Aperçus de philosophie thomiste. (COMPLET)

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Message  Louis Dim 20 Nov 2011, 11:44 am

PHYSIQUE ET MÉTAPHYSIQUE

I. LES CORPS (suite)
Or, il en est ainsi. Deux termes existent, consacrés par un usage autorisé entre tous, pour désigner les deux principes que la raison philosophique découvre au plus profond de tout être corporel. Ce sont les termes de matière première et de forme substantielle, ou, plus simplement et en abrégé, et par antonomase, les termes de matière et de forme. Le mot matière désigne le principe qui explique l'étendue, la réceptivité, la passivité, l'indétermination, l'imperfection dans l'être corporel. Le mot forme désigne le principe qui explique les caractères d'unité, de tout, de détermination, de perfection, d'activité qui se manifestent dans l'être corporel. Et les deux termes réunis matière et forme traduisent, dans sa complexité, ou dans sa composition foncière, essentielle, la nature du corps, selon qu'il appartient à la raison philosophique de la saisir et de l'exprimer.

On voit, tout de suite, comme nous l'avions déjà noté, l'importance de ces deux termes. Aussi bien peut-on dire qu'ils reviennent sans cesse dans le langage philosophique parmi les philosophes ou les penseurs qui relèvent du maître par excellence de la pensée humaine en cet ordre de la philosophie de la nature, Aristote.

Ce n'est d'ailleurs pas sans raison et d'une façon arbitraire, qu'Aristote a choisi ces deux mots pour désigner dans son fond la nature ou l'essence de l'être corporel. L'un des deux appartient à l'usage universel pour désigner le monde des corps. Nous disons tous, indifféremment, et dans le langage le plus usuel : la matière ou les corps ; le monde de la matière, ou le monde des corps. Non pas, toutefois, que le mot matière se prenne alors dans un sens identique à celui qu'on lui assigne, quand nous le prenons pour désigner un des deux principes essentiels de l'être corporel. Mais l'idée de l'un conduit à l'idée de l'autre.

Et il en est de même pour le mot forme

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Message  Louis Lun 21 Nov 2011, 6:14 am

PHYSIQUE ET MÉTAPHYSIQUE


I. LES CORPS (suite)

Et il en est de même pour le mot forme. Ce mot-là vient aussi très fréquemment dans le langage usuel parmi les hommes. On parle couramment de la forme des corps, entendant ce mot des linéaments ou des modalités extérieures des parties quantitatives de l'être corporel.

Seulement, ici encore, le mot forme n'a pas le même sens que celui que l'on assigne dans le langage philosophique, quand on l'emploie pour signifier le second principe essentiel de l'être corporel. Et toutefois, si le sens n'est pas le même, il y a cependant entre les deux acceptions un certain rapport qui explique et justifie l'usage du même mot.

La forme, au sens usuel, indique les modalités extérieures des parties quantitatives, pour autant que ces modalités fixent l'aspect de ces parties. Il s'agit donc de ce qui précise, de ce qui détermine, de ce qui donne un certain être à ces parties quantitatives, si bien que le tout s'appellera du nom de cette forme.

C'est ainsi qu'un bloc de marbre, qui était d'abord sans nom précis ou déterminé, parce qu'il n'avait, si l'on peut ainsi dire, au sens où nous en parlons maintenant, aucune forme et qu'il était informe, devient quelque chose de déterminé et prend un nom spécial, dès là qu'il reçoit telle ou telle forme; par exemple, la forme de César, ou de Napoléon. Et l'on voit, tout de suite, le rapport de la forme ainsi comprise, à la forme, principe essentiel de l'être corporel. Les deux impliquent le caractère de détermination, de fixation dans l'être, eu égard à quelque chose qui était d'abord ou que l'on conçoit comme étant, au préalable ou de soi, indéterminé dans l'être, pouvant être ceci ou cela; mais n'étant, de soi, ni ceci ni cela, jusqu'à ce que la forme le détermine ou lui donne, en effet, d'être ceci ou cela. Toute la différence est que dans un cas il ne s'agit que d'être accidentel, pour ce qui est de la fixation ou de la détermination dans l'être; tandis que, dans l'autre, il s'agit d'être substantiel.

Et, inversement, pour le mot matière appliqué au bloc de marbre ou à tout être corporel par rapport à la forme du langage usuel. Cette matière désignera non pas une partie substantielle d'être corporel, ou plutôt un principe essentiel exigeant, pour exister dans l'ordre de l'être corporel, un autre co-principe essentiel; mais un être corporel substantiel, existant en soi, n'étant indéterminé que dans l'ordre de telle ou telle modalité ou mode d'être accidentel. Au contraire, la matière, au sens philosophique, selon qu'elle se distingue de la forme dans le même sens, n'est qu'un principe d'être, non un être, proprement dit. Mais ce principe dit, à l'être proprement dit ou pur et simple et substantiel, un rapport analogue à celui de la matière entendue au sens usuel par rapport à la forme d'ordre accidentel.

Et c'est à cause de cette analogie de rapport qu'Aristote…

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Message  Louis Lun 21 Nov 2011, 11:46 am

PHYSIQUE ET MÉTAPHYSIQUE


I. LES CORPS (suite)

Et c'est à cause de cette analogie de rapport qu'Aristote a pris ces mêmes mots, tirés du langage courant, et les a fait servir à désigner la réalité d'ordre philosophique qu'il s'agissait d'exprimer.

Aussi bien est-ce par la notion de matière et de forme au sens ordinaire de ces mots que nous pouvons arriver à une certaine notion de la matière et de la forme prises dans le sens philosophique. Pour les distinguer, quand on veut préciser le sens de ces mots, on désigne la matière, prise au sens philosophique, par les mots de matière première et la forme, par les mots de forme substantielle. Du même coup, en effet, la matière, principe du corps, est distinguée du corps lui-même, qui, désigné par le mot matière, équivaut alors à ce que nous appellerons la matière seconde; et la forme substantielle se distingue de la forme accidentelle : l'une, fixant son sujet indéterminé dans l'être corporel pur et simple ; l'autre, le supposant déjà fixé dans cet être corporel, mais lui donnant telle ou telle modalité d'ordre secondaire.

Ce même rapport des deux mots appliqués à la matière première et à la matière seconde, ou à la forme substantielle et à la forme accidentelle, nous permet de saisir, dès maintenant, et sur le vif, deux autres termes, d'ordre usuel eux aussi et d'ordre philosophique, qui n'auront pas moins d'importance, dans l'économie de la science philosophique, que les termes de matière et de forme. Leur importance est d'ordre plus transcendant. Car si nous en retrouvons l'usage dans l'ordre du monde corporel, comme pour les termes de matière et de forme, il dépasseront les limites de ce monde corporel et s'appliqueront au monde même de l'ordre incorporel ou spirituel que nous aurons à étudier dans la suite.

Ce sont les termes puissance et acte….


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Message  Louis Mar 22 Nov 2011, 6:19 am

PHYSIQUE ET MÉTAPHYSIQUE


I. LES CORPS (suite)

Ce sont les termes puissance et acte. Ils sont, dans l'ordre de l'universalité des choses, le pendant des termes matière et forme dans l'ordre des choses corporelles, même à prendre ces termes au sens du langage usuel.

Avant que le bloc de marbre, matière de la statue de César, eût reçu la forme de César, il pouvait la recevoir ; s'il n'avait pu la recevoir, il ne l'aurait jamais reçue. Mais, s'il pouvait recevoir la forme de César, puisqu'il l'a reçue, il pouvait en recevoir bien d'autres, une infinité d'autres. Le même bloc de marbre, en effet, au lieu de devenir une statue de César, aurait pu devenir la statue de Napoléon, ou de n'importe qui. Même après qu'il a reçu la forme de César, il pourrait en recevoir d'autres, si on le modifiait : il cesserait d'être la statue de César, et deviendrait la statue d'autre chose.

C'est ce qu'on veut signifier, quand on dit que le bloc de marbre était ou est encore en puissance à telle ou telle chose, à telle ou telle forme, à tel ou tel être accidentel. Quand, au contraire, il est devenu, dans l'ordre de l'être accidentel, cette chose ou cette autre, ayant reçu sa forme, on dit qu'il est cette chose en acte. Par où l'on voit que ces termes puissance et acte se disent en fonction du fait d'être. Ce qui n'est pas encore, mais peut être est dit être en puissance. Ce qui est en fait est dit être en acte. Le mot acte ne se prend donc pas, ici. dans le sens d'action, mais dans le sens d'être.

Et comme il est deux sortes d'être…

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Message  Louis Mar 22 Nov 2011, 1:27 pm

PHYSIQUE ET MÉTAPHYSIQUE


I. LES CORPS (suite)

Et comme il est deux sortes d'être : l'être accidentel et l'être substantiel, c'est par rapport à l'un et à l'autre que nous pourrons user des termes puissance et acte. Le bloc de marbre, avant d'être la statue de César, pouvait le devenir; il l'était en puissance. Quand il l'est devenu, en recevant la forme accidentelle de statue de César, il est cette statue en acte. Mais, pareillement, et dans un sens plus profond, si nous supposons que la matière même de marbre, ou l'être corporel que nous appelons de ce nom n'ait pas toujours été marbre, ou qu'il ne doive pas toujours l'être, nous dirons que le marbre a été en puissance par rapport au fait d'être marbre. Il était en puissance, puisque, par hypothèse, il n'était pas encore et que cependant il pouvait être, puisque maintenant il est.

Encore est-il que dans ce cas et à l'entendre en ce sens plus profond, le terme puissance pourra se présenter avec une double acception. Il pourra signifier une possibilité d'être, pour le marbre, avant qu'il soit, uniquement en raison d'une puissance active ou d'un pouvoir existant quelque part ou en quelque sujet capable de produire ce marbre, avec la simple connotation de non-impossibilité à être produit, du côté du marbre ; ou, même, une possibilité d'ordre passif existant quelque part, dans la réalité des choses, conjointement avec la possibilité ou la puissance et le pouvoir au sens actif existant quelque part en un sujet donné capable de produire ce marbre, en faisant passer de la puissance à l'acte, la possibilité au sens passif existant parmi les choses : comme l'artiste fait passer de la puissance à l'acte, dans l'ordre accidentel, le bloc de marbre existant bloc de marbre et pouvant devenir statue de César, quand, de fait, par son action, il produit dans ce bloc de marbre l'image ou la forme de César.

Les termes puissance et acte se diront dans les deux cas. Mais, comme pour les termes matière et forme, leur sens ne sera pas le même. Il sera plus obvie, plus apparent, pour nous, dans l'ordre accidentel; parce que, dans ce cas, nous avons un sujet préalable qui existe en lui-même, formant un tout d'ordre corporel et tombant ou pouvant tomber sous nos sens. Le bloc de marbre est là devant nous ; et nous voyons très bien qu'il y a en lui la possibilité réelle de recevoir la forme accidentelle qui lui donnera d'être en acte ce qu'il n'est encore qu'en puissance : une statue de César. Ici, la matière ou la puissance est plus réelle que la forme ou l'acte.

La matière est un tout d'ordre substantiel; la forme est d'ordre accidentel. Cette forme ne donne pas au bloc de marbre d'être purement et simplement. Il est en dehors d'elle. Il est marbre. Ce qu'il recevra d'elle, ce sera non pas d'être purement et simplement, mais d'être statue de César : et ce n'est là qu'un être d'ordre accidentel.

Dans l'ordre essentiel, c'est exactement le contraire…

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Message  Louis Mer 23 Nov 2011, 7:14 am

PHYSIQUE ET MÉTAPHYSIQUE

I. LES CORPS (suite)

Dans l'ordre essentiel, c'est exactement le contraire. La matière ou la puissance se dit par rapport à l'être pur et simple. D'où il suit que cette matière ou cette puissance, sans la forme ou l'acte, n'est pas, dans l'ordre de l'être pur et simple. Pour que cette matière ou cette puissance soit, il faut, de toute nécessité, que la forme ou l'acte lui donne d'être. La forme ou l'acte sont ici, dans l'ordre d'être pur et simple, ce qu'était la forme ou l'acte de la statue, pour le bloc de marbre, dans l'ordre d'être telle statue ou la statue de tel personnage. Seulement, tandis que tout à l'heure nous pouvions saisir le bloc de marbre en lui-même, indépendamment de la forme qui devait lui donner d'être la statue de tel personnage, ici, quand il s'agit de la matière ou de la puissance dans l'ordre de l'être pur et simple, nos sens ne peuvent rien saisir, puisque aussi bien nos sens ne peuvent saisir que ce qui est d'un être pur et simple, dans l'ordre des choses corporelles. Notre raison elle-même ne peut s'en faire une idée que par voie d'analogie. Car pour se faire l'idée d'une chose, elle a besoin de se la représenter, d'une certaine manière, selon que les choses sensibles, d'où partent toutes nos connaissances, tombent, dans leur réalité concrète, sous les sens.

Et telle est bien la raison profonde qui explique qu'une chose aussi simple, aussi nécessaire, aussi obvie aux yeux de la raison philosophique, que ces termes de matière et de forme, de puissance et d'acte et les concepts ou notions qu'ils expriment selon qu'on les applique à la nature de l'être corporel ou même de l'être en soi, demeurent si ignorés ou si méconnus de tant d'esprits, parmi les hommes, même parmi ceux qui se flattent d'être des penseurs et des philosophes.

Saint Thomas nous fait souvent remarquer que c'est pour n'avoir pas su pénétrer jusqu'à ces réalités essentielles, ou plutôt jusqu'à ces principes essentiels de la réalité, que les anciens philosophes naturalistes se sont renfermés dans le monde de la matière et des corps. II en faut dire autant des savants ou philosophes modernes, qui demeurent plongés, eux aussi, dans le matérialisme, pour n'avoir pas su pénétrer, par leur raison, jusqu'à la vérité de ces mêmes principes.

Aussi bien la gloire la plus pure d'Aristote, au témoignage de saint Thomas, celle qui le place au premier rang et absolument hors de pair dans l'ordre de la pensée philosophique, c'est d'avoir été le premier à distinguer, par sa raison, en les appliquant à la nature des êtres corporels et à la nature de l'être substantiel, où qu'il se trouve, les concepts ou plutôt les réalités que désignent les concepts ou les termes de matière et de forme pour les êtres corporels, de puissance et d'acte, pour tout le domaine de l'être.

Retenons ces quatre termes, dont nous venons de préciser le sens philosophique, sens d'ailleurs si simple et si obvie.

A eux seuls, ils sont toute la philosophie.
A SUIVRE : PHYSIQUE ET MÉTAPHYSIQUE— II. Le mouvement.

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Message  Louis Mer 23 Nov 2011, 1:31 pm

PHYSIQUE ET MÉTAPHYSIQUE


II. LE MOUVEMENT


Notre premier regard jeté sur ce qui nous entoure, et dont la nature sera aussi la nôtre, nous a fait constater la réalité du corps, la réalité des corps, c'est-à-dire de quelque chose qui est étendu, d'êtres ou de choses à dimensions. Et cette constatation, scrutée par notre raison philosophique, nous a amenés à conclure que ces êtres, ces choses, ces réalités corporelles, dans la mesure même où elles étaient, portaient en elles deux principes essentiels, appelés par Aristote, avec une souveraine sagesse, des noms de matière première et forme substantielle.

Si tous les êtres corporels que nous constatons autour de nous et auxquels nous appartenons nous-mêmes, — puisque nous aussi nous sommes des êtres étendus, des êtres à dimensions , — étaient identiques et immobiles ou immuables, nous n'aurions pas d'autre recherche à faire au sujet du monde des corps. Notre étude philosophique du monde de la nature serait terminée.

Mais il n'en va pas de la sorte. Dans ce monde des corps auquel nous appartenons nous-mêmes, nous constatons des différences notables, et, aussi, de nombreux, de continuels changements.

Dans l'ordre même de ce quelque chose à dimensions par où nous avons d'abord saisi, comme sous son caractère le plus obvie, le plus manifeste, le plus universel, la réalité frappant nos sens, une très grande diversité nous apparaît, dès que nous y appliquons nos sens et le regard de notre esprit. Les dimensions de ces êtres à dimensions ne sont pas les mêmes pour tous. La terre qui nous porte, considérée dans son ensemble ou d'une façon globale, nous apparaît comme une vaste masse, distincte elle-même, de l'atmosphère que nous respirons et dans le prolongement de laquelle nous voyons d'autres corps avec des aspects d'étendue très variés : le soleil, la lune, les étoiles. Sur la terre elle-même, que de diversités, toujours dans ce seul ordre de l'étendue ou des dimensions ! Les montagnes, les rochers, les arbres, les plantes, les animaux, pour ne parler que des unités les plus saillantes, les plus immédiatement saisissables dans l'ordre des choses de la nature, nous apparaissent avec une infinie variété.

Mais il n'y a pas que cette diversité de dimensions parmi les êtres du monde corporel. Il y a aussi la diversité des aspects, comme forme extérieure, comme couleurs, comme propriétés affectant nos divers sens. Et, en même temps que tout cela, parmi ces divers êtres, des changements nombreux et de diverses sortes.

Évidemment, tout cela demande à être considéré par nous : non pas seulement pour en connaître le détail, et le classer ou l'utiliser, comme pourra le faire le savant dans l'ordre de la science expérimentale, au sens où nous l'avons déjà définie ; mais aussi et plus encore, en un sens plus profond, plus important, pour saisir les différences essentielles de ces divers êtres dans leurs grandes catégories, afin de découvrir, selon qu'il appartient à la raison philosophique d'y vaquer, la hiérarchie des êtres qui constituent ce monde extérieur. C'est par cette nouvelle étude que nous pourrons saisir le jeu véritable ou la fonction respective des deux principes essentiels que notre première étude nous a révélés comme se trouvant au fond de tout être corporel et constituant son essence.

La connaissance du monde de la nature changera du tout au tout…

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Message  ROBERT. Mer 23 Nov 2011, 5:02 pm

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Message  Louis Jeu 24 Nov 2011, 6:40 am

PHYSIQUE ET MÉTAPHYSIQUE


II. LE MOUVEMENT (suite)

La connaissance du monde de la nature changera du tout au tout, selon qu'on ramènera ce monde de la nature à un ensemble de groupements moléculaires diversifiés entre eux par de simples figurations dues au mouvement fortuit de molécules absolument identiques dans le fond de leur substance ; ou à des jeux de matière et de forme amenant continuellement, dans cet univers, les transformations les plus essentielles, les plus profondes, les plus radicales.

Et les deux conceptions ont existé. Elles existent encore. L'une fut celle de Démocrite, chez les anciens Grecs ; et il semble bien qu'à elle se ramène, en dernière analyse, la conception la plus répandue parmi les savants modernes qui ne s'occupent que de science expérimentale. L'autre est celle que nous devons à Aristote et que le génie de Thomas d'Aquin a mise en lumière avec une telle force et un tel éclat que le renouveau de la pensée philosophique contemporaine ne l'appelle plus que de son nom : le thomisme.

Les deux conceptions vont nous apparaître tout de suite avec leur différence essentielle, dans la considération ou l'étude du phénomène qui s'impose à nous, dès que nous jetons un regard sur le monde des corps où règne l'étendue.

Ce phénomène est celui du mouvement.

Qu'il y ait du mouvement dans le monde, nos sens en témoignent de la façon la plus manifeste. N'est-ce point par le mouvement du ciel ou de la terre que nous constatons la diversité du jour et de la nuit? Et, sur la terre, autour de nous, sinon même en nous, n'est-ce pas la constatation ininterrompue, incessante, du mouvement, des mouvements les plus variés, les plus divers?

Il y a, d'abord, ce mouvement qui consiste, pour les êtres corporels qui nous entourent, et aussi pour nous-mêmes, à changer de place , à changer de lieu : ce qui a fait donner à cette sorte de mouvement le nom de mouvement local.

Il est essentiel à ce mouvement, considéré en lui-même et comme tel, ou sous la seule raison de mouvement local, d'impliquer un sujet qui ne change en rien en lui-même . S'il y a changement, pour lui, ce changement est tout extérieur.

C'est, simplement, comme le mot même l'indique, un changement de lieu, un changement de place. Le sujet était ici. Quand il a été mû, il n'est plus ici; il est ; il est ailleurs

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Message  Louis Jeu 24 Nov 2011, 12:57 pm

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II. LE MOUVEMENT (suite)

C'est, simplement, comme le mot même l'indique, un changement de lieu, un changement de place. Le sujet était ici. Quand il a été mû, il n'est plus ici; il est ; il est ailleurs. Et, pendant qu'il est soumis au mouvement, ou qu'il est sous le coup de ce mouvement, il n'a pas de lieu ou de place stable; de la place qu'il avait d'abord, il tend à avoir une autre place qu'il n'a pas encore. Si même nous le supposons toujours en mouvement, il lui sera essentiel, en tant que mû, de n'avoir jamais de place stable. Et s'il avait toujours été en mouvement, il n'aurait jamais eu de place stable; comme il n'en aurait jamais, non plus, s'il devait toujours être en mouvement.

Mais, à ne considérer que cette raison de mouvement local, le sujet de ce mouvement, aurait-il toujours été et devrait-il être toujours en mouvement, ne changerait absolument en rien au-dedans de lui-même ou en ce qui serait de lui : il resterait toujours ce qu'il est.

Si donc il n'y avait que ce mouvement dans le monde de la nature ou des corps, tout ce qui est dans ce monde de la nature ou des corps demeurerait à tout jamais identique.

En est-il ainsi ?

Le prétendre serait nier l'évidence.

S'il est un fait d'observation constante et universelle, c'est que, dans notre atmosphère, et sur la terre qui nous porte, et dans tout ce qui nous entoure, et en chacun de nous, des changements continuels se produisent : non plus des changements de place ou de lieu ; mais des changements d'être ou d'état. Au cours d'une même journée et quand le soleil est toujours dans notre hémisphère, il arrive que l'aspect du ciel change complètement. Il était clair ou serein et calme ; il devient obscur, chargé de nuages, sillonné d'éclairs, bouleversé par la tempête. La surface de la terre change du tout au tout, selon que le printemps paraît ou que l'hiver sévit. Les plantes, les arbres, les animaux, les hommes, naissent, grandissent, vieillissent, meurent et disparaissent.

Assurément, on ne saurait dire…

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Message  Louis Ven 25 Nov 2011, 7:36 am

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II. LE MOUVEMENT (suite)
Assurément, on ne saurait dire, de tous ces divers êtres, qu'ils restent identiques, qu'ils ne changent pas.

Et aussi bien n'est-il personne qui le dise. Toutefois, l'on est loin de s'entendre sur le sens qu'on donne à ce mot chan¬gement, en l'appliquant ainsi à ces divers êtres. C'est même ici et sur ce point que s'accusent tout de suite les deux conceptions radicalement différentes que nous signalions tout à l'heure : la conception de Démocrite et de beaucoup de savants modernes; et la conception d'Aristote, incarnée aujourd'hui dans le thomisme.

Les premiers veulent que même les changements dont il s'agit se ramènent à de simples manifestations de mouvement local. Pour eux, ces êtres qui nous paraissent changer en eux-mêmes et changer d'un changement radical, changent bien, en effet. Mais, s'ils ont été formés ce qu'ils sont et ce que nous les percevons être en eux-mêmes par nos sens, et tout le temps qu'ils apparaissent ainsi, et quand ils cessent d'être ce qu'ils nous apparaissaient, tout s'explique, en dernière analyse et dans la vérité, par de simples mutations d'ordre local portant sur ces parties minuscules qui sont le dernier fond du monde matériel. Démocrite les appelait des atomes. Aujourd'hui on les appelle des noms que nous avons déjà entendus : ions, éons, électrons ou autres unités du même genre.

On voit les conséquences d'une telle position.

Il suit de là, premièrement…

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Message  Louis Ven 25 Nov 2011, 1:02 pm

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II. LE MOUVEMENT (suite)
Il suit de là, premièrement, que tous ces êtres qui nous apparaissent dans le monde des corps et que nous appelons de noms si divers, depuis les astres du firmament jusqu'aux variétés qui sont autour de nous sur notre terre, sans que nous-mêmes en soyons exceptés, — tous ces divers êtres ne sont pas, en eux-mêmes et comme tels ou sous leur raison propre, des êtres substantiels. Ce ne sont pas des substances, des êtres qui soient véritablement un, et, par suite, des êtres qui soient, à parler purement et simplement. Ce ne sont que des agrégats, des agrégats formant un tout accidentel, composé de parties accidentellement unies ou plutôt rapprochées. les unes des autres, un peu comme le tas de pierres ou le tas de grains de sable, à la seule différence que les parties seraient plus minuscules, plus imperceptibles dans la division actuelle, et plus étroitement rapprochées.

On le voit; c'est la question du contigu que nous retrouvons ici, appliquée aux divers êtres, quelle que soit leur nature et leur diversité. Mais comment parler de nature pour ces divers êtres? Ce mot n'a plus de sens. Ou il ne signifie plus que la modalité accidentelle et tout extérieure de telle figure géométrique dans le groupement des parties minuscules de la matière juxtaposées.

A vrai dire, dans cette conception, il n'y a à pouvoir être appelés du nom d'êtres purement et simplement, que ces parties minuscules de la matière. Elles seules sont des substances, — à condition toutefois qu'au moins pour elles on admettra le continu et l'unité pure et simple : ce qu'il faut, à tout prix, sous peine de ruiner complètement le monde des corps et de l'étendue, comme nous l'avons montré dans notre étude des corps. La plante, l'animal, nous-mêmes nous ne sommes que des agrégats accidentels de ces uniques substances.

Une seconde conséquence de la position dont il s'agit est que ces parties minuscules auxquelles se ramènent tous les êtres du monde matériel, non seulement forment seules les substances du monde des corps, tout le reste n'étant que des agrégats accidentels, mais, de plus, sont immuables, en elles-mêmes, nécessaires, incorruptibles. Elles sont bien sujettes au changement et soumises au mouvement. Mais ce changement n'est qu'un changement de lieu ou de place; ce mouvement n'est qu'un mouvement local. Or, nous l'avons dit, le mouvement local, par définition, laisse absolument intact en lui-même le sujet de ce mouvement. Il ne le modifie en rien. Ce sujet du mouvement local reste en lui-même absolument inchangé, inaltéré, de tout point identique.

Et donc, avec cette position, il n'y a plus aucun changement…


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Message  Louis Sam 26 Nov 2011, 6:14 am

PHYSIQUE ET MÉTAPHYSIQUE


II. LE MOUVEMENT (suite)

Et donc, avec cette position, il n'y a plus aucun changement de substance dans le monde des corps. Il n'y a même pas de changement dans ce qu'on appellerait les accidents ou l'être accidentel de la substance ; puisque tout changement accidentel est ordonné de soi au changement de la substance: il est comme le commencement de ce changement.

Du même coup disparaît tout le domaine ou l'objet des sciences qui se rattachent à la chimie. II ne reste plus que la science de la physique, entendue au sens de la simple étude du mouvement local.

Il n'y aura pas, non plus, à parler d'ascension parmi les divers êtres du monde de la nature ou des corps. La perfection des êtres ne consistera plus dans leur forme, qui n'est qu'une figure accidentelle de groupements de molécules ; et ce ne sera pas à connaître ces formes que consistera la perfection de la science. La vraie perfection de l'être et de la science consistera à retrouver la partie minuscule qui est la seule vraie substance, et en dehors de laquelle tout le reste n'est que pur artifice sans consistance et sans portée.

Combien différente, en elle-même et dans les conséquences qu'elle entraîne, nous apparaît la position aristotélicienne et thomiste !

Ici, vraiment, nous rentrons dans le sens des choses selon que la raison la plus profonde, la plus haute, la plus universelle, la seule cohérente, obligera toujours l'homme qui pense à le découvrir et à le proclamer…


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Message  Louis Sam 26 Nov 2011, 12:54 pm

PHYSIQUE ET MÉTAPHYSIQUE


II. LE MOUVEMENT (suite)

Ici, vraiment, nous rentrons dans le sens des choses selon que la raison la plus profonde, la plus haute, la plus universelle, la seule cohérente, obligera toujours l'homme qui pense à le découvrir et à le proclamer.

Pour Aristote et pour saint Thomas, il n'y a pas que du mouvement local dans le monde des corps. Ce mouvement local existe ; et il est même à la base de tous les changements parmi les êtres corporels. Mais il n'est pas le seul. Deux autres sortes de mouvements existent, manifestés dans la nature, et, d'une certaine manière, perçus par nos sens. Il faudrait, du reste, les appeler plutôt du nom de mutation ou de changements, réservant le mot mouvement, dans son acception pure et simple, pour les changements de place ou de lieu, c'est-à-dire pour le mouvement local.

Le premier de ces deux autres changements, constatés par nous dans le monde de la nature, est le changement, qui n'est plus, comme le changement de lieu, un simple changement extérieur, sans affecter en rien le sujet du changement lui-même. Ce nouveau changement affecte le sujet en lui-même. Il l'affecte dans son être accidentel, en supposant, bien entendu, que ce sujet du mouvement ou du changement dont il s'agit n'est pas lui-même quelque chose de purement accidentel ou une simple disposition de parties matérielles, au sens de Démocrite ; car, dans ce cas, nous l'avons dit, il n'y aurait pas à parler de sujet de changement ou de mouvement, si ce n'est pour les parties elles-mêmes qui formeraient ce tout accidentel. L'être dont nous parlons maintenant et que nous disons être sujet du nouveau mouvement ou du nouveau changement qui nous occupe, est nécessairement un être substantiel, une substance, une substance corporelle, constituée par les deux principes essentiels qui doivent se trouver en tout être corporel. C'est une substance, une substance qui existe dans le monde des corps, et qui a, découlant de ses deux principes essentiels, des propriétés distinctes de ces principes et qui s'appellent, de ce chef, des accidents : quantité ou étendue; et qualités actives ou passives.

Le nouveau mouvement ou changement dont nous parlons…

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Message  Louis Dim 27 Nov 2011, 7:00 am

PHYSIQUE ET MÉTAPHYSIQUE


II. LE MOUVEMENT (suite)

Le nouveau mouvement ou changement dont nous parlons a pour objet ces propriétés accidentelles existant dans l'être corporel comme découlant de ses principes essentiels ou pouvant se trouver en lui en raison de ces principes. Telles seront, pour tel être corporel donné, son étendue ou ses dimensions, sa forme extérieure ou sa figure, sa couleur, son pouvoir de rayonnement autour de lui sous forme de lumière, de chaleur, d'odeur, de saveur même, et toutes autres propriétés plus ou moins accessibles à la perception de tel ou tel de nos sens.

Qu'un être corporel soit modifié ou changé eu égard à quelqu'une de ces propriétés, à quelqu'un de ces modes d'être accidentels qui sont en lui et qui l'affectent, nous dirons qu'il est mû ou qu'il change, non plus dans l'ordre du mouvement local, puisque aussi bien il ne change peut-être pas de lieu ou de place, — mais dans l'ordre de son être accidentel, de telle sorte qu'il devient autre, tout en restant lui-même dans son fond substantiel. De grand il devient petit, ou de petit il devient grand ; de blanc il devient noir ou rouge, ou de toute autre couleur; de froid il devient chaud, ou inversement. Il devient autre (en latin alterum). Et, à cause de cela, nous disons qu'il est altéré. Aussi bien le mouvement ou le changement dont il s'agit s'appelle mouvement d'altération.

Ce mouvement porte, comme nous venons de le dire, sur l'être accidentel, sur les formes accidentelles de l'être qui en est le sujet.

Mais, dans cet être qui est ainsi le sujet de ce mouvement d'altération, il n'y a pas que son être accidentel. L'être accidentel lui-même repose sur l'être substantiel, sur la substance constituée par les deux principes essentiels que nous savons être le fond même de tout être corporel.

Une nouvelle question se pose donc maintenant au regard du philosophe. Et c'est de savoir si, dans le monde corporel, en plus du mouvement local, et du mouvement même d'altération, ne se trouve pas un autre mouvement, un autre changement, une autre mutation, qui porterait, non plus sur la modification tout extérieure du lieu ou de la place que le corps occupe, ni même sur la modification, encore superficielle, de telle ou telle condition ou qualité accidentelle, affectant l'être de ce corps, mais sur le fond même de ce corps, sur sa substance, sur ses principes essentiels.

Et l'on voit la portée de cette question…

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Message  Louis Dim 27 Nov 2011, 12:29 pm

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II. LE MOUVEMENT (suite)
Et l'on voit la portée de cette question. Si, en effet, un tel mouvement existe, si l'être corporel peut être changé quant à son dernier fond, quant à son être substantiel, et si notre raison se rend compte ou prend conscience qu'il en est ainsi, alors tout s'illumine des plus vives clartés dans le monde de la nature. Les transformations incessantes qui se produisent parmi les êtres du règne minéral, et, plus encore, dans le règne végétal ou animal, prennent tout leur sens. Il s'agit de transformations qui permettent aux êtres supérieurs d'utiliser les êtres inférieurs pour le plein et parfait épanouissement de leur nature à l'effet d'amener ou d'assurer, dans sa radieuse harmonie, la hiérarchie des divers êtres qui constituent l'univers matériel. C'est ainsi que le minéral transformé passe dans la nature du végétal ; et celui-ci, à son tour, fait vivre l'animal.

Or, nul doute qu'il n'en soit ainsi aux yeux de la saine raison. Le puissant génie d'Aristote a mis cette vérité dans tout son jour.

Il a su découvrir, dans les deux principes essentiels qui constituent le corps, la possibilité et les conditions intrinsèques du changement dont il s'agit.

Nous avons vu, eu effet, que tout corps était essentiellement composé de deux principes : l'un, principe d'étendue et de passivité, que nous avons appelé du nom de matière première; l'autre, principe d'unité et d'activité, que nous avons appelé du nom de forme substantielle. L'union de ces deux principes amène l'existence de l'être corporel dans sa substance que revêtent toujours les propriétés accidentelles découlant de ces deux principes ou en harmonie avec eux : telle, l'étendue avec ses configurations propres ; telles aussi les qualités qui permettront à l'être corporel d'entrer en rapport d'action ou de passion avec les autres êtres corporels.

Or, c'est au moment où l'être corporel entre ainsi en rapport d'action ou de passion avec les autres êtres corporels que se produit, pour lui, la possibilité d'altération dont nous avons déjà parlé, faisant que sous l'action d'un autre être corporel il est modifié, altéré dans ses propres qualités accidentelles. Et comme ces qualités accidentelles sont au service de la substance qui les porte et de qui elles découlent en quelque sorte, dans la mesure où le mouvement d'altération se prolongera et deviendra plus intense, plus profond, il se pourra que l'être substantiel lui-même du corps ainsi altéré finisse par se trouver atteint, au point d'en être ébranlé et même ruiné ou détruit. Cette destruction se produira du seul fait que les deux principes essentiels qui constituent ce corps cesseront d'être unis. De même que l'union des deux principes, matière première et forme substantielle, constituait l'être de ce corps; de même leur séparation constituera sa destruction ou son non-être.

Toutefois, cette destruction ne sera jamais une annihilation. Elle ne sera qu'une transformation ; mais une transformation substantielle….

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Message  Louis Lun 28 Nov 2011, 6:04 am

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II. LE MOUVEMENT (suite)

Toutefois, cette destruction ne sera jamais une annihilation. Elle ne sera qu'une transformation ; mais une transformation substantielle. Et cela veut dire qu'à la première substance corporelle succède une nouvelle substance corporelle. Tout ne sera pas entièrement nouveau dans cette nouvelle substance corporelle. Quelque chose de la première se retrouvera en elle. Mais quelque chose qui ne devra pas être conçu à la manière d'un corps ou d'un être corporel. Dans ce cas, en effet, il n'y aurait point production d'une nouvelle substance corporelle ; il n'y aurait simplement que disposition nouvelle dans un nouveau tout d'une substance corporelle préexistante. Et le nouveau tout ne serait plus qu'un tout accidentel.

Pour que nous ayons une substance nouvelle, il faut que la substance précédente ait cessé d'être elle-même, sans que cependant tout ce qui faisait partie d'elle-même ait été détruit.

Ce qui reste ainsi d'elle-même c'est un de ses principes essentiels, celui des deux qui était en elle, mais qui ne la constituait pas elle-même comme principe formel spécifique. Et c'est le principe que nous avons appelé la matière première.

Lors donc qu'un être corporel quelconque est détruit dans le monde de la nature, il demeure toujours de lui sa matière première. Et c'est parce que cette matière première perd sa première forme substantielle pour en acquérir une nouvelle, que le premier être corporel se trouve détruit et fait place à un nouvel être corporel, appelé d'un nom nouveau, celui-là même de la nouvelle forme substantielle qui le constitue maintenant et le spécifie.

Voilà, dans son exposé très simple et si pleinement satisfaisant pour la raison philosophique travaillant sur les données les plus obvies et les plus constantes de nos sens, la pensée d'Aristote et de saint Thomas sur le plus profond des changements qui existent dans le monde matériel.

Cette pensée est la seule qui puisse satisfaire la saine raison philosophique.

Comment donc se fait-il qu'elle n'ait pas été connue de tous, dès que la raison humaine s'est appliquée à fixer et à préciser la nature des mouvements constatés dans le monde des corps? Comment se fait-il qu'à tout le moins elle n'ait pas été et qu'elle ne soit pas acceptée de tous, après que le génie d'Aristote l'a eu formulée parmi les hommes ?

Saint Thomas nous a déjà fourni la réponse à cette double question…

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Message  Louis Lun 28 Nov 2011, 12:16 pm

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II. LE MOUVEMENT (suite)

Saint Thomas nous a déjà fourni la réponse à cette double question.

Il en est de la transformation substantielle comme de la forme substantielle elle-même et de la matière première. Les sens ne sauraient les percevoir, bien que, sous un certain aspect, ils en rendent témoignage. Et, par suite, l'imagination, qui est rivée aux perceptions sensibles, ne saurait se les représenter ou s'en former une image. Les sens et l'imagination ne perçoivent ou ne se représentent que des corps, des êtres corporels. S'ils saisissent des changements, des mutations, c'est toujours en raison d'un sujet qui existe en soi, dans le monde des corps. Ils perçoivent le mouvement local pour autant qu'ils perçoivent un sujet corporel, un corps existant en soi, au dehors, sous le coup d'un changement de place ou de lieu. Pour le mouvement d'altération, ils le perçoivent encore, mais plutôt en raison du mouvement local qui est à la base, selon que les dimensions d'un sujet corporel varient, ou sa couleur, ses propriétés sensibles extérieures.

Dans le cas du mouvement de transformation substantielle, les sens ne perçoivent qu'une chose, que tel sujet corporel cesse d'être ou qu'un nouvel être corporel apparaît. Ils perçoivent aussi que ce n'est pas d'une façon absolue ou quant à tout son être que tel sujet corporel disparaît ou apparaît dans le cas de la destruction du premier et de la production du second. Quand le morceau de bois est jeté au feu, le bois n'est plus; mais il reste de la cendre. Et si, au moment de la moisson, on recueille un épi, c'est parce qu'un grain de blé avait été jeté en terre.

Toutefois, si les sens perçoivent les deux termes du mouvement, ou le double état du corps ainsi changé, pour autant qu'il était d'abord et qu'il n'est plus ensuite sous sa raison de tel corps, de tel être corporel, de telle substance corporelle, ils ne perçoivent pas, ils ne peuvent pas percevoir les conditions intrinsèques de ce changement essentiel. Ce changement essentiel, en effet, porte sur les principes du corps, selon qu'ils sont en eux-mêmes distinctement et séparément; puisque aussi bien le mouvement dont il s'agit consiste à les séparer l'un de l'autre, ou à faire qu'un nouveau principe remplacera l'un des deux. Les sens qui ne perçoivent que les corps, non les principes des corps, ne peuvent donc pas, absolument pas percevoir le mouvement dont il s'agit. Ils n'en perçoivent que les extrêmes ou les termes, ce qui était avant et qui n'est plus après, avec ceci pourtant qu'il en reste quelque chose, mais qui est autre chose, puisqu'on l'appelle d'un nouveau nom ; ou ce qui est maintenant et qui n'était pas auparavant, mais qui cependant était précédé de quelque chose qui explique sa nouvelle venue.

Dans le changement accidentel qu'est le mouvement d'altération…

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Message  Louis Mar 29 Nov 2011, 6:26 am

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II. LE MOUVEMENT (suite)

Dans le changement accidentel qu'est le mouvement d'altération, les sens peuvent saisir les conditions du mouvement, pour autant que le sujet corporel demeure le même, toujours accessible à la perception des sens et que la modification accidentelle qu'il subit tombe elle-même sous les sens. Tel le bloc de marbre qui était d'abord informe, et qui, transformé par l'artiste, devient ensuite la statue de César.

Et, aussi bien, est-ce par là, par l'image ou la vue d'une transformation accidentelle, que notre raison peut être amenée à concevoir, d'une certaine manière, ou à se représenter intellectuellement la transformation substantielle. De même, en effet, que dans la transformation accidentelle il demeure, au témoignage même de nos sens, un sujet qui reste identique et sans changer en lui-même sous de multiples formes accidentelles ; de même, dans la transformation substantielle, nous concevons un certain sujet demeurant toujours identique dans son dernier fond, malgré tous les changements qui se produisent en lui. Seulement, à la différence de la transformation accidentelle, le fond qui demeure ici n'est pas un sujet existant en lui-même, dans l'ordre des êtres corporels. Et voilà pourquoi nos sens ne le perçoivent pas, ne peuvent pas le percevoir, ni notre imagination se le représenter. Mais notre intelligence le saisit, parce qu'il faut qu'il soit pour expliquer ce que nos sens perçoivent.

Dès là, en effet, qu'un être corporel change non plus seulement dans ses formes accidentelles, mais jusqu'à cesser d'être lui-même, jusqu'à perdre son nom ; et que, cependant, tout ce qui était de cet être n'est pas détruit, qu'il en reste quelque chose, un quelque chose qu'on retrouve en un autre être radicalement distinct du premier, notre raison en conclut inéluctablement que des deux principes essentiels qui constituaient ce premier être corporel, l'un, celui-là même qui spécifiait cet être et lui donnait son nom, a disparu pour faire place à un autre qui constitue une autre espèce et donne un nouveau nom, et que l'autre est celui en qui s'est fait ce changement ou cette substitution, comme le bloc de marbre est le sujet en qui se font les changements et les substitutions de formes accidentelles.

Encore un coup, rien de plus rationnel, de plus exigé par la saine raison, qu'une telle doctrine ; mais rien non plus qui soit davantage hors de la prise ou du contrôle des sens. Rien, par conséquent, qui soit plus essentiellement d'ordre philosophique et hors des limites de la science expérimentale. Les sens et l'expérience ne peuvent pas plus saisir sur le fait ou en soi la transformation substantielle qu'ils ne peuvent saisir la forme substantielle elle-même et la matière première.

De là vient que les anciens philosophes naturalistes…

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Message  Louis Mar 29 Nov 2011, 11:44 am

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II. LE MOUVEMENT (suite)

De là vient que les anciens philosophes naturalistes n'ont jamais soupçonné cette doctrine, habitués qu'ils étaient à ne tenir pour réel que ce qui tombait sous les sens ou pouvait être imaginé. Et de là vient aussi que cette doctrine est aujourd'hui encore si peu comprise de tant d'esprits, surtout dans le monde de la pure science expérimentale, ou de la philosophie qui a le tort de ne pas distinguer assez l'objet de la raison, de celui de l'expérience sensible.

Et, pourtant, outre qu'elle seule répond aux exigences de la saine raison philosophique, elle est aussi la seule qui donne aux sciences de la nature leur dignité foncière. Nous avons déjà fait remarquer que si tout se ramenait, dans le monde de la nature, à de simples déplacements d'atomes ou de molécules formant des configurations accidentelles, dont la diversité constituerait la seule raison de la diversité des êtres de la nature, l'objet des diverses sciences ne serait plus que ces configurations sans consistance, d'autant plus vaines que ces molécules ou ces atomes devraient être conçus, nous l'avons aussi fait remarquer, sans action ou réaction aucune des uns sur les autres. Dès là, en effet, qu'on admettrait une action ou réaction quelconque, il faudrait admettre un principe de cette action ou de cette réaction qui ne serait plus d'ordre quantitatif, mais d'ordre qualitatif, et qui, par suite, ne se rattacherait plus au simple mouvement local, mais appartiendrait au mouvement d'altération, acheminement fatal vers le mouvement de transformation substantielle.

Cette même doctrine de la transformation substantielle est encore la seule qui donne un sens plausible à la question de l'évolution, puisque aussi bien l'évolution porte sur le passage d'une espèce à l'autre ; et qui permette aussi de résoudre cette question comme il convient.

Si, en effet, tout se ramenait, dans le monde de la nature, aux configurations accidentelles des atomistes…

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Message  Louis Mer 30 Nov 2011, 6:22 am

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II. LE MOUVEMENT (suite)

Si, en effet, tout se ramenait, dans le monde de la nature, aux configurations accidentelles des atomistes, pourquoi parler d'espèces et de passage d'une espèce à l'autre ? Ces mots n'auraient aucun sens. Par contre, si les êtres de la nature, dans leur diversité spécifique, constituent, chacun, dans leur être individuel, un tout ayant sa forme substantielle qui le fixe dans telle espèce, comment concevoir qu'il puisse, en restant lui-même , perdre sa forme substantielle et en recevoir une autre?

Dans le cas d'une transformation substantielle, l’individu d'une espèce ne demeure jamais, pas plus que ne demeure la forme substantielle. Seule la matière demeure , mais la matière première , qui, par elle-même et séparée de la forme, non seulement n'est pas un être individuel, mais ne peut même pas être conçue comme appartenant au monde de l'existence ou du réel : elle n'est jamais, dans la réalité, qu'elle ne soit unie à une forme substantielle.

Et il est vrai que parce qu'elle demeure, au fond de toutes les transformations substantielles, et parce que toutes les formes substantielles peuvent être reçues et sont reçues en elle, successivement, depuis les formes qui portent avec elles le degré d'être spécifique le plus infime, jusqu'à celles qui porteront le degré d'être spécifique le plus parfait, c'est-à-dire, comme nous le montrera toute la suite de notre étude, depuis les formes élémentaires jusqu'à la forme humaine, il s'ensuit qu'en elle se produit, par les transformations substantielles, une merveilleuse évolution ascensionnelle, que nous appellerons, si on le veut, l'ascension de la matière.

Mais cette ascension ou cette évolution ascensionnelle ne doit ni ne peut être conçue comme l'évolution d'un être déterminé : individu ou espèce. L'espèce n'évolue pas, c'est évident; puisqu'elle constitue, par définition, une limite d'être, ou un degré d'être déterminé. Si on change cette limite ou ce degré, il s'agira d'une autre espèce, non de la première qui aurait évolué.

Quant à l'individu, nous avons déjà dit que l'évolution spécifique le détruit par le fait même, puisqu'elle implique la transformation substantielle. L'individu ne peut demeurer et se perfectionner ou évoluer que dans la ligne de la transformation accidentelle. Et cette transformation, par définition, demeure en-deçà de la transformation de l'espèce : elle se produit toujours dans les limites de la même espèce.


Une confirmation de cette vérité se trouve en ceci que jamais on ne trouverait, dans la nature, un être appartenant…

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Message  Louis Mer 30 Nov 2011, 12:47 pm

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II. LE MOUVEMENT (suite)

Une confirmation de cette vérité se trouve en ceci que jamais on ne trouverait, dans la nature, un être appartenant à telle espèce déterminée, qui aspirerait à faire partie d'une autre espèce. Ce serait là une aspiration contraire à ce qu'il y a de plus radical et de plus profond dans tous les êtres qui sont, et qui est de se conserver dans l'être. Or, ils ne se conserveraient pas dans l'être, ils cesseraient d'être, s'ils passaient d'une espèce à l'autre, puisque, nous ne saurions trop le répéter, ils perdraient la forme substantielle qui les fait être purement et simplement. Seule, la matière première, qui n'a, de soi, aucune forme, et peut les recevoir toutes par voie de transformations substantielles, pourra être dite aspirer, d'une aspiration naturelle, à recevoir les diverses formes : aspiration qui est, du reste, toute passive et qui se ramène à une simple puissance de recevoir ces diverses formes. Mais aucun être individué, dans la nature, ayant son être à lui par telle forme spécifique déterminée, ne peut aspirer à changer de forme ou de nature.

L'erreur, ici, comme toujours — et c'est encore saint Thomas qui nous en avertit —…

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Message  Louis Jeu 01 Déc 2011, 6:32 am

PHYSIQUE ET MÉTAPHYSIQUE


II. LE MOUVEMENT (suite)

L'erreur, ici, comme toujours — et c'est encore saint Thomas qui nous en avertit — est due à l'imagination prenant la place de la raison. « Parce que, dit le saint Docteur, l'homme désire monter en grade ou en dignité, dans l'ordre de certains biens accidentels qui peuvent croître sans que le sujet soit détruit, on a pensé qu'il pouvait — lui ou tout autre être dans la nature — « aspirer à un degré de nature » ou d'espèce « plus élevé, auquel il ne pourrait parvenir qu'en cessant d'exister ou d'être » lui-même. Et un tel désir, une telle aspiration, serait chose monstrueuse, absolument contre nature (I, q. 63, a. 3).

Et voilà — notons-le en passant — sur quel fondement repose, — vue des yeux de la raison philosophique, — toute la doctrine de ce qu'on a appelé l'évolution des espèces. Il n'en est pas qui soit plus antirationnelle, antinaturelle, allant tout ensemble contre la raison même de transformation substantielle et contre ce qu'il y a de plus foncier, de plus radical, de plus irréductible, de plus inaliénable, dans les aspirations naturelles de tous les êtres qui sont.

Il est vrai qu'il sera une raison qui expliquera l'ascension graduée des diverses espèces dans le monde de la nature, et une aspiration ou une volonté qui aura réalisé cette gradation. Mais cette raison et cette aspiration ne seront pas dans les êtres de la nature. Elles seront dans l'Intelligence sage qui aura établi d'une façon graduée le plan de ces espèces et qui l'aura établi avec un telle perfection de sagesse que c'est à peine si l'on pourra distinguer le passage d'un degré à l'autre, tant sera ménagée la transition de l'une à l'autre; et la réalisation en sera due à la volonté toute-puissante qui aura fait passer de la puissance à l'acte chacune de ces espèces, chacune de ces natures selon le degré ou la limite d'être qui leur appartient en propre.

Que, dans cette réalisation, pour le monde de la nature ou des êtres mobiles que sont les corps, il y ait un sujet où se seront déroulées, ou se déroulent et se dérouleront encore, tant que durera l'état du monde actuel, ces diverses manifestations d'espèces graduées et ascendantes, avec des phases d'ailleurs très diverses, selon les divers âges du monde, rien de plus conforme aux exigences de la raison philosophique, aux constatations de la science expérimentale, et, nous aurons à le dire plus tard, aux données de la foi. Mais ce sujet n'est pas un être préalable ou préjacent, qui aurait lui-même en lui-même une nature propre. Il n'est qu’un fond de puissance, qui, de soi, n'est rien de déterminé dans le monde des corps, mais qui, par cela même, peut recevoir toutes les déterminations, et devenir successivement ou alternativement toutes choses, dans l'ordre des êtres corporels, à mesure ou selon qu'il se trouvera uni à tel ou tel principe formel, le constituant dans telle espèce ou dans telle autre.

Ce fond merveilleux que le génie d'Aristote a été le premier à découvrir dans le monde de la nature et…

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Message  Louis Jeu 01 Déc 2011, 12:33 pm

PHYSIQUE ET MÉTAPHYSIQUE


II. LE MOUVEMENT (suite)

Ce fond merveilleux que le génie d'Aristote a été le premier à découvrir dans le monde de la nature et que le génie de Thomas d'Aquin a su mettre en si vive lumière, n'est pas autre que cette mystérieuse matière première, conçue non pas seulement comme principe indispensable pour expliquer la nature du corps, ainsi que nous l'avions établi dans notre précédente étude — et qui s'imposerait toujours inéluctablement, même dans l'hypothèse des atomistes excluant toute transformation substantielle et n'admettant qu'une seule substance, celle des atomes, avec la seule modification accidentelle tout extérieure du mouvement local ; — mais aussi, conçue comme premier sujet de ces transformations autrement profondes, qui vont jusqu'à changer le corps, l'être corporel, en lui-même, dans son être propre, non pas seulement accidentel, mais substantiel, et amènent ces merveilleuses variétés ou diversités d'êtres qui constituent le tout du monde de la nature : transformations dans lesquelles une partie substantielle, un principe essentiel de l'être corporel est atteint et disparaît pour faire place, dans le sujet potentiel premier qui demeure toujours, à travers toutes les transformations, à un nouveau principe essentiel qui constituera une nouvelle substance, un nouvel être dans ce même monde des corps.

Et c'est, précisément, en raison de ces changements substantiels, atteignant l'être corporel au plus profond de lui-même et dissociant ou associant ses principes essentiels constitutifs, que le corps, l'être corporel, mérite d'être appelé, dans son sens plein et entier, du nom d'être mobile, par lequel le désignent toujours Aristote et Thomas d'Aquin.

L'être mobile, en effet…

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Message  Louis Ven 02 Déc 2011, 7:39 am

PHYSIQUE ET MÉTAPHYSIQUE


II. LE MOUVEMENT (suite)

L'être mobile, en effet, n'est pas autre que l'être qui est, mais dont l'être même est soumis au mouvement; du moins, à prendre l'être mobile dans son sens le plus profond et le plus formel. Il est bien vrai que même l'atome intransformable des atomistes, dès là qu'il est un corps soumis au mouvement local, peut être appelé du nom d'être mobile.

Toutefois, ce nom d'être mobile conviendra par excellence à l'être dont la substance composée de deux principes essentiels, a ces deux principes dans un tel rapport que le principe formel spécifique peut être séparé du principe matériel potentiel, et, par le fait même, non pas seulement changer de place ou de lieu comme dans le mouvement local, ou même d'état accidentel dans l'ordre de ses qualités, comme il arrive par le mouvement d'altération, mais cesser d'être purement et simplement pour faire place à un être nouveau qui lui succède dans le monde des corps : ce qui est le propre de la transformation substantielle.

Toute la suite de nos études aura pour objet la connaissance de ces transformations substantielles ou des êtres divers qui en résultent dans le monde de la nature.

A SUIVRE : PHYSIQUE ET MÉTAPHYSIQUE— III. Les causes.

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