Méditations sur la Vie de Jésus-Christ, par S. Bonaventure.

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Message  Louis le Lun 26 Sep 2016, 6:16 am

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CHAPITRE XLIV.

Comment les Disciples de Jésus-Christ
broyaient des épis pour s'en nourrir,
et ensuite de la pauvreté.


(2) Un jour de Sabbat, les Disciples du Seigneur Jésus ayant faim et ne pouvant se procurer de quoi manger, s'en allèrent par les champs où se trouvaient des blés mûrs, et ils broyèrent des épis dans leurs mains, afin d'en manger le grain. Or, les Pharisiens les reprenaient en disant qu'il n'était pas permis d'agir ainsi le jour du Sabbat; mais le Seigneur prit leur défense, et il faisait lui-même en ce jour diverses actions qui semblaient serviles, comme je l'ai dit plus haut en parlant de la guérison d'un homme dont la main était desséchée.

Pour vous, contemplez les Disciples et ayez de la compassion pour eux en les voyant dans un besoin si grand bien, que, de leur côté, ils éprouvent une grande joie d'en être réduits là, et cela par amour pour la pauvreté que leur Maître et Seigneur leur avait recommandée avant toute autre vertu et toute autre béatitude. Quels sentiments devons-nous éprouver en pensant que les princes du monde, en présence du Créateur de toutes choses, sont dans une telle pauvreté qu'il leur faille soutenir leur vie avec de pareils aliments, à la manière des animaux? Le Seigneur les regardait faire et il leur compatissait, car il les aimait avec beaucoup de tendresse ; mais il se réjouissait aussi, tant pour eux, parce qu'il savait qu'ils méritaient beaucoup par là, que pour nous à qui il laissait ainsi un exemple.

Or, en cet exemple nous pouvons découvrir une occasion d'avancer en plusieurs vertus; car la pauvreté y brille d'une manière admirable, les pompes du monde y apparaissent tout-à-fait dignes de nos mépris, la somptuosité et les apprêts trop recherchés dans les repas y rencontrent leur ruine, l'avidité de la gourmandise, sa délicatesse honteuse et son désir insatiable n'y trouvent qu'anéantissement total. Portez donc là vos regards, et, animée par un exemple si glorieux, embrassez de toute l'ardeur de votre âme cette pauvreté qui a jeté un si brillant éclat dans le Seigneur, dans notre Souveraine, sa Mère, dans les Princes du monde, les Apôtres, et dans tous ceux qui ont voulu marcher parfaitement sur leurs traces.

Mais remarquez bien…
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2. Mat., 12.

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Re: Méditations sur la Vie de Jésus-Christ, par S. Bonaventure.

Message  Louis le Mar 27 Sep 2016, 6:48 am

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CHAPITRE XLIV.

Comment les Disciples de Jésus-Christ
broyaient des épis pour s'en nourrir,
et ensuite de la pauvreté.

(suite)

Mais remarquez bien de quelle pauvreté j'ai intention de parler. Je sais qu'établie dans un monastère, vous avez embrassé par vœu cette vertu, et que vous ne pouvez rien avoir en propre ; rendez-en grâces à votre Dieu et soyez inviolablement fidèle à vos engagements. Mais je désire que vous vous éleviez plus haut, ce qui, du reste, est conforme à votre profession; ou plutôt cette profession, comprise autrement, serait vide de sens et n'offrirait que des paroles sans effet.

Je veux donc parler de cette pauvreté qui a sa racine dans le cœur, car c'est là que toutes les vertus sont implantées, et non dans ce qui est extérieur. Ainsi vous observez parfaitement votre vœu de pauvreté si c'est du fond de votre cœur que vous en remplissez les actes.

Mais si c'est extérieurement que vous souffrez la privation de bien des choses, si c'est uniquement parce que vous n'êtes pas dans l'abondance, comme le voudrait votre sensualité, si intérieurement vous avez des désirs, si, de propos délibéré, vous ambitionnez plus qu'il ne vous est nécessaire, ce n'est plus dans la pauvreté que vous vivez, mais dans la misère. Ce n'est plus là cette pauvreté qui est une vertu et une source de mérites ; c'est une détresse pénible, il est vrai, mais indigne d'aucune récompense; car pour perdre le mérite d'un acte, pour commettre un péché, c'est assez du désir accompagné du consentement. Et ne croyez pas, avec une telle pauvreté, pouvoir vous élever jusqu'à l'oraison ou la contemplation, ou jusqu'à la récompense du centuple. Quoi ! un cœur aggravé par le poids des cupidités terrestres pourrait-il monter si haut ? Pourrait-il, souillé par la fange et la boue, plongé dans la matière, grossièrement affecté, s'approcher de la pureté de Dieu et des esprits célestes?


Aimez donc du fond de votre âme cette pauvreté ; prenez-la pour votre mère; que sa beauté vous ravisse, mettez en elle tout votre bonheur, et, pour aucune chose au monde, ne consentez à la contrister. N'ayez rien et ne désirez absolument rien avoir en dehors de ce qui vous est nécessaire.

Mais vous me demanderez quelle est l'étendue de cette nécessité? Je vous répondrai que plus vous aimerez profondément la pauvreté, plus il vous sera facile de juger sainement de ce qui vous est nécessaire. Ces choses nous sont nécessaires sans lesquelles nous ne pouvons être. Voyez donc les choses dont il vous est facile de vous passer, et ne consentez jamais ni à les posséder, ni à les demander, ni à vous les procurer, ni à les recevoir de ceux qui voudraient vous en faire présent. Cependant, vous ne pourrez point encore avec tout cela imiter parfaitement le Seigneur Jésus dans sa pauvreté, quoique vous vous restreigniez rigoureusement, et je ne vois pas que notre pauvreté puisse entrer en comparaison avec la sienne, quelque effort que nous apportions à bien garder cette vertu. Je vais vous le montrer par une seule et belle raison, laissant de côté celles que nous pourrions trouver en considérant qu'il est Dieu, souverainement riche, le maître de toutes choses, suprême en perfection, et autres semblables.

La raison qui me fait parler ainsi…

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Message  Louis le Mer 28 Sep 2016, 6:19 am

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CHAPITRE XLIV.

Comment les Disciples de Jésus-Christ
broyaient des épis pour s'en nourrir,
et ensuite de la pauvreté.

(suite)


La raison qui me fait parler ainsi, c'est que le Seigneur ne s'est pas borné à prendre la détresse de la pauvreté; il en a choisi l'opprobre. Notre pauvreté, à nous, a été adoptée volontairement et pour l'amour de Dieu; c'est pourquoi elle est regardée comme une vertu et elle en est véritablement une. Aussi est-elle considérée par les méchants eux-mêmes comme exempte de toute honte et comme honorable. Mais il n'en a pas été ainsi de Jésus : on ne le connaissait pas, on ignorait entièrement que sa pauvreté fût volontaire, et la pauvreté qui naît du besoin produit la honte et le mépris. Étant donc, à la connaissance de tous, sans maison, sans biens, sans aucune des choses de ce monde, il en était méprisé davantage.

En effet, de pareils pauvres sont foulés aux pieds de tous les hommes. S'ils ont de la sagesse, on n'y ajoute pas foi ; s'ils sont d'une illustre origine, on les tourne en dérision, on les méprise. Qui plus est : noblesse, sagesse, probité, ou, pour mieux dire, toute qualité semble éteinte en eux dans l'appréciation de tout le monde. Ils sont rejetés presque partout, en sorte que l'amitié ancienne, les liens du sang, ne leur servent de rien le plus souvent; car chacun se refuse à avoir de tels parents ou de tels amis.

Vous voyez bien maintenant qu'il vous est impossible d'atteindre à sa pauvreté, ni même de l'imiter dans l'abjection si profonde de sa détresse et de son humiliation. Voilà pourquoi les pauvres du monde qui nous offrent l'image du Seigneur lui-même, ne doivent pas être méprisés. Elle est donc bien désirable cette vertu de pauvreté, surtout pour nous qui en avons fait vœu. Aussi appliquez-vous à la mettre en pratique avec tout le soin et toute la dévotion dont vous êtes capable.

Si vous désirez entendre saint Bernard, écoutez comment il parle sur ce point :...

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Re: Méditations sur la Vie de Jésus-Christ, par S. Bonaventure.

Message  Louis le Jeu 29 Sep 2016, 6:09 am

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CHAPITRE XLIV.

Comment les Disciples de Jésus-Christ
broyaient des épis pour s'en nourrir,
et ensuite de la pauvreté.

(suite)

Si vous désirez entendre saint Bernard, écoutez comment il parle sur ce point :

« (1) Imitons, autant que nous le pouvons, celui qui a tant aimé la pauvreté, que, bien qu'il eût en sa main les confins de la terre, il n'a cependant point possédé où reposer sa tête, et que nous lisons des Disciples qui s'attachèrent à lui, qu'en passant à travers les champs couverts de moissons, ils furent forcés, pour apaiser leur faim, de broyer quelques épis. »

« (1) Pourquoi le Seigneur, qui a en sa puissance l'or et l'argent, a-t-il consacré en sa personne la sainte pauvreté ? Ou bien pourquoi cette même pauvreté est-elle mise au jour avec tant de sollicitude par l'Ange? Voici, dit-il, le signe auquel vous le reconnaîtrez : vous trouverez un enfant enveloppé de langes (2). Vos langes, ô Seigneur Jésus, « ont été placés pour être un signe, mais c'est un signe auquel, jusqu'à ce jour, beaucoup ont contredit. Il nous a donné l'exemple, afin que nous marchions sur ses traces… Et, en vérité, une cuirasse de fer est plus utile dans le combat qu'une robe de lin, bien que l'une soit un fardeau et l'autre un vêtement d'honneur.

« C'est véritablement un grand abus, un abus qui passe toute limite, qu'un misérable vermisseau veuille être riche, quand le Dieu de majesté, le Seigneur des armées, a voulu se faire pauvre à cause de lui. »

« (1) Ce n'est pas la pauvreté qui est réputée une vertu, mais l'amour de la pauvreté.

« (2) L'amitié des pauvres nous rend amis des rois, mais l'amour de la pauvreté nous constitue rois. En un mot, le royaume des cieux est le royaume du pauvre. Heureux celui qui ne s'est point en allé à la poursuite de ces biens qui sont un fardeau pour ceux qui les possèdent, une cause de souillure pour ceux qui les aiment, un tourment pour ceux qui les perdent ! »


Vous voyez donc par l'exemple des Apôtres, par les passages de saint Bernard que je viens de vous citer et les autres que je vous ai rapportés plus haut en parlant de la naissance du Sauveur et du sermon sur la montagne ; vous voyez de quelle manière vous devez soupirer après la pauvreté comme après une vertu pleine d'excellence.


Mais que dirons-nous contre la gourmandise et à la louange de l'abstinence qui brille également dans le fait que nous venons de raconter ?...
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1. Serm. 4 de Adv. — 1. Serm. 4 nat. Dom. — 2. Luc., 2. — 1. Epist., 100. — 2. Epist., 108.

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Re: Méditations sur la Vie de Jésus-Christ, par S. Bonaventure.

Message  Louis le Ven 30 Sep 2016, 6:39 am

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CHAPITRE XLIV.

Comment les Disciples de Jésus-Christ
broyaient des épis pour s'en nourrir,
et ensuite de la pauvreté.

(suite)

Mais que dirons-nous contre la gourmandise et à la louange de l'abstinence qui brille également dans le fait que nous venons de raconter ? Il est, à la vérité, en dehors de mon but principal de traiter de ces vertus, surtout à cause de la multitude des autorités que nous aurions à produire ; mais, comme je considère votre propre utilité, que je vous sais sans expérience pour toutes ces choses, que vous n'avez point la facilité de vous en instruire , ni de livre où vous puissiez les apprendre , voilà pourquoi je vous en entretiens avec un soin plus particulier, afin qu'au moins vous connaissiez un peu la nature des vertus que vous pouvez imiter dans le Maître des vertus, dont la vie fait l'objet principal de nos méditations.

Vous devez donc savoir qu'il faut agir avec force contre la gourmandise, lui faire une guerre continuelle et s'en défendre sans réserve. C'est contre ce vice que les saints Pères et tous ceux qui se sont adonnés aux exercices de la vie spirituelle ont tourné leurs efforts. Écoutez comment en parle saint Bernard (1) :

« D'où vient une pusillanimité aussi grande ? D'où vient une abjection si déplorable, qu'une créature excellente, capable de la vie éternelle et de la gloire du Dieu suprême, puisqu'elle a été créée de son souffle, marquée à sa ressemblance, rachetée de son sang, dotée de sa foi, adoptée par son esprit, d'où vient, dis-je, qu'une telle créature ne rougisse pas de traîner une servitude misérable en suivant les appétits d'un corps qui s'en va en pourriture? Et c'est avec justice qu'il est impossible de les satisfaire à celle qui, abandonnant son Époux, se livre à de tels corrupteurs… C'est un travail bien insensé que de nourrir celle qui est stérile et ne saurait rien produire, et de refuser de faire du bien à celle qui est dans la viduité ; de mettre de côté le soin de son cœur et de ne s'occuper à répondre qu'aux désirs de la chair, d'engraisser un cadavre qui tombe en corruption et qui sera bientôt la proie des vers, comme nous le savons tous. »

Vous voyez donc comment il faut éviter la gourmandise, mais cependant nous pouvons condescendre aux exigences de notre corps selon ses besoins et pour en conserver la santé. C'est pourquoi le même saint Bernard s'exprime ainsi à ce sujet (1) :

« De tous les biens du corps, il n'y en a qu'un seul que nous lui devions : c'est la santé. Hors de là, nous ne lui sommes nullement redevables, il n'a rien à réclamer de nous, et il nous faut l'enchaîner et le tenir dans cette limite, puisque ses fruits sont nuls et que la mort en est le terme… Que si nous servons la sensualité, ce n'est plus la santé; cela n'est plus une conséquence de la nature, mais quelque chose en dehors de la nature, qui alors donne la main à la mort en choisissant la sensualité pour son guide.

« C'est ainsi que beaucoup sont descendus, ou, pour parler mieux, selon la vérité, sont tombés en des goûts si conformes à ceux de la bête, qu'ils ont préféré la sensualité à la santé, et se sont livrés avec transports à ces excès qu'ils savent bien être suivis des passions les plus dangereuses et les plus difficiles à surmonter. Or, de même que la santé est le besoin du corps, de même la pureté est le besoin du cœur; car l'œil qui est dans le trouble ne verra point Dieu, et pourtant le cœur de l'homme a été créé pour jouir de la vue de son Créateur. Si donc il faut pourvoir avec soin à la santé du corps, il faut aussi d'autant plus de sollicitude à conserver la pureté du cœur, que, sans contradiction aucune, cette partie de nous-mêmes est plus noble que l'autre. »

« (1) Cette recherche dans la nourriture fait naître en moi quelque soupçon; pourtant, si c'est d'après l'ordre du médecin que vous agissez ainsi, nous ne reprendrons pas le soin que vous avez de votre chair, car jamais personne n'a eu de la haine pour elle. »

Cependant, il ne faut pas suivre cette règle avec trop…

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1. De convers. Ad cler., c. 13. — 1. Serm. de tripl. gen. bon. et Vigil. sup. cogit. — 1. Serm. 60 in cant.

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Re: Méditations sur la Vie de Jésus-Christ, par S. Bonaventure.

Message  Louis le Sam 01 Oct 2016, 6:41 am

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CHAPITRE XLIV.

Comment les Disciples de Jésus-Christ
broyaient des épis pour s'en nourrir,
et ensuite de la pauvreté.

(suite)

Cependant, il ne faut pas suivre cette règle avec trop d'anxiété, ni trop de soin, ni l'étendre au-delà de justes limites. Aussi, lorsque nous ne ressentons actuellement aucune indisposition corporelle de nature à légitimer le choix de la nourriture, nous ne devons point nous en mettre en peine, ni vivre avec tant de minutie. C'est pourquoi saint Bernard nous dit (1) :

« Comprenez que, d'après le sentiment de mon Maître, la sagesse de la chair se trouve condamnée, cette sagesse à l'aide de laquelle la sensualité se change en dissolution, et le soin de la santé s'étend au-delà des limites convenables… A quoi bon s'éloigner des plaisirs, s'il faut  donner des soins de chaque jour à s'occuper des complexions diverses et à mettre de la variété dans la nourriture? Les légumes, dit-on, gonflent trop ; le fromage charge l'estomac; le lait porte à la tête; l'eau nuit à la poitrine ; les choux nourrissent la mélancolie ; les poireaux échauffent la bile ; le poisson d'étang ou nourri dans de l'eau boueuse est tout-à-fait contraire à mon tempérament. Quoi donc! c'est à peine si parmi les fleuves, les champs, les jardins et les maisons d'approvisionnement, on pourra trouver de quoi vous donner à manger ! Je pensais, voyez-vous, qu'un moine n'est pas un médecin, que ce n'est pas son affaire de juger de son tempérament, mais de sa profession.

« Je vous en prie, ayez pitié d'abord de votre propre repos; ensuite prenez en compassion la peine de ceux qui vous servent, prenez en compassion la pauvreté du monastère, prenez en compassion la conscience. Je dis la conscience, parce que je n'entends pas la
vôtre, mais celle de votre frère qui, assis à vos côtés, mange ce qui lui est présenté et se sent porté à murmurer du jeûne singulier qu'il vous voit observer. Vous lui êtes un sujet de scandale, soit par votre odieuse exigence, soit par les soupçons qu'il est porté à concevoir sur la charité de celui qui est chargé de pourvoir à votre nourriture…

« C'est en vain que plusieurs se flattent de trouver une excuse dans l'exemple de saint Paul, qui exhorte son disciple à ne point boire d'eau, mais à user d'un peu de vin à cause de son estomac et de ses fréquentes maladies (1). Ils devraient faire bien attention d'abord que ce n'est pas pour soi-même que l'Apôtre donne un pareil conseil, et que, de son côté, le disciple n'en fait nullement la demande. Ensuite, ce n'est pas à un moine que cet avis s'adresse, mais à un évêque dont la vie importait extrêmement à l'Église, dont la faiblesse était grande encore et dont la durée ne comptait que quelques jours. D'ailleurs, ce disciple, c'était Timothée.

« Donnez-moi un autre Timothée, et si vous  le voulez, donnez-lui l'or pour nourriture et le baume  pour breuvage. Et encore, c'est vous-même qui vous dispensez, touché de compassion pour votre personne propre. Cette dispense que vous vous accordez à vous-même, m'est suspecte, je vous l'avoue, et je crains bien que sous le manteau et le nom de la discrétion, ne se cache la prudence de la chair qui se joue de vous. Au reste, si l'autorité de l'Apôtre, permettant de boire du vin, trouve en vous tant de faveur, n'oubliez pas, je vous en avertis, ce qu'il a dit: Un peu de vin. »

Vous voyez donc, par ce qui vient d'être dit…
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1. Serm, 36 in cant. — 1. Tim., 5.

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Message  Louis le Dim 02 Oct 2016, 6:36 am

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CHAPITRE XLIV.

Comment les Disciples de Jésus-Christ
broyaient des épis pour s'en nourrir,
et ensuite de la pauvreté.

(suite)

Vous voyez donc, par ce qui vient d'être dit, qu'on peut s'occuper de la santé du corps, mais qu'il faut s'abstenir de toute recherche minutieuse dans le choix de la nourriture.

Mais que dirions-nous de l'abstinence? Écoutez non ma parole, mais celle de saint Bernard qui s'écrie (1) : « La chair et l'esprit, le chaud et la tiédeur ne sauraient habiter en un même lieu, surtout après qu'il a été dit de la tiédeur : qu'elle a coutume de provoquer au vomissement le Seigneur lui-même. Si donc les Apôtres attachés à la chair du Seigneur (cependant elle était sainte, puisqu'il était le Saint des saints), si, dis je, les Apôtres ne purent être remplis du Saint-Esprit tant que cette chair ne fut point enlevée de leur présence, pensez-vous qu'attaché à la vôtre, qui n'est que souillure et un repaire de tous les fantômes les plus immondes, vous puissiez recevoir cet Esprit de toute pureté, si vous ne vous efforcez de renoncer entièrement aux consolations qu'elle vous offre? Sans doute, lorsque vous commencerez, la tristesse remplira votre cœur; mais si vous persévérez, votre tristesse se changera en joie. Alors vos affections seront purifiées, votre volonté se renouvellera, ou plutôt une volonté nouvelle prendra vie en vous; en sorte que tout ce qui vous paraissait difficile et même impossible, vous l'accomplirez avec une douceur ineffable et avec avidité. »

« (1) Ne nous fâchons point contre Paul, s'il châtie son corps et le réduit en servitude en s'abstenant du vin, car c'est dans le vin que réside la luxure. Si, dans mes infirmités, je m'en permets un léger usage selon le conseil de l'Apôtre, je m'abstiendrai néanmoins d'admettre la viande parmi mes aliments, de peur qu'en nourrissant trop la chair, je ne pourrisse les vices de la chair. Je m'appliquerai même à manger mon pain avec mesure, de peur que mon estomac trop appesanti ne s'ennuie de la prière, et que le Prophète ne me reproche de m'en charger jusqu'à l'excès. Qui plus est, j'aurai soin de ne pas m'abreuver d'eau outre mesure, de peur que la dilatation qui en serait le résultat n'allât jusqu'à exciter les mouvements de la concupiscence. »

« (1) Le vin et un pain exquis, un breuvage miellé et des mets bien apprêtés combattent en faveur du corps et non de l'esprit : ce n'est point l'âme, mais la chair qui s'engraisse d'aliments préparés avec soin. Le poivre, le gingembre, le cumin, la sauge et mille autres sortes de condiments semblables flattent, il est vrai, le palais, mais allument la volupté. Celui qui vit avec prudence et sobriété n'a besoin pour assaisonnement que de la faim et d'un peu de sel. La faim seule étant absente, il vous faut alors recourir à je ne sais quels mélanges de sucres étrangers qui piquent le palais, provoquent l'appétit, excitent l'estomac. »

Dès que l’esprit a commencé…
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1. Serm. 3 de Asc. Dom. — 1. Serm. 66 sup. cant. — 1. Epist., 1.

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Message  Louis le Lun 03 Oct 2016, 5:37 am

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CHAPITRE XLIV.

Comment les Disciples de Jésus-Christ
broyaient des épis pour s'en nourrir,
et ensuite de la pauvreté.

(suite)

« (2) Dès que l’esprit a commencé à se réformer à l'image de son Créateur, bientôt la chair, venant à renaître, commence à son tour, par sa volonté propre, à se réformer à l'image de l'esprit; car c'est alors qu'elle s'accoutume, contre l'exigence de ses sens, à trouver sa joie en ce qui réjouit l'esprit. Et même, poussée par la multitude de ses défauts, par la peine fréquente que ses péchés lui font éprouver, brûlant de la soif de son Dieu, elle s'efforce de précéder l'esprit qui doit lui servir de guide. Nous ne perdons pas pour cela nos jouissances, mais nous les transportons du corps à l'âme, des sens à la conscience. Le pain de son et l'eau pure, les choux et les haricots ne sont point assurément des choses délectables; mais ce qui est véritablement délectable, c'est de pouvoir avec bonheur satisfaire, par amour pour Jésus-Christ et dans le désir de jouissances intérieures, un corps bien soumis, avec de pareils aliments.

« Combien de milliers de pauvres pourvoient délicieusement à leurs besoins avec seulement une partie de ces choses? Il serait facile, il serait vraiment agréable, en apportant l'amour de Dieu pour assaisonnement, de vivre selon les simples besoins de la nature, si notre folie permettait qu'il en fût ainsi, car à peine est-elle guérie qu'aussitôt la nature sourit à ce qui est naturel. Il en est de même du travail : l'homme des champs a les nerfs endurcis et les bras pleins de vigueur; c'est l'exercice qui fait tout cela : donnez-lui un long repos, il s'affaiblira. La volonté produit l'action, l'action l'exercice, et l'exercice donne des forces en tout genre de travail. »

Vous voyez clairement par ces témoignages que l'abstinence doit avoir une place toute particulière dans votre estime. Nos anciens Pères, aussi bien que le bienheureux François et la bienheureuse Claire, votre fondatrice, l'ont observée très-rigoureusement, ainsi que nous le lisons en leurs vies.

Cependant, selon le même saint Bernard (1), il y a trois cas où la mortification doit être tempérée : c'est premièrement, quand elle a lieu contre la volonté des supérieurs, ce qu'il ne faut se permettre en aucune façon ; en second lieu, quand elle serait, pour ceux avec qui vous vivez, la cause d'un scandale notable ; car il y a plus d'avantage pour l'âme à user de la vie commune par charité, que d'exercer des mortifications en dehors de cette vie au scandale des frères ; le troisième cas, c'est lorsqu'elle serait au-dessus des forces corporelles, car une mortification indiscrète n'est pas une vertu, mais un vice.

Saint Bernard parle ainsi de ceux qui ne se soumettent pas à ces règles…
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2. Epist. ad frat. de mons. Dei. — 1. Serm. 19 sup. cant.

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Re: Méditations sur la Vie de Jésus-Christ, par S. Bonaventure.

Message  Louis le Mar 04 Oct 2016, 6:10 am

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CHAPITRE XLIV.

Comment les Disciples de Jésus-Christ
broyaient des épis pour s'en nourrir,
et ensuite de la pauvreté.

(suite)

Saint Bernard parle ainsi de ceux qui ne se soumettent pas à ces règles :

« Vous ne pouvez vous contenter de la vie commune. Ce n'est pas assez pour vous des jeûnes de la règle, des veilles solennelles, de la discipline qui vous est imposée, de la mesure que nous vous faisons dans les vêtements et dans les aliments. Vous préférez ce qui est particulier à ce qui est commun ; mais comment donc, après nous avoir confié le soin de ce qui vous regarde, allez-vous vous entremêler de vos personnes? Cette volonté propre, qui tant de fois (votre conscience en est témoin) a été cause que vous vous êtes rendue coupable envers Dieu, vous la prenez maintenant pour votre guide, et cela de préférence à votre supérieur ! C'est elle, n'en doutez pas, qui vous enseigne à ne point avoir d'égards pour ce qui est naturel; à ne pas acquiescer à ce qui est raisonnable ; à dédaigner le conseil et l'exemple des anciens; à ne pas nous obéir. Ne savez-vous pas que bien des fois l'Ange de Satan se transfigure en Ange de lumière ? Dieu est sagesse, et non-seulement il veut qu'on l'aime avec douceur, mais avec sagesse. C'est pourquoi l'Apôtre dit : Que votre obéissance soit conforme à la raison. (1) D'ailleurs, l'esprit d'erreur se jouera facilement de votre zèle, si vous mettez de côté la science. Cet ennemi rusé n'a pas de moyen plus sûr pour enlever d'un cœur la charité, que de le faire s'avancer imprudemment et d'une manière contraire aux règles de la raison.

« (1) O honte ! voyez comme ils demandent sans cesse avec importunité ce qui est superflu, eux qui refusaient, il n'y a pas longtemps, avec obstination ce qui était de pure nécessité. Et quand même ils demeureraient invincibles en leur obstination, en continuant à se mortifier sans discrétion, en troublant, par une singularité si notable, ceux avec qui ils devraient vivre sous une même règle, dans la même maison, je ne sais véritablement s'ils pourraient se flatter de conserver encore la vraie piété; pour moi, il me semble que de tels hommes sont rejetés bien loin. En effet, que ces hommes, sages à leurs propres yeux, qui ont arrêté en eux-mêmes de ne point se rendre aux conseils ni aux commandements, que ces hommes, dis-je, voient ce qu'ils répondront, non point à moi, mais à celui qui a dit : « C'est une espèce de magie de ne vouloir point se soumettre, et un crime semblable à l'idolâtrie de faire sa volonté propre (2). Or, il avait commencé par dire : L'obéissance est meilleure que la victime, et il vaut mieux obéir que d'offrir la graisse du bélier, c'est-à-dire la mortification faite en dehors de l'obéissance.

« Quel est ce trouble qui s'élève si fréquemment...
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1. Rom., 12.— 1. Serm. 33 sup. cant. — 2. I Reg., 15.

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Bienheureux l'homme qui souffre patiemment la tentation, parce qu'après avoir été éprouvé, il recevra la couronne de vie, que Dieu a promise à ceux qui l'aiment. S. Jacques I : 12.

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Re: Méditations sur la Vie de Jésus-Christ, par S. Bonaventure.

Message  Louis le Mer 05 Oct 2016, 6:23 am

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CHAPITRE XLIV.

Comment les Disciples de Jésus-Christ
broyaient des épis pour s'en nourrir,
et ensuite de la pauvreté.

(suite)

« (3) Quel est ce trouble qui s'élève si fréquemment et d'une manière si pénible au sein de cette maison ? J'ai en vue la mortification de quelques-uns qui, parmi nous, exercent une abstinence superstitieuse qui les rend à charge à tout le monde et à eux-mêmes. Comment donc un désaccord si général n'est-il pas la ruine de leur propre conscience, et autant qu'il est en eux, un renversement étrange de cette vigne que la droite du Seigneur a plantée, je veux dire de votre communauté où tout doit être unanime? Malheur à l'homme par qui le scandale vient en ce monde ! Celui, dit le Seigneur, qui aura scandalisé un de ces petits enfants… et ce qu'il ajoute est dur; mais quels châtiments plus durs ne méritera donc pas celui qui scandalise une si nombreuse et si sainte assemblée ? Quel qu'il soit, sans aucun doute, il encourra le jugement le plus sévère.

« (1) Il me reste à signaler à ceux qui parviennent à la grâce de la dévotion, un danger et un danger tout-à-fait à craindre de la part du démon du midi ; car Satan lui-même se transfigure en Ange de lumière (2). Voici donc ce que doit redouter celui qui accomplit toutes choses avec tant de bonheur : c'est qu'en suivant sa ferveur, il ne détruise pas sa santé par un exercice immodéré, de peur qu'ensuite il ne soit contraint, au grand détriment de l'édifice spirituel, qu'il a élevé, de s'occuper plus qu'il ne faut d'un corps trop affaibli. Celui qui court bien, afin de ne pas tomber dans ce piège, a besoin d'être éclairé du flambeau de la discrétion qui est la mère des vertus et la consommation de la perfection. C'est elle qui doit l'instruire à ne faire rien de trop, ni rien de moins qu'il ne faut.

« C'est là le jour huitième dans lequel l'enfant est circoncis, car la vraie discrétion est une circoncision qui empêche qu'il n'y ait ni trop ni pas assez. Celui qui fait trop, coupe le fruit de la bonne œuvre, il n'en opère pas la circoncision; mais aussi celui qui est tiède fait moins qu'il ne doit. C'est donc en ce jour qu'un nom est imposé, et ce nom est un nom de salut; je ne craindrai pas de le dire : celui qui vit de la sorte accomplit son salut. Jusqu'à ce jour, les Anges seuls ont pu être instruits de son nom, car ils connaissent les célestes secrets; mais aujourd'hui, pour la première fois, je lui donne avec confiance ce nom de salut. Et parce que c'est une chose bien rare sur la terre que la discrétion, au moins que l'obéissance tienne en vous la place de cette vertu, mes frères, en sorte que vous ne fassiez ni plus, ni moins, ni autrement qu'il ne vous a été commandé.

«  Il y a des exercices dans lesquels il est nécessaire que le corps se fatigue…
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3. Serm. 64 in cant.— 1, Serm. 3 de Circ. Dom. — 2. II Cor., 11.

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Message  Louis le Jeu 06 Oct 2016, 6:11 am

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CHAPITRE XLIV.

Comment les Disciples de Jésus-Christ
broyaient des épis pour s'en nourrir,
et ensuite de la pauvreté.

(suite)

« (1) Il y a des exercices dans lesquels il est nécessaire que le corps se fatigue, comme sont les veilles et autres choses semblables ; mais ces exercices, loin d'être un obstacle à l'avancement spirituel, aident à l'assurer, s'ils sont faits avec raison et discrétion. Au contraire, si le vice de l'indiscrétion s'y mêle, de façon que le corps tombant en langueur et l'esprit venant à défaillir, les exercices spirituels en soient empêchés, celui qui a agi de la sorte a enlevé à son corps un bien excellent, à son âme la ferveur, au prochain l'exemple, à Dieu l'honneur; il est un sacrilège, et il s'est rendu coupable envers le Seigneur de toutes ces choses. Non pas que, selon le sentiment de l'Apôtre, il ne me semble naturel, juste et convenable, que la tête qui s'est fatiguée souvent jusqu'à la douleur à la poursuite des vanités du siècle, ne souffre quelquefois au service de Dieu; que l'estomac, qui s'est rempli souvent jusqu'à l'excès, ne souffre la faim jusqu'à en crier; mais en tout il faut garder une mesure.

« Le corps doit être affligé quelquefois, mais il ne faut point le briser; car si l'exercice corporel a quelque petite valeur, la piété est utile à tout. Quand je parle d'une valeur médiocre, je ne prétends point flatter la concupiscence ; cependant je soutiens qu'il faut donner quelque soin à la chair, mais avec sobriété et avec une certaine mesure spirituelle, en sorte que, ni dans le mode, ni dans la qualité, ni dans la quantité, on ne découvre rien qui soit indigne d'un serviteur de Dieu. »

Ainsi parle saint Bernard.

Mais, afin que vous connaissiez mieux cette vertu de discrétion, écoutez encore ce que le même saint dit à sa louange (1) : « La vertu de discrétion sans la ferveur de la charité ne fait que traîner, et la ferveur embrasée, si elle n'est tempérée par la discrétion, pousse au précipice. C'est pourquoi celui-là est digne de louange à qui ni l'une ni l'autre de ces vertus ne manquent, de façon que la ferveur anime la discrétion, et la discrétion règle la ferveur. La discrétion établit l'ordre de la vertu, l'ordre lui donne le mode, l'éclat et la perpétuité. — C'est en suivant l'ordre que vous leur avez tracé que les jours se succèdent, dit le Prophète (2), et il appelle jour la vertu. La discrétion n'est donc pas tant une vertu que la modératrice et le guide des vertus, la régulatrice des affections et la science des mœurs. Enlevez-la, et la vertu deviendra un vice, l'affection la plus naturelle se changera en trouble et sera la ruine même de la nature. »

Vous voyez donc, par ce qui vient d'être dit, comment l'exemple des Disciples détruit la superfluité et la gourmandise. Mais je ne vous ai point encore fait remarquer comment la pompe du monde y trouve aussi sa condamnation. Bien que je n'aie pas l'intention de poursuivre ce sujet, je ne veux pourtant pas l'omettre entièrement. Qu'il me suffise donc de dire que dans cet exemple on voit renouveler la bienheureuse simplicité du premier âge dans lequel les hommes se contentaient du fruit des arbres, des racines, des herbes et de l'eau pure. S'il en était ainsi aujourd'hui, nous n'aurions besoin ni de moulin, ni de four, ni d'ustensiles, ni d'un appareil incroyable d'objets de ménage, ni de meubles pompeux et variés, choses dans lesquelles le genre humain est embarrassé d'une manière inextricable.
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1. Epist. ad fratres de mont. Dei. — 1. Serm. 23 sup. cant. — 2. Ps. 18.

A suivre : Du ministère de Marthe et de Marie.— De l'ordre de la contemplation, laquelle renferme deux parties.

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Message  Louis le Ven 07 Oct 2016, 6:22 am

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CHAPITRE XLV.

Du ministère de Marthe et de Marie.— De l'ordre de la contemplation, laquelle renferme deux parties.

(1) Un jour Jésus, étant allé à Béthanie, descendit dans la maison de Marthe et de Marie. Comme elles l'aimaient de tout leur cœur, elles le reçurent avec le respect le plus profond et l'empressement le plus grand. Marthe, sœur de Marie, se mit aussitôt en action afin de préparer au Seigneur et à ses Disciples un festin tout-à-fait splendide. Mais Marie se plaça aux pieds de Jésus.

Or, tandis que le Seigneur, ne pouvant demeurer oisif, répandait les paroles de la vie éternelle, Marie, les yeux attachés sur lui, les oreilles ouvertes à tout ce qu'il disait, trouvait dans ses discours un bonheur inexprimable, et nulle autre pensée n'avait accès en son âme. Marthe souffrit tout cela avec peine, et elle demanda au Seigneur qu'il voulût bien forcer sa sœur à partager son travail ; mais elle reçut une réponse contraire à ses désirs, car il lui fut dit que Marie avait choisi la meilleure part. Celle-ci, qui prenait son repos dans les paroles de Dieu, s'éveillant comme d'un profond sommeil aux réclamations de sa sœur, craignit que son inaction ne fût coupable, et se tint les yeux fixés vers la terre en gardant le silence. Mais après la réponse du Seigneur, elle s'assit de nouveau, plus tranquille et plus heureuse encore qu'auparavant. Ensuite, le repas étant prêt, et le Seigneur cessant de prêcher, elle se lève, lui offre de l'eau afin qu'il puisse laver ses mains, et, sans jamais s'éloigner de lui durant tout le repas, elle le sert avec empressement.

Considérez attentivement le Seigneur entrant dans cette maison, et ces femmes le recevant avec la joie la plus vive. Arrêtez-vous ensuite à tout ce que vous venez de voir dans les actions diverses que j'ai rapportées, car tout est réellement plein de beauté.

Or, vous devez savoir que…
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1. Luc., 18.

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Message  Louis le Sam 08 Oct 2016, 6:31 am

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CHAPITRE XLV.

Du ministère de Marthe et de Marie.— De l'ordre de la contemplation, laquelle renferme deux parties.

(suite)

Or, vous devez savoir que, par ces deux sœurs, les saints nous disent qu'il faut entendre les deux voies de la vie spirituelle : la voie active et la voie contemplative. Il y aurait une ample matière à traiter en parlant de ces deux voies; mais je crois qu'il vous est avantageux que je ne m'étende pas trop longuement. Cependant, je veux vous en écrire quelque chose, car saint Bernard a parlé avec abondance sur ce sujet en divers endroits; ses enseignements sont de la plus haute utilité, de la spiritualité la plus élevée, et de la nécessité la plus grande. D'ailleurs, nous vivons continuellement selon ces deux voies, et nous ignorons fréquemment comment nous devons nous y conduire ; de là un grand danger et une perte non légère, surtout pour ceux qui mènent la vie religieuse.

La vie active est donc celle qui est désignée par Marthe ; mais cette vie renferme deux parties, comme je puis le conclure de la doctrine de saint Bernard.

La première est celle dans laquelle l'âme s'exerce principalement à ce qui concerne son avantage personnel, en se corrigeant de ses défauts, en se purifiant de ses  vices et en s'ornant de vertus. La même chose se fait aussi secondairement, dans l'intérêt du prochain, par l'accomplissement des œuvres de justice et des devoirs de la piété et de la charité.

La seconde partie de cette vie consiste à rapporter son exercice principalement à l'utilité du prochain, quoique l'avantage le plus grand en revienne à celui qui agit; et c'est ce qui a lieu quand on dirige et qu'on enseigne les autres, quand on aide au salut des âmes, comme tous les prélats, les prédicateurs et autres.

Entre ces deux parties de la vie active se trouve la vie contemplative; et tel est l'ordre qui s'y observe : premièrement, c'est que chacun s'exerce et s'applique à l'oraison, à l'étude des saintes lettres, aux autres bonnes œuvres et devoirs de la vie vis-à-vis de ses frères, en ayant soin de se corriger de ses vices et d'acquérir les vertus; secondement, c'est qu'on se repose dans la contemplation en cherchant la solitude et en vaquant à Dieu seul de tout son pouvoir; troisièmement, c'est qu'à l'aide de ces deux exercices, étant rempli des vertus, illuminé par la vraie sagesse, embrasé de ferveur, on s'applique au salut des autres.

Il faut donc d’abord, comme je l'ai indiqué, que dans la première partie de la vie active, l'esprit se dégage, se purifie du péché, se fortifie par l'exercice des  vertus ; ensuite, qu'il s'établisse solidement, s'illumine et s'instruise dans la vie contemplative; après quoi, il peut avec confiance travailler à l'avancement du prochain et lui venir en aide. Que ce soit l'ordre véritable, on le prouve par les témoignages que je vais apporter. D'abord, commençons par montrer que la première partie de la vie active précède la vie contemplative.

Saint Bernard dit…

A suivre: CHAPITRE XLVI. La vie active précède la vie contemplative.

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Message  Louis le Dim 09 Oct 2016, 6:23 am

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CHAPITRE XLVI.

La vie active précède la vie contemplative.



Saint Bernard dit (1) : « Jésus entrant dans ce village, deux sœurs, Marthe et Marie, c'est-à-dire l'action et l'intelligence, le reçurent. Or, Jésus étant arrivé à elles, leur donna à chacune ce qui leur convient, la vertu et la sagesse ; la vertu à l'action, la sagesse à l'intelligence. Voilà pourquoi il est appelé par les Apôtres : la vertu de Dieu, la sagesse de Dieu (2). Mais d'où vient que Marthe le reçoit, lorsqu'il entre, qu'elle s'empresse et qu'elle sert, tandis que Marie, après qu'il est entré, se place à ses pieds, suspend son cœur à ses paroles, si ce n'est que l'action marche la première et que la contemplation la suit? Quiconque désire parvenir à l'intelligence, doit nécessairement commencer par s'exercer avec empressement aux bonnes œuvres, selon qu'il est écrit : « Mon fils, si vous désirez la sagesse, conservez la justice, et Dieu vous l'accordera (1). » Et ailleurs : «  C'est dans vos commandements que j'ai trouvé l'intelligence (2). « Et encore : « C'est par la foi qu'il purifie leurs cœurs (3). » Par quelle foi? Par la foi qui opère par l'amour.

« (4) Peut-être, vous aussi, soupirez-vous après le repos de la contemplation? Vous faites bien, mais n'oubliez pas les fleurs dont nous lisons que le lit de l'Épouse était couvert. Ayez donc soin d'environner pareillement le vôtre des fleurs de vos bonnes œuvres, et de prévenir, par l'exercice des vertus, le saint repos, comme la fleur précède le fruit. C'est vouloir goûter un repos trop mou que de désirer en jouir sans s'être fatigué par l'exercice, et de soupirer après les embrassements de Rachel, en dédaignant la fécondité de Lia. C'est un renversement de l'ordre que d'exiger la récompense avant le mérite, et de prendre sa nourriture avant d'avoir travaillé, l'Apôtre nous disant : Que celui qui ne travaille pas, ne mange pas (5). — C'est dans vos commandements que je trouve l'intelligence, dit le Prophète ; et cela, afin que vous sachiez que les délices de la contemplation ne sont véritablement dues qu'à l'obéissance aux commandements.

« Ne vous imaginez pas que l'amour que vous avez du repos doive vous porter à vous soustraire aux actes de la sainte obéissance ou aux règles des anciens. S'il en était ainsi, l'Époux ne saurait reposer avec vous, sur une même couche, alors surtout que vous auriez recouvert cette couche des roseaux et des orties de la désobéissance. Il n'exaucerait pas vos prières, et, quand vous l'appelleriez, il ne se rendrait pas à vos invitations ; car ce grand amant de  l'obéissance, qui a mieux aimé subir la mort que de se soustraire à ses lois, ne se livrera pas sans mesure à celui qui désobéit. Et il ne saurait approuver le vain repos de votre contemplation, celui qui a dit : Je me suis fatigué à souffrir (1), marquant par ces paroles le temps où, exilé du ciel et de la patrie du suprême repos, il a accompli le salut du monde en demeurant au milieu de nous.

« J'admire beaucoup l'impudence de quelques-uns…
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1. Serm. 5 de Assumpt. Virg. — 2. II Cor., 1. —1. Eccli., 1 — 2. Ps. 118. — 3. Act., 15. — 4. Serm. 46 sup. Cant. — 5. II Thess., 3. — 1. Jer., 6


Dernière édition par Louis le Lun 10 Oct 2016, 6:27 am, édité 1 fois (Raison : Formatage.)

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Message  Louis le Lun 10 Oct 2016, 6:26 am

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CHAPITRE XLVI.

La vie active précède la vie contemplative.

(suite)


« J'admire beaucoup l'impudence de quelques-uns qui résident dans cette maison, et qui, après nous avoir troublé par leur singularité, nous avoir irrité par leur impatience, nous avoir méprisé par leur entêtement et leur rébellion, osent néanmoins inviter, avec l'instance réitérée de la prière, le Seigneur de toute pureté à partager la couche souillée de leur conscience ; « Mais, leur répond-il, lorsque vous élèverez vos mains, je détournerai mes regards, et lorsque vous aurez multiplié votre prière, je ne vous exaucerai pas (2). » Quoi donc ! votre couche n'est point couverte de fleurs, mais plutôt elle est toute immonde, et vous voulez y attirer le Roi de gloire ! Est-ce pour l'y faire goûter le repos ou pour vous moquer de lui que vous agissez ainsi?...

« Continuez donc à étendre durant tout le jour vos mains vers Dieu, vous qui ne cessez jamais de fatiguer vos frères, vous qui portez atteinte à leur union si parfaite, vous qui vous séparez de l'unité. Que voulez-vous que je fasse, direz-vous? Ce que je veux, c'est que vous commenciez par purifier votre conscience de tout levain de colère, de contradiction, de murmure et d'envie, et que vous vous empressiez de retrancher de la demeure de votre âme tout ce que vous savez être contraire, ou à la paix de vos frères, ou à l'obéissance que vous devez aux anciens.

« Ensuite, ce que je veux, c'est que vous vous environniez des fleurs de toutes sortes de bonnes œuvres et de pensées louables, en même temps que des parfums des vertus, c'est-à-dire de tout ce qui est vrai, de tout ce qui est juste, saint et aimable, de tout ce qui respire la bonne renommée, de tout ce qui est vertu, de tout ce qui est digne de louange dans le règlement des mœurs (1). Occupez votre esprit de toutes ces choses et appliquez-vous à vous y exercer. C'est dans une demeure ornée de la sorte que vous pourrez appeler en sûreté l'Époux; car lorsque sous l'y aurez introduit, il vous sera permis de lui dire avec vérité : Notre couche est couverte de fleurs, votre âme respirant non-seulement la piété, mais la paix, mais la mansuétude, mais la justice et l'obéissance, mais la joie et l'humilité. »

Ainsi parle saint Bernard, et, par ses paroles, vous voyez comment la partie de la vie active, qu'il appelle la première, marche avant la vie contemplative.

Nous allons voir maintenant comment la vie contemplative précède la vie active dans sa seconde partie…
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2. Ps., 1. — 1.Philip., 4.

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Message  Louis le Mar 11 Oct 2016, 6:02 am

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CHAPITRE XLVII.

De l'oraison et de sept choses que doit posséder le parfait docteur.

Nous allons voir maintenant comment la vie contemplative précède la vie active dans sa seconde partie, et se trouve ainsi placée entre les deux parties de cette vie active. Saint Bernard dit donc (1)  :

« Sans aucun doute, il faut prendre garde de ne point donner ce que nous avons reçu pour notre usage propre, et de ne point retenir ce qui nous a été accordé pour être distribué aux autres. Or, vous gardez en votre possession ce qui appartient à Jésus-Christ, si, par exemple, étant plein de vertus et brillant en même temps à l'extérieur des dons de la science et de l'éloquence, vous enchaînez néanmoins dans un silence inutile ou plutôt damnable, soit par crainte ou par paresse, soit par une humilité hors de saison, la parole de bien qui aurait pu servir à un grand nombre. Assurément vous serez maudit, parce que vous cachez ce qui était destiné à nourrir les peuples. D'un autre côté, vous répandez et vous perdez ce qui était destiné à vous seul, si, avant d'être abreuvé tout entier, si, à moitié rempli, vous vous hâtez de vous prodiguer, si, agissant ainsi contrairement à la loi, vous labourez avec le premier-né de vos boeufs, et vous enlevez la toison, à celle d'entre vos brebis qui a vu le jour la première (1). Sans aucun doute, vous Vous privez du salut et de la vie que vous donnez aux autres, tandis que, vide de toute intention bien réglée, vous vous gonflez du souffle de la vaine gloire, vous vous imprégnez du venin de la cupidité terrestre, et vous vous corrompez au milieu des ravages de leur action mortelle. C'est pourquoi, si vous êtes sage, vous serez un réservoir et non un canal; car celui-ci répand presque à l'instant même ce qu'il reçoit, tandis que celui-là attend qu'il soit rempli, et communique ainsi ce qui déborde sans éprouver aucune perte, sachant que la malédiction pèse sur celui qui fait sa part moindre.

« Au reste, vous, mon frère, dont le salut n'est pas encore assez affermi, dont la charité est nulle encore, ou du moins si tendre et si semblable à un roseau qu'elle cède au souffle le plus léger, qu'elle croit à tout esprit et se laisse entraîner à tout vent de doctrine; ou plutôt : vous dont la charité est si grande que, dépassant le commandement, vous aimez le prochain plus que vous-même, et en même temps si médiocre que, contre le commandement, elle se dissout au contact de la faveur, se laisse abattre par la crainte, troubler par la tristesse, resserrer par l'avarice, retarder par l'ambition, inquiéter par les soupçons, ébranler par les injures, épuiser par les affaires, gonfler par les honneurs, dessécher par l'envie: vous, dis-je; qui sentez ce que vous êtes en vous considérant, quelle folie, je vous le demande, vous porte à désirer vous charger du soin de ce qui vous est étranger, ou vous incline à en accepter le fardeau ? Écoutez ce que conseille une charité prudente et vigilante : « Que les autres, dit l'Apôtre, ne soient pas trop soulagés, et que vous ne soyez pas surchargés, mais qu'il y ait égalité (1). » Ne veuillez donc point être trop juste (2) ; c'est assez que vous aimiez votre prochain comme vous-même (3); car c'est en cela que je trouve l'égalité.

« Commencez d'abord par vous remplir vous-même…
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1. Serm. 18 in cant. — 1. Deut., 15. — 1. II Cor., 8. — 2. Eccli., 7. — 3. Rom. , 13.

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Message  Louis le Mer 12 Oct 2016, 6:22 am

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CHAPITRE XLVII.

De l'oraison et de sept choses que doit posséder le parfait docteur.

(suite)

« Commencez d'abord par vous remplir vous-même, et ensuite appliquez-vous à répandre ce que vous avez de trop. La charité, qui est pleine de bénignité et de prudence, a coutume d'être dans l'abondance et de ne point laisser s'écouler ce qu'elle possède. Mon fils, dit Salomon, ne laissez point échapper ce que vous avez (4) . » Et l'Apôtre saint Paul : « Nous devons, dit-il, observer les choses que nous avons entendues, de peur que anus ne soyons semblables à des vases qui laissent s'écouler ce qu'on y met (5). » Or, qu'y a-t-il de plus saint que Paul? Qu'y a-t-il de plus sage que Salomon?

« Mais écoutez maintenant combien de choses sont nécessaires à notre propre salut, et combien elles sont importantes ; combien de choses considérables dont il nous faut remplir avant que nous osions entreprendre de les répandre sur les autres...

« Le médecin s'approche de celui qui est blessé, et c'est l'esprit qui vient au secours de l'âme. Quelle âme rencontrera-t-il qui n'ait été frappée du glaive du démon ? Quel est donc le premier besoin de cette âme ? C'est qu'avant tout la tumeur de l'ulcère, qui a sans doute recouvert la plaie et qui peut empêcher la guérison, disparaisse. Or, l'ulcère d'une habitude invétérée disparaîtra sous le fer aigu de la contrition. Mais la douleur à supporter est acerbe. Il faut donc, pour l'adoucir, le parfum de la dévotion, qui n'est autre chose que la joie causée par l'espérance du pardon ; et cette joie, c'est la victoire sur le péché et la puissance de s'en abstenir qui la produit. Mais déjà celui qui en est là rend grâces et s'écrie : «Vous avez brisé mes liens, c'est pourquoi je vous offrirai en sacrifice une victime de louange (1). »

« Il faut ensuite appliquer le remède de la pénitence, qui est un composé de jeûnes, de veilles, d'oraisons et de tous les autres exercices qui sont le partage des pénitents. Dans le travail, l'esprit veut être soutenu par la nourriture des bonnes œuvres, de peur qu'il ne tombe en défaillance. Que les bonnes œuvres soient une nourriture, vous l'apprenez par ce qui suit : Ma nourriture, dit le Seigneur, est de faire la volonté de mon Père (2). Ainsi, que les travaux de la pénitence soient donc accompagnés des œuvres de la piété qui donnent la force. « L'aumône, dit le sage, sera  le sujet d'une grande confiance devant le Dieu suprême (1). »

« La nourriture engendre la soif : il faut se désaltérer. Qu'à l'aliment des bonnes œuvres vienne donc se joindre le breuvage de l'oraison qui dispose, au profit de la conscience, tout ce qu'une action sainte a mis en elle, et le fait valoir aux yeux de Dieu. C'est dans l'oraison que l'on boit le vin qui réjouit le cœur de l'homme, le vin de l'esprit qui remplit d'ivresse, plonge dans l'oubli des voluptés charnelles, rafraîchit l'intérieur d'une conscience desséchée, rend facile la nourriture des bonnes œuvres et la fait pénétrer dans les diverses parties de l'âme en fortifiant la foi, en affermissant l'espérance, en vivifiant et réglant la charité, en purifiant toutes les inclinations.

« La faim une fois rassasiée, et la soif calmée, que reste-t-il à faire...
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4. Prov. 3. — 5. Hebr., 2. — 1.  Ps. 115 . — 2 Joan., 4. — 1. Job., 4.

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Message  Louis le Jeu 13 Oct 2016, 6:59 am

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CHAPITRE XLVII.

De l'oraison et de sept choses que doit posséder le parfait docteur.

(suite)

« La faim une fois rassasiée, et la soif calmée, que reste-t-il à faire au malade, sinon de demeurer en paix et de se livrer au repos de la contemplation après avoir été arrosé des sueurs de l'action? S'il s'endort de ce sommeil, c'est Dieu qui sera l'objet de ses songes ; car c'est comme en un miroir et en des énigmes qu'il lui est donné de le voir, et non face à face. Cependant, c'est alors qu'il s'enflamme de l'amour de celui qu'il s'est plutôt représenté qu'il ne l'a entrevu, et cela comme à la dérobée, à la lueur d'une étincelle qui s'évanouit, de celui qu'il a à peine senti légèrement; c'est alors qu'il s'écrie : « Mon âme vous a désiré durant la nuit, et mon esprit a soupiré après vous jusqu'en ses profondeurs (1).» Un tel amour porte en soi le zèle; c'est l'amour qui convient à l'ami de l'Époux, et il est nécessaire que le serviteur fidèle et prudent, établi par le Seigneur pour prendre soin de sa famille, en soit tout brûlant. C'est l'amour qui remplit, embrase et fermente, l'amour qui répand sans danger ce qu'il possède, car il déborde et ne peut être contenu; il s'écrie : Qui est faible sans que je m'affaiblisse avec lui? Qui est scandalisé sans que je brûle de douleur (2) ?

« Qu'il se livre donc à la prédication, qu'il produise des fruits abondants, qu'il renouvelle les anciens prodiges, qu'il enfante des miracles. La vanité ne saurait trouver à se mêler là où la charité est en possession de tout. En effet, la plénitude de la loi et du cœur, c'est la charité, pourvu toutefois qu'elle soit pleine et entière.

« Enfin, Dieu est charité, et il n'y a rien en aucun objet qui puisse remplir une créature faite à l'image de Dieu, si ce n'est le Dieu qui est charité ; car lui seul est plus grand que cette créature. Celui qui n'a pas encore acquis cette charité, de quelque vertu qu'il semble briller aux yeux des autres, celui-là, dis je, ne saurait être mis en avant sans le danger le plus imminent. Quand même il serait en possession de toute la science, quand même il aurait livré son corps pour être la proie des flammes, sans la charité, il n'est rien, dit saint Paul (3).»

« Voici de combien de choses il faut être rempli, afin d'oser en verser la surabondance. C'est d'abord la componction ; en second lieu, la dévotion ; troisièmement, le travail de la pénitence ; quatrièmement, les œuvres de piété ; cinquièmement, l'application à l'oraison ; sixièmement, le repos de la contemplation; septièmement, la plénitude de la charité. C'est un seul et même esprit qui opère toutes ces choses par une action qui s'appelle infusion, afin que ce que l'on appelle effusion puisse s'accomplir saintement et par cela même sans danger pour l'honneur et la gloire de Jésus-Christ, notre Seigneur. »

«  La contemplation sainte et véritable…
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1. Ps. 26. —   2 II Cor. 11. — 3. I Cor., 13.

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Re: Méditations sur la Vie de Jésus-Christ, par S. Bonaventure.

Message  Louis le Ven 14 Oct 2016, 7:01 am

.
CHAPITRE XLVII.

De l'oraison et de sept choses que doit posséder le parfait docteur.

(suite)

«  (1) La contemplation sainte et véritable a pour résultat de remplir quelquefois l'âme qu'elle a embrasée du divin amour, d'un zèle si grand et d’un tel désir de gagner à Dieu ceux qui peuvent l'aimer comme elle, qu'elle interrompra avec empressement son repos pour se livrer aux travaux de la prédication; et ensuite, une fois qu'elle a satisfait ses désirs en ce point, elle revient avec d'autant plus d'ardeur à son premier exercice, qu'elle se rappelle l'avoir interrompu de la manière la plus fructueuse. Après s'être rassasiée de nouveau des délices de la contemplation, elle s'élance avec plus de force encore et avec la joie la plus vive à la poursuite des gains qu'elle a déjà connus. »

« Au reste, il arrive le plus souvent que l’âme est flottante entre ces deux objets; elle craint et elle éprouve une angoisse profonde dans la pensée qu'elle s'attache peut-être plus qu'il ne convient, soit à la prédication qui la distrait de ce qui fait ses délices, soit à la contemplation, et qu'ainsi elle s'éloigne tant soit peu de la volonté divine. C'est peut-être quelque chose de semblable que souffrait le saint homme Job quand il disait : « Si je m'endors, je dis aussitôt : quand me lèverai-je? Et étant levé, j'attends le soir avec impatience (1). » C'est-à-dire : dans mon repos, je m'accuse de négliger le travail, et dans le travail je me reprends d'avoir troublé mon repos. Vous voyez que ce saint homme flotte, agité par une inquiétude cruelle, entre le fruit qu'il voit dans son travail et le repos qu'il goûte dans la contemplation; et, bien que sa vie se passe tout entière à faire le bien, cependant il fait  sans cesse pénitence comme s'il avait mal agi, et il demande à tout moment avec soupirs à connaître la volonté de Dieu. En effet, l'unique remède ou plutôt l'unique refuge en cette circonstance, c'est la prière; car c'est par elle que s'élèvent vers Dieu nos gémissements fréquents, afin qu'il daigne nous montrer sans cesse ce qu'il attend de nous, quand et comment il veut que nous agissions. »

Telles sont les paroles de saint Bernard.

Vous voyez maintenant comment la vie active renferme deux parties ; comment entre elles se trouve placée  la vie contemplative, et par là même, de quelle manière et en quel ordre il faut les ranger. Il reste à les considérer chacune en particulier; mais je n'ai pas l'intention de vous entretenir du sujet que nous devrions traiter en dernier lieu, c'est-à-dire de la seconde partie de la vie active; car il a pour but d'enseigner comment il faut s'employer au salut des âmes et à ce qui concerne l'utilité du prochain, et votre état n'a pas besoin de ces instructions. C'est assez pour vous d'appliquer tous vos efforts à vous corriger de vos défauts et à vous remplir de vertus par la première partie de la vie active, afin de pouvoir vaquer à votre Dieu par la contemplation.

Vous connaissez en partie, il est vrai, ce qui concerne la vie active…
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1. Serm. 57 in cant.— 1. Job., 7.  

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Message  Louis le Sam 15 Oct 2016, 5:52 am

.
CHAPITRE XLVIII.

De l'exercice de la vie active.

Vous connaissez en partie, il est vrai, ce qui concerne la vie active, surtout par ce que je vous ai cité du sermon 46e de saint Bernard sur le Cantique des cantiques. Cependant je veux encore vous apporter d'autres passages du même saint, afin que vous puissiez fuir le vice avec plus de prudence et acquérir plus abondamment la vertu. C'est donc ainsi qu'il s'exprime dans le même ouvrage (1) : « Semez pour vous dans la justice, moissonnez l'espérance de la vie, et faites enfin briller à vos yeux la lumière de la science, dit le Prophète (2).

«  Vous voyez que c'est en dernier lieu qu'il place la science, parce qu'elle est comme une peinture qui ne saurait subsister sans un corps qui la reçoive. Ainsi, il met en avant les deux premières choses, et il leur joint la science ensuite, comme si d'abord il eût voulu préparer un fond qui dût recevoir la peinture. C'est donc sans crainte que je m'appliquerai à la science, si je possède d'abord le bienfait de l'espérance, qui sera pour ma vie un gage de sécurité. Vous avez semé pour la justice, si, par une vraie connaissance de vous-même, vous avez éveillé en vous la crainte de Dieu, si vous vous êtes plongé dans l'humiliation, si vous avez versé des larmes, si vous avez répandu des aumônes, si vous vous êtes appliqué aux autres œuvres de la piété, si, par les jeûnes et les veilles, vous avez affligé votre corps, si vous avez fatigué votre poitrine en la frappant, et le ciel en y faisant monter vos cris. C'est là ce qu'on appelle semer pour la justice. La semence, ce sont les bonnes œuvres, les saints exercices ; la semence, ce sont les larmes. Ils s'en allaient, dit le Prophète, et ils jetaient leur semence en versant des larmes (1). »

Le même saint…
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1. Serm.,37 in cant. — 2. Ose.,10. — 1. Ps. 125.

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Message  Louis le Dim 16 Oct 2016, 5:39 am

.
CHAPITRE XLVIII.

De l'exercice de la vie active.

(suite)

(2) Le même saint, en la personne de l'Épouse qui s'adresse aux amis de l'Époux, et demande qu'il lui donne un baiser, c'est-à-dire le ravissement de la contemplation, s'exprime ainsi :

« S'il a pour moi quelque sollicitude, qu'il me donne un baiser de sa bouche; je ne suis point ingrate, mais je l'aime… Voilà déjà un grand nombre d'années que je m’efforce de vivre purement et sobrement dans la grâce, que je m'exerce aux saintes lectures, que je résiste à mes penchants, que je m'applique fréquemment à l'oraison, que je veille contre les tentations, que je repasse mes années dans l'amertume de mon âme; je pense que j'ai vécu, autant qu'il a été en moi, sans contestation au milieu de mes frères , je me suis soumise aux puissances placées au-dessus de moi ; soit en sortant, soit en rentrant, j'ai connu l'autorité de celui qui me précédait en âge. Je ne désire rien de ce qui appartient à mes frères, j'ai même donné ce qui m'appartenait, je me suis donnée moi-même ; et cependant je mange mon pain à la sueur de mon front. Tout ce que je viens d'énumérer, l'habitude l'accomplit, mais la douceur n'y est pour rien… Peut-être observé-je les commandements d'une manière passable ; mais mon âme est en ces exercices comme une terre qui est privée d'eau. Afin que mon holocauste devienne plus digne de ses regards, qu'il me donne un baiser de sa bouche. »

« (1) Et vous aussi, si vous partagez volontiers avec nous, qui sommes vos compagnons, le don que vous avez reçu d'en haut; si vous vous montrez sans cesse au milieu de nous empressé à rendre service, plein d'affection et d'amabilité, si vous êtes doux, si vous êtes humble, tous vous rendront témoignage que vous répandez autour de vous l'odeur d'un parfum excellent. Celui qui, parmi nous, non content de supporter avec patience les infirmités corporelles et spirituelles de ses frères, s'efforce encore, autant qu'il lui est permis et qu'il est en son pouvoir, de les aider de ses services, de les fortifier par ses entretiens, de les animer par ses conseils, et qui, ne le pouvant à cause de la règle, ne cesse, par des prières réitérées, de consoler celui qui est faible; celui dis-je, qui agit ainsi exhale tout-à-fait la bonne odeur parmi ses frères, l'odeur des parfums les plus précieux, et le baume coule de ses lèvres ; on le montre du doigt et l'on dit : Voilà celui qui aime vraiment ses frères et le peuple d'Israël ; voilà celui qui répand de fréquentes prières pour le peuple et pour la sainte cité tout entière (1). »

« Tels sont les maîtres qui ont appris du Maître de toutes choses…
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2. Serm 9 sup cant. — 1. Serm. 12 sup. cant. — 1. II Machabées. 15.

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Message  Louis le Lun 17 Oct 2016, 6:46 am

.
CHAPITRE XLVIII.

De l'exercice de la vie active.

(suite)

 « (2) Tels sont les maîtres qui ont appris du Maître de toutes choses, avec une plénitude plus parfaite, les voies de la vie et qui nous en instruisent jusqu'à ce jour. Que nous ont donc enseigné et que nous enseignent les saints Apôtres? Ce n'est point le métier de la pêche, ni l'art de faire des tentes, ni rien de semblable ; ce n'est point à lire Platon, ni à  comprendre les subtilités d'Aristote; ce n'est point à toujours apprendre et à n'arriver jamais à la connaissance de la vérité. Ils m'ont enseigné à vivre. Croyez-vous que ce soit une chose médiocre que de savoir vivre ? C'est quelque chose de grand et même de très-grand.

« Il ne vit pas, celui qui est enflé par l'orgueil, souillé par la luxure, ou infecté d'autres vices; car ce n'est pas là vivre, c'est prendre le change sur la nature de la vie, c'est s'approcher jusqu'aux portes de la mort. La vie que je juge bonne, c'est de souffrir le mal, de faire le bien et de persévérer ainsi jusqu'à la mort. On dit vulgairement : celui qui se nourrit bien, vit bien ; mais l'iniquité s'est aveuglée sur ce qui la regarde, car celui-là vit bien seulement qui fait le bien.

« Je pense que vous qui êtes en communauté, vous vivez bien si vous vivez avec ordre, avec amabilité, avec humilité; avec ordre vis-à-vis de vous-même, avec amabilité vis-à-vis des autres, avec humilité vis-à-vis de Dieu ; avec ordre, en vous montrant empressé dans toute votre conduite à bien diriger vos voies en présence du Seigneur et en présence de vos frères, évitant pour vous ce qui serait péché et pour eux ce qui serait scandale; avec amabilité, en vous appliquant à vous faire aimer et à aimer vous-même, en paraissant toujours plein de tendresse et d'affabilité, en supportant non-seulement avec patience, mais de bon cœur, les infirmités tant spirituelles que corporelles de vos frères; avec humilité, en vous efforçant, lorsque vous aurez fait toutes ces choses, de rejeter loin de vous l'esprit de vanité qui a coutume de prendre naissance au milieu de tels exercices; si alors il se fait sentir à vous, quel qu'il soit, refusez-lui votre consentement. De même en souffrant le mal; comme il est triple, il faut avoir une triple prévoyance; car ce que vous avez à souffrir vient de vous, du prochain et de Dieu : de vous, c'est l'austérité de la pénitence ; du prochain, c'est la peine qui naît de sa méchanceté; de Dieu, c'est la verge de la correction céleste. Pour ce qui vient de vous, vous devez en faire un sacrifice tout-à-fait volontaire ; pour ce qui est du prochain, il faut le supporter avec patience; pour ce qui est de Dieu, recevez-le sans murmure et avec actions de grâces. »

Tels sont les enseignements de saint Bernard, et c'est assez pour le montent sur l'exercice de la première partie de la vie active.

Il nous faut parler maintenant de la vie contemplative…
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2. In fest. sanct.

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Message  Louis le Mar 18 Oct 2016, 6:49 am

.
CHAPITRE XLIX.

De l'exercice de la vie contemplative.

Il nous faut parler maintenant de la vie contemplative. C'est ainsi que saint Bernard s'exprime sur ce sujet (1) :

« L'Époux, plein de douceur, a placé sa main gauche sous la tête de l'Épouse, afin de la faire reposer et dormir sur son sein ; et maintenant, comme un gardien diligent, il veille sur elle avec amour et tendresse, de peur que, inquiétée par les besoins multipliés et divers de celles qui la suivent, elle ne soit forcée de s'éveiller… Je ne puis contenir ma joie en voyant qu'une telle majesté ne dédaigne point de s'incliner jusqu'à notre infirmité par une union si intime et si douce, et que le Dieu suprême ne juge pas indigne de lui de contracter avec une âme exilée un mariage tout céleste. Ainsi je ne doute pas qu'il n'en soit dans les cieux, comme je lis qu'il en est sur la terre : l'âme y goûtera assurément tout ce qui est contenu dans le texte saint, et même je pense que l'écrivain sacré est impuissant à exprimer non-seulement tout ce que l'âme pourra embrasser alors, mais encore tout ce qu'elle peut ressentir à présent. Que pensez-vous, en effet, qu'elle éprouvera dans le ciel, si dès ce monde elle est comblée d'une telle  tendresse qu'elle se sent pressée dans les bras de Dieu, réchauffée dans le sein de Dieu, gardée par les soins et la vigilance de Dieu, de peur que, dans son sommeil, elle ne soit éveillée avant qu'elle me l'ait voulu? »

«  Or, ce sommeil de l'Épouse n'est pas un sommeil corporel..., mais un sommeil plein de vie, où l'on ne cesse de veiller, un sommeil qui  illumine l'œil intérieur, met en fuite la mort et donne la vie éternelle. C'est un sommeil qui ne plonge pas les sens dans l'assoupissement, mais les ravit à eux-mêmes. Ce sommeil est une mort, je le dis sans hésiter, car l'Apôtre parle ainsi, en faisant leur éloge, de quelques-uns qui vivaient encore dans la chair : Vous êtes mort et votre vie est cachée en Dieu avec Jésus-Christ...(1).

« Ce n'est donc pas une absurdité de ma part de donner au ravissement de l'Épouse  le nom de mort. C'est une mort qui ne lui enlève pas la vie, mais qui la soustrait aux pièges de la vie, en sorte qu'elle peut s'écrier : Notre âme a été arrachée comme un passereau au filet des chasseurs (1). L'âme en cette vie marche au milieu des pièges ; elle n'a rien à en redouter toutes les fois que, par quelque sainte et ardente pensée, elle est enlevée à elle-même, pourvu cependant qu'elle s'en éloigne assez et qu'elle vole assez haut pour être étrangère aux habitudes et aux usages des pensées terrestres ; car c'est en vain que le filet est étendu devant les yeux de ceux qui ont des ailes (2).

« En effet, qu'y a-t-il à craindre de la luxure…
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1. Serm. 52 sup. cant. — 1. Col., 3.  — 1. Ps. 123. — 2. Prov., 1.

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Message  Louis le Mer 19 Oct 2016, 6:25 am

.
CHAPITRE XLIX.

De l'exercice de la vie contemplative.

(suite)

« En effet, qu'y a-t-il à craindre de la luxure, quand la vie ne se fait plus sentir? Et, dans le ravissement de l'âme, le sentiment de la vie, sinon la vie elle-même, venant à s'éloigner, il est nécessaire que la tentation qui s'attache à la vie devienne insensible. Ah! qui me donnera des ailes, comme à la colombe, et je m'envolerai et je me plongerai dans le repos (3). Plût à Dieu qu'il me fût donné de tomber souvent sous les coups d'une semblable mort! J'éviterais ainsi les filets de la mort véritable, je ne sentirais plus les caresses homicides d'une vie que la sensualité entraîne, ou du moins je serais comme stupide aux amorces du plaisir, aux ardeurs de l'avarice, à l'aiguillon de la colère et de l'impatience, aux angoisses des sollicitudes humaines, aux ennuis des soins de cette vie. Que mon âme meure de la mort des justes, afin qu'aucun piège ne l'enchaîne, qu'aucune iniquité ne la séduise ! heureuse mort qui n'enlève point la vie, mais l'échange contre une meilleure ! Mort précieuse ! Le corps ne tombe point sous ses coups ; mais l’âme se trouve dégagée et élevée au-dessus d'elle-même. Cependant, ce n'est là que la mort naturelle à l'homme.

« Mais, s'il m'est permis de parler ainsi, que mon âme meure aussi de la mort des Anges, afin que, perdant le souvenir des choses d'ici-bas, non-seulement elle se dépouille du désir des choses corporelles, mais encore de leurs images, et qu'ainsi sa demeure soit sans interruption avec ceux dont elle imite la pureté. Un tel ravissement, si je ne me trompe, s’appelle, ou simplement, ou par-dessus tout, contemplation; car n'être pas entraîné par la cupidité en vivant sur la terre, c'est le propre de la vertu humaine; mais demeurer étranger aux images des corps en les ayant sans cesse sous les yeux, c'est l'effet d'une pureté angélique.

« Cependant, en l'un et l'autre, il faut reconnaître un don de Dieu : le premier, comme le second, est un ravissement ; de part et d'autre, il y a élévation au-dessus de vous-même; mais, d'un côté, vous êtes à grande distance ; de l'autre, vous avez parcouru peu de chemin. Bienheureux celui qui peut dire : Je me suis éloigné dans ma fuite, et je suis demeuré dans la solitude (1). Il ne s'est pas contenté de sortir, il a voulu aller au loin afin de se reposer. Vous êtes arrivé au-delà des plaisirs de la chair ; vous n'obéissez en aucune sorte à ses concupiscences et vous n'êtes retenu par aucune de ses amorces. Vous vous êtes séparé par votre marche; mais vous ne vous êtes pas encore éloigné entièrement par la pureté de votre âme, si vous ne vous élevez au-dessus des fantômes des images corporelles qui vous assiègent de tous côtés. »

« Gardez-vous jusqu'à présent de vous promettre le repos…
_______________________________

3. Ps. 54. — 1. Ps. 54.


Dernière édition par Louis le Ven 21 Oct 2016, 12:00 pm, édité 1 fois (Raison : Orthographe.)

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Message  Louis le Jeu 20 Oct 2016, 5:52 am

.
CHAPITRE XLIX.

De l'exercice de la vie contemplative.

(suite)

« Gardez-vous jusqu'à présent de vous promettre le repos. Vous vous trompez si vous espérez trouver en deçà de ces plaisirs un lieu de tranquillité, le silence de la solitude, l'éclat de la lumière, le séjour de la paix. Mais donnez-moi quelqu'un qui soit arrivé là où je vous dis, et de suite je déclarerai qu'il jouit du repos et que c'est avec justice qu'il peut s'écrier : Rentre, ô mon âme, rentre dans ton repos, car le Seigneur t'a comblée de ses biens (1). Sa demeure est vraiment dans la solitude et son séjour au sein de la lumière. »

« Je pense donc que c'est en cette solitude que l'Épouse s'en était allée, et qu'enivrée par la beauté du lieu, elle s'était endormie avec bonheur entre les bras de l'Époux, c'est-à-dire, que son âme était ravie hors d'elle-même quand les jeunes filles qui venaient à sa suite furent empêchées de l'éveiller jusqu'à ce qu'elle le voulût (2). Mais comment cela se passa-t-il? Ce ne fut point d'une manière ordinaire, ni par un simple avertissement, ainsi qu'on a coutume de faire, qu'elles furent arrêtées, mais par une supplication tout-à-fait nouvelle et inouïe jusqu'alors, par une supplication faite au nom des chevreuils et des cerfs de la campagne. Et par ce genre d'animaux se trouvent très-convenablement désignés, tant il cause de la pénétration de leur vue que de la rapidité de leur course, les âmes saintes dépouillées de leurs corps et les Anges qui sont avec Dieu ; car nous savons que ces deux qualités conviennent aux Anges et aux âmes. Ils s'élancent avec facilité aux extrémités les plus élevées, et ils pénètrent sans peine ce qu'il y a de plus profond. Leur séjour, placé au milieu des campagnes, signifie clairement les mouvements libres et sans embarras que l'on trouve en la contemplation.

« Mais que veut donc dire cette adjuration faite en de tels noms ? Assurément, elle a pour but d'empêcher ces jeunes filles remplies d'inquiétude, d'oser tirer l’Épouse bien-aimée d'une société si vénérable et aux entretiens de laquelle elle se mêle, sans doute, autant de fois qu'elle sort d'elle-même par la contemplation. C'est donc avec raison qu'elles sont effrayées par l'autorité de ceux qui composent cette assemblée, quand leurs importunités tendent à en éloigner l'Épouse. Et l'on voit par là qu'il est en la volonté de celle-ci de s'occuper d'elle-même et d'employer ses soins à ce qui concerne ses compagnes, selon qu'elle le jugera nécessaire, puisqu'il leur est défendu de l'éveiller avant qu'elle ne le veuille. L'Époux sait de quelle charité l'Épouse est embrasée envers le prochain; il sait que cette tendre mère est assez excitée par son propre cœur en ce qui touche à l'avancement de ses enfants ; que, sous aucun prétexte, elle ne leur soustraira et ne leur refusera rien de ce qui leur est nécessaire, et cela aussi souvent que leurs besoins se feront sentir. C'est pourquoi il a jugé qu'il fallait s'en rapporter sans crainte à sa sagesse dans la distribution de ses soins. »

Or, vous devez savoir qu'il y a trois sortes de contemplation…
___________________________________________

1. Ps., 114. — 2. Cant. 3.

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