La fidélité à la GRÂCE

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Message  Monique Mar 31 Mar 2009, 7:00 pm

CONDITIONS DE LA FIDÉLITÉ



CHAPITRE II


CLAIRVOYANCE POUR DISCERNER


La tentation du délai. On peut faire attendre Dieu de bien des manières.
La plus grossière équivaut à un refus net : « Je viens de me marier, je ne puis venir (présentement) (1). »
Non moins réelle dans le fond, mais plus élégante dans la forme, demande courtoise d'absolution : « Je vous prie, excusez-moi » (2); dont le sens peut être double. Tantôt cela voudra dire : « Excusez-moi pour le sacrifice que vous me demandez, je vous en fournirai un autre. » Comme le note un humoriste, Dieu veut la tête de Goliath et vous lui offrez celle d'un mouton ou d'un lièvre.
Tantôt l'on sous-entend : « Excusez-moi pour aujourd'hui, demain je verrai. » C'est proprement la tentation du délai, celle qu'on rencontre peut-être le plus souvent.

Parce que Dieu met en général dans ses demandes une infinie discrétion, en quoi consiste la suavité de ses voies, l'on oublie combien il est odieux de faire attendre la Majesté souveraine. Il aurait fait bon, sous Louis XIV ou sous Napoléon, de ne pas répondre aussitôt lorsqu'on était mandé par le monarque. Parce que c'est Dieu qui appelle, la négligence serait-elle permise ? Plus il est délicat à solliciter notre fidélité, plus, de notre part, une délicatesse correspondante devrait nous faire voler à son service : « Tout de suite, Seigneur ! Pas un instant je ne veux vous ignorer. C'est à la minute que je veux répondre à votre voix. »

Ainsi font les saints. L'ange apparaît à Joseph : « Prends l'enfant et sa mère, et pars ! » C'est en pleine nuit. Rien n'est prêt. L'Egypte est loin. On ne connaît pas la route... N'importe ! C'est Dieu qui enjoint, par son envoyé, de quitter la maison. Aucun délai. Debout : on rassemble le nécessaire et l'on s'en va.

(1) Luc, XIV, 20.
(2) Luc, XIV, 18, 19.


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Message  Monique Mer 01 Avr 2009, 8:19 pm

CONDITIONS DE LA FIDÉLITÉ



CHAPITRE II


CLAIRVOYANCE POUR DISCERNER


Jésus appelle Pierre, André, les dix autres... « Statim, aussitôt », note l'Evangile, ils quittent barque, filet, famille, et les voilà qui suivent le Maître.
« Va, fille de Dieu, va », disent à Jeanne d'Arc les voix divines. Le temps de découvrir nettement où il faut aller, c'est-à-dire « devers le roi », et voilà Jeanne qui part. Mais enfin, observe Baudricourt, pourquoi cette hâte ? Quand tenez-vous, à prendre la route ? — « Plutôt aujourd'hui que demain et plutôt demain qu'après. »

Sous Richelieu, Louise-Angélique de la Fayette, demoiselle d'honneur d'Anne d'Autriche, veut entrer à la Visitation. Le roi Louis XIII refuse l'autorisation et demande au P. Caussin de faire retarder le départ. Louise-Angélique répond : « L'esprit de Dieu me presse... Celui qui n'est pas prêt aujourd'hui, le sera encore moins demain ; plusieurs ont perdu une bonne inspiration pour l'avoir différée d'un jour (1). »

Et nous, qui sommes si souvent en retard sur la grâce divine; nous ressemblons à ces marées du golfe de Vannes ; le flot ne peut s'engouffrer que par un mince goulet dans la baie, et il lui faut deux heures pour remplir tout son espace ; la mer est pleine depuis deux heures sur la côte ; il lui faut attendre deux heures pour être pleine au fond du golfe.

Étroitesse du goulet. Étroitesse de notre accès d'âme. Dieu voudrait envahir, inonder à plein et tout de suite ; on filtre l'entrée de sa grâce, elle ne peut glisser qu'en mince filet et lentement. Que de temps perdu ! Et le flot, là-bas, se retire, que l'on n'a pas encore donné à Dieu le droit complet à l'entière possession.

(1) Vie, par l'abbé Sorin, Haton, p. 71. Tout à fait différent le cas où l'on est, pour des raisons providentielles, obligé de temporiser. A sainte Jeanne de Chantal.

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Message  Monique Jeu 02 Avr 2009, 6:28 pm

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CHAPITRE II


CLAIRVOYANCE POUR DISCERNER


La comparaison, légèrement modifiée, a frappé saint François de Sales: « 0 Dieu, Théotime, écrit-il, si nous recevions les inspirations célestes selon toute l'étendue de leur vertu, qu'en peu de temps nous ferions de grands progrès en la sainteté ! Mais, pour abondante que soit la fontaine, ses eaux n'entreront pas en un jardin selon leur affluence, mais selon la petitesse ou grandeur du- canal par où elles y sont conduites. Quoique le Saint-Esprit, comme une source d'eau vive, aborde de toutes parts notre cœur pour répandre sa grâce en lui, toutefois, ne voulant pas qu'elle entre en nous sinon par le libre consentement de la volonté, il ne la versera... que selon la mesure... de notre disposition de coopération (1). »

C'est ainsi que beaucoup d'âmes arrivent au terme de leur vie n'ayant jamais ou presque jamais laissé la grâce s'étaler en elles en plénitude. Elles ont toujours mesuré, mesuré l'accès, fait attendre le flot. Il est trop-tard maintenant ; voici qu'il n'est plus place pour du tout de suite ou pour du délai. On a franchi le temps, on est entré dans l'éternité.

Penser quelquefois aux regrets que l'on aura, au dernier moment, d'avoir trop fait attendre Celui qui nous aurait voulu si haut.
N'est-ce pas du peintre Corot que l'on rapporte ce mot admirable? Un de ses élèves lui avait montré une œuvre récemment achevée ; le maître signale quelques défauts, indique les retouches à faire. « Bien, bien, répond l'élève, je corrigerai cela demain. — « Comment, demain, reprend Corot, et si vous alliez mourir cette nuit ? » La pensée qu'on pouvait mourir en laissant, par un délai fâcheux, une œuvre imparfaite lui était odieuse.
(1) Il dit encore : « A mesure que notre cœur se dilate et ne refuse pas le vide de son consentement à la miséricorde divine, elle verse toujours et répand sans cesse dans lui ses sacrées inspirations qui vont croissant... Mais quand il n'y a plus de vide et que nous ne prêtons pas davantage de consentement, elle s'arrête. » (Voir Le Couturier, Ce que dirait saint Fr. de Sales aux J. F. d'aujourd'hui, BP., p. 22.)

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Message  Monique Ven 03 Avr 2009, 6:31 pm

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CHAPITRE II


CLAIRVOYANCE POUR DISCERNER


Après la tentation du délai, les dérobades du vouloir.
Tout à l'heure, on formulait un prétexte ; on se donnait le beau rôle, ou tout au moins un rôle ; ici, on avoue sa lâcheté, on l'avoue implicitement, quelquefois même explicitement.

Sans doute, avez-vous lu ce livre exquis : François, présenté par le P. Auguste Valensin. Il s'agit d'un jeune garçon étonnamment doué, qui mourra vers dix-neuf ans, et avait une âme de prédestiné. Envoyé dans un hôtel qui sert de « Sana », voici qu'un jour on donne une fête : danse, musique, attractions. Comme tout le monde, il assiste aux réjouissances. Écoutons-le nous dire son fait : « Etant sorti de la salle pour un entr'acte, j'allais y rentrer. Tout à coup j'ai pensé à Jésus. Alors, ça été fini. Il m'a regardé avec ses yeux de tendresse. J'ai compris pour la millième fois qu'il m'aimait follement, qu'il avait soif de moi ; j'ai réalisé la brûlure de cette passion, mais ce que j'ai compris le plus, c'est qu'il était seul, en ce moment même ; qu'il avait besoin que je pense à Lui et que je l'aime en ce moment même ; qu'il avait besoin de ma réponse folle et libre et brûlante à son amour...

Travaillé en dessous par la peur (que je ne qualifie pas) de manquer l'attraction, je regagnai la salle. Mais tout de suite le contraste de mes pensées et de l'odieuse atmosphère de frivolité de cette salle produisit en moi le dégoût... »

Il sort à nouveau et se retire au vestiaire: « Je compris intérieurement la merveille du Dieu-Amour... Pour réaliser que Dieu est amour, il faut prolonger à l'infini une passion d'homme violente et pure, une folie d'amour ; y inclure aussi la note d'infinie tendresse, la tendresse de la mère qui pleure d'amour devant son fils au berceau. Voilà Dieu-Amour, et voilà ce que j'ai compris entre les manteaux du vestiaire. »

Repris par le désir de ne pas manquer certains numéros du programme, il retourne à la salle ; mais éprouve un Sentiment poignant d'infidélité. Cette phrase nous dit tout : « Laissant Jésus seul, je me dispersai. »

Et notons bien qu'il ne s'agit pas d'un garçon scrupuleux; il ne voit aucun mal à assister à la fête et sait qu'on peut servir Dieu dans des actions très ordinaires. Mais sachant aussi que sa présence n'est nullement exigée, que personne ne remarquera son absence, que si on la remarque, on l'excusera aisément vu le cas toujours possible d'une fatigue éventuelle, — par lâcheté simplement et alors qu'il se sent invité au dedans à échapper au bruit, il rentre dans le bruit, au détriment de lumières précieuses qu'il aurait pu recevoir ou d'un moment d'union irremplaçable.
Comme on comprend les reproches qu'il s'adresse: il a eu peur du sacrifice (1).

(1) François nous révèle une autre de ses « infidélités » ; il a mal reçu les Petites Sœurs des Pauvres : « J'ai été lâche, je n'ai pas eu l'absence d'amour-propre et de respect humain qui m'eut permis de faire vraiment honneur à ces petites Soeurs des Pauvres en qui j'avais pourtant perçu nettement Jésus-Christ lui-même. Pardon, ô Jésus. Ne me retirez pas vos grâces spéciales d'exigences, à cause de cette infidélité. » Et, un peu plus loin, il formule la résolution de « ne pas perdre de vue les exigences de la sainteté », et fait cette prière : « O Jésus... ne me retirez pas vos exigences ; soyez exigeant en me donnant la force d'accomplir vos exigences. » (Plon, 239, 240.)
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Message  Monique Sam 04 Avr 2009, 6:12 pm

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CHAPITRE II


CLAIRVOYANCE POUR DISCERNER


Cette peur que nous avons tous quand il s'agit de nous exécuter (toute exécution ne comporte-t-elle pas toujours une mort de quelque chose en nous, n'est-elle pas toujours « une exécution capitale » ?), nous allons l'entendre décrire non plus par un jeune de 19 ans, mais par un prélat de grande allure et qui était un « fort ».

L'abbé d'Hulst est en retraite à Clamart. Pris par la progressive logique d'amour des Exercices de saint Ignace, le voilà dans le cas de s'offrir sans réticences ni diminution à l'action divine, et certes il était d'âme assez virile pour passer outre à toutes les réclamations de la nature. N'empêche ! La nature parle et se lamente par avance des générosités auxquelles il faudra consentir. L'abbé d'Hulst écrit dans ses notes (1872) :

[i]« Notre saint archevêque se demande s'il est possible de convertir Paris, et il incline à penser que oui. Je serais plus affirmatif, mais à une condition... c'est que tous les prêtres de Paris fussent bons et plusieurs saints... J'ai porté ces vues et ces sentiments aux pieds de la Vierge du péristyle. Je demandais pour mes frères le zèle de la sanctification. Alors j'ai senti renaître en moi cette question qui me remue et me trouble toujours : Pourquoi ne demanderais-tu pas à Dieu cela pour toi-même ? et j'ai eu peur de faire cette prière, car j'ai eu peur d'être exaucé. Voilà le point sensible. Toutes les fois que je me recueille sérieusement, et que je perce l'enveloppe des bons sentiments ordinaires, je retrouve cette question, cette peur. »

La voilà bien, prise sur le vif et dans une âme qui n'avait rien de vulgaire, la crainte du don total, l'inclination à biaiser, la manie, trop expli¬cable, de chercher à passer à côté de l'obstacle plutôt que de s'essayer à le franchir. « Mon Dieu, préservez-moi de la tentation de la sainteté », disait Jacques Rivière, ex-normalien, directeur de la Nouvelle Revue française en 1914, qui avait retrouvé la foi en captivité (1) ; cela rejoint l'état d'âme aussi bien de François que de Mgr d'Hulst.
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[color=indigo](1) Voir ses Carnets de Prisonnier (Kœnigsberg, 5 oct. 1515), publiés sous le titre : A la trace de Dieu, p. 279. Voici le texte complet : « Mon Dieu ! éloignez de moi la tentation de la sainteté. Contentez-vous d'une vie pure et patiente que je ferai tous mes efforts pour vous donner. Ne me privez pas de ces joies délicieuses que j'ai connues, que j'ai tant aimées, que j'aspire tant à retrouver. Ne confondez pas. Je ne suis pas de l'espèce qu'il faut. Ne me tentez pas avec des choses impossibles. »

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Message  Monique Dim 05 Avr 2009, 6:02 pm

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CHAPITRE II


CLAIRVOYANCE POUR DISCERNER


Au sujet de ces dérobades secrètes du vouloir, Foerster raconte deux faits qui sont riches de sens.
On est à l'école d'équitation ; pour la première fois, l'élève doit essayer de franchir la barre. Le maître donne le signal. Départ au trot. Arrivé sur l'obstacle, le cheval se refuse. « Il ne veut pas », crie l'élève. « Non, le cheval veut, c'est vous qui ne voulez pas. Au dernier moment, vous avez imperceptiblement tiré sur les rênes. Vous vouliez sauter, mais un instant avant le saut, la peur qui vous a tout à coup saisi a fait surgir en vous une autre volonté; celle-ci, en contredisant les stimulants, a arrêté court l'animal. »

Voici mieux encore pour expliquer comment la seule pensée de la difficulté à franchir l'obstacle devient une difficulté réelle à le franchir.
Un capitaine avait un cheval qui se cabrait chaque fois qu'il se trouvait au voisinage d'un tram à vapeur. Il part en permission. Un jeune officier s'offre à sortir chaque jour le cheval. Il passe à côté du tram ; la bête ne bronche pas. Au retour de la promenade, l'ordonnance demande comment le cheval s'est comporté. « Fort bien. — Tiens, le capitaine n'y est pas parvenu. » Les jours suivants, nouvelle sortie du lieutenant ; impossible, ces fois-là, de faire obéir l'animal ; la pensée que le capitaine n'y parvenait pas suffisait-elle pour paralyser la fermeté du cavalier, il est possible ; et c'est cette inquiétude sans doute du cavalier, imperceptible au cavalier lui-même, mais que la monture sentait fort bien, qui faisait manquer d'assurance à la bête au moment voulu.

Dans l'être humain, bien plus encore que dans le cas du cavalier et de sa monture, la puissance d'agir n'est-elle pas souvent diminuée ou arrêtée par telle pensée jaillie de l'imagination ou telle crainte fébrile à peine esquissée, mais que la sensibilité a su tout de même traduire au vouloir en alerte ?

On allait donner tout. Halte-là ! Une protestation s'est élevée dans les profondeurs, parfois à notre insu. On a livré quelque chose, oh ! oui. Un rien, à côté de ce que Dieu réclamait. Instinctivement le cœur a retenu la main. Combien il est difficile d'être radical dans sa fidélité, ceux-là peuvent le dire qui se sont essayés quelque jour à tout donner. La nature est si lâche ! Ainsi que le note, avec un sourire, William James :« On trace une ligne de démarcation, mais la plupart d'entre nous ont un goût très vif pour les bonnes choses qui se trouvent des deux côtés de cette ligne. »

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Message  Monique Lun 13 Avr 2009, 6:19 pm

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CHAPITRE II


CLAIRVOYANCE POUR DISCERNER


Si l'on savait pourtant quelle récompense attend le don généreux ! Vous connaissez l'histoire de ce mendiant des Indes dont nous parle un auteur ; c'est l'histoire de beaucoup de vies.

« J'étais allé, raconte l'homme aux guenilles, mendiant de porte en porte sur le chemin d'un village, lorsque ton chariot d'or apparut au loin, pareil à un rêve splendide, et j'admirais quel était ce Roi de tous les rois.
« Le chariot s'arrêta. Ton regard tomba sur moi et tu descendis avec un sourire. Je sentis que la chance de ma vie était enfin venue. Soudain, tu tendis ta main droite et dis : « Qu'as-tu à me donner? »
« Ah ! quel jeu royal était-ce là, de tendre la main au mendiant pour mendier. J'étais confus et demeurai perplexe ; enfin, de ma besace, je tirai lentement un tout petit grain de blé et te le donnai.
« Mais combien grande fut ma surprise, lorsque, à la fin du jour, vidant à terre mon sac, je trouvai un tout petit grain d'or parmi le tas des pauvres grains. Je pleurai amèrement alors et pensai : Que n'ai-je eu le cœur de te donner mon tout? »


N'est-ce pas encore, sous une forme différente, la leçon que l'on peut tirer de ce qui advint, paraît-il, au cistercien Joachim de Flore (1) ? Un jour, il était sorti dans le jardin du couvent pour méditer ; il vit s'approcher un jeune homme d'une grande beauté, tenant une amphore : « Joachim, prends et bois. » Le moine obéit, sans toutefois chercher à épuiser jusqu'au fond le vin délicieux qui lui était offert : « 0 Joachim, lui dit l'ange, si tu avais bu jusqu'à la dernière goutte, aucune science ne t'échapperait. »

Si encore, après avoir donné le pauvre grain ou, les pauvres grains de nos besaces, il ne nous arrivait jamais de chercher à les reprendre... L'histoire des enfants qui ont apporté à la crèche leurs friandises, mais qu'on surprend, à peine a-t-on le dos tourné, à essayer de venir « resucer leurs sacrifices ».

Nous avons cité ailleurs (2) de frappants exemples, Rosetti, Lulli, Angélique Arhauld, Rancé lui-même... Il en existe bien d'autres.

(1) Moine de l'époque qui précéda François d'Assise et qui se signala par une assez étrange prédication de la proche venue de l'Antéchrist. Voir dans Gebhart, L'Italie mystique, p. 65.
(2) Dans le Christ Jésus, les chapitres sur la Fidélité au Saint-Esprit, pp. 187 à 219. (A. de la P.)


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Message  Monique Mar 14 Avr 2009, 6:47 pm

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CHAPITRE II


CLAIRVOYANCE POUR DISCERNER


A Venise, le doge, nouvellement en titre, faisait jeter à la mer, afin de symboliser les noces de la République et de l'Océan, une bague en or ; mais on dit que, la fête à peine terminée, des plongeurs se mettaient en devoir d'aller rechercher l'anneau.

Nous sommes ainsi Qui ne trouverait dans sa vie morale, sans avoir à enquêter beaucoup, des exploits de ce genre ? Ne sommes-nous pas coutumiers des rapines dans l'holocauste, des ressaisies gourmandes succédant à l'offre de nos meilleurs sacrifices ?

On comprend cette réponse d'une personne originale mais avisée à qui l'Oratorien anglais Faber avait demandé : « Si vous aviez à ériger une église à l'un quelconque des attributs du Très-Haut, lequel choisiriez-vous ?» « Je la dédierais sans hésiter à la patience divine ! »

Ce choix n'a pas besoin de justification. Quelle longanimité ne faut-il pas au Seigneur pour supporter toutes nos insuffisances et notre instabilité ! Assurément, il n'ignore pas de quel limon nous sortons et n'est pas surpris de trouver en nous du mélange ; il sait, au surplus, qu'enfants d'Adam nous sommes mordus par la concupiscence. Mais il connaît aussi toutes les grâces dont il nous a comblés ; doivent-elles n'aboutir qu'à une fidélité au rabais ? Ne suis-je pas trop indulgent pour moi-même et prompt à trouver des excuses à mes déficits et à ma mesquinerie ?

Prenons garde toutefois d'exagérer la sévérité. On aurait tort de conclure, en face de ces reprises, à l'insincérité du sacrifice précédemment offert. « Tu n'as pas été pleinement fidèle, donc ta donation d'hier, de tout à l'heure, n'était pas loyale ! »

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Message  Monique Mer 15 Avr 2009, 6:20 pm

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CHAPITRE II


CLAIRVOYANCE POUR DISCERNER


Ce serait déformer la vérité. Notre générosité insuffisante dans le détail ne prouve pas que notre intention de tout donner s'avérait originellement caduque ; elle manifeste simplement notre faiblesse congénitale. Nous sommes des êtres successifs : on ne songeait pas tout à l'heure à la moindre reprise ; mais maintenant la lâcheté nous a rejoints et l'on ne tient pas ce qu'on avait promis.
Eternelle misère de nos existences ! Il faut s'en humilier, ne pas s'en décourager. Et tout essayer pour que le bilan de nos rapines soit le plus faible possible.

Mais ne croyons pas pouvoir échapper à la règle toujours vérifiée : sans une absolue générosité, absolue autant que c'est possible à la faiblesse, il ne faut pas escompter recevoir de Dieu, sauf miracle, les grâces nécessaires aux grandes ascensions. François souhaitait répondre à toutes les divines exigences (1). Avec une autorité plus grande, ce texte du dominicain Tauler va nous y inviter impérieusement ; il évoquera une comparaison déjà entendue, mais qu'il n'y a pas inconvénient à entendre deux fois pour la mieux retenir.

Le Saint-Esprit fait deux choses en l'homme. Premièrement, il fait le vide ; deuxièmement, il remplit le vide autant et dans la mesure où il en trouve.
« Faire le vide est la première et la plus importante préparation pour recevoir le Saint-Esprit, car dans la mesure et au degré précis où le vide est fait dans l'homme, cet homme devient, dans la même mesure et au même degré, capable de recevoir le Saint-Esprit. Car lorsqu'on veut remplir un tonneau, il faut d'abord enlever ce qu'il contient.

Si l'on veut y mettre du vin, il faut enlever l'eau... Pour que Dieu entre, il faut nécessairement mettre la créature dehors. Tout le créé doit être mis dehors, d'une façon ou d'une autre ; il faut chasser tout ce qui est en toi, tout ce que tu as reçu...
« Cette préparation terminée, le Saint-Esprit fait aussitôt sa seconde œuvre : il remplit pleinement toute la capacité réceptive. Plus tu auras été vidé, plus aussi tu recevras ; moins il reste de toi, plus tu recevras de Lui. Amour-propre, esprit-propre, volonté-propre, tu dois te dégager de tout cela. Le ciel serait-il ouvert devant toi, que tu ne devrais pas vouloir y entrer avant de t'être assuré que Dieu veut cela de toi...

« Voilà les vrais pauvres d'esprit... Toute l'affaire de l'homme est de se laisser préparer et de donner à l'Esprit-Saint la place libre pour qu'il puisse y accomplir son œuvre. Bien peu d'hommes le font, même parmi ceux qui portent l'habit religieux (1). »


(1) De lui encore, cette réflexion : « Dieu se produit en nous comme un appel avant de se donner comme une réponse. »
(1) Tauler, 1er serm. pour la Pentecôte, dans Sermons, éd. Vie spir., II, pp. 27, 29.


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Message  Monique Jeu 16 Avr 2009, 6:23 pm

FIDÈLITÉ ET IDÉAL DE VIE




CHAPITRE III


FIDÉLITÉ ET SAINTETÉ


Qui n'aimerait faire sienne cette prière de Marie Lenéru : « Épargnez-moi, mon Dieu, quand je paraîtrai devant vous et que je vous comprendrai enfin, de sentir que je n'ai pas fait tout ce que je pouvais pour vous. »

Par une certaine erreur de perspective, n'a-t-on pas un peu trop laissé aux âmes, — à celles, entendons bien, qui s'efforcent de vivre sérieusement leur vie chrétienne, — que le gros travail du christianisme est la lutte contre le péché ? Dans les ouvrages écrits pour les fidèles, les missions que l'on donne dans les paroisses (et auxquelles, pratiquement, assiste le meilleur de la paroisse, c'est-à-dire les âmes déjà en garde contre le péché), dans les retraites que l'on prêche, ne semble-t-il pas que la préoccupation essentielle et quasi exclusive soit le péché, la préservation du péché, la lutte contre le péché, et que la place réservée à décrire l'idéal de l'Evangile soit insuffisante ?

Sans doute, le péché mortel reste une tragédie possible pour nous tous. Mais pour les âmes ferventes ou désireuses de le devenir, le problème de tous les jours n'est pas la lutte contre le péché, c'est l'effort positif pour la perfection.

Où sont les règles, où le chemin, où les moyens de donner à Dieu son maximum ? Comment éviter, non pas seulement de tomber lourdement, mais de commettre trop de rapines dans l'holocauste, comment échapper à ce que les auteurs spirituels nomment la tiédeur ?

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Message  Monique Ven 17 Avr 2009, 7:33 pm

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CHAPITRE III


FIDÉLITÉ ET SAINTETÉ


Entendons bien, d'abord, ce que ce mot signifie. (tiédeur)
Pour avoir lu certains textes, en vérité assez redoutables, certaines personnes s'affolent, et au lieu de vivre paisibles, mettent la perfection sur des cimes tellement élevées qu'elle apparaît, de toute évidence, inaccessible.

A sa sœur qui lui avait demandé une lettre sur la tiédeur, le P. de la Colombière répond : « J'aimerais mieux avoir à convertir un grand pécheur qu'une personne qui s'est laissée tomber dans la tiédeur. C'est quasi un mal sans remède. J'en vois peu qui en reviennent; et l'âge qui guérit les autres défauts ne fait qu'augmenter celui-ci... Dieu vous préserve de tomber dans ce malheur! J'aimerais mieux que vous fussiez morte. »

Le P. de la Colombière ajoute : « Ce n'est pas que ce mal ne soit extrêmement commun (même dans les couvents). Combien de personnes gardent leurs règles, se lèvent, vont à la messe, à l'oraison, à confesse, à la communion, parce que c'est la coutume, que la cloche sonne et que les autres y vont, et qui font tout cela sans dévotion intérieure, et sans désir de plaire à Dieu. Le cœur n'a presque point de part à ce qu'elles font... (1) »

Pareil texte donne un peu le frisson. Et sans doute faut-il l'interpréter en fonction de la personne à qui l'auteur l'écrivait. Le Père savait sa correspondante assez forte pour entendre semblable langage. Elle ne se découragerait pas, mais s'efforcerait de monter plus haut.

Il suffit, assurément, de s'entendre. Et sans vouloir minimiser les exigences de la fidélité vraie, disons d'abord que la tiédeur ne consiste nullement dans un goût moindre au service de Dieu, dans un certain manque d'élan sensible ; elle peut coïncider avec la désolation, et la désolation la plus noire. Ne jamais confondre sentir et vouloir. Du moment que l'on tient, qu'importe ce qu'on éprouve ! La fidélité dans la nuit n'est pas, il s'en faut, la moins belle des fidélités. Le jardin d'Agonie départage mieux que la colline du Thabor les dévouements authentiques.
(1) Op. comp., t. VI, pp. 256-257 (édit. 1902, Grenoble).

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Message  Monique Lun 20 Avr 2009, 11:43 am

FIDÉLITÉ ET IDÉAL DE VIE




CHAPITRE III


FIDÉLITÉ ET SAINTETÉ


Ne pas appeler non plus absence de fidélité une certaine torpeur provoquée par des causes involontaires, l'excès imposé des occupations, par exemple, ou le défaut de santé. C'est plus facile de servir Dieu parfaitement lorsqu'on est en pleine forme que dans les moments d'abattement et de défaillance physique. Sans doute, dans la maladie, Dieu donne des grâces ; mais ce n'est guère que dans les livres, au long d'une belle oraison funèbre, que « l'âme est maîtresse du corps qu'elle anime » ; dans la pratique, la pauvre âme fait ce qu'elle peut lorsque le corps n'en peut plus, et qui le lui reprochera. ? Tenir, c'est beaucoup déjà ! Stabat. Le reste est littérature.

Il convient de faire une correction identique, lorsqu'on est aux prises, sans l'avoir cherché, avec un lot d'occupations qui écrase. Tous les auteurs sont d'accord pour conseiller de fuir l'empressement naturel ; mais ne pas mettre sous ce mot l'heureuse disposition à débrouiller rapidement une situation, à expédier sans piétinements inutiles un travail. Le recueillement est condition préalable de la fidélité ; nullement l'inertie. Sinon, seuls, les lents auraient le privilège du « beau service ». Heureux les actifs ! Ils doivent veiller à ne pas se laisser emporter plus que de raison ; mais tant mieux s'ils possèdent l'art précieux de faire bien beaucoup de choses en peu de temps.

Au milieu d'une vie singulièrement active, parmi les occupations du ménage e-t les préoccupations d'un négoce important, Madame Martin, qui devait plus tard comme Ursuline, sous le nom de Marie de l'Incarnation, partir au Canada et que l'Eglise élèverait aux honneurs de la Béatification, était gratifiée par Dieu de très grandes grâces d'union. Elle note fort exactement que ce n'était pas le soin légitime des affaires qui lui enlevait la vue de la divine Présence, mais seulement sa négligence voulue. Ce passage est tout à fait à retenir : « Quand j'avais employé tout le jour à parler d'affaires nécessaires, cela ne m'avait pas tiré de cette grande vue de Dieu. Mais si j'avais été un peu trop libre, me laissant aller à quelques pensées inutiles ou à quelque divagation d'esprit, pour peu que c'eût été, je sentais cette liaison intérieure s'affaiblir en moi et comme voulant s'écouler, avec un très grand reproche intérieur (1). »

Reconnaissons-le : l'activité dans le travail ne laisse pas peut-être beaucoup de loisirs pour penser à Dieu dans le travail même. Mais l'union à Dieu ne consiste pas essentiellement et avant tout à penser à Lui. Nous avons essayé d'expliquer dans Comment toujours prier qu'en dehors des exercices de piété où, là, le grand devoir est de chercher à penser à Dieu (pour arriver à mieux l'aimer), ce qui importe, dans l'activité journalière, c'est moins de penser à Dieu que de travailler pour lui. Question de vouloir, beaucoup plus que question de mémoire. De vouloir, et donc de fidélité joyeuse, aimante, désintéressée.
(1) Œuvres complètes, I, 155.

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Message  Monique Lun 20 Avr 2009, 6:44 pm

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CHAPITRE III


FIDÉLITÉ ET SAINTETÉ


Il y a tiédeur véritable quand le manque de fidélité — supposé habituel (2) — émane d'une cause posée par la volonté elle-même, ou si, émanant d'une cause involontaire, elle est acceptée par la volonté.
Ce qui advint aux Vierges folles, dans la Bible, est connu. Elles ont laissé se consumer l'huile de leurs lampes et n'ont pas songé à la renouveler. Elles dorment en attendant l'Epoux. L'Epoux vient ; elles ne l'entendent pas ; elles n'ont rien pour l'accueillir à leur réveil.
Veut-on quelques exemples ?
Ce sera l'abandon de tel ou tel exercice de piété reconnu pourtant loyalement comme devant entrer dans notre programme de vie ;et cela sans raison suffisante.

Ce sera la dissipation cherchée, voulue, acceptée. Nous n'incriminons pas la distraction saine et tout à fait légitime à certaines heures, mais ce goût intempestif ou immodéré de se jeter dans les choses, malgré une contre-indication divine et un reproche de la conscience.
Ou encore une petite passion entretenue, affection trop marquée, succès trop désiré, rancune insuffisamment combattue, tristesse intérieure trop manifestée, manquements à la charité facilement multipliés, atonie consciente et consentie.

A chacun de s'examiner et de déterminer la mesure de sa générosité.
Hora est... Ce devrait être fini de somnoler : « Voilà longtemps, faisait entendre Notre-Seigneur crucifié à une bonne âme, voilà longtemps que tu es l'âme aimée ; tu pourrais bien, à partir de maintenant, devenir l'âme aimante. »

En vérité, loin désormais de ce service au ralenti, de cette générosité au compte-gouttes dont je suis coutumier. M'inspirer de ce mot retrouvé dans les Notes Spirituelles du P. Foch :
« Rien qui sente l'esprit du Subalterne. Il n'y a rien de pire que l'esprit cuistre, lequel ne songe qu'à éluder toute peine, tout effort, sans souci de rien autre que de ses aises... Je ne compte qu'avec Dieu, et ne me mets en peine que de Lui plaire, à Lui et à Lui seul. »

(2) Des défaillances de faiblesse, même assez nombreuses, mais suivies aussitôt de relèvement vigoureux, pour regrettables qu'elles soient, ne constituent point la tiédeur. Celle-ci consiste dans un état de négligences acceptées pendant un temps relativement considérable, contre lequel il n'y a point de résistance ou de protestation efficace. On trouverait d'excellentes explications dans la Revue d'Ascétique et de Mystique, avril 1935 ; La Médiocrité, par le P. Joseph de Guibert.


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Message  Monique Mer 22 Avr 2009, 7:06 pm

FIDÉLITÉ ET IDÉAL DE VIE




CHAPITRE III


FIDÉLITÉ ET SAINTETÉ


Il est clair qu'une catégorie d'âmes se doit d'être particulièrement attentives à éviter toute tiédeur, ce sont les âmes vouées, soit par le sacerdoce ou la vie religieuse, soit par le vœu de chasteté dans le monde, à la perfection de l'esprit virginal.
Prenons une comparaison.

Voilà une jeune épouse : non seulement elle ne trahit pas son mari, ce qui est l'enfance de l'art, mais elle fait son possible pour multiplier les marques intelligentes de sa tendresse et les attentions délicates à son endroit. Il n'y a pas deux façons d'aimer, et ce qui est vrai de l'affection entre deux créatures est vrai de l'amour entre la créature et Dieu. Ne pas blesser, assurément, mais, beaucoup plus et beaucoup mieux, égrener les imperceptibles empressements et les menus services : c'est par là que se révèle le mieux le fond du cœur.

C'est ainsi que les engagements de virginité ou de chasteté (1), s'ils sont sincères et profonds, aboutissent, nous ne disons pas toujours effectivement mais logiquement, à la pratique du plus parfait . Dès qu'on a découvert quelque chose qui plaît à celui qu'on aime, pourrait-on le lui refuser ? Ou alors, est-ce cela, aimer ? Parfois, l'on envisage trop la pratique de la chasteté par son aspect exclusivement négatif: la garde des sens.
Ici, comme en tout, l'aspect positif va bien plus loin : non seulement on ne trahira pas, mais on fera tout le possible pour faire plaisir à celui à qui on s'est donné ; c'est là l'esprit virginal.

(1) L'engagement de virginité est la promesse de ne pas contracter mariage. L'engagement de chasteté, c'est la promesse, par spécial amour pour Dieu, de ne rien faire de ce qui déjà se trouve défendu par les VIe et IXe commandements.


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Message  Monique Jeu 23 Avr 2009, 6:39 pm

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CHAPITRE III


FIDÉLITÉ ET SAINTETÉ


Dans une page redoutable de sa Doctrine spirituelle, voici comment parle le P. Louis Lallemant :
« On s'étonne de voir tant de religieux (2) qui, après avoir vécu en état de grâce des quarante et cinquante ans, disant la messe tous les jours et pratiquant tous les saints exercices de la vie religieuse... ne font rien paraître des dons du Saint-Esprit dans leurs actions et leur conduite ; que leur vie est toute naturelle ; que, quand on les blâme, qu'on les désoblige, ils en marquent leur ressentiment ; qu'ils témoignent tant d'empressement pour les louanges ? »

Tauler, lui aussi, s'afflige d'être obligé de constater que plusieurs — relativement un trop grand nombre — professent l'état religieux, mais ne vivent pas ce que réclame la perfection de cet état ; et, à son habitude, il secoue vigoureusement son monde : « Revêts toutes les coules et tous les habits religieux que tu voudras, si tu ne remplis pas (avec la fidélité la plus entière) tes obligations, cela ne te servira de rien... Ah ! quel vaste sujet de rechercher combien de gens sont si pleins de leur propre volonté, si pleins, pleins, pleins ! On remarque particulièrement que, dans le sexe fort, il y a bien peu d'âmes qui se soumettent (complètement) à Dieu. Le peu qu'il y en a sont de pauvres femmes, et malheureusement encore en petit nombre (1). »

Plus récemment, dans un volume auquel nous avons renvoyé déjà et où une moniale semble traduire quelques-uns des regrets de N.-S., Cum clamore valido, il est fait allusion aux malfaçons de détail que parfois se permettent ceux qui ont promis pourtant de servir avec un zèle sans limite, une pureté entière, une humilité totale, le plus fervent amour (2).

(2) Dans le 1er chapitre, nous avons cité déjà, du même auteur, un texte qui les concerne.
(1) Sermons, éd. Vie spir., II, p. 287, 8e Dim. après la Trinité.
(2) Dom Lottin, moine du Mont-César, dans ses Considérations sur l'état religieux et la Vie Bénédictine, montre bien comment tous les fondateurs d'ordre ont eu pour leurs sujets le souci d'une très grande fidélité. Il cite en exemple quelques expressions de saint Benoît : Cum omni humilitate (c. 20, 4) ; Cum omni gravitate



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Message  Monique Ven 24 Avr 2009, 6:55 pm

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CHAPITRE III


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Faisons la part normale de la faiblesse humaine ; où trouver l'explication de ces douloureux manques à gagner? Dans le fait, hélas ! qu'oubliant leur générosité première, plusieurs se laissent aller au relâchement. Ils ne trahissent pas, non ; mais leur don est mêlé, leur offrande n'est pas entièrement pure, il y a de la gangue dans leur or. L'esprit de leur donation n'est pas entier. Au delà des fidélités essentielles, il y. à toute une marge de générosités riches d'amour ; une certaine absence d'amour les empêche de s'y aventurer. Ils ne parviendront jamais aux suprêmes ascensions.

Mais ce serait une erreur de penser qu'en dehors du sacerdoce, de la vie religieuse ou de la virginité consacrée, il ne puisse y avoir place pour la perfection de l'esprit virginal, au sens où nous l'entendons ici, à savoir la perfection de l'amour attentif à ne rien négliger, dans le cadre d'existence où l'on est, vie du mariage, vie des affaires, vie dans le monde, pour donner à Dieu le maximum de fidélité généreuse.

Nous avons dit ailleurs (1) comment, même dans le monde et sans être lié par l'engagement spécial de virginité, des âmes désireuses de vie très parfaite peuvent s'engager à l'entière fidélité à la grâce.
Sans même qu'il soit question de promesse ou de vœu dans ce sens, n'est-il pas possible d'avoir, dans la vie du monde, le souci de ne rien refuser à Dieu; bien plus, le souci de donner au Très-Haut le maximum de ce que l'on peut lui offrir ?

Oui, assurément. Et c'est parfois une honte singulière, pour les « consacrés » et les « voués », de constater que, dans la vie chrétienne toute simple de telle mère de famille ou de tel commerçant, industriel, médecin, ouvrier et ouvrière, se rencontre un souci de plus beau service que parmi eux, membres du clergé, ou parmi elles, âmes religieuses. Ce n'est pas l'habit ni l'état qui fait l'âme fervente, mais le cœur, la volonté d'amour. Il ne s'agit point de comparer état à état, mais générosité à générosité. On a pu fort bien choisir un état plus parfait en soi, et se trouver plus imparfait que celui qui vit dans un état moins beau. Inversement, l'on a pu choisir un état moins parfait (c'était là qu'une évidence loyale montrait qu'il y avait à se sanctifier) et, dans cet état théoriquement moins élevé, avoir une vie plus parfaite que . tel ou tel, appelé à vivre dans un état plus beau, mais qui répond imparfaitement aux exigences de sa vocation.

Que ceci encourage les âmes vivant dans le monde à ne rien refuser à Dieu et à aller aussi loin que possible dans leur fidélité par amour. Mieux que les cadres, ce qui différencie les âmes c'est la générosité du « service ».



(1) La Direction, d'après les Maîtres spirituels, Spes, pp. 159, 160.

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Message  Monique Sam 25 Avr 2009, 6:30 pm

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CHAPITRE III


FIDÉLITÉ ET SAINTETÉ


[quote]Et ce texte, écrit par une religieuse, vaut pour toute âme chrétienne aspirant à la perfection dans son état: « Le jour de la Pentecôte, il m'a semblé que le Saint-Esprit prenait une plus grande possession de mon âme et qu'il me pressait fortement de me livrer généreusement, constamment, à son action intérieure, sans jamais mettre la moindre résistance, à ses inspirations et à tout ce qu'il voudrait, faire. Dans une lumière intérieure, j'ai vu combien il y avait d'âmes qu'il avait attirées à un état de sainteté, et qui maintenant, malgré ses grâces de toute sorte, vivaient dans un état d'indépendance vis-à-vis de cet Esprit d'amour, tâchant, la plupart du temps, de se soustraire à ses inspirations, à ses attraits et à ses reproches, pour mener une vie qui .développe leurs instincts, leurs tendances naturelles vers ce qui est terrestre et qui satisfait leur amour-propre.

« Je voyais qu'il y avait beaucoup de ces âmes qui vivent non pas d'une manière scandaleuse pour le monde, — bien qu'il y en ait malheureusement de celles-là, — mais qui, sans avoir rien de bien choquant dans leur extérieur, vivent dans une grande froideur et indifférence quant à la correspondance aux grâces et à la direction de l'Esprit Saint...

« D'après ce que j'ai senti, ce Dieu d'amour ne veut pas pour autant s'en retirer, ni restreindre ses faveurs sur la terre. Mais il veut tenter de nouveaux procédés et attirer fortement à lui un petit nombre d'âmes qui ne sont pas toujours les meilleures, mais qui, ayant bonne volonté, sont disposées, malgré leurs misères, à se livrer entièrement à tout ce que l'Esprit Saint voudra faire d'elles, par elles et en elles, quelque crucifiante que soit cette action divine. C'est par ce petit nombre d'âmes fidèles que Dieu, en répandant sur elles un plus grand nombre de grâces, veut se consoler de l'indifférence et de l'apathie du grand nombre (1). »


Courage donc, où que vous soyez et dans quelque situation de vie, âmes ferventes ! Assurément, si Dieu vous montre que votre place est dans l'existence consacrée, ne vous refusez pas à l'appel ; mais si, ayant cru devoir choisir loyalement une existence dans le monde, de grands désirs de générosité vous travaillent, ne vous croyez pas des âmes de seconde zone et ne vous imaginez pas que les grands trésors du Maître ne sont pas pour vous. Allez à Dieu de tout votre amour. Réalisez toute la fidélité qui s'offre à accomplir. Vous êtes sur le chemin de la sainteté.



(1)Navatel, Sœur Marie-Colette du S.C, de Gigord, ch. XXIII, pp. 261, 262.

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Message  Monique Dim 26 Avr 2009, 6:30 pm

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CHAPITRE III


FIDÉLITÉ ET UNION A DIEU


Qu'on soit dans le monde ou séparé du monde, on est en droit, certes, d'aspirer à l'union à Dieu.
Quel rapport y a-t-il entre l'union à Dieu et la fidélité ?
Il nous souvient d'avoir lu dans une Revue de Spiritualité le propos suivant : « On peut établir une équation entre ces deux termes : vie parfaite, vie mystique. »,
C'est une question fort débattue que la question de savoir si la vie parfaite comporte nécessairement des grâces mystiques et si la vie mystique est nécessairement vie parfaite.

Tout le monde s'accorde, à dire que les grâces mystiques sont des grâces gratuites, et donc qu'en droit elles sont hors de proportion avec le mérite de qui les reçoit. Mais voici où les théologiens se séparent. Les uns disent : si, en droit, Dieu ne les doit pas à qui est pleinement généreux, en fait il les lui accordera toujours. Les autres, croyant avoir rencontré des âmes très parfaites et cependant nullement gratifiées de dons mystiques, sont moins catégoriques et réservent leur jugement.
Laissons chaque camp se renvoyer dos à dos des textes d'égale autorité pris dans les auteurs spirituels en faveur de l'une ou l'autre des deux thèses, et prenons la question d'un autre biais.

Vous cherchez où est la perfection de l'union à Dieu ? — Voici un barème qui ne trompe pas et sur lequel aucune discussion n'est possible : elle se trouve dans la perfection de votre union de volonté avec Dieu. Mesurer votre degré de sainteté à ce que vous donnez à Dieu, cela ne prête à aucune erreur. Les grâces de contemplation élevée prouvent la générosité de Dieu pour vous, pas nécessairement la vôtre pour lui. Voilà pour Notre-Seigneur quel a été le summum de sa perfection : « Tout ce que le Père réclame, je le réalise à la lettre. » En faisant de même, nous sommes sur un chemin de granit. Que Dieu donne ou non des grâces gratuites, ce n'est point là l'essentiel.

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Message  Monique Lun 27 Avr 2009, 7:34 pm

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CHAPITRE III


FIDÉLITÉ ET UNION A DIEU


Ecoutons sainte Thérèse :
« N'oubliez jamais cette grande vérité: ce à quoi il faut uniquement prétendre, c'est à travailler de toutes ses forces avec courage et par tous les moyens possibles à conformer sa volonté à la volonté de Dieu. Soyez bien assurés qu'en cela consiste la plus sublime perfection à laquelle on puisse s'élever dans le chemin spirituel... N'allez pas croire que notre avancement dépende de quelque autre moyen inconnu et extraordinaire ; non, tout notre bien consiste dans la conformité de notre volonté avec la volonté de Dieu (1). »
Elle dit encore ailleurs : « Il n'est pas de chrétien qui, avec la grâce, ne puisse arriver à la véritable union, pourvu qu'il s'efforce, de tout son pouvoir, de renoncer à sa volonté propre pour s'attacher uniquement à la volonté de Dieu (2). »

Saint François de Sales est d'accord avec Thérèse d'Avila. Ecoutons-le demander : « A quoi tient-il que nous ne sommes pas si avancés en l'amour de Dieu, comme saint Augustin, saint François d'Assise, sainte Catherine de Gênes ou sainte Françoise ? » Il répond : « C'est parce que Dieu ne nous a en pas fait la grâce. Mais pourquoi, reprend-il, Dieu ne nous en a-t-il pas fait la grâce ? Parce que nous n'avons, pas correspondu comme nous devions à ses inspirations. Et pourquoi n'avons-nous pas correspondu ? Parce qu'étant libres, nous avons abusé de notre liberté (3). »

L'évêque de Genève ne prétend point que les grâces initiales sont identiques pour tous et que notre vocation à nous est d'être une Françoise Romaine, un saint Augustin, une Catherine de Gênes. Il sait bien que nous avons chacun notre grâce ; nous y insisterons au chapitre suivant. Mais il veut dire que lumières et forces tenues par Dieu en réserve pour nous auraient, et largement ! de quoi nous élever à une perfection de premier plan, de quoi nous amener à une profonde union avec Dieu. Le gros obstacle demeure l'attachement à nous-même, ce malheureux pouvoir que nous possédons de disputer pied à pied au Maître divin tels ou tels recoins de notre âme où nous voulons, nous, demeurer les maîtres. Voilà cet abus de notre liberté que vitupère saint François de Sales.

(1) Château, II, ch. I.
(2) 5e demeures, ch. III.
(3) Le Couturier, loc. jam cit., p. 23.


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Message  Monique Jeu 30 Avr 2009, 6:53 pm

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CHAPITRE III


FIDÉLITÉ ET UNION A DIEU


Pourquoi, interroge à son tour l'auteur de l'Imitation de Jésus-Christ, y a-t-il si peu d'âmes véritablement unies à Dieu ? C'est que, s'il y en a beaucoup pour suivre Notre-Seigneur au Thabor, il y en a peu pour le suivre à Gethsémani. Tant que la grâce de Dieu souffle dans les voiles et que les faveurs abondent, la fidélité ne s'avère pas trop difficile. Vienne le noir, la disparition des consolations, le moment de prouver que l'on est « fidèlement fidèle », il n'y a plus personne, ou du moins le nombre se raréfie.

Peu d'âmes sont parfaitement à Dieu et permettent à Notre-Seigneur de régner entièrement sur elles. Malgré tous ses droits, beaucoup ne le laissent pas le Maître absolu sur leur être tout entier, parce que, même dans une vie consacrée au Seigneur, il y a encore bien des choses extérieures et surtout intérieures qui sont pour ainsi dire livrées à notre libre arbitre et à notre générosité. Lorsque l'âme n'est pas fermement résolue de se donner constamment, sans jamais compter avec les sacrifices, elle garde, au grand détriment de sa perfection et de la gloire de Dieu, cette partie intime de sa volonté dont le sacrifice serait si agréable à Notre-Seigneur.

« Mais lorsqu'elle se livre tout entière à l'Esprit-Saint — et ce mot en dit long — pour se laisser par sa grâce et une fidélité de chaque instant diriger, purifier et sanctifier, surtout lorsque d'après une grâce intérieure, elle s'abandonne et se voue tout entière, sans aucune réserve, à la très sainte volonté du Seigneur... non seulement en paroles, mais avec le désir et la volonté bien sincère et bien résolue d'accepter avec courage, humilité et persévérance tout ce qui peut être la conséquence de cette donation, je comprenais qu'alors seulement l'âme est en voie d'union à Notre-Seigneur, que la Sainte Trinité tout entière la reçoit d'une manière toute particulière comme sienne et s'empresse de la rendre moins indigne d'elle, et cela par les moyens qui sont les plus avantageux (1). »

(1) Notes spirituelles de Sœur Marie-Colette du S.-C, publiées par le P. Navatel, ch. XXIV, pp. 270-271 (de Gigord).

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Message  Monique Ven 01 Mai 2009, 9:14 pm

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CHAPITRE III


FIDÉLITÉ ET UNION A DIEU


Certains auteurs expliquent que pour avoir cette souplesse entière sous l'action divine, la vertu de charité ne suffit pas ; il faut être sous l'emprise des dons. Pour d'autres et notamment saint François de Sales (2), les dons ne sont ni plus ni moins que les constituants pratiques de la charité parvenue à son plein épanouissement. Cette seconde solution a du moins le mérite d'être simple. Peu nous importe ici : l'essentiel est que l'amour soit assez fort pour mener l'âme jusqu'au bout de sa grâce, c'est-à-dire jusqu'au bout de ce que réclame le Maître intérieur.

Faut-il chercher à se rendre compte de la mesure de fidélité que l'on donne à Dieu ?
Dans les débuts, assurément oui ; cela non par dilettantisme, curiosité, vanité, mais pour savoir où l'on en est et mieux dessiner la carte pour la marche en avant.

Par la suite, et réserve faite des mises au point toujours utiles, on peut procéder plus largement, surtout si l'on n'est que trop porté à l'introspection.

L'examen reste toujours arme précieuse, mais comme toutes les armes de précision, il demande à être employé avec discernement et délicatesse. Ce qui convient, en toute hypothèse, c'est d'entretenir en soi le désir de vivre en état de totale donation et de chercher, dans le détail de la vie, à manifester par ses actes que cet état de totale donation est sincère. Sera-t-il opportun de vouloir noter toutes les fidélités par le menu. Cela peut dépendre des âmes. S'évader de soi vaudra mieux pour certaines que se pencher sur soi. N'est-ce pas dans ce sens que Marie-Antoinette de Geuser disait : « Semer sans regarder où tombe la semence » ? C'est une jolie formule.

Dans les notes spirituelles du P. de Clorivière, on voit que pour s'entraîner à la docilité au Saint-Esprit, il avait pris la triple résolution suivante :
travailler le recueillement, la garde du cœur ;
veiller au silence (examen particulier là-dessus) ;
chercher à agir en tout « in Spiritu Sancto ».

Une autre fois il note : « Garder une grande dépendance envers le Saint-Esprit, spécialement dans les conversations. »
Mais comme il faut éviter dans cette surveillance sur lui-même ce qu'il pourrait y avoir de resserrant, il mentionne : « La matière de mon examen particulier va être sur la dépendance au Saint-Esprit ; mais pour agir en cela avec plus de liberté d'âme, je crois meilleur de ne pas me fixer un nombre d'actes. Cette dépendance consistera à me tenir comme à la disposition du Saint-Esprit et à suivre ses mouvements quand Il veut bien me faire sentir sa direction (1). »

(2) Voici son texte. Il est question du Saint-Esprit qui habite en nous : « Voulant rendre notre âme souple et maniable et obéissante à ses divins mouvements et célestes inspirations qui sont les lois de son amour... il nous donne sept propriétés et perfections qui sont appelées dons du Saint-Esprit. Or ils ne sont pas seulement séparables de la charité, mais, toutes choses bien considérées et à proprement parler, ils sont les principales vertus, propriétés et qualités de la charité ; car 1° la sagesse n'est autre chose que l'amour qui goûte combien Dieu est suave; 2° l'intelligence... que l'amour attentif à pénétrer les beautés de la foi ; 3° la science... que le même amour attentif à nous connaître nous-même et les créatures ; 4° le conseil... l'amour en tant qu'il nous rend attentifs à servir Dieu ; 5° la force... l'amour qui anime pour exécuter ce que le conseil a déterminé; 6° la piété... l'amour qui nous fait cordialement employer aux œuvres qui plaisent à Dieu notre Père; 7° la crainte... l'amour en tant qu'il nous fait fuir et éviter ce qui est désagréable à la divine majesté ». (Amour de Dieu, 1. XI, c. XV.)

(1) Pierre de Clorivière, d'après ses notes intimes, par le P. Monier-Vïnard, coll. « Maîtres spirituels », t. I, pp. 32-33, Spes:

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Message  Monique Dim 03 Mai 2009, 6:54 pm

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CHAPITRE III


FIDÉLITÉ ET UNION A DIEU


Intelligente utilisation de l'examen, intelligent oubli de soi ; il y a là un dosage, pas toujours facile, surtout pour certains, mais qui sera souvent la marque d'une spiritualité bien au point..

« Ah ! mon cher Seigneur, dit quelque part l'Oblat, de Huysmans, donnez-nous la grâce de ne pas nous marchander ainsi, de nous omettre une fois pour toutes, de vivre enfin n'importe où, pourvu que ce soit loin de nous-mêmes et près de Vous (1). »

Eh! oui, voilà bien le but. A chacun, pour l'atteindre, d'adopter les moyens qu'il croira les plus efficaces.
Il peut arriver qu'à des âmes exceptionnellement fidèles, Dieu accorde, de façon d'ailleurs absolument gratuite, des faveurs de choix : elles se sont tellement habituées à ne jamais agir sans se mettre sous la dépendance du Saint-Esprit, que le Saint-Esprit semble prendre possession de leur âme au point, non de se substituer à leur activité propre, mais de leur donner l'impression de n'avoir plus de vouloir personnel. Pour rien au monde elles ne consentiraient, nous ne disons pas au caprice, mais à la moindre détermination qui ne serait pas souscrite par l'Esprit divin, inspirée par lui, exécutée sous son rayonnement et son action exclusive.

Un des exemples les plus frappants est celui de M. Olier, le fondateur des Prêtres de Saint-Sulpice, au XVIIe siècle. Il confesse admirer les gens « qui disent tout ce qu'ils veulent, qui parlent comme ils veulent et quand ils veulent ». Pour lui, il n'en est pas là, ou il n'en est plus là ; il se trouve dépourvu de cette faculté d'agir ainsi à sa guise ; il confesse ce qu'il appelle son « infirmité ». J'éprouvais, nous confie-t-il, « une infirmité qui m'empêchait de faire ce que je voulais ; je ne pouvais faire que ce qu'on me permettait ; de nécessité, il me fallait être dans cette dépendance (du Saint-Esprit) ». — « Singulière infirmité », s'exclamait « une bonne personne fort intérieure » qui se mit à rire en l'entendant parler ainsi « à la bonne foi ».

(1) Extrait de Prières et pensées de Huysmans, par H. d'Hennezel; Lardanchet, Lyon, MCMX.

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Message  Monique Mar 05 Mai 2009, 8:38 pm

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CHAPITRE III


FIDÉLITÉ ET UNION A DIEU


Intelligente utilisation de l'examen, intelligent oubli de soi ; il y a là un dosage, pas toujours facile, surtout pour certains, mais qui sera souvent la marque d'une spiritualité bien au point.

« Ah ! mon cher Seigneur, dit quelque part l'Oblat, de Huysmans, donnez-nous la grâce de ne pas nous marchander ainsi, de nous omettre une fois pour toutes, de vivre enfin n'importe où, pourvu que ce soit loin de nous-mêmes et près de Vous (1). »

Eh! oui, voilà bien le but. A chacun, pour l'atteindre, d'adopter les moyens qu'il croira les plus efficaces.
Il peut arriver qu'à des âmes exceptionnellement fidèles, Dieu accorde, de façon d'ailleurs absolument gratuite, des faveurs de choix : elles se sont tellement habituées à ne jamais agir sans se mettre sous la dépendance du Saint-Esprit, que le Saint-Esprit semble prendre possession de leur âme au point, non de se substituer à leur activité propre, mais de leur donner l'impression de n'avoir plus de vouloir personnel. Pour rien au monde elles ne consentiraient, nous ne disons pas au caprice, mais à la moindre détermination qui ne serait pas souscrite par l'Esprit divin, inspirée par lui, exécutée sous son rayonnement et son action exclusive.

Un des exemples les plus frappants est celui de M. Olier, le fondateur des Prêtres de Saint-Sulpice, au XVIIe siècle. Il confesse admirer les gens « qui disent tout ce qu'ils veulent, qui parlent comme ils veulent et quand ils veulent ». Pour lui, il n'en est pas là, ou il n'en est plus là ; il se trouve dépourvu de cette faculté d'agir ainsi à sa guise ; il confesse ce qu'il appelle son « infirmité ». J'éprouvais, nous confie-t-il, « une infirmité qui m'empêchait de faire ce que je voulais ; je ne pouvais faire que ce qu'on me permettait ; de nécessité, il me fallait être dans cette dépendance (du Saint-Esprit) ». — « Singulière infirmité », s'exclamait « une bonne personne fort intérieure » qui se mit à rire en l'entendant parler ainsi « à la bonne foi ».
(1) Extrait de Prières et pensées de Huysmans, par H. d'Hennezel; Lardanchet, Lyon, MCMX.


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Message  Monique Mer 06 Mai 2009, 7:16 pm

FIDÉLITÉ ET IDÉAL DE VIE




CHAPITRE III


FIDÉLITÉ ET UNION A DIEU


A la page suivante de ses Mémoires, il détaille un peu plus en quoi consistait pour lui cette extraordinaire dépendance sous l'action dû Saint-Esprit. Elle datait de l'époque où il s'était décidé à son « vœu d'hostie ».— : « De ce jour, écrit-il, ce divin Esprit s'est tellement mis en possession de moi que je le sens comme une seconde âme qui m'anime et me porte, qui engloutit, qui dévore et abîme en soi mon esprit et mon âme... En suite de cette possession et présence du Saint-Esprit, il n'est plus en ma puissance de faire ce que je veux, ni d'aller où je veux, sinon comme il plaît à ce divin Esprit qui est répandu par tout moi-même, à guise de mon âme et se sert de tout moi-même comme il lui plaît et comme il plairait à une âme de disposer du corps, mais avec bien plus d'empire et de douceur (1). »

S'il y a là faveur toute gratuite et probablement rare, ne croyons pas à une passivité inerte. Quelle singulière activité, au contraire, suppose un assouplissement aussi continu, aussi plénier, aux mouvements de la grâce : « Je te veux occuper, lui avait expliqué l'Esprit intérieur, si tu ne t'amuses pas. » Olier ne s'était pas « amusé » ; il avait tout livré. Dans tout ce qu'il accomplissait, Dieu seul comptait, l'humain n'existait pas, le surnaturel était l'unique moteur et l'unique loi. Dieu en saurait gré à son serviteur par cette « occupation » inédite que Bossuet, dans son Instruction sur les états d'oraison, reconnaît être du meilleur aloi (1).

Répétons-le : pareilles faveurs ne peuvent être « méritées » ; elles sont purs dons gratuits. Une âme peut être très fidèle sans jamais éprouver rien de pareil ; mais il est instructif et consolant de voir comment Dieu, parfois, comble ses serviteurs. Mirabilis Deus in sanctis suis.

Pour nous, laissons à Dieu de nous traiter comme il l'entend. Faisons, de notre côté, tout ce qui est en notre pouvoir. A lui de savoir comment nous conduire.
(1) Mémoires de M. Olier, t. I, pp. 106, 107.
(1) I, liv. VII.



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Message  Monique Jeu 07 Mai 2009, 8:04 pm

FIDÉLITÉ ET IDÉAL DE VIE




CHAPITRE III


SUIVRE « SA » GRÂCE


Ce chapitre pourrait s'intituler: « De notre vocation particulière ».
En nous donnant l'être et la vie, Dieu a sur nous un plan. L'œuvre de notre sanctification consiste à nous adapter du plus près possible à cette vue de Dieu sur notre âme.

Et cela dit deux choses : Réaliser la somme de vertu, réaliser le mode de vertu, qui nous sont demandés.

Celui qui a beaucoup reçu doit donner beaucoup.

Joinville raconte que Jean d'Ernim fut, un jour, à Damas, interrogé par un vieil homme qui lui demanda s'il était chrétien. D'Ernim répondit que oui.

Le vieil homme expliqua : si les chrétiens étaient fidèles à leur foi et à leur morale, Dieu ne permettrait pas qu'ils fussent déconfits par les Sarrasins comme ils l'étaient. Et d'Ernim d'observer que les péchés des Sarrasins étaient beaucoup plus grands encore que ceux des chrétiens. Le vieil homme lui demanda s'il avait un enfant. Et Jean lui dit : « Oui, un fils. » Et le Sarrasin l'interrogea de quoi il se chagrinerait le plus, s'il recevait un soufflet de lui ou de son fils. Et Jean lui dit qu'il serait plus irrité contre son fils, s'il le frappait, que contre lui. « Or je te fais, dit le Sarrasin, ma réponse en telle manière : c'est que vous, autres, chrétiens, vous êtes fils de Dieu, et, de son nom de Christ, êtes appelés chrétiens... c'est pourquoi Dieu vous sait plus mauvais gré d'un petit péché que d'un grand à nous qui ne connaissons rien. »

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