Méditations sur la Vie de Jésus-Christ, par S. Bonaventure.

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Message  Louis le Jeu 01 Sep 2016, 5:38 am

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CHAPITRE XXXV.

De la fuite du Seigneur quand on voulut le faire roi, et,
à cette occasion, pensées contre les honneurs du monde.

(suite)

Vous voyez donc de quelle manière le Seigneur visite l'âme spirituellement, comment il s'éloigne d'elle et ce qu'elle doit faire alors. Il lui faut le rappeler avec sollicitude et avec instance, et cependant supporter avec patience cet éloignement de l'Époux, se soumettre à la tempête, à l'exemple des Disciples qui lui obéissent en entrant sans lui dans la barque, et attendre sa délivrance du secours qu'il voudra bien nous apporter. Mais revenons à la personne même du Seigneur.

Ses Disciples s'étant embarqués, il se retira sur la montagne, et ainsi il échappa à ceux qui le cherchaient. Vous voyez avec quel soin, quelle précaution, il se cache et décline l'honneur de régner. Il nous a donné l'exemple, afin que nous y conformassions notre conduite. Ce n'est pas pour lui, mais à cause de nous qu'il a pris la fuite ; car il connaissait quelle témérité c'est pour nous d'aspirer aux honneurs. L'honneur est, en effet, un des pièges les plus redoutables à la liberté de notre âme, un des fardeaux les plus onéreux et les plus propres à hâter sa ruine que je connaisse, que cet honneur soit un honneur de puissance et de commandement, ou un honneur de science. Il est bien difficile que celui qui met sa félicité dans les honneurs, ne soit en péril et sur le bord d'un précipice, ou, ce qui est pire encore, qu'il ne soit déjà tombé dans l'abîme ; et je vous le montrerai par plusieurs raisons:

La première, c'est que l'âme, trouvant dans ces honneurs une joie plus grande qu'elle ne devrait, n'a plus de sollicitude que pour les conserver et les augmenter. Or, selon saint Grégoire, plus un cœur cherche son bonheur dans ce qui est au-dessous de lui, plus il s'éloigne de l'amour céleste (1).

La seconde, c'est que celui qui en est là, s'applique à avoir des amis qui l'imitent et participent à ses goûts, afin que, par leur entremise et leur aide, il affermisse et accroisse les honneurs dont il est en possession; c'est pourquoi bien des circonstances se rencontrent, dans lesquelles, par complaisance pour ces sortes d'amis et pour obtenir leur concours, il agit contre Dieu et sa propre conscience.

La troisième raison, c'est qu'il éprouve de la jalousie pour ceux qui possèdent ces honneurs, il en médit, pensant qu'il sera plus honoré à mesure qu'ils le seront moins, et ainsi il tombe dans la haine et l'envie.

La quatrième raison, c'est qu'il se juge et désire que les autres le jugent digne d'honneurs, et ainsi il se rend coupable de vanité et d'orgueil. Selon l'Apôtre : « Celui qui croit être quelque chose, alors qu'il n'est rien, est à soi-même son propre séducteur. (1) » Aussi le Seigneur, dans son Évangile, a-t-il dit : « Lorsque vous aurez fait tout ce que vous devez faire, dites : Nous sommes des serviteurs inutiles (2).» Mais quand donc celui qui veut être honoré parle-t-il de la sorte ?

La cinquième raison, c'est qu'il ne marche pas selon l'esprit, mais selon la chair; car il n'a point une âme recueillie et élevée vers les choses célestes, mais une âme dissipée et répandue sur une infinité d'objets.

La sixième et dernière raison, c'est que dès lors qu'il commence à prendre son contentement dans les honneurs, il y trouve tant d'attraits qu'il ne peut s'en rassasier, qu'il en cherche tous les jours de nouveaux et de plus grands, et que plus il en obtient, plus ses désirs se multiplient ; car il se croit chaque jour, à ses yeux et aux yeux des autres, plus honorable et plus digne de grandeurs, et ainsi il se précipite dans l'ambition, qui est un vice très-mauvais, la source et la cause d'une foule d'autres vices.

Écoutez non plus mes paroles, mais ce que dit saint Bernard d'une semblable perversité…  
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1. Hom., 30, in Evang.— 1. Galat., 6. — 2. Luc., 17.

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Message  Louis le Ven 02 Sep 2016, 6:17 am

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CHAPITRE XXXV.

De la fuite du Seigneur quand on voulut le faire roi, et,
à cette occasion, pensées contre les honneurs du monde.

(suite)

Écoutez non plus mes paroles, mais ce que dit saint Bernard d'une semblable perversité (1) :

« L'ambition, s'écrie-t-il, est un mal subtil, un poison secret, une peste cachée. Elle est une artisane de fourberie, la mère de l'hypocrisie, la génératrice de l'envie. En elle vous trouvez la source des vices, le foyer des crimes, la rouille des vertus, la corruption de la sainteté, l'aveuglement des cœurs. D'un remède, elle engendre une maladie; d'une médecine salutaire, elle fait naître une infirmité. Et ceux que cette peste a tristement supplantés, ceux qu'elle fait tomber honteusement, sont en si grand nombre, que les hommes qui sont étrangers jusqu'ici à un tel fléau, doivent trembler en voyant les ruines imprévues qui les environnent. Mais quelle est la nourriture de ce ver rongeur, sinon la dissipation de l'esprit, l'oubli de toute vérité ? « Qui recherchera ce traître pour le traduire au grand jour? Qui convaincra de crime cet ouvrier de ténèbres, si ce n'est la vérité ? Et cette vérité, voici son langage (1) : « Que sert à l'homme de gagner le monde entier, s'il se perd soi-même et s'il est cause de sa ruine ? — Les puissants seront tourmentés puissamment (2). »

« C'est cette vérité qui rappelle à l'âme avec un empressement si tendre, combien frivole est la consolation offerte par l'ambition, combien sévère en sera le jugement, de combien de peu de durée en est l'usage, combien cachée et inconnue en est la fin. C'est pour nous instruire de tout cela que la troisième tentation du Seigneur eut pour objet l'ambition, quand le démon lui promit tous les royaumes du monde si, se prosternant, il voulait l'adorer; et ainsi vous voyez que la voie de l'ambition, c'est l'adoration du démon ; c'est par ce moyen qu'il promet à ses adorateurs de les faire parvenir aux honneurs et à la gloire de ce monde. »

Ailleurs, le même saint s'exprime ainsi (1) : « Nous sommes tous désireux de nous élever, et nous soupirons après ce qui peut nous exalter. C'est que nous sommes de nobles créatures, et que notre âme est quelque chose de grand, et ainsi nous avons un désir naturel de la grandeur. Mais malheur à nous si nous nous efforçons de suivre celui qui a dit (2) : Je m'assiérai sur la montagne du Testament, du côté de l'Aquilon. Hélas, malheureux! tu veux t'asseoir du côté de l'Aquilon ; cette  montagne est glacée, nous ne t'y suivrons pas; car tu n'es possédé que d'un désir insatiable du pouvoir ; tu n'ambitionnes que l'éclat de la puissance. Combien cependant, jusqu'à ce jour, suivent tes traces souillées et honteuses ! ou plutôt combien peu ont pu se soustraire à la passion de régner sur les autres ! Quelles traces suivez-vous, malheureux? Quel guide avez-vous pris? N'est-ce pas là cette montagne sur laquelle l'Ange s'est élevé, et sur laquelle il est devenu un démon ?

« Remarquez-le bien…
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1. Serm. 6 in psalm. qui habitat — 1. Mat., 16. — 2. Sap., 6. —1. Serm. in Ascens. Dom., 4. — 2. Is., 14.

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Message  Louis le Sam 03 Sep 2016, 6:19 am

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CHAPITRE XXXV.

De la fuite du Seigneur quand on voulut le faire roi, et,
à cette occasion, pensées contre les honneurs du monde.

(suite)

« Remarquez-le bien : après sa chute, cet esprit pervers, dévoré d'envie, malicieusement préoccupé du désir de supplanter l'homme, lui montra une autre montagne semblable à celle sur laquelle il voulut s'élever. Vous serez, dit-il à nos premiers parents, vous serez comme des dieux, sachant le bien et le mal (1). Cette ambition de la puissance a privé l'Ange de la félicité céleste ; cette passion désordonnée de la science a privé l'homme de la gloire de l'immortalité.

« Que quelqu'un s'efforce de s'élever sur la montagne du pouvoir, combien, pensez-vous, trouvera-t-il de contradicteurs, combien d’opposants, combien d'obstacles, combien la voie lui sera-t-elle difficile? Et s'il lui arrive d'entrer en possession de ce qui fait l'objet de ses désirs, voici l'Écriture qui lui dit : Les puissants seront tourmentés puissamment (2). C'est pourquoi je me soustrairai aux sollicitudes de la vie présente et aux anxiétés que la puissance entraîne après soi.

« Un autre est désireux de la science qui enfle : combien il devra travailler! combien son esprit sera en proie aux inquiétudes! Et cependant il s'entendra dire : « Quand tu devrais en mourir, tu n'arriveras pas à l'objet de tes voeux. » Son œil se voilera d'amertume toutes les fois qu'il verra quelqu'un supérieur à lui, ou qu'il croira être jugé ainsi par le monde.

« Enfin, qu'arrivera-t-il lorsqu'il se sera ainsi gonflé d'orgueil? « Je perdrai, dit le Seigneur, la sagesse des  sages, et je réprouverai la prudence des prudents (1).»

« Et pour ne pas m'étendre plus longuement, vous avez compris, je crois, avec quel soin nous devons fuir ces deux montagnes, si la ruine de l'Ange, si la chute de l'homme nous ont inspiré quelque crainte. Montagnes de Gelboé, que la rosée et la pluie du ciel ne descendent point sur vous (2) ! Cependant que faisons-nous ? Il ne nous est pas avantageux de nous élever, mais la concupiscence nous y contraint.

« Qui nous enseignera donc un sentier salutaire que nous puissions gravir? Qui, si ce n'est celui dont nous lisons qu'il est monté, il est vrai, mais qu'il a commencé d'aborder descendre (1). C'est lui qui nous montrera la voie par laquelle nous devrons nous élever; c'est lui qui nous empêchera de suivre les traces ou les conseils d'un guide ou plutôt d'un séducteur inique.

« Comme il n'y avait personne qui pût monter, le Très-Haut est descendu, et, en descendant jusqu'à nous, il a consacré une élévation où se trouve le salut, et que nous pouvons atteindre avec suavité. Il est descendu de la montagne de la puissance et il s'est revêtu de l'infirmité de notre chair; il est descendu de la montagne de la science, car il a plu à Dieu de sauver ceux qui croiraient par la folie de la prédication (2).

« Que trouvez-vous, en effet, de plus faible que ce tendre corps et ces membres enfantins? Qui peut apparaître plus ignorant qu'un petit enfant qui ne connaît que le sein de sa mère ? Qui a moins de puissance que celui dont les membres sont cloués à une croix et dont les ossements peuvent être comptés? Qui semblera jamais plus insensé que celui qui a livré sa vie aux coups de la mort, et a payé une dette qu'il n'avait point contractée?

« Voyez-vous combien celui qui était descendu…
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1. Gen., 3. — 2. Sap., 6. — 1. I Cor., 1. — Ps. 29. — Abd., 1. — 2. II Reg., 1. — 1. Ephes., 4. — 2. I Cor., 1.

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Re: Méditations sur la Vie de Jésus-Christ, par S. Bonaventure.

Message  Louis le Dim 04 Sep 2016, 6:25 am

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CHAPITRE XXXV.

De la fuite du Seigneur quand on voulut le faire roi, et,
à cette occasion, pensées contre les honneurs du monde.

(suite)

« Voyez-vous combien celui qui était descendu si profondément, s'est anéanti dans sa puissance ; combien il s'est anéanti dans sa sagesse? Mais il ne pouvait en même temps s'élever plus haut sur la montagne de la bonté; il ne pouvait donner une expression plus éclatante de sa charité ; et ainsi il n'est pas étonnant qu'en s'abaissant, Jésus-Christ se soit élevé, tandis que l'Ange et l'homme, en s'élevant, sont tombés.

«  C'est pourquoi, mes bien-aimés, persévérez dans la règle que vous vous êtes imposée d'arriver à vous élever par l'humilité : c'est là la voie, et en dehors de cette voie, il n'en est point d'autre. Celui qui ne la suit point, tombe au lieu de monter; car c'est l'humilité seule qui élève et exalte, elle seule qui conduit à la vie... O perversité, ô ambition des enfants d'Adam ! alors qu'il est si difficile de monter, si facile, au contraire, de descendre, ils montent sans aucune peine et ils ne descendent que très-difficilement. Ils sont toujours prêts à recevoir des honneurs, prêts à entrer en possession des dignités de l'Église, dignités redoutables aux Anges mêmes. Mais s'agit-il de vous suivre, ô Seigneur Jésus, c'est à peine si l'on en trouve un seul qui veuille se laisser entraîner, qui consente à être conduit par la voie de vos commandements. »

Ainsi parle saint Bernard.

Vous voyez donc, par tout ce qui vient d'être dit, quel moyen vous fera arriver au véritable honneur : ce moyen, c'est l'humilité. Vous voyez comment vous devez fuir le faux honneur, l'honneur temporel. Mais peut-être quelques ambitieux de la science et de gloire se flattent-ils sous le prétexte de l'avantage des âmes, comme s'il leur était donné par là de s'appliquer plus utilement au salut du prochain.

Écoutez ce que leur répond saint Bernard (1) : « Plût à Dieu, dit-il, que celui qui est entré de la sorte, servît aussi fidèlement, s'il était possible, qu'il a montré de confiance à s'introduire dans le ministère. Mais il est bien difficile, il est impossible même que de la racine amère de l'ambition puisse sortir le fruit suave de la charité. »
Ainsi parle ce saint.

Or, pour avoir des honneurs le mépris qui convient, il est nécessaire que vous possédiez à un degré bien élevé cette excellente vertu d'humilité ; car, selon saint Chrysostome, se bien servir des honneurs, c'est comme si quelqu’un, conversant avec une vierge d'une grande beauté, s'était imposé la loi de ne jamais abaisser sur elle un regard impudique. Aussi faut-il, sans aucun doute, une âme vraiment forte pour se conduire dans l'usage du pouvoir ou des honneurs qui nous sont accordés, d'une manière irréprochable.

Comme vous l'avez vu dans le chapitre précédent…
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1. De convers. ad cleric.

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Message  Louis le Lun 05 Sep 2016, 6:33 am

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CHAPITRE XXXVI.

Comment le Seigneur a prié sur la montagne,
et comment, en étant descendu, il a marché sur les eaux,
et ensuite plusieurs instructions sur l'oraison.


(1) Comme vous l'avez vu dans le chapitre précédent, le Seigneur Jésus força ses Disciples à monter sur une barque, et il se retira ensuite sur la montagne. Achevons donc de dire ce que le Seigneur fit après le miracle, car tout cela s'unit naturellement, et ce que nous racontons en ces chapitres s'est passé en même temps. J'ai différé cependant d'en parler, mais c'était afin que vous pussiez mieux saisir, et afin de vous expliquer plus clairement les enseignements qui y sont contenus.

Lors donc que les Disciples furent montés sur leur barque, le Seigneur se retira sur la montagne, et là il se mit en oraison jusqu'à la quatrième veille de la nuit, c'est-à-dire qu'il passa en prières les trois premières parties de cette nuit. Vous voyez par là que le Seigneur avait coutume de consacrer la nuit à la prière, et on lit en plusieurs endroits qu'il s'appliquait à prier.

Regardez-le donc comment il prie et comment il s'humilie devant son Père. Il cherche les endroits solitaires ; il y va seul; il se mortifie et veille pendant un temps considérable. Le Pasteur fidèle intercède pour ses brebis ; car ce n'est pas pour lui, mais pour nous qu'il prie, comme étant notre médiateur et notre avocat auprès de son Père (1).

Il prie aussi, afin de nous donner l'exemple de prier souvent; car il a souvent averti ses Disciples sur ce point, et recommandé par ses actions ce qu'il enseignait par ses paroles; il leur a montré, comment la persévérance dans la prière obtient ce qu'elle demande, en leur proposant l'exemple du juge et de la veuve (2), comme vous pouvez le voir dans saint Luc; il leur inspirait aussi la confiance d'obtenir ce qu'ils demandaient, en leur disant : Demandez, il vous sera donné (3). A cela se rapporte encore un autre exemple qu'il propose d'un ami qui, cédant à l'importunité de son ami, lui prête les pains dont il avait besoin, comme on le voit également dans saint Luc (1).

Or, il donnait tous ces enseignements pour nous faire connaître la vertu de l'oraison.

Cette vertu est, en effet, inestimable; elle est efficace à nous obtenir tout ce qui peut nous être avantageux, et éloigner de nous tout ce qui peut nous nuire.

Voulez-vous supporter patiemment l'adversité? Soyez un homme d'oraison.

Voulez-vous surmonter les tentations et les tribulations? Soyez un homme d'oraison.

Voulez-vous fouler aux pieds les affections perverses ? Soyez un homme d'oraison.

Voulez-vous connaître les ruses de Satan et éviter ses pièges? Soyez un homme d'oraison.

Voulez-vous faire avec joie l'œuvre de Dieu, parcourir avec bonheur la voie du travail et de l'affliction? Soyez un homme d'oraison.

Voulez-vous vous exercer à la vie spirituelle, et ne faire aucun cas de la chair en ses désirs? Soyez un homme d'oraison.

Voulez-vous mettre en fuite les vains fantômes de votre imagination? Soyez un homme d'oraison.

Voulez-vous engraisser votre âme de bonnes pensées, de saints devoirs, de pieuses ardeurs, de dévotion? Soyez un homme d'oraison.

Voulez-vous établir votre cœur dans une position forte, dans une résolution constante de se soumettre au bon plaisir de Dieu ? Soyez un homme d'oraison.

Enfin, voulez-vous extirper les vices, vous remplir de vertus? Soyez un homme d'oraison.

Car c'est par elle que l'on reçoit l'onction de l'Esprit-Saint, onction qui instruit l'âme de tout ce qu'elle doit savoir. Enfin, si vous voulez vous élever jusqu'à la contemplation et jouir des embrassements de l'Époux, soyez un homme d'oraison : c'est en s'y exerçant qu'on arrive à contempler et à goûter les choses célestes.

Vous voyez combien grande est la puissance, la vertu de l'oraison…
________________________________________________

1 Mat., 14. — Marc., 6. — Joan., 6. — 1. Joan., 1. — 2. Luc., 18. — 3. Luc., 18.   — 1. Luc., 18.

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Message  Louis le Mar 06 Sep 2016, 6:31 am

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CHAPITRE XXXVI.

Comment le Seigneur a prié sur la montagne,
et comment, en étant descendu, il a marché sur les eaux,
et ensuite plusieurs instructions sur l'oraison.

(suite)

Vous voyez combien grande est la puissance, la vertu de l'oraison. Je pourrais apporter en preuve de ce que je viens d'avancer, les saintes Écritures; mais qu'il vous suffise, comme d'une preuve efficace, de tout ce que nous apprenons et voyons chaque jour en des personnes simples et illettrées, qui sont entrées eu possession de tous les biens que je viens d'énumérer, et de plus grands encore, par cette vertu de l'oraison.

Tous ceux qui désirent imiter Jésus-Christ, doivent donc s'adonner de toute leur âme à l'oraison, et surtout les religieux, qui ont une plus grande facilité de s'y appliquer.

C'est pourquoi je vous exhorte, et, autant que je le puis, je vous enjoins rigoureusement de la prendre pour votre exercice principal, et de ne trouver, après les soins nécessaires à la vie, de bonheur en rien autre chose qu'en l'oraison; car rien ne doit vous rendre heureuse comme de demeurer avec le Seigneur, et c'est par l'oraison que s'établit cette demeure. Mais, afin que vous puissiez jouir des avis d'un meilleur conseiller, écoutez les paroles pleines de douceur que saint Bernard a répandues sur ce sujet :

« (1) Ceux qui s'exercent fréquemment à l'oraison, dit-il, ont fait l'épreuve de ce que j'avance. Souvent nous nous approchons de l'autel avec un cœur tiède et aride ; nous nous appliquons à l'oraison, nous y persévérons, la grâce nous pénètre tout-à-coup, notre âme se trouve dans l'abondance, un fleuve de douceur se répand jusque dans nos entrailles, et si quelqu'un désire exprimer le lait de la suavité qu'il renferme en soi, il ne tardera pas à le voir couler avec abondance, comme une source inépuisable.

Le même saint, dans un discours pour le commencement du carême (2) :

« Toutes les fois, dit-il, que je parle de l'oraison, il me semble entendre en mon cœur comme certaines paroles de la pensée humaine me dire : d'où vient que, ne cessant jamais de prier, c'est à peine s'il s'en rencontre parmi vous quelques-uns qui aient expérimenté quel est le fruit de la prière? Nous paraissons revenir de l’oraison comme nous nous en sommes approchés : personne ne nous répond un mot; personne ne nous offre aucun don. Mais suivez le jugement de la foi et non votre sentiment propre : ce jugement est conforme à la vérité, et votre sentiment est trompeur.

« Or, quelle vérité nous enseigne donc la foi, sinon que le Fils de Dieu s'est engagé par promesse, lorsqu'il nous a dit (1): Tout ce que vous demanderez dans vos prières, croyez que vous l'obtiendrez, et cela vous sera accordé? Que personne d'entre vous, mes frères, n'ait de mépris pour l'oraison. Je vous le dis, parce que celui à qui nous nous adressons dans notre prière en fait un grand cas. Avant qu'elle soit sortie de notre bouche, il ordonne de l'inscrire dans son livre ; et nous pouvons, sans aucun doute, espérer une de ces deux choses : ou il nous donnera ce que nous lui demandons, ou ce qu'il sait nous être plus utile. Nous ne savons pas, nous autres, demander ce qui nous convient; mais le Seigneur a compassion de notre ignorance, et, recevant notre prière avec bénignité, il ne nous accorde point ce qu'il sait ne nous être d'aucun avantage, ou ce dont le besoin ne se fait pas sentir présentement.

« Cependant notre oraison n'est point, pour cela infructueuse, surtout si nous sommes fidèles à accomplir ce que le prophète nous enseigne, si nous nous réjouissons dans le Seigneur; car c'est ainsi que parle le saint roi David : « Réjouissez-vous dans le Seigneur, et il vous accordera les demandes de votre cœur (1). » Mais remarquez-bien qu'il appelle les demandes du cœur, celles que le jugement de la raison approuve.

« Ainsi, vous n'avez pas lieu de vous plaindre ; mais, au contraire, de vous répandre de toute votre âme en actions de grâces. En effet, le soin que le Seigneur prend de vous est si grand, que toutes les fois que vous lui demandez quelque chose d'inutile, il vous le refuse et le remplace par un don plus excellent. De même, un père selon la chair donne volontiers du pain à son enfant lorsqu'il lui en fait la demande ; mais s'il désire un couteau qu'il ne juge pas lui être nécessaire, il se montre opposé à ses désirs et préfère lui-même lui rompre le pain qu'il vient de lui donner.

« Or, croyez bien que les demandes de cœur consistent en trois choses…
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1. Serm. 9 in cant. — 2. Serm. 5 de Quadr. — 1. Marc. 11. — 1.Ps., 36.

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Re: Méditations sur la Vie de Jésus-Christ, par S. Bonaventure.

Message  Louis le Mer 07 Sep 2016, 7:05 am

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CHAPITRE XXXVI.

Comment le Seigneur a prié sur la montagne,
et comment, en étant descendu, il a marché sur les eaux,
et ensuite plusieurs instructions sur l'oraison.

(suite)

« Or, croyez bien que les demandes de cœur consistent en trois choses, et je ne crois pas qu'un élu puisse rien demander en dehors. Les deux premières regardent le temps présent; elles embrassent les biens du corps et ceux de l'âme; la troisième a pour objet la béatitude éternelle. Ne vous étonnez pas si je vous dis que l'on doive demander à Dieu les biens corporels; car tous ces biens sont en sa puissance, comme les biens spirituels. C'est pourquoi il faut les lui demander avec un plein espoir qu'il nous arrivera de pouvoir trouver notre nourriture en le servant. Cependant il faut prier pour les besoins de l'âme et plus fréquemment et avec plus de ferveur, c'est-à-dire, que nous devons demander et la grâce de Dieu et les vertus qui ornent nos âmes. Il nous faut prier aussi avec toute la piété et toute l'ardeur dont notre cœur est capable, pour obtenir la vie éternelle; car c'est là que la béatitude du corps et de l'âme sera pleine et parfaite....

« Que pour les choses temporelles la prière se borne donc à ce qui est strictement nécessaire. Pour ce qui concerne les vertus de l'âme, que notre oraison soit libre de tout motif humain et qu'elle n'ait pour but que le bon plaisir de Dieu. Que celle qui regarde la vie éternelle, se fasse en toute humilité, ne présumant rien que de la divine miséricorde… »

«  (1) Ce n'est pas seulement le lieu, mais encore le temps, que doit considérer celui qui veut prier. Le temps de fêtes semble plus facile et plus avantageux ; mais c'est surtout lorsque le silence de la nuit a tout plongé dans un sommeil profond que la prière s'épanche et plus libre et plus pure. Levez-vous durant la nuit, dit le prophète, louer le Seigneur au commencement de vos veilles, et répandez votre cœur comme de l'eau en présence de votre Dieu (1).

« Avec quelle sécurité s'élève la prière durant la nuit! Elle n'a pour témoins que Dieu et son Ange qui la reçoit pour l'offrir sur l'autel céleste. Comme elle est belle et brillante ! comme elle apparaît revêtue d'un doux éclat de modestie ! Comme elle est pleine de paix et de sérénité cette prière qu'aucun bruit, qu'aucune clameur ne vient troubler !

« Enfin, comme elle est pure et sincère, à cette heure où la poussière des sollicitudes terrestres ne saurait se reposer sur elle, où nul regard approbateur ne peut la contempler, où l'adulation ne songe même pas à l'atteindre de son souffle ! C'est pour cela que l’Épouse, avec non moins de modestie que de précaution, recherchait le secret de sa couche et da la nuit. Prier et marcher à la recherche du Verbe, c'est une seule et même chose.

« Vous ne priez pas bien, si dans vos prières vous cherchez autre chose que le Verbe, ou quelque chose qui ne se rapporte point à lui ; car c'est dans le Verbe que tout est renfermé. Là se trouve le remède à nos blessures, le soulagement de nos besoins, le retranchement de nos défauts, les forces pour avancer, enfin tout ce qu'il vous est avantageux de recevoir ou de posséder, tout ce qu'il vous convient d'avoir, tout ce qui vous est nécessaire. C'est donc sans raison que nous demandons autre chose que le Verbe, puisqu'il renferme tout. Si nous paraissons quelquefois agir trop familièrement, lorsque nous sommes forcés de demander ces biens terrestres, pourvu qu'en cela le Verbe soit le terme de notre demande, comme il le mérite bien, ce ne sont plus ces biens qui sont l'objet de nos vœux mais lui seul, puisque c'est à cause de lui que nous les demandons. »

Tel est le langage de saint Bernard.

Vous avez entendu les magnifiques paroles d'un contemplatif très-élevé, vous avez entendu Bernard enivré des délices de la prière. Repassez en votre âme, si vous le pouvez, ce qu'il vient de vous dire, afin d'en savourer le parfum. Je cite et j'insère d'autant plus volontiers ses paroles en cet ouvrage, que non-seulement elles sont tout-à-fait spirituelles et propres à pénétrer le cœur, mais encore pleines de beautés et puissantes à entraîner au service de Dieu.

Bernard était l'homme le plus éloquent de son époque; il était rempli de l'esprit de sagesse et, tout brillant de sainteté. Je désire que vous marchiez sur ses traces, et si j'en parle aussi souvent, c'est afin que vous mettiez en pratique ses conseils et ses enseignements.

Mais revenons au Seigneur Jésus…
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1. Serm. 86 sup. cant. — 1. Thren., 2.

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Re: Méditations sur la Vie de Jésus-Christ, par S. Bonaventure.

Message  Louis le Jeu 08 Sep 2016, 5:53 am

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CHAPITRE XXXVI.

Comment le Seigneur a prié sur la montagne,
et comment, en étant descendu, il a marché sur les eaux,
et ensuite plusieurs instructions sur l'oraison.

(suite)

Mais revenons au Seigneur Jésus.

Pendant qu'il priait sur la montagne, ses Disciples étaient sur la mer en un grand travail et dans de profondes angoisses ; car le vent leur était contraire et la barque était agitée par la tempête et les flots. Considérez-les donc et témoignez-leur votre compassion, car ils sont dans la tribulation et la détresse la plus pénible: l'orage les a assaillis, il fait nuit, et le Seigneur n'est point avec eux. Mais à la quatrième veille de la nuit il descendit de la montagne, et s'approcha de la barque en marchant sur la mer.

Pour Dieu, considérez-le bien et voyez comment, fatigué par une telle veille et une oraison aussi prolongée, il descend sans être accompagné de personne, nu-pieds et au milieu de la nuit, de cette montagne dont la pente est si rapide à parcourir et peut-être couverte de rochers ; voyez-le s'avancer d'un pas ferme sur les eaux comme sur la terre ferme. La créature reconnut donc son Créateur.

Or, lorsqu'il approcha de la barque, ses Disciples, saisis d'effroi, poussèrent un cri, pensant que c'était un fantôme; mais le tendre Maître, ne voulant pas plus longtemps les tenir dans la peine, les rassura en disant : C'est moi, ne craignez point. Alors Pierre, tout plein de confiance en la puissance du Seigneur, commença, aussi lui, par son ordre à marcher sur les eaux ; mais ensuite, sa foi chancelant, il allait être submergé, lorsque la main de son maître le soutint et l'empêcha de couler à fond. La Glose, sur cet endroit, dit : « Il le fait marcher sur les flots, afin de manifester sa puissance divine ; il permet qu'il s’enfonce, afin qu'il n'oublie pas sa faiblesse, qu'il ne se juge pas égal à Dieu, et ne prenne pas sujet de s'enorgueillir. »

Aussitôt que le Seigneur fut entré dans la barque, l'agitation de la mer cessa et tout rentra dans le calme. Pour les Disciples, ils le reçurent avec le respect le plus profond, éprouvèrent une grande joie de son retour, et demeurèrent dans une grande tranquillité. Considérez donc bien Jésus et ses Disciples en toutes choses, car il y a vraiment de quoi admirer et s'édifier.

Vous pouvez, dans ce fait, méditer…

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Re: Méditations sur la Vie de Jésus-Christ, par S. Bonaventure.

Message  Louis le Ven 09 Sep 2016, 6:06 am

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CHAPITRE XXXVI.
Comment le Seigneur a prié sur la montagne,
et comment, en étant descendu, il a marché sur les eaux,
et ensuite plusieurs instructions sur l'oraison.

(suite)

Vous pouvez, dans ce fait, méditer pour votre instruction que le Seigneur agit ainsi chaque jour vis-à-vis de nous, mais spirituellement. Il souffre et il permet que ses élus soient en ce monde  dans l'affliction, tant en ce qui concerne l'homme intérieur que l'homme extérieur, mais toujours en père qui châtie chacun des enfants qu'il affectionne.

Pour ceux qui ne sont point sous sa verge, selon le langage de l'Apôtre, ils ne sont point des enfants, mais des fruits de l'adultère (1). Il nous est donc avantageux d'être dans la tribulation et l'affliction ici-bas : c'est par là que nous sommes instruits, que nous acquérons des vertus, que nous conservons celles que nous avons acquises, et, qui plus est, que nous attendons les biens futurs et les récompenses éternelles.

Ainsi, loin de nous laisser abattre par ces traverses, loin de nous montrer impatients à les supporter, nous devons les ambitionner et les chérir. Mais l'immense utilité des tribulations est inconnue au grand nombre, et c'est pourquoi elles semblent fâcheuses et intolérables.

Afin de vous instruire de ce qui les concerne et de vous apprendre à les soutenir, je vous apporte, comme j'ai coutume de le faire, l'autorité de saint Bernard :

« (2) Elle est avantageuse, dit-il, cette tribulation qui produit l'épreuve et qui conduit à la gloire. Je suis avec lui dans la tribulation, dit le Seigneur. Rendons donc grâces au Père des miséricordes, qui veut bien être avec nous dans la tribulation et nous consoler dans nos peines. Comme je vous l'ai dit, elle est nécessaire cette tribulation qui se convertit en gloire, qui se change en félicité ; et, sans aucun doute, elle sera longue, elle sera grande, elle sera pleine et entière cette félicité que personne ne pourra nous ravir.

« C'est une chose nécessaire que cette nécessité qui enfante la couronne. Loin de nous le dédain, mes frères ; la semence est bien faible, mais le fruit qui s'en élève est vraiment grand. Peut-être cette semence est-elle sans saveur, peut-être est-elle pleine d'amertume, c'est peut-être la graine du sénevé.

« En grâce, ne considérons pas ce qui frappe nos regards en elle, mais ce qu'elle renferme d'indivisible; ce qui luit à nos yeux n'a qu'un temps, et ce que nous ne voyons pas est éternel (1)… Je suis avec lui dans la tribulation, dit le Seigneur; et moi, je ne veux plus chercher d'autre bonheur que la tribulation, car il m'est avantageux de m'attacher au Seigneur; et non-seulement cela, mais il m'est avantageux de placer mon espérance en mon Dieu (2) qui a dit : Je délivrerai et je comblerai de gloire celui avec qui je suis dans la tribulation. Mes délices, nous dit-il encore, sont d'être avec les enfants des hommes (3). Il est descendu, afin d'être proche de ceux dont le cœur est en proie au chagrin, afin d'être avec nous lorsque la tribulation nous assiège, et il y sera encore lorsque nous serons enlevés dans les nuées, à travers les airs, pour être conduits au-devant de Jésus-Christ.

« Ainsi, nous serons toujours avec le Seigneur…
_________________________________________________

1. Hebr., 12. — 2. Serm. 17 sup. psal. qui habitat. — 1. II Cor.,  4. — 2. Ps., 72. — 3. Prov., 8.

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Re: Méditations sur la Vie de Jésus-Christ, par S. Bonaventure.

Message  Louis le Sam 10 Sep 2016, 6:39 am

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CHAPITRE XXXVI.

Comment le Seigneur a prié sur la montagne,
et comment, en étant descendu, il a marché sur les eaux,
et ensuite plusieurs instructions sur l'oraison.

(suite)

« Ainsi, nous serons toujours avec le Seigneur, si toutefois nous mettons tout notre soin à le conserver en tout temps avec nous. Il m'est plus avantageux, Seigneur, d'être dans la tribulation, pourvu que vous soyez avec moi, que de régner sans vous, que d'être dans l'abondance loin de vous, que d'être glorifié sans vous posséder. La fournaise éprouve les vases d'argile, et le feu de la tribulation, les justes. Qu'avons-nous à redouter? Pourquoi ces retards? Pourquoi nous soustraire à cette fournaise? Le feu sévit, il est vrai, mais le Seigneur est avec nous dans la tribulation. Si Dieu est avec nous, qui sera contre nous? Si c'est lui qui nous délivre, qui pourra nous arracher de sa main ? Enfin, si c'est lui qui nous glorifie, qui pourra nous plonger dans l'humiliation ?

« (1) Non-seulement nous conservons l'espérance, mais nous plaçons notre gloire dans l'humiliation. Je me glorifierai volontiers dans mes infirmités, dit l'Apôtre, afin que la vertu de Jésus-Christ habite en moi (2). Désirable infirmité, qui se trouve suppléée par la vertu de Jésus-Christ ! Qui me donnera, non-seulement d'être infirme, mais d'être dépouillé, de défaillir de moi-même, afin d'être affermi par la vertu du Seigneur des vertus ; car c'est dans l'infirmité que la vertu devient parfaite? Enfin, ajoute l'Apôtre : Quand je suis faible, c'est alors que je me sens plus fort et que je suis puissant (2).

      « Aussi, l’Épouse n'appelle pas son Bien-aimé un faisceau, mais un petit faisceau ; car l'amour lui rend léger tout ce qu'elle entrevoit de fatigues et d'angoisses. C'est vraiment un petit faisceau, car les souffrances de cette vie ne sont pas dignes d'entrer en comparaison avec la gloire à venir qui sera manifestée en nous (3) ; et le moment si court et si léger des tribulations du temps présent, opère en nous le poids éternel d'une gloire souveraine et incomparable (4). Ce qui n'est maintenant qu'un petit faisceau de myrrhe, sera donc un jour pour nous le comble d'une glorification immense. Mais déjà n'est-ce pas un faisceau bien faible que celui dont le joug est doux et le fardeau léger ? Non qu'il soit léger en lui-même, ce fardeau, car la violence de la passion n'est point légère, non plus que l'amertume de la mort; mais il est léger pour celui qui aime. »

Le même saint s'exprime ainsi sur le verset 6 du psaume 90: …
_______________________________________________________

1. Serm. 25 in cant. — 2. II Cor., 12. — 3. Rom., 8. — 4. II Cor., 4.

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Re: Méditations sur la Vie de Jésus-Christ, par S. Bonaventure.

Message  Louis le Dim 11 Sep 2016, 5:46 am

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CHAPITRE XXXVI.

Comment le Seigneur a prié sur la montagne,
et comment, en étant descendu, il a marché sur les eaux,
et ensuite plusieurs instructions sur l'oraison.

(suite)

Le même saint s'exprime ainsi sur le verset 6 du psaume 90 :

« S'il nous est permis d'arrêter nos regards sur le grand corps de l'Église, nous remarquerons assez aisément que les hommes spirituels de ce corps sont attaqués avec beaucoup plus de violence que les hommes charnels. C'est la malice superbe et toujours envieuse de notre ennemi qui agit de la  sorte, et le fait se prendre avec plus de véhémence à ceux qui sont parfaits, selon cette parole de l'Écriture : « Sa nourriture est une nourriture choisie (1). » Il agit ainsi, dis-je, et ce n'est pas sans une disposition particulière des desseins de Dieu, qui ne permet pas que les imparfaits soient tentés au-dessus de leurs forces, et qui leur fait tirer avantage de la tentation, tandis qu'il prépare à ceux qui sont plus parfaits des triomphes, non-seulement plus glorieux, mais encore plus nombreux sur l'ennemi... Notre adversaire s'applique avec une sollicitude beaucoup plus grande et des ruses plus multipliées à nous blesser, tant à droite qu'à gauche, et il ne s'inquiète pas tant de nous ravir les biens du corps que ceux du cœur.

« C'est là qu'il faut résister avec le plus de soin, où la nécessité paraît plus pressante, où le fort du combat se fait sentir, où le gain de la bataille réside tout entier. Aussi est-ce là que se prépare notre sort : une captivité ignominieuse, si nous sommes vaincus, une gloire triomphante, si nous remportons la victoire... C'est pourquoi le prophète parle ainsi de soi-même : J'avais toujours le Seigneur en ma présence, car il se tenait à ma droite pour que je ne fusse pas ébranlé (1)... Plaise a à Dieu, ô bon Jésus ! que vous soyez en tout temps tellement à ma droite que vous me teniez sans cesse par la main, car je sais et je suis assuré qu'aucune adversité ne saurait me nuire, si nulle iniquité ne domine en mon cœur. Que ma gauche soit dépouillée, qu'elle soit meurtrie, qu'elle soit abreuvée d'injures et saturée d'opprobres, je l'expose à tout cela sans regret, puisque je suis gardé par  vous, puisque votre protection met ma droite à couvert.

« Autre chose est d'être conduit…
______________________________________

1. Habac., 1. — 1. Ps. 15.

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Re: Méditations sur la Vie de Jésus-Christ, par S. Bonaventure.

Message  Louis le Lun 12 Sep 2016, 6:53 am

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CHAPITRE XXXVI.

Comment le Seigneur a prié sur la montagne,
et comment, en étant descendu, il a marché sur les eaux,
et ensuite plusieurs instructions sur l'oraison.

(suite)

«  (2) Autre chose est d'être conduit en son esprit par la force ; autre chose d'être gouverné par la sagesse; autre chose de dominer par la force; autre chose de s'enivrer de suavité; car bien que la sagesse soit puissante et la force suave, cependant, pour rendre à chaque mot sa signification propre, la vigueur s'attache à l'idée de force, et la tranquillité de l'âme, accompagnée d'une certaine douceur spirituelle, à celle de sagesse.

« C'est ce qu'a voulu désigner l'Apôtre, je crois, lorsqu'après des exhortations multipliées qui ont rapport à la force, il ajoute que la sagesse se trouve dans la suavité qui réside en l'Esprit-Saint. Ainsi, résister, repousser la violence par la violence, ce qui doit se ranger dans les attributions de la force, c'est assurément un honneur, mais c'est aussi un travail; car ce n'est pas la même chose de défendre votre honneur avec fatigue, que de le posséder en repos; ce n'est pas la même chose d'être conduit par la force, que de jouir de la force. Tout ce que la force enfante, la sagesse en a la jouissance ; tout ce que la sagesse ordonne, résoud et conduit, c'est la force qui l'exécute. Traitez de la sagesse au sein du repos, dit le sage (1). Le repos de la sagesse est donc son travail, et plus ce repos est profond, plus son action est active en son genre.

« La force, au contraire, est d'autant plus brillante qu'elle est plus exercée, d'autant plus digne de louanges qu'elle se montre plus empressée à agir. Si quelqu'un définit la sagesse, l'amour de la vérité, il ne me semblera pas s'éloigner de la réalité. Or, où il y a amour, il n'y a pas travail, mais jouissance, et peut-être le mot de sagesse tire-t-il son origine de celui de saveur, parce qu'elle se joint à la vertu comme un assaisonnement qui rend suave ce qui de soi était amer et repoussant. Aussi je ne jugerai pas digne de blâme celui qui définira la sagesse, la saveur du bien.

« Ainsi, soutenir courageusement les tribulations, c'est le domaine de la force; se réjouir dans les tribulations appartient à celui de la sagesse. Affermir votre cœur et être inébranlable dans l'attente du Seigneur, c'est de la force; goûter et voir combien le Seigneur est doux, c'est de la sagesse. Et, pour mieux montrer le bien de chacune d'après le fond même de leur nature, je dis que la modestie de l'âme indique la sagesse, et que la constance montre l'homme de force. C'est à juste raison que la sagesse vient après la force, car celle-ci est comme un fondement inébranlable sur lequel celle-là édifie sa demeure...

«  (1) Heureux celui qui règle de telle sorte les souffrances de son corps selon la justice, que tout ce qu'il endure, il l'endure à cause du Fils de Dieu ! Heureux celui dont le coeur est étranger au murmure, dont la bouche se répand en actions de grâces et en chants de louanges! Celui qui s'est élevé ainsi, s'est chargé de son grabat et il s'en va dans sa demeure. Notre grabat, c'est notre corps ; nous y étions couchés languissants et esclaves de nos désirs et de nos convoitises. Nous le portons lorsque nous le forçons d'obéir à notre esprit.

L'Esprit qui souffle en tant de manières…

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2. Serm. 85 in cant. — 1. Eccli., 38. — 1. Serm. de Pass. Dom.

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Message  Louis le Mar 13 Sep 2016, 6:06 am

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CHAPITRE XXXVI.

Comment le Seigneur a prié sur la montagne,
et comment, en étant descendu, il a marché sur les eaux,
et ensuite plusieurs instructions sur l'oraison.

(suite)

« (1) L'Esprit qui souffle en tant de manières sur les enfants des hommes que nul ne peut se soustraire à son influence céleste, est véritablement multiple ; car il leur est accordé, soit pour l'utilité de la vie, soit pour faire des miracles, soit pour opérer leur salut, soit pour les secourir, les consoler ou les embraser.

« Il est accordé pour l'utilité de la vie, car il répand avec tant d'abondance les biens sur les bons et sur les méchants, sur ceux qui sont dignes et ceux qui sont indignes, qu'il semble ne garder aucune règle de discernement. Il est bien ingrat celui qui, en toutes ces choses, ne reconnaît pas les bienfaits de l'Esprit-Saint.

« Il est accordé pour les miracles, comme il le paraît par les signes, les prodiges, les différents effets de sa puissance qu'il opère par l'entremise de quelques hommes. C'est lui qui renouvelle les miracles anciens, afin d'affermir par ce que nous voyons de nos yeux la foi à ce qui eut lieu aux temps passés. Mais parce que quelques-uns ne tirent aucune utilité propre de cette grâce, cet Esprit vient en nous pour aider à notre salut, comme lorsque nous nous convertissons au Seigneur notre Dieu dans toute la sincérité de notre cœur.

« Il nous est donné pour nous secourir, lorsque, dans nos luttes, il vient au secours de notre infirmité. Et lorsqu'il rend témoignage à notre esprit, c'est alors que son souffle nous console.

« Enfin il nous est donné pour allumer en nous la ferveur, lorsque, soufflant avec plus de force dans le cœur de ceux qui sont parfaits, il excite en eux le feu dévorant de la charité, en sorte que non-seulement ils se glorifient dans l'espérance de la gloire réservée aux enfants de Dieu, mais encore dans les tribulations, réputant les injures une gloire, les opprobres un bonheur, le mépris un sujet de joie immense.

« L'Esprit-Saint a été donné à chacun de nous pour opérer notre salut, si je ne me trompe. Mais il n'en est pas de même pour la ferveur; car il y en a bien peu qui soient remplis de cet Esprit, bien peu qui soupirent après sa possession. Nous nous contentons de vivre à l'étroit, nous ne faisons aucun effort pour respirer à l'aise dans cette atmosphère de liberté ; nous n'élevons même pas vers elle un désir.»

Vous voyez de quelles nombreuses et doctes raisons se sert l'éloquent saint Bernard pour nous montrer combien les tribulations sont avantageuses. Ne vous étonnez donc pas que le Seigneur permette que ses Disciples soient en proie aux coups de la tempête, lui qui connaît l'utilité qu'ils doivent en retirer. Nous lisons en plusieurs endroits que leur barque fut agitée par les flots et les vents, mais jamais qu'elle fut submergée.

Ayez donc soin d'affermir et de régler votre cœur par ses avis afin que, dans les contrariétés et les malheurs qui vous arriveront, vous puissiez vous maintenir dans la patience et la joie, et afin aussi de vous exercer de telle sorte dans les voies de l'Esprit, que, remplie de ferveur, vous désiriez même être en proie à la tribulation pour l'amour du Seigneur Jésus qui a tenu et enseigné cette voie élevée en sa personne et celle des siens.

Tandis que le Seigneur Jésus allait de côté et d'autre…
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1. Serm. 3 de Pent.

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Message  Louis le Mer 14 Sep 2016, 7:03 am

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CHAPITRE XXXVII.

De la Chananéenne. — Comment nos Anges gardiens nous servent avec fidélité.

(1) Tandis que le Seigneur Jésus allait de côté et d'autre, avec de grandes fatigues, prêchant et guérissant les malades, une femme Chananéenne, c'est-à-dire de la terre de Chanaan, habitée par les Gentils et non par les Juifs, s'approcha de lui, le priant de délivrer sa fille qui était tourmentée du démon. Elle avait confiance qu'il pouvait lui accorder ce qu'elle désirait. Le Seigneur ne lui donnant aucune réponse, elle insistait néanmoins et persévérait en criant et demandant qu'il voulût lui faire miséricorde, et cela avec tant d'insistance, que les Disciples prièrent Jésus pour elle. Mais le Seigneur ayant déclaré qu'on ne devait pas donner aux chiens le pain des enfants, cette femme s'humiliant conjura qu'il lui fût permis, à la façon des chiens, de ramasser les miettes qui tombaient de la table du Maître, et ainsi elle mérita d'être exaucée.

Considérez en tout cela le Seigneur et ses Disciples, selon la méthode générale que je vous ai donnée plus haut. Ne laissez pas non plus passer inaperçues les vertus de cette femme, et tirez-en tout l'avantage qu'elles vous offrent. Ces vertus sont au nombre de trois surtout : la première, ce fut la grande foi de cette femme, foi qui s'étendit jusqu'à sa fille et que le Seigneur exalta par ses louanges; la seconde fut la persévérance dans la prière, et non-seulement la persévérance, mais l'importunité, importunité que le Seigneur a pour agréable, et à laquelle il invite, ainsi que je vous en ai touché quelque chose dans le chapitre précédent ; la troisième, ce fut une humilité profonde, car elle ne rejeta point la qualification que le Seigneur lui donnait et ne se jugea pas digne de prendre rang parmi les enfants, ni de recevoir un pain entier, mais elle se contenta de ramasser les miettes.

Et parce qu'elle s'était humiliée profondément, elle obtint ce qu'elle avait demandé. Ainsi en sera-t-il pour vous, si, persévérant dans la prière avec un cœur sincère, pur et fidèle, vous vous humiliez en présence de votre Dieu, vous réputant indigne de tout bien de sa part. Tenez fermement pour assuré que tout ce que vous lui demanderez, il vous l'accordera. Et de même que les Apôtres prièrent pour la Chananéenne, ainsi votre Auge priera pour vous et offrira votre demande au Seigneur.

Écoulez saint Bernard parlant sur ce sujet…
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1. Mat., 15.

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Message  Louis le Jeu 15 Sep 2016, 10:46 am

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CHAPITRE XXXVII.
De la Chananéenne. — Comment nos Anges gardiens nous servent avec fidélité.

(suite)

Écoulez saint Bernard parlant sur ce sujet (1):

«Lorsqu'une âme soupire fréquemment, dit-il, ou plutôt lorsqu'elle prie sans interruption et se lamente dans l'ardeur de ses désirs, de temps en temps il arrive que celui qu'elle cherche et appelle par de tels vœux, se laisse toucher de compassion et se montre à elle. C'est alors, je crois, qu'il lui convient, d'après l'expérience qu'elle en fait, de s'écrier avec le saint prophète Jérémie (2) : « Vous êtes bon, Seigneur, pour ceux qui espèrent en vous, pour l'âme qui vous cherche.

« Mais son Ange, qui est un des amis de l'Époux, son Ange, que Dieu a député pour l'aider en pareille circonstance, et qui est, sans aucun doute, l'agent et le témoin de cette entrevue mutuelle et secrète; son Ange, dis-je, comme alors il tressaille de joie ! comme il est heureux et se livre avec elle à l'allégresse ! Il se tourne vers le Seigneur et lui dit : « Je vous rends grâces, Seigneur de toute majesté, de ce que vous lui avez accordé selon les désirs de son cœur, et de ce que vous ne l'avez pas frustrée de l'objet de ses vœux.

« C'est cet Ange qui en tout lieu, se montrant un serviteur empressé pour cette âme, ne cesse de l'exciter et de l'avertir par des inspirations assidues ; c'est lui qui lui crie sans cesse : Réjouis-toi dans le Seigneur, et il t'accordera les demandes de ton cœur (1). — Attends le Seigneur et garde sa voie.S'il est en retard, attends-le, car il viendra sûrement, et il ne saurait tarder (2).

« C'est cet Ange qui crie aussi au Seigneur (3) : Comme le cerf soupire après les eaux abondantes, ainsi, Seigneur, cette âme soupire après vous. Ses désirs se sont dirigés vers vous durant la nuit, et dès le matin elle s'est éveillée pour penser à vous de toute l'étendue de son esprit et de son cœur. Durant tout le jour, elle a étendu ses mains vers vous. Accordez-lui sa demande, afin qu'elle s'en aille, car elle crie après vous. Laissez-vous toucher enfin, et montrez-vous sensible à sa prière. Abaissez un regard du haut des cieux, et voyez ; et daignez visiter cette âme qui est dans sa désolation. »

« Ce fidèle ami de l'Époux, instruit, mais non jaloux de l'amour mutuel de l'âme et de Dieu, ne cherche point sa propre gloire, mais celle du Seigneur. Il va et vient du Bien-aimé à la Bien-aimée; il offre les vœux, rapporte les dons, excite celle-ci, apaise celui-là. Quelquefois aussi, bien que rarement, il les réunit tous deux en sa présence, soit en ravissant l'une, soit en inclinant l'autre ; car il est un serviteur et un ami dans le palais, et il ne craint pas d'être repoussé ; tous les jours il contemple la face du Père céleste. »

Telles sont les paroles de saint Bernard.

Vous voyez avec quelle fidélité…
________________________________________

1. Serm. 31 in cant. — 2. Thren., 3. — 1. Ps. 36, . — 2. Habac., 2. — 3. Ps. 41.

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Message  Louis le Ven 16 Sep 2016, 5:56 am

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CHAPITRE XXXVII.

De la Chananéenne. — Comment nos Anges gardiens nous servent avec fidélité.

(suite)

Vous voyez avec quelle fidélité nos Anges nous servent; et c'est ce qui me donne occasion de vous dire quelque chose de ces esprits bienheureux. Je désire que vous sachiez bien que nous devons avoir pour eux le respect le plus profond, que nous sommes tenus de les louer, de les honorer et de leur rendre chaque jour nos actions de grâces; et qu'en leur présence, qui est continuelle, c'est pour nous un devoir de ne rien penser, de ne rien dire, de ne rien faire qui soit illicite ou honteux.

Saint Bernard nous donne encore des avis à ce sujet dans un de ses discours sur le psaume 90e; c'est ainsi qu'il parle :

« Dieu a ordonné à ses Anges de prendre soin de vous et de vous garder dans toutes vos voies. Quel respect une telle parole doit vous inspirer! Quelle dévotion elle doit allumer en vous! Quelle confiance elle doit faire naître en votre cœur! Vous devez le respect à la présence de l'Ange, la dévotion à ses bienfaits, la confiance à ses soins empressés. Marchez avec précaution en toutes vos voies où sont présents les Anges, selon le commandement qu'ils en ont reçu. En quelque demeure, en quelque coin de terre que vous vous trouviez, ayez du respect pour votre Ange. Ne vous permettez jamais en sa présence ce que vous n'oseriez faire devant moi...

« Ces Anges ne sont pas seulement avec vous, ils sont là pour vous. Ils sont présents pour vous protéger, ils sont présents pour vous être utiles. Que rendrez-vous au Seigneur pour tous les bienfaits dont il vous a comblé? Car c'est à lui seul qu'appartiennent et la gloire et l'honneur. Pourquoi à lui seul? Parce que c'est lui qui a donné des ordres à ses Anges; parce que c'est de lui seul que vient tout don excellent.

« Cependant, bien que ce soit lui qui ait commencé, il ne nous est pas permis d'être ingrats envers ceux qui lui obéissent avec tant d'amour et nous viennent en aide en des besoins aussi pressants. Soyons donc dévots, soyons reconnaissants envers des gardiens si glorieux; rendons-leur l'amour qu'ils nous témoignent et honorons-les autant que nous le pouvons, autant que nous le devons. »

Telles sont les paroles de saint Bernard.

Tout ce que vous venez d'entendre doit vous faire estimer l'obéissance des Anges, les secours que nous en recevons et la vertu de la prière. Appliquez-vous à vous exercer à celle-ci, et témoignez à ceux-là le plus de respect qu'il sera en votre pouvoir.

Ne vous étonnez pas si quelquefois nos paroles et nos actions sont une occasion de scandale…

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Message  Louis le Sam 17 Sep 2016, 5:34 am

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CHAPITRE XXXVIII.

Comment quelques-uns furent scandalisés des paroles du Seigneur.

Ne vous étonnez pas si quelquefois nos paroles et nos actions sont une occasion de scandale, quelque fidélité et quelque soin que nous apportions, puisqu'il en a été de même en plusieurs circonstances pour le Seigneur, qui cependant ne pouvait se tromper. Un jour, les Pharisiens lui demandaient pourquoi ses Disciples ne se lavaient pas les mains lorsqu'ils voulaient manger; et il leur répondit en les reprenant sévèrement de ne faire cas que de la pureté extérieure, et nullement de celle qui est intérieure. Ils furent scandalisés d'une pareille réponse; mais le Seigneur ne s'en mit point en peine (1).

Une autre fois qu'il donnait dans la synagogue des enseignements fort spirituels, quelques-uns d'entre ses Disciples, hommes tout-à-fait matériels, ne comprenant pas ses paroles, l'abandonnèrent. Mais alors il dit aux douze : Et vous, voulez-vous aussi vous en aller ? Saint Pierre lui répondit , tant en son nom qu'en celui des autres : Seigneur , à qui irions-nous? Vous avez les paroles de la vie éternelle (1).

Considérez-le donc en ces circonstances et autres semblables ; voyez comment il parlait avec puissance et enseignait la vérité sans s'inquiéter du scandale des méchants ou des insensés. Il faut remarquer d'abord que nous ne devons pas, à cause du scandale du prochain, abandonner les voies de la justice; en second lieu, que nous devons avoir beaucoup plus à cœur la pureté intérieure que celle qui est simplement extérieure, ce que le Seigneur a enseigné ailleurs dans saint Luc d'une manière bien plus formelle; en troisième lieu, qu'il faut vivre si spirituellement que les paroles de Jésus-Christ ne nous paraissent point incompréhensibles et singulières, comme il arriva à ses Disciples qui, l'entendant dire : Si vous ne mangez la chair du fils de l'homme… ne purent soutenir un pareil langage et se retirèrent. Pour nous, reconnaissons plutôt que ses paroles sont les paroles de la vie éternelle, et, nous unissant aux douze, marchons sur ses traces.
 
Un jour que le fidèle et prudent disciple Simon-Pierre…
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1. Mat. 15. — Marc., 7. — 1. Joan., 6.

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Message  Louis le Dim 18 Sep 2016, 5:46 am

.

CHAPITRE XXXIX.

De la récompense de ceux qui abandonnent tout.

(1) Un jour que le fidèle et prudent disciple Simon-Pierre demandait au Seigneur, en son nom et en celui des autres Apôtres, quelle serait leur récompense, le Seigneur, leur répondit entre autres choses, que tous ceux qui, renonçant aux biens temporels, s'attacheraient à le suivre, recevraient le centuple en ce monde et la vie éternelle en l'autre.

Remarquez bien quelle est cette récompense ; concevez-en une grande joie, et offrez au Seigneur vos actions de grâces et vos louanges de ce qu'il vous a conduite à une telle entreprise, que le travail de vos mains vous rapportât cent pour un, et après cela encore la vie éternelle.

Or, ce centuple doit s'entendre des biens spirituels et non de ce qui est temporel; il doit s'entendre des consolations intérieures et des vertus que nous connaissons par l'expérience que nous en faisons et non par aucun enseignement. Lorsque l'âme respire le parfum de la pauvreté, l'éclatante beauté de la chasteté, de la patience et des autres vertus, et qu'elle se délecte en ce sentiment, ne vous semble-t-elle pas avoir reçu le centuple? Et si elle s'élève assez haut pour mériter la visite de l'Époux et se glorifier de sa présence, ce qu'elle ressent alors ne l'emporte-t-il pas mille fois et plus sur tout ce qu'elle a pu abandonner pour lui, quelles qu'en fussent la splendeur et la richesse?

Vous voyez comment s'accomplissent en réalité les promesses de la Vérité, et qu'elle ne trompe pas en assurant le centuple en ce monde. Et même le Seigneur ne se borne pas à l'accorder une fois, mais il renouvelle plusieurs fois ses dons; il les réitère souvent à l'âme dévote, et il agit si efficacement sur elle, qu'elle regarde comme de la boue, non-seulement ce qu'elle a abandonné, mais le monde entier, pourvu qu'il lui soit donné d'entrer en possession de son Époux. Mais, afin de vous instruire plus amplement sur ce centuple, écoutez ce qu'en dit saint Bernard (1) :

« Peut-être quelque habitant du siècle me dira-t-il : Montrez-moi ce centuple que vous me promettez, et j'abandonne tout sans réserve. Pourquoi vous le montrer? La foi n'a plus de mérite quand la raison humaine nous fait voir ce qu'elle promet. Croiriez-vous plutôt à l'homme qu'à la Vérité qui s'engage envers vous? Vous vous réduisez au néant en voulant vous enquérir avec trop de soin. Si vous ne croyez d'abord, vous demeurez sans intelligence. C'est une manne cachée, c'est un nom nouveau qui est promis au vainqueur dans l'Apocalypse de saint Jean, et que personne ne connaît, si ce n'est celui qui l'a reçu (1)...

« Eh quoi! ne possède-t-il pas toutes choses, celui au bien duquel tout s'empresse de concourir? N'a-t-il pas le centuple de tout ce qu'il a abandonné, celui qui est rempli de l'Esprit-Saint, celui qui porte Jésus-Christ en son cœur? A moins que vous ne disiez que c'est beaucoup plus que le centuple de recevoir la visite de l'Esprit consolateur, de jouir de la présence de Jésus. Combien est grande l'abondance de votre douceur, ô Seigneur, que vous tenez en réserve pour ceux qui vous craignent, et que vous avez rendue pleine et parfaite pour ceux qui espèrent en vous (2) !

« Vous voyez comment l'âme sainte déborde…
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1. Mat., 9. — 1. ln Declam. super : Ecce nos reliq., etc. — 1. Apoc., 3. — 2 Ps., 30.

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Message  Louis le Lun 19 Sep 2016, 6:20 am

.
CHAPITRE XXXIX.

De la récompense de ceux qui abandonnent tout.

(suite)

« Vous voyez comment l'âme sainte déborde au souvenir de cette suavité si abondante, comment, dans ses efforts pour l'exprimer, elle multiplie ses paroles. Combien est grande cette abondance! s'écrie-t-elle.

« Voilà donc quel est ce centuple : c'est l'adoption des enfants, ce sont ses prémices, et la liberté de l'esprit, les délices de la charité, la gloire de la conscience, le règne de Dieu qui est en nous. Ce n'est plus le boire ou le manger, c'est la justice, la paix, la joie dans l'Esprit-Saint. C'est une joie qui ne réside pas seulement dans l'espérance de la gloire, mais dans les tribulations ; c'est le feu que Jésus-Christ a désiré avec tant d'ardeur voir se répandre; c'est la vertu qui a fait embrasser la croix à André, qui a inspiré à Laurent des moqueries pour ses bourreaux, qui a prosterné Étienne contre terre, afin de prier pour ceux qui le lapidaient; c'est la paix que le Seigneur a laissée aux siens, lorsqu'il leur donna sa paix, puisque le don et la paix sont réservés aux élus de Dieu (1) ; c'est, en effet, la paix du Père céleste, c'est le don de la gloire future; c'est cette paix qui surpasse tout sentiment, et qui ne saurait être mise en comparaison avec rien de ce qui plaît sous le soleil, avec rien de ce qui fait la concupiscence du monde ; c'est la grâce de la dévotion, c'est l'onction qui instruit de toute chose , que celui-là seul comprend qui en a fait l'expérience, et qui est ignorée de celui qui ne la goûta jamais ; onction que personne ne connaît, si ce n'est celui qui l'a reçue. »

Ainsi parle saint Bernard.

Réjouissez-vous donc et soyez dans une joie vive, ainsi que je vous l'ai dit ; rendez grâces à Dieu de ce que vous avez été appelée à recevoir ce centuple, et entrez souvent dans ce jardin de délices ; c'est par une oraison fréquente que vous pourrez y parvenir.

Le Seigneur étant venu dans le pays de Césarée de Philippe...
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1. Sap. 3.

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Message  Louis le Mar 20 Sep 2016, 6:52 am

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CHAPITRE XL.

Comment le Seigneur demanda à ses Disciples
ce que les hommes disaient de lui.

(1) Le Seigneur étant venu dans le pays de Césarée de Philippe, demanda à ses Disciples ce que les hommes disaient de lui, et ensuite ce qu'eux-mêmes en pensaient de leur côté. Quelques-uns répondirent : Les uns disent que c'est Jean-Baptiste, les autres Jérémie, etc. — Mais Pierre, prenant la parole, dit en son nom et au nom des autres : « Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Le Seigneur lui répondit : « Vous êtes Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église , et les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre elle. » Alors il lui donna, et pour lui et pour ses successeurs, les clefs du royaume des cieux pour lier et délier sur la terre.

Considérez donc le Seigneur et en même temps ses Apôtres, selon la méthode générale que je vous ai indiquée plus haut. Notez bien que Pierre, si magnifiquement glorifié, est appelé Satan peu de temps après par le Seigneur, parce que, n'agissant qu'en vertu de l'amour tout humain qu'il avait pour lui, il le dissuadait de se livrer aux tourments de sa Passion. Vous en avez l'histoire dans le même endroit de l'Évangile. Ainsi, à l'exemple du Seigneur, regardez comme vos ennemis ceux qui, sous prétexte de soulager votre corps, chercheraient à vous détourner de vos exercices et de ce qui peut concourir au bien de votre âme.

Le Seigneur, ayant pris avec lui…
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1. Mat. 16.

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Message  Louis le Mer 21 Sep 2016, 6:02 am

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CHAPITRE XLI.

De la transfiguration du Seigneur sur la montagne.
 
(1) Le Seigneur, ayant pris avec lui trois d'entre ses Apôtres, alla avec eux sur la montagne de Thabor, et, se transfigurant en leur présence, il se montra resplendissant de gloire à leurs regards. Moïse et Élie vinrent le trouver, et ils s'entretenaient ensemble de la Passion qu'il devait souffrir.

Or, ils lui disaient : « Seigneur, il n'est pas nécessaire que vous mourriez, puisqu'une goutte de votre sang suffit pour racheter le monde. » Mais le Seigneur Jésus leur répondit : « Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis (1), et il faut que je fasse de même. »

L'Esprit-Saint se rendit aussi présent en cette occasion sous la forme d'une nuée lumineuse, et la voix du Père se fit entendre du sein de la nuée en ces termes : « C'est ici mon Fils bien-aimé en qui j'ai mis toutes mes complaisances, écoutez-le. » Or, les Disciples tombèrent la face contre terre, et lorsqu'ils se furent relevés, ils ne virent plus personne que le Seigneur.

Considérez bien toutes ces choses et agissez comme si elles se passaient sous vos yeux; car tout en cette circonstance est plein de magnificence.

Jésus chassa par deux fois…
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1. Mat., 17. — 1. Joan., 10.

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Message  Louis le Jeu 22 Sep 2016, 6:10 am

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CHAPITRE XLII.

Jésus chasse du temple ceux qui y vendaient et y achetaient.

(2) Jésus chassa par deux fois ceux qui vendaient et achetaient dans le temple, ce qui est compté parmi ses grands miracles. Bien qu'en d'autres circonstances ces hommes n'eussent que du mépris pour lui, cette fois pourtant ils prirent la fuite en sa présence, et, quoique en grand nombre, ils ne se défendirent pas, mais il les chassa sans autre arme que quelques cordes.

Or, il en fut ainsi, parce que son visage revêtit à leurs yeux quelque chose de terrible.

En effet, il fut enflammé d'un zèle dévorant à la vue du déshonneur que son Père recevait de la part de ces hommes, surtout dans le lieu où il devait être le plus honoré ; et c'est pour cela qu'il les chassa.

Considérez-le bien et ayez pour lui de la compassion; car lui-même est plein d'une douleur de compassion. Cependant ne laissez pas que de concevoir de la crainte; car, ayant été choisis pour demeurer dans le temple de Dieu par une faveur toute spéciale et une grâce singulière, si, au lieu de nous appliquer à célébrer ses louanges, comme c'est notre devoir, nous nous embarrassons dans les affaires du siècle à l'exemple de ces hommes, c'est justement que nous pouvons redouter son indignation et craindre d'être chassés par lui.

Si donc vous désirez n'être point en proie à une frayeur semblable, ne vous avisez jamais d'aller vous mêler aux affaires et aux embarras du monde. Ne vous livrez pas non plus à des travaux trop recherchés, qui vous enlèvent un temps que vous devez employer à louer Dieu, et qui sont un reflet des pompes mondaines.

Il y avait à Jérusalem un réservoir d'eaux considérables…
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2. Joan 2. — Mat., 21.

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Message  Louis le Ven 23 Sep 2016, 5:48 am

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CHAPITRE XLIII.

De la piscine probatique. — De la fuite des jugements téméraires.

(1) Il y avait à Jérusalem un réservoir d'eaux considérables qui servaient à laver les brebis que l'on devait offrir en sacrifice. C'est en ce lieu, dit-on, que fut planté l'arbre qui servit à faire la croix du Sauveur. Chaque année, l'Ange du Seigneur agitait l'eau, et celui des malades qui descendait dedans le premier, après le mouvement imprimé par l'Ange, était guéri. C'est pourquoi beaucoup d'infirmes se tenaient constamment en cet endroit. Or, il y avait parmi eux un paralytique, couché dans son lit et malade depuis trente-huit ans; et Jésus le guérit un jour de Sabbat.

Considérez le Sauveur s'avançant humblement vers ce malade et lui parlant à sa manière accoutumée. Il y a dans ce fait trois choses à observer : la première, c'est que le Seigneur demande au paralytique s'il voulait être guéri. Ainsi en agit-il vis-à-vis de nous ; il ne nous sauvera pas sans notre consentement, et les pécheurs sont inexcusables de ne point consentir à ses désirs et de ne point vouloir leur salut. Car, selon la parole de saint Augustin (1), « celui qui vous a créés sans vous, ne vous justifiera pas sans vous. »

En second lieu, nous devons prendre garde de ne pas nous séparer de nouveau du Seigneur ; car si, une fois guéris par lui, nous retombons dans le péché, ce sera avec raison que notre ingratitude recevra une punition plus sévère que par le passé, selon cette parole de Jésus : Allez et ne péchez plus, de peur qu'il ne vous arrive quelque chose de pire qu'auparavant.

La troisième chose à remarquer, c'est que les méchants font de tout une cause de ruine, tandis que les bons trouvent partout une occasion de profit. Comme ce malade, étant guéri, emportait son grabat, et que les Juifs lui disaient qu'il faisait ce qui n'était pas permis un jour de Sabbat, il leur répondit : Celui qui m’a guéri, m'a dit : Emporte ton grabat. Ils ne demandaient pas quel était celui qui l'avait guéri ; mais ils s'occupaient de ce qui pouvait prêter à leurs blâmes, et non de ce qui pouvait être un sujet de louanges. Ainsi, les hommes charnels jugent-ils souvent en mauvaise part ce qui frappe leurs regards, et trouvent-ils presque partout une occasion de se perdre.

Ceux, au contraire, qui vivent spirituellement…
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1. Joan., 5. — 1. Aug. du Verb. Apost. serm. 15.

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Message  Louis le Sam 24 Sep 2016, 7:19 am

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CHAPITRE XLIII.

De la piscine probatique. — De la fuite des jugements téméraires.

(suite)

Ceux, au contraire, qui vivent spirituellement, rapportent tout à la louange de Dieu, soit la prospérité, soit l'adversité, et ils ne doutent point que tout n'arrive comme il faut, Dieu agissant en tout avec rectitude, ou permettant tout avec justice ; ainsi ils interprètent tout en bonne part, selon la doctrine de saint Bernard qui s'exprime en ces termes (1) :

« Gardez-vous d'être un examinateur curieux ou un juge téméraire de la vie des autres. Alors même que vous découvririez quelque crime, ne jugez pas pour cela votre prochain; mais excusez son intention si vous ne pouvez excuser ses œuvres. Supposez l'ignorance, supposez l'erreur, supposez une surprise. Que si l'évidence des choses empêche toute excuse, persuadez-vous que la tentation a été trop violente et dites-vous à vous-même : Que serait-il arrivé de moi, si l'ennemi avait pu user contre mon cime d'une telle puissance ? »

Maintenant, que ceux qui sont spirituels tirent de tout leur profit, même de leurs péchés et de ceux des autres des choses qui leur sont nuisibles, et aussi des œuvres du démon, c'est ce que le même saint Bernard enseigne en ces paroles (2) :

« L'animal irraisonnable et grossier ne peut, il est vrai, atteindre à ce qui est spirituel; cependant nous savons qu'il aide par son concours corporel et passager à en prendre possession ceux qui rapportent au bonheur éternel toute jouissance des choses de la terre, ceux qui usent de ce monde comme s'ils n'en usaient pas… Si, parmi les êtres animés, il s'en trouve dont l’usage est difficile ; s'il s'en trouve de nuisibles et de pernicieux au bien-être temporel des hommes, cependant leurs corps ne sont pas tellement dépourvus de qualités qu'ils ne puissent tourner à l'avantage de ceux qui, selon le dessein de Dieu, ont été appelés saints; et si ce n'est en leur fournissant de quoi se nourrir ou en leur prêtant leur secours, c'est du moins en exerçant leur esprit et en les faisant avancer dans cette science qui est présente à quiconque se sert de sa raison et leur enseigne que ce qui est invisible en Dieu devient intelligible à l'aide des créatures qui frappent nos regards (1). Le démon et ses satellites désirent nous nuire, car leur intention est toujours perverse; mais si nous sommes zélateurs du bien, loin de nous faire aucun mal, ils nous servent grandement, et, sans le vouloir, ils coopèrent au bien des justes.

« Il en est qui opèrent le bien contre leur volonté…
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1. Serm. 40 sup. cant. — 2.  Serm. 5 sup. cant. — 1. Rom., 1.

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Message  Louis le Dim 25 Sep 2016, 6:39 am

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CHAPITRE XLIII.

De la piscine probatique. — De la fuite des jugements téméraires.

(suite)

« Il en est qui opèrent le bien contre leur volonté : ce sont, ou les méchants, ou les Anges déchus ; et il est certain que ce qui se fait par eux ne tourne pas à leur avantage, puisque nul bien ne saurait être profitable à celui qui y est opposé. Ils ont donc été seulement chargés de le dispenser; mais je ne sais comment il se fait que le bien qui nous arrive par un dispensateur pervers, nous cause plus de plaisir et de bonheur. Voilà pourquoi Dieu fait du bien à ceux qui sont bons par  l'entremise des méchants, sans cependant avoir besoin de leur concours pour accorder ses faveurs.

« (1) Pourquoi vous enorgueillir, vous qui n'êtes que cendre et poussière? Le Seigneur s'est éloigné des Anges en maudissant leur orgueil. Que leur réprobation serve donc de correction aux hommes. Il a été écrit pour leur enseignement : « Que la méchanceté du démon coopère à ce qui m'est avantageux,  et que je lave mes mains dans le sang du pécheur (2). Comment cela, me direz-vous? Écoutez ma réponse : C'est une malédiction effrayante et terrible qui a été lancée contre l'orgueil du démon... Mais s'il en a été ainsi de lui, qu'en sera-t-il de moi, qui ne suis que cendre et poussière? Il était dans le ciel lorsqu'il s'enfla d'orgueil, et moi j'habite dans la fange. Qui dira que l'orgueil n'est pas plus tolérable chez le riche que chez l'homme en proie à la misère ? Malheur donc à moi ! Si Dieu a sévi aussi sévèrement contre celui à qui il avait donné la puissance, que ne fera-t-il pas contre moi, homme faible, misérable et superbe ? »

Saint Bernard, parlant de l'Église, qui est l'Épouse et qui est venue au Seigneur après de nombreux péchés, puisqu'elle a été formée des nations adoratrices des idoles, tourne ainsi à son avantage les reproches que lui en faisait la synagogue : « (1) C'est là celle à qui il a été remis beaucoup, et qui aime davantage (2). Ce que sa rivale lui reproche avec amertume, elle s'en fait pour elle-même un sujet de gain. C'est par là qu'elle devient plus douce en ses réprimandes, plus patiente en son travail, plus ardente à l'amour, plus prudente à se garder; c'est par là qu'elle est plus humble en elle-même, plus aimable en sa modestie, plus prompte à obéir, plus vive et plus empressée à rendre ses actions de grâces. » Ainsi parle saint Bernard.

Vous voyez comment ceux qui vivent spirituellement interprètent tout en bonne part, et savent tirer profit de tout. Soyez donc spirituelle et  tout vous viendra un bien. Cette considération est propre aussi à nous faire supporter avec patience les tribulations et les tentations, et à procurer le repos à nos âmes. Je ne doute pas que, par un exercice continuel de ce qui vient d'être dit, on ne puisse arriver à une si grande tranquillité d'esprit, que c'est à peine si, à de rares intervalles, on se sentira troublé par la moindre chose, et qu'on ne puisse appliquer à celui qui agit ainsi cette parole du sage (1) : Quoi qu'il arrive, le juste n'en sera point contristé.

Un jour de Sabbat, les Disciples du Seigneur Jésus…
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1. Serm. 54 in cant. — 2. Ps. 57. — 1. Serm. 14 in cant. — 2. Luc., 7. — 1. Prov., 12

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