LA RELIGION DE COMBAT PAR L’Abbé Joseph LÉMANN

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Message  Monique Dim 07 Jan 2024, 8:12 am

Au troisième rang, apparaît le docteur. Qui établira et montrera l’accord harmonieux de ces trois sublimes puissances : la raison, la foi, la science ? Qui dissipera les doutes, cruels tourments des esprits les plus soumis et les mieux cultivés ? Qui dirigera la marche du juste dans ces âpres sentiers où l’âme, quoique pleine de bonheur, éprouve bien cruellement parfois les angoisses de l’exil? N’est-ce pas le docteur de la vérité.


Le docteur ! l’homme de la doctrine ! l’homme qui sait les voies de la sagesse et la poursuit à travers des espaces, où l'aigle même n'atteint pas, dans la sublimité des cieux, pour la rapporter ensuite aux esprits plus faibles, plus timides, aux humbles et aux petits : quel vol royal, et quelle belle mission d'explorateur au nom de la charité ! Aussi, le prophète Daniel faisant une description sommaire, rapide, très rapide de la vie future, s’arrête cependant devant les docteurs, les montre du doigt, et dit : Ceux qui en auront instruit un grand nombre dans la justice brilleront comme des étoiles dans des éternités sans fin 1.

La même plume délicate qui a célébré le pasteur décrit ainsi le rôle du docteur : « La terre a ses sources qui lui donnent leurs eaux ; le firmament du ciel a ses astres qui versent sur le monde leur lumière; les nuées, qui entourent notre globe, portent dans l'air et répandent ensuite sur la terre la rosée et la vie. Pourquoi les âmes n’auraient - elles point aussi des sources, où elles iront puiser les eaux de la divine sagesse ; des astres qui répandront sur elles leurs pures clartés; des nuées bienfaisantes, dont l’influence leur rendra la fraîcheur et la vie ?

« O âmes, n’enviez à la terre ni les sources qui l’abreuvent, ni les astres qui l’éclairent, ni la rosée qui la féconde : Dieu, dans ses miséricordes, ne vous a-t-il pas donné les docteurs de la vérité 1 ? » Entre tous ces docteurs, il suffit d’en nommer un : saint Thomas d’Aquin! « Simple comme l’aigle, vaste comme lui, on ne le perd jamais de vue dans son vol, si élevé qu’il soit, et ses serres puissantes écartant tous les nuages, il demeure immobile dans la lumière et comme se transformant en la substance 2. »



1 Daniel, XII, 3.
1 Mgr BAUDRY.
2 Lacordaire, Panégyrique de saint Thomas d'Aquin.




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Message  Monique Dim 07 Jan 2024, 8:13 am

Quelle que soit d'ailleurs notre manière ou notre règle de vie, quoique notre vie paraisse excellente et nos œuvres sublimes, si nous n'envisageons que notre propre honneur et non celui de Dieu, nous nous trompons grandement, car il nous manque la charité.

En effet, dès que, de notre fonds d'humilité nous désirons, de corps et d'âme, l'honneur de Dieu de toutes nos forces, et que notre intention s'y porte :

c'est la charité qui est la racine et la source de toutes les vertus et de toute sainteté. Racine de tous les vices. Mais celui qui néglige l'honneur de Dieu et n'en a cure, ne s'occupant que du sien, celui-là est l'esclave du vice de l'orgueil, qui est la racine de tous les vices, de toute improbité et de toute malice.

Lorsque donc l'esprit de Dieu touche le cœur humble, il le pénètre de sa grâce, et il exige cette ressemblance de lui qui est obtenue par les vertus ; et, au-dessus de toutes les vertus, l'unité avec lui ou l'union de charité. Alors, l'Âme vivante (vigoureuse) et le cœur aimant se réjouit à cette exaltation, bien qu'il ignore comment satisfaire à cette vocation ou à cette exaltation, et payer la dette qui est exigée et réclamée par l'amour.


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Message  Monique Lun 08 Jan 2024, 8:21 am

Aussi, comme toutes les sciences ont profité de cette estime, de celte sollicitude et de cette largeur de la religion ! Chaque science a pu s’associer au langage de joie que le Livre de Dieu fait tenir à la Sagesse : J'ai étendu mes branches comme le térébinthe, et mes branches sont des branches d'honneur et de grâce 2. Chaque science a étendu ses branches d'honneur. Auprès de chaque groupe de sciences, brillent les savants chrétiens qui font remonter vers Dieu le rayon de leur propre célébrité :

Auprès des belles-lettres, brillent des célébrités littéraires qui disent : « IL y a dans le nom de Dieu quelque chose de superbe, qui sert à donner au style une certaine emphase merveilleuse, en sorte que l'écrivain le plus, religieux est presque toujours le plus éloquent. Sans religion on peut avoir de l'esprit; mais il est difficile d'avoir du génie 3. »

Auprès de la médecine, brillent des célébrités médicales, qui disent, à propos de tel malade arraché au trépas : Je l'ai traité, Dieu l'a guéri 4. Auprès des sciences naturelles brillent des industriels célèbres qui disent :

« La nature n’est pas une prison. Elle est bien plutôt une toile entre deux ouvriers, un père et un fils, assis au même travail : un voile sublime, transparent, tendu entre deux esprits, l’esprit créateur et l’esprit humain 1. »

Auprès de la géométrie, du calcul, de la physique, brillent des mathématiciens célèbres qui disent : « Tout cela est vrai, mais tout cela ne saurait remplir le cœur de l’homme, ni suffire à la conduite de la société. Gloire à Dieu et paix aux hommes de bonne volonté : les mathématiques n'atteindront j'amais à la sublimité de cette formule 2. »

Voilà les savants chrétiens, vrais maîtres et guides sûrs : ils marchent, à bon droit, dans la phalange lumineuse de l’enseignement, à la suite de l’évêque, du pasteur, du docteur.


2 Ecclésiastique, XXIV.
3 Chateaubriand.
4 Ambroise Pare .
1 Voir le Correspondant, fevr. 1869, p. 719.
2 De Courcy.




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Message  Monique Mar 09 Jan 2024, 8:17 am

III

Lorsque Virgile chantait l’approche d’un âge d'or sous le sceptre d’un Enfant extraordinaire qui descendrait des cieux 3, si un Prophète lui eût annoncé que sa vision poétique se réaliserait, que des Nations aristocratiques et fières deviendraient, sous la direction de ce merveilleux Enfant, les premières du monde par le savoir et par les armes, qu’elles seraient de race latine, mais qu’un temps viendrait où, une grande révolution interrompant et retournant toutes choses, il en arriverait, chez ces Nations, à proscrire de renseignement le nom sacré de la Divinité, que la langue latine, à cause de ses affinités avec la Divinité, serait elle-même suspecte, et qu’une multitude d’esprits médiocres, athées, sensuels, se feraient les satellites de cette abominable entreprise dans les écoles : assurément, le chantre d’Ausonie eut été stupéfait, révolté, épouvanté de cette métamorphose ; je me demande si son doigt vengeur n’eût pas indiqué, au IIIe Livre de son immortelle Enéide, l’épisode des Harpies 1 qui caractérise bien la dégoûtante entreprise apostâte.

Il est utile de la rappeler :

Dans un enfoncement du rivage, nous avions (Énée et ses compagnons) élevé des lits de gazon, et nous savourions des mets délicieux. Tout à coup, du haut des montagnes, les Harpies fondent d’un vol effroyable, battant des ailes avec un grand bruit, enlèvent nos viandes, et salissent tout de leur contact immonde; à leurs cris sinistres se mêle une odeur fétide. Nous nous retirons alors dans une gorge profonde, sous l’abri d’un rocher que des arbres enveloppaient d’une ombre impénétrable; et là nous dressons une seconde fois les tables, et rallumons le feu sur les autels. Une seconde fois la troupe bruyante, sortie de ses repaires secrets et fondant sur nous d’un point opposé du ciel, voltige autour de notre butin en secouant ses pieds crochus, et souille les mets de son haleine infecte. J’ordonne alors à mes compagnons de prendre leurs armes et de faire la guerre à cette cruelle engeance. Ils exécutent mes ordres, et disposent leurs épées et leurs boucliers, qu’ils tiennent cachés sous l’herbe. Aussitôt que les Harpies, descendues des hauteurs, ont fait retentir le rivage sinueux du bruit de leurs ailes, Misène, monté sur une éminence, donne le signal 1 avec la trompette: mes compagnons s’élancent, et, dans ce combat nouveau pour eux, essaient de blesser ces impurs oiseaux de la mer. Mais leurs plumes résistent à toute atteinte, et leurs flancs restent invulnérables ; elles s'enfuient d'un vol rapide au plus liant des airs, NOUS LAISANT UNE  PROIE A DEMI RONGÉE ET SOUILLÉE DE LEURS TRACES DEGOUTANTES.

Fable de jadis, tu es devenue, en nos temps, poignante réalité ! Semblables aux Harpies, mais plus redoutables, les idées et les bandes de la Révolution n’ont-elles pas tout envahi et tout souillé ? Elles enlèvent, et elles salissent. L’école, en particulier, se ressent de leur passage immonde !  L’heure est aux génies malfaisants : ils ne sont ni maîtres, ni guides, mais Harpies!... nous laissant (dans l’âme des enfants) une proie à demi rongée et souillée de leurs traces dégoûtantes !


3 Quatrième Églogue.
1 Monstre ailé au visage de femme, au corps de vautour, aux oreilles d’ours, ayant des griffes aux pieds et aux mains.




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Message  Monique Mer 10 Jan 2024, 8:02 am

IV



Quelles obligations résultent de cet état de choses pour les vrais maîtres et les guides surs ? L’obligation, d’abord, d’élever encore plus haut le flambeau de la vérité éternelle, et de rendre plus actives, plus fructueuses et plus éclatantes leurs recherches de la science. Bienfaisants génies, ils ne doivent pas se démettre. Ils ne doivent également tolérer ni souillure ni enlèvement. Bref, ils ont le droit de parler un fier langage, et qu’ils le parlent, ce langage :
Jésus-Christ, le seul vrai maître, s’est adjoint des suppléants, et c'est nous ! Pour pouvoir porter en tous lieux l’enseignement du salut, nous nous sommes pliés à toutes les conditions. Nous avons fendu du bois et défriché le sol avec les pauvres bûcherons, et nous avons pris nos grades dans los écoles et les universités. Chargés de la science du ciel, nous nous sommes assis au milieu des sciences de la terre, et il est arrivé qu'au contact de la science du ciel, celles de la terre ont pris un essor qu’elles n'avaient jamais connu. Elles se sont rattachées au Christ, comme les rayons se rattachent à l’astre de la lumière. Salomon avait laissé, sur la science, cette inscription mélancolique : elle est une vanité ; nous l’avons remplacée par celle-ci : elle est le contrefort de la Vérité. Tels ont été nos services.

Or, voici maintenant qu’on voudrait nous mettre hors la science, comme on nous met hors la loi ; nous ne pouvons pas accepter cette proscription. Nous ne pouvons pas : parce que, en vertu du droit divin, nous devons enseigner, et parce que, en vertu du droit de propriété, les sciences relèvent de nous, avant de relever de qui que ce soit. Quelle sera donc notre attitude en face de n’importe quelle tentative de persécution ? Nous parlerons, nous enseignerons. Nous enseignerons qu’il faut adorer Jésus-Christ. Nous enseignerons qu’il faut sauver son âme, et obtenir à tout prix la vie éternelle. Nous enseignerons qu’il faut aimer la science, et que toutes les sciences sont belles.

Nous enseignerons l’histoire, la physique, les mathématiques, la philosophie, toutes les sciences. Nous enseignerons que quiconque est savant, religieux et honnête, est digne et libre d'être professeur. Voilà ce que nous enseignerons. _  Et si l’impiété, si l’État, devenu impie, hérisse de difficultés notre participation à ses grades, nous tâcherons, par beaucoup de science et de modestie, de forcer ses respects et de ravir son admiration; si, rompant en visière, il nous déclare inhabiles et incapables, eh bien, nous nous passerons de ses diplômes ;

Si on nous dispute l’emplacement de nos écoles, si on nous en limite le terrain, nous dirons aux montagnes le mot du Christ : Ôtez-vous de là, afin que nous puissions bâtir ; et les montagnes obéiront, moins dures que l’endurcissement de l'impiété, moins dures que la jalousie de la fausse science !

Si, enfin, on pousse les rigueurs jusqu’à nous interdire d’enseigner par des menaces de prison, d’exil ou de mort, nous nous rappellerons que notre Maître, après avoir exposé sa céleste doctrine, s'est exposé, pour elle, sur la croix : à notre tour, chargés de continuer l’exposition de sa doctrine, nous nous exposerons pareillement, pour elle, à tous les périls.


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Message  Monique Jeu 11 Jan 2024, 7:59 am

CHAPITRE III

DES APOTRES CHEZ NOUS

I. La flamme apostolique peut embraser n'importe cœur,— II. Principe de cette flamme : la considération de la beauté et du prix des âmes; le service de Jacob pour obtenir Rache., surpassé sous la Loi d’amour. Ces deux abîmes de réflexion : une âme perdue, une âme sauvée. — III. Divers cœurs apostoliques : celui du missionnaire ; celui de la jeune enfant qui veut convertir son aïeul; celui de la Sœur de charité ; celui du Frère des écoles chrétiennes. — IV, Un apostolat délaissé: on le signale aux cœurs apostoliques.


I

« Des apôtres ! des apôtres ! que tout catholique devienne un apôtre ! » C’est le cri de la nécessité. Dans les temps qui ont précédé les nôtres, ce rôle de fatigues et d’honneur était réservé à un certain nombre d’enfants de lumière : aujourd’hui, tous doivent y participer. Devant la coalition de toutes les ténèbres et de toutes les haines pour la ruine de l’Eglise et la perte des âmes, n’est-il pas convenable, et urgent, que le zèle apostolique bride les cœurs demeurés fidèles? Il ne suffit plus de croire, il faut convaincre; il ne suffit plus de se sauver, il faut sauver.

Aussi bien, n’importe quel cœur peut brûler de la flamme apostolique. C’est une douce conséquence du plan de Jésus-Christ. En plaçant, en effet, les douze apôtres à la base de son Église, le Christ a lait d’eux des sources chargées d’alimenter tous les ordres qui reposent sur eux1. Un évêque est un successeur des apôtres, mais un humble fidèle peut avoir un cœur apostolique, parce que les apôtres ont reçu la plénitude du zèle à communiquer : comme des bases qui supportent tout l'édifice, comme des sources qui alimentent tous les canaux, comme des foyers qui donnent naissance à toutes les étincelles. Conséquemment, si tout cœur ne peut pas être celui d’un prêtre, d’un évêque, d’une vierge, d’un martyr, néanmoins, chose admirable et délicieuse à penser ! tout cœur peut être celui d’un apôtre, peut posséder le zèle apostolique, la flamme apostolique. Mais comment s’y prendre pour allumer en soi cette précieuse flamme ?


1 « L'ordre apostolique contient avec éminence tous les autres états et degrés de grâce, de sainteté, de perfection, et de toutes les vertus; et, ce qui est plus, il en est une vive source, de sorte que tout ce qu'il y a de grâce, de piété, d’esprit et de sainteté en tous les membres et parties de s'est dérive et découle de cette première fontaine. » Bourgoiso, général de l‘Oratoire, les Vérités et Excellences de Jésus-Christ.



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Message  Monique Ven 12 Jan 2024, 7:43 am

II

La beauté et le prix des âmes ! C’est là une pensée qui fait partie de la Révélation chrétienne. Avant le christianisme, on s'arrêtait à l’extérieur de l'homme, on n’estimait que l’apparence. L’apparence humaine était tout : apparence de l’intelligence, du génie, de la fortune, apparence surtout de la beauté des traits. Quant à l'âme considérée en elle-même, on n'y pensait guère, ou du moins fort secondairement. Il n’y avait que la petite Judée où l’on sut la noble origine de l’âme. Ailleurs, mille fables circulaient sur son compte, et généralement on passait devant elle comme on passe devant une servante. Hélas ! elle n’était que trop servante, elle qui, cependant, avait été créée reine! Dégradée, il est vrai, par lo péché, enveloppée de misère et de honte, ou l'ignorait. Reléguée en quelque sorte au foyer de notre être, elle n’eiitoudait dans sa solitude que le bruit des hommages que recevait la beauté du visage, sa protégée, devenue sa rivale.

Mais, un jour, vint un céleste étranger, qui proposa aux hommes cette énigme : Lorsqu'on allume un flambeau, est-ce pour le placer sous le boisseau? N'est-ce pas plutôt pour l'exposer sur le chandelier? Ainsi parla Jésus. Et alors, il tira l’âme de son obscurité; sous ses haillons, il la reconnut et l’aima. Et étendant sur elle ses deux mains transpercées par amour, il fit, par les flots de son sang, disparaître les souillures et les vices qui la tenaient déshonorée. Alors transpira dans le monde le secret de la beauté et du prix des âmes. Il se forma autour de chacun de nous comme une limpide lumière, une inexprimable lueur, dans laquelle se révéla ce que vaut notre âme. Il faut bien que sa valeur suit infinie, puisque Jésus l’ayant aimée, il n’eût pas hésité à mourir pour elle seule, —pour une seule âme ! C'est la décision de la théologie chrétienne, écho de l’éternité. Oui, une âme est d'un tel prix, que tous les mondes ne sauraient être mis en balance avec elle ; il n’y a que le sang de l’Homme-Dieu qui fasse connaître et comprendre son estimation.

Eh bien, le prix et la beauté des âmes, voilà ce qui suscite un apôtre à la suite de Jésus-Christ, allumant en son cœur la flamme apostolique. Un poète est captivé par l’idéal, un mathématicien par les mathématiques, un astronome par le firmament : un apôtre est captivé par les âmes! Elles captivent mieux que les froides mathématiques, mieux que le radieux mais lointain firmament. Et cependant, par une aberration qui attriste, ne fait-on pas un reproche, un crime même aux apôtres d’être sous le charme des âmes?  

On ne reproche pas aux mathématiques leurs attraits, ni à la voûte céleste le scintillement de ses étoiles ; et l’on trouve étrange, même au sein des familles chrétiennes, que les âmes si belles, rachetées par le sang de Jésus-Christ, captivent et fassent des apôtres. O siècle dont la foi baisse, ô siècle qui voudrais ramener et recacher sous le boisseau ce qui est divin, tu auras beau faire, les âmes posséderont et déploieront jusqu’à la consommation finale des séductions irrésistibles et  irréprochables! On ne parviendra pas à empêcher des générations d’apôtres de se former pour aimer et servir les âmes. Qui se flatterait d’empêcher une éruption du Vésuve ?


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Message  Monique Sam 13 Jan 2024, 8:00 am

On n’arrêtera pas davantage, dans un cœur que Dieu appelle, les soulèvements du zèle et les éruptions de la charité. Un charmant épisode de la Genève fournit également un argument vainqueur : Jacob n’accepta- t-il pas de servir sept années, et puis encore sept autres années, pour obtenir Rachel?... Cela se passait sous la Loi ancienne, et l’admiration de la postérité n’a point manqué à ce service de quatorze aimées pour un amour de la terre. Mais alors, sous la Loi nouvelle où un Dieu est venu mourir par amour, est-il juste, est-il chrétien de s’opposer à cette déclaration d’un cœur d’apôtre : laissez- moi servir toute ma vie pour aimer et sauver les âmes!

Une autre pensée s’ajoute, dans un cœur d’apôtre, à celle de la beauté et du prix des âmes : celle de leur perte ou de leur salut.

Une âme qui est perdue, une âme qui est sauvée : on ne réfléchira jamais assez au poids éternel de ces deux mots. Une âme sauvée, c’est-à-dire qui est au port, dans le sein de Dieu, heureuse pour l’éternité, et qui vous doit en partie son bonheur...; et une âme perdue, c’est-à- dire que Dieu ne retrouvera jamais et qui ne retrouvera jamais Dieu !... Quels deux abîmes de réflexions !

Un saint disait : C’eut si doux d'avoir un cœur, et, tout petit qu'il est, de pouvoir s'en servir pour aimer Dieu ! Une âme perdue ne pourra plus aimer. En se perdant, elle aura perdu le pouvoir d’aimer qu’elle avait reçu en naissant, et dont elle n’a pas su user avec noblesse. Dans le lieu de la perdition, son cœur sera desséché comme la grappe quand elle a passé sous le pressoir. C’est fini, plus de bonheur pour cette âme, parce qu'en elle il n'y a plus d'amour. Ne plus pouvoir aimer, quel état épouvantable !

Le langage oriental a une figure pour l'exprimer : un puits qui meurt!

En Orient où l'eau est une richesse, c’est une tristesse de voir mourir un puits : ainsi l’âme perdue sentira mourir son amour !


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Message  Monique Dim 14 Jan 2024, 8:12 am

Or, c’est également cette pensée de la perte des âmes qui remue des cœurs, les décide, les jette dans l’apostolat, et allume leur zèle comme un feu. Aussi, devient apôtre, n’importe qui, à n’importe quel endroit, et dans n’importe quelle position : il suffit qu’on ait le zèle et le génie du salut des âmes. Sainte Thérèse, du fond de sa cellule de contemplative, avait un cœur apostolique ; le curé d’Ars, dans son petit village qu’il n’a jamais quitté, a été un grand apôtre. Le Père Hermann, de l'ordre des Carmes, nous disait un jour avec feu, et la reconnaissance nous fait transmettre sa parole comme une étincelle : « Pour sauver une âme, je n'hésiterais pas à me traîner sur les deux genoux jusqu'au bout du monde. »

Qu’est-ce donc, en définitive, qu'un cœur apostolique ? C’est le voyage d’une âme vers d’autres âmes, pour les sauver ; voyage public, avec les pieds du missionnaire ; voyage secret, dans les soupirs et les pénitences de la vierge au fond de son cloître, dans les prières d’une humble villageoise qui, pour les âmes en péril, récite son chapelet. L'apostolat peut se définir : le zèle qui rassemble et recueille ce qui est en danger de se perdre. Saint Thomas d’Aquin a dit de l'amour qu’il est une force qui recueille et qui rassemble, Amor vis unitiva et concretiva. L’apostolat est cet amour en voyage... Infatigable voyageur, il recherche et rassemble les épis dans tous les champs du monde, pour en gonfler les greniers du Père de famille.

Mon Dieu, écoutez ma prière : donnez-moi un cœur d'apôtre qui entraîne les âmes, qui les recueille, en recueille le plus possible ; puis, permettez dans votre miséricorde que, pressant amoureusement ma conquête, je m’élance dans l’éternité, pour vous dire à jamais : Mon Dieu, voici des âmes, des reflets de votre ineffable Beauté qui ne sont pas perdus ; ensemble, nous rentrons au foyer de votre infinie Charité !


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Message  Monique Lun 15 Jan 2024, 7:41 am

III

Puisque tous les cœurs peuvent avoir le bonheur de brûler de la flamme apostolique, il s’ensuit que l’apostolat est susceptible d’une délicieuse variété. Nous l’avons défini d’une façon générale : le voyage d’une âme vers une autre âme ou vers d’autres âmes, pour les instruire de leur valeur, du sang qu’elles ont coûté, et de leurs immortelles espérances. Le voyage d’une âme vers d’autres âmes, quoi itinéraire et quel but !

Énumérons ou plutôt saluons quelques-uns de ces voyages. Le premier, avant tous les autres, est celui du missionnaire au loin. Ne va-t-il pas chercher les âmes en affrontant pour elles mille dangers, comme l'avarice va chercher l’or et les diamants ? Il s’exile, pour procurer à d’autres la patrie. Aussi, comme la mer, malgré ses abîmes, lui apparaît souriante! Aux flots qui l’emportent, il dit avec enthousiasme, en quittant les côtes natales : « Quelle verdure des prairies, quel charme des jardins peut égaler votre azur, ô flots ! Les jardins brillent émaillés de lis : la mer est semée de voiles blanches. Les lis ne portent qu’un parfum : les navires portent le salut des hommes !

Voguez, navires des braves missionnaires, votre tra versée est sublime. La foi transporte les montagnes, mais la charité transporte mieux encore : elle trans porte, bien loin de nous, nos enfants qui se sont arrachés à nos bras pour aller annoncer à des âmes inconnues qu’elles sont aimées de Jésus -Christ !

Voguez, navires des braves missionnaires, votre traversée est sublime. La foi transporte les montagnes, mais la charité transporte mieux encore : elle transporte, bien loin de nous, nos enfants qui se sont arrachés à nos bras pour aller annoncer à des âmes inconnues qu’elles sont aimées de Jésus-Christ !


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Message  Monique Mar 16 Jan 2024, 8:01 am

Après le missionnaire, il va d'autres cœurs apostoliques. L’Église est tellement en souci d’éclairer et de sauver les âmes, qu’elle inspire mille nuances délicates d'apostolat, mille moyens divers de pérégrination pour parvenir jusqu'aux âmes. Par exemple, l’apostolat de la naïveté et de la candeur au sein d’une famille. Il y a là un bon vieillard qui depuis longtemps a cessé ses rapports avec Jésus-Christ. Il est devenu craintif à l’égard de Dieu, il n'ose plus s'approcher, comme dit suavement le langage catholique, de la Table sainte. Eh bien, l’Eglise lui ménagera un apôtre en rapport avec ses craintes et sa faiblesse qui en refont presque un enfant. Elle renouvellera, sous une forme ou sous une autre, la charmante mission apostolique qui s’est donnée, au v° siècle de l’ère chrétienne, dans la maison où sainte Paule n’était encore que toute jeune enfant.

Son aïeul, Albinus, était demeuré païen. Læta, mère de la jeune Paula, en était désespérée. Saint Jérôme lui écrit : « Læta, ma très religieuse fille en Jésus-Christ, ne vous désespérez pas. Que votre jeune enfant, quand elle aperçoit son aïeul, se jette dans son sein, qu’elle se suspende à son cou, et lui chante l' Alléluia malgré lui. » Ainsi lit Paula, d’après le complot dirigé par saint Jérôme, et le vieillard en entendant cet Alléluia malgré lui, en embrassant sa céleste enfant, finit par embrasser aussi la foi chrétienne.

Quelle scène ravissante que le siège de l'âme de ce vieillard pressé par les caresses de sa petite fille ! Se peut-il voir une mission mieux conduite que celle de cette enfant qui voyage sur les genoux de son aïeul pour parvenir jusqu’à son âme ? Quel angélique missionnaire ! O parents chrétiens, qui lirez ces lignes, créez, s’il est nécessaire, pareil apostolat dans vos familles. Rappelez-vous encore les saints Innocents. Il est dit d’eux, dans les chants de la liturgie catholique : qu’au ciel ils jouent sous l'autel avec des palmes et des couronnes 1. Si vous savez vous y prendre, votre enfant, lui aussi, petit missionnaire à votre foyer, jouera un jour au ciel avec la couronne de son aïeul ou de son père !


1 « Tendre troupeau d'enfants immolés, sous l'autel, avec simplesse, vous vous jouez avec vos palmes et vos couronnes. » (Hymne liturgique).



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Message  Monique Mer 17 Jan 2024, 7:16 am

Voici un autre apostolat : celui de la sœur de charité au chevet des malades. Non moins que le missionnaire, elle a des audaces; mais, également, comme les anges, elle a toutes les délicatesses. Celui qu’elle soigne est un malheureux ouvrier, égaré comme il y en a tant dans ce siècle, victime des mensonges do la Révolution. Sceptique en même temps que couvert de plaies, il est devenu un objet d’horreur, et il est soigné par l’innocence : quel contraste ! La religion ne se plaît-elle pas à réunir les extrêmes?

Un jour, devant tant de soins, il s’écrie : « Ma sœur, vous m’aimez donc?... » L’amour virginal lui en donna sa parole ; mais il lui donna aussi sa parole qu’il y avait une vérité, et que cette vérité, pleine d’amour, qui inspire tous les dévouements, se nommait Jésus ! Le pauvre ouvrier alors rendit son âme ; mais avant de la rendre à Dieu pour être jugée par la justice, il l’avait rendue à la sœur de charité pour être absoute par la miséricorde : « Ma sœur, amenez-moi un prêtre... »

Au frère des écoles chrétiennes, ne faut-il pas également un grand cœur apostolique, pour parvenir à sauver au milieu des obstacles de tous genres l’âme de l’enfant du peuple : de l’enfant du peuple de France ! Déjà, cet apostolat exigeait beaucoup de magnanimité. Patient et laborieux, le bon frère des écoles chrétiennes traversait lentement les ténèbres du pauvre enfant du peuple, en les éclairant. Il lui apprenait à lire et à écrire, pour mieux gagner sa vie; à connaître et à pratiquer l’Evangile, pour gagner le ciel. La foi et le dévouement faisaient véritablement que cet humble apôtre transportait bien souvent des montagnes hors l’âme du cher enfant : montagnes innées de défauts, de rudesse, de préjugés; elles cédaient, et disparaissaient.


A suivre...
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Message  Monique Jeu 18 Jan 2024, 7:28 am

Mais voici des obstacles d’un nouveau genre : Aujourd’hui, la haine se délecte à apporter dans ce cœur d’enfant des montagnes, autrement hautes et escarpées, contre Dieu, contre l’Evangile, contre le ciel. La haine a dit, dans ses espérances sauvages et ses hideux programmes : Il ne faut plus que l'enfant pense à Dieu et aperçoive le ciel... Alors, intrépide et humble, le frère des écoles chrétiennes ne s’est pas laissé décourager. A son tour, il a dit : «Je gravirai ces montagnes; » et l’enfant du peuple, comme porté sur ses robustes épaules et plus haut que les difficultés, aperçoit toujours de l’autre côté du temps : le ciel ! Il aperçoit aussi, dans l’avenir des nations : la France ! Naguère, dans la chère Alsace, de braves enfants, arrachés aux soins des bons frères, étudiaient auprès d’un maître d’école non sans croyances, peut-être, mais sans cœur.

Un matin, une nouvelle carte de l’Europe est exposée sous leurs yeux. Cette carte, confectionnée en Allemagne, exprimait les prévisions de l’avenir. Avec l’avidité naturelle à cet âge, ils se pressent, regardent, examinent; certains empires y étaient représentés avec une augmentation de territoire; la France, au contraire, n’occupait plus sur la nouvelle carte qu’une place bien réduite. Le maître d’école considérait les physionomies des enfants, avec une joie maligne. Il demande à l’un d’eux: « Où est la France? » A cette question, l’enfant pâlit et frémit. De grosses larmes, mais aussi un éclair, passent dans ses yeux : « La France, monsieur? elle est là! » Il avait placé la main sur son cœur. Brave enfant !


A suivre...
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Message  Monique Ven 19 Jan 2024, 6:15 am

IV

Parmi les apostolats les plus urgents, il en est un à l’égard duquel il importe de réveiller l’attention et le zèle. Très en honneur aux âges de foi, il entraîne moins les ouvriers évangéliques depuis le rationalisme et la liberté de conscience. Quel est cet apostolat? Le Sauveur avait dit à ses apôtres : Allez de préférence aux brebis qui périssent de la maison d'Israël 1. Tant qu’il vécut, le divin Fils de David circonscrivit la mission et le zèle des apôtres dans les limites de la Judée, parce qu’il aimait ardemment sa patrie. Mais après le déicide, ils furent libres d’aller aux nations.

Les restes d'Israël, cependant, ne furent pas délaissés. Dans la grande moisson des âmes qui se poursuivait à travers les siècles et chez toutes les nations, il y avait un souvenir de pitié pour les juifs qu’on rencontrait : des regards de compassion étaient jetés sur leurs quartiers à part; des coups de filet heureux en amenaient un certain nombre à la foi ; pontifes, conciles, missionnaires se préoccupaient de leur sort ; et, malgré leur endurcissement et leur hostilité, des sentinelles d’amour veillaient et s’avançaient jusqu’aux abords de leur camp, pour signaler les lueurs d’espérance.

Hélas ! depuis bientôt un siècle, les choses ont changé. L’Eglise a été graduellement repoussée hors de la société civile; les juifs, au contraire, après y avoir été introduits sans précautions, y sont devenus graduellement les maîtres; les principes modernes leur permettent d’aller et de venir en toute liberté, d'agir en toute assurance et de pénétrer partout : de sorte que, dans ces conditions, l’apostolat catholique s’est quelque peu détourné d’eux, soit par crainte, soit par entraves, et aussi par surcroît d’occupations ailleurs. Il ne se lève plus des Justin pour engager avec eux des dialogues pacifiques 1, ni des Vincent Ferrier pour briser les rochers de leurs cœurs et transformer leurs synagogues en églises 2.


1 Saint Matthieu, X, 6.
1 Saint Justin, au IIe siècle de l'ère chrétienne, a composé une apologie extrêmement remarquable qui a pour titre : Dialogue avec le juif Tryphon.
2 Saint Vincent Ferrier, dominicain espagnol, eut une réputation immense comme prédicateur et exerça une influence considérable sur les israélites de l’Espagne (1357-1419).




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Message  Monique Sam 20 Jan 2024, 9:25 am

Ce délaissement est fort préjudiciable, à tous les points de vue. Les âmes des pauvres juifs se perdent, en même temps qu’eux-mêmes contribuent à faire perdre la foi aux populations chrétiennes. Si on s’occupait de leur salut alors qu’ils vivaient à l'écart dans leurs juiveries, n’est-il pas mille fois plus urgent de s’en occuper à présent qu’ils sont mêlés à la société, confondus avec les chrétiens, plus dangereux par cela même, mais aussi plus accessibles à l’apostolat? N’ont-ils pas des âmes ? N’y a-t-il pas à leurs foyers des vertus naturelles et patriarcales, de beaux restes qui attendent l’heure de la miséricorde ? Pitié donc pour les restes de ce peuple, ouvriers évangéliques; retournez travailler à l’antique champ de Jacob, vous souvenant de Ruth qui glanait!...

« Les restes d’Israël seront sauvés, » a positivement annoncé saint Paul, reliquiæ salvæ fient1. Sauvés: ô consolante parole ! les restes du peuple qui donna naissance à Jésus et à Marie ne seront pas perdus, quel bonheur ! Dieu Tout-Puissant, Père des miséricordes, accordez à de nouveaux apôtres pleins de pitié pour les israélites, la grâce de travailler au salut de leurs âmes et au recueillement des restes.

Qu’ils disent :
Seigneur, nous vous demandons de nous envoyer recueillir les derniers enfants de Jacob : comme cette femme qui vous demandait un jour les miettes qui tombaient de votre table. Accordez-nous les restes, ô bon Maître ! Les dernières miettes de ce peuple qui vous fut si cher, laissez-nous les recueillir, les ramasser et les sauver !


1 Ëpître aux Romains, IX, 27.



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Message  Monique Dim 21 Jan 2024, 7:34 am

CHAPITRE IV

LE MISSIONNAIRE AU LOIN



******


I. Le Christ aurait pu établir, seul, le royaume de Dieu ; il a préféré, à une solitude de gloire, des compagnons de succès qui étendraient au loin ce royaume. — II. Les gouvernements étaient, autrefois, les premiers à ce devoir et à cet honneur : leur protectorat remplacé, aujourd'hui, par l’œuvre providentielle et populaire de la Propagation de la Foi. — III. La vocation d’un missionnaire : comment elle se forme. Deux célèbres passages des Ecritures se mêlent toujours à la composition de son enthousiasme. — IV. Sa mission au loin : il personnifie d'une manière touchante, auprès d’une contrée, les prévenances du royaume de Dieu. Tableau de ces exquises prévenances. — V. Le secours procuré au missionnaire : douce vision de la plaine de Travancor.


I

Entre tous ceux que nous avons présentés, au chapitre précédent, comme ayant au cœur la flamme apostolique, il en est un qui mérite un relief spécial, des pages à part : le missionnaire.

Le Livre de la Sagesse se plaît à dire des justes en général qu’au jour du jugement ils étincelleront comme des feux qui courent au travers des roseaux 1. Ces feux qui courent au travers des roseaux, quelle originale figure ! Elle signifie que, au grand jour des rétributions, les justes, dominant sur les méchants atterrés, apparaîtront ainsi qu’une flamme dévorante au milieu de roseaux desséchés qui s’enflamment et craquent de toutes parts. Mais ne peut-on pas dire que, avant de trouver sa réalisation au point de vue de la justice, cette expressive image en trouve déjà une, au point de vue de la miséricorde, dans le zèle des missionnaires ? Ne ressemblent-ils pas, en effet, à des feux qui courent et scintillent parmi les roseaux et les hautes herbes des lointains pays ?

Et dans quel but cette course éloignée, ce scintillement à perte de vue ?
Toujours, pour sauver les âmes, mais aussi pour faire avancer et dilater le royaume de Dieu.
Le royaume de Dieu, quelle vaste et sainte chose !

Il était au pouvoir du Fils de Dieu, Notre-Seigneur, de l’universaliser durant sa vie, en faisant que, du levant au couchant et du septentrion au midi, tous les hommes et tous les peuples se prosternassent devant son Évangile et le nom de son Père. Qui en doute ? Au jardin de (Gethsémani, les légions d’anges n’étaient-elles pas toutes prêtes. Pensez-vous, disait le Christ à ceux qui venaient pour s’emparer de sa personne, que je ne puisse pas prier mon Père et qu'il ne m'enverrait pas aussitôt plus de douze légions d'anges 2?

1 Fulgebunt justi, et tanquam scintillæ in arundineto discurrent. (Sap., III,7.)
2 Saint Matthieu, XXVI, 53.




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Message  Monique Lun 22 Jan 2024, 8:12 am

Sur un mot de ses lèvres, les légions d’anges se fussent précipitées. En vérité, quels obstacles eussent pu rester debout devant le Fils de Dieu et ses légions ?

Il était donc au pouvoir de Jésus-Christ d’établir et d'universaliser en un moment le royaume de Dieu ; en un clin d’œil ! Il n’en a pas décidé ainsi : pourquoi ? Il suffira d’indiquer une raison pleine de grandeur et de bonté :

Ce que le Christ tout-puissant n’a pas voulu faire par lui-même durant sa vie, il se réservait de le faire par ses apôtres à travers une suite glorieuse de siècles. Le royaume qu’il pouvait établir et universaliser avec la vivacité et la rapidité de l’éclair, il a préféré l’établir et l’universaliser lentement, pas à pas, acquérir continent par continent, île par île, cœur par cœur, en se servant, pour ces conquêtes, des hommes, de ses amis, des missionnaires. En un mot, il n’a pas voulu, le bon Maître ! être conquérant tout seul ; il a préféré, à une solitude de gloire, des compagnons d’armes et de succès. Ce choix n’est-il pas très glorieux pour la race humaine ? Il est annoncé par saint Paul qu’un jour — au dernier jour — le Fils de Dieu remettra le royaume à son Père 1. Qu’elle sera belle, à la face des générations et des mondes assemblés, cette journée de présentation dans laquelle le Christ victorieux introduira devant son Père les compagnons de ses travaux, ses apôtres, ses martyrs, ses vierges, ses confesseurs, tous ceux qui auront été pour quelque chose dans son triomphe, dans sa conquête ; et quelle gloire se découvrira pour la race humaine lorsque le Christ dira cette parole : « Voici ceux, mon Père, qui m’ont aidé à conquérir votre royaume. » Oh ! comme on comprend bien, en songeant à cette sublime péroraison de l’histoire humaine, que le Fils de Dieu n’ait pas voulu vaincre et conquérir tout seul, mais qu’il ait préféré se donner des compagnons de conquête!


1 Ire Ép. aux Cor., XV, 84.


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Message  Monique Mar 23 Jan 2024, 8:28 am


II

Les gouvernements, autrefois se faisaient un devoir et un honneur d’être les premiers compagnons du Christ dans la propagation et l’agrandissement du royaume de Dieu. Les flottes de l’Etat transportaient, avec les guerriers, les missionnaires, dont la main allait répandre, dans les régions nouvelles, la bonne semence de l’Evangile. Lorsqu’on lit attentivement l’histoire des âges qui ont précédé le nôtre, on constate que, jusqu’au XVIe siècle, c’est-à-dire jusqu’à l’apparition de Luther, la propagation de la foi s’accomplissait par les soins réunis des gouvernements et des populations : l’Etat tout entier. Que c’était grand et magnifique! Oui, le spectacle était grand et magnifique, quand on voyait la France — gouvernement et peuple français — l’Espagne — gouvernement et peuple espagnol — la Hollande — gouvernement et peuple hollandais — conduire et protéger au loin la croix qui civilise en même temps qu’elle bénit ! Le missionnaire catholique, arrosant de ses sueurs et de son sang les forêts indiennes ou américaines, pouvait compter sur l’assistance de la nation à laquelle il appartenait, et il sentait la fierté patriotique s’allier à sa flamme apostolique. Ne semble- t-il pas que le prince qui est descendu dans la tombe en serrant contre son cœur les plis de son drapeau blanc, ait donné un souvenir et un regret à cette magnificence, quand sa main royale, avant de se glacer par la mort, a tracé ces mots sur son testament : « Je lègue 500.000 francs à la Propagation de la foi? » Ce legs est le dernier service de la monarchie chrétienne à la cause publique du salut des âmes et du royaume de Dieu : c’est l’or de saint Louis servant la propagation de la foi, au défaut de son sceptre, et dans le sommeil de son épée !

Avant la Réforme et la Révolution, le royaume de Dieu s’avançait donc au loin par les soins réunis des gouvernements et des peuples. Depuis lors, hélas! ce bel ordre a été brisé ; les Etats de l’Europe, au lieu de continuer dans les régions lointaines leur mission bienfaisante, n’ont plus été occupés qu’à s’entredéchirer, dévorant en querelles et en luttes fratricides les ressources de génie et d’argent que le ciel leur avait attribuées pour en faire part au reste de l’univers. Dans cette situation douloureuse et délicate, qu’est devenu le développement du royaume de Dieu ? S’est-il ralenti ? Pas le moins du monde. Un fleuve qui est venu du ciel ne disparait pas sous terre, alors même que la terre se montre ingrate : son rejaillissement est forcé et éternel ! Seulement, au lieu d’être conduite comme jadis par les gouvernements et les princes, la propagation de l’Evangile a continué sa marche avec une allure plus démocratique. Le protectorat échappé aux mains des princes a passé au peuple d’une façon très douce et très régulière, par l’institution de l’œuvre de la Propagation de la foi. Le nombre des missionnaires s'est accru, et les fidèles se sont ligués à la façon des grains de corail réunis en dizaines, pour les aider. Ensemble ils ont fait des prodiges. Les gouvernements n’étaient plus là, occupés dans la politique ou dans des guerres : les particuliers, réparateurs de ce désistement, ont rivalisé d’abnégation et d’héroïsme ; c’était, peut-être, moins glorieux au loin, moins solennel, mais le résultat était plus universel, plus populaire. Devant l’abandon des puissances et des principautés, la Providence ne s’était pas trouvée dans l’embarras, elle avait dit : puisque les cèdres ne veulent plus protéger la foi, les roseaux et les joncs lui serviront de barques!

Chers missionnaires, c’est donc vous que nous voulons célébrer, nous vous portons envie ! Dieu, du moins, nous fasse la grâce de contribuer, par ces pages, à grossir vos phalanges et vos ressources !


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Message  Monique Mer 24 Jan 2024, 7:19 am


III

Arrêtons-nous d'abord sur les commencements du missionnaire : comment s’est-il formé ? Il n’était encore que tout jeune enfant que, déjà, il cherchait sa vocation. Tandis que ses compagnons d’enfance étaient insouciants comme on l’est à cet âge, lui se montrait un chercheur. Une pareille vocation est, d’ordinaire, le résultat d’une triple combinaison suave : le résultat, d’abord de la grâce divine qui prévient : Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, mais c'est moi qui vous ai choisi1 ; le résultat, ensuite, de la fidélité à une toute petite chose, un petit sacrifice d’enfant, une pratique innocente qui aura ravi le cœur de Dieu2 ; le résultat, enfin, de la piété d’une mère, sa récompense; oui, la plus haute et la plus douer récompense accordée à la piété d’une mère, c’est que son fils annonce un jour la Vérité! Cet enfant cherchait donc son avenir; un je ne sais quoi de profond le travaillait, le tourmentait. Tout à coup l’enthousiasme s’est emparé de lui et un feu a brillé dans ses regards. C’est une grande et sainte chose que l’enthousiasme! lise compose de deux éléments : une idée, et de la flamme ; la flamme qui s’allume. dans le cœur, en correspondance avec l’idée qui s’est fixée dans l’esprit. On éprouve alors un transport inconnu. C’est un frissonnement et, en même temps, un ravissement qui touche à l’extase, et qui enlève. Deus, ecce Deus! disaient les anciens, Dieu, voici Dieu! ils ne se trompaient pas ; dans l’enthousiasme, il y a du divin qui survient et qui enlève. Voilà pourquoi, lorsque ce souffle s'empare de nous, notre stature grandit ; on est disposé à tout braver ; si c’était possible, on déplacerait des montagnes, et, d’un bond, ou irait jusqu’au bout du monde. Tel est l'enthousiasme.

Le jeune enfant, futur missionnaire, vient de l’éprouver. L’idée pour lui, c’est le royaume de Dieu à étendre; la flamme, c’est l’amour des âmes. Qu’est-ce qui en a été l’occasion? Tantôt un récit, tantôt une lecture : flèche sortie, à son heure, du carquois de Dieu ! Mais, quelle que soit la cause qui a produit l’étincelle, et pour n’importe quel missionnaire, deux passages des Ecritures se mêleront toujours à la composition de son enthousiasme, le nourriront, empêcheront qu'il ne décroisse ; voici le premier : Le spectacle des tentes du camp d'Israël.

Du sommet des montagnes de Madian, Balaam, raconte le Livre des Nombres, contemplait au loin, par un soleil radieux, le campement d’Israël qui habitait sous ses tentes. Il était venu pour maudire, et la vision lui arrache cet élan : Que tes pavillons sont beaux, â Jacob! Que tes tentes sont belles, ô Israël! Elles sont comme des vallées couvertes de grands arbres, comme des cèdres plantés sur le bord des eaux1. Balaam connut de l’enthousiasme du royaume de Dieu; mais, prophète malgré lui, cupide et avare, il sentit sou enthousiasme tomber et s'évanouir, étouffé sous la poussière d’or que lui remit le roi de Moab. Tout différent est celui du missionnaire : commencé dans l’admiration, il se traduit dans le désintéressement et le don de soi. Non seulement, il admire comme Balaam, non seulement il prononce : O Israël, ô Église catholique, que bien disposés sont tes pavillons ! que belles sont tes tentes ! mais il s’écrie avec une sainte audace : J’ajouterai, si c’est possible, quelques tentes de plus au campement de l’Église de Dieu !



1 Saint Jean, XV, 16.

2 Une belle promenade pour le lendemain avait été organisée, un soir, entre enfants d'une pieuse commune en vacances. A l'aube, on se dispose à partir, on va se mettre en marche. Un étranger, tout à coup, se présente : c'est un prêtre qui désire dire sa messe. A l'instant, l'un des enfants se retire de la joyeuse bande, fait le sacrifice de sa promenade et sert la messe. Plus tard, devenu prêtre, il lui fut révélé que son sacrifice d'enfant avait ravi le Cœur de Dieu : il mourut martyr.

1 Nombres, XXIV, 5, 6.




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Message  Monique Jeu 25 Jan 2024, 8:23 am

L’autre passage des Ecritures qui a contribué à remuer son cœur et le tiendra toujours en haleine, est ce texte du Vieux Testament, duquel on peut dire qu’il aura enfanté tous les missionnaires sous le Nouveau Testament : Qu'ils sont beaux sur les montagnes, les pieds de celui qui annonce et prêche la paix, de celui qui annonce la bonne nouvelle 1,... !Ce texte est du prophète Isaïe. Un commentaire de saint Bernard en rehaussera l’éclat :

Le grand moine considère le Fils de Dieu qui s’est fait homme, qui a pris, par conséquent, des pieds comme les nôtres, et alors, dans un transport d’admiration pour tant de bonté, il s’écrie : Calceata Majestas, la Majesté s’est chaussée, pour venir à nous 2. Quelle hardie et saisissante expression : la Majesté divine s’est chaussée ! Aperçoit-on Dieu, pur esprit, qui se fait chair, prend des pieds pour pouvoir devenir pèlerin, voyageur, et se fatiguer parmi les hommes, calceata Majestas!...

Or, c’est depuis ce voyage de la Majesté que s’est réalisée l’annonce réjouissante du prophète Isaïe : Qu'ils sont beaux sur les montagnes, les pieds de ceux qui annoncent la bonne nouvelle, les missionnaires! Avant Jésus-Christ, il n’y avait pas de missionnaires, on ne soupçonnait pas ce que c’était qu’un envoyé du ciel avec mission de sauver les âmes. L’exemple du Fils de Dieu fait homme et sa parole les ont créés : Ailes, enseignez toutes les nations.

Avant Jésus-Christ, on ne connaissait pas ce genre étrange de beauté : la beauté de grossières chaussures et d'un bâton ferré, qu’ils sont beaux sur les montagnes, les pieds de ceux qui annoncent la paix! Eh bien, c’est cette beauté qui a séduit cet enfant de quinze ans ; pieux lévite, il a médité, dans le silence du séminaire, le texte du Prophète et l’exemple de la Majesté divine ; il s’est dit dans une extase céleste, avec un sentiment ravi : « Si je me fais missionnaire, quand Jésus-Christ remettra le royaume à son Père, il y aura, dans ce royaume, un petit coin qui sera devenu ma conquête, arrosé de mes sueurs!... » Alors il s’est levé. Il a confié son dessein à sa mère; à travers des larmes, il a obtenu son consentement. Le moment du départ est arrivé. La nouvelle s’est répandue que le missionnaire va partir.

O père chrétien, bénissez votre fils qui s’en va au loin porter la vérité. Parents, amis, accourez pour lui serrer une dernière fois la main ; embrassez ses pieds, qui vont être beaux sur les montagnes ; et puis rangez-vous, laissez passer le royaume de Dieu !...


1 Isaïe, LII, 7.
2 Venerat ad nos calceata Majestas, Divinitas inaura ita. (Saint Bernard.
)



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Message  Monique Ven 26 Jan 2024, 7:46 am

IV

Le missionnaire est arrivé sur le champ réservé à ses labeurs. Contemplons-le dans son action. Il y a bientôt vingt siècles que saint Jean-Baptiste a fait cette réjouissante annonce : Le royaume de Dieu est proche 1 ...; le royaume de Dieu est arrivé chez vous 2.. Après tant d’années, cette annonce est encore nouvelle et vraie, comme au temps de Jean -Baptiste. Dans un pays lointain où le missionnaire aborde, c’est le royaume de Dieu qui se présente avec lui. Il en personnifie les prévenances.

Prévenances du royaume de Dieu : comme ce mot est doux, comme cette idée est souriante ! Ce divin royaume prévient et sollicite; il vient chercher ses sujets !

Pour chacun de nous, durant la vie, il y a des prévenances de ce royaume. Qui ne les a connues ? Qui n’en a, à certaines heures, subi les charmes et les pressantes sollicitations ? Elles sont variées à l'infini, mais toujours délicates. Par exemple : pour le philosophe, pour le protestant sincère, pour le déiste rêveur, en un mot, pour toute intelligence qui cherche franchement la vérité, c’est un je ne sais quoi d’idéal et de souriant qui lui dit, lorsqu’il pense au catholicisme : « Oh ! comme f l’Eglise catholique est belle !... » Pour l’honnête homme, qui est esclave du devoir et qui, par une contradiction pénible, ne remplit pas ses devoirs de chrétien, c’est un doux reproche qui lui dit au cœur : « Oh ! comme les sacrements sont bons, et comme ils te donneraient, dans tes épreuves, le courage de souffrir ! » Pour l'homme coupable, très coupable, c’est le remords qui bat son cœur comme un flot inquiet, et lui montre la justice tout à la fois belle et sévère...

Or toutes ces visions, es attraits, ces sourires, ces poursuites, ces remords, ne sont pas autre chose que les prévenances du royaume de Dieu qui veut avoir chacun de nous pour citoyen, pour sujet, pour enfant ! A l’heure du trépas, ces prévenances redoublent, et, pour le juste, elles sont mer veilleuses. Que de fuis, autour d'un lit de mort, aux yeux des assistants, le visage du juste tout à coup s’illuminait; il souriait à une vision, il tendait les bras, et il passait, comme emmené : c’était le royaume de Dieu qui était venu le recueillir !


1 Appropinquavit regnum Dei. (S. Marc, I, 15.)
2 Pervenit in vos regnum Dei. (S. Matthieu, XII , 28.)




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Message  Monique Sam 27 Jan 2024, 7:21 am

Chose admirable ! ce royaume a des prévenances pour les contrées tout aussi bien que pour les individus. Lorsque Christophe Colomb, pressé par une inspiration, s’élançait à travers les mers et plantait la croix, en débarquant, sur le rivage du nouveau monde, c’était, il n’en faut pas douter, non seulement une découverte, mais une prévenance : la prévenance du royaume de Jésus qui voulait compter l’Amérique au nombre de ses domaines d’honneur. Lorsque la Révolution éclatant en France contraignit des troupes de prêtres et de religieuses à émigrer on Angleterre, semblables à ces semences enlevées pendant un orage, et emportées sur l’aile des vents en d'autres lieux où elles éclosent : il y avait là, n’en doutons pas encore, une délicate prévenance; c’était le royaume de l’Eglise qui venait dire à l’Angleterre : Redeviens sur ma carte l’ile des saints ! En un mot, tout est si bien combiné dans l’ordre providentiel, que, lorsque le royaume de Dieu se découvrira au jugement général, pas une âme, pas un peuple, pas une contrée, pas une île n'aura le droit de dire à ce royaume : Vous m’aviez oubliée, vous ne m’aviez pas prévenue... O prévenances de la félicité et de la béatitude, comme vous êtes pressantes et maternelles ! Vous n’oubliez personne.

En décrivant et en admirant ces prévenances du royaume de Dieu, nous ne nous sommes pas trop écartés de notre missionnaire : n’en est-il pas la plus touchante personnification ?

Oui, sur ces plages lointaines, un apôtre qui arrive personnifie bien, d’une manière saisissante et touchante, le royaume de Dieu qui vient chercher les enfants de cette contrée, c’est vraiment le ciel qui vient faire des avances à cette terre. Et de fait, le missionnaire est regardé comme un ambassadeur du grand Esprit et du grand Royaume. Un prêtre, là-bas, est un envoyé du ciel. Dans notre vieille Europe, au sein de populations et sous le coup de législations qui redeviennent peu à peu sauvages, Hélas ! par décadence, le prêtre apparaît comme une chose usée, comme un fardeau; on n’a que faire de son ministère et de sa personne, parce qu’on n’a que faire du ciel. Les mauvaises doctrines ayant habitué les populations à regarder le bien-être sur terre comme la réalisation de la béatitude, et à ne rien espérer au delà de cette vie, il s’ensuit que la présence du prêtre est insupportable : sa robe noire rappelle trop qu’ici-bas c’est la vallée de larmes, et là-haut seulement, le ciel. Mais dans ces pays lointains, sauvages encore peut-être, mais par enfance et non par apostasie, la Robe noire est regardée naïvement comme un envoyé de la patrie céleste. Là-bas, le ciel est considéré à l’endroit, il n’est pas déplacé : les insulaires comprennent qu’il est en haut, et non en bas, puisqu’il luit sur leur tête; et la pensée du ciel fait partie de leur législation. Aussi comme le missionnaire est bien accueilli ! Comme sa parole est bue ! C’est une rosée qui tombe sur une terre avide et lui fera rendre le cent pour un. Comme ses mains qui baptisent et absolvent sont entourées de respect ! C'est vraiment la liberté qui vient délivrer des captifs, pour le ciel ! On l’entoure, on le remercie, on adore avec lui le Dieu de la paix, le Dieu qui l’a envoyé. Pour ce pays en fête, il est la prévenance du royaume de Dieu !


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Message  Monique Dim 28 Jan 2024, 7:38 am

Quelques faits édifiants appuieront cette appréciation :

Qui ne connaît l’épisode raconté par Chateaubriand sur la conquête du Paraguay ! « Les missionnaires, dit-il, avaient remarqué que les sauvages de ces bords étaient fort sensibles à la musique : on dit même que les eaux du Paraguay rendent la voix plus belle. Les missionnaires s’embarquèrent donc sur des pirogues avec les nouveaux catéchumènes ; ils remontèrent les fleuves chantant des cantiques. Les néophytes répétaient les airs, comme des oiseaux privés chantent pour attirer dans les rets de l’oiseleur les oiseaux sauvages. Les Indiens ne manquèrent point de se venir prendre au doux piège. Ils descendaient de leur montagne, et accouraient au bord des fleuves pour mieux écouter ces accents : plusieurs d’entre eux se jetaient dans les ondes et suivaient à la nage la nacelle enchantée. L’arc et la flèche échappaient à la main du sauvage ; l’avant-goût des vertus sociales et les premières douceurs de l’humanité entraient dans son âme confuse; il voyait sa femme et son enfant pleurer d’une joie inconnue ; bientôt, subjugué par un attrait irrésistible, il tombait au pied de la croix, et mêlait des torrents de larmes aux eaux régénératrices qui coulaient sur sa tête. » N’est-ce pas un scène charmante des prévenances du royaume de Dieu ?

Mais là où elles apparaissent peut-être encore plus touchantes, c'est lorsque la mission de l’apôtre est environnée de dangers. Il nous souvient avoir rencontré à Rome, à l'époque du Concile du Vatican, le jeune évêque de la Corée. Sachant qu’un édit de proscription avait été lancé contre lui par le roi de cette presqu’île, édit qui le menaçait de mort s’il remettait les pieds en Corée, nous lui demandâmes avec un empressement sympathique : « Monseigneur, que pensez-vous faire ? » Il répondit : « Je vais retourner en Corée ; et si je ne puis entrer, eh bien, je me mettrai dans une barque, et je passerai mon temps « tourner autour de mon diocèse et « prier le bon Dieu jusqu'à ce qu'on me laisse revoir mes enfants. » Il le fit. Cette barque qui tourne et retourne autour de l’île, portant un évêque : quel spectacle ! O prévenances du royaume de Dieu ! On ne se lasse pas de citer, ne vous lassez pas de lire, chers lecteurs. Par exemple encore, quoi de plus touchant que les poursuites des missionnaires dans l’extrême nord de l'Amérique! Là s'étend un pays trois fois grand comme la France, le Makenzie; malgré son étendue, il contient à peine quinze mille habitants, à cause de sa température glaciale. Divisées par petits groupes, les peuplades y mènent une vie nomade, attirées par les chances de la chasse et de la pèche. Les missionnaires sont donc obligés de poursuivre tour à tour les groupes voyageurs, par une température qui descend parfois jusqu’à 50 degrés de froid. Ils couchent sur la neige, enveloppés de fourrures. Il y a dans ces régions polaires prés de cinq mois d’obscurité, adoucie seulement par l’éclat extraordinaire de la lune et par de magnifiques aurores boréales. Les courageux apôtres de ce rude pays sont parvenus à convertir les trois quarts de ces peuplades sauvages, et les néophytes les consolent par une grande ferveur. Toutes les fois que ces pauvres gens peuvent rencontrer un prêtre, c'est un véritable assaut des sacrements: les nouveau-nés sont baptisés, les pécheurs réconciliés, le pain des anges réconforte toute la petite peuplade; on se sépare : quand se reverra-t-on ?


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Message  Monique Lun 29 Jan 2024, 8:32 am


Le missionnaire courant ainsi à la recherche de quelqu'une de ces peuplades, n’est-il pas vraiment la personnification des prévenances du royaume de Dieu? Et quelle consolation pour son cœur de prêtre, lorsqu’après une journée de marche et de fatigue dans un pays inexploré, il se dit, le soir, au moment de prendre son repos :

« Aujourd’hui la croix a été plantée un peu plus loin ; les frontières du royaume de Jésus mon bon maître ont été reculées dans l'espace; depuis aujourd’hui, on récite le Notre Pere là où on ne l’avait encore jamais récité ! »

O Seigneur, que votre Eglise est belle ! comme votre royaume s'avance avec majesté ! Que l’on considère le dôme imperturbable de Saint-Pierre de Rome qui s'aperçoit au loin, ou que l’on considère la tente mouvante de l'humble missionnaire en marche, c’est toujours l'Églisc ou le royaume de Dieu qui campe et rayonne, et cette extase d'admiration sera vraie jusqu’à la fin des siècles :

Que les pavillons sont beaux, ô Jacob; que tes tentes sont belles, ô Israël !


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Message  Monique Mar 30 Jan 2024, 7:47 am

V

En quittant son pays natal, le missionnaire avait dit à ses proches et à ses amis : ne m’oubliez pas. Un jour, le divin Maître se trouvant avec ses disciples dans la campagne de Judée, leur fit connaître ce suave et consolant enchaînement de tous les travaux des chrétiens :

Levez vos yeux, dit-il, et considérez les campagnes qui sont déjà blanches et prêtes à moissonner. Puis il ajouta :

« Je vous ai envoyés moissonner ce qui n’est pas venu par votre travail : d'autres ont travaillé et vous êtes entrés dans leurs travaux 1. »

ENTRER DANS LES TRAVAUX D'AUTRUI, quelle expression admirable ! Et quel horizon inattendu et consolant ! C’est le dogme de la fraternité catholique. Nous entrons dans les travaux les uns des autres. Par conséquent, ô céleste consolation ! pour une mère qui fit héroïquement son sacrifice, pour un frère qui resta sur la plage jusqu’au moment où le navire disparut, pour un ami qui dit adieu à son ami d’enfance, pour tous ceux qui pensent au missionnaire, qui ne l'oublient pas, qui viennent à son secours, se réalise cette participation si douce : ils entrent dans ses travaux. On entre de deux manières dans les travaux du missionnaire : par la prière et par la charité; en priant pour lui et en lui envoyant des secours. Voilà pourquoi l'apôtre saint Jean, cœur tendre et regard d’aigle, saluant dans l’avenir du royaume de Dieu les missionnaires et les missions, fit cette recommandation :

Pour son nom, ils sont partis! pour le nom de Jésus; Nous sommes donc obligés de les soutenir ; à leur magnanimité correspond le devoir de notre générosité ; Afin de travailler avec eux à l'avancement de la vérité; à eux, le dévouement et le courage du départ, à nous la consolation de venir à leur secours, et pour tous, l’honneur de la vérité propagée 1 !

Il s’est passé, dans l’histoire des missions, une magnifique scène symbolique de l'enchaînement des cœurs et des travaux des chrétiens pour l’agrandissement du royaume de Dieu. La voici :

François Xavier, évangélisant les Indes, donnait le baptême dans les plaines de Travancor : François Xavier que, dans un bel éloge, on a surnommé le supplément de l’Eglise, supplementum Ecclesiæ 2, parce que, à l’époque où Luther et Calvin arrachaient au royaume de Dieu une partie des nations de l’Europe, l’humble disciple de saint Ignace lui apportait en dédommagement les Indes et l’extrême Orient. Il administrait donc le baptême aux Indiens dans les plaints de Travancor. Les phalanges du catéchumènes, émues et rayonnantes, se succédaient les unes aux autres; mais les forces de l’apôtre commençaient à s’épuiser dans ce divin labeur. Cependant les tribus indiennes, accourues de bien loin pour être régénérées, ne voulaient pas d’autre introducteur que Xavier dans le royaume de Dieu. Alors il y eut un indescriptible spectacle. Deux de ses nouveaux enfants s’approchèrent de leur père, et lui apportant le concours respectueux et amoureux de leurs forces, ils lui soutenaient les bras tandis qu’il répandait les ondes régénératrices. Les mains de l’apôtre, se sentant ainsi soutenues contre la défaillance, purent continuer la succession des baptêmes.


1 Saint Jean, V, 35-38.
1 Pro Nomine ejus profecti sunt... Nos ergo debemus suscipere hujus modi, ut cooperatores simus veritatis. (III Ep. Joan., 7. 8.)
2. Éloge de saint François Xavier par Bourdaloue.




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