Sainte Paule de Rome, veuve.

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Message  Louis Dim 14 Mar 2021, 3:11 pm


LETTRE LXXXVI.

Pages 345-347.

À LA VIERGE EUSTOCHIUM,

Épitaphe de Paula, sa mère.

Quand même tous les membres de mon corps se changeraient en autant de langues, et que chacun d'eux formerait une voix humaine, je ne pourrais rien dire qui fût digne des vertus de la sainte et vénérable Paula. Illustre par sa naissance, mais bien plus illustre par sa sainteté ; puissante jadis par ses richesses, mais plus recommandable aujourd'hui par la pauvreté du Christ ; issue des Gracques, sortie des Scipions ; héritière de Paulus, dont elle portait le nom; pure et véritable descendance de Martia Papyria Note (1), mère de l'Africain, elle préféra Bethléhem à la ville de Rome, et changea, pour le toit rustique d'une méchante cabane, les lambris dorés de ses palais.

Nous ne nous affligeons point d'avoir perdu une femme d'un si grand mérite, mais nous rendons grâces à Dieu de ce que nous l'avons eue, ou plutôt de ce que nous l'avons encore, puisque toutes choses vivent en Dieu, et que tout ce qui retourne dans son sein doit être mis au rang des biens qui nous appartiennent.

Certes, nous ne perdons Paula que parce qu'elle est allée habiter la céleste demeure; tant qu'elle fut revêtue d'un corps mortel, elle se regarda comme en un lieu d'exil, et disait sans cesse, d'une voix éplorée: Hélas! que mon pèlerinage est long! J'ai demeuré avec les habitants de Cédar; mon âme y a été long-temps étrangère 1. Il n'est pas étonnant qu'elle se plaignît de vivre dans les ténèbres, — car c'est ici ce que signifie Cédar, — puisque le monde est plongé dans le mal 2, que sa lumière est semblable à ses ténèbres 3; que sa lumière luit dans les ténèbres, et que les ténèbres ne l'ont point comprise 4. Aussi disait-elle souvent : Je suis étrangère et voyageuse comme tous mes frères 5 furent étrangers et voyageurs. Et encore : Je désire d'être dégagée des liens de la chair, et d'être avec le Christ 6.

Quand elle était accablée des infirmités qu'une incroyable abstinence et des jeûnes redoublés causaient à son corps faible et délicat, elle avait toujours à la bouche ces paroles: Je traite rudement mon corps et le réduis en servitude, de peur que, en instruisant les autres, je ne sois moi-même réprouvée 7. Et encore : Il est bon de ne pas boire de vin, de ne pas manger de chair 8. Et encore : J'ai humilié mon âme par le jeûne 9.  Et encore : Vous avez remué tout mon lit durant ma maladie; je me suis tournée de tous côtés dans mon affliction, tandis que j'étais percée par la pointe des épines. Au milieu des plus vives douleurs, qu'elle supportait avec une patience admirable, elle disait, comme si elle eût vu les cieux ouverts pour la recevoir : Qui donc me donnera les ailes de la colombe, et je m'envolerai, et je reposerai ? 10

Je prends à témoin le Christ et ses saints, et l'ange même qui fut le gardien et le compagnon de cette admirable femme, que…
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(1) Ps. CXIX. 5. — (2) I. Joan. V. 19. —  (3) Ps. CXXXVIII. 12. — (4) Joan. I. 5.  — (5) Ps. XXXVIII. 13.  —  (6) Phil. I. 23. — (7) I. Cor. IX. 27. —  ( 8 ) Rom. XIV. 21. — (9) Ps. XXXIV. 13. —  (10) Ps. LIV. 7.

Note (1) : MARTIA PAPYRIA, femme de Paul-Émile.

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Message  Louis Mar 16 Mar 2021, 7:16 am


LETTRE LXXXVI.

Pages 349-351.

À LA VIERGE EUSTOCHIUM,

Épitaphe de Paula, sa mère.

SUITE

Je prends à témoin le Christ et ses saints, et l'ange même qui fut le gardien et le compagnon de cette admirable femme, que je ne lui donne point ici de louanges flatteuses ni intéressées, mais que seulement je lui rends témoignage, et que tout ce que j'en pourrai dire sera bien au dessous du mérite de celle que toute la terre exalte, que les prêtres admirent, que les chœurs de vierges regrettent, que pleurent une si grande multitude de moines et de pauvres.

Veux-tu, Lecteur, avoir en peu de mots une idée de ses vertus ? Elle a laissé tous les siens dans la pauvreté, mourant elle-même plus pauvre qu'eux. Il ne faut pas s'étonner qu'elle ait agi de la sorte envers ses proches, envers ses domestiques de l'un et l'autre sexe, dont elle avait daigné, de servantes et de serviteurs qu'ils étaient, faire ses frères et ses sœurs; il ne faut pas s'en étonner, puisque, sans avoir égard à la naissance de sa fille Eustochium, noble vierge consacrée à Jésus-Christ, et pour la consolation de laquelle j'écris ce petit livre, elle ne lui a laissé d'autres richesses que la foi et la grâce.

Commençons donc l'histoire de sa vie. Que d'autres, reprenant les choses de plus haut, à son berceau même, et, pour ainsi dire, à ses premiers amusements, racontent qu'elle eut pour mère Blésilla, qui descend des Scipions et des Gracques, et pour père Rogatus, qui, par ses stemmates, par ses richesses, et par sa noblesse, passe encore aujourd'hui dans toute la Grèce pour être du sang de cet Agamemnon qui, après un siège de dix ans, ruina la ville de Troie, Quant à nous, nous ne louerons dans Paula que ce qui lui est personnel, et ce qui vient d'une source aussi pure qu'était celle de son âme sainte.

On voit, dans l'Évangile, que les Apôtres ayant demandé au Seigneur Jésus quelle récompense ils recevraient, eux qui avaient tout quitté pour son nom, il leur répondit qu'ils auraient le centuple en ce monde, et la vie éternelle en l'autre; ce qui nous fait voir que le mérite ne consiste point à posséder des richesses, mais à les mépriser pour le Christ; qu'il ne consiste pas non plus à s'enfler d'orgueil dans les honneurs, mais à n'en tenir nul compte, pour servir Dieu avec fidélité.

Ce que le Sauveur a promis à ses serviteurs et à ses servantes, Paula véritablement l'a reçu dès ici-bas; car cette femme, qui a méprisé la gloire d'une seule ville, s'est attiré l'estime et les louanges de tout l'univers; cette femme qui, lorsqu'elle demeurait à Rome, n'était connue de personne hors de là, elle est devenue, depuis qu'elle est cachée à Bethléhem, l'admiration des barbares comme des Romains.

Est-il, en effet, de nation d'où il ne vienne quelqu'un visiter les lieux saints ? Mais dans les lieux saints, que trouver de plus admirable que Paula? Semblable à un riche diamant qui, parmi plusieurs autres pierreries, jette un éclat qui les efface toutes, ou bien à un soleil qui, par sa lumière, obscurcit et chasse la faible lueur des étoiles, elle éclipse, par son humilité la gloire et les vertus de tous les autres, et, en se rendant la moindre de tous elle se trouva plus grande que tout le reste; car plus elle s'abaissait, plus aussi le Christ l'élevait. Elle se cachait, et ne pouvait être cachée. Elle fuyait la gloire, et l'acquérait en fuyant parce que la gloire suit la vertu, comme étant son ombre, et que, en méprisant ceux qui la cherchent, elle cherche ceux qui la méprisent. Mais…

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Message  Louis Mer 17 Mar 2021, 7:04 am


LETTRE LXXXVI.

Pages 351-355.

À LA VIERGE EUSTOCHIUM,

Épitaphe de Paula, sa mère.

SUITE

Mais que fais-je, et pourquoi intervertir l'ordre de mon récit? En m'arrêtant à chaque chose en particulier, je m'écarte des règles de l'éloquence. Issue d'une telle famille, Paula fut mariée à Toxotius, qui descend d'Énée et de l'ancienne famille des Julii. Voilà pourquoi sa fille Eustochius, cette vierge du Christ, porte le nom de Julia, et son père celui de Julius,

Nom célèbre et fameux venant du grand Iule.
ENÉID. II. 208.

Si je parle de la sorte, ce n'est pas que ces choses-là soient merveilleuses dans ceux qui les ont; mais c'est qu'elles sont admirables dans ceux qui les méprisent. Les hommes du siècle honorent les gens que rehaussent de tels privilèges; moi, je loue ceux qui les dédaignent pour l'amour du Sauveur. Je fais peu de cas de ceux qui les possèdent, mais lorsqu'ils se dépouillent de cet éclat, je leur applaudis et les exalte. Paula, qui comptait de pareils ancêtres, mérita, par sa fécondité et par sa chasteté, l'estime et les louanges de son mari d'abord, ensuite de ses proches et de toute la Ville.

Elle mit au monde cinq enfants : — Blésilla, sur la mort de laquelle je lui écrivis, étant à Rome, une lettre de condoléance; — Paulina, qui laissa pour héritier de ses biens et de sa piété le saint et admirable Pammachius, à qui j'ai adressé un petit livre sur la mort de son épouse ; — Eustochium, qui est à présent dans les lieux saints, le précieux joyau de la virginité et de l'Église;— Rufina,  dont la mort prématurée consterna l'âme tendre de sa mère ; — et Toxotius qui fut le dernier de ses enfants,  comme si elle n'eut usé du mariage que pour plaire à son époux, qui souhaitait ardemment d'avoir un fils.

Quand elle perdit son mari, elle éprouva une douleur si profonde qu'elle faillit mourir elle-même; alors, elle s'adonna de telle sorte au service de Dieu, qu'elle semblait avoir désiré la mort de son époux.

Que dirai-je de cette charité qui lui fit distribuer aux pauvres tous les biens presque d'une grande et noble maison, si opulente jadis ?

Que dirai-je de cette douceur aimable avec laquelle elle recevait tout le monde, et de cette bonté qui se répandait sur ceux-mêmes qu'elle n'avait jamais vus?

Est-il mort quelque indigent, qu'elle n'ait fait ensevelir à ses frais?

Est-il un malade qu'elle n'ait pas secouru dans ses nécessités? Cherchant avec grand soin tous les malheureux de la Ville, elle croyait avoir perdu beaucoup, si quelque personne accablée de misère ou de faim avait été secourue par d'autres que par elle-même.

Elle dépouillait ses propres enfants et lorsque ses parents lui faisaient des reproches, elle répondait qu'elle laissait à ses enfants un héritage plus précieux que le sien, la miséricorde du Seigneur.

Elle ne put souffrir long-temps les visites et le monde que lui attiraient sa haute extraction et la noblesse de sa famille…

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Message  Louis Jeu 18 Mar 2021, 6:51 am


LETTRE LXXXVI.

Pages 355-359.

À LA VIERGE EUSTOCHIUM,

Épitaphe de Paula, sa mère.

SUITE

Elle ne put souffrir long-temps les visites et le monde que lui attiraient sa haute extraction et la noblesse de sa famille. Elle se chagrinait de tant d'honneurs, et se hâtait de se dérober, de s'arracher aux louanges du siècle.

En ce temps-là, des évêques d'Orient et d'Occident s'étant réunis à Rome Note (2) d'après les lettres impériales, pour terminer quelques dissensions survenues dans l'Église, Paula vit deux hommes admirables, deux pontifes du Christ, Paulinus, évêque de la ville d'Antioche, et Epiphanius, évêque de Salamine en Chypre ville que l'on nomme aujourd'hui Constantia. Epiphanius fut même logé chez elle, et quoique Paulinus demeurât dans une autre maison, il fut comme son hôte, si grande se montra pour lui sa généreuse bonté. La vertu de ces deux Pontifes vint encore enflammer la sienne; et Paula songeait à tout moment à quitter sa patrie. Oubliant et sa maison, et ses enfants, et sa famille, et ses biens, et toutes les choses de la terre, elle brûlait du désir de s'en aller seule, s'il était possible, et sans aucune suite, dans le désert des Antoine et des Paul.

Enfin, l'hiver étant passé, la mer se trouvant navigable, et les Évêques retournant à leurs Églises, elle s'embarqua avec eux par ses désirs et ses vœux. Que tardé-je à le dire ?  Elle descendit au port, accompagnée de son frère, de ses proches, de ses parents, et, qui plus est, suivie de ses enfants, qui s'efforçaient, par les marques de leur amour, de retenir une tendre mère. Déjà l'on déployait les voiles; déjà, à force de rames, le navire s'avançait en pleine mer. Le petit Toxotius tendait, sur le rivage, ses mains suppliantes. Rufina déjà nubile, conjurait sa mère par son silence et par ses pleurs, d'attendre au moins ses noces.

Mais cependant Paula sans verser une larme, levait les yeux au ciel, et surmontait par son amour pour Dieu l'amour qu'elle avait pour ses enfants. Elle oubliait qu'elle était mère et voulait montrer qu'elle était servante du Christ. Ses entrailles étaient déchirées, et, comme si on l'eût arrachée à ses propres membres, elle luttait avec sa douleur, femme d'autant plus admirable en cela qu'elle surmontait une extrême tendresse.

Il n'est lien de cruel pour une mère et un père qui se trouvent entre les mains de l'ennemi et dans une dure servitude, comme d'être  séparés de leurs enfants Cette séparation, si pénible à la nature,  une foi parfaite la souffrait, elle l'appelait même avec joie, et Paula, faisant céder la tendresse qu'elle avait pour ses enfants à un plus grand amour pour Dieu, retrouvait tout en Eustochium seule, qui était sa compagne dans son voyage et dans ses desseins.

Le navire cependant sillonnait la mer, et, tandis que tous ceux qui naviguaient avec Paula regardaient le rivage, elle détournait les yeux, crainte de voir des personnes qu'elle ne pouvait regarder sans douleur. Il faut l'avouer, aucune mère n'aima tant ses enfants; car celle-ci, avant de partir, donna aux siens tout ce qu'elle possédait, se déshéritant sur la terre, pour trouver un héritage dans le ciel.

Arrivée à l’île Pontia…
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Note (2) : L ES ÉVÊQUES S’ÉTANT RÉUNIS À ROME. — Ils avaient été convoqués par Gratien, Valentinien le jeune et Théodose. Le concile fut assemblé en 382 pour apaiser les troubles de l’Église d’Antioche, où les catholiques même étaient divisés en deux factions, dont l’une reconnaissait pour évêque Paulinus, et l’autre Flavianus, qui avait été ordonné, en 381, à la place de Mélétius.

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Message  Louis Ven 19 Mar 2021, 6:28 am


LETTRE LXXXVI.

Pages 359-361.

À LA VIERGE EUSTOCHIUM,

Épitaphe de Paula, sa mère.

SUITE

Arrivée à l’île Pontia Note (3) , qu'ennoblit jadis l'exil de la plus illustre femme de son siècle, de Flavia Domitilla qui, sous l'empire de Domitien, y fut reléguée parce qu'elle était chrétienne, et voyant les cellules où elle avait souffert un long martyre, Paula prit alors les ailes de la foi et se sentit embrasée du désir de voir les lieux saints. Les vents soufflaient trop faiblement/et toute vélocité lui semblait trop lente encore. Elle s'embarqua donc sur la mer Adriatique, et, passant entre Charybdis et Scylla, par un aussi grand calme que si elle eût navigue sur un étang, elle arriva à Méthone Note (4). Là,

Ayant reposé sur la grèves ses membres pénétrés du sel des mers,

ENÉID. I. 137.

et redonné quelques forces à son faible corps, brisé par les fatigues de la traversée, elle passa Maléa, Cythère, les Cyclades répandues dans ces parages, et ces détroits où l'agitation des flots est si grande, parce qu'ils sont resserrés par les terres. Laissant derrière elle Rhodes et la Syrie, elle arriva enfin à Chypre, où elle se jeta aux pieds du saint et vénérable Epiphanius, qui la retint dix jours chez lui. Elle employa ce temps-là, non point à se reposer, comme il le croyait, mais à faire de bonnes œuvres, comme on l'a su depuis; car étant allée visiter tous les monastères de cette île, elle assista, selon son pouvoir, les frères que la réputation du saint homme y avait attirés de toutes les parties du monde. De Chypre, elle alla en peu de jours à Séleucie, puis de là à Antioche, où la retint quelque temps le saint confesseur Paulinus, qui avait pour elle une profonde estime. Bientôt, quoique l’on fut au milieu de l'hiver, la brûlante foi de Paula surmonta toutes les difficultés, et cette femme d'une si haute naissance qui était jadis portée par des eunuques, se mit en route montée sur un âne.

Je ne dis rien de la Cœlé-Syrie ni de la Phénicie, par où elle passa,  car je n'ai pas le dessein de décrire son itinéraire; je parlerai seulement des lieux mentionnés dans les volumes saints. Ayant laissé Bæryte, colonie romaine, et l'antique Sidon, elle entra dans la petite tour d'Elie Note (5) , aux portes de Sarepta. Elle y adora le Seigneur Jésus, et, continuant sa route le long du rivage de Tyr, où l'Apôtre Paul posa jadis le genou 1, elle arriva à Acco Note (6)  nommé Ptolémaïs. De là passant par les plaines de Maggedo témoins de la mort de Josias, elle entra sur les terres des Philistins. Elle vit avec étonnement les ruines de Dor, ville autrefois si puissante 2. Elle ne fut pas moins surprise de la tour de Straton qui par une destinée plus heureuse, avait été rebâtie par le roi Hérode Note (7),  et nommée Césarée en l'honneur de César-Auguste.

Là elle vit…
____________________________________________________________________________________________

(1) Act. XXI. 3. — (2) Juges I. 27.

Note (3) : PONTIA — Ile d'Italie dans la mer Tyrrhénienne, et située devant la côte qui fut autrefois habitée par les Volsques. Elle était même de la dépendance de ce peuple lorsque les Romains y envoyèrent une colonie, l'an 311 avant Jésus-Christ. Pline met cette île à l'opposite de Formies. « Adversum Formias Pontiæ. » Hist. Natur. III. 12. Strabon , qui l'appelle Pontia , au nombre singulier, la met aussi à l'opposite de Formies. Cette île a été célèbre par le malheur de plusieurs personnes illustres qui s'y virent exilées. Flavia Domitilla, fille de Vespasien, fut de ce nombre pour avoir suivi la religion chrétienne. Dans la Biog. univ. de Michaud, art. DOMITILLE, II, 534, on dit qu'elle fut reléguée dans l'île de Pandataria. Il vaut mieux s'en tenir au témoignage de saint Jérôme.

Note (4) : MÉTHONE. — Ville de la Morée, que l'on appelle aujourd'hui Modon.

Note (5) : La TOUR D’ELIE.  — On avait bâti cette petite tour à l'endroit où une veuve de Sarepta donna à manger au prophète Elie, dans un temps de sécheresse et de famine. III. Reg., XVI. 9-15.

Note (6) : ACIS —  Il s'est glissé ici dans l'impression une faute d'autant plus fâcheuse qu'il s'en trouve également une dans le texte. Au lieu d'Acis en français, et de ad Coth, comme porte Erasme, lisez pervenit Acco; elle arriva à Acco. C'est une ville de la tribu d'Aser, dont il est parlé au livre des Juges, I, 31. Elle s'appelait Ptolémaïs, du temps de Jérôme; on la nomme aujourd'hui Saint-Jean-d'Acre.

Note (7) : REBÂTIE PAR LE ROI HÉRODE.  — Hérode l'Ascalonite, surnommé le Grand.


Dernière édition par Louis le Mar 23 Mar 2021, 5:02 pm, édité 1 fois (Raison : Corrigé Acco à la place de Acis.)

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Message  Louis Sam 20 Mar 2021, 6:54 am


LETTRE LXXXVI.

Pages 363-365.

À LA VIERGE EUSTOCHIUM,

Épitaphe de Paula, sa mère.

SUITE

Là, elle vit la maison de Corneille, devenue l'Église du Christ, puis la demeure de Philippe, et les chambres de ses quatre filles, vierges prophétesses. Elle passa ensuite par Antipatris, petit bourg à demi ruiné, qu'Hérode avait appelé du nom de son père, et se rendit à Lydda, ville nommée à présent Diospolis, et fameuse par la résurrection de Dorcus Note ( 8 ) , par la guérison d'Arnéas  Note (9).

Puis, de là, elle vit Arimathie, petit bourg où était né Joseph qui ensevelit le Seigneur; puis la ville de Nobé Note (10), autrefois la demeure des Prêtres, aujourd'hui leur tombeau. Elle alla voir aussi le port de Joppé 1, où Jonas s'embarqua pour fuir devant la face du Seigneur, et où Andromède Note (11) , — s'il faut mettre ici quelque chose des fabuleux récits des poètes, — fut attachée à un rocher.

Reprenant ensuite le chemin de Jérusalem, elle alla à Nicopolis, qu'on appelait autrefois Emmaüs, où le Seigneur se fit connaître à la fraction du pain, et changea en Église la maison de Cléophas 2.

De là, elle revint à Béthoron, où il y a une ville haute et une ville basse, fondée par Salomon, et ruinée depuis dans les différentes guerres.

Sur la droite, elle vit Aialon et Gabaon, où Jésus, fils de Navé, combattant contre cinq rois, ordonna au soleil et à la terre de s'arrêter, et pour punir les Gabaonites de la ruse et de la fourberie dont ils avaient usé pour obtenir une alliance, les condamna à porter de l'eau et à couper du bois 3.

Elle s'arrêta quelque temps à Gabaa, ville entièrement ruinée. Elle se rappela le péché de cette ville, la femme coupée en morceaux, et la défaite des Benjamines, dont il resta néanmoins trois cents hommes 4 Note (12), parce que l'apôtre Paul devait sortir de celle tribu.

Que tardé-je encore?  Laissant  à gauche le mausolée d'Héléna, reine des Adiabènes, qui, dans une famine, envoya du blé au peuple de Jérusalem, Paula entra dans cette ville aux trois noms de Jébus, Salem, Jérusalem, et qui, relevée de ses cendres et de ses ruines par Elius Hadrianus, est devenue la ville d'Ælia.

Le proconsul de Palestine…
___________________________________________________________________________

 (1) Jonas. I. 2. — (2) Luc. XXIV. 35. —  (3) Jos. IX. 27. (?) — (4) Juges. XX. 47.  

Note ( 8 ) : DORCUS. lisez DORCAS.  —  Le récit de saint Jérôme ne s'accorde pas tout-à-fait avec ce que dit saint Luc, dans les Actes des Apôtres ; car ce fut à Joppé que saint Pierre ressuscita Dorcas ou Tabitha, et à Lydda qu'il guérit Ænéas, qui était paralytique.

Note (9) : ARÉNAS,  lisez ÆNÉAS.

Note (10) : NOBÉ, AUTREFOIS LA DEMEURE DES PROPHÈTES —  Saint Jérôme fait ici allusion à ce qui est rapporté au Ier livre des Rois, chap. 22 , savoir : que Saül, irrité de ce que le grand-prêtre Abimélech. avait donné à David un asile dans la ville de Nobé, fit égorger par Doeg quatre-vingt-cinq hommes qui portaient l’éphod, et passer au fil de l'épée tous les habitants de Nobé, qui était une ville sacerdotale.

Note (11) : ANDROMÈDE.  — Voici comment Ovide rapporte cette table, dans le IVe livre de ses Métamorphoses. Cassiopée, mère d'Andromède, ayant été assez vaine pour préférer la beauté de sa fille à celle des Néréides, ces nymphes, irritées de son mépris, conjurèrent Neptune de les venger. Ce Dieu, pour servir leur colère, envoya un monstre qui désola tout le pays. L'oracle, consulté pour savoir comment on apaiserait les Dieux, répondit qu'il fallait exposer Andromède sur un rocher, afin qu'elle fût la proie d'un monstre marin ; mais Persée la délivra de ce danger.

C'est Pomponius Méla, I, 11, qui raconte que les habitants de Joppé montraient, près de leur ville, le rocher ou Andromède avait été attachée.


Note (12): TROIS CENTS HOMMES. — l’Écriture dit six cents. Juges. XX. 47.


Dernière édition par Louis le Mar 23 Mar 2021, 4:58 pm, édité 1 fois (Raison : Corrigé Ælius à la place de Elius.)

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Message  Louis Dim 21 Mar 2021, 6:45 am


LETTRE LXXXVI.

Pages 365-367.

À LA VIERGE EUSTOCHIUM,

Épitaphe de Paula, sa mère.

SUITE

Le proconsul de Palestine, qui connaissait très-bien la famille de Paula, envoya des appariteurs préparer le prétoire, mais Paula choisit pour demeure une modeste habitation. Elle visita ensuite avec tant d'ardeur et de zèle tous les lieux de la ville, que le désir seul de voir ceux qu'elle n'avait point encore vus, était capable de l'arracher à ceux où elle était. Prosternée devant la croix, elle adora le Seigneur comme si elle l'y eût vu attaché.

Entrée dans le sépulcre, elle baisait la pierre de la résurrection, celle que l'ange écarta de l'ouverture du tombeau. Collant une bouche fidèle sur le lieu où avait reposé le corps du Seigneur, elle le pressait de ses lèvres, comme si elle eût voulu se désaltérer avec les eaux d'une suave fontaine. Ce qu'elle versa de larmes, ce qu'elle poussa de gémissements, ce qu'elle sentit de douleur intime, Jérusalem entière le sait; le Seigneur le sait, lui qu'elle priait. Partant de là elle monta à Sion qui forme une citadelle ou une vedette. Cette ville fut prise jadis et réédifiée par David. Il est dit au sujet de l'assaut : Malheur à toi, ô cité d'Ariel 1 c'est-à-dire lion de Dieu ville autrefois très-forte, et que David a prise d'assaut. Il est dit au sujet de sa réédification : Ses fondements sont assis sur les montagnes saintes; le Seigneur aime les portes de Sion plus que les tentes de Jacob 1; non point ces portes que nous voyons aujourd'hui réduites en cendres et ensevelies sous leurs propres ruines, mais ces portes contre lesquelles l'enfer ne pourrait prévaloir, et par lesquelles s'achemine vers le Christ la multitude des croyants.

On montra à Paula cette colonne qui soutient le portique d'une église; et qui est teinte du sang de Jésus-Christ, car c'est là, dit-on, qu'il fut attaché et flagellé.

On lui montra encore le lieu où l'Esprit saint descendit dans les âmes de cent vingt croyants, afin que fût accomplie la prédiction de Joël. Ayant ensuite, selon son petit pouvoir, distribué quelque argent aux pauvres et aux chrétiens de Jérusalem, Paula se rendit à Bethléhem, et, chemin faisant, s'arrêta sur la droite, au tombeau de Rachel, dans l'endroit où elle mit au monde un fils que, en mourant, elle nomma Ben-oni, c'est-à-dire, enfant de ma douleur, et que son père, inspiré d'en haut, appela Ben-iamin, c'est-à-dire, enfant de ma droite 2.

Etant entrée ensuite à Bethléhem, Paula visita la crèche du Sauveur….
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(1) Is. XXIX. 1.(1) Ps. LXXXVI. 1. —  (2) Gen XXXV. 18.

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Message  Louis Lun 22 Mar 2021, 6:35 am


LETTRE LXXXVI.

Pages 367-369.

À LA VIERGE EUSTOCHIUM,

Épitaphe de Paula, sa mère.

SUITE

Etant entrée ensuite à Bethléhem, Paula visita la crèche du Sauveur. Quand elle vit la sainte retraite de la Vierge, et l'étable où le bœuf avait connu celui à qui il appartenait et l’âne l’étable de son maître 3, afin que s'accomplît cette parole du même prophète : Heureux celui qui sème sur les bords des eaux, où le bœuf et l’âne travaillent 4, elle me protesta qu'elle voyait des yeux l'enfant enveloppé de langes, le Seigneur vagissant dans l'étable, les Mages l'adorant, l'étoile brillant sur la crèche et la vierge devenant mère, le nourricier lui prodiguant ses soins, les pasteurs venant, pendant la nuit, voir le Verbe qui avait été fait, et être les premiers témoins de ces paroles de saint Jean l'évangéliste: Au commencement était le Verbe, et le Verbe a été fait chair 1.

Elle voyait les petits enfants massacrés, Hérode transporté de fureur, Joseph et Marie fuyant en Égypte, puis elle disait avec une joie entremêlée de pleurs : Salut, Bethléem, maison de pain Note (13), dans laquelle est né ce pain qui descend du ciel. Salut, Ephrata, terre abondante et fertile, dont Dieu même est le fruit; c'est de toi que jadis le prophète Michée disait: Et toi, Bethléhem, maison d'Ephrata Note (14), tu n'es pas la moindre des mille cités Note (15) de Juda, car de toi sortira celui qui doit régner en Israël; sa génération est dès le commencement même, dès les jours éternels. C'est pour cela Note (16) que Dieu conservera les siens jusques au temps de celle qui doit enfanter. Elle enfantera, et ceux d'entre ses frères qui resteront encore se tourneront vers le peuple d’Israël 2.

C'est dans toi qu'est né le prince qui a été engendré avant Lucifer 3, et qui est né du Père, avant tous les âges. La maison de David a subsisté dans toi, jusqu'à ce que la vierge ait enfanté, et que, les restes du peuple qui croit en Jésus-Christ, s'adressant aux enfants d'Israël, leur aient dit avec toute liberté : Il fallait que la parole de Dieu vous fût annoncée d'abord, mais, puisque vous l'avez rejetée, et que vous vous êtes jugés indignes de la vie éternelle, voilà que nous nous tournons vers les Gentils 1; car le Seigneur avait dit : Je ne suis venu que pour les brebis perdues de la maison d'Israël 2.

C'est alors qu'on a vu l'accomplissement de ces paroles de Jacob : …
_________________________________________________________________________

(3) Is. I. 3.(4) Ibid. XXXII. 20.(1) Joan. I. 1. —  (2) Mich. V. 2. 3. —  (3) Ps. CIX. 3. —  (1) Act. XIII. 46.(2) Matth. XV. 24.

Note (13) : MAISON DE PAIN. —  C'est ce que signifie en hébreu le mot Bethléhem.

Note (14) : EPHRATA veut dire fertile, abondante. La ville de Bethléhem, qui est dans la tribu de Juda, s'était appelée aussi Ephrata, afin que l'on pût la distinguer d'une autre Bethléhem, qui est dans la tribu de Zabulon.

Note (15) : DES MILLE CITÉS. —  Le texte porte in millibus, entre les mille; c'est-à-dire, selon quelques auteurs, entre les villes capables de fournir mille hommes de guerre.

Note (16) : C’EST POUR CELA,   etc. —  Il y a, dans le texte : Propterea dabit eos ; c'est-à-dire, suivant Menochius, Saci et les critiques d'Angleterre : C'est pour cela que Dieu abandonnera les siens; mais on a jugé plus à propos de traduire : C'est pour cela  que Dieu conservera les siens; car c'est ainsi que Jérôme explique ce passage, et dans ses Commentaires sur Michée, et même dans la suite de cette Lettre, où il dit que la maison de David a subsisté jusqu'à l'enfantement d'une Vierge. C'est aussi le sens que de Lyra, Tirin et quelques autres interprètes donnent à ce passage.

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Message  Louis Mar 23 Mar 2021, 6:36 am


LETTRE LXXXVI.

Pages 369-373.

À LA VIERGE EUSTOCHIUM,

Épitaphe de Paula, sa mère.

SUITE

C'est alors qu'on a vu l'accomplissement de ces paroles de Jacob : Il y aura toujours un souverain de Juda, et un prince de sa postérité, jusqu'à ce que vienne celui à qui appartient le royaume, et c'est lui qui sera l'attente des nations 3. David avait bien raison de faire ce serment : Si j'entre dans l'intérieur de ma maison, si je monte sur le lit où je dois me coucher; si je permets à mes yeux de dormir, et à mes paupières de sommeiller; si je donne du repos à mes sens jusqu'à ce que j'aie trouvé une demeure au Seigneur, et un tabernacle au Dieu de Jacob! 4... Exposant ensuite l'objet de son désir, et voyant d'un œil prophétique celui que nous croyons être venu, il ajoutait : Voilà, nous avons ouï dire qu'il est à Ephrata, dans les campagnes couvertes de forêts 5, car le mot hébraïque zo, comme je l'ai appris de vous, me disait Paula, désigne le masculin, mais non pas le féminin; aussi ce passage doit s'entendre du Seigneur, et non point de Marie.

C'est pourquoi le prophète dit avec confiance : Nous entrerons dans son tabernacle, nous l'adorerons dans le lieu où il a posé ses pieds 6. Et moi, malheureuse pécheresse, j'ai été jugée digne de baiser la crèche où le Sauveur a vagi tout petit enfant, de prier dans l'étable où la vierge l'a mis au monde ! C'est ici le lieu que le Seigneur a choisi7. J'ai préparé une lampe à mon Christ 1.
Mon âme vivra pour lui, et ma descendance le servira 2.

Paula, étant sortie de Bethléhem, alla voir, non loin de cette ville, la tour d'Ader, c'est à-dire, du troupeau. Elle s'élève près de l'endroit où Jacob fit paître ses troupeaux 3, et où les pasteurs qui veillaient, durant la nuit, méritèrent d'entendre ces mots : Gloire à Dieu, dans les hauteurs, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté 4.

Pendant qu'ils gardaient leurs brebis, ils trouvèrent l'agneau de Dieu dont la toison, pure et blanche, était couverte de la rosée du ciel, tandis que tout le reste de la terre se trouvait dans la sécheresse, et dont le sang, appliqué sur les portes des Israélites, a effacé les péchés du monde et écarté l'exterminateur de l'Égypte.

Après avoir vu la tour d'Ader, Paula prit en toute hâte l'ancienne route qui mène à Gaza, à la puissance et aux richesses de Dieu, réfléchissant, dans un silence profond, sur la manière dont l'eunuque Ethiopien, qui était la ligure des Gentils, changea de peau, et, en lisant le testament ancien 5, trouva la fontaine de l'Évangile.

Paula se dirigea ensuite sur la droite…
______________________________________________________________________________________________

(3) Gen. XLIX. 10. —  (4) Ps. CXXXI. 3. 4. 5. —  (5) Ibid. 6. (6) Ibid. 7. —  (7) Ibid. 14. —  (1) Ibid. 17.(2) Ps. XXI. 31.  —  (3) Gen. XXXV. 21(4) Luc. II. 14.(5) Act. VIII.37.

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Message  Louis Mer 24 Mar 2021, 6:53 am


LETTRE LXXXVI.

Pages 373-375.

À LA VIERGE EUSTOCHIUM,

Épitaphe de Paula, sa mère.

SUITE

Paula se dirigea ensuite sur la droite. De Bethsur, elle vint à Escol, dont le nom signifie grappe de raisin. C'est de là que les explorateurs, envoyés par Moïse, rapportèrent une grappe d'une grosseur prodigieuse, qui était tout à la fois un indice de la fertilité de la contrée, et une figure de celui qui dit: J'ai seul foulé le vin, et aucun homme d'entre tous les peuples n'était avec moi 6.

Après avoir fait encore un peu de chemin, elle entra dans les cellules de Sara, vit le lieu où naquit Isaac, et le tronc du chêne sous lequel Abraham vit le jour du Seigneur et s'en réjouit 7 .

De là elle monta à Ebron, qui s'appelait autrefois Cariath-Arbé, c'est-à-dire, ville des quatre hommes, savoir: Abraham Isaac Jacob et le grand Adam Note (17), que, d'après le livre de Jésus Navé, les Hébreux croient être ensevelis dans ce lieu quoique plusieurs personnes disent que le quatrième de ces hommes est Caleb Note (18), dont on voit le tombeau tout près de là.

Quand elle eut vu ces choses, elle ne voulut point aller à Cariath-Sepher Note (19), c'est-à-dire, à la ville des lettres, parce que, méprisant la lettre qui tue, elle avait trouvé l'esprit qui vivifie.

Ce qu'elle admira le plus, ce furent les eaux qui arrosent le haut et le bas de la terre qu'Othoniel, fils de Jéphoné-Kénez, obtint à la place d'une terre sèche et stérile qu'il avait au midi, lesquelles se répandant avec abondance. sur les champs arides de l'ancien testament, lui avaient fait trouver, dans les eaux du baptême, la rémission de ses anciens péchés.

Le lendemain, dès que le soleil fut levé, elle monta sur les hauteurs de Caphar-Barucha, c'est-à-dire, du baume de bénédiction; Abraham avait accompagné le Seigneur jusqu'en ce lieu.

De là, découvrant cette vaste solitude, et le pays où étaient jadis Sodome, Gomorre, Adamas et Séboïm, elle considéra les vignes d'Engaddi, si fécondes en baume, et Ségor, génisse de trois ans, qui s'appelait autrefois Bala, mais que, depuis, l'on a appelée en syriaque, Zoara, c'est-à-dire, Petite.

Paula se souvint alors de la caverne de Loth, et…

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(6) Is. LXIII. 3.(7) Joan. VIII. 56.

Note ( 17 ) : LE GRAND ADAM. — Saint Jérôme parle ici selon la tradition des Hébreux. Le texte de l’Écriture, qui porte: Adam maximus ibi inter Enacim situs est, a donné lieu à cette opinion que quelques Pères ont suivie; mais la plupart des interprètes conviennent que le mot Adam ne signifie point, en cet endroit, le premier de tous les hommes, et que le sens du passage de Josué [n.d.l.r. : Josué. XIV. 15.] c'est que la ville d'Hébron s'appelait auparavant Cariath-Arbé, c'est-à-dire, la ville d'Arbé, du nom d'un homme appelé Arbé, fameux parmi les géants pour sa grandeur comme pour sa force , et que cet homme y était enseveli.

Note (18) : CALEB. — Josué avait donné la ville d'Hébron à Caleb pour son partage.

Note ( 19 ) : CARIATH - SEPHER. — Cette ville était comme le collège ou l'académie où l’on enseignait les lettres pour les Chananéens.

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Message  Louis Jeu 25 Mar 2021, 6:35 am


LETTRE LXXXVI.

Pages 375-379.

À LA VIERGE EUSTOCHIUM,

Épitaphe de Paula, sa mère.

SUITE

Paula se souvint alors de la caverne de Loth, et, fondant en larmes, elle avertit les vierges, ses compagnes, d'être en garde contre le vin, source de luxure, et qui donna naissance aux Moabites et aux Ammonites. Je m'arrête trop du coté du midi, Note (20) où l'épouse trouva l'époux qui reposait, et où Joseph mangea avec ses frères.

Revenons à Jérusalem, et, passant par Thécua, patrie d'Amos, nous verrons la croix rayonnante du mont des Oliviers, d'où le Sauveur s'éleva vers le Père. C'est sur ce mont que, chaque année, on brûlait, en holocauste au Seigneur, une vache rousse, dont la cendre servait pour purifier le peuple d'Israël 1.  C’est là que, selon Ezéchiel, des Chérubins, abandonnant le temple, fondèrent l'église du Seigneur 2.

Après avoir vu cette montagne, Paula entra dans le tombeau de Lazare; visita la maison de Marthe et de Marie; Bethphagé, autrefois habité par des prêtres, et dont le nom signifie maison des mâchoires Note (21); puis le lieu où le folâtre poulain, qui avait la figure des Gentils, reçut le mors du Seigneur, et, couvert des vêtements des Apôtres, présenta un dos souple à celui qui le monta.

Elle descendit ensuite tout droit à Jéricho, se souvenant de l'affreuse dureté des prêtres et des lévites qui passèrent sans donner aucun secours à cet homme blessé dont parle l'Évangile, et songeant à la charité du Samaritain, c'est-à-dire du gardien, qui le plaça à demi mort sur son cheval, et le conduisit dans l'hôtellerie de l'Église.

Elle regarda un lieu appelé Adonim, c'est-à-dire, de sang 3, parce que, dans leurs courses fréquentes, les voleurs y venaient souvent répandre le sang.

Elle vit le sycomore sur lequel Zachée monta, effaçant, par sa pénitence et ses bonnes œuvres, les cruautés, les rapines et les injustices qu'il avait commises, et, du faîte des vertus, considérant le Seigneur dans son élévation.

Elle remarqua le lieu où le Christ rendit la vue à deux aveugles placés au bord du chemin, lesquels étaient la figure des deux peuples qui devaient croire au Seigneur.

Etant entrée à Jéricho, Paula vit cette cité où Hiel Note (22) , quand il jeta les fondements, perdit Abiram son fils aîné, et, lorsqu'il en posa les parvis, perdit Ségub, le dernier de ses fils 1.

Elle considéra le camp de Galgala, où les enfants d'Israël reçurent une seconde et mystérieuse circoncision ; elle considéra les douze pierres que l'on avait transportées là du milieu du Jourdain 2, et qui représentaient les douze Apôtres ; elle considéra la fontaine de la Loi, fontaine dont le véritable Elisée corrigea l'amertume par sa sagesse, rendant les eaux douces et fertiles, de stériles et amères qu'elles étaient 3.

Le jour était à peine venu qu'elle se rendit au Jourdain, par une chaleur dévorante. Elle s'arrêta au bord du fleuve, et, quand le soleil fut levé, se rappela le soleil de Justice; se rappela les prêtres marchant à pied sec au milieu du lit de ce fleuve 4;  les eaux s'arrêtant, de chaque côté, à la voix d'Elie et d'Elisée 5, laissant un libre passage; et le Seigneur purifiant, par son baptême, ces eaux qui avaient été souillées par le déluge, corrompues par la mort de tout le genre humain.

J'aurais trop à dire si je voulais parler,  et de…
_________________________________________________________________________

(1) Num. XIX.(2) Ezech X.(?)(3) ?  —  (1) III. Reg. XVI. 34.  — (2) Jos.  IV. 8. (3) IV. Reg. II. 22.(4) Jos. III. 8. (5) IV. Reg. II.

Note (20) : DU CÔTÉ DU MIDI.  —  Saint Jérôme fait ici allusion à deux passages de l'Écriture, mais son allusion est un peu forcée ; car le mot de midi doit être pris au pied de la lettre pour la contrée méridionale, et dans les deux passages auxquels se reporte sa pensée, il doit être pris pour l'heure de midi , ce qui fait un sens tout différent.

Note (21) : MAISON DES MÂCHOIRES. —  Nous avons expliqué cet endroit par un autre du Commentaire de saint Jérôme sur le  XXIe chapitre de saint Matthieu, où il dit que Bethphagé était autrefois un petit bourg habité par des prêtres , et qu'il signifie maison des mâchoires : « Quum venisset Bethphage, domum maxillarum, qui sacerdotum viculus erat. »  

Note (22) : HIEL. —   Après la destruction de Jéricho, Josué fit cette imprécation : Maudit soit devant le Seigneur l'homme qui rebâtira la ville de Jéricho;  alors qu'il en jettera les fondements, meure son premier-né, et, lorsqu'il en posera les portes, qu'il perde le dernier de ses enfants. Jos. VI, 26. Cette malédiction tomba, plus de 500 ans après, sur Hiel, qui, sous le règne d'Achab, voulut rebâtir Jéricho, comme cela est rapporté au IIIe livre des Rois, chap. 16. V. 34.

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Message  Louis Ven 26 Mar 2021, 6:51 am


LETTRE LXXXVI.

Pages 379-381.

À LA VIERGE EUSTOCHIUM,

Épitaphe de Paula, sa mère.

SUITE

J'aurais trop à dire si je voulais parler, et de la vallée d'Achor, dont le nom signifie trouble et tumulte, puis où furent punis le vol et l'avarice 6 ; et de Béthel qui signifie maison de Dieu, où Jacob, pauvre et nu 7, dormît sur la terre nue; puis, ayant mis sous sa tête la pierre que Zacharie dit avoir sept yeux 1, et qu'Isaïe appelle angulaire 2, vit une échelle qui s'élevait jusqu'aux cieux, et à la cime de laquelle était appuyé le Seigneur, donnant la main à ceux qui montaient, et jetant en bas les négligents et les lâches.

Elle visita avec grande vénération, sur le mont Ephraïm, les tombeaux de Jésus, fils de Navé, et d'Eléazar, fils du grand-prêtre Aaron, qui sont vis-à-vis l'un de l'autre 3; Josué avant été enseveli à Thamnathsaré Note (23) , qui est vers la partie septentrionale du mont Gaas, et Eléazar à Gabaath , qui appartenait à Phinéès, son fils. Elle ne fut pas médiocrement surprise que, en distribuant ces terres, Josué n'eût pris pour son partage qu'un pays âpre et montagneux.

Que dirai-je de Silo, où l'on voit aujourd'hui encore les ruines d'un autel, et où la tribu de Benjamin   Note (24) enleva les filles d'Israël 4 , comme Romulus enleva depuis celles des Sabins ? Elle alla ensuite à Sichem, que, généralement presque, Ton appelle mal à propos Sichar, et qui se nomme aujourd'hui Neapolis Note (25). Elle entra dans une église construite vis-à-vis la montagne de Carizim, près du puits de Jacob, de ce puits au bord duquel le Seigneur se reposa, épuisé de faim et de soif, et se rassasia de la foi de la Samaritaine 5, qui, abandonnant son sixième époux , renonçant à la loi de Moïse, aux erreurs de Dosithéus , Note (26)  trouva le véritable Messie, le véritable Sauveur. De là, elle alla voir les tombeaux des douze patriarches, à Samarie, à qui Hérode donna, en l'honneur d'Auguste, le nom grec de Sébaste Note (27), c'est-à-dire, Augusta. C'est là que sont ensevelis les prophètes Elisée, Abdias et Jean-Baptiste, le plus grand d'entre les enfants des femmes.

Paula fut saisie d'étonnement à la vue des prodiges…
_______________________________________________________________

(6) Jos. VII. 26.  — (7) Gen. XXVIII. 11.(1) Zach. III. 9.(2) Is. XXVIII. 16(3) Jos. XXIV. 30.(4) Jud. XXI.23. (?)(5) Joan. IV. 6.

Note (23) : TANNATSABÉ ; lisez TAMNATSABÉ , et THAMNATSABÉ dans le texte.

Note (24) : LA TRIBU DE BENJAMIN. —  Les Israélites ayant exterminé presque toute la tribu de Benjamin, pour venger l'outrage que les habitants de Gabaa avaient fait à la femme d'un Lévite, et ne pouvant néanmoins voir sans douleur périr une des tribus d'Israël , permirent à 600 Benjamites, qui avaient échappé à la rage des vainqueurs, d'enlever les filles qui devaient se trouver à une fête solennelle que l'on célébrait tous les ans à Silo, et de les prendre pour femmes , afin de conserver leur tribu.

Romulus usa d'un pareil stratagème pour peupler Rome. Il célébra des jeux en l'honneur de Neptune, et fit enlever les filles des Sabins qui étaient venues à ce spectacle.


Note (25) : NEAPOLIS , aujourd’hui Naplouse.

Note (26) : DOSITHÉUS, n'ayant pu obtenir parmi les Juifs le rang d'honneur qu'il affectait, se mit du côté des Samaritains, que les Juifs regardaient comme des hérétiques. Il inventa une nouvelle hérésie qui porte son nom, et qui était l'une des quatre que l'on voyait, selon saint Épiphane, régner parmi les Samaritains.

Note (27) :
Sainte Paule de Rome, veuve.  Page_337


Dernière édition par Louis le Dim 28 Mar 2021, 6:37 am, édité 1 fois (Raison : Ponctuation.)

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Message  Louis Sam 27 Mar 2021, 6:41 am


LETTRE LXXXVI.

Pages 381-383.

À LA VIERGE EUSTOCHIUM,

Épitaphe de Paula, sa mère.

SUITE

Paula fut saisie d'étonnement à la vue des prodiges  nombreux qui s'opéraient aux tombeaux de ces prophètes, car elle voyait les démons frémir, tourmentés de divers supplices; des hommes hurler comme les loups, aboyer comme les chiens, rugir comme les lions, siffler comme les serpents, mugir comme les taureaux. D'autres, tournant la tête et se ployant sur eux-mêmes touchaient la terre à la renverse; des femmes restaient suspendues par un pied, et leurs vêtements retombaient sur leurs visages. Paula prenait pitié de tous ces malheureux, et, pleurant sur leur sort, invoquait pour eux la clémence du Christ.

Quoique délicate et faible, elle gravit à pieds la montagne sur laquelle se trouvent les deux cavernes où le prophète Abdias nourrit de pain et d'eau cent prophètes dans un temps de persécution et de famine. Parcourant à la hâte cette contrée, elle vit Nazareth, ville nourricière du Seigneur; Cana et Capharnaüm, témoins ordinaires de ses miracles; le lac de Tybérias, sanctifié par la navigation du Christ ; et la solitude où il rassasia plusieurs milliers de personnes avec quelques pains, dont les restes emplirent douze corbeilles, figure des douze tribus d'Israël.

Elle gravit encore le mont Thabor, où le Seigneur se transfigura ; elle vit de loin les montagnes d'Hermon et d'Hermonim; les vastes champs de la Galilée, où Barach vainquit Sisara, et tailla en pièces toute son armée 1.

On lui montra le torrent de Cédron qui passe au milieu de la plaine, et puis la ville de Naïm, où fut ressuscité le fils de la veuve.

Je n'en finirais point, si je voulais parler de tous les lieux que la vénérable Paula parcourut avec une foi incroyable…
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(1) Jud. IV.

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Message  Louis Dim 28 Mar 2021, 5:55 am


LETTRE LXXXVI.

Pages 383-85.

À LA VIERGE EUSTOCHIUM,

Épitaphe de Paula, sa mère.

SUITE

Je n'en finirais point, si je voulais parler de tous les lieux que la vénérable Paula parcourut avec une foi incroyable. Je passerai en Égypte, je m'arrêterai quelques temps à Sachot Note (28), et près du lieu où Samson fit sortir une fontaine de la dent molaire d'une mâchoire d'âne Note (29); je me rafraîchirai la bouche, et, après avoir pris de nouvelles forces, je verrai Morasthi, où était jadis le tombeau du prophète Michée, et où il y a maintenant une église. Je laisserai à coté les Chorréens , Note (30) les Géthéens, Marésa, l'Idumée et Lachis, puis, traversant un vaste désert et les sables mouvants qui se dérobent sous les pieds du voyageur, j'irai en Égypte, sur les rives de Sior Note (31), dont le nom signifie bourbe; je passerai les cinq villes d'Égypte, qui parlent la langue chananéenne, et la terre de Gessen, et les champs de Tanis Note (32), où le Seigneur opéra des choses merveilleuses ; et la ville de No, changée plus tard en Alexandrie ; et Nitria, bourg du Seigneur, où plusieurs solitaires se lavent tous les jours de leurs péchés par le nitre le plus pur des vertus chrétiennes.

Paula ayant donc visité ces lieux, le saint et vénérable Isidorus Note (33) , évêque et confesseur, vint au-devant d'elle, accompagné d'une foule innombrable de moines, dont plusieurs étaient élevés à la dignité de prêtres et de lévites. Elle se réjouissait de voir tant de personnes qui glorifiaient le Seigneur, mais elle se jugeait indigne de tous les honneurs qu'on lui rendait, à elle.

Que dirai-je des Macaire, des Arsène, des...

____________________________________________________________

Note (28) : SACHOTS , lisez Sochoth. ou Sochoth.

Note (29) : UNE FONTAINE. — Saint Jérôme fait allusion à ce que dit l'Écriture, Jud. XV, 18-19, que Samson, étant pressé d'une grande soif, le Seigneur ouvrit une des grosses dents d'une mâchoire d'âne, d'où il sortit un ruisseau d'eau, et que Samson en ayant bu, revint de sa défaillance et reprit ses forces.

Note (30) : CHORRÉENS. — Ces peuples habitaient les montagnes de Séir ; il en est parlé au chapitre XIVe,6, de la Genèse.

Note (31) : SIOR. — C'est le Nil, que le texte hébreu appelle Sior, ou bourbeux, parce que les eaux de ce fleuve sont toujours troubles et bourbeuses.

Note (32) : TANIS. — Tanis était la ville royale de Pharaon, celle où Moïse opéra tant de prodiges pour délivrer Israël de la captivité égyptienne.

Note (33) : ISODORUS , évêque de Pélusium, autrefois ville archiépiscopale, située à l'embouchure du Nil. On donne aussi à saint Isidorus le nom d'évêque de Damiette, parce que la ville de Pélusium ayant été ruinée, le siège archiépiscopal fut transféré à Damiette, qui lut bâtie depuis de l'autre côté du Nil, vis-à-vis l'ancien Pélusium.

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Message  Louis Lun 29 Mar 2021, 6:23 am


LETTRE LXXXVI.

Pages 385-387.

À LA VIERGE EUSTOCHIUM,

Épitaphe de Paula, sa mère.

SUITE

Que dirai-je des Macaire, des Arsène, des Sérapion, et des autres colonnes de la foi du Christ ? Y eut-il un seul d'entre eux, dans la cellule de qui elle n'entrât point, aux pieds de qui elle ne se prosternât pas ? Elle croyait voir le Christ dans la personne de chacun de ces saints, et tout ce qu'elle faisait à leur égard elle s'applaudissait de l'avoir fait envers le Seigneur.

Elle avait une ardeur merveilleuse, et un courage à peine croyable en une femme. Oubliant son sexe et la faiblesse de son corps, elle souhaitait demeurer parmi tant de milliers de solitaires avec les vierges qui l'accompagnaient; peut-être que, tous l'accueillant bien, elle eût obtenu ce qu'elle désirait, si le désir plus grand encore d'habiter les lieux saints ne l'y eût rappelée. Ainsi, à cause de l'excessive chaleur, s'étant embarquée pour aller de Pélusium à Maioma, elle revint en Palestine avec autant de célérité que si elle eût eu des ailes. Et, comme son dessein était de passer le reste de sa vie dans la sainte cité de Bethléhem, elle demeura trois ans dans une petite maison, en attendant qu'elle eût construit des cellules et des monastères, et bâti des mansions pour les divers pèlerins, le long de la route où Marie et Joseph n'avaient pu trouver une hôtellerie.

J'ai décrit jusqu'à présent le voyage que fit Paula accompagnée de plusieurs vierges et de sa fille Eustochium. Il faut maintenant parler au long…

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Message  Louis Mar 30 Mar 2021, 6:29 am


LETTRE LXXXVI.

Pages 387-391.

À LA VIERGE EUSTOCHIUM,

Épitaphe de Paula, sa mère.

SUITE

J'ai décrit jusqu'à présent le voyage que fit Paula accompagnée de plusieurs vierges et de sa fille Eustochium. Il faut maintenant parler au long de ses vertus, qui constituent son mérite personnel. Ici je proteste et je prends Dieu à témoin que, bien loin de rien ajouter, de rien exagérer, suivant la coutume de ceux qui louent quelqu'un, je retrancherai beaucoup de la vérité, afin de ne pas la rendre invraisemblable, et d'empêcher que mes détracteurs, que ceux qui me déchirent toujours à belles dents, ne m'accusent d'inventer ce que je raconte, et, comme dit Ésope, de parer la corneille avec des plumes étrangères.

L'humilité, la première vertu des Chrétiens, fut si profonde et si parfaite dans Paula, que quiconque ne l'eût jamais vue, et eût souhaité de la voir, à cause de la célébrité de son nom, n'eût pas cru que ce fût elle, mais l'eût prise pour la dernière de ses ancelles. Au milieu de ces chœurs de vierges dont elle était sans cesse environnée, ses vêtements, sa voix, son air, son allure la faisaient regarder comme la moindre de toutes.

Depuis la mort de son époux, jusques au jour de sa dormition, jamais elle ne mangea avec aucun homme, fût-il même en réputation de sainteté, et élevé à la dignité pontificale.

Jamais elle n'alla aux bains, sinon quand elle était en grand danger.

Jamais, pas même dans les fièvres les plus violentes, elle n'eut de matelas à son lit. C'était sur la terre dure, couverte seulement de quelques petits cilices, que Paula reposait, si toutefois c'est reposer que de passer les jours et les nuits dans une oraison presque assidue, comme elle faisait, pratiquant ce que dit le psaume : Toutes les nuits j''arroserai mon lit de mes larmes, et je baignerai ma couche de mes pleurs 1. II semblait qu'il y eût une source de larmes dans ses yeux, car elle pleurait de telle sorte les fautes les plus légères qu'on eût pensé qu'elle était coupable des plus grands crimes.

Lorsque nous lui représentions maintes fois qu'elle devait épargner ses yeux et les conserver pour lire l'Évangile, elle disait: Il faut défigurer un visage que souvent, contre le précepte de Dieu, je fardai de rouge, de céruse et d'antimoine. Il faut mortifier ce corps qui a vécu dans tant de délices. Tout ce long rire, il faut le racheter par des larmes continuelles. Ces linges délicats, ces précieuses soies, il faut les changer en un rude et âpre cilice. Moi, qui pris soin de plaire à mon époux et au monde, je désire maintenant de plaire au Christ.

Au milieu de tant de vertus si éminentes, si je venais louer sa chasteté, il semblerait que…
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(1) Ps. VI. 7.

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Message  Louis Mer 31 Mar 2021, 6:49 am

LETTRE LXXXVI.

Pages 391-393.

À LA VIERGE EUSTOCHIUM,

Épitaphe de Paula, sa mère.

SUITE

Au milieu de tant de vertus si éminentes, si je venais louer sa chasteté, il semblerait que je fais une chose superflue ; car, alors même que Paula était encore engagée dans le siècle, elle fut en ce point le modèle de toutes les matrones romaines, et sa conduite fut telle que la médisance ne put jamais porter la moindre atteinte à sa réputation. Point d'âme plus douce que la sienne; personne de plus humain qu'elle envers les gens du commun. Elle ne recherchait point les puissants, mais ne méprisait pas non plus, avec une aversion dédaigneuse, ceux qui avaient de la superbe et qui étaient amis de la gloriole.

Si elle voyait un pauvre, elle le soulageait; si un riche, elle l'exhortait à la bienfaisance. Sa libéralité seule dépassait les bornes. Elle prenait de l'argent à intérêt pour être en état de ne refuser l'aumône à personne, et faisait de nouveaux emprunts pour payer les dettes anciennes. Je confesse ma faute; comme je lui voyais faire la charité avec tant de profusion} je l'en reprenais par ces paroles de l'Apôtre : Je veux, non pas que les autres soient soulagés et que vous soyez surchargés, mais, afin de mettre de l'égalité entre vous, il faut que votre abondance, maintenant, pourvoie à leurs nécessités, de sorte que votre pauvreté soit un jour soulagée par leur abondance 1.

Je lui apportais encore ce que le Sauveur dit en l'Évangile : Que celui qui a deux tuniques en donne une à celui qui n'en a point 2.

Je lui disais qu'elle devait prendre garde de ne pas se mettre dans l'impuissance de faire le bien qu'elle faisait de si bon cœur; je lui représentais beaucoup de raisons semblables qu'elle détruisait avec une modestie admirable, et en très-peu de mots, prenant Dieu à témoin qu'elle faisait tout pour son nom, qu'elle souhaitait de mourir elle-même en mendiant, de ne pas laisser à sa fille la moindre monnaie, et morte , d'être ensevelie dans un suaire emprunté.

Elle disait enfin : Moi, si je demande, je trouverai beaucoup de gens qui me donneront; mais ce mendiant, si je ne lui donne pas, moi qui puis emprunter pour lui donner, et s'il vient à mourir, à qui Dieu demandera-t-il compte de sa vie? — Je souhaitais qu'elle prît un peu plus de soin de ses affaires domestiques; mais dans l'ardeur de sa foi, elle s'unissait, de toute son âme, au Sauveur, et pauvre d'esprit, suivait le Seigneur pauvre, lui rendant tout ce qu'elle avait reçu de lui, et se réduisant, pour l'amour de lui, à l'indigence.

Enfin, elle a vu ses désirs accomplis, puisqu'elle a laissé sa fille chargée de dettes considérables , qu'elle n'a pu encore payer, et qu'elle espère acquitter un jour, se confiant pour cela, non point en ses propres forces , mais dans la miséricorde du Christ.

La plupart des matrones ont coutume de combler de bienfaits ceux qui publient leurs louanges…
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(1) II. Cor. VIII. 13. 14. (2) Luc. III. 11.

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Message  Louis Jeu 01 Avr 2021, 6:14 am


LETTRE LXXXVI.

Pages 393-397.

À LA VIERGE EUSTOCHIUM,

Épitaphe de Paula, sa mère.

SUITE

La plupart des matrones ont coutume de combler de bienfaits ceux qui publient leurs louanges, et, prodigues envers quelques personnes, d'éloigner leurs mains de toutes les autres. Paula n'eut rien de ce défaut. Elle distribuait ses gratifications suivant les besoins de chacun, n'entretenant point une honteuse mollesse, et pourvoyant à des nécessités réelles.

Jamais un pauvre ne revint d'auprès d'elle les mains vides; elle trouvait, non pas dans de grandes richesses, mais dans la prudence à distribuer ses aumônes, le moyen de donner toujours, ayant sans cesse à la bouche ces paroles : Bienheureux les cœurs miséricordieux, parce qu’ils obtiendront miséricorde 1. Et encore : De même que l'eau éteint le feu, de même l'aumône éteint le péché 2. Et encore : Faites-vous, avec l'inique Mammona, des amis qui vous reçoivent dans les tabernacles éternels 3. Et encore : Donnez l'aumône, et voilà que toutes choses vous sont pures 4.

Elle se rappelait aussi les paroles de Daniel au roi Nabuchodonosor, lorsque le prophète lui conseillait de racheter ses péchés par ses aumônes 5. Elle ne voulait pas employer son argent à des pierres qui doivent passer avec la terre et le siècle , mais elle l'employait à ces pierres vivantes qui roulent sur la terre 6; qui servent à bâtir, suivant l'Apocalypse de saint Jean, la cité du grand roi7,  et qui doivent un jour être changées en saphir, en smaragde, en jaspe et en autres pierres précieuses, comme l'Écriture nous 1'apprend 8.

Mais toutes ces qualités pouvaient lui être communes à elle et à quelques autres personnes, et le démon sait bien qu'en cela ne consiste point le comble de la perfection. Voilà pourquoi il disait au Seigneur, après que Job eut perdu tout son bien, après que sa maison eut été renversée et que ses enfants eurent été tués : L'homme, afin de racheter sa vie, donnera peau pour peau, et tout ce qu'il possède; mais étendez votre main, frappez ses os et sa chair, et s'il ne vous maudit en face ! 1... Nous savons que l'on a vu plusieurs personnes donner l’aumône, mais ne rien donner qui les gênait en leur propre corps; tendre la main à l'indigent, mais se laisser vaincre par les attraits de la volupté; blanchir ce qui est à l'extérieur, et se trouver à l'intérieur pleines d'ossements de morts 2.

Telle ne fut point Paula, car sa mortification était si grande qu'elle dépassait presque les bornes, et que, par trop de jeûnes et de travail, elle épuisa entièrement son corps. Les jours de fêtes exceptés, à peine mettait-elle un peu d'huile dans sa nourriture, ce qui seul montre assez quel cas elle faisait et du vin, et des liqueurs, et des poissons, et du miel, et des œufs, et d'autres choses pareilles qui sont agréables au goût, et dont l'usage semble à quelques personnes une si grande abstinence qu'elles s'imaginent que, quand même elle se rassasient de ces sortes d'aliments, leur pureté est à l'abri.

L'envie, sans doute, s'attaque toujours aux vertus les plus éminentes,  de même que…
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(1 Matth. V. 7.  — (2) Eccl. III. 33.(3) Luc. XVI. 9.(4) Ibid. XI. 41.(5) Dan. IV. 24. (6) Zach. IX. 16.(7) Apoc. XXI. ( 8 )  Is. LIV. 12.  (1) Job. II. 4. 5. (2) Matth. XXIII. 27.

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Message  Louis Lun 05 Avr 2021, 6:40 am


LETTRE LXXXVI.

Pages 397-399.

À LA VIERGE EUSTOCHIUM,

Épitaphe de Paula, sa mère.

SUITE

L'envie, sans doute, s'attaque toujours aux vertus les plus éminentes,  de même que

La foudre frappe les montagnes les plus élevées.
Horace. II. Od. X. 11,12.

Il ne faut pas s'étonner de ce que je dis que cela arrive aux hommes, puisque notre Seigneur lui-même fut crucifié par la jalousie des Pharisiens ; que tous les Saints ont eu des envieux, et qu'il s'est trouvé jusque dans le paradis terrestre un serpent par l'envie duquel la mort est entrée dans le monde 3.

Dieu avait suscité à Paula, comme à David, un Adad Iduméen 4 qui la tourmentait, pour l'empêcher de s'élever, et qui, étant à son égard une sorte d'aiguillon de la chair, l'avertissait incessamment de ne pas se laisser emporter à la vanité par l'excellence de ses vertus 1 , et de ne pas s'imaginer, d'après les vices des autres femmes, qu'elle eût atteint déjà au comble de la perfection.

Je lui disais, moi, qu'il fallait céder à l'envie et faire place à cette aveugle passion; que Jacob avait agi ainsi envers son frère Esaü, et David envers Saül, le plus opiniâtre de ses ennemis, l'un s'étant enfui en Mésopotamie , l'autre s'étant livré à des étrangers, parce qu'il aimait mieux se trouver entre les mains des ennemis que de tomber dans celles des envieux.

Alors, elle me répondait : Vous auriez raison de dire cela, si le démon ne faisait pas la guerre partout aux serviteurs et aux servantes de Dieu; s'il n'arrivait pas plutôt qu'eux dans tous les endroits où ils fuient ; si je n'étais pas retenue ici par l'amour des saints lieux, et si je pouvais trouver dans une autre partie de l'univers ma chère Bethléhem. Mais pourquoi ne surmonterai-je point l'envie par la patience ? Pourquoi ne briserai-je pas la superbe par l’humilité, et à quiconque me frappe une joue ne présenterai-je pas l'autre, puisque l'apôtre Paul nous dit : Surmontez le mal par le bien ? 2  

Est-ce que les apôtres, quand ils avaient souffert un outrage pour l'amour du Seigneur, ne s'en glorifiaient pas? Est-ce que le Sauveur lui-même ne s'est pas humilié, prenant la forme d'un esclave, et se rendant obéissant au Père jusqu'à la mort, et à la mort de la croix, afin de nous sauver par sa passion ? 3  

Job, s'il n'eût pas combattu, s'il ne fût pas resté vainqueur dans le combat, n'eût pas reçu la couronne de justice, et le Seigneur ne lui eût pas dit : Penses-tu que je t'aie éprouvé pour autre chose que pour faire éclater ta vertu ? 4

L'Évangile appelle bienheureux ceux qui souffrent persécution dans…
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(3) Gen III.; Sap. II. 24.  — (4) III Reg. XI. 14. —  (1) II. Cor. XII. 6 (?).(2) Rom. XII. 21(3) Philipp. II. 7. 8(4) Job. XL. 3. (?)

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Message  Louis Mar 06 Avr 2021, 5:39 am


LETTRE LXXXVI.

Pages 401-403.

À LA VIERGE EUSTOCHIUM,

Épitaphe de Paula, sa mère.

SUITE

L'Évangile appelle bienheureux ceux qui souffrent persécution dans la justice 1. Une conscience en repos sait bien que nous ne souffrons point à cause de nos péchés, et que l'affliction dans le siècle nous devient un sujet de récompenses éternelles.

S'il arrivait que l'insolence d'un ennemi allât jusqu’à lui dire des paroles offensantes, Paula chantait ces mots du Psautier: Lorsque le pécheur s'élevait contre moi, je me taisais et gardais le silence 2 , pour ne pas dire même de bonnes choses; et encore: Mais moi, pareil à un sourd, je n'entendais pas, et j'étais comme un muet qui n'ouvre pas la bouche. J'étais semblable à un homme qui n'entend point, et qui n'a pas, sur ses lèvres, des réponses aux injures qu'on lui dit 3 .

Dans les tentations elle répétait souvent ces paroles du Deutéronome: Le Seigneur votre Dieu vous tente pour savoir si vous l'aimez de tout votre cœur et de toute votre âme 4.

Dans les tribulations et les angoisses, elle répétait sans cesse ces paroles d'Isaïe : Vous qui avez été sevrés, et qu'on a arrachés de la mamelle, attendez-vous à souffrir tribulation sur tribulation, mais en même temps espérez au delà de toute espérance, car, sous peu, vous ne serez plus exposés aux outrages des langues malignes, ni aux traits de la médisance 5.

Et voici comment, pour sa consolation, elle expliquait ce passage de l'Écriture. C'est à ceux, disait-elle, qui ont été sevrés, à ceux qui ont atteint l'âge viril, de souffrir tribulation sur tribulation, afin de pouvoir espérer au delà de toute espérance, sachant, comme ils le savent,  que la tribulation produit la patience , la patience l'épreuve, l'épreuve l'espérance, et que l'espérance ne trompe point 1; et encore : Que, quoique dans nous l'homme extérieur se détruise, néanmoins, l'homme intérieur se renouvelle de jour en jour; — que le moment si court et si léger de notre tribulation produit en nous le poids éternel d'une incomparable gloire, et qu'ainsi nous devons considérer, non point les choses visibles, mais les choses invisibles, parce que les choses visibles sont temporelles, et que les choses invisibles sont éternelles 2.

Elle ajoutait que, quelque tardif que paraisse à notre impatience le secours de Dieu, nous ne saurions tarder long-temps à le voir venir, suivant ces paroles du Seigneur: Je vous ai exaucé au temps opportun ;je vous ai assisté au jour du salut 3; qu'il ne faut pas craindre les lèvres trompeuses, ni les langues des impies, puisque nous sommes sous la protection du Seigneur, et que nous devons écouter ce qu'il nous dit lui-même par le prophète: Ne craignez point les opprobres des hommes, et n'appréhendez point leurs blasphèmes, car ils seront mangés des vers comme un vêtement , et la teigne les dévorera comme de la laine 4.

Et encore: C'est par votre patience que vous posséderez vos âmes 5.

Et encore : Les souffrances de la vie présente n'ont aucune proportion avec la gloire que Dieu doit un jour découvrir en nous 6 .

Et ailleurs : Souffrez tribulation sur tribulation 7,  et supportez constamment tout ce qui vous arrive ; car c'est un homme fort sage que celui qui souffre avec patience; mais celui qui est pusillanime est grandement insensé 1.

Dans les langueurs et dans ses fréquentes maladies, elle disait…
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(1) Matth. V. 10.  — (2) Ps. XXXVIII. 2. —  (3) Ibid. XXXVII. 14.15.(4) Deut. XIII, 3.(5) Is. XXVIII. 9. (?)(1) Rom. V. 3. 4.  — (2) II. Cor. IV. 16-18. —  (3) Is. XLIX. 8.(4) Ibid. LI. 7-8.(5) Luc. XXI. 19.(6) Rom. VIII. 18.(7) Is. XXVIII. 9 (?). (1) Prov. XIV. 29.

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Message  Louis Mer 07 Avr 2021, 6:51 am


LETTRE LXXXVI.

Pages 403-405.

À LA VIERGE EUSTOCHIUM,

Épitaphe de Paula, sa mère.

SUITE

Dans les langueurs et dans ses fréquentes maladies, elle disait : Quand je suis faible, alors je suis forte 2.

Et encore : Nous portons ce trésor dans des vases d'argile 3, jusqu'à ce que ce corps mortel soit revêtu d'immortalité, et que ce corps corruptible soit revêtu d'incorruptibilité 4 .

Et encore : A mesure que les souffrances du Christ s'augmentent en nous, nos consolations s'augmentent aussi par le Christ 5.

Et encore : De même que vous participez aux souffrances, de même vous participerez à la consolation 6.

Dans le chagrin, elle chantait ces paroles : Pourquoi es-tu triste, ô mon âme, et pourquoi me troubles-tu ? Espère en Dieu, car je veux le louer encore; il est mon salut, et mon Dieu 7.
Dans les périls, elle disait: Que celui qui veut venir après moi renonce à lui-même, qu'il prenne ma croix et me suive 8. Et encore : Celui qui voudra sauver sa vie, en m'abandonnant, la perdra 9; et, celui qui la perdra pour l'amour de moi la sauvera 10.

Venait-on lui annoncer quelque perte dans ses affaires domestiques, ou la ruine entière de son patrimoine, elle disait : Et que sert à l'homme de gagner tout l'univers, s'il perd son âme ? que donnera-t-il en échange de son âme ? 11

Et encore : Je suis sorti nu du sein de ma mère ; nu j'y rentrerai. Il m'est arrivé que ce qui a plu au Seigneur, que le nom du Seigneur soit béni 1.

Et encore : Gardez-vous d'aimer le monde, ou bien ce qui est dans le monde; car tout ce qui est dans le monde n'est que convoitise de la chair, concupiscence des yeux, orgueil de la vie, et ne vient point du Père, mais vient du monde. Or, le monde passe, et sa concupiscence avec lui 2.

Je sais qu'on lui écrivit un jour que ses enfants, et surtout son…
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(2) II. Cor. XII. 10.(3) II. Cor. IV. 7. (4) I. Cor. XV. 53.(5) II. Cor. I. 5. (6) Ibid. 7. (7) Ps. XLI. 6.( 8 ) Luc. IX. 23. (9) Ibid. 24(10) Matth. XVI. 26. (11) Ibid.(1) Job. I. 21. (2) I. Joan. II. 15.16.

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Message  Louis Jeu 08 Avr 2021, 5:37 am


LETTRE LXXXVI.

Pages 407-409.

À LA VIERGE EUSTOCHIUM,

Épitaphe de Paula, sa mère.

SUITE

Je sais qu'on lui écrivit un jour que ses enfants, et surtout son Toxotius, qu'elle aimait beaucoup, étaient gravement malades. Après avoir, avec force, justifié ces paroles : J'ai été troublée, et je n'ai point ouvert la bouche 3, elle dit tout-à-coup : Celui qui aime son fils ou sa fille plus qu'il  ne m'aime, n'est pas digne de moi 4. Et, adressant à Dieu ses prières, elle disait: Possédez, Seigneur, les enfants de ceux qui sont morts 5, qui chaque jour mortifient leur corps pour vous.

Je connais certain nouvelliste, — et ce genre d'hommes est l'espèce la plus dangereuse, — qui nous disait, d'un air officieux, que l'ardeur excessive avec laquelle Paula se portait à la pratique de la vertu la faisait passer pour folle, et qu'on disait qu'il fallait fortifier son cerveau.

A cela elle répondit : Nous servons de spectacle au monde, aux anges et aux hommes 6.

Et encore : Nous sommes insensés à cause du Christ, mais la folie de Dieu est plus sage que la sagesse des hommes 7. Voilà pourquoi le Sauveur dit au Père : Vous connaissez ma folie 8.

Et encore : J'ai été comme un prodige pour plusieurs ; vous, Seigneur, vous êtes mon secours puissant 9. Je suis devenu en votre présence, comme une bête de somme, et je ne me suis point éloigné de vous 1.

Les proches mêmes du Christ, ainsi qu'il est écrit dans l'Évangile 2, voulaient le lier comme un homme qui avait perdu l'esprit, et ses ennemis disaient de lui avec mépris : Il est possédé du démon, et il est Samaritain 3. Et encore : Il chasse les démons par Beelzébub, prince des démons 4. Pour nous ajoutait-elle, écoutons ce que dit l'Apôtre : Notre gloire, c'est le témoignage de notre conscience qui nous crie que nous avons vécu dans la sainteté, dans la droiture, et dans la grâce de Dieu, en ce monde 5.

Écoutons encore ce que le Seigneur dit à ses Apôtres : Le monde vous hait, parce que vous n'êtes pas du monde; car, si vous étiez du monde, le monde aimerait assurément ce qui serait sien 6.

Puis, s'adressant au Seigneur même : Vous connaissez, disait-elle, les secrètes pensées du cœur, Tous ces maux ont fondu sur nous, et cependant nous ne vous avons point oublié; nous n’ avons point commis d’iniquité contre notre alliance, et notre cœur ne s'est point retiré en arrière 7. Et encore : C'est à cause de vous que, chaque jour, nous sommes livrés à la mort ; nous sommes regardés comme des brebis destinées à être tuées 8. Mais le Seigneur est mon aide, et je ne craindrai point tout ce que l'homme pourra me faire; 9 car il est écrit : Mon fils, honore le Seigneur, et il le fortifiera; ne crains personne, hormis le Seigneur 10.

C'était de ces passages et d'autres endroits semblables qu'elle se servait, comme d'autant d'armes divines, contre tous les vices, principalement contre les traits envenimés de l'envie, et, par sa patience à souffrir les injures, elle désarmait ses ennemis les plus cruels et les plus implacables.

Enfin, tout le monde sait quelle fut, jusqu'au jour de sa mort, la patience de Paula,  la rage de l'envie, cette passion qui ronge le cœur où elle habite, et qui, en cherchant à perdre celui qu'elle hait, tourne contre elle-même ses propres fureurs.

Je parlerai à présent de l’ordre de son monastère, et…
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(3) Ps. LXXVI. 5. (4) Matth. X. 37. (5) Ps. LXXVIII. 11. (?) (6) I. Cor. IV. 9. —   (7) Ibid. ( 8 ) Ps. LXIII. 6. (9) Ibid. LXX. 7. (1) Ps. LXXII. 23. —   (2) Marc. III. 21. —   (3) Ibid. 22. (4) Matth. XII. 24. (5) II. Cor. I. 12. (6) Joan. XV. 19. (7) Ps. XLIV. 17. 18 ( 8 ) Rom. VIII. 36. —   (9) Ps. CXVII. 6. (10) Prov. VII. 1.

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Message  Louis Ven 09 Avr 2021, 6:46 am


LETTRE LXXXVI.

Pages 411-413.

À LA VIERGE EUSTOCHIUM,

Épitaphe de Paula, sa mère.

SUITE

Je parlerai à présent de l'ordre de son monastère, et dirai comment elle sut faire tourner à son profit les vertus des saints. Elle semait des biens charnels, pour en moissonner de spirituels; elle donnait des choses terrestres, pour en recevoir de célestes; elle accordait des choses passagères, afin d'avoir en échange des choses éternelles.

Outre le monastère qu'elle fonda pour des hommes, et dont elle leur laissa le gouvernement, elle fit bâtir encore trois autres monastères, et forma trois communautés de jeunes filles, tant de noble que de médiocre et de basse condition, et qu'elle avait réunies de différentes provinces. Elles étaient séparées pour le travail et pour le manger, mais elles psalmodiaient et priaient ensemble.

Après qu'on avait chanté l'alléluia, qui servait de signal pour la Collecte, nulle d'elles ne pouvait s'absenter; celle qui venait la première, ou l'une des premières, attendait l'arrivée des autres, et les excitait au travail, non point par la crainte, mais par son exemple et par la honte qu'il y aurait eu à ne la pas imiter.

Le matin, à la troisième heure, à la sixième, à la neuvième; le soir, au milieu de la nuit, elles chantaient une partie du psautier. Toutes les sœurs étaient obligées de savoir les psaumes et devaient tous les jours apprendre quelque chose des saintes Écritures. Le dimanche seulement elles se rendaient à l'église attenante à leur monastère.

Chaque bande suivait sa mère spéciale; elles en revenaient dans le même ordre, travaillaient ensuite aux ouvrages qu'on leur distribuait; et faisaient des vêtements, ou pour elles-mêmes, ou pour les autres. S'il y en avait quelqu'une de maison noble, il ne lui était pas permis d'amener de chez elle une compagne, de peur que, se rappelant ce qu'elles avaient fait autrefois, elles ne renouvelassent, par de fréquents entretiens, le souvenir des libertés d'une folâtre enfance. Toutes portaient un vêtement semblable et ne se servaient de linge que pour s'essuyer les mains. Elles vivaient tellement séquestrées des hommes qu'elles ne pouvaient pas même voir les eunuques, de crainte qu'elles ne donnassent quelque prise à la médisance qui, pour autoriser ses désordres, a coutume de déchirer la réputation des saints.

Quelque sœur venait-elle trop tard au chant des psaumes, ou bien était-elle trop nonchalante à l’ouvrage, Paula employait divers moyens pour la corriger. Si elle était irascible, c'était par la douceur et par les égards; si patiente, c'était par des réprimandes, pratiquant ce que dit l'Apôtre : Que voulez-vous ? Que je vienne à vous avec la verge, ou avec l'esprit de douceur et de mansuétude 1 ? Excepté la nourriture et le vêtement, elle ne souffrait pas qu'elles eussent rien, suivant cette maxime de Paul : Si nous sommes nourris et vêtus, soyons contents 2; car elle craignait que, s'accoutumant à avoir au delà du nécessaire, ses filles ne se laissassent aller à l'avarice, passion que nulles richesses ne peuvent assouvir; qui désire d'autant plus qu'elle a davantage, et qui ne diminue ni dans l'abondance, ni dans l'indigence.

Quelques sœurs étaient-elles en contestation…
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(1) I. Cor. IV. 21.(2) I. Tim. VI. 8.

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Sainte Paule de Rome, veuve.  Empty Re: Sainte Paule de Rome, veuve.

Message  Louis Sam 10 Avr 2021, 6:40 am


LETTRE LXXXVI.

Pages 415-417.

À LA VIERGE EUSTOCHIUM,

Épitaphe de Paula, sa mère.

SUITE

Quelques sœurs étaient-elles en contestation, Paula savait les accorder par l'extrême douceur de son langage. Dans celles d'un âge tendre, elle mortifiait, par des jeûnes fréquents et rigoureux, la fougue de la chair, préférant la santé de leurs esprits à celle de leurs estomacs.

Si elle en voyait une de trop soignée dans sa mise, alors, par la contraction de son front et par la tristesse de son visage, elle lui reprochait sa faute, en lui disant que l'excessive propreté du corps est la souillure de l'âme, qu'une parole déshonnête et lascive ne doit jamais sortir d'une bouche de vierge, que c'est l'indice d'un esprit corrompu, et que, à travers l'homme extérieur, on aperçoit les vices de l'homme intérieur.

Si elle en remarquait une qui fût causeuse, babillarde, pétulante, se plaisant aux chicanes, et qui, après avoir été souvent avertie, ne changeât pas de conduite, elle la mettait au dernier rang et la séparait de l'assemblée des sœurs, la faisait prier à la porte du triclinium, et manger en particulier, afin que la honte fît sur son esprit ce que les réprimandes n'avaient pu faire. Elle regardait le vol avec autant d'horreur qu'un sacrilège, et ce qui passe dans le monde pour une faute légère ou pour une chose de néant, elle disait que, dans les monastères, c'est un très grand péché.

Que dirai-je de sa charité et de ses tendres soins pour les sœurs malades, qu'elle soulageait par des bontés et par des offices merveilleux? Quoiqu'elle leur donnât abondamment tout ce qui était nécessaire, et qu'elle leur permît de manger de la viande, néanmoins, si elle-même tombait malade, elle ne se traitait point avec indulgence, et péchait seulement contre l'égalité en ce qu'elle était douce pour les autres, et dure pour elle. Aucune de ces jeunes filles, bien que dans un corps plein de santé et dans la vigueur de l'âge, ne faisait autant d'abstinences que Paula, dans un corps délicat, brisé par les austérités et cassé de vieillesse* J'avoue qu'elle fut trop opiniâtre sur ce point, qu'elle ne s'épargna jamais et ne se rendit à aucune remontrance. Je rapporterai une chose dont j'ai été moi-même témoin.

Au mois de juillet, pendant des chaleurs dévorantes, elle tomba malade d'une brûlante fièvre, qui fit désespérer de sa vie. Lorsque, par la miséricorde du Seigneur, elle commença à respirer, les médecins l'engageaient à boire un peu de vin, pour qu'elle se fortifiât et ne devînt pas hydropique, en buvant de l'eau. Moi, de mon côté, je priais en secret le bienheureux pape Epiphanius de l'exhorter, de l'obliger même à boire du vin. Elle, clairvoyante, et d'un esprit pénétrant, comprit mon manège et me dit, en souriant, que le langage qu'il lui avait tenu, venait de moi. Qu'ajouterai-je? Après l'avoir long-temps exhortée, le bienheureux pontife étant sorti, je lui demandai ce qu'il avait fait, et il me répondit : « Tout ce que j'ai fait, c'est qu'elle a presque persuadé à un vieillard comme moi de ne pas boire de vin. »

Je rapporte ceci, non point que j'approuve ceux qui se chargent inconsidérément d'un fardeau qui est au-dessus de leurs forces, car l'Écriture nous dit: Ne prends point un fardeau que lu ne pourras porter 1; je veux seulement faire voir quelle était la vivacité de son zèle, quel désir cette âme fidèle avait de s'unir à Dieu, auquel souvent elle disait : Mon âme brûle d'une soif ardente pour vous, et combien ma chair n'est-elle point aussi tourmentée de la même ardeur ! 2

Il est difficile de garder en tout les justes bornes…
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(1) Prov. XIII. (?) (2) Ps. LXII. 2.

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Sainte Paule de Rome, veuve.  Empty Re: Sainte Paule de Rome, veuve.

Message  Louis Dim 11 Avr 2021, 7:07 am


LETTRE LXXXVI.

Pages 419-421.

À LA VIERGE EUSTOCHIUM,

Épitaphe de Paula, sa mère.

SUITE

Il est difficile de garder en tout les justes bornes, et les philosophes ont bien eu raison de dire que la vertu consiste dans la modération, et que tout excès est vicieux; ce que nous pouvons exprimer, nous, par cette courte sentence : Rien de trop.

Paula, qui se refusait avec tant d'opiniâtreté la nourriture nécessaire, était donc dans l'affliction et se laissait abattre à la mort de ses proches, de ses enfants surtout. Lorsqu'elle perdit son mari et ses filles, elle fut elle-même en danger de mourir. Elle avait beau imprimer sur sa bouche et sur son cœur le signe de la croix, pour adoucir, par ce moyen, son affliction de mère, sa tendresse l'emportait, et son âme sensible ne pouvait soutenir la douleur qui déchirait ses entrailles maternelles; ainsi, victorieuse par la force de l'esprit, elle était vaincue par la fragilité du corps. Quand elle tombait dans cette langueur, elle y restait si long-temps qu'elle nous donnait de l'inquiétude, et qu'elle se trouvait en très-grand danger. Elle se réjouissait de se voir en cet état, et disait à tout moment: Malheureuse que je suis ! qui donc me délivrera de ce corps de mort 1 ?

Peut-être le lecteur judicieux m'objectera-t-il que je la blâme, au lieu de la louer. — Je prends à témoin le Christ qu'elle a servi, et que je désire servir aussi, que je ne dissimule en aucune façon, mais que, comme chrétien, parlant d'une chrétienne, je rapporte des choses véritables, c’est-à-dire, que j'écris une histoire et non point un panégyrique. Ses défauts seraient chez d'autres des vertus. Je les appelle néanmoins des défauts, parce que j'en juge par ma douleur et par celle de toutes nos sœurs et de tous nos frères qui l'aiment, comme je l'aime aussi, et la cherchent absente.

Du reste, elle a fourni sa carrière, elle a conservé la foi…
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(1) Rom. VII. 24,

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