Inquisition au Moyen-Âge.

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Message  Louis Mar 27 Nov 2018, 6:25 am

INQUISITION du Moyen-Âge.

(col. 882-883)

Procédures de l’Inquisition.

(suite)

INNOCENT IV (1243-1254) suivit la même ligne de conduite à l'égard de l'Inquisition. S'il veilla à la poursuite de l'hérésie, au point de permettre contre les prévenus l'emploi de la torture, et s'il promulgua contre elle plusieurs bulles fort sévères, il chercha aussi à réprimer tous les excès de rigueur. Il ordonna lui-même aux inquisiteurs du Languedoc de prononcer des remises et des commutations de peines, et même révoqua plusieurs de leurs sentences qu'il estimait trop rigoureuses.

Le 24 juin 1245 par exemple, il mandait aux inquisiteurs Guillaume Durand et Pierre Raymond, d'absoudre Guillaume Fort, bourgeois de Pamiers( DOAT, XXXI, 103); le 24 décembre, 1248, « il faisait mettre en liberté des hérétiques dont il estimait le châtiment suffisant; le 5 août 1249, il chargeait l'évêque d'Albi de réintégrer dans la communion de l'Eglise Jean Fenassa d'Albi et Arsinde sa femme, condamnés par l'inquisiteur Ferrier » (DOUAIS, Documents,I, p. XVI).

« Le 20 janvier 1245, il permit aux inquisiteurs de la province dominicaine de Provence, qui comprenait le comté de Toulouse dans ses limites, de commuer, du consentement des prélats, les pénitences infligées aux hérétiques. » (ibid. , XIX.)

Le 9 décembre 1247, il écrivait à l'archevêque d'Auch pour lui donner la faculté de commuer le port des croix ou la prison en la croisade ou voyage d'outre-mer (BERGER, Registres d'Innocent IV, n° 35087); et ce n'est pas le seul acte de ce genre que nous ont conservé ses Registres. Il veilla à ce que les prisonniers  fussent traités avec humanité, et fit servir à leur entretien les biens qui leur avaient été confisqués (DOAT, XXXI, p. 71).

Il atténua la peine de la confiscation des biens en exceptant de cette mesure rigoureuse les dots des femmes des condamnés, et il ordonna aux archevêques de Bordeaux, de Narbonne et d'Arles, aux évêques de Toulouse, de Cahors, du Puy, de Mende, d'Albi et de Rodez, de faire rendre les dots qui auraient été ainsi confisquées (BERGER, Registres d'Innocent IV, nº 3422).

Il apporta aussi des adoucissements à la procédure inquisitoriale. Quand les noms des témoins devaient être cachés au prévenu, il voulut au moins qu'ils fussent communiqués aux personnes qui formaient le jury de l'inquisiteur, pour que les témoignages fussent rigoureusement examinés et appréciés par eux; c'est ce qu'il écrivit à l'Inquisition des comtés de Toulouse et de Poitiers, le 13 juillet 1254 (Layettes du Trésor des Chartes, III, n° 4112).

Après avoir cité tous ces actes, Mgr DOUAIS apprécie en termes très exacts les relations d'Innocent IV avec l'Inquisition et les hérétiques du midi de la France : « Surveiller l'hérésie, mettre à l'abri des poursuites ceux qui voulaient faire acte d'orthodoxie, contenir le zèle des inquisiteurs en précisant et réglant minutieusement la procédure, et par là même préparer la pacification du Languedoc, de la Garonne jusqu'au Rhône, telle fut la politique d'Innocent IV (Documents, p. XXII).

Nous retrouvons ce jugement sous la plume de M. Elie BERGER : « Surveiller l'hérésie, mais empêcher qu'elle servit de prétexte à des persécutions exagérées, rétablir enfin la tranquillité dans le midi de la France, en facilitant dans une certaine mesure le retour à ceux qui voulaient se réconcilier avec l'Eglise, telle paraît avoir été, en 1243, l'une des préoccupations d'Innocent IV. » (Registres d'Innocent IV, p. XLIX.)

Il n'agit pas autrement en Espagne; car le 25 mai 1248, il ordonnait à l'évêque de Lérida d'absoudre purement et simplement tous les hérétiques qui voudraient rentrer dans le giron de l'Eglise (Ibid., n° 3904).

Dans un passage de son livre, intitulé Mansuétude du Saint-Siège, LEA lui-même rend hommage à la modération de plusieurs papes…

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Message  Louis Mer 28 Nov 2018, 6:57 am

INQUISITION du Moyen-Âge.

(col. 883-884)

Procédures de l’Inquisition.

(suite)

Dans un passage de son livre, intitulé Mansuétude du Saint-Siège, LEA lui-même rend hommage à la modération de plusieurs papes. Il cite la décision par laquelle, en février 1286, « HONORIUS IV relevait les habitants de la Toscane, individuellement et collectivement, des pénalités encourues pour hérésie, ainsi que de toutes les incapacités décrétées par les précédents pontifes et  par Frédéric II ». Il faisait encore plus : il abrogeait, pour la Toscane, les terribles constitutions édictées par Frédéric II contre les hérétiques. « Il semble, ajoute LEA, que cet extraordinaire privilège ait été respecté pendant un certain temps. » (Histoire de l'Inquisition, II, p. 290.) « A côté de cette manifestation d'indulgence pontificale, notons que le Saint-Siège intervint à l'occasion, pour atténuer la sévérité des canons ou réprimer le zèle déplacé des inquisiteurs. » (Ibid., II, 291.)

Ces constatations feraient honneur à Lea et démontreraient sa propre loyauté, s'il ne les faisait suivre d'explications inspirées par l'animosité, attribuant, — sans en donner la moindre preuve, — la générosité d'Honorius IV à son peu de confiance dans les lois draconiennes, et celle des autres papes aux influences politiques et pécuniaires.

Il est intéressant de constater que l'un des papes qui réprimèrent le plus les excès de l'Inquisition fut celui dont on blâme davantage le caractère hautain et dur, BONIFACE VIII. Il ordonna la revision de plusieurs condamnations pour cause d'hérésie. Trois mois après son avènement, le 29 mars 1295, il confia celle du procès du franciscain Paganus de Pietrasanta aux provinciaux franciscain et dominicain de Lombardie et au prévôt de Saint-Ambroise de Milan (SBAHALEA, Bullarium franciscanum, IV,  nº 7). Le 13 février 1297, il cassait une condamnation pour hérésie portée par l'Inquisition contre Raynier Gatti de Viterbe et ses deux fils, parce qu'elle avait été déterminée par un témoignage entaché de parjure (Registres de Boniface VIII, nº 1673). En 1298, il fit rendre aux enfants innocents d'un hérétique les biens confisqués par l'Inquisition ; enfin, il invita l'inquisiteur de la province de Rome, Adam de Come, à cesser de molester un citoyen d'Orvieto déjà absous par deux inquisiteurs et qu'il persistait à poursuivre (LEA, op. cit., II. 291).

En 1305, l'inquisiteur de Carcassonne souleva par ses rigueurs, l'opinion publique, et …

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Message  Louis Jeu 29 Nov 2018, 6:45 am

INQUISITION du Moyen-Âge.

(col. 884)

Procédures de l’Inquisition.

(suite)

En 1305, l'inquisiteur de Carcassonne souleva par ses rigueurs, l'opinion publique, et les habitants de Carcassonne, d'Albi et de Cordes adressèrent des réclamations au Saint-Siège. Elles furent accueillies avec bienveillance par le pape CLÉMENT V, qui en confia l'examen, le 13 mars 1306, à Pierre Taillefer de la Chapelle, cardinal prêtre de Saint-Vital, et à Bérenger Frédol, cardinal prêtre des Saints Nérée et Achillée, l'un et l'autre particulièrement aptes à cette mission, puisque le premier avait été évêque de Carcassonne, de 1291 à 1298, puis de Toulouse, de 1298 a 1303, et le second évêque de Béziers de 1294 à 1305. Ils devaient, en attendant la conclusion de leur enquête, suspendre toute poursuite contre les hérétiques et inspecter les prisons de l'Inquisition (DOUAIS, Documents, II, p. 306).

Ils se mirent aussitôt à l'œuvre, et dès les derniers jours d'avril, ils visitèrent les prisons de Carcassonne. Ils y trouvèrent quarante prisonniers dont ils admirent les griefs contre leurs geôliers. Des gardiens plus humains leur furent donnés ; on leur assigna des chambres meilleures et réparées à neuf, on leur permit de se promener per carrerias muri largi, enfin on recommanda formellement de leur donner tout ce qui leur était assigné par le roi ou envoyé pas leurs amis, leurs parents ou toute autre personne, pour leur entretien (Documents, II, pp. 322-327). La visite des prisons d'Albi eut lieu de la même manière, le 4 mai 1306; le cardinal de Taillefer fit enlever les chaînes des prisonniers, nomma de nouveaux gardiens et fit assainir les chambres, en y ménageant pour le jour et la lumière, de nouvelles ouvertures (Ibid., pp. 331-332).

L'Inquisition réussit à étouffer le Catharisme. Le nombre de ses adeptes poursuivis se ralentit considérablement dans le premier quart du XIVe siècle; après 1340, on ne rencontre guère que des cas isolés. M. SCHMIDT déclare que, au XIVe siècle, « la secte disparut sans laisser de traces dans nos provinces méridionales » (Histoire et doctrine des Cathares, I, p. 360).

Même constatation pour l'Espagne. « En 1292, écrit-il, on trouve les dernières traces de l'hérésie cathare en ces provinces, le roi Jacques II, les évêques assemblés à Tarragone et les inquisiteurs se réunirent pour les faire disparaître : depuis ce temps on n'en entend plus parler en Espagne. » (Ibid., p. 374.)

En Italie, l'Inquisition découvrit encore des Cathares jusqu'à la fin du XIVe siècle; ils s'étaient réfugiés dans les vallées reculées des Alpes et dans les massifs inextricables de la Corse ; dans cette île, « les réfugiés habitaient pour la plupart dans les forêts et les montagnes ; pour les réduire, on établit une ligne de forteresses ecclésiastiques sous la forme de résidences de franciscains » (LEA, op. cit., II, p. 374).

Ainsi refoulé, le catharisme ne constituait plus un danger ; il finit d'ailleurs par se confondre avec les hérésies des Vaudois et des fraticelli. Il ne persista que dans la péninsule des Balkans, où l'Inquisition fut faiblement organisée et ne fonctionna que d'une manière intermittente.

Col. 885 — Col. 890.: la BIBLIOGRAPHIE de l’article sur l’Inquisition du Moyen-Âge.

FIN.

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