Maria de la Luz Camacho, martyre , 1907-1934 ( Mexique )

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Message  Roger Boivin Mar 11 Aoû 2009, 10:36 pm


Calles est déjà « l'homme fort » de Sonora; il prépare la fameuse Constitution qu'il fera voter en 1917 à Queretaro et qu'il appliquera plus tard en versant le sang des prêtres qu'il hait, et de ses amis qu'il redoute.

Les années qui vont suivre ne laisseront guère de répit aux catholiques. Presque chaque jour, des prêtres seront tués ou mis en prison, des évêques insultés ou exilés, des religieuses chassées de leurs couvents; c'est le grand martyrologue de l'Église Mexicaine qui s'ouvre.

La dernière génération du Mexique a grandi dans cette atmosphère d'héroïsme. Il faut que ce peuple ait une remarquable santé morale pour résister à tant de chocs. C'est merveille que tant de deuils et de souffrances n'aient pu venir à bout de la bonne humeur des Mexicains. Ce qui les sauve, c'est, avec la grâce de Dieu, leur grand esprit de famille. A la maison la contrainte de la rue disparaît, les coeurs s'épanouissent et les forces se refont. C'est là le don le plus précieux que le bon Dieu puisse faire à un peuple. Non fecit taliter omni nationi.

Cet appui manqua souvent à Maria de la Luz. En 1918, elle devient orpheline pour la seconde fois. Sa belle-mère meurt, laissant à M. Camacho deux garçons et une fille. De Puebla, les enfants retournent à Mexico chez leur grand'mère maternelle. Maria de la Luz a onze ans et le cadet à peine quelques mois. Pendant quatre ans ils vivront pratiquement séparés de leur père, que les affaires retiennent toujours loin de la capitale.

La tante et la grand'mère reprennent leur tâche. La tempête révolutionnaire secoue tout le pays, mais dans la chère maison hospitalière, Maria de la Luz trouve la paix et l'affection vigilante où se développent les vertus chrétiennes. Quelques traits de ces années fécondes ont été conservés.



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Message  Roger Boivin Mar 11 Aoû 2009, 11:32 pm


La piété de l'enfant déborde de son âme. Elle aime surtout la Sainte Vierge. Elle lui dresse des autels et les orne avec goût. Quand tout est prêt, elle appelle ses petits frères, leur fait joindre les mains, pendant qu'elle chante des cantiques. La cérémonie s'achève toujours par l'offrande de fleurs, tradition si chère à tout catholique dans ce pays de printemps perpétuel où les fleurs de toutes sortes abondent en toute saison. L'offrande s'accomplit selon les rites. Maria de la Luz s'avance, vêtue de blanc, jusqu'au pied de l'autel où l'attendent ses frères habillés en enfants de chœur. Les fleurs passent de main en main pour être déposées aux pieds de la Madone. 1

La vérité des cérémonies organisées par Maria de la Luz attirait toujours les assistants. Parfois, la chambre qui servait de chapelle se tendait de noir. Au centre, des chaises recouvertes aussi de noir simulaient un catafalque. La pieuse bande d'enfants, l'air grave, assistait au service funèbre pendant lequel Maria de la Luz entonnait  le Requiem. La pauvre enfant, hélas ! l'avait souvent entendu à l'église.

Elle savait aussi s'amuser. De ses doigts agiles, elle fabriquait ce qu'elle voulait. Elle confectionnait de petits paquets cylindriques imitant parfaitement un rouleau de monnaies, les enveloppait de papier sur lequel elle écrivait en grosses lettres : « Pièces de 50 sous. » Elle les jetait sur le trottoir, et, assise en tapinois sur le balcon, s'amusait en silence de la déconvenue du passant naïf qui, croyant avoir fait une trouvaille, se baissait pour ramasser le paquet à la dérobée.


1. D'où vient cette délicieuse coutume ? De Rome, peut-être. Chaque année, dans l'église de Saint-Ignace, les enfants vont ainsi, le 21 juin, porter des fleurs au tombeau de saint Louis de Gonzague;  de petits enfants en habit  de pages, se tiennent derrière la balustrade, et, pendant des heures, transportent sur l'autel dans des plateaux d'argent, les fleurs qu'on leur présente.

Ainsi, à l'autre bout du monde, les enfants de l'Église catholique se rencontrent dans les mêmes gestes et dans le même hommage du cœur.
 



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Message  Roger Boivin Mer 12 Aoû 2009, 11:08 pm


D'autres fois, à la tombée de la nuit, elle attachait une monnaie à un fil imperceptible et le laissait glisser sous la fenêtre de sa chambre. Dès qu'on s'approchait, elle faisait tinter la monnaie sur le pavé. Le passant, croyant avoir perdu quelque chose, se mettait à chercher; quand il apercevait la monnaie, vite elle retirait son fil. Ces espiègleries l'amusaient beaucoup.

A son retour dans la ville de Mexico, Maria de la Luz passa quelque temps dans un couvent de Tlalpan. Tlalpan est un joli bourg caché sous les verdures; ses jardins, ses anciennes et riches maisons attiraient autrefois les familles fortunées de Mexico. Aujourd'hui une route nationale relie Tlalpan à la grande ville. les gens de condition modeste peuvent s'y rendre en tramway et y passer une agréable journée de repos. Le bourg est habité en grande partie par les indiens; leurs enfants, au temps de Maria de la Luz, grouillaient dans la misère et l'ignorance. Une dame charitable en eut pitié; elle ouvrit pour les petites indiennes du peuple une maison dont elle confia la direction aux religieuses Dominicaines. L'instruction se donnait gratuitement. Pour soutenir l’œuvre, une partie de la maison, pourvue de toutes les commodités modernes, recevait de Mexico quelques pensionnaires.

M. Camacho y envoya Maria de la Luz. Du passage de l'enfant à Tlalpan, un souvenir nous est conservé.

C’était en 1918, le mercredi dans l'octave de l'Ascension. ce jour-là, le Mexique célèbre la fête de Notre-Dame de la Lumière ( de la Luz ) 1.

Au pensionnat de Tlalpan, les élèves avaient droit à une promenade à la campagne, le jour de leur fête patronale. Le nom de Maria de la Luz est très commun au Mexique; ce jour-là elles sont une dizaine à se rendre en excursion à las Fuentes Brotantes, site d'une rare beauté, à peu de distance de Tlalpan. Maria de la Luz Camacho possède une piastre que son père lui a donnée pour ses menus plaisirs; elle obtient la permission de payer le goûter de ses compagnes. Cette enfant de onze ans sait déjà cueillir la fine fleur du bonheur : celui d'en donner aux autres. Elle court faire ses emplettes : des petits pains frais et de la cassonade, et puis met le tout dans son tablier. Quand la joyeuse bande arrive au terme de la promenade, la maîtresse enjoint à celle qui a voulu faire les honneurs de la fête d'aller puiser de l'eau. Les sources jaillissent nombreuses et limpides en haut d'une colline assez abrupte, pour descendre en cascades à travers les rocs et la mousse. L'eau est d'une fraîcheur délicieuse, mais difficile à atteindre. Il faut escalader les rochers. N'importe, il s'agit de rendre service, Maria de la Luz s'élance comme une flèche. Elle grimpe, hop-là ! un bond à droite, un bond à gauche : malheur ! la voilà par terre ! En tombant, ses doigts lâchent le coin du tablier : les petits pains blancs et la cassonade sont dans le sable ! Elle est navrée, mais elle prend vite son parti et se met à rire. C'est encore en riant qu'elle racontera ensuite sa mésaventure à ses petits frères.



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Message  Roger Boivin Mer 12 Aoû 2009, 11:32 pm


1. On représente Notre-Dame de la Lumière vêtue d'une robe blanche et d'un manteau bleu ciel. Sur son bras droit, la Vierge porte l'Enfant Jésus; de la main gauche, elle retire de la gueule du démon une âme représentée par une jeune fille. A droite de l'image, un ange offre à l'Enfant Jésus une corbeille remplie de cœurs enflammés.

C'est ainsi que, d'après la tradition, la Sainte Vierge se montra à une pieuse dame espagnole, en la priant de faire peindre un tableau d'après ce qu'elle voyait et de l'envoyer à Léon, au Mexique. La sainte image fut confiée à un missionnaire Jésuite en partance pour le nouveau monde. Elle est encore très vénérée au Mexique et particulièrement dans la ville de Léon, où des faveurs signalées continuent d'être attribuées à la Sainte Vierge, invoquée sous le titre de Notre-Dame de la Lumière, Maria de la Luz.



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Message  Roger Boivin Jeu 13 Aoû 2009, 10:19 am


Au mois de juillet de la même année 1918, elle quitte Tlalpan et revient à Mexico. Deux pieuses demoiselles, Sabina et Maria de la Luz Cea, donnaient des leçons très appréciées par les bonnes familles du quartier. Maria de la Luz y fut admise avec ses deux petits frères qu'elle conduisit à l'école chaque matin durant trois ans. Au bout de six mois, son bulletin, que j'ai sous les yeux, témoigne de sa bonne conduite et de son application à l'étude. Il ajoute que l'élève « Maria de la Luz Camacho a subi avec succès l'examen sur toutes les matières de la troisième année de l'institut catholique pour enfants ».

La jeune écolière laisse déjà entrevoir le grand talent d'actrice qu'elle mettra plus tard au service de la paroisse, dans les cercles d'Action catholique de Coyoacan. La distribution des prix était solennelle à l'Institut. Vers la fin de décembre, la salle du théâtre Hidalgo se remplit à six heures du soir : les élèves des demoiselles Cea vont donner une séance. Le programme, entremêlé de morceaux de musique, comporte un drame en trois actes : Sainte Hedwige, ou la conversion de la Lithuanie. C'est la pièce de résistance. Un vaudeville en un acte ouvre la soirée : Chaumière et palais. Il importe peu de savoir le fond des pièces, qui n'avaient, on le devine, rien que d'édifiant, mais il est intéressant de voir le nom de la petite Maria de la Luz figurer parmi les actrices.

Elle a ce talent dans le sang. Le soir, quand elle rentre à la maison, son passe-temps favori est d'organiser des représentations qu'elle tire elle-même des légendes et des récits de l'histoire de l'Église. Quand chacun sait son rôle et que le théâtre est prêt, elle convoque l'auditoire, sa tante et sa grand'mère, et la séance commence. Il faut croire que le succès couronnait ses efforts, car les spectacles se renouvelaient souvent. Parfois , au dire de son auditoire, Maria de la Luz improvise sur place; la pensée qu'elle divertit son monde la stimule et de nouvelles trouvailles sortent toujours de son esprit inventif.



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Message  ROBERT. Jeu 13 Aoû 2009, 11:47 am

Roger a écrit: Maria de la Luz Camacho(...) Cette enfant de onze ans sait déjà cueillir la fine fleur du bonheur : celui d'en donner aux autres.

La sainteté n'attend pas le nombre des années...
ROBERT.
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Message  Roger Boivin Jeu 13 Aoû 2009, 11:10 pm


Les années scolaires de « l'Institut catholique pour enfants » étaient sérieuses. Les demoiselles Cea étaient de l'ancien régime : onze mois de classe sur douze ! Maria de la Luz profita beaucoup de ses trois années d'études chez elles. Le 17 novembre 1921, elle quittait définitivement l'école. Elle avait quatorze ans.

Entre temps, il y avait eu des changements à la maison. Le 18 avril de la même année, son père, après quatre ans de veuvage, avait épousé sa belle-sœur, cette Adela Gonzalez qui avait eu pour Maria de la Luz l'affection et les soins d'une mère. La fête, tout intime, avait été joyeuse. Maria de la Luz s'était chargé des décorations. La maison était tout en fleurs.

Au milieu de l'été, M. Camacho alla s'installer à Coyoacan, au numéro 33 de la rue de Madrid. Pendant treize ans, la joie commune n'y fut troublée que par la mort d'un bébé de quelques mois, né en 1923. L'année suivante, un petit garçon, Raphaël, vint au monde, la veille de Noël.  Maria de la Luz, entourée d'une sœur et de trois frères, connaît enfin le bonheur stable et tranquille d'une famille chrétienne. Près de son père qui ne la quittera plus, elle aura la force d'assister au martyre de son pauvre pays; elle se préparera, dans les oeuvres d'apostolat paroissial, à gravir le calvaire que le Bon Dieu lui destine.

Autour du paisible foyer de la rue de Madrid, la tempête se mit à gronder.



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Message  Roger Boivin Jeu 13 Aoû 2009, 11:24 pm


Atmosphère de Catacombes


Depuis longtemps l'atmosphère était lourde. François Madero, qui, soutenu par les États-Unis, fit tomber le Président Diaz en 1911, avait laissé une grande liberté aux catholiques. Mais, idéaliste et fantasque, il fut le jouet de mauvais conseillers. Il tomba assassiné, en plein Mexico, sur le fameux boulevard de la réforme.

Le général Victoriano Huerta le remplace en 1913; mais il est trop honnête pour trahir son pays au profit de la grande république voisine. Woodrow Wilson inaugure alors une injuste politique d'intervention dans les affaires du Mexique, en le destituant pour mettre à sa place Venustiano Carranza, un politicien retors et ambitieux qui précipite son pays dans le chaos où se débat encore. « Les plus mauvais fils de chaque famille 1 » se joignent à cette bande de misérables que Carranza a soulevée pour s'emparer du pouvoir. Tout le pays est secoué comme par un cyclone; la religion, l'éducation chrétienne, tout ce qui fait obstacle aux révolutionnaires doit disparaître.

En 1917, Carranza fait voter, par une soi-disant Assemblée constitutionnelle, une série de lois qui organisent la persécution contre l'Église. L'enseignement officiel est laïque et obligatoire. Les religieux sont proscrits. Le culte catholique est confiné à l'intérieur des églises, qui deviennent propriété de la nation. L'exercice du culte est soumis au bon plaisir des gouvernements d'État, etc.

Carranza a des scrupules; son œuvre de destruction l'effraie et il cherche lui-même à en contenir la violence; il propose même de refondre les lois injustes portées contre le clergé. Mais il est trop tard.

Obrégon, un fin politique, se met en avant, pose sa candidature à la Présidence. Carranza meurt assassiné par ses anciens amis.

Washington voit d'abord d'un œil inquiet l'ascension du nouveau Président, mais les scrupules et les craintes de Wilson s'apaisent, quand Obrégon, dans les accords secrets, sacrifie les richesses de son pays au profit des gros financiers américains.

Obrégon, fort de cet appui, comprend qu'il peut gouverner sans appliquer à fond les lois extrêmes votées à Queretaro. Pendant quatre ans, les catholiques respirent. Les plus vils attentats  les tiennent pourtant toujours sur le qui-vive. Un jour, dans la cathédrale de Morélia, des mains impies poignardent une image de Notre-Dame de Guadeloupe; les catholiques se réunissent pour protester contre pareil sacrilège. Des coups de fusil les dispersent; dix-sept d'entre eux sont tués.


1. Le mot est de René Capistran Garza, le grand leader catholique exilé à Cuba.




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Message  Roger Boivin Dim 16 Aoû 2009, 5:38 pm


En novembre 1921, une bombe éclate sur le maître-autel de la fameuse basilique de la Vierge de Guadeloupe. Le lendemain, une grande manifestation est organisée par le comité central de l'Association de la Jeunesse catholique. Plusieurs jeunes gens tombent sous les balles, en pleine rue de Mexico.

En 1923, le Délégué Apostolique, Monseigneur Filippi, commet le crime impardonnable de présider à la pose de la première pierre d'un monument au Christ-Roi, sur le mont Cubilete. Il est expulsé du pays.

Pendant le Congrès Eucharistique national de 1924, les catholiques feront preuve, au sentiment des gouvernants, d'une vie surnaturelle trop débordante. Des évêques en sont déclarés responsables et sont mis en prison.

Ces procédés révoltants ne plaisent pas au Président, mais Obrégon ne peut pas toujours contenir le zèle d'un de ses amis qui fait partie de son ministère : Plutarco Elias Calles.

De 1924 à 1934, Calles est le maître incontesté du Mexique. Le monde catholique ne connaît que trop les hauts faits du Président Calles; les étapes de son ascension au pouvoir ne sont pas moins révélatrices.

Né aux États-Unis d'un sémite et d'une Mexicaine, il est adopté par ses oncles, qui, dans l'État de Sonora, ont une propriété.
Protégé par eux, il débute comme maître d'école primaire à Guaymas. Trésorier municipal, il se distingue par son immoralité. Propriétaire d'un bar, puis d'un moulin à farine, il fait banqueroute. En 1911, il est chef de police à la ville-frontière de Agua Prieta. Capturé en 1912 par Escandon, il échappe à la mort, grâce à la protection du docteur Manuël Huerta, que Calles, gouverneur de Sonora, récompensera en le faisant pendre.

Pendant la querelle Carranza-Villa, il se signale parmi les bandits de Sonora. Sa belle conduite lui mérite le poste de gouverneur de l'État.

Calles n'est pourtant pas la brute sans talent que l'on a parfois dépeinte. Il est méchant, mais très habile. Un diable incarné. Il a un flair politique étonnant; il trouve les hommes qui l'aident à monter, et dont il se débarrasse quand ils deviennent ses rivaux.



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Message  Roger Boivin Dim 16 Aoû 2009, 7:52 pm


Son programme est tracé depuis longtemps : la Constitution de 1917, dont le but principal est d'anéantir la puissance de l'Église au Mexique. Obrégon n'a pas montré assez de zèle. La tâche de Calles arrivé au pouvoir est tout indiquée : faire appliquer la loi.

Son premier essai échoue. Il avait cru que le clergé, attiré par les faveurs, se séparerait de Rome pour constituer une « Église catholique apostolique mexicaine » asservie au bon plaisir du nouveau gouvernement. Calles, pour une fois, avait manqué de flair. Il connaissait mal le clergé mexicain qu'il méprisait.

Exaspéré par cet échec, il prend la manière forte. Il fait expulser les prêtres étrangers, tuer sans motif des prêtres mexicains; il emprisonne même des évêques, insulte le Pape. L'article 130 de la Constitution, déjà si sectaire, ne lui suffit pas. Une loi, dite « loi Calles », exige la liste des prêtres, dont le nombre d'ailleurs doit être considérablement réduit.

Les évêques de Mexico, constitués en un Comité épiscopal, présentent un mémorial appuyé par les signatures de deux millions de citoyens; Calles le jette simplement au panier. L’Église n'a  qu'une chose à faire : disparaître.

L’Église préférera se cacher dans les Catacombes. Le 31 juillet 1926, le culte est suspendu dans toutes les églises. Les évêques, du fond de leur cachette, continuent de diriger les fidèles, et de les exhorter à défendre leur foi. « Qu'ils se dressent en face du loup, écrivait l'Évêque Mandriquez de Hejutla. Qu'ils soient martyrs, s'il le faut, pour la foi et la liberté. Qu'ils aillent hardiment à la prison et à la mort. Les églises sont désaffectées ? que chaque maison devienne un sanctuaire. Une école est fermée ? qu'une autre s'installe à côté. S'ils n'ont plus de toits, qu'ils ouvrent des écoles sous la tente et sous les arbres. Jeunes et vieux, en avant pour la bataille du Christ ! »

La Ligue nationale pour la défense de la liberté religieuse, fondée par des laïques en 1925, entre alors en lice. Elle organise un boycottage économique général qui faillit mettre le gouvernement en banqueroute. Ce n'est pas encore assez; la Ligue organise la défense armée. Des catholiques, décidés à tout risquer pour une si noble cause, s'enrôlent en grand nombre; avec des armes de fortune ils tiennent tête aux soldats de Calles. En 1929, une grande partie du territoire du Mexique est entre leurs mains.

Quoiqu'on en ait dit, le clergé resta en marge du mouvement armé. Mais, pour se venger des défaites de sa politique malheureuse, Calles s'en prit aux prêtres et aux catholiques pacifiques.



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Message  Roger Boivin Lun 17 Aoû 2009, 10:42 am


On devine dans quelle atmosphère de terreur et de deuil ils ont dû vivre. La vie paroissiale est complètement désorganisée. Les prêtres doivent se cacher. Les tabernacles sont vides. La tristesse se répand sur tout le malheureux pays.

Les premières années de Maria de la Luz à Coyoacan sont sereines. Les catholiques ici et là sont en butte à quelques vexations, mais dans la ville même de Mexico, c'est la paix, surtout au quartier de Coyoacan, où la famille Camacho s'est établie.

Le numéro 33 de la rue de Madrid est presque à la périphérie de la ville. La rue elle-même, avec son pavé rudimentaire et sa largeur d'une trentaine de mètres, donne à l'endroit un air de campagne. L'Église paroissiale de Saint-Jean-Baptiste est à dix minutes de distance; les trams et les autobus mettent trois quarts d'heure pour aller de Coyoacan au centre de la ville.

J'ai visité plusieurs fois cette maison où Maria de la Luz vécut treize ans. La chambre qu'elle habitait au rez-de-chaussée est restée telle qu'elle la laissa, quand elle partit pour aller au martyre. Le soleil levant y pénètre par une porte et une fenêtre donnant sur un petit jardin qui borde la maison. Maison modeste, où pourtant rien ne manque, ni l'air pur, ni la lumière, ni les commodités de la vie moderne. Selon l'usage du pays, une puissante clôture de fer ferme l'entrée de la cour.

Maria de la Luz a quinze ans. Elle reste à la maison, mais elle continue de prendre quelques leçons privées. Ses frères, beaucoup plus jeunes qu'elle, l'accompagnent parfois. Le plus souvent, elle se rend à ses cours en compagnie de jeunes filles de son âge, parmi lesquelles elle choisit ses amies.

Ses parents tiennent à lui donner une formation complète, et comme elle a des aptitudes pour tout, elle suit tour à tour des cours de coupe, de modes, de broderie et surtout de peinture et de musique.

Son père m'a donné quelques objets qui furent à l'usage de Maria de la Luz. Mon plus précieux souvenir est le catéchisme où elle apprit la doctrine chrétienne et dont elle s'est servie comme catéchiste, durant plus de dix ans. Le livre, très usagé, a trois cents pages. Sur la première, on voit sa signature, écrite quand l'enfant avait treize ans. On touche avec respect ces pages tournées et retournées tant de fois par les doigts d'une future martyre.



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Message  Roger Boivin Lun 17 Aoû 2009, 5:20 pm


La catéchiste


Bien avant la grande persécution déclenchée par Calles, la disette de prêtres se faisait sentir au Mexique.

En Hollande, il y a un prêtre pour 500 catholiques; en Angleterre, un pour 720; aux États-Unis d'Amérique, un pour 760; en France, un pour 840; en Belgique, un pour 1,200; en Allemagne, un pour 1,300 dans le sud et un pour 1,500 dans le nord. Au Mexique, en 1926, il y avait environ quatre mille prêtres pour plus de seize millions de catholiques, soit un pour 4,000.

S'il y a un pays au monde où l'apostolat laïque s'impose, c'est au Mexique où le ministère sacerdotal est entravé de mille façons. L'enseignement du catéchisme est donc pour une large part confié aux laïques, et particulièrement aux jeunes filles.

Un Père Jésuite, le P. Fernando Ambia, mort en 1934, fut à Mexico l'admirable organisateur de l’œuvre, qu'il mit sous le patronage de saint François Xavier. Le travail que font, pour ainsi dire en pleine bataille, les sept cents catéchistes de Mexico peut servir de modèle au monde catholique. L’œuvre est sous la direction suprême d'un Père; un comité central s'occupe des questions d’intérêt général : il veille à la formation spirituelle et technique des catéchistes; il nomme les membres chargés de faire périodiquement la visite des centres; il a sa caisse spéciale pour aider les centres les plus pauvres à organiser la distribution annuelle des prix d'assiduité; il institue des retraites fermées, où, à tour de rôle, des groupes de catéchistes vont retremper leur zèle et intensifier leur vie spirituelle. Au témoignage du Père directeur, le bien que les catéchistes font aux enfants est immense, mais celui qu'elles en retirent elles-mêmes est encore plus grand.

Ces catéchistes, recrutées surtout dans les familles aisées, se dépensent gratuitement avec un esprit surnaturel très profond. Ce sont des apôtres sur qui on peut compter. En contact perpétuel avec les enfants, elles s'intéressent à la vie spirituelle des familles pauvres. Elles vont les voir, elles préparent les malades à la visite clandestine du prêtre. Mais leur œuvre principale est l'enseignement du catéchisme.

Elles s'astreignent d'abord à suivre des cours spéciaux dans une sorte d'école normale instituée spécialement pour elles. Quand elles ont leur diplôme, elles se mettent à l’œuvre. Les salle de catéchisme varient selon les circonstances; si l'église paroissiale n'est pas fermée au culte, elles réunissent les enfants dans la sacristie. Une chambre prêtée par une âme charitable fait aussi l'affaire. Sinon, elles groupent les enfants en plein air, dans une cour.



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Message  Roger Boivin Lun 17 Aoû 2009, 8:17 pm


Au temps de Maria de la Luz, les catéchistes de Mexico atteignaient ainsi plus de trente mille enfants. Dans la seule paroisse de Coyoacan, deux mille trois cents enfants, répartis en vingt centres, recevaient l'instruction chrétienne. Elle fut d'abord secrétaire  du comité central, puis occupa la charge importante de trésorière. La caisse de chaque centre est en effet l'objet d'un soin particulier. Les enfants de Mexico sont comme les autres : il faut les attirer, les intéresser par toutes sortes d'industries. On organise parfois pour eux une excursion, dont les frais doivent être couverts par le comité. La distribution des prix, à laquelle on donne une grande solennité, suppose aussi une caisse bien garnie.  Maria de la Luz commença de bonne heure à s'intéresser à cet apostolat. Elle se faisait une haute idée de la tâche qu'elle avait à remplir et s'y prépara avec soin. Mme Camacho la mit en relation avec des catéchistes expérimentées de Coyoacan. Sous leur direction, la jeune apôtre de quinze ans se donne à l’œuvre qui doit l'occuper jusqu'à sa mort. Une fois sûre d'elle-même, elle fonde un centre de doctrine catholique à la maison. Chaque samedi, elle est entourées d'enfants, dont le nombre parfois s'élève à quatre-vingts. C'est pour elle le jour de fête attendu et préparé avec soin. J'ai sous les yeux le cahier où elle écrivait ses notes de classe. Aux élèves plus avancés elle donnait un cours d'apologétique; par exemple, sur l'existence de Dieu, son cahier porte quarante et un points, avec questions et réponses.

Quand plus tard elle est chargée de diriger les cercles de jeunes filles de Coyoacan, elle insiste sur la nécessité d'approfondir sans cesse l'étude de la religion. La bonne volonté ne suffit pas; l'apôtre laïque à qui manque une solide instruction religieuse n'a guère d'influence; c'est un soldat sans armes. Maria de la Luz le sait : dans les allocutions qu'elle adresse à ses compagnes, et qu'elle a soin de préparer par écrit, elle insiste sur ce point :

« Nous sommes heureuses, leur dit-elle, de célébrer aujourd'hui l'anniversaire de la fondation en cette paroisse de l'Association de la Jeunesse catholique féminine mexicaine. Dieu merci, l'Association est florissante. Plusieurs cercles ont été fondés, et bien que nous ne soyons pas aussi nombreuses que nous le désirerions, notre petit noyau est animé d'une grande bonne volonté, et nous avons toutes le constant désir de nous instruire dans notre religion afin d'être prêtes à défendre contre l'ennemi les droits de l'Église et de pouvoir résoudre les objections qu'on nous poserait.

« Persuadées en effet, comme nous le sommes, que nous devons exercer l'apostolat par le moyen des catéchismes, de l'apologétique et de tant d'autres œuvres qui tendent à la rechristianisation des familles, nous voulons étudier avec ardeur; c'est à ce prix que nous formerons le cœur des enfants. »



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Message  Roger Boivin Lun 17 Aoû 2009, 8:51 pm


Le talent, le zèle, le savoir-faire de Maria de la Luz s'étaient bientôt imposés à tous. La jeune catéchiste devient secrétaire du centre général de Coyoacan. Elle prend sa tâche à cœur. Souvent elle réunit ses compagnes à la maison paternelle; on y discute les points les plus difficiles du catéchisme; on perfectionne les méthodes d'enseignement pratique, et surtout on prépare en commun les récompenses à donner aux enfants.

Quand parut le Motu Proprio de Pie XI Orbem catholicum, sur l'enseignement du catéchisme, le centre de Coyoacan pouvait se féliciter de remplir déjà les prescriptions du Saint-Père : cours spéciaux de religion pour les catéchistes, journées catéchétiques pour attirer l'attention des parents sur l'importance de l'enseignement religieux, collectes pour alimenter les oeuvres des catéchistes, industries pour intéresser les enfants à l'étude du catéchisme.

Maria de la Luz, dans une grande assemblée, expose en toute simplicité les besoins de son œuvre : sans façon, elle tend la main à son « très respectable auditoire ». « Les bons livres, dit-elle, sont les facteurs indispensables dont notre groupe a besoin pour combattre la corruption qui menace la société. Une nécessité s'impose : l'acquisition de bons livres qui puissent nous aider à vaincre un si grand mal. Voilà pourquoi nous pensons sérieusement à la formation d'une bibliothèque où de bons livres nous donneront la lumière et nous fourniront les sources où puiser la sagesse que nous désirons communiquer aux autres. Malheureusement, les conditions financières de notre groupe ne nous permettent pas de pourvoir à l'achat de ces livres. Je me permets donc de faire appel à la générosité d'un auditoire si distingué et de lui demander de vouloir contribuer, chacun par son obole, à la formation de notre bibliothèque. »

Les derniers mots de son discours sont une invitation directe à la générosité. Les aumônes des donateurs ne tomberont pas en terre stérile :

« Quand à mes chères compagnes, je ne puis que les exhorter à travailler toujours avec ce même esprit de fraternité qui jusqu'ici a animé notre groupe, à collaborer, la main dans la main, avec notre infatigable présidente, qui, aidée de la grâce de Dieu, nous conduira, nous en sommes persuadées, au triomphe de notre idéal, en mettant bien haut la devise de la Jeunesse catholique mexicaine. »



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Message  Roger Boivin Mar 18 Aoû 2009, 11:24 pm


L'heureuse demeure


L'APOSTOLAT auprès des enfants lui prend une bonne partie de ses journées. Dans ses temps libres, elle aide aux soins du ménage; artiste dans l'âme, elle aime la musique : elle joue le violon, apprend des cantiques, prépare le chant des messes solennelles.  Car elle est membre du chœur paroissial. Au témoignage de Mme Camacho, la voix de Maria de la Luz égayait la maison, à toutes heures du jour. Elle savait de mémoire une foule de cantiques et chantait en travaillant; son esprit en était si rempli que très souvent on l'entendit chanter durant son sommeil.

Quels étaient ses cantiques préférés ? demandai-je. Mme Camacho me donna son recueil et dans la marge en marqua quelques-uns d'une croix. En voici un pris au hasard :


Mexicains, adorons le Christ
Dans l'Hostie sainte et bénie;
Près de lui, pleurons, contrits,
Pour apaiser sa justice infinie.

Près de toi, nous pleurons, ô Christ !
Et nous te demandons pardon;
Par ton auguste et sainte Mère,
Aie pitié du pauvre Mexicain.


Refrain

Mexicains, acclamons le Christ :
C'est notre très saint et suprême Roi !
Tous, d'une voix, lançons le cri :
Christ-Roi ! Christ-Roi ! Christ-Roi !



Christ-Roi ! C'est le mot d'ordre donné par le Pape aux catholiques mexicains. Maria de la Luz le chantait tout le jour. C'était le sien. Il le fut jusqu'à la fin. C'est le dernier mot que les balles surprendront sur ses lèvres mourantes.

Depuis juillet 1926, les tabernacles sont vides. Beaucoup de prêtres sont en exil; les autres doivent se cacher. S'ils sont pris, ils vont en prison et parfois même à la mort. A certains moments, tout acte de culte extérieur est sévèrement puni. Voici un décret affiché à Cotija, dans l'État de Michoacan, le 23 décembre 1927 et signé d'un général de brigade, Regino Gonzalez :  


AVIS IMPORTANT

Je fais savoir aux habitants de cette région que toute personne qui procurera des vivres ou de l'argent aux rebelles; que toute personne qui fera baptiser son enfant ou fera bénir son mariage, ou sera présente à un sermon sera irrémissiblement passée par les armes.



C'est un exemple. De semblables violences s'exerçaient ailleurs.

Dire la messe, y assister, recevoir la Sainte Communion, c'est un crime. Or jamais peut-être dans l'histoire du Mexique le culte eucharistique ne fut plus intense. Les catholiques sentent le besoin de se presser autour de l'hostie. Par tout le pays surgissent ce qu'ils appelaient des « stations eucharistiques », la célébration de la messe et l'adoration du Saint Sacrement dans les maisons privées.



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Message  Roger Boivin Mer 19 Aoû 2009, 11:44 pm


Vers le soir, un prêtre, sous des travestissements qui varient tous les jours, apporte en cachette le Saint Sacrement dans une maison désignée d'avance. Parents et amis accourent, parfois de très loin; leurs veillées eucharistiques sont leurs soirées de familles qui se prolongent très avant dans la nuit. Quand ils sont seuls, les membres de la famille à qui l'Hostie est confiée font à tour de rôle l'heure sainte. Au petit jour, le prêtre revient et sur des autels improvisés célèbre la Sainte Messe à laquelle tous communient. L'adoration se poursuit alors dans l'heureuse maison jusqu'au soir. Le départ de l'Hostie vers une autre station est toujours solennel. Le prêtre récite quelques prières, trace sur les assistants un signe de croix avec le Saint Sacrement; pendant qu'il dissimule l'Hostie dans ses habits laïques, chacun prend en main un cierge allumé et jusqu'au seuil de la maison fait escorte au « grand Ami », ainsi qu'on l'appelle là-bas, et la cérémonie s'achève en procession de Fête-Dieu.

Quand Maria de la Luz entend dire que la « tournée eucharistique » s'organise à Coyoacan, elle part à la recherche du prêtre. Elle obtient les permissions de l'Ordinaire, fixe l'heure du grand rendez-vous, et revient à la maison porter la bonne nouvelle.

Cette fois, la chapelle improvisée ne se tend pas de noir, comme jadis « ses » messes de Requiem; car c'est la Vie qui va venir ! Les cierges et les fleurs et les nappes blanches parent l'autel, devant la statue de la Vierge. Au jour dit, Notre-Seigneur entre dans la maison de M. Camacho, comme autrefois à Béthanie. Il peut se reposer dans une famille aimée, loin de ceux qui le cherchent pour le tuer.

Calles ne se doutait assurément pas qu'en fermant une église il ouvrait cent tabernacles; cet « ennemi personnel du Christ », comme il s'appelait lui-même cyniquement, groupait les cœurs amis du Christ dans l'intimité du foyer.

Pendant les vingt-quatre heures que la Sainte Hostie restait à la maison, Maria de la Luz ne s'éloignait guère du tabernacle. Son père a retenu un détail : devant l'Hostie, elle avait coutume de répandre des parfums sur les fleurs, afin, disait-elle, que la Marie de Coyoacan rappelât à Notre-Seigneur sa Marie de Béthanie.



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Message  Roger Boivin Jeu 20 Aoû 2009, 12:20 am


Les nuits qui précédaient la venue de la Sainte Eucharistie dans la maison, on l'entendait rêver tout haut; elle chantait le cantique eucharistique qui commence par ces mots : « Ven a mi... Viens à moi, Jésus... »

Maria de la Luz ne peut pourtant pas garder pour elle son bonheur. A peine Notre-Seigneur a-t-il quitté la maison, la voilà qui part et entreprend de faire goûter sa joie aux autres. Elle visite les familles amies où elle est sûre de trouver de nouvelles stations eucharistiques; elle fait elle-même les démarches pour obtenir les autorisations ecclésiastiques requises. Grâce à cette jeune fille de vingt ans, la Sainte Hostie ne cesse de circuler dans la paroisse. Ce genre d'apostolat, si cher à Maria de la Luz et si bien dans l'esprit de l'Action catholique, ne peut être mis en doute. J'ai sous les yeux des feuillets arrachés de son carnet de poche, et sur lesquels sont écrits de sa main les noms et les adresses des familles qu'elle a préparées à la visite eucharistique.

Son zèle s'exerce aussi dans son entourage immédiat. Charité bien ordonnée commence à la maison. Elle eût pu être, au dire de son père, une excellente infirmière. Elle sait faire les piqûres, elle panse les bobos des petits frères et administre avec adresse les remèdes prescrits par le médecin. Quand elle voit son malade abattu, ses tendresses savent lui relever le moral. Elle disait à son père souffrant : « Courage, petit papa; tu verra qu'avec le secours de Dieu ces médicaments guériront notre malade. Demain il sera déjà mieux; après-demain il sera guéri. D'ailleurs, il n'est pas aussi mal que nous le pensons ! »

Que ne ferait-elle pas pour faire plaisir à son père ? D'un naturel ardent, elle aime l'exercice et s'attaque volontiers à de rudes travaux. Quand M. Camacho entreprend quelque travail de jardinage, de menuiserie ou de mécanique, il est sûr d'avoir sa fille à côté de lui pour l'aider. Elle acquiert ainsi un savoir-faire qui la rend fort utile à la maison. Elle sait toujours se débrouiller. Un jour, la pompe électrique ne fonctionne plus. M. Camacho n'est pas là. Ce n'est pas la peine de l'attendre : Maria de la Luz trouve le moyen de la remettre en état. Son père lui disait parfois en riant : « Ma fille, si tu étais née garçon, nous aurions déjà à la maison un mécanicien, un jardinier et un menuisier ! »



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Message  Roger Boivin Jeu 20 Aoû 2009, 5:55 pm


Toute jeune encore, quand elle suivait les cours de coupe, elle appréciait les sacrifices que ses parents faisaient pour compléter sa formation. Elle dit un jour à son frère qui l'accompagnait : « Quand j'aurai mon atelier de couture, je dédommagerai papa de tout ce qu'il s'est imposé pour nous. »

Avec ses petites économies, elle achetait parfois des billets de la loterie nationale. Elle était, comme tous ceux qui espèrent, presque sûre de gagner le gros lot et s'amusait à bâtir des châteaux en Espagne. Or, jamais elle ne pensait à elle-même : les millions passaient tous à papa, à maman, à sa sœur Lupita et à ses frères.

A défaut des millions rêvés, ses parents jouissaient d'une autre richesse : celle de posséder une enfant au cœur si délicat.

Le seul défaut qu'on lui ait reproché, - ou si l'on veut l'excès d'une qualité qui s'appelle la décision, - c'est l'entêtement. Quand elle veut une chose, elle la veut. Si on contrecarre ses projets, elle perd sa bonne humeur. Même à vingt, elle se met à bouder. Quand cela la prend, elle ne veut plus voir personne; elle s'en va au fond du jardin, puis, pensant qu'on ne la voit pas, il lui arrive de faire passer sa petite rage en serrant à deux mains un arbre fruitier qu'elle secoue de toutes ses forces.

Un jour, M. Camacho la prend sur le fait. Il ne dit rien. Mais il ne manque pas l'occasion de la taquiner. A table, au moment du dessert, il disait : « C'est dommage que nous n'ayons pas tel fruit... Maria, ajoutait-il en se tournant vers elle, va donc au jardin nous secouer un arbre ! »

Elle se mettait à rire de ses colères stupides et dissimulait sa honte en se cachant la figure dans les mains.

Elle avait pour sa tante Adela, qui devint plus tard sa belle-mère, une affection franche et spontanée. Ses relations avec elle furent toujours intimes.

Encore enfant, elle entendait son père et les autres personnes de son entourage appeler sa mère par son nom de baptême. Au lieu de dire « maman », Maria de la Luz prit l'habitude de l'appeler aussi « Adèle ». Plus tard, elle disait affectueusement « Llella, Llellita ou Adelita ».

Leurs conversations reflétaient leur vie, toute consacrée au soin de la famille et au service de Dieu. Elles parlaient souvent de choses spirituelles. Une fois elles s'entretenaient des promesses du ciel :

« Comme ce sera beau, Adelita, quand nous serons toutes les deux des saintes ! »

Elle ajouta en plaisantant : « Toi, Llella, qui souffre tant des pieds, tu seras au ciel la patronne et le refuge des pauvres gens qui ont mal aux pieds ! »

Si Mme Camacho eût prévu l'avenir, elle eût pu répondre :

« Et toi, Maria de la Luz, tu seras la patronne des jeunes apôtres de l'Action catholique ! »



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Message  Roger Boivin Jeu 20 Aoû 2009, 6:12 pm


L'apôtre laïque



La fausse paix


Au début de l'année 1929, la bataille faisait rage dans le pays. Les << libérateurs >> se battaient comme des vétérans  de l'armée et leurs succès croissants ennuyaient fort le gouvernement de Calles. Leur armée comptait vingt mille hommes, aux ordres de vaillants officiers et du Général Gorostieta, militaire de carrière. Calles sentait bien que tout le peuple était pour eux. Les contributions arrivaient de partout aux << libérateurs >>; des loteries s'organisaient pour leur procurer des armes. Des femmes héroïques, des enfants même risquaient leur vie pour la cause sacrée.

Les terribles représailles, les prisons remplies de prêtres, de femmes; le massacre des catholiques n'abattaient pas le courage des libérateurs, qui, déjà maîtres de six États, se voyaient près de la victoire finale.

Un Mexicain digne de foi m'a dit qu'il a vu de ses yeux une lettre autographe de Calles dans laquelle il demandait grâce aux << libérateurs >> et offrait de traiter avec eux des conditions de paix. Les chefs ne se laissèrent pas prendre au piège; ils savaient trop ce que valaient les promesses du loup traqué.

Entre temps, Obrégon, le président élu pour la fin de l'année 1927, était mort. José Toral, le plus célèbre des libérateurs, l'avait tué à quelques kilomètres de l'endroit où, peu de mois auparavant, les Généraux Gomez et Serrano, rivaux politiques d'Obrégon, étaient tombés sous les balles.

Calles en fut doublement satisfait; son trop puissant ami disparaissait et il pouvait, dans un procès retentissant, dénoncer au monde l'Église catholique comme responsable de tous les crimes.

Il choisit comme Président provisoire du Mexique un franc-maçon notoire tout dévoué à ses intérêts, Portes Gil.

Le nouveau Président faillit sauter avec le train qui l’emmenait à Mexico. Portes Gil était lâche. Il eut peur des « libérateurs ». A peine entré en charge, il ne désirait qu'une chose : mettre fin à la guerre par une trêve avantageuse.

Un accord fut signé le 21 juin 1929. L'Église accepta ce modus vivendi comme un moindre mal. Il parut à Monseigneur Ruiz y Flores, nommé Délégué Apostolique, et à Monseigneur Pascual Diaz, créé Archevêque de Mexico au moment même, que la suspension du culte avait assez duré et qu'il valait mieux ne pas refuser la main que Portes Gil leur tendait. On savait d'ailleurs que Washington ne laisserait pas triompher les « libérateurs », et qu'en cas de danger pour le gouvernement de Calles, les États-Unis n'auraient pas hésiter à envoyer des troupes américaines à son secours. Pareil acte de fraternité maçonnique s'était déjà vu quand, pour débarrasser Obrégon d'un concurrent catholique indésirable, des avions américains avaient bombardé la ville de Morelia.



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Message  Roger Boivin Jeu 20 Aoû 2009, 9:17 pm


Les engagements du Président provisoire étaient solennels et publics. Ils disaient :


« Je suis heureux de déclarer publiquement et très clairement que ce n'est pas le but de la Constitution ni des lois, ni du Gouvernement de la République de détruire l'essence de l'Église, ni de s'ingérer de quelque manière que ce soit dans ses fonctions spirituelles.

« Depuis que j'ai assumé la charge de Président provisoire du Mexique, en vertu du serment que j'ai prêté d'observer et de faire observer la Constitution de la République et les lois qui en dérivent, je me suis toujours proposé d'être fidèle à mon serment et de faire observer les lois, sans favoriser aucune secte en particulier et sans aucun préjugé. Car mon administration est disposée à écouter de la part de qui que ce soit, d'un dignitaire de l'Église comme d'un simple particulier, toute plainte que l'on pourrait faire contre une injuste application de la loi. »



Il ajoutait quelques précisions qui garantissaient aux évêques la non-ingérence du gouvernement dans le choix des ministres du culte, la liberté d'enseignement religieux à l'intérieur des églises et le droit de pétition.

Pour l'amour de la paix, l'Église sacrifiait presque tout. L'État ne promettait presque rien.

Si cet « esprit de respect et de bonne volonté réciproques » dont parlent les signataires de l'accord, avait vraiment animé le Président, la paix eût été possible.

En fait, Portes Gil mentait.

Il engageait sa parole de Président du Mexique avec le ferme propos d'y manquer au plus tôt. Six jours après la publication de l'accord, il rassura des amis dans un banquet organisé par des francs-maçons. Voici ses paroles :



« Le dernier problème ( le conflit religieux )  que nous avons discuté ensemble, il y a quelques jours, me laisse content et satisfait.

« La conscience, chers Frères, est implacable, quand on n'agit pas avec rectitude et quand on ne procède pas avec une absolue bonne foi. Or, ma conscience ( de franc-maçon ) est pleinement d'accord avec ma manière d'agir.

« Tant que le clergé s'est révolté contre les institutions et les lois, le gouvernement se devait de le combattre autant qu'il était nécessaire; tant que le clergé a nié à notre pays, à notre gouvernement le droit d'avoir ses lois et le devoir de les faire respecter, c'était le devoir du gouvernement de faire disparaître le clergé. Il faut se rappeler que le clergé n'a jamais reconnu la légitimité du gouvernement, qu'il a refusé la soumission aux lois, et que par des formules artificieuses et habiles, il a toujours réussi à s'immiscer dans nos affaires.

« Or, maintenant, chers Frères, le clergé a pleinement reconnu l'État; il a déclaré qu'il se soumettrait aux lois strictement et sans réserves. Je ne pouvais donc refuser aux catholiques de mon pays le droit qu'ils possèdent de se soumettre aux lois.

« La lutte ne date pas d'hier. La lutte est éternelle. La lutte a commencé il y a vingt siècles. Il ne faut donc pas nous alarmer. Le devoir de chacun est de rester à son poste.

« Au Mexique, durant ces dernières années, l'État et la maçonnerie ont été une même chose : deux entités marchant côte à côte. A nous maintenant d'opposer arme contre arme. La bataille ne doit pas nous faire peur. Il nous faut agir, agir vigoureusement, le poing fermé, s'il en est besoin. C'est ainsi, seulement ainsi, Frères, que se gagnera la bataille qui donnera à l'humanité sa suprême félicité. »



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Message  Roger Boivin Jeu 20 Aoû 2009, 9:26 pm


Il est faux que le clergé ait jamais reconnu le gouvernement de Mexico et qu'il ait déclaré se soumettre aux lois sans réserves. L'Église sans doute a fait preuve " de respect et de bonne volonté ", mais elle n'a pas déclaré légitime le gouvernement persécuteur. Elle ne pouvait pas le faire et elle ne l'a pas fait. Comme le déclare le Souverain Pontife, dans son encyclique Acerba animi du 29 septembrew 1932, " les évêques, dans ces circonstances, n'approuvent pas la loi, ils ne donnent pas leur assentiment à ce qui est ordonné. Ils se soumettent aux iniques décrets, comme on dit, matériellement, afin d'écarter l'obstacle qui s'oppose à l'exercice du culte sacré ".

L'Église n'avait pas une confiance illimitée dans la promesse du Président, mais elle croyait que s'il lui restait un peu d'honneur, il serait fidèle à sa parole donnée solennement devant le monde.

Les soldats " libérateurs " reçurent l'ordre de cesser les hostilités, et furent engagés, sur la promesse du Président que leur vie serait épargnée, à livrer leurs armes.

Les " libérateurs ", soldats et chefs, affrontaient la mort, le sourire aux lèvres, quand ils allaient à la croisade sacrée. En déposant leurs armes, ils pleuraient comme des enfants; plus héroïques dans l'abdication de leur vaillance que devant les balles de Calles, ils obéirent tous.

Portes Gil montra alors la valeur de sa parole. Pendant les mois qui suivirent les accords, plus de cinq cents " libérateurs ", à commencer par les chef, furent tués, un à un, en temps de paix. Le massacre était prémédité : en acceptant leurs armes, Portes Gil avait exigé aussi le nom et l'adresse des " libérateurs ".



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Message  Roger Boivin Jeu 20 Aoû 2009, 11:31 pm


Dans l'Action catholique


Les évêques, par amour de la paix, ferment les yeux. Confiants en Dieu, ils se mettent tout de suite à l’œuvre. L'Église sort des catacombes. L'Hostie rentre dans les tabernacles. Les collèges s'ouvrent. Les exilés reviennent au pays; tout le monde respire. Le gouvernement entretient des relations amicales avec les évêques. Les évêques en profitent pour organiser l'Action catholique par tout le pays, en prenant comme modèle les statuts de l'Action catholique italienne.

J'ai sous les yeux les " statuts " généraux de l'Union des catholiques mexicains, de l'Action catholique de la jeunesse féminine mexicaine. Ces exemplaires que M. Camacho m'a donnés appartenaient à Maria de la Luz.

La paroisse est le centre de l'organisation. Chaque paroisse comprend quatre groupes : hommes, femmes, jeunes gens et jeunes filles. Chaque groupe a ses dignitaires, tous laïques. Les quatre groupes d'une paroisse nomment des représentants qui constituent un comité central.

Un prêtre, lien naturel entre les groupes et l'évêque, est assistant du comité exécutif.

Les groupes paroissiaux réunis forment un groupe diocésain, avec ses officiers et son prêtre assistant.

L'ensemble des groupes diocésains constituent le groupe national que dirige le Président de l'Action catholique mexicaine.

Toutes les autres associations déjà existantes sont incorporées à l'Action catholique, dont elles deviennent les collaboratrices.

On sait l'importance qu'attache le Souverain Pontife à l'Action catholique; il la considère comme la pupille de ses yeux. Il y convie tous les fidèles du monde.

Le Saint-Père ne pouvait manquer d'exhorter ses chers fils mexicains à la promouvoir. Dans l'Encyclique Acerba animi, il leur dit : " Nous ne pouvons  plus nous abstenir de recommander à nouveau une chose qui, vous le savez, est constamment présente à notre esprit : Organisez partout l'Action catholique suivant les règles que Nous avons transmises par notre Délégué apostolique et développez-la chaque jour davantage... Nous savons que l'Action catholique est nécessaire et qu'elle est plus efficace que tout autre mode d'action 1 . "


On se mit donc à l’œuvre avec méthode et enthousiasme. Il fallait d'abord former une élite. Beaucoup de prêtres, appelés à Mexico, suivirent des cours d'entraînement et regagnèrent leurs diocèses respectifs; les groupes d'hommes, de femmes, de jeunes gens et de jeunes filles s'organisèrent par tout le pays.

Le succès fut extraordinaire.



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Message  Roger Boivin Ven 21 Aoû 2009, 12:02 am


1. Dans le Bref Quae nobis adressé au Cardinal Bertram, archevêque de Breslau, il définit l'Action catholique : une participation des laïques à l'apostolat hiérarchique. Elle ne consiste pas seulement à poursuivre pour chacun sa propre perfection chrétienne, bien que ce soit là le premier et le principal but; elle est encore un véritable apostolat auquel participent les catholiques de toutes les classes sociales, en venant s'unir par la pensée et par l'action aux centres de seine doctrine, et de multiple activité sociale, centres légitimement constitués et recevant par conséquent l'assistance et l'appui de l'autorité des évêques.


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Message  Roger Boivin Ven 21 Aoû 2009, 4:40 pm


En moins de trois ans, l'Action catholique mexicaine était organisée régulièrement dans plus de quatre cents paroisses réparties sur vingt-neuf diocèses et comptait plus de cent mille membres bien disciplinés.

On procédait avec beaucoup de prudence pour ne pas donner prétexte à la rupture des liens si frêles du modus vivendi, mais tout marchait comme si les beaux jours étaient revenus. Cercles d'études, bulletins de groupes, groupes de catéchistes, concours de religion, conférences pour gens plus cultivés. En 1931, un congrès d'étudiants catholiques de toute l'Amérique latine se tint à Mexico même, sous les yeux du gouvernement.

L'araignée refaisait encore une fois sa toile.

Le quatrième centenaire de l'apparition de Notre-Dame de Guadeloupe tombait en 1931. Les évêques voulurent le célébrer avec plus de pompe que jamais : Guadeloupe devait reprendre toute sa place dans le cœur des Mexicains. Le gouvernement regardait d'un œil tolérant les préparatifs de la fête. Le Mexique tout entier se mit en branle. La semaine des fêtes fut une succession de splendeurs. Des diplomates étrangers y assistèrent et même des membres du Congrès, ainsi que des officiers du gouvernement de Mexico. Les franc-maçons s'alarmèrent. A la Chambre, des députés se livrèrent au plaisir de blasphémer la religion et la Vierge de Guadeloupe.

Le Mexique était donc encore tout catholique !

Calles surtout frémissait.

La persécution violente devait reprendre.



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Message  Roger Boivin Ven 21 Aoû 2009, 5:20 pm


Quand on parle du gouvernement mexicain de 1924 à 1934, on parle de Calles. Tous les Présidents qui lui ont succédé jusqu'à Cardenas ne furent que des marionnettes, que " l'Homme fort " fit manœuvrer à sa guise, depuis Portes Gil ( 1928-1930 ), le franc-maçon déjà connu, jusqu'à Pascual Ortiz Rubio ( 1930-1932 ), le pauvre homme de paille qui dut céder la place au général Aberlardo Rodriguez ( 1932-1934 ), un ami de Calles, enrichi comme lui dans des maisons de jeu et de vice.

Avant de disparaître définitivement de la scène politique ( mai 1936 ), Calles prit soin de déclarer, dans un discours du 13 décembre 1935, dans quelle mesure il était responsable de la persécution que Pie XI a appelée " la plus brutale que l'Église ait connue ".


" Je déclare que toute la responsabilité du conflit religieux qui s'est produit durant ces dernières années pour des raisons trop connues, est mienne; que mon attitude résolue et ferme fut le fruit de mes convictions. J'ai cru et je persiste à croire que j'ai bien interprété la pensée du secteur révolutionnaire qui m'a porté à la première magistrature de la République et je garde la conviction encore plus grande que ce secteur se joint à moi sans peur pour accepter toutes responsabilités, quelles qu'elles soient. "


La dernière phase de la persécution commence. La liste des martyrs va s'allonger encore. Maria de la Luz sera de leur nombre. Avant de raconter cette glorieuse histoire, arrêtons-nous devant le modèle d'Action catholique que cette jeune fille donna à la paroisse de Coyoacan.  

Elle pense d'abord à sa sanctification personnelle.

Les quelques notes écrites dans son cahier intime nous laissent entrevoir l'allure pratique et saine de sa vie spirituelle.


" Dieu nous a donné le temps, écrit-elle, un temps mesuré. Selon les œuvres que nous faisons , nous le convertissons en monnaie. Ces monnaies peuvent être de fausses monnaies, des monnaies de cuivre, d'argent ou d'or.

" La femme qui se donne complètement au monde, celle qui, si jamais elle va à la messe le dimanche, y arrive en retard, convertit son temps en fausse monnaie.

" Celle qui ne profite pas des occasions que Dieu fournit de faire le bien et n'a qu'une piété superficielle, convertit son temps en monnaie de cuivre.

" Celle qui va à la messe non seulement les jours de précepte, mais y assiste même en semaine; celle qui profite des occasions que Dieu lui fournit pour faire le bien, convertit son temps en monnaie d'argent.

" La femme qui, non contente de profiter de ces occasions que Dieu lui présente, les cherche en dépit des sacrifices qu'elles lui imposent; celle qui a un coeur plein d'amour de Dieu et du prochain, celle-là convertit son temps en monnaie d'or. "



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