que je devais faire, et sans trouver de repos que celui de la douleur (3). »


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I. II, p. 175. Cf. I, p. 263.
1. II, p. 153. Cf. I, p. III.
2. Devant la justice divine.
3. II, p. 182.


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Message  Monique Lun 11 Oct 2021, 7:11 am

Un jour, comme Notre-Seigneur lui prescrivait certaines prières et pratiques, elle lui répondit simplement : « Mon Seigneur, vous savez que je ne suis point à moi et que je ne ferai que ce que ma supérieure m'ordonnera. Je ne l'entends pas autrement, » reprend-il, « car, tout-puissant que je suis, je ne veux rien de toi qu'avec la dépendance de ta supérieure. Écoute bien ces paroles de la bouche de la vérité.

Tous religieux séparés et désunis de leurs supérieurs se doivent regarder comme des vases de réprobation, dans lesquels toutes les bonnes liqueurs sont changées en corruption, sur lesquelles le divin Soleil de justice, venant à darder, opère le même effet que le soleil luisant sur la boue. Ces âmes sont tellement rejetées de mon Coeur, que, plus elles tâchent d'en approcher par le moyen des sacrements, oraison et autres exercices, plus je m'éloigne d'elles pour l'horreur que j'en ai (1) »

La leçon était poignante. Mais elle ne visait point l'âme très obéissante qui se l'appropriait pourtant si humblement, bien qu'elle n'eût besoin de la retenir que pour la répéter aux autres. En lui disant personnellement à elle-même : « J'aime l'obéissance et sans elle on ne me peut plaire (2). » Notre-Seigneur savait que c'en était assez pour l'attacher irrévocablement à cette vertu des parfaits.

L'âme de Marguerite-Marie ne peut pas plus vivre hors de Dieu, que notre être humain ne peut vivre hors de l'air qu'il respire. Son élément à elle, c'est « la plénitude de Dieu. » Elle est parfois sublime lorsqu'elle expose ce qu'elle ressent « Mon Bien-Aimé a consommé en lui tous mes désirs, ne m'en ayant laissé que celui de me rendre une pure capacité de son divin amour, et il ne m'a laissé aucune crainte que celle du péché... Comme toute chose n'a de repos que dans son centre, et que chacun cherche ce. qui lui est propre, mon coeur, tout abîmé dans son centre, qui est le Coeur humble de mon Jésus, a une soif inaltérable des humiliations et mépris et d'être oublié de toutes les créatures, ne me trouvant jamais plus satisfaite que lorsque je suis conforme à mon Époux crucifié. C'est ce qui me fait aimer mon abjection plus que ma vie, tenant serré sur ma poitrine ce trésor précieux, comme un gage de l'amour de mon Bien-Aimé, qui ne me doit jamais quitter un seul moment (1). »


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1. II, p. 176. Cf. I, p. 264.
2. Autobiographie, p. 65.
1. II, pp. 178, 179.


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Message  Monique Mar 12 Oct 2021, 6:09 am

« Lorsque je m'éveille, il me semble trouver a mon Dieu présent, auquel mon coeur s'unit comme à, son principe et sa seule plénitude. C'est ce qui me donne une soif si ardente d'aller devant le saint Sacrement, que les moments que je demeure à m'habiller me durent des heures, et je me sens une douleur si vive et si pressante que je me sens liée et serrée si fortement qu'il m'est impossible d'y résister. je m'en vais comme une malade languissante, me présenter à mon médecin tout-puissant, hors duquel je ne peux trouver de repos ni de soulagement.... je me tiens à ses pieds comme une hostie vivante, qui n'a d'autre désir que de lui être immolée et sacrifiée, pour me consommer comme une holocauste (1) dans les pures flammes de son amour, où je sens mon coeur se perdre comme dans une fournaise ardente. Il me semble que mon esprit s'éloigne de moi, pour s'aller perdre dans l'immense grandeur de Dieu, sans qu'il soit à mon pouvoir de l'appliquer à mon point d'oraison, mais seulement il se contente de cet unique objet. Mon entendement demeure dans un aveuglement si grand, qu'il n'a aucune lumière ni connaissance que celle que ce divin Soleil de justice lui communique de temps en temps, dont je n'ai d'autre impression ni mouvement que celui de l'aimer, dont je me sens quelquefois si pressée que je voudrais donner ma vie mille fois, pour lui témoigner le désir que j'ai de l'aimer. Et c'est en ce temps que j'emploie toutes mes forces pour l'embrasser, ce Bien-Aimé de mon âme; mais ce n'est pas des bras du corps, mais des intérieurs, qui sont les puissances de mon âme... »

Elle cherche à exprimer davantage encore ce qu'elle éprouve, puis elle dit : « Voilà les plus ordinaires occupations de mon oraison, non pas que je fais, mais que mon Dieu fait en moi, sa chétive créature, puisque j'en sors le plus souvent sans savoir ce que j'y ai fait, ni sans faire aucune résolution, demande, ni offrande, que celle de mon Jésus à son Père éternel, en cette sorte : Mon Dieu, je vous offre votre Fils bien-aimé pour mon action de grâces pour tous les biens que vous me faites, pour ma demande, mon offrande, pour mon adoration et pour toutes mes résolutions, et enfin je vous l'offre pour mon amour et mon tout. Recevez-le, Père éternel, pour tout ce que vous désirez que je vous rende, puisque je n'ai rien à vous offrir qui ne soit indigne de vous, sinon Celui dont vous me donnez la jouissance avec tant d'amour (1). »


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1. Ce mot pouvait alors s'employer au féminin.
1. II, pp. 133, 134, 135. Cf. I, pp. 90, 91, 92.


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Message  Monique Mer 13 Oct 2021, 6:55 am

Cette vraie humble était toujours un livre ouvert pour ses supérieures. Elle leur rapportait donc tout ce qui se passait en elle, « quoique souvent, » avoue-t-elle, « je ne comprenais ce que je leur disais (2). » Trop élevées dans les voies spirituelles, pour ne pas savoir que Dieu est libre de se communiquer à qui il lui plaît et comme il lui plaît, la Mère de Saumaise et la Soeur Thouvant n'en sont pas moins perplexes, en voyant ce qui arrive à la Soeur Alacoque. La prudence religieuse les oblige, au moins, à prémunir cette jeune professe contre tout sentiment de vaine complaisance, s'il en eût été besoin. Elles la préviennent que ces voies extraordinaires ne sont pas propres aux filles de Sainte-Marie, et elles s'appliquent à détruire, autant qu'elles peuvent, toutes ces opérations surnaturelles dans leur fidèle disciple. Celle-ci se soumet, suivant exactement tout ce que l'obéissance lui ordonne pour. se retirer de cette puissance supérieure qui l'envahit et l'entraîne. Mais tout est inutile... Rien de plus touchant ni de plus beau que le dialogue qui s'établit alors entre Soeur Marguerite-Marie et son unique Amour :

« Et je me plaignais à lui : Eh quoi ! lui disais-je, ô mon Souverain Maître, pourquoi ne me laisser dans la voie commune des filles de Sainte-Marie ? M'avez-vous amenée dans votre sainte maison pour me perdre ? Donnez ces grâces extraordinaires à ces âmes choisies, qui y auront plus de correspondance et vous glorifieront plus que moi, qui ne vous fais que des résistances. Je ne veux rien que votre amour et votre croix, et cela me suffit. pour être une bonne religieuse, qui est tout ce que je désire. » Et Notre-Seigneur reprenait : « Combattons, ma fille, j'en suis content, et nous verrons lequel remportera la victoire : du Créateur ou de sa créature, de la force ou de la faiblesse, du Tout-Puissant ou de l'impuissance ; mais celui qui sera vainqueur le sera pour toujours (1). »

Et le Créateur triompha ! Et, de cette âme qui ne demandait qu'à être « une bonne religieuse, » il fit une sainte, dont il voulut avoir besoin, pour réaliser extérieurement le dernier effort de la charité divine envers les hommes !

Nous touchons à l'heure marquée de toute éternité pour cette oeuvre de la régénération du monde par le Sacré Coeur. L'instrument qui doit y coopérer a été dégagé de tout alliage terrestre. Le Seigneur peut s'en emparer et s'en servir: Marguerite-Marie est prête !


------------

2. Autobiographie, p. 64.
1. Autobiographie, pp. 64,65.


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Message  Monique Jeu 14 Oct 2021, 7:38 am

CHAPITRE III


MARGUERITE-MARIE EST CHOISIE DE DIEU POUR MANIFESTER AUX HOMMES « LE DERNIER EFFORT DE SON AMOUR. ».
LES GRANDES RÉVÉLATIONS DU SACRÉ COEUR.
LE PÈRE DE LA COLOMBIÈRE. 1673-1677.



********


C'était le 27 décembre 1673, fête de saint Jean l'Évangéliste. Soeur Marguerite-Marie, ayant un peu plus de loisir qu'à l'ordinaire, priait devant le saint Sacrement. Avec une force indicible, elle se sent toute investie de la divine présence. Mais, écoutons-la raconter elle-même ce qui suit. La scène est d'une grandeur sans égale.

« Je m'oubliai de moi-même et du lieu où j'étais et je m'abandonnai à ce divin Esprit, livrant mon [coeur] à la force de son amour. Il me fit reposer fort longtemps sur sa divine poitrine, où il me découvrit les merveilles de son amour et les secrets inexplicables de son sacré Coeur, qu'il m'avait toujours tenus cachés jusqu'alors, qu'il me l'ouvrit pour la première fois, mais d'une manière si effective et sensible, qu'il ne me laissa aucun lieu d'en douter, pour les effets que cette grâce produi[sit] en moi, qui crains pourtant toujours de me tromper en tout ce que je dis se passer en moi. Et voici comme il me semble la chose s'être passée

« Il me dit : Mon divin Coeur est si passionné d'amour pour les hommes, et pour toi en particulier, que, ne pouvant plus contenir en lui-même les flammes de son ardente charité, il faut qu'il les répande par ton moyen, et qu'il se manifeste à eux, pour les enrichir de ses précieux trésors que je te découvre, et qui contiennent les grâces sanctifiantes et salutaires nécessaires pour les retirer de l'abîme de perdition ; et je t'ai choisie comme un abîme d'indignité et d'ignorance pour l'accomplissement de ce grand dessein, afin que tout soit fait par moi.

« Après, il me demanda mon coeur, lequel je le suppliai de prendre, ce qu'il fit, et le mit dans le sien adorable, dans lequel il me le fit voir comme un petit atome, qui se consommait dans cette ardente fournaise, d'où le retirant comme une flamme ardente en forme de coeur, il [le] remit dans le lieu où il l'avait pris, en me disant : Voilà, ma bien-aimée, un précieux gage de mon amour, qui renferme dans ton côté une petite étincelle de ses plais vives flammes, pour te servir de coeur et te consommer jusqu'au dernier moment, et dont l'ardeur ne s'éteindra, ni ne pourra trouver de rafraîchissement que quelque peu dans la saignée, dont je marquerai tellement le sang de ma croix, qu'elle t'apportera plus d'humiliation et de souffrance que de soulagement. C'est pourquoi je veux que tu la demandes simplement, tant pour pratiquer ce qui vous est ordonné que pour te donner la consolation de répandre ton sang sur la croix des humiliations. Et pour marque que la grande grâce que je te viens de faire n'est point une imagination, et qu'elle est le fondement de toutes celles que j'ai encore à te faire, quoique j'aie refermé la plaie de ton côté, la douleur t'en restera pour toujours ; et si, jusqu'à présent, tu n'as pris que le nom de mon esclave, je te donne celui de la disciple bien-aimée de mon sacré Coeur.

« Après une faveur si grande et qui dura une si longue espace (1) de temps, pendant lequel je ne savais si j'étais au ciel ou en terre, je demeurai plusieurs jours comme toute embrasée et enivrée, et tellement hors de moi que je ne pouvais en revenir pour dire une parole qu'avec violence, et m'en fallait faire une si grande pour me récréer et pour manger que je me trouvais au bout de mes forces pour surmonter ma peine : ce qui me causait une extrême humiliation. Et je ne pouvais dormir, car cette plaie, dont la douleur m'est si précieuse, me cause de si vives ardeurs qu'elle me consomme et me fait brûler toute vive. Et je me sentais une si grande plénitude de Dieu, que je ne pouvais m'exprimer à ma supérieure comme je l'aurais souhaitée (2). »
Certes, on le comprend !


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1. Espace s'employait alors aussi au féminin.
2. Autobiographie, pp. 70,71.


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Message  Monique Hier à 6:54 am

Pour une âme aussi profondément humble que l'était celle de notre Sainte, quelle agonie intérieure de se voir forcée d'aller déclarer de semblables révélations ! Elle, qui eût ambitionné voir l'univers entier l'accabler d'injures et de mépris, ou du moins, qui se fût sentie soulagée si on lui eût permis de faire sa confession générale en plein réfectoire, pour mieux découvrir le fonds de corruption qu'elle croyait renfermer, elle, venir avouer que le Roi du ciel et de la terre la choisissait pour manifester son amour au monde!... N'était-ce point une folie de son orgueil de croire elle-même que le Seigneur lui avait effectivement parlé ainsi?... Elle abandonna toutes ces réflexions à la merci de l'obéissance, se contentant de rapporter le fait à la Mère de Saumaise, appelée à recevoir bientôt d'autres confidences, non moins extraordinaires.

Le Coeur de Jésus n'avait pas dit son dernier mot à Soeur Marguerite-Marie. Elle va le voir encore, et ce sera tel qu'elle l'aura vu et qu'elle le dépeindra, que les âmes aimeront, dans la suite, à contempler le Sacré Coeur.

« Ce Coeur divin me fut représenté », dit-elle, « comme dans un trône tout de feu et de flammes, rayonnant de tous côtés, plus brillant que le soleil et transparent comme un cristal. La plaie qu'il reçut sur la Croix y paraissait visiblement. Il y avait une couronne d'épines autour de ce divin Coeur et une croix au-dessus. Mon divin Maître me fit entendre que ces instruments de sa Passion signifiaient que l'amour immense qu'il a eu pour les hommes avait été la source de toutes ses souffrances; que, dès le premier instant de son Incarnation, tous ces tourments lui avaient été présents, et que ce fut dès ce premier moment que la croix fut, pour ainsi dire, plantée dans son Coeur ; qu'il accepta, dès lors, toutes les douleurs et humiliations que sa sainte Humanité devait souffrir pendant le cours de sa vie mortelle, et même les outragés auxquels son amour pour les hommes l'exposait jusqu'à la fin des siècles, dans le saint Sacrement. Il me fit connaître ensuite que le grand désir qu'il avait d'être parfaitement aimé des hommes lui avait fait former le dessein de leur manifester son Coeur, et de leur donner, dans ces derniers siècles, ce dernier effort de son amour, en leur proposant un objet et un moyen si propre pour les engager à l'aimer, et à l'aimer solidement, leur ouvrant tous les trésors d'amour, de miséricorde, de grâce, de sanctification et de salut qu'il contient, afin que tous ceux qui voudraient lui rendre et lui procurer tout l'honneur et l'amour qui leur serait possible, fussent enrichis avec profusion des divins trésors dont il est la source féconde et inaltérable.

« Il m'a encore assuré qu'il prenait un singulier plaisir d'être honoré sous la figure de ce Coeur de chair, dont il voulait que l'image fût exposée en public, afin, ajouta-t-il, de toucher le coeur insensible des hommes, me promettant qu'il répandrait avec abondance sur le coeur de tous ceux qui l'honoreront tous les trésors de grâces dont il est rempli et que partout où cette image serait exposée, pour y être singulièrement honorée, elle y attirerait toutes sortes de bénédictions. « Mais, voici cependant ce qui [me] causa une espèce de supplice, qui me fut plus sensible que toutes les autres peines dont j'ai parlé : c'est lorsque cet aimable Coeur me fut présenté, avec ces paroles: J'ai une soif ardente d'être honoré des hommes dans le saint Sacrement, et je ne trouve presque personne qui s'efforce, selon mon désir, de me désaltérer, usant envers moi de quelque retour (1). »

C'en était trop pour une âme aussi aimante. La pensée que le souverain Amour n'était pas aimé lui devint comme un glaive qui transperçait incessamment son coeur.


------------


1. I, pp. 243, 244


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Message  Monique Aujourd'hui à 8:16 am

En 1674, la Servante de Dieu n'était plus seconde infirmière ; elle venait d'être nommée maîtresse des Soeurs du petit habit (1). Large et simple était sa méthode d'éducation : inculquer à ces jeunes âmes l'horreur du vice, l'amour de la vertu, par conséquent le véritable amour de Dieu, tels étaient ses principes. Elle était indulgente et bonne pour les fautes de son petit troupeau ; tout était par donné facilement, à l'exception du mensonge et des rapports, qu'elle corrigeait vivement (1). A plusieurs reprises, elle fut ainsi chargée de celles qu'on nomme, à la Visitation, nos chères Petites Soeurs. Or, quelles que soient les années auxquelles les dépositions de 1715 font allusion, les témoignages sont unanimes (2). Un ange du ciel n'aurait pas inspiré plus de vénération à ce petit groupe d'enfants que l'humble Soeur Alacoque. Aussi, tout ce qu'elles en reçoivent comme récompenses pieuses, images ou chapelets, elles le tiennent pour des reliques. Elles demandent en grâce qu'on leur donne de ses cheveux, quand on les lui coupe. La jeune Marie Chevalier de Montroüan a parfois la curiosité de l'observer en oraison, et court « avertir les autres de venir voir comme leur sainte priait Dieu. » La même s'aperçoit que leur maîtresse vit de mortification plus que de tout le reste, et elle lui en voit faire des actes héroïques ; entre autres, un jour, où elle la surprend à lécher un ulcère survenu au pied d'une de ses petites compagnes. Toutes remarquent en Soeur Marguerite-Marie quelque chose d'extraordinaire.

Le fait est que la volonté de Dieu s'imposait désormais sans réplique à cette âme. Comme un géant, le, soleil du Sacré Coeur s'est levé sur elle. Impossible de se dérober à sa chaleur (1). Et ce soleil . divin va encore se manifester à elle dans une nouvelle lumière et un nouvel éclat. Le Seigneur a véritablement placé son tabernacle sur les hauteurs et son élue doit y monter pour y demeurer avec lui. Quis ascendet in montem Domini ? aut quis stabit in loco sancto ejus ? Innocens manibus et munndo corde (2).

Les premiers vendredis du mois, elle était conviée à d'ineffables délices. « Ce sacré Coeur m'était « représenté comme un soleil brillant d'une éclatante lumière, dont les rayons tout ardents donnaient à plomb sur mon coeur, qui se sentait d'abord embrasé d'un feu si ardent qu'il me semblait m'aller réduire en cendres, et c'était particulièrement en ce temps-là que ce divin Maître m'enseignait ce qu'il voulait de moi, et me découvrait les secrets de cet aimable Coeur. Et une fois, entre les autres, que le saint Sacrement était exposé, après m'être sentie retirée toute au-dedans de moi-même, par un recueillement extraordinaire de tous mes sens et puissances, Jésus-Christ, mon doux Maître, se présenta à moi, tout éclatant de gloire, avec ses cinq plaies, brillantes comme cinq soleils, et de cette sacrée Humanité, sortaient des flammes de toute part, mais surtout de son adorable poitrine, qui ressemblait une fournaise, et, s'étant ouverte, me découvrit son tout aimant et tout aimable Coeur, qui était la vive source de ces flammes.


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1. Cf. I, p. 101.

2. Procès de 1715. Cf. Déposition des Soeurs Anne-Alexis Guinet de Mareschale et Françoise-Angélique de Damas de Barnay, de la Visitation de Paray, et des Soeurs Marie Chevalier de Montroüan de Saint-Étienne et Catherine Billet de Saint-Xavier, Ursulines à Paray.

1. Exsultavit ut gigas... Nec est qui se abscondat a calore ejus, Ps. XVIII, 6, 7.

2. Ps. XXIII, 3, 4.


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