L'Abjuration du Cimetière SAINT - OUEN (complet)

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Message  Louis Ven 04 Mai 2012, 12:36 pm

L'ABJURATION

DE

JEANNE D'ARC

Chapitre VII

LES JUGES DE LA PUCELLE ET L ABJURATION.
DROIT NATUREL ET DROIT CANONIQUE.


(suite)

III.

Les juges de la Pucelle lui firent-ils comprendre
ce qu'ils la contraignirent à faire au cimetière Saint-Ouen ?


La Pucelle comprit-elle la formule qui lui fut lue et qu'elle signa? (suite)

Entendue en son sens naturel, obvie, cette déclaration de soumission n'avait rien qui poussât à l'abîme, de même qu'elle n'avait rien qui répugnât à la conscience. Mais, entendue dans le sens qu'y attachait Cauchon, combien périlleuse était-elle ! L'Église, d'après P. Cauchon, c'était lui et ses clercs. Donc, si Jeanne se soumettait à l'Église ainsi entendue, elle acceptait implicitement la manière de voir de P. Cauchon quant à la nature de sa mission; elle devenait une sorcière, une hérétique, une abuseresse du peuple. Elle l'acceptait et le signait, non expressément, mais implicitement. Voilà ce que la Pucelle ne comprenait pas tout d'abord, voilà le péril où elle allait se jeter sans le voir.

Ce péril, elle ne l'entrevit, et encore obscurément, que lorsque Massieu lui eut recommandé de « se rapporter de son abjuration avant tout à l'Eglise universelle ». (Procès, t. II, p. 17.) De là sa soumission « au jugement de l'Eglise », dans les termes que rappelait le chanoine Dudésert.

Ce même péril, elle ne paraît l'avoir vu nettement que dans la séance où Cauchon, tirant à sa manière les conclusions de la cédule, lui dit qu'elle avait confessé « s'être vantée mensongèrement d'avoir été visitée par saintes Catherine et Marguerite. A quoi elle répondit qu'elle n'entendait point ainsi faire ou dire. — Tunc et fuit dictum quod ipsa dixerat, quando fecit abjurationein, quod mendose ipsa se jactaverat, quod illæ voces erant sanctæ Katharina et Margareta. — Respondit quod ipsa non intelligebat sic facere vel dicere. » (Procès, t. I, pp. 457, 458.)

De même, en réponse sans doute à une autre conclusion de même genre tirée par l'Évêque de sa soumission à l'Eglise, Jeanne dit qu'elle n'avait point dit ou entendu révoquer ses apparitions. (Procès, t. I, p. 458.)

De ces textes et de leur discussion, il résulte donc que, par le fait de ses juges, Jeanne n'a pu comprendre ni le mot « abjurer », ni la portée que les juges donnaient, très peu loyalement à coup sûr, à la formule d'abjuration. Mais alors que devient la validité canonique de l'abjuration de la Pucelle, et comment en droit et en équité, opposer à sa mémoire la scène du cimetière Saint-Ouen?

A suivre : IV. Confirmation des conclusions précédentes.

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Message  Louis Ven 04 Mai 2012, 4:37 pm

L'ABJURATION

DE

JEANNE D'ARC

Chapitre VII

LES JUGES DE LA PUCELLE ET L ABJURATION.
DROIT NATUREL ET DROIT CANONIQUE.


(suite)

IV.

Confirmation des conclusions précédentes.


Le compte rendu de la délibération que les assesseurs de P. Cauchon tinrent la veille du supplice de la Pucelle apporte aux deux conséquences que nous venons de tirer une confirmation à laquelle on ne s'attendrait pas.

En ce compte rendu, auquel nous avons emprunté la preuve complémentaire de la fausseté du formulaire inséré au Procès, se rencontrent trois choses importantes :

1° La requête de l'abbé de Fécamp stipulée dans le procès-verbal de ladite délibération, à l'effet d'obtenir que lecture fût donnée de nouveau à la Pucelle du prétendu formulaire de son abjuration, et que les termes lui en fussent expliqués;

2° L'adoption, par la quasi unanimité des maîtres et docteurs qui opinèrent après l'abbé de Fécamp, de cette même proposition, laquelle paraissait fort transformer leur vote, d'absolu en conditionnel.

3° Le refus de l'Évêque de Beauvais de déférer à cette requête.

Comment expliquer chez l'abbé de Fécamp la pensée de présenter cette requête, et chez les trente neuf assesseurs la résolution d'y souscrire?

Une seule chose nous l'explique : c'est qu'il s'était élevé dans l'esprit de ces maîtres et Docteurs un doute inquiétant sur l'intelligence que la Pucelle avait eue de la cédule d'abjuration.

En cette même séance, P. Cauchon avait fait lire deux pièces importantes : d'abord, le prétendu formulaire de l'abjuration; puis, le procès-verbal des réponses de Jeanne au dernier interrogatoire qu'on lui avait fait subir. Entre autres réponses figure dans ce procès-verbal celle-ci : que la Pucelle n'avait pas compris l'abjuration qu'elle avait signée. (Procès, t. I, p. 458.)

Une pareille réponse ne pouvait passer inaperçue dans une assemblée de maîtres et Docteurs.

Ils ne se dissimulaient pas que, si la Pucelle avait dit vrai, l'abjuration n'ayant plus de validité canonique, le cas du relaps s'évanouissait, le procès de rechute qui venait de s'ouvrir n'avait plus de raison d'être, et toute délibération à ce sujet devenait radicalement nulle. Pour dégager sa responsabilité, l'abbé de Fécamp présenta la requête susdite, et trente-neuf assesseurs sur quarante n'hésitèrent pas à y souscrire.

Par prudence et pour ne pas soulever un débat qui eût pu prendre une tournure inquiétante, les affidés de P. Cauchon, les Loiseleur, les Erard, parurent abonder dans le sens de l'abbé de Fécamp et ils s'associèrent ouvertement à sa requête. Ils savaient, à la vérité, en quelle considération elle serait prise. L'Évêque de Beauvais laissa dire et ne fut que plus pressé d'en finir. Comme le Droit n'obligeait pas les juges à tenir compte des desiderata de leurs assesseurs, P. Cauchon demeura sourd à la requête des quarante Docteurs qu'il avait convoqués et, le lendemain même, sans faire relire à la Pucelle sa prétendue abjuration, — il savait bien pourquoi, — il la condamna à la mort du bûcher.

Dans un des chapitres précédents, nous avons fait observer que, en refusant de tenir compte de la requête de ses assesseurs, et en se gardant bien de faire donner lecture à Jeanne du formulaire de l'abjuration, l'Évêque-juge confirmait l'accusation de faux portée contre lui à propos de ce formulaire. Ce même refus, dans le cas présent, montre que le Prélat voyait clair dans la pensée des quarante maîtres et Docteurs, et qu'il ne tenait aucunement à dissiper le doute qu'ils avaient pu concevoir sur la validité canonique de l'abjuration de la Pucelle.

A suivre : V. Conséquences des faits exposés.

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Message  Louis Sam 05 Mai 2012, 6:50 am

L'ABJURATION

DE

JEANNE D'ARC

Chapitre VII

LES JUGES DE LA PUCELLE ET L ABJURATION.
DROIT NATUREL ET DROIT CANONIQUE.


(suite)

V.

Conséquences des faits exposés.


Des prescriptions juridiques en matière d'abjuration et des faits que nous venons d'exposer, tirons deux conséquences :

L'abjuration telle que la Pucelle l'a prononcée et signée, et telle que ses juges l'ont amenée à la faire, n'est pas une abjuration canonique en cause de foi ; elle n'est même pas une abjuration religieuse dans le sens général du mot.

Une abjuration canonique en cause de foi est la révocation, imposée par les juges à l'accusé, des erreurs en la foi ou d'imprudences en la même matière, dont il se reconnaît coupable, avec énumération spécifiée de ces erreurs ou imprudences, avec serment sur les saints Évangiles et l'engagement de n'y plus revenir, sous les peines de Droit, en particulier sous peine de subir le châtiment des relaps.

Jeanne, n'étant jamais tombée dans l'hérésie et n'ayant jamais donné lieu d'être rangée parmi les suspects en cette matière, même de levi, n'avait pas à se confesser coupable d'erreurs ou d'imprudences en matière de foi, ni, par suite, à révoquer ces imprudences ou ces erreurs; et, d'ailleurs, dans les termes où elle était conçue, la cédule qu'Erard lui fit prononcer et signer ne contenait rien de tel.

De plus, on ne requit d'elle aucun serment, et elle n'en prononça aucun.

Assurément, ce résultat ne répondait pas au dessein des juges : ils comptaient bien, quelque tournure que prissent les faits, les présenter à leur façon. Et pourtant, s'il en a été autrement, ils ne doivent s'en prendre qu'à eux-mêmes. En s'affranchissant de l'observation des règles de l'Église, en violant sans scrupule les prescriptions les plus sacrées du Droit canonique et du Droit naturel, ils s'imaginaient supprimer les obstacles qui s'opposaient à l'accomplissement de leurs desseins; c'est le contraire qui est survenu. Le voile épais derrière lequel ils comptaient abriter leurs machinations s'est déchiré d'un bout à l'autre, et s'ils ont gardé leur réputation de gens extrêmement habiles, ils ont acquis et mérité celle de juges iniques.

Quand bien même la Pucelle eût fait matériellement une abjuration canonique en cause de foi…

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Message  Louis Sam 05 Mai 2012, 12:01 pm

L'ABJURATION

DE

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Chapitre VI I

LES JUGES DE LA PUCELLE ET L ABJURATION.
DROIT NATUREL ET DROIT CANONIQUE.


(suite)

V.

Conséquences des faits exposés.


Quand bien même la Pucelle eût fait matériellement une abjuration canonique en cause de foi, les conditions dans lesquelles elle a été amenée à la faire constituent une violation trop formelle de la justice et du Droit pour que, formellement, ladite abjuration ne fût pas nulle ou sujette à annulation. Ainsi en ont jugé les délégués du Saint-Siège en leur sentence de réhabilitation. Rappelons-en les termes : nous en saisirons mieux à présent la sagesse et les motifs.

« Attendu... une certaine abjuration prétendue, — Attenta... quadam abjuratione prætensa, — fausse et subreptice, — falsa, subdola, — extorquée par la violence et par la terreur, en présence du bourreau, et sous la menace des flammes du bûcher, sans que ladite défunte l'ait aucunement prévue et comprise — ac per vim et metum, præsentiam tortoris et comminatam ignis cremationem extorta, et per dictam defunctam minime prævisa et intellecta; — Nous déclarons ladite abjuration nulle, sans force, et, autant que besoin est, nous la cassons, irritons, annulons et dépouillons de toute valeur. » (Procès, t. III, pp. 360, 361.)

Pouvait-on qualifier plus sévèrement la conduite des juges de la Pucelle en l'abjuration de Saint-Ouen, et l'absence de scrupules avec laquelle ils ont foulé aux pieds les prescriptions du Droit naturel et du Droit canonique?

CHAPITRE VIII - L'ABUJRATION DE LA PUCELLE AU POINT DE VUE THEOLOGIQUE ET A CELUI DE L'HONNEUR.


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Message  Louis Sam 05 Mai 2012, 5:01 pm

L'ABJURATION

DE

JEANNE D'ARC

Chapitre VIII

L'ABUJRATION DE LA PUCELLE AU POINT DE
VUE THEOLOGIQUE ET A CELUI DE L'HONNEUR.

Les pages qui précèdent viennent de nous renseigner sur la responsabilité encourue par les juges de la Pucelle en l'abjuration de Saint-Ouen C'est chose prouvée qu'ils ont méconnu les droits les plus sacrés de leur victime, et violé sans pudeur les prescriptions les plus formelles des lois divines et humaines. Maintenant c'est la responsabilité personnelle de Jeanne en cette même abjuration qu'il nous reste à déterminer. Considérée comme acte judiciaire provoqué par des juges en cause de foi, l'abjuration de Saint-Ouen est nulle devant l'Église, en elle-même et dans ses conséquences, c'est bien entendu. Mais considérée comme acte personnel de l'accusée, nous devons rechercher si cet acte constitue ou s'il implique une ou plusieurs fautes théologiques appréciables, qui rendent Jeanne coupable au tribunal de Dieu ou de l'Église, s'il constitue ou s'il implique une ou plusieurs choses contraires aux lois de l'honneur
Empressons-nous de reconnaître qu'il y a lieu de ne concevoir aucune crainte à ce sujet. Impossible de relever dans l'abjuration de Saint-Ouen, telle que les faits la présentent, aucun acte, aucun propos, aucune circonstance de nature à charger la conscience de l'héroïne, pas plus devant les hommes que devant Dieu.

Au contraire, jamais Jeanne ne s'est montrée plus admirable de patriotisme, de force morale et de foi.


I.

Peut-on relever, dans l'abjuration de la Pucelle, quelque faute
théologique contre les commandements de Dieu et de l'Eglise,
ou quelque transgression des lois de l'honneur?

Impossible, disons-nous en premier lieu, de relever dans le drame de Saint-Ouen aucune parole, aucune action de la Pucelle qui charge sa conscience et qui constitue une faute théologique certaine, grave ou légère, contre les commandements de Dieu ou contre ceux de l'Église. Impossible pareillement de prouver qu'elle ait un instant oublié, encore moins violé en quelque point les lois de la délicatesse et de l'honneur. Aux moralistes et théologiens qui s'estimeraient en mesure de battre en brèche ces deux propositions incomberait la nécessité de spécifier les commandements transgressés, les règlements chevaleresques violés, et de déterminer, avec preuve documentaire à l'appui, à quel moment et par quel dit ou fait la jeune Lorraine se serait rendue coupable de cet oubli et aurait commis cette transgression.

Se rejetterait-on sur la cédule d'abjuration qu'elle a signée?...

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Message  Louis Dim 06 Mai 2012, 6:47 am

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Chapitre VIII

L'ABUJRATION DE LA PUCELLE AU POINT DE
VUE THEOLOGIQUE ET A CELUI DE L'HONNEUR.


(suite)

I.

Peut-on relever, dans l'abjuration de la Pucelle, quelque faute
théologique contre les commandements de Dieu et de l'Eglise,
ou quelque transgression des lois de l'honneur?

Se rejetterait-on sur la cédule d'abjuration qu'elle a signée? Mais, en cette cédule, il n'était fait mention d'aucune erreur ni d'aucun péché contre la foi, nous l'avons démontré, ni d'aucune révocation impliquant un sacrilège ou un mensonge, ni d'aucun engagement dont la violation dût entraîner un parjure.

Les juges eux-mêmes n'avaient-ils pas eu la précaution de ne présenter à la Pucelle qu'une cédule des plus brèves et des plus anodines? N'avaient-ils pas supprimé l'appareil et la solennité de l'abjuration, et jusqu'à la prestation du serment? Où donc, dans une démarche réduite à cette simple expression, moralistes et théologiens trouveraient-ils la matière d'une faute théologique appréciable ou d'un oubli quelconque des lois de la délicatesse et de l'honneur?

Peut-être songera-t-on à chercher la matière d'une faute ou d'un oubli de ce genre dans la frayeur de la mort qui s'est trahie plusieurs fois chez la Pucelle pendant le drame de Saint-Ouen. On s'estimera d'autant plus autorisé à le faire que les Saintes, protectrices de la jeune fille, lui auraient, prétendent ses adversaires, adressé de graves reproches.

C'est vrai, Jeanne, à Saint-Ouen, a eu peur de la mort, on s'en est aperçu autour d'elle, et elle l'a elle-même franchement avoué.

Le prêtre Jean Massieu nous dit l'avoir entendue s'écrier, sous les menaces de maître Erard « Plutôt signer que d'être brûlée ! » (Procès, t III, p 157)

Le notaire-greffier Guillaume Colles dépose que l'accusée refusa longtemps de signer la cédule d'abjuration, mais que, « sur les instances pressantes qui lui furent faites, cédant à la frayeur, elle s'y détermina — Tandem compulsa, præ timore signavit. » (Procès, t III, p 164 )

Guillaume Manchon, le principal des notaires du Procès, dit « qu'elle abjura par peur du feu, voyant le bourreau tout prêt avec sa charrette ». (Ibid., p 149 )

Enfin Jeanne elle-même, quatre jours après l'abjuration, disait à ses juges que « tout ce qu'elle avait fait, le jeudi précédent, elle l'avait fait par peur du feu. — Totum hoc quod fecit, ipsa fecit prse timore ignis. » (Procès, t.I, pp. 457, 458.)

Il faut donc en convenir : à Saint-Ouen, Jeanne s'est abandonnée à la frayeur de la mort; elle a éprouvé un vif et profond regret de la vie. Faut-il la condamner pour cela? faut-il au moins la blâmer?

Voici notre réponse. Depuis quand la peur de la mort et l'amour de la vie seraient-ils des crimes? depuis quand ces sentiments seraient-ils par eux-mêmes défendus? Ne sont-ils pas une manifestation spontanée de l'instinct de conservation déposé par le Créateur au fond de toute créature humaine? Que de traits rapportés par l'histoire, qui signalent la persistance de ces sentiments chez les caractères les mieux trempés, et l'empire qu'ils exercent sur des hommes d'un courage au-dessus de tout soupçon ! Il n'est donc pas surprenant que ces mêmes sentiments apparaissent chez une jeune fille de dix-neuf ans à qui la mort se montre tout à coup sous la forme la plus horrible.

Mais alors comment expliquer les reproches que saintes Catherine et Marguerite adressent à la Pucelle, au sujet de l'abjuration et de la frayeur qui paraît en avoir été le motif déterminant?

Ces reproches s'expliquent très aisément et de la manière la plus naturelle. Pour en bien juger, citons-les textuellement et rappelons comment Jeanne nous les a fait connaître.

A suivre : II Des reproches adresses a la Pucelle par saintes Catherine et Marguerite.

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Message  Louis Dim 06 Mai 2012, 1:04 pm

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Chapitre VIII

L'ABUJRATION DE LA PUCELLE AU POINT DE
VUE THEOLOGIQUE ET A CELUI DE L'HONNEUR.


(suite)

II.

Des reproches adresses a la Pucelle par saintes Catherine et Marguerite.

C'est dans le dernier interrogatoire du Procès que la jeune Lorraine fit part de ces reproches a ses juges Ceux-ci ne manquèrent pas de les mentionner au procès-verbal.

Jeanne leur disait donc naïvement que « Dieu lui avait mande, par saintes Catherine et Marguerite, la grande pitié de la grande trahison qu'elle avait consentie en faisant l'abjuration et la révocation pour sauver sa vie; et elle s'était condamnée pour sauver sa vie — Deus mandavit sibi per sanctas Katharinam et Margaretam magnam pietatem illius grandis proditionis in quam ipsa Johanna consenserat faciendo abjurationem et revocationem pro salvando vitam suam, et quod ipsa se damnaverunt pro salvando vitam suam. » (Procès, t I, p 456)

« Item, dit que ses Voix lui ont dit qu'elle avait fait grande mauvaiseté, en confessant qu'elle n'avait pas bien fait ce qu'elle avait fait — Item, dixit quod voces suæ dixerunt sibi quod ipsa fecerat magnam injuriam, confitendo se non bene fecisse illud quod fecerat. » (Ibid., p 457)

Avant de rechercher et de montrer quel est le sujet de cette grande pitié, de cette grande trahison, de cette grande mauvaiseté dont parlent les saintes, rappelons qu'il n'est pas question ici d'une héroïne ordinaire, d'une héroïne selon le monde, mais d'une héroïne selon l'Evangile et selon Dieu. Ces héroïnes-là s'appellent des Saintes. Or, Dieu exige de ses Saintes plus que le monde n'exige de ses héroïnes. C'est pourquoi un sentiment de frayeur, une attache à la vie que les hommes jugeront irrépréhensibles, même lorsqu'ils dépassent certaines limites, peuvent paraître répréhensibles et constituer une imperfection blâmable aux yeux de Dieu.

Cette observation faite, demandons-nous deux choses :

Pourquoi cette grande pitié, cette grande trahison, cette grande mauvaiseté dont parlent les saintes, et cette condamnation que s'est attirée la Pucelle? quel en est l'objet?

Pourquoi les Saintes se sont-elles servi d'expressions aussi fortes, aussi énergiques?

1° L'objet de cette grande pitié, de cette grande trahison, le principe de cette condamnation reprochées à la Pucelle, c'est l'acte auquel elle s'est résolue pour sauver sa vie, c'est-à-dire l'abjuration; la grande mauvaiseté, qui lui est reprochée également, provient de ce qu'elle a dit « n'avoir pas bien fait ce qu'elle a fait ».

Mais l'abjuration telle que la jeune fille l'a prononcée et signée « pour sauver sa vie », dans les circonstances que l'on sait, serait-elle donc un acte mauvais, en opposition formelle avec les commandements de Dieu? Nous avons montré surabondamment que non. Vouloir sauver sa vie par un moyen où il n'y a rien de mal, c'est le droit de tout être raisonnable.

Les choses que Jeanne a faites et qu'elle dit n'avoir pas bien faites, quelles sont-elles? D'après les textes…

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Message  Louis Dim 06 Mai 2012, 4:16 pm

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Chapitre VIII

L'ABUJRATION DE LA PUCELLE AU POINT DE
VUE THEOLOGIQUE ET A CELUI DE L'HONNEUR.


(suite)

II.

Des reproches adresses a la Pucelle par saintes Catherine et Marguerite.
(suite)

Les choses que Jeanne a faites et qu'elle dit n'avoir pas bien faites, quelles sont-elles? D'après les textes, ce sont 1° le port des armes ; 2° le port des habits d'homme; 3° le port des cheveux courts. Mais en elles-mêmes, ces choses n'étaient pas plus mauvaises que la signature du formulaire de l'abjuration ne l'était.

Il ne resterait donc, pour expliquer ces grands mots de trahison, de pitié, de mauvaiseté, que cette peur du feu à laquelle Jeanne a un instant cédé, ce désir trop peu chrétien de sauver sa vie, cette horreur de la mort dont elle n'a pu se défendre, à la vue du bourreau, et à la pensée du bûcher Mais ces trois choses, l'attache à la vie, la crainte de la mort, l'effroi qu'inspire le supplice du feu, seraient-elles condamnables et faudrait-il y voir de véritables crimes? Assurément non Mais si elles ne sont pas des crimes, elles peuvent être des imperfections, et c'est là ce qui nous donne la raison des reproches des Saintes à la vierge Lorraine et des expressions qu'elles emploient.

2° Car ces expressions, si fortes qu'elles paraissent, il faut se garder de les prendre au pied de la lettre, le sens, qui en est toujours relatif, doit en être déterminé par les actes auxquels ces expressions s'appliquent Or, nous avons vu ce qu'il faut penser de ces actes, ils n'ont qu'une malice relative, en tant qu'ils constituent des imperfections Il ne peut donc être question que d'une mauvaiseté relative, d'une trahison de même ordre, relative elle aussi. Lorsque François d'Assise se disait le plus grand des pécheurs, cela n'empêchait pas qu'il ne fût un grand saint et qu'il n'y eût de bien pires scélérats. De même, ce que saintes Catherine et Marguerite reprochent ici à la future martyre, ce n'est pas d'avoir commis une offense de Dieu, mais de s'être oubliée en cette attache trop grande à la vie, en cette peur immodérée du supplice, en cette horreur peu chrétienne de la mort, et de s'y être oubliée jusqu'à l'imperfection. Cela n'allait pas à sa haute nature soutenue par la grâce; cela ne convenait pas à la créature privilégiée que saint Michel avait saluée du nom de Fille de Dieu. Et c'est pour lui donner une juste idée de cette imperfection et pour lui en inspirer un regret sincère, que les Saintes emploient ces expressions, qui tout d'abord surprennent, de mauvaiseté et de trahison.

En ceci, Dieu ne traite pas la vierge de Domremy autrement qu'il ne traite ses Saints…

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Message  Louis Lun 07 Mai 2012, 6:45 am

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Chapitre VIII

L'ABUJRATION DE LA PUCELLE AU POINT DE
VUE THEOLOGIQUE ET A CELUI DE L'HONNEUR.


(suite)

II.

Des reproches adresses à la Pucelle par saintes Catherine et Marguerite.
(suite)

En ceci, Dieu ne traite pas la vierge de Domremy autrement qu'il ne traite ses Saints. Il en use à leur égard de deux manières. D'une part, il tient extrêmement à ce qu'ils évitent, non seulement les fautes mortelles et vénielles, mais encore les imperfections et les résistances à sa grâce. Du moment qu'il les introduit dans la voie de la sainteté, il prend à cœur leurs manquements les plus légers. Ainsi voit-on les grands artistes, quand ils ont la bonne fortune de compter dans leur atelier un élève de génie, le gourmander pour de simples négligences.

D'autre part, l'humilité étant le fondement nécessaire de la sainteté, Dieu n'entend pas que ses élus s'exposent à se priver de cette pierre angulaire. Ils pourraient être tentés de s'attribuer à eux seuls le mérite de leurs grandes vertus. Pour les mettre à même de ne pas succomber à cette tentation, le Seigneur leur envoie, par tel chemin qui lui plaît, l'affirmation, la preuve de leur misère. En ces moments, les ténèbres s'étendent sur leur intelligence, la faiblesse gagne leur volonté; une sorte de paralysie morale les envahit, et soudain ils ont comme la sensation du fond de leur néant C'est alors que la nature aux abois succombe sous une pression tant soit peu violente. Alors ils sentent le peu qu'ils sont, qu'ils valent; ils le sentent et ils le reconnaissent. Alors ils suivent leur modèle divin, l'Homme-Dieu qui tira de ses entrailles le cri de suprême angoisse qu'on serait tenté de prendre pour un cri de désespoir « Deus, Deus meus, ut quid derelequisti me ! — Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné ! »

Il faut que tout Saint, à un moment voulu de Dieu, arrive à ce fond extrême d'humiliation. Jeanne ne pouvait échapper à cette loi. Ses Voix furent l'instrument providentiel par lequel elle la subit.

Si on lui gardait encore rigueur de la frayeur de la mort qui l'envahit, de la terreur qui la saisit à la vue du bourreau, qu'on veuille bien se souvenir de Jésus au Jardin des Olives. Jeanne a peur de la mort L'Homme-Dieu en a eu peur, lui aussi, ce sentiment déborde de la prière « Mon Père, si c'est possible, que ce calice passe loin de moi ! »

Horrible apparaissait à cette jeune fille de dix-neuf ans la mort dans les flammes dévorantes du bûcher. Non moins horrible apparaissait à Jésus la mort par le supplice de la croix.

Le Sauveur termine sa prière par ces mots « Cependant, mon Père, que votre volonté se fasse, non la mienne ! « Jeanne eut aussi son « Non mea voluntas, sed tua fiat ». Devant les reproches affectueux de ses Saintes, elle courbe la tête et entrevoit leur dessein. Elle comprend qu'elle a trop redouté la mort, qu'elle a été trop attachée à la vie Elle comprend que si ses protectrices célestes le lui reprochent, c'est moins pour la blâmer que pour la prévenir désormais contre toute défaillance. Elle comprend enfin qu'il y a dans leurs paroles une leçon d'humilité que Dieu, qui tire le bien du mal, la perfection de l'imperfection, ménage dans son amour aux âmes prédestinées. La jeune vierge, la future martyre, confuse d'avoir cédé à des sentiments par trop naturels, en éprouve au fond du cœur un profond regret. Elle montrera la sincérité de ce regret lorsque le calice du sacrifice suprême lui sera présenté. Jeanne le saisira d'une main ferme et elle le boira jusqu'à la lie.

A suivre : CHAPITRE IX
L'ABJURATION DE LA PUCELLE AU POINT DE VUE MORAL.
PATRIOTISME ET SAINTETE.

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Message  Louis Lun 07 Mai 2012, 8:57 am

L'ABJURATION

DE

JEANNE D'ARC

Chapitre IX

L'ABJURATION DE LA PUCELLE AU POINT DE VUE MORAL.
PATRIOTISME ET SAINTETE.

La sainteté, selon l'Évangile, ne consiste pas seulement à éviter le mal, elle inspire aux âmes qui en sont éprises un ardent amour du bien sous toutes ses formes, et, lorsque l'occasion s'en présente, le courage, l'énergie de le pratiquer Cet amour ardent du bien, qui se résume en l'amour de Dieu et de sa volonté, l'énergie, le courage de le pratiquer, nous les retrouvons chez la sainte qu'a été Jeanne d'Arc, jusqu'en ce drame lugubre de Saint-Ouen Jamais, en aucune autre circonstance de sa vie, la jeune vierge ne s'est montrée plus admirable de patriotisme, de prudence, de force morale et de foi Mais, pour en juger sainement, il est indispensable de rappeler en quel cadre éclatent ces hautes vertus, et sur quel fond noir de tableau elles se détachent, resplendissant d'une lumière qui n'a rien de terrestre.

A suivre : I. Guet apens judiciaire.

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Message  Louis Lun 07 Mai 2012, 12:36 pm

L'ABJURATION

DE

JEANNE D'ARC

Chapitre IX

L'ABJURATION DE LA PUCELLE AU POINT DE VUE MORAL.
PATRIOTISME ET SAINTETE.


(suite)

I.

Guet apens judiciaire.


Il faut rendre cette justice aux juges de Rouen que, dans la préparation de l'abjuration de la Pucelle, ils n'avaient négligé aucun des moyens propres à jeter le trouble et la confusion dans ses idées, à déconcerter sa raison si droite, si clairvoyante, à multiplier ses perplexités, à déprimer son énergie, affaiblir et paralyser sa volonté, à la réduire enfin à un état qui la livrât à ses ennemis impuissante et comme garrottée moralement, et leur permît d'assouvir leur haine. Violence, menaces, coaction, mensonge, fraude, terreur, ils mirent tout en œuvre pour arriver à leurs fins. Complot ourdi de longue main, conduit avec habileté, exécuté avec audace et sans scrupules d'aucune sorte, coup de surprise, véritable guet-apens judiciaire, l'abjuration a été tout cela.

Et comme on sut choisir l'occasion favorable ! Depuis une année, Jeanne subissait une captivité qui devenait chaque jour plus dure : à peine relevait-elle d'une maladie, suivie de rechute, qui avait failli l'emporter. Au moral, la solitude à laquelle on l'avait condamnée, l'absence de tout visage ami, les mauvais traitements, les attentats à son honneur qu'elle avait essuyés de la part des Anglais ses gardiens, les outrages auxquels elle se voyait exposée sans cesse avaient produit chez elle un de ces affaissements qui mettent les natures les plus énergiques hors d'état de résister aux secousses les plus légères.

C'est le moment choisi par les juges qui veulent sa perte….

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Message  Louis Mar 08 Mai 2012, 6:38 am

L'ABJURATION

DE

JEANNE D'ARC

Chapitre IX

L'ABJURATION DE LA PUCELLE AU POINT DE VUE MORAL.
PATRIOTISME ET SAINTETE.


(suite)

I.

Guet apens judiciaire.
(suite)

C'est le moment choisi par les juges qui veulent sa perte.

Et quelle habileté dans la mise en scène qui prépare le dénouement! C'est au milieu d'un cimetière qu'on fait comparaître la malheureuse jeune fille; autour d'elle, se pressent les flots d'une foule hostile, ameutée, accourue pour la voir brûler vivante ; devant elle, sur une estrade parée comme pour une fête, elle aperçoit le cardinal de Winchester, ses juges, des évêques, des abbés, des docteurs, des seigneurs anglais dont les regards expriment la soif de vengeance et la haine, injuriée par le prédicateur, menacée par les uns, obsédée par les autres, ne pouvant se dissimuler le sort affreux qui l'attend, en voyant le bourreau prêt à se saisir de sa proie; quelle que fût l'impression produite par ce spectacle, surexcitation, suggestion, prostration, terreur, qui ne s'attendrait à voir la Pucelle, à bout de forces physiques et morales, perdre tout sang-froid, toute présence d'esprit, toute conscience d'elle-même et se prêter aveuglément à ce que voulaient ses ennemis? Eh bien, non, ce n'est pas ainsi que les choses se passent.

Quelque affaiblie qu'elle soit, la vierge Lorraine suit d'un œil attentif les péripéties du drame dont elle est le principal personnage, elle ne se le dissimule pas. Plus que jamais sa prudence, sa loyauté, son patriotisme, sa foi sont en éveil. Le prédicateur en sait quelque chose. Son apostrophe à la Maison de France lui vaut une réplique qu'inspirent une sagesse supérieure, une loyauté courageuse et le patriotisme le plus pur. Quand il faut choisir entre les deux cédules qu'il porte sur lui, Erard n'hésite pas à prendre et à présenter à l'accusée la cédule insignifiante des six ou huit lignes.

Plus que jamais, au milieu des assauts qu'elle subit, Jeanne fait appel à l'énergie morale dont elle est capable et, soutenue par l'assistance divine à laquelle elle a recours, elle prononce de ces paroles, elle produit de ces actes qu'on ne trouve que chez les héros et les saints. En voici, du reste, la preuve.

A suivre : II. Loyauté et patriotisme.

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Message  Louis Mar 08 Mai 2012, 12:11 pm

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DE

JEANNE D'ARC

Chapitre IX

L'ABJURATION DE LA PUCELLE AU POINT DE VUE MORAL.
PATRIOTISME ET SAINTETE.


(suite)

II.

Loyauté et patriotisme.

Représentons-nous par la pensée le spectacle qu'offrait le cimetière Saint-Ouen à l'heure du « preschement ». Maître Guillaume Érard, debout sur l'échafaud de l'accusée, prend la parole. Il a pour auditeurs un cardinal, des évêques, des prélats, des docteurs de l'Université de Paris, des chanoines, des religieux, des seigneurs et chevaliers anglais, et tout ce que la cité de Rouen pouvait fournir de spectateurs.

Dès le début, le prédicateur prend à partie la Pucelle et la compare à un sarment stérile qui, s'étant détaché de la souche, ne saurait porter des fruits. Bientôt l'exposition doctrinale ne lui suffit pas : il en vient aux allusions, aux reproches catégoriques, aux injures. Oubliant qu'il n'a devant lui qu'une malheureuse jeune fille sans défenseur et sans appui, il l'outrage en ce qu'elle a de plus cher, en sa foi, en sa réputation de bonne chrétienne, d'enfant soumise à notre Mère la sainte Église. Jeanne entend ces reproches, ces injures, ces outrages, et les endure sans mot dire. Soudain Erard, passant à un autre ordre d'idées, s'en prend à la maison de France, à Charles VII son représentant : il traite ce prince d'hérétique et de schismatique. Cette fois, la généreuse fille n'y tient plus. Oubliant qu'en cette même sortie le fougueux prédicateur la qualifie de « femme inutile, diffamée et pleine de tout déshonneur », elle n'aperçoit que la flétrissure infligée au descendant de saint Louis et, coupant la parole au prêcheur, elle lui jette à la face cette réplique: « Par ma foi, Messire, révérence gardée, je vous ose bien dire et jurer que mon Roi est le plus noble chrétien de tous les chrétiens, et qui mieux aime la foi et l'Église, et n'est point tel que vous dites » (Procès, t II, p 17 )

Ainsi, ce Dauphin qu'elle avait mené couronner et sacrer à Reims, ce roi qui, depuis qu'elle est malheureuse et captive, l'oublie, elle, les mains chargées de fers, ne l'oublie pas. Ce prince, qui lui doit son royaume et qui fait si bon marché de sa dette, il est toujours son Roi, il est même « le plus noble chrétien de tous les chrétiens et qui mieux aime la foi et l'Église » !

A suivre : III Force morale et sainteté.

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Message  Louis Mar 08 Mai 2012, 4:32 pm

L'ABJURATION

DE

JEANNE D'ARC

Chapitre IX

L'ABJURATION DE LA PUCELLE AU POINT DE VUE MORAL.
PATRIOTISME ET SAINTETE.


(suite)

III.

Force morale et sainteté.

Admirable de patriotisme et de loyauté, Jeanne se montre encore, en cette scène de l'abjuration, non moins admirable de force morale et de foi. La pression qui s'exerce sur elle de toutes les manières, les angoisses qui l'étreignent sont des plus douloureuses; loin de faiblir, sa foi n'en devient que plus robuste; au moment où il semble qu'elle va tout céder, tout abandonné, il se forme en son âme une de ces résolutions sublimes comme le motif qui les inspire, et, d'un élan qu'aucune puissance humaine ne saurait arrêter, elle cherche son refuge et se fixe à jamais en la volonté sainte de Dieu.

Deux des incidents de la scène de l'abjuration nous montreront à l'œuvre la force morale de la Pucelle et sa foi.

Le moment est venu d'en finir avec les hésitations et de briser avec les perplexités. L'Évêque de Beauvais va reprendre la lecture de la sentence, quelque temps suspendue. Il faut absolument que l'accusée prenne un parti et qu'elle se décide. Va-t-elle s'abandonner à son sort et céder sans résistance aux influences néfastes qui s'exercent sur elle? Jeanne est malheureuse, délaissée, mais elle est chrétienne; mais elle sait que Dieu est le protecteur des délaissés et des malheureux; mais elle sait qu'il est la force du faible; mais elle sait que la prière ardente et humble monte jusqu'au trône du Tout-Puissant et que le Tout-Puissant ne l'écoute jamais en vain. Elle priera donc, et en cette prière elle mettra toute son âme. Et, afin d'être plus promptement, plus généreusement secourue, elle se placera sous la protection d'un de ses amis célestes; elle invoquera l'Archange qui, durant plus de cinq ans, la visitait à Domremy, la préparait à sa merveilleuse mission et lui disait « la grande pitié du royaume de France ». Maintenant, captive de l'Anglais, Jeanne dira à saint Michel « la grande pitié » de la Française qui a commis le crime d'aimer plus que tout Dieu et son pays. « Joignant les mains, elle l'appelle à son aide et le supplie de la diriger et de la conseiller. » (Procès, t. II, p. 323.)

La vierge de Domremy n'a pas invoqué en vain son céleste initiateur. Les ténèbres qui l'environnaient se dissipent. Elle entrevoit les pièges semés sous ses pas; pièges d'autant plus redoutables qu'aucune voix amie ne les signale, qu'aucun indice ne les révèle. Jeanne comprend ce qu'il lui reste à faire pour éviter ces pièges et déjouer les espérances de ses ennemis. Avant d'accepter et de prononcer la cédule que Erard lui a présentée, elle purifie son intention et fait ses réserves : devant Dieu, en son âme, à voix haute, devant Erard et les officiers du tribunal, elle déclare qu'elle ne souscrit le formulaire d'abjuration qu'on lui impose, en ce qu'elle n'y comprend pas, que sous la condition expresse qu'il ne renfermât rien de nature à déplaire à Dieu. « Item, elle dit (à ses juges et aux assesseurs qui les accompagnaient, dans son dernier interrogatoire) qu'elle dit EN L'EURE — c'est à savoir, à l'heure, au moment même de prononcer la cédule d'abjuration — qu'elle n'entendait point révoquer quelque chose, si ce n'était pourvu que cela plût à Dieu. — Item dixit quod ipsa non intendebat aliquid revocare NISI PROVISO QUOD PLACERET DEO » (Procès, t. I, p. 458.)

Réserve capitale, condition absolue d'une importance souveraine ! L'Évêque de Beauvais et ses confidents ne s'y trompèrent pas. Aussi songèrent-ils à la passer sous silence ou, du moins, si ce parti était trop dangereux, à substituer dans le texte officiel, à l'énoncé d'un fait des plus précis, tel que le rapporte la minute française, celui d'un propos vague que la Pucelle aurait tenu en des circonstances impossibles à déterminer. Le traducteur du Procès français en latin, Thomas de Courcelles, se chargea de ce soin. Il supprima simplement les mots : « qu'elle dit en l'eure ». Qu'on cherche, en effet, dans le texte latin édité par J. Quicherat la phrase complète de la minute française qui serait celle-ci : Dixit QUOD DIXIT IN HORA ABJURATIONIS »; on l'y cherchera inutilement : les mots essentiels ne s'y retrouvent plus. Il a suffi aux personnages qui avaient intérêt à s'en débarrasser, d'une méprise, d'une distraction survenue à propos. C'était extrêmement simple : pas même n'était besoin d'habileté; mais ce n'en était que plus déloyal et que plus perfide. Avions-nous tort de rappeler que toutes les fois que le texte officiel du Procès avance quelque fait, quelque parole de nature à charger la Pucelle, il y a des raisons majeures de ne pas s'y fier?

Ainsi, la grande, la constante préoccupation de la vierge Lorraine dans les conjonctures les plus graves était de ne pas offenser Dieu. « Pourvu que cela plaise à Dieu! » Telle est l'intention expresse, la volonté formelle qui règne habituellement au fond de son âme, qu'elle renouvelle à toute occasion et qui conditionne tous ses actes. Tel fut le motif qui conditionna et détermina son abjuration à Saint-Ouen. Ignorant ce que c'était que d'abjurer, ne comprenant pas les choses qu'on la pressait de révoquer, mais comprenant très bien qu'on en voulait à son honneur et à sa délicatesse de chrétienne plus qu'à sa vie, c'était assez de ce motif non seulement pour qu'elle n'eût rien à se reprocher, mais encore pour faire de son abjuration un acte admirable de prudence, de force morale, de foi, un acte méritoire surnaturellement et d'une haute perfection.

A suivre : Chapitre X L'ABJURATION DE LA PUCELLE ET LES DEUX SENTENCES. CONCLUSION.

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Message  Louis Mer 09 Mai 2012, 6:52 am

L'ABJURATION

DE

JEANNE D'ARC

Chapitre X

L'ABJURATION DE LA PUCELLE ET LES DEUX SENTENCES.

CONCLUSION.

Nous voici à peu près au terme de la tâche que nous nous étions proposée, à savoir de rechercher, à la lumière des documents de tout genre et à l'aide d'une discussion rigoureuse, en quoi consiste historiquement ce qu'on a nommé l'Abjuration de la Pucelle, et quel jugement il convient de porter sur ladite abjuration considérée au point de vue théologique, canonique et moral. Avons-nous accompli cette tâche avec toute l'impartialité désirable? Si nous ne l'avons pas fait, nous avons eu du moins la volonté de le faire. Le lecteur a eu sous les yeux tous les textes qui pouvaient être produits en cette matière, ceux qui sont défavorables à la Pucelle, aussi bien que ceux qui lui sont favorables. Dans la discussion de ces textes divers, nous avons eu pour règle de ne jamais les solliciter, de ne jamais les détourner, même légèrement, de leur sens naturel, d'éviter tout ce qui était de nature à compliquer, à obscurcir, et, quand il y avait lieu de recourir au raisonnement, de fuir jusqu'à l'ombre de l'exagération, de la subtilité, du paralogisme, de procéder par les voies les plus simples, les plus claires et les plus directes.

A ne considérer l'abjuration de Saint-Ouen qu'en elle-même, nous n'avons rien à ajouter aux réflexions présentées dans les précédents chapitres. Mais il est un dernier point de vue qui ne s'est pas encore rencontré sur notre chemin et qui a bien son importance : c'est celui des rapports qui apparaissent entre le fait de l'abjuration et les deux sentences du Procès dites, l'une d'absolution, l'autre de condamnation. En cette Étude, que nous voudrions faire complète, il ne sera pas inutile de nous y arrêter un instant.

A suivre : I. Les deux sentences.

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Message  Louis Mer 09 Mai 2012, 11:11 am

L'ABJURATION

DE

JEANNE D'ARC

Chapitre X

L'ABJURATION DE LA PUCELLE ET LES DEUX SENTENCES.

CONCLUSION.


(suite)

I.

Les deux sentences .

On ne saurait trop le redire : dans ce drame lugubre du cimetière Saint-Ouen, Jeanne a été victime et elle n'a été que victime.

Ce qu'on se proposait, en lui arrachant un acte qu'elle ne pouvait comprendre, c'était, comme nous le disions dans l'Avant-propos, de la frapper mortellement en son honneur déjeune fille, de chrétienne, de Française. De là cette parodie sinistre, avec la mise en scène la plus habile, de l'acte grave et solennel que le Droit désigne sous le nom d'Abjuration. De là cette autre parodie, encore plus sinistre, d'une sentence d'absolution dont le but n'était pas seulement de mener Jeanne à la plus cruelle des morts par la voie inexorable du relaps, mais tout autant de pouvoir proclamer à deux reprises, devant la France, l'Angleterre et la chrétienté tout entière, de la façon la plus solennelle, la honte, l'indignité, l'infamie de la Libératrice d'Orléans, de la victorieuse de Patay, de l'héroïne de Reims.

La Pucelle n'a pu être frappée qu'une fois d'une condamnation capitale. Par deux fois, elle a été clouée au plus ignominieux des piloris ; par deux fois, du haut de son tribunal, l'Évêque de Beauvais, dans la sentence du Procès de chute et dans la sentence du Procès de rechute, a dénoncé aux princes et aux peuples, aux chefs de l'Église et aux fidèles 1, les horribles crimes d'hérésie, de schisme, de sorcellerie, d'invocation des démons, perpétrés par la jeune fille qui avait commis surtout celui d'aimer jusqu'à la mort, jusqu'au martyre, son souverain légitime et son pays.

Le point de départ, la raison d'être de ces deux sentences infamantes ne sont autres que la déloyale, la fausse, l'inique abjuration du cimetière Saint-Ouen. Inique, fausse, déloyale, cette abjuration, du côté des juges, a été tout cela : le lecteur ne peut avoir oublié de quels procédés inavouables, de quels moyens criminels ils ont usé pour l'obtenir.

En revanche, du côté de la victime, le drame du cimetière Saint-Ouen, avec ses incidents douloureux, en ajoutant un nouveau fleuron à sa couronne d'héroïne et de sainte, la rend elle-même infiniment touchante.


Au point de vue humain, les héros, qui n'ont rien de commun avec les faiblesse(s) de l'humanité, nous déconcertent ; ils ont l'air d'appartenir à une autre race que la nôtre, et l'admiration se refroidit en conséquence. Chez Jeanne d'Arc, sans éclipser l'héroïne, l'abjuration montre bien à découvert la femme, la jeune fille, la vierge, avec leurs appréhensions, leurs terreurs, leurs défaillances ; l'on ne peut douter alors que cette Fille de Dieu ne soit elle aussi de notre chair et de notre sang, une véritable fille des hommes. Plus elle est malheureuse, plus elle nous émeut; plus noblement, plus saintement elle souffre, plus on l'admire. Seulement, les larmes jaillissent ; en jaillissant, elles font de cette admiration un sentiment plus qu'humain, un sentiment pour ainsi dire sacré.


____________________________________________________

1. Voir les lettres adressées par le roi d'Angleterre, après le supplice de la Pucelle, aux princes chrétiens, aux prélats et seigneurs de France, et aux cardinaux (Procès, t. I, pp. 485-493.)

Dans ces lettres, le monarque anglais s'étend complaisamment sur les deux sentences, ainsi que sur « les cas, crimes détestables et erreurs qui les motivèrent » (Op. cit., p. 492. )


A suivre : II. Conclusion.


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Message  Louis Mer 09 Mai 2012, 1:57 pm

L'ABJURATION

DE

JEANNE D'ARC

Chapitre X

L'ABJURATION DE LA PUCELLE ET LES DEUX SENTENCES.

CONCLUSION.


(suite)

I.

Conclusions.

Au lecteur maintenant de formuler la réponse définitive à donner à cette question, sujet de notre Étude :

L'abjuration de la jeune Lorraine, telle que l'histoire la fait connaître, est-elle de nature à ternir sa mémoire? Apparaît-il, dans les circonstances qui la caractérisent, quelque chose qui charge sa conscience, ou flétrisse son honneur? N'ajoute-t-elle pas plutôt à sa gloire?

Étant donnés les faits établis de façon irréfutable dans les pages qui précèdent, à savoir :

1° Que l'abjuration de la Pucelle a été, de la part de ses juges, un coup prémédité de surprise et de violence;

2° Que, pour qu'on en ignorât à jamais la nature et la portée, les juges ont détruit ou fait détruire la cédule authentique ;

3° Que la cédule insérée au Procès est fausse ;

4° Que de la cédule authentique il ne reste que des fragments ;

5° Que dans ces fragments il n'y a rien de répréhensible, et que la partie perdue de la cédule n'était pas moins insignifiante ;

6° Que Jeanne n'a d'ailleurs à peu près rien compris à cette cédule et au sens caché que les juges y attachaient ;

7° Qu'elle ne savait même pas ce que c'était que d'abjurer, et qu'elle ne l'a jamais su, les juges ayant pris leurs précautions pour que personne ne le lui expliquât ;

8° Que par suite, l'abjuration de la Pucelle n'a été, de fait, qu'un semblant d'abjuration, et nullement une stricte et véritable abjuration canonique en cause de foi ;

9° Que, en ce semblant d'abjuration, les juges ont violé ouvertement les règles les plus sacrées de la justice et les prescriptions les plus formelles du Droit naturel, canonique et divin ;

10° Que, dans la situation qui lui était faite, la Pucelle, absolument délaissée, privée de tout conseil, environnée d'embûches, a néanmoins fait ce qui était en son pouvoir pour éviter toute offense de Dieu ;

11° Que, en outre, sous quelque rapport que l'on considère l'abjuration de Jeanne, en elle-même ou dans ses circonstances, on n'y peut relever avec certitude aucune faute, grave ou légère, contre les commandements de Dieu et ceux de l'Église, ni aucune transgression des devoirs de la loyauté, de la délicatesse et de l'honneur ;

12° Que, tout au contraire, jamais, en aucune autre circonstance de sa vie, Jeanne n'a été plus admirable de patriotisme, de force morale et de foi ;

Pour ces raisons, les historiens et les moralistes, les canonistes et les théologiens, qui sont résolus à ne jamais se départir des règles d'une critique sûre et d'une logique irréprochable, admireront autant qu'ils plaindront la victime du drame de Saint-Ouen ; mais, en tout cas, ils ne verront certainement point en elle une hérétique en passe de devenir relapse, et nous ne pensons pas qu'ils songent à la blâmer, encore moins à la condamner.

A suivre : NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS.



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Message  Louis Jeu 10 Mai 2012, 6:32 am

L'ABJURATION

DE

JEANNE D'ARC

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS.

NOTE I.

DU SOURIRE DE JEANNE AU MOMENT DE L'ABJURATION.


(Page 40.)

Le témoin Guillaume Manchon n'est pas le seul à signaler ce sourire de la Pucelle au moment de l'abjuration. Le chevalier de Macy rapporte qu'elle fit « un rond », soit en souriant, soit par moquerie « per derisionem fecit quoddam rotundum », au bas de la cédule que Laurent Calot lui présenta à signer. (Procès, t. III, p. 123.)

Le chanoine Guillaume Dudésert dit que Jeanne riait ou souriait en prononçant les paroles de l'abjuration, sur quoi, « un Docteur anglais furieux, qui le vit, s'en prit à l'Évêque de Beauvais, lui disant qu'il agissait mal en acceptant une pareille abjuration, et que c'était une dérision — Quidam Doctor Anglicus præsens in dicta prædicatione et male contentus de re ceptione abjurationis dictæ Johannas, eo quod ridendo pro nuntiabat aliqua verba dictæ abjurationis, dixit Episcopo Belvacensi quod male faciebat admittendo dictam abjuratio nem, et quod erat una derisio. » (Procès, t. II, p. 338.)

L'Évêque de Noyon, Jean de Mailly, déposait ce qui suit « Après ladite abjuration, plusieurs des assistants disaient que ce n'était qu'une farce, et que l'accusée ne faisait que rire. — Post hujusmodi abjurationem, plures dicebant quod non erat nisi truffa et quod non faciebat (Johanna) nisi deridere » (Procès, t. III, p.55.)

Rire ou sourire, un pareil phénomène physiologique ne doit pas surprendre chez une jeune fille qui venait de subir de si profondes secousses morales, et dont les nerfs étaient tendus à l'excès. La détente suivait la tension, et de cette détente Jeanne n'était probablement pas tout à fait maîtresse. Quoi qu'il en fût physiquement, la torture morale par laquelle elle venait de passer avait pris fin, et l'accusée ne pouvait que s'en réjouir. On lui avait fait entendre de séduisantes promesses et, dans son ingénuité, elle ne doutait pas qu'on ne les tînt fidèlement. Elle avait pris aussi ses précautions du côté de la conscience, elle était rassurée. II n'en fallait pas davantage pour que son visage revêtit l'expression souriante que remarquèrent les témoins. Tout bien examiné, parmi les explications qu'on pourrait donner de ce sourire de la Pucelle, cette dernière nous paraît la plus admissible et la plus naturelle.

A suivre : NOTE II. TH. DE COURCELLES ET LA FAUSSE CEDULE DE L'ABJURATION.


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Message  Louis Jeu 10 Mai 2012, 11:47 am

L'ABJURATION

DE

JEANNE D'ARC

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS.

(suite)

NOTE II.

TH. DE COURCELLES ET LA FAUSSE CÉDULE DE L'ABJURATION.


(Page 58 et suiv.)



Nous avons entendu J. Massieu déclarer péremptoirement que la cédule redite et signée par la Pucelle n'avait rien de commun avec l'abjuration insérée au Procès. Qui a rédigé le texte de cette abjuration fausse, et en a-t-on aperçu quelque trace avant que Jeanne signât? Et, si on en a aperçu des traces, n'y a-t-il pas là une confirmation grave du fait de la substitution opérée par L. Calot ? La déposition du Docteur de Paris, Thomas de Courcelles, quelque entourée de réticences qu'elle soit, va nous fournir quelques lumières.

« Interrogatus quis fecit schedulam abjurationis, quæ cotinetur in processu, dicit quod nescit. — Qui a fait la cédule d'abjuration insérée au Procès? Le témoin l'ignore.

« Nec etiam scit quod eidem Johannæ fuerit lecta aut data intelligi. — Il ignore également si la cédule fut lue à l'accusée par avance, et si on la lui expliqua. »

Au moment où l'Evêque de Beauvais interrompit la lecture de la sentence, « que fut-il dit à Jeanne et que répondit-elle? Le témoin ne s'en souvient pas davantage — Non recordatur quid dictum fuerit eidem Johannæ, nec quid ipsa respondit. »

Ce dont il se souvient, par exemple, c'est « que maître Nicolas de Venderès fit une cédule commençant par ces mots: Quo tiens cordis oculus; mais est-ce la cédule insérée au Procès? Il l'ignore. »

Qu'on remarque bien ce qu'ajoute le Docteur de Paris « Il ne sait pas non plus s'il a vu cette cédule dans les mains de maître Nicolas avant l'abjuration de la Pucelle, ou après; mais il croit qu'il l'y vit avant. » (Procès, t. III, pp. 60, 61. )

Ce qui se dégage de cette déposition embrouillée à dessein, le voici :

1° La cédule d'abjuration ne fut ni lue avant le « prêche », ni expliquée à la Pucelle: Erard ne la lui avait exhibée et lue qu'après.

2° Nicolas de Venderès est le rédacteur, ou du moins le transcripteur de la fausse cédule, car c'est par les mots cités plus haut que commence le texte latin de la cédule que contient le Procès: « Quotiens humans mentis oculus... » (Procès, t. I, p. 448.) Cordis oculus, ou humans mentis oculus, c'est absolument la même chose;

3° Enfin, cette cédule se trouvant entre les mains de Venderès avant l'abjuration, tout s'explique. Des mains du Docteur, elle passe entre celles de L. Calot, et Calot l’a fait signer, après la cédule de Massieu, par la Pucelle.

Que le secrétaire du roi d'Angleterre ait présenté à Jeanne le texte latin ou la traduction française de ladite cédule, peu importe; il lui présenta le texte que lui remit ou lui fit remettre Nicolas de Venderès, et la Pucelle qui ne pouvait se rendre compte de la supercherie, le laissa faire.

A suivre : NOTE III. LES TEMOINS ROUENNAIS DE L'ABJURATION
ET LA PARTIE PERDUE DE LA CÉDULE AUTHENTIQUE.

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Message  Louis Jeu 10 Mai 2012, 3:07 pm

L'ABJURATION

DE

JEANNE D'ARC

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS.

(suite)

NOTE III.

LES TEMOINS ROUENNAIS DE L'ABJURATION ET
LA PARTIE PERDUE DE LA CÉDULE AUTHENTIQUE.


(Page 80 et suiv.)

Il est bon que le lecteur puisse contrôler le jugement que nous croyons devoir porter sur la partie perdue de la cédule d'abjuration et sur son contenu. L'analyse des dépositions des divers témoins, rapprochée des dépositions déjà citées, rendra cette tâche facile.

Les témoins qui déposèrent sur les conditions dans lesquelles se produisit l'abjuration de Jeanne se rangent en trois catégories. Il y a d'abord celle des assesseurs qui assistèrent au prêche de Saint-Ouen et qui six jours après, opinèrent pour la condamnation de l'accusée

Une deuxième catégorie comprend les autres témoins qui se trouvèrent assez proche de Jeanne pour tout voir et entendre.

Dans la troisième catégorie, rentrent les témoins qui ne purent voir et entendre que d'assez loin.

Examinons le langage tenu par les uns et les autres.


I. Des assesseurs du Procès.


Nous ne nous occuperons que des assesseurs de l'Evêque de Beauvais qui prirent part à la délibération finale du Procès de la Pucelle, à cause de l'intérêt majeur qu'ils avaient à ne pas négliger les circonstances de l'abjuration qui auraient pu justifier leur conduite ou l'excuser.

Dix de ces assesseurs comparurent devant les commissaires enquêteurs de la réhabilitation; tous les dix avaient adhéré à la délibération de l'abbé de Fécamp et opiné que la Pucelle, étant hérétique et relapse, devait être livrée au bras séculier. C'étaient les maîtres et docteurs Pierre Migiet, prieur de Longueville-Giffard, Thomas de Courcelles, le rédacteur et traducteur du Procès, Jean Lefèvre, André Marguerie, Nicolas Caval, Guillaume Dudésert, Jean Tiphaine, Guillaume Delachambre, Frère Isambard de la Pierre et Frère Martin Ladvenu.

On peut joindre aux noms de ces Docteurs ceux de Jean Beaupère et de Jean de Mailly, Évêque de Noyon, qui occupaient sur l'estrade d'honneur deux des premières places. C'est chose notable qu'aucun de ces témoins, interrogé sur l'abjuration de la Pucelle, n'a insinué quoi que ce soit de nature à charger l'accusée. II est probable que plus d'un savait, cependant, ou pour l'avoir vu lui-même, ou pour en avoir été instruit, ce que contenait la cédule authentique. S'ils en ont oublié le contenu au point de ne se souvenir de rien, et de ne trouver rien à en dire dans leurs dépositions, c'est qu'il n'y avait rien qui pût les frapper, c'est que ladite cédule ne contenait aucun article pouvant servir à leur propre justification. Ces articles étaient donc tous insignifiants, et on les avait rédigés ainsi afin qu'ils n'éveillassent pas les défiances de la Pucelle.

Parcourons les dépositions des témoins susnommés :…

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Message  Louis Ven 11 Mai 2012, 6:19 am

L'ABJURATION

DE

JEANNE D'ARC

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS.

(suite)

NOTE III.

LES TEMOINS ROUENNAIS DE L'ABJURATION ET
LA PARTIE PERDUE DE LA CEDULE AUTHENTIQUE.


(suite)



I. Des assesseurs du Procès. (suite)

Parcourons les dépositions des témoins susnommés : Thomas de Courcelles. — Nous avons reproduit plus haut sa déposition Elle ne dit rien du contenu de la cédule de l'abjuration, ni en bien ni en mal.

Jean Beaupère. — Ce Docteur ramène ce contenu à la soumission de l'accusée à l'Église. « Et ainsi fit-elle », dit-il (Procès, t. II, p.21.). Ainsi, d'après maître Beaupère, tout le sérieux de la cédule était concentré en cet article

Guillaume Dudésert. — Ce témoin ne mentionne également que la soumission au jugement de l'Église, et il nous a fourni l'un des éléments à l'aide desquels nous avons reconstitué en partie le vrai texte de la cédule (Procès, t. II, p 338. ) Notez qu'il parle de la soumission au jugement de l'Eglise, non à celui du tribunal de Rouen.

André Marguerie. — Ce témoin ne nous dit qu'une chose : c'est que la question de la soumission à l'Église fut une des principales causes pour lesquelles on exigea de Jeanne une rétractation — Fuit una de causis quare processum est contra eam ad revocationem. (Procès, t. III, pp.183-184.)

Nicolas Caval. — Ce chanoine de Rouen dit qu'il ne sait rien. (Ibid., t. II, pp. 335-337.)

Pierre Migiet. — Ce prieur de Longueville-Giffard ne dit rien de la cédule même. II se borne à rappeler avoir ouï de Jeanne « qu'elle voulait obéir à Dieu et à l'Église ». (Ibid., t. II, p. 302)

Dans une deuxième déposition, il ajoute que l'accusée fit attendre assez longtemps sa rétractation (Ibid., t. III, pp. 130-131)

Le même témoin atteste aussi que la lecture de la cédule n'excéda pas la récitation d'un Pater noster (Ibid., t. III, p. 132) — Quantum ad factum abjuratioms, durabat totidem, vel circiter, sicut Pater noster.

Les dominicains Isambard de la Pierre et Martin Ladvenu ne citent rien de l'abjuration prononcée par la Pucelle Frère Ladvenu remarque cependant que le fait de la soumission de Jeanne à la détermination de l'Église n'était pas contesté par les juges (Ibid. t. II, p. 366; t. III, p.168.)

Jean Tiphaine. — Rien de la cédule (Ibid., t. III, p 46. )

Jean Lefèvre. — Pas davantage (Ibid, t. II, pp. 368-369.)

Guillaume Delachambre. — Nous avons appris de lui des choses importantes; mais sur le contenu de la cédule, il a gardé le silence.

Jean de Mailly, Évêque de Noyon — Ce prélat ne nous apprend rien non plus sur le contenu de la cédule. II rappelle que si Jeanne la signa, ce fut vaincue par les prières des assistants. « Illud quod fecit in hujusmodi abjuratione, fecit precibus adstantium devicta. » (Ibid., t. III, p.55)

Il n'y a donc rien de mieux établi que le silence des douze témoins susnommés sur le contenu de la cédule d'abjuration. Or, ce silence, nous le répétons, est la preuve irréfragable que cette cédule ne contenait rien de nature à les justifier, puisqu'ils n'en ont point fait usage, quelque intérêt puissant qu'ils eussent à le faire. Donc, par cela même, ledit silence prouve que la cédule de l'abjuration ne contenait rien qui pût se retourner contre la Pucelle.

A suivre : II. Des témoins qui se trouvèrent assez proche de Jeanne pour tout voir et entendre.

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Message  Louis Ven 11 Mai 2012, 10:25 am

L'ABJURATION

DE

JEANNE D'ARC

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS.

(suite)

NOTE III.

LES TEMOINS ROUENNAIS DE L'ABJURATION ET
LA PARTIE PERDUE DE LA CEDULE AUTHENTIQUE.


(suite)

II. Des témoins qui se trouvèrent assez proche de Jeanne pour tout voir et entendre.

Nous avons nommé ces témoins dans le texte de notre Dissertation et nous avons rapporté leurs témoignages. C'étaient les notaires-greffiers G. Manchon, G. Colles, dit Bois-Guillaume, et Nicolas Taquel; c'était encore l'huissier Jean Massieu, le chevalier Aimond de Macy et le bourgeois Jean Moreau.

Dans les dépositions du prêtre Jean Massieu, il y a lieu de relever le conseil important qu'il donna à la Pucelle, lorsque Erard la somma d'abjurer Jeanne le suppliant de la conseiller, Massieu lui dit qu'elle devait avant toutes choses ne s'en rapporter de son abjuration qu'à « l'Église universelle », et demander que les articles de la cédule fussent soumis à ladite Église (Procès, t. II, pp 17 et 331.) Jeanne saisit l'importance du conseil. Elle demanda sur-le-champ que « lesdits articles fussent examinés et jugés par l'Église ». On sait la réponse d'Erard :

« Tu abjureras présentement, ou tu seras brûlée aujourd'hui même. » (Ibid.) Cette réponse ne fit que confirmer l'accusée dans sa ferme résolution de ne se soumettre totalement qu'à l'Église, et conditionnellement seulement à ses juges, comme nous l'avons inféré du langage tenu par Cauchon lui-même (Voir notre Chapitre V, pp.74-76)

Pour G. Manchon, nous avons précédemment rappelé ce passage d'une de ses dépositions, car il déposa jusqu'à quatre fois:

« A ce moment-là (celui qui suivit la suspension de la lecture de la sentence), Jeanne répondit qu'elle était prête à se soumettre à l'Église — His intermediis, ipsa Johanna respondit quod erat parata obedire Ecclesiæ. » (Procès, t III, p. 147.) Alors, ajoute-t-il, « on lui fit prononcer une abjuration en conséquence — Tunc fecerunt sibi dicere hujusmodi abjura tionem. »

Voilà le seul souvenir que l'honnête notaire ait gardé de la matière de l'abjuration Nous avons vu qu'il en fut de même de maître Beaupère et du chanoine G. Dudésert. Il est à croire que, si la Pucelle eût révoqué ses révélations en ce même moment, l'un ou l'autre des six témoins qui étaient tout proche l'eût remarqué et, l'occasion se présentant, l'eût signalé.

De leur silence à tous, nous tirerons la conséquence que nous avons tirée du silence des douze assesseurs, à savoir que la partie perdue de la cédule ne contenait que des choses à première vue insignifiantes.

A suivre : A suivre : III. Des autres témoins de l'abjuration.


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Message  Louis Ven 11 Mai 2012, 5:03 pm

L'ABJURATION

DE

JEANNE D'ARC

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS.

(suite)

NOTE III.

LES TEMOINS ROUENNAIS DE L'ABJURATION ET
LA PARTIE PERDUE DE LA CEDULE AUTHENTIQUE.


(suite)

III. Des autres témoins de l'abjuration.

Voici d'abord ceux qui ont ouï et retenu quelque chose Ce sont le prêtre Pierre Bouchier et Pierre Cusquel, bourgeois de Rouen.

Nous avons cité maintes fois la déposition du premier mentionnant la « soumission de Jeanne à l'Église ». Le second entendit l'accusée, lors du sermon de Saint-Ouen, déclarer qu'elle ne voulait rien soutenir qui fût contre la foi catholique. (Procès, t. II, pp. 323, 348. )

Les témoins Jean Marcel, Jean Lenozolles, Jean Monnet, Laurent Guesdon, disent ne rien savoir de ce qu'on exigeait de la Pucelle, nous l'avons déjà noté.

Les autres témoins rouennais ou ne parlent pas du prêche de Saint-Ouen, ou se contentent de dire qu'ils y étaient présents.

Les témoignages de cette troisième catégorie, rapprochés des précédents, suggèrent trois réflexions:

1° Il nous paraît avéré que la soumission à l'Église a été le point doctrinal le plus important de la cédule de l'abjuration;

2° Pour les autres articles que nous avons recueillis, ils n'offraient qu'un intérêt très relatif, puisque, sur plus de vingt témoins, trois en tout les ont remarqués, mais isolément et comme au hasard, chacun de ces témoins évoquant un seul article;

3° Si ces seuls articles ont fait quelque impression sur les assistants, que devait-il en être des autres ! Ou bien ceux-ci se bornaient à développer, en le variant, l'article de la soumission à l'Église; ou bien ils étaient tels qu'on ne pouvait les remarquer.

De là cette conclusion, qu'on ne peut rien inférer de défavorable à la Pucelle, de la partie de la cédule restée inconnue.

A suivre : NOTE IV. ESSAI DE RECONSTITUTION INTÉGRALE DE LA CÉDULE AUTHENTIQUE.

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Message  Louis Sam 12 Mai 2012, 7:00 am

L'ABJURATION

DE

JEANNE D'ARC

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS.

(suite)

NOTE IV.

ESSAI DE RECONSTITUTION INTEGRALE DE LA CEDULE AUTHENTIQUE.



(Page 82 et suiv.)

Peut-être sommes-nous en possession de toutes les parties de la cédule authentique de l'abjuration de la Pucelle. Le lecteur en jugera, lorsqu'il se sera fait une opinion arrêtée sur les textes suivants:

1° Un des témoins rouennais dont il a été déjà question, le bourgeois Jean Moreau, qui déposait avoir été présent à la scène de Saint-Ouen: « Ipse fuit præsens in Sancto Audœno », ajouta « Je vis bien qu'on lisait à Jeanne une cédule, mais qu'y avait-il dans cette cédule? je l'ignore Je me souviens toutefois qu'il était dit qu'elle avait commis le crime de lèse majesté et qu'elle avait séduit le peupleVidit etiam ipse loquens quod eidem Johannæ legeba tur quædam schedula; sed QUID IN EA CONTINEBATUR, nescit; RECORDATUR TAMEN QUOD DICEBATUR quod commiserat crimen læsæ majestatis, et quod seduxerat populum ». (Procès, t. III, pp. 193-194. Déposition dudit Jean Moreau. ) Y a-t-il la un autre fragment de la cédule en question?

On ne peut répondre qu'après avoir montre quel sens l'on doit donner au mot dicebatur, dans la phrase recordatur tamen
quod dicebatur.


Faut-il entendre: dicebatur IN EADEM SCHEDULA; ou bien: dicebatur IN TURBA, A CIRCUMSTANTIBUS ?

L'interprétation dicebatur IN EADEM SCHEDULA a pour elle le fait que le recordatur tamen semble opposé à nescit quid in ea continebatur et le restreindre. Car, s'il s'agit d'un point connu restreignant le sens de nescit, il s'ensuit qu'il faut lire recordatur quod dicebatur in ea, les ellipses ou sous-entendus tels que ceux de in ea étant d'usage courant en cas semblable.

Il est vrai que dicebatur, dans les auteurs latins, est tantôt traduit par on disait, tantôt par on y disait, il y était dit. Dans le cas dont il s'agit, comment discerner celle de ces deux traductions qu'il convient d'adopter? On le discerne ordinairement à l'aide du contexte. Or, dans le contexte de la déposition citée, il est parlé de la cédule, quid in ea continebatur, il n'est jamais parlé de la foule et des assistants, on n'y lit ni in turba, ni ab adstantibus.

L'interprétation dicebatur IN SCHEDULA semblerait donc mieux justifiée que l'interprétation dicebatur IN TURBA. Dans ce cas, la partie reconstituée de la cédule authentique comprendrait de plus ces mots : « Je, Jehanne, confesse avoir commis le crime de lèse-majesté et avoir séduit le peuple. »

Reste à savoir si ce langage de la Pucelle ne charge pas sa mémoire.

Et d'abord, ce passage n'est-il pas un de ceux auxquels Jeanne n'avait rien compris ?

Supposé qu'elle y ait compris quelque chose, il n'en résulte rien contre elle. Quoique sa conscience ne lui reprochât rien, comme elle voulait être bonne chrétienne, Jeanne se rapportait à l'Eglise et à ses juges de ses dits et faits.

Or, ses juges lui affirmaient qu'elle s'était rendue coupable du crime de lèse-majesté et qu'elle avait séduit le peuple.

Jeanne ne s'en doutait pas. Devant l'affirmation réitérée du tribunal, elle suspendit et soumit son jugement. Elle voyait en l'Evêque de Beauvais le représentant de Dieu; par humilité et par esprit de foi, elle s'en rapporta conditionnellement à son appréciation. Qui songerait à l'en blâmer? Ainsi voyons-nous les saints, même dans les circonstances où éclate leur sainteté, soumettre leur jugement à celui de leurs supérieurs et se proclamer de grands coupables.

Dans la conjoncture présente, toutefois, la Pucelle ne se soumet à ses juges que conditionnellement, elle ne le fait absolument qu'à l'Église et au Souverain Pontife, parce que l'Église et le Souverain Pontife seuls peuvent porter sur ses dits et faits un jugement souverain.

2° Un passage déjà cité du Procès officiel va nous fournir la matière probable d'un dernier fragment de la cédule authentique…


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Message  Louis Sam 12 Mai 2012, 11:24 am

L'ABJURATION

DE

JEANNE D'ARC

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS.

(suite)

NOTE IV.

ESSAI DE RECONSTITUTION INTÉGRALE DE LA CÉDULE AUTHENTIQUE. (suite)




2° Un passage déjà cité du Procès officiel va nous fournir la matière probable d'un dernier fragment de la cédule authentique; matière probable seulement, parce que, à part le rapport frappant qui apparaît entre le sens de ce passage et l'objet de l'abjuration de la Pucelle, aucune autre raison n'autorise à dépasser les bornes d'une simple probabilité

En ce passage, l'Evêque de Beauvais, à propos du fait de l'abjuration, s'exprime ainsi:

« Plusieurs fois l'accusée a dit que, puisque les gens d'Église disaient que les apparitions et révélations qu'elle, Jeanne, disait avoir eues, n'étaient ni à soutenir, ni à croire, elle ne voudrait pas les soutenir, mais elle s'en remettait du tout à notre mère la sainte Eglise et à nous ses juges (Procès, t. I, p 446) — Dixit que PLURIES quod postquam viri ecclesiastici dicebant quod apparitiones et revelationes quas dicebat se habuisse, non erant sustiniendæ nec credendae, ipsa NON VELLET eas sustinere, sed EX TOTO SE REFEREBAT SANCTÆ MATRI ECCLESIÆ et nobis judicibus. »

En présence de ce langage de P Cauchon, il n'y a aucune invraisemblance à penser que la partie essentielle en avait été exprimée de façon obscure ou équivoque dans la cédule et rattachée à l'article de la soumission de Jeanne à la détermination, au jugement et aux commandements de l'Église. Avec ces additions, nous aurions le texte suivant :« Je, Jehanne, promets de ne plus porter à l'avenir l'habit d'homme, ni des armes, ni les cheveux courts. Je confesse avoir commis le crime de lèse majesté et avoir séduit le peuple. Je me soumets à la détermination, au jugement, aux commandements de l’Eglise, et pour les apparitions et révélations que j'ai dit avoir eues, je m'en rapporte totalement à notre mère la sainte Eglise. »

Il y a là plus que le Pater noster et la matière d'au moins sept ou huit lignes de grosse écriture.

A suivre : NOTE V.

DES PRÉTENDUS ÉCLAIRCISSEMENTS DONNÉS A
LA PUCELLE SUR LE CONTENU DE LA CÉDULE D'ABJURATION.


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