Aux Glaces Polaires — Indiens et Esquimaux.

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Message  Louis Dim 11 Sep 2022, 5:59 am


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Les meilleurs chemins du Nord sont les sentiers étroits et tortueux, tracés par les sauvages, ou par les rennes, à travers les bois. Ils mesurent la largeur du traîneau; ou plutôt c’est le traîneau qui s’accommode à leur largeur. La course ira bien sur les sentiers fréquemment battus. Mais, loin des forts-de-traite, où ne circulent que de rares chasseurs, la neige a vite fait de tout remblayer, « et, écrit Mgr Charlebois, vicaire apostolique du Keewatin, comme on ne trouve plus aucun indice extérieur, il faut marcher en sondant la neige, de manière à découvrir, au fond, l’endroit durci par le passage des traîneaux. C’est une tâche difficile et qui demande beaucoup d’habileté. »

Le voyageur doit souvent créer lui-même son sentier, en abattant les arbres, en trouant les taillis, en coupant des troncs couchés sur son passage.

Les endroits redoutés par les hommes et les chiens sont …

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Message  Louis Lun 12 Sep 2022, 6:51 am


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Les endroits redoutés par les hommes et les chiens sont les rivières congelées, parce qu’elles se hérissent de glaçons aigus, fixés dans un pêle-mêle horrible. Ce sont, en langage coureur-des-bois, les bordillons ou bourguignons.

Aux Glaces Polaires — Indiens et Esquimaux. - Page 3 Page_510


Lorsque la glace se fixe définitivement sur l’eau, explique Mgr Grandin, elle ne le fait que par gradation, en commençant par le nord, et en remontant le courant. Dès que la glace est prise, le courant n’est pas aussi libre, l’eau monte au-dessus de la surface coagulée, accumule les glaçons qu’elle entraînait, et forme ainsi souvent de véritables montagnes. On ne saurait se faire une idée de ces créations fantastiques sans les avoir vues... Quelles souffrances, grand Dieu! de se traîner au milieu de ces bancs de neige durcie, de ces grandes dunes de glace qui bordent les côtes; de se frayer un chemin parmi ces affreux bourguignons, amas de glaçons entre-choqués, qui présentent aux pieds du voyageur leurs arêtes vives et acérées comme des lames de sabre !

En certains espaces de la rivière, la glace paraît lisse, invitante pour l’attelage. Qu’il prenne garde de s’y lancer inconsidérément, car la mince couche, usée par l’eau rapide, n’attend peut-être pour céder que la pression d’un pas! Plusieurs ont sombré, corps et bagages, dans ces pièges de la mort, et n’ont dû leur salut qu’à la vitesse de leurs chiens à nager jusqu’à la glace ferme et à y haler le traîneau auquel les bras du conducteur s’étaient cramponnés.

Le premier décembre 1890, cet accident faillit être fatal au Père Dupire et au Frère Lecreff, deux missionnaires du fort Résolution, Grand Lac des Esclaves, qui faisaient route vers le lac Athabaska, où les mandait Mgr Clut. Ils remontaient la grande rivière des Esclaves, le Père Dupire assis depuis quelques instants sur le paquetage, le Frère Lecreff courant à l’arrière, les mains enlacées à la corde que l’on attache au traîneau pour le gouverner. Deux attelages indiens qui les précédaient venaient de franchir, sans accroc, une glace douteuse, en face de l’endroit dit la Pointe Gravois. Nos missionnaires s’y engagèrent donc sans défiance. La glace s’effondra. Le Père Dupire, très vif par naturel, sauta en avant et toucha d’un pied le bord solide. Se fixant à genoux, il se pencha aussitôt sur l’abîme bouillonnant pour saisir, par la tête, le premier chien. Il était temps, car l’animal n’en pouvait déjà plus et se laissait emporter par le courant, sous la glace. Les sauvages, revenus sur leurs pas, aidèrent le père au sauvetage. Les chiens sortirent d’abord, puis le traîneau, et enfin le Frère Lecreff, qui, heureusement, avait retenu sa corde, au fond du fleuve. Il y avait plus de 40 degrés de froid. En quelques minutes, le Frère se trouva comme changé en un glaçon.

Sur les grands lacs, au miroir constamment poli par les vents, il n’existe pas plus de chemins que sur l’océan mobile; et il y faut souvent retenir le traîneau qui glisserait plus vite que les chiens ne pourraient courir. Les randonnées sur ces vifs champs de glace seraient presque un plaisir, n’étaient trois menaces, tenant sans cesse le voyageur sur le qui-vive: la crevasse, le bordillon des lacs et la poudrerie.

La crevasse peut se produire à tout instant…

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Message  Louis Mar 13 Sep 2022, 7:16 am


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La crevasse peut se produire à tout instant sous les pieds du coureur.

Si elle est causée par l’expansion des gaz dégagés sous la carapace solide, elle s’annonce par des détonations qui semblent partir d’une artillerie, tirant dans les profondeurs du lac. Les chiens alors se couchent effarés, ventre plat. Ils ne bougeraient plus, si le conducteur ne « jouait du fouet ».

La crevasse est ordinairement le simple effet de la dilatation de la glace par le froid plus intense. Elle s’ouvre avec un craquement subit. Le seul parti est de rebrousser chemin devant elle, ou bien de la côtoyer, des heures, jusqu’à quelque détroit qui se laissera franchir. Le péril grave entre tous est celui d’une crevasse insoupçonnée qui commence seulement à se fermer par la congélation de l’eau qui l’a remplie. L’équipage qui s’y laisserait choir serait perdu.

Cela dit, représentons-nous l’un des grands lacs du Nord, dont l’étendue égale celle d’une Belgique. Les crevasses qui avaient répondu aux premiers besoins de la dilatation se sont comblées et ressoudées. Mais le thermomètre descend toujours. Le voici à 50 degrés sous zéro. Le volume d’une telle superficie de glace, épaisse de deux à trois mètres, ne trouve plus d’issue vers le granit des rivages déjà tout envahis. Que va-t-il se passer? Sous la pression persistante du froid, les molécules se tassent de plus en plus dans la masse frémissante. A la fin, la partie médiane, qui reçoit la somme des poussées s’exerçant des rives opposées, commence à se surélever, et un bourrelet se forme sur la plaine de glace. Au Grand Lac des Esclaves, ce bubon, dont les lèvres lézardées montent, s’ouvrant vers le ciel comme un col de cratère, atteint plusieurs mètres de hauteur. Sur la mer Glaciale, il devient la montagne de glace, l’iceberg. Les voyageurs des Pays d’en Haut lui ont gardé le nom de bordillon, bien qu’il se forme tout autrement que sur les fleuves.

Ce bordillon, qui barre tout le lac, ne peut se contourner. Le traîneau cherche alors, longtemps parfois, un col accessible, le long de ces « éminences en zigzags et en dents de scie », où s’enchevêtrent « les dos d’âne et les précipices ». Il est rare que l’on puisse avoir raison de ces impasses, sans abattre maints glaçons à coups de hache, et sans glisser dans quelqu’une des mares profondes qu’ils emprisonnent.

L’épreuve des épreuves dans ce voyage d’hiver sur les grands lacs n’est cependant pas la crevasse, ni le bordillon: c’est…

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Message  Louis Mer 14 Sep 2022, 7:10 am


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La plus redoutable des épreuves dans les voyages d’hiver sur les grands lacs n’est cependant pas la crevasse, ni le bordillon: c’est la poudrerie.

La poudrerie ! Jamais mot moins reconnu dans ce sens par le dictionnaire français n’eut signification plus expressive, plus descriptive, que celui-là. Il a été trouvé du premier coup par les coureurs-des-bois, et il s’est incrusté aussitôt dans la langue du Nord.

Aux Glaces Polaires — Indiens et Esquimaux. - Page 3 Page_610

La poudrerie, c’est le simoun du sahara de neige. Plus elle s’avance vers le pôle, moins elle est fréquente; mais plus elle est violente et tenace.

Elle se lève tout à coup, souffle en bourrasques ininterrompues, ressaisit toute la neige tombée sur le sol et la relance en furie de cyclone dans l’espace. Aucun abri, excepté la profondeur des bois et l’iglou de l’Esquimau, ne peut défier ce poudroiement. Le voyageur, surpris sur le lac, se voit enveloppé d’une nuit blanche : tout rivage, tout point de repère s’évanouit devant lui. L’illusion qu’il tourne sur lui-même achève sa désorientation. Et il tourne, en effet, croyant suivre la ligne droite, parce qu’il va contre le tourbillon rageur. S’il n’avait pour compagnon un Indien, ou quelque guide éprouvé, il lui resterait peu d’espoir d’échapper à la mort, car la poudrerie ne se déchaîne d’ordinaire que pour des journées entières.

Que l’on juge d’une poudrerie véritable, par cette description d’une simple tempête de neige en flocons…

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Message  Louis Jeu 15 Sep 2022, 6:56 am


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Que l’on juge d’une poudrerie véritable, par cette description d’une simple tempête de neige en flocons, que nous fait Mgr Grouard. Il est sur une baie du lac Poisson Blanc, le 20 janvier 1895, en route pour le lac Wabaska (vicariat d’Athabaska), ou il va fonder une mission. Ses compagnons sont le Père Dupé qui doit « battre la neige devant les chiens », le Frère Lecreff qui tient en laisse la carriole épiscopale, et Félix, un jeune sauvage, qui mène le traîneau aux provisions:

...Mais voilà que les flocons de neige tombent plus pressés, le vent redouble de force, de violentes rafales soulèvent d’épais tourbillons qui nous enveloppent de toutes parts.

Le Frère Jean-Marie (Lecreff) s’aperçoit que le Père Dupé dévie de la ligne droite, et il court pour l’y ramener. Ses chiens le suivent toujours; mais le traîneau, que la main du frère maintenait en équilibre dans les endroits inégaux du chemin, n’étant plus soutenu, verse sur un banc de neige, et me voilà à pied sans plus de cérémonie. Relever le traîneau et le remettre en marche, c’est l’affaire d’une seconde. Je pourrais m’y réinstaller, et, avec un peu d’attention, éviter de nouveaux accidents; mais j’ai honte de voir mes compagnons exposés seuls aux horreurs de la tempête, car c’est une vraie tempête qui s’est abattue sur nous, et je les rejoins. Je m’imagine que je les aiderai à reprendre la bonne direction; mais je suis bientôt, comme eux, fouetté par le vent et aveuglé par la neige. J’essaye d’ouvrir les yeux. Aussitôt des flocons précipités, poussés par l’ouragan comme les projectiles par une mitrailleuse, me forcent de les fermer et me criblent le visage. J’essuie mes paupières, et déjà les cils sont collés entre eux par de durs glaçons. Il faut faire volte-face et tourner le dos au vent, afin de me débarrasser le mieux possible de ces écailles d’un nouveau genre; mais c’est pour les voir se reformer presque immédiatement. Nous en sommes là tous les trois, et ne savons guère où donner de la tête. Félix nous rejoint enfin.

« Il n’y a qu’à marcher, dit-il, pour nous empêcher de geler; dirigeons-nous toujours sur le vent; nous finirons par atteindre la côte.»

Se diriger sur le vent n’était pas chose facile, comme on le comprendra par ce que je viens de dire; mais encore on ne savait plus au juste de quel côté il soufflait. Les tourbillons de neige se soulevaient et semblaient se poursuivre vers les quatre points cardinaux à la fois. La rafale continuait à nous cingler sans merci et à nous aveugler de plus belle.

Qu’allons-nous devenir, si la tempête dure ? Nous nous recommandons à Dieu, à la Vierge, aux saints Anges, et, le corps penché en avant, un bras placé au-dessus des yeux pour nous permettre de les ouvrir, nous continuons de lutter contre les éléments déchaînés. Dire où nous allons, personne ne le sait; mais nous marchons toujours.

Après plusieurs heures de course au milieu de cette furieuse tourmente, il nous sembla que sa violence diminuait; puis nous crûmes voir une masse d’ombre flotter au sein des tourbillons de neige. Ne serait-ce pas la terre?... Oui, c’est elle ! Deo gratias !


Aux Glaces Polaires — Indiens et Esquimaux. - Page 3 Page_611


Où sommes-nous? Félix regarde la côte à droite, à gauche, aussi loin que sa vue peut porter, et déclare ne pas s’y reconnaître. Nous examinerons cela tout à l’heure. En attendant, chauffons-nous, dégelons-nous et réconfortons-nous un peu. Nous en avons besoin. Nous n’avons pas la chance des enfants de la fournaise à Babylone, lesquels passèrent par le feu sans en ressentir les ardeurs. Nous avons subi les rigueurs des éléments tout à fait opposés, et nous n’en avons pas moins le visage couvert de brûlures. Pas un nez indemne, pas une joue intacte. Félix surtout, qui n’a pas de barbe, a littéralement la face en compote. Heureusement, ces morsures du froid ne sont pas profondes, l’épiderme seul en est affecté, et l’on en sera quitte pour faire peau neuve.


Comme Mgr Grouard n’avait, lors de cette aventure, que des lacs de dimensions moyennes à rencontrer, il s’était contenté de son équipage. Mais les missionnaires qui doivent braver les grandes étendues du lac Athabaska et du Grand Lac des Esclaves ne partent jamais seuls.

Même en caravanes, ils peuvent être jetés en d’extrêmes périls…

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Message  Louis Ven 16 Sep 2022, 5:56 am


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Même en caravanes, ils peuvent être jetés en d’extrêmes périls. Ce fut le cas de Mgr Grandin, la nuit du 14 au 15 décembre 1863, sur le Grand Lac des Esclaves.

Maladif, affaibli encore par une longue marche fournie depuis le fort Providence, il allait, avec son petit compagnon, Jean-Baptiste Pépin, le dernier d’un cortège formé par le courrier de la Compagnie, quelques sauvages et lui-même. La mission Saint-Joseph, du fort Résolution, terme du voyage, était en vue, « à un tiers de lieue », lorsque la poudrerie isola le traîneau de l’évêque.

Tout à coup, raconte-t-il, s’éleva un vent très violent lequel, soulevant la neige qui était sur le lac, et la mêlant à celle qui tombait en abondance, nous empêcha de rien distinguer, et nous perdîmes bientôt la trace du courrier. Le vent seul pouvait encore nous servir de guide. Nous nous dirigions, nous semblait-il, vers la mission. Mais rien n’est variable comme le vent: il avait changé de direction. Nous avons marché encore plusieurs heures avant la nuit complète, criant et écoutant si on répondait à nos cris. La tempête seule se faisait entendre.

Dans l’espoir que nos chiens nous conduiraient vers un lieu sûr, nous les abandonnons à eux-mêmes, mais le lac se déploie toujours devant nos pas, sans aucun horizon. Si nous eussions été au milieu des glaçons (bordillons), nous aurions pu nous en faire un abri pour passer la nuit et ne pas nous geler, mais nous étions sur la glace vive. Le vent balayait la neige à mesure qu’elle tombait. Il nous était impossible de nous en servir pour nous protéger.

Comprenant que plus nous avancions, plus nous nous exposions, nous essayâmes de camper sur la glace. Je détachai notre traîneau avec toute la diligence possible. C’est, dans cette circonstance, une opération très dangereuse; car pour défaire tous ces nœuds et toutes ces cordes, il fallait enlever nos mitaines. Chacun à notre tour, nous travaillions à cette œuvre, plus longue qu’on ne le supposerait; et pendant que l’un travaillait, l’autre se battait les flancs pour se réchauffer. Nous cherchâmes à nous protéger contre le froid au moyen de nos chiens, de notre traîneau, de nos raquettes et de nos couvertures.

Assis sur la glace, le dos appuyé sur le traîneau, mon petit garçon assis sur moi et appuyé contre moi, tous deux enveloppés dans nos couvertures, que le vent soulevait malgré toutes nos précautions, nous nous préparâmes à la mort, le pauvre enfant en se confessant, et moi en faisant des actes de contrition et de soumission à la volonté du bon Dieu. Bientôt nous sentons que le froid nous gagne. Nous nous relevons, gardons sur nous chacun une couverture, attachons les autres en grande hâte sur le traîneau et nous marchons de nouveau, comme pour fuir la mort dont nous sommes poursuivis. Notre dîner avait été bien mince, car nous étions au terme de notre voyage et au bout de nos provisions, et cependant je ne sentais nullement le besoin de manger. Je ne sentais même plus mon mal de pied. Nous marchons ainsi longtemps, en nous arrêtant quand nous n’avions pas trop froid; mais mon petit garçon commençait à s’endormir malgré lui et malgré moi. Je compris que le moyen de lui sauver la vie était d’essayer de camper encore.

Je trouvai heureusement une épaisse couche de neige. J’y fis un trou avec mes raquettes, j’y étendis mes couvertures et j’y couchai mon cher compagnon. Puis, je plaçai les chiens sur le coin, et je recouvris le tout de neige. Quand toutes mes opérations furent finies, je m’introduisis comme je pus auprès du petit garçon; mais il aurait fallu une troisième personne pour me couvrir à mon tour. Quelques précautions que je prisse, le vent pénétrait toujours jusqu’à nous. Cependant, m’étant très fatigué pour faire notre lit, j’éprouvai d’abord une forte chaleur qui fit fondre la neige que j’avais dans mes habits. Le vent gela bientôt le tout, de sorte que je ne savais plus où mettre mes mains pour leur éviter de se geler. Mon compagnon était dans le même état. Tout couchés que nous étions, nous passâmes la nuit à nous remuer, à nous frotter, à souffler pour nous réchauffer.

Enfin, une dernière fois, n’en pouvant plus, je sors de dessous mes couvertures pour prendre mes ébats plus à l’aise. Je crus alors apercevoir la terre. Vite, je fais lever mon petit garçon, nous plions bagage et nous nous dirigeons vers l’endroit où nous espérons pouvoir faire du feu.

Je sens qu’un de mes talons se gèle. Mon compagnon éprouve la même chose dans ses deux pieds. Nous ne pouvons plus chausser nos raquettes. Après une marche assez longue, nous arrivons à terre. Nous avons eu beaucoup de peine à trouver du bois et plus encore à allumer notre feu. Nous aperçûmes alors deux traîneaux. Nous crions de toutes nos forces. C’étaient le père et l’oncle de mon compagnon qui allaient à notre recherche. Nous campions sur l’île où se trouve la mission, et nous n’en étions qu’à un quart d’heure de distance...


En arrivant à la mission, Mgr Grandin trouva les Pères Gascon et Petitot, tout en larmes, offrant le saint sacrifice pour le repos de son âme.

Ils avaient passé la nuit à tirer des coups de fusil, à fouiller les abords du lac en agitant des tisons enflammés. Rien n’avait répondu. Mgr Grandin aurait dû se geler jusqu’au cœur, disent les Indiens du pays.

Mais la Providence garde le missionnaire.

L’humble traîneau sauvage fut, au début des missions, un luxe exceptionnel…


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Message  Louis Sam 17 Sep 2022, 7:20 am


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L’humble traîneau sauvage fut, au début des missions, un luxe exceptionnel.

Les missionnaires s’estimaient heureux de trouver, sur le traîneau du commis de la Compagnie, une petite place pour leur couverture de nuit et pour le strict nécessaire de leur chapelle. Mgr Taché, Mgr Faraud, Mgr Clut, Mgr Grouard, le P. Gascon allèrent ainsi de nombreuses années. Ils « couraient devant les chiens », en échange du service qu’on leur rendait. A défaut de ce secours, il leur arriva de marcher de longues journées, le dos ployé sous le poids de leur bagage.

Lorsque les moyens permirent d’acheter et d’entretenir un attelage, le voyageur lui-même n’en fut guère soulagé. Il continua à courir sur la neige, les épaules libres seulement.

Que l’on fasse, en effet, le calcul de ce qu’il faut de poisson pour nourrir quatre chiens pendant une semaine, et plus, à raison de cinq à six livres, par tête et par jour. Ajoutons à ce « poisson des chiens » les vivres du maître, sa chapelle portative, sa hache, son fusil, sa misérable literie: voilà notre chargement complet. D’autre part, si un bras solide ne tient continuellement le traîneau, par l’arrière, dans les dédales des bois, des glaçons, des bancs de neige, il se disloque bientôt, se lacère, se met en pièces; et la cargaison se disperse. De plus, les chiens ne marcheront ordinairement qu’à la suite d’un homme qu’ils verront courir devant eux. Sur la neige quelque peu épaisse, cette corvée d’éclaireur est absolument nécessaire. C’est ce que l’on appelle: battre la neige devant les chiens.

Tout voyageur qui voudrait « se faire traîner » aurait à doubler cet effectif, et son convoi supposerait deux traîneaux, l’un pour ses vivres et son bagage, l’autre pour sa personne, huit chiens, trois hommes, dont deux pour gouverner les traîneaux et le troisième pour battre la neige devant les chiens.

Comme le temps n’est pas encore venu pour le missionnaire du Mackenzie d’affronter les dépenses qu’entraîneraient de pareils équipages, il se contente du traîneau aux provisions. S’il a le bonheur de posséder la compagnie d’un frère coadjuteur, il lui propose l’une des fonctions guide ou gouvernail, et s’acquitte de l’autre.

Il convient pourtant de dire que, depuis quelques années, grâce à de longues économies, et grâce au système organisé de leurs privations, les missionnaires se sont donné du moins la jouissance de fournir à leurs évêques un attelage-omnibus, qui se décore du nom de carriole. La spécialité de ce traîneau épiscopal est d’avoir la peau d’orignal, qui forme ses parois, plus soigneusement tendue, et même enjolivée d’un filet de peinture. L’évêque y est empaqueté, ficelé dans ses couvertures, à la façon des momies. Lorsque ses reins sont moulus par les cahots, et ses oreilles trop étourdies des rauques frottements de la caisse contre les rugosités de la glace, il se lève et prend la place du coureur « guide ou gouvernail », en lui offrant la sienne. Dans ce toboggan à la chevauchée bondissante, désordonnée, butant sans cesse contre les détours de la forêt, heurtant les arbres, raclant le frimas des branches abaissées, l’auguste voyageur garde la sécurité de se dire que s’il roule dans la neige, — et il roulera, malgré toutes les vigilances,— il ne tombera jamais d’assez haut pour se briser les membres.


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Soit que le missionnaire « conduise » son traîneau, soit qu’il « batte la neige devant ses chiens », soit qu’il entreprenne une course solitaire, il ne peut avancer qu’à la condition de « chausser les raquettes ».

La raquette, l’« escarpin du Nord »…

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Message  Louis Dim 18 Sep 2022, 6:29 am


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La raquette, l’« escarpin du Nord », le « snow-shoe », est une palette de forme ovale, légèrement relevée en avant, et finissant en queue de poisson. Le cadre de bois est garni d’un treillis de fils de peau (babiche). Une lanière de même nature assujettit les orteils au milieu du réseau et va contourner le talon, afin de retenir le pied dans la position voulue. Les orteils sont donc l’unique point d’attache. Ils portent, suspendu, tout le poids de l’instrument qu’ils traînent. Leurs articulations, n’étant enveloppées que de la nippe —pièce de grosse laine — et du mocassin, gardent leur souplesse. L’écart des jambes, l’effort du pied et le balancement rythmé du corps se règlent sur les dimensions des raquettes, qui varient selon la profondeur et la mollesse de la neige sur laquelle elles sont destinées à maintenir le marcheur. Les plus grandes mesurent à peu près deux mètres de long sur un demi-mètre de large.

C’est un long et sanglant noviciat que celui de la raquette.

Aux Glaces Polaires — Indiens et Esquimaux. - Page 3 Page_614


Mgr Grandin, qui en voulut toujours à ses « longues jambes » de lui avoir attiré la dignité épiscopale, s’exerçait depuis huit ans à la raquette, lorsqu’il écrivit, dans le compte rendu de sa visite à l’Athabaska-Mackenzie.

« ...Dès la deuxième journée de marche, j’avais les pieds couverts d’ampoules. A la fin de la troisième, ils étaient littéralement comme si on en eut enveloppé les extrémités, dessus et dessous, avec des mouches. Des douleurs rhumatismales vinrent se joindre à tout cela. Et, quand le matin, ou même après quelques instants de repos, il fallait se remettre en route, c’était pour moi des souffrances inouïes, que je ne pouvais dissimuler. Un bâton m’aurait rendu bien service, si nous eussions marché sur la terre ferme. Mais sur la glace il aurait fallu une troisième raquette à mon bâton pour l’empêcher de glisser... Mon unique soulagement était, une fois arrivé au campement, de me déchausser et me laver les pieds avec de la neige. Il me semblait toujours que je les avais dans le feu. »

A ces meurtrissures, que toute autre chaussure pourrait causer, il faut ajouter un mal spécial, inhérent à la manière dont les membres jouent sur la raquette, mal auquel bien peu de profès du métier ont échappé, et que tous s’accordent à déclarer extrêmement douloureux: le mal de raquette. Le mal de raquette, indépendant des autres lésions, peut saisir sa victime, l’habitué comme le débutant, l’Indien comme le Blanc, à tout moment du voyage. On le compare à la souffrance que causeraient des tenailles disloquant les hanches, ou serrant les tendons du jarret et les tordant par saccades, souffrance qui arrache des gémissements, et qui coucherait sur place l’infortuné, si le mot d’ordre du désert de glace, comme celui du désert de sable, n’était: « ou marcher, ou mourir ».

La température souhaitée, tant pour le traîneau que pour la raquette, est de 25 à 35 degrés centigrades au-dessous de zéro. (1)  

L’air sec et pénétrant d’une trentaine de degrés fait alors , « pomper »  les poumons à leur puissance; les conditions, la densité de l’atmosphère force la réaction intérieure et active la circulation; le mouvement devient un besoin; et le coureur, vêtu de sa légère peau velue de jeune renne, lancé au pas gymnastique, peut aller, des jours et des semaines, sans désemparer plus que ne le demandent les sommaires repas et le court sommeil, à la « belle étoile ». Rompu au métier, exempt des ampoules et du mal de raquette, il peut dévorer, sans fatigue excessive, des espaces qui déconcerteraient les coureurs sportifs des pays tempérés.

Mais le souhait du missionnaire est souvent déçu. Le froid descend parfois sous 40 degrés, à 50, à 60. Les tempéraments plus faibles ne sauraient fournir la réaction suffisante à une telle rigueur, et leur salut n’est plus que de courir, courir toujours, en se défendant contre le sommeil, agréable, dit-on, qui gagne insensiblement sa victime pour la tuer.

Si, au contraire, le thermomètre remonte plus qu’il n’est désiré, à quinze ou dix degrés sous zéro par exemple, la combustion naturelle dépasse l’intensité du froid. La sueur coule, pour se glacer sur le corps. La neige fondue par la chaleur du pied se transforme, entre le mocassin et la raquette, en aiguilles de glace. Ampoules et plaies saignantes en sont la suite.

Au dégel, le réseau des babiches s’humecte et se relâche. Les raquettes, tout imbibées, s’appesantissent et deviennent un supplice de galérien.

Il est enfin, dans l’exercice de la raquette, un tourment auquel on ne …
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 (1) Et pour le traîneau aussi bien que pour la raquette. Trop sèche, la neige ne le laisse glisser qu'.avec peine; trop molle, elle adhère à la planche et retarde la marche.

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Message  Louis Lun 19 Sep 2022, 6:08 am


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Il est enfin, dans l’exercice de la raquette, un tourment auquel on ne s’attendrait guère, à moins d’y réfléchir, et qui dépasse peut-être tous les autres: la soif. Il manquait ce trait au missionnaire du Nord glacé, pour achever sa ressemblance avec le Missionnaire des Gentils, sous le ciel ardent de l’Asie... in nuditate, fame, siti: dans le dénuement, la faim, la soif.

«  Si vous écrivez sur notre pays, nous disait un bon frère, vieux routier des lacs du Nord, qui battit des milliers et des milliers de lieues à la raquette, mettez que la pire des tortures, c’est la soif; mais la soif de Tantale, qui voudrait se jeter, à chaque pas, sur la neige alléchante, et qui ne le peut pas, parce que manger la neige dans une course échauffante, c’est fatal, nous le savons. La soif s’avive davantage, les forces tombent à l’instant, les entrailles se bouleversent. Vous êtes fini ! »

Un autre…

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Message  Louis Mar 20 Sep 2022, 7:04 am


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Un autre, le Père Laity, la veille de sa mort, qui arriva le 23 décembre 1915, à la mission Saint-Joseph, sur le Grand Lac des Esclaves, achevait de nous raconter les souvenirs de ses 47 ans d’apostolat parmi les Montagnais, les Castors, les Couteaux-Jaunes et les Cris de l’Athabaska-Mackenzie:

Aux Glaces Polaires — Indiens et Esquimaux. - Page 3 Page_710

« J’ai bien marché à la raquette, disait-il, pour faire, et refaire, les 500 kilomètres qu’il y avait du lac Athabaska au fort Vermillon, sur la rivière de la Paix, sans parler d’innombrables autres courses pour visiter mes sauvages, ou procurer des vivres aux orphelins du couvent des Sœurs Grises. J’ai fait ces voyages, aux temps si durs des commencements, alors que nous n’avions que des habits en cuir d’orignal, qui se recoquillaient, en séchant, après s’être imprégnés de nos sueurs, et nous forçaient à aller demi-courbés. Il m’arriva de courir trente-huit heures sans répit, sous la menace de mourir de faim. Un jour, j’arrivai à Athabaska, exténué, n’ayant pu mordre, à cause de mes dents malades, dans une boulette de pémican (viande sèche, pulvérisée et mêlée de suif) que j’avais pour toutes provisions, et que je n’avais pu faire dégeler, ayant perdu mon briquet batte-feu. J’avais une entorse au genou. Ma jambe était toute bleue. J’étais si mal en point que Mgr Faraud, me voyant tomber sur le plancher de la maison, eut peur et me crut perdu. J’ai connu le mal de raquette, autant que personne, je crois...

« Mais tout cela je l’ai enduré, je le pouvais: j’étais fort, j’avais bonne volonté. Ce à quoi je n’ai pu me faire, ça été la soif. Oui, la soif. Et pensez que j’étais Breton ! faisait-il, en esquissant l’un de ses derniers sourires. Ah ! que j’ai donc souffert, durant ces heures où l’on ne pouvait s’arrêter pour faire fondre un peu de neige, et où il était impossible de casser une glace trop épaisse ! Que j’ai donc envié le sort des chiens, happant la neige pour se désaltérer ! Mais aussi, il fallait voir lorsqu’un endroit se rencontrait, où l’on savait qu’un courant plus fort amincissait la glace ! Deux coups de hache faisaient jaillir l’eau vive. Je pouvais boire. A la première gorgée, on eût dit qu’une boule de glace prenait la place du cerveau...

« Il a fallu bien aimer le bon Dieu et les pauvres âmes, allez, je le vois bien maintenant, pour supporter cela ! La soif, la soif dans les courses de l’hiver, ce fut le vrai sacrifice de ma vie de missionnaire, le seul. Les autres ne comptent pas... Puisse le bon Dieu qui va me juger bientôt, l’avoir eu pour agréable ! Je le lui ai offert tant de fois, en union avec le sitio du Calvaire, pour la conversion et pour la persévérance des sauvages, mes chers enfants ! » (1)

________________________________________________________________________________

 (1)  Le Père Laity, Arthur naquit à  Lorient, le 5 décembre 1841, d'une famille tellement chrétienne que ce fut son père qui se chargea de faire les démarches, pour son admission au  noviciat des missionnaires Oblats de Marie Immaculée. II laissait, dans le diocèse de Vannes, son frère Léonide, aumônier du lycée de Pontivy et prédicateur renommé.

Sa vie apostolique se passa aux missions de la Nativité, du Vermillon, dans l'Athabaska; du Fort Smith, de la Providence, de Résolution, dans le Mackenzie, tour à tour au service des Montagnais, des Castors, des Esclaves et des Couteaux-Jaunes. Haut de stature, fortement charpenté, exercé des son enfance au canotage sur les « youyous » du port de Lorient, il était fait pour les grandes plaines et les grands lacs. II usa largement de ces dispositions heureuses.

Un trait pour montrer son attachement à ses missions : il peint tous  les missionnaires que nous connaissons. En 1903, trente-six ans après son départ pour le Mackenzie, le Père Laity eut la permission d'aller revoir sa patrie. Sur ces entrefaites, un chapitre général de la Congrégation des Oblats fut convoqué. Comme le Père Laity  se trouvait en France, les missionnaires du Mackenzie le déléguèrent pour les représenter. La règle fait une obligation sévère aux « délégués » de se trouver, le jour convenu, à la salle capitulaire. Mais il fallait que le Père Laity prolongeât encore de quelques mois son séjour au pays natal, pour atteindre cette date. Il eut beau faire: il n'y put tenir. La « nostalgie du Nord » le prit si fortement, qu'il s'en fut plaider sa cause devant le supérieur général et ses assistants, les suppliant, à genoux, de le délier de son mandat, et de le laisser partir. Il gagna son procès, et personne ne représenta le vicariat, à côté du vicaire apostolique, en 1904. Mgr Breynat ayant à répondre à cette question : Vos missionnaires ont-ils vraiment l'estime et l'amour de leur vocation ? n'eut qu'à dire : « II me semble qu'il suffit de rappeler l’exemple du Père Laity. C'est une réponse vivante à la question posée; et, en cela, au moins, il a dignement représenté le vicariat. »

— Le jour où je reçus le coup de grâce, en France, disait le Père Laity, fut celui où, traversant la Savoie, je vis un flanc de montagne couvert de neige. J'aurais voulu arrêter le train pour m'y rouler.

Il eut le bonheur de mourir saintement, à son poste du Mackenzie. Sa dernière parole fut l'invocation au Sacré-Cœur.


Aux Glaces Polaires — Indiens et Esquimaux. - Page 3 Page_711

A suivre: Chapitre IV: L'Été.

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Message  Louis Mer 21 Sep 2022, 7:12 am



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CHAPITRE IV

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L’ÉTÉ

Le soleil de minuit. Activité de la nature. Les maringouins. Activité du missionnaire préparant l’hiver. Le fleuve Athabasca-Mackenzie. Les rapides de l’Athabaska. Comment on les évita d’abord, par le Portage la Loche. Comment on les attaqua enfin. Mgr Taché et le Lac la Biche. Mgr Faraud et les Sœurs Grises dans les rapides, en 1867. Les vingt ans de Mgr Faraud au Lac la Biche. La PRAIRIE et les bohémiens de l’apostolat. La grande poussée, sous Mgr Grouard et Mgr Breynat. Les barges d’Athabaska-Landing. La plus dure épreuve. Les vitres du Père Séguin.

Enfin, après neuf mois de mort, le suaire de neige se dissout sur l’immensité de l’Extrême-Nord, et la vie circule tout à coup dans les fleuves, les lacs, les forêts et les plaines.

Le soleil, suspendu par le solstice, ne se couche plus sur le champ arctique. Au bord du Cercle Polaire, il flotte sans déclin dans le ciel, et la fête du soleil de minuit console de leur quarantaine de ténèbres les reclus de l’hiver. En deçà, sur l’espace qui reste de l’Athabaska-Mackenzie, il disparaît si peu qu’au Grand Lac des Esclaves son crépuscule et son aurore confondus chamarrent le firmament de couleurs en fusion, si vivantes, chatoyantes et nuancées, que, fixées sur la toile dans la réalité de leurs teintes, elles paraîtraient invraisemblables au spectateur de Londres ou de Paris.

Mais, de même que l’apparition du soleil est le signal de la résurrection et du mouvement dans les régions boréales, ainsi son premier coucher sera le signal du retour à l’immobilité glaciale.

Comme avertie de son court moment de grâce, la nature hâte son travail…


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Message  Louis Jeu 22 Sep 2022, 6:18 am



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Comme avertie de son court moment de grâce, la nature hâte son travail. L’on voit, pour ainsi dire, monter la végétation, les feuilles s’étaler en quelques jours, les fleurs sauvages pousser leurs fruits; et, en moins de trois mois, se planter et se récolter grains et légumes destinés à mûrir (1).

De concert avec la végétation, gibiers de poil et de plume se hâtent de naître et de grandir. Deux armées aux rangs pressés vont envahir, chaque été, les mousses attiédies et sans ombrage des bords de l’océan Glacial: les rennes par troupeaux; les oies, les cygnes et les canards par volées innombrables. Les rennes y élèvent leurs faons; les oiseaux aquatiques y font éclore leurs œufs. Cela fini, les rennes se remettent en marche vers le Sud; les oiseaux reforment leurs triangles, les anciens coupant l’air devant les nouveaux, et regagnent ensemble, à plein ciel, dans un tourbillon de cris, les doux climats de la Californie, de la Louisiane et du Mexique. En même temps, des milliers d’oisillons, accourus de l’Amérique du Sud pour chanter dans tous les bois du Nord, repartent, sautillants, avec leurs couvées nouvelles.

Ce rapide été de soleil, de fleurs et d’oiseaux serait si beau qu’il ferait peut-être oublier la longue saison triste, s’il n’était écrit que le Nord n’accordera que des plaisirs payés de sang.

Le fléau de l’été polaire est une engeance pullulant au delà de toute imagination…
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 (1) Destinés à mûrir, disons-nous. C’est que malgré la chaleur continuelle, ils n’en ont pas toujours le temps. Le sol, dont aucun été n’a jamais amolli les profondeurs glacées, refroidit les racines; et il est nécessaire que pendant la courte saison chaude, ni la sécheresse, ni les orages ne viennent retarder une croissance qui ne résisterait pas aux gelées précoces, qui suivent pas à pas le soleil.

En juillet 1915, au fort Smith, la plus méridionale des missions du Mackenzie, on a vu les pommes de terre geler complètement en une nuit de moins de trois heures, entre deux journées torrides.

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Message  Louis Ven 23 Sep 2022, 6:41 am



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Le fléau de l’été polaire est une engeance pullulant au delà de toute imagination. Elle commence aux premiers rayons de mai, avant même que les glaces soient fondues, pour ne finir qu’au lendemain des dernières chaleurs (1). Ces insectes, communément appelés maringouins dans les deux Amériques, sans doute par une sorte d’onomatopée, prise à la lancinante musique de leurs ailes, sont les moustiques des pays chauds, les cousins. S’acharnant sur tout être vivant, ils se jettent avec une fureur de prédilection sur les Blancs, les nouveaux venus surtout, dont le sang paraît à leur voracité plus succulent que le sang indien:

Je ne connais pas, écrit un missionnaire, de plus grand supplice que d’être assailli par ces myriades d’ennemis insaisissables: la faiblesse même, prise en particulier; la puissance la plus tyrannique et la plus irrésistible, prise en masse; multitude de chanteurs et de suceurs, qui vous suivent ou qui se remplacent; mais qui sont toujours et partout assez nombreux pour obscurcir le ciel, vous envelopper, vous harceler, vous exaspérer, vous couvrir la face, les mains, toutes les parties du corps accessibles à leur dard, vous siffler aux oreilles, vous entrer dans le nez, vous piquer la peau et se gorger de votre sang.

— Les maringouins qui nous avaient ménagés dans la rivière Athabaska, au début de notre voyage, dit Mgr Grouard, s’étaient, je crois, donné rendez-vous dans le bois, et n’avaient différé de nous attaquer que pour nous faire une guerre plus acharnée. Ni trêve, ni merci! Tel était le mot d’ordre. Il n’y avait qu’une chose à faire. C’était de se précipiter tête baissée au milieu de nos ennemis, de faire une trouée dans leurs rangs et d’atteindre, par une marche accélérée, les bords de la rivière la Paix, où nous pourrions respirer à l’aise. Notre plan réussit fort bien, quoiqu’il en coûtât du sang versé de part et d’autre...

Sans parler des guêpes et des taons qui ne font pas défaut, présentons une autre espèce de piqueurs, qui défie les moustiquaires aux mailles les plus fines, les brûlots:

Bestioles invisibles, dit le Père Lécuyer, missionnaire à l’embouchure du Mackenzie, bestioles créées pour l’expiation de nos péchés, qui pénètrent partout, passent à travers les couvertures et les habits, et dont la piqûre brûle (d’où leur nom vulgaire) comme un tison ardent. D’où vient tout ce petit monde? Je ne le sais guère; car s’ils attendaient qu’on aille les chercher... mais cela surgit comme par enchantement du feuillage, du recoin des rochers, et, en un clin d’œil, ils se rangent en bataillons et s’apprêtent à vous dévorer...

Au milieu de cette animation de la nature amie et ennemie, le missionnaire…
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 (1) Encore ne meurt-elle pas complètement. Le froid saisit les derniers nés, les pétrifie, comme il le fait des grenouilles et de certains poissons, en attendant que le printemps les rende au mouvement et à la malfaisante fonction de produire les œufs d’une autre génération et de s’acharner encore sur les hommes, jusqu’à l’éclosion générale.

La moustiquaire est, dans le Nord, aussi bien que dans les pays équatoriaux, un article indispensable du trousseau: moustiquaire de jour, qui enveloppe la tête, et moustiquaire de nuit, qui défend tout le grabat.

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Message  Louis Sam 24 Sep 2022, 6:50 am



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Au milieu de cette animation de la nature amie et ennemie, le missionnaire aussi déploie son activité.

Son traîneau remisé et ses chiens relâchés, il se hâte de préparer l’hiver suivant.

Comme l’hiver a été le temps des voyages apostoliques, ainsi l’été sera le temps des voyages d’affaires: voyages du personnel, prêtres et religieuses; voyages du matériel des missions que l’on ne peut se procurer que dans les pays civilisés.

Un fleuve est l’unique voie pour pénétrer, durant l’été, dans l’Athabaska-Mackenzie….

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Message  Louis Dim 25 Sep 2022, 6:16 am



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Un fleuve est l’unique voie pour pénétrer, durant l’été, dans l’Athabaska-Mackenzie.

Ce fleuve est grand, magnifique et périlleux.

Il ne mesure pas moins de 4.000 kilomètres, à le suivre depuis sa source principale, qui est le mont Brown, dans les montagnes Rocheuses, jusqu’à son embouchure, qui est la baie Mackenzie, dans l’océan Glacial.

Il reçoit, chemin faisant, plus de cent rivières, dont les plus célèbres dans l’histoire des missions sont, sur la gauche, la rivière la Paix, la rivière au Sel, la rivière au Foin, la rivière des Liards grossie elle-même de la rivière Nelson, la petite rivière Rouge Arctique, la rivière Peel, ou Plumée; et, sur la droite, la rivière la Biche, la rivière des Maisons, la rivière de l’Ours.

Il draine en outre le trop plein de lacs nombreux, parmi lesquels: le Petit Lac des Esclaves, le lac la Biche, le lac Athabaska, le Grand Lac des Esclaves, le lac la Martre, le Grand Lac de l’Ours (1).

La dernière évaluation de son bassin se porte à 2.600.000 kilomètres carrés.

N’est-il pas à déplorer que l’on ait donné à ce colossal déversoir des eaux arctiques des noms divers, qui paraissent fragmenter l’unité de son parcours? Du mont Brown, sa source, au lac Athabaska, on l’appelle rivière Athabaska; du lac Athabaska au confluent de la rivière la Paix, la rivière des Rochers; de là au Grand Lac des Esclaves, la rivière des Esclaves; du Grand Lac des Esclaves à la mer polaire, le fleuve Mackenzie. C’est bien cependant la même grande artère, si pleine et si puissante qu’elle traverse, sans s’y confondre, le lac Athabaska et le Grand Lac des Esclaves.

Elle mériterait au moins le titre d’Athabaska-Mackenzie.

Nous suivrons l’usage; mais nous nous souviendrons qu’à l’appel de chaque nom divers ce sera toujours le même grand et incomparable fleuve qui répondra.

Sa magnificence lui vient d’abord…
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 (1) Des 77.391.304. acres que couvrent les lacs connus du Canada entier, le seul vicariat du Mackenzie en compte 18.910.080. (V,. The Catholic Encylopedia, Vol. III, p. 227.)

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Message  Louis Lun 26 Sep 2022, 6:59 am



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Sa magnificence lui vient d’abord de son immensité elle-même. La largeur moyenne de l’Athabaska atteint le kilomètre; celle du Mackenzie n’est presque jamais en deçà d’un kilomètre et demi. L’Athabaska s’évase souvent de deux à quatre kilomètres, et le Mackenzie de quatre à sept plus souvent encore. Le Mackenzie sort du Grand Lac des Esclaves par une porte royale de 35 kilomètres environ; il en reprendra plus de 20 à la tête de son delta, et plus de 80 à son embouchure.

La variété escorte l’immensité de l’Athabaska et du Mackenzie.

Souvent escarpées depuis sa source jusqu’au fort Mac-Murray, les rives de l’Athabaska s’aplanissent ensuite jusqu’au lac dont elle emprunte le nom et qui lui sert de chenal. La rivière des Rochers, sortant du lac Athabaska, et la rivière des Esclaves, sa suivante, coulent dans une plaine continue. Les rives du Mackenzie, unies depuis le Grand Lac des Esclaves, s’encaissent, en aval du fort Simpson, dans les hauts contreforts des montagnes Rocheuses, venues à la rencontre du grand fleuve. Montagnes et fleuve vont jouer, dès lors, jusqu’à l’océan, à se côtoyer, se contourner, se traverser, à la condition que l’ampleur du fleuve soit toujours respectée.

Aux Glaces Polaires — Indiens et Esquimaux. - Page 3 Page_810

Une fois, cependant, les masses granitiques se resserrent subitement, comme pour arrêter le fleuve; mais celui-ci, se précipitant avec une force redoublée, maintient l’obstacle en deux remparts parallèles, amas fantastique de tours et donjons aux créneaux béants. Au sortir de cet effort, le Mackenzie évolue en un vaste cirque de relai, qu’il s’est creusé devant Good-Hope. Vue de la mission, cette scène est l’une des plus grandioses de l’univers. Plus loin, dans la zone polaire, le fleuve se place résolument vis-à-vis du Nord; et, entre deux haies lointaines de montagnes et de glaciers aux cimes resplendissantes, il descend une avenue très large et très droite de 70 lieues.

Sur tout le parcours de l’Athabaska-Mackenzie, jusqu’à cette extrémité de la région arctique où rien n’échappe plus à la mort, les forêts vierges succèdent aux forêts vierges. Le silence de ces forêts n’est brisé que par le fracas des torrents roulant, de loin en loin, dans les gorges sauvages; et l’on ne voit sur les plages que les orignaux et les ours qui viennent s’abreuver au fleuve.

Au dégel des hautes neiges, les rivières la Paix et des Liards se chargent, au point d’en être pontées, d’une flotte d’arbres de toutes formes, avec leurs racines et leurs ramures, arrachés aux flancs des montagnes Rocheuses. La rivière des Esclaves recueille ce providentiel tribut de la rivière la Paix, et le Mackenzie celui de la rivière des Liards, pour les distribuer à toutes les grèves de leur domaine, jusqu’à l’océan Glacial. Ce bois de grève sera le combustible abondant du prochain hiver pour les déshérités de l’Extrême-Nord. En même temps, les eaux du Mackenzie devenues limoneuses, comme les fleuves de la Haute-Asie, forment des îles nouvelles, grugent les anciennes, rongent les rivages, comblent les chenaux, allongent les abords des lacs et transforment les paysages de leur défilé. La rapidité de cette drague à accomplir ses ouvrages provient de la vitesse que partagent tous les cours d’eau, envoyés aux océans par les montagnes Rocheuses.

Tel est le fleuve Athabaska-Mackenzie, appelé par les sauvages, ses riverains: le Naotcha, la rivière géante, ou la rivière aux bords géants.

Hélas ! ce fleuve géant, que le voyageur trouve plus beau chaque nouvelle fois qu’il en descend les flots…


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Message  Louis Mar 27 Sep 2022, 6:34 am



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Hélas! ce fleuve géant, que le voyageur trouve plus beau chaque nouvelle fois qu’il en descend les flots, a englouti dans ses profondeurs quatre de nos missionnaires. Cinq autres furent noyés dans ses affluents.

Les deux dernières victimes, les Pères Brémond et Brohan, chavirèrent ensemble, aux rapides du fort Smith, dans la rivière des Esclaves.

Ces morts, si cruelles pour nos missions, ne sont cependant qu’un faible tribut payé aux traîtrises des rivières et des fleuves. Presque tous les missionnaires eussent sombré dans les rapides du Nord, au cours de tant de voyages, faits et refaits, sur leurs embarcations fragiles, si la main de Dieu ne les eût, quelque jour, comme miraculeusement sauvés; et chacun d’eux apporterait ici ses preuves, bien à lui, de ces interventions d’en-haut, survenues à l’instant où il se croyait perdu.

Nous venons d’écrire le mot redoutable, qui revient si souvent dans les récits des missionnaires: les rapides.

Aux Glaces Polaires — Indiens et Esquimaux. - Page 3 Captur91

C’est autour des rapides que l’on peut grouper toutes les difficultés de la question vitale de l’Extrême-Nord, la question des transports.

A éviter les plus dangereux rapides d’abord, à les braver ensuite, compagnies de fourrures et missionnaires ont dépensé leurs énergies et leurs ressources.

Le Canada, ce grand corps continental veiné de cours d’eau, n’en laisse peut-être pas circuler un seul, jusqu’à sa fin, sans le hacher d’obstacles. Des cataractes de Niagara, mères du Saint-Laurent, aux Chutes du Sang du fleuve Coppermine, au bord de l’océan Arctique, le système fluvial canadien court de rapides en rapides.

La carte orographique septentrionale explique d’elle-même à l’œil la provenance et la multitude des barrages rocailleux, causes des rapides (1).        

On demeure stupéfait devant les blocs arrachés à la masse de ces barrages et projetés en aval par la force des courants contrariés. La brèche ainsi ouverte, les eaux s’y précipitent avec une impétuosité proportionnée à leur propre volume, à l’étroitesse de l’engorgement et à la déclivité d’une pente qui va s’accusant sans cesse de la tête du banc de pierre à la reprise du lit normal, lequel se creuse plus vite que ne peut s’user l’obstacle. Lorsque cette pente, toujours désordonnée et violente, descend en soubresauts, c’est le rapide. Si elle tombe de rochers en rochers, elle devient la cascade Les cataractes s’écrasent à pic dans les gouffres.

Les cataractes et la plupart des cascades demeurent inaccessibles à l’homme…
_____________________________________________________________________________________

(1) Les montagnes qui enclavent le Nord-Ouest et le Nord marchent, du sud au nord, en deux groupes parallèles: les Laurentides à l’est, les Rocheuses à l’ouest. Les Laurentides, parties de la rive gauche du Saint-Laurent, envahissent en tous sens les provinces de Québec et d’Ontario, se blottissent le long du Manitoba oriental contre la baie d’Hudson, et vont expirer à la mer Glaciale, en dunes à peine surélevées. Les Rocheuses alignent et emboîtent leurs monts neigeux en une symétrie tellement semblable à celle de nos vertèbres osseuses que les sauvages les ont pittoresquement appelées: l’épine dorsale de la terre. De l’épine dorsale rocheuse, s’échappent des côtes régulières de montagnes, qui escortent, jusqu’à l’océan Pacifique d’une part, et jusqu’au fleuve Athabaska-Mackenzie d’autre part, nombre de rivières issues des glaciers centraux. Les Laurentides, de leur côté, envoient leurs rivières à la baie d’Hudson et à l’océan Atlantique, dans des cortèges montagneux analogues à ceux des Rocheuses. Qu’un éboulis de ces montagnes entrave tout à coup la rivière; qu’une veine transversale s’oppose à son cours: c’est la lutte du cours d’eau contre l’obstacle, c’est le rapide.

Mais comment les fleuves des plaines, comme la Saskatchewan, l’Athabaska, la rivière des Esclaves, la rivière de la Paix, qui n’ont eu besoin des montagnes que pour naître, vont-elles se former des rapides aussi fougueux que les rapides des rivières essentiellement montagneuses elles-mêmes? Précisément par l’intrusion des filons ramifiés, qui vont des Laurentides aux Rocheuses, et des Rocheuses aux Laurentides, pour les relier entre elles. Le fleuve des prairies, ou des bois, habitué au cours tranquille qu’il s’est tracé dans les terres friables, rencontre ces filons pierreux et doit en dompter la résistance.



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Message  Louis Mer 28 Sep 2022, 5:44 am



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Les cataractes et la plupart des cascades demeurent inaccessibles à l’homme. Les rapides se laissent franchir, ou non, selon la hauteur des crues, la qualité des esquifs et l’habileté des pilotes. Mais citerait-on vingt rapides, parmi les milliers du Canada, qui n’aient jamais broyé quelque barque contre leurs récifs, ou saisi dans leur remous tournoyant quelque infortuné ?

Merveilleuse exception, le fleuve Mackenzie proprement dit n’est entravé, dans les 2.000 kilomètres de son cours, que par trois ou quatre rapides, qu’il suffit de connaître pour les aborder impunément: l’un dans la plaine, les autres parmi les montagnes. Un vapeur peut remonter ce fleuve, de son delta à sa source, qui n’est autre que le Grand Lac des Esclaves, traverser ce lac, s’engager dans la rivière des Esclaves, et suivre celle-ci, sans arrêt, jusqu’au fort Smith, soixantième degré de latitude et limite sud du vicariat du Mackenzie (1).

Au fort Smith, sur 35 kilomètres continus de la rivière des Esclaves, se dresse la barrière invincible des rapides et des cascades qui furent le tombeau des Pères Brémond et Brohan (2).  On s’aventura d’abord sur quelques extrémités de la rive droite des rapides du fort Smith, mais au prix de grands dangers, de plusieurs naufrages et de trois longs portages sur des côtes horribles. Puis, un portage définitif de 25 kilomètres, et permettant d’éviter complètement toute la chaîne des rapides, fut pratiqué dans la forêt qui longe la rive gauche (3).

De la tête des rapides du fort Smith au lac Athabaska, en remontant la rivière des Esclaves et la rivière des Rochers, il ne se rencontre que deux rapides peu redoutables.

Du lac Athabaska au fort Mac-Murray, belle et tranquille navigation….
_________________________________________________________________________________________

 (1) En tout,  2.500 kilomètres ininterrompus depuis la mer Glaciale. Le jour viendra, sans doute, où des vaisseaux océaniques arriveront au fort Smith, de toutes les mers du monde, par le détroit de Behring, aussi facilement qu’à Montréal, par le Saint-Laurent, quoique en une plus brève saison. Les dragages dans le delta du Mackenzie, aux abords du Grand Lac des Esclaves, dans certains méandres où s’accumulent les alluvions, et le déblaiement d’un passage dans les rapides ouvriraient aisément cette voie. Jusqu’ici, les vapeurs en usage ont dû prendre une forme qui ne demande qu’un faible tirant d’eau; et encore vont-ils échouer sur les hauts-fonds. Ces quilles trop plates rendent la traversée des lacs particulièrement dangereuse.

 (2) Cette barrière du fort Smith est tellement invincible que les poissons eux-mêmes ne purent l’escalader. La preuve en est dans ce fait que l’on ne trouva jamais, en amont de ces rapides, un seul spécimen d’une espèce répandue dans toutes les rivières et dans les lacs du Nord communiquant avec la mer Glaciale, et que l’on pêche, en abondance parfois, au pied même du dernier rapide du fort Smith. Le nom scientifique de ce poisson est le saumon du Mackenzie (Mackenzii salmo). Son nom vulgaire, seul usité, est l’inconnu. L’inconnu, de belle taille et de chair blanche, est fort apprécié des gens du Nord. Il tire sur la forme du saumon de la Colombie, mais sa chair est blanche.  

 (3) Un portage est un chemin de terre destiné à faire passer un convoi d’une eau navigable dans une autre, soit que ces eaux, en réalité, ne communiquent pas entre elles, soit qu’elles offrent des conditions trop accidentées ou une profondeur insuffisante à la flottaison. Tout est débarqué sur le rivage et porté à dos par l’équipage. Les embarcations sont portées ou traînées, selon leur poids.

Les portages exécutés au fort des chaleurs, dans les cailloux et les marécages, à travers broussailles et moustiques, sont les impasses appréhendées par les voyageurs d’aujourd’hui autant que par les découvreurs du siècle passé. Ils n’ont point progressé dans le Nord, excepté quelques-uns, plus longs et plus fréquentés, comme ceux du fort Smith, du Vermillon, de la Loche, qui ont fini par recourir aux bœufs ou aux chevaux.


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Message  Louis Jeu 29 Sep 2022, 5:49 am



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Du lac Athabaska au fort Mac-Murray, belle et tranquille navigation.

C’est ici, sur le fort Mac-Murray, situé au confluent de la rivière Athabaska, qui arrive du Sud, et de la petite rivière Eau-Claire, qui arrive de l’Est, que nous prions le lecteur de fixer sa particulière attention, s’il veut bien s’intéresser à notre problème des transports; problème qui absorba la vie de Mgr Faraud, premier vicaire apostolique de l’Athabaska-Mackenzie, qui fit blanchir son successeur, Mgr Grouard, et qui demeura, jusqu’à ces dernières années, le tourment de Mgr Breynat, vicaire apostolique du Mackenzie.

Mac-Murray marque la fin d’une série de rapides qui commencent 130 kilomètres en amont, et dévalent dans un encaissement de rives, où la nature semble avoir voulu précipiter toutes ses sauvages beautés. Ce sont les rapides de la rivière Athabaska, ou simplement les rapides. Si bien que, dans les récits du Nord, dire « les rapides », sans plus, c’est évoquer ceux-là, comme si les autres n’étaient que négligeables, et qu’il n’y eût à compter qu’avec ces terreurs de l’Athabaska pour atteindre le Nord.

Le premier des rapides de l’Athabaska, que ses mugissements annoncent de loin aux voyageurs qui descendent la rivière, est appelé le Grand Rapide. Mgr Faraud en fit cette description, en 1867, quelques jours après y avoir échappé à la mort:

En cet endroit, la rivière Athabaska est au moins aussi large que le Rhône, et roule un volume d’eau aussi considérable. De chaque côté, s’élèvent des pierres molasses qui surplombent et semblent menacer la tête du voyageur. Leur hauteur doit être en moyenne de trente à quarante mètres. Au-dessus du rapide, elles sont encore plus hautes. Ces énormes blocs, minés par le temps et rompus par les glaces, ont formé au milieu de la rivière une masse compacte recouverte d’alluvion et de sable, où poussent de grands sapins. Cette île, en interceptant le cours de la rivière, a forcé l’eau à s’ouvrir violemment un passage de chaque côté. Le courant étant déjà très fort, au-dessus de l’île, l’eau vient se briser sur les blocs qui lui servent de contreforts, puis retombe en mugissant, et forme des cascades qui se succèdent jusqu’au bas de l’île, où les deux bras de la rivière se réunissent, présentant à leur confluent des houles de deux à trois mètres de haut. Les eaux s’entrechoquant et se brisant contre les rochers font un bruit sourd et strident, plus fort que cent coups de canon de gros calibre partant à la fois.

Inconnus autrement que par les rapports des sauvages, les rapides avaient pris dans l’imagination des commerçants des proportions formidables, et personne ne songea de longtemps qu’il fût possible de les aborder.

Il fallait donc atteindre le fort Mac-Murray autrement que par la rivière Athabaska elle-même…


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Message  Louis Ven 30 Sep 2022, 7:05 am



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Il fallait donc atteindre le fort Mac-Murray autrement que par la rivière Athabaska elle-même.

Deux voies indirectes y pouvaient aboutir: la voie de l’Est, venant de la baie d’Hudson; la voie du Sud, venant de Montréal et passant par la Rivière-Rouge (aujourd’hui villes contiguës de Saint-Boniface et Winnipeg).

C’est au fameux  Portage la Loche, porte de l’Extrême-Nord, que ces deux voies se rencontraient et se confondaient.

Le Portage la Loche, situé à 100 kilomètres à l’est de Mac-Murray, est un long plateau, étendu de l’est à l’ouest et mesurant 19 kilomètres de largeur, qui marque la ligne de partage des eaux (hauteur des terres) entre la baie d’Hudson et l’océan Glacial. Il touche, au nord, à la rivière Eau Claire, affluent de l’Athabaska, tributaire par conséquent de l’océan Glacial; et, au sud, au lac la Loche, tributaire de la baie d’Hudson.

La voie de la baie d’Hudson au Portage la Loche, qui ne fut suivie que par deux ou trois missionnaires, fut celle de la Compagnie des Aventuriers (Compagnie de la Baie d’Hudson). La Compagnie venait directement d’Angleterre à York Factory (Port Nelson), et remontait le fleuve Churchill, puis d’autres rivières et lacs, jusqu’au Portage la Loche.

La voie de Montréal comprenait deux étapes: la première, de Montréal à la Rivière-Rouge (Saint-Boniface); la seconde, de la Rivière-Rouge au Portage la Loche.

L’étape Montréal-la Rivière-Rouge, que Champlain ouvrit en 1615 par la rivière Ottawa, le lac Nipissing, le lac Supérieur, et que La Vérandrye continua, en 1731, par la rivière Kaministiquia, le lac des Bois et le lac Winnipeg, fut sillonnée par les canots d’écorce de la Compagnie du Nord-Ouest d’abord, et conjointement ensuite par ceux de sa rivale, la Compagnie de la Baie d’Hudson, jusqu’en 1868.

Le canot d’écorce, embarcation souple, légère, manœuvrée à la pagaie (aviron), eut longtemps les préférences des voyageurs indiens et blancs, à cause de son avantage de n’exiger qu’une eau peu profonde et de se laisser facilement porter dans les portages.La structure en est de toute simplicité. Des écorces de bouleau, cousues ensemble à l’aide de racines ténues de sapin (watap), se plaquent sur une mince carcasse de lattes de sapin ployées en demi-cerceaux et fixées dans les mortaises de deux verges longitudinales (les maîtres) qui se rejoignent en proue et en poupe. Une application de résine de sapin (gomme) bouche les fissures et couvre les coutures. Si l’écorce se déchire, une pièce d’étoffe ou d’écorce, sommairement gommée, répare l’avarie. Ces pirogues ont pour défauts d’être très frêles, instables et versantes. Elles demandent de continuelles vigilances. Beaucoup disparurent, avec leurs rameurs, dans les eaux démontées des lacs et des rapides.

C’est dans ces canots d’écorce que les premiers missionnaires, Jésuites au dix-huitième siècle, Séculiers et Oblats de Marie Immaculée au dix-neuvième, ainsi que les premières Sœurs Grises de l’Ouest, du Nord-Ouest et de l’Extrême-Nord, arrivèrent de Montréal à la Rivière-Rouge: voyage qui ne durait guère moins de deux mois.

En 1868, le chemin de fer alla de Montréal à Saint-Paul-Minnéapolis (Etats-Unis)…


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Message  Louis Sam 01 Oct 2022, 7:31 am



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En 1868, le chemin de fer alla de Montréal à Saint-Paul-Minnéapolis (Etats-Unis), qui fut le terminus, pour le Nord, jusqu’en 1880.

En 1880, le chemin de fer Pacifique Canadien atteignit Winnipeg.

A la Rivière-Rouge (Saint-Boniface-Winnipeg) s’ouvrait, droit sur le Nord, la seconde étape vers le Portage la Loche. C’était une route de 2.125 kilomètres par rivières, lacs et portages, que nous nous contenterons de rappeler par ces lignes du Père Petitot, écrites en 1875:

Au fort Garry (ancien nom de Winnipeg), on dit adieu à notre brillante civilisation. Plus de chemins de fer, plus de bateaux à vapeur. On s’installe comme l’on peut dans une barque de 30 pieds de quille, lourde, massive, ventrue, parce qu’elle doit résister à plus d’un choc, lutter contre plus d’un rapide; et là, exposé au soleil, au vent ou à la pluie, assis parmi les ballots de marchandises, le voyageur remonte lentement et au prix des efforts souvent désespérés d’un vaillant équipage, les cours d’eau entrecoupés de cataractes ou de lacs qui vont le conduire au grand Portage La Loche. Entre le lac Winnipeg et le plateau culminant, on ne compte pas moins de 36 portages. Qu’on juge par là des difficultés et des lenteurs d’un tel voyage. Aussi, en partant de Saint-Boniface à la fin de mai, on ne peut arriver au lac Athabaska qu’au mois d’août... (1).

Ces interminables détours contre le courant des eaux jusqu’au Portage la Loche furent les seuls à conduire dans l’Extrême-Nord, pendant 23 ans, nos missionnaires et leurs approvisionnements.

Et tout ce qui passait par là, hommes et choses…
_________________________________________________________________________

 (1) «Voici, continue le Père Petitot, l’énumération des lacs et des rivières que l’on suit durant cet itinéraire qui, à lui seul, peut déjà être considéré comme un très long voyage: rivière Rouge, lac Winnipeg, rivière Saskatchewan, lacs Travers, Bourbon et Vaseux, rivière du Pas, lacs Cumberland et des Épinettes, rivière Maline, lac Castor, rivière la Pente, lacs des Iles, Héron, Pélican et des Bois, Portage du Fort-de-Traite, rivière des Anglais (Churchill), lacs de l’Huile, d’Ours, Souris, Serpent, du Genou, Primeau et de l’Ile-à-la-Crosse. Après avoir traversé ce dernier bassin d’un bout à l’autre, nous pénétrons, par un canal naturel d’eau stagnante, improprement appelé rivière Creuse, sur les lacs Clair et du Bœuf, d’où nous gagnons le lac la Loche, par la rivière du même nom. C’est à l’extrémité de ce dernier lac que s’élève le coteau du Portage la Loche... Sur le versant septentrional du portage, nous nous trouvons dans le district d’Athabaska, après avoir parcouru  2.125 kilomètres, depuis Winnipeg. »  

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Message  Louis Dim 02 Oct 2022, 6:22 am



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Et tout ce qui passait par là, hommes et choses, relevait du bon plaisir des directeurs de la Compagnie des fourrures, sans appel comme sans merci. La Compagnie réglait la date et le mode des départs, le nombre des passagers, la quantité des objets à transporter, les frais à couvrir. Elle déclarait n’assumer aucune responsabilité, au sujet des accidents de corps ou de biens, et rejeter d’avance toute plainte concernant les articles détériorés ou perdus. Il ne restait aux missionnaires que la ressource des humbles prières et des silencieuses patiences.

Une seule des douze barges annuelles de la Compagnie était affectée au service de toutes les missions: deux tiers de sa capacité pour les trois ou quatre ministres protestants et leur famille, le reste pour les missionnaires catholiques, leurs frères coadjuteurs et les Sœurs Grises.

Comment faire tenir, en ce « tiers de barge », le nécessaire d’une année d’apostolat, si l’on considère que l’argent n’a point cours en ces pays, et que l’on achète le gibier et le travail de l’Indien, non pas avec des piastres dont il n’aurait que faire, mais avec l’équivalent en espèces: thé, tabac, poudre, plomb, linge, outils, etc...!  Décompte fait des besoins de toutes les missions, quelle place pouvait-il rester, en ce coin de barge, pour les denrées d’échange? A plus forte raison, comment, avec si peu, espérer développer les œuvres, bâtir des orphelinats, des hôpitaux, des églises ?

Eh bien! même ce si peu, le temps vint où la Compagnie dut refuser de le transporter. Son monopole ayant expiré en 1859, elle voyait s’élever le prix des fourrures, sous la pression commencée des concurrences. Il lui fallut donc augmenter le volume de ses propres effets. Ne voulant pas, d’autre part, multiplier ses barges, elle eut à se débarrasser du service étranger. L’automne 1868, le gouverneur Mac Tavish écrivit à Mgr Faraud:

La Compagnie ne peut plus se charger du transport des pièces de vos missions. Prenez donc les arrangements convenables pour assurer vos transports vous-mêmes.

Ce coup était de force à tuer les missions arctiques, incapables, dans leur pauvreté, de pourvoir elles-mêmes au voyage du Portage la Loche.

Mais un homme au clair regard avait prévu la catastrophe; et, de longue main, par l’une des…


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Message  Louis Lun 03 Oct 2022, 6:36 am



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Mais un homme au clair regard avait prévu la catastrophe; et, de longue main, par l’une des entreprises les plus hardies, les plus osées, dont l’histoire du Nord ait été le témoin, son énergie en avait préparé le remède. C’était Mgr Taché, archevêque de Saint-Boniface. A ce titre, comme à plusieurs autres que nous dirons, il mérite d’être proclamé le sauveur des missions du Nord. Mgr Faraud, qui se laissa entraîner dans le plan de Mgr Taché, bien plus par sa confiance en son métropolitain que par conviction personnelle, qualifiait ensuite ce plan de « génial »; et ses lettres sont encore aux archives de Saint-Boniface, pour attester que ce fut à l’exécution de ce plan que la foi catholique dût d’avoir subsisté dans son vicariat d’Athabaska-Mackenzie, et de s’être étendue aux confins de la terre.

Comme il s’agissait d’atteindre le fort Mac-Murray, d’où les convois n’avaient plus qu’à se laisser descendre sur des eaux faciles; et où, par conséquent, la Compagnie consentirait toujours à reprendre les transports des missions, Mgr Taché avait tout simplement songé à prendre la route directe des rapides de l’Athabaska.

Pour se mettre à la portée de ces rapides, il était nécessaire de créer un entrepôt distinct de celui de Saint-Boniface, celui-ci étant par trop éloigné de l’Athabaska-Mackenzie. A ce nouvel entrepôt, les pièces destinées à l’Extrême-Nord se rendraient d’avance, et ainsi pourrait-on tenir la cargaison prête à être lancée, au moment propice, sur les rapides, vers Mac-Murray.

Le choix de Mgr Taché tomba sur le lac la Biche, situé à l’intersection du 55e degré de latitude avec le 113e de longitude, méridien de Greenwich.

Le double avantage du lac la Biche était qu’on le rejoignait, de Saint-Boniface, par la prairie, en deux mois de marche seulement, et qu’il conduisait directement à la rivière Athabaska, dont il est le tributaire, au moyen de sa propre décharge, la petite rivière la Biche.

Mgr Taché conçut ce projet, en 1855, alors qu’il était l’unique évêque du Nord-Ouest, et qu’il n’était pas encore question des vicariats de Saint-Albert et de l’Athabaska-Mackenzie.

Il travailla immédiatement à le mettre en œuvre, en envoyant, à la place du Père Rémas, qui végétait depuis deux ans au lac la Biche, deux hommes parfaitement doués pour mener à bien l’entreprise: les Pères Tissot et Maisonneuve.

L’année suivante, 1856, Mgr Taché lui-même arriva sur l’emplacement à peine défriché de…

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Message  Louis Mar 04 Oct 2022, 7:04 am



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L’année suivante, 1856, Mgr Taché lui-même arriva sur l’emplacement à peine défriché de la future mission Notre-Dame des Victoires du lac la Biche; et, résolu à dénouer en personne le mystère des rapides, il s’engagea, en canot d’écorce, dans l’exploration de cet itinéraire redouté, où son expérience allait entraîner tant de convois: la traversée du lac la Biche, la descente de la petite rivière la Biche, et le saut des rapides de l’Athabaska.

Il a laissé quelques phrases sur son audacieux essai:

Cette partie du fleuve géant était décrite comme pleine de dangers et d’une navigation presque impossible. L’évêque de Saint-Boniface, devant se rendre au lac Athabaska, choisit cette route inconnue et réputée si dangereuse. Il eut le plaisir de constater qu’il y avait beaucoup d’exagération dans tous ces récits effrayants, et que cette rivière ressemble à tant d’autres sur lesquelles on navigue tous les jours. Après sept jours et deux nuits d’une marche heureuse, il arrivait à 2 heures du matin, pour donner le Benedicamus Domino aux missionnaires du lac Athabaska. C’était le 2 juillet, joli jour pour une visite ! Les Pères Grollier et Grandin, et le Frère Alexis, réveillés en sursaut à la voix de leur évêque, versèrent des larmes de joie, en voyant leur supérieur plus tôt qu’ils ne l’attendaient, et échappé heureusement aux dangers prétendus, mais supposés réels, de cette navigation.

Mgr Taché parlait donc des plus grands « dangers » du Nord avec l’indifférence que mettent nos poilus à raconter leurs batailles. Il s’y était habitué. Puis, c’était un modeste. Enfin, il écrivait en 1865, date où il importait de ne pas décourager ses missionnaires.

Pendant onze ans, de 1856 à 1867, les rapides furent rendus à leur solitude et aux ébats des Peaux-Rouges, tandis que la mission de Notre-Dame des Victoires se développait dans le sens de son importance à venir.

En 1867, la première caravane blanche des rapides s’organisa…

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Message  Louis Mer 05 Oct 2022, 5:56 am



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En 1867, la première caravane blanche des rapides s’organisa. Elle comptait Mgr Faraud, devenu vicaire apostolique d’Athabaska-Mackenzie depuis quatre ans, et cinq Sœurs de la Charité, dites Sœurs Grises de Montréal, qui allaient fonder leur premier établissement arctique, au fort Providence, sur le fleuve Mackenzie. Cette odyssée d’aventures et de bravoure, aussi gaiement et simplement racontée par les religieuses elles-mêmes qu’elle avait été accomplie, fut publiée cinquante ans plus tard, pour la première fois, au cours d’un livre qui tâche de résumer les travaux des Sœurs Grises dans l’Extrême-Nord, et que S. G. Mgr Breynat, vicaire apostolique du Mackenzie, a dédié, en « hommage jubilaire », à celles qui travaillèrent avec nous dans la diffusion de l’Evangile. (1)

Le lendemain de Noël 1869…
_____________________________________________________

 (1)  V. Les Sœurs Grises dans l’Extrême-Nord du Canada, chap. V.. Librairie Beauchemin, Montréal, et Œuvre apostolique de Marie Immaculée, Lyon, quai Gailleton, 39.

Note de Louis: Lettre de S. G. Mgr Gabriel Breynat, o.m.i., 17 septembre 1916.


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