Mère Agnès de Jésus

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ROBERT.
Arthur
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Mère Agnès de Jésus - Page 2 Empty Re: Mère Agnès de Jésus

Message  Arthur Ven 15 Mai 2009, 6:20 am

Par une délicatesse de la Providence, les deux âmes- soeurs devaient se donner à Jésus, le même jour -- 8 mai 1884 --la petite Thérèse, dans une fusion avec le Dieu de l'Hostie, et Soeur Agnès de Jésus en cette consécration virginale qu'est la Profession religieuse.

La veille, Pauline traçait ces lignes à son père:

" J'ai demandé une seule chose au Seigneur, c'est d'habiter dans sa maison tous les jours de ma vie. "

Mon petit Père bien-aimé,

Ton ange, Theresita, ne doit pas venir seule se jeter à tes pieds, pour demander pardon et bénédiction en cette veille bénie du plus grand des jours. Ton Agnès aussi, mon cher Papa, elle surtout, ne pourrait s'approcher de l'autel, sans avoir obtenu ce pardon de ton coeur. Vingt-deux ans, c'est long déjà, assez long, hélas! pour avoir eu le temps et le triste loisir de faire de la peine au meilleur des pères. Mais, si le bon Dieu pardonne tout au regret sincère, mon Père bien-aimé pardonne tout aussi, je le sais, je le sens et il me reste plus qu'à me jeter dans ses bras pour recevoir cette bénédiction paternelle, la première et la plus douce à mon coeur après celle de Dieu.

" A demain, mon cher Papa; à demain! Ah! je l'avoue, en prononçant ce demain, j'ai peine à retenir mes larmes; je me représente la fête de la terre, je me représente la fête du Ciel: ici, un Père bien-aimé, conduisant comme par la main ses deux petites filles à l'autel; là-haut, une Mère chérie recevant cette offrande et la présentant à l'Agneau sans tâche, à l'Agneau des vierges. Oh! quel spectacle, quelles fêtes! où sont les fêtes et les joies de la terre qui puissent approcher de celles-là. "




Qu'ajouter pour dépeindre cette journée de double et si totale oblation? Thérèse, qui sentait le Ciel entier habiter dans son coeur et sa Pauline si unie à elle, pleura de joie, tandis que l'épouse de Jésus prononça, dans une grande paix, ses saints Voeux, entre les mains de Mère Geneviève de Sainte-Thérèse. Ce fut à l'oratoire du Très Saint-Sacrement, car la Prieure, alors infirme, n'aurait pu monter au Chapitre. La communauté s'était plu, dans l'ornementation, à réunir les deux élues, dans un délicat symbolisme de couronnes enlacées, de colombes et d'écussons aux chiffres de Thérèse et d'Agnès.


Au verso de la formule de ses voeux, la nouvelle professe avait écrit:

Par les mains de Marie, en ce jour le plus beau,
Recevez, mon Jésus, votre petit agneau.
Tout pour plaire à Dieu.
Vivre d'amour et mourir d'amour.
O Jésus, cachez-moi dans le secret de votre Face, et je serai sauvée.


Arthur

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Message  Arthur Sam 16 Mai 2009, 8:12 pm

A la fin de l'après-midi, M. Martin amena au Carmel sa première Communiante. Thérèse l'a rappelé ainsi:

" Je vis ma Pauline devenue l'épouse de Jésus; je la vis avec son voile blanc comme le mien et sa couronne de roses. Ah! ma joie fut sans amertume; j'espérais la rejoindre bientôt et attendre avec elle le Ciel. "

Mère Agnès de Jésus ne fut pas moins consolée:

" Je vis ma petite Thérèse... " avec son voile blanc comme le mien ". Elle me regardait avec un air si profond et si doux! Quels instants pour nous deux!

" La corolle extérieure de cette fleur si pure, c'est-à-dire ses vêtements de mousseline, me parurent chiffonnés et d'une blancheur un peu terne. J'en fis la réflexion à la Communauté qui était venue la voir, personne ne l'avait remarqué, au contraire. Et je pense aujourd'hui que la blancheur matérielle, fût-elle une blancheur de neige, ne peut se comparer à la blancheur surnaturelle d'un coeur où Dieu prend ses complaisances, où il réside par la Communion. Comme je voyais la divine blancheur d'un coeur de séraphin, l'autre perdait son éclat.

" Je sortis du parloir toute réconfortée, un peu comme les Apôtres quand ils descendirent du Thabor. Une atmosphère céleste m'environnait. O mon Dieu, si la vue d'un Ange de la terre a pu me fortifier, me consoler ainsi, que sera-ce de voir éternellement votre beauté incréée, d'où découle toute la beauté des saints. "

Les années du noviciat de Soeur Agnès de Jésus s'écoulèrent normalement. Dans ses difficultés, elle allait chercher la lumière près de la sainte Mère Geneviève qui, prenant confiance en elle, en vint à lui faire ses propres confidences. Un jour, elle lui posa sa main sur sa tête, et elle lui dit, avec un bon sourire: " Cette enfant! Je ne puis m'empêcher de lui confier mon âme! " La jeune religieuse savait si bien profiter de ses conseils pour exercer une influence apaisante autour d'elle, qu'elle en reçut encore le surnom " d'ange de paix ".

DÈs le commencement de sa vie au Carmel, on mit à contribution son talent artistique; elle le précise elle-même:

" Je me dévouais à ce travail pour la Communauté qui était pauvre, et le m'y fatiguais assez. A l'époque des premières Communions, j'ai peint quelquefois quatre images sur parchemin en un jour, images représentant la première Communion de saint Louis de Gonzague et composés de trois personnages. Je fis ensuite des miniatures sur ivoire... J'ai peint aussi la Sainte Face, la Sainte Vierge et des saints, même sur des ornements. "

" Ah! si tu savais, écrit-elle à Céline, quelle paix on goûte à ne travailler que par obéissance; c'est bien doux à expérimenter, car, sans cela, quels ennuis! je n'en pourrais plus de mes portraits, mais après tout, n'est-ce-pas Jésus qui me met le pinceau à la main? Que je sois réputée artiste ou non, qu'est-ce que cela fait, si je deviens artiste en vertu. "

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Message  Arthur Mar 19 Mai 2009, 6:29 am

Elle mandait à son père:

" Je suis en train d'écrire de belles sentences sur les murs de nos dortoirs. On ne peut plus lever les yeux au Carmel, sans se souvenir de Dieu et de la Patrie qui nous attend. c'est très doux à mon coeur et j'aime beaucoup ma tâche.

" J'ai envie d'écrire ce verset du psaume : " Le Seigneur m'a pris par la main et m'a retiré du milieu du torrent ", car c'est bien ce qu'il a fait pour nous. Oh! que cette main du Seigneur est un doux appui.

" Je souhaite aux deux petites colombes restées aux Buissonnets, la même grâce que celle dont jouissent leurs aînées. Je sais qu'elles le désirent ardemment. Que ce désir, qui est celui d'un Père incomparable, s'accomplisse un jour.

" Adieu, mon petit Père chéri, quel bonheur d'être ta fille. Le " diamant " t'embrasse.

En communiquant ces souvenirs, beaucoup plus tard, Mère Agnès de Jésus dira:

" Le pinceau, depuis longtemps, m'est tombé des mains. La Communauté n'a plus besoin de mon travail, elle n'a plus besoin que de saintes, de copies vivantes de notre Époux bien-aimé. Que ne suis-je une de ces copies! "

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Message  Arthur Mer 20 Mai 2009, 6:47 am

C'était bien à modeler les âmes qu'elle allait devoir s'employer, de plus en plus. Sa dernière lettre à M. Martin a révélé la présence de sa soeur Marie, au Carmel.

Soeur Agnès de Jésus était convaincue de la vocation de celle-ci et trouvait qu'elle s'attardait trop dans le monde. Jugeant Céline en âge de la remplacer auprès de leur père, elle s'efforça de hâter son entrée. Elle lui écrivait au début de 1886:

" Que cette année soit pour toi et pour moi, la grande année. Ah! si tu savais comme je te désire, comme je sens de plus en plus ta place marquée à côté de moi, dans ce petit cloître béni. "

L'aspirante n'était pas aussi pressée de briser ses liens: son père la chérissait et elle souffrait elle-même beaucoup de le quitter. Sa nature indépendante -- on connaît le mot de son enfance: " Je suis bien libre, moi! " --redoutait les assujettissements de la vie religieuse; de plus, elle avait vingt-six ans et demi et, depuis neuf ans, se trouvait maîtresse de maison. Sa lutte intérieure fut pénible mais, âme généreuse et droite, sur le conseil autorisé du R"P" Pichon, S"J", son directeur, elle acquiesça à la volonté divine, ce qui incitait sa Pauline à lui dire:

" Voilà véritablement pour toi l'étoile de la vie, d'une vie nouvelle; l'étoile du matin baignée de larmes en son aurore, mais dont le coucher sera si beau. Tu es bien heureuse qu'un ange se soit trouvé sur ton chemin pour te montrer cet astre béni.

"... Mère Geneviève m'a dit qu'elle ne faisait que penser à toi. C'est une sainte dont les prières valent bien quelque chose. Elle me racontait que la Mère X, dont elle était la maîtresse à son noviciat, avait ressenti les même combats que toi, non seulement avant son entrée, mais jusqu'à sa Profession. Eh bien! ajouta-t-elle, ce fut la plus heureuse Carmélite que j'ai connue.

" Adieu, ma Marie, que je voudrais savoir si tu as le coeur aussi serré qu'hier? Notre Mère et moi, nous ne faisons que prier pour toi. "

Et un peu plus tard:

" Comme je voudrais te voir toujours heureuse; pour cela, s'il se pouvait, je sacrifierais tout mon bonheur, oui, tout entier; mais le bon Dieu ne voudrait pas de mes sacrifices, il est d'ailleurs assez riche pour en enrichir deux, et de plus, étant le principe et la fin de toute joie, son amour donne nécessairement le bonheur. "

Soeur Agnès de Jésus savait consoler son père, par des pensées hautement surnaturelles:

" Mon petit Père chéri, sais-tu que tu peux être fier? Non pas de moi, ni d'aucune en particulier, mais du choix de Dieu et de sa prédilection marquée pour nous cinq. Si j'écrivais une histoire, je ferai comme notre Mère sainte Thérèse, qui ne voulait pas qu'on donnât à la sienne le nom de Vie. " Ce n'est pas le livre de ma vie, disait-elle, c'est le livre des miséricordes, c'est le livre des grandeurs du Seigneur. "

" Eh bien! notre histoire à nous, mon petit Père tant aimé, c'est bien aussi le livre des miséricordes du Seigneur. J'aime à penser cela. C,est un motif si doux de reconnaissance et d'amour. Je finis sur ces deux mots, qui résument tous mes sentiments pour mon Père du Ciel et pour mon Père de la terre.

Ta petite perle aînée; je suis le petit Jacob qui a volé le droit d'aînesse. "


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Message  Arthur Mer 20 Mai 2009, 8:39 pm

Ce fut le 15 octobre 1886, que M. Martin fit son holocauste, en donnant à Dieu celle qui nommait avec complaisance: " sa grande, sa première ".

Consciente de sa maternité spirituelle envers ses soeurs qu'elle avait devancées au Carmel, Soeur Agnès de Jésus enveloppa d'une vigilance clairvoyante sa chère Marie, son ancienne confidente de la Visitation et des Buissonnets. Elle connaissait trop la fougue ardente de son âme, et le dehors un peu sauvage dont elle entourait sa vertu, pour s'effaroucher de ses difficultés d'adaptation. Mais avec sa douceur persuasive, elle attirait virilement la novice dans l'austère sentier du complet renoncement. Quand elle quitta elle-même le noviciat, elle lui laissa une image de notre sainte Mère Thérèse portant au recto : Dieu seul suffit ( sainte Thérèse ), et au verso, ce texte qu'elle avait composé :

21 juin 1887.

" A ma petite soeur bien-aimée, souvenir de ma sortie du noviciat.

" En entrant tout à fait dans la vie religieuse, je sens plus que jamais le besoin de Jésus, de Jésus seul. N'envions pas les consolations de la terre. Notre coeur est trop grand pour chercher à se contenter d'ici-bas. Où serons-nous dans quelques années? Dans la tombe et quel est celui qui nous aimera jusque là et par delà? Travaillons et souffrons le reste est vanité. Sainte Thérèse, ô ma Mère, n'ayez pas à rougir de vos deux enfants. Elles veulent être des saintes. Ah! comblez leur désir. "

Combien suggestif encore ce billet écrit au cours d'une retraite, à celle qu'en raison de son voile blanc de novice elle appelait " colombe ":

" Le petit agneau pense beaucoup de choses; il voudrait bien les dire à sa petite colombe, mais cela prendrait trop de temps. Pour résumer: ne cherchons pas de joies en ce monde, car les meilleures et les plus pures sont comme l'eau du puits de Jacob, et la Samaritaine se plaignait d'y aller souvent puiser et d'avoir toujours soif. Notre Mère est un rayon de la bonté de Dieu, un filet d'eau limpide et transparent découlant du fleuve éternel; on peut s'y désaltérer, mais pour ne plus avoir soif, il faut remonter à la source.

" Petite colombe, venez avec l'agneau, boire de cet eau qui jaillit jusqu'à la vie éternelle.

" N'ayez plus de larmes dans les yeux, parce que tout passe.

" Aimez beaucoup Jésus, parce qu'il ne vous manque jamais.

"Volez partout où Jésus vous appelle: soyez la première partout, la plus fidèle en tout. Oubliez la joie qui passe, et Jésus vous donnera la joie éternelle.

" Après ma retraite, j'espère vous donner l'exemple. Je vois si clairement la volonté de Dieu sur nous. Bonsoir, petite colombe, l'agneau de Jésus vous envoie son coeur. "



Arthur

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Message  Arthur Jeu 21 Mai 2009, 8:41 pm

III RAYONS ET OMBRES



Le Carmel allait bientôt s'ouvrir à la benjamine aimée, Theresita, comme on l'appelait par analogie avec la petite nièce de Sainte Thérèse d'Avila.

La Communauté, dans son ensemble, l'accueillait très favorablement car elle n'ignorait pas sa vertu précoce. Celle qui lui prêta le plus ferme appui fut incontestablement sa "petite Mère ". Pourtant, par prudence, elle tenta de ralentir son ardeur, mais ayant sondé mieux que personne les voies admirables de Dieu en cette enfant prédestinée, elle n'hésita plus à la seconder de toute son activité.

Nous n'avons pas à refaire, ici, l'histoire des difficultés rencontrées par Thérèse sur sa route, près de son oncle, du Supérieur du Carmel, de l'Évêque de Bayeux, jusqu'à son courageux plaidoyer au Pape Léon XIII.

L'inspiratrice de toutes ses démarches était Soeur Agnès de Jésus. Elle même affronta d'abord l'opposition de leur oncle Guérin, en lui exposant la détresse morale et physique où son refus jetait la plus jeune de ses nièces.

M. Delatroëtte, que rendaient plus inflexible les critiques soulevées en ville contre lui par une famille influente dont la fille sollicitait aussi son admission au Carmel, ne semblait pouvoir être gagné, puisque toutes les instances de M. Martin, de Mère Marie de Gonzague et même de la digne Mère Geneviève avaient échoué. Seule l'autorité épiscopale était susceptible de faire lever son veto. C'est donc de ce côté que Soeur Agnès de Jésus orientera les tentative. Elle y décide son père, en lui communiquant un entretien qu'elle vient d'avoir avec l'Aumônier des Carmélites, M. l'abbé Youf:

" C'est une si charmante enfant, lui avait-il dit, ah! c'est moi qui la veux bien!... Puisque son incomparable père a l'héroïsme de bien vouloir la conduire à Monseigneur, qu'il aille tout droit à Bayeux,... et j'espère une bonne décision. "

" Voici à peu près, mon petit Père, ce que m'a dit M. Youf; je t'avoue que l'intérêt qu'il semble prendre à cette affaire m'a bien touchée, j'ai vu là un prêtre qui comprend parfaitement que Dieu est libre d'appeler les âmes à l'âge qu'il lui plaît. Si le fruit est mûr, avant le temps, n'est-il pas juste que sa divine main s'avance pour le cueillir?

" Tout le Carmel prie pour le père de notre lys, cet arbre fécond qui ne sait que produire que des vierges... On prie aussi pour le petit lys dont la corolle s'est montrée aujourd'hui si pleine de diamants. Qu'il ne perde pas courage, qu'il espère, rien n'est perdu.

" ... J'ai peur que ce soit trop oser de te redemander le voyage de Bayeux? pourtant, c'est nécessaire si tu veux que le grand voyage du Benjamin ne soit pas couvert d'un nuage de tristesse.

" ... Oh! que tu es bon, que je t'aime... Si tu savais comme mon coeur est attendri en pensant à tout ce que tu veux bien faire pour ta Reine, à tout ce que tu as fait pour nous. Va, ne crains rien, l'ingratitude n'habite pas le Carmel, nous saurons nous souvenir de tes bienfaits et Dieu les compte. Quelle couronne il te réserve!

" ...Quel bonheur de voir le jour de l'éternité se lever enfin après cette nuit de ténèbres. Alors, nous nous applaudirons de nos sacrifices d'un instant, et le sourire éternel de Dieu sera notre récompense.

" ... En attendant, ton sourire est pour moi le sourire de Dieu. "


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Message  Arthur Sam 23 Mai 2009, 8:47 pm

Échec à Bayeux. Quelle sera la tactique à Rome? Thérèse souhaitait parler au Pape. Il y eut hésitation, puis consigne de silence, quand, le 10 novembre, Soeur Agnès de Jésus adresse cette lettre confidentielle à sa petite voyageuse:

" Je t'avais dit de ne rien demander au Saint-Père; aujourd'hui, notre Mère et la Mère Geneviève te conseillent de parler, en cas, toutefois, que tu en aies le désir.

" ... Que ton petit coeur ne se trouble pas, ne fais pas attention à tout le monde qui se trouvera autour de toi; qu'est-ce-que cela fait qu'on t'entende? Rien du tout.

" Demande à Jésus comment t'y prendre, c'est à lui de t'instruire, puisque c'est pour son amour que tu parleras.

" ...Pense que c'est à Jésus lui-même que tu parles, cela t'aidera. Autrefois, dans la vie mortelle, les Juifs n'avaient pas honte de lui découvrir leurs besoins au milieu des foules; toi, ne rougis pas non plus, parle et ne crains rien.

" Surtout, que M. Révérony ne sache rien de cette lettre, si tu savais comme cela ferait mal. Je ne t'écris ma pensée qu'après réflexion. La Mère Geneviève me disait hier : " Surtout ne l'empêchez pas de parler au Saint-Père. " Notre Mère est de cet avis; c'était donc un devoir pour moi de lever la défense. D'ailleurs, c'est pour toi; ne fais que ce que Jésus t'inspirera, c'est vrai que l'occasion est si belle.

" Courage. Surtout, ne te laisse pas rebuter par un premier refus, pense à la persévérance de la chananéenne. Si le Saint-Père a l'air de dire non, toi reprends: " O très Saint-Père, vous ne pouvez me refuser, vous savez que Jésus a dit : " Laissez venir à moi les petits enfants."

On trouve ici, prises sur le vif, les qualités maîtresses de Mère Agnès de Jésus dans la conduite d'une cause. Ténacité, souplesse, simplicité dans l'habilité, recherche des moyens adéquats pour triompher des difficultés, courage et loyauté et, surtout, un grand esprit surnaturel, une armature de prière et de confiance servant de base à toute l'entreprise. Elle mettait Dieu de son côté et, dès lors, ne redoutait pas la lutte.


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Message  Arthur Lun 25 Mai 2009, 9:18 pm

Quand la victoire se faisait attendre, voyons comment elle réagissait, écoutons-la consoler Thérèse après l'amère déception de l'audience pontificale :

" ... O ma Thérèse, n'es-tu pas fière, n'es-tu pas heureuse de la préférence marquée que Jésus te témoigne? Aussi jeune, à quinze ans, il te trouve digne déjà de porter sa croix; il te trouve digne de souffrir! Quel honneur pour toi, si tu savais comme les épreuves font avancer ton âme dans la voie de la sainteté.

"... C'est un acte d'abandon que tu dois faire, voilà la volonté de Dieu pour toi. Que c'est beau! Jésus semble dormir dans ta petite barque, mais, ne crains rien, son Coeur veille. "

Celui de la "petite Mère " veillait aussi! Dès le retour à Lisieux, elle suggère à Thérèse d'écrire à nouveau à Monseigneur de Bayeux, puis au redoutable Vicaire Général qu'il fallait adroitement gagner. Tout ayant été essayé humainement, il n'y avait plus qu'à attendre l'heure divine.

Celle-ci sonna enfin pour la nouvelle Theresita et soeur Agnès de Jésus l'exhorte à l'entrer de plain-pied dans l'arène :

" Aimons Jésus qui nous a tant aimées. Que la petite fiancée n'aie pas peur de suivre son Bien-Aimé sur la voie du Calvaire... pour lui ressembler et porter dignement le nom d'épouse, il faut toujours prouver l'amour par la souffrance. "

Elle n'oublie pas, pour autant, de panser la blessure du coeur paternel :

" Hier, j'ai vu quelque chose de mélancolique sur tes traits et quelques larmes dans tes yeux. Ne pleure pas, mon Père chéri, ou bien verse des larmes de joie, car ce n'est pas à un époux mortel que tu nous sacrifies, mais à Dieu " qui ne meurt pas ". Un jour, dans l'éternité, tu recueilleras des fruits de gloire sur cet arbre de la Croix qui ne donne, ici-bas, que des fruits amers. Mais que le sacrifice est doux pour un coeur qui aime Dieu! Les saints désiraient la souffrance parce qu'ils voyaient clair; ils plongeaient d'avance leur regard dans l'éternité, et la vanité de toutes choses leur était révélée, en même temps que la vérité de l'unique nécessaire.

" Adieu, notre tout ici-bas, après Jésus. " Ta pauvre petite perle. "

Arthur

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Message  Arthur Mar 26 Mai 2009, 8:13 pm

Au matin du 9 avril 1888, en la fête de l'Annonciation, reportée au lundi de Quasimodo, Thérèse entait au Carmel, dans toute la fraîcheur de sa jeunesse et la pure générosité de son amour.

Dans les textes de ses dépositions aux Procès, Mère Agnès de Jésus consigne le fait avec ces détails:

" A son entrée au Monastère, les Soeurs qui, pour la plupart, ne s'attendaient à voir qu'une enfant tout ordinaire, furent saisies comme de respect en sa présence. Elle avait dans toute sa personne quelque chose de si digne, de si résolu, de si modeste, que j'en fus surprise moi-même.

" Une des Soeurs s'était dit : " Quelle imprudence de faire entrer au Carmel une enfant si jeune. Quelle imagination a cette soeur Agnès de Jésus; elle aura des déceptions. " Elle m'avoua qu'elle s'était bien trompée.

La même religieuse ajoutait: " Soeur Thérèse de l'Enfant=-Jésus est extraordinaire; elle nous en remontre à toutes. "

" Après avoir adoré le Saint-Sacrement et s'être laissé conduire dans sa petite cellule, poursuit Notre Mère, Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus me dit avec une telle expression de paix et de bonheur que je ne l'ai jamais oublié : " Maintenant, je suis ici pour toujours! " Cette paix surnaturelle ne l'abandonna jamais, malgré toutes le souffrances qu'elle eut à supporter.

" La note caractéristique de cette période de sa vie, qui s'étend depuis son entrée au Carmel, jusqu'à l'époque où les novices lui furent confiées, c'est l'humilité, le soin d'être fidèle jusque dans les plus petites choses, malgré de constantes aridités. Je sais tout cela par la confidence qu'elle me faisait de son état d'âme, aux jours où la Règle nous permettait de nous entretenir

"... En récréation et dans les autres circonstances, elle se privait de notre compagnie et recherchait de préférences les Soeurs qui se montraient moins sympathiques à son égard. "

Cette citation donnée sous la foi du serment, nous dépeint le comportement de la jeune saint vis-àvis de ses deux aînées, si tendrement chéries. Mais n'y trouvons-nous pas aussi l'éloge de celles-ci, qui pratiquaient la même abnégation? Ayant toutes deux remplacé leur mère bien-aimé, près de leur petite soeur, on suppose aisément ce qu'il put leur en coûter de la voir parfois incomprise ou traitée sans les ménagements qu'exigeait son âge. Mère Agnès de Jésus avoue en avoir souffert un véritable martyre et, cependant, elle tâchait de mettre en garde Soeur Marie du Sacré-Coeur contre cette tentation; elle lui écrivait, sans doute après quelque incident de ce genre:

" Cette petite aventure nous prouve que vraiment nous ne devons nous occuper en rien de Thérèse de l'Enfant-Jésus. Pour moi, je la laisserai faire entièrement; qu'elle demande ce qu'elle voudra, qu'on lui accorde tout ce qu'elle demandera, nous n'avons pas à en répondre; gardons notre paix, gardons notre âme... c'est bien assez de nous occuper de nous mêmes. Le bon Dieu nous bénira si nous agissons ainsi. Allons droit notre chemin. Sans cela, nous trouverons tant d'occasions de trouble que ce sera à n'y pas tenir... Nous avons tant de sujets de nous réjouir; quelles destinées: Dieu et notre âme. Abandonnons le reste à sa bonté, à sa providence, à son amour. "


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Message  Arthur Mer 27 Mai 2009, 8:21 pm

Le 22 mai 1888, Soeur Marie du Sacré-Coeur faisait sa profession et sa petite filleule avait la joie de poser sur son front la couronne de roses.

Puis vint la Prise d'Habit de Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus, le 10 janvier 1889. Au cours de sa retraite, elle eut la permission d'épancher son âme en celles de ses grandes soeurs. Émue de ses dispositions, la " petite Mère " lui répondait:

" Petite Soeur chérie, ne dites pas que vous êtes dans les ténèbres; il vous le semble, mais la lumière éternelle rayonne en vous. Sans elle, auriez-vous ces sentiments? Non. Vous comblez mon coeur de joie, je pleurerais bien de bonheur, en voyant que ma petite fille la plus chérie ne réserve rien dans son holocauste. "

L'année du noviciat fut prolongée pour éviter une nouvelle opposition de M. le Supérieur. Mère Agnès de Jésus se trouvait à la salle du Chapitre avec Mère Marie de Gonzague, qui travaillait au grand tapis du sanctuaire, quand celle-ci lui parla du retard de la Profession de Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus, et fit appeler cette dernière pour l'en avertir.

" Je vois encore, précise Mère Agnès de Jésus, cette pauvre petite s'en aller toute pâle, le visage couvert de larmes. Mais elle nous a confié que, bientôt, elle s'était ressaisie, et ne trouvait plus avoir trop de temps devant elle pour embellir sa robe de noces."

Constatant de plus en plus la maturité d'âme exceptionnelle de sa saint petite Soeur , ses conseils devenaient plutôt un échange de pensées élevées, propre à soutenir son vol. Elle adresse ces lignes à la jeune religieuse, avant sa profession du 8 septembre 1890:

" Préparez-vous, mon petit grain de sable, préparez-vous, en ne vous préparant pas, c'est-à-dire en avouant que vous êtes incapable de vous préparer et de vous orner pour cette fête du Ciel. Si j'étais une colombe blanche, je sais bien ce que je ferais: j'irais poser ma petite tête sur le sein de Jésus, non pas de Jésus glorieux, mais de Jésus souffrant. Là, j'attendrais, sans dire une parole, qu'il tombe sur moi quelques perles brillantes et rubis précieux: les larmes et le sang de Jésus; voilà, petite colombe, ce qui enrichira votre âme et vous rendra si belle que les yeux éblouis des Anges auront peut-être peine à soutenir votre éclats; ils vous chanteront alors; " Dans votre éclatante beauté avancez et régnez. "

" Je n'ai plus de peine pour la bagatelle d'hier soir... Mon Dieu comme tout passe ici-bas! Cela donne du courage... Oh! mille fois heureuse l'âme qui s'élève au-dessus de toutes les vicissitudes. C'est difficile, mais la grâce opère des merveilles dans le coeur fidèle.

" Enfant chéri, remerciez votre fiancé car, dès votre plus tendre jeunesse, il vous a fait suivre ce chemin de fidélité. Il ne vous console pas parce que vous êtes entre ses bras; vous ne marchez pas, il vous porte; l'enfant dans les bras de son Père a-t-il besoin d'autre consolation? "

-- Petite Maman à moi, oh! merci, lui répondait la Sainte. Si vous saviez ce que votre lettre dit à mon âme! "

Arthur

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Message  Arthur Jeu 28 Mai 2009, 8:41 pm

La pleine compréhension de leurs deux âmes ne devait jamais s'altérer. Pourtant, il importe de souligner fortement: si Mère Agnès de Jésus encouragea Thérèse dans son attrait pour la confiance pleine d'abandon qui était, en quelque sorte, chez elles, un héritage de famille, si elle l'orienta vers le détachement des choses passagères et une foncière humilité, chacune garda sa personnalité très distincte. La meilleure preuve est que Mère Geneviève de Sainte-Thérèse fit appeler, un jour, Soeur Agnès de Jésus, pour attirer son attention sur la spiritualité de Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus qu'elle trouvait trop hardie, afin qu'elle la modérât; elle n'avait donc point la même crainte sur la soeur aînée qu'elle connaissait à fond.

Cette remarque n'effraya pas cependant la " petite Mère " qui laissa paisiblement sa petite fille chercher sa voie propre, sous l'action divine, s'en l'entraver en rien.

C'est pourquoi la Sainte affirmera, plus tard, à une de ses novices, qui lui demandait qui lui avait enseigné sa " Petite Voie ":

" C'est Jésus tout seul. Aucun livre, aucun théologien ne me l'a enseignée. "

Elle n'aurait pas manqué, dans sa modestie, d'insinuer l'influence de Mère Agnès de Jésus, si elle l'avait jugée décisive, comme elle l'attesta pour sa dévotion à la Sainte Face de Notre-Seigneur.

Le sujet est si important, que nous ne craignons pas de nous y étendre. Un fait très éclairant: Mère Agnès de Jésus nous a maintes fois raconté combien les retraites prêchées bouleversaient sainte Thérèse de l'Enfant- Jésus .

" Pendant l'une de ces retraites, disait-elle, j'étais serveuse au réfectoire et je fus frappée de son expression d'angoisse; elle ne pouvait manger. Je l'interrogeai ensuite, et elle me confia que les instructions la jetaient dans cet état; je crois qu'elle en serait morte se les saints Exercices se fussent prolongés.

-- Mais vous, ma Mère, demanda-t-on, qu'éprouviez-vous de ces mêmes prédications?

-- En général, j'en étais très contente et n'en avait aucun trouble. Mais, elles étaient basées surtout sur l'esprit de crainte, et notre Sainte, dont l'âme ne se dilatait que dans la confiance, en étouffait.

" C'est pourquoi elle goûta tant de paix, comme elle le dit elle-même, à la retraite du Père Alexis, franciscain, qui la lança à pleines voiles " sur les flots de la confiance et de l'amour. "

Revenons à la journée du 8 septembre 1890. Nous lisons sous la plume de Mère Agnès de Jésus:

" La fête... fut sans nuage; il n'y en eut même pas un seul au firmament,... où des milliers d'hirondelles gazouillaient dès le matin, sur nos toits. Jamais nous n'avions vu pareille armée de ces petites émigrantes. Elles avaient choisi, cette année-là, notre Monastère comme point de départ de leur envolée vers des climats plus doux.

" N'était-ce pas in symbole lointain de toutes les âmes si nombreuses qui viendraient ici, plus tard, émigrer, joyeuses, de la terre de leurs péchés, au beau Ciel de la fidélité, de la sainte liberté des enfants de Dieu. "



Arthur

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Message  Arthur Lun 01 Juin 2009, 9:29 pm

Nous continuons à puiser dans ses souvenirs fraternels:

" Quelques mots maintenant de notre grande peine de famille, bien qu'il soit difficile de faire de la peinture d'un buisson d'épines, quand ces épines se sont changées en roses de grâces et de gloire pour nous.

" Du temps des épines,... surtout au commencement, que de lettres, que de parloirs cruels! Je me rappelle qu'avant certains parloirs, je faisais à genoux cette prière: " Mon Dieu, tout ce qu'on va me dire, c'est cela que je veux entendre; mais aidez-moi! " Alors, mon coeur pouvait être broyé, j'avais une secrète force.

" ... Quand le tact manque, bien souvent, au lieu de consoler, on enfonce un dard, même avec la meilleure intention; c'est ce qui arriva plusieurs fois, sauf du côté de Mère Geneviève. Au premier moment de notre si grande peine, quand Papa semblait s'être perdu on ne sait où, elle nous avait attendues toute la journée à son infirmerie pour nous consoler. Nous étions si atterrées, que nous n'avions pas quitté le Dépôt, où Mère Marie de Gonzague nous avait installées avec bonté.

" Enfin, dans la soirée, nous nous rendons chez Mère Geneviève. Elle nous tendit les bras et nous dit avec des larmes dans la voix : " Venez, mes pauvres enfants! Oh! que la journée m'a paru longue sans vous voir. " Elle nous parla comme quelqu'un " qui sait ce que c'est de souffrir " . Puis, elle ajouta : " Ne pleurez pas, votre père est bien gardé. Voici les paroles que j'ai entendues ce matin, après avoir prié pour vous et pour lui : " Dis-leur qu'il reviendra demain et qu'il n'a rien. " Ce qui se réalisa contre toute prévision.

" ... La maladie de Papa, avec tout ce qu'elle entraîna d'humiliations et de peines de coeur, fortifia grandement nos âmes. Pour moi, je ne faisais pas une seule fois le Chemin de Croix sans qu'il me revienne à l'esprit cette parole de l'Imitation : " Nul n'a si avant dans son coeur la Passion de Jésus-Christ que celui qui a souffert quelque chose de semblable. "

" Bien qu'elle fut passagère, comme tout ce qui est du temps, cette croix ne devait pas durer qu'un jour, mais trois longues années, pendant lesquelles le silence se fit de plus en plus autour du nom vénéré de celui que nous chérissons.

" ... Au dehors, bien des personnes nous rendaient responsables de ce malheur causé affirmaient-elles, par l'excès de chagrin, surtout à l'entrée de Thérèse.

" J'aimais cette parole de Notre-Seigneur à Soeur Marie de Saint-Pierre : " La fin de ton pèlerinage approche, tu verras bientôt ma Face dans le Ciel. " je me la répétais dans mes peines... Au moment de notre grande épreuve, un ex-voto fut placé devant l'image bénie, entre deux candélabres... Cette inscription y était gravée : Sit nomen Domini benedictum. F. M. ( Famille Martin ). Il me semblait que louer ainsi le bon Dieu de nous avoir gratifiées d'une croix si pesante le glorifiait beaucoup. "

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Message  Arthur Mer 03 Juin 2009, 8:40 am

8


Si nous ouvrons sa correspondance familiale à cette époque douloureuse, nous y trouvons le même écho.

Ce fut le 12 février 1889, que M. Martin dut quitter les siens pour être confié à des mains étrangères. Cette date demeura, pour ses filles, un anniversaire de grâce qu'elles nommaient " notre grande richesse ". Quelques jour après, à Soeur Marie du Sacré-Coeur, en retraite, Soeur Agnès de Jésus écrivait :

" Pauvre petite colombe solitaire, vos pensées sont tellement les miennes, que je ne puis vous dire ce que j'éprouve en vous lisant... Ayons confiance en Dieu ... Jusque là, notre pauvre petit Père ne savait pas ce que c'est que de souffrir. C'est que son heure n'était pas encore venue; maintenant, elle a sonné. Mais comme tout passe en cette vie avec la rapidité de l'éclair, une autre heure sonnera bientôt, l'heure de l'ivresse éternelle. Mais qui viendra dans la salle du festin? Ceux qui auront trempé leur robe dans le Sang de l'Agneau, c'est-à-dire, ceux qui auront beaucoup souffert. C'est là surtout que notre petit Père sera placé dans les premiers rangs, là qu'il pourra dire : Je ne suis plus où on m'avait mis... Tout a changé, ici je suis roi et voyez comme tout est beau autour de moi, c'est un printemps éternel.

" Petite colombe, pleurerez-vous toujours ce qui vous fera sourire toute l'éternité? Laissez les Buissonnets se démeubler, laissez tout crouler, laissez ce qui est périssable périr... Nous allons où nous pouvons être dès ici-bas, nous allons à la vraie Patrie, nous nous rendons dans notre royaume. Ne voyons plus que le Ciel et faisons-le descendre en nous par la foi et par l'amour. Bientôt, nous y monterons pour y jouir de l'amour tout seul. Ici-bas, c'est la foi qui conduit à l'amour.

" Papa, ah! Papa, il rêve, il fait un cauchemar, un songe purifiant pour se réveiller bientôt sur une autre terre, dans le vrai palais du Bon Sauveur!... Le Maître du palais..., s'avançant vers son élu, lui dira : " Bon et fidèle serviteur, il en est temps enfin, entrez dans la joie de votre Dieu. "

Et à sa pauvre petite Céline, qui gravissait, dans le monde, cet angoissant Chemin de Croix :

" Soyons des saintes, Jésus demande cela de nous. Il lui en faut, il lui faut des âmes toutes dévouées, toutes abandonnées,, mais toujours adoré. livrées à ses divins caprices. Ouvrons les nôtres à deux battants, laissons-le pénétrer ou, plutôt, forçons-le de s'arrêter jusqu'au sanctuaire le plus intime. Comme les disciples d'Emmaüs, disons-lui : Demeurez avec nous, Seigneur, voyez, il se fait tard. La nuit tombe, ne vous aventurez pas, pendant cette nuit de péchés, sur les routes où passent les méchants. Ah! venez, nous vous garantirons de leurs traits. Mais, Seigneur, pourquoi vous laissez-vous tant prier? Comment! Votre compagnie est-elle si onéreuse? Et Jésus de sourire en montrant la Croix qui ne le quitte jamais... " Mes enfants, beaucoup m'invitent comme vous, mais peu me gardent, parce que beaucoup m'aiment sans ma croix, et très peu me laissent la planter dans leur coeur. Pourtant, ce n'est que par elle que j'établis ma demeure pour jamais. Si l'amour me trouve, c'est la souffrance seule qui me garde. "

" O Jésus, nous, nous voulons votre croix! Entrez et demeurez. Ici vous êtes chez vous. C'est un autre Béthanie, où vous trouverez des coeurs fidèles. C'est un vieillard à cheveux blancs, affligé par la maladie et qui, pourtant, se dit encore votre ami, c'est un essaim de vierges dont vous êtes l'Époux, Époux de sang, mais toujours adoré

" Adieu, ma chérie, réjouissons-nous de souffrir. "

La souffrance ainsi accueillie n'est-t-elle pas la pierre de touche des âmes magnanimes? Thérèse pouvait écrire, pour elle et ses soeurs :

" Un jour, au Ciel, nous aimerons à nous parler de nos glorieuses épreuves, déjà ne sommes-nous pas heureuses de les avoir souffertes?... Oui, les trois années du martyre de Papa me paraissent les plus aimables, les plus fructueuses de toute notre vie, je ne les donnerais pas pour toutes les extases et les révélations des Saints; mon coeur déborde de reconnaissance en pensant à ce trésor inestimable qui doit causer une sainte jalousie aux Anges de la Céleste Cour... "

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Message  Arthur Jeu 04 Juin 2009, 8:29 am

Une autre séparation allait meurtrir ces coeurs aimants. Le 5 décembre 1891, Mère Geneviève de Sainte Thérèse, après de longues années de souffrances, quittait son Carmel pour le Ciel. Soeur Agnès de Jésus, qui avait pour elle une si filiale estime, l'annonçait en ces termes à sa soeur Céline :

" Notre sainte vient de nous quitter, aujourd'hui, samedi, au premier son de l'Angelus, dans une paix ineffable, mais après des douleurs si affreuses que toutes nous appelions de nos voeux cette heure de délivrance.

" Et maintenant, tout est fini! son Ciel a commencé, ses souffrances sont oubliées, elle jouit pour toujours.

" Ma petite Céline, je ne puis t'en dire davantage, je suis trop émue. Mes larmes coulent. Oh! la vie! Que lui paraissent maintenant ses quatre-vingt-six ans? Devenons des saintes! "

A l'aide d'un appareil emprunté à Céline, elle photographia les traits de cette Mère si aimée, et en répandit de nombreuses images avec le souvenir de la défunte. Elle eut aussi la consolation d'écrire sa Notice pour les Carmels, bien que celle-ci ait été signée par Mère Marie de Gonzague.

Mère Agnès de Jésus se vit adjoindre sa petite soeur comme aide à diverses reprises : à l'emploi du réfectoire. à celui de la peinture, par exemple, mais leur commune vertu joua d'émulation pour ne rechercher aucune consolation du coeur dans ses rapprochements; au contraire, leur fidélité absolue pouvait leur laisser croire à elles-mêmes que leur ancienne intimité s'était refroidie. C'est ainsi que Thérèse, rappelant ces souvenirs, avouait à sa " petite Mère ", peu avant sa mort : " Je ne pouvais vous ouvrir mon coeur, si bien que vous en étiez venue à ne plus me connaître."

En apparence seulement, car il suffit de parcourir les pertinentes dépositions de Mère Agnès de Jésus, aux divers Procès, soit dans ses notes initiales, soit dans celles enregistrées au Summarium, pour constater qu'elle ne cessa jamais de comprendre à fond l'âme de son enfant, " de la voir croître en sagesse et en grâce, et de garder ces choses en son coeur ", jusqu'au jour où il conviendrait de les dévoiler.

Il est une dévotion qu'elle communiqua à Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus, dès le début de sa vie au Carmel et elle en donnait plus tard ces détails :

" Je l'avais conduite à la tribune, où se trouve une statue de l'Enfant=Jésus et lui fis remarquer la beauté de ce nom uni à celui de Thérèse. Puis je lui expliquai la beauté et l'honneur de porter encore le nom de la Sainte Face. Je lui parlai alors du mystère de la Sainte Face, comme elle le rapporte dans l'Histoire d'une Ame, et je voyais en son regard qu'elle saisissait tout ce que je voulais lui dire... elle me faisait l'effet d'un ange. "

Dans ses notes intimes, elle relate l'origine, pour elle-même, de ce culte, qui devait nourrir son âme;

" C'est Mère Geneviève qui, dès mon entrée au Carme, m'attira à cette dévotion. Elle me disait combien elle était touchée d'avoir vu, par la vie de Soeur Marie de Saint-Pierre ( Du Carmel de Tours ), que Notre-Seigneur avait choisi le Carmel pour révéler sa Sainte Face au monde.

" Aussitôt, je fus touchée moi-même. Je trouvais que Jésus nous dévoilait, par sa Sainte Face, tout l'amour de son Coeur et je cherchai le moyen d'honorer cette image.Cele du choeur eut bientôt une petite lampe et, plus tard, de vraies illuminations à certains jours. "

Cette effigie était celle mise en honneur par M. Dupont, le saint Homme de Tours, et provenait d'une édition très appréciée au Carmel. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus l'aimait beaucoup; elle y trouva l'inspiration de sa strophe " Vivre d'Amour ". L'image est maintenant dans son infirmerie qui était déjà dédiée à la Saint Face.

" Après une journée où j'avais eu beaucoup à souffrir, continue Mère Agnès de Jésus, je vis en songe notre Sainte Face dans le Ciel -- ce genre de ciel rougeâtre que l'on admire après les orages.-- J'étais avec Soeur Geneviève, comme sur une plage déserte, à contempler ce spectacle, et j'entendis ine voix murmurer à mon oreille : " Patience. "

Ce fut à l'école de la Face adorable, humiliée et meurtrie, nous l'avons vu, que les filles de M. Martin apprirent à pâtir, c'est-à-dire à sanctifier dans le plus amoureux abandon la grande épreuve paternelle qui se répercutait si intensément en leurs âmes.

Ce divin Visage, couvert d'opprobres, était bien le Dieu de l'exil, mais il était en même temps un gage d'éternité. Telle était la pensée que nous livre encore Mère Agnès de Jésus :

" Combien je suis heureuse que Céline ait reproduit si parfaitement, d'après le Saint-Suaire de Turin, la vraie Sainte Face de notre Époux bien-aimé.

" Mais, Ö Jésus, ce que nous n'avons point vu encore, c'est votre Face glorieuse. Oh! quand verrons-nous votre Visage dans l'allégresse ? car " nous ne serons pleinement rassasiés que lorsque cette gloire nous apparaîtra. "

Arthur

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Message  Arthur Jeu 04 Juin 2009, 7:52 pm

IV AUX ÉCOUTES D'UNE SAINTE


Jusqu'ici, Soeur Agnès de Jésus avait affermi sa vertu dans l'ombre. Bien jeune encore, à trente et un ans et demi, le bon Dieu allait mettre cette lumière sur le chandelier.

Quelques mois avant la mort de Mère Geneviève, elle était entrée dans son infirmerie alors que la Fondatrice semblait faire une confidence à Mère Marie de Gonzague. Cette dernière regarda la jeune Soeur d'un air un peu mystérieux, lui laissant entendre qu'elle était justement le sujet de leur conversation et, dans la suite, à mots couverts, elle lui fit comprendre que Mère Geneviève l'avait désignée comme pouvant être Prieure dans l'avenir.

Très loyalement, à la veille de déposer la charge, le 20 février 1893, Mère Marie de Gonzague prépara l'élection de Mère Agnès de Jésus, qu'elle appréciait et aimait sincèrement. Le Supérieur, en confirmant la nomination, dit à l'élue : " Votre sainte Mère Geneviève vous aidera; vous vous appliquerez à imiter les précieux exemples qu'elle vous a laissés. Je puis vous dire, sans manquer à la discrétion que, si la plupart de vos Soeurs ont pensé à vous donner leur voix, c'est qu'elles ont remarqué que vous essayez de retracer les vertus que vous lui avez vu pratiquer. "

Mais, le caractère entier de l'ancienne Prieure ne put bientôt admettre que la nouvelle prît librement son autorité et ses responsabilités; il eût fallu rester sous sa tutelle, à l'encontre du bien général. C'est pourquoi sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus résumait d'un mot heureux l'attitude de sa Mère si aimée pendant ce laborieux triennat : " Vous avez imité David jouant de la harpe devant Saül. "

Pour Mère Agnès de Jésus, d'une nature impressionnable et extrêmement sensible, cette position était parfois tragique. Elle a écrit :

" Je reconnais que ce joug m'était nécessaire. Il m'a mûrie et a détaché mon âme des honneurs. "

A la vérité, elle sut user de toutes les délicatesses possibles, sans manquer à la prudence. Ainsi, croyant devoir, par déférence, nommer Mère Marie de Gonzague maîtresse du noviciat, elle lui adjoignit habilement, pour la seconder dans cette tâche, Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus, doyenne de ses compagnes novices, sachant que l'influence de celle-ci contrebalancerait suavement et judicieusement ce que l'autre aurait pu avoir de fâcheux. Sa confiance ne fut pas déçue, puisque, reprenant la houlette après trois ans, Mère Marie de Gonzague, tout en se conservant la direction du noviciat -- qu'elle aurait pu, normalement, confier à Mère Agnès de Jésus -- y garda la petite Sainte comme auxiliaire.

On devine la joie surnaturelle ressentie par Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus à l'élection de sa " petite Mère ". Les lignes qu'elle lui écrivit le soir même et qui sont publiée dans le volume de ses lettres en témoignent amplement. A son bonheur filial, se mêle pourtant une crainte qu'elle n'hésite pas à exprimer, en y ajoutant le conseil :

" Maintenant, vous allez pénétrer dans le sanctuaire des âmes, vous allez répandre sue elles les trésors de grâces dont Jésus vous a comblée. Sans doute, vous souffrirez... Les vases seront trop petits pour contenir le parfum précieux que vous voudrez y déposer, mais Jésus, lui aussi, n'a que de bien petits instruments de musique pour jouer sa mélodie d'amour; cependant, il sait se servir de tous ceux qu'on lui présente. Vous serez comme Jésus! Petite Soeur, Mère chérie, mon coeur à moi , le coeur de votre enfant est une toute petite lyre; quand vous serez fatiguée de faire vibrer les harpes, vous viendrez prendre votre petite lyre et à peine l'aurez-vous touchée qu'elle produira les sons que vous désirez... au seul attouchement de vos doigts maternels elle comprendra, et sa faible mélodie se mêlera au chant de votre coeur. "

Arthur

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Message  Arthur Lun 08 Juin 2009, 8:44 pm

A la première fête de Sainte Agnès, 21 janvier 1894, Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus composa et peignit le petit tableau : le rêve de l'Enfant-Jésus. Elle y joignit un billet explicatif et une lettre où elle donne une trop belle appréciation de Mère Agnès de Jésus, pour qu'elle n'ait pas sa place en ces pages :

Ma Mère chérie,

" Vous venez de lire le rêve que votre enfant voulait reproduire pour votre fête. Mais, hélas! c'est votre pinceau d'artiste qui seul aurait pu peindre un aussi doux mystère!

" ... C'est vous, ma Mère, ce sont vos vertus que j'ai voulu représenter sur son Coeur. Les fleurs sont bien pour Jésus seul! Oui, les vertus de ma Mère chérie resteront toujours cachées avec le petit Jésus de Crèche; cependant, malgré l'humilité qui voudrait les voiler, le parfum mystérieux qui s'échappe de ces fleurs me fait déjà pressentir les merveilles que je verrai un jour dans l'éternelle Patrie, quand il me sera permis de contempler les trésors de tendresse que vous prodiguez maintenant à Jésus.

" O ma Mère, vous le savez, jamais je ne pourrai vous dire toute ma reconnaissance pour m'avoir guidée comme un Ange des Cieux, au milieu des sentiers de la vie; c'est vous qui m'avez appris à connaître Jésus, à l'aimer; maintenant que vous êtes doublement ma Mère, ah! conduisez-moi toujours vers le Bien-Aimé, apprenez-moi à pratiquer la vertu, afin qu'au Ciel je ne sois pas placée trop loin de vous et que vous puissiez me reconnaître pour votre enfant et votre petite soeur. "

Thérèse de l'Enfant-Jésus,
rel. carm. ind.

Comment ne pas mettre en relief, ce qu'écrivait, de son côté, Mère Agnès de Jésus, en vue des Procès de Béatification:

" Pendant que j'étais Prieure, un jour la Servante de Dieu était restée près de moi, une heure entière, ce qui arrivait bien rarement car c'est elle que je voyais le moins souvent de toutes les Soeurs, je fus tout particulièrement frappée de son avancement dans la vertu; plus elle me parlait de son amour pour le bon Dieu, de son désir de souffrir pour lui et de vivre inconnue sur la terre, plus j'étais comme saisie de respect et d'admiration, parce qu'il y avait tant d'onction et de vérité dans ses paroles. Il me semblait que c'était un ange qui me révélait ses secrets. Je fis par de mon saisissement à Soeur Thérèse de Saint-Augustin qui vint me trouver après elle. Cette Soeur pensait que Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus serait Prieure un jour : " Détrompez-vous, lui dis-je, vous verrez que nous ne l'aurons pas longtemps; elle est trop sainte pour que le bon Dieu ne lui donne pas bientôt son Ciel. "

A cette époque, elle se portait très bien, et devait avoir de vingt-et-un à vingt-deux ans. "

Arthur

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Message  Arthur Mer 10 Juin 2009, 9:22 am

Pour l'anniversaire de naissance de sa Mère bien-aimée, le 7 septembre 1895, Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus laissa encore déborder son coeur reconnaissant, dans une poésie intitulée : A ma Mère chérie, le bel ange de mon enfance.

C'est tout le dévouement de sa Pauline qui s'y trouve longuement décrit :

Bien loin du beau Ciel, ma Patrie,
Je ne sui pas seule ici-bas,
Car, en exil de cette vie,
Un bel ange guide mes pas...
Ce bel ange, ô profond mystère!
M'appelait sa petite soeur...
Il avait les traits d'une Mère,
Et je reposais sur son coeur!...

*


Avec l'appui sans réserve de Mère Marie de Gonzague, qui montra vraiment, sur ce point, une grande largeur de vue, Mère Agnès de Jésus eut la consolation d'ouvrir les portes de son Carmel à sa soeur Céline, après la sainte mort de M. Martin, en 1894, puis, l'année suivante, à leur cousine Marie Guérin. Cette réunion des quatre soeurs et de leur parente, dans le même monastère, eût pu présenter quelque inconvénient, sans le bon esprit dont elles firent preuve et le détachement qu'elles s'efforcèrent de pratiquer.

La Providence se servit d'ailleurs de ce rapprochement pour une fin qui dépassa de beaucoup la cause qui la fît naître. Nous voulons parler du Manuscrit de la Sainte et des travaux qu'imposa, plus tard, sa glorification.

Un soir de décembre 1894, où Mère Agnès de Jésus se chauffait avec ses soeurs Marie et Thérèse, dans la salle de récréation, Soeur Thérèse de l'Enfant Jésus narrait de façon si charmantes quelques traits de ses jeunes années, que Soeur Marie du Sacré-Coeur s'écria : " Ah! ma Mère, quel dommage que nous n'ayons pas tout cela par écrit. Si vous demandiez à Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus d'écrire pour nous ses souvenirs d'enfance? "

De prime abord, Mère Agnès de Jésus eut une hésitation, puis, sur les instances de la chère " Marraine ",

" me tournant, raconte-t-elle, vers la Servante de Dieu qui riait comme si l'on se moquait d'elle, je lui dis de m'écrire tout ce qu'elle se rappelait de son enfance. Comme j'étais sa Mère Prieure, elle dut obéir. Elle écrivit uniquement pendant ses temps libres et me donna son cahier le 20 janvier 1896, pour ma fête. J'étais à l'oraison du soir. En passant pour aller à sa place, elle me le remit entre les mains et je le posai sur notre stalle sans l'ouvrir. Je ne pris le temps de le lire que deux mois après. Dans cette intervalle, je remarquai la vertu de Soeur Thérèse car, son acte d'obéissance accompli, elle ne s'était plus du tout préoccupée, ne me demandant jamais si j'avais lu son cahier. Une fois, je lui dis que le temps me manquait toujours pour le lire, elle n'en parut nullement peinée."

Ce fut au cours de ce priorat que sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus sollicita de Mère Agnès de Jésus l'autorisation de s'offrir en victime à l'Amour miséricordieux, en la fête de la Sainte Trinité, le 9 juin 1895, et qu'elle reçut, peu de jour après, le 14 juin, la grâce insigne d'une blessure d'amour. Elle s'en ouvrit aussitôt à sa Mère, mais celle-ci, redoutant qu'elle ne se lançât dans les voies extraordinaires, feignit de n'y attacher aucune importance. Thérèse n'en parla plus à qui que ce soit.

Mais heureusement, le 7 juillet 1897, la voyant près de mourir, sa " petite Mère " lui recommanda le récit de cette faveur, dont elle pressentait bien l'importance exceptionnelle.

La petite Sainte avait pu apprécier de près la sagesse et la douceur de la jeune Prieure dans l'exercice de sa charge. Elle ne faisait pas partie du Chapitre, parce qu'alors le Carmel de Lisieux gardait l'usage de n'accorder jamais voix et droit de séance à plus de deux religieuses-soeurs. A la veille des élections qui clôturèrent ce béni triennat elle confia à sa " petite Mère " son espoir que le choix des capitulantes se reporterait sur elle...

Pendant l'élection qui fut particulièrement difficile,

" Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus attendait dehors, anxieuse et dans la prière, le résultat. Quand la cloche appela les Soeurs n'ayant pas voix ni séance, au Choeur, pour rendre obéissance à la Prieure nommée, et qu'elle vit que c'était Mère Marie de Gonzague, elle fut comme frappée de stupeur; mais son esprit de foi domina bientôt cette première impression et les sentiments de soumission filiale qu'elle montrait au dehors, elle les avait au fond du coeur. "

C'est Mère Agnès de Jésus qui donne ce témoignage, et elle poursuit :

" A la fin de sa vie, elle m'avoua même qu'elle s'estimait heureuse de mourir entre les bras de notre Mère : " Avec vous, me dit-elle, il y aurait eu trop de consolations humaines naturelles. Ce que le bon Dieu a fait est bien fait. "

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Message  Arthur Mer 10 Juin 2009, 8:16 pm

Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus eut sa première hémoptysie, le 4 avril 1896, au soir du Jeudi-Saint. Mère Marie de Gonzague Prieure, crut plus opportun de le laisser ignorer à ses soeurs, pour ne pas les alarmer, et le secret en fut gardé jusqu'à la fin de mai 1897. La malade avait été mise aux soulagements, l'été précédent, pour une petite toux que le médecin ne trouvait pas inquiétante, et un mieux réel s'étant manifesté, elle avait repris la vie régulière.

Quand elle retomba, épuisée, au printemps suivant, Mère Marie de Gonzague, très attristée à la pensée de perdre celle qu'elle désignait parmi ses filles comme " la meilleure entre ses bonnes ", permit très largement à ses soeurs de l'approcher, comme aide-infirmière, ou pour la garder pendant les heures d'office. C'est ainsi que la " petite Mère " put recueillir les Novissima verba, qui nous révèlent, de façon si émouvante, la physionomie de la Sainte aux prises avec la souffrance.

Mère Agnès de Jésus songeait au manuscrit si précieux qu'elle possédait, mais trop incomplet puisque Thérèse s'était bornée à ce qui lui avait été prescrit : le rappel d ses souvenirs d'enfance, effleurant à peine sa vie religieuse. Dans la nuit du 2 juin 1897, privée de sommeil par cette préoccupation, elle alla frapper à la cellule de Mère Marie de Gonzague, lui faisant la confidence du trésor qu'elle détenait, et lui suggérant de commander à Thérèse de poursuivre, pour elle, son autobiographie, afin qu'elle puisse l'utiliser pour sa Notice. Sa démarche réussit puisque, dès le lendemain, l'ordre était donné à Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus de reprendre la plume; celle-ci lui tomba des mains, avant la fin du Manuscrit, dont les dernières pages sont écrites au crayon

En tout cela, Mère Agnès de Jésus agissait avec le plus pur esprit surnaturel, et uniquement pour la gloire de Dieu, comme l'attestent ces lignes à sa " petite fille " :

" La Sainte Vierge m'a fait comprendre que toutes les plus belles vies de saints ne valent pas un acte d'obéissance et de renoncement. Quand même notre Mère, après votre mort, déchirerait votre petite Vie, il me semble, si je suis comme ce soir, que je ne sentirais pas autre chose qu'une attraction plus puissante vers le Ciel. Je volerais plus haut, voilà tout. "

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Message  ROBERT. Lun 15 Juin 2009, 9:55 pm



Mère Agnès de Jésus - Page 2 Paulin11

Mère Agnès de Jésus...


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Message  Arthur Mer 17 Juin 2009, 5:57 am

En ces derniers mois, Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus, devant la peine que la perspective de sa mort causait à ses chères soeurs, leur prodigua les marques les plus délicates de sa tendresse reconnaissante.

" Si vous êtes de nouveau Prieure un jour, disait-elle à sa " petite Mère ", ne vous inquiétez pas, vous verrez que vous ne vous ferez plus les même peines qu'autrefois. Vous serez au-dessus de tout; vous laisserez penser et dire ce qu'on voudra, vous ferez votre devoir en paix.

" Ne faites jamais rien pour l'être, et rien non plus pour ne pas l'être. D'ailleurs, je vous promets que je ne vous y laisserai pas mettre si c'est préjudiciable à votre âme. "

Voici encore de touchantes effusions :

" J'ai vu que vous m'aimiez d'un amour désintéressé. Eh bien! si je sais que vous êtes ma petite Mère, vous saurez un jour que je suis votre petite fille. Oh! que je vous aime! "

" Je ne sais comment je ferai au Ciel pour me passer de vous. "

Elle mettait parfois une pointe d'humour, pour égayer autour d'elle; ainsi Mère Agnès de Jésus lui disant qu'on allait la " photographier pour faire plaisir à notre Mère " , elle sourit d'un air malin :

" Dites plutôt que c'est pour vous! " Petit vent de bise, cesse de souffler, ce n'est pas pour moi, c'est pour mon camarade qui n'a pas de veste... " (Rappel d'une histoire d'Auvergnats, sans oublier le ton!)

" Quand je serai là-haut, mon petit bras sera tout comme s'il était long, et ma petite Mère aura des nouvelles... "

" N'importe ce que vous me dites, même les choses les plus insignifiantes, vous me faites l'effet d'un gracieux troubadour, qui chante ses légendes toujours sur des nouveaux airs. "

" Pour être mon " historien ", il faut vous ménager! "

" Ah! si je vous oubliais, il me semble que tous les saints me chasseraient du Paradis comme un vilain hibou! Ma petite Mère, quand je serai là-haut, je viendrai vous prendre avec moi, afin que " là où je serai, vous soyez aussi. "

" Quand vous serez morte, lui disait Mère Agnès de Jésus, on vous mettra une palme dans la main.

-- Oui, mais il faudra que je la lâche quand je voudrai, pour donner à pleines mains des grâces à ma petite Mère. Il faudra que je fasse tout ce qui me plaira. "

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Message  ROBERT. Mer 17 Juin 2009, 1:01 pm

.

Sœur Thérese-de-l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face vous remercie... sunny
ROBERT.
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Message  Arthur Mar 23 Juin 2009, 5:57 am

Lorsque Mère Agnès de Jésus apprit ses premiers accidents pulmonaires de 1896, son coeur ressentit une blessure profonde qu'on lui eût cachés. La sainte malade s'efforça de la consoler en ces termes :


" N'ayez pas de peine, ma petite Mère chérie, que votre petite fille ait semblé vous cacher quelque chose; je dis semblé car, vous le savez bien, si elle a caché un petit coin de l'enveloppe, elle ne vous a jamais caché une seule ligne de la lettre, et qui donc connaît mieux que vous cette petite lettre que vous aimez tant? Aux autres, on peut bien montrer l'enveloppe de tous les côtés, puisqu'elles ne peuvent voir que cela, mais à vous!


" Oh! ma petite Mère, la lettre est à vous, je vous en prie, continuez de l'écrire jusqu'au jour où Jésus déchirera complètement la petite enveloppe... "


Et la " petite Mère " laissait déborder son coeur en ces strophes, qui en jaillissent comme une prière et un espoir :


Enfant, quand vous serez au-dessus des nuages,


Vous jouant avec paix dans la Patrie des Cieux,


Quand du Livre de Vie vous tournerez les pages,


Sur moi, toujours, baissez les yeux.


Voyez donc si mon nom, dans le Livre de grâce,


Au vôtre lumineux, ne s'est pas enlacé?


Et si, dans l'avenir, je devrai prendre place,


Petit Ange, à votre côté?


Le bon Jésus, parfois, dans sa tendresse immense,


De nos petits péchés se plaît à ne rien voir,


N'est-ce-pas, douce enfant, c'est bien cela qu'il pense,


En lui quand on met son espoir?


Elle les accompagne de ce billet:


" J'ai fais ces vers pour soulager mon coeur. Oh! que je vous aime! Ce n'est point cela que j'aurai voulu vous dire; maintenant, vous ne saurez qu'au Ciel ce que votre âme met de poésie dans la mienne. Oh! quel bonheur d'être votre petite soeur, votre petite Mère, et de me sentir aimée de vous. Je vous remercie de toutes les délicatesses que vous avez pour moi... Oh! emmenez-moi de la terre avec vous. "


Thérèse répondait:


" Il n'y a qu'au Ciel que vous serez ce que vous m'êtes... Vous m'êtes une lyre, un chant, même quand vous ne dites rien. Il n'y en a pas deux comme vous sur la terre! "


C'était la part accordée à la sensibilité d'une pure affection, que la vertu avait surnaturalisée. Mais dans ces épanchements fraternels, il y eut des déclarations d'une importance capitale, comme la définition de la " Petite Voie ", les caractéristiques de l'enfant, au sens spirituel, la mission que la Sainte rêvait d'accomplir jusqu'à la fin des temps, et enfin le mandat exprès qu'elle donnait à Mère Agnès de Jésus de publier le Manuscrit après l'avoir revisé et complété, lui précisant, pour toutes les initiatives qu'elle prendrait :


" C'est comme si je le faisais moi-même. Rappelez-vous cela dans la suite, et n'ayez aucun scrupule à ce sujet. "


Mère Agnès de Jésus a donné, soit dans les Novissima verba, soit aux Procès, un récit de la mort d'amour de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus. Il est trop connu pour qu'il y ait lieu de le reproduire ici. Nous détacherons seulement ces deux phrases des dépositions :


" Ce que j'ai vu briller en elle davantage, pendant sa dernière maladie, c'est la simplicité, la défiance d'elle même, l'humilité, le recours constant à la prière et à la confiance en Dieu. "


Et sur l'instant suprême :


" C'était donc une extase, une vision du Ciel, mais une vision qui mettait dans son coeur, trop d'amour, trop de reconnaissance, elle n'en put supporter les " assauts délicieux " et lui dut le brisement de sa chaîne.


" ... Elle était d'une beauté ravissante avec un sourire parlant qui semblait dire : " Le bon Dieu n'est qu'amour et miséricorde. "


Ce fut Mère Agnès de Jésus qui peignit la croix de bois destinée à la tombe et elle y inscrivit le nom de Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus, avec les dates : 1873-1897.


Elle y avait ajouté ces paroles d'une poésie de la Sainte :


Que je veux, ô mon Dieu,


Porter au loin ton feu,


Rappelle-toi.


Mais l'ouvrier qui porta la croix au cimetière ne prit pas garde que la peinture était encore fraîche et le texte se trouva effacé. Notre Mère y vit une indication du Ciel et traça, à la place, la promesse de Thérèse qu'elle n'avait osé y mettre d'abord :


Je veux passer mon Ciel à faire du bien sur la terre.




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Message  Arthur Mer 24 Juin 2009, 9:21 am

V L'INTRÉPIDE OUVRIÈRE DE LA CAUSE THÉRÉSIENNE.




Parlant de l'immense épreuve que fut pour elle la maladie de son Père, Mère Agnès de Jésus écrivait un jour :


" Nous l'avions abandonné totalement entre les mains du bon Dieu. Les enfants des martyrs abandonnaient ainsi leurs parents dans l'arène, et les parents leurs propres enfants. Cette pensée m'étaient familière et reposante.


" J' éprouvai le même sentiment à la mort de Thérèse. Voyant que je n'avais aucun moyen de la soulager dans les souffrances indicibles qu'elle endurait pendant sa longue agonie, je me la représentai comme une vraie martyre dans l'arène et je consentis pleinement à son immolation. Ce sentiment, qui ne pouvait me venir que du bon Dieu, me fut une très grand force. "


Soeur Marie du Sacré-Coeur rapporte de son côté, que vers la fin de la vie de la Servante de Dieu, elle lui avait dit sa crainte de ne pouvoir consoler sa " petite Mère " que son départ allait tant affliger.


" Oh! ne vous inquiétez pas, lui répondit Thérèse, Mère Agnès de Jésus n'aura pas le temps de penser à sa peine car, jusqu'à la fin de sa vie, elle sera si occupée de moi, qu'elle ne pourra même pas suffire à tout. "


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Message  Arthur Jeu 25 Juin 2009, 8:30 am

Il fallut, dès que possible et discrètement, préparer la publication du Manuscrit, et obtenir avant tout le consentement de Mère Marie de Gonzague, qui était Prieure. Elle accepta, mais à la condition formelle que tout l'ensemble parût lui être adressé.


Humblement, Mère Agnès de Jésus se mit en devoir d'effacer tout ce qui lui était tout à fait personnel dans la première partie, des chapitres I à VIII , mais on put le rétablir à peu près dans la suite. Puis Mère Marie de Gonzague demanda au R.P. Godefroid madelaine, Prieur des Prémontrés de l'abbaye de Mondaye ( Calvados ), très connu de la Communauté, où il avait prêché une retraite, de bien vouloir revoir le texte et de donner son avis en vue de l'édition.


Le religieux l'étudia durant trois mois avec l'aide d'un confrère, ainsi qu'il le déclara devant le Tribunal ecclésiastique, en citant les lettres qu'il avait échangées alors au Carmel, en particulier celle du 1er mars 1898 :


" Ma Révérante Mère, j'ai lu tout le Manuscrit ainsi que les poésies. Je le garde encore, car je tiens à le relire et c'est alors que je marquerai au crayon bleu ce que je croirai devoir être omis pour l'impression. Tout, absolument tout, est précieux pour vous dans ce Manuscrit; mais pour le public, il y a des détails si intimes, si élevés au-dessus du niveau commun qu'il vaut mieux, je crois, ne pas le faire imprimer. Il y a aussi des fautes légères de français ou de style : ce ne sont que de petites taches qu'il est facile de faire disparaître.


Enfin, nous avons aussi, de place en place, remarqué des longueurs; pour les lecteurs, il vaudra mieux supprimer certaines redites que je vous soulignerai. voilà la part de la critique mais, ma bonne Mère, je ne saurais vous dire avec quel plaisir, avec quel goût spirituel, j'ai lu ces pages embaumées de l'amour divin. "


Le Père Godefroid Madelaine avoua lui-même, qu'à une nouvelle lecture, le crayon bleu lui tomba des mains et il se borna surtout à faire la distribution des chapitres, quelques corrections de forme, mais qui sauvegardaient bien le fond. Puis il suggéra le titre : " Histoire d'une Ame " et plaida l'Imprimatur près de l'évêque de Bayeux, Mgr Hugonin, qui l'accorda le 7 mars 1898.


Lorsque les juges ecclésiastiques, au cours du Procès pour la Cause, confrontèrent minutieusement l'original et le texte publié, ils louèrent hautement Mère Agnès de Jésus de ce qu'elle avait fait et conseillèrent de n'y rien changer, sauf à rétablir la fragmentation des trois manuscrits, qu'il n'avait pas été possible de présenter à l'origine.


La première édition, de deux mille exemplaires, fut confiée à l'Imprimerie Saint-Paul de Bar-le-Duc et parut le 30 septembre 1898. On envoya le livre aux Carmels à la place de la Notice usuelle. L'accueil fut, en général, enthousiaste et le volume se répandit au delà de toute prévision, en France comme à l'étranger. Bientôt une seconde édition s'imposa. Et combien la suivirent!



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Message  Arthur Sam 27 Juin 2009, 9:47 am

Mère Agnès de Jésus avait été nommée première Dépositaire, en 1896, puis il fut question, un moment, de l'envoyer au Carmel de Saïgon, qui sollicitait du renfort du Monastère de Lisieux, son berceau. Ce projet n'ayant pas eu de suite, elle devint Sous-Prieure, en 1899, et, en 1902, elle succédait à Mère Marie de Gonzague, comme Prieure. Voici en quels sentiments d'humilité elle se présenta à la Communauté, lors du premier chapitre conventuel qui suivit :


" Mes chères Soeurs, dans ce premier chapitre, où nous nous trouvons toutes réunies sous le regard du bon Dieu et de ses Anges, je ne veux pas faire autre chose que de vous remercier de m'avoir montré des dispositions si religieuses et si bienveillantes, pendant ces jours qui ont suivi mon élection.


" Si vous me les continuez, ce n'est pas seulement à mon bonheur que vous travaillerez, mais surtout au vôtre, car le bon Dieu ne manque jamais de donner ses grâces avec surabondance, aux âmes qui le voient dans leurs supérieurs, quels qu'ils soient.


" Pour ces âmes-là, il n'existe pas de changement de Prieure. Elles reconnaissent toujours l'autorité divine, aussi bien sous des dehors saints et parfaits, qu'à travers les apparences les plus humbles. Mais dans ce dernier cas surtout, quelle ne sera pas la récompense de leur foi! Il n'était guère méritoire aux Apôtres de reconnaître Jésus pour leur Dieu dans les splendeurs de sa Transfiguration, sur le Thabor.


L'exemple du bon larron nous aide et nous instruit davantage. Pour avoir confessé hautement la divinité et la royauté de Notre-Seigneur sur le Calvaire, alors qu'il le voyait entièrement dépouillé de sa beauté et méprisé de tout un peuple, il mérite, après une vie entière passée dans le crime, de faire ici-bas, en une heure, son purgatoire, et d'entendre de la bouche même de son Sauveur, cette parole toute de miséricorde et d'amour : " Aujourd'hui même, vous serez avec moi dans le Paradis. "


" Mes chères Soeurs, j'ose vous adresser la même parole. Oui, si vous ne vous arrêtez pas aux apparences, si votre foi est assez grande pour voir Dieu dans votre nouvelle Prieure, malgré son indignité et ses misères, aujourd'hui même, c'est-à-dire dès cette vie, nous serons ensemble dans le Ciel. "


Elle termine sur cette jolie comparaison :


" Si vous me considérez comme la petite cloche du bon Dieu, sans regarder si cette petite cloche est de cuivre ou d'or, si elle sonne juste ou faux, je vus affirme que c'est Jésus et non pas un autre qui répondra à votre appel, soit pour vous instruire, soit pour vous éprouver, pour vous reprendre ou pour vous consoler.


Et plus vous sonnerez avec esprit de foi, plus vous aurez le droit d'attendre une divine réponse, plus aussi vous pourrez espérer de voir et d'entendre éternellement. de tout près et sans intermédiaire, celui que vous aurez appelé tant de fois et reconnu su la terre à travers les voiles, quelquefois bien épais, des plus pauvres créatures. "

Arthur

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