Rome souterraine.

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Message  Louis le Dim 01 Fév 2015, 3:28 pm

LIVRE  III


CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  III.

la crypte papale.

(SUITE)


La présence de quatre tombes épiscopales réunies en un même lieu, quand, jusqu'à ces derniers temps, on n'en avait découvert aucune dans les cimetières souterrains, semble indiquer que l'Eglise primitive avait désigné un emplacement spécial pour y enterrer en commun ses plus hauts dignitaires, et la vénération dont fut entourée de tout temps la principale chapelle du cimetière de Calliste, les décorations successives dont elle fut revêtue, et enfin les témoignages du Liber pontificalis et de tous les anciens documents, ne permettent pas de chercher ailleurs la sépulture commune des papes du IIIesiècle.

Avant cette époque, nous l'avons vu, les évêques de Rome furent tous enterrés (à l'exception d'un petit nombre, dont l'inhumation en un autre lieu s'explique historiquement) « près du corps du bienheureux Pierre sur le Vatican (1), »  de même que les évêques d'Alexandrie avaient leur chapelle funéraire près du corps de saint Marc. Les églises apostoliques étaient très-jalouses de posséder au milieu d'elles les tombes de leurs évêques; c'était le moyen d'établir leur généalogie, et de remonter, d'anneau en anneau, vers la source apostolique d'où elles avaient reçu la doctrine et la hiérarchie.

« Montrez-nous, s'écrie Tertullien, s'adressant aux hérétiques, montrez-nous les origines de vos églises, déroulez devant nous la succession de vos évêques, conduisez-nous par une suite non interrompue vers l'apôtre ou le disciple des apôtres qui a fondé votre siège épiscopal : c'est ainsi que les vraies églises apostoliques établissent leur origine, et sont en état de rendre leurs comptes, » hoc enim modo ecclesiæ apostolicæ census suos deferunt (2).

Polycrate, évêque d'Éphèse, écrivant à saint Victor, énumère avec soin les tombeaux, en différentes villes d'Asie, de plusieurs évêques, « grands piliers de l'Eglise, » dont il allègue en sa faveur le témoignage (3).

Caïus, disputant à la fin du IIe siècle contre les cataphrygiens, en appelle aux tombes de saint Pierre et de saint Paul (4).

Attachant tant de prix à conserver chez elles les corps de leurs évêques, comme autant d'anneaux d'une chaîne qui ne devait être ni interrompue ni brisée, les églises primitives ne reculaient devant aucun sacrifice pour ramener dans leurs murs, toutes les fois que cela était possible, les restes de leurs pasteurs morts en exil. C'est ainsi que les corps des papes Eusèbe, Corneille et Pontien furent rapportés à Rome, celui de saint Ignace rendu à Antioche, celui de saint Denys, évêque de Milan, ramené dans cette ville par saint Ambroise, celui de saint Félix, évêque de Tiburtium, rapporté de Venosa, où il avait souffert le martyre, en Afrique, où était son siège épiscopal. Peut-être même cette ancienne coutume, établie depuis l'origine de l'Église, donna-t-elle aux chrétiens d'Orient la pensée d'entreprendre la singulière expédition qui mit un instant entre leurs mains les reliques de saint Pierre et de saint Paul.

Quelque importance qu'on y attachât, cependant…

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Rome Souterraine, p. 201-3.

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Re: Rome souterraine.

Message  Louis le Lun 02 Fév 2015, 3:51 pm

LIVRE  III


CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  III.

la crypte papale.

(SUITE)


Quelque importance qu'on y attachât, cependant, les persécutions, la distance, la pauvreté des églises durent empêcher souvent de rapporter dans leurs villes épiscopales les évêques morts loin d'elles. Rome dut être témoin de nombreuses dérogations à la règle établie, car, dès les temps les plus reculés, les évêques de toutes les parties du monde affluaient dans la ville éternelle (propter  potiorem  principalitatem, dit saint Irénée), et nous avons la preuve que, même au plus fort des persécutions, ce concours des évêques était plus nombreux et plus fréquent qu'on ne serait tenté de le croire.

Saint Cyprien nous apprend qu'en 251, seize évêques étaient présents à l'élection du pape Corneille : deux étaient Africains, deux autres arrivèrent d'Egypte peu de temps après (1).

Le même saint Corneille put rassembler à Rome soixante évêques en concile pour examiner la discipline à suivre dans la réconciliation des apostats (2).

Sur un aussi grand nombre d'évêques étrangers, il est possible que quelques-uns soient morts pendant leur séjour à Rome, et si leurs églises ne purent faire revenir leurs corps, l'Église de Rome leur donna certainement une sépulture digne du rang épiscopal (1). Aussi verrons-nous sans surprise plusieurs évêques, qui certainement ne furent pas évêques de Rome, enterrés dans la chapelle spécialement destinée à la sépulture des papes du IIIe siècle.

La série des papes qui reposèrent dans cette chapelle commence à Zéphyrin, mort en 215, et finit à Melchiade, mort en 313 ; elle occupe un siècle entier, et se place entre Septime Sévère et Constantin. Quelques éditions du Liber pontificalis nomment à tort parmi les papes enterrés in cœmeterio Callisti saint Anicet (mort en 163) et saint Soter (mort en 177) : c'est là une erreur évidente, puisque nous savons que tous les papes du Ier et du IIe siècle eurent leur sépulture au Vatican : les plus anciennes recensions du Liber pontificalis disent expressément qu'Anicet et Soter furent enterrés parmi leurs prédécesseurs. En ce qui concerne ce dernier, la cause de l'erreur est facile à découvrir : son tombeau fut confondu avec celui de sainte Soteris, vierge et martyre, dont le cimetière, nous l'avons vu, était voisin du cimetière de Calliste, et finit par y être réuni.

Le premier pape qui ait été enterré dans la crypte pontificale est le fondateur même du cimetière, saint Zéphyrin (215).

Son successeur saint Calliste (215-222), qui, avant de monter sur le siège de saint Pierre, avait eu pendant tant d'années, comme archidiacre, l'administration du cimetière qui devait retenir son nom, n'y fut cependant pas enterré : il périt dans un tumulte populaire, précipité d'une fenêtre de sa maison dans un puits : son corps en fut retiré par les chrétiens, qui le transportèrent dans le cimetière le plus voisin du Transtévère où il demeurait, celui de Saint-Calépode sur la voie Aurélia.

Saint Urbain Ier lui succéda (222-230). Si…

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(1).  Cyprian., Ep., 41, 42, 49, 52. — (2).  Euseb., Hist. Eccl. , VI, 43. — (1). Un décret du concile d'Arles (314) ordonne qu'une église soit assignée à chaque évêque étranger visitant Rome, pour qu'il y puisse célébrer la messe. — Conc. Arl., can. XIX, apud Collect. Reg. Max., I, 266. Voir dans Eusèbe, Hist. Eccl., V, 24, in fine, avec quels égards saint Polycarpe fut reçu à Rome par saint Anicet.

Rome Souterraine, p. 203-4.

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Re: Rome souterraine.

Message  Louis le Mar 03 Fév 2015, 4:16 pm

LIVRE  III


CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  III.

la crypte papale.

(SUITE)




Saint Urbain Ier lui succéda. Si l'on en croit les anciens martyrologes, ce pape aurait été enterré dans le cimetière de Prétextât, de l'autre côté de la voie Appienne. Les contradictions de ces documents, qui donnent au pape tantôt le nom de confesseur et tantôt celui de martyr, firent soupçonner à Tillemont et au bollandiste Du Sollier une confusion établie de longue date, grâce à la similitude de noms, entre saint Urbain, pape et confesseur, et un évêque Urbain, appartenant à un bourg voisin ou à un siège étranger, et mort martyr à Rome. L'étude, négligée par Tillemont, des actes de sainte Cécile et de leur chronologie inexacte démontre en effet l'existence des deux Urbain. L'évêque fut enterré au cimetière de Prétextat, et le pape dans celui de Calliste, où M. de Rossi a retrouvé, dans la crypte pontificale, un couvercle de sarcophage avec cette inscription : OTPBANOC  E..., Urbanus episcopus (1).

Saint Urbain eut pour successeur saint Pontien (230-235), qui, ayant été déporté en Sardaigne, abdiqua la dignité pontificale, discinctus est, et fut remplacé sur le siège de saint Pierre par saint Antherus ou Anteros (236), dont nous avons vu tout à l'heure la pierre tombale. Anteros fut pape quelques mois seulement : désigné à l'attention des persécuteurs par le zèle avec lequel il recherchait les actes des martyrs dans les rapports officiels du préfet urbain, il fut lui-même martyrisé, et mourut avant son prédécesseur Pontien. Celui-ci vécut encore quelques années dans son exil de Sardaigne, où il périt sous le fouet et le bâton, afflictus, fustibus maceratus : sa dépouille mortelle fut solennellement rapportée de Sardaigne à Rome (avec l'autorisation de l'empereur, car la loi romaine l'exigeait (2) par saint Fabien (236-250), successeur d'Anteros, et déposée à la suite de celui-ci dans la crypte papale : ce qui explique que plusieurs anciens chroniqueurs se soient trompés dans l'ordre de succession de ces deux papes, et, en faisant d'Anteros le prédécesseur de Pontien, aient jeté dans l'histoire de cette époque les éléments d'une confusion en apparence inextricable.

Sur la pierre étroite et mince qui fermait…

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Planche XIV, nº 4 :


Rome Souterraine, p. 204-6.

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Re: Rome souterraine.

Message  Louis le Mer 04 Fév 2015, 11:59 am

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CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  III.

la crypte papale.

(SUITE)





Note de Louis :  à propos des notes 1, 2 et 3, voir ci-dessous :

(1) Voir le fac-similé de cette inscription, p. 159.(Note de Louis: je crois plutôt que c’est à la page 176. Bien à vous.

(2) Voir à l’appendice, note A.

(3) Pour la planche XIV, voir ci-dessous :





Planche XIV, nº 1, 3, 5.:


Rome Souterraine, p. 206.

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Re: Rome souterraine.

Message  Louis le Jeu 05 Fév 2015, 4:34 pm

LIVRE  III


CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  III.

la crypte papale.

(SUITE)


Optat rapporte à ce sujet un trait remarquable : à Carthage, une matrone chrétienne nommée Lucilla, encourut les censures de l'Église pour avoir baisé, en communiant, les reliques d'un prétendu martyr dont le titre n'avait pas été juridiquement reconnu : Nescio eujus hominis mortui, et si martyris. sed necdum vindicati (1). Dans les temps de persécution, comme à toute époque de combat, les imaginations s'échauffaient aisément, les cœurs brûlaient, la légende se formait vite, et l'Église avait besoin d'une grande fermeté pour protéger contre une piété trop ardente la pureté de sa liturgie. Aussi n'inscrivait-elle dans ses canons, n'admettait-elle à la commémoration liturgique que les martyrs reconnus tels par une solennelle vindicatio (2) et probablement le titre de martyr ne pouvait être gravé sur leur tombeau avant cet acte juridique. La vindicatio de saint Fabien fut sans doute retardée par la longue vacance du siège pontifical, demeuré sans titulaire pendant les dix-huit mois qui s'écoulèrent entre la mort de ce pape et l'élection de saint Corneille.

Saint Corneille (250-253) ne fut pas enterré avec ses collègues : son tombeau est dans la crypte de Lucine, et nous le décrirons plus tard. Nous avons déjà vu la pierre tombale de son successeur saint Lucius (253-254), trouvée par M. de Rossi sur le sol de la chapelle papale, où elle gisait en deux morceaux près de celles de Fabien, d'Anteros et d'Eutychien. Le nom du pape y est écrit en grec et l'O de la dernière syllabe est omis : AOTKIC.




Planche XIV, nº  3.


Cette forme elliptique de la terminaison des mots était d'un usage fréquent au IIe et au IIIesiècle. Deux inscriptions de cette époque…




Rome Souterraine, p. 206-7.

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Re: Rome souterraine.

Message  Louis le Ven 06 Fév 2015, 3:28 pm

LIVRE  III


CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  III.

la crypte papale.

(SUITE)



Deux inscriptions de cette époque,



La quatrième inscription, retrouvée en quatre morceaux, est celle d'Eutychien. Quatre papes se placent entre lui et Lucius : Étienne, Sixte II, Denys et Félix. Leurs épitaphes n'existent plus ; mais il résulte des anciens documents que ces papes furent enterrés dans la chapelle collégiale avec leurs prédécesseurs. Pour saint Sixte en particulier cela n'est pas douteux : la partie du cimetière de Calliste où est la chapelle papale s'appelait autrefois « la Crypte de saint Sixte, » et nous avons lu sur la porte même de cette chapelle les invocations des pèlerins à SANCTE SVSTE.

Saint Sixte est par excellence le héros des catacombes ; c'est dans l'une d'elles qu'il reçut la couronne du martyre. Les circonstances de sa mort sont belles et presque dramatiques. En 257, Valérien et Gallien publièrent un édit défendant aux chrétiens de se rassembler dans les cimetières. Le pape saint Sixte désobéit à cette prohibition. Le 6 août 258, il avait choisi pour y célébrer la messe, le cimetière de Prétextat, moins étroitement surveillé sans doute que celui de Saint-Calliste. Soit…

____________________________________________________


(1). Corp. inscr. græc., n° 3309.
(2). M. de Rossi la croit du IIIe siècle.
(3). De  declinatione  quadam   latina reconditiore quæstio epigraphica. (Bonn., 1861.)
(4). Corp. inscript. latin. t. Ier, p. 210.

Rome Souterraine, p. 208.

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Message  Louis le Sam 07 Fév 2015, 3:22 pm

LIVRE  III


CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  III.

la crypte papale.

(SUITE)




Soit trahison, soit hasard, il fut découvert par des soldats païens pendant qu'il adressait la parole aux fidèles réunis autour de lui. Ramené dans Rome, il y fut jugé et condamné à être exécuté sur le lieu même où il avait violé l'édit impérial. On le reconduisit, avec les six diacres ou prêtres qui l'accompagnaient, jusqu'au cimetière de Prétextat : le diacre saint Laurent marchait auprès de lui, et, les yeux baignés de larmes, il lui adressait ces tendres paroles : « Où vas-tu, ô père, sans ton fils? où vas-tu, ô prêtre, sans ton diacre (1)? » Laurent n'avait pas assisté à l'assemblée du matin et n'était pas compris dans la sentence.

Arrivé au cimetière, dans la chapelle même où il avait célébré les saints mystères, saint Sixte fut décapité sur sa chaire épiscopale, ou du moins si près d'elle qu'elle fut couverte de son sang. Le cimetière de Prétextat a gardé la trace de ce glorieux supplice.

On y peut voir, grossièrement gravée en rouge sur la pierre d'un loculus l'image d'un évêque assis dans sa chaire, avec un diacre debout auprès de lui, un livre dans les mains. Sur une autre pierre la chaire seule est représentée, associée par le ciseau du lapidaire au culte dont le pape martyr était l'objet. Enfin, sur la tombe de Gemina, clarissima femina, on voit représenté, entre les images de saint Pierre et de saint Paul le portrait même de saint Sixte, désigné par le mot SVSTVS écrit au dessous.

Une petite basilique fut, au IVe siècle, élevée au-dessus du cimetière pour marquer l'endroit précis où le pontife avait subi le martyre. Deux des diacres qui avaient souffert avec lui, Felicissimus et Agapitus, furent enterrés dans le cimetière de Prétextat, où nous avons vu leur chambre funéraire, et nous avons lu sur le mortier d'un loculus, dans la crypte de saint Janvier, la prière fervente que leur adressait un chrétien du IIIe siècle ou de la première moitié du IVe (2). Saint Sixte et ses autres compagnons, au nombre de quatre, furent transportés dans le cimetière de Calliste, peut-être immédiatement après leur martyre, car l'édit de Valérien, en interdisant aux chrétiens de se réunir dans les cimetières, ne paraît pas leur avoir défendu d'y enterrer leurs morts. Le martyre de saint Sixte a été chanté par le poëte des catacombes, le pape Damase, et le recueil de ses œuvres nous a conservé le texte de l'inscription métrique qu'il lui a consacrée :  …

__________________________________________________

(1).  Acta Sanct. , august., t. II, p. 491. . — (2). Voir page 119, fig. 11.

Rome Souterraine, p. 209-10.

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Re: Rome souterraine.

Message  Louis le Dim 08 Fév 2015, 4:35 pm

LIVRE  III


CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  III.

la crypte papale.

(SUITE)



Le martyre de saint Sixte a été chanté par le poëte des catacombes, le pape Damase, et le recueil de ses œuvres nous a conservé le texte de l'inscription métrique qu'il lui a consacrée :  —



Cette inscription fait allusion à plusieurs circonstances de la scène du martyre qui étaient sans doute familières aux contemporains de saint Damase, mais qui, malheureusement, demeurent obscures pour nous. Elle ne nomme pas le pape dont elle célèbre le courage. Par des raisons que nous ne pouvons deviner, quelques actes de martyrs attribuèrent à saint Étienne, prédécesseur de saint Sixte, la gloire d'avoir été décapité dans les catacombes. M. de Rossi a corrigé avec beaucoup de clarté et une grande force d'argumentation cette assertion erronée. Il a prouvé que saint Sixte, et non saint Étienne, fut mis à mort sur la chaire épiscopale. Saint Cyprien, contemporain de saint Sixte, le dit expressément (1).  Les graffites tracés sur la porte…

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(1) Xistum in cimitirio animadversum sciatis octavo Iduum Augustarum die et cum eo diaconos quatuor. — Ep. 80.

Rome Souterraine, p. 210.

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Message  Louis le Lun 09 Fév 2015, 4:13 pm

LIVRE III


CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  III.

la crypte papale.

(SUITE)



Les graffites tracés sur la porte de la chapelle des papes invoquent toujours saint Sixte et ne nomment pas une seule fois saint Étienne. L'inscription que nous avons citée d'après les œuvres du pape Damase a donc trait à saint Sixte. Si elle ne prononce pas son nom, c'est qu'il était dans la bouche de tous les pèlerins, que sa mémoire remplissait, pour ainsi dire, toute la chapelle, et que la place de l'inscription suffisait par elle seule à le désigner. Elle était en effet fixée dans la muraille, immédiatement derrière la chaire épiscopale.

Après le martyre de saint Sixte, on ne voulut pas séparer sa sépulture de celle de ses collègues ; et comme l'usage était de placer dans les tombeaux des martyrs ou près d'eux les vêtements ou les objets teints de leur sang, on transporta du cimetière de Prétextat dans la crypte papale la chaire sur laquelle saint Sixte avait été décapité, hic positus. Cette chaire fut fixée sur le gradin de marbre que l'on voit encore dans la chapelle ; et au-dessus l'on grava l'inscription damasienne, que la disposition des lieux ne permet pas de placer ailleurs (1). Il ne reste de cette inscription que deux petits fragments trouvés avec tant d'autres débris dans la crypte papale. Ces fragments contiennent en tout sept lettres incomplètes, appartenant à trois vers qui se suivent : elles ont le type damasien ; en les comparant avec le contexte, on reconnaît aisément qu'elles ont fait partie de l'inscription citée plus haut.

Nous n'avons pas l'épitaphe de Caïus (283-290), successeur d'Eutychien. Tous les anciens documents affirment qu'il fut enterré in cœmeterio Callisti, c'est-à-dire dans la chapelle des papes : pour les pontifes enterrés dans une autre partie du cimetière la formule est en effet différente, in cœmeterio Callisti in crypta.

Marcellin (290-303), qui lui succéda, paraît avoir gardé pour lui-même l'administration du cimetière de Calliste : pendant son pontificat, le diacre Severus fit construire ce beau cubiculum dont nous avons déjà parlé, sur les confins de la troisième area du cimetière de Calliste et de la première de celui de Soteris, jussu Marcellini papæ sui. Ces travaux et d'autres analogues eurent lieu pendant la période de paix qui signala les premières années du règne de Dioclétien.

Ni Marcellin ni son successeur Marcel (303-305) ne furent enterrés avec leurs collègues dans la chapelle papale : l'un et l'autre furent déposés dans le cimetière de Priscille sur la voie Salaria. La bonne volonté de Dioclétien envers l'Église n'avait pas été de longue durée, et une persécution, plus terrible que celles qui l'avaient précédée, était venue désoler la fin du pontificat de Marcellin et toute la durée de celui de Marcel. Non content d'interdire l'entrée des cimetières, Dioclétien les confisqua et en dévolut la propriété au fisc.

Avant d'abandonner leurs cimetières, les chrétiens…

______________________________________________

(1).


Planche XV.

Rome Souterraine, p. 210-12.

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Re: Rome souterraine.

Message  Louis le Mar 10 Fév 2015, 2:59 pm

LIVRE  III


CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  III.

la crypte papale.

(SUITE)


Avant d'abandonner leurs cimetières, les chrétiens voulurent soustraire aux profanations des nouveaux possesseurs les sanctuaires les plus vénérés. Le plus sûr moyen, le seul moyen peut-être était d'en bloquer les approches en remplissant de terre les galeries qui y donnaient accès. M. Michel de Rossi a démontré (1) que toutes les galeries qui conduisaient à la chapelle papale, la première area du cimetière de Calliste tout entière, furent bouchées avec de la terre apportée à grands frais. Et en effet, si l'on examine de près les plus anciens des graffites tracés sur la porte de la chapelle des papes, on reconnaît que dans tous les traits, dans tous les creux est incrustée une poussière fine et noirâtre, dont les graffites laissés par les pèlerins du moyen âge ne portent aucune trace : preuve évidente que, de la persécution de Dioclétien aux travaux de déblaiement exécutés à une époque postérieure, le vestibule de la chapelle demeura comblé de terre jusqu'à la hauteur de la porte.

On tenta encore une autre défense : un escalier taillé dans le tuf donnait accès dans le voisinage de la chapelle : les degrés inférieurs furent abattus, tranchés à pic, afin d'en rendre l'usage impossible. Grâce à ces moyens héroïques, le cimetière de Calliste put être remis aux mains des persécuteurs sans que l'intégrité de ses trésors fût en péril.

Et cette mutilation, cet enterrement momentané de la crypte papale expliquent comment les deux papes qui viennent après Marcel sur le catalogue pontifical, saint Eusèbe et saint Melchiade, ne purent être enterrés dans la chapelle, in cœmeterio Callisti, mais furent enterrés dans deux cryptes distinctes, in cœmeterio Callisti in crypta. Les loca ecclesiastica ne furent restitués par Maxence qu'un certain nombre d'années après la mort d'Eusèbe, et le corps de ce pape, dès que la persécution eut cessé, fut rapporté de Sicile, où il avait été exilé, par les soins de son successeur Melchiade : nous décrirons plus loin la crypte richement décorée dans laquelle on le déposa, n'osant pas encore, probablement, rouvrir la chapelle papale. Melchiade fut le dernier pape enterré dans le cimetière de Calliste. M. de Rossi croit reconnaître un fragment de son sarcophage dans une crypte située à peu de distance de celle d'Eusèbe (1). La longue liste des papes martyrs se termine à saint Melchiade, le premier pape qui ait vécu et soit mort en paix.

Avec saint Sylvestre s'ouvre une ère nouvelle. On commence à bâtir les tombeaux chrétiens à la surface du sol (2) et à construire, au-dessus des cimetières, des mausolées et des basiliques. Saint Sylvestre, saint Marc, saint Jules, saint Damase lui-même, ne furent pas enterrés dans les catacombes, mais dans de petits oratoires bâtis à l'entrée des cimetières souterrains. L'histoire du caveau funéraire des papes se termine naturellement ici; il cesse d'être un lieu de sépulture pour devenir un lieu de pèlerinage, un sanctuaire que les siècles suivants modifient et décorent à diverses reprises, mais dont l'histoire n'appartient plus à notre sujet.

Dans l'atlas du deuxième volume…

___________________________________________________________________

(1).Voir notre livre V, ch. II. — (1). La crypte dans laquelle M. de Rossi place, par conjecture, le tombeau de Melchiade, est le grand cubiculum duplex, éclairé par un lucernaire, qui occupe à peu près le milieu de la deuxième area (V) du cimetière de Calliste, et ouvre à droite et à gauche sur l'ambulacre central C f I. Une des deux chambres, celle où a été découvert le couvercle du sarcophage, est entourée de bancs taillés dans le tuf et revêtus de marbre blanc. Le lucernaire commun par lequel toutes deux sont éclairées n'a pas un orifice unique, mais se divise en deux branches, envoyant à l'une et à l'autre chambre un rayon séparé. —  (2). Nous avons vu que, même avant la paix de l'Église, il y eut des tombeaux chrétiens construits à fleur de terre ; mais l'usage n'en devint général qu'après cette époque.


Rome Souterraine, p. 212-4.


Dernière édition par Louis le Mer 09 Sep 2015, 12:54 pm, édité 1 fois (Raison : Ajout d'un lien dans la note (1) de bas de page.)

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Re: Rome souterraine.

Message  Louis le Mer 11 Fév 2015, 3:38 pm

LIVRE  III


CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  III.

la crypte papale.

(SUITE)


Dans l'atlas du deuxième volume de Roma sotterranea, M. de Rossi a publié une belle restauration de la crypte papale : nous donnons une réduction de son dessin, planche XV.



Planche XV.


Que le lecteur veuille bien s'y reporter. Il verra que dans cette restauration rien n'est laissé au hasard. Une induction patiente et sûre, retrouvant la place primitive des débris encore subsistants, a pu reconstruire sur des indices presque toujours certains l'architecture intérieure de la chapelle.

Les deux inscriptions damasiennes que l'on aperçoit derrière l'autel ont été replacées au seul endroit que pouvaient comporter les dimensions inégales de l'une et de l'autre. L'autel a été rétabli sur le gradin de marbre dont nous avons parlé, et où sa place était marquée par les quatre petits trous des pilastres.

Derrière lui, sur le gradin un peu plus élevé qui subsiste encore, la place naturelle de la chaire était désignée par l'usage antique. L'emplacement de l'autel et de la chaire est entouré d'une balustrade, en partie pleine, en partie découpée à jour, et terminée à l'une de ses extrémités par un hermès à tête de femme; des débris de cette balustrade ont été trouvés sur le sol, avec l'hermès. et elle ne pouvait être placée ailleurs qu'autour de l'autel, et de manière à laisser le passage libre pour entrer dans la chapelle voisine.

Les parois des murailles sont figurées avec le revêtement de marbre que leur donna Sixte III ; les loculi sont fermés avec les pierres tombales des papes, retrouvées dans la chapelle. Dans les quatre niches encore visibles à ras de terre sont placés des tombeaux en forme de sarcophage, dont l'un, celui à droite de l'autel, porte dans le dessin de M. de Rossi le couvercle sur lequel a été lu le nom d'OTPBANOC (a).  A droite de l'autel, encastrée dans le dallage de la chapelle, on aperçoit à travers les jours de la balustrade la pierre, encore située à sa place primitive, sur laquelle est inscrit le nom de AHMETPIC (b). A droite  et à gauche de la chapelle, devant les deux niches les plus rapprochées de l'entrée, on voit deux tombeaux rectangulaires enveloppés dans un massif de maçonnerie revêtu de stuc; sur le couvercle de l'un est écrit Eusebio homini Dei, sur le couvercle de l'autre Gregorius Presb. L'un de ces tombeaux a été retrouvé entier, et la place de l'autre est encore visible, avec un pan de la maçonnerie qui l'entourait.

Ces tombeaux, construits apparemment au IVe siècle…

_________________________________________________

(a) note de Louis : OTPBANOC signifie Urbanos ; voir  Rome Souterraine, p. 205.
(b) note de Louis : AHMETPIC s’écrit avec comme première lettre un delta et le mot signifie Demetrius ; voir  Rome Souterraine, p. 208.

Rome Souterraine, p. 214-15.

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Message  Louis le Jeu 12 Fév 2015, 3:03 pm

LIVRE  III


CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  III.

la crypte papale.

(SUITE)



Ces tombeaux, construits apparemment au IVe siècle, renfermèrent les restes de deux chrétiens illustres, peut-être deux confesseurs de la foi; le couvercle de l'un et de l'autre n'a pas été retrouvé, et M. de Rossi, sur la foi d'un ancien document (1), a suppléé hypothétiquement les deux inscriptions.

La décoration proprement dite de la chapelle papale se trouve ainsi rétablie dans notre dessin sur les données les plus certaines : on n'a guère fait que relever et remettre en place ce qui gisait à terre.

Ainsi la corniche, soutenue par des pilastres,  qui surmonte les deux inscriptions damasiennes, à la hauteur de la naissance de la voûte, a été reconstituée d'après des débris parfaitement reconnaissables.

Les deux colonnes en spirales qui, vers le milieu de la chapelle, supportent une architrave de marbre, sont également rétablies aux places mêmes qu'indiquait la base de l'une d'elles, retrouvée encore debout ; leurs troncs ont été découverts lorsqu'on a déblayé le sol de la crypte.

L'architrave que l'on voit suspendue à une grande distance de la voûte et ne supportant rien paraît au premier abord assez singulière. Elle faisait partie, cependant, de la décoration habituelle des chambres funéraires des martyrs. On s'en servait en guise de ciborium pour suspendre des lampes et des draperies (2). Elle est ainsi figurée dans plusieurs médailles de dévotion (1), remontant aux premiers siècles, et représentant des sanctuaires célèbres, sur un vetro publié par le P. Garucci (2), et aujourd'hui conservé au Musée Britannique, et sur une pierre tombale autrefois au Musée du Vatican, maintenant au Musée chrétien de Latran.

Deux inscriptions damasiennes décoraient la chambre funéraire des papes…

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(1). Voir Roma sotterranea, t. II, p. 108-112, la critique des actes apocryphes du prêtre Eusèbe, et la réfutation des calomnies qu'ils font peser sur la mémoire du pape Libère. — (2). Dans un cubiculum voisin (B e 7) on remarque, autour de la place présumée de l'autel portatif, quatre corniches allongées et sortant de la muraille, qui servaient probablement à suspendre des lampes ou attacher des rideaux. Ces rideaux voilaient habituellement l'autel pendant une partie du saint sacrifice; on les ouvrait vers l'élévation. « Lorsque l'hostie céleste est sur l'autel, que Jésus-Christ, la brebis royale, est immolée, lorsque vous entendez prononcer ces paroles: Prions tous ensemble le Seigneur, lorsque vous voyez que l'on tire les voiles et les rideaux de l'autel, imaginez-vous que vous contemplez le ciel qui s'ouvre et les anges qui descendent sur la terre. » (Saint Jean Chrysostome, homélie III, in c. I. Epist. ad Ephes.) Cette citation est empruntée au Dictionnaire des antiquités chrétiennes de M. l'abbé Martigny, Vº Ciborium. — (1).  Voir Bullettino di arch. crist.,  mai et juin 1869, la médaille portant pour légende Successa vivas, et celle inscrite Gaudentianus ( tav., nos  5, 8 ). — (2). Garrucci, Vetri, 2e ediz., tav. xxxix, nº 10.

Rome Souterraine, p. 215-16.

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Message  Louis le Ven 13 Fév 2015, 3:05 pm

LIVRE  III


CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  III.

la crypte papale.

(SUITE)




Deux inscriptions damasiennes décoraient la chambre funéraire des papes : l'une, dont on a découvert deux petits fragments, et qui est figurée dans notre dessin au fond de la chapelle, derrière la chaire épiscopale; l'autre, dont la presque totalité a été retrouvée, et que nous avons représentée immédiatement au-dessus. Le texte de la première a été cité plus haut, et donne une relation poétique du martyre de saint Sixte. Celui de la seconde mérite une notice à part (3) : il résume non-seulement toute l'histoire de la chapelle, mais en quelque sorte toute celle du cimetière de Calliste.
.




Le premier vers de ce noble poëme fait allusion à un grand nombre de martyrs enterrés ensemble, congesta turba piorum. Des polyandres, ou tombes consacrées à des centaines, peut-être à des milliers de corps, s'ouvraient en plusieurs parties des catacombes. Ces tombes étaient toujours anonymes, remplies de martyrs quorum nomina scit Omnipotens, selon l'expression du pape Pascal. Un simple chiffre indiquait le nombre des martyrs enterrés dans les polyandres, congestis acervis, dit Prudence, employant le même mot dont s'était servi Damase. Prudence met en scène, dans son Peristephanon un ami qui le questionne sur ceux qui versèrent à Rome leur sang pour la foi, et demande à voir leurs épitaphes. Ce serait difficile, répond le poëte, car à Rome les reliques des martyrs sont innombrables. Tant que Rome adora les dieux du paganisme, leur rage maudite fit périr une multitude de justes. Sur beaucoup de tombes, ajoute-t-il, vous pouvez lire le nom du martyr et une courte inscription ; mais beaucoup d'autres taisent les noms de ceux qu'elles contiennent, et ne disent que leur nombre. « Sur les tombes muettes une tablette de marbre porte un chiffre écrit : je me rappelle avoir lu que sous une seule pierre soixante personnes reposaient (1). »

Les martyrologes et les…

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(3). Voir, planche XI, le fac-similé de cette inscription. — (1) Peristeph., XI, 9 et sq.


Planche XI

Rome Souterraine, p. 216-17.

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Message  Louis le Sam 14 Fév 2015, 3:14 pm

LIVRE  III


CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  III.

la crypte papale.

(SUITE)



Les martyrologes et les légendes indiquent quatre groupes de martyrs enterrés ensemble dans le voisinage de saint Sixte et de sainte Cécile : un de vingt-sept, un de quarante-huit, un de huit cent quatre-vingts, un de quatre mille. D'autres documents disent quatre-vingts au lieu de huit cent quatre-vingts, et citent en termes généraux plusieurs milliers de martyrs (1). On n'a encore retrouvé aucune de ces pierres portant un chiffre dont parle Prudence ; mais M. de Rossi croit reconnaître dans une fosse profonde qui s'ouvre sous la niche à gauche de l'autel dans la chapelle papale, et n'est séparée de la chambre voisine et du tombeau de sainte Cécile que par une mince paroi, le polyandre célèbre où reposaient, selon d'anciens documents, une multitude innombrable de martyrs enterrés ad sanctam Cæciliam ou ad sanctum Xystum.

La loi romaine ne reculait pas devant la barbarie d'exécutions en masse, et cela ne doit pas surprendre dans un pays où l'on décimait les légions mutinées ou malheureuses, et où tous les esclaves d'un maître assassiné étaient conduits au supplice, même si un seul était coupable. Tacite a raconté (1) la discussion qui s'éleva au sénat romain à propos de l'assassinat de Pedanius Secundus. Il possédait quatre cents esclaves, et l'innocence de la plupart d'entre eux était notoire. La loi exigeait qu'ils mourussent tous. A la vue d'un aussi grand nombre de malheureux traînés au supplice, le peuple s'émut. L'affaire fut discutée dans le sénat; quelques sénateurs parlèrent de pitié. La majorité du sénat déclara que la loi devait suivre son cours (nihil mutandum), et, le peuple menaçant de s'insurger, les quatre cents esclaves furent menés à la mort entre deux haies de soldats. Tacite nous a conservé le discours d'un des principaux orateurs : …

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.


(1). Ann. XlV, 42-45.

Rome Souterraine, p. 218-19.

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Message  Louis le Dim 15 Fév 2015, 11:50 am

LIVRE  III


CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  III.

la crypte papale.

(SUITE)


Tacite nous a conservé le discours d'un des principaux orateurs : les arguments qu'il emploie sont les mêmes dont se servaient sans doute, au IIe ou au IIIe siècle, les adversaires des chrétiens demandant aux empereurs de nouveaux édits de persécution.

« Nous avons au milieu de nous, disait Cassius, des nations entières qui ont d'autres rites, d'autres cérémonies, qui suivent des religions étrangères, ou qui n'ont même aucune religion ; il est impossible de maintenir dans l'obéissance un tel ramas d'hommes, colluviem istam, si on ne les gouverne par la terreur. Quelques innocents, il est vrai, périront peut-être avec les coupables. Mais, toutes les fois qu'il est nécessaire de donner pour le bien public un éclatant exemple de sévérité, il faut se résigner à frapper injustement des innocents. »

Telle était la politique romaine, et Tacite n'est pas seul à nous la montrer en action. Lactance ou l'auteur, quel qu'il soit, du traité sur la mort des persécuteurs nous apprend que, si les chrétiens condamnés à mort étaient trop nombreux, on n'exécutait pas isolément chacun d'eux, mais on les entourait de feux, et on les brûlait par troupes, gregatim amburebantur(2).

Cela nous explique comment les restes d'un grand nombre de martyrs pouvaient être renfermés dans un même tombeau.

L'inscription damasienne parle ensuite des compagnons de saint Sixte, hic comites Xysti portant qui ex hoste tropæa. Six membres du clergé romain périrent en même temps que saint Sixte : deux d'entre eux furent déposés au cimetière de Prétextat, et les quatre autres dans celui de Saint-Calliste. Puis vient la longue liste des papes dont les tombeaux gardent l'autel du Christ, numerus procerum servat qui altaria Christi. Dans « le pontife qui vécut en une longue paix, » longa vixit qui in pace sacerdos, on reconnaît saint Melchiade, le premier pape qui ait gouverné l'Église après la fin des persécutions. Les « confesseurs envoyés par la Grèce, » confessores sancti quos Græcia misit, sont énumérés dans les divers martyrologes : ils s'appelaient Hippolyte, Adrias, Marie, Neo et Pauline. Quant aux autres martyrs dont parle l'inscription, ces jeunes gens et ces vieillards, cette chaste génération de vierges, leurs noms sont écrits au livre de vie, et rien ne reste d'eux sur la terre, pas même un souvenir historique.

Saint Damase n'est pas le seul pape…

_________________________________________________

(2). De mort, pers., 15.


Rome Souterraine, p. 219-20.

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Re: Rome souterraine.

Message  Louis le Lun 16 Fév 2015, 12:59 pm

LIVRE  III


CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  III.

la crypte papale.

(SUITE)



Saint Damase n'est pas le seul pape qui ait orné d'inscriptions commémoratives la crypte pontificale. Le Liber pontificalis dit de Sixte III, dont nous avons déjà rappelé les travaux, que platoniam fecit in cœmeterio Callisti, ubi nomina episcoporum et martyrum scripsit commemorans, c'est-à-dire qu'il fit poser dans le cimetière de Calliste, ou, selon la formule habituelle, dans la chambre principale de ce cimetière, un large revêtement de marbre (platonia) sur lequel furent inscrits les noms des évêques et des martyrs qui y étaient enterrés.

M. de Rossi, cherchant dans la chapelle des papes la place de l'inscription de Sixte III, remarqua sur la paroi intérieure opposée à l'autel et aux inscriptions damasiennes, au-dessus de la porte d'entrée, un emplacement oblong parfaitement reconnaissable à la rainure qu'y avait laissée une table de pierre ou de marbre autrefois fixée dans la muraille. Il n'était pas difficile d'y reconnaître le lieu où avait été posée l'inscription de Sixte III.

Mais que contenait-elle ?  quels noms y étaient inscrits ? dans quel ordre et dans quelle forme étaient-ils disposés?

Grâce à sa merveilleuse connaissance de toutes les anciennes sources, M. de Rossi est venu à bout de recomposer, sinon avec une certitude absolue, au moins avec une vraisemblance poussée aussi loin que possible, la teneur d'une inscription dont il ne reste plus une seule lettre. Dans un de ces recueils épigraphiques du VIIIe ou IXe siècle qui ont conservé à la science moderne tant de précieux documents, on remarque, à la suite d'une copie de la grande inscription damasienne Hic congesta jacet, etc., une liste de noms appartenant tous à des évêques et à des martyrs enterrés dans le cimetière de Calliste. Où a-t-elle été copiée? probablement sur quelque autre inscription de la crypte papale, et laquelle ? sans doute la platonia de Sixte III. Or, dans les divers manuscrits du Martyrologium Hieronymianum, on lit, sous la date du 9 août, une suite de noms étrangement défigurés (1)  qui se rapproche tout à fait de cette liste.

On sait que le Martyrologium Hieronymianum est un composé de martyrologes plus anciens, et, parmi ceux-ci, il a beaucoup emprunté à un vieux recueil où entre autres choses étaient indiquées les dédicaces des basiliques construites et consacrées par les papes du Ve siècle. En particulier celles construites ou dédiées par Sixte III y sont notées avec le plus grand soin. Ces mentions sont en parfait accord avec le récit du Liber pontificalis. D'après lui, Sixte III dédia la basilique de Sainte-Marie-Majeure et celle de Saint-Laurent ; dans le Martyrologium Hieronymianum on trouve la mention de la dédicace de Sainte-Marie-Majeure à la date du 5 août, et de celle de Saint-Laurent à la  date du 2 novembre.

Le Liber pontificalis

__________________________________________________


Rome Souterraine, p. 221.

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Re: Rome souterraine.

Message  Louis le Mar 17 Fév 2015, 12:14 pm

LIVRE  III


CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  III.

la crypte papale.

(SUITE)


 Le Liber pontificalisrapporte également que Sixte III termina la décoration intérieure du baptistère de Constantin ; le Martyrologium Hieronymianum indique la dédicace de ce baptistère à la date du 29 juin. Le Liber pontificalis ajoute, comme nous l'avons vu, que le même pape fit graver sur le marbre dans le cimetière de Calliste les noms des évêques et des martyrs qui y étaient enterrés ; or nous trouvons dans le Martyrologium, sous la date du 9 août, la liste incorrecte dont nous avons parlé, désignant des saints dont les natalitia ne tombaient pas ce jour-là, et se rapprochant tout à fait de la liste copiée par le collecteur d'inscriptions à la suite du poëme épigraphique de saint Damase. Il est probable que l'antique martyrologe auquel les manuscrits hiéronymiens ont emprunté la mémoire des diverses dédicaces rapportait sous la date du 9 août celle des travaux faits par Sixte III dans la crypte papale, et donnait le texte de l'inscription posée par ce pontife. La liste inexplicable jusque-là du Martyrologium Hieronymianum n'en serait qu'une copie défigurée, empruntée à un martyrologe plus ancien, de même que les noms rapportés par le recueil épigraphique ne seraient qu'une copie prise dans un ordre plus ou moins exact sur les lieux mêmes.

A l'aide de ces deux documents, le recueil épigraphique et le Martyrologium Hieronymianum, M. de Rossi a pu recomposer conjecturalement le catalogue de martyrs gravé par les soins de Sixte III sur la plaque de marbre qui surmontait à l'intérieur la porte de la chapelle. Des observations très-minutieuses lui ont permis d'affirmer que les noms y étaient écrits sur quatre colonnes, disposition tout à fait en rapport, du reste, avec la forme oblongue de la tablette. La première colonne comprenait les noms des martyrs les plus illustres tant de la crypte que du cimetière entier, les trois autres comprenaient les noms des autres papes et des évêques étrangers enterrés avec eux.

Nous ne pouvons donner ici que les résultats du travail de M. de Rossi : ceux qui voudront étudier dans tous ses détails cette merveilleuse restitution archéologique devront se reporter au chapitre dans lequel il développe, avec une érudition et une clarté admirables, l'ensemble des arguments et des preuves qui lui ont permis de la proposer. Voici, d'après sa conjecture, le texte de l'inscription (1) : le nom de Zéphyrin n'y figure pas, parce que, bien avant Sixte III, du temps de saint Damase, son corps avait été transféré de la crypte dans . une chapelle située au-dessus de terre :


_________________________________________________________

(1). Les deux dernières lignes sont certainement fort hypothétiques, et dans cette restitution manque une partie essentielle, le nom de l'auteur de l'inscription, Sixte III. » Roma sotterranea, t. II, p. 48.

Rome Souterraine, p. 222-3.
A suivre : Chapitre IV. Crypte de sainte Cécile.

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Re: Rome souterraine.

Message  Louis le Mer 18 Fév 2015, 12:27 pm

LIVRE  III


CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  IV.

La crypte de sainte Cécile.



SOMMAIRE. — Chapelle de Sainte-Cécile. — I. Histoire de sainte Cécile. — Translation de ses reliques par Pascal Ier, en 821. — Leur découverte en 1579. — Corps des saints Tiburtius, Valerianus et Maximus, découverts en même temps: plumbatæ. — II. Examen critique de la crypte. — Fouilles exécutées par M. de Rossi. — Peintures du luminaire — et de la muraille. — Restes de mosaïques et de marbres. — Emplacement de la tombe primitive de sainte Cécile — démontré par les inscriptions — et par les graffiti de la chapelle. — Critique et correction des actes de sainte Cécile. — Rectification de la date assignée à son martyre. — Quel est l'évêque Urbain nommé par les actes? — Exagérations corrigées. — III. Saints peints dans le luminaire.


Un étroit passage, assez irrégulièrement taillé dans le roc à gauche de l'autel de la chapelle papale, conduit dans la chapelle voisine, celle de Sainte-Cécile (B e 5). Les deux côtés de ce couloir furent autrefois revêtus de plaques de marbre, dont l'empreinte se voit encore sur les joints de la maçonnerie ; dans la voûte on distingue les creux de quelques cubes de mosaïque. Ce passage débouche dans une vaste chambre formant un carré de six mètres de chaque côté, inondée de lumière par un grand lucernaire orné de peintures, et ouvrant elle-même sur un large portique soutenu par des arches en briques. On ne voit dans cette chambre ni tombe a mensa, ni gradin d'autel, ni épitaphes de morts célèbres ou inscriptions en l'honneur des martyrs ; les fresques du luminaire et d'une des murailles n'appartiennent pas à l'âge classique de la peinture chrétienne, et elles disent peu de chose au visiteur qui n'est pas encore initié aux principaux faits de la vie de sainte Cécile.

Avant d'étudier la crypte elle-même, il est nécessaire de dire quelques mots de celle qui y reposa. Les découvertes modernes l'ont bien vengée du scepticisme ou de la prudence excessive de Tillemont : on sait aujourd'hui que sainte Cécile n'est ni un mythe, ni une martyre venue de Sicile, mais une vraie Romaine, du plus pur sang romain ; sa noble et gracieuse figure est décidément sortie des brumes de la légende pour entrer dans le plein jour de l'histoire.

On sait également que sainte Cécile n'a pas été enterrée dans la catacombe de Saint-Sébastien, comme le dit une inscription du XVe siècle, mais bien dans la première area du cimetière de Calliste, tout près de la chapelle des papes. Une rapide esquisse de sa vie aidera à comprendre l'importance des découvertes archéologiques relatives à la jeune sainte et à son tombeau. Les actes de son martyre, dans l'état où ils sont venus jusqu'à nous, ne peuvent remonter plus haut que le Ve siècle. On sait que, sur un fond et d'après  des documents plus anciens,   l'auteur des actes a  brodé  un  récit où la légende entre pour une assez grande part, et dont les compilateurs  ou  copistes postérieurs ont encore augmenté la tendance à l'amplification et à la rhétorique. Sous ce tissu relativement récent, la critique moderne,  sûre et prudente cette fois, a découvert le canevas antique qui lui sert de support, et elle a démontré que, malgré les additions qui les  surchargent,  les actes de sainte Cécile sont vrais dans  leurs lignes principales, et souvent exacts dans une foule de petits détails qu'un témoin contemporain a seul pu recueillir,  et que  les compilateurs n'ont pas altérés.

Racontons d'abord ici l'histoire de sainte Cécile dans sa forme populaire et…

Rome Souterraine, p. 224-5.

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Re: Rome souterraine.

Message  Louis le Jeu 19 Fév 2015, 12:12 pm

LIVRE  III


CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  IV.

La crypte de sainte Cécile.

(SUITE)


Racontons d'abord ici l'histoire  de sainte  Cécile dans sa forme   populaire et traditionnelle ;  nous  y corrigerons ensuite quelques erreurs, et retranchant un peu,  ajoutant un peu aussi, nous rétablirons la figure historique de la célèbre martyre.

Sainte Cécile était de noble race : elle appartenait à une famille sénatoriale. Le langage de ses actes est, sous ce rapport, d'une précision toute romaine; ils se servent des termes techniques qui caractérisaient son rang : ingenua, nobilis, clarissima. Dès sa plus tendre enfance, ab ipsis cunabulis, elle avait été élevée dans la foi chrétienne, que sa mère professait probablement. Son père était ou un païen ou un chrétien assez tiède, car il la donna en mariage à un jeune patricien des plus nobles vertus et du plus aimable caractère, mais attaché au culte des faux dieux, qui se nommait Valérien. Sainte Cécile s'était depuis longtemps consacrée au service du Christ, et lui avait voué sa virginité.

Le jour de son mariage, elle persuada à son époux d'aller rendre visite au pape Urbain, qui se tenait caché dans un cimetière de la voie Appienne ; il convertit Valérien au christianisme, et le baptisa. Tiburtius, son frère, se convertit également, et reçut le baptême. Tous deux furent condamnés à mort pour avoir refusé de sacrifier aux dieux, et l'officier qui présidait à l'exécution, nommé Maxime, fut si touché de leur constance qu'il se convertit sur-le-champ, et partagea leur supplice. Les trois martyrs furent enterrés dans le cimetière de Prétextat, où les anciens Itinéraires ont noté leurs tombeaux.

Cécile vivait encore : le préfet de la ville, Amachius, voulant rendre son supplice aussi secret que possible, ordonna qu'elle fût enfermée dans le caldarium ou chambre des bains chauds de son propre palais, et fit chauffer les conduits de vapeur à une telle température qu'elle devait mourir suffoquée. Cécile entra dans la chambre : l'hypocauste avait été chauffé « sept fois plus que de coutume. » Elle y demeura un jour et une nuit; ce temps écoulé, on la retrouva vivante : la vapeur l'avait respectée comme la flamme respecta jadis les trois enfants hébreux dans la fournaise. « Le feu, disent les actes, n'eut aucun pouvoir sur son corps ; pas un cheveu de sa tête ne brûla, ses vêtements ne furent pas atteints, et l'odeur de la flamme ne vint pas jusqu'à elle. » La vapeur qui l'entourait n'avait laissé ni moiteur sur son front ni lassitude dans ses membres ; elle était aussi fraîche, aussi souple, aussi vigoureuse que la veille.

Cette nouvelle inattendue fut portée au…

Rome Souterraine, p. 225-6.

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Re: Rome souterraine.

Message  Louis le Ven 20 Fév 2015, 11:15 am

LIVRE  III


CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  IV.

La crypte de sainte Cécile.

(SUITE)


Cette nouvelle inattendue fut portée au préfet : il envoya alors un de ses licteurs avec ordre de lui trancher la tête. Celui-ci trouva Cécile dans la chambre qui avait été le témoin de sa victoire, et se mit en mesure de remplir son office. Trois fois la hache s'abattit sur ce cou délicat, trois fois elle reçut une profonde et mortelle blessure ; mais, soit que la vue d'une victime si jeune et si noble eût attendri le cœur du bourreau, soit que sa main eût été retenue chaque fois par une force surnaturelle, il ne put venir à bout de son œuvre, et, comme la loi romaine ne permettait pas à l'exécuteur de frapper plus de trois coups, il se retira la laissant encore vivante, baignée dans son sang.

La porte de la chambre fut alors ouverte, et les chrétiens de la maison et du voisinage entrèrent en foule pour recueillir le dernier soupir sur les lèvres de la vierge mourante. Ils la trouvèrent étendue sur le pavé de marbre, et attendant avec paix le dernier moment. Les fidèles l'entourèrent alors comme une couronne, et, pendant qu'ils trempaient des linges dans le sang de la vierge, elle parlait à tous, mesurant ses paroles aux besoins de chacun.

Pendant deux jours et deux nuits elle vécut ainsi, suspendue pour ainsi dire entre la vie et la mort; et, le matin du troisième jour, le pape Urbain (nous suivons toujours le récit des actes) vint pour dire adieu à sa fille bien-aimée. « J'ai prié, dit-elle, pour ne pas mourir durant ces trois jours, afin que je puisse recommander à Votre Béatitude (c'était le titre qu'on donnait alors aux papes, comme nous disons aujourd'hui Votre Sainteté) les pauvres que j'ai toujours nourris et vous faire don de cette maison, pour qu'elle devienne et demeure toujours une église. » Dès que l'évêque eut accédé à la demande de la mourante, et l'eut bénie, elle tourna sa face vers le sol, et, laissant doucement ses bras et ses mains jointes glisser vers son côté droit, elle exhala son âme virginale, et passa en la présence de Dieu. Le soir même son corps fut placé dans un cercueil de bois de cyprès (1) ; on lui conserva l'attitude qu'elle avait prise en mourant. Urbain et ses diacres la transportèrent hors de la ville, dans le cimetière de Calliste; là, le pape l'enterra dans une chambre « près de ses collègues évêques et martyrs. »

Telle est la légende du martyre de sainte Cécile…

_____________________________________

(1) L'emploi d'un cercueil était très-rare chez les premiers chrétiens, au moins pour ceux enterrés dans les catacombes ; cependant, de sérieuses raisons établissent que le corps de sainte Cécile fut, dès l'origine, déposé dans un cercueil. — V. Dom Guéranger, Hist. de sainte Cécile, 2e édit., p. 313, 314.

Rome Souterraine, p. 227-8.

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Re: Rome souterraine.

Message  Louis le Sam 21 Fév 2015, 11:18 am

LIVRE  III


CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  IV.

La crypte de sainte Cécile.

(SUITE)


Telle est la légende du martyre de sainte Cécile. L'histoire de la translation de ses reliques n'est pas moins gracieuse, et a trait directement à notre sujet. Le pape Pascal Ier monta sur le siège de saint Pierre en janvier 817. Au mois de juillet de la même année il transporta en diverses églises de Rome les reliques de deux mille trois cents martyrs recueillies dans les cimetières ruinés, dirutis in cryptis jacentia. Parmi les reliques ainsi transportées figuraient celles des pontifes qui reposaient dans la chapelle du cimetière de Calliste. Pascal, raconte le Liber pontificalis dans un texte contemporain de ce pape, avait désiré enlever en même temps les restes de sainte Cécile; mais il ne put découvrir la tombe de la martyre.

Après de longues et infructueuses recherches, il se persuada qu'Astolphe, roi des Lombards, avait pillé son tombeau avec beaucoup d'autres des cimetières souterrains.

Quatre ans après, raconte M. de Rossi, traduisant avec beaucoup de charme le récit de Pascal lui-même, « le pontife était assis sur son trône, à l'aube du jour, dans la basilique Vaticane : fatigué, il s'était doucement assoupi au chant des mélodies matutinales : une gracieuse vision se présenta tout à coup devant lui (1). » Songe ou vision, sainte Cécile apparut alors à Pascal endormi, et lui dit que, pendant qu'il enlevait de leurs tombes les reliques des papes, elle était si près de lui qu'ils auraient pu converser ensemble.

A la suite de cette vision il recommença ses recherches, et trouva le corps de la sainte à l'endroit indiqué. Il était aussi frais et aussi intact que le jour où il avait été mis au tombeau ; la martyre portait des vêtements tissés d'or ; des linges tachés de sang étaient roulés à ses pieds; elle était couchée dans un cercueil en bois de cyprès. Pascal leva de ses propres mains la précieuse dépouille, et la transporta, sans rien changer à sa pose première, dans l'église de Sainte-Cécile in Transtevere; il orna le cercueil de franges de soie, jeta un voile de gaze de soie sur le corps, et déposa la sainte sous le maître-autel, dans un sarcophage de marbre blanc, peut-être celui où elle avait reposé depuis son martyre.

Huit cents ans plus tard (1599) le cardinal Sfondrati, du titre de Sainte-Cécile, fit faire des travaux considérables dans cette église. En creusant dans le sanctuaire, on découvrit sous l'autel un vaste caveau. Deux sarcophages de marbre s'y trouvaient. Des témoins furent appelés, et en leur présence on ouvrit l'un de ces sarcophages. Il contenait un cercueil en bois de cyprès. Le cardinal enleva lui-même le couvercle du cercueil. D'abord apparurent les précieuses étoffes et la gaze de soie dont Pascal avait recouvert le corps huit siècles auparavant. Leurs couleurs étaient fanées, mais à travers les plis transparents on voyait briller l'or des robes que portait la martyre. Le cardinal demeura un instant immobile; puis il écarta doucement les voiles de soie, et le corps de la vierge apparut, dans l'attitude qu'elle avait prise lorsqu'elle exhala son dernier soupir, la tête tournée vers le pavé de la chambre, dans la maison même depuis transformée en église où se tenaient le cardinal et les autres témoins de cette scène. Ni Urbain ni Pascal…

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(1). Cette vision forme le sujet d'une ancienne fresque, dont quelques fragments sont encore visibles dans l'église de Sainte-Cécile in Transtevere.

Rome Souterraine, p. 228-9.

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Re: Rome souterraine.

Message  Louis le Dim 22 Fév 2015, 1:03 pm

LIVRE  III


CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  IV.

La crypte de sainte Cécile.

(SUITE)



Ni Urbain ni Pascal n'avaient voulu changer la touchante et gracieuse attitude de la vierge morte. Elle portait encore ses robes tissées d'or sur lesquelles brillaient comme autant de pierres précieuses de larges taches de sang. A ses pieds étaient roulés les linges mentionnés par Pascal et par le continuateur du Liber pontificalis. Couchée sur le côté droit, ses deux bras étendus devant elle, elle semblait dormir profondément. Sa tête était tournée, avec une grâce exquise, vers le fond du cercueil; ses genoux, rapprochés l'un de l'autre, étaient légèrement pliés. Le corps était parfaitement intact ; après treize cents ans il avait conservé, par un prodige admirable, non-seulement l'attitude qu'il avait prise en mourant, mais la grâce et la modestie qui avaient paru jusque dans son dernier soupir ; on avait sous les yeux Cécile elle-même, telle qu'elle fut lorsque, penchée sur le pavé de sa maison, elle exhala son âme (1).

La constante tradition de l'Église pouvait-elle être mieux vengée ? Les catholiques, alors si violemment attaqués dans leur discipline et leurs dogmes, pouvaient-ils contempler un plus consolant spectacle ? Pouvait-on voir un plus frappant et plus vivant commentaire de la promesse divine : « Le Seigneur garde tous les os de ses serviteurs ; pas un seul ne sera perdu (2) ? » L'annonce de cette découverte inattendue causa dans Rome une sensation profonde.

Clément VIII, en ce moment malade à Frascati, envoya le cardinal Baronius avec mission d'examiner soigneusement les précieux restes. Baronius et Bosio (3) ont décrit l'un et l'autre le spectacle dont ils furent témoins. Pendant quatre ou cinq semaines Rome entière vint vénérer le corps de la sainte exposée dans son église, et satisfaire à la fois sa curiosité et sa dévotion. Le jour de Sainte-Cécile, la tombe fut refermée en présence du pape, qui célébra la messe. Le cardinal Sfondrati…

______________________________________________________

(1) En 1853, M. de Rossi assista avec le P. Marchi à la translation d'un corps trouvé dans un sépulcre à ciel ouvert, sur le quatrième mille de la voie Appienne nouvelle. C'était un squelette de femme étendu sur une longue table de marbre soutenue dans l'intérieur du sarcophage par des branches de fer. On souleva le lit de marbre, et le corps put être porté dans une église située à deux milles du lieu de la découverte, sans qu'un seul ossement eût été ébranlé. « Je regrette, dit M. de Rossi, que les savants chargés d'étudier anatomiquement le squelette l'aient entièrement défait ; j'aurais voulu le conserver intact et le mettre sous verre, afin que l'on pût voir par un exemple comment le pape Pascal, levant du sarcophage le cercueil de bois, put transporter sans secousse de la voie Appienne jusqu'au Transtevère la dépouille mortelle de sainte Cécile. » Roma sotterranea, t. II, p. 125-127. — (2).  Psalm. xxxiii, 21. — (3).  Baronius, Annal., ad ann. 821, XV, XVI; Bosio, Hist. passionis S. Cæciliæ. 155, 170.

Rome Souterraine, p. 229-30.

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Re: Rome souterraine.

Message  Louis le Lun 23 Fév 2015, 10:54 am

LIVRE  III


CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  IV.

La crypte de sainte Cécile.

(SUITE)


Le cardinal Sfondrati fit construire le maître-autel qui s'élève aujourd’hui au-dessus du tombeau de la sainte ; et sous l'autel il plaça une statue de marbre blanc


due au ciseau de Maderno, qui avait plusieurs fois vu le corps de la vierge et qui le reproduisit dans l'attitude que nous avons décrite. Au bas de la statue est cette inscription :


EN  TIBI  SANCTISSIMAE  VIRGINIS   CAECILIAE
IMAGINEM  QVAM   IPSE   INTEGRAM   IN  SEPVLCRO
JACENTEM   VIDI,   EAMDEM   TIBI   PRORSVS
EODEM   CORPORIS   SITV   HOC   MARMORE   EXPRESSI.

« Contemplez l'image de la très-sainte vierge Cécile,
que j'ai vue moi-même couchée intacte dans sa tombe.
J'ai exprimé pour vous, dans ce marbre,
la pose qu'avait son corps. »

Vers la même époque on publia une gravure représentant sainte Cécile dans son cercueil, avec cette légende : Hoc habitu inventa est. On en peut voir encore plusieurs exemplaires en diverses bibliothèques publiques, deux notamment dans la bibliothèque de Carpentras, parmi les manuscrits de Peiresc, contemporain de la découverte (1).

Quoique cela n'ait trait qu'indirectement à notre sujet, nous ne pouvons nous empêcher de signaler une autre confirmation de la légende de sainte Cécile. Dans le deuxième sarcophage trouvé par Sfondrati sous le maître-autel, et qui, d'après la tradition, devait renfermer les restes de saint Tiburtius, saint Valérien et saint Maxime,  transportés du cimetière de Prétextat dans l'église du Transtevère, on découvrit en effet les corps de trois personnes, deux desquelles, paraissant de même âge et de même taille, avaient été décapitées, tandis que le crâne de la troisième, rompu et brisé. et sa longue chevelure tout imprégnée de sang, paraissaient indiquer un martyr mis à mort à coups de ces plumbatæ,ou lanières garnies de plomb, que décrit Prudence, et dont on a retrouvé de nos jours un spécimen dans le cimetière de Calliste (1).

Or les actes de sainte Cécile rapportent que tel fut le supplice de l'officier Maxime, converti, on s'en souvient, par l'exemple des martyrs Valérien et Tiburtius. On peut donc affirmer que, des deux sarcophages trouvés dans l'église de Sainte-Cécile à la fin du XVIe siècle, l'un renfermait les restes de  la martyre elle-même, et l'autre ceux des trois martyrs dont l'histoire est liée à la sienne : son époux, son beau-frère et le compagnon de supplice de l'un et de l'autre.

Après ces longs préliminaires, rentrons dans notre crypte…

_______________________________________________

(1). Un des membres de la commission d'archéologie sacrée, le P. François Tongiorgi, a trouvé dans la célèbre collection du collège romain connue sous le nom de musée Kircher une plaque d'albâtre sur laquelle est peinte sainte Cécile dans la pose que lui donna le ciseau de Maderno. Cette peinture semble contemporaine de la découverte des reliques. La robe de la martyre est ornée de bandes vertes qui, probablement, ne sont pas un pur caprice de l'artiste. —  (1). On a trouvé dans un tombeau d'une chapelle voisine (B e 7) des chaînes terminées par des balles de plomb, qui furent peut-être des plumbata, instruments de supplice achetés à prix d'or par les fidèles pour être enterrés dans la tombe d'un martyr. Une de ces chaînes est conservée au musée chrétien du Vatican.

Rome Souterraine, p. 231-2.

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Re: Rome souterraine.

Message  Louis le Mar 24 Fév 2015, 11:28 am

LIVRE  III


CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  IV.

La crypte de sainte Cécile.

(SUITE)



Après ces longs préliminaires, rentrons dans notre crypte. Nous sommes maintenant en état de confronter la merveilleuse histoire de sainte Cécile avec les monuments encore existants du cimetière de Calliste. On a vu que, d'après les actes, saint Urbain enterra la vierge martyre dans le voisinage des papes,  inter collegas suos episcopos. Les deux Itinéraires cités au commencement de ce IIIe livre mentionnent son tombeau immédiatement avant ou immédiatement après celui des papes. Pascal Ier raconte qu'il trouva son corps tout près du lieu d'où il avait enlevé les corps de ses prédécesseurs, sicut in sacratissima illius passione manifeste narratur, inter collegas episcopos. Ces notions topographiques sont-elles vraies ou fausses? telle est la question




qui dut se présenter à la pensée de M. de Rossi quand, auprès de la chapelle des papes, il découvrit une autre chambre contiguë ; on se figure aisément quel fut son désir d'y pénétrer. Malheureusement cela n'était pas facile. La chapelle était remplie de terre jusqu'au haut du luminaire, et c'est par ce luminaire qu'elle dut être d'abord dégagée. A mesure que ce travail s'avançait, quelques peintures commencèrent à apparaître.

Ce fut d'abord, sur la paroi même du luminaire, une figure de femme dans l'attitude de la prière, mais tellement effacée et tellement décolorée qu'il était difficile d'en retrouver les traits distincts. Au-dessous de cette figure on découvrit ensuite une autre fresque représentant une croix latine entre deux brebis. Le temps avait également décoloré cette peinture.

Enfin, tout au bas de la paroi du luminaire, les fouilles, en creusant plus profondément, mirent au jour les figures de trois saints, peintes probablement au IVe ou Ve siècle, et dont les noms, écrits au-dessus, n'indiquaient aucune relation à l'histoire de sainte Cécile. Le premier s'appelait Policamus : c'était un martyr, ainsi que l'indique la palme qui sort de terre à côté de lui ; le second portait le nom de Sébastien, et le troisième, Quirinus, était sans doute un évêque, car il avait la tête tonsurée en couronne, comme on voit sur les portraits d'évêques de cette époque : c'était au moins un clerc, et il ne peut être confondu avec le tribun Quirinus, enterré dans le cimetière de Prétextat. M. de Rossi ne s'attendait nullement à trouver ces trois saints près de la tombe de sainte Cécile. Avant d'expliquer la raison de cette coïncidence inattendue, continuons de suivre le dégagement de la chambre.

En descendant plus près du sol...

Rome Souterraine, p. 232-4.

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Re: Rome souterraine.

Message  Louis le Mer 25 Fév 2015, 10:42 am

LIVRE  III


CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  IV.

La crypte de sainte Cécile.

(SUITE)


En descendant plus près du sol, on découvrit sur le mur, près de la porte qui mène à la chapelle papale, une peinture que l'on peut attribuer au VIIe siècle, représentant une jeune femme richement vêtue, portant des perles dans les cheveux et aux oreilles, des colliers et des bracelets d'or et de perles; sur sa robe blanche est passée une tunique rose semée de fleurs d'or et d'argent. Ainsi devait être parée, au VIIe siècle, une fiancée riche et de haute naissance. Elle a les mains étendues, et sa tête est entourée d'un nimbe d'or. De grandes fleurs roses sortent de terre autour d'elle. Il n'est pas douteux que le peintre ait voulu, sous ces traits qui, malgré la barbarie du pinceau, ont conservé une sorte de grâce juvénile, représenter la sainte célèbre enterrée dans cette chapelle.

Au-dessous de l'image de sainte Cécile on voit une niche légèrement creusée, comme on en trouve en quelques parties des catacombes, destinée probablement à recevoir les vases d'huile et de parfums qui servaient dans l'antiquité chrétienne à l'entretien des lampes allumées devant les tombeaux des martyrs.

Au fond de la niche est peinte, en style byzantin, une grande figure de Notre-Seigneur, entourée de rayons formant une croix grecque. A côté de cette figure, tout contre la niche, on voit, dans une sorte de cadre noir, le portrait en pied d'un évêque revêtu de ses habits pontificaux : près de lui est écrit son nom, S.  VRBANVS.

En examinant de près ces peintures on reconnaît qu'elles ne furent pas les premières décorations de la chapelle. La figure de sainte Cécile est peinte sur une mosaïque plus ancienne dont on aperçoit encore, tout en bas du tableau, une double rangée de cubes blancs, bleus et verdâtres. La niche dans laquelle est représentée l'image de Notre-Seigneur porte la trace visible d'un revêtement de porphyre. Cette figure et celle de saint Urbain ne peuvent guère remonter plus haut que le Xe ou le XIe siècle.

Quand on trouve, en quelque partie des catacombes, les vestiges de plusieurs décorations successives et la trace de travaux exécutés après le IVe ou le Vesiècle, on peut dire avec assurance qu'on est en présence d'un sanctuaire historique. Si l'on ajoute qu'à la gauche des peintures que nous avons décrites le mur est profondément entaillé de manière à recevoir un sarcophage, et que, entre cette cavité et le fond de la niche située à gauche de l'autel dans la chapelle papale, il reste à peine un pouce de tuf, il faut bien laisser tomber tout scepticisme, confesser que les anciennes traditions reçoivent une confirmation éclatante, que le récit du pape Pascal se vérifie de tout point, et que l'on a enfin découvert de manière à n'en pouvoir plus douter le tombeau d'une des plus anciennes et des plus célèbres martyres de Rome.

On demandera cependant si cette chambre peut bien être celle de sainte Cécile. Un point, à vrai dire, un seul, peut encore demeurer obscur. Comment, en effet, le pape Pascal eut-il tant de peine à découvrir le tombeau de notre sainte, quand, entre sa chambre et celle des papes, il existe une communication si visible et si facile?

Pour répondre à cette difficulté…

Rome Souterraine, p. 234-5.

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