Mère Agnès de Jésus

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Mère Agnès de Jésus - Page 5 Empty Re: Mère Agnès de Jésus

Message  Arthur Mer 16 Sep 2009, 8:36 am



En tout, elle s'inspirait du véritable esprit d'enfance et s'efforçait de l'inculquer autour d'elle.


Une jeune Soeur, après une tempête intérieure dont la prière maternelle lui avait obtenu l'apaisement, demanda, dans un élan de ferveur, la permission de faire le voeu du plus parfait. Elle reçu en réponse ce billet écrit au crayon :


" Non, ma petite fille, il ne faut pas faire ce voeu; vous êtes une victime d'amour, cela suffit. Quand on aime, on se porte au plus parfait naturellement, parce que l'amour est une force divine. Et il me semble que le bon Dieu en est plus touché, plus glorifié que d'un voeu spécial qui oblige. Ça ressemble un peu aux serviteurs et nous sommes des enfants. "


Cette réserve n'altérait en rien son profond attachement aux trois voeux de la vie religieuse, mais elle estimait que leur totale observance impliquait la donation complète à Dieu.

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Message  Arthur Mer 16 Sep 2009, 8:27 pm


Parlant de Thérèse elle disait :


" Malgré ses belles aspirations, elle était la simplicité même. Et ce qui paraît grand et sublime chez elle était nécessaire pour sa Canonisation, qui doit donner autorité à sa "petite voie ", mais l'essence de cette " petite voie " reste bien la confiance et l'humilité dans la plus extrême simplicité, à laquelle
ne portent pas atteinte ses belles aspirations de la souffrance et du martyre. "


Quelques années avant sa mort, elle avait appris qu'une série d'études allait être faite sur notre Sainte. Tout en étant touchée et sincèrement reconnaissante de l'intérêt que des savants prenaient à la doctrine de sa Petite Soeur, elle laissa percer de l'inquiétude : " Que vont-ils bien pouvoir dire ? " interrogea-t-elle. Puis, après un instant de silence et de réflexion, elle nous livra toute sa pensée :


" Elle était si simple... Elle n'a jamais cherché qu'à faire plaisir au bon Dieu. "


A une de ses filles qui lui posait cette question :


" Pensez-vous, ma Mère, qu'en voulant imiter Thérèse, pour être une sainte, nos devions arriver tôt ou tard, à toute sa perfection, à toutes ses souffrances, à tout son héroïsme ? "


Elle répondit avec sa coutumière modestie :


" Oh ! non, je ne pense pas, pour moi, je n'y arriverais jamais. "

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Message  Arthur Sam 19 Sep 2009, 9:46 am


Cette parole évoque un détail très caractéristique : quand fut envoyé de Rome au Carmel le texte de la Leçon contravtée de l'office de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, et que Mère Agnès de Jésus y lut :


" ...enflammée du désir de souffrir, elle s'offrit, deux ans avant sa mort, en victime à l'Amour miséricordieux du bon Dieu ", elle eut une réaction douloureuse, car elle y voyait travesti le véritable mobile de la Sainte dans son offrande à l'Amour. Au prix de multiples démarches, elle obtint de la Sacrée-Congrégation des Rites cette rectification :


"...Embrasée de la divine charité, elle s'offrit etc... "


Alors elle recouvra la paix, non sans faire cette remarque affligée :


" Si de notre vivant, on arrive à de telles déformations de la pensée de Thérèse, que sera-ce après notre mort !... "


Parlant, un jour, de l'oraison de la fête de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, elle disait avec conviction :


" Voyez, l'Église ne nous fait pas demander de la suivre dans la voie d'un ardent amour, mais de l'humilité et de la simplicité du coeur. "


À sa chère Visitandine, Mère Agnès de Jésus trace ce programme de vie :


" Faisons de notre mieux en simplicité et humilité... Oh ! que c,est beau, que c'est tout, la petitesse, l'esprit d'enfance, l'humilité. Demandons ces uniques vertus, dans quelques jours, au berceau de Jésus; il nous les donnera et nous serons aussi heureuses que possible sur cette terre d'exil, et nous irons droit au Ciel. "


Elle termine aimablement :


" J'ai fini mon " prêche " et je t'embrasse, ma petite soeur aimée, en descendant de chaire. "

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Message  Arthur Lun 21 Sep 2009, 8:27 am


Une de ses filles lui exprimait le sentiment de regret qu'elle éprouvait à se sentir imparfaite à côté des exemples héroïques de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus. Spontanément, elle reprit :


" Il ne faut pas se faire de peine. Puisque le bon Dieu est notre contentement, nous sommes son contentement à lui aussi. "



Une autre lui demandait comment faire pour devenir une sainte ?


" Oh ! c'est la simplicité, comme ma petite Thérèse. Soyez pure pour le bon Dieu. Il n'y a qu'à reconnaître, au fond de son coeur, qu'on est indigne de tant de bienfaits, et aussitôt, on est pure et belle. "


Elle met cette prière sur les lèvres d'une âme tentée :


" O mon Dieu, faites que je prenne de plus en plus conscience de ma faiblesse, mais en même temps de votre force divine afin que vous, " soyez toujours auprès de moi, Seigneur, comme un guerrier invincible " et que la vue de ma misère me devienne une grâce pleine de douceur. "



C'est encore la simplicité qu'elle inculque à une novice :


" Voyez tout en simplicité, comme le bon Dieu le voit. Ne compliquez rien, rien. Allez devant vous comme un petit enfant qui veut s'installer pour toujours dans les bras de son père, puis fermer les yeux pendant le passage du tunnel qu'est la vie et ne les ouvrir qu'au bout, quand il entendra ces douces paroles : " L'hiver est passé. " Alors, ma petite fille, vous ouvrirez les yeux et verrez le printemps éternel, où les épouses de l'Agneau le suivent, dans la joie et le repos, partout où il va. "


" Croyez-moi, disait-elle à une autre, que c'est simple la sainteté ! "

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Message  Arthur Mer 23 Sep 2009, 8:01 pm



Dans la voie d'enfance encore, elle puisait la fidélité soutenue au devoir d'état. Sa vie personnelle en présente un magnifique exemple. En novembre 1906, à la veille des fêtes pour la Béatification de nos Bienheureuses martyres de Compiègne, elle faisait ce rapprochement :


" Imitons nos bienheureuses Mères; elle n'ont pas voulu fuir l'occasion du martyre et, à cause de ce courage, elles ont cueilli la palme. Ne fuyons pas non plus l'occasion du petit martyre quotidien qui nous est présenté !


Nous fuyons cette occasion, lorsque nous ne faisons pas tout ce que le bon Dieu nous demande, lorsque nous résistons à sa grâce, à ses inspirations et que nous fermons les yeux pour ne pas voir sa lumière qui nous montre clairement tel sacrifice à faire, tel devoir à accomplir. Nous voulons le bonheur, la paix, et nous oublions la parole de Notre-Sieigneur :


" Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. " Prenons courageusement ce glaive, ne nous donnons ni repos, ni trêve dans les combats de la vie. C'est ainsi que nous obtiendrons la paix véritable et que notre martyre caché, sans auréole de gloire humaine, sans honneur apparent, comme le fut celui de nos Mères, deviendra, comme le leur aussi, tout à coup glorieux aux yeux des Anges et de toute la Cour Céleste. "


Recommandant, une autre fois, un point de régularité, elle précisait :


" Croyez que la vie religieuse n'est belle et grande au fond qu'à l'aide de cette forme, c'est-à-dire de ces pratiques extérieures; il lui faut cet habit pour être agréée du Roi; c'est pour la terre, l'étiquette de sa cour à lui. Gardons-la scrupuleusement...

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Message  Arthur Jeu 24 Sep 2009, 7:42 pm


C'est la même pensée qui lui faisait établir cette originale comparaison, à la fin de la guerre de 1918 :


" Nous disions très justement en récréation, l'autre jour, que l'habit militaire est quelque chose de noble. Ne pensez-vous pas avec moi que la principale raison de cette noblesse, c'est l'idée du sacrifice que cet habit rappelle, l'idée d'une vie dépensée, souvent donnée pour une grande cause, et non parce que le costume est beau en lui-même car, serait-il boueux et tout fané, il évoquerait toujours la même idée de grandeur morale.


" Mes chères Soeurs, nous avons toutes revêtu un bel uniforme de guerre et nous aurons l'avantage de le garder jusqu'à la mort. Portons-le dignement et souvenons-nous qu'il fait la terreur des démons, parce qu'il est un signe, pour eux, de nôtre enrôlement dans une milice spirituelle qui doit les vaincre sûrement.


" En temps de guerre, l'ennemi ne poursuit que ceux qui sont revêtus du costume militaire et non les populations civiles; il nous faut donc porter notre habit comme les soldats portent le leur; c'est-à-dire avec la conscience qu'il est le point de mire de nos adversaires; nous devons nous attendre à être attaquées, pour défendre " le monde de l'arrière " que nous avons, en effet, mission de protéger contre l'envahissement de la mort.


" Ce n'est pas " que la vie de l'homme sur la terre ne soit pour tous une tentation ", mais si la vie, dans le monde, est aussi un combat, on y est distrait à chaque instant par des occupations telles que c'est comme une sorte de guerre de mouvement, tandis que la nôtre, c'est une guerre de tranchées, avec ses heures d'isolement, de détresse particulière, sans distraction et sans espoir de voir finir la lutte qu'à notre dernier soupir.


" C'est pourtant cette guerre-là que nous sommes venues chercher au Carmel. Pourquoi donc, alors, serions-nous surprises et déconcertées de la subir et de la faire ? Oh ! j'en conviens, elle ne prête guère à l'enthousiasme, mais elle prête beaucoup aux désirs d'un coeur qui veut se dépenser entièrement au service du Dieu des armées, et remporter pour lui de grandes victoires, souvent cachées, mais inscrites fidèlement dans l'Histoire des Cieux.


" Acceptons donc ce que représente notre Habit, acceptons la pénitence, la solitude, la dépendance, le support mutuel, les longs offices... A ce propos. étant le bataillon du bon Dieu, il faut bien faire l'exercice devant lui de temps en temps, lui présenter les armes dans un bel ordre, lui chanter les hymnes spéciales à notre corps d'armée.


" Enfin, croyons que mourir dans notre tranchée, après des années de service fidèle, c'est véritablement tomber glorieusement, mais croyons bien, en même temps, que la vie éternelle de notre âme et de toutes celles que nous défendons, est digne de ces combats et de plus grands encore. "

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Message  Arthur Lun 28 Sep 2009, 8:36 am


Les consignes qu'elle donnait, elle les exécutait la première. Elle était présente aux travaux communs tant que cela fut possible et sans y mesurer son concours; fidèle aux jeûnes au delà même de la prudence, ponctuelle jusqu'à l'office de nuit qui, pourtant, lui imposait un tel effort qu'elle avoua un jour :


" Depuis que je suis ici, je ne suis jamais descendue à Matines sans contrainte et ennui; toujours cela m'a coûté et m'a semblé long et pénible. "


Cet aveu nous fait admirer encore plus sa générosité, lorsqu'en 1947 -- elle allait atteindre ses quatre-vingt-six ans -- un soir de grosse chaleur où elle était accablée, Soeur Geneviève insistait pour qu'elle se dispensât de cette fatigue. Elle répondit avec fermeté :


" Si, j'irai, laissez-moi !... Un jour, ce sera l'impuissance totale : Alors, ce sera fini d'aller à Matines... "


Son énergie se décuplait aux heures d'épreuves. Et pourtant, il faut souligner combien son extrême sensibilité -- celle d'une âme d'une délicatesse
raffinée -- rendait aiguës ces souffrances. Mais l'armature solide de son âme l'aidait à se ressaisir et elle disait :


" Le bon Dieu donne toujours la force proportionnée aux épreuves que nous subissons. Oh ! que cela me touche ! Je l'ai toujours constaté dans ma vie. Ainsi moi, qui n'ai aucun courage pour rien, quand le bon Dieu m' a laissé les souffrances, je me sentais une force extraordinaire pour les supporter. Nous avons un Dieu si bon ! " et elle reprit : " Que notre Dieu est bon ! Il met sa gloire à être bon et à faire éclater sa miséricorde ! "


Elle relisait souvent cette pensée de saint Jean d la Croix :


" Ne vous laissez pas attrister soudain par les accidents fâcheux de ce monde, car vous ignorez les biens qu'ils apportent et par quel secret jugement de Dieu, ils sont disposés pour la joie éternelle de ses élus. "

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Message  Arthur Mar 29 Sep 2009, 8:30 am


Pendant une longue période de sa vie, elle ressentit une grande frayeur des tempêtes de vent, la nuit, au point d'en être malade. Malgré ses prières, elle n'arrivait pas à dominer cette terreur et elle en était profondément humiliée.


Elle se disait alors écrasée par le sentiment de la justice divine s'exerçant sur les pécheurs impénitents, en sorte que cette peur se muait en offrande méritoire au profit des âmes. Il y avait d'ailleurs, chez elle, ce contraste frappant : son impressionnabilité lui rendait très vives les petite peines, alors qu'elle se montrait remarquablement forte dans les grandes douleurs.


Au début de l'année 1944, le développement de la guerre aérienne semait la crainte des bombardements.
" Ça pourrait bien arriver, déclarait-elle. Par moment je suis angoissée. Alors, je pense à l'agonie de Notre-Seigneur : " Il fut saisi de tristesse, d'ennui, d'effroi. Mon âme est triste jusqu'à en mourir ! " Si vous saviez combien ces passages me font de bien. Je les ai fait copier tout exprès pour pouvoir les relire. "


" Avez-vous peur, l'interrogeait-on, tandis que mugissait la sirène d'alarme ?


-- Oui, mais je m'abandonne au bon Dieu; il n'arrivera que ce qu'il permettra. Il faut lui faire confiance. Il a ses raisons; s'il veut que tout soit anéanti, on le supportera... "


Et elle concluait :


" Jésus à dit : " Le Ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas. " Oui,il faut que tout passe ici-bas, mais le bon Dieu nous restera toujours. "


" Connaissez-vous, demandait-elle, l'expression : " le diable porte pierres ? Cela veut dire que les tribulations, si nous le voulons, sont des pierres pour l'édifice de notre sanctification. Ainsi en fut-il pour toutes nos grandes épreuves." On se mit à en rappeler plusieurs, et comme la conversation se déroulait au jardin, d'où elle voyait émerger la Basilique sur la colline, elle dit en souriant :


" C'est bien le cas ou jamais de dire que " le diable porte pierres. "

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Message  Arthur Mer 30 Sep 2009, 8:35 am



Elle remontait une malade sur ce ton plaisant qui dilatait :


" Faut pas croire qu'on peut se reposer sur la terre en disant : Je viens d'avoir de la misère, maintenant, je vais avoir du repos et de la joie. Non, non ! c'est pour le Ciel; sur la terre, misère succède à misère, mais avec la grâce du bon Dieu, tout nous découvre un beau ciel bleu. "


Elle ne s'appesantissait pas elle-même sur ses souffrances, et savait si bien s'en évader, la tourmente passée, qu'elle mettait en chansons amusantes ces tribulations successives pour en distraire nos récréations des saints Innocents...


Sans se raidir devant les maux physiques, elle s'appliquait à les accepter simplement, avec abandon. À l'âge de 84 ans, elle fit une chute grave au jardin, et elle racontait :


" J'ai prié le bon Dieu alors de me donner la force, car je me sentais défaillir. En revenant du Chemin de Croix, je pensais justement à la rapidité de la vie et je me disais : Comme ce sera vite fait de nous. Enfin, j'avais toutes sortes de pensées profondes. "


À la suite de cet accident, elle eut une névrite des plus douloureuses; un matin elle confiait :


" Cette nuit, quand je souffrais tellement, j'étais angoissée. Mais, je me suis, de suite, abandonnée au bon Dieu, disant que le voulais bien tout ce qu'il voulait. "


En proie aux mêmes souffrances violentes, elle répétait : " Mon Dieu, je me conforme à votre volonté. Je souffre sans rien dire autre chose. Le tout n'est pas d'aimer la souffrance, c'est de la bien supporter. "

Elle précisait : " Jésus n'a pas dit : " Venez à moi et, pour augmenter vos mérites j'augmenterais vos souffrances ", mais " je vous soulagerai " .

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Message  Arthur Ven 02 Oct 2009, 8:27 am


Dans la formation des âmes que sa charge lui confiait, elle adoptait la même attitude toute surnaturelle.


Elle laissait surtout agir l'Esprit-Saint et savait s'adapter aux divers tempéraments, comme un habile jardinier cultive les fleurs suivant leur nature.



" Je voulais, un soir, arroser certaines plantes qui me paraissaient souffrir de la sécheresse et l'on vint me dire : " Oh ! non, cela leur nuirait beaucoup. car elles se développent mieux dans ces conditions; leurs racines trouvent bien assez d'humidité dans la terre. "


" D'autre part, on me fit cette réflexion, en me montrant un arbre tout en fleurs : " Ces arbres-là ont besoin de beaucoup d'eau, c'est parce qu'il a plus abondamment, il y a quinze jours, qu'ils sont aussi beaux cette année. "


" Cette différence dans la nature des plantes m'a frappée et je me suis dit que nos âmes, ayant aussi des tempéraments divers doivent, nécessairement, être traitées par le bon Dieu très différemment.


" Aux unes, en effet, il ne faut, pour ainsi dire, aucune consolation sensible en cette vie, c'est comme cela qu'elles s'épanouissent, ayant seulement pour se rafraîchir les gouttes de rosée qui tombent pendant la nuit, c'est-à-dire tout juste ce qui les empêche de mourir de soif.


" Aux autres, au contraire, il faut beaucoup de fraîcheur, des pluies abondantes, c'est-à-dire des encouragements de toutes sortes et, si elles souffrent de la chaleur brûlante d'un soleil de feu, c'est peu, tout juste ce qu'il faut pour se rappeler qu'elles sont en exil. Si elles n'étaient pas traitées avec cette douceur, elles s'étioleraient et ne produiraient rien. "


C'est encore cette souplesse d'âme qu'elle insinuait sous cette autre figure :


" Ces jours derniers, pour une fête, l'autel du Choeur était paré de fleurs naturelles, particulièrement de boules de neige, dont plusieurs s'inclinaient gracieusement de mon côté et m'ont servi de bouquet spirituel.


" J'ai d'abord examiné à fond l'une de ces boules de neige, et j'ai constaté que les nombreuses petites fleurettes qui la composaient étaient aussi fraîches, aussi belles, à n'importe quel endroit, tout à fait en dessous, près de la tige, comme sur le dessus.


" J'ai ouvert ensuite avec précaution cette couche moelleuse de fleurs, et j'en ai vu encore d'autres aussi belles bien qu'entièrement cachées, et qui ne semblaient n'être là que pour renforcer la boule et lui donner sa forme.


Je n'ai pas besoin de vous faire l'application à la charité fraternelle de ma petite parabole. La boule de neige, vous le devinez, c'est l'image de la Communauté.


Là où le bon Dieu, qui a ses desseins particuliers sur chaque âme, nous a placées dans cette Communauté, restons avec paix et confiance, car nous y sommes sûrement utiles et bénies de son Coeur. Si nous nous entrepoussions, pour prendre une autre place -- ne serait-ce que par désirs imparfaits -- nous briserions l'harmonie.


" Cependant, il est impossible à la nature, je le sais par expérience, de ne pas souhaiter, parfois, sous l'empire de la fatigue et de la tentation, un peu de repos, une place au moins exposée aux rayons trop ardents du soleil, comme aux ondées du surmenage; ou bien, au contraire, en certaines circonstances délicates, de ne pas envier une place apparemment moins utile, moins effacée que celle où l'obéissance nous maintient.


Répétons alors avec humilité la demande du Pater : " Ne nous laissez pas succomber à la tentation " et restons toutes bien fidèlement attachées, le temps que le bon Dieu voudra, à notre tige providentielle, la seule chargée de grâces pour nous. "

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Message  Arthur Lun 05 Oct 2009, 8:28 pm



Dans la vie courante, Mère Agnès de Jésus s'appliquait à mettre ces principes en pratique.


Dans un cas où deux Soeurs voyaient différemment, elle confiait :


" J'excuse les deux. J'ai essayé de penser ce que chacune pouvait éprouver et j'ai tâché de tout concilier. C'est comme cela qu'on garde la paix. "


Elle avait rencontré quelque difficulté avec une Soeur et on s'étonnait de son indulgence; elle répliqua avec son habituelle psychologie :


" Ne me faites pas faire de la " soupe mitonnée " là-dessus. Dans ces cas-là, avec ce genre de caractère, c'est ma faiblesse qui fait ma force... "


" Pour être agréable au bon Dieu, disait-elle encore, il faut être charitable et sans passion. "


A sa soeur artiste, qui venait de réussir un portrait, elle jetait cette belle pensée :


" Oh ! que c'est facile d'être une sainte, puisqu'il n'y a qu'à être toile sans rien dire, sans rien faire... seulement se laisser peindre. "


A la suite d'une séance de projections concernant sainte Thérèse, elle développait cette pensée :


" Nous nous amusions, l'autre jour, en face d'une toile tendue où passaient successivement, sans l'endommager le moins du monde, les images les plus diverses. N'est-ce-pas une leçon que nous donne cette toile impassible ? Toutes les choses de la terre, tous les événements tristes ou joyeux devraient ainsi passer sur nous, comme des images, des ombres sans consistance, qui ne laissent aucune trace de leur passage rapide. "


Mais voici les projections des choses surnaturelles dont la trace, au contraire, est profonde :


" Notre âme n'est vraiment faite que pour réfléchir l'image du bon Dieu, son image vivante, ses perfections, son amour infini. Il faut aussi que nous soyons dans les ténèbres pour voir passer cette divine lumière; les ténèbres de la foi, où l'âme fidèle, toujours aux écoutes, toujours tendue vers Dieu, réfléchit, à l'heure où il passe, toutes les merveilles de sa grâce et de son amour, et les traces de ce passage sont si profondes que le péché seul pourrait les effacer. "

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Message  ROBERT. Mar 06 Oct 2009, 3:27 pm

Elle laissait surtout agir l'Esprit-Saint et savait s'adapter aux divers tempéraments, comme un habile jardinier cultive les fleurs suivant leur nature.

(…)" Cette différence dans la nature des plantes m'a frappée et je me suis dit que nos âmes, ayant aussi des tempéraments divers doivent, nécessairement, être traitées par le bon Dieu très différemment.(…)

(...) " J'ai d'abord examiné à fond l'une de ces boules de neige, et j'ai constaté que les nombreuses petites fleurettes qui la composaient étaient aussi fraîches, aussi belles, à n'importe quel endroit, tout à fait en dessous, près de la tige, comme sur le dessus.(…)

(…) " J'ai ouvert ensuite avec précaution cette couche moelleuse de fleurs, et j'en ai vu encore d'autres aussi belles bien qu'entièrement cachées, et qui ne semblaient n'être là que pour renforcer la boule et lui donner sa forme.

Les plus sublimes leçons de psychologie et de pédagogie à exercer envers les âmes se trouvent dans la louange de l’ordre et la diversité infinie dans lesquels le Divin Créateur disposa toute chose...
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Message  Arthur Mar 06 Oct 2009, 8:21 pm



Les lys des champs lui apparaissaient encore comme des modèles de pur abandon :


" Les saints, tout en souffrant plus que les autres, ont aussi plus de bonheur. Ce sont les lys des champs, exposés à tous les orages et que cependant Salomon, dans toute sa gloire, n'égalait pas.


S'ils souffrent du vent et de la pluie, qui sont les tribulations et les croix, ils ne cessent point d'être exposés aussi aux moindres rayons du Ciel qui sont les caresses divines, les plaisirs purs. Et ces faveurs leur donnent un reflet d'autant plus brillant que leurs corolles, c'est-à-dire leurs coeurs, sont plus remplis de ces larmes que le Saint-Esprit appelle dans le Cantique " les gouttes qui tombent pendant la nuit. "


Mère Agnès de Jésus savait manier l'autorité avec force et douceur; rien ne saurait mieux résumer sa forme de gouvernement. Sa force était parfois sévère, de l'avis même de sainte Thérèse de L'Enfant-Jésus et, autant l'humilité la désarmait, autant elle se montrait intransigeante pour un écart dû à l'orgueil. Mais, il y avait tant de bonté en elle, que sa fermeté en demeurait tempérée.


Un jour de lessive, après une réprimande qu'elle venait de faire à la buanderie, elle avouait :


" Oh ! je n'aime pas gronder ! je ne voudrais jamais faire de peine... Il le faut bien pourtant quelquefois, aussi, je crois que, lorsque vous me voyez arriver à la lessive, vous ne souriez que d'un oeil et... vous pleurez de l'autre !


Moi aussi, j'aurais bien besoin qu'on me reprenne, mais personne ne le fait pour moi ! Croyez que, lorsqu'on vous gronde, c'est pour votre plus grand bien. C'est une des grâces de la vie religieuse de pouvoir ainsi être reprise, et il ne faut pas croire, au contraire, que c'est une grâce d'être bien tranquille et de n'être jamais humiliée.


Puis après, il faut s'en aller joyeuse quand même; c'est la pire chose de bouder. Non, il faut être contente : n'avoir rien sur le coeur, et mener une vie toujours gaie et heureuse. Que voulez-vous, on reste imparfait jusqu'à sa mort, mais il ne faut pas s'en faire de peine, car ça ne nous empêchera pas d'aller tout droit dans le Coeur du bon Dieu.


Ce qu'il nous demande c'est l'humilité du coeur; alors, on peut mourir encore très imparfait et le bon Dieu sourira quand même des deux yeux ! Je suis sûre de cela ! "

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Message  ROBERT. Jeu 08 Oct 2009, 1:37 pm

Les lys des champs lui apparaissaient encore comme des modèles de pur abandon(...)

Quelle belle parabole que celle des lys des champs... Mère Agnès de Jésus - Page 5 430970
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Message  ROBERT. Jeu 08 Oct 2009, 1:45 pm

"Croyez que, lorsqu'on vous gronde, c'est pour votre plus grand bien. (...) n'avoir rien sur le coeur, et mener une vie toujours gaie et heureuse. Que voulez-vous, on reste imparfait jusqu'à sa mort, mais il ne faut pas s'en faire de peine(...)Ce qu'il nous demande c'est l'humilité du coeur; alors, on peut mourir encore très imparfait et le bon Dieu sourira quand même des deux yeux ! Je suis sûre de cela ! "

C'est pour notre plus grand bien: notre mère aimait nous répéter souvent ces paroles; elle aimait, ou du moins, nous donnait souvent des

citations ou ou des faits et gestes de la petite Thérèse sans jamais ne nous mentionner son non, si je me souviens bien... Paroles finales qui

sont apaisantes et consolantes de la part de Mère Agnès...
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Message  gabrielle Jeu 08 Oct 2009, 4:18 pm

Ce qu'il nous demande c'est l'humilité du coeur; alors, on peut mourir encore très imparfait et le bon Dieu sourira quand même des deux yeux ! Je suis sûre de cela ! "

La clé de la confiance en la miséricorde divine... comme c'est beau et vrai
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Message  Arthur Jeu 08 Oct 2009, 8:25 pm


A une Mère Prieure d'un Carmel qui recourait à son expérience, elle répondait :


" Que ma sainte petite Soeur vous inspire elle-même pour la formation des sujets. Il me semble qu'on réussit mieux par la persuasion que par la rigueur. Mais, il faut toujours s'attendre à souffrir quand on veut faire le bien. "


Comme on admirait, en une circonstance, l'humble patience dont elle avait fait preuve, elle se contenta de remarquer :


" Une Prieure qui se cabrerait et voudrait tout reprendre pour obtenir la perfection, ne ferait rien de bien et blesserait les âmes. J'aime mieux prier, me réservant de parler seule à seule avec la Soeur, en direction, par exemple. "


On venait de refaire complètement la couverture du petit dôme d'un ermitage, dont la charpente s'était trouvée attaquée par les fourmis. Elle en prit prétexte pour donner cette leçon :


" Ne laissons pas les " fourmis " pénétrer et se multiplier dans nos vies mais, par amour pour le bon Dieu, appliquons-nous à les écraser à mesure qu'elles se présentent pour nous envahir. Cependant, soyons sûres qu'elles nous taquineront jusqu'à l'heure de notre mort. Alors, si nous avons bien combattu, Jésus nous donnera la grâce d'écraser notre dernière fourmi par un acte d'amour parfait, de sorte que nous serons dispensées miséricordieusement d'aller la secouer en purgatoire... "


Elle encourage une postulante dans la pratique du renoncement :


" Oh ! vous faites bien de ne pas vous rechercher; c'est comme cela que vous trouverez le seul vrai bonheur. D'abord, c'est dur, et peu à peu, c'est doux, doux, doux..."


Par la voix de Jésus, elle soutient une de ses enfants dans la lutte :


"... Le temps presse... aime-moi de plus en plus dans la souffrance, parce que bientôt tu m'aimeras dans la joie, sans jamais souffrir pour moi.


" Les courtes années que je t'accorderai encore seront pleines de grâces, si tu sais t'oublier et ne rechercher que moi seul. Montre toujours un visage souriant et, si parfois les créatures semblent te délaisser et ne plus te comprendre, pense que je le permets pour donner à ton coeur une céleste liberté. "

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Message  Arthur Lun 12 Oct 2009, 9:48 am


Elle exigeait la fidélité aux devoirs quotidiens et à la vie commune. Parlant à une Soeur des petites choses elle lui expliquait combien elles étaient, à la fois, " néant en elles-mêmes et très grandes, puisque la plus petite aura son retentissement dans l'éternité ".


Malade, voyant une de ses infirmières réciter près d'elle son Office, elle lui dit soudain :


" Vous dites l'Office, c'est bien, mais il ne faut pas faire que cela; le bon Dieu vous attend toute la journée.


-- Pour me parler au fond de l'âme ?


-- Oui. "


Et à la même encore :


" Faites la volonté des autres, C'est cela qui sera la volonté de Dieu; puis , soyez souriante et gentille avec tout le monde .
"

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Message  Arthur Mar 13 Oct 2009, 8:11 pm

À l'approche du vingt-cinquième anniversaire de la mort de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, en 1922, sa " petite Mère " faisait ces réflexions :


" Pour ramener les âmes à la vérité, le bon Dieu a résolu de leur prouver, par notre petite Thérèse que, si la sainteté reconnue par l'Église est , le plus souvent, auréolée du martyre et des extases, le temps est venu de faire comprendre à tous que ce n'est pas en cela qu'elle consiste essentiellement :
que la sainteté, c'est tout simplement d'accomplir parfaitement, d'heure en heure, la volonté divine.


Et quelle est-elle pour nous ? Oh ! c'est bien simple. Le bon Dieu nous veut dans l'instant présent douces et humbles, patientes, charitables, courageuses,
d'un courage plein de défiance de soi-même à supporter le poids de la vie et de nos misères,

confiantes jusqu'à l'audace en sa miséricorde, parce qu'il est notre Père et que nous vivons comme des enfants chéris à l'ombre de ses ailes, à l'ombre, c'est-à-dire dans la foi, sans rien voir, mais réchauffés pourtant par son amour. "

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Message  Arthur Mer 14 Oct 2009, 8:24 pm


Cette volonté de Dieu dans le moment présent, elle tenait à ce qu'on l'acceptât avec amour. Un soir, un mois avant sa mort, elle devina chez une de ses filles une tentation de découragement devant une série d'imprévus pénibles. Elle l'appela près de son lit et lui dit maternellement :


" Il faut tout prendre de la main du bon Dieu. "

La Soeur, qui ne lui avait rien confié de ses ennuis, vit dans ce conseil une inspiration surnaturelle et en fut immédiatement apaisée.


Elle ne voulait pas toutefois que , par un faux zèle, on négligeât son devoir sous prétexte de rechercher un bien supérieur.

Son Exc. Mgr Picaud, Évêque et Supérieur de la Communauté, rendait à la Prieure ce témoignage autorisé :


" Le bon Dieu a visiblement béni et sainte Thérèse a soutenu votre gouvernement. La dernière Visite canonique m'a permis, une fois de plus, de constater que vous êtes le lien puissant et vivant de la charité et de l'union dans votre Monastère. "




Une Soeur lui demandait de prolonger sa retraite privée de deux jours : " Si vous voulez, répondit-elle, mais la grâce n'y serait plus ! "


Elle n'admettait pas qu'on désirât le Ciel pour être délivré des épreuves terrestres. Dans les derniers mois de sa vie, elle le soulignait à une jeune Soeur :


" Je veux voir le bon Dieu. Vous aussi vous irez dans le Ciel, ma petite fille, vous aurez une belle place ! Mais il faut le vouloir uniquement pour connaître le bon Dieu et l'aimer. "


Mère Agnès de Jésus avait résumé ses pensées sur la vraie sainteté, dans une poésie qui fut éditée en 1925, sous le titre : " Rien d'impossible pour être un saint. " C'est une pénétrante analyse de la doctrine thérésienne :


L'oraison des petits est simple et délectable,

C'est un élan du coeur que toujours Dieu comprend;

Dans la plus sombre nuit, c'est la grâce ineffable,

De l'appeler " mon Père, et d'être son enfant " .


Elle avait également fixé tout un petit code de vie spirituelle, dans une série de chants qui nourrissaient les âmes. Un incident, un détail de la nature provoquait cette expression poétique de ses sentiments profonds :


une ruche découverte dans notre clocher, un bel arbre voisin tombant sous la hache. Ainsi, en de pieuses allégories, elle chante " la rose de Noël et le grain de blé ", l'essaim d'avettes qui se blottit dans le secret du campanile, ou, après Thérèse, " le frisilis du peuplier léger ", le tout, sans prétentions littéraires, par mode de jeu monacal, avec l'unique souci d'inculquer toujours plus, sous ces symboles, la voie d'humilité, de confiance et d'abandon.

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Message  Arthur Jeu 15 Oct 2009, 7:53 pm


CHAPITRE VIII

CIEL DE GRÂCES ET CIEL D,ORAGE


Nous avons interrompu notre récit alors que Mère Agnès de Jésus exerçait un rayonnement intense, tant à l'intérieur du cloître qu'à l'extérieur.


Nous le reprendrons par un écho de ses " Noces d'Or ", le 8 mai 1934, où elle était encore en totale activité et d'une étonnante jeunesse.


En dépit des honneurs, dont on l'entourait de tous côtés, elle ne s'était jamais habituée à la perspective d'une manifestation qui serait, non pour sa petite Thérèse, mais pour elle. Aussi, ce jubilé la jeta dans une angoisse morale qui devint un martyre pendant sa retraite préparatoire.


Le bon Dieu permit que ce trouble douloureux disparût au matin de la fête; elle en goûta, dans la paix du coeur, les grâces surnaturelles et reçut avec simplicité les si nombreux témoignages de vénération et d'affection qui affluèrent vers elle, du monde entier.


Plusieurs évêques, dont le premier évêque indien, escortaient S. Exc. Mgr Picaud, qui loua éloquemment la mission délicate et bienfaisante confiée par la Providence à la " petite Mère " de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus.


Du Carmel, les Prélats se rendirent à l'Abbaye des Bénédictines, où l'on commémorait le même jour le cinquantième anniversaire de la première Communion de l'angélique Sainte. Cette deuxième partie du programme réjouit grandement Mère Agnès de Jésus, qui n'avait pas de félicité complète sans y avoir associée sa " petite Thérèse " .

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Message  Arthur Sam 17 Oct 2009, 9:48 am

A la réunion du Chapitre qui suivit, elle remercia ses filles avec effusion et leur livra quelques pensées de son coeur :


" Je redis ce que ma sainte petite Thérèse m'écrivit au début de l'Histoire de son âme, il y a trente-neuf ans :


" Je suis à une époque de mon existence où je puis jeter un regard sur le passé; mon âme s'est mûrie dans le creuset des épreuves. "


" Et l'expérience que j'ai faite est bien la sienne, que " le Seigneur est rempli de douceur, lent à punir et abondant en miséricorde. "


" J'ai encore expérimenté que " Dieu est fidèle, qu'il ne tente jamais au-dessus des forces " , que sa douce main panse toutes les blessures, même celles qui ne sont dues qu'à nos imprudences et à nos illusions.


" Enfin, j'ai comme touché du doigt qu'une seule chose est nécessaire pour marcher et se maintenir dans le chemin de la vérité, c'est de profiter de toutes les lumières données à notre chère Sainte par l'Esprit de Vérité.


"... Je pense souvent à une certaine scène de l'Évangile que j'aimerais à voir rappeler dans les sermons sur l'Enfance spirituelle :


" C'est la visite nocturne de Nicodème à Jésus. Ce docteur en Israël ne comprit qu'alors le divin oracle sur la petitesse évangélique. Si j'avais vécu au temps de Notre-Seigneur, j'aurais fait comme lui, je serais allé trouver Jésus, la nuit, pour n'avoir personne autour de moi qui m'aurait empêchée de lui dire ce que je voulais et d'entendre une parole spéciale de sa bouche divine.


Mais, c'est cela que nous faisons au Carmel; nous y sommes venues l'écouter, la nuit, je veux dire loin du monde. Et, dans cette solitude, il nous enseigne tout ce que nous devons savoir. Il nous demande comme à moi, aujourd'hui, de renaître, même au temps de la vieillesse, pour nous simplifier toujours davantage, de sorte qu'il ne reste plus en notre âme que conscience de sa faiblesse et confiance proportionnée en Dieu notre Père.


C'est cette grâce, unique, source de paix, que je désire pour vous et pour moi, et je la solicite avec ardeur comme divin souvenir de mon jubilé.


" ... Répétons ensemble avec une reconnaissance infinie :

" Le cordeau a mesuré pour nous une part délicieuse, un splendide héritage nous est échu. " Ps. XV.

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Message  Arthur Dim 18 Oct 2009, 9:03 pm


Mère Agnès de Jésus continuait à édifier son entourage par sa courageuse exactitude, d'autant plus qu'à cette époque elle ressentait une grande lassitude dans le cou; on la voyait avec pitié, à l'office des Matines, soutenir péniblement, d'une main, sa tête douloureuse et, de l'autre, porter son lourd bréviaire.


Elle menait de front les devoirs de sa charge et sa correspondance, entremêlés de parloirs inévitables et de signatures sollicitées au Tour ou dans le courrier. Si elle condescendait à autographier ainsi des images, c'était dans l'unique souci de faire plaisir. Craignant que sa santé ne pût résister à tant de labeur, nous la pressions de le couper par une échappée au jardin, vers son cher ermitage de Gethsémani :


" J'ai peur que ce ne soit pas bien, interrogeait-elle timidement ?

-- Mais si, ma Mère, il le faut absolument.

-- Oh ! merci, répondait-elle joyeuse, je n'osais pas ... "

Ce petit tour lui procurait une détente indispensable, lui permettant de reprendre ensuite son travail accablant.


Nous ne nous étendrons pas sur les divers événements qui marquèrent ces dix années de 1934 à 1944, comme le Congrès Eucharistique National de 1937,que couronna la Bénédiction de la Basilique par le Légat de Pie XI, le Cardinal Pacelli, devenu, si peu de temps après, son successeur sur le Trône Pontifical; puis la pose de la croix au faîte du Dôme, par S. Em. le Cardinal Piazza, Protecteur du Carmel.


Cette croix, en plein Ciel, annonçait une ère crucifiante : déclaration de la guerre, deux mois plus tard, départ pour le Ciel, en janvier 1940, de Soeur Marie du Sacré-Coeur. L'intimité d'âme qui existait depuis leur petite enfance, entre elle et sa chère Pauline, fit de cette séparation une épreuve particulièrement sentie. Il nous a été donné de voir précédemment avec quel abandon fut accepté ce deuil fraternel. Le 16 juin 1941, mourait aussi sa chère Visitandine, Soeur Françoise-Thérèse.

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Message  Arthur Lun 19 Oct 2009, 8:31 pm

Le 8 mai 1944, les circonstances menaçantes ne permettaient qu'une célébration limitée des " Noces de Diamant " de Mère Agnès de Jésus. Monseigneur Picaud vint offrir le saint Sacrifice à l'Infirmerie de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus. Ce fut une journée de joie paisible, malgré les accents sinistres de la sirène. Notre jubilaire avait avoué quelques jours auparavant :


" J'ai un travail fou, des lettres à écrire, mille choses à prévoir; et cela mélancolise l'âme comme les événements. Pourtant, j'ai déjà dit au bon Dieu, en regardant la belle Basilique, toute dorée le soir, au coucher du soleil : " Je vous la donne; faites-en ce que vous voudrez... J'ai dit la même chose devant la Chapelle de la Châsse. "


Un tel holocauste consenti lui méritait bien " la paix qui domine tout sentiment ". Il achetait encore un magnifique fleuron de gloire thérésienne, sans qu'elle s'en doutât, puisque le même jour, où elle formulait ces offrandes --- 3 mai 1944 --- S. S. Pie XII signait, à Rome, le Décret proclamant sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus patronne secondaire de la France, au même titre que sainte Jeanne d'Arc. On ne devait l'apprendre qu'un mois plus tard.


Patronne des Missions, Patronne de la France ! En évoquant ce dernier triomphe, Mère Agnès de Jésus expliquait :


" Le saint Évangile nous dit de saint Jean-Baptiste : " Il fut grand devant le Seigneur. " C'est ce que je pense de notre Thérèse. Elle fut grande devant le Seigneur, et c'est la seule grandeur véritable. Être grande devant les hommes, c'est une vanité. Certains événements actuels nous le prouvent éloquemment, une fois de plus.


" Ce ne sont pas les génies, fussent-ils conquérants, ce sont les doux, ce sont les saints qui possèdent la terre " écrit un pieux auteur.


" Notre Thérèse a été grande devant le Seigneur, parce qu'elle a imité Jésus doux et humble de Coeur et parce qu'elle s'est faite toute petite pour son amour, parce qu'elle aussi, comme le saint Précurseur, fut " une lampe ardente " jusqu'à oser dire : " Dans le coeur de l'Église, ma Mère, je serai l'amour. "


Dernière édition par Arthur le Mer 21 Oct 2009, 7:47 pm, édité 5 fois

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Message  Arthur Mar 20 Oct 2009, 7:51 pm

Juin 1944. -- La guerre plane sur la Normandie. Les raids d'avions s'intensifient. Une grande angoisse étreint les coeurs devant un inconnu que l'on pressent terrible.

Le 6 au soir, un premier bombardement s'abat sur la ville, secouant les murs du Monastère et laissant présager une suite.


Toute la nuit, Mère Agnès de Jésus est réfugiée, avec une partie de la Communauté, dans l'infirmerie où était morte Soeur Marie de Sacré-Coeur; les bombes pleuvent tout autour, car l'abri improvisé était juste à proximité du chapelets d'engins lancés sur la rue du Carmel.


Terrifiées, groupées auprès de leur vaillante Mère qui demeure sereine, les Soeurs prient avec elle. Intrépide, dès qu'une accalmie se dessine, elle se précipite au Tour pour demander des nouvelles de l'affreux drame.


Le lendemain matin, Mgr Germain, Directeur du Pèlerinage, se présente à la sacristie et s'offre à donner la sainte Communion, car L'insécurité est trop grande pour qu'on puisse célébrer la sainte Messe. La Maison des Chapelains n'est plus habitable, celle des Soeurs du Carmel de Saint-Joseph, mitoyenne avec le Carmel, s'est en partie effondrée.


La ville est un immense brasier, les victimes dépassent le millier; tous les échos qui en parviennent sont navrants. La population s'enfuit vers les campagnes environnantes, car un autre bombardement est annoncé au début de l'après-midi.

Arthur

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