Méditations sur la Vie de Jésus-Christ, par S. Bonaventure.

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Message  Louis le Mar 15 Nov 2016, 7:01 am

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 CHAPITRE LVIII.

Le contemplatif se reporte pour trois raisons et  la vie active;
et ensuite que la foi sans les œuvres est une foi morte.

(suite)

Saint Bernard s'exprime ainsi sur ce sujet : (3) « Par les fleurs, comprenez la foi, et par les fruits, l'action. Ce ne sera pas sans raison, je pense, que vous jugerez qu'il doit en être ainsi, si vous remarquez que, à l'instar de la fleur qui précède le fruit nécessairement, il faut que la bonne action soit prévenue par la foi. D'ailleurs sans la foi il est impossible de plaire à Dieu (1), selon le témoignage de saint Paul, et bien plus, d'après l'enseignement du même apôtre, tout ce qui ne se fait pas selon la foi est un péché (2). Ainsi, sans la fleur il n'y a pas de fruit, et sans la foi il n'y a pas de bonne œuvre. Mais la foi sans les œuvres est une foi morte (3), de même que la fleur apparaît en vain, si le fruit ne vient ensuite.

« C'est donc par les bonnes œuvres que la foi sincère prendra racine, que l'âme accoutumée au repos recevra la consolation toutes les fois que la lumière de la contemplation lui sera enlevée, ainsi qu'il arrive si souvent. Car quel est celui qui jouit, je ne dis pas continuellement, mais même pendant longtemps de cette lumière de la contemplation, tant qu'il demeure en ce corps mortel? Toutes les fois que l'âme sent la vie contemplative lui devenir impossible, elle doit donc se retirer dans la vie active, pour de là revenir en toute liberté comme d'un lieu voisin au lieu où elle était d'abord; car ces deux vies sont deux compagnes, et elles habitent une même demeure. Marthe, en effet, est sœur de Marie. Ainsi, bien que cette âme soit privée de la lumière de la contemplation, elle ne se laisse pas pour cela tomber dans les ténèbres du péché, ou dans la nonchalance de l'oisiveté, mais elle se soutient à la lumière des bonnes œuvres. Et afin que vous sachiez que les bonnes œuvres sont aussi une lumière, le Seigneur a dit : Que votre lumière brille aux yeux de tous les hommes (1) ; ce qui, sans aucun doute, doit s'entendre des bonnes œuvres qui peuvent frapper les regards du monde. »

Il y a donc trois causes pour lesquelles le contemplatif doit retourner des délices de sa contemplation à la vie active. Bien qu'il demeure à regret dans cette dernière vie, cependant c'est par une disposition de la volonté divine qu'il y est, et vous avez pu remarquer dans ces enseignements de saint Bernard, que ce n'est que pour un temps et que l'âme revient à la contemplation. Ainsi, que tout cela vous soit donc une preuve que la vie contemplative l'emporte sur la vie active.

Maintenant, grâces en soient rendues à Dieu, nous avons terminé ce qui regardait la contemplation. C'est un traité abondant et vraiment utile, dans lequel vous pourrez trouver à vous instruire, non-seulement de la contemplation elle-même, mais de beaucoup d'autres choses et même presque de tout ce qui concerne la vie spirituelle. Efforcez-vous donc de l'étudier attentivement, et de mettre avec soin en pratique ce que vous en aurez appris. Ne croyez pas cependant que j'ai rapporté dans ce livre tout ce que saint Bernard en a dit; mais contentez-vous de ce que je vous en ai appris.

Notre Seigneur et Rédempteur, plein de zèle pour le salut des âmes qu'il était venu racheter, au prix de sa vie…

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3. Serm. 51 sup. cant. — 1. Hebr., 11. — 2. Rom., 14. — 3. Jac., 2. — 1. Mat., 5.

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Message  Louis le Mer 16 Nov 2016, 5:41 am

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 CHAPITRE LIX.

Comment le Seigneur,
sous la parabole des cultivateurs de la vigne
qui ont mis à mort le Fils de leur Maître,
dit aux Juifs que l'Église passerait aux Gentils.

Notre Seigneur et Rédempteur, plein de zèle pour le salut des âmes qu'il était venu racheter, au prix de sa vie, s'efforçait de toutes manières de les attirer à lui et de les soustraire aux déchirements de leurs ennemis. Voilà pourquoi il employait, tantôt des paroles douces et caressantes, tantôt un langage dur et sévère; pourquoi il avait recours tantôt à des exemples et à des paraboles, tantôt à des prodiges et à des miracles, tantôt à des menaces et à la terreur. Il variait son genre et ses moyens de salut selon qu'il en voyait la nécessite à raison du lieu, du temps, des personnes diverses qui venaient l'entendre.

(1) Or ce fut en cette circonstance qu'il se servit contre les Princes des Prêtres et les Pharisiens de paroles dures et d'un exemple terrible, mais tellement vrai et bien approprié qu'eux-mêmes s'en firent l'application. Il leur proposa donc la parabole des ouvriers de la vigne qui mirent à mort les serviteurs du Maître, envoyés pour en recueillir les fruits, et traitèrent son Fils de la même manière. Demandant ensuite quelle peine le Maître devrait infliger à de pareils hommes, ceux qui étaient présents répondirent : Il fera périr misérablement ces méchants, et il louera la vigne à d'autres ouvriers. Et Jésus, approuvant cette réponse, leur dit : Ainsi le royaume des cieux, c'est-à-dire l'Église, vous sera enlevé et il sera donné à un peuple qui en produira les fruits, c'est-à-dire aux Gentils, dont nous sommes sortis et dont se compose l'Église universelle.

Ensuite il leur mit devant les yeux la parabole de la pierre angulaire, qui signifiait le Sauveur lui-même et qui devait briser les Juifs. Mais ces hommes, comprenant que c'était eux qu'il voulait désigner par cette parabole, loin de se corriger, s'en irritèrent davantage, car leur méchanceté les avait plongés dans l'aveuglement. — Pour vous, considérez tout ce qui vient d'être dit, et contemplez Jésus assis humblement au milieu des Pharisiens, mais leur parlant avec autorité et leur annonçant avec puissance et avec un courage inébranlable ce qui les concernait personnellement.

A mesure que le Seigneur s'efforçait de…
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1. Mat., 21.

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Message  Louis le Jeu 17 Nov 2016, 6:28 am

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 CHAPITRE LX.

Comment les Juifs voulurent surprendre Jésus dans ses discours.

A mesure que le Seigneur s'efforçait de toute manière d'opérer le salut des Juifs, eux, de leur côté, mettaient en jeu tous les efforts imaginables pour le supplanter et le faire mourir. Ils pensèrent donc à le surprendre par la ruse, mais ce ne fut que pour s'évanouir dans leurs projets les mieux concertés. Ils envoyèrent, après s'être entendus entre eux, de leurs disciples avec des partisans du roi Hérode, pour lui demander s'il était permis ou non de payer le tribut à César (1).  

Ils s'imaginaient que, par une semblable question, ils le rendraient odieux ou à César, ou à la multitude, car il ne pourrait répondre que contre lui-même. Mais celui qui sonde les cœurs, connaissant leur malice, leur dit qu'ils eussent à rendre à Dieu ce qui appartenait à Dieu, et à César ce qui appartenait à César. Il les appela hypocrites, attendu qu'ils cachaient sous un langage mielleux une âme pleine de fourberie. Se voyant donc trompés dans leur dessein, ils se retirèrent couverts de confusion.

Considérez attentivement le Seigneur selon la règle générale que je vous ai donnée plus haut, et remarquez en même temps que ce n'est pas la volonté de notre Sauveur que les supérieurs et maîtres temporels soient privés de ce qui leur est dû. C'est donc un péché et une chose défendue de ne point satisfaire aux péages, aux gabelles, aux dîmes et autres impôts établis avec justice et égalité par nos maîtres sur la terre.

Notre très-miséricordieux Seigneur, qui, dans l'excès de sa charité…
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1. Mat., 22.

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Message  Louis le Ven 18 Nov 2016, 6:01 am

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CHAPITRE LXI.

De l'aveugle qui recouvre la vue à Jéricho et de plusieurs autres choses.

Notre très-miséricordieux Seigneur, qui, dans l'excès de sa charité, était descendu pour notre salut du sein de son Père, sachant que le temps de sa Passion approchait, se prépara à monter à Jérusalem afin de la subir. Il l'annonça même alors divinement à ses Apôtres ; mais ils ne comprirent pas ce qu'il voulait leur dire (1).  Lors donc qu'il s'approchait de Jéricho, un aveugle qui était assis au bord du chemin pour demander l'aumône, comprenant, par la multitude qui se trouvait là, que c'était lui qui passait, se prit à crier de toutes ses forces et à implorer sa pitié. Bien que la foule le reprît, il n'en concevait point de confusion et il continuait à crier. Jésus, abaissant ses regards sur sa foi et sa ferveur, se le fit amener et lui dit : Que voulez-vous que je vous fasse ? O parole pleine de douceur : Que voulez-vous que je vous fasse! L'aveugle répondit : Seigneur, faites que je voie. Et le Seigneur lui accorda avec bonté sa demande en lui disant : Voyez. Et ainsi il lui rendit la vue.

Regardez donc avec attention le Seigneur Jésus et sa bénignité. Méditez ici sur la puissance de la foi et de la prière, et remarquez que l'importunité de nos demandes ne déplaît point à Dieu, ou plutôt même qu'il y prend plaisir. Vous avez déjà vu quelque chose de semblable dans la Chananéenne. C'est le Seigneur lui-même qui nous enseigne au chapitre où cette guérison de l'aveugle est racontée, qu'il faut toujours prier et ne jamais se lasser de prier, et il apporte en exemple la veuve qui, par son importunité, obtient du Juge ce qu'elle lui demandait. Ailleurs, il nous montre comment, au milieu de la nuit, un homme prêta des pains en cédant également à l'importunité de celui qui venait les emprunter (1).

Ainsi en est-il de ceux qui persévèrent dans leur prière. Le Seigneur accorde tout ce qu'ils demandent avec justice et convenance ; il dit à chacun d'eux : Que voulez-vous que je vous fasse ? Et il le fait. Bien plus, souvent même il fait plus qu'on ne demande et qu'on n'eût osé demander, comme vous le verrez dans Zachée dont nous parlerons bientôt. Tenez donc pour certain que tout ce que vous demanderez au Seigneur avec fidélité et persévérance, vous l'obtiendrez. Vous ne devez point rougir d'exposer vos besoins à l'exemple de l'aveugle, de la Chananéenne, de Zachée, qui n'ont point rougi de demander des grâces et les ont obtenues ; nous ne devons point rougir de servir Dieu, de déposer le fardeau du péché, de solliciter les secours dont nous avons besoin. Avoir de la honte et de la retenue, c'est quelquefois une grande vertu, mais aussi quelquefois un grand vice. Voici comme en parle saint Bernard :

«  (2) Il est une honte qui traîne après soi le péché, et une honte que suit la gloire. C'est une honte salutaire de rougir d'avoir péché ou de pécher encore, d'avoir d'autant plus de crainte, bien qu'éloigné de tout témoin terrestre, du regard de Dieu que du regard de l'homme, que vous pensez avec plus de vérité que Dieu l'emporte en pureté sur sa créature, et qu'il est d'autant plus offensé par celui qui pèche, qu'il est certain que le péché est plus éloigné de lui.

«Une telle honte, sans aucun doute, met en fuite l'opprobre et nous prépare la gloire, tandis qu'elle empêche entièrement de commettre le péché, ou qu'elle punit par le repentir celui qui a été commis et le rejette bien loin par l'aveu qu'elle en fait. Cette gloire cependant ne nous appartiendra qu'autant qu'elle sera appuyée sur le témoignage de notre conscience.

« Mais si quelqu'un rougit de confesser…
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1. Luc., 18. — 1. Luc., 11. — 19. — 2 De laud. nov. milit.

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Message  Louis le Sam 19 Nov 2016, 6:52 am

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CHAPITRE LXI.

De l'aveugle qui recouvre la vue à Jéricho et de plusieurs autres choses.

(suite)

« Mais si quelqu'un rougit de confesser les crimes qui le pénètrent de douleur, une telle honte engendre le péché et anéantit la gloire qui naît du calme d'une bonne conscience, puisque le mal que la componction s'efforce de chasser loin de son cœur, cette honte insensée l'y tient enchaîné et l'empêche d'en sortir. »

«  (1) O honte privée de raison, ennemie du salut, sans connaissance aucune de l'honneur et de l'honnêteté ! ... Est-ce donc une honte d'être vaincu par Dieu, un sujet de confusion de s'humilier sous la main puissante du Très-haut?... Au contraire, la victoire la plus glorieuse, c'est de céder à la majesté divine ; c'est le comble de la gloire et de l'honneur de ne pas résister à l'autorité de l'Église notre mère. O perversité ! on n'a pas honte de se souiller et l'on rougit de se purifier. Il est, selon le sage, une honte que suit la gloire (2) : c'est celle qui rougit de pécher encore ou bien d'avoir péché. Par elle, vous conserverez assurément la gloire, la confusion ramenant celle que le péché avait mise en fuite. »

« (3) Je ne sais si l'on peut observer dans la conduite des hommes quelque chose de plus agréable que la pudeur.... Elle est sans aucun doute l'ornement de tous les âges ; mais la douceur de sa grâce paraît plus aimable, brille avec plus d'éclat encore dans un âge plus tendre. Qu'y a-t-il de plus aimable, en effet, qu'un jeune homme plein de pudeur? Combien est brillante, combien est belle cette perle des mœurs dans la vie et sur le visage de l’adolescent? Comme elle est une messagère vraie et sans nuage d'une espérance heureuse, et l'indice d'un caractère excellent! C'est pour lui une verge de discipline levée pour arrêter les sentiments qui portent le déshonneur, pour empêcher les mouvements et les actes les plus légers d'un âge si glissant, pour comprimer ceux qui tenteraient de se produire avec insolence. Qui mettra en fuite comme elle les paroles honteuses et tout ce qui est messéant?

« La pudeur est la sœur de la continence. Rien ne saurait être comme elle le signe manifeste de la simplicité de la colombe ; et voilà pourquoi elle est la compagne de l'innocence. Elle est la lampe toujours brillante de l'âme pure, et à sa lumière rien de honteux, rien de déshonorant, ne saurait prétendre se fixer en cette âme sans être démasqué aussitôt. C'est elle qui attaque le mal, elle qui combat pour la pureté nécessaire à notre âme; c'est elle qui est la gloire principale de notre conscience, la gardienne de notre renommée, la splendeur de notre vie, le siège de la force; c'est en elle que se trouvent les prémices des vertus, la louange de la nature, l'éclat de toute honnêteté. Que de grâces et de beauté la rougeur même dont la modestie aura peut-être coloré ses joues, n'a-t-elle pas coutume de répandre sur son visage ! La pudeur est un bien tellement propre à l'âme que ceux-mêmes qui ne craignent pas de faire le mal rougissent cependant de le faire en public, et qu'ils cachent dans les ténèbres les œuvres de ténèbres, les œuvres indignes de la lumière...

« Qu'y a-t-il de cher à un cœur modeste comme le secret de la solitude? Enfin on nous ordonne, lorsque nous voulons prier, de nous enfermer dans notre demeure, et c'est sans doute pour que nous y soyons solitaires. C'est une précaution à notre avantage, de peur qu'en priant publiquement, la louange des hommes ne nous ravisse le fruit de notre prière, ne réduise à rien ses effets. Mais qu'y a-t-il de plus particulier à la pudeur que de fuir les louanges qu'elle mérite et d'éviter toute jactance?  Qu'y a-t-il d'inconvenant, surtout pour un jeune homme, comme de faire parade de sa sainteté ?.... C'est une bonne  recommandation pour la prière que vous allez faire, si vous mettez en avant la pudeur. »

Telles sont les paroles de saint Bernard.

Les considérations qui s'offrent à vous dans la guérison de cet aveugle, vous pouvez les faire également pour deux autres à qui le Seigneur rendit la vue lorsqu'il sortit de Jéricho; car ce fut avant qu'il y entrât qu'il guérit celui dont nous venons de nous occuper. Quant aux deux autres, il en est parlé dans saint Matthieu (1), et dans saint Marc (1), et même le nom de l'un d'eux est exprimé. Ce fut de la même manière qu'ils crièrent, que le Seigneur leur répondit et leur rendit l'usage de la lumière.

Lorsque le Seigneur fut près d'entrer dans la ville de Jéricho…
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1.  Epist., 185 — 2. Eccl., 4. — 3. Serm. 86 sup. cant. — 1. Mat., 20. — 1. Marc., 10.

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Message  Louis le Dim 20 Nov 2016, 5:22 am

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 CHAPITRE LXII. Comment le Seigneur entra dans la maison de Zachée.

(2) Lorsque le Seigneur fut près d'entrer dans la ville de Jéricho, Zachée, chef des publicains, l'ayant appris, désira passionnément le voir, et comme il ne pouvait y parvenir à cause de la multitude et parce qu'il était d'une petite taille, il monta sur un sycomore afin de le contempler au moins de cet endroit. Mais Jésus connaissant et ayant pour agréable sa foi et son désir, lui dit : « Zachée, hâtez-vous de descendre, car il faut qu'aujourd'hui je demeure dans votre maison ». Aussitôt il descendit, le reçut avec une joie vive et un profond respect, et fit préparer un grand festin.

Vous avez vu la bénignité du Seigneur Jésus. Il a donné à Zachée plus que celui-ci n'eût désiré : il s'est donné lui-même, ce que Zachée n'eût osé demander. Vous avez là une preuve de la vertu de la prière; car le désir est une voix puissante et une grande prière. C'est pourquoi le Prophète a dit : « Le Seigneur a exaucé le désir de ceux qui sont pauvres, et votre oreille, ô mon Dieu, a entendu la préparation de leur cœur (1). » Et le Seigneur dit aussi à Moïse : « Pourquoi criez-vous vers moi (2)? » Cependant il ne proférait alors aucune parole, mais il parlait en son cœur.

Contemplez le Sauveur assis et mangeant avec ces pécheurs : il est placé vers le milieu de la table avec Zachée, et il a fait prendre place au premier rang à quelques-uns d'entre eux pour leur faire honneur. Il converse avec eux familièrement et simplement afin de les attirer à lui. Considérez aussi les Apôtres conversant sans façon avec ces mêmes pécheurs, s'entretenant avec eux et les animant aux bonnes œuvres; car ils savaient que telle était la volonté de leur Maître et ils désiraient leur salut.

Lors donc que le Seigneur se rendait à…
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2. Luc., 19. — 1. Ps. 9. — 2. Exod., 14.

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Message  Louis le Lun 21 Nov 2016, 4:20 am

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CHAPITRE LXIII.

Guérison de l'aveugle-né.

(3) Lors donc que le Seigneur se rendait à Jérusalem, il vit un aveugle de naissance, qui s'appelait, dit-on, Célidonius. L'humble Jésus se baissa, et ayant fait de la boue avec sa salive, il oignit les yeux de cet homme et l'envoya à la fontaine de Siloé afin qu'il s'y lavât. L'aveugle obéit, et s'étant lavé les yeux, il recouvra la vue. Ce miracle fut solennellement examiné par les ennemis du Seigneur et cet examen tourna à leur confusion. Voyez l'histoire, telle qu'elle est racontée dans l'Evangile ; elle est assez claire et très-belle.

Or, en tout cela, considérez le Seigneur Jésus selon la règle générale que je vous ai donnée, et remarquez combien fut grande la reconnaissance de cet aveugle. Quoiqu'il n'eût point vu le Sauveur, il prit parti pour lui avec courage et persévérance devant les princes et les anciens des Juifs, et ne les ménagea en aucune de ses paroles.

C'est une vertu bien recommandable et bien agréable à Dieu que la reconnaissance, et un vice bien détestable que l'ingratitude. Voici comment saint Bernard s'exprime à se sujet  (1):

« Apprenez à rendre grâces pour chacun des dons que vous recevez. «   Considérez avec attention, dit le sage, ce qui vous est accordé. » Et cela afin qu'aucun des dons de Dieu ne demeure sans l'action de grâces qui lui est due. Je n'excepte aucun don, ni celui qui est considérable, ni celui qui est médiocre, ni celui qui est de peu de valeur. On nous ordonne de ramasser les morceaux de peur qu'ils ne se perdent, c'est-à-dire de ne point mettre en oubli les bienfaits même les plus minimes. Est-ce que le don fait à l'ingrat n'est point perdu? L'ingratitude est ennemie de l'âme; c'est l'anéantissement des mérites, la ruine des vertus, la perte des biens. L'ingratitude est un vent brûlant qui dessèche la source de la piété, la rosée de la miséricorde et les ruisseaux de la grâce.»

C'est maintenant que commencent les mystères de la Passion du Seigneur…
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3. Joan., 9. — 1.Serm. 52 sup. cant.

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Message  Louis le Mar 22 Nov 2016, 6:41 am

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CHAPITRE LXIV.

Comment le Seigneur s'enfuit du Temple
et se cacha quand les Juifs voulurent le lapider.


C'est maintenant que commencent les mystères de la Passion du Seigneur. Aussi désormais citerai-je bien rarement les autorités des auteurs, afin de pouvoir m'arrêter plus facilement sur cette Passion et ses préambules.

Un jour donc que Jésus prêchait dans le Temple et que, entre autres choses, il disait : « Si quelqu’un garde ma parole, il ne mourra jamais, » les Juifs lui répondirent : « Vous êtes donc plus grand que notre père Abraham, qui est mort? » — Je suis, leur dit le Seigneur, avant qu’Abraham existât.» Aussitôt, prenant occasion de cette parole comme s'il eût avancé un mensonge ou une extravagance, ils saisirent des pierres pour les lui jeter. Mais il se cacha et sortit du Temple, car l'heure de sa Passion n'était point encore venue.

Considérez-le donc bien en cette circonstance avec une douleur profonde. Remarquez comment le Maître de toutes choses était vilipendé par des serviteurs pervers, et comment, pour céder à leur fureur, il se cacha dans quelque coin du Temple, derrière quelque colonne ou parmi quelques personnes. Fixez vos regards sur lui et sur ses Disciples qui se retirent tristement, la tête baissée, comme des hommes sans force et sans courage.

Une autre fois, pour la fête de la Dédicace du Temple…
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1. Joan., 8.

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Message  Louis le Mer 23 Nov 2016, 6:26 am

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  CHAPITRE LXV.

Comment, eu une autre circonstance, les Juifs voulurent lapider Jésus.

(1) Une autre fois, pour la fête de la Dédicace du Temple, tandis que Jésus était sous le portique de Salomon, ces loups ravissants l'environnèrent avec une fureur extrême, et, grinçant des dents, ils lui dirent : « Jusqu'à quand nous tiendrez-vous l'esprit en suspens? Si vous êtes le Christ, dites-le nous clairement ! » Mais cet Agneau, plein de douceur, leur répondit avec humilité : « Je vous parle et vous ne me croyez pas. Les œuvres que je fais au nom de mon Père, rendent témoignage de moi. »

Pour Dieu, considérez bien maintenant et le Sauveur et tout ce qui se passe en ce moment. Il leur parlait avec humilité, et eux l'environnaient de toutes parts et criaient contre lui, semblables à des chiens qui aboient avec fureur.

Enfin, ne pouvant cacher le venin qu'ils portaient dans leur cœur, ils prirent des pierres pour les lui jeter. Néanmoins, le Seigneur Jésus leur parla avec mansuétude et leur dit : « J'ai fait devant vous plusieurs bonnes autres; pour laquelle voulez-vous me lapider ? » Et ils lui répondirent, entre autres choses : « C’est qu'étant homme, vous vous faites passer pour Dieu. »

Voyez leur prodigieuse folie : ils voulaient savoir s'il était le Christ; et, après qu'il leur a prouvé, par ses paroles et par ses œuvres, qu'il l'est véritablement, ils cherchent à le lapider. Ils ne sauraient avoir aucune excuse, car ils ont pu et ils ont dû croire que le Seigneur Jésus était le Fils de Dieu. Mais, comme son heure n'était pas encore venue, il s'échappa de leurs mains, se retira au-delà du Jourdain, au lieu où Jean avait baptisé, qui est distant de dix-huit milles de Jérusalem, et il y demeura avec ses Disciples.

Considérez-les, lui et ses Disciples, s'en allant pleins de tristesse, et compatissez-leur de toute votre âme.

Ce miracle, tout-à-fait célèbre et solennel…
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1. Joan., 10.

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Message  Louis le Jeu 24 Nov 2016, 6:38 am

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CHAPITRE LXVI.

De la résurrection de Lazare.


Ce miracle, tout-à-fait célèbre et solennel, veut être médité avec dévotion. C'est pourquoi, montrez-vous aussi attentive que si vous étiez présente à tout ce qui fut dit et fait en cette circonstance, et entretenez-vous de grand cœur, non-seulement avec Jésus et ses Disciples, mais encore avec cette famille bénie, si dévouée au Seigneur et si aimée de lui, c'est-à-dire avec Lazare, Marthe et Marie.

(1) Lazare donc étant malade, ses sœurs, qui étaient très-chères au Seigneur, envoyèrent vers lui au lieu où il s'était retiré, c'est-à-dire au-delà du Jourdain, comme vous l'avez vu dans le chapitre précédent, et lui firent dire : « Lazare notre frère, que vous aimiez, est malade. » Elles n'ajoutèrent rien de plus, soit qu'elles jugeassent que c'était assez pour celui qui aimait et comprenait bien ce qu'elles voulaient, soit qu'elles craignissent de le faire venir en ces lieux où elles savaient que les plus considérables d'entre les Juifs lui tendaient des embûches et désiraient sa mort. Le Seigneur, ayant appris cette nouvelle, demeura en repos pendant deux jours, et ensuite il dit à ses Disciples : « Lazare est mort, et je me réjouis à cause de vous de ne m'être pas trouvé là. »

Voyez la bonté et l'amour de Jésus, et en même temps son attention pour ses Disciples. Ils n'avaient point encore assez de force et de courage ; voilà pourquoi il travaillait de grand cœur à leur avancement. Ils revinrent donc et déjà ils s'approchaient de Béthanie. Aussitôt que Marthe en fut instruite, elle sortit au-devant de Jésus, et, se jetant à ses pieds, elle lui dit : « Seigneur, si vous eussiez été ici, moi frère ne serait pas mort. » Le Seigneur lui répondit qu'il ressusciterait ; et ils s'entretenaient ensemble de cette résurrection. Ensuite il l'envoya chercher Marie, car il avait pour elle un amour tout spécial. Aussitôt que celle-ci fut instruite de sa présence, elle se leva à la hâte, vint le trouver, et, se jetant à ses pieds, lui répéta les paroles que Marthe lui avait déjà dites. Mais Jésus, voyant dans l'affliction, les pleurs et la désolation, à cause de son frère, celle qui lui était chère, ne put lui-même s'empêcher de pleurer, et ainsi il versa des larmes.

Maintenant considérez-le bien, et ces femmes et les Apôtres aussi. Croyez-vous que ceux-ci ne pleurèrent pas non plus? Après quelques instants donnés à leur douleur commune, le Seigneur dit : « Où l'avez-vous placé? » Elles lui répondirent : « Venez et voyez. » Et elles le conduisirent au sépulcre. Jésus s'avança donc entre les deux sœurs, les consolant et les fortifiant. Pour elles, elles se trouvèrent tellement soutenues de sa présence, qu'elles étaient tout entières occupées de lui comme si elles eussent oublié et leur douleur et tout le reste. Lors donc qu'ils s'avançaient ainsi tous trois par le chemin, Madeleine lui disait : …
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1. Joan., 11.

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Re: Méditations sur la Vie de Jésus-Christ, par S. Bonaventure.

Message  Louis le Ven 25 Nov 2016, 6:40 am

.
   CHAPITRE LXVI.

De la résurrection de Lazare.

(suite)

Lors donc qu'ils s'avançaient ainsi tous trois par le chemin, Madeleine lui disait : « Seigneur, que vous est-il arrivé depuis que vous vous êtes retiré du milieu de nous ? pour moi, votre retraite m'a plongée dans une vive peine ; mais aussitôt que j'ai eu appris votre retour je me suis réjouie grandement. Cependant j'ai conçu des craintes, et même je crains beaucoup encore; car vous savez tout ce que nos Princes et nos Anciens machinent contre vous. Voilà pourquoi nous n'avons pas osé vous faire prier de venir. Je me réjouis pourtant de vous voir en ces lieux, mais je vous en conjure, pour Dieu, tenez-vous en garde contre vos ennemis. »  Et le Seigneur répondait : « Ne craignez point, mon Père y pourvoira. »

Ils arrivèrent au tombeau en s’entretenant ainsi. Alors Jésus ordonna qu'on enlevât la pierre qui le couvrait, mais Marthe s'y opposait en disant : « Seigneur, il sent mauvais. car il y a déjà quatre jours qu'il est mort. » O Dieu! Voyez l'amour admirable de ces sœurs pour le Sauveur. Elles ne pouvaient consentir à ce que cette mauvaise odeur arrivât jusqu'à lui. Néanmoins et même à cause de ces exhalaisons, le Seigneur ordonna qu'on enlevât la pierre. Ce qui ayant été fait, Jésus éleva les yeux au ciel en disant : « Mon Père , je vous rends grâces de ce que vous m'avez exaucé. Pour moi, je sais bien que vous m'exaucerez toujours ; mais je dis ceci à cause de ce peuple qui m'environne, afin qu'il sache que c'est vous qui m'avez envoyé. »

Considérez-le donc avec attention, faisant cette prière, et voyez son zèle pour le salut des âmes. Après avoir parlé ainsi, il éleva la voix en criant : « Lazare, sortez dehors. » Aussitôt celui-ci revint à la vie et s'élança hors du tombeau, mais lié et dans l'état où il avait été enseveli. Les Apôtres le délièrent sur l'ordre du Seigneur. Aussitôt qu'il fut libre, lui et ses sœurs se prosternèrent aux pieds de Jésus, lui rendirent grâces d'un si grand bienfait et le conduisirent à leur maison. Tous ceux qui étaient présents et qui avaient été témoins de ce qui venait d'arriver, furent dans un étonnement extrême. Le bruit de ce miracle se répandit partout, tellement qu'une grande foule vint de Jérusalem et des autres endroits de la Judée pour voir Lazare. Mais les princes des Juifs se regardant comme confondus, résolurent de faire mourir Jésus.

Bien que l'on croie que la malédiction…

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Message  Louis le Sam 26 Nov 2016, 6:17 am

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   CHAPITRE LXVII.

De la malédiction du figuier.

Bien que l'on croie que la malédiction du figuier et la présentation de la femme adultère dans le temple aient eu lieu après l'entrée de Jésus à Jérusalem sur un ânon, cependant comme il me paraît plus convenable, après cette même entrée, de ne nous occuper que de la Cène et de la Passion, avec ses diverses circonstances, j'ai pensé qu'il était bon de placer ici ces deux faits.

(1) Lors donc que le Seigneur Jésus s'avançait vers Jérusalem, il eut faim. Voyant un superbe figuier chargé de belles feuilles, il s'en approcha, mais il n'y trouva aucun fruit, et il le maudit. Aussitôt le figuier se dessécha, en sorte que les Disciples en étaient dans l'admiration. Considérez en toute cette histoire le Seigneur et ses Apôtres, selon la méthode accoutumée.

Remarquez aussi qu'en cette action de Jésus, il y a un sens mystique, puisqu'il savait bien que ce n'était pas le temps des figues. On peut donc, par cet arbre couvert de feuilles, entendre ceux qui sont abondants en paroles, mais dont les œuvres ne répondent pas à leur langage, et encore les hypocrites et les fourbes, qui ayant un extérieur parfait, portent cependant une âme vide et dépouillée de fruits.

Les méchants Princes des Juifs et les Pharisiens…
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1. Mat., 21 — Marc., 11.

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Message  Louis le Dim 27 Nov 2016, 5:29 am

.
   CHAPITRE LXVIII.

De la femme surprise en adultère.

(1) Les méchants Princes des Juifs et les Pharisiens persévéraient sans relâche dans leur acharnement contre le Seigneur, et ils agitaient entre eux avec grande inquiétude, les ruses et les fourberies à employer pour le vaincre et le rendre odieux au peuple. Mais leurs traits retournaient invariablement contre eux. Un jour donc qu'ils avaient surpris une femme en adultère, laquelle devait, suivant la loi, être lapidée, ils l'amenèrent à Jésus dans le Temple, lui demandant ce qu'il fallait en faire, voulant le faire passer pour cruel et sans miséricorde, s'il disait qu'il fallait s'en tenir à la loi, ou bien le taxer d'injustice, s'il disait autrement.

Mais la sagesse du Seigneur connaissait leurs embûches et savait les éviter. Il se baissa donc avec humilité, et écrivit sur la terre avec son doigt. La Glose dit qu'il écrivait les péchés de ces hommes, et cette écriture avait une telle vertu que chacun d'eux connaissait ses propres péchés. Alors le Seigneur, se levant, dit : « Que celui qui est sans péché, jette à cette femme la première pierre. » Et il s'inclina de nouveau par bonté même pour ses envieux et ses ennemis, afin qu'ils n'eussent pas trop à rougir. Mais ils se retirèrent tous et leurs ruses s'évanouirent.

Alors Jésus avant averti cette femme de ne plus pécher, la renvoya. Considérez-le avec attention en tous ses actes et en ses paroles.

Le temps arrêté par le Seigneur pour le rachat des hommes au prix de son sang étant proche…
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1. Joan., 8.

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Message  Louis le Lun 28 Nov 2016, 6:40 am

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   CHAPITRE LXIX.

De la conspiration des Juifs contre Jésus et de sa fuite en la ville d'Éphrem.

Le temps arrêté par le Seigneur pour le rachat des hommes au prix de son sang étant proche, le Démon arma ses satellites et anima leurs cœurs contre lui jusqu'à leur faire chercher les moyens de le faire mourir. Ses bonnes œuvres, la résurrection de Lazare surtout, irritaient de plus en plus leurs esprits et les faisaient comme sécher d'envie (1).

Ne pouvant donc plus contenir leur fureur, les Prêtres et les Pharisiens tinrent un conseil où Caïphe prophétisa, et où l'on arrêta de mettre à mort l'Agneau plein d'innocence. O conseil détestable! O chefs pervers du peuple, conseillers d'iniquité ! Que faites-vous, malheureux? Quelle fureur vous agite ? Quels projets formez-vous? Quelle cause vous fait demander la mort du Seigneur votre Dieu? N'est-il pas au milieu de vous, quoique vous le méconnaissiez? N'entend-il pas toutes vos paroles? Ne sonde-t-il pas vos reins et vos cœurs ? Mais il faut qu'il soit fait selon vos désirs : le Père céleste a livré son Fils entre vos mains; il sera mis à mort par vous et non pour vous ; il mourra et il ressuscitera afin de sauver son peuple ; et vous, vous périrez.

Cette réunion de principaux d'entre les Juifs fut connue ; mais Jésus, dans sa sagesse, voulant céder à leur colère, et aussi parce que tout ce qu'il avait à faire n'était pas encore accompli, se retira près du désert, en la ville d'Éphrem. Ainsi le Seigneur prit la fuite devant ses serviteurs les plus pervers.

Considérez donc ces méchants s'agitant avec fureur dans leur conseil abominable. Regardez aussi Jésus et ses Disciples qui se retirent comme des hommes sans force et sans ressources. Que pensez-vous que Madeleine ait dit alors? Mais surtout quelles étaient les pensées de la Mère du Sauveur, lorsqu'elle le voyait s'enfuir et qu'elle apprenait que c'était parce qu'on voulait le faire mourir. Vous pouvez vous figurer ici que Marie et ses sœurs restèrent chez Madeleine et que Jésus les consola en leur annonçant son prompt retour.

Après avoir pris la fuite avec prudence…
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1. Joan., 11.

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Message  Louis le Mar 29 Nov 2016, 6:27 am

.
   CHAPITRE LXX.

Comment le Seigneur revint à Béthanie
où Marie-Madeleine oignit ses pieds.

Après avoir pris la fuite avec prudence, comme nous venons de le voir, et pour notre instruction, nous montrant ainsi que nous devions nous soustraire avec soin, selon le temps et le lieu, à la fureur de nos persécuteurs, Jésus nous donne maintenant l'exemple de la force, car, le temps marqué approchant, il revint de lui-même s'offrir aux tourments et se livrer aux mains de ses ennemis. De même qu'il nous avait donné plus haut l'exemple de la tempérance en fuyant les honneurs, lorsque la foule voulut le faire roi, il nous a donné celui de la justice en permettant qu'on l'honorât comme un roi, quand le peuple vint à sa rencontre avec des branches d'arbres. Cependant il n'usa de ce triomphe qu'avec une grande modestie, et ce fut pour cela qu'il n'eut qu'un âne pour monture, comme le dit saint Bernard à cet endroit :

« (1)  Le Seigneur des vertus fit donc paraître en lui, pour notre instruction, ces quatre vertus : la prudence, la force, la tempérance et la justice. On les appelle vertus cardinales et principales, parce que c'est d'elles que découlent toutes les autres. Il ne faut pas croire pour cela qu'il ait été différent de lui-même ou inconstant ; de même qu'on ne saurait non plus le penser de celui qui s'exerce, selon les diverses circonstances, à la pratique des vertus diverses. »

Or, le jour du Sabbat, la veille du jour des palmes, Jésus revint à Béthanie, qui n'est qu'à environ deux milles de Jérusalem, et on lui prépara à souper dans la maison de Simon le lépreux (1). Lazare, Marthe et Marie s'y trouvèrent. Peut-être étaient-ils parents ou du moins très-amis de Simon (2). Ce fut alors que Marie répandit sur la tête de Jésus une livre d'un parfum précieux dont elle lui oignit la tête et les pieds. Ce qu'elle avait fait autrefois dans la même maison, par douleur de ses péchés, elle le faisait, aujourd'hui par amour ; car elle aimait le Seigneur par-dessus tout et elle ne pouvait se rassasier de lui rendre ses hommages. Le traître Judas murmura de cette action, mais le Seigneur répondit pour Marie et prit sa défense selon sa coutume. Néanmoins, le traître persévéra dans sa colère et prit de là le motif de sa trahison qu'il accomplit le mercredi suivant, en vendant le Seigneur au prix de trente pièces d'argent.

Considérez donc le Sauveur…
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1. Serm. 2 in ram. palm. —1. Mar. 11. — 2. Joan.,12.

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Message  Louis le Mer 30 Nov 2016, 6:04 am

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   CHAPITRE LXX.

Comment le Seigneur revint à Béthanie
où Marie-Madeleine oignit ses pieds.

(suite)


Considérez donc le Sauveur mangeant avec ses amis et employant à converser avec eux le peu de jours qui lui restent jusqu'à sa Passion. C'est chez Lazare qu'il réside   principalement; sa  maison, qui était aussi celle de ses sœurs, était son refuge habituel. C'est en cette demeure qu'il prenait avec les Apôtres ses repas durant le jour et son repos durant la nuit. C'est là que notre Souveraine, la mère du Seigneur, habitait avec ses sœurs, et tout le monde en cette maison l'honorait grandement, surtout Madeleine qui se tenait sans cesse en sa société et ne s'en séparait jamais.

Considérez donc cette Reine qui, glacée d'effroi pour son Fils bien-aimé, ne s'en éloigne en aucun temps. Lorsque le Seigneur défendant Madeleine, dit : « Cette femme, en répandant ce parfum sur mon corps, l'a fait en vue de ma sépulture (1), » croyez-vous que cette parole ne fût point comme un glaive qui perça l'âme de sa Mère ? Que pouvait-il dire de plus clair touchant sa mort ?

Tous ceux qui étaient présents, furent de même glacés d'effroi et remplis de pensées d'inquiétude. Ils s'entretenaient un à un, comme il arrive à ceux qui ont à parler de choses pénibles et douloureuses, et ils craignaient surtout toutes les fois qu'ils voyaient Jésus aller à Jérusalem, ce qui avait lieu tous les jours.

En effet, depuis ce jour de sabbat jusqu'à celui de la Cène, il donna aux Juifs de nombreux enseignements et fit publiquement à Jérusalem beaucoup de choses dont je n'ai pas l'intention de parler, si ce n'est de son entrée triomphante, de peur que notre méditation ne soit arrêtée, car nous touchons à la Passion.

Ranimez donc votre attention, recueillez votre esprit tout entier et ne vous laissez distraire par aucune autre chose, afin que, vide de tous soins, vous puissiez vous occuper avec une vigilance parfaite, tant des mystères qui précèdent, que de la Passion elle-même. Cependant aimez à demeurer à Béthanie avec les personnes que vous y avez rencontrées.

Les mystères devenaient plus nombreux…
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1. Mat., 26.

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Re: Méditations sur la Vie de Jésus-Christ, par S. Bonaventure.

Message  Louis le Jeu 01 Déc 2016, 6:40 am

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   CHAPITRE LXXI.

De l'entrée du Seigneur Jérusalem sur un âne,
et en même temps comment
il est dit que Jésus a pleuré trois fois.

Les mystères devenaient plus nombreux, les Écritures recevaient leur accomplissement de la part du Seigneur, et, le temps étant proche, il brûlait de donner au monde, par l'immolation de son propre corps, le remède dont il avait besoin. Donc le jour suivant, de grand matin, c'est-à-dire le dimanche, il se prépara à aller à Jérusalem d'une manière nouvelle et inaccoutumée, selon qu'il avait été prédit par le Prophète.

Mais, alors qu'il se disposait à se mettre en route, sa Mère l'en dissuadait avec toute la tendresse de son amour en lui disant : « Mon fils, où voulez-vous aller? Vous savez la conspiration qui existe contre vous; comment vous jetez-vous au milieu de vos ennemis ? Je vous en conjure, demeurez. » Ce voyage paraissait également aux Apôtres quelque chose d'impraticable, et ils l'en éloignaient de toutes leurs forces.

Madeleine lui disait : « Pour Dieu, Maître, n'y allez pas, vous savez qu'ils désirent votre mort. Si vous vous mettez entre leurs mains, ils vous prendront dès ce jour et ils accompliront ce qu'ils ont résolu. »

Oh Dieu! comme ils l'aimaient et combien leur était amer tout ce qui pouvait lui nuire! Mais, pour lui, il en avait disposé autrement, car il avait soif du salut de l'univers, et il leur répondait : « C'est la volonté de mon Père que j'y aille. Venez, ne craignez pas, car il nous défendra lui-même, et ce soir nous reviendrons ici sans avoir éprouvé aucun mal. »

(1) Il se mit donc en marche, et cette troupe, petite, il est, vrai, mais fidèle, le suivit. Lorsqu'il fut arrivé à Bethphagé, petit village qui se trouve au milieu du chemin, il envoya deux de ses Disciples à Jérusalem, pour qu'ils lui amenassent une ânesse et son ânon, attachés dans un lieu public pour servir à l'usage des pauvres. Ce qui ayant été fait, le Seigneur monta humblement d'abord sur l'ânesse, et un peu après sur l’ânon, les Disciples ayant eu soin d'étendre auparavant leurs vêtements dessus. Telle était la marche triomphale du Maître du monde. Et, bien qu'il fût véritablement digne des plus grands honneurs, voilà quelle était sa monture au temps de son triomphe, quels étaient les ornements qui la couvraient.

Considérez-le donc avec attention, et voyez comment, en cet honneur qu'il reçoit, il a condamné la pompe brillante du monde. Ces animaux n'avaient ni freins resplendissants, ni selles dorées, ni housses de soie, selon l'usage d'un monde insensé; mais ils étaient couverts de haillons et conduits au moyen de deux cordes. Cependant celui qu'ils devaient porter était le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs.

Aussitôt que la foule fut instruite de son approche, elle alla à sa rencontre et le reçut comme un roi, avec une joie incroyable, au milieu de chants d'allégresse et de louanges, en couvrant la terre de ses vêtements et de branches d'arbres. Mais, pour lui, il mêla ses larmes à cette joie, car dès qu'il vit Jérusalem, il pleura sur elle en disant : Oh ! si tu connaissais au moins en ce jour ce qui peut te donner la paix, tu pleurerais aussi.

Or, vous devez le savoir…
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1. Mat.. 21. — Mar., 11. — Luc., 10.

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Message  Louis le Ven 02 Déc 2016, 6:23 am

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   CHAPITRE LXXI.

De l'entrée du Seigneur Jérusalem sur un âne,
et en même temps comment
il est dit que Jésus a pleuré trois fois.

(suite)

Or, vous devez le savoir, nous lisons que le Seigneur a pleuré trois fois différentes : la première sur la mort de Lazare, c'est-à-dire sur la misère de l'homme ; la seconde, en la circonstance qui nous occupe, c'était sur l'aveuglement et l'ignorance du genre humain, car il pleure ici parce que les Juifs n'ont pas connu le temps de sa visite; la troisième fois, ce fut dans sa Passion, et ces larmes eurent pour cause le péché et la perversité du monde , car il voyait que sa Passion suffisait à tous les hommes, et cependant qu'elle ne servirait pas à tous et serait inutile pour les réprouvés, pour les cœurs durs et impénitents.

L'Apôtre fait mention de ces pleurs dans son épître aux Hébreux, où, en parlant du temps de la Passion, il dit : « Ayant offert avec un grand cri et avec larmes ses supplications et ses prières, il fut exaucé à cause de son humble respect pour son Père (1).» Le texte sacré ne rapporte que ces trois fois, mais l'Église tient qu'il a pleuré encore d'autres fois dans son enfance, et c'est pour cela qu'elle chante: Enfant, il a gémi, enfermé dans les étroites limites de sa crèche, ce qu'il faisait pour voiler au démon le mystère de son Incarnation.

Considérez-le donc bien versant des larmes, car vous devriez en verser avec lui. Il pleure largement et fortement, car sa douleur est sincère et il s'attriste véritablement sur ces hommes; car il déplorait avec un cœur plein d'amertume le danger qu'ils couraient pour leur éternité. Il prédit aussi en ce moment leur ruine temporelle.

Regardez encore les Apôtres qui marchent soigneusement près de lui, pleins de crainte et de respect. Ce sont ses Gentilshommes, ses Comtes, ses Chambellans et ses Écuyers.

Voyez aussi sa Mère, avec Madeleine et les autres femmes qui viennent à sa suite avec empressement. Vous ne sauriez croire qu'en le voyant pleurer, sa Mère et les autres aient pu retenir leurs larmes.

Le Seigneur entra donc au milieu de ce triomphe et des honneurs que lui rendait la foule, dans la ville qui en fut toute émue. Il alla au temple et il en chassa les vendeurs et les acheteurs. C'était la seconde fois qu'il agissait de la sorte. Alors il se mit à prêcher publiquement au peuple dans le temple, et à répondre presque jusqu'au soir aux Princes des Prêtres et aux Pharisiens. Mais quoiqu'il eût été reçu avec de tels honneurs, il ne se trouva personne pour l'inviter à boire et à manger. Ainsi lui et ses Disciples jeûnèrent tout le jour, et le soir il revint avec eux à Béthanie.

Remarquez donc bien comment celui qui, le matin, était entré avec tant de magnificence, s'en retourne par la ville humblement et sans éclat, entouré d'un petit nombre de personnes. Vous pouvez comprendre par là combien on doit faire peu de cas des honneurs terrestres qui passent avec tant de rapidité. Vous pouvez aussi vous figurer quelle était la joie de Madeleine et des autres en voyant le Seigneur honoré par la foule, et surtout en le voyant revenir sain et sauf à Béthanie.

Nous pouvons placer ici une belle méditation dont cependant l'Écriture ne parle pas…
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1. Hébr. 5.

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Message  Louis le Sam 03 Déc 2016, 7:25 am

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   CHAPITRE LXXII.

Comment le Seigneur prédit sa Passion à sa Mère.

Nous pouvons placer ici une belle méditation dont cependant l'Écriture ne parle pas. Le mercredi, le Seigneur Jésus étant à table le soir avec ses Disciples en la maison de Marie et de Marthe, et sa Mère prenant aussi son repas avec les autres femmes dans une autre partie de la maison, Madeleine qui servait adressa à Jésus cette prière : « Maître, souvenez-vous de faire la Pâque avec nous je vous en supplie, ne me refusez pas cette faveur. » Mais le Seigneur ne voulut en aucune façon consentir à sa demande, et il lui dit que c'était à Jérusalem qu'il ferait la Pâque. Alors elle se retire pleine de douleur, et, versant des larmes amères, elle s'en va trouver la Mère du Sauveur, lui raconte ce qui vient de se passer et la prie d'intervenir elle-même, afin de lui faire faire la Pâque en cet endroit.

Le repas fini, le Seigneur revint à sa Mère, et, s'asseyant avec elle en un lieu à part, ils parlent, s'entretiennent ensemble, et il lui permet de jouir à son aise de sa présence dont elle devra bientôt être privée. Considérez-les assis tous deux et voyez comment notre Souveraine reçoit son Fils avec respect, avec quel amour elle demeure avec lui, et en même temps combien le Seigneur, de son côté, témoigne de respect à sa Mère.

Mais, pendant qu'ils s'entretiennent ainsi, voilà que Madeleine vient les trouver, et, s'asseyant à leurs pieds, elle dit : « Ma Souveraine, tout-à-l'heure j'invitai le Maître à faire la Pâque avec nous, mais il semble décidé à aller la faire à Jérusalem, afin de s'y faire prendre. Je vous en prie, ne le permettez pas. »

Alors Marie s'écrie : « Je vous en conjure, mon Fils, qu'il n'en soit pas ainsi, mais faisons la Pâque en ce lieu. Vous savez que des embûches sont tendues pour s'emparer de vous. » Et le Seigneur lui répond : « Ma Mère bien-aimée, c'est la volonté de mon Père que je fasse la Pâque à Jérusalem, car le temps de la rédemption est arrivé. C'est maintenant que va s'accomplir tout ce qui a été écrit de moi, et que mes ennemis me feront tout ce qu'ils voudront. »

Or, en l'entendant parler ainsi, elles furent pénétrées d'une douleur profonde, car elles comprirent bien que c'était de sa mort qu'il était question. Sa Mère lui dit donc, ayant à peine la force de proférer une parole : « Mon Fils, ce que vous venez de m’annoncer m'a remplie de terreur, et je sens mon cœur prêt à m'abandonner. Que votre Père ait soin de vous, car je ne sais plus que dire. Je ne veux point m'opposer à sa volonté ; mais s'il lui plaisait de différer pour le moment, veuillez l'en prier, et faisons ici la Pâque avec nos amis. Il pourra, si tel est son bon vouloir, pourvoir d'une autre manière à la rédemption du monde sans que vous mouriez, car toutes choses lui sont possibles. »

Oh ! s'il vous était donné de voir le Seigneur pleurer en écoutant ces paroles, avec retenue et modération cependant, et Madeleine, comme si elle était ivre de son Maître, donner un large cours à ses larmes et éclater en sanglots, peut-être ne pourriez-vous vous empêcher de pleurer aussi. Pensez en quel état Marie et Madeleine pouvaient être pendant cet entretien. Le Seigneur, pour les consoler, leur dit avec tendresse : « Ne pleurez pas; vous savez qu'il faut que j'obéisse à mon Père; mais tenez pour assuré que bientôt je reviendrai à vous, et que le troisième jour je ressusciterai. Je ferai donc la Cène sur la montagne de Sion, selon la volonté de mon Père. » Alors Madeleine reprit : « Puisque nous ne pouvons le retenir ici, allons aussi, nous autres, dans notre maison de Jérusalem; mais je crois qu'il ne s'est jamais rencontré une Pâque aussi amère. » Le Seigneur consentit à ce qu'elles fissent la Pâque dans cette maison.

Le temps de la clémence et des miséricordes du Seigneur Jésus étant proche…

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Re: Méditations sur la Vie de Jésus-Christ, par S. Bonaventure.

Message  Louis le Dim 04 Déc 2016, 6:34 am

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CHAPITRE LXXIII.

De la Cène du Seigneur et en même temps
de la table et de la manière de s'y tenir.
— Exemple de cinq vertus donné par Jésus dans la Cène,
et aussi de cinq choses du discours du Seigneur.

(suite)

Le temps de la clémence et des miséricordes du Seigneur Jésus étant proche et déjà sur le point d'arriver, ce temps où il avait arrêté de sauver son peuple et de le racheter, non pas au prix d’un or ou d'un argent corruptible, mais au prix de son sang très précieux (1), il voulut, avant que la mort ne le séparât de ses Apôtres, faire avec eux la Cène d'une manière solennelle, comme gage particulier de son souvenir et aussi afin d'accomplir les mystères réservés pour ce moment. Cette Cène fut vraiment magnifique, et tout ce que le Seigneur y fit, plein de magnificence. Si vous voulez considérer toutes ces choses avec une attention suprême, regardez-vous-y comme présente, car si vous le faites dignement et avec soin, notre miséricordieux Seigneur ne souffrira pas que vous vous en retourniez à jeun.

Or, en cette Cène, quatre choses surtout s'offrent à nos méditations. D'abord, c'est la Cène légale elle-même; en second lieu, le lavement des pieds des Disciples par le Seigneur ; en troisième lieu, l'institution du sacrement de son corps très-sacré ; quatrièmement enfin, le magnifique discours qu'il prononça. Nous allons parcourir ces points successivement.

Quant au premier, remarquez que Pierre et Jean s'en allèrent, par l'ordre de Jésus, chez un de ses amis qui demeurait sur la montagne de Sion, et en la maison duquel se trouvait une salle vaste et bien meublée, afin de préparer la Pâque (2). Le jour commençant à baisser, le Seigneur entra dans la ville avec ses autres Disciples et alla en cette maison.

Regardez-le maintenant, il s'est arrêté dans quelque appartement de cette même demeure, et il s'entretient avec ses Apôtres de choses utiles pendant que quelques-uns des soixante-douze Disciples préparent la Pâque dans la grande salle. On lit, en effet, dans la légende de saint Martial, que ce jour-là même ce saint fut employé avec plusieurs des soixante-douze à servir le Seigneur pendant qu'il lavait les pieds à ses Apôtres. Alors donc que tout fut prêt, Jean, le disciple bien-aimé, qui allait et venait avec empressement pour préparer et aider en tout ce qui était nécessaire, vint trouver le Seigneur et lui dit : « Maître, vous pouvez faire la Cène quand il vous plaira, car tout est prêt. »

Considérez maintenant avec attention et longuement tout ce qui se dit et se fait, car tout y est vraiment touchant, et, loin d'abréger les diverses circonstances comme nous avons fait pour les autres actions du Seigneur, il nous faut plutôt les étendre. C'est de là que dépend surtout l'efficacité de toutes les méditations qui ont pour objet sa personne, et c'est par un tel moyen que l'on comprend particulièrement la grandeur de son amour, dont il nous a donné des marques si extraordinaires en cette Cène.

Le Seigneur se leva donc et ses Disciples avec lui. Jean se plaça à son côté et ne se sépara plus de lui en aucune façon dans la suite ; car aucun autre ne s'était attaché à Jésus aussi fidèlement et aussi intimement que Jean. Lorsque le Sauveur eut été pris, Jean entra avec lui dans la cour de la maison du Grand-Prêtre, et il ne l'abandonna, ni dans son crucifiement, ni à sa mort, ni après qu'il eut rendu l'esprit, jusqu'à ce qu'il eût été enseveli. Or, dans la Cène, il s'assit auprès de lui, quoiqu'il fût plus jeune que les autres.

Ils entrent donc tous dans la salle…
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1. I Pet., 1. — 2. Mat., 26.

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Re: Méditations sur la Vie de Jésus-Christ, par S. Bonaventure.

Message  Louis le Lun 05 Déc 2016, 7:06 am

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CHAPITRE LXXIII.

De la Cène du Seigneur et en même temps
de la table et de la manière de s'y tenir.
— Exemple de cinq vertus donné par Jésus dans la Cène,
et aussi de cinq choses du discours du Seigneur.

(suite)

Ils entrent donc tous dans la salle, lavent leurs mains et se placent autour de la table qu'ils bénissent pieusement. Regardez bien chaque chose. Vous devez savoir que la table était placée à terre et qu'ils s'assirent à terre pour manger, selon la coutume des anciens. La table était carrée, ainsi qu'on le croit, et composée de plusieurs planches. Je l'ai vue à Rome dans l'église de Latran et je l'ai mesurée moi-même : elle a sur chaque côté deux coudées et trois doigts ou une palme environ, de sorte que trois Apôtres, comme on le croit, étaient assis de chaque côté, bien qu'un peu étroitement, et le Seigneur s'était placé humblement à un coin, et tous pouvaient manger au même plat. C'est pour cela que les Apôtres ne comprirent pas quand Jésus dit : « Celui qui porte la main au plat avec moi, est celui qui doit me trahir; » car ils la portaient tous.

Le Seigneur ayant donc béni la table de sa main, tous y prennent place, Jean auprès de Jésus; et alors l'Agneau pascal est servi. mais remarquez que vous pouvez les considérer de deux manières : d'abord assis, comme je vous l'ai déjà dit, et ensuite debout, un bâton à la main, mangeant l'agneau assaisonné avec des laitues sauvages, et observant ainsi tout ce qui est ordonné dans la loi; pourvu, toutefois, que vous les représentiez assis ensuite pour manger quelqu'autre chose, comme on peut le conclure de plusieurs endroits du texte; car Jean n'eût  pu se reposer sur la poitrine du Seigneur, s'il n'eût été assis.

L'agneau étant donc servi, celui qui était l'Agneau véritable et immaculé, le Seigneur Jésus, qui était au milieu d'eux comme un serviteur, le prit, le partagea en morceaux, le présenta avec joie à ses Apôtres et les encouragea à manger. Ils mangeaient à la vérité, mais sans allégresse, ou plutôt pleins de crainte, car ils redoutaient quelque tentative nouvelle contre leur Maître. Or, pendant qu'ils étaient à table, il leur découvrit plus clairement ce qui allait arriver, et leur dit, entre autres choses : « J'ai désiré arec ardeur manger cette Pâque arec vous avant de souffrir ; mais un d'entre vous doit me trahir (1). » Cette parole pénétra leurs cœurs comme un glaive aigu ; ils cessèrent de manger, et, se regardant les uns les autres, ils s'écrièrent : « N'est-ce point moi, Seigneur ? »

Considérez-les donc avec attention et ayez une grande compassion, tant pour le Seigneur que pour eux, car ils sont plongés dans une douleur amère. Quant au traître, afin qu'on ne s'aperçût pas que ces paroles le regardassent, il ne discontinua pas de manger.

Mais Jean, sur l'instance de Pierre, s'adressa à Jésus en disant « Seigneur, quel est celui qui doit vous trahir (2)? » Et le Seigneur le lui découvrit sans difficulté comme au bien-aimé de son cœur. Mais Jean, frappé d'étonnement et percé jusqu'au fond des entrailles, se pencha sur son Maître et s'appuya sur sa poitrine. Quant à Pierre, le Seigneur ne lui fit rien savoir ; car, comme dit saint Augustin, s'il eût connu le traître, il n'eût pu s'empêcher de le déchirer de ses dents (1).

Or, par Pierre sont représentés ceux qui mènent la vie active…
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1 Luc., 22. — 2. Joan., 23. — 1. Aug. tract. 124 in Joan.

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Re: Méditations sur la Vie de Jésus-Christ, par S. Bonaventure.

Message  Louis Hier à 6:12 am

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CHAPITRE LXXIII.

De la Cène du Seigneur et en même temps
de la table et de la manière de s'y tenir.
— Exemple de cinq vertus donné par Jésus dans la Cène,
et aussi de cinq choses du discours du Seigneur.
(suite)

Or, par Pierre sont représentés ceux qui mènent la vie active, et par Jean les contemplatifs, comme le dit encore saint Augustin dans la même homélie sur l'Évangile qui se lit pour la fête de saint Jean. Ainsi vous avez une preuve nouvelle que le contemplatif ne se mêle pas des actes extérieurs, et que même il ne demande pas vengeance des offenses commises contre Dieu, mais qu'il en gémit intérieurement, et que s'approchant de Dieu avec plus de ferveur par la contemplation et s'attachant à lui plus librement, il remet tout à la disposition de sa volonté. Quelquefois cependant le contemplatif sort de son repos par zèle pour Dieu et pour les âmes, comme vous l'avez vu plus amplement lorsque nous avons parlé de la vie contemplative.

Vous voyez encore ici que Jean ne dit rien à Pierre quoique ce fût sur son désir qu'il eût interrogé Jésus. D'où vous pouvez conclure que le contemplatif ne doit point révéler le secret de son Seigneur. Nous lisons de saint François, que jamais il ne faisait connaître les révélations dont il avait été favorisé dans le secret, à moins qu'il n'y fût poussé par zèle pour le salut de ses frères, ou que l'esprit de Dieu ne l'y excitât.

Considérez donc maintenant quelle est la bénignité du Seigneur, comme il reçoit avec tendresse son bien-aimé sur son sein. Oh! comme ils s'aimaient l'un l'autre profondément! Considérez aussi les autres Apôtres : cette parole du Seigneur les a accablés de tristesse; ils ne mangent point, mais se regardent les uns les autres sans pouvoir s'arrêter à rien sur tout cela. Voilà pour le premier point.

Méditez maintenant le second avec toute la diligence possible. Tandis que les Apôtres sont ainsi livrés à leurs réflexions, le Seigneur se lève de table (1)  et eux en font autant, ne sachant point où il veut aller. Il descend avec eux dans un autre appartement de la maison, comme le rapportent ceux qui ont visité ces lieux; il les fait tous asseoir, se fait apporter de l'eau, dépose ses vêtements, se ceint d'un linge et met de cette eau dans un bassin afin de leur laver les pieds. Pierre refuse, et, tout hors de lui, il ne veut pas se prêter à une chose qui, à son jugement, est indigne de son Maître. Mais en écoutant la menace de Jésus, il change sagement de résolution et se soumet.

Considérez avec attention chacun des actes du Sauveur et contemplez avec admiration ce qui se passe. La Majesté suprême, le Maître de l'humilité s'abaisse jusqu'aux pieds d'un pêcheur; il se tient incliné et à genoux devant ses disciples assis, il leur lave à tous les pieds de ses propres mains, les essuie et les baise. Mais ce qui exalte encore plus son humilité, c'est qu'il rend ces mêmes devoirs au traître lui-même. O cœur pervers ! ta dureté surpasse toute dureté, si une telle humilité est impuissante à t'amollir, si elle ne te pénètre point de respect pour le Seigneur de Majesté, si elle n'arrête point tes projets barbares contre celui qui fut en tout temps ton bienfaiteur, et que tu vis toujours innocent. Malheur à toi, misérable! ton endurcissement enfantera ce qu'il a conçu, et cependant ce n'est pas lui qui périra, c'est toi qui consommeras ta ruine. C'est donc avec justice que nous devons être dans l'admiration en présence d'une humilité si prodigieuse et d'une bénignité si profonde.

Cette action terminée, Jésus revient…
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1 Joan., 13.

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Re: Méditations sur la Vie de Jésus-Christ, par S. Bonaventure.

Message  Louis Aujourd'hui à 7:03 am

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CHAPITRE LXXIII.

De la Cène du Seigneur et en même temps
de la table et de la manière de s'y tenir.
— Exemple de cinq vertus donné par Jésus dans la Cène,
et aussi de cinq choses du discours du Seigneur.

(suite)

Cette action terminée, Jésus revient au lieu de la Cène, et s'étant assis de nouveau, il invite ses Apôtres par son exemple à faire de même. Or vous pouvez remarquer que, dans cette soirée, le Seigneur Jésus nous a été un modèle de cinq grandes vertus, savoir : d'humilité, en lavant les pieds à ses Apôtres, ainsi qu'il vient d'être dit; de charité, en instituant le sacrement de son Corps et de son Sang, et en prononçant ce discours qui est tout plein d'enseignements de charité; de patience, en supportant le traître ainsi que les opprobres dont il fut l'objet quand il fut pris et conduit comme un voleur ; d'obéissance, en allant aux tourments et à la mort par soumission à son Père ; d'oraison, en priant par trois fois dans le jardin. Efforçons-nous de l'imiter en ces vertus. — Voilà pour le second point.

En méditant le troisième, soyez comme hors de vous à la vue de cette condescendance pleine d'amour, de cette charité pleine de tendresse qui le porte à se livrer lui-même et à se laisser à nous en nourriture. Lors donc qu'après avoir lavé les pieds à ses Apôtres, il se fut assis de nouveau, voulant mettre fin aux institutions  
et aux sacrifices de la loi, et commencer le Testament nouveau, il se fait lui-même un sacrifice nouveau. Prenant du pain et élevant les yeux au ciel, il établit le très-auguste sacrement de son corps, et, le donnant à ses Disciples, il leur dit : « Ceci est mon corps, qui sera livré pour vous (1). » Il fait de même pour le calice, en disant : « Ceci est mon sang qui sera versé pour vous. »

Pour Dieu, considérez avec attention de quelle manière il accomplit avec soin, fidèlement et pieusement, toutes ces choses, et comme il communie de ses propres mains cette famille bénie et bien-aimée. Enfin, en souvenir de son amour, il ajoute : « Faites ceci en mémoire de moi. »

C'est là ce mémorial qui devrait embraser et enivrer tout entière l'âme reconnaissante, lorsqu'elle s'en nourrit, soit dans la communion, soit par une méditation fervente, et la transformer sans réserve en son Seigneur lui-même, par la véhémence de son amour et de sa dévotion. Il ne pouvait nous laisser rien de plus grand, de plus cher, de plus doux, de plus utile que lui-même.

En effet, celui que nous recevons dans le Sacrement, c'est le même qui, ayant pris un corps et étant né de la Vierge, a souffert la mort pour nous ; le même qui ressuscitant et s'élevant glorieusement dans les cieux, est assis à la droite de Dieu. C'est lui qui a créé le ciel et la terre et tout ce qu'ils renferment; lui qui gouverne et régit tout; lui de qui dépend votre salut, en la volonté et en la puissance duquel il est de vous donner ou de vous refuser la gloire éternelle. C'est lui qui est offert et vous est présenté sous une hostie d'une faible grandeur. C'est Jésus-Christ notre Seigneur, le Fils du Dieu vivant. — Voilà pour le troisième point.

Pour le quatrième, c'est le comble inénarrable et surabondant de toutes les grâces. Considérez donc les autres signes qu'il nous donne de sa charité. Il fait à ses Apôtres un discours ravissant de beauté et de douceur, tout embrasé des ardeurs de l'amour.

Lorsqu'ils eurent communié, et l'infâme Judas avec eux, selon le sentiment de saint Augustin (1), bien que, selon d'autres, il n'ait pas été présent au moment de la communion, le Seigneur dit au même Judas : « Ce que vous avez à faire, faites-le promptement  (2). » Aussitôt cet infortuné sort et s'en va trouver les Princes des Prêtres à qui la veille il avait vendu son Maître pour trente pièces d'argent, et il leur demande une compagnie de soldats afin de le prendre. C'est pendant ce temps que Jésus fait à ses Apôtres le discours dont nous parlons.

Je choisis, pour nos méditations seulement…
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1. Mat., 26. — 1. Aug. enar. in ps. 40. — 2. Joan. 13.

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