Maria de la Luz Camacho, martyre , 1907-1934 ( Mexique )

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Message  Roger Boivin Dim 30 Aoû 2009, 4:05 pm


Parfaitement équilibrée, Maria de la Luz présentait le plus rare contraste avec la jeunesse qu'on appelle moderne. De caractère allègre, entreprenant, plein de feu, elle garde une modestie entière et une parfaite maîtrise d'elle-même. Âme passionnée, mais disciplinée. Aucune difficulté ne l'effraie; aucune déception ne l'abat. Franche et allant droit au but : on sait ce qu'elle pense et ce qu'elle aime. Elle choisit ses amies, surtout parmi les pauvres et les humbles, car, disait-elle, c'est parmi elles que se rencontrent la véritable affection, la sincérité.

Elle doit beaucoup à ses parents qui, selon les traditions de l'ancienne mode, surveillent le choix de ses amies, de ses lectures, de ses amusements. Ils pensaient que la meilleure formation est encore celle que Blanche de Castille donnait à son fils : la pureté de l'âme et l'amour du prochain.

« que feriez-vous, lui disait une dame de Coyoacan, si vous aviez à choisir entre renier votre foi pour être heureuse en ce monde ou mourir pour la garder ?

- Dieu me donnerait la grâce de lui être fidèle. Au reste, si j'avais le malheur de renier mon Dieu, j'en mourrais de peine ! »

Dieu ne lui refusa pas cette grâce suprême que toute une vie de fidélité lui avait méritée.

Son directeur résume ainsi le vie de Maria de la Luz Camacho : « Je n'hésite pas à dire qu'elle fut très vertueuse, disons le mot : une sainte. »

A vingt-sept ans, elle achève sa course vers l'idéal qu'elle s'est forgé. La fiancée est prête. L’Époux peut venir.



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Message  Roger Boivin Dim 30 Aoû 2009, 9:25 pm


Martyre


Le boucher de Tabasco


Le dixième Congrès prolétaire du Syndicat Rouge, approuvé par le ministère de l'Instruction publique de Mexico, ne laisse aucun doute sur l'orientation nouvelle de l'éducation socialiste. D'après le rapport du Congrès, « tous les fardeaux imposés à l'humanité sont fabriqués par le clergé. L'exploitation des paysans et des ouvriers se fait au nom des doctrines de l'Éternité...


« Les prêtres catholiques, les évêques, le Pape sont de dangereux reptiles. Il faut les bannir tous.

« Dieu n'existe pas. La religion est un mythe. La Bible ? une immense blague...

« Plus d'idoles. Plus de pères de famille; plus d'hommes qu'il faille respecter. Plus de patrons, Plus de Dieu.

« Les enfants doivent être entraînés à haïr Dieu et leurs parents. Emparons-nous de la conscience des enfants pour créer une nouvelle âme nationale ! »


Ce travail s'appelle d'un mot nouveau : la défanatisation des masses. Calles a lancé l'idée et amorcé la lutte. Mais il eut des collaborateurs dévoués. Tejeda dans l'État de Vera Cruz, Osornio en Queretaro, Quevedo en Chihuahua ont tout mis en œuvre pour déraciner la foi dans leurs États.

Le fils de Calles, Rodolfo, s'est aussi signalé dans l'État de Sonora. Mais la palme appartient au gouverneur de Tabasco, Thomas Garrido Canabal. C'est le pur entre les purs. Calles lui-même l'a proposé comme le modèle achevé d'un gouverneur d'État.

En fait, c'est lui qui a fait tuer Maria de la Luz Camacho. Il convient donc  de nous arrêter devant cette figure; nous verrons au surplus l'idéal que Calles se faisait d'un chef Rouge.



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Message  Roger Boivin Dim 30 Aoû 2009, 10:03 pm


Thomas Garrido Canabal appartient à une ancienne famille bourgeoise de Mexico. Son père, Pio Garrido Lacroix, possédait une luxueuse résidence dans les environs de Chapultepec. Élevé dans le luxe, il ne peut se résigner à la peine de perdre sa fortune, quand la révolution de Carranza éclate à Mexico. La vocation de prolétaire ne l'attire pas. Il part avec les siens et va se cacher au fond de la péninsule, à Mérida, dans l'État du Yucatan, emportant en son cœur la haine des révolutionnaires qui l'ont privé de ses biens. Le désir de la vengeance lui donne du courage. Une idée fixe le mène : devenir le Leader Maximus. Il s'établit dans l'État de Tabasco; violent, hardi, il monte vite au premier rang, en écrasant ses rivaux. L'odeur du sang l'exalte. Quand il se sent maître de la situation, son ambition n'a plus de borne; imitant la tactique de ceux qu'il a maudits, oubliant ceux qu'il voulait venger, il s'enrichit sans vergogne. Il massacre les riches, il exploite les ouvriers. Il prêche le communisme, et pratique le capitalisme.

Il organise des trusts qu'il appelle des Ligues. Les ouvriers ont à choisir : entrer dans une ligue ou quitter l'État de Tabasco. Haï, mais craint, il fait jurer obéissance au Leader Maximus, comme il aime s'appeler. Favori de la fortune, il échappe comme par miracle aux balles et aux embûches de ses adversaires.

Quand il part pour l'exil, il emporte avec lui $500,000 en or qu'il dépose à la banque de Costa Rica et laisse le secrétariat de l'Agriculture de Mexico avec un déficit de $100,000.

A Tabasco, il mène une vie de pacha. Il reçoit comme un prince ses amis, les révolutionnaires de Mexico. Les riches doivent payer « spontanément » les frais de ces réceptions. S'ils résistent, ils disparaissent. J'ai sous les yeux une liste de quarante-trois personnes de la bonne société de Tabasco, massacrées par les ordres du gouverneur.



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Message  Roger Boivin Dim 30 Aoû 2009, 10:20 pm


Son gouvernement doit être soviétique. Son emblème est le drapeau rouge et noir. Dieu n'existe pas. Défense même de prononcer son nom, d'honorer les saints, de garder leurs images.

Tous les prêtres sont chassés. Les églises sont rasées ou converties en écoles socialistes. Les noms de saints que portaient les villages, les montagnes ou les rues sont remplacés par des noms révolutionnaires. Les croix des cimetières sont abattues; le deuil est prohibé. Par un décret du 2 juin 1934, Garrido fait démolir les sépulcres; à l'avenir, les pierres tombales seront marquées d'un simple numéro.

Détruire la foi, implanter l'athéisme, voilà le programme. La défanatisation des masses s'opère par tous les moyens. Des journaux athées se fondent et « paraissent tous les samedis, que Dieu le veuille ou non ». Chaque semaine, se tient un « samedi rouge » : danses, chansons, profanations d'objets de piété. De son imprimerie sortent des torrents de boue, des caricatures violentes contre Dieu, le Pape et les évêques. On s'amuse à singer les cérémonies du culte catholique; c'est le « clou » de chaque réunion.

Voici la formule d'un baptême socialiste :

« Au nom des principes de la Révolution et de la clameur des déshérités du monde, en vertu de mes fonctions de secrétaire général de la Confédération paysanne « Emilio Zapata »... je te baptise Lénine d'après le nom de l'apôtre du prolétariat dont les yeux étaient comme des coupes débordantes des larmes de la Crucifixion des peuples. Je te donne ce nom en mémoire de lui, pour que tu puisses le porter à travers la vie... »



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Message  Roger Boivin Dim 30 Aoû 2009, 10:47 pm


Voici la formule d'un baptême socialiste :

« Au nom des principes de  la Révolution ... »

Ça vous dit quelque chose ?

.. c'est la même Révolution que la Révolution française.

Mgr De Ségur en a écrit tout un Opuscule sur cette Révolution diabolique.

..et cette Révolution est toujours et plus que jamais à l'oeuvre encore et aujourd'hui; qu'on s'ouvre les yeux !!
( Roger ).


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Message  Roger Boivin Dim 30 Aoû 2009, 11:29 pm


Au reste, Garrido Canabal donne l'exemple. Son premier fils reçoit le nom de Lénine; le second, celui de Lucifer.

Le grand comédien qu'est Garrido se pose en émancipateur de la femme.  Il publie une loi sur le divorce; la rupture du lien matrimonial s'accomplit en un instant. Il suffit que l'un des conjoints se présente chez un juge et en fasse la demande.

Les camarades ont le droit d'avoir autant de femmes qu'ils veulent. Le Leader Maximus, pour sa part, en a simultanément cinq. J'ai leurs noms et prénoms sous les yeux.

Les disciples les plus fidèles de Garrido sont ses admiratrices. Il n'en manque pas. Voici un extrait de discours prononcé par Mlle Maria Dolores. Il donne le ton de ce qu'on entend dans les samedis rouges. Elle parle dans une église désaffectée :

« CAMARADES,

« Nous voici réunis de cœur avec notre Leader Maximus, pour commémorer l'assaut donné aux tranchées cléricales. Les églises, ces centres d'ombre et de mystère, sont maintenant ouvertes à la lumière de la vérité. Nous n'entendrons plus les chants de mansuétude et de résignation de tant de bonnes âmes qui, trompées par la foi en l'existence d'un Dieu représenté par des statues et des images, perdaient leur temps à les implorer en vain, de même qu'elles perdaient leur argent en aumônes qui passaient dans les poches des curés...

« Nous n'entendrons plus de sermons, ni le murmure des confessionnaux où la pudeur se perdait aux pieds d'un moine libidineux en échange de dix minutes d’exhortation. Nous ne verrons plus glisser dans ces salles des fantômes ensoutanés; nous ne verrons plus la silhouette d'évêques ventrus qui, le rosaire à la main, priaient dans l'ombre pour les âmes perdues, pour ces pauvres brebis dévoyées qui ne leur faisaient plus parvenir leur argent.

« Une lumière très vive nous inonde; elle nous vient du livre, de l'équerre et de l'outil qui enseignent la vérité et la science de la vie. Le livre, l'outil, voilà nos dieux, les dieux qui donnent le pain et la paix de l'âme, sans oremus et sans mea culpa, au riche comme au pauvre, à l'homme comme à la femme.

« La lumière de la raison éclaire l'école. »


C'est en effet dans les écoles que Garrido Canabal a le mieux travaillé. Depuis dix ans, les enfants n'ont dans la tête que ce qu'il y a mis : la haine de Dieu et du prêtre, l'amour de la vie animale dont ils doivent jouir sans frein.



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Message  Roger Boivin Lun 31 Aoû 2009, 1:00 pm


Les murs des écoles se couvrent de fresques obscènes où les acteurs sont toujours des prêtres et des religieuses. Des traités d'éducation nouvelle s'impriment; dans une préface, Garrido écrit, en 1933 :

« Pour les professeurs de la classe ouvrière, la foi dans les dogmes et les divinités n'existe pas...
« Les ouvriers ( de Tabasco ) ont vécu huit ans sans prêtres, sans église, sans pratiques religieuses; ils sont maintenant en pleine prospérité et en pleine culture, guidés par les seules données de la raison. Ils ont cessé de réclamer de leurs dieux la justice que les criminels égoïsme leur refusent : ils sont maintenant convaincus que leur émancipation repose sur eux-mêmes. »


Les enfants reçoivent des leçons pratiques d'athéisme. Dans une école on réunit des enfants affamés. La maîtresse leur dit : « Allons, priez, mes enfants ! Si Dieu existe, qu'il nous donne du pain. » Comme rien n'arrive, elle leur dit que leur Dieu est sourd, ils doivent insister : « Répétez encore : Si Dieu existe, qu'il nous donne du pain ! » Rien. « Alors, mes enfants, dites maintenant après moi : Si la Révolution s'occupe de nous, qu'elle nous donne du pain ! » Aussitôt une porte s'ouvre sur une table chargée de mets préparés d'avances...



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Message  Roger Boivin Lun 31 Aoû 2009, 1:18 pm


On met dans la main des enfants des pics et des pelles et on les fait travailler à la démolition des églises, ces foyers d'obscurantisme ! Garrido Canabal veut que ces leçons passent à l'histoire. Il a soin de faire photographier les scènes qu'il reproduit ensuite dans ses revues. Rien n'est plus triste que le spectacle de ces pauvres enfants soumis à telle école d'athéisme. On les voit célébrant ce qu'ils appellent Semaine Sainte : des jeunes gens, portant une croix, reproduisent la cérémonie des trois chutes de la montée au Calvaire; les enfants défanatisés se tordent de rire. Voici la statue du général Obrégon, le révolutionnaire martyr, coulée avec les bronzes des cloches d'églises. Là, c'est un groupe de jeunes filles, portant chacune une croix de bois qu'elles vont poser sur le bûcher. Une photo nous montre un grand Christ en croix; c'est la scène du Calvaire. Au pied, une Madeleine effrontée, la cigarette à la bouche. au bas Garrido Canabal ajoute son commentaire : « Voilà l'évolution de l'esprit des travailleurs ! »

Tel est Garrido Canabal. On a vu dans l'histoire des fous puissants qui ont paru un instant à la surface du monde et se sont signalés par de telles turpitudes. La crise passée, ils rentraient dans l'ombre, parce que personne n'osait prendre la responsabilité de les approuver.

Calles a déclaré que Garrico Canabal était la fine fleur de la Révolution, le modèle achevé d'un Gouvernement d'État. Cardenas eût été prêt à lui céder la place comme candidat à la présidence; il lui donna même son vote.

L'État de Tabasco réalisait l'idéal qu'il fallait faire connaître à tout le pays. Quand, le 1er décembre 1934, Cardenas annonça la formation de son premier cabinet, Garrido Canabal, appelé à Mexico, y figurait comme ministre de l'Agriculture.



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Message  gabrielle Lun 31 Aoû 2009, 5:57 pm

On met dans la main des enfants des pics et des pelles et on les fait travailler à la démolition des églises, ces foyers d'obscurantisme ! Garrido Canabal veut que ces leçons passent à l'histoire. Il a soin de faire photographier les scènes qu'il reproduit ensuite dans ses revues. Rien n'est plus triste que le spectacle de ces pauvres enfants soumis à telle école d'athéisme. On les voit célébrant ce qu'ils appellent Semaine Sainte : des jeunes gens, portant une croix, reproduisent la cérémonie des trois chutes de la montée au Calvaire; les enfants défanatisés se tordent de rire. Voici la statue du général Obrégon, le révolutionnaire martyr, coulée avec les bronzes des cloches d'églises. Là, c'est un groupe de jeunes filles, portant chacune une croix de bois qu'elles vont poser sur le bûcher. Une photo nous montre un grand Christ en croix; c'est la scène du Calvaire. Au pied, une Madelaine effrontée, la cigarette à la bouche. au bas Garrido Canabal ajoute son commentaire : « Voilà l'évolution de l'esprit des travailleurs !

Tout simplement hallucinant, nous ne nous imaginions pas ici , avant l'apostasie générale ce qu'était ces blasphèmes que les grands et puissants de ce monde placent dans la bouche des enfants.

L'Écriture dit; des tous petits à la mamelle je me suis préparé une louange... ( à peu près)

C'est terrible de corrompre ceux qui ne demandaient qu'à aimer le Bon Dieu Sad Sad
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Message  Roger Boivin Lun 31 Aoû 2009, 7:51 pm

gabrielle a écrit:

C'est terrible de corrompre ceux qui ne demandaient qu'à aimer le Bon Dieu  Sad  Sad

Et aujourd'hui universellement, quand on ne les tue pas dans le ventre de leur mère, on les corrompt dès le plus bas âge.


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Message  Roger Boivin Lun 31 Aoû 2009, 9:25 pm


Vers l'holocauste


L
e gouvernement de Calles avait préparé la capitale à la venue de Garrido et de sa horde.

Depuis le milieu de l'été 1934, la lutte antireligieuse rappelle les plus mauvais jours de 1927-1928. Les catholiques sont partout menacés. A Coyoacan, la police est aux ordres d'un parent de Garrido Canabal, Homero Margalli, originaire de Tabasco. Cynique et sectaire, il veut implanter dans la ville, dont il est le préfet municipal, les méthodes de Tabasco. Tous les dimanches, dans le salon de Cabildos du palais de Cortéz, il tient des meetings, des « heures anticatholiques » où l'on ridiculise la religion et l'on insulte les fidèles. Depuis l'arrivée du Chef à Mexico, il a toutes les audaces. Le palais municipal devient un centre où les Chemises Rouges sont chez elles. Les samedis rouges s'organisent. Homero Margalli ne se cache pas pour dire qu'il faut en finir avec ces fanatiques de Coyoacan. Le persécuté, c'est lui, homero Margalli ! La population ne cesse d'insulter ses Rouges; il ne peut même pas avoir la paix, durant ses meetings : les cloches de l'Église couvrent la voix des orateurs ! Une fois il fait dire au curé d'arrêter la sonnerie. Au reste, l'église est un foyer d'obscurantisme : il faut la détruire !

On devine l'inquiétude des paroissiens de Coyoacan. Les œuvres de l'Action catholique en souffrent. Maria de la Luz doit réduire ses activités apostoliques. A partir de septembre, ses catéchismes à domicile sont suspendus. Un raid de la police eût amené la confiscation de la maison et exposé les catéchistes à toutes les violences.  La chose s'était vue à Mexico même. Le 28 octobre de cette année 1934, la police de Tacubaya pénètre un soir dans la maison privée de Mme Maria Solana de Ituarte, où quatre jeunes filles sont réunies. Leur zèle pour l'Action catholique est connu. Les agents leur intiment l'ordre de les suivre. Pas d'explication ! Elles sortent et personne ne peut savoir où on les a conduites.



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Message  Roger Boivin Lun 31 Aoû 2009, 10:02 pm


L'effronterie des malfaiteurs tout-puissants croît de jour en jour. En septembre, le Bloc révolutionnaire propose à la Chambre d'écarter tous les catholiques des fonctions publiques. Une Ligue Nationale se forme pour combattre le catholicisme et défanatiser les masses. Le 10 octobre, l'éducation socialiste obligatoire dans les écoles est approuvée par la Chambre à l'unanimité. Le lendemain, le barreau mexicain s'élève contre le projet; à l'assemblée de protestation, l'avocat Toribio Esquival Obrégon raconte qu'en plein Mexico un Inspecteur  de la secrétairerie de l'Instruction publique est entré dans une école.  Il s'adresse aux enfants en leur montrant un crucifix :

« Qui est-ce ? » Les élèves répondent : « C'est l'image de Notre-Seigneur !
- De Notre-Seigneur ? » reprend l'Inspecteur. Il jette le crucifix par terre, le foule aux pieds, le frappe. Aux enfants stupéfaits, il dit ; « Cela, un Dieu ? Voyez ce que je viens d'en faire de votre Dieu, et il ne m'a rien fait ! »

Le 12 octobre, la police et les pompiers dispersent vingt mille catholiques réunis pour protester; plus de cent femmes et enfants sont blessés. Le 15, Lombardo Toledano, qui deviendra plus tard le confident et le bras droit de Cardenas, expose ses projets de réforme de la famille; il exalte le divorce et réclame l'émancipation absolue de la femme.

Le 2 novembre, le Sénat demande que deux prêtres seulement soient autorisés à exercer le ministère pour tout le district fédéral. Le 6, des révolutionnaires de Tamaulipas font irruption dans la Chambre des Députés et exigent simplement que tous les curés et les évêques soient massacrés. Tabasco a donné l'exemple. Il faut le suivre !

Tabasco, un modèle ? La Palabra, un journal indépendant maintenant supprimé, en donne des nouvelles dans son numéro du 11 novembre 1934. C'est un véritable enfer ! Le peuple n'en peut plus. Garrido est maudit de tous; des enfants de quatorze ans sont embrigadés dans une armée de « Jeunes révolutionnaires d'Avant-Garde » pour veiller à sa vie menacée.



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Message  Roger Boivin Mar 01 Sep 2009, 9:53 pm


Cardenas tire son ami d'embarras en le faisant venir à Mexico. Avec Garrido l'enfer de Tabasco envahit la capital.

Le nouvel Attila fait son entrée triomphale à Mexico, escorté de jeunes gens formés par lui-même et à son image. C'est une véritable armée, bien disciplinée. L'uniforme les distingue des autres soldats : béret rouge et noir, chemise rouge, culotte noire. Leur drapeau, rouge et noir, est promené dans les rues de la ville à conquérir.

Les Rouges-Noirs se mettent aussitôt à l’œuvre.

Garrido trouve que Mexico est bien en retard ! Il faut rattraper le temps perdu. Il inonde la ville de sa littérature de Tabasco : livres, pamphlets, cartes postales, affiches de toutes dimensions font savoir aux habitants arriérés de la capitale que Dieu n'existe plus. C'est dans les bureaux du ministère de l'Agriculture que la propagande est la plus soignée. Sur les murs, on lit des textes comme celui-ci :
« La croyance en Dieu a été la cause de l'esclavage des peuples. »

Tous les employés, hommes et femmes, doivent porter la Chemise rouge.

Il faut déniaiser ces scrupuleux : des images du Christ et de la Vierge sont étalées sur le parquet; pour entrer dans leurs bureaux les employés doivent les fouler aux pieds.

Et cent horreurs pareilles.



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Message  Roger Boivin Mar 01 Sep 2009, 10:24 pm


Le 3 décembre, deux jours après l'installation de Garrido au ministère de l'Agriculture, Mlle Eloisa Azcuaga, secrétaire particulière du ministre, réunit les employés et leur signifie que les choses vont changer. Quiconque veut garder son emploi doit d'abord acheter les ouvrages de défanatisation; il doit assister aussi à toutes les conférences anticatholiques.

Le 4, un employé du ministère annonce que les employés de quinze à trente ans doivent, tous les mercredis, à huit heures du soir, se présenter à la Loge maçonique située au numéro 2  de la rue de Tacuda. Le lendemain, la camarade Azcuaga lit sa première conférence. En résumé, elle affirme que Dieu n'existe pas et s'efforce de tourner en ridicule la communion et les cérémonies du culte catholique. L'auditoire se transporte ensuite à la Loge; tout le monde est invité à s'initier à la maçonnerie. Gare à celui qui refuse de s'unir « pour démolir à jamais les têtes fanatiques » !

Le jeudi 6 décembre, les employés du ministère sont invités à la représentation d'un film défanatiseur. Les excuses ne sont pas admises. Le film est une leçon de choses : il fait voir comment, en Tabasco, on brûle les images saintes et on détruit une église. La soirée s'achève par une démonstration sensationnelle : la camarade de la Fuente présente à ses auditeurs une grande image de Notre-Dame de Guadeloupe : « Camarades, dit-elle, cette Vierge n'a jamais fait de miracles. Vous allez en avoir la preuve. » Elle se fait apporter une allumette et fait brûler l'image. La foule doit applaudir.

Les actes de vandalisme éclatent de tous côtés. Le matin du 19 décembre, sur la route de Cuernavaca, une statue célèbre de Notre-Dame de Guadeloupe est arrachée de son socle et réduite en miettes. Les journaux attribuent le sacrilège à des inconnus, mais tout le monde sait que c'est le fait des Rouges-Noirs de Garrido. Sûrs de l'impunité, ils poursuivent leur campagne de défanatisation.



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Message  Roger Boivin Mar 01 Sep 2009, 10:34 pm


Que peuvent faire les catholiques ? Il ne leur reste qu'une arme : la prière. Le 28 décembre, des milliers de petits enfants vont en pèlerinage avec leurs mères à la grande Basilique de Notre-Dame de Guadeloupe; chacun porte, avec sa prière, une gerbe de fleurs. Des montagnes de roses s'accumulent au pied de l'autel. Les mères, au bout de leurs bras tendus, présentent à Notre-Dame leurs bébés : tant d'innocence arrêtera peut-être la colère du ciel !

Ce jour-là Maria de la Luz assistait à une réunion intime dans une bonne famille de Coyoacan. Avant de rentrer à la maison, elle dit à ses amies : » nous ferions bien de nous embrasser pour la nouvelle année... Qui sait si nous nous reverrons ! »



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Message  Roger Boivin Mer 02 Sep 2009, 10:19 pm



La messe rouge


H
omero Margalli a donné rendez-vous à sa troupe de défanatisateurs pour le 30 décembre. C'est un dimanche. A dix heures, l'église sera rempli d'enfants; c'est le moment choisi pour la brûler.

Dès avant neuf heures, soixante jeunes gens, de quinze à dix-huit ans, portant l'uniforme rouge-noir, arrivent au palais municipal. Margalli les attend; les revolvers sont prêts; un pour chacun, avec dix cartouches. Leur enthousiasme est chauffé à blanc depuis longtemps; pour leur donner du courage, il leur fait boire six bouteilles de cognac. Le mot d'ordre est donné : au cri de « Vive la Révolution », ils se lanceront à l'attaque. Ils n'ont d'ailleurs rien à craindre. C'est Garrido qui commande à Mexico, et il les protégera. Les précautions sont prises. Ils pourront opérer à leur aise : la police a reçu l'ordre de ne pas bouger. La besogne finie, ils pourront venir se réfugier au palais municipal. Les portes seront ouvertes pour les recevoir.

Le palais municipal est juste en face de l'église; le grand parc du Centenario les sépare. Il est neuf heures. Les Chemises Rouges gagnent le centre du parc, où, à une trentaine de mètres de l'église, s'élève une grande croix, appelée croix de la Mission. Ils suspendent aux bras de la croix le drapeau rouge et noir et sur le socle ils installent le portrait du citoyen Margalli. Les orateurs montent sur le socle. Les discours commencent. le thème en est connu. Des injures au Pape, à l'Église, aux évêques et aux prêtres. Des blasphèmes. Tout le répertoire y passe. Le cognac rend éloquent.

Les curieux s'arrêtent un moment. La scène est plutôt ridicule. Quelques personnes pourtant commencent à s'inquiéter et vont alerter les fidèles.

Un orateur de quinze ans lance des phrases particulièrement violentes. Ses menaces trahissent le but de la réunion. Il s'écrie : « Le mouvement libérateur de Tabasco doit tuer tous les « tondus » ( moines ); il doit détruire la religion, en brûlant les images saintes et les églises... Nous comptons sur l'appui du gouvernement; il voit notre mouvement avec beaucoup de sympathie, il est prêt à nous seconder. Le Président de la République ne pourra nous arrêter. Car à Mexico, celui qui commande, c'est Garrido! »

Ces mots rapportés textuellement par un auditeur font bientôt le tour de la paroisse de Coyoacan. Les Rouges vont brûler l'église !



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Message  Roger Boivin Jeu 03 Sep 2009, 9:15 pm


Maria de la Luz était chez elle. L'église est menacée; sa résolution est prise. Elle sait que deux cents petits enfants, ses anciens élèves de catéchisme, sont à l'église. Il faut aller les défendre. Bien que souffrante, elle dit à sa soeur Lupita de se préparer à l'accompagner. Maria de la Luz pressent que c'est sa dernière sortie et qu'elle va à la rencontre de l'Époux. Elle met ses plus beaux habits : une robe de soie verte dont le collet est orné de satin blanc.

En la voyant, sa sœur lui dit, étonnée :

« Pourquoi te parer ainsi ?

- Quand c'est le Christ-Roi qu'il faut défendre, répond Maria de la Luz, ne convient-il pas de mettre sa plus belle robe ? »

Elles partent.

L'église est à dix minutes de distance. Elles suivent la belle avenue de Mexico qui débouche sur la rue  du Cinquantenaire. Les cris des orateurs Rouge-Noirs retentissent encore au milieu du parc qu'elles longent pour atteindre l'église. Du groupe des énergumènes un Rouge-Noir se détache et s'avance vers les deux jeunes filles. Il sait ce qui se prépare. Il les arrête :

» Ne vous vantez pas trop d'être catholiques; ce matin, vous allez voir des choses terribles !

- Nous n'avons pas peur du tout, répond Maria de la Luz en s'éloignant du côté de l'église. Nous sommes disposées à mourir pour le Christ-Roi, s'il le faut. Nous en serions très contentes ! »

Dans la sacristie, le curé Rafael Medina se préparait à célébrer la messe. On vint lui dire qu'un meeting de Chemises Rouges avait lieu devant l'église et qu'on craint quelque incident. Le bruit courut même que des bombes étaient déposées dans l'église. L'énervement exagère sans doute le danger, pense le curé. Il revêt les ornements sacerdotaux et commence la messe. De l'intérieur de l'église on entend les vociférations des Rouges. La voix du prêtre, calme et forte, tranquillise les fidèles. Introibo ad altare Dei... Quare tristis es, anima mea, et quare conturbas me ? ...



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Message  Roger Boivin Jeu 03 Sep 2009, 9:43 pm


Maria de la Luz est restée à la porte de l'église. Elle se disait : « S'ils veulent entrer, ils devront me passer sur le corps. » Face aux Rouges, elle attend, tranquille. Sa soeur Lupita se tient près d'elle; quelques autres jeunes filles sont un peu plus à l'écart. Un mendiant, paralytique, est assis près du seuil de la porte où passent les fidèles, des gens du peuple pour la plupart.

Un jeune homme qui porte l'uniforme rouge-noir s'approche du groupe des jeunes filles. Il est de Coyoacan. Maria de la Luz le reconnaît, c'est un de ses anciens qu'elle a préparé à la communion. Le remords le fait parler. Il sait ce qu'il va se passer et il veut sauver son ancienne catéchiste :

« Mademoiselle, je vous en supplie, ne restez pas ici. Ne restez pas ici. On va brûler l'église !... »

Maria de la Luz ne bouge pas...

Au Sanctus, les cloches se mettent à sonner. Les blasphèmes et les hurlements des Rouges ne connaissent plus de bornes. « Mort aux curés ! Vive la Révolution ! Maudite église ! A bas l'église ! »

Les fidèles, agenouillés, tremblent de peur. Ils croient que c'est le signal; les Rouges vont entrer ! Une voix d'homme crie dans l'église :

« Que ceux qui ont du courage viennent à la porte ! »

Une vingtaines de personnes se massèrent devant l'église : des ouvriers, des jeunes filles et quelques mères héroïques qui tiennent leurs enfants par la main.

Mlle Carmen B., la présidente de l’œuvre des catéchistes de la paroisse, rejoint Maria de la Luz, qui se tient au premier rang, face aux Rouges menaçants. Quelqu'un dit à Lupita :

« Voyez donc comme votre sœur est pâle. Elle a peur !

- Ah ! je ne sais vraiment pas, reprend Maria de la Luz, qui pourrait ne pas avoir peur en ce moment ! »



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Message  Roger Boivin Jeu 03 Sep 2009, 10:17 pm


Le célébrant se rend compte du danger. Il a entendu la voix de l'homme et le remous de la foule. Il craint une profanation. sans achever les prières du Canon de la messe, il consomme les Saintes Espèces. Une porte latérale donne sur le cloître de l'ancien couvent du XVIe siècle; les mamans et les catéchistes y mettent les enfants en sûreté.

Au dehors, règne une grande excitation. Les Rouges hésitent à entrer. Il faudrait marcher sur le corps de ces femmes et de ces enfants. Exaspérés, ils recommencent leurs blasphèmes. Chaque fois qu'ils vocifèrent : « Maudit soit le Christ-Roi ! Maudite soit la Vierge de Guadeloupe ! » Maria de la Luz réplique d'une voix forte : « Vive le Christ-Roi ! Vive Notre-Dame de Guadeloupe ! » Le commandant, le propre neveu de Garrido Canabal, debout sur le socle de la croix de Mission, ne sait quel parti prendre. Ce n'est pas le scrupule qui l'arrête, mais la peur.

Les blasphèmes reprennent. Maria de la Luz crie toujours : « Vive le Christ-roi ! » Son exemple entraîne les autres.

Un catholique encourage sa femme :

« Crie, crie, toi aussi, comme la jeune fille : Vive le Christ- Roi ! »



A Rome, les préteurs engageaient ainsi avec les premiers chrétiens ce duel à mort :

« Reniez le Christ et adorez les idoles !

- J'adore le Christ, le seul Dieu vivant !

- Je vous ferai châtier !

- Vos tourments m'effraieraient, si le Christ ne souffrait pas avec moi ! »



Ici, la scène change, mais c'est le même drame. Les Rouges, juges et bourreaux, s'écrient :

« Maudissez le Christ !

- Vive le Christ-Roi ! » répond Maria de la Luz.

Les revolvers sont pointés sur elle. Elle a peur, mais le Christ est avec elle. Le commandant, furieux, sent qu'il ne pourra pas s'approcher de l'église. Il change de tactique. Le carnage sera plus beau. Il se tourne vers sa troupe et crie :

« Vive la Révolution ! »

C'était le signe convenu.

« Vive le Christ .. »



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Message  Roger Boivin Jeu 03 Sep 2009, 10:26 pm


Maria de la Luz n'a pas le temps d'achever; une balle l'a frappée en pleine poitrine. Carmen B., présente à la scène, m'a juré avoir entendu le dernier mot.

Pendant que les balles pleuvent sur les catholiques sans défense, Maria de la Luz s'affaisse dans les bras de sa soeur. La panique est effroyable. On cherche un abri; on court vers la porte de l'église trop étroite. On passe sur le corps de Maria de la luz étendue dans son sang. Carmen B. tombe par terre évanouie.

Quand elle reprend ses sens, elle se trouve face à la poitrine de Maria de la Luz. Le sang coulait abondamment de la blessure. Elle vit alors, comme en un rêve, les trois couleurs du drapeau mexicain : vert, blanc et rouge... Le col blanc, le sang sur la robe verte !

Dans le parc. le drapeau sacrilège rouge-noir recouvrait la croix; sur le seuil de son église, la jeune martyre mourait enveloppée dans les couleurs du vrai Mexique catholique. Les Rouges avaient vidé leurs revolvers. Ils avaient tiré plus de six cents balles. Plusieurs blessés gisaient dans une marre de sang. Quatre hommes étaient frappés à mort; un négociant de la ville de Coyoacan, deux petits ouvriers, et le vieux paralytique. Quelques petits enfants moururent aussi; mais les mères, pour éviter l'odieuse cérémonie de l'autopsie, emportèrent chez elles, en cachette, le corps de leurs enfants martyrs.

Au pays Rouge, cela s'appelle une leçon de défanatisation.

Leur besogne achevée, les Rouges-Noirs n'osent plus attaquer l'église; ils se retirent vers le centre du parc. Ils n'ont plus de cartouches, mais, réunis en cercle, ils gardent leurs pistolets braqués sur la foule qui, revenue de sa stupeur, s'avance vers eux, menaçante. Ils prennent la fuite. Les bureaux du palais municipal sont à deux pas. Margalli les y attend. Les portes se referment derrière eux.

devant l'église, on ramasse les blessés.

Maria de la Luz, inconsciente, respire encore. On la porte dans l'église. Un prêtre lui donne l'Extrême-Onction. Pendant que l'huile sainte signe son front, le sang de son cœur coule sans cesse de la blessure.

L'église est sauvée; l'ennemi est en fuite. Mais le prix de la victoire tombe goutte à goutte sur les dalles.


maria de la luz camacgo - Maria de la Luz Camacho, martyre , 1907-1934 ( Mexique ) - Page 6 Numari23




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Message  Roger Boivin Sam 05 Sep 2009, 10:09 am



Le cercueil blanc


A
u palais municipal, il y a une ancienne chapelle où Fernando Cortés aimait à prier. Abandonnée, profanée, elle sert de dépôt. Les cadavres y sont transportés. Pendant que, penchés sur le corps de Maria de la Luz, les parents pleurent, les Rouges-Noirs savourent, dans une salle voisine, la joie de leur victoire. Margalli est content. Il félicite ses braves.

La foule, cependant, est là, à la porte du palais. Elle demande à grands cris qu'on lui livre les assassins. Margalli a peur. Il prend ses précautions. Les Rouges-Noirs déposent leur uniforme, détruisent leurs cartes d'identité et cachent leurs armes. A la tombée de la nuit , deux camions les transportent à la pénitencerie. Là, ils seront en sûreté. Ils boivent à leur aise le champagne que Garrido Canabal leur fait parvenir avec ses félicitations.

M. Camacho réclama le corps de sa fille. Mais la loi exige d'abord l'autopsie. Une voiture emporte, vers cinq heures du soir, les restes de Maria de la Luz à l'hôpital Juarez où l'on mit vingt-quatre heures à constater que « le cadavre de Maria de la Luz Camacho présentait une blessure d'arme à feu du calibre 45 ».

Le lendemain, dans l'après-midi, le corps fut rendu à la famille.

La maison était prête à recevoir la jeune martyre. Une foule d'amis l'attendait à la porte. Les lis, les roses s'entassaient dans la chambre où la jeune fille avait passé douze ans. On fit un lit de fleurs sur lequel on la déposa, vêtue de noir.

Deux mille personnes défilèrent devant la martyre qui semblait sommeiller, la tête tournée vers les visiteurs.

Ainsi devait paraître Cécile blessée à mort dans sa maison princière de Rome.

Les fidèles faisaient toucher à la martyre leurs objets de piété. Les catéchistes et les membres de l'Action catholique féminine vinrent par groupes s'agenouiller autour du lit de fleurs, comme au pied d'un autel. La visite la plus émouvante fut celle des enfants, pour la plupart anciens élèves de catéchisme de Maria de la Luz. Ils lui devaient d'avoir connu le Christ; ils savaient aussi que la mort de leur catéchiste aimée avait été la rançon de leur vie menacée par les Rouges. Avec leurs fleurs, ils portaient leur merci.

Le soir, un prêtre, ami de de la famille, entra dans la maison où l'on pleurait encore la chère enfant disparue; il déposa une palme sur le corps de Maria de la Luz :

« Ici, pas de larmes, dit-il. La mort n'est pas entrée dans cette maison, mais une bénédiction du ciel ! »

On s'agenouilla. Quelqu'un commença la récitation du De profundis.

« Non, pas cela, dit le prêtre. Nous n'avons pas à prier pour une martyre. C'est elle qui doit prier pour nous ! » Et d'une voix grave il répéta plusieurs fois cette invocation :

« Maria de la Luz, vierge et martyre, priez pour nous ! Maria de la Luz, vierge et martyre, priez pour notre cher Mexique ! »

C'était le soir du 31 décembre.



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Message  Roger Boivin Dim 06 Sep 2009, 9:08 pm


Les amis et les pieux visiteurs priaient sans relâche dans la chapelle ardente. Minuit passa; les souhaits que chacun formulait en son âme ne pouvaient s'exprimer en paroles. Ils étaient d'ailleurs les mêmes pour tous : que l'année nouvelle soit plus heureuse ! Que le bon Dieu ait enfin pitié de son Église mexicaine !


maria de la luz camacgo - Maria de la Luz Camacho, martyre , 1907-1934 ( Mexique ) - Page 6 Numari24



Le premier jour de l'année 1935 devait apporter un gage d'espoir en des temps meilleurs. Le ciel était clair; l'air tiède comme aux beaux jours de mai.

Dès le matin, tout Coyoacan était en mouvement.

Des villes voisines, de Culhuacan, de Los Reyes, La Otra Banda, Coapa, San Bernabé, Churubusco et de Mexico une foule immense de fidèles, beaucoup de paysans et d'ouvriers remplissaient les rues de la ville. Le Grand défilé funèbre devait partir à cinq heures du soir. A trois heures, le parc du Centenario était rempli; les cloches de la paroisse commencèrent à sonner. Du portail de l'église le spectacle était saisissant : une mer humaine, calme, d'où émergeaient des milliers de fleurs blanches. Ici et là des pancartes portant des inscriptions. Les membres de l'Association de la Jeunesse catholique veillaient à l'ordre. A cinq heures, le défilé se mit en branle. Les jeunes filles et les enfants vêtus de blanc ouvraient la marche; les femmes, presque toutes en habit de deuil, les suivaient. Les hommes marchaient huit de front. Le cortège s'étendait sur une longueur de plus de deux kilomètres.


maria de la luz camacgo - Maria de la Luz Camacho, martyre , 1907-1934 ( Mexique ) - Page 6 Numari25



Le cercueil blanc de Maria de la Luz, recouvert du drapeau jaune et blanc de l'Action catholique, se détachait nettement au-dessus de la foule. M. Camacho et des jeunes gens de l'Action catholique le portaient sur leurs épaules; trente jeunes filles, vêtues de blanc, la main dans la main, faisaient cercle en marchant autour de leur compagne. Cent petits enfants vêtus aussi de blanc les précédaient, en balançant leurs palmes, ou en répandant des fleurs blanches sur le sol où devait passer leur ancienne catéchiste. Certains groupes portaient d'énormes couronnes de fleurs; dans le défilé, toutes les classes de la société avaient pris place : les pauvres, amis privilégiés de Maria de la Luz, des ouvriers, des gens du peuple et les personnes de la haute société. La veuve de l'ex-président de la République, Mme Carmen Romero Rubio de Diaz, suivait le cercueil à pied, mêlée à la foule.

Un seul gendarme fut remarqué le long du défilé. Quand passa le corps de Maria de la Luz, il enleva son képi et se signa avec respect.

Au loin sonnaient toujours les cloches de l'église; la foule priait. Au passage du cercueil blanc, on chantait l'hymne de la jeunesse catholique mexicaine. Avec une respectueuse allégresse, on saluait le passage du drapeau sur lequel on lisait les trois mots : Eucharistie, Apostolat, Héroïsme.

Trente mille personnes acclamèrent l'archevêque de Mexico venu à leur rencontre. Quand Mgr Diaz vit apparaître le cercueil de Maria de la Luz, il s'écria : « Vive la première martyre de l'Action catholique ! » Les milliers de fidèles répétèrent : « Vive la première martyre de l'Action catholique ! » Le formidable écho ratifiait l'acclamation du primat de l'Église mexicaine.

Dans la primitive Église, la voix du peuple fidèle canonisait les martyrs; les catholiques mexicains savent ce que c'est qu'un martyr ! Ils se sont prononcés; leur sentence n'est-elle pas au moins une invitation à joindre nos prières aux leurs : Maria de la Luz, vierge et martyre, priez pour nous ! Maria de la Luz, vierge et martyre, priez pour le pauvre Mexique !



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Message  Roger Boivin Mar 08 Sep 2009, 12:08 pm


L'épitaphe du Xoco


L
'espoir de voir porter au tribunal de Rome la cause du martyre de Maria de la Luz se réalisera peut-être un jour... ( Évidemment, on était sous Pie XI quand on a écrit ces lignes. Roger. )

La preuve sera facile à faire. Les faits parlent d'eux-mêmes et les catholiques mexicains ont déjà porté leur jugement. L'avocat du diable, comme on appelle à Rome celui qui fait valoir les objections contre la cause d'un martyr, n'aura pas la partie facile. Il aura à défendre sa thèse même contre les diables de Mexico qui - eux aussi - ont déjà témoigné en faveur du martyre de Maria de la Luz.

Le fait est peut-être unique dans l'histoire. La tuerie de Coyoacan a consterné les catholiques, mais elle a révolté même les plus pervers. La sentence est unanime : les Rouges-Noirs de Garrido Canabal ont tué Maria de la Luz en haine de la foi.

L'affaire avait eu lieu en pleine capitale, un dimanche matin, contre des fidèles qui n'avaient commis d'autre crime que celui d'aller à la messe.

Tout le pays en fut bientôt informé. Les protestations arrivèrent de toutes les régions du Mexique. Les journaux en citent des pages entières. Les télégrammes s'entassent sur la table du Président. En voici quelques exemplaires, signés par des adversaires de l'Église :



Mexico, D. F., 31 décembre 1934


CITOYEN PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

Par mon entremise, le Parti Démocrate reconstructeur proteste énergiquement devant vous contre l'attentat barbare et sauvage qui s'est commis hier, à Coyoacan, et qui constitue la violation la plus sarcastique de la liberté de conscience reconnue dans le monde, et par notre propre Constitution.

Comme la culpabilité en est imputée à Garrido Canabal, nous demandons qu'il disparaisse du Ministère. Par l'entremise de ses subalternes, c'est lui qui est responsable de ces procédés absurdes et brutaux, soi-disant pour cristalliser l'idéal de la défanatisation au Mexique. De tels procédés violents ne peuvent servir cette œuvre qui, au contraire, doit s'opérer lentement par des moyens éducatifs
: CAR IL N'EST PAS FACILE D'EFFACER DE L'ÂME DE NOTRE PEUPLE CE SENTIMENT RELIGIEUX SI PROFOND ET TRADITIONNEL. ( C'est nous qui soulignons l'aveu. )

Nous demandons en même temps la destitution du Délégué Homero Margalli de son office, car il a pris part au complot sanglant, en aidant à le préparer et à le réaliser.

Le Président,

Alfredo PARRA



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Message  Roger Boivin Mar 08 Sep 2009, 1:25 pm


( La Prensa, 1er janvier 1935 )


Protestation du groupe radical :

Profondément ancrés dans nos convictions marxistes et à l'abri de tout soupçon de partialité à cause de notre ferme position de gauche... nous protestons devant l'opinion publique et de toute notre énergie contre les assassinats barbares que des éléments provocateurs, au service absolu de Garrido Canabal, ont commis hier sur des gens du peuple.

Ils ont agi sans provocation aucune. Ils n'ont réussi qu'à créer une exaltation du sentiment religieux; ils ont desservi leurs propres intérêts et le véritable but de nos luttes proclamé par les grands fondateurs de la doctrine socialiste, Marx et Lénine; c'est-à-dire, le groupement de tous les travailleurs exploités, sans distinction de croyances religieuses, avec le but unique de socialiser les moyens de productions et d'imposer la dictature du prolétariat.

Au nom de l'Union des Étudiants :



José Rivera ALBARRAN
Paul Vega CORDOVA

Mexico, D. F., 31 décembre 1934.



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Message  Roger Boivin Mer 09 Sep 2009, 3:04 pm


Les mêmes signatures figurent au bas d'un télégramme envoyé au Président de la République :

« En d'autres occasions nous avons manifesté notre opinion contraire aux éléments cléricaux qui exploite le prolétariat. Cette fois, nous recourons à vous et protestons énergiquement contre les assassinats commis hier par de faux socialistes qui abusent de la magnanimité de votre gouvernement et s'emparent de positions officielles pour déployer des activités suspectes et provocatrices. » ( La Prensa, 1er janvier 1935. )


Le professeur René Ailes écrit :

« Il ne se trouvera sûrement personne, de quelque croyance qu'il soit, qui puisse approuver et même excuser une telle action, barbare à tous les points de vue et qui fera douter l'étranger de la civilisation de notre pays. » ( La Prensa, loc. cit. )


L'Association révolutionnaire mexicaine adressa le message suivant à Cardenas :

«... Nous protestons contre l'oeuvre antipatriotique que certains éléments ultra-radicaux ont accomplie, détournant de son but l’œuvre purificatrice entreprise par votre gouvernement. Nous demandons une punition exemplaire.

« Nous croyons qu'on ne peut pas combattre des dogmes politiques ou religieux avec le terrorisme, mais seulement avec la persuasion. Des actes comme ceux-ci doivent être punis avec toute la rigueur de la loi. Notre honneur national est en jeu devant le monde civilisé. » ( La Prensa, 2 janvier 1935. )


La Société des Élèves de l'École Libre de Droit s'adresse ainsi au Président Cardenas :

« Votre élévation à la présidence de la république a apporté au peuple mexicain l'espoir de vivre sous un régime capable de protéger les droits qui lui sont garantis par la Constitution. Le massacre de Coyoacan offre à votre gouvernement l'occasion de faire preuve d'une justice impartiale et d'appliquer un châtiment sévère. Pour le prestige du Mexique et celui de votre gouvernement, la classe étudiante ne doute pas que vous prêtiez l'oreille aux clameurs qui s'élèvent de tout le pays, réclamant justice. » ( La Prensa, 2 janvier 1935. )



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