Les Templiers - Abbé Bareille

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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 10:53 am

Comme le document de l'abbé Bareille sur les Templiers est prêt, je vais le poster maintenant...ce sera ça de fait!

Gérard en a mis des bouts sur le fil: Pleine justification...etc.......

Je reposte donc le document entier, sans coupure, et avec les références.

Au milieu, le chapitre "seconde captivité de babylone" ne parle pas directement des Templiers néanmoins il m'a semblé nécésaire de ne pas l'omettre car il montre à quel point notre saint Père le Pape Clément V a été abreuvé d'épreuves et d'humiliations. Sad

Je vous ai promis une synthèse sur les Templiers, c'est promis, je n'oublie pas, néanmoins il va vous falloir un peu de patience, je n'aurai sûrement pas le loisir de m'en occupper cette semaine.
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 10:53 am

HISTOIRE DE L'ÉGLISE
DEPUIS LA CRÉATION JUSQU'AU XIIème SIÈCLE
PAR L'ABBÉ J.-E. DARRAS

CONTINUÉE JUSQU'AU PONTIFICAT DE PIE IX
PAR L'ABBÉ J. BAREILLE
CHANOINE D'HONNEUR DE LYON, CHANOINE HONORAIRE DE TOULOUSE ET D'ALGER LAURÉAT DE L'INSTITUT


TOME TRENTIÈME
PARIS
LOUIS VIVÈS, LIBRAIRE-ÉDITEUR
13, RUE DELAMBRE, 13
1882

SAINT-AMAND (CHER). — IMPRIMERIE DE DESTENAY
Rue Lafayette, 70.


Dernière édition par Catherine le Dim 12 Déc 2010, 10:56 am, édité 1 fois
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 10:55 am

SIXIÈME ÉPOQUE
DEPUIS LA MORT DE BONIFACE VIII (1303) , JUSQU'A LUTHER (1517)

CHAPITRE III

PONTIFICATS DE BENOIT XI ET DE CLÉMENT V (1303-1314)

Page 152-153-154.

22. Par ses mesures vexatoires et tyranniques, Philippe le Bel avait ébranlé cet antique respect, ce culte de la majesté royale. Sincèrement alarmé, il courut se renfermer dans la tour du Temple, où devait un jour expirer la royauté. Quel était donc cet homme? Il allait se placer sous la protection des Templiers, lui qui tramait leur perte! Ce rapprochement n'est pas saisi par les historiens ; il peint cependant une situation, en dessinant un caractère. Plusieurs bourgeois furent pendus. Ces exécutions sommaires répandaient la terreur et comprimaient l'émeute ; mais elles ne remplissaient pas le trésor. La pénurie demeurait la même. Les Juifs étaient les banquiers de l'état et de la nation : Philippe les fait tous arrêter le même jour, après les avoir flattés, pendant tout son règne, saisit leur argent et leurs biens, puis les exclut du royaume, leur interdisant d'y reparaitre sous peine de mort. Une part de leurs dépouilles est attribuée à la veuve de Philippe le Hardi ; la reine-mère n'entend pas s'enrichir du fruit de l'iniquité : elle consulte le Pape, et sur sa décision consacre le bien mal acquis au rachat de la Terre-Sainte, Clément V s'attachait avec d'autant plus d'ardeur à cette idée d'une croisade, qu'il y voyait son unique espoir d'indépendance, le suprême asile de son Pontificat. A l'instigation du laïque despote qui pesait sur son ministère sacré, mais sans pénétrer à fond les rapaces et sanglantes visées du despotisme, il venait d'appeler auprès de lui, pour s'éclairer de leur expérience et concerter avec eux ses plans, les grands-maîtres de l'Hôpital et du Temple Ne soupçonnant pas, c'est notre intime croyance, basée sur les écrits et les faits, de quelle politique sa faiblesse était l'instrument, il leur avait recommandé de se transporter en Europe avec tous leurs trésors, dont la concentration lui semblait nécessaire, et peu de leurs chevaliers, les autres devant rester à la défense des places chrétiennes et comme aux avant-postes de la Chrétienté. Le chef du Temple était Jacques Molay, un intrépide et loyal gentilhomme franc-comtois, qui depuis sa jeunesse bataillait en Orient contre les éternels ennemis du christianisme. A la tête des Hospitaliers sa trouvait Guillaume de Villaret, un noble enfant de la Provence, qui l'égalait par son courage et son dévouement.
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 10:56 am

PREMIER ACTE DU DRAME DES TEMPLIERS

23. L'un et l'autre résidaient dans l'ile de Chypre, ce dernier boulevard de la croix, en regard de l'Asie et de l'Afrique musulmanes. Ils obéirent sans hésiter ; mais Villaret interrompit sa navigation, pour tenter un coup de main sur Rhodes, que les Turcs occupaient en grande partie, bien que nominalement elle appartint aux Grecs. C'est une conquête qui commence et qui ne s'achèvera que dans quatre ans, sous le grand-maitre Foulques de Villaret, le digne frère de Guillaume. Pour son malheur, Jacques Molay continua sa route. Il était à Poitiers dès le mois de juin de l'année suivante 1307, sans escorte conforme à son rang ou témoignant quelque défiance, avec un petit nombre de serviteurs et moins encore de dignitaires. Le trésor qu’il apportait d’outre-mer, selon la recommandation pontificale, s'élevait à cent cinquante mille florins d'or, sans compter l'argent, qu'une notice de l'époque dit avoir formé la charge de dix mulets. Philippe le Bel, qui se trouvait dans la même ville, le reçut à bras ouverts. Il le serrera bientôt jusqu'à l'étouffer dans son étreinte. Pour le moment, après l'avoir comblé d'attentions et d'éloges, il se borne à lui soutirer, sous forme d'emprunt amical, une grosse somme en vue du mariage qu'on va célébrer entre sa fille Isabelle et le prince Edouard, héritier de la couronne britannique. C'est à Poitiers que le roi de France avait donné rendez-vous à Clément, pour traiter des grandes questions à peine indiquées dans leur première rencontre. Ces formidables questions, le Pape ne les soupçonnait pas toutes ; mais il en comprenait assez pour éprouver de mortelles angoisses. Celle de Boniface VIII lui causait une spéciale terreur et l'obsédait comme un lugubre fantôme. Il tomba malade à Pessac, non loin de son ancienne ville archiépiscopale. S'il avait péché par ambition, comme on l'en accuse, il expiait cruellement son succès. Dans une lettre au monarque, lui-même disait qu'il était allé jusqu'aux portes du tombeau, mais que la main de Dieu l'en avait ramené contre toute espérance. Parmi les douleurs et les craintes qui l'accablaient, il fut visité d'une lumière supérieure : les faveurs imméritées, les nominations anti-canoniques, les concessions au pouvoir temporel, les évêchés et les abbayes dont les titulaires n'exerçaient pas les fonctions, se montrèrent à sa conscience sous le jour anticipé de l'éternité. Il révoqua les commendes sans exception, il déplora les faiblesses avec amertume, par un acte solennel qui garde un reflet d'une âme profondément chrétienne et rappelle les plus beaux temps de la Papauté. S'il recouvrait ses forces, il s'engageait à marcher sur les traces de ses meilleurs devanciers dans le gouvernement de l'Église.
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 10:57 am

Page 155

24. Mais il avait aussi contracté l'engagement de se rendre à l’entrevue de Poitiers et de s'aboucher avec Philippe. Celui-ci venait d'arriver, accompagné de ses deux frères et de ses trois fils. Le roi Charles s'y trouvait également, ainsi que le comte Robert de Flandres. Le roi d'Angleterre n'était présent que par ses délégués. Son âge ne motivait pas seul cette absence ; il luttait en ce moment contre un redoutable ennemi, Robert Bruce, qui, plus heureux quoique moins vaillant que William Wallace, rendait à l'Ecosse son autonomie. Le Pape s'était déjà prononcé pour le monarque anglais ; il avait même secondé les prétentions d'Edouard, n'en ayant pas approfondi les tendances, vis-à-vis du primat de Cantorbéry : le courageux archevêque, d'abord suspendu de ses fonctions, ne sera réhabilité qu'après avoir démontré victorieusement la justice de sa cause. Dans cette entrevue de Poitiers, toujours préoccupé de la croisade, Clément sanctionna la paix stipulée récemment entre la France et la Flandre. Il excitait de nouveau Charles de Valois à marcher sans retard sur Constantinople, lui montrant au delà Jérusalem. Il envoyait au grand amiral de l'Eglise, Jacques d'Aragon, l'injonction de tendre vers ce but ultérieur par une autre route, celle de la mer. Le roi de Naples, qui portait aussi le titre de roi de Jérusalem, devait en personne ou par l'un de ses fils, aller en Syrie et participer à la conquête, comme le principal intéressé dans cette grande expédition. Une autre couronne était de nouveau garantie à sa famille : Clément se prononçait pour Charobert contre Othon de Bavière, imitant en cela l'exemple de ses prédécesseurs. Dans cette même conférence et sous l'empire de la même préoccupation, le Pape confirmait la paix entre la France et l'Angleterre. Philippe le Bel adhérait à tous ces arrangements, qui n'étaient pour lui que des préliminaires. Le but essentiel, l'affaire capitale, c'était d'obtenir que la mémoire de Boniface VIII fût solennellement flétrie, de telle sorte que la sienne n'eût jamais à subir, ni dans la vie ni dans la mort, la plus légère atteinte. Il voulait que le Pape condamnât sa victime d'Anagni comme hérétique et coupable d'intrusion, qu'il fit exhumer le corps pour le livrer aux flammes, que le nom de Boniface disparut du livre de la Papauté. Les tyrans ne pardonnent pas à leurs victimes!
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 10:58 am

Page 156

25. Clément se dérobait par tous les moyens en son pouvoir, au lieu d'opposer une généreuse résistance, une négation absolue, le magnanime non licet de la tradition apostolique. Il prodiguait à son persécuteur toutes les grâces et toutes les absolutions, non-seulement pour lui-même, mais encore pour ses agents, ses fauteurs, ses complices, en supposant la réalité d'un attentat et la légitimité des censures, ce qu'il n'affirmait pas. Il n'exceptait désormais personne, pas même Guillaume de Nogaret, à la condition toutefois que le chevalier juriste irait pendant cinq ans combattre en Asie contre les Infidèles. Devant ce nom l'indignation revendiquait les droits de la conscience, l'abîme apparaissait dans toute son horreur. Anéantir une période historique, radier un pontificat tout entier, n'était-ce pas le rêve d'un despote en délire? Tant d'événements accomplis, tant de luttes soutenues avec un indomptable courage, et qui dataient d'hier, appartenait-il à la tyrannie d'en supprimer les conséquences ou d'en effacer le souvenir ? Inoculer au front d'un Pape le stigmate de l'hérésie n'équivalait-il pas à renverser l'économie du christianisme, à briser la chaîne des temps, à miner le dogme par sa base, à jeter l'Église dans le chaos? Si Boniface n'avait pas été légitime successeur de saint Pierre, que devenaient les dignités conférées par lui, le Sacré-Collège lui-même, dont les membres pour la plupart lui devaient leur promotion? Les cardinaux furent tous d'avis qu'il fallait déjouer ou rompre une pareille attaque ; et sur ce point ceux du parti français ne différaient pas des autres. Mais sur Clément retombait la difficulté: à lui de donner une réponse. Il se rejeta sur l'évêque d'Ostie, qui l'avait conduit au souverain pontificat, et par là dans cette terrible impasse. Le cardinal italien lui suggéra la pensée de renvoyer la question devant un concile œcuménique, où le débat serait plus complet et la condamnation moins équivoque, en supposant qu'elle dût être prononcée. Philippe n'eut rien à dire ; il se trouvait enveloppé dans ses propres filets, lui qui n'avait cessé d'en appeler au concile. Se tenait-il pour battu? Après avoir envoyé son fils aîné, Louis, en Navarre, prendre possession d'un royaume qu'il fallait d'abord subjuguer, il rentra dans sa capitale, avec l'intention bien arrêtée de frapper un second coup, sans abandonner la partie première. Le tyran ne se désistait jamais ; son audace égalait son hypocrisie. Non content de faire la guerre aux morts, selon la juste observation d'un écrivain de ce siècle, il allait la faire aux vivants, à la façon des traîtres, sans l'avoir déclarée : la cupidité lui commandait ce silence.
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 10:59 am

Page 157

26. Pendant son séjour à Poitiers, le Pape fut témoin d'un prodige qui dut l'impressionner beaucoup plus encore que sa récente maladie. L'évêque de cette ville, quoique suffragant de Bordeaux, s'était prononcé pour Bourges, contrairement à tous ses intérêts, obéissant à l'unique voix de la conscience, dans le long débat qui régnait entre ces deux métropoles. Il se nommait Gautier de Bruges ; tout en lui respirait la sainteté. Nourri dans le cloître, disciple de saint François, il n'avait nullement dépouillé la vie religieuse en montant sur le siège épiscopal. C'est à lui que l'archevêque de Bourges, un autre saint doublé d'un érudit, Gilles de Romes, s'était adressé pour interdire à Bertrand de Goth, sous peine d'excommunication, le titre usurpé de primat d'Aquitaine. Gautier signifia le monitoire, ne prévoyant pas que le métropolitain n'allait pas tarder à devenir Pape. L'eût-il du reste prévu, qu'il n'en aurait pas moins rempli sa mission. Cet acte de courage fut mal apprécié par Clément V; le Pape ne sut pas oublier les injures de l'archevêque. Il déposa l'évêque de Poitiers et le renvoya chez les Frères Mineurs de cette même ville. Gautier ne survécut guère à sa déposition ; il était mort dans son couvent peu de mois avant l'arrivée du Souverain Pontife. Au moment de mourir, il en appela par une protestation écrite au jugement de Dieu, et conjura ses frères de l'inhumer avec cette protestation à la main. On accomplit son désir suprême avec le respect qu'inspirait sa vertu et que commandait son caractère. La vénération entourait déjà son tombeau, des bienfaits miraculeux consacraient sa mémoire. Clément apprit ce qui s'était passé ; il voulut s'en assurer par lui-même. Une nuit, les Franciscains eurent la visite du Pape, accompagné seulement de l’écuyer et de l’archidiacre diocésain. La tombe est ouverte, le corps du Saint tenant à la main la redoutable cédule. L'archidiacre la saisit, mais éprouve une résistance invincible. Le Vicaire de Jésus-Christ ordonne au mort de lâcher prise en lui promettant de le réintégrer dans sa possession ; le mort obéit. Lecture faite, l'archidiacre voulut emporter l'objet dont il s'était emparé. Une force mystérieuse le tint cloué sur les dalles de la crypte,(1) jusqu'à ce qu'il eut restitué cet écrit à l'appelant couché dans sa tombe.

(1)L'auteur qui nous a transmis ce fait déclare le tenir de l'écuyer même du Pape ; et ce témoin l'affirmait sous la foi du serment.
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:00 am

Page 158

27. De retour à Paris, Philippe le Bel achevait d'élaborer dans l’ombre les sinistres desseins dont il ne s'était jamais départi L'exécution était proche. Au lieu de chercher dès l'abord à pénétrer sa pensée, ce qu'on peut reconnaître impossible, après tant d'investigations demeurées sans résultat, nous exposerons le drame tel qu'il se produisit aux yeux de la France et du monde épouvantés. Assistons au spectacle; ce sera peut-être le meilleur moyen de l'interpréter. La sœur de la reine étant morte, Jacques Molay, le grand-maître du Temple, parut aux funérailles parmi les plus hauts barons, et tenait comme eux le poêle, sur l'invitation même du roi. C'était le 12 octobre. Dans la nuit, à la dernière heure, la maison des Templiers était subitement envahie par des hommes d'armes que commandait l'éternel Nogaret ! Surpris sans défense, Jacques Molay se réveillait dans les fers, ainsi que tous ses chevaliers, au nombre de cent quarante. La même nuit, à la même heure, le même coup était frappé dans toute l'étendue du royaume. Un mois auparavant, tous les sénéchaux et baillis avaient reçu l'ordre de tenir en état les troupes dont ils disposaient; et cet ordre était accompagné d'une lettre close, qu'ils ne devaient ouvrir que dans la soirée du 12 octobre, sous peine de mort. Dans la journée du 13, le roi prenait possession de cette tour du Temple qui naguère l'avait abrité contre la vengeance populaire ; il y déposait ses chartes et ses trésors. Il n'est pas inutile d'entendre maintenant un contemporain : « L'an de grâce 1307, survint une chose étonnante, une chose qui saisit de stupeur les hommes de notre siècle et qu'il faut léguer à la mémoire des siècles à venir. Dans la fête de saint Édouard, le III des ides d'octobre, un vendredi, tous les Templiers qui résidaient dans le royaume de France furent inopinément pris, chargés de chaînes, enfermés dans de noirs cachots, par l'ordre du monarque et de son conseil. Nul ne pouvait comprendre, chacun se demandait avec une douloureuse anxiété comment cette antique milice du Temple, après tant de services rendus à la religion, et tant de faveurs reçues de l'Eglise Romaine, avait pu subir un pareil sort. Personne n'en savait la cause, à part quelques initiés, astreints au silence par la loi du serment. Cette cause fut ensuite publiée à grand renfort de scandale : les chevaliers étaient accusés d'avoir renié la foi dans leurs ténébreux conciliabules, et de n'être admis qu'à la condition de cracher sur l'image sainte de la croix. Beaucoup avouèrent ce rite abominable, parmi ceux-là même qui remplissaient les plus hautes dignités de l'Ordre ; mais plusieurs repoussèrent l'accusation, quoique soumis aux plus horribles tortures. Se trouvant alors à Poitiers, le Saint-Père commença par regarder les faits comme incroyables et vit cette détention avec douleur. Informé dans la suite, il recueillit les aveux d'un certain nombre d'accusés, les autres niant toujours le crime. Il en résulta que la détention fut maintenue par le Pape, dans le but d'arriver à la connaissance de la vérité. »
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:01 am

Page 159-160

28. Saint Antonin de Florence, et ce n'est pas le seul, n'hésite nullement à dire : « Tout cela n'était qu'une pure invention, une trame ourdie par l'avarice. Ces moines-soldats, ces vaillants champions du christianisme, dont l'institut avait eu Jérusalem pour berceau, s'étaient ensuite répandus en France et dans toutes les contrées de l'Occident ; ils possédaient d'immenses richesses, soit en terres, soit en argent. C'est à ces richesses qu'on en voulait, et dans le fait ils en furent dépouillés !. » Ajoutons sans crainte que cette appréciation du pieux historien est singulièrement corroborée par tout ce que nous savons déjà des instincts rapaces, non-seulement de Philippe le Bel, mais encore et surtout de son conseil intime, une rare collection de fourbes et de scélérats, devenus ses maîtres plutôt que ses instruments. Ici vient sous notre plume, s'impose à notre raison l'induction consacrée par la divine sagesse. S'ils avaient entassé toutes les calomnies sur le chef suprême de l'Eglise, l'appelant magicien, hérétique, intrus, simoniaque, séducteur et le reste, ne pouvaient-ils pas calomnier de même les serviteurs? Ils luttaient pour la domination avec des armes empoisonnées et déloyales; ne les auraient-ils pas égale- ment employées en combattant pour l'or ? L'avarice est-elle donc plus digne ou moins impitoyable que l'ambition ? Jamais on n'a porté dans cet épouvantable procès une complète lumière ; on n'y parviendra probablement jamais. A défaut de preuves directes, dans l'impossibilité de les discuter, rien ne plaide l'innocence des victimes comme l'acharnement et la mauvaise foi des bourreaux. Pour légitimer le premier acte du drame aux yeux de l'opinion, il fallait des charges accablantes ; elles ne manquèrent pas, elles furent prodiguées avec autant d'art que de luxe. Dès le lendemain, à Notre-Dame, dans toutes les paroisses de Paris, dans la Sainte-Chapelle même, par ordre exprès du roi, furent dénoncés les crimes dont étaient accusés les Templiers. L'autorité séculière mettait la main sur la religion et le pied dans l'Eglise. A l'université, dont le sentiment avait tant d'importance, c'est Nogaret toujours cet homme, qui fit la communication officielle en présence de toutes les facultés réunies. La lettre royale expédiée dans la France entière nous semble avoir été son œuvre ou celle de Plasian ; on y reconnaît leur empreinte. Entendez le procureur ; l'emphase, l'exagération et la perfidie le démasquent : « Chose horrible à penser, révoltante à dire, où la perversité le dispute à l’infamie ! Tout être raisonnable est saisi de dégoût et de terreur en voyant une nature qui s'exile elle-même et se jette en dehors des bornes de la nature, qui méconnaît sa dignité, renonce à son principe, s'assimile aux bêtes dénuées de sens, descend même au-dessous de la bête ! »
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:01 am

Page 161

29. Après un tel début, à quelles horreurs ne devait-on pas s'attendre ? L'énumération des griefs n'était pas faite pour causer une déception. Signaler les principaux est une assez lourde tâche: l'historien qui se respecte ne saurait aller au-delà. Les uns avaient rapport aux croyances, et les autres aux mœurs, tous également terribles, également monstrueux, ne seraient-ils qu'imaginaires. Les premiers sont indiqués déjà d'une manière évidente dans l'écrivain cité plus haut. Avant tout, les Templiers étaient coupables, selon l'acte d'accusation, d'avoir abjuré le christianisme, et cela depuis longtemps, depuis qu'un de leurs grands maitres, prisonnier chez les Sarrasins, avait obtenu sa délivrance par une telle abjuration et la promesse de l'imposer ensuite à tous les nouveaux chevaliers. C'est en entrant dans l'Ordre qu'on sortait de la chrétienté par des rites étranges et de sacrilèges serments. Le novice ne revêtait le manteau blanc orné de la croix rouge qu'après avoir marché sur le crucifix et craché trois fois sur l'image sainte. Arrivé à ce degré d'initiation, ceux qui répugnaient à le franchir étaient punis de la prison perpétuelle, quand on ne les frappait pas immédiatement de mort. Cette dernière peine demeurait toujours suspendue sur quiconque eût dévoilé le secret. Une tête humaine à barbe et chevelure d'argent devenait l'objet de leurs adorations. Que représentait-elle ? On l'ignorait. Les révélations arrachées par la torture n'éclaireront jamais ce point, ne répandront pas une lueur sur ce mystère. L'idole portait le nom bizarre de Baphomet, dont la signification n'est pas moins obscure. Quant aux mœurs des Templiers, elles auraient atteint les dernières limites de l'abjection par la pratique habituelle de la sodomie. A ces effrayantes allégations s'en ajoutaient plusieurs autres, qui n'étaient pas mieux prouvées : ils auraient en diverses circonstances trahi les intérêts chrétiens, servi le mahométisme, profané le tombeau de Jésus-Christ, vendu la Terre-Sainte. C'en était trop ; le peuple d'ordinaire si mobile passa de la stupeur à l'indifférence, puis à l'hostilité ; l'incroyable eut toujours un singulier attrait pour les masses. La renommée, cette humble servante des tyrans, poursuivait son œuvre et trouvait de serviles échos jusque dans la curie romaine.
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:02 am

Page 162

30. Clément V fut ébranlé, non certes par la conviction, mais par la peur. N'ayant pas le courage de s'opposer au jugement, parce qu'il ne s'en croyait pas la force, il voulait du moins adoucir le sort des prévenus. Loin d'abandonner la justice, il entend la sauvegarder dans la mesure du possible. L'instruction n'est pas la condamnation. Qu'on instruise donc la cause, mais en garantissant la publicité du débat et la liberté de la défense, il espère bien que le Temple en sortira vainqueur, si quelques Templiers y succombent. Après l'éclat donné, l'épreuve est sans doute nécessaire; la question posée doit être solennellement résolue. Que telles fussent les dispositions du Pape, nous n'en saurions douter; cela résulte des documents les plus authentiques, comparés avec la plus scrupuleuse attention, et des lettres que lui-même écrivait à cette époque. Avant son élévation au Souverain Pontificat, comme il le dit encore, il connaissait les bruits infamants répandus sur le compte de l'Ordre, et l'origine de ces bruits étaient nés dans une obscure prison. Le prieur de Montfaucon dans la province de Toulouse, s'était vu condamner, pour crime d'hérésie et d'autres méfaits, à la détention perpétuelle. Or, cette condamnation, c'est le grand- maître avec ses assesseurs qui l'avaient prononcée : chose étonnante pour un hérétique lié par la loi du secret et paralysé par ses propres exemples. Dans cette même prison était un criminel de la pire espèce, que l'historien florentin Jean Villani déclare son compatriote et désigne par le nom de Noffo, mais que l'historien français du Pape, Augier de Béziers, prieur d'Aspiran dans le diocèse d'Elne, appelle Squin de Florian et reconnaît aussi pour son compatriote. Les deux prisonniers entrèrent en communication et formèrent le dessein de briser leurs chaînes, de reconquérir leur liberté, serait-ce en passant à travers le sang et les ruines. Le Florentin ou le Biterrois, peu importe, trouva le moyen d'apprendre au gouverneur qu'il avait à faire au roi une révélation plus importante pour lui que la conquête d'un second royaume. Pressé de questions, il se renferma dans un mutisme absolu ; c'est au monarque lui-même qu'il devait parler, et pas à d'autres, quand il s'agirait de la vie. Tel est le personnage dont un roi de France ne dédaigna pas la collaboration ; telle est l'ignoble main qui servit la première à démolir le glorieux édifice bâti sur les plans et sous l'inspiration de saint Bernard. Le masque rigide du despote, nous le voyons dans Villani, trahit une émotion de joie. Philippe ressentit cette contraction de muscles et de serres que doit ressentir le vautour quand la proie passe à sa portée. Je ne puis omettre que les bas délateurs, subornés ou volontaires, ne verront pas le succès de leur machination : l'un périra par le glaive, l'autre sera pendu.
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:03 am

Page 163

31. Le complot basé sur cette prétendue découverte n'avait pas immédiatement éclaté. Des confidences partielles, à Lyon d'abord, ensuite à Poitiers, ne pouvaient y préparer le Pape. Aussitôt après l'explosion, sans attendre qu'il intervînt selon son droit et son devoir même, les informations étaient commencées. Dès le mois de novembre, on procédait contre les Templiers par de captieuses interrogations et d'épouvantables tortures. L'inquisition, dont le roi demandait quatre ans auparavant la suppression ou la réforme, dans son intérêt d'alors, il la rétablissait à l'heure présente et toujours dans son intérêt, avec des raffinements d'astuce et de barbarie qu'elle n'avait jamais connus. Le dominicain Imbert ou Guillaume, les deux noms se trouvent dans les historiens, inquisiteur du royaume et confesseur du roi, déployait un zèle qui tournait au triomphe de l'iniquité, persuadé peut-être qu'il le mettait au service de la religion. Non content d’agir à Paris, il se transportait dans les provinces pour organiser une action simultanée. L'impatience de son maître n'était pas seulement celle de la cupidité ; elle était en même temps celle de la terreur et de l'ingratitude. Le Temple ne comptait pas moins de quinze mille chevaliers, la plupart appartenant à la France et se rattachant aux maisons les plus distinguées. Cette menace implicite urgeait l'exécution. Il y a des bienfaits que certaines âmes ne pardonnent pas et dont elles voudraient anéantir la mémoire ; dans cette catégorie se rangeait l'asile accordé récemment au roi : le poids de la reconaissance, il pensait l'alléger en accablant ses bienfaiteurs sous le poids d'une honte éternelle. Les plus compromettants aveux furent de la sorte extorqués. Le grand maitre lui-même avoua toutes les aberrations doctrinales, jamais l'immoralité. Les autres, à quelques exceptions près, pour se dérober aux tortures morales et physiques, accordaient tout sans restriction. Ces rigueurs doublement iniques, exercées contre des religieux, alarmèrent la conscience du Pape et secouèrent son inertie. Par une Bulle datée du 24 décembre, il suspendit les pouvoirs des inquisiteurs, rappela les droits de l'Église, évoqua l'affaire à son tribunal. Dans une première réponse, Philippe s'emporta jusqu'à gourmander le Pontife et presque à le menacer. Il se ravisa dans la seconde, prenant de nouveau le masque de la modération et du désintéressement, promettant de remettre les personnes au juge ecclésiastique et de consacrer leurs biens au secours des chrétiens d'Orient, à la libération de la Terre-Sainte.
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:04 am

Pages 164-165

32. Ni ces beaux engagements, ni la défense pontificale n'avaient ralenti le cours de la persécution. Les interrogatoires étaient poursuivis avec plus d'ardeur, d'une manière plus générale, par des moyens également rigoureux et de plus lâches artifices. Tout ce qu'on pouvait découvrir de Templiers apostats, l'appelait en témoignage. L'intimidation suppléait à la persuasion envers les autres témoins. Si leur mémoire n'était pas assez fidèle, Nogaret et Plasian se glissaient près d'eux pour dissiper leurs incertitudes: Je n'invente pas, je raconte, à la suite des auteurs contemporains. En Champagne, en Normandie, dans le midi de la France, aussi bien que dans le nord, à Carcassonne, à Cahors, à Bigorre, comme à Troyes, à Bayeux et Caen, mêmes spectacles, mêmes résultats. Une exception doit être signalée, mais dans une province moins directement placée sous l'action de l'autorité royale: à Toul, Verdun et Metz. Sur les vagues limites de l'empire on n'avait obtenu qu'un résultat négatif. C'était une légère lacune: on demeurait en possession d'une masse écrasante de délations et d'aveux. En Angleterre, où Philippe avait écrit dans le but d'obtenir une complicité dont l'importance lui serait une garantie, il est douteux que ses lettres eussent entraîné ce royaume, reçues par Edouard Ier. Le caractère de ce monarque n'autorise pas une telle présomption, répugne à ces complaisances. Mais il était mort le 6 juillet, en luttant toujours pour la conquête de l'Écosse; et son fils ne l'égalait sous aucun rapport : gendre de Philippe, il imitera ses errements, quoique avec moins de zèle ou de violence. Les Templiers succomberont. Ceux d'Aragon, de Castille et de Portugal, avertis par le malheur de leurs frères, tiendront en échec leurs ennemis : ils ne céderont que devant la dispersion de l'Ordre. Dans les premiers temps, avant que le Pape eût donné son adhésion, en vertu de sa puissance apostolique, ceux d'Allemagne ne furent pas même recherchés. La prudence commandait la réserve; aux yeux de la saine raison, éclairée par la foi, toute ingérence non requise des pouvoirs séculiers constituait une usurpation qui tenait du sacrilège, le monde catholique demeurait en suspens : pareille situation ne s'était jamais présentée depuis l'origine du christianisme. La tyrannie n'atteignait pas ailleurs les incroyables audaces et les froids calculs dont la France était alors le théâtre. Les peuples étrangers n'avaient pas de semblables entraînements et ne subissaient pas une telle servitude.
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:18 am

Page 166

33. Clément V avait désormais sur les bras le problème qui pèsera toujours sur sa mémoire; il ne pouvait plus en décliner la responsabilité. Après avoir évoqué la cause, il est mis en demeure de la juger. Comme pour obéir à ses ordres, Philippe lui annonce un second voyage à Poitiers. Le Pape ne peut s'y soustraire. Ce voyage a lieu dans l'année 1308. La plupart des historiens le confondent avec celui de l'année précédente; d'où la confusion qui règne dans leurs récits. A la même époque, soixante-douze prisonniers, assouplis déjà par la question judiciaire et triés avec soin par le roi, sont dirigés vers la résidence pontificale, pour être interrogés de nouveau. Tous reconnaissent, nous dirions mieux, proclament les crimes qui leur sont imputés. Comment les défendre quand ils s'accusent? Philippe arrive à son tour, accompagné de ses barons et de ses juristes. N'est-il pas pleinement dans son droit en demandant la condamnation des coupables? Il ne joue nullement le rôle de délateur, aime-t-il à redire ; il est l'héritier de saint Louis, le défenseur de la Religion et de la morale. Clément ne reste pas convaincu, des nuages l'obsèdent; pour s'en dégager, il tente plusieurs fois de quitter la ville et de retourner à Bordeaux. Le roi l'en empêche ; le Pape lui-même est en quelque sorte son prisonnier. Ne pouvant échapper à cette étreinte, celui-ci se raidit un moment, et commande que le grand maître lui soit amené, avec les principaux dignitaires du Temple, dans le nombre desquels étaient les commandeurs du Poitou, d'Aquitaine, de Normandie et de Chypre. Ce dernier, c'est bien le Pape qui l'avait contraint à venir en France, pensant désarmer le persécuteur par cette nouvelle concession; les chevaliers laissés aux portes de la Syrie, en face des Sarrasins, ne s'étaient pas rendus à la première sommation, comme s'ils avaient eu le pressentiment de ce qui les attendait en France. Sur le désir exprimé par Clément, les hauts dignitaires incarcérés dans la capitale sont conduits jusqu'à Chinon ; mais leur état de faiblesse et de maladie, qui se comprend sans peine, ne leur permet pas de chevaucher plus loin. Cette maladie, dont la question judiciaire et la longue détention peuvent certes avoir été la cause, pourrait bien être en partie une fiction juridique ; le roi ne voulait pas d'un entretien entre le Pape et Jacques Molay. Devant cet obstacle, une commission de trois cardinaux est nommée pour aller s'aboucher avec le grand-maitre et ceux qui l'accompagnent. Les aveux, sont renouvelés, avec toutes les marques d'un repentir sincère. Quel autre chemin pour sortir d'une aussi cruelle position? Celui-là même n'est pas une issue ; interprétant la pensée du Pape, les cardinaux délégués absolvent les chevaliers pénitents et lèvent les censures; Philippe néanmoins garde ses prisonniers, en dépit de ses promesses.
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:19 am

TEMPS DE REPIT ; ESPOIR DECU.

Page 167

34. Quand il se rendait à Poitiers pour le second colloque, il avait fait halte à Tours, ayant réuni dans cette ville les Etats Généraux du royaume. Dans cette assemblée, de beaucoup moins nombreuse que celle de Paris, les barons et les évêques ne s'y trouvant guère représentés que par des procureurs, nulle délibération réelle ; tout s'était réduit à subir une interminable et furibonde harangue où Nogaret, qui seul avait la procuration de huit seigneurs languedociens, démontrait clairement au monarque l'omnipotence dont il était investi pour la gestion même des affaires ecclésiastiques. « Moïse ne demanda pas, on le reconnait à ce langage, le conseil ou le consentement du grand-prêtre Aaron pour exterminer les prévaricateurs de son peuple, les adorateurs du Veau d'or !... » C'était tout un programme religieux et politique, dont nous ne pouvons plus nous étonner, l'indignation demeurant toujours la même. On n'eût pas été fâché d'avoir l'approbation théologique de l'université ; pour l'obtenir on avait antérieurement mis en jeu tous les artifices et produit aux yeux des docteurs la scène d'une confession publique : le corps enseignant s'honora par une courageuse restriction qui sauvegardait l'autorité de l'Église. Le tyran ne s'en montra ni plus conciliant ni moins opiniâtre. Clément parut céder . Mais le Pape agissait encore, quand l'homme était à bout de résistance et d'énergie. Par une encyclique datée du 8 août, il enjoignait à tous les princes catholiques d'instruire la cause des Templiers; seulement il désignait lui-même les juges et limitait leurs pouvoirs. Une formule arrêtée dans son conseil leur était envoyée pour l'interrogatoire ; nul ne devait s'en écarter. Chaque évêque, assisté de quatre religieux, deux Franciscains et deux Dominicains, auxquels étaient adjoints deux chanoines, procéderait au jugement des prévenus habitant son diocèse, sans toutefois prononcer en dernier ressort. Il n'appartenait qu'au métropolitain de rendre la sentence. Les Templiers seraient même considérés, dans cette procédure essentiellement individuelle et locale, comme de simples particuliers. Le souverain Pontife se réservait de statuer, à l'exclusion de toute autre puissance, dans les conditions qu'il déterminerait, sur le sort général de l'Ordre. Vainement Philippe insista pour que cette décision fût prise sans retard par Clément et le Sacré Collège, qu'il estimait avoir à sa discrétion. Inutiles furent ses instances; il dut se résigner à l'indiction d'un concile œcuménique, où le débat serait tranché.
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:19 am

Page 168

35. Ce concile, rendu nécessaire par tant d'autres objets, tels que le rétablissement de la discipline, l'extinction des hérésies, la conquête de la Terre-Sainte, les accusations portées contre Boniface VIII, la pleine restauration de l'Église, devait se tenir à Vienne en Dauphiné, dans l'octave de Saint-Martin de l'année 1310. Le choix de cette ville ne manquait pas d'habileté. Ancienne dépendance de l'empire, Vienne ne subissait pas le joug du roi ; la liberté des Pères y serait mieux garantie, et surtout la dignité Pontificale. C'est au cardinal de Prato que les historiens attribuent l'idée de ce choix. Au futur concile étaient nommément invités Philippe de France, Edouard II d'Angleterre, Fernand ou Ferdinand IV de Castille et de Léon, Jacques d'Aragon et Jacques des Baléares, Denis de Portugal, Louis de Navarre, Charles Il de Naples et son petit-fils Charobert de Hongrie, Frédéric de Sicile, Henri de Chypre, ainsi que les souverains de Bohême, de Danemark, de Suède et de Norvège. Nous allons voir pour quelle raison est omis celui d'Allemagne. Dans la Bulle d'indiction Clément fait l'éloge du monarque français ; ce qui paraît étonnant dans de telles circonstances. Il fait en particulier ressortir le désintéressement du prince dans l'affaire des Templiers. N'était-ce pas dans l'intention de le river à ses promesses, en les notifiant au monde chrétien? La leçon ne se cachait-elle pas sous la louange? S'il en est ainsi, comme on peut le croire, ce moyen détourné ne devait pas mieux réussir que les injonctions directes. Confisquer les châteaux, les hospices, les maisons et les terres, un tyran ne le pouvait pas, la tyrannie doit compter avec l'opinion ; mais les richesses mobilières, l'or et l'argent monnayés, les précieux dépôts entassés dans les trésors de l'Ordre, les legs pieux, les abondantes provisions, jamais on ne les verra reparaître! Rien ne sortira des mains du roi, pas même les personnes, qui restent enfermées dans ses prisons. C'est en vain que le Pape exhorte les accusés à se choisir des représentants et des avocats pour plaider leur cause aux grandes assises de la chrétienté ; la mesure devient illusoire par l'impossibilité de se concerter et d'agir. Au lieu de satisfaire le Pape, Philippe l'obsède encore dans un autre but.
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:20 am

Page 169

36. Albert d'Autriche, le roi désigné des Romains, titulaire de l'empire, était mort le 1er mai, victime d'une conspiration suscitée par ses violences et ses injustices. Il avait dépouillé son neveu, Jean de Souabe, fils de son frère aîné, des biens et des titres héréditaires, en ajoutant l'insulte à la spoliation. Traînant ce jeune homme à sa suite, il marchait contre les montagnards helvétiens, qui luttaient pour leur indépendance. Il venait de franchir la Reuss sans compagnons et sans gardes, quand, arrivé sur l'autre bord, il tomba sous le fer de Jean et de ses complices. Une mendiante recueillait le dernier soupir de l'empereur, essuyant son sang avec des haillons. C'est dans la précédente année que trouve sa place l'histoire ou la légende de Guillaume Tell. La mort d'Albert Ier parut au roi de France une heureuse occasion pour accomplir le dessein si souvent agité d'élever son frère Charles de Valois à l'empire : et nul ne pouvait mieux que le Souverain Pontife agir sur les grands électeurs. Il n'épargna donc aucune démarche pour obtenir de Clément une pressante recommandation, ou plutôt une lettre impérative. Philippe le Bel fut lui-même l'obstacle au succès de cette négociation. Il opprimait déjà l'Église et la tenait en quelque sorte sous le joug ; sa famille régnait en Navarre, en Italie, en Hongrie : si de plus elle venait à s'emparer de l'Allemagne c'est l'Europe qui tombait sous sa domination. Que n'avait-on pas alors à craindre d'un pareil tyran ? Nouvelles angoisses pour le Pape, qui n'osait pas refuser son concours et ne pouvait pas l’accorder sans mentir à sa conscience. C'est encore le cardinal de Prato qui résoudra ce dilemme. Sur son conseil, la lettre officielle est écrite ; mais de secrètes informations sont données et transmises par l'habile Italien. Fatigué par les exigences et révolté des prétentions de celui qui semblait avoir oublié ses services, ne voulant pas après tout river les chaînes de la Papauté, rendre l'Eglise esclave, aspirant enfin à réparer ses premiers torts, il enleva cette campagne diplomatique. Les électeurs comprirent leur intérêt, sans être insensibles au bien général de la société chrétienne : leurs dissentiments disparurent devant le danger ; les suffrages se réunirent sur un prince qui les méritait par ses qualités beaucoup plus que par sa position dans l'aristocratie germanique. Henri de Luxembourg fut élu le jour de sainte Catherine, et proclamé roi des Romains, empereur Auguste, sous le nom de Henri VII. Supposons en France un digne héritier de saint Louis ; la maison capétienne eût peut-être reconstitué l'héritage entier de Charlemagne. Mais cette restauration, préparée par le courage et la vertu, c'est uniquement à Rome, sur le mont Vatican, dans la basilique de Saint-Pierre, qu’aurait pu l'inaugurer un autre Léon III
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:21 am

Pages 170-171

37. Le successeur de Léon était en France. En s’éloignant de Poitiers pour retourner dans son ancien diocèse, il n'avait pas reconquis le prestige et la liberté de sa haute mission, ni sa réelle indépendance. A Bordeaux lui venaient d'Italie d'alarmantes nouvelles. Loin du pouvoir central, les factions s'agitaient avec une insolence inaccoutumée. La marche d'Ancône et les cités d'alentour secouaient l'autorité du Pape, en se plongeant dans une interminable série de mal heurs. Les Vénitiens lui disputaient Ferrare. Dans la Lombardie les guerres intestines menaçaient avec plus de fureur que jamais. Une ère lugubre s'annonçait pour la Péninsule entière. Comme signal et symbole de l'incendie, la basilique de Latran était consumée par le feu, dans la fête même de saint Jean-Porte-Latine. Le palais pontifical ne fut pas épargné, ni la vaste maison habitée par les chanoines. Aux yeux des Romains, c'est la justice divine qui se manifestait dans cet irréparable désastre. On le tint d'abord pour tel, à cause des pieux trésors que renfermait cette métropole du monde : les augustes chefs de saint Pierre et de saint Paul, sans compter tant d'autres reliques groupées autour de celles-là dans cet antique sanctuaire ; l'autel de bois sur lequel célébrait jadis le prince des Apôtres. Tout fut inopinément sauvé par une sorte de miracle. Le monument détruit, il ne restait debout que la chapelle servant de reliquaire dans ce monument vénéré. La douleur du Pape fut donc mêlée d'une grande consolation, et ne demeura pas stérile : il expédia sans retard au cardinal-diacre Jacques Colonna, dont la conduite et les sentiments seront quelque temps irréprochables, non-seulement l'ordre de tout disposer pour la prompte réédification de l'église et du palais, mais encore des sommes considérables pour parer aux frais. Il continuera les mêmes sacrifices jusqu'à sa mort. Jean XXII son successeur marchera sur ses traces jusqu'à l'achèvement complet de l'œuvre. Les rois de Naples et de Trinacrie étaient engagés par Clément à fournir les matériaux nécessaires, dont leurs états abondaient. Prévenant les désirs du Pontife, le peuple romain, et les femmes aussi bien que les hommes, après avoir imploré le divin secours par des pénitences et des processions publiques, mit la main au travail, sous la double inspiration de la religion et du patriotisme. Les ennemis se réconciliaient, oubliant les querelles de famille ou de parti, déposant toute haine, ne rivalisant plus que de zèle et de générosité. Dans une lettre qu'il leur adresse, le Pape émet l’espoir d'aller lui-même consacrer l'autel de la basilique restaurée.


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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:21 am

Page 172

38. Ce n'est pas la seule fois qu'on l'entend soupirer après Rome ; et qui pourrait s'en étonner en songeant aux amertumes dont il était abreuvé dans sa patrie? Quoique sous la domination anglaise, elle ne le tenait pas assez de Philippe le Bel. Plusieurs lettres de cette époque sont datées de Lormont, Laurei Montis, une dépendance, presque un faubourg de Bordeaux. Nous en rencontrons une, vers le même temps, datée de Lectoure. Clément avait donc quitté sa patrie, cette Aquitaine qu'il ne devait plus revoir, en dépit d'une suprême tentative. Il se rapprochait de l'Italie, où jamais il ne posera le pied. Avignon était le but de son voyage; c'est là qu'il voulait provisoirement se fixer. Lectoure nous indique son itinéraire. Il célébrait la fête de Noël et celle de l'Epiphanie 1309 dans la cathédrale de Toulouse. Se détournant ensuite de son chemin, il allait visiter son premier diocèse, qui portait déjà le nom de Saint-Bertrand. Le 16 janvier il procédait à la translation des reliques de son glorieux prédécesseur, qu'il vénérait aussi comme son patron. Ces précieuses reliques étaient solennellement déposées dans une magnifique châsse, enrichie de pierreries, chef-d'oeuvre d'art, que le Pape lui-même avait fait fabriquer, comme pour immortaliser son amour et sa reconnaissance. L'éclat de la cérémonie se reflète encore dans la tradition, brille parmi les ornements de l'autel, nous est attesté par un acte authentique, la Bulle donnée par Clément V, dans ce même jour et cette même ville. « Celui que le Seigneur des Seigneurs honore dans les splendeurs célestes, dit-il, nous avons désiré l'honorer aussi sur la terre, autant qu'il dépendait de nous. A ce public hommage ont participé nos vénérables frères Nicolas de Prato, cardinal-évêque d'Ostie Bérenger, cardinal-prêtre des saints Nérée et Achilée ; les cardinaux-diacres Arnaud, Landophe et Raymond, les archevêques d'Auch et de Rouen ; les évêques de Toulouse, d'Albi, de Maguelonne, de Tarbes et de Comminges les abbés de Simorre, d'Escaledieu, de Fonfroide, de Bonnefond, Bénédictins et Cisterciens, avec une multitude incroyable de fidèles. » Pour perpétuer le sou- venir et la grâce de cette translation, le Pape accordait une indulgence plénière à tous ceux qui visiteraient le tombeau du saint, avec les dispositions exigées de tout temps par l'Eglise, aux époques déterminées par Clément V. Les richesses matérielles ont disparu dans le cours des siècles, sous le flot des révolutions, des sectaires et des iconoclastes. Le trésor spirituel demeure intact, gardé par la foi sincère et forte dont il est le perpétuel aliment. On me reprochera sans doute de m'attarder à cette étape du voyage pontifical, de rompre l'harmonie des lignes historiques. Ce temps d'arrêt ne pourrait-il pas être excusé par le sentiment de la piété filiale? Ma petite patrie, presque aussi déchue maintenant que la ville épiscopale, appartenait jadis à ce beau diocèse de Saint-Bertrand. J'évoque des images, j'écris des noms qui se rattachent au berceau. Tout est grand dans cette perspective !
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:22 am

CHAPITRE IV
PONTIFICAT DE CLÉMENT V (1305-1314.)

SECONDE CAPTIVITÉ DE BABYLONE.

Pages 173-174-175

1. C'est au printemps de 1309, dans les derniers jours d'avril, que le Pape, après diverses stations à Prouille, au château de Montels, à Carcassonne, Montpellier et Nîmes, fit sans beaucoup d'éclat son entrée dans cette ville d'Avignon qui sera plutôt l'exil que la résidence de la Papauté. Là commence l'importante et triste période que les historiens ecclésiastiques, notamment les Italiens, nomment la captivité de Babylone. On aurait pu, non sans raison, la ramener de quatre ans en arrière, à l'élection même de Clément, vu les choses qui s'étaient accomplies dans l'intervalle. Rien ne se trouvait disposé pour la réception de la cour romaine dans une cité singulièrement appauvrie par les guerres religieuses, entraînée qu'elle avait jadis été dans le parti des Albigeois. Le Pape n'eut d'autre palais que le monastère des frères Prêcheurs; la ville d'Orange eut pour hôtes plusieurs cardinaux. Avignon présentait un avantage : elle ne dépendait pas, au moins directement, de la couronne de France. Charles d'Anjou, à qui la Provence appartenait en même temps que le royaume de Sicile, en avait transmis la possession à son fils, qui la mettait avec bonheur à la disposition du Souverain Pontife. Celui-ci, du reste, n'entendait nullement en faire son séjour définitif ; dans sa pensée, nous l'avons dit, ce n'é- tait qu'une étape sur le chemin de l'Italie: Rome demeurait toujours le but de ses intimes aspirations. Mais I'Italie, qu'il n’abordait pas encore et qu'il ne devait jamais aborder, s'imposait violemment à ses ardentes sollicitudes. Il avait déjà nommé gouverneur de Spolète son frère Garcias, vicomte de Lomagne, qui n'était pas l'homme de la situation. L'orage grondait partout ; Ferrare venait de tomber au pouvoir des Vénitiens, trahie par Francesco d'Este fils illégitime d'Azzon. Le cardinal Arnaud de Pellegrue, remplissant les fonctions de légat apostolique, avait eu beau protester, menacer, excommunier doge et république, fulminer l’interdit général. Expulsé de Venise, il était allé rendre compte de son insuccès. En réponse, le Pontife étendait sa mission : il le renvoyait prêcher la croisade, l'organiser et la diriger contre les sacrilèges spoliateurs de l'Église. Ah ! si Clément V avait eu de ces fières réponses aux tyranniques prétentions de Philippe le Bel ! s'il avait eu pour les traduire des interprètes tels que le légat Arnaud ! Celui-ci rentre dans la Péninsule, lève l'étendard de la croix, proclame la guerre sainte ; sous cet étendard courent se ranger des hommes intrépides excités par l'amour de la Religion, et beaucoup d'autres; comme il arrive toujours en pareil cas, mus par l'espoir du pillage.


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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:23 am

Page 176

2. On y vient de la Lombardie, de la Romagne, de l'Étrurie, de la Marche d'Ancône ; Florence et Bologne ont fourni leurs contingents ; le bâtard d'Este est lui-même accouru, ne dédaignant pas une si belle occasion de ressaisir une patrie qu'il vendait naguère. Pour maintenir leur acquisition, menacée par l'armée pontificale, les Vénitiens sont également accourus avec des forces imposantes. Le combat s'engage sur les bords du Pô ; leur défaite est complète; six mille des leurs tombent sous le fer ennemi ou sont noyés dans le fleuve. C'était le 28 août 1309. Le légat reprenait Ferrare et la réintégrait dans son premier état, en la restituant à l'Église Il ne parait pas qu'il ait eu la pensée d'y rétablir le prince illégitime qui l'avait vendue, ce que certains auteurs ne peuvent pardonner au pape. En son nom, Arnaud absout Florence, antérieurement excommuniée, non sans précipitation, par l'impétueux cardinal Néapoléon Orsini; il restitue à Pologne l'école de droit, dont ce même cardinal l'avait dépouillée, et dans les mêmes conditions. Clément lui concède de plus le titre d'université, comme il le concédait récemment à l'école de Coïmbre dans le Portugal, sur les instances d'un roi catholique, puis à celle d'Orléans, dont il avait suivi les cours dans sa jeunesse. Il est vrai que les habitants de cette ville, peuple et bourgeoisie, appréciant peu ce bienfait, en ayant assez déjà des agitations tumultueuses et du désordre moral de leur ancienne école, avaient contraint élèves et professeurs à s'exiler pour aller demander un asile à Nevers. Pour les mêmes causes, les habitants de Nevers précipitaient un jour bancs et chaires dans la Loire, en disant : Rendons aux Orléanais le funeste présent qu'ils nous ont fait. L'autorité royale devra sévir contre ces derniers, à plusieurs reprises, avec une extrême rigueur, par de lourdes amendes et des châtiments personnels, pour les réduire à subir l'honneur qui leur était spontanément accordé par la décision pontificale. Ce n'est pas alors que les villes eussent pétitionné dans le but d'obtenir une caserne, ou bien l'heureuse transformation d'un collège en lycée ; elles repoussaient même une académie ! Avaient-elles complètement tort dans leurs répulsions ? Ce doute n'est pas un blasphème. On peut sans horreur se rendre compte des motifs qui les leur inspiraient. Cette jeunesse éloignée de la famille, entassée dans les grandes cités, ne relevant que d'elle-même, livrée à toutes les séductions, ne leur était sous aucun rapport un attrayant spectacle. Les hommes de ces anciens temps ne soupçonnaient pas que la jeunesse libre aurait un jour pour initiation l'enfance casernée.
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:24 am

Pages 177-178

3. Élu le 25 novembre, proclamé le 27, comme nous venons de le dire, Henri de Luxembourg s'était fait sacrer le jour de l'Épiphanie dans la ville impériale d'Aix-la-Chapelle, en se conformant religieusement à toutes les prescriptions de l'antique cérémonial. Cette pompe n'est pas indifférente pour l'histoire nous en avons l'ex posé sous les yeux: ne pouvant le reproduire, nous voulons au moins l’analyser. L'archevêque de Cologne, à qui seul appartient, selon la tradition nationale, le titre de consécrateur, se trouve dans la basilique, revêtu de ses ornements pontificaux. Là sont aussi les archevêques de Mayence et de Trèves, portant les mêmes ornements, avec la suite accoutumée de leurs ministres, la croix, l’encensoir et le texte des Évangiles. Dès que le royal candidat se présente sur le seuil, les trois archevêques s'avancent pour le voir, et celui de Cologne récite une oraison appropriée à la circonstance, puis marche le premier, tandis que les deux autres, se plaçant à droite et à gauche du futur empereur, le conduisent par la main vers le chœur de l'église ; et le clergé chante alors : Ecce mitto angelum meum qui prexcedat te, et la suite. Arrivé dans le chœur, le roi se prosterne entièrement sur les dalles recouvertes d'un tapis ; demeure immobile dans cette position, et l'archevêque de Cologne récite sur lui une nouvelle oraison précédée du verset : Domine salvum regem... Le roi se lève ensuite et va s'asseoir sur le trône qui lui a été préparé, ayant à sa gauche la reine, supposé qu'elle soit présente, puis aux deux côtés, les archevêques de Mayence et de Trèves. Aussitôt après, celui de Cologne, venant au bas de l'autel, commence la messe solennelle, qui doit toujours être celle de l'Épiphanie, rappelant l'adoration des rois Mages. Quand on a chanté : Posuisti in capite ejus coronam de lapide pretioso, le roi descend du trône, dépose son manteau royal, se prosterne de nouveau sur le marchepied de l'autel, les bras étendus en croix, pendant que deux clercs chantent les litanies. Le célébrant, prosterné d'abord comme lui, se relève et chante seul : Ut hunc famulum tuum in regem eligere digneris ; et le clergé répond : Te rogamus, audi nos. Ut eum benedicere, sublimare, et consecrare digneris ; Te rogamus.... Les litanies terminées, l'archevêque et le roi se tenant debout, le premier fait au second cette demande : Voulez-vous garder inébranlable dans votre cœur, affirmer hautement par vos œuvres la foi catholique que les saints apôtres ont fondée ? — Le roi doit répondre : Je le veux. — Voulez-vous être le protecteur et le défenseur des Eglises et des personnes ecclésiastiques? — Je le veux. —Voulez-vous gouverner selon la justice, à l'exemple de vos meilleurs prédécesseurs, le royaume que Dieu vous concède ? — Je le veux. — Voulez-vous être le juge équitable et le fidèle protecteur des pauvres et des riches, des veuves et des orphelins ?— Je le veux. — Voulez-vous constamment témoigner à notre Saint-Père, à notre vénéré seigneur le Pontife romain, ainsi qu'à la sainte Eglise romaine le respect, la soumission et le dévouement qui leur sont dus?


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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:24 am

Page 179

4. Posant alors deux doigts de sa main droite sur la table de l'autel, le roi répond : Je le veux ; avec le secours de la grâce divine, aidé par les prières des chrétiens, j'accomplirai fidèlement toutes mes promesses, selon l'étendue de mon pouvoir. Ainsi Dieu me soit en aide, et le saint Evangile. — En ce moment, il se retire. Au- tour de l'autel se rangent les princes allemands, les clercs et le peuple. Elevant encore la voix, l'archevêque célébrant leur adresse cette demande : Et vous, jurez-vous d'obéir à celui qui vous est donné pour chef et pour guide ? Voulez-vous affermir son royaume, en lui donnant votre foi pour fondement, en exécutant tous ses ordres, selon la parole de saint Paul : « Que toute âme soit soumise aux puissances constituées, à la première de toutes, celle du roi ? » Les archevêques de Mayence et de Trèves, les princes Allemands, les clercs et le peuple, tous les assistants répondent : Fiat, fiat, fiat. Viennent ensuite les onctions à la tête, à la poitrine, aux épaules, aux mains, avec l'huile des catéchumènes. Aussitôt les onctions terminées, le monarque est revêtu de ses insignes : les brodequins de pourpre, la tunique blanche, l'étole croisée. Les trois archevêques lui ceignent l'épée ; celui de Cologne lui remet les brassards, l'anneau, le manteau royal, le sceptre et le globe. Les trois posent enfin sur son front la couronne de Charlemagne, qu'on a du porter de Nuremberg. L'office divin s'achève. Revenant alors à l'autel, le roi prête en langue teutonique le serment qu'il a prêté d'abord en latin, et dans des termes plus explicites encore, il jure aussi de respecter et de maintenir les droits des hauts- barons, la constitution impériale, le caractère électif et non héréditaire de sa dignité. Passant immédiatement à la salle d'audience, accompagné des grands électeurs, il entre en fonction et rend la justice. A la vue de ces magnifiques cérémonies, en lisant la formule des engagements contractés, on se représente un Frédéric Barberousse, un Frédéric II, un Henri VI traînant dans leur conscience le souvenir des mêmes initiations ! Henri VII de Luxembourg y demeurera-t-il plus fidèle?
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:25 am

Page 180

5. Ses sentiments actuels ne paraissent pas douteux. Il s'empresse d'envoyer au Pape, pour lui communiquer les événements accomplis, demander son approbation et le jour du couronnement à Rome, les ambassadeurs qu'il juge devoir le mieux interpréter ses dispositions et plaire à sa Sainteté : les évêques Othon de Râle et Siffrid de Coire, le comte Amédée de Savoie, le dauphin Jean de Vienne, Gui de Flandre et Jean de Sarrepont, ayant pour secrétaire Simon de Manula, chanoine de Metz et chapelain même du Pape. La lettre dont ils étaient porteurs, aurait-elle été dictée par la curie romaine, ne pouvait respirer une soumission plus absolue ni des sentiments plus dévoués ; elle faisait disparaître tous les obstacles et prévenait tous les désirs. Les mandataires royaux parurent devant le Souverain Pontife, entouré de ses cardinaux ; pleine satisfaction fut donnée à leur supplique : dès ce moment Henri de Luxembourg était souverain légitime de l'Allemagne et roi des Romains. Clément annonçait que lui-même le couronnerait à Rome comme empereur, dans la fête de la Purification de l'année 1312, deux ans et demi plus tard. Le concile œcuménique indiqué pour la fin de 1310, et dont les délibérations ou les mesures exécutoires s'étendraient apparemment aux premiers mois de l'année suivante, ne lui permettait pas d'assigner une date moins éloignée. Le cardinal diacre Néapoléon des Ursins lut alors la formule du serment provisoire que les ambassadeurs devaient prononcer au nom du futur empereur. C'est dire que rien ne manquait à cet acte. Il fut accompli sans restriction. Une lettre pontificale, dont ils furent chargés à leur retour, rendait compte de tout ce qui s'était passé, le confirmait au besoin, prodiguant au nouveau titulaire les meilleurs témoignages d'estime et d'affection, avec les garanties les plus formelles. Les garanties étaient aussi pour la Papauté: le roi des Romains serait un jour et devenait à l'heure même, dans l'opinion comme dans la réalité, un point de réaction et d'appui contre le roi de France.
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:26 am

Page 181

6. Dieu semblait en ménager un second dans la personne de Robert, successeur de Charles Il sur le trône de Naples. Celui-ci était mort le 5 mai, laissant la réputation d'un roi juste, sincèrement pieux, prudent et pacifique, au delà de ce qu'auraient peut-être exigé sa réputation et sa couronne; un vrai Salomon, jusque dans
les défaillances de ses dernières années, d'après quelques historiens. Sa mort toutefois parait avoir été digne du père et du neveu d'un saint. Il terminait sa laborieuse carrière à l'âge de soixante-trois ans, après en avoir passé vingt-cinq ans sur le trône. Aimé de ses sujets, il fut accompagné de leurs prières et de leurs larmes. L'Église lui paya solennellement ce double tribut, par des indulgences qu'implora sa pieuse femme Marie. La succession de Charles le Boiteux présentait un doute, qui pouvait aisément susciter un périlleux débat, sans l'intervention du Souverain Pontife. Etait-ce Robert, le troisième fils du roi défunt, ou bien Charobert de Hongrie, représentant les droits de son fils aîné Charles Martel, qui devait recueillir l'héritage? La sagesse de Boniface VIII avait résolu la question d'avance, en statuant que le petit-fils renonçait à la couronne de Naples, dès qu'il acceptait celle de Hongrie. Sa part était assez belle ; elle avait impliqué déjà d'assez rudes labeurs, qui maintenant touchaient à leur terme, pour l'absorber tout entier. Un légat apostolique achevait d'élaborer la constitution qui garantira l'honneur et la prospérité de son royaume. Il doit rester en Orient. Son oncle Robert portera la couronne scindée de Charles d'Anjou, dont il rappelle les qualités guerrières et dépasse de beaucoup les aptitudes royales. Robert n'imita pas les lenteurs de l'Allemand et n'employa pas d'intermédiaires ; lui-même prit le chemin d'Avignon. Dès le mois de juin, il s'embarquait à Naples avec les grands de sa cour, à la tête d'une brillante escadre, et peu de jours après il descendait en Provence. Le premier dimanche d'août, il était oint et couronné par le Souverain Pontife, auquel il prêtait serment de fidélité, dont il se déclarait l'homme-lige, avec les cérémonies accoutumées, sans restriction d'aucune sorte, comme un loyal héritier des princes angevins. Le Pape se montra magnifique : il radia d'un trait la dette du vassal envers le Saint-Siège, dette accumulée sous deux générations et qui, malgré des remises partielles, s'élevait à plus de trois cent mille onces d'or. Il consigna dans un acte authentique, non seulement la garantie de cette concession et la solennité du sacre, mais encore l'expression des sentiments qui l'animaient pour le roi .
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