Méditations sur la Vie de Jésus-Christ, par S. Bonaventure.

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Message  Louis le Dim 07 Aoû 2016, 5:23 am

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CHAPITRE XX.

Du changement de l'eau en vin aux noces de Cana (1).

(suite)
 
Considérez donc le Seigneur Jésus mangeant parmi les autres comme un d'entre eux, assis à l'endroit le plus humble, et non parmi ceux qui tenaient le premier rang, ainsi que nous pouvons le conclure de ce qui vient d'être dit. Il ne voulait pas, selon la coutume des orgueilleux, occuper la première place, car bientôt il devait dire aux hommes : « Lorsque vous serez invité à des noces, prenez la dernière place (1).» Or, il commença d'abord par faire avant que d'enseigner.

Regardez aussi votre Souveraine, empressée, prompte et inquiète pour que tout se fasse bien, donnant ou montrant à ceux qui servent ce qu'ils doivent porter aux convives et leur faisant remarquer comment ils doivent s'acquitter de leur devoir. Lorsque, vers la fin du repas, ils vinrent lui dire : nous n'avons plus de vin à servir, elle leur répondit : « Je vais m'occuper de vous en procurer ; attendez un peu. » Et, allant trouver son Fils, qui était assis humblement, comme je l'ai dit, au bout de la table, près de la porte de la chambre, elle lui dit : « Mon Fils, le vin manque, notre sœur est pauvre et je ne sais comment nous pourrons en procurer. » Il lui répondit : « Femme, qu'y a-t-il de commun entre vous et moi? » Cette réponse semble dure, mais elle eut lieu pour notre instruction, selon saint Bernard, qui s'exprime ainsi sur cet endroit :

« Qu'y a-t-il entre vous et elle, Seigneur ? N'y a-t-il pas ce qui se trouve entre le fils et la mère? Vous demandez ce qui la regarde de votre part, lorsque vous êtes le fruit béni de son sein immaculé? N'est-ce pas elle qui vous a conçu en conservant sa pureté, et qui vous mit au monde sans aucune atteinte à sa virginité ? N'est-ce pas elle qui vous porta neuf mois dans ses entrailles, qui vous allaita de son lait virginal, avec qui vous descendîtes de Jérusalem, et à qui vous étiez soumis?

« Maintenant, Seigneur, pourquoi donc la contristez-vous en lui disant : Qu'y a-t-il entre vous et moi? Il y a beaucoup de toute manière. Mais déjà je vois clairement que ce n'est point avec indignation que vous parlez ainsi ; je vois que vous ne vous proposez pas de faire rougir la tendre modestie de la Vierge et de la Mère, lorsque vous lui dites : Qu'y a-t-il entre vous et moi ? Car les serviteurs du festin viennent à vous par son ordre, et sans tarder, vous faites ce qu'elle vous a suggéré.

« Pourquoi donc, mes frères, pourquoi le Seigneur a-t-il fait d'abord une semblable réponse ? C'est à cause de nous, n'en doutez point, à cause de nous, qui nous sommes convertis au Seigneur, afin que le soin de nos parents selon la chair, ne fût plus pour nous un sujet de sollicitude, et pour que ces empressements à leur égard ne fassent point un obstacle à notre avancement spirituel. Tant que nous sommes du monde, il est certain que nous sommes redevables à nos parents ; mais aujourd'hui que nous nous sommes renoncés nous-mêmes, à plus forte raison, sommes-nous libres de ce qui les concerne.

« C'est pour cela que nous lisons d'un religieux qui vivait dans le désert : qu'ayant reçu la visite de son frère, qui venait lui demander un secours, il lui répondit de s'adresser à un autre de ses frères, qui cependant n'était plus au monde. Comme celui qui était venu, surpris d'une telle réponse, répliquait que ce frère était mort, « et moi aussi, lui dit l'ermite, je suis mort également. »  

« Le Seigneur nous a donc très-bien enseigné ici à ne point avoir d'inquiétude pour nos proches selon la chair avant que la religion ne nous en fasse un devoir, lorsqu'il a répondu à sa mère, et à une telle mère : « Femme, qu'y a-t-il entre vous et moi? » De même, dans un autre endroit, lorsque quelqu'un vint lui dire que sa Mère et ses frères se tenaient dehors et qu'ils demandaient à lui parler, il répondit : Quelle est ma Mère, et qui sont mes frères (1) ? Qu'ils paraissent maintenant ceux qui sont aussi humainement, aussi frivolement inquiets de leurs parents selon la chair que s'ils vivaient avec eux et dans la même famille (2) ? »

Ainsi parle saint Bernard.

Marie, ne concevant donc aucune défiance d'une pareille réponse…
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1. Joan., 2. —  1. Luc., 14 —  1. Mat., 12.  —  2. Serm, 1, in Dom. 1, post Epiph.

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Message  Louis le Lun 08 Aoû 2016, 5:38 am

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CHAPITRE XX.

Du changement de l'eau en vin aux noces de Cana (1).

(suite)

Marie, ne concevant donc aucune défiance d'une pareille réponse, mais présumant tout de la bénignité de son Fils, retourna vers les serviteurs de la noce, et leur dit : « Allez trouver mon Fils, et faites tout ce qu'il vous dira. » Y étant allés, ils remplirent d'eau, par l'ordre du Seigneur, de grands vaisseaux qui étaient là. Ensuite il leur dit : « Puisez maintenant de cette eau, et allez en porter au maître du festin. »

Remarquez d'abord la sagesse du Seigneur en ce qu'il fit offrir, avant tout, de cette eau à celui qui était le plus honorable.

Remarquez, en second lieu, qu'il était assis loin de cet homme, puisqu'il la lui envoie comme à quelqu'un qui est éloigné. Mais, comme le Maître du festin était assis à la place la plus distinguée, nous pouvons conclure que le Seigneur ne voulut point se placer auprès de lui, et qu'il choisit l'endroit le plus humble. Les serviteurs présentèrent donc cette eau changée en vin au Maître du festin, ainsi qu'aux autres, et ils divulguèrent le miracle, car ils savaient comment cela s'était fait; et les Disciples de Jésus crurent en lui.

Le repas fini, le Seigneur appela Jean à part et lui dit: « Renvoyez votre épouse et suivez-moi, car je veux vous appeler à une union plus élevée.» Et il le suivit.

Le Seigneur, en assistant à ces noces, a approuvé le mariage selon la chair comme institué de Dieu. Mais en invitant Jean à renoncer à l'union qu'il venait de former, il a donné clairement à comprendre que le mariage spirituel l'emporte de beaucoup sur le mariage corporel.

Le Seigneur partit ensuite dans l'intention de s'appliquer désormais ostensiblement et à la face du monde aux choses qui concernent notre salut. Mais il voulut auparavant reconduire sa Mère en sa demeure, et, en vérité, une telle Souveraine était bien digne d'un pareil honneur. Il la prit donc avec lui, ainsi que Jean et ses autres Disciples, et ils allèrent d'abord à Capharnaüm, proche Nazareth, et, quelques jours après, à Nazareth même.

Regardez-les pendant qu'ils sont en route. Voyez comment s'en vont ensemble la Mère et le Fils; ils s'avancent humblement et à pied, mais pleins d'amour l'un pour l'autre. Oh! qu'ils sont grands ces deux personnages! Jamais il n'en parut de semblables sur la terre. Considérez aussi les Disciples qui les suivent avec respect et écoutent la parole du Seigneur; car il ne demeurait jamais oisif, mais il disait ou faisait toujours quelque chose de bien, et l'ennui ne pouvait atteindre aucun de ceux qui étaient dans une telle société.

Le Seigneur Jésus, ayant appelé ses Disciples à lui en dehors de la foule…
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1. Joan., 2.

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Message  Louis le Mar 09 Aoû 2016, 5:48 am

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CHAPITRE XXI.

Du sermon du Seigneur sur la montagne, qu'Il commence par la pauvreté.

Le Seigneur Jésus, ayant appelé ses Disciples à lui en dehors de la foule, alla avec eux sur la montagne du Thabor, qui est à environ deux milles de Nazareth, afin de les nourrir de sa doctrine. Il convenait, en effet, qu'il instruisît d'abord, et avec plus de soin que le reste des hommes, ceux qu'il devait établir pour être les maîtres et les guides des autres. Dès ce jour donc, il leur enseigna beaucoup de choses, et le discours qu'il leur adressa fut magnifique et abondant (1). Et en cela rien d'étonnant, car ce fut la bouche du Seigneur qui le fit entendre. Il leur parla des béatitudes, de la prière, du jeune, de l'aumône et d'autres points qui concernent les vertus, et que vous pourrez trouver dans l'Evangile. Lisez ces enseignements avec attention et souvent, et confiez à votre mémoire tout ce qu'ils renferment, car tout y est d'une très-grande élévation.

Je ne m'étends pas davantage sur ce sujet qui serait trop long; et puis de telles considérations ne me semblent pas toujours être bien propres à la méditation. Cependant, quand l'occasion s'en présentera, je m'en servirai pour votre instruction; j'y joindrai même les réflexions, qui en découlent pour la conduite, et les passages des saints qui y ont quelque rapport. Qu'il me suffise donc, pour le moment, de vous avertir que le Seigneur a mis en tête de ses enseignements la pauvreté, donnant à entendre par là que cette vertu est le fondement principal de toute la vie spirituelle.

En effet, il ne saurait suivre aisément Jésus-Christ, le modèle de la pauvreté, celui qui succombe sous le fardeau des choses temporelles ; il n'est point libre, mais esclave, celui qui soumet les affections de son âme à des objets passagers. C'est pourquoi le Seigneur a dit : « Bienheureux les pauvres d'esprit. » Si j'aime une chose avec ardeur, je m'en constitue volontiers l'esclave; car l'amour est le poids de l'âme, il l'incline partout où il se porte, comme dit saint Augustin (1). Aussi, rien ne doit être aimé, si ce n'est Dieu, ou si ce n'est purement à cause de Dieu. C'est donc justement qu'il est appelé heureux, le pauvre qui méprise tout en vue de Dieu, puisque déjà il est uni, en grande partie, à son Seigneur.

Écoutez saint Bernard sur la pauvreté : …
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1. Mat., 5, 6, 7. —  1. Confes. Lib. 13, c.9.

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Message  Louis le Mer 10 Aoû 2016, 6:46 am

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CHAPITRE XXI.

Du sermon du Seigneur sur la montagne, qu'Il commence par la pauvreté.

(suite)
 
Écoutez saint Bernard sur la pauvreté : « C'est, dit-il, une aile puissante que la pauvreté qui nous élève si rapidement au royaume des cieux. Pour les autres vertus qui suivent, la promesse est attachée au temps futur; mais pour la pauvreté, ce n'est pas tant une promesse qui est faite qu'un don ; c'est pourquoi il est dit, comme d'une chose présente, «que le royaume des cieux leur appartient…» Nous voyons certains pauvres, qui, s'ils avaient la vraie pauvreté, ne seraient point aussi tristes ni aussi pusillanimes, car ils se regarderaient comme des rois et comme les rois du ciel. Il y en a plusieurs qui veulent être pauvres, sans doute, mais à condition que rien ne leur manquera, et ils aiment la pauvreté de façon à n'avoir aucune privation à supporter (1). »

Ailleurs, le même saint ajoute :

« Si je m'élève au-dessus de la terre, je le dis sans crainte aucune, j'attirerai tout à moi (2) ; et ce n'est pas avec témérité que j'usurpe les paroles de celui qui est mon frère, puisque je me revêts de sa ressemblance. Que les riches de ce monde ne s'imaginent donc pas que les frères de Jésus-Christ ne possèdent que les biens célestes parce qu'ils entendent le Seigneur dire : Bienheureux les pauvres d'esprit, car le royaume des cieux leur appartient; ils sont encore les maîtres de la terre. Ils sont, à la vérité comme s'ils n'avaient rien, mais ils possèdent tout; ils ne mendient point comme des hommes dans la misère, mais comme des maîtres puissants, et d'autant plus maîtres qu'ils ont moins de désirs.

« Pour l'homme fidèle, tout est richesse en ce monde, tout sans contredit; car l'adversité et la prospérité concourent également à lui être utiles et tournent à son avantage. C'est donc l'avare qui a faim, comme un mendiant, tandis que le fidèle est plein d'insouciance, comme un possesseur qui abonde. L'un est un mendiant avec ses biens, et l'autre qui les méprise en a la jouissance.

« Demandez à tous ceux qui soupirent avec un cœur si insatiable après les richesses temporelles, ce qu'ils pensent de ceux qui, vendant ce qu'ils possèdent et le donnant aux pauvres, achètent, au prix d'un bien terrestre, le royaume des cieux; demandez-leur s'ils agissent avec sagesse ou non ? Sans aucun doute, ils vous diront qu'ils se conduisent sagement.

« Demandez-leur pourquoi ils ne font point ce qu'ils approuvent avec tant de raison ? Ils vous répondront qu'ils ne le peuvent. Pourquoi? Parce que l'avarice qui les domine ne le permet pas ; parce qu'ils ne sont pas libres ; parce que les biens qu'ils semblent posséder ne sont point à eux, et qu'il n'est pas en leur pouvoir d'en  disposer. Si ces biens sont réellement à vous, faites les valoir; échangez ce qui est terrestre contre ce qui est céleste. Si vous ne pouvez agir ainsi, ne dites point que vous êtes le maître de votre argent, mais le serviteur; dites que vous en êtes le gardien et non le possesseur. »

Ainsi parle saint Bernard. Mais revenons à notre méditation…
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1. Serm. 4, de  Advent. — 2 . Joan., 12.

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Re: Méditations sur la Vie de Jésus-Christ, par S. Bonaventure.

Message  Louis le Jeu 11 Aoû 2016, 5:59 am

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CHAPITRE XXI.

Du sermon du Seigneur sur la montagne, qu'Il commence par la pauvreté.

(suite)

Ainsi parle saint Bernard. Mais revenons à notre méditation.

Regardez donc et considérez le Seigneur Jésus assis humblement à terre sur cette montagne, et ses Disciples autour de lui. Voyez comment il est au milieu d'eux comme un d'entre eux ; comme il leur parle avec affection, avec bonté, avec sagesse et efficacité, et comme il les porte à la pratique de ces vertus. Efforcez-vous toujours, ainsi que je vous l'ai dit dans la considération générale, de contempler son visage. Regardez les Disciples et voyez comme ils tiennent leurs yeux fixés avec respect et humilité sur Jésus, comme ils écoutent, avec toute l'attention de leur âme, ces magnifiques enseignements, comme ils les impriment en leur mémoire, et comme ils trouvent un bonheur ineffable à contempler et à entendre leur Maître. Réjouissez-vous aussi en cette considération, et regardez-le comme si vous le voyiez parler ; approchez-vous des disciples, si toutefois vous pensez que le Maître vous appelle, et demeurez avec eux, selon que le Seigneur vous l'accordera.

Le sermon étant fini, considérez le même Jésus qui descend de la montagne avec ses Disciples et s'entretient avec eux familièrement. Considérez-le encore le long du chemin, et suivi de cette foule nombreuse d'hommes simples, qui marchent à sa suite, non pas dans un ordre habilement disposé, mais comme des poussins qui suivent leur mère, chacun désirant l'entendre de son mieux, et pour cela s'efforçant de l'approcher davantage. Voyez aussi comment la foule se porte avec amour à sa rencontre, et lui offre ses malades à guérir. Pour lui, il les guérissait tous.

Or, il y avait à Capharnaüm un centurion…


Dernière édition par Louis le Mar 16 Aoû 2016, 6:32 am, édité 1 fois (Raison : Insertion d'un lien.)

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Message  Louis le Ven 12 Aoû 2016, 5:52 am

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CHAPITRE XXII.

Du serviteur du Centurion et du fils de l'officier du roi guéris par le Seigneur.

Or, il y avait à Capharnaüm un centurion, c'est-à-dire un chef de cent soldats, et il avait un serviteur malade (1). Plein de foi, il envoya quelqu'un trouver le Seigneur, afin qu'il le guérît. L'humble Jésus répondit : J'irai et je le guérirai. Aussitôt que le centurion l'eut appris, il renvoya vers Jésus et lui fit dire (2) : Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez dans ma maison ; mais dites seulement une parole, et mon serviteur sera guéri. Alors Jésus louant la foi de cet homme, n'alla pas plus loin, et guérit le serviteur absent.

Il y avait dans la même ville un petit roi (1). Celui-ci alla en personne trouver Jésus, le priant de venir en sa maison et de guérir son fils qui était malade. Mais le Seigneur ne voulut pas y aller, et cependant il guérit le malade.

Considérez, en tout cela, le mérite de la foi chez le centurion, et l'humilité du Seigneur qui veut bien se rendre auprès du serviteur, mais qui refuse la même faveur au faste du petit roi. Considérez aussi que nous ne devons point faire acception de personnes; car, en cette circonstance, le Seigneur a fait plus d'honneur au serviteur du soldat qu'au fils du roi. Ainsi dans les services que nous rendons, nous ne devons pas consulter ce qui frappe les regards, ni l'exigence de l'éclat extérieur, mais l'intention et le mérite de celui qui a besoin de nos services. Ce ne doit pas être de notre part l'effet d'une vaine complaisance, mais l'œuvre de la charité.

Dans la même ville de Capharnaüm…
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1. Mat., 8. — 2. Luc., 7. — 1. Joan., 4.

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Message  Louis le Sam 13 Aoû 2016, 5:56 am

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CHAPITRE XXIII.

Du paralytique descendu par le toit et guéri par Jésus.

Dans la même ville de Capharnaüm, tandis que le Seigneur enseignait dans une maison où étaient assemblés des Pharisiens et des Docteurs de la loi venus de Jérusalem et de tous les endroits de la Judée, quelques hommes arrivèrent portant un paralytique qu'ils voulaient introduire dans cette maison, afin que Jésus le guérît (1). Comme ils en étaient empêchés par la multitude qui était là, ils montèrent sur le toit de la maison, descendirent le malade par cet endroit, et le placèrent aux pieds de Jésus. Le Seigneur, voyant leur foi, dit au malade : « Vos péchés vous sont remis (2).» Mais les Pharisiens et les Docteurs de la loi qui l'observaient avec des intentions mauvaises, disaient en eux-mêmes qu'il avait blasphémé contre Dieu, parce que Dieu seul peut remettre les péchés, et que celui qu'ils regardaient simplement comme un homme s'attribuait cette prérogative. L'humble et miséricordieux Seigneur, qui sonde les reins et les cœurs leur dit (3) : «  Pourquoi formez-vous en vos cœurs des pensées iniques? Et il ajouta : « Afin que vous sachiez que le Fils de l'homme a le pouvoir de remettre les péchés sur la terre , levez-vous, dit-il au paralytique, prenez votre lit et vous en allez. »

Il y a ici, quatre choses à considérer.

La première, c'est la pénétration d'esprit de Jésus-Christ, qui voit les pensées de ces hommes;

la seconde, c'est que les infirmités sont une suite de nos péchés, et que leur guérison suit quelquefois l'absolution de nos fautes. Vous avez une preuve nouvelle de cela dans celui qui fut guéri auprès de la piscine et à qui le Seigneur recommande de ne plus pécher à l'avenir, de peur qu'il ne lui arrive pire qu'auparavant (1).

La troisième chose, c'est combien est grand le mérite de la foi, car la foi de l'un peut même servir à l’autre, comme vous venez de le voir pour le serviteur du centurion, et comme vous le verrez plus bas pour la chananéenne dont la fille dut sa guérison à la foi de sa mère. Cela arrive tous les jours pour les enfants qui sont baptisés : s'ils meurent avant l'âge de raison, ils reçoivent, sur la foi d'un autre, un gage qui assure leur salut par les mérites de Jésus-Christ ; c'est ce que nous croyons contre certains hérétiques condamnés.

Enfin considérez, en dernier lieu, Jésus-Christ assis au milieu de cette foule, répondant avec bonté aux méchants, et opérant un miracle. Recourez pour cela à la règle générale que je vous ai donnée plus haut.

Il arriva que le Seigneur Jésus, étant dans cette même ville de Capharnaüm…
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1. Luc., 5. — 2. Mar., 2. — 3. Mat., 5. — 1. Joan., 5.


Dernière édition par Louis le Mar 16 Aoû 2016, 6:30 am, édité 1 fois (Raison : Insertion d'un lien.)

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Message  Louis le Dim 14 Aoû 2016, 5:48 am

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CHAPITRE XXIV.

De la guérison de la belle-mère de Simon.

Il arriva que le Seigneur Jésus, étant dans cette même ville de Capharnaüm, s'en alla loger en la maison de Simon-Pierre, dont la belle-mère était en proie à une grosse fièvre (1). L'humble Jésus la prit donc avec bonté par la main et la guérit si bien que, s'étant levée aussitôt, elle le servit lui et ses Disciples. Mais que leur servit-elle? l'Écriture n'en dit rien.

Pensez bien que dans cette maison du pauvre, on n'offrit à celui qui aimait la pauvreté, que des aliments grossiers et d'une préparation facile et prompte. Considérez aussi le Seigneur aidant lui-même à tout disposer, surtout dans la maison de son disciple. Figurez-vous les actes les plus humbles, comme de dresser la table, de ranger les sièges, et autres semblables; car le Maître de l'humilité faisait tout cela, lui qui était venu pour servir et non pour être servi. Ensuite il s'approchait de la table sans cérémonie, et mangeait avec joie, surtout lorsque dans le repas brillait la pauvreté qu'il aimait tant.

Le Seigneur Jésus étant entré dans une barque avec ses Disciples….
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1. Mat., 8. — Marc., 1. — Luc., 14.

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Message  Louis le Lun 15 Aoû 2016, 5:41 am

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CHAPITRE XXV.

Du sommeil du Seigneur dans la barque.

Le Seigneur Jésus étant entré dans une barque avec ses Disciples, eut besoin de se reposer, et il s'appuya la tête sur un oreiller (1). En effet, il passait la plus grande partie de la nuit dans la prière, et durant tout le jour il s'employait à prêcher. Lors donc qu'il dormait, une tempête s'éleva, et les Disciples craignirent de faire naufrage, mais ils n'osaient le réveiller. Enfin, poussés par la crainte, ils l'appelèrent en lui criant : Maître sauvez-nous, car nous allons périr. S'étant levé, il les reprit de leur peu de foi, commanda à la mer et aux vents, et la tempête se calma.

Regardez-le donc et le contemplez dans ces actes, suivant la méthode générale que je vous ai enseignée. Vous pouvez remarquer ici que le Seigneur, bien qu'il paraisse sommeiller en ce qui concerne nos personnes et nos affaires, est cependant plein de diligence à veiller à notre garde. Voilà pourquoi nous devons être contents dans notre confiance, et ne nous laisser aller à aucune hésitation.

Un jour que le Seigneur s'en allait à la ville de Naïm…
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1. Mat., 8. — Mar., 4. — Luc., 8.

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Message  Louis le Mar 16 Aoû 2016, 6:21 am

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CHAPITRE XXVI.

Du fils de la veuve ressuscité par le Seigneur.

Un jour que le Seigneur s'en allait à la ville de Naïm (1), il rencontra une grande foule de personnes qui portaient en terre un jeune homme, fils d'une veuve, lequel venait de mourir. Or, Jésus ému de compassion, toucha le cercueil, et ceux qui le portaient s'arrêtèrent. Alors il dit : « Jeune homme, je vous le commande, levez-vous ». Celui qui était mort se leva aussitôt, et il le rendit à sa mère. Tous ceux qui étaient présents demeurèrent dans un grand étonnement, et louèrent le Seigneur. — Pour les considérations recourez à la méthode accoutumée.

Le Seigneur s'étant rendu à la prière d'un des principaux du pays…
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1. Luc. 7.

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Message  Louis le Mer 17 Aoû 2016, 6:40 am

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CHAPITRE XXVII.

De la jeune fille ressuscitée et de la guérison de Marthe.

Le Seigneur s'étant rendu à la prière d'un des principaux du pays, s'en alla avec lui, afin de guérir sa fille. Une grande foule marchait à sa suite, et parmi cette foule était une femme gravement infirme, que l'on dit avoir été Marthe, sœur de Marie-Madeleine. Elle disait en elle-même : Si je touche seulement la frange de son vêtement, je serai guérie (1). S'étant donc approchée avec crainte, elle le toucha et fut délivrée aussitôt de son mal. Alors le Seigneur Jésus demanda qui l'avait touché. Pierre répondit : Seigneur, la foule vous assiège et vous presse, et vous demandez qui vous a touché? Voyez la patience de Jésus : il lui arrivait souvent d'être ainsi pressé par la foule, car on tenait à l'approcher. Mais il savait bien pourquoi il parlait ainsi, et il ajouta : J'ai reconnu qu'une vertu est sortie de moi. Alors Marthe déclara ce qu'elle avait fait. Le Seigneur la guérit donc volontiers, et, dans la suite, il lui témoigna une grande affection. Pour le moment, il lui dit : « Votre foi vous a sauvée. » — Vous avez en ce miracle un éloge de la foi. Vous y découvrez en même temps que le Seigneur veut que ses miracles soient connus en vue du bien général ; mais qu'il les cachait autant qu'il était en lui, ainsi qu'on le voit encore ici, car ce qui était un effet de sa puissance divine, il l'attribuait à la foi de la personne qui avait été guérie. Vous avez aussi en cet endroit quelque chose de bien digne de remarque, et propre à aider à la garde de votre humilité.

C'est ainsi que s'en exprime saint Bernard : « Celui qui sert parfaitement le Seigneur, peut être appelé la frange ou la portion la plus basse de son vêtement, à cause de l'humble idée qu'il a de soi-même. Que celui donc qui en est arrivé à reconnaître que le Seigneur écoute sa prière pour la guérison des infirmes ou pour l'opération d'autres miracles ; que celui-là, dis-je, ne s'élève point à cause d'une telle faveur, qu'il ne l'attribue point à soi-même; car ce n'est pas lui, mais le Seigneur qui a agi. Marthe, il est vrai, a touché le bord de son vêtement, pleine de confiance que par là elle serait délivrée, et il en est arrivé ainsi ; mais ce n'est pas de ce vêtement, c'est du Seigneur que sortit la vertu qui la sauva. Voilà pourquoi il dit lui-même (1) : J’ai senti qu'une vertu était sortie de moi (1).»

Remarquez donc bien cela, et ne vous attribuez jamais aucun bien à vous-même, puisque tout vient du Seigneur Jésus. — Enfin, le Sauveur alla à la maison du prince, et, y étant entré, il ressuscita sa fille qu'il trouva morte à son arrivée.

Le Seigneur, toujours plein d'égards envers tous les hommes…
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1. Mat., 9. — 1. Serm., de 4 modis orand. — 1. Serm., de 4 modis orand.

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Re: Méditations sur la Vie de Jésus-Christ, par S. Bonaventure.

Message  Louis le Jeu 18 Aoû 2016, 5:56 am

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CHAPITRE XXVIII.

De la conversion de Madeleine et autres faits.

Le Seigneur, toujours plein d'égards envers tous les hommes, ayant été un jour invité à un repas par Simon le lépreux, s'y rendit (2). Il avait coutume d'en agir ainsi, tant par politesse que par bonté, et aussi par le zèle qu'il éprouvait du salut des âmes pour lesquelles il était descendu du ciel. Ainsi, en mangeant et conversant avec les hommes, il les attirait à son amour. La pauvreté, qu'il chérissait si tendrement, le portait encore à tenir une semblable conduite ; car il était profondément indigent, et il n'avait rien pris des biens de ce monde, ni pour lui, ni pour les siens. Jésus, le miroir de l'humilité, étant invité, acceptait donc humblement et avec actions de grâces, selon le lieu et le temps.

Or, Madeleine, qui sans doute l'avait déjà souvent entendu prêcher, et qui l'aimait ardemment, bien que cet amour fût demeuré caché jusqu'à ce jour, apprit qu'il était à table dans cette maison de Simon. Pénétrée de douleur jusqu'au fond du cœur à cause de ses péchés, embrasée du feu de l'amour de son Sauveur, pleine de la pensée qu'il n'y avait point de salut pour elle sans Jésus, résolue à ne plus différer davantage, elle se dirigea vers le lieu du festin, et, la tête inclinée, les yeux baissés vers la terre, elle passa devant les convives et ne s'arrêta que lorsqu'elle fut arrivée à celui qui était son Seigneur et son bien-aimé.

Alors, se prosternant aussitôt à ses pieds, remplie de honte et d'une douleur sincère de ses péchés, abaissant son front et plaçant ses lèvres sur les pieds même de Jésus, avec une certaine confiance, parce que déjà elle l'aimait en son cœur par-dessus toute chose, elle se prit à pleurer fortement, à éclater en sanglots et à lui dire dans le silence de son cœur :

« Mon Seigneur, je crois fermement, je sais et je confesse que vous êtes mon Dieu et mon Maître. J'ai offensé Votre Majesté en une foule de circonstances et par les crimes les plus énormes ; j'ai multiplié mes péchés au-delà du nombre des grains de sable qui couvrent les bords de la mer; mais, coupable et pécheresse, je me réfugie au sein de votre miséricorde. Je pleure et je suis abreuvée d'amertume ; je demande grâce, prête à me corriger de  mes fautes et inébranlablement résolue à ne jamais me soustraire à l'obéissance que je vous dois. Ne me rejetez pas loin de vous, je vous en prie, car je sais que je ne pourrais trouver aucun refuge ailleurs; je n'en veux point hors de vous ; c'est vous seul que j'aime par-dessus toute chose. Ne me repoussez donc pas de votre présence. Punissez-moi de tous mes crimes comme il vous plaira, seulement faites-moi miséricorde. »

Cependant ses larmes…
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2. Luc., 7.

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Message  Louis le Ven 19 Aoû 2016, 6:22 am

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CHAPITRE XXVIII.

De la conversion de Madeleine et autres faits.

(suite)

Cependant ses larmes, coulant avec abondance, arrosèrent et lavèrent les pieds de Jésus, d'où vous pouvez conclure clairement que le Seigneur marchait nu-pieds. Enfin elle cessa de pleurer, et le considéra attentivement; puis jugeant indigne que ses larmes touchassent les pieds de son Seigneur, elle les essuya avec ses cheveux. Elle se servit de ses cheveux, parce qu'elle n'avait rien de plus précieux dont elle pût user; parce qu'elle se proposait de tourner vers un but d'utilité cette chevelure qui n'avait servi qu'à nourrir sa vanité, et ne voulait point éloigner son visage des pieds du Sauveur. Aussi, son amour croissant de plus en plus, baisait-elle ces mêmes pieds avec ardeur et sans interruption. Mais, comme la marche les avait couverts de poussière, elle s'appliquait à les embaumer d'un parfum précieux.

Regardez-la donc avec attention, et contemplez longuement ce qui se passe, à  cause de la dévotion de cette femme, qui fut aimée du Seigneur d'une façon toute particulière, et aussi parce qu'il y a en tout cela quelque chose de très-solennel.

Considérez également le Seigneur Jésus, avec quelle bonté il la reçoit, avec quelle patience il permet tout ce qu'elle fait; il s'arrête et cesse de manger jusqu'à ce qu'elle ait terminé. Les convives s'arrêtent aussi, et ils sont tous dans l'étonnement sur un événement si nouveau.

Quant à Simon, voyant que Jésus permettait qu'une femme pareille le touchât, il le jugeait sans aucune réserve en son cœur, comme s'il n'eût pas été un prophète et comme s'il eût ignoré quelle était cette femme. Mais le Seigneur, répondant à ses pensées, se montra plein de l'esprit prophétique et renversa ses jugements par l'exemple des deux débiteurs. Voulant faire voir ensuite ouvertement que tout se consomme dans l'amour, il dit : Beaucoup de péchés lui sont remis, parce qu'elle a aimé beaucoup. Et s'adressant à Madeleine: Allez en paix, lui dit-il. O parole délectable et pleine de suavité! avec quel bonheur Madeleine l'entendit et avec quelle joie elle se retira! Mais, comme elle était parfaitement convertie à Jésus, elle vécut dans la suite saintement et purement, et s'attacha avec la persévérance au Sauveur et à sa Mère.

Méditez donc avec soin ces choses, et efforcez-vous d'imiter…

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Re: Méditations sur la Vie de Jésus-Christ, par S. Bonaventure.

Message  Louis le Sam 20 Aoû 2016, 6:46 am

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CHAPITRE XXVIII.

De la conversion de Madeleine et autres faits.

(suite)

Méditez donc avec soin ces choses, et efforcez-vous d'imiter un tel amour que le Seigneur a exalté lui-même d'une façon toute particulière, et par ses paroles, et par sa manière d'agir. Vous voyez très-clairement ici qu'entre Dieu et le pécheur, la charité rétablit la paix. C'est pourquoi le bienheureux apôtre saint Pierre dit que « la charité couvre la multitude des péchés (1) » Or, comme la charité anime toutes les vertus et qu'aucune ne saurait plaire à Dieu sans elle, pour vous porter à employer tous vos efforts à l'acquérir, cette vertu qui vous rendra agréable à Jésus, votre époux, je vais vous donner quelques passages de saint Bernard sur ce sujet. C'est donc ainsi qu'il en parle (2) :

« La charité est un don tout-à-fait excellent, vraiment incomparable, dont l'Époux céleste s'est efforcé de pénétrer en toute circonstance sa nouvelle Épouse. Tantôt il dit :: C'est en cela que tous les hommes connaîtront que vous êtes mes Disciples, si vous avez de l'amour les uns pour les autres (3).Tantôt il s'écrie : Je vous donne un commandement nouveau, c'est que vous vous aimiez mutuellement (4). De même, dans sa prière, il demande que ses disciples soient un comme lui et son Père sont un (5).

« Enfin, que pouvons-nous imaginer de comparable à cette vertu, qui est placée au-dessus du martyre et de la foi qui transporte les montagnes ? C'est donc pourquoi je vous dis : que la paix soit avec vous, que la paix vienne de vous, et que tout ce qui semble vous menacer au dehors vous trouve sans effroi ; car vous n'avez rien à craindre (1). — La valeur d'une âme doit s'estimer d'après la mesure de la charité qui l'embrase, et l'on doit regarder comme grande celle dont la charité est grande, comme médiocre, celle dont la charité est faible, et comme de nulle valeur, celle qui en est totalement dépourvue, l'Apôtre disant : Si je n'ai point la charité, je ne suis rien (2). Que si elle commence à en avoir une faible étincelle, si elle s'applique à aimer au moins ceux qui l'aiment, à saluer ses frères et ceux qui la saluent, je ne dirai pas que cette âme n'est rien, puisqu'à raison de ce qui lui est donné et de ce qu'elle reçoit, elle conserve au moins la charité d'égalité.

« Cependant, selon la parole du Seigneur : …
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1. I Pet., 4. — 2. Serm. 29 sup. cant. — 3. Joan., 13. — 4. Ibid. — 5. Joan., 15. — 1. Serm. 27 sup. cant. — 2. I Cor., 13.

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Message  Louis le Dim 21 Aoû 2016, 6:05 am

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CHAPITRE XXVIII.

De la conversion de Madeleine et autres faits.

(suite)

« Cependant, selon la parole du Seigneur : Que fait-elle en cela de plus que les autres ? je ne jugerai pas que cette âme ne possède ni largeur ni grandeur, mais qu'elle est étroite et médiocre, puisque sa charité est aussi minime. Mais si elle grandit et s'accroît, de sorte que, passant les limites de cet amour restreint et sans profit, elle aborde, avec une entière liberté d'esprit, les larges confins d'une charité toute gratuite ; si, ouvrant le vaste sein de sa bonne volonté, elle s'applique à y renfermer tous les hommes en aimant chacun comme soi-même, pourra-t-on lui dire alors avec justice : Que faites-vous de plus que ce que vous devez ? puisqu'elle s'est tellement rendue vaste, puisque le sein de son amour s'est tellement dilaté qu'elle embrasse tous les hommes, même ceux qui ne lui sont unis par aucun lien de la chair, ceux vers lesquels elle n'est attirée par l'espoir d'aucun avantage personnel, ceux à qui elle n'est assujettie par la réception d'aucun don, ceux enfin à qui elle n'est enchaînée par aucune dette, si ce n'est cette dette dont il est dit : Ne devez rien à  personne, si ce n'est un amour mutuel (1).

« Mais si  à cela vous ajoutez de faire une telle violence au royaume de la charité, que vous arriviez, comme un pieux envahisseur, jusqu'à en occuper les dernières limites, en sorte que vous ne jugiez point devoir fermer à vos ennemis les entrailles de votre miséricorde; que vous fassiez du bien à ceux qui vous haïssent ; que vous priiez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient; que vous vous appliquiez à être pacifique au milieu de ceux qui ont la paix en horreur, alors la largeur de votre âme égalera la largeur des cieux ; sa hauteur sera semblable à la sienne, et sa beauté ne sera point inférieure à sa beauté.

« En cette âme s'accomplira cette parole : C'est vous qui étendez les cieux comme une tente (1) ; car dans le ciel de cette âme se trouve une telle immensité, une telle hauteur, une telle beauté, que le Maître suprême, immense et glorieux, y habitera, non-seulement avec condescendance , mais s'y promènera comme dans un espace sans bornes. »

Ainsi parle saint Bernard.

Vous voyez de quelle utilité, de quelle nécessité est la vertu de charité, puisque sans elle il est certainement impossible de plaire à Dieu, puisqu'avec elle chacun, sans aucun doute, lui est agréable. Appliquez-vous donc de tout votre cœur, de toute votre âme, de toutes vos forces, à posséder une vertu qui vous fera supporter volontiers tout ce qui se présentera de dur et de difficile à souffrir pour Dieu et le prochain.

Le glorieux soldat et précurseur du Seigneur Jésus…
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1. Rom., 13. — 1. Ps. 103.

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Message  Louis le Lun 22 Aoû 2016, 6:17 am

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CHAPITRE XXIX.

Comment Jean-Baptiste envoya ses Disciples à  Jésus.

Le glorieux soldat et précurseur du Seigneur Jésus, Jean-Baptiste, avait été jeté dans les fers par Hérode à cause de son zèle à défendre la justice ; car il reprochait à ce prince de retenir en sa demeure l'épouse de son frère encore vivant. Voulant donc amener ses disciples à suivre le Seigneur, il pensa à les lui envoyer, afin qu'ayant entendu ses paroles et vu ses œuvres, ils s'enflammassent d'amour pour lui et s'attachassent à sa personne. Ils vinrent donc le trouver, et lui dirent de la part de Jean : Êtes-vous celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre (1) ? Le Seigneur était alors en présence d'une grande foule. Considérez bien, et voyez comment il reçoit les envoyés de Jean avec un visage plein de douceur, comment il les instruit sagement, d'abord par ses œuvres, et ensuite par ses paroles. Il guérit donc, en leur présence, des sourds, des muets, des aveugles, fit encore d'autres miracles, prêcha au peuple, et leur dit : « Allez, et rapportez à Jean ce que vous avez vu et entendu.»

Ils s'en allèrent et redirent à leur Maître ces choses qu'il apprit avec bonheur. Or, ces disciples, après la mort du précurseur, s'attachèrent inviolablement à Jésus-Christ.

Le Seigneur, après leur départ, donna à Jean les louanges les plus magnifiques. Il dit de lui qu'il était plus qu'un prophète, que parmi les enfants des hommes, sil n'en avait point paru de plus grand que lui, et autres éloges que vous trouverez dans l'Évangile. Pour vous, tenez sans cesse vos regards attachés sur Jésus, et tandis qu'il prêche et tandis qu'il opère les miracles, toujours suivant la méthode ordinaire.

C'est ici que nous pouvons placer une méditation sur la mort du bienheureux Jean-Baptiste…
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1. Mat., 11.

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Message  Louis le Mar 23 Aoû 2016, 6:39 am

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CHAPITRE XXX.

De la mort de saint Jean-Baptiste.

C'est ici que nous pouvons placer une méditation sur la mort du bienheureux Jean-Baptiste. Lors donc qu'Hérode, cet homme pervers, et l'infâme adultère qu'il tenait en sa demeure, eurent pris, sans doute ensemble, la résolution de faire mourir le serviteur de Dieu, afin de ne plus s'entendre reprocher leur péché, il arriva qu'un jour de grand festin la tête de Jean fut donnée à une misérable danseuse, fille d'Hérodiade même ; et ainsi il fut décapité dans sa prison (1).

Voyez combien humiliant, combien coupable fut le coup qui frappa un si grand homme, sous le règne et l'empire de la perversité. O Dieu ! comment avez-vous permis un tel forfait? Comment s'imaginer qu'une semblable mort ait été réservée à Jean, cet homme d'une perfection et d'une sainteté telles, qu'on le prenait pour le Christ lui-même? Si donc vous voulez bien fixer dans votre esprit toute cette histoire, après avoir considéré les œuvres détestables de ceux qui le firent mourir, rappelez-vous la grandeur de Jean, son excellence singulière, et c'est alors que vous pourrez être dans l'étonnement.

Je vous ai dit plus haut comment, en diverses circonstances, le Seigneur se plut à faire son éloge ; écoutez maintenant comment le loue saint Bernard dans un de ses discours (2) :

« L'Église romaine, dit-il, cette mère et maîtresse de toutes les Églises, cette Église dont il a été dit : J’ai prié pour toi, Pierre, afin que ta foi ne défaille pas, a été consacrée et marquée, après le nom du Sauveur, du nom glorieux de Jean-Baptiste. Il était digne, en effet, que cet ami si particulier de l'Épouse, fût exalté là où elle avait établi sa principauté. Pierre meurt sur la croix, Paul est frappé par le glaive, et cependant l'honneur principal est réservé au précurseur. Rome est ornée de la pourpre de martyrs innombrables, mais le bienheureux Patriarche revêt une sublimité qui l'emporte sur eux. Jean est plus élevé partout; il tient un rang unique entre tous, il est admirable par-dessus tous. Quel homme fut jamais annoncé d'une manière aussi glorieuse ?

« Qui nous apparaît si extraordinairement rempli de l'Esprit-Saint dès le sein de sa mère?

« Qui trouverez-vous tressaillant d'allégresse avant que d'être né ?

« Quel est celui dont la naissance a été un objet de solennité pour l'Église?

« Qui a témoigné autant d'ardeur pour la solitude du désert?

« Qui a vécu d'une vie aussi sublime?

« Qui a enseigné le premier aux hommes, et la pénitence, et le royaume des cieux?

« Qui a baptisé le Roi de gloire ?

« A qui la Trinité s'est-t-elle révélée si ouvertement pour la première fois?

« A qui le Seigneur Jésus a-t-il rendu un témoignage aussi éclatant?

« Qui a reçu de l'Église de pareils  honneurs?

« Jean est un Patriarche, ou plutôt il est la fin et le chef des Patriarches ;

« Jean est un Prophète et plus qu'un Prophète, car il a montré du doigt celui dont il annonçait la venue ;

« Jean est un Ange, mais un Ange élu entre les Anges, le Seigneur lui ayant rendu ce témoignage : Voici que j'envoie mon ange, etc…  

« Jean est un Apôtre, mais il est le premier et le Prince des Apôtres, car c'est lui qui fut le premier envoyé de Dieu;

« Jean est un Évangéliste, mais c'est le premier prédicateur de l'Évangile, un prédicateur qui annonce l'Évangile du royaume de Dieu;

« Jean est une vierge, ou plutôt un miroir éclatant de la virginité, le flambeau de la pudeur, le modèle de la chasteté;

« Jean est un martyr, mais il est en même temps la lumière des martyrs, il est l'exemple le plus brillant du martyre que l'on rencontre entre la naissance et la mort de Jésus-Christ. Il est la voix qui crie dans le désert, le Précurseur du Juge suprême, le Hérault du Verbe. C'est Élie en personne; c'est à lui que la Loi et les Prophètes ont terminé leur cours ; c'est une lumière qui éclaire et embrase. Je passe sous silence la prérogative qui l'a placé si glorieusement au milieu des ordres de la hiérarchie angélique, et l'a élevé jusqu'à la hauteur des Séraphins. »

Ainsi parle saint Bernard.

Écoutez maintenant comment saint Pierre Chrysologue…
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1. Mat., 14. — Marc., 6. — Luc., 9. — 2. Serm., de privileg. S. Joan. Bapt.

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Message  Louis le Mer 24 Aoû 2016, 6:27 am

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CHAPITRE XXX.

De la mort de saint Jean-Baptiste.

(suite)

Écoutez maintenant comment saint Pierre Chrysologue, archevêque de Ravenne, l'exalte, à son tour, dans un de ses discours (1) : « Jean est une école de vertus, un docteur de la vie spirituelle, un modèle de sainteté, une règle de justice. » Si donc vous mettez en comparaison l'excellence et la dignité de Jean et l'abîme des crimes de ceux qui le firent mourir, vous aurez un juste sujet d'étonnement et de murmure, même contre Dieu, s'il est permis de parler ainsi.

En effet, un bourreau est envoyé vers un homme aussi glorieux et aussi grand, afin de lui trancher la tête, comme on ferait au dernier des hommes, à un homicide pervers, à un incendiaire. Arrêtez sur lui vos regards avec respect et douleur; voyez comment, au premier ordre de ce vil et méchant bourreau, il tend le cou et fléchit humblement les genoux ; comment, rendant grâces à Dieu, il place sa tête vénérable sur un billot ou une pierre, et reçoit, sans se plaindre, les coups qui le frappent jusqu'à ce que son sacrifice soit consommé.

Voilà comment s'en va de cette terre l'ami intime, le proche parent du Seigneur Jésus, le confident le plus illustre de Dieu. Vraiment, c'est pour nous un grand sujet de confusion, d'avoir si peu de patience dans chacune des tribulations qui nous arrivent. Jean-Baptiste, l'innocence même, souffre sans murmure la mort et une mort ignominieuse, et nous, chargés de péchés, dignes de la colère céleste, nous ne pouvons le plus souvent supporter de légères injures, de faibles contrariétés; bien plus, quelques paroles blessantes nous deviennent un fardeau intolérable.

Le Seigneur Jésus était alors en Judée, mais non à l'endroit où ces choses se passèrent. Lors donc que cette mort lui eut été annoncée, ce Dieu, plein de tendresse, pleura celui qui était un athlète de sa cause, en même temps que son cousin selon la chair. Les disciples unirent leurs larmes à celles de leur Maître, et la Vierge bienheureuse pleura aussi, car elle avait reçu Jean-Baptiste dans ses bras lorsqu'il vint au monde, et depuis elle l'aima toujours fort tendrement. Le Seigneur consolait sa Mère, et elle disait à son Fils:

« Pourquoi donc, ô mon Fils, ne l'avez-vous pas défendu, et avez-vous permis qu'il fût victime d'une semblable mort? »

— « Ma Mère vénérée, répondait Jésus, il ne lui était pas avantageux d'être défendu de la sorte. C'est pour mon Père qu'il est mort ; c'est pour le maintien des droits de sa justice ; ainsi il sera bientôt en possession de sa gloire. Mon Père n'a pas l'intention de défendre ouvertement les siens en ce monde, car ils ne doivent point demeurer trop longtemps sur la terre ; leur patrie n'est point ici-bas, elle est dans les cieux. Jean a été délivré des liens de son corps, et il n'y a plus aucune force qui puisse maintenant le frapper en ce monde. L'ennemi a sévi contre lui autant qu'il a été en son pouvoir; mais il régnera avec mon Père durant l'éternité. Consolez-vous donc, ma Mère bien-aimée, car un bonheur sans partage sera la récompense de Jean. »

Ensuite, quelques jours s'étant écoulés, le Seigneur abandonna ces lieux et revint en Galilée.

Pour vous, considérez-vous comme présente à tout ce que nous venons de dire ; méditez-le avec ferveur, et en quelque lieu que le Seigneur aille, marchez à sa suite.

Lorsque le Seigneur revenait de Judée en Galilée…
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1. Serm. de decoll. S. Joan. Bapt.

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Message  Louis le Jeu 25 Aoû 2016, 6:38 am

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CHAPITRE XXXI.

De l'entretien avec la Samaritaine.


(1) Lorsque le Seigneur revenait de Judée en Galilée (ce qui fait un voyage de dix-sept milles et plus, ainsi que je vous l'ai dit plusieurs fois), et qu'il passait par la Samarie, il se trouva fatigué de la marche. Pour Dieu, regardez-le et voyez comment en ce lieu il est accablé de fatigue. Il marchait à pied, et il lui arriva souvent d'être ainsi fatigué; car sa vie entière fut une vie de peines. Il s'arrêta donc et s'assit sur le bord d'un puits pour s'y reposer. Ses Disciples s'en allèrent à la ville acheter de quoi manger. Pendant ce temps-là, une femme appelée Lucie, s'en vint à ce puits afin d'y puiser de l'eau.

Or, le Seigneur se mit à lui parler, à l'entretenir de choses importantes et à se manifester à elle. Je n'ai pas l'intention d'entrer dans aucun détail sur ce qui fit l'objet de leur entretien, ni sur le retour des Disciples, ni de rapporter comment, sur la parole de cette femme, toute la ville sortit à la rencontre de Jésus, comment il s'en alla avec ce peuple, demeura quelque temps en cet endroit et se retira ensuite ailleurs. Vous avez tout ce récit dans l'Évangile ; lisez-le et considérez le Seigneur en tous ses actes. Mais il y a à faire sur cette histoire quelques belles et utiles remarques.

D’abord, c'est l'humilité de Jésus. Cet humble Seigneur demeure seul, et ses Disciples s'en vont à la ville; car ils agissaient vis-à-vis de lui en toute simplicité. Ensuite il s'entretient humblement avec cette pauvre femme seule des choses les plus élevées et ils parlent ensemble comme si leur condition était semblable. Il n'a aucun dédain pour elle; mais il lui annonce des vérités dignes d'être entendues des hommes les plus sages. Ce n'est pas ainsi qu'agissent les superbes : s'ils répandaient leurs paroles pompeuses, je ne dirai pas en présence d'un seul, mais en présence d'un petit nombre, ils regarderaient leur temps comme perdu, ils ne jugeraient même pas ce petit nombre digne d'entendre un tel langage.

Considérez, en second lieu, la pauvreté de Jésus et comment il afflige son corps ; l'humilité se trouve encore mêlée à tout cela. Vous voyez que les Disciples s'en allèrent à la ville chercher des vivres, et qu'en ayant apporté, ils l'engagèrent à manger. Mais où donc manger? Sans doute sur le bord du puits, ou de quelque ruisseau, ou de quelque fontaine. Voilà comment, dans ses fatigues et sa faim, il réparait ses forces. Ne vous imaginez pas qu'il en soit arrivé ainsi cette fois-là seulement et par hasard : c'est de la sorte que les choses avaient coutume de se passer en tout temps.

C'est pourquoi vous pouvez conclure de cet endroit que cet humble Seigneur, cet amant de la pauvreté, lorsqu'il allait parle monde, prenait souvent sa nourriture hors des villes et des habitations des hommes, sur le bord d'un ruisseau ou d'une fontaine, bien qu'il fût fatigué et brisé par le travail. Il n'avait pas non plus des mets recherchés, un service précieux, des vins délicats ; il se contentait de l'eau de la fontaine ou du ruisseau. Celui qui fécondait la vigne, qui avait fait jaillir les sources d'eau vive, donné l'être à tout ce qui se meut dans les eaux, celui-là, dis-je, mangeait son pain assis humblement à terre comme le dernier des pauvres.

Considérez, en troisième lieu, comment il était appliqué aux choses spirituelles. Lorsque ses Disciples l'invitent à manger, il leur répond: « J'ai à me nourrir d'une nourriture que vous ne connaissez pas. Ma nourriture, c'est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé. » Et il refuse de manger; il attend ceux qui venaient le trouver de la ville, afin de leur annoncer sa parole d'abord , voulant faire passer les choses de l'esprit avant celles du corps , quelque fût son besoin. Considérez-le donc en toutes ces choses, et appliquez-vous à imiter ses vertus.

Lorsque Jésus fut revenu à Nazareth….
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1. Joan., 4.

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Message  Louis le Ven 26 Aoû 2016, 5:50 am

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CHAPITRE XXXII.

Comment on voulut précipiter le Seigneur du haut d'une montagne.


Lorsque Jésus fut revenu à Nazareth, les habitants de cette ville lui ayant demandé des miracles, il leur montra qu'ils étaient indignes de pareilles faveurs (1). Alors, enflammés de fureur, ils le chassèrent hors de leurs murs. Ce tendre Seigneur fuyait donc devant eux, et ils le poursuivaient. Que vous en semble-t-il? Leur rage s'alluma et crût à un tel point, qu'ils le conduisirent jusqu'au sommet de la montagne, afin de le précipiter de là. Mais, passant au milieu d'eux par sa vertu divine, il se déroba à leurs desseins, car le moment qu'il avait choisi pour mourir n'était point encore venu.

La Glose dit: « Qu’on rapporte que le Seigneur, s'étant échappé de leurs mains et descendant de la montagne, afin de trouver une retraite sur ses flancs, un rocher lui servit de refuge et s'ouvrit comme s'il eût été de cire, afin de lui fournir l'asile dont il avait besoin , et que les plis de ses vêtements demeurèrent empreints sur ce rocher comme s'ils y eussent été gravés.

Regardez-le donc fuyant ainsi devant ces hommes et se cachant dans ce rocher; compatissez à ses afflictions et efforcez-vous de l'imiter dans son humilité et sa patience.

Un jour de Sabbat, le Seigneur…
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1. Luc., 4.

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Message  Louis le Sam 27 Aoû 2016, 6:49 am

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CHAPITRE XXXIII.

De l'homme dont la main était aride et que le Seigneur guérit.

Un jour de Sabbat, le Seigneur enseignait dans une synagogue, et il y avait là un homme dont la main était desséchée. Jésus le fit placer au milieu de l'assemblée, et demanda aux sages qui l'entouraient : « S'il était permis de faire du bien le jour du Sabbat ; mais ils gardèrent le silence. Jésus dit donc à celui dont la main était desséchée: Étendez votre main, et il fut guéri. (1) »

Jésus fit plusieurs fois des miracles le jour du Sabbat, afin de confondre les Juifs, qui ne jugeaient de la loi que selon la chair, alors que Dieu voulait qu'elle fût observée selon l'esprit; car ce n'était point d'accomplir les œuvres de charité que l'on devait s'abstenir le jour du Sabbat, mais seulement du péché et des actes serviles.

Cependant ces sages prenaient de là un grand sujet de scandale; ils conspiraient contre Jésus et ils disaient : « Cet homme ne vient point de Dieu, car il n'observe pas le Sabbat.» Mais le Seigneur ne laissait pas pour cela de faire le bien; au contraire, il le faisait avec plus de zèle, afin de les tirer de leur erreur.

Considérez-le donc en toutes ses actions, et, à son exemple, ne vous lassez pas d'accomplir le bien, quand même les autres en seraient scandalisés injustement. Le scandale du prochain ne doit point être un motif de renoncer à une bonne œuvre nécessaire au salut de votre âme, ou même seulement utile à votre avancement spirituel. Mais selon l'exigence d'une parfaite charité, il faut vous abstenir, pour ne pas scandaliser votre frère, de ce qui vous rapporterait quelque avantage corporel. C'est pourquoi l'Apôtre dit aux Romains : « Il est bon de ne point manger de viande, de ne point boire de vin et de ne rien faire en quoi votre frère puisse être blessé, ou scandalisé, ou souffrir quelque chose (1). »

Nous lisons que, par deux fois, notre miséricordieux Seigneur…
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1. Luc., 14. — 1. Rom. 14.

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Re: Méditations sur la Vie de Jésus-Christ, par S. Bonaventure.

Message  Louis le Dim 28 Aoû 2016, 5:32 am

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CHAPITRE XXXIV.

De la multiplication des pains, et comment le Seigneur vient en aide à ceux qui l'aiment.

(2) Nous lisons que, par deux fois, notre miséricordieux Seigneur a multiplié un petit nombre de pains, et qu'ainsi il rassasia plusieurs milliers d'hommes. Pour vous, faites de ces deux miracles une seule méditation, et considérez les actions et les paroles du Seigneur en ces circonstances. Il dit d'abord : « J'ai compassion de cette grande multitude d'hommes; car il y a déjà trois jours qu'ils me suivent, et ils n'ont pas de quoi manger. Si je les renvoie à jeun, ils tomberont en défaillance le long du chemin; car plusieurs sont venus de loin. » Ensuite il multiplia les pains de telle sorte que tous eurent de quoi manger en abondance.

Il y a ici à considérer plusieurs choses excellentes et spécialement combien le Seigneur était miséricordieux, bienveillant, reconnaissant, discret et plein de prudence. Remarquez donc d'abord combien il était miséricordieux; car c'est la miséricorde qui l'a poussé à venir au secours de ces hommes, et voilà pourquoi il dit : J'ai compassion de cette grande multitude. Aussi la terre entière est pleine de sa miséricorde (1).

En second lieu, il était bienveillant et reconnaissant, et il en assigne la raison : « Voilà trois jours, dit-il, qu’ils me suivent. » Voyez sa bienveillance et sa grande et admirable gratitude. Il parle comme s'il avait reçu d'eux un bienfait, lorsque véritablement, dans cette manière d'agir de ces hommes, se trouvait leur bien et non le sien. Mais il en est ainsi selon qu'il le dit ailleurs : « Ses délices sont d'être avec les enfants des hommes (2), » bien qu'il n'en retire aucun profit personnel, et que ce soit pour nous une source de salut. Le Seigneur aime ceux qui le suivent et qui gardent ses commandements et ses conseils; il ne tient pas sa main fermée pour eux, mais il leur vient en aide selon que leurs besoins l'exigent.

En troisième lieu, il fut discret et prudent, car…
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2. Mat. 15. — Marc., 8. — Joan. 6.—1.Ps. 32, — 2. Prov., 8.

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Message  Louis le Lun 29 Aoû 2016, 6:01 am

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CHAPITRE XXXIV.

De la multiplication des pains, et comment le Seigneur vient en aide à ceux qui l'aiment.

(suite)

En troisième lieu, il fut discret et prudent, car il considérait leur misère, leur impuissance à trouver quelque secours ; il voyait qu'ils pouvaient défaillir et que quelques-uns d'entre eux étaient venus de loin.
 
Remarquez combien douces et suaves sont ses paroles. Ainsi nous arrive-t-il tous les jours spirituellement. Nous n'avons pas de quoi manger, si lui-même ne nous le donne ; s'il nous renvoie à jeun, nous tombons en défaillance le long du chemin, et sans lui il n'est pas en notre pouvoir de faire quelque provision pour aucune de nos affaires spirituelles.

Ne prenons donc pas sujet de nous élever lorsque nous recevons quelque consolation de la main du Seigneur, ou lorsque nous reconnaissons que nous avons fait quelque progrès dans la vie spirituelle ; car ce n'est pas à nous, mais au Sauveur, que nous en sommes redevables.

C'est pourquoi, si nous y faisons bien attention, nous verrons que plus ceux qui servent Dieu sont parfaits, proches de lui et riches en dons de toutes sortes, plus ils sont humbles ; ils ne s'attribuent à eux-mêmes que leurs péchés et leurs défauts.

En effet, plus quelqu'un s'approche de Dieu, plus il est pénétré intimement de sa lumière ; par elle, il découvre plus clairement sa magnificence et sa miséricorde, et ainsi l'orgueil et la vaine gloire, qui procèdent de l'aveuglement de l'ignorance, ne peuvent trouver place en son cœur : l'homme qui connaîtrait bien Dieu, ou qui se connaîtrait bien soi-même, ne pourrait jamais s'enorgueillir.

La voie aussi est bien longue par laquelle nous venons à Dieu (je parle de moi et de ceux qui me ressemblent) ; car, en commettant le péché, nous nous sommes en allés dans une région fort éloignée de lui. Lors donc que nous revenons à lui, c'est avec raison qu'il est dit que nous avons parcouru un long chemin.

Après avoir parlé, Jésus-Christ met à exécution ses desseins. Considérez donc comment, prenant ces pains et rendant grâce à son Père, il les donna à ses Disciples, afin qu'ils les servissent à la foule, et comment il les multiplia en telle abondance que tous en mangèrent selon leur désir, et qu'il en resta de nombreux morceaux.

Voyez aussi comment il les regarde manger et jouit de leur bonheur. Fixez également votre attention sur ces hommes ; ils sont dans l'étonnement d'un tel miracle ; ils sont heureux de s'entretenir mutuellement; ils mangent avec actions de grâces, appliqués non-seulement à satisfaire la faim de leur corps, mais encore, quelques-uns du moins, à puiser dans cette nourriture la réfection de leur âme.

Mais la Vierge, notre Souveraine, ne se trouva-t-elle pas là, ne s'empressa-t-elle pas d'offrir aussi de ces pains aux femmes, et ne prit-elle point sa part de la joie que leur causait ce miracle? L'Écriture n'en dit rien ; pour vous, vous pouvez, dans cette méditation, vous le figurer, selon que le Seigneur vous l'inspirera.

Après que le Seigneur eut nourri cette grande foule d'hommes…

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Message  Louis le Mar 30 Aoû 2016, 5:44 am

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CHAPITRE XXXV.

De la fuite du Seigneur quand on voulut le faire roi, et,
à cette occasion, pensées contre les honneurs du monde.

(1) Après que le Seigneur eut nourri cette grande foule d'hommes, ainsi que nous l'avons vu dans le chapitre précédent, ceux-ci voulurent le faire roi. Ils considéraient qu'il pourrait subvenir à leurs besoins, et il leur semblait impossible, sous un tel roi, de jamais manquer de rien. Mais Jésus, connaissant leur dessein, s'éloigna d'eux et s'enfuit sur la montagne, de sorte qu'ils ne surent plus ce qu'il était devenu et qu'ils ne purent le trouver.

Le Seigneur ne voulut donc point recevoir d'honneurs temporels, et voyez combien sincèrement et sans arrière-pensée, il s'y déroba en cette occasion. Il envoya ses Disciples par mer, et, pour lui, il se retira sur la montagne, afin que si on le cherchait encore parmi ses Disciples, on ne pût l'y rencontrer. Or, ses Disciples ne voulaient point se séparer de lui, et il fallut qu'il les forçât de monter sur une barque et de traverser la mer. C'était un bon désir que celui qu'ils avaient de rester toujours avec leur Maître; mais il en avait ordonné autrement.

Considérez-les donc comment ils s'éloignent de lui à contre-cœur, et comment le Seigneur les y contraint, leur montrant que telle était sa volonté absolue, qu'ils s'en allassent sur une barque et sans lui, et comment ils lui obéissent avec humilité, quelque dur et pénible que cela leur parût. Ainsi tous les jours agit-il avec nous spirituellement. Nous voudrions qu'en aucun temps il ne se séparât de nous ; mais il se conduit autrement avec notre âme ; il s'en va et il revient selon sa volonté; mais toujours pour notre bien.

Aussi je veux vous faire connaître ce que dit saint Bernard sur cette manière d'agir du Seigneur en nous. Voici ses paroles (1) :

« Lorsque l'Époux a été cherché au prix de longues veilles, de supplications et d'une pluie abondante de larmes, tout-à-coup, alors qu'on croit le tenir en sa possession, il s'échappe et ensuite il se présente de nouveau à la rencontre de celui qui pleure et court à sa poursuite. Il se laisse saisir, mais il ne souffre point du tout qu'on le retienne; car il s'enfuit aussitôt et semble s'envoler des mains de celui qui le possède. Cependant si l'âme dévote  persiste dans ses prières et ses gémissements, il reviendra encore et il ne permettra pas qu'elle soit frustrée dans les désirs qu'elle lui exprime; puis il disparaîtra bientôt et on ne le verra plus, à moins qu'on ne le cherche de nouveau de toute l'ardeur de ses désirs.

« Ainsi, pendant que nous habitons ce corps, nous pouvons jouir fréquemment de la présence de l'Époux; mais nous ne pouvons nous en rassasier, et si sa visite nous pénètre de joie, cette vicissitude nous est un tourment. Il est nécessaire que l'Épouse bien-aimée soit toujours soumise à cette peine, jusqu'à ce qu'une bonne fois, ayant déposé le poids de son fardeau corporel, elle prenne son vol, et que, appuyée sur l'aile de ses désirs, elle dirige librement sa marche à travers les champs de la contemplation et suive, avec une volonté exempte de tout soin, son Bien-aimé partout où il ira.

« Cependant, il n'en sera point ainsi pour toute âme, même en passant, mais seulement pour celle qu'une grande dévotion, un désir enflammé, une affection pleine de douceur, déclarent une épouse véritable et proclament digne d'être honorée de la visite du Verbe entouré de tout son éclat et revêtu de la forme d'un époux. »

Et ailleurs le même saint ajoute…
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1. Joan., 6. — 1. Serm. 32, sup. cant.

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Re: Méditations sur la Vie de Jésus-Christ, par S. Bonaventure.

Message  Louis le Mer 31 Aoû 2016, 5:34 am

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CHAPITRE XXXV.

De la fuite du Seigneur quand on voulut le faire roi, et,
à cette occasion, pensées contre les honneurs du monde.

(suite)

Et ailleurs le même saint ajoute (1) : « Peut-être s'est-il retiré afin qu'on le rappelle avec plus d'ardeur, afin qu'on le retienne plus fortement. En effet, quelquefois il feignait d'aller beaucoup plus loin, non que telle fût sa volonté, mais parce qu'il désirait s'entendre dire : « Demeurez avec nous, car il se fait tard (1). Cette pieuse feinte ou plutôt cette condescendance salutaire dont le Verbe donnait corporellement des exemples, il ne cesse pas de s'en servir spirituellement et d'une manière qui lui est spéciale vis-à-vis de l'âme qui lui est dévouée. Il veut être arrêté lorsqu'il passe; il veut qu'on le rappelle lorsqu'il s'en va. Or, qu'il s'en aille, c'est une économie de ses desseins; qu'il revienne, c'est toujours un acte de sa pure volonté.

« L'une et l'autre manière d'agir sont toujours pleines d'un jugement secret, et le motif en est connu de lui seul. Maintenant, il est donc bien certain qu'il se passe dans l'âme de telles vicissitudes, que le Verbe s'en va et qu'il revient, selon qu'il le dit (2): « Je m'en vais et je reviens vers vous.Encore un peu de temps et vous ne me verrez plus, et encore un peu de temps et vous me reverrez. » O temps de peu de durée et de longue durée! O temps si court et si long ! Bon Seigneur, vous appelez court un temps où nous ne jouissons pas de votre présence ! Sauf le respect que je dois à la parole de mon Dieu, ce temps est long, il est d'une longueur démesurée.

« Cependant, ces deux choses sont vraies : ce temps est court, si l'on considère nos mérites; il est long, si on le met en rapport avec nos désirs. Le Prophète nous exprime ces deux choses : « S'il se fait attendre, dit-il, prenez patience, car il viendra sûrement et il ne tardera pas (1). » Comment donc ne tardera-t-il pas, s'il se fait attendre, si ce n'est que ce qui est suffisant pour le mérite, ne l'est point pour satisfaire nos désirs?

« Or, l'âme qui aime à se laisser emporter par ses vœux et entraîner par ses désirs, ne considère point ses mérites; elle ferme ses yeux à la Majesté, elle les ouvre au bonheur, elle place son espérance en celui qui est son salut, et elle agit en toute confiance avec lui.

« Enfin, pleine d'ardeur et sans considération aucune, elle rappelle le Verbe et lui redemande sans défiance ses délices, le nommant avec sa liberté accoutumée, non son Seigneur, mais son Bien-aimé, et lui criant : Revenez, mon Bien-aimé (2). — Le Seigneur (3)  ne cesse point de faire sentir ces alternatives à ceux qui sont spirituels, ou plutôt à ceux qu'il se propose de rendre spirituels ; il les invite dès le matin, et il les éprouve aussitôt. »

Ainsi s'exprime saint Bernard.

Vous voyez donc de quelle manière le Seigneur…
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1. Serm. 64, sup. cant. — 1. Luc., 24. — 2. Joan., 14-16. — 1. Habacuc., 3. — 2. cant., 1. — 3. Serm., 17, sup. cant.

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