Rome souterraine.

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Message  Louis le Jeu 26 Fév 2015, 10:57 am

LIVRE  III


CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  IV.

La crypte de sainte Cécile.

(SUITE)


Pour répondre à cette difficulté, il faut rappeler quelle était au temps de Pascal la condition des catacombes romaines. L'état de ruine ou elles étaient tombées le contraignait à en retirer les reliques. De plus, elles étaient exposées aux incursions des barbares. Il est possible qu'à l'époque où Pascal fit ses recherches, soit la cavité dans laquelle était déposé le sarcophage, soit la porte même qui mettait en communication les deux chambres, ait été bouchée afin de dépister les investigations sacrilèges des Lombards. Ce n'est pas là une simple conjecture.

Parmi les débris qui remplissaient la crypte, M. de Rossi a trouvé, devant la niche qui contint jadis le sarcophage de la sainte, quelques restes d'un mur trop peu épais pour avoir pu servir de support, et qui évidemment fut construit pour boucher ou dissimuler la cavité du sépulcre.

A l'inspection des graffites qui en recouvrent le stuc grossier, il reconnaît, avec son habituelle sincérité, que ce mur dut être construit pour un motif de décoration plutôt que de prudence, et appartient sans doute à une date postérieure au temps de Pascal.

Mais un autre mur peut avoir été construit à la même place, à une époque plus reculée, et avoir dissimulé aux yeux de ce pape le pieux trésor qu'il cherchait. M. de Rossi, à l'appui de cette hypothèse, cite un arcosolium du cimetière de Prétextat qui, sans doute par peur des barbares, avait été ainsi caché, au VIIe ou VIIIe siècle, par l'érection d'un mur: ce mur détruit, M. de Rossi et le P. Marchi virent apparaître un tombeau tout revêtu de marbre à l'intérieur, et dont la mensa pouvait se lever à l'aide de grands anneaux de bronze : deux corps y étaient renfermés, vêtus l'un de toiles d'or et l'autre d'étoffes de pourpre, sans doute deux martyrs inconnus dont une grossière construction avait caché et préservé les restes (1).

Quand même nous ignorerions encore…

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(1). Roma sotterranea, t. I, p. 169. — Bullett. di archeologia cristiana, 1872, p. 66, 67. — Cet arcosolium est celui du cubiculum orné de peintures du IIe siècle dont nous parlons p. 116.
Rome Souterraine, p. 235-6.

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Re: Rome souterraine.

Message  Louis le Ven 27 Fév 2015, 1:03 pm

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CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  IV.

La crypte de sainte Cécile.

(SUITE)

Quand même nous ignorerions encore la solution véritable de la difficulté qui vient d'être indiquée, cette unique obscurité, ce seul anneau manquant dans la chaîne des preuves ne pourrait détruire l'évidence résultant du témoignage personnel de Pascal Ier et des innombrables confirmations qui lui sont données par tant de sources anciennes et modernes. Une des plus importantes est celle qui dérive des nombreuses épitaphes de membres de la famille des Cæcilii, et d'autres familles alliées à celle-ci, découvertes dans cette région et dans les régions environnantes du cimetière de Calliste.

M. de Rossi compte douze ou treize inscriptions funéraires de Cæcilii et de Cæciliani, tous de race sénatoriale, trouvées dans les deux premières areæ et dans la crypte de Lucine, et comprises entre le IIe et le Ve siècle. En rapprochant ce fait de ceux que nous connaissons déjà, et en particulier de la découverte, au-dessus même du cimetière de Calliste, de magnifiques colombaires appartenant à la gens Cæcilia, on acquiert la certitude que la première area de ce cimetière, et sans doute aussi la seconde, fut, avant d'avoir été donnée par eux à l'Église, la propriété des Cæcilii Maximi Fausti, et que sainte Cécile, à laquelle les actes donnent ces titres de nobilis et de clarissima, portés dans les inscriptions funéraires par plusieurs femmes de cette noble famille, en était membre, elle aussi, et fut déposée avec honneur dans l'hypogée possédé par les siens sur la voie Appienne.

M. de Rossi croit voir sur les murailles mêmes de la chapelle un souvenir du jour où le pape Pascal Ier opéra la translation des reliques de notre sainte. En examinant de près l'image de sainte Cécile, on reconnaît que, dans sa partie inférieure, elle est couverte de granités qui peuvent se diviser en deux catégories. Les uns sont irréguliers, écrits pêle-mêle par des mains et à des époques différentes, noms de pèlerins romains ou étrangers. Ainsi, on lit à gauche, au milieu des herbes ou des moissons que semblent fouler les pieds de la sainte, le nom d'un Hildebrand, à droite, celui d'un Etelred ep(iscopus), en bas, dans la bordure du cadre, un Lupo : le mot Spani (Hispani) se rencontre deux fois. L'autre classe de granités est toute…

Rome Souterraine, p. 236-37.

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Re: Rome souterraine.

Message  Louis le Sam 28 Fév 2015, 11:21 am

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CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  IV.

La crypte de sainte Cécile.

(SUITE)

L'autre classe de granités est toute différente : ce sont des noms de prêtres écrits sur quatre lignes avec une grande



tous Romains, qui sont venus dans la chapelle de Sainte-Cécile accompagnés d'un notaire ou scriniarius, comme s'ils étaient chargés d'accomplir une cérémonie importante dont il doit rester procès-verbal : l'un d'eux est le prêtre du titre de Sainte-Cécile, Joannes presbyter vester : une seule personne étrangère a été admise par faveur en leur compagnie, la matrone Adeodata, mère du prêtre Léon. Les noms de ces visiteurs sont inscrits au bas de l'image de la sainte en lignes régulières, et ressemblent plutôt, par leur arrangement, à une inscription officielle qu'à un graffite : on dirait qu'ils ont été tracés sur le mur en commémoration de quelque acte solennel et pieux.

Par une coïncidence singulière, quelques-uns de ces noms : Leo prb, Sergius prb, Benedictus prb, Stefanus prb, Joannes prb, se lisent sur l'image de saint Corneille, dans la chapelle où est la tombe de ce pape, dont les reliques furent transportées à Rome quarante ans avant celles de sainte Cécile.

Plusieurs d'entre eux se retrouvent sur une fresque découverte à Saint-Clément, faite aux dépens du prêtre Léon sous le pontificat de Léon IV, vers la moitié du IXe siècle (2). Un Benedictus, quatre Léon, deux Georgius font partie d'un synode tenu à Rome en 826.

Parmi ces noms, il en est de fort communs, comme Léo, Benedictus ou Joannes ; on peut les trouver plusieurs fois répétés sur des actes contemporains sans avoir le droit pour cela de les attribuer aux mêmes personnes. D'autres sont plus rares…


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(1).  De ces deux premiers noms, il ne reste plus que deux lettres du second, SE... M. de Rossi raconte que, pendant que la crypte était encore pleine de matériaux et de ruines, il introduisit, non sans péril, sa tête entre deux monceaux de décombres et lut, à gauche de la fresque, à l'extrémité inférieure du cadre, les noms Benedictus et Sergius, qui bientôt tombèrent en poudre avec le stuc qui les portait. — (2). Roma sotterranea, t. II, p. 130. — Cf. Bullett. di arch. crist., 1863, p. 14; Revue archéologique, novembre 1872, p. 295.

Rome Souterraine, p. 237-9.

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Message  Louis le Dim 01 Mar 2015, 2:29 pm

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CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  IV.

La crypte de sainte Cécile.

(SUITE)

…D'autres sont plus rares, Georgius, Mercurius, et quand on les trouve signés, au milieu d'un groupe de prêtres, au bas de deux images de saints, quand on remarque, dans les graffites de Saint-Clément comme dans ceux de Sainte-Cécile, les deux noms tracés avec les mêmes singularités d'écriture, on a le droit de conjecturer qu'ils furent portés par deux mêmes personnes, et que leurs possesseurs étaient des membres du haut clergé romain, ayant assisté le pape dans  deux actes solennels,  en certifiant, comme témoins, la translation par lui faite des reliques d'un saint, et en signant avec lui les décrets d'un concile.

Telle est en effet la conjecture de M. de Rossi : les prêtres dont les noms se trouvent écrits sur quatre lignes au pied de l'image de sainte Cécile, au-dessus même de son tombeau, furent certainement des contemporains de Pascal Ier, puisque les noms de quelques-uns d'entre eux se trouvent sur des monuments et des documents contemporains de ce pape, et probablement ils assistèrent, comme témoins, à la translation solennelle des reliques de sainte Cécile, quelques-uns peut-être, quarante ans plus tôt, à celle des reliques de saint Corneille : leurs noms inscrits dans l'une et l'autre chapelle seraient des souvenirs officiels de cette translation, la signature en quelque sorte de témoins instrumentaires, signature qui, après avoir été gravée sur la muraille, fut sans doute apposée au bas du procès-verbal de l'ouverture du tombeau et de l'enlèvement des reliques, tracé par le scriniarius, ou notaire de l'Église romaine, qu'ils avaient amené avec eux.

On retrouverait ainsi, sur la muraille de la chapelle de Sainte-Cécile, et peut-être sur celle de la crypte de saint Corneille, un souvenir matériel de la translation de leurs corps.  La fresque représentant saint Urbain, à côté de la niche où est la grande figure byzantine du Sauveur, ne présente aucune trace de graffites de la même époque ; elle est sans doute bien postérieure, car les croix qui ornent le pallium dont le saint est revêtu ne paraissent pas avoir été en usage avant le Xe ou XIe siècle : il est probable qu'elle fut peinte après la translation des reliques de sainte Cécile, en l'honneur, non des reliques, mais du tombeau qui les avait contenues : DECORI  SEPULCRI S. CÆCILLE MARTYRIS, dit une inscription maintenant presque effacée (1), écrite sur la muraille à côté de la fresque.

Il nous reste à reprendre en quelques mots l'histoire de sainte Cécile…

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Rome Souterraine, p. 239-40.

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Re: Rome souterraine.

Message  Louis le Lun 02 Mar 2015, 12:13 pm

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CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  IV.

La crypte de sainte Cécile.

(SUITE)

Il nous reste à reprendre en quelques mots l'histoire de sainte Cécile. Les actes d'où elle est tirée ne sont pas exempts d'erreur, nous l'avons reconnu : le lecteur aura remarqué néanmoins que leurs données principales sont toutes confirmées par les découvertes du cimetière de Calliste. Les erreurs qu'ils renferment ont trait principalement à la chronologie. D'après le récit des actes, au moment où sainte Cécile fut mise à mort, une persécution terrible sévissait contre l'Église, et les persécuteurs poussaient la férocité jusqu'à refuser la permission d'enterrer les martyrs. Le monde romain était gouverné par deux empereurs : Domini nostri invictissimi principes, imperatores , tel est constamment le langage des actes. Le martyre de sainte Cécile fut consommé, d'après leur récit, sous le pontificat d'Urbain, quem papam suum christiani nominant.

Ici naît une difficulté chronologique. Si le martyre de sainte Cécile eut lieu du temps du pape Urbain, il eut lieu sous le règne d'Alexandre-Sévère. Or la douceur d'Alexandre-Sévère, sa tolérance à l'égard des chrétiens, sont bien connues ; quand même il y aurait eu sous son règne, à son insu, quelques actes de persécution isolés, on ne saurait comprendre sous ce clément empereur la persécution générale, emportée, féroce, acharnée jusque sur la dépouille des martyrs, que dépeint l'auteur des actes. Et enfin, sous Alexandre-Sévère, qui régna seul, la perpétuelle allusion à la pluralité des empereurs est tout à fait inintelligible.

Le martyrologe d'Adon (2), corrigeant ces diverses contradictions par une autre, dit que sainte Cécile souffrit sous le règne des empereurs Marc-Aurèle et Commode, passa est autem beata virgo Marci  Aurelii et Commodi imperatorum temporibus, mais il ajoute qu'elle reçut la couronne du martyre sous le pontificat d'Urbain : or le pape Urbain est de cinquante ans postérieur au règne de Marc-Aurèle. L'inconséquence d'Adon nous fournit cependant un premier trait de lumière.

Pour fixer ainsi le martyre de sainte Cécile à l'époque où Marc-Aurèle avait associé Commode à l'empire, quand tous les autres martyrologes se contentent de dire qu'elle souffrit sous le pape Urbain, il faut qu'il ait tiré cette date de quelque ancien document, peut-être d'actes de sainte Cécile antérieurs à ceux rédigés au Ve siècle, et qu'il l'ait copiée naïvement, littéralement, sans se rendre compte de la contradiction et de l'anachronisme qu'il introduisait par là dans son récit (1). Or, si l'on admet que notre sainte souffrit sous Marc-Aurèle et Commode, toutes les invraisemblances des actes que nous possédons disparaissent. Marc-Aurèle et Commode étaient ennemis déclarés du nom chrétien ; sous leur règne la persécution sévit cruellement, et les refus de sépulture ne furent pas sans exemple. Chose remarquable, la sentence que l'auteur des actes met dans la bouche du préfet Amachius est tirée mot pour mot d'un rescrit rendu par les deux empereurs en 177, et cité dans l'admirable lettre des Églises de Lyon et de Vienne qu'Eusèbe nous a conservée (2). Voici le texte de la sentence: Domini nostri invictissimi principes jusserunt ut qui se non negaverint esse christianos puniantur, qui vero negaverint dimittantur,  « nos seigneurs les invincibles princes ont ordonné que ceux qui ne renieront pas la qualité de chrétiens soient punis, ceux qui la renieront renvoyés absous. »

Voici maintenant le texte de l’édit : …

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(2). Ado. Martyrol., die. 22 nov.

Rome Souterraine, p. 240-1.

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Re: Rome souterraine.

Message  Louis le Mar 03 Mar 2015, 11:37 am

LIVRE  III


CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  IV.

La crypte de sainte Cécile.

(SUITE)


Voici maintenant le texte de l’édit :


Les paroles du juge sont donc empruntées à l'édit de persécution rendu en 177 par Marc-Aurèle, et qui certainement ne faisait pas loi cinquante ans plus tard sous Alexandre-Sévère : et il y a tout lieu de croire que, quelle qu'en soit la source, la variante introduite par Adon dans le récit est conforme à la vérité.

Ceci admis, une autre difficulté naît aussitôt. Elle est relative au pape. S'il est vrai que sainte Cécile souffrit en 177, il est impossible que le pape Urbain ait joué aucun rôle dans son histoire. La difficulté cependant ne subsistera pas longtemps si l'on veut se souvenir de ce qui a été dit au chapitre précédent sur l'existence de deux Urbain, l'un évêque de Rome, l'autre évêque de quelque siège étranger, l'un pape et confesseur, enterré à Saint-Calliste, l'autre mort martyr et inhumé à Prétextat. Il est probable que l'évêque Urbain se trouvait à Rome au temps du pape Éleuthère, contemporain de Marc-Aurèle, et, pendant la persécution, remplissait pour ce pontife quelques-unes des fonctions épiscopales, comme firent à Carthage les évêques Caldonius et Ercolanus, remplaçant pendant quelque temps saint Cyprien (1) : peut-être même était-il évêque de ce pagus de la voie Appienne dont parlent les actes, et qui est voisin du cimetière de Prétextat, dans lequel un évêque martyr Urbain était vénéré (2) : il aurait été ainsi mis en rapport avec la vierge Cécile, et aurait joué dans son histoire le rôle touchant que rapportent les actes. L'auteur des actes, trouvant dans la tradition ou dans les anciens documents sur lesquels il travaillait le souvenir d'un Urbain, en fit naturellement le pape de ce nom, et, par un anachronisme, suite inévitable de cette première confusion, raconta que sainte Cécile, honorée d'un privilège dû à son rang, à sa vertu et à son courage, fut enterrée par saint Urbain dans le lieu le plus vénéré du cimetière de Calliste, « entre les évêques ses collègues, » inter collegas suos episcopus.

Maintenant que toutes les dates sont rectifiées, nous savons, au contraire, que sainte Cécile…

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(1). Cyprian., Ep., 31, 39. — (2). C'est l'hypothèse proposée par le jésuite Lesleus, Missale mozarab., Romæ, 1755, t. II, p. 608. Cf. de Rossi, Bull. di arch. crist., 1872, p. 51, et Roma sotterranea, t. II, p. 151. — M. de Rossi fait remarquer qu'il n'existe aucune trace de ce siège épiscopal situé presque aux portes de Rome.

Rome Souterraine, p. 241-3.

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Re: Rome souterraine.

Message  Louis le Mer 04 Mar 2015, 12:47 pm

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CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  IV.

La crypte de sainte Cécile.

(SUITE)

Maintenant que toutes les dates sont rectifiées, nous savons, au contraire, que sainte Cécile fut enterrée dans ce qui devint plus tard le cimetière de Calliste, bien avant qu'aucune partie de ce cimetière appartînt officiellement à l'Église, bien avant, par conséquent, qu'on eût commencé à y établir la sépulture collégiale des papes. La martyre reposait depuis quelques années dans l'hypogée de sa famille quand, sans doute vers la lin du IIe siècle (on trouve plusieurs épitaphes de Cæcilii chrétiens appartenant à cette époque), celle-ci fit don à l'Église du cimetière qu'elle possédait sur la voie Appienne, et de vastes terrains adjacents. Le pape Zéphyrin en confia l'administration au diacre Calliste, et le cimetière des Cæcilii, agrandi comme nous l'avons vu par des additions successives, ne tarda pas à devenir la plus vaste et la plus importante des catacombes romaines.

Ce n'est donc pas sainte Cécile qui fut enterrée parmi les papes, c'est elle, au contraire, qui fit aux papes du IIIe siècle les honneurs de sa demeure funèbre. Peut-être même le sarcophage dans lequel elle reposait fut-il retiré à cette époque de la principale chambre, qui devint la sépulture du collège pontifical, et déposé, par les soins de Zéphyrin ou de son successeur, dans une cellule voisine créée tout exprès. Cette cellule dut être à l'origine petite, étroite, obscure, car la chambre sépulcrale de sainte Cécile ne fut pas toujours ce que nous la voyons aujourd'hui. C'est au pape Damase qu'elle doit son entrée actuelle et l'escalier qui y conduit directement : les arcs et les murailles de brique et de maçonnerie, qui datent certainement de lui, permettent de juger des travaux considérables entrepris par Damase pour l'embellissement de la crypte et la commodité des pèlerins.

Enfin, à une époque encore plus récente, probablement sous le pontificat de Sixte III, on mit la chambre ainsi agrandie en communication avec le jour, en ouvrant dans la voûte le grand luminaire sur les parois duquel sont peintes les ligures de Polycamus, de Curinus  et de Sébastien.

Quel peut être ce Sébastien ?...
Rome Souterraine, p. 243-4.

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Re: Rome souterraine.

Message  Louis le Jeu 05 Mar 2015, 12:09 pm

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CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  IV.

La crypte de sainte Cécile.

(SUITE)

Quel peut être ce Sébastien ? Nous ne connaissons de saint de ce nom que le célèbre martyr dont la basilique s'élève sur la voie Appienne à peu de distance du cimetière de Calliste. Les fastes de l'Église romaine conservent la mémoire de deux Quirinus ou Cyrinus : l'un, tribun militaire, qui fut enterré dans le cimetière de Prétextat, l'autre, évêque de Siscia en Illyrie, dont les reliques, fuyant devant les barbares, furent recueillies dans les catacombes de Saint-Sébastien. La couronne ou tonsure sacerdotale qui orne la tête du personnage désigné dans la fresque du luminaire par le nom de Curinus ne permet pas d'hésiter entre les deux martyrs homonymes. Du temps de Prudence, c'est-à-dire au commencement du Ve siècle, les reliques du saint évêque de Siscia étaient encore conservées dans sa ville épiscopale (1).

Quand l'Illyrie  eut été envahie par les barbares, elles furent transportées à Rome, vers l'an 420. La translation de ces reliques, assez célèbres pour avoir été chantées par Prudence, fut sans doute un grand événement, dont le principal cimetière de la voie Appienne voulut garder le souvenir, et l'image du martyr de Siscia fut peinte sur le grand luminaire de la crypte de sainte Cécile, à côté de saint Sébastien, dans l'église duquel il venait de recevoir l'hospitalité. Le troisième personnage de la fresque, Polycamus, n'a pas d'histoire : ni les martyrologes ni les écrivains ecclésiastiques ne font mention de lui. Un Itinéraire (1) le nomme parmi les martyrs qui reposent dans le voisinage de sainte Cécile.

On sait, par une inscription du IXe siècle, que ses reliques furent transportées à cette époque, avec celles de l'évêque Optat (2), dans l'église de San-Sylvestro in capite. La palme peinte auprès de lui indique qu'il fut martyr; c'était probablement un laïque, car sur ses cheveux n apparaît aucune trace de tonsure. Peut-être ses reliques furent-elles apportées d'Afrique en même temps que celles d'Optat, dont l'inscription de San-Sylvestro cite le nom à côté du sien. Ces trois figures, bien que roides et contraintes, n'appartiennent pas tout à fait à la décadence de l'art : les têtes ont un accent individuel très-prononcé, et les draperies sont encore belles.

___________________________________________________

(1).

Rome Souterraine, p. 244-5.

A suivre : Chapitre V. — L’épitaphe de saint Eusèbe.

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Re: Rome souterraine.

Message  Louis le Ven 06 Mar 2015, 2:33 pm

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CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  V.

L’épitaphe de saint Eusèbe.

SOMMAIRE. — Crypte de saint Eusèbe. — Fragments d'une inscription damasienne, découverts par M. de Rossi en 1852. — Autres fragments de la même inscription, découverts par lui en 1856. — Crypte où fut enterré saint Eusèbe, richement ornée de mosaïques, de marbres et de peintures.— Découverte, dans cette chapelle, d'une copie, faite au VI eou au VIIe siècle, de l'inscription dont quelques fragments originaux avaient déjà été trouvés. —  Fautes de cette copie, corrigées d'après ces fragments. — Importance historique de cette inscription. — Son explication.— Fait inconnu jusque-là de la vie du pape Eusèbe. — Miséricorde du pape pour les apostats repentants. — Insurrection dirigée contre lui par un partisan de la servante outrée. — Intervention du pouvoir civil païen. — Le pape et le chef de la sédition envoyés tous deux en exil. — Épisode analogue de la vie du pape Marcel raconté également par une inscription damasienne.
_______________________________________

Le premier Itinéraire Salzbourgeois (1), après avoir nommé sainte Cécile, les papes, et « les innombrables martyrs » qui dorment près d'eux, ajoute que saint Eusèbe, pape et martyr, repose dans une caverne à une grande distance de là, longe in antro, et saint Corneille, pape et martyr, dans une autre caverne plus éloignée, longe in antro altero. Pour compléter notre revue des monuments historiques du cimetière de Calliste, il nous faut donc visiter ces deux « cavernes » ou chambres souterraines. Nous commencerons par la plus rapprochée, celle de saint Eusèbe. Elle est située à l'endroit même indiqué par l'Itinéraire, c'est-à-dire entre saint Corneille et les autres papes, à cent pas environ de la chambre où reposent ces derniers.

La chapelle de Saint-Corneille était déjà retrouvée, et l'on recherchait celle des papes, quand, en 1852, dans un endroit intermédiaire, au second étage de la catacombe, M. de Rossi découvrit au milieu des ruines six petits morceaux de marbre sur lesquels étaient tracées des lettres assez semblables aux caractères damasiens, mais d'une exécution bien moins parfaite. Deux mots seulement s'y lisaient entiers, SCINDITVR  et  SEDITIO; puis venaient trois fragments de mots,  EVS..., EXEMPL... et INTEGR... Il se souvint aussitôt d'une inscription métrique rapportée par trois de ces anciens recueils épigraphiques dont nous avons déjà parlé, et attribuée par eux au pape Damase, dans laquelle ces mots et ces fragments de mots se rencontraient.

Cette inscription est une de celles qui ont le plus divisé les critiques. Elle raconte certaines dissensions religieuses survenues sous le pontificat d'Eusèbe, sur lesquelles sont muets tous les historiens ecclésiastiques, et dont ne parle pas le Liber pontificalis.  Baronius, ne pouvant admettre que les historiens les plus graves, que tous les annalistes contemporains eussent ignoré des faits de la plus grande importance pour l'histoire de l'Église romaine au commencement du IVe siècle, refusa de croire que le héros de l'inscription rapportée par les manuscrits fût vraiment le pape Eusèbe, et, malgré l'invraisemblance d'une telle conjecture comparée au texte, il aima mieux voir dans le récit métrique une allusion à quelques faits obscurs de la vie d'un certain prêtre Eusèbe, contemporain de Constance (le même dont nous avons placé hypothétiquement le tombeau dans la chapelle des papes). Tillemont et les Bollandistes ont soutenu, au contraire, qu'Eusèbe dont parle l'inscription est bien le pape de ce nom, et que l'auteur des vers est vraiment le pape Damase.

Nous n'avons pas besoin de dire vers laquelle des deux opinions inclina M. de Rossi…

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(1).Notitia ecclesiarum urbis Romæ. — Voir page 30.
Rome Souterraine, p. 246-7.

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Re: Rome souterraine.

Message  Louis le Sam 07 Mar 2015, 3:47 pm

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CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE V.

L’épitaphe de saint Eusèbe.

(SUITE)

Nous n'avons pas besoin de dire vers laquelle des deux opinions inclina M. de Rossi, dès qu'il eut découvert ces fragments dans la région souterraine où les Itinéraires placent le tombeau de saint Eusèbe. Il s'empressa de faire part de sa découverte à l'une des sociétés savantes de Rome. Il dut cependant attendre encore cinq années avant que les progrès des fouilles lui donnassent un libre accès dans l'intérieur du cimetière. Pendant ces cinq années la commission d'archéologie sacrée s'était occupée de déblayer la chapelle des papes et celle de Sainte-Cécile. En 1856, les travaux furent repris au point où les fragments d'inscription avaient été découverts. Pendant qu'on enlevait les terres qui, en cet endroit comme aux environs de toutes les cryptes historiques, avaient pénétré par le luminaire, M. de Rossi découvrit encore quarante fragments de la même inscription.

Les fouilles terminées, l'importance de la crypte nouvellement mise au jour se révéla par des marques non équivoques. Un escalier la mettait en communication avec le sol extérieur (C e 2); à partir de cet escalier, des murs construits dans l'intérieur du souterrain, et fermant l'entrée de certaines galeries, empêchaient le pèlerin de s'égarer et lui indiquaient la route vers deux chambres qui s'ouvrent l'une en face de l'autre au fond d'un ambulacre (D e 1). L'une a 4m, 18 de long sur 2m, 85 de large; l'autre, beaucoup plus vaste, et destinée à contenir la foule des pèlerins, mesure 5m, 50 sur 3m, 58. La plus petite était évidemment le sanctuaire vénéré par eux : là se trouvait le tombeau du pape Eusèbe. Elle porte encore les traces d'un riche revêtement de marbre. Trois grands arcosolia s'y trouvent; l'un fait face à la porte, les deux autres sont creusés dans les murailles de droite et de gauche. Le premier fut certainement le tombeau principal de la chambre, celui où étaient renfermés les restes de saint Eusèbe. Dans l'arc de cet arcosolium on distingue, à l'empreinte laissée sur le stuc par une mosaïque presque entièrement tombée, la forme d'un vase anse, de chaque côté duquel se tiennent des oiseaux. Le fond de l'arcosolium présente une particularité tout à fait inusitée. Il en contient un autre plus petit, pratiqué derrière lui dans l'épaisseur de la muraille : dans la lunette…

Rome Souterraine, p. 248.

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Message  Louis le Dim 08 Mar 2015, 12:32 pm

LIVRE  III


CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  V.

L’épitaphe de saint Eusèbe.

(SUITE)

…Il en contient un autre plus petit, pratiqué derrière lui dans l'épaisseur de la muraille : dans la lunette de ce petit arcosolium paraît encore l'empreinte d'une tablette de marbre posée verticalement (1). La partie de muraille laissée libre au-dessus du grand tombeau, immédiatement sous la voûte, porte les traces d'une fresque représentant le Bon Pasteur : au milieu de cette fresque a été indiscrètement taillé un loculus. La voûte, au pied du lucernaire, se creuse légèrement en forme de berceau ou de coquille, et est décorée de caissons octogones dessinés sur le stuc en lignes bleues et rouges. On reconnaît dans l'arc et la lunette de l'arcosolium construit dans la muraille de droite les vestiges d'une mosaïque représentant des enfants ailés qui symbolisaient probablement les saisons. Les parois de la seconde chambre n'ont jamais été revêtues de marbres : sur l'enduit qui les recouvrait les pèlerins ont laissé des traces écrites de leur passage. Ces graffites ont le même caractère que ceux de la crypte de saint Sixte ; mais les formules les plus anciennes, comme in mente habere, ne s'y trouvent plus, le latin domine, et dans le petit nombre des inscriptions grecques on reconnaît le style de l'âge byzantin. Les graffites de cette chambre sont plus voisins du Ve que du IIIe siècle : ils correspondent à l'époque de Damase.

Ce que ces deux chambres ont de plus intéressant est l'épaisse table de marbre, primitivement fixée au parapet de l'arcosolium principal, et que les modernes excavateurs ont placée au milieu de la chapelle, afin qu'on en puisse étudier facilement les deux faces. D'un côté on y voit une inscription païenne en l'honneur de Caracalla (2), de l'autre, sur le revers, une inscription damasienne en l'honneur du pape Eusèbe. La signature de saint Damase y est pour ainsi dire écrite : Damasus episcopus fecit se lit en grosses lettres à la première ligne. Et cependant tout œil un peu exercé refusera de reconnaître dans cette inscription la main de l'habile calligraphe auquel on doit la reproduction de tant d'autres compositions du pape Damase.

Quand M. de Rossi eut trouvé les premiers fragments de l'inscription, il crut un instant avoir découvert un des essais de jeunesse du calligraphe damasien, une œuvre de sa première manière, s'il eut jamais une première manière.

A mesure que les fouilles mirent en lumière un plus grand nombre de fragments, M. de Rossi reconnut en eux les restes non d'un original, mais d'une copie, d'une restauration. En 1856, il annonça à l'académie pontificale d'archéologie que la pierre dont il avait retrouvé les fragments n'était qu'une seconde édition de l'œuvre de Damase, rétablie par Symmaque, Vigile ou Jean III, les trois papes qui mirent le plus de zèle à réparer les ruines laissées dans les catacombes par les barbares. Nous avons déjà cité (1) une inscription de Vigile rappelant qu'il rétablit plusieurs tituli perdus ou brisés : peut-être l'inscription de seconde main retrouvée par M. de Rossi est-elle un de ceux-là.

Dans une autre circonstance…

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(1). Ce petit arcosolium a certainement contenu les restes d'un chrétien illustre, jugé digne de reposer dans le voisinage immédiat du saint auquel la crypte était dédiée. M. de Rossi pense qu'il fut pratiqué pour recevoir, au Ve siècle, les reliques de saint Optat de Vesceter, et que l'épitaphe de cet évêque, dont les fragments ont été trouvés dans la chambre de saint Eusèbe, occupait la place encore visible dans le fond du petit arcosolium. Voir plus haut, page 245, note 2. Cf. Roma sottterranea, t. II, pp. 194 et 221-225.




(1). Voir page 158, note 2.
Rome Souterraine, p. 249-50.

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Message  Louis le Lun 09 Mar 2015, 12:58 pm

LIVRE  III


CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  V.

L’épitaphe de saint Eusèbe.

(SUITE)

Dans une autre circonstance M. de Rossi avait émis une conjecture fort intéressante : l'artiste qui grava toutes les inscriptions damasiennes ne serait-il pas ce Furius Dionysius Filocalus qui, sous Libère, prédécesseur de Damase, orna d'élégants dessins à la plume le précieux almanach chrétien, l'un des documents les plus originaux de l'histoire ecclésiastique primitive (1). Or, quand tous les fragments de l'inscription qui nous occupe eurent été rassemblés, on put lire, à droite et à gauche, en deux files de lettres placées les unes sous les autres, la légende suivante :



Entre ces deux lignes, qui en sont comme le cadre, se déroule le poème, composé de huit vers. Nous n'en donnons ici que la traduction française : le lecteur peut voir le texte latin, avec un fac-similé de l'inscription,  planche XII:

« Héraclius contesta à ceux qui étaient tombés le droit de se repentir de leurs pèches. Eusèbe enseigna que ces malheureux avaient le droit de pleurer leurs crimes. Le peuple se divisa en deux partis, et, la fureur s'allumant, on vit des séditions, des massacres, une guerre civile, la discorde, des luttes intestines. Aussitôt l'un et l'autre (le pape et l'hérétique) furent bannis par la cruauté du tyran, quoique le pontife conservât intacts les liens de la paix. Il supporta son exil avec joie, regardant le Seigneur comme son juge, et, sur le rivage de la Sicile, il laissa le monde et la vie. »

Cette inscription est celle que dès les premiers fragments M. de Rossi avait devinée, celle rapportée par les anciens manuscrits et discutée par Baronius. Il n'est plus douteux qu'elle fut composée par Damase en l'honneur du pape Eusèbe, et que les faits racontés par elle appartiennent à la vie de ce pontife. Avant de les commenter, nous devons montrer…
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(1). Voir la page 25.


Planche XII

Rome Souterraine, p. 250-1.

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Message  Louis le Mar 10 Mar 2015, 12:05 pm

LIVRE  III


CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  V.

L’épitaphe de saint Eusèbe.

(SUITE)

Il n'est plus douteux qu'elle fut composée par Damase en l'honneur du pape Eusèbe, et que les faits racontés par elle appartiennent à la vie de ce pontife.

Avant de les commenter, nous devons montrer l'opinion de M. de Rossi justifiée sur un autre point.

En examinant avec un soin minutieux les innombrables fragments de pierre et de marbre gisants sur le sol au milieu de décombres de toute sorte, on découvrit quelques portions non plus d'une copie, mais de l'original lui-même, de la pierre sur laquelle avait été gravée l'inscription primitive. Parmi ces débris il s'en trouve un ou deux qui sans doute avaient échappé aux recherches du copiste qui, au VIe siècle, travailla à rétablir, sur le revers d'un marbre arraché à quelque monument païen, l'inscription damasienne détruite par les barbares. Ainsi, dans la copie du VIe siècle exposée aujourd'hui au milieu de la chambre de saint Eusèbe, on lit avec étonnement ce troisième vers où ne se retrouve pas l'irréprochable latinité du pape Damase : Scinditur partes populus gliscente furore. Or nous savons aujourd'hui que ce solécisme est l'œuvre du copiste, et a été causé par la perte, au moment où la copie fut faite, d'un fragment de l'inscription originale. Ce fragment retrouvé par M. de Rossi donne en effet avant le mot partes la préposition IN, qui rétablit la correction de la phrase : Scinditur IN partes populus... Le copiste était sans doute trop peu lettré pour suppléer de lui-même aux lacunes des monuments à moitié détruits qu'il s'efforçait de rétablir ; il copiait naïvement ce qu'il voyait, se préoccupant peu du sens ou de la mesure du vers, et laissant quelquefois en blanc les lettres perdues, comme dans la septième ligne : Pertulit exilium ...omino sub judice lætus.

Les planches XII et XIII permettent au lecteur de comparer la copie avec ce qui reste de l'original. Corriger les deux monuments l'un par l'autre est aujourd'hui facile; mais lorsqu'on n'avait sous les yeux qu'une copie fautive, où les mots ne sont séparés par aucun blanc, il était moins aisé de retrouver avec certitude le texte primitif. A ce point de vue il est curieux de consulter les anciens manuscrits, dont les auteurs n'ont vu que le monument du VIe siècle. Voulant en effacer les incorrections trop apparentes, ils ont introduit dans leur texte les leçons les plus singulières. Dans tous les manuscrits le S VA au lieu de SVM au second vers est corrigé, et l'IN omis au troisième est suppléé : c'étaient là des fautes trop évidentes pour qu'on pût s'y tromper. Mais d'autres corrections sont moins heureuses : dans le manuscrit dont Grüter a suivi le texte, le SEDITIOCAEDE du quatrième vers est transformé en sed et loca ede , le mot ... OMINO à l'avant-dernier vers devient dans un manuscrit omnino, dans un autre homine; dans le même LITORE T(R)INACRIO du huitième vers est écrit litor et nacrio.

M. de Rossi a raison de se réjouir de sa découverte…



Planche XII




Planche XIII

Rome Souterraine, p. 252-3.

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Message  Louis le Mer 11 Mar 2015, 11:46 am

LIVRE  III


CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  V.

L’épitaphe de saint Eusèbe.

(SUITE)

M. de Rossi a raison de se réjouir de sa découverte, et de considérer le double monument qu'il a mis en lumière comme un des plus importants non-seulement de l'épigraphie chrétienne, mais de l'épigraphie latine tout entière. A vrai dire, ce n'est pas seulement une inscription, c'est un chapitre perdu de l'histoire de l'Église qu'il a conquis à la science. Nous avons montré comment les doutes de Baronius, possibles quand on ne connaissait ni la dédicace de la première et de la dernière ligne, omise dans les manuscrits, ni le lieu où l'inscription avait été vue par leurs auteurs, ont perdu aujourd'hui toute raison d'être. Quels sont donc ces faits inconnus, cette page oubliée, que rend à l'histoire de l'Eglise le petit poëme damasien ?

Aux IIe et IIIe siècles, de violents débats s'élevèrent dans l'Église sur la conduite à tenir vis-à-vis des chrétiens retombés par peur de la persécution dans les liens du paganisme. Le schisme de Novatien fait voir quel esprit de dureté, d'arrogance, de contentement de soi-même régnait à cette époque chez un grand nombre de chrétiens. Fiers d'être demeurés fidèles là où d'autres étaient tombés, satisfaits de « leur santé insolente et leur superbe justice, » ces frères aînés de l'enfant prodigue voulaient fermer aux malheureux lapsi la porte de la réconciliation. A côté de ce dur esprit, il est beau de voir l'Église se penchant avec une douceur maternelle vers les pécheurs repentants, et versant dans leurs plaies l'huile et le vin de la pénitence (1). Cette douceur était loin cependant de dégénérer en faiblesse….

__________________________________________________________

(1). Ecclesia est... ubi miseris lacrimæ non negantur, ubi curantur ægroti, ubi nihil sibi vindicat insolens sanitas et superba justifia. — Pacianus, ad Sempronianum Ep. 3, § 5.
Rome Souterraine, p. 253-4.

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Message  Louis le Jeu 12 Mar 2015, 12:53 pm

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CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  V.

L’épitaphe de saint Eusèbe.

(SUITE)

…Cette douceur était loin cependant de dégénérer en faiblesse. En même temps qu'elle fermait l'oreille aux conseils des hommes sans pitié, l'Église attachait au pardon sollicité d'elle des conditions sévères, et demandait aux apostats une pénitence égale à leur faute. Cette sagesse éloignée de tous les extrêmes se manifesta en plusieurs circonstances sous le pontificat d'Eusèbe et sous celui de son prédécesseur Marcel.

La lettre du clergé romain à saint Cyprien, écrite à un moment où le saint-siège était vacant, fait voir quelles étaient en ceci la tradition et la pratique orthodoxes (2). Elle nous peint les lapsi, armés de lettres de recommandation obtenues des martyrs et des confesseurs de la foi (3), demandant avec insistance une réconciliation immédiate, et le clergé romain maintenant un terme moyen entre une inflexibilité trop grande et un pardon trop facile ( pronam nostram facilitatem... nostram quasi durant crudelitatem). Le remède, disent les correspondants de saint Cyprien, doit être égal à la blessure, et, s'il est appliqué trop hâtivement, une nouvelle plaie se créera à côté de la première mal fermée.

« Que l'on entende, non une fois, mais plusieurs fois, mais souvent, les soupirs des pénitents; que les yeux criminels qui n'ont pas craint de regarder les idoles versent assez de larmes devant Dieu pour effacer leur impiété. »

Saint Cyprien dans ses lettres parle, lui aussi, de troubles, d'émeutes causés dans quelques villes par la présomption et la violence des apostats voulant arracher de force l'absolution de leur péché et leur réintégration immédiate dans la communion des fidèles (4).

Après la persécution de Dioclétien, la même situation se représenta…

_____________________________________________________________

(2). Ep. Cleri Romani inter Cyprianicas, epist. 31. — (3). Cf. Tertull., Ad martyres,  I. — (4). Ep. 22. —  (1). Lib, pont. ,  in Marcello, § II.

Rome Souterraine, p. 254.

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Message  Louis le Ven 13 Mar 2015, 12:47 pm

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CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  V.

L’épitaphe de saint Eusèbe.

(SUITE)

Après la persécution de Dioclétien, la même situation se représenta. Cette terrible persécution avait été précédée d'une longue paix durant laquelle les courages s'étaient affaiblis et beaucoup d'âmes avaient perdu leur ferveur première. Aussi les chutes furent-elles nombreuses, et nombreux aussi furent les apostats qui, la persécution finie, demandèrent à rentrer dans l'Église. Le prédécesseur d'Eusèbe, Marcel, maintint avec fermeté la discipline établie (1). On essaya de le vaincre par la violence, et l'un des séditieux fut un chrétien qui avait moins que tout autre droit à un pardon facile, car son apostasie n'avait pas même l'excuse de la peur, il avait renié la foi avant la persécution. Les passions s'émurent, des partis se formèrent, et la tranquillité publique fut si violemment troublée que l'empereur Maxence, qui n'aimait pas l'Eglise, et lui avait rendu la paix pour des motifs purement politiques, ne crut pouvoir venir à bout des séditieux qu'en envoyant le pape en exil. Cette histoire est racontée par saint Damase dans l'inscription suivante placée sur la tombe de Marcel et conservée par les manuscrits :



La vie du pape Eusèbe reproduit les faits racontés dans cette inscription, comme son épitaphe en répète presque les termes. Ce sont deux chapitres d'une même histoire. L'Héraclius nommé dans le poème consacré à Eusèbe est peut-être ce chrétien tombé en temps de paix, Christum qui in pace negavit, qui souleva les haines contre le pape Marcel. Ainsi, avant Constantin, au lendemain de la persécution dioclétienne, les discordes intestines de l'Église troublèrent assez vivement la paix publique pour que deux fois le pouvoir civil crût devoir intervenir, bannissant une première fois le chef du parti orthodoxe, une seconde les chefs des deux partis.
___________________________________________

(1). Lib, pont. ,  in Marcello, § II. — (2). Rector : le pape Damase donne ordinairement ce nom à des prédécesseurs dans le gouvernement de l'Église. Cf. dans l'inscription de saint Sixte II : « Hic positus Rector cælestia jussa docebam. » Voir plus haut, page 210. De même dans l'inscription de saint Eusèbe : « Integra cum Rector servaret fœdera pacis. » Voir planches XII et XIII.

Rome Souterraine, p. 254-6.

A suivre : Chapitre VI. — Le tombeau de saint Corneille.

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Message  Louis le Sam 14 Mar 2015, 1:14 pm

LIVRE  III

CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  VI.

Le tombeau de saint Corneille.

SOMMAIRE. — I. Graffito relatif aux saints Partenius et Calocerus. — Chambre où ils furent déposés. — Hypothèse de la double translation de leurs reliques. — II. Labyrinthe unissant la crypte de Lucine au cimetière de Calliste. — III. Famille de saint Corneille : il appartenait peut-être à la gens Cornelia. — Son épitaphe est en latin, tandis que celles de tous les autres papes sont en grec. — Le grec était la langue officielle de l'Eglise. — IV. Tombeau de saint Corneille : sa description. — Fragments de deux inscriptions. — L'une, damasienne, restituée par M. de Rossi. — La seconde, attribuée par lui au pape Sirice. — Fresque représentant saint Corneille et saint Cyprien. — Pilier rond : sa destination. — Graffiti.
_______________________________________________________

En sortant de la chambre de saint Eusèbe (D e I), on trouve autour de soi des murs en ruine, dont la présence révèle qu'à une certaine époque l'entrée de toutes les galeries environnantes fut fermée aux pèlerins. Une seule, à gauche, était demeurée accessible : elle conduit, après un court trajet, à une double chambre, ouvrant de chaque côté de la galerie. A l'entrée d'une de ces chambres (D d I) — pauvre, sans ornement, sans même un arcosolium — est un graffite qui, au premier abord, paraît insignifiant, et qui n'est pas, cependant, sans valeur historique. Il se compose des mots suivants : Tertio Idus Fefrua (1) Partent martiri Caloceri martiri. C'est là un indice probable et presque certain du lieu de sépulture de ces deux célèbres martyrs, les tuteurs d'Anatolie, fille du consul Æmilianus et donatrice de la troisième area du cimetière de Calliste (1).

La date indiquée par ce graffite ne concorde pas avec celle donnée par les calendriers primitifs (2), qui tous fixent au 19 mai la commémoration de Partenius et Calocerus. L'indication du graffite est suivie par l'inscription qui rappelle la translation de leurs reliques à San Sylvestro in capite, au VIIIe siècle, et par plusieurs martyrologes. Il y a là une contradiction apparente entre des sources également dignes de foi. Cette difficulté a été résolue par les Bollandistes, ou du moins par le P. Papebroch, cité par Du Sollier dans ses notes sur le martyrologe d'Usuard.

La date donnée par notre graffite ne serait ni celle du martyre des deux saints, ce qui n'est pas possible en présence du témoignage contraire des calendriers, ni celle de la translation définitive de leurs reliques au VIIIe siècle, ce qui est bien évident, puisque le graffite qui nous occupe est fort antérieur à cette époque : ce serait la date d'une première translation des reliques des deux martyrs, d'un endroit des catacombes dans un autre plus sûr, in tutiorem locum, translation dictée par la prudences pendant une persécution.

Les récentes découvertes donnent un grand poids à cette conjecture, à laquelle se rallie M. de Rossi. D'après lui, Partenius et Calocerus auraient été martyrisés dans le milieu du IIIe siècle, et cette première translation de leurs reliques aurait eu lieu au commencement du IVe siècle, après l'édit de Dioclétien ordonnant la confiscation des loca ecclesiastica (3) La chambre nue et sans ornement à la porte de laquelle se lit notre graffite ne serait pas le lieu de la sépulture primitive des deux saints : celle-ci aurait été placée d'abord dans une chambre de l'étage supérieur (D d 3), ornée d'une curieuse fresque dans laquelle on peut reconnaître Partenius et Calocerus debout devant le tribunal de l'empereur; et leurs ossements auraient été transportés de là, au IVe siècle, dans l'humble cachette que nous venons d'étudier.

Contentons-nous d'avoir esquissé, en quelques lignes, cet intéressant sujet…

___________________________________________________________

(1). Fefrua pour Februa (Februarias) est, dit M. de Rossi, un idiotisme très-rare, qui semble révéler l'origine germanique de l'écrivain : il en cite un second exemple, PFNEMERENTI  pour BENEMERENTI. — (1).   Voir page 188.  — Le second Itinéraire Salzbourgeois, De locis sanctis martyrum, les nomme dans le voisinage de saint Eusèbe : « Ibi (in ecclesia S. Xysti) et S. Eusebius et S. Calocerus et S. Parthenius per se singuli jacent» (voir plus haut, page 169).— L'Itinéraire de Guillaume de Malmesbury fait mention de Calocerus et Parthenius parmi les saints enterrés dans le cimetière de Calliste. — (2). L'almanach philocalien et le martyrologe hiéronymien. —  (3). Ainsi se trouvent conciliées, non-seulement la date du 11 février donnée par le graffite et celle du 19 mai donnée par les anciens calendriers, mais encore les dates consulaires différentes indiquées par les actes des deux martyrs, qui fixent leur mort à l'année 250, passi sunt die XIIII  Kal. Jun. Decio Augusto et Grato consulibus, et l'almanach philocalien qui indique l'année 304, XIIII Kal. Jun. Partheni et Caloceri in Calisti Diocletano VIIII et Maximiano VIII cons.

Rome Souterraine, p. 257-258.


Dernière édition par Louis le Ven 05 Juin 2015, 3:50 pm, édité 2 fois (Raison : orthographe)

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Re: Rome souterraine.

Message  Louis le Dim 15 Mar 2015, 11:56 am

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CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  VI.

Le tombeau de saint Corneille.

(SUITE)

Contentons-nous d'avoir esquissé, en quelques lignes, cet intéressant sujet, et hâtons-nous vers la tombe de saint Corneille. Rien, dans le trajet de la troisième area du cimetière de Calliste à la crypte de Lucine, n'arrêtera longtemps notre attention. Nous traversons le vaste labyrinthe de galeries (XIV) qui tend son inextricable réseau entre ces deux parties de la catacombe. Ces galeries, bien postérieures en date aux areæ régulières, sont généralement très-étroites; elles se croisent et se coupent dans toutes les directions : les réduire à un plan régulier n'est pas possible. Elles forment deux étages et suivent, le plus souvent, la ligne horizontale; mais, lorsqu'elles atteignent les diverses areæ auxquelles elles confinent, leur hauteur et leur inclinaison varient beaucoup.

Les deux étages de ce labyrinthe ont chacun leur escalier; l'étage supérieur règne sur toute la catacombe, sans avoir égard aux anciennes limites des différentes areæ. L'étage inférieur se distingue par l'absence de tout ornement. Pas une peinture, pas une plaque de marbre, pas un cubiculum, pas même un arcosolium ne vient rompre la monotonie de ces longs et étroits couloirs, bien postérieurs (tout le révèle) à la construction si régulière des hypogées qu'ils relient.

La réunion en une seule nécropole de plusieurs groupes de cimetières indépendants les uns des autres offrait de grandes difficultés, surtout à cause de la différence des niveaux. Le point de jonction, la soudure, si l'on peut ainsi parler, demeurait toujours visible : on ne manquera pas de la reconnaître, si l'on examine attentivement la portion de labyrinthe qui s'étend entre le cimetière de Calliste et la tombe de saint Corneille, et l'on admirera, par la même occasion, l'art ingénieux que déployaient les fossoyeurs dans la tâche délicate d'unir ainsi plusieurs cimetières. Une autre pensée se présentera probablement à l'esprit du visiteur; il se demandera pour quelle raison saint Corneille a été enterré à part, si loin de la sépulture commune des autres pontifes. S'il n'ignore pas que plusieurs érudits ont cru découvrir un lien de parenté entre saint Corneille et la gens Cornelia, il verra dans cette sépulture distincte une circonstance précieuse à noter, et pouvant être utilement rapprochée d'une telle conjecture.

D'autres circonstances, remarquables en elles-mêmes, plus remarquables encore si on les réunit, achèvent de lui donner quelque vraisemblance. Saint Corneille (250-253) est le premier pape antérieur à la paix de l'Église qui ait porté le nom d'une grande famille romaine. La partie de cimetière dans laquelle sa tombe est construite est l'ancienne area sépulcrale de Lucine, ayant appartenu primitivement à des membres ou à des alliés de la gens Cæcilia, alliée elle-même des Cornelii; on y a retrouvé des inscriptions remontant à une très-haute antiquité, et portant des noms de Cornelii et de Maximi Cæcilii. Enfin, chose singulière, l'épitaphe qui orne la tombe de saint Corneille est écrite en latin, tandis que les épitaphes officielles, si l'on peut ainsi parler, des pontifes qui reposent dans la crypte papale sont toutes en grec.

Ne semble-t-il pas résulter de tous ces traits réunis qu'une grande famille romaine a présidé elle-même à la sépulture du pape Corneille…

Rome Souterraine, p. 259-60.

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Re: Rome souterraine.

Message  Louis le Lun 16 Mar 2015, 10:40 am

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CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  VI.

Le tombeau de saint Corneille.

(SUITE)

Ne semble-t-il pas résulter de tous ces traits réunis qu'une grande famille romaine a présidé elle-même à la sépulture du pape Corneille, en a choisi l'emplacement dans un lieu où elle avait déjà des ancêtres enterrés (1), et a voulu conserver, jusque dans la rédaction de l'inscription funéraire, la langue des vieilles races patriciennes, de préférence à la langue officielle de l'Église?

Car le grec était la langue de l'Église primitive. Saint Paul, quoique citoyen romain, écrit en grec aux chrétiens de Rome. Saint Jacques adresse dans la même langue son message « aux douze tribus qui sont dispersées sur la surface de la terre. » L'Évangile de saint Marc, composé à Rome et pour l'usage des Romains, fut d'abord rédigé en grec. Les Pères apostoliques, les apologistes, les historiens et les théologiens de la primitive Église écrivaient et enseignaient en grec. Les lettres pontificales étaient écrites en grec, non-seulement quand elles s'adressaient à un évêque d'Orient, mais encore quand elles étaient envoyées à un évêque des Gaules. Les plus anciennes chroniques de l'Église romaine, le catalogue des papes dressé sous Libère au IVe siècle, la chronique dite de Félix IV, qui appartient au VIe siècle, et le Liber pontificalis furent rédigés en grande partie d'après des sources grecques. Quand l'usage du grec comme langue usuelle eut décliné en Occident, il trouva un dernier asile dans le rituel et la liturgie de l'Église romaine. Au VIIe siècle, les sacramentaires romains contenaient les répons écrits dans les deux langues, en grec d'abord, puis en latin. La langue ecclésiastique emploie, aujourd'hui encore, un grand nombre de mots grecs, empreinte indestructible des anciens âges : hymne, psaume, liturgie, homélie, catéchisme, baptême, eucharistie, diacre, prêtre, évêque, pape, église, cimetière, paroisse, diocèse, etc. Les noms de tous les ordres du clergé, à l'exception des deux ordres inférieurs de lecteurs et de portiers, sont grecs (1).

L'épitaphe latine placée sur le tombeau de saint Corneille fut donc…

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(1). Les actes du martyre de saint Corneille disent qu'il fut enseveli, avec les martyrs Cerealis, Sallustia et vingt et un autres, par la bienheureuse Lucine (probablement une descendante de la première propriétaire de l'area; in agrum suum in crypta in cœmeterio  Callisti. Adon a transcrit ces paroles des actes dans son martyrologe. Le Liber pontificalis dit que Lucine l'ensevelit in crypta juxta cœmeterium Callisti via Appia in prædio suo. Ces paroles, qui appartiennent à la recension la plus antique du Liber pontificalis, semblent indiquer qu'à l'époque de la mort de Corneille, époque où le cœmeterium Callisti existait déjà, la crypte de Lucine ne lui était pas réunie et était encore propriété privée. —  (1). Le Hir, Études bibliques, t. I, p. 266-268.

Rome Souterraine, p. 260-61

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Re: Rome souterraine.

Message  Louis le Mar 17 Mar 2015, 11:45 am

LIVRE  III


CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  VI.

Le tombeau de saint Corneille.

(SUITE)

L'épitaphe latine placée sur le tombeau de saint Corneille fut donc une dérogation à l'usage établi. Son tombeau ne ressemble en rien à celui des autres papes. Ce n'est pas, comme dans la chapelle où reposent ses prédécesseurs, un loculus taillé dans le mur ; ce n'est même pas tout à fait un arcosolium. Le tombeau de saint Corneille est placé dans une vaste galerie (I, D h 3) un peu élargie au milieu en forme de chapelle (1).

Il consiste en une excavation égale en largeur à trois ou quatre loculi, et ayant à peu près la forme d'un arcosolium, si ce n'est qu'au lieu d'être surmontée par une arche cintrée, elle a pour baldaquin une niche carrée, mode de construction beaucoup plus ancien. Ordinairement une certaine usure dans la muraille, une sorte de rainure creusée par le frottement, indique l'endroit sur lequel appuyait la table de marbre qui bouchait l'ouverture du tombeau et servait d'autel. Ici on ne voit aucune trace semblable.

Cette circonstance, jointe aux dimensions extraordinaires du tombeau, assez vaste, nous l'avons dit, pour contenir trois ou quatre corps, nous fait croire que les reliques de saint Corneille n'y étaient pas immédiatement déposées, mais étaient enfermées dans un sarcophage qui était comme enterré dans ce large sépulcre. Le couvercle de ce sarcophage servait naturellement d'autel. M. de Rossi cite plusieurs exemples de sarcophages ainsi placés dans un arcosolium non fermé et servant à la célébration des saints mystères (2).

Si l'on examine de près les alentours du sépulcre de…

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—  (1).  Voir planche XVI (Au bas de ce message). —  (2).  Le couvercle de ces sarcophages était parfois garni d'un ou plusieurs anneaux de bronze, qui permettaient au prêtre de le tirer un peu en avant à la façon d'un rayon mobile de bibliothèque. Il en était ainsi dans l'arcosolium bisomum découvert en 1850 dans la crypte ornée de peintures évangéliques du cimetière de Prétextat (voir plus haut, pages 116 et 236, note 1), dans un sarcophage de marbre trouvé en 1861 près de la basilique de Saint-Laurent, et dans un fragment de mensa provenant du premier étage du cimetière de Calliste et recueilli en 1864. — Roma soterranea, t. I, p. 285.

PLANCHE  XVI.
Rome Souterraine, p. 262.

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Re: Rome souterraine.

Message  Louis le Mer 18 Mar 2015, 12:49 pm

LIVRE  III


CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  VI.

Le tombeau de saint Corneille.

(SUITE)

Si l'on examine de près les alentours du sépulcre de saint Corneille, et les particularités architectoniques de la galerie dans laquelle il est construit, on reconnaît que cette portion de crypte fut creusée à un niveau plus bas que celui des galeries environnantes, et un peu après elles. Les pilastres placés de chaque côté du sépulcre bloquent des tombes plus anciennes. Dans une partie de la galerie, les loculi s'élèvent jusqu'à une hauteur extraordinaire, inaccessible maintenant, ce qui prouve bien que le sol primitif a été considérablement abaissé. On voit même, assez haut dans la muraille, la trace de l'ouverture murée d'une galerie, qui couperait perpendiculairement celle où nous sommes, mais déboucherait en l'air aujourd'hui.

Les pilastres dont nous venons de parler étaient revêtus de très-beau stuc, ainsi que les parois intérieures du tombeau de saint Corneille. Les arcs-boutants construits par saint Damase pour assurer la solidité de la crypte et du lucernaire sont également garnis de stuc, mais beaucoup plus récent et d'une moins belle qualité.

Au-dessus et au-dessous de l'ouverture du tombeau, on voit, restés adhérents au mur, plusieurs morceaux de marbre, sur lesquels se lisent encore quelques lettres. Ces lettres ont fait partie d'importantes inscriptions. Celle qui surmontait l'ouverture était évidemment l'œuvre de Damase. Les lettres de l'inscription inférieure, quoique se rapprochant beaucoup du type damasien, présentent cependant quelques variantes, suffisantes pour justifier la conjecture, émise par M. de Rossi, qu'elles furent exécutées par le même calligraphe qui, volontairement, introduisit de légères altérations dans le type consacré, pour indiquer une inscription n'appartenant pas à la nombreuse catégorie des monuments damasiens, et composée par un autre que ce pontife. De l'inscription supérieure, huit ou dix fragments subsistent encore, et nous donnent la dernière moitié de sept vers hexamètres. L'inférieure, qui formait quatre vers, était écrite en lettres beaucoup plus grandes : il n'en reste plus que deux fragments, contenant la première lettre du premier vers, rien du deuxième, les deux premières lettres du troisième, les deux premières lettres et l'extrémité inférieure des six dernières lettres du quatrième.

Essayer de rétablir sur d'aussi frêles données ces deux inscriptions…
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Rome Souterraine, p. 263-4.

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Re: Rome souterraine.

Message  Louis le Jeu 19 Mar 2015, 11:55 am

LIVRE  III


CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  VI.

Le tombeau de saint Corneille.

(SUITE)


Essayer de rétablir sur d'aussi frêles données ces deux inscriptions paraît au premier abord une entreprise chimérique. M. de Rossi l'a tenté cependant, et le résultat de ses efforts touche, d'aussi près que possible, à la vérité ou au moins à la vraisemblance historique. Nous ne pouvons reproduire ici l'intéressante narration qu'il a donnée lui-même de ses tentatives, d'abord infructueuses, d'une première conjecture suivie, puis abandonnée, et enfin de l'heureuse inspiration qui dissipa tous les nuages, et lui fournit la clef longtemps cherchée (1).

Nous nous contenterons de reproduire les deux épitaphes telles que croit pouvoir les restituer le savant archéologue. La différence des caractères imprimés permettra au lecteur d'apprécier, d'un coup d'œil, la partie absolument authentique et la partie conjecturale de l'une et l'autre inscription. Pour juger sainement le degré de probabilité de cette dernière partie, il devra se rappeler deux choses : en premier lieu, que les inscriptions contemporaines de saint Damase étaient toujours gravées avec une telle exactitude, une précision si mathématique, que le nombre des lettres existantes, et la mesure de l'intervalle qui les sépare, fixent d'avance le nombre des lettres dont la restitution peut disposer, et resserrent, par conséquent, dans des bornes très-étroites le domaine de l'hypothèse ; en second lieu, que le pape Damase avait l'habitude de répéter souvent, dans les épitaphes qu'il composait, les mêmes expressions, les mêmes tours de phrase, les mêmes bouts de vers, et que M. de Rossi, en restituant les inscriptions qui nous occupent, s'est servi de plusieurs formules ainsi reproduites, en maintes circonstances, par Damase lui-même.

Si l'épitaphe suivante — restitution de celle qui occupait la partie supérieure du tombeau de saint Corneille —  avait été  découverte  dans quelque ancien manuscrit,  nous sommes certain que nul critique ne songerait à mettre en doute son authenticité :




nous possédons le vrai sens de cette inscription, il en résulte que Damase fit pénétrer par un luminaire le jour jusqu'au tombeau de saint Corneille, et construisit un escalier pour l'usage des pèlerins. A ce moment il devait être gravement malade, sa vie même était sans doute en danger. Cette dernière circonstance donne de la vraisemblance à la restitution — beaucoup plus difficile — de la seconde inscription, que M. de Rossi suppose avoir été ainsi : …

__________________________________________

(1). Roma sottteranea, t. I, p. 287.
Rome Souterraine, p. 264-5.

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Message  Louis le Ven 20 Mar 2015, 11:21 am

LIVRE  III


CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  VI.

Le tombeau de saint Corneille.

(SUITE)

Cette dernière circonstance donne de la vraisemblance à la restitution — beaucoup plus difficile — de la seconde inscription, que M. de Rossi suppose avoir été ainsi :




Cette restauration est assurément bien moins certaine que la première. Il s'en faut, cependant, qu'elle soit l'œuvre de la seule imagination. Voici, en abrégé, les raisons qui ont guidé M. de Rossi dans la tâche délicate de rétablir quatre vers avec douze lettres seulement. La forme de ces lettres se rapproche beaucoup du caractère damasien, mais ne le présente pas dans toute sa pureté ; peut-être cette seconde inscription fut-elle faite par les ordres du successeur de Damase, et l'artiste voulut-il, comme il a été dit plus haut, indiquer par quelques variantes la différence d'origine, tout en suivant dans ses lignes générales le type de l'écriture damasienne. Précisément, la seule lettre qui reste du premier vers est une S, et le successeur de Damase se nommait Sirice. L'inscription peut donc être l'œuvre du pape Sirice, qui aurait continué les travaux entrepris dans la crypte par Damase pendant sa dernière maladie. Or le tombeau de Corneille, qui, à l'origine, comme nous l'avons dit, n'était point fermé,  fut plus tard bouché par une plaque de marbre très-épaisse, sans doute pour consolider la muraille ébranlée par les travaux trop hardis du pape Damase.

Le mot marmore, dont les premières lettres existent encore sur un des fragments de notre inscription, semble une allusion à cette œuvre ; n'en peut-on pas conclure qu'il s'agit dans l'inscription de ce travail d'achèvement et de consolidation, et que le pape Sirice en fut l'auteur? Quant au dernier vers, pia membra retentat, il se relie naturellement à la pensée qui précède : ces travaux auraient été faits parce que dans ce tombeau reposent des restes sacrés. Cette formule, d'ailleurs, se retrouve si souvent dans l'épigraphie damasienne, que M. de Rossi, en complétant ainsi  les lettres pia........tentat, n'a guère de chances de s'être trompé.

Nous ne pouvons développer ici, dans tous les détails qu'elle comporte, cette série d'inductions qui s'appellent et se complètent l'une l'autre. M. de Rossi s'avance si prudemment dans le champ de la conjecture, il déduit si modestement et si clairement ses raisons, il a tant de peur de s'en faire accroire, et de donner comme certain ce qui n'est pas absolument démontré, qu'on peut le suivre sans crainte dans les hypothèses qu'il propose.

En ce qui concerne notre inscription, nous croyons pouvoir sans trop de présomption émettre après lui la conclusion suivante : si l'on n'ose affirmer la vérité littérale du texte qui a été donné plus haut, il y a au moins de fortes raisons de croire qu'il reproduit exactement le sens original.

Les peintures dont est décoré le tombeau de saint Corneille…

Rome Souterraine, p. 265-7.

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Re: Rome souterraine.

Message  Louis le Sam 21 Mar 2015, 11:35 am

LIVRE  III


CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  VI.

Le tombeau de saint Corneille.

(SUITE)

Les peintures dont est décoré le tombeau de saint Corneille nous donnent un exemple du bonheur qui accompagne presque toujours les conjectures de M. de Rossi. Avant de découvrir la tombe du saint pape, il avait bien des fois annoncé qu'il y trouverait sans doute quelque souvenir de son contemporain et correspondant saint Cyprien. Les deux saints ne furent pas martyrisés dans la même année, mais, par une coïncidence singulière, ils le furent le même mois et le même jour. Aussi leurs fêtes ont-elles toujours été célébrées à la même date, le 16 septembre, et, ce jour-là, les prières liturgiques faisaient mention de l'un et de l'autre (1).

Les calendriers et les missels les plus anciens nous apprennent que la commémoration des deux saints avait lieu dans le cimetière de Calliste : — xviii Kal: Oct : Cypriani, Africæ; Romæ celebratur in Callisti, dit le calendrier Buchérien, si souvent cité ; — Natale SS. Cornelii et Cypriani, via Appiâ in Callisti, dit, pour le même jour, un vieux recueil de la liturgie romaine. M. de Rossi trouva même, dans un de ces anciens Itinéraires qui ont été pour lui des guides si précieux, l'indication, certainement erronée, que les corps de saint Corneille et de saint Cyprien reposaient ensemble dans le cimetière de Calliste (2). Il était évident par le texte lui-même — Cornélius et Cyprianus dormit — que le nom de Cyprien avait été ajouté par un copiste maladroit. Une telle confusion, cependant, ne pouvait avoir été faite sans cause ; M. de Rossi conjectura que l'erreur du copiste ou du pèlerin provenait de quelque indication fournie par la tombe même de saint Corneille, et mal interprétée par un visiteur ignorant.

En effet, quand, dans ces derniers temps, la tombe eut été de nouveau découverte, on reconnut la cause de cette erreur. A droite du tombeau deux grandes figures d'évêques sont peintes sur le mur en style byzantin ; la légende écrite à côté de chacune d'elles indique que l'une représente saint Corneille et l'autre saint Cyprien (1) (Pl. I [ n.d.l.r. : Voir au bas de ce post.]). Cette peinture n'est pas la première qui ait décoré cette muraille.

On peut encore découvrir la trace des peintures plus anciennes que celle-ci a recouvertes, et des graffites qui furent tracés sur les peintures primitives. Il est difficile de déterminer avec précision la date de la fresque que nous avons devant les yeux. Les deux évêques tiennent dans leurs mains le livre des Évangiles ; ils sont revêtus des habits pontificaux, y compris le pallium qui n'était pas encore devenu la marque distinctive des métropolitains. Si nous comparons cependant ce pallium avec celui dont est revêtu l'évêque Urbain, dans la crypte de sainte Cécile, nous remarquerons une différence entre les deux qui n'est pas sans valeur comme note chronologique. Le pallium de saint Corneille est marqué d'une seule croix ; celui de saint Urbain porte une croix sur les épaules, ce qui ne se voit jamais sur les peintures et les mosaïques antérieures au Xe siècle.

Les fresques de notre chapelle sont donc plus anciennes que celle de saint Urbain ; leur style, du reste, est bien supérieur à la facture molle et sans accent de cette dernière. La tête de saint Cyprien est pleine de force, de naturel et de dignité. Toutes ces indications réunies nous permettent de leur assigner comme date probable le commencement du IXe siècle.

L'examen des fresques qui décorent le pilier…

_______________________________________________

(1). Tous les jours encore, au canon de la messe, le prêtre nomme l'un à côté de l'autre saint Corneille et saint Cyprien. — (2). Dans le De locis sanctis martyrum. — Voyez page 169.— (1). Dans la catacombe d'Albano, où étaient honorés, le 8 août, les martyrs Secundus, Severianus, Carpophorus, Victorinus, on voit de même l'image du martyr Smaragdus, honoré à pareille date dans le cimetière de Saint-Cyriaque, sur la voie d'Ostie. — Bullettino di arch. crist., 1869, p. 73.

Planche I.
Rome Souterraine, p. 267-8.

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Re: Rome souterraine.

Message  Louis le Dim 22 Mar 2015, 12:59 pm

LIVRE  III


CIMETIÈRE DE CALLISTE  

CHAPITRE  VI.

Le tombeau de saint Corneille.

(SUITE)

L'examen des fresques qui décorent le pilier de gauche confirme l'exactitude de cette conclusion. Elles représentent également deux figures d'évêques, peintes à la manière byzantine. A l'origine, le nom et le titre de chacun d'eux se lisaient sur la muraille; une seule de ces inscriptions peut être aujourd'hui déchiffrée. Elle se compose des mots suivants : SCS  XVSTVS  PP  ROM. La seconde est entièrement effacée, sauf une lettre O. Il est extrêmement probable qu'il s'agit, dans cette dernière, de saint Optat, qui fut enterré dans le même cimetière que saint Sixte ; qui, jusqu’au IX e siècle, fut vénéré le 27 novembre par l'Église d'Occident ; dont le nom se lit encore dans l'inscription commémorative de la translation des reliques à Sainte-Praxède, et dont M. de Rossi croit avoir retrouvé l'épitaphe et le tombeau (1).

Le SCS  XVST VS est évidemment le second pape de ce nom, dont nous avons expliqué plus haut la relation avec ce cimetière; le titre PP ROM est celui que nous voyons donné, jusqu'au milieu du IXe siècle au moins, au pontife romain, le mot Papa n'étant pas encore devenu l'appellation exclusive de l'évêque de Rome (2).

Léon IV (847) est également désigné sous ce titre dans une des peintures souterraines récemment découvertes à Saint-Clément, et Eugène II (824) dans une fresque du presbytère de Sainte-Sabine. Nous attribuerions volontiers à Léon III (795-815) les peintures que nous étudions en ce moment. Le Liber pontificalis dit qu'il « renouvela les cimetières des saints Sixte et Corneille sur la voie Appienne. »

La légende peinte autour des deux portraits prendrait une signification particulière, si nous reconnaissions en eux l'œuvre de ce pontife. La première moitié de cette légende est tirée du 17e verset du psaume LVIII, et ainsi conçue : Ego autem cantabo virtutem tuant et exaltabo misericordiam tuam quia factus es susceptor meus.... « Je chanterai ta force et j'exalterai ta miséricorde, parce que tu t'es fait mon soutien. » Ces accents de reconnaissance seraient bien placés dans la bouche d'un pontife aussi éprouvé, aussi contredit, aussi calomnié que le fut Léon III  jusqu'au jour où la main victorieuse de Charlemagne le délivra presque miraculeusement de ses ennemis. Nous sommes donc probablement ici en présence d'un de ces travaux « de rénovation du cimetière de Saint-Sixte et de Saint-Corneille » que lui attribue son biographe.

A droite de la tombe de saint Corneille…

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(1).Voir pages 245, note 2,  249, note 1. — (2).  Ducange, Gloss. in verbo.

Rome Souterraine, p. 268-70.

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