Les SIX JOURS et saint Thomas d'Aquin.

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Message  Louis Ven 03 Sep 2021, 6:22 am


Q. LXVII,

Article III.

SUITE

CONCLUSION — La lumière n'étant pas une substance ni une intention, il faut nécessairement qu'elle soit une qualité active qui résulte par elle-même de la présence d'un corps lumineux.

Il faut répondre qu'il y a des auteurs qui ont avancé que la lumière n'a pas dans l'air une existence réelle, comme la couleur sur la toile, et qu'elle n'a qu'un être intentionnel (1), comme l'image de la couleur dans l'air. Mais cette opinion ne peut se soutenir pour deux raisons :

1° parce que la lumière donne sa dénomination à l'air; car l'air devient lumineux en acte, tandis que la couleur ne donne pas sa dénomination à l'air, puisqu’on ne dit pas que l'air est coloré ;

2º parce que la lumière produit un effet dans la nature. Ainsi les rayons du soleil échauffent les corps. Les êtres intentionnels n'ont au contraire aucune vertu et ne peuvent produire dans les êtres aucune modification.

— D'autres ont dit que la lumière est la forme substantielle du soleil. Mais il ne peut en être ainsi pour deux motifs :

1° Parce qu'il n'y a pas de forme substantielle qui soit sensible par elle-même. Car l'essence d'une chose (quod quid est) (a) est l'objet de l'entendement, comme le dit Aristote (De anim.. lib. III, text. 26), tandis que la lumière est visible par elle-même.

2° Parce que ce qui est une forme substantielle dans un corps ne peut pas être une forme accidentelle dans un autre. Car la forme substantielle pouvant par soi constituer une espèce est universellement identique dans tous les êtres. Or, la lumière n'est pas non plus la forme substantielle de l'air; car s'il en était ainsi l'air se corromprait aussitôt qu'elle disparaîtrait. Elle ne peut donc pas être la forme substantielle du soleil.

— Par conséquent il faut dire que comme la chaleur est une qualité active (b) qui résulte de la forme substantielle du feu, de même la lumière est une qualité active qui résulte de la forme substantielle du soleil ou de tout autre corps lumineux par lui-même, s'il y en a. Ce qui prouve qu'il en est ainsi, c'est que les rayons des étoiles produisent des effets divers selon la nature diverse de leurs corps.

ARTICLE IV
____________________________________________________________________________________

(1) L’École appelle être d’intention ou intentionnel ce que nous nommons un être de raison.

Notes du côté latin:

(a) Cette expression empruntée à Aristote désigne l’essence ou la substance.
(b) Saint Thomas n’ayant pas voulu que la lumière fut un corps, la regarde comme une des qualités du soleil.

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Message  Louis Sam 04 Sep 2021, 6:59 am


Q. LXVII,

ARTICLE IV. — EST-IL COVENABLE QUE LA LUMIÈRE AIT ÉTÉ PRODUITE LE PREMIER JOUR (1)?

DIFFICULTÉ: 1. Il semble qu'il ne soit pas convenable que la lumière ait été produite dès le premier jour. Car la lumière est une qualité, comme on vient de le dire (art. préc.). Or, une qualité étant un accident, ne doit pas venir en premier, mais en dernier lieu. Il ne fallait donc pas que la lumière fût produite au premier jour.

SOLUTION : 1. Il faut répondre au premier argument, que dans l'opinion de ceux qui veulent que l'informité de la matière ait une priorité de temps sur sa formation, on doit dire que la matière a été créée dès le commencement (a), et qu'elle a été ensuite formée d'après des conditions accidentelles parmi lesquelles la lumière tient le premier rang.

DIFFICULTÉ: 2. Par la lumière la nuit se distingue du jour. Or, c'est le soleil qui produit la lumière et il n'a été créé qu'au quatrième jour (2). Donc la production de la lumière n'a pas dû avoir lieu au premier.

SOLUTION : 2. Il faut répondre au second, qu'il y a des philosophes qui prétendent que la lumière primitive était une sorte de nuée lumineuse qui, après que le soleil a été créé, est venue se perdre dans la matière qui préexistait. Mais ce sentiment n'est pas soutenable, parce que la Genèse nous expose l'ordre naturel des choses tel qu'il a ensuite continué à exister. On ne doit donc pas dire que Dieu a fait alors quelque chose qu'il a dû ensuite anéantir.

— D'autres prétendent que cette nuée lumineuse existe encore, et qu'elle est tellement unie au soleil qu'on ne peut l'en distinguer. Mais d'après cette explication cette nuée serait au moins inutile, et dans les œuvres de Dieu il n'y a rien d'inutile.

— D'autres soutiennent que le corps du soleil a été formé de cette nuée. Mais on ne peut être non plus de ce sentiment si l'on suppose que le corps du soleil n'est pas du genre des quatre éléments (1) qui composent les choses terrestres, mais qu'il est naturellement incorruptible, parce que dans ce cas sa matière ne peut exister sous une forme étrangère (b).

— Il faut donc dire avec saint Denis (De div. nom. cap. 4) que cette lumière fut la lumière du soleil; mais qu'elle était d'abord informe, c'est-à-dire qu'elle était la substance du soleil et qu'elle avait d'une manière vague et générale la propriété d'éclairer; mais qu'elle reçut ensuite un caractère spécial et des propriétés déterminées qui la rendirent apte à produire des effets particuliers.

Ainsi, dès sa création la lumière s'est trouvée distincte des ténèbres sous trois rapports:

1° quant à sa cause, car la cause de la lumière était dans la substance du soleil, tandis que celle des ténèbres était dans l'opacité de la terre;

2° quant au lieu, parce que la lumière était dans un hémisphère tandis que les ténèbres étaient dans l’autre;

3° quant au temps, parce que dans le même hémisphère la lumière existait pendant un temps et les ténèbres pendant un autre, et c'est ce que signifient ces mots : Il appela la lumière jour, et les ténèbres nuit

DIFFICULTÉ: 3...
___________________________________________________________________________

(1) Voyez le texte de la Genèse dont saint Thomas veut rendre compte rationnellement dans cet article (Gen. I, 3-5).

(2)  Cette objection a été faite au XVIIIe siècle, et pendant quelque temps on l’a cru insoluble. Mais les découvertes de Young et Fresnel, en faisant prévaloir la doctrine des vibrations et des interférences sur la théorie de l’émission des rayons, sont venues nous expliquer comment la lumière a pu exister avant les astres.

(1) Saint Thomas admettait avec les péripatéticiens que le ciel et le soleil qui en fait partie étaient composés d’une cinquième essence qu’ils appelaient la quintessence  (Voy. Pag. 563).

Voy, pag. 563 =>
Question LXVI, art II, note (2) a écrit:Aristote et ses disciples ont distingué un cinquième élément qui n'est ni le feu, ni l'air, ni la terre, ni l'eau, et qu'ils appelaient la quintessence, ou la cinquième essence. Ils ont supposé que le ciel était composé du cinquième élément, et que pour ce motif ce n'était pas un corps corruptible, comme les corps inférieurs qui peuplent notre sphère. Saint Thomas adopte cette théorie, et cherche à la justifier.

Notes du côté latin:

(a) Elle fut créée sous des formes substantielles.

(b)  Par là même qu'on la suppose incorruptible elle ne peut exister sous une autre forme que celle qu'elle a.

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Message  Louis Dim 05 Sep 2021, 6:38 am


Q. LXVII.

Article IV.

SUITE

DIFFICULTÉ

(SUITE)

DIFFICULTÉ: 3. La nuit et le jour résultent du mouvement circulaire d'un corps lumineux. Or, le mouvement circulaire est le mouvement propre du firmament qui, d'après la Genèse, a été fait au second jour. Donc on n'eût pas dû mettre au premier jour la production de la lumière qui distingue la nuit du jour.

SOLUTION : 3. Il faut répondre au troisième, que d'après saint Basile (Hom. II) le jour et les ténèbres ont eu lieu par l'émission et le retrait de la lumière, et non par le mouvement. Mais saint Augustin objecte qu'il n'y avait pas de raison pour que cette alternative eût lieu; puisque les hommes et les animaux, qui auraient pu trouver en cela un avantage, n'existaient pas. De plus un corps lumineux n'a pas naturellement la vertu de retenir sa lumière quand il est dans un lieu, mais cela ne peut se faire que miraculeusement.

Or, quand il s'agit de la formation primitive des êtres, on ne demande pas, comme le dit encore saint Augustin (Sup. Gen. ad litt. lib. II, cap. 4), des effets miraculeux, mais on recherche au contraire ce qui est conforme à la nature des choses.

— Il faut donc dire qu'il y a dans le ciel deux sortes de mouvement. L'un qui est commun au ciel tout entier (1); c'est celui-là qui fait le jour et la nuit, et il a sans doute existé au premier jour. L'autre qui varie suivant la nature des corps. C'est d'après ce mouvement que se comptent les jours, les mois et les années (2). C'est pourquoi au premier jour on ne parle que de la distinction de la nuit et du jour qui résulte du mouvement du ciel entier, tandis qu'on fait mention au quatrième de la diversité des jours, des temps et des années; comme on le voit par ces paroles : Pour qu'il y ait des temps, des jours et des années; ce qui est le résultat des mouvements propres des corps célestes.

DIFFICULTÉ: 4. Si on dit qu'on entend par lumière la lumière spirituelle, il y a lieu de répondre : La lumière qui a été faite au premier jour établit une distinction entre elle et les ténèbres. Or, les ténèbres spirituelles n'ont pas existé dès le commencement, puisque les démons ont été bons dès le principe, comme nous l'avons dit (quest. LXIII. art. 5). Donc la lumière n'a pas dû être produite dès le premier jour.

SOLUTION : 4. Il faut répondre au quatrième, que suivant saint Augustin (Sup. Gen. ad litt. lib. I, cap. 15) l'informité des êtres n'a pas été temporellement antérieure à leur formation. D'après son système on doit donc dire que par la production de la lumière on entend la formation de la créature spirituelle, non celle que l'état de la gloire a rendue parfaite puisqu'elle n'a pas été créée dans cet état, mais celle que la grâce a perfectionnée, puisque les anges, comme nous l'avons dit (quest. LXII, art. 3), ont été créés avec cette espèce de perfection. Cette lumière a donc établi une division entre elle et les ténèbres, c'est-à-dire que la créature spirituelle ainsi formée a été distincte de celle qui ne l'est pas.

Mais si l'on admet que la créature tout entière a été formée simultanément, la lumière n'a pas été distincte des ténèbres spirituelles qui existaient puisqu'il n'y en avait pas, car le diable n'a pas été créé avec une nature mauvaise; mais elle a été distincte des ténèbres futures dont Dieu avait la prescience.

MAIS c'est le contraire. Ce qui est essentiel au jour a dû être produit dès le premier jour. Or, la lumière est essentielle au jour, puisqu'il ne peut pas y avoir de jour sans elle. Donc il a fallu que la lumière fût créée dès le premier jour.

CONCLUSION :…
________________________________________________

(1) Ces deux mouvements sont en effet distincts, mais comment l’un existe-t-il sans l’autre, c’est le problème que saint Thomas ne se pose pas et qu’il serait très difficile de résoudre.
(2) Voyez les discussions savantes auxquelles se livre le P. Petau au sujet de ce passage ( De opere sex dierum, lib. I. c. 8 ).

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Message  Louis Lun 06 Sep 2021, 6:43 am


Q. LXVII.

Article IV.

SUITE

CONCLUSION — Il entrait dans l'ordre établi par la divine sagesse que la lumière fût produite au premier jour.

Il faut répondre que sur la production de la lumière, il y a deux opinions.

Saint Augustin paraît dire (De civ. Dei, lib. XI, cap. 9 et 33) qu'il n'eût pas été convenable que Moïse eût omis de parler de la création des êtres spirituels. C'est pourquoi il dit que par ces paroles: Au commencement Dieu créa le ciel et la terre, il faut entendre la créature spirituelle encore informe que le mot ciel désigne et la matière informe de la créature corporelle qui est exprimée par le mot terre.Et comme la créature spirituelle est plus noble que la créature matérielle, elle a dû être produite la première. La formation de la nature spirituelle est donc indiquée, d'après ce même Père, par la production de la lumière qu'on doit entendre dans un sens spirituel. Car la nature spirituelle a été formée du moment où elle a été éclairée par le Verbe auquel elle adhère.

— Les autres Pères pensent que Moïse a réellement passé sous silence la création des êtres spirituels, mais ils en donnent différentes causes.

Saint Basile dit que Moïse a fait commencer son récit au moment où les choses sensibles ont reçu l'existence, et qu'il n'a pas parlé des êtres spirituels, c'est-à-dire des anges, parce qu'ils ont été créés auparavant.

Saint Jean Chrysostome donne une autre raison. Il dit que Moïse parlait à un peuple grossier qui ne pouvait saisir que les choses matérielles et que son dessein était d'éloigner ce peuple de l'idolâtrie (3). Il aurait été porté à tomber dans ce péché si on lui eût dît qu'au-dessus de toutes les créatures corporelles il y avait d'autre» substances; car il en aurait fait des dieux, puisqu'il avait déjà beaucoup de propension pour adorer le soleil, la lune et les étoiles, ce qui leur est défendu au Deut. (cap. IV).

Il est à remarquer que dans le récit de la Genèse on a préalablement supposé que la nature corporelle avait été informe de plusieurs manières. Ainsi, une première informité est désignée par ces mots : La terre était nue et vide; une autre est exprimée par ces paroles : Les ténèbres étaient sur la face de l'abîme.

Or, il était nécessaire que l'informité qui résultait des ténèbres fût d'abord écartée par la production de la lumière, et cela pour deux raisons:

1° parce que la lumière, comme nous l'avons dit (art. 3), est la qualité du premier corps et que le monde a dû être formé à sa clarté;

2° parce que la lumière est le milieu dans lequel les corps supérieurs communiquent avec les inférieurs. Or, comme dans la connaissance on procède d'abord par les choses les plus générales, de même dans l'action. Ainsi l'être vivant est engendré avant l'animal et l'animal avant l'homme, comme Aristote l'observe (De Gen. anim. lib. II, cap. 3). La divine sagesse a donc dû se manifester en créant la lumière la première parmi les œuvres de distinction, comme la forme du premier corps et comme étant la plus générale.

3° Saint Basile donne une troisième raison (Hom. II in hexam.) ; c'est que par la lumière tous les autres êtres sont mis en évidence.

4° Enfin, on pourrait en ajouter une quatrième qu'on a indiquée dans les objections, c'est que le jour ne peut être sans la lumière et qu'il a été, par conséquent, nécessaire que la lumière fût créée au premier jour.

Question LXVIII
__________________________________________

(3) Cette raison ne nous paraît pas la meilleure, puisqu’il est souvent question des anges dans le Pentateuque.

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Message  Louis Mar 07 Sep 2021, 6:42 am

Question LXVIII: DE  L’ŒUVRE DU SECOND JOUR.

Après l'œuvre du premier jour nous avons à examiner l'œuvre du second. — A cet égard quatre questions se présentent : 1° Le firmament a-t-il été fait au second jour? — 2° Y a-t-il des eaux qui soient au-dessus ? — 3° Divisa-t-il les eaux des eaux ? — 4° N'y a-t-il qu'un ciel ou s'il y en a plusieurs ?


ARTICLE I. — LE FIRMAMENT A-T-IL CRÉÉ AU SECOND JOUR (1)?

DIFFICULTÉ: 1. Il semble que le firmament n'ait pas été fait au second jour. Car il est dit dans la Genèse (Gen. I, 8 ) que Dieu donna au firmament le nom de ciel. Or, le ciel a été fait avant la distinction des jours, comme on le voit par ces paroles: Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. Donc le firmament n'a pas été créé au second jour.

SOLUTION : 1. Il faut répondre au premier argument, que, d'après saint Jean Chrysostome (Hom. III in Gen.), Moïse a d'abord rapporté sommairement ce que Dieu a fait en disant: Au commencement Dieu créa le ciel et la terre, et qu'ensuite il a fait connaître chacune des parties de la création. C'est, par exemple, comme si l'on disait: cet ouvrier a bâti une maison, et qu'ensuite on ajoute: il en a jeté en premier heu les fondements, il a ensuite élevé les murs et enfin il a fait le toit. Tel est le sens que nous devons donner à ces paroles: Au commencement Dieu créa le ciel et la terre, suivies de celles-ci: le firmament fut fait au second jour.

— On peut dire aussi que le ciel qui, d'après la Genèse, a été créé dès le commencement, n'est pas le même que le ciel qui a été créé au second jour. On a établi entre l'un et l'autre plusieurs différences.

D'après saint Augustin (Sup. Gen. ad litt. lib. I, cap. 9), le ciel qui a été créé au premier jour est la nature spirituelle informe, et celui qui a été créé au second jour est le ciel matériel.

Suivant le vénérable Bède et l'auteur de la glose, le ciel qui a été créé au premier jour est le ciel empyrée, et celui qui a été fait au second est le ciel étoilé.

Saint Jean Damascène dit (De fid. orth. lib. II, cap. 6) que le ciel qui a été créé au premier jour est le ciel sphérique sans étoiles dont parlent les philosophes, et qu'ils appellent la neuvième sphère (2) et le premier mobile qui se meut d'un mouvement diurne. Et par le firmament qui a été fait au second jour il entend le ciel étoilé.

Enfin il y a une autre explication qu'indique saint Augustin (Ibid. lib. II,cap. 1), d'après laquelle le ciel fait au premier jour serait le ciel étoilé, et le firmament fait an second jour serait l'immensité des airs où se condensent les nuées. Car on donne équivoquement à cette étendue le nom de ciel. Et c'eût été pour indiquer cette équivoque que Moïse eût dit expressément : Dieu donna au firmament le nom de ciel; comme il avait déjà dit: il donna à la lumière le nom de jour, parce  que le mot jour se prend aussi pour désigner un intervalle de vingt-quatre heures. Moïse Maimonide observe qu'on peut faire la même remarque sur plusieurs autres passages de l'Ecriture (Proph. lib. II, cap. 30).

La réponse au second et au troisième argument devient, d'après tout ce que nous avons dit, évidente.

DIFFICULTÉ: 2. Les œuvres des six jours marquent l'ordre suivi par la divine sagesse dans la création. Or, il ne serait pas conforme à la sagesse de Dieu qu'il eût fait en second lieu ce qui a dû naturellement être fait en premier. Et puisque le firmament est naturellement avant l'eau et la terre dont Moïse parle avant de parler même de la lumière qui a été faite au premier jour, il s'ensuit que le firmament n'a pas été fait au second jour.

DIFFICULTÉ: 3. Tout ce qui a été produit pendant les six jours a été formé d'une matière qui avait été créée avant même que la distinction des jours n'existât. Or, le firmament n'a pu être formé d'une matière préexistante, puisque dans ce cas il serait engendré et corruptible. Donc il n'a pas été créé au second jour.

MAIS c'est le contraire .Car il est dit dans la Genèse (I, 6): Dieu dit: Que le firmament soit fait. Puis l'écrivain sacré ajoute: Et du soir et du matin se fit le second jour.

CONCLUSION :…
__________________________________________________

(1) Aristote avait nié que Dieu eût créé le ciel; c’est cette erreur que combat saint Thomas et qui fut condamnée par le concile de Latran et par le premier concile de Tolède (can. 21).
(2) Voyez à ce sujet dans Cicéron le Songe de Scipion.

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Message  Louis Mer 08 Sep 2021, 6:16 am



Q. LXVIII.

Article I.

SUITE

CONCLUSION —  Suivant la différente acception qu’on donne au mot firmament, en le prenant dans l’ordre de la nature ou du temps, on peut admettre ou nier qu’il a été fait le second jour.

Il faut répondre que, comme le dit fort bien saint Augustin (Sup. Gen. ad litt. lib. I, cap. 18; Conf. lib. XII, cap. 23 et 24), dans les questions de cette nature il y a deux choses à observer:

1° c'est de s'en tenir invariablement au sens véritable de l'Écriture;

2° l'Écriture pouvant être expliquée de différentes manières, on ne doit pas s'attacher trop exclusivement à une explication, au point que si l'on a découvert la fausseté d'une interprétation donnée, on n'ait pas la présomption de soutenir néanmoins que c'est là le sens de l'écrivain sacré, dans la crainte qu'on n'expose l'Écriture elle-même aux railleries des infidèles, et que par là même on leur ferme la voie qui pouvait les conduire à la foi.

— On doit donc savoir que quand la Genèse nous dit que le firmament a été fait au second jour, ces paroles peuvent s'entendre de deux manières:

1° Il peut être question du firmament où sont les étoiles (2). A ce sujet nous devons exposer les divers sentiments des savants sur ce firmament.

Les uns ont dit qu'il était composé d'éléments (3). Telle fut l'opinion d'Empédocle, qui disait que ce corps était indissoluble parce que la discorde n'était pas entrée dans les éléments qui le composent (a), mais seulement la concorde ou l'amitié.

D'autres ont dit que le firmament était de la nature des quatre éléments, mais qu'il n'en était pas composé, que c'était un élément simple. Tel fut le sentiment de Platon, qui prétendait que le corps céleste était du feu (b).

D'autres enfin ont avancé que le ciel n'était pas de la nature des quatre éléments, mais qu'il formait un cinquième corps (4) en dehors des quatre éléments qui constituent les choses terrestres. Telle fut l'opinion d'Aristote.

— Dans le premier sentiment, on peut dire, absolument parlant, que le firmament a été créé au second jour, même substantiellement; car s'il appartient à l'œuvre de la création de produire la substance même des éléments, il appartient à l'œuvre de distinction et d'ornement de former des créatures avec des éléments préexistants.

— D'après le sentiment de Platon on ne pourrait pas dire que le firmament a été créé substantiellement le second jour. Car suivant ce philosophe la création du firmament est la production de l'élément du feu. Or, d'après ceux qui supposent que l'informité de la matière a été temporellement antérieure à sa formation, la production des éléments appartient à l'œuvre de création, parce que les formes des éléments sont celles qui s'attachent primitivement à la matière.

— Suivant l'opinion d'Aristote on peut encore moins supposer que le firmament a été produit substantiellement au second jour, en considérant les jours dont parle Moïse comme une succession de temps (1). Car le ciel, étant incorruptible de sa nature, a une matière qui ne peut revêtir une autre forme que la sienne. Il est donc impossible que le firmament ait été fait d'une matière temporellement préexistante. Par conséquent, la production de la substance du firmament appartient à l'œuvre de création.

Mais dans l'opinion de Platon, comme dans celle d'Aristote, le firmament a pu être formé d'une certaine manière au second jour.

C'est ainsi que d'après saint Denis (De div. nom. cap. 4) la lumière du soleil a été informe pendant les trois premiers jours, et qu'elle a ensuite été formée au quatrième. Si par les jours de la création on désignait non pas une succession de temps, mais seulement l'ordre de la nature, comme le veut saint Augustin (Sup. Gen. lib. IV, cap. 22 et 24), rien ne s'oppose à ce que d'après tous ces divers sentiments on dise que la formation substantielle du firmament est l'œuvre du second jour.

— 2° On peut aussi entendre par le firmament, qui d'après la Genèse a été créé au second jour, non le firmament dans lequel sont les étoiles fixes, mais cette partie de l'air où se condensent les nuées. Le nom de firmament lui viendrait de la densité de l'air; car on donne le nom de corps ferme (firmum) à ce qui est épais et solide, pour distinguer cette espèce de corps du corps mathématique (2), comme le dit saint Basile (in Hex. hom. III).

On peut admettre de ces deux interprétations celle que l'on voudra, rien ne s'y oppose. Saint Augustin (Sup. Gen. ad litt.. lib. II, cap. 4) recommande même cette dernière, qu'il trouve, dit-il, tout à fait digne d'éloge, et qui n'a d'ailleurs rien de contraire à la foi (c).

Article II. — Y A-T-IL DES EAUX AU-DESSUS DU FIRMAMENT? ...
____________________________________________________

(2) Le ciel des étoiles fixes.

(3) Les éléments sont l’air, l’eau, la terre et le feu.

(4) La quintessence. Voy. pag. 563, note.
Voy, pag. 563 =>
Question LXVI, art II, note (2) a écrit:
Aristote et ses disciples ont distingué un cinquième élément qui n'est ni le feu, ni l'air, ni la terre, ni l'eau, et qu'ils appelaient la quintessence, ou la cinquième essence. Ils ont supposé que le ciel était composé du cinquième élément, que le ciel était composé du cinquième élément, et que pour ce motif ce n'était pas un corps corruptible, comme les corps inférieurs qui peuplent notre sphère. Saint Thomas adopte cette théorie, et cherche à la justifier.

(1) Saint Augustin ne les considère pas ainsi.

(2) Le corps mathématique, d’après saint Basile lui-même, n’existe que par ses trois dimensions, longueur, largeur et profondeur.

Notes  du côté latin:

 (a) Ces expressions métaphoriques, comme nous l'avons dit, n'indiquent que l'attraction et la répulsion moléculaire qui appartient à la loi générale et constitutive des corps.

 (b) Les anciens considéraient les quatre élé¬ments: la terre, l'air, le feu et l'eau, comme des éléments simples.

 (c) On trouve cette explication dans saint Basile (Hom. III in Hexam.), saint Jérôme (Epist. LXXXIII), Durand (in II, dist. 14), Cumel et Bannès, Pererius (in Genes.) et d'autres commentateurs.

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Message  Louis Jeu 09 Sep 2021, 6:19 am


Q. LXVIII.

ARTICLE II. — Y A-T-IL DES EAUX AU-DESSUS DU FIRMAMENT (2)?

DIFFICULTÉ: 1. Il semble que les eaux ne soient pas au-dessus du firmament. Car l'eau est naturellement pesante. Or, les choses pesantes n'existent pas en haut, mais seulement en bas. Donc les eaux ne sont pas au-dessus du firmament.

SOLUTION : 1. Il faut répondre au premier argument, qu'il y a des auteurs qui ont pensé résoudre cette objection en disant que les eaux, bien qu'elles soient naturellement lourdes, sont contenues par la puissance divine au-dessus des cieux. Mais saint Augustin repousse cette solution en disant qu'il s'agit de savoir comment Dieu a établi la nature des choses et non quel miracle sa puissance pourrait opérer sur elles. Il faut donc dire que suivant l'opinion qu'on se fait du firmament et des eaux on peut donner, d'après ce qui précède, une solution particulière à cette difficulté.

Si l'on admet le premier sentiment, il faut supposer dans les éléments un autre ordre que celui qu'établit Aristote. On devra admettre que les eaux qui sont sur la terre sont plus épaisses, et celles qui sont dans le ciel plus légères, de manière que celles-ci se tiennent dans le ciel comme les autres sur la terre. Ou bien on devra entendre par l'eau la matière des corps, comme nous l'avons dit (in corp. art.).

DIFFICULTÉ: 2. L'eau est naturellement fluide. Or, ce qui est fluide ne peut rester au-dessus d'un corps rond, comme l'expérience le prouve. Donc le firmament étant un corps rond l'eau ne peut être au-dessus.

SOLUTION : 2. La réponse au second argument devient évidente dans l'un et l'autre sentiment. D'après le premier sentiment, saint Basile fait une double réponse (Hom.  III). Il dit 1° qu'il n'est pas nécessaire que tout corps qui paraît rond à celui qui le regarde du côté concave soit réellement rond ou convexe à sa partie supérieure; 2° que les eaux qui sont au-dessus des deux ne sont pas fluides, mais qu'en dehors du ciel elles ont été solidifiées comme si elles étaient gelées; c'est ce qui fait donner à ce ciel le nom de ciel cristallin par quelques philosophes (1).

DIFFICULTÉ: 3. L'eau étant un élément sert à engendrer les corps composés, comme ce qui est imparfait sert à produire ce qui est parfait. Or, au-dessus du firmament il n'y a pas lieu de former des êtres composés (a), on n'en forme que sur la terre. Donc l'eau qui serait au-dessus du firmament serait inutile. Et comme dans les œuvres de Dieu il n'y a rien qui soit inutile, il s'ensuit qu'il n'y a pas d'eau au-dessus du firmament.

SOLUTION : 3.  Il faut répondre au troisième argument, que dans le dernier système que nous avons exposé, les eaux s'élèvent en vapeurs au-dessus du firmament pour produire ensuite les pluies.

D'après le second système, les eaux sont au-dessus du firmament, c'est-à-dire au-dessus de tout le ciel transparent qui est sans étoiles. Les auteurs de ce système font de ce ciel le premier mobile qui fait mouvoir toute la sphère d'un mouvement diurne, et qui produit par ce mouvement la continuité ou la perpétuité de la génération des êtres, comme le ciel étoile qui se meut sur le zodiaque produit la diversité de la génération et de la corruption, selon qu'il s'éloigne ou s'approche, et par la diversité de puissance ou de vertu qu'il y a dans chaque étoile.

Enfin dans le premier système les eaux sont là, d'après saint Basile, pour modérer la chaleur des corps célestes (2). Saint Augustin rapporte (Sup, Gen. lib. II, cap. 5) qu'il y a des auteurs qui ont cité à l'appui de cette opinion la température de Saturne qui est très-froide, parce que cette étoile est très-rapprochée des eaux supérieures (b).

MAIS c'est le contraire . Car il est dit dans la Genèse que Dieu divisa les eaux qui étaient au-dessus du firmament de celles qui étaient au-dessous.

CONCLUSION :…

_____________________________________________________________________________

(2) Cet article a pour but d’expliquer un passage de l’Écriture : Divisit aquas quæ erant suprà firmamentum ab his quæ sub firmamento.. Ce passage a d’ailleurs vivement exercé les Pères, les commentateurs et les savants.

(1) Ce système puéril eut pour auteur Empédocle (470 av. J.C.), et ce qu’il y a d’étonnant, c’est qu’on le retrouve dans Flavius Josèphe (Antiq. lib. I, cap. I), Séverin lib. VIII, Op. sancti Chrys.. frag. 596),  Césaire ( Dial., p. 69), saint Ambroise (Hex. cap. 8 ).

(2) Ces idées, déjà présentées par Philon ( lib De cherubin. p. 412), le furent encore par Séverin ( loc. cit., Théodoret (quest II, in Gen. p. 29), saint Épiphane ( loc. cit. art. 2, saint Ambroise (Hexam. II, cap. 3) et Marius Victor (ad Æthesium, lib. I).

Notes  du côté latin.

 (a) On appelle corps mixte tout corps formé du mélange de deux ou d'un plus grand nombre d'éléments simples, et c'est ce que nous avons rendu par le mot composé.

(b) Tontes ces idées sont si éloignées des données de la science actuelle, qu'elles ne peuvent guère servir qu'à l'histoire de l'astronomie et des sciences naturelles, en faisant voir à quelles théories on s'était arrêté.

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Message  Louis Ven 10 Sep 2021, 6:17 am


Q. LXVIII.

Article II.

SUITE

CONCLUSION  — Au-dessus du firmament il y a des eaux matérielles qui en sont distinctes ou qui ne font qu'un avec lui selon les divers sens qu'on attache au mot firmament.

Il faut répondre que, comme le dit saint Augustin (Sup. Gen. ad litt. lib. II, cap. 5), l'autorité de l'Écriture est supérieure à toute l'étendue du génie humain. Par conséquent, de quelque manière que les eaux existent au-dessus du firmament et quelle que soit leur nature, nous ne doutons point de leur existence. Tous les auteurs ne sont pas d'accord sur la nature même de ces eaux.

Origène prétend que ces eaux qui sont au-dessus des cieux sont les substances spirituelles. Il s'appuie sur ces paroles du Psalmiste (Ps. CXLVIII, 14) : Que les eaux qui sont au-dessus des cieux louent le nom du Seigneur, et sur ces autres paroles de Daniel (Dan. III, 60) : Vous, eaux qui êtes au-dessus des cieux, bénissez le Seigneur. Mais saint Basile répond (Hex. hom.  III) que ces paroles ne signifient pas que les eaux soient des créatures raisonnables (3), mais qu'elles signifient seulement que celui qui considère les eaux avec un esprit bien disposé trouve en elles une nouvelle manifestation de la gloire de Dieu. C'est pourquoi le Psalmiste en dit autant du feu, de la grêle, qui ne sont pas évidemment des créatures raisonnables.

On doit donc dire qu'il s'agit d'eaux matérielles; mais quelle est la nature de ces eaux? On est sur ce point divisé de sentiment, suivant l'idée particulière qu'on attache au mot firmament…
_____________________________________________________________________________

(3) Saint Epiphane {Epist. ad Joan. Hierosolym.), saint Cyrille de Jérusalem (Catech. II) et une foule d'autres Pères ont pris à tâche de réfuter Origène sur ce point.

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Message  Louis Sam 11 Sep 2021, 7:04 am



Q. LXVIII.

Article II.

SUITE

CONCLUSION
 
SUITE

On doit donc dire qu'il s'agit d'eaux matérielles; mais quelle est la nature de ces eaux? On est sur ce point divisé de sentiment, suivant l'idée particulière qu'on attache au mot firmament.

— En effet, si par le firmament on entend le ciel étoilé qu'on suppose de la nature des quatre éléments, pour la même raison on pourra croire que les eaux qui sont au-dessus des cieux sont de même nature que les eaux terrestres. Mais si par le firmament on entend le ciel étoilé et qu'on le croie d'une autre nature que les quatre éléments, on ne pourra pas admettre que les eaux qui sont au-dessus sont de même nature que les eaux qui font partie de ces quatre éléments. Mais comme, d'après l'auteur de la glose, il y a un ciel qu'il appelle empyrée ou de feu, à cause de son éclat, de même on peut admettre un ciel d'eau qui serait au-dessus du ciel étoile et qui recevrait ce nom en raison seule de sa transparence. D'ailleurs dans l'hypothèse où le firmament serait d'une autre nature que les quatre éléments, on peut dire qu'il divise les eaux, si par l'eau on entend non l'élément que nous possédons, mais la matière informe des corps, comme le fait saint Augustin (De Gen. cont. Man. lib. I, cap. 5 et 7), parce que dans ce cas tout ce qui est entre les corps sépare les eaux des eaux.

— Si on entend par le firmament cette partie de l'air où se condensent les nuées, alors les eaux qui sont au-dessus sont les eaux à l'état de vapeur et qui dans des circonstances particulières se résolvent en pluie (a). Dire que ces eaux réduites à l'état de vapeur seraient élevées au-dessus du ciel sidéral, comme quelques-uns l'ont pensé (1), c'est une chose absolument impossible. D'abord à cause de la solidité du ciel ; ensuite parce qu'il faudrait que ces vapeurs traversassent la région ignée où elles seraient consumées. D'ailleurs les corps les plus légers et les moins denses n'arrivent jamais à la région lunaire, et il est du reste démontré par les faits que les vapeurs ne s'élèvent pas au-dessus du sommet de certaines montagnes. Quant à ce qu’on dit de la raréfaction des corps à l’infini, en se fondant sur la divisibilité infinie de la matière, c'est une puérilité. Car les corps naturels ne se divisent ni ne se raréfient réellement (2) à l'infini ; il y a des limites positives que sous ce double rapport ils ne peuvent dépasser.

ARTICLE III. — LE FIRMAMENT DIVISE-T-IL LES EAUX DES EAUX ?
_________________________________________________________________

(1)  Saint Augustin rapporte cette opinion ( Sup. Gen. ad litt. lib. II. cap. 4).
(2) A la vérité, on ne peut pas mécaniquement diviser la matière à l’infini, mais on est obligé rationnellement d’admettre qu’elle est ainsi divisible.

Note du côté latin: (a) Il est vraisemblable que ces eaux que l'on met au-dessus du firmament ou des cieux sont des nuées ou des vapeurs humides qui ne diffèrent pas spécifiquement de l'eau naturelle.

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Message  Louis Dim 12 Sep 2021, 6:56 am


Q. LXVIII.

ARTICLE III. — LE FIRMAMENT DIVISE-T-IL LES EAUX DES EAUX (3)?

DIFFICULTÉ: 1. Il semble que le firmament ne divise pas les eaux des eaux. Car un corps n'occupe naturellement dans son espèce qu'un seul lieu. Or, toutes les eaux sont de même espèce, d'après Aristote (Top. lib. I, cap. 6). Donc les eaux ne doivent pas être distinguées des eaux localement.

SOLUTION : 1. Il faut répondre au premier argument, que si par firmament on entend le ciel sidéral, les eaux supérieures ne sont pas de même espèce que les eaux inférieures. Mais si par firmament on entend l'air où se forment les nuages, alors les eaux inférieures et les eaux supérieures sont de la même espèce, et ces eaux occupent deux lieux, mais sous des rapports divers: le lieu supérieur est le lieu où les eaux se produisent (1), et le lieu inférieur celui où elles se reposent.

DIFFICULTÉ: 2. Si on dit que les eaux qui sont au-dessus du firmament sont d'une autre espèce que les eaux qui sont au-dessous, on peut faire cette instance. Les choses qui sont d'une espèce différente n'ont pas besoin d'être d'ailleurs distinguées par une autre cause. Si donc les eaux supérieures et les eaux inférieures sont d'une espèce différente, il n'est pas nécessaire que le firmament les distingue.

SOLUTION : 2. Il faut répondre au second, que si on suppose que les eaux sont de nature différente, quand on dit que le firmament les divise on ne veut pas dire qu'il est la cause de leur séparation, mais seulement la limite qui les sépare.

DIFFICULTÉ: 3. Ce qui distingue les eaux des eaux est touché par les eaux des deux côtés, comme un mur qu'on élèverait au milieu d'un fleuve. Or, il est évident que les eaux inférieures ne s'élèvent pas jusqu'au firmament. Donc le firmament ne sépare pas les eaux des eaux.

SOLUTION : 3. Il faut répondre au troisième, que Moïse comprend sous le nom d'eau l'air, parce qu'il est invisible et tous les autres corps qui sont invisibles comme lui. Par là il est évident que quel que soit le sens qu'on donne au mot firmament, il divise les eaux.

MAIS c'est le contraire. Car il est dit dans la Genèse: Que le firmament soit fait au milieu des eaux, et qu'il sépare les eaux des eaux.

CONCLUSION :…
___________________________________________

(1) Saint Thomas adoptait la formation des nuages telle que l’explique Aristote ( Meteor. lib. I, cap. 9), C’est ainsi qu’a fait saint Basile (Hom. III, p. 30).

(3) Cet article est le commentaire de ces paroles  de l’Écriture: Fiat  firmamentum in medio aquarum et dividat aquas ab aquis..

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Message  Louis Lun 13 Sep 2021, 6:49 am


Q. LXVIII.

Article III.

SUITE

CONCLUSION — Selon les divers sens qu'on attache aux mots firmament et eau, on comprend différemment cette proposition: Le firmament sépare les eaux des eaux.

Il faut répondre que celui qui s'en tiendrait au sens littéral de la Genèse pourrait se faire une opinion conforme à celle des anciens philosophes (4).

Ainsi il y a des philosophes qui ont supposé que l'eau était un corps infini, le principe de tous les autres. On pourrait croire que cette eau immense a été désignée par le mot d'abîme quand on a dit que les ténèbres étaient sur la face de l’abime .

Ces philosophes  prétendaient de plus que le ciel sensible que nous voyons ne comprend pas au-dessous de soi tous les êtres corporels, mais qu'il y a une étendue infinie d'eau au-dessus. Dans ce sens on pourrait donc dire que le firmament céleste sépare les eaux extérieures des eaux intérieures, c'est-à-dire de tous les corps qui sont au-dessous du ciel et qui, dans cette hypothèse, avaient l'eau pour principe.

Mais comme la fausseté de cette opinion est démontrée par des raisons solides, on ne doit pas dire que tel est le sens de l'Écriture. On doit plutôt observer que Moïse parlait à un peuple grossier, et que pour condescendre à la faiblesse de son intelligence il ne lui a dit que ce que ses sens pouvaient lui rendre manifeste.

Or, tous les hommes, quelque grossiers qu'ils soient, comprennent que la terre et l'eau sont des corps. Ils ne comprennent pas, par exemple, aussi bien que l'air est un corps, puisqu'il y a eu des philosophes qui ont dit que l'air n'était rien, et qu'on a donné à l'espace qu'il remplit le nom de vide.

C'est pourquoi Moïse a fait mention de l'eau et de la terre sans rien dire expressément de l'air, afin de ne pas parler à son peuple grossier d'une chose qu'il ne connaissait pas. Mais pour que les hommes intelligents connussent la vérité, il leur a donné lieu de comprendre que l'air existait, en leur indiquant qu'il était pour ainsi dire annexé à l'eau, et c'est ce que signifient ces paroles, que les ténèbres étaient sur la face de l'abîme. Car elles donnent à entendre que sur la face de l'eau il y avait un corps diaphane qui est le sujet de la lumière et des ténèbres.

Ainsi donc, soit que nous entendions par le firmament le ciel où sont les étoiles, soit que nous comprenions l'espace où se forment les nuages, on peut dire avec raison que le firmament sépare les eaux des eaux, en faisant signifier au mot eau la matière informe ou tous les corps diaphanes qui sont compris sous ce terme général (a). Car le ciel étoilé sépare les corps inférieurs des corps supérieurs. De même les nuages séparent la partie supérieure de l'air où se forment les pluies et la grêle de la partie inférieure qui se rattache à l'eau terrestre et qu'on comprend sous le nom général d'eaux.

ARTICLE IV — N’Y A-T-IL QU’UN SEUL CIEL ?

_______________________________________

(4) Thalès de Milet et son école.

Note du côté latin: (a) On désigne tous les corps diaphanes sons le nom d'eaux, à cause de ce qu'il y a de commun entre l'eau et ces corps; car elle est comme eux transparente, limpide, éclatante, et elle reflète les images des corps.

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Message  Louis Mar 14 Sep 2021, 6:39 am


Q. LXVIII.

ARTICLE IV. — N’Y A-T-IL QU’UN SEUL CIEL (2)?

DIFFICULTÉ: 1. Il semble qu'il n'y ait qu'un seul ciel. Car le ciel et la terre paraissent deux choses corrélatives (a) d'après ces paroles: Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. Or, il n'y a qu'une terre. Donc il n'y a qu'un seul ciel.

SOLUTION : 1.  Il faut répondre au premier argument, que la terre est au ciel ce que le centre est à la circonférence. Autour d'un même centre il peut y avoir plusieurs circonférences (1). Donc quoiqu'il n'y ait qu'une terre il peut y avoir plusieurs cieux.

DIFFICULTÉ: 2. Tout ce qui comprend dans sa totalité sa matière est unique. Or, tel est le ciel, comme le dit Aristote (De cœlo, lib. I, text. 95). Donc il n'y a qu'un seul ciel.

SOLUTION : 2. Il faut répondre au second, que cette raison suppose que par le ciel on entend l'universalité des créatures corporelles. Dans ce sens il est vrai qu'il n'y en a qu'un.

DIFFICULTÉ: 3. Tout ce qui se dit univoquement de plusieurs êtres se dit d'eux d'après la même raison générale. Or, s'il y a plusieurs cieux, le mot ciel leur convient univoquement, car si on l'employait équivoquement on ne pourrait pas dire qu'il y a plusieurs cieux. Il faut donc, s'il y a plusieurs cieux, qu'il y ait une raison générale pour laquelle on les désigne par le même nom. Or, comme il est impossible de donner cette raison, il s'ensuit qu'il n'y a pas plusieurs cieux.

SOLUTION : 3. Il faut répondre au troisième, que tous les cieux ont ceci de commun c'est qu'ils sont élevés et lumineux de quelque manière, comme on le voit d après ce que nous avons dit (in corp. art.).

MAIS c'est le contraire . Car il est dit dans le Psalmiste (Ps. CXLVIII, 4) : Cieux des cieux, louez le Seigneur.

CONCLUSION :…
______________________________________________________________

(1) Saint Thomas raisonne ici dans l’hypothèse du système de Ptolémée, mais son principe est également vrai dans le système de Copernic.  

(2) Basilide et ses disciples supposaient qu’il y avait 365 cieux, et que ces cieux avaient créés le monde. En expliquant l’Écriture d’après les Pères, saint Thomas réfute par là même ces rêveries.    

Note du côté latin: (a) Le ciel et la terre se distinguent comme la deux parties du même tout, et ils sont opposé comme les parties d'une division doivent l'être pour ne pas retomber l'une dans l'autre.

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Message  Louis Mer 15 Sep 2021, 7:15 am


Q. LXVIII.

Article IV.

SUITE

CONCLUSION — Si on désigne par le mot de ciel tout ce qui s'étend au-dessus de la terre et de l'eau, il n'y a qu'un seul ciel ; il y en a plusieurs si on donne ce nom à toutes les différentes parties de cette vaste étendue; et il y a aussi divers cieux si on prend cette expression dans un sens métaphorique.

Il faut répondre que sur ce point saint Basile et saint Chrysostome ne paraissent pas être du même sentiment D'après ce dernier (Hom.  IV in Gen.) il n'y a qu'un seul ciel, et si on se sert du pluriel en disant les cieux des cieux, c'est que dans la langue hébraïque on n'a pas l'habitude de mettre le mot ciel au singulier, comme dans le latin il y a plusieurs mots qui ne s'emploient qu'au pluriel. Mais saint Basile dit [Hom. III) qu'il y a plusieurs cieux et saint Jean Damascène est de son avis (De orth. fid. lib. II, cap. 6). Toutefois cette différence d'opinion est plus dans les mots qu'au fond des choses. Car saint Jean Chrysostome dit qu'il n'y a qu'un ciel, parce qu'il entend par là toute l'étendue qui se trouve au-dessus de la terre et de l'eau. C'est dans ce sens qu'on dit que les oiseaux qui volent dans l'air sont des oiseaux du ciel. Mais comme il y a dans le ciel plusieurs parties différentes, saint Basile a pu dire pour ce motif qu'il y avait plusieurs cieux (1).

Pour distinguer ces divers cieux il faut observer que dans l'Écriture le mot ciel a trois sens:

1° Il est pris quelquefois dans son sens propre et naturel, et alors on donne le nom de ciel à ce corps élevé, qui est éclairé ou qui peut l'être et qui est par sa nature incorruptible. Dans ce sens on distingue trois sortes de cieux : le premier qui est tout à fait lumineux et qu'on appelle l'empyrée ; le second qui est complètement diaphane et qui reçoit le nom de ciel d'eau ou de ciel de cristal (a) ; le troisième qui est partie diaphane et partie lumineux et qu'on appelle le ciel sidéral (2). Il est divisé en huit sphères: la sphère des étoiles fixes et les sept sphères des planètes qu'on appelle aussi les sept cieux ou les sept sphères (b).

2º On appelle ciel ce qui participe à l'une des propriétés des corps célestes, c'est-à-dire tout ce qui est élevé et lumineux ou qui peut l'être.

Dans ce sens saint Jean Damascène dit que tout l'espace qui s'étend de la surface de l'Océan à l'orbite de la lune ne forme qu'un ciel qu'on appelle aérien. Ainsi d'après ce docteur il y a trois cieux: le ciel aérien, le ciel sidéral et un autre ciel plus élevé, celui dont parle l'Apôtre en disant qu'il a été ravi jusqu'au troisième ciel. Mais cet espace (3) renfermant deux éléments, le feu et l'air, par rapport à chacun de ces éléments on distingue une région inférieure et une région supérieure.

C'est pourquoi Raban Maur divise encore cet espace en quatre parties: la région supérieure au feu qu'il appelle le ciel igné et la région inférieure à laquelle il donne le nom de ciel olympien d'après la hauteur d'une montagne appelée l'Olympe. Il donne à la région supérieure de l'air le nom de ciel éthéré parce qu'elle est inflammable et à la région inférieure le nom de ciel aérien. Et en ajoutant ces quatre cieux aux trois que nous avons précédemment énumérés, Raban trouve dans l'univers sept cieux matériels.

3° Le mot ciel est employé métaphoriquement. Ainsi on dit quelquefois que la sainte Trinité est le ciel à cause de sa lumière ineffable et sublime. C'est dans le même sens que l'Écriture fait dire au diable (Is. XIV, 13): Je monterai au ciel, c'est-à-dire, je me ferai l'égal de Dieu. Quelquefois les biens spirituels qui sont réservés aux saints pour récompenses, sont appelés cieux en raison de leur excellence. C'est dans ce sens que saint Augustin comprend ces paroles: Votre récompense est grande dans les cieux (Matth. V, 12).

On désigne encore par le nom de cieux les trois sortes de visions surnaturelles: celles du corps, de l'imagination et de l'intelligence. Saint Augustin applique ces trois visions au ravissement de saint Paul au troisième ciel (Sup. Gen. lib. XII, cap. 29 et 34).

Question  LXIX : DE  L’ŒUVRE DU TROISIÈME JOUR
_____________________________________________

(1) Saint Basile nous paraît être allé plus loin. Il admet en réalité plusieurs cieux vraiment distincts, et il se moque de ceux qui niaient la pluralité des mondes comme impossible, parce que, dit-il, comme les bulles naissent sur la surface de l’onde agitée, de même l’être infini pourrait lancer plusieurs monde dans l’espace.
(2) C’est exactement la description du système de Ptolémée.
(3) C’est-à-dire l’espace qui s’étend de la terre à la lune.

Notes du côté latin:

(a) On l'appelle ciel d'eau à cause de sa mobilité et de sa transparence, et on l'appelle cristallin parce qu'il joint la solidité à la transparence.
(b) La première sphère est celle de la lune, la seconde celle de Mercure, la troisième celle de Vénus, la quatrième celle du soleil, la cinquième celle de Mars, la sixième celle de Jupiter, la sep¬tième celle de Saturne, la huitième le firmament ou le ciel sidéral, la neuvième le ciel d'eau ou de cristal, la dixième le premier mobile, et au delà le ciel empyrée.

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Message  Louis Jeu 16 Sep 2021, 7:06 am

Question LXIX: DE  L’ŒUVRE DU TROISIÈME JOUR.


Après avoir examiné l'œuvre du second jour, nous avons à nous occuper de l'œuvre du troisième. — A ce sujet nous avons deux questions à traiter. Nous devons parler : 1° Du rassemblement des eaux;— 2° De la production des plantes.

ARTICLE I. — EST-IL CONVENABLE DE PLACER LE RASSEMBLEMENT DES EAUX AU TROISIÈME JOUR (2)?

IFFICULTÉ: 1. Il semble que le rassemblement des eaux n'ait pas dû se faire au troisième jour. Car quand il s'est agi des choses qui ont été produites au premier et au second jour, l'écrivain sacré s'est servi du verbe faire. Ainsi, par exemple : Dieu dit : que la lumière soit faite; que le firmament soit fait. Or, le troisième jour est analogue aux deux premiers (a). Donc l'œuvre qui s'est faite dans ce jour-là aurait dû être exprimée aussi par le verbe faire et non par le verbe rassembler.

SOLUTION : 1. Il faut répondre au premier argument, que d'après saint Augustin l'Écriture (Sup. Gen. lib. III, cap. 20, lib. II, cap. 7 et 8 ), pour exprimer l'œuvre du troisième jour, n'a pas employé le mot faire comme pour les œuvres des jours précédents, pour montrer que les formes supérieures, c'est-à-dire celles des anges et des corps célestes, sont des êtres parfaits et stables, tandis que les formes des êtres inférieurs sont imparfaites et changeantes.

C'est pour cela qu'en désignant les formes que revêtent les corps inférieurs, l'Écriture a employé le mot rassembler, le mot apparaître. Car l'eau est fluide et la terre est ferme. D'après les autres Pères, il faut répondre que l'œuvre du troisième jour n'est parfaite que sous le rapport du mouvement local. C'est pourquoi l'écrivain sacré n'a pas dû se servir du verbe faire.

DIFFICULTÉ: 2. La terre était d'abord couverte d'eaux de toutes parts ; car c'est pour ce motif qu'il est dit qu'elle était invisible. Il n'y avait donc pas de lieu sur la terre où les eaux pussent être rassemblées.

SOLUTION : 2.  Dans le sentiment de saint Augustin, la réponse au second argument est évidente. Car on n'est pas obligé de dire que les eaux ont d'abord couvert la face de la terre et qu'elles ont été ensuite réunies dans un lieu, puisqu'il ne s'est pas écoulé de temps entre ces deux phénomènes (b). Si l'on suit l'opinion des autres Pères d'après saint Augustin lui-même (Sup. Gen. ad litt. lib. I, cap. 12), on peut faire à cette objection trois réponses.

1° On peut dire que les eaux se sont élevées à une plus grande hauteur là où elles se sont rassemblées; car la mer est plus élevée que la terre, comme on l'a prouvé par une expérience faite dans la mer Rouge, selon ce que dit saint Basile (Hom. IV).

2° On peut dire que l'eau qui couvrait la terre était plus rare, qu'elle ressemblait à une nuée et qu'en se rassemblant elle s'est condensée.

3° Enfin on peut dire encore qu'il y avait dans la terre des concavités où les eaux ont pu se rendre. La première de ces réponses est la plus probable (2).

DIFFICULTÉ: 3. Les choses qui ne sont pas continues n'occupent pas qu'un seul lieu. Or, toutes les eaux ne sont pas continues les unes par rapport aux autres. Elles n'ont donc pas toutes été rassemblées dans un même lieu.

SOLUTION : 3. Il faut répondre au troisième, que toutes les eaux se rendent au même terme, elles vont toutes à la mer et elles y arrivent soit par les fleuves que l'on voit, soit par des courants qu'on n'aperçoit pas. C'est pourquoi on dit que les eaux ont été réunies au même lieu. Ensuite on n'est pas obligé de prendre cette expression au même lieu dans un sens absolu. On ne l'entend que relativement à la terre sèche, et ces paroles que les eaux soient réunies dans un même lieu signifient alors qu'elles soient séparées de la terre sèche. Car pour indiquer que les eaux se sont réunies en plusieurs endroits, l'Écriture ajoute que Dieu donna aux rassemblements des eaux le nom de mers.

DIFFICULTÉ: 4…
___________________________________________

(2) Il y a des auteurs qui ont attribué la réunion des eaux au second jour. Le P. Petau, après avoir rapporté les raisons qui sont en faveur de ce sentiment, le considère comme probable. (De opera sex dier. lib. I, cap. 13).  
(2) On sera peut-être étonné que saint Thomas considère la première de ces raisons, qui est celle de saint Basile, comme la plus probable. Mais cet étonnement cesse quand on observe que la plupart des anciens ont été du même sentiment. C’était celui de Cicéron ( De natura Deorum., lib. III). Saint Ambroise et la plupart des Pères l’ont adopté, et ils ont eu très peu de contradicteurs.

Notes du côté latin :

(a) Il appartient, comme les deux premiers, à l'œuvre de distinction, et, par conséquent, il est une partie du même tout, tandis que les jours suivants appartiennent à l'œuvre d'ornement.
(b) Elles ont été produites ainsi réunies ou rassemblées.

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Message  Louis Ven 17 Sep 2021, 7:36 am


Q. LXIX.

ARTICLE I. — EST-IL CONVENABLE DE PLACER LE RASSEMBLEMENT DES EAUX AU TROISIÈME JOUR (2) ?

DIFFICULTÉS
 
SUITE

DIFFICULTÉ: 4. Un rassemblement est l'effet d'un mouvement local. Or, les eaux paraissent couler naturellement et courir vers la mer. Il n'a donc pas été nécessaire que Dieu leur donnât l'ordre de se rassembler.

SOLUTION : 4. Il faut répondre au quatrième, que c'est l'ordre de Dieu qui imprime aux corps leurs mouvements naturels; c'est pourquoi l'on dit que par ces mouvements ils obéissent à sa parole.

— Ou bien on peut répondre qu'il serait naturel que l'eau couvrît la terre de toutes parts, comme l'air couvre l'eau et la terre, mais dans l'intérêt général de la création, dans celui des animaux et des plantes particulièrement, il a fallu que sur la terre il y eût des endroits qui ne fussent pas couverts d'eaux. Il y a des philosophes qui attribuent ce phénomène à l'action du soleil qui dessèche la terre en faisant s'élever les vapeurs (a). Mais l'Écriture sainte l'attribue à la puissance divine non-seulement dans la Genèse, mais dans Job où Dieu dit : C'est moi qui ai donné à la mer ses limites (Job, XXXVIII, 10), et dans Jérémie où nous lisons (Jer. V, 22) : Me craindrez-vous donc, dit le Seigneur, moi qui ai donné le table pour limite à la mer?

DIFFICULTÉ: 5. La terre est nommée dès le commencement de la création, puisqu'il est dit : Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. C'est donc à tort qu'il est dit que ce fut au troisième jour que la terre reçut son nom.

SOLUTION: 5. Il faut répondre au cinquième, que d'après saint Augustin (Sup. Gen. lib. II, cap. 2, et lib. I, cap. 13), par la terre dont il est parlé au début du récit de la Genèse, on doit entendre la matière première, mais qu'au troisième jour il s'agit de l'élément lui-même de la terre.

— Ou bien on peut dire avec saint Basile que la terre a été en premier lieu nommée d'après sa nature, mais qu'ensuite elle a reçu une autre dénomination d'après sa propriété principale qui est la sécheresse. C'est pourquoi il est dit qu'il donna le nom de terre à l'aride.

—  On peut encore répondre, d'après Rabbi Moïse, que quand l'Écriture emploie le verbe il appela (vocavit), c'est toujours pour indiquer l'équivocité du mot. Ainsi l'écrivain sacré a dit auparavant: il appela la lumière jour, parce que le mot jour désigne un espace de vingt-quatre heures, et que c'est dans ce sens qu'il est dit : Du soir et du matin fut fait le premier jour.

On en doit dire autant du firmament, c'est-à-dire de l'air qu'il appela ciel, parce que le nom de ciel avait déjà été donné à ce qui fut créé dès le commencement. De même il est dit que l'aride, c'est-à-dire la partie de la terre qui n'est pas couverte d'eaux a été appelée terre pour la distinguer de la mer, bien que sous le nom général de terre on comprenne ce qui est couvert d'eaux et ce qui ne l’est pas.

On voit par là que toutes les fois qu'il est dit que Dieu a donné un nom, il a communiqué à la créature une nature ou une propriété en rapport avec le nom qu'il lui a donné.

MAIS l’autorité de l’Écriture est là pour établir le contraire et nous n’avons pas besoin d’autres preuves. (Gen. I, 9, 13.)

CONCLUSION :…
____________________________________________________________

(2) Il y a des auteurs qui ont attribué la réunion des eaux au second jour. Le P. Petau, après avoir rapporté les raisons qui sont en faveur de ce sentiment, le considère comme probable. (De opera sex dier. lib. I, cap. 13).

Note du côté latin : (a) La cause naturelle de ce phénomène, c'est que certaines parties de la terre sont plus élevées que les autres; et c'est ce qui produit l'aride, qui se compose d'îles ou de continents qui ne sont que des îles plus étendues. On doit néanmoins l'attribuer à la puissance divine  comme à la cause première de cette diversité d'élévation.

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Message  Louis Sam 18 Sep 2021, 7:09 am


Q. LXIX.

Article I.

SUITE

CONCLUSION —Pour suivre l'ordre de la nature il était convenable qu'après la formation de l'eau qui se fit au second jour, la terre fût formée et distinguée au troisième, et qu'à cet effet les eaux qui étaient sous le ciel fussent réunies dans un même lieu et que l'on vit l'aride.

Il faut répondre que sur ce point l'opinion de saint Augustin diffère encore de celle des autres Pères.

Car dans toutes ces œuvres saint Augustin (Sup. Gen. lib. I, cap. 15, et lib. IV, cap. 22 et 34) n'admet pas un ordre de temps ou de durée, mais seulement un ordre d'origine ou de nature (1).

Car il dit que la nature spirituelle fut d'abord créée à l'état informe, et que la nature matérielle fut absolument sans forme. Il prétend que c'est cette dernière que l'écrivain sacré a désignée sous le nom de terre et d'eau. Il suppose que cette informité des créatures a précédé leur formation, non temporellement, mais originellement, et il prétend qu'une formation n'en a pas précédé une autre dans l'ordre de la durée, mais uniquement dans l'ordre de la nature.

Ainsi dans son système il a fallu que la créature la plus élevée, c'est-à-dire la créature spirituelle, fût d'abord formée et c'est pourquoi la Genèse dit que la lumière fut faite au premier jour. Or, comme la nature spirituelle l'emporte sur la nature matérielle, de même les corps supérieurs l'emportent sur les inférieurs. De là nous voyons que les corps supérieurs ont été faits en second lieu, comme l'indiquent ces paroles : que le firmament soit fait. Car par ces mots l'illustre docteur entend que la forme des corps célestes a été alors imprimée à la matière informe qui était non temporellement, mais originellement préexistante.

Enfin en troisième lieu la matière informe qui préexistait non temporellement, mais originellement, a reçu les formes élémentaires qui constituent les corps inférieurs. C'est ce que ces paroles indiquent : que les eaux soient rassemblées et que l'aride paraisse. Saint Augustin entend par là que la matière corporelle a reçu la forme substantielle de l'eau qui lui a communiqué ce mouvement et qu'elle a reçu en même temps la forme substantielle de la terre qui lui donne l'aspect qu'elle a aujourd'hui.

— D'après les autres Pères il y a eu entre les différentes œuvres de la création un intervalle de temps. Ainsi ils supposent que l'informité de la matière a précédé temporellement sa formation et qu'une formation a été aussi antérieure temporellement à une autre. Mais par l'informité de la matière ils n'entendent pas l'absence complète de toute forme, parce que le ciel, l'eau et la terre existaient déjà, et que par ces trois mots l'Écriture, dans leur opinion, désigne des choses qui tombent évidemment sous les sens. Mais par l'informité de la matière ils entendent l'absence de la forme qui donne aux êtres la distinction qui leur convient et qui rend leur beauté parfaite.

Par rapport à ces trois choses, l'Écriture, disent-ils, a établi trois informités. Ainsi l'informité des ténèbres appartient au ciel qui est ce qu'il y a de plus élevé, parce que c'est du ciel que vient la lumière. L'informité de l'eau qui tient le milieu entre le ciel et la terre est désignée sous le nom d'abîme, parce que ce mot, comme le dit saint Augustin (Cont. Faust., lib. XXII, cap. 11), désigne une vaste immensité d'eaux qui n'a point de mesure. Enfin l'informité de la terre est exprimée par ces paroles : la terre était nue ou invisible, parce qu'elle était couverte d'eau.

Ainsi la formation du corps le plus élevé a eu lieu au premier jour. Et comme le temps suit le mouvement du ciel et qu'il a pour mesure le mouvement du corps le plus élevé, la formation de ce corps a établi la distinction du temps, c'est-à-dire la distinction du jour et de la nuit.

Au second jour le corps intermédiaire, c'est-à-dire l'eau a été formée; elle a reçu du firmament une distinction et un ordre (2), et sous le nom d'eaux il faut comprendre d'autres choses (a), comme nous l'avons dit (quest. préc. art. 3).

Enfin au troisième jour le dernier corps, c'est-à-dire la terre a été formée, par là même qu'elle n'a plus été couverte d'eaux. Car alors la terre se trouva séparée de la mer. C'est pourquoi après avoir exprimé l'informité de la terre en disant qu'elle était invisible ou vide, l'Écriture a employé une expression très-convenable pour rendre sa formation en disant: que l'aride apparut.

ARTICLE II…
____________________________________________________

(1) C’est-à-dire saint Augustin n’admet pas entre les créatures d’autre priorité que la priorité de noblesse, et c’est ce qu’il appelle l’ordre d’origine ou de nature. Ainsi les anges sont avant les corps, et parmi les corps, les cieux avant la terre.
(2) Le firmament a produit cette distinction en séparant les eaux des eaux, et l’ordre qu’il a établi résulte du rapport qu’il y a entre l’eau et l’air et les autres éléments.  

Note du côté latin: (a) Les autres choses comprises sous le nom d'eau, ce sont l'air et, en général, tous les corps diaphanes.

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Message  Louis Dim 19 Sep 2021, 6:18 am


Q. LXIX.

ARTICLE II. — ÉTAIT-IL CONVENABLE QUE LA PRODUCTION DES PLANTES FUT PLACÉE AU TROISIÈME JOUR (1)?

DIFFICULTÉ: 1. Il semble que la production des plantes ait été mal placée au troisième jour. Car les plantes ont la vie comme les animaux. Or, on ne place pas la création des animaux parmi les œuvres de distinction, mais on en fait une œuvre d'ornement (a). Donc on n'aurait pas dû placer au troisième jour la production des plantes qui appartient aux œuvres de distinction.

SOLUTION : 1. Il faut répondre au premier argument, que la vie dans les plantes est occulte parce qu'elles n'ont ni le mouvement local, ni le sentiment qui servent à distinguer l'être animé de celui qui ne l'est pas. C'est pourquoi, comme elles sont inhérentes à la terre d'une manière fixe, elles ont été produites au jour où la terre a été formée.

DIFFICULTÉ: 2. Ce qui se rattache à la malédiction de la terre n'aurait pas dû être rappelé avec sa formation. Or, la production de certaines plantes est l'effet de la malédiction de la terre, d'après ces paroles de la Genèse (III, 17): Que la terre soit maudite et qu'elle ne produise pour toi que des épines et des ronces. Donc la production des plantes n'aurait pas dû, en général, être rapportée au troisième jour où il s'agit de la formation de la terre.

SOLUTION : 2. Il faut répondre au second qu'avant cette malédiction les épines et les ronces existaient réellement ou virtuellement. Mais elles n'avaient pas été produites pour le châtiment de l'homme, c'est-à-dire que la terre qu'il cultivait pour se nourrir ne produisait pas alors des choses inutiles et même nuisibles. C'est pourquoi il est dit: Elle produira pour toi. (b)

DIFFICULTÉ: 3. Comme les plantes adhèrent à la terre, de môme les pierres et les métaux. Cependant il n'est fait mention ni des pierres ni des métaux dans la formation de la terre. Donc les plantes n'ont pas dû être produites au troisième jour.

SOLUTION : 3. Il faut répondre au troisième, que Moïse n'a parlé que des choses qui tombaient sous le sens du vulgaire, comme nous l'avons dit (quest. LXVII, art 4). Il a donc pu passer sous silence les minéraux qui se forment secrètement dans les entrailles de la terre. — Au reste, ils ne sont pas évidemment différents de la terre elle-même, puisque ce ne sont que des espèces de terres. C'est pourquoi l'écrivain sacré n'en a rien dit.

MAIS c’est le contraire. Car il est dit dans la Genèse (I, 12): La terre produisit une herbe verdoyante, et l'écrivain sacré ajoute: Du soir et du matin fut fait le troisième jour.

CONCLUSION :…
_________________________________________________________________

(1)Dans cet article saint Thomas commente d’après les Pères ces paroles : Protulit terram herbam viventem.

Notes du côté latin :

(a) La production des animaux appartient an cinquième et au sixième jour, comme on le verra dans les questions suivantes.
(b) Saint Basile, saint Ambroise et les antres Pères reconnaissent qu'avant le péché il y avait des herbes vénéneuses qui étaient très-utiles aux autres animaux, quoiqu'elles fussent nuisibles aux hommes.

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Message  Louis Lun 20 Sep 2021, 6:24 am


Q. LXIX.

Article II.

SUITE

CONCLUSION —  La production des plantes faisant partie de la formation de la terre par là même qu'elles sont attachées au sol d'une manière fixe, il était convenable qu'elles fussent créées le même jour où la terre fut formée, c'est-à-dire le troisième jour, comme les Écritures le rapportent.

Il faut répondre que, comme nous l'avons dit art. préc.), l'informité de la terre disparut au troisième jour. Or, la terre avait une double informité. D'abord elle était invisible, ce qui provient de ce qu'elle était couverte d'eaux; ensuite elle était vide ou privée d'ornements, c'est-à-dire elle n'avait pas l'éclat qu'elle aurait dû avoir et dont elle brille quand elle est enrichie de plantes qui lui servent en quelque sorte de vêtement. Ces deux sortes d'informité ont dû disparaître au troisième jour. La première n'a plus existé aussitôt que les eaux ont été rassemblées dans un même lieu et que l'aride s'est montré. La seconde a été détruite par l'herbe verdoyante que la terre a poussée.

Cependant à l'égard de la production des plantes saint Augustin n'est pas du même sentiment que les autres Pères. Ces derniers enseignent que les plantes ont été produites immédiatement selon leurs espèces dans le troisième jour, comme le sens littéral de la Genèse semble l'indiquer. Mais saint Augustin prétend (Sup. Gen. ad litt. lib.VIII, cap. 3, et lib. V, cap. 5) que dans ce moment la terre a seulement été désignée comme la cause productive de l'herbe et du bois, c'est-à-dire qu'elle a reçu la vertu de les produire, et il appuie son sentiment de l'autorité même de l'Écriture. Car il est dit dans la Genèse (Gen. II, 4): Telle a été l'origine du ciel et de la terre, et c'est ainsi qu'ils furent créés au jour que le Seigneur Dieu fit l'un et l'autre et qu'il créa toutes les plantes des champs, avant qu'elles fussent sorties de la terre, et toutes les herbes de la campagne avant qu'elles eussent poussé.

Avant que les plantes ne parussent sur la terre, la terre avait donc reçu le pouvoir de les produire; elles étaient donc en elle comme l'effet dans sa cause. C'est d'ailleurs une chose qu'on peut établir par la raison. Dieu dans les premiers jours donna aux créatures leur dignité et les éleva à la dignité de causes, puis il se reposa. Il ne cessa cependant pas d'administrer par sa providence le monde qu'il avait créé, mais son action ne se manifesta plus que par le soin qu'il prit de propager tous les êtres.

Or, la production réelle des plantes est une œuvre de propagation.

Il n'a donc pas dû les faire réellement sortir de terre au troisième jour ; il se borna seulement alors à donner à la terre la fécondité qui devait les faire naître.

— Dans le sentiment des autres Pères, on peut dire que la première production des espèces appartient à l'œuvre des six jours, mais que leur reproduction, c'est-à-dire la génération d'espèces semblables par des espèces préalablement existantes, ne regarde plus la création, mais l'administration de l'univers. Ainsi ces paroles de l'Écriture avant qu'elles sortissent de terre, avant qu'elles germassent , peuvent signifier avant que les espèces semblables ne produisissent leurs semblables, comme nous voyons que cela se fait aujourd'hui naturellement au moyen de la semence. C'est pour cela que l'Écriture dit expressément que la terre pousse une herbe verdoyante et qui porte semence; ce qui prouve que les espèces des plantes ont été produites dans toute leur perfection, et que c'est d'elles que sont sorties les semences qui les ont perpétuées. Peu importe d'ailleurs où soit la vertu reproductive de la plante, qu'elle soit à la racine, à la tige ou dans les fruits, ceci ne fait rien à la question (1).

Question LXX : DE  L’ŒUVRE DU QUATRIÈME JOUR

__________________________________________________________________

(1) Saint Thomas ne se prononce pas entre ces deux sentiments, mais il est à remarquer que pour lui l’autorité seule de saint Augustin pèse autant dans la balance que celle de tous les Pères.

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Message  Louis Mar 21 Sep 2021, 7:00 am

Question  LXX: DE  L’ŒUVRE DU QUATRIÈME JOUR.


Après avoir parlé de l'œuvre de distinction nous avons maintenant à nous occuper de l'œuvre d'ornement. Nous parlerons de chacun des jours considéré en lui-même, puis nous traiterons des sept jours de la création en général. Nous examinerons donc au sujet du premier point : 1º l'œuvre du quatrième jour ; 2° l'œuvre du cinquième ; 3º l'œuvre du sixième; 4° de ce qui concerne le septième. — Sur l'œuvre du quatrième jour trois questions se présentent: la première regarde la production des luminaires ou des astres;— la seconde le but de leur production; — et la troisième s'ils sont animés.

ARTICLE I. — LES ASTRES ONT-ILS DÛ ÊTRE PRODUITS AU QUATRIÈME JOUR (2)?

DIFFICULTÉ: 1. Il semble que les astres n'aient pas dû être produits au quatrième jour. Car les astres sont des corps naturellement incorruptibles; par conséquent leur matière ne peut exister sans leurs formes. Or, leur matière a été produite dès le début de la création (a) avant que les jours n'existassent. Donc leurs formes aussi. Ils n'ont donc pas été faits au quatrième jour.

SOLUTION : 1. Il  faut répondre au premier argument, que dans l'opinion de saint Augustin il n'y a là aucune difficulté  (Sup. Gen. lib. IV, cap. 22 et 24). Car par là même qu'il n'admet pas qu'il y ait eu succession de temps pour toutes ces œuvres, il n'est pas nécessaire d'admettre que la matière des astres ait dû préexister sous une autre forme.

Dans le sentiment de ceux qui supposent les corps célestes de la nature des quatre éléments, il n'y a pas non plus de difficulté, parce qu'on peut dire qu'ils ont été formés d'une matière préexistante, comme les animaux et les plantes.

Mais d'après ceux qui supposent les corps célestes d'une autre nature que les quatre éléments et qui les croient incorruptibles de leur nature, il faut dire que la substance des astres a été créée dès le commencement ; qu'elle était primitivement informe, et qu'elle a été ensuite formée non par l'effet d'une forme substantielle qu'elle aurait reçue, mais uniquement par suite d'une vertu déterminée qui lui a été communiquée.

C'est pour cela qu'il n'est pas parlé d'eux dès le début, mais qu'il n'en est fait mention, comme le dit saint Chrysostome (Hom. VI, in Gen., qu'au quatrième jour, afin d'écarter par là le peuple de l'idolâtrie en lui montrant que les astres ne sont pas des dieux, puisqu'ils n'ont pas existé dès le commencement.

DIFFICULTÉ: 2. Les astres sont en quelque sorte les vases qui renferment la lumière (b). Or, la lumière a été faite au premier jour. Donc les astres ont dû être faits au premier et non au quatrième jour.

SOLUTION : 2. Il faut répondre au second, que dans l'opinion de saint Augustin il n'y a point encore de difficulté (c), parce que, d'après ce docteur, la lumière dont il est parlé au premier jour c'est la lumière spirituelle, et que ce n'est qu'au quatrième que la lumière matérielle a été formée.

Mais si l'on croit que la lumière créée au premier jour était la lumière matérielle (1), on doit dire qu'elle ne reçut au premier jour que sa nature en général et que ce fut au quatrième que les astres reçurent la propriété de lui faire produire des effets particuliers.

C'est ainsi que nous voyons qu'autres sont les effets des rayons du soleil, autres ceux des rayons de la lune, et autres ceux des étoiles. Saint Denis dit (De div. nom. cap. 4) que la lumière du soleil qui était d'abord informe, fut ensuite formée au quatrième jour parce qu'elle reçut alors des propriétés particulières.

DIFFICULTÉ: 3…
_______________________________________________________________________

(1)  Plusieurs Pères de l’Église ont cru avec saint Basile que la lumière était indépendante des astres. Nous citerons saint Justin, Archélaüs (Routh. Rél. sac. IV, 191). Théodoret (quest. 7).

(2)  Après l'œuvre de distinction qui a duré pendant les trois premiers jours, commence l'œuvre d'ornement, qui a duré pendant les trois derniers. Saint Thomas fait parfaitement ressortir le rapport qu'il y a entre ces deux sortes d'œuvres.

Notes du côté latin :

(a) Dans l'œuvre de la création, qui a précédé l'œuvre de distinction et d'ornement, et, par conséquent, dès l'origine des choses.

(b) Cette expression fait allusion à ces paroles de l'Ecclésiastique (XLIII, 2) : Sol in aspectu annuntians in exitu, vas admirabile, opus excelsi; et plus loin (v. 9): : Vas castrorum in excelsis, in jirmamento cœli, gloriosè resplendens.

(c) Nous avons dit que la science moderne avait fait justice de cette difficulté, en démontrant que l'existence de la lumière est indépendante de celle des astres ( Voy. plus haut quest. 67) [concl. (?)]


Dernière édition par Louis le Jeu 30 Sep 2021, 5:50 pm, édité 2 fois (Raison : Insertion d'un lien.)

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Message  Louis Mer 22 Sep 2021, 7:23 am


Q. LXX.

ARTICLE I. — LES ASTRES ONT-ILS DÛ ÊTRE PRODUITS AU QUATRIÈME JOUR (2)?

SUITE

DIFFICULTÉS
 

SUITE

DIFFICULTÉ: 3. Comme les plantes sont fixes sur la terre, de même les astres sont fixes au firmament. C'est pourquoi l'Écriture dit que Dieu les a placés au firmament. Or, la production des plantes a eu lieu le même jour que la formation de la terre à laquelle elles sont inhérentes. Donc la production des astres aurait dû aussi avoir lieu au second jour quand le firmament a été produit.

SOLUTION : 3. Il faut répondre au troisième, que d'après Ptolémée les astres ne sont pas fixes, mais qu'ils ont un mouvement propre, indépendant de celui des sphères.

C'est pourquoi saint Chrysostome dit que si d'après l'Écriture Dieu les plaça dans le firmament, cela ne signifie pas qu'ils y sont fixes et immobiles, mais seulement qu'il leur a été ordonné de demeurer là, comme il a placé l'homme dans le paradis pour y rester.

Mais d'après Aristote (De cœl, lib. II, text. 43), les étoiles sont fixes dans leurs orbites, elles n'ont pas d'autre mouvement que celui des sphères célestes (2). Mais comme dans la réalité les sens perçoivent le mouvement des astres et ne perçoivent pas le mouvement des sphères, Moïse pour condescendre à la grossièreté du peuple hébreu s'est exprimé conformément aux apparences, comme nous l'avons dit (quest. LXVII, art. 4).

D'ailleurs à si le firmament qui a été fait au second jour est autre que celui où sont placées les étoiles (a), il n'y a plus d'objection. Car on pourra dire que le firmament a été fait, quant à sa partie inférieure, au second jour, et que les étoiles ont été placées au quatrième dans sa partie supérieure, de telle sorte que dans le récit le tout a été pris pour la partie, parce que d'ailleurs la chose paraît telle aux sens.

DIFFICULTÉ: 4. Le soleil, la lune et les autres astres sont causes des plantes. Or, naturellement la cause précède l'effet. Donc les astres n'ont pas dû être faits au quatrième jour, mais au troisième ou auparavant.

SOLUTION : 4. Il faut répondre au quatrième, que, comme le dit saint Basile, la production des plantes a été placée avant celle des astres pour éviter l'idolâtrie. Car ceux qui croient que les astres sont des dieux, supposent qu'ils sont la cause première des plantes, bien que, selon la remarque de saint Chrysostome (Hom. VI), ils contribuent à leur production par leurs mouvements, comme le laboureur par son travail (1).

DIFFICULTÉ: 5. D'après les astronomes il y a beaucoup d'étoiles plus grandes que la lune. On ne devait donc pas dire seulement du soleil et de la lune qu'ils étaient les deux grands luminaires.

SOLUTION : 5. Il faut répondre au cinquième, que, comme l'observe saint Chrysostome (loc. cit.), si l'on appelle le soleil et la lune les deux grands luminaires, ce n'est pas à cause de leur grosseur, mais c'est en raison de leur vertu et de leur efficacité; car bien que les autres étoiles soient d'un volume plus considérable que la lune, cependant les effets de ce dernier astre sont plus sensibles sur le globe que nous habitons et son diamètre est aussi plus grand en apparence.

Mais l’autorité de l’Écriture suffit pour établir le contraire.

CONCLUSION :…
________________________________________________________________

(2) Après l'œuvre de distinction qui a duré pendant les trois premiers jours, commence l'œuvre d'ornement, qui a duré pendant les trois derniers. Saint Thomas fait parfaitement ressortir le rapport qu'il y a entre ces deux sortes d'œuvres.

(2)  Cette sphère d’après Aristote, tournait d’orient en occident en vingt-quatre heures, et rendait raison du mouvement diurne (Voy. Mét. liv. XII).

Les SIX JOURS et saint Thomas d'Aquin. - Page 2 Page_813

Note du côté latin:

(a) Les sens ne rendent pas compte de cette distinction, et comme Moïse parle des choses suivant qu'elles nous apparaissent, il parle des deux parties du firmament comme s'il n'y en avait qu'une seule.

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Message  Louis Jeu 23 Sep 2021, 6:53 am


Q. LXX.

Article I.

SUITE

CONCLUSION — Comme il était convenable que ce qui a été crée en premier lieu parmi les œuvres de distinction figurât aussi au premier rang parmi les œuvres d'ornement, c'est avec raison que l'on a placé la production des astres au quatrième jour.

Il faut répondre que l'Écriture en résumant les œuvres de Dieu s'exprime ainsi (Gen. II, 1) : Les cieux et la terre ont donc été achevés avec tout ce qui fait leur ornement. Ces paroles indiquent qu'il y a eu dans la production de l'univers trois sortes d'œuvre : une œuvre de création, qui nous est indiquée par l'Écriture qui dit que primitivement le ciel et la terre étaient informes ; une œuvre de distinction, qui donna au ciel et à la terre leur perfection, soit par le moyen des formes substantielles que saint Augustin attribue à la matière absolument informe (Sup. Gen. lib. II, cap. 11), soit en raison de la beauté et des proportions qu'auraient reçues les êtres, au sentiment des autres Pères.

A ces deux sortes d'œuvre s'est ajoutée l'œuvre d'ornement, qui diffère de l'œuvre de perfection.

Car la perfection du ciel et de la terre semble appartenir aux propriétés qui leur sont intrinsèques, tandis que l'ornement ne comprend que les choses extérieures qui sont absolument distinctes du ciel et de la terre. Ainsi l'homme doit sa perfection aux qualités et aux formes qui lui sont propres; tandis que ses ornements se composent de ses vêtements et des autres choses extérieures. Or, la distinction des êtres se manifestant surtout par le mouvement local qui les sépare les uns des autres. l'œuvre d'ornement comprend tout particulièrement pour ce motif la production des êtres qui se meuvent dans le ciel et sur la terre.

Mais comme il est parlé de trois choses dans la création, ainsi que nous l'avons dit (quest. préc. art. 1), du ciel, de l'eau et de la terre (a), et qu'il y eut pour l'œuvre de distinction trois jours, de telle sorte que le ciel fut distingué au premier jour, les eaux au second et la terre au troisième; de même dans l'œuvre d'ornement il y eut trois jours qui correspondent aux trois premiers.

Ainsi au premier jour de l'œuvre d'ornement, qui est le quatrième de la création, les astres qui se meuvent dans le ciel et qui en font l'ornement furent produits.

Au second jour, qui est le cinquième, parurent les oiseaux et les poissons qui se meuvent dans l'air et dans l'eau et qui font l'ornement de la région intermédiaire désignée sous le nom d'eaux en général (b).

Enfin au troisième jour, qui est le sixième, furent formés les animaux qui marchent sur la terre et qui en font la beauté. Il est à remarquer que pour la production des astres saint Augustin (Sup. Gen. lib. V, cap. 5) est du même avis que les autres Pères. Car il dit que Dieu ne les a pas seulement créés virtuellement, mais réellement, parce que le firmament ne pouvait avoir la vertu de les produire comme la terre a la vertu de produire les plantes. C'est pour cela que l'Écriture ne dit pas: que le firmament produise des astres, comme elle dit: que la terre germe une herbe verdoyante.

Article II
_____________________________________________________________________

Notes du côté latin:

(a) Il est parlé expressément du ciel et de la terre quand il est dit: In principio creavit Deus cœlum et terram, et il est parlé implicitement de l'eau quand on ajoute : Spiritus Dei ferebatur super aquas.
(b) Nous avons déjà dit que l'air et l'eau étaient pris pour une même chose et désignés sous la même expression par l'écrivain sacré.

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Message  Louis Ven 24 Sep 2021, 7:29 am



Q. LXX.

ARTICLE II. — L’ECRITURE ASSIGNE-T-ELLE CONVENABLEMENT LA CAUSE FINALE DES ASTRES (2)?

DIFFICULTÉ: 1. Il semble que l'Écriture n'assigne pas convenablement la cause finale des astres. Car il est dit dans Jérémie (Jer. X, 2) : Ne redoutez pas les signes célestes que redoutent les nations. Donc les astres n'ont pas été créés pour servir de signes.

SOLUTION : 1. Il faut répondre au premier argument, que les astres servent de signes pour les changements des choses corporelles et non pour celles qui dépendent du libre arbitre.

DIFFICULTÉ: 2. Le signe se distingue de la cause par opposition. Or, les astres sont la cause des choses qui se passent ici. Donc ils n'en sont pas les signes.

SOLUTION : 2. Il faut répondre au second, qu'une cause sensible nous conduit quelquefois à la connaissance d'un effet occulte et réciproquement. Par conséquent rien n'empêche qu'une cause sensible ne soit un signe. Mais Moïse donne aux astres le nom de signes plutôt que celui de causes pour enlever à l'idolâtrie tout prétexte.

DIFFICULTÉ: 3. Les temps et les jours ont commencé à être distingués dès le premier jour. Les astres n'ont donc pas été faits pour distinguer les temps, les jours et les années.

SOLUTION : 3. Il faut répondre au troisième, qu'au premier jour le temps a été généralement divisé en deux parties; le jour et la nuit ont été l'effet du mouvement diurne qui est commun à tout le ciel et qu'on peut supposer avoir commencé dès le premier jour. Mais la distinction spéciale des jours et des temps, qui fait qu'un jour est plus chaud qu'un autre, que les temps diffèrent, qu'une année est meilleure, provient du mouvement propre des étoiles (2) qu'on peut supposer n'avoir commencé qu'au quatrième jour.

DIFFICULTÉ: 4. La fin est toujours plus noble que les moyens, et par conséquent une chose n'est pas faite pour une autre moins noble qu'elle. Or, les astres va-lent mieux que la terre. Donc ils n'ont pas été faits pour l'éclairer.

SOLUTION : 4. Il faut répondre au quatrième, que si la terre est éclairée, c'est dans l'intérêt de l'homme qui est à la vérité par son âme supérieur à tous les corps célestes (a). Cependant rien n'empêche de dire que la créature la plus noble soit faite pour la moins noble, non pas considérée en elle-même, mais considérée dans ses rapports avec l'ensemble de l'univers.

DIFFICULTÉ: 5. La lune ne préside pas à la nuit quand elle est nouvelle. Or, il est probable qu'elle a été créée dans cet état, car c'est ce que le comput suppose. Donc la lune n'a pas été faite pour présider à la nuit.

SOLUTION : 5. Il faut répondre au cinquième, que quand la lune est pleine, elle se lève le soir et se couche le matin, et qu'ainsi elle préside à la nuit. Car il est assez probable que la lune a été ainsi créée (3), puisque les herbes ont été produites à l'état parfait avec toutes leurs semences, et qu'il en est de même des animaux et de l'homme. Car quoique naturellement on aille de l'imparfait au parfait, cependant le parfait est absolument antérieur à l'imparfait. Cependant saint Augustin n'est pas de ce sentiment; car il dit qu'il ne répugne pas que Dieu ait fait des choses imparfaites qu'il a ensuite perfectionnées (b).

Mais l’autorité de l’Ecriture suffit pour établir le contraire (Gen. I. 14)

CONCLUSION :…
_________________________________________________________________________

(2) Cet article est une réfutation des astrologues, qui prétendaient que l'avenir dépendait des astres, et de l'erreur des priscillianistes, qui avaient imaginé à ce sujet une foule de superstitions. Cette hérésie a été condamnée par le concile de Braga (can. 9 et 10) et par le pape saint Léon (Epist. ad Astur. Episcop.),

(2) Ces changements sont dus  en grande partie à l'alternative des saisons, qui a pour cause l'obliquité de l'écliptique, ce que saint Thomas ne pouvait savoir.

(3) On a recherché aussi à quelle époque de l'année le monde avait été créé. Théodoret,  Bède et la plupart des Pères veulent que ce soit au printemps. Le P. Petau soutient contre eux que c'est à l'automne. Voyez cette discussion dans le P. Petau De opere sex dierum, lib. I, cap. 14, et dans ses livres De doct. temp. lib. IX, cap. 6, et Ration., part. 2, lib. II., cap. 1).

Notes du côté latin:

(a) Corporalibus luminaribus; c'est la leçon adoptée par Nicolaï, les théologiens de Louvain et de Douai; les autres lisent :corporibus luminarium

(b) Ce dernier sentiment ne nous parait pas moins probable que le premier, car il nous semblé, en pareil cas, très-difficile de motiver sérieusement une préférence.

Note de Louis. J’ai mis dans le traducteur google les deux phrases latines de la note (a) et voici ce que ça donne:

corporalibus luminaribus : lumières corporelles
corporibus luminarium : les corps des lumières

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Message  Louis Sam 25 Sep 2021, 7:09 am


Q. LXX.

Article II.

SUITE

CONCLUSION — Pour écarter le peuple de l'idolâtrie, Moïse a convenablement déterminé la cause pour laquelle les astres ont été créés, en montrant qu'ils ont été créés pour l'utilité de l'homme, c'est-à-dire pour lui servir de signes pour distinguer les temps, les jours, les années, etc.

Il faut répondre que, comme nous l'avons dit (quest. LXV, art. 2), une créature peut être faite soit pour l'acte propre qu'elle produit, soit dans l'intérêt d'une autre créature, soit pour la perfection de l'univers en général, soit pour la gloire de Dieu.

Mais Moïse songeant à écarter son peuple de l'idolâtrie n'a parlé que d'une seule de ces causes finales, et il a dit que les astres avaient été faits pour l'utilité de l'homme; C'est pourquoi il est dit au Deutéronome (Deut. IV, 19): Prenez garde qu'en élevant vos yeux au ciel et y voyant le soleil, la lune et tous les astres, vous ne tombiez dans l'illusion et l'erreur en les prenant pour des dieux, et que vous ne rendiez ainsi un culte d'adoration à des créatures que le Seigneur votre Dieu a faites pour le service de toutes les nations (a).

Au commencement de la Genèse Moïse explique quels sont les services que les astres rendent aux nations. Il en distingue de trois sortes :

1° Ils donnent aux hommes la lumière qui les éclaire dans leurs actions et qui leur fait connaître tous les objets sensibles, selon ces paroles : Qu'ils brillent au firmament et qu'ils éclairent la terre.

2° Ils marquent le changement des saisons, ce qui, en détruisant la monotonie de l'existence, conserve la santé de l'homme et lui procure les choses nécessaires à la vie. Aucune de ces choses n'existerait si l'été ou l'hiver durait toujours, et c'est pourquoi il est dit que les astres ont été créés pour la distinction des temps, des jours et des années.

3° Ils servent à régler le commerce et en général toutes les affaires, en indiquant la pluie, le beau temps, le vent et tout ce qui peut avoir de l'influence sur l'industrie humaine. C'est pourquoi il les a signalés comme étant des signes (1).

Article III...
____________________________________________

(1) Ils sont aussi les signes des échéances.

Note du côté latin :

(a) Ou d’après les Septante : Quæ distribuit Deus omnibus gentibus quæ sub coelo sunt.

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Message  Louis Dim 26 Sep 2021, 6:32 am


Q. LXX.

ARTICLE III. — LES ASTRES SONT-ILS ANIMÉS (4)?

DIFFICULTÉ: 1. Il semble que les astres soient animés. Car les corps supérieurs avoir des ornements plus nobles que les corps inférieurs. Or, les ornements des corps inférieurs sont des êtres animés, tels que les poissons, les oiseaux, les animaux terrestres. Donc les astres qui font l'ornement des cieux doivent être animés aussi.

SOLUTION : 1. Il faut répondre au premier argument, qu'il y a des êtres qui appartiennent à l'ornement de la création en raison de leur mouvement propre. Sous ce rapport, les astres s'accordent avec les autres êtres qui servent d'ornement parce qu'ils sont mus par une substance vivante.

DIFFICULTÉ: 2. Les corps les plus nobles ont les formes les plus nobles aussi. Or, le soleil, la lune et les autres astres sont plus nobles que les plantes et les animaux. Ils ont donc une forme plus noble. Et comme la forme la plus noble est l'âme qui est le principe de la vie, puisque, selon la remarque de saint Augustin (De ver. rel. cap. 29), l'être qui vit est toujours supérieur par sa nature à l'être qui ne vit pas, il s'ensuit que les astres doivent être animés.

SOLUTION : 2. Il faut répondre au second, que rien n'empêche qu'une chose soit absolument plus noble qu'une autre et qu'elle ne le soit pas relativement, c'est-à-dire sous un rapport particulier. Ainsi la forme d'un corps céleste, bien qu'elle ne soit pas absolument plus noble que l'âme d'un animal, l'emporte cependant sur elle comme forme; car elle perfectionne complètement sa matière au point qu'elle ne peut recevoir une forme différente, tandis qu'il n'en est pas de même de l'âme. D'ailleurs, quant au mouvement les corps célestes le reçoivent de moteurs plus nobles (2).

DIFFICULTÉ: 3. La cause est plus noble que l'effet. Or, le soleil, la lune et les autres astres sont causes de la vie, comme on le voit évidemment par les animaux que la putréfaction engendre et qui ne doivent la vie qu'à l'influence du soleil et des étoiles. Donc à plus forte raison les corps célestes vivent-ils et sont-ils animés.

SOLUTION : 3. Il faut répondre au troisième, que les corps célestes étant des moteurs qui sont mus sont des instruments qui agissent sous l'influence d'un agent principal. C'est pourquoi, en vertu de leur moteur qui est une substance vivante, ils ont la puissance de produire des choses vivantes.

DIFFICULTÉ: 4.  Les mouvements du ciel et ceux des corps célestes sont naturels, comme on le voit (De cœlo lib. I, text. 7 et 8 ). Or, un mouvement naturel a pour origine un principe intrinsèque. Donc puisque le principe du mouvement des corps célestes est une substance perceptive qui est mue comme le sujet qui désire par l'objet désiré, d'après ce que dit Aristote (Met. lib. XII, text. 36), il semble que le principe qui perçoit soit intrinsèque dans les corps célestes et que, par conséquent, ces corps soient animés.

SOLUTION : 4. Il faut répondre au quatrième, que le mouvement des corps célestes leur est naturel, non en raison de leur activité, mais à cause de leur passivité, c'est-à-dire que ces corps sont, par leur nature, aptes à recevoir des esprits leur mouvement.

DIFFICULTÉ: 5. Le ciel est le premier mobile. Or, le premier des mobiles se meut par lui-même, comme le prouve Aristote (Phys. lib. VIII, text. 34), parce que ce qui est par soi-même est antérieur à ce qui existe par un autre. Or, il n'y a que les choses animées qui se meuvent par elles-mêmes, comme on le voit au même livre (text. 27). Donc les corps célestes sont animés.

SOLUTION : 5. Il faut répondre au cinquième, qu'on dit que le ciel se meut non parce qu'il est composé d'une forme et d'une matière, mais parce qu'il est composé d'un moteur et d'un mobile, et son mouvement résulte de leur contact, comme nous l'avons dit (in corp. art.). On peut encore dire que le moteur du ciel est un principe intrinsèque, et que son mouvement est naturel par rapport au principe actif qui le produit, comme on dit que les mouvements volontaires sont naturels à l'animal considéré comme tel, d'après Aristote (Phys. lib. VII, text. 27).

MAIS c’est le contraire. Car saint Jean Damascène dit : Qu'on ne pense pas que les cieux ni les astres soient animés, car ils ne le sont pas; ils sont, au contraire, absolument insensibles (De orth. fid. lib. II, cap. 6).

CONCLUSION :…
________________________________________________________________________________

(4) D'après les platoniciens, Origène a enseigné que les astres étaient animés. Quelques Pères paraissent avoir été de son sentiment, mais cette opinion a été condamnée par un concile particulier de Constantinople : Si quis dicit cœlum, solem, lunam, stellas et aquas quæ suprà cœlos sunt, animatat quasdam esse, et rationales virtutes, anathema sit.

(2)  Qui sont les substances intellectuelles elles-mêmes.

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Message  Louis Lun 27 Sep 2021, 7:21 am


Q. LXX.

Article III.

SUITE


CONCLUSION — L'âme étant  unie aux plantes et aux animaux, comme leur forme, elle n'est pas unie de la même manière aux corps célestes, seulement elle agit sur eux comme le moteur sur le mobile. Il est évident par là que les corps célestes ne sont pas animés à la façon des plantes et des animaux, mais qu'ils ne le sont qu'univoquement.

Il faut répondre que les philosophes ont été divisés sur ce point. Car Anaxagoras, comme le rapporte saint Augustin (De civ. Dei, lib. XVIII, cap. 41), fut accusé par les Athéniens pour avoir dit que le soleil était une pierre ardente et pour avoir nié que ce fût un Dieu et même un être animé.

Les platoniciens ont supposé, au contraire, que les corps célestes étaient animés. Les docteurs de l'Eglise ont eu aussi à ce sujet divers sentiments. En effet, Origène a avancé (Periarch. lib. I, cap. 7) que les corps célestes étaient animés, et saint Jérôme paraît être de son avis (1) quand il explique ces paroles de l'Ecclésiaste : l'esprit qui parcourt l'espace tournoie de toutes parts (Eccl I, 6).

Saint Basile (Hexam. Hom. III) et saint Jean Damascène (De Orth. fid. lib. II, cap. 6) soutiennent l'opinion contraire (2), et saint Augustin laisse la question douteuse sans se prononcer en faveur d'aucun de ces deux sentiments, comme on le voit (Sup. Gen. ad litt. lib. II, cap. 18, et Enchir. cap. 58 ). Dans ce dernier ouvrage il dit que s'ils sont animés, leurs âmes appartiennent à la société des anges. — Pour trouver la vérité au milieu de cette diversité d'opinions, il faut observer que l'union de l'âme et du corps n'a pas lieu à cause du corps, mais à cause de l'âme. Car ce n'est pas la forme qui existe à cause de la matière, mais c'est le contraire.

Or, la nature de l'âme et sa vertu s'envisagent d'après ses opérations qui sont en quelque sorte sa fin. Ainsi nous trouvons que notre corps est nécessaire à notre âme pour l'accomplissement de certaines fonctions qu'elle ne pourrait remplir sans lui, comme la chose est manifeste pour tout ce qui regarde la sensation et la nutrition. Il est donc nécessaire que l'âme soit unie au corps pour toutes ces fonctions.

Mais il y a une opération de l'âme qui ne s'exerce pas par l'intermédiaire du corps, quoique cependant les organes corporels lui soient encore, sous ce rapport, de quelque secours. C'est ainsi que le corps transmet à l'âme les images dont elle a besoin pour comprendre. Il est donc encore nécessaire, pour remplir ses fonctions, que l'âme soit unie au corps, bien qu'il lui arrive d'en être séparée.  

Or, il est évident que l'âme d'un corps céleste ne peut remplir les fonctions d'une âme nutritive, c'est-à-dire qu'elle ne peut ni le nourrir, ni le faire croître ou engendrer, puisque toutes ces choses ne peuvent être compatibles avec l'essence d'un corps qui est naturellement incorruptible. De même les actions de l'âme sensitive ne conviennent pas au corps céleste, parce que tous les sens reposent sur le tact qui perçoit les qualités des éléments. Tous les organes des puissances sensitives exigent pour ce motif une proportion particulière déterminée par le mélange même des éléments qui n'entrent point du tout dans la nature des corps célestes.

On est donc obligé de reconnaître que de toutes les opérations de l'âme humaine…
___________________________________________________________________________________

(1) Saint Ambroise également.
(2)  Nous ajouterons Eusèbe de Césarée, saint Chrysostome ( Hom. I in anno, Théodoret (in Psalm CXLVIII, et Isaiam), saint Denis (De div. nom. cap. 4), saint Cyrille d’Alexandrie (II. cont. Jul.).

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