Les Templiers - Abbé Bareille

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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:26 am

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7. Les rapports de Naples et de Palerme demeuraient toujours tendus; d'un moment à l'autre la guerre pouvait éclater : elle était imminente. Jacques d'Aragon, par un mouvement spontané de sa nature chevaleresque, se porta pour médiateur. Cette initiative, secondée par Clément V, éloigna l'orage. L'Aragonais obtint que Frédéric abandonnât les places fortes dont il s'était emparé dans la Calabre, et que Robert à son tour rétrocédât les positions qu'il occupait dans la Sicile, aux environs de Catane. L'arrangement conclu, donnant la mer pour limite aux deux rivaux, rendait leur entente possible dans la séparation même. Le roi de la Trinacrie faillit tout remettre en question par une demande inopportune : il voulait avoir le titre de roi de Jérusalem, porté déjà par deux maisons royales, celle de Lusignan et celle d'Anjou. Pour ce titre imaginaire, Robert demanda la moitié du royaume appartenant réellement à Frédéric. Le vague espoir d'une conquête ne pouvait s'acheter à ce prix ; c’était comme une rupture, et les négociations n'allèrent pas plus loin, ni par bonheur les querelles. La paix entre les Siciliens intéressait au plus haut point les princes chrétiens de la Péninsule ibérique. Jacques II d'Aragon et Ferdinand IV de Castille projetaient de concert une grande expédition contre les Mahométans de Grenade. Les divisions qui régnaient entre ces derniers étaient une occasion qu'il ne fallait pas manquer pour une telle entreprise. Clément V l'appelait de tous ses vœux et la secondait de toute sa puissance; il venait d'accorder aux rois coalisés une large part des dîmes ecclésiastiques pour l'espace de trois ans, et les indulgences de la Terre-Sainte à quiconque y participerait de sa personne ou de son argent. Les armées Aragonaise et Castillane envahirent simultanément l'Andalousie. Après avoir emporté quelques places de second ordre, l'une mit le siège devant Almeria, l'autre devant Algésiras. Ces deux villes prises, Grenade devait nécessairement succomber. La persévérance et la vigueur de l'attaque ne laissaient pas douter du succès. Le Pape encourageait par ses lettres et de nouvelles faveurs l'archevêque de Tolède, un digne successeur de Ximènes, et l'évêque de Valence. Il prenait même ses précautions pour le lendemain de la victoire, en organisant les Eglises des cités qui seront conquises par les armes chrétiennes.
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:27 am

Page 183

8. Malgré la valeur des guerriers, le zèle des prêtres, l'élan de tous, les victoires remportées, l'un et l'autre traînent en longueur. Le Pape écrit aux archevêques de Compostelle et de Tarragonne, à tous les prélats qui peuvent le mieux agir sur les populations et rallumer le feu de la croisade ; il stimule leur ardeur, leur impose de nouveaux sacrifices, leur enjoint d'envoyer de prompts secours : l'heure lui semble venue de délivrer l'Espagne du joug des Musulmans, de rejeter l'Islamisme sur le sol africain. Son impatience apostolique avançait sur les divins décrets ; il y en avait encore pour près de deux siècles. Le vaillant roi d'Aragon se fût inévitablement emparé d'Alméria, si le roi de Castille eût empêché la discorde de se glisser parmi les siens, aux portes d'Algésiras. Son oncle don Juan l'accusait de favoritisme et l'abandonnait avec une partie de son armée. Lui-même alors battait en retraite pour aller dans ses états punir la trahison et la révolte. Libres de ce côté, les Maures réunissent toutes leurs forces contre les Aragonais, qui jugent prudent de lever le siège et de renvoyer à plus tard leurs desseins de conquête. C'était au commencement de 1310. L'année précédente avait également vu l'échec d'une autre croisade dirigée contre la Syrie. Dans la pensée de Clément, ce n’était qu'une avant-garde, conduite par les Hospitaliers, mais réunissant un nombre considérable de chevaliers d'origine diverse, Italiens, Allemands, Français. L'évêque Pierre de Rodez les accompagnait comme légat du Saint-Siège. Les chrétiens d'Orient, les rois de Chypre et d'Arménie étaient avertis de leur prochaine arrivée et se tenaient prêts à les rejoindre. Tous les occidentaux enrôlés sous l'étendard de la croix ne purent même trouver place dans les navires préparés dans les ports de la basse Italie pour cette expédition préliminaire. Moins heureux furent ceux qui réussirent à s'embarquer; une horrible tempête rejeta les vaisseaux démantelés sur les côtes de la Sicile. Aucun ne devait arriver à destination ; beaucoup périrent dans le désastre. Ces malheurs réitérés arrachèrent-ils des larmes à Clément V; augmentèrent-ils ses angoisses? Il est permis d'en douter, tant son âme était déjà remplie d'amertume, abreuvée d'humiliations et de chagrins.
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:28 am

DEUXIÈME ACTE DU DRAME DES TEMPLIERS

Page 184

9. Philippe le Bel exigeait une enquête immédiate dans le fatal procès de Boniface VIII; il ne voulait pas attendre la réunion du concile. L'affaire des Templiers, quelque temps suspendue, reparaissait plus menaçante, avec un surcroît d'acharnement. La commission pontificale, nommée depuis un an, était mise en demeure d'accomplir son mandat ou d'abandonner les prisonniers à des commissions royales, c'est-à-dire à la mort sans délai. L'archevêque de Narbonne, les évêques de Bayeux, de Mende et de Limoges, les archidiacres de Rouen, de Trente et de Maguelonne, qui la composaient, avec le prévôt d'Aix, en tout huit juges, s'étaient rendus à Paris pour commencer les informations. La métropole de Sens étant vacante, le roi se hâta d'y pourvoir. Il obtint non sans peine que Philippe de Marigny, un frère d'Enguerrand, son digne séide, fût transféré du siège épiscopal de Cambrai, sans autre mérite que son ambition, à cette métropole dont relevait la capitale. Disons que le Pape ne connaissait pas le recommandé du roi, sans prétendre excuser entièrement sa faiblesse ; il devait l'expier cruellement. Ses commissaires, arrivés dans le mois d'août 4309, entrèrent en séance le 22 septembre. Ils avaient cité les Templiers à comparaître devant leur tribunal, pour venir y défendre leur cause. Pas un accusé ne comparut, par la raison bien simple que les Templiers étaient sous les verrous, et que leur royal geôlier n'était nullement pressé de les traduire devant un tribunal ecclésiastique. Un séculier se présenta, déclarant qu'il avait appartenu dix ans à la milice du Temple, et que jamais il n'avait entrevu les désordres dont ses anciens collègues étaient maintenant chargés. On lui demanda s'il consentait à se porter pour défenseur de l'Ordre; il y consentit. Cet homme était pauvre, il se nommait Jean de Molay, parent éloigné du grand-maitre : il fut éconduit comme fou, du moins comme irresponsable. C'était une dérision et non une séance. Le tribunal s'indigna du rôle qu'on lui faisait jouer. Le 26 novembre, enfin, sur ses menaçantes réclamations, le grand-maître lui fut amené. Ce justiciable avait marché l'égal des souverains ; mais Philippe et son entourage le regardaient comme dompté par la torture, la détention, l'isolement, l'incertitude, la compromission de ses aveux. Leur espérance ne sera pas entièrement réalisée, ni le mystère entièrement éclairci. Dans l'attitude, les réponses et la physionomie de Molay, nous voudrions déchiffrer le mot de l'énigme ; il échappe encore à nos regards.
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:29 am

Pages 185-186

10. Les juges lui demandèrent s'il entendait défendre la cause de l'Ordre en général. « L'Ordre, répondit-il, est institué par le Saint-Siège, qui n'a cessé de le confirmer, en le comblant de faveurs spirituelles, depuis bientôt deux cents ans. Je m'étonne que l'Eglise Romaine procède avec tant de rigueur et de précipitation ; je ne crois pas qu'elle ait résolu d'anéantir son œuvre en si peu de temps, lorsqu'elle a mis près d'un demi-siècle à déposer un ennemi déclaré un impie notoire, tel que l'empereur Frédéric II. La science et les ressources me manquent pour soutenir cette Cause sacrée. Séparé de mes frères, abandonné de mes amis, réduit à la plus extrême indigence, comment pourrais-je remplir cette redoutable mission ? Je me tiendrais cependant pour une âme vile et méprisable si je déclinais le fardeau qui m'est imposé, si je n'essayais de défendre une institution où j'ai reçu tant de biens et d'honneurs. Il faut que les accusations dont nous sommes l'objet soient connues de toute la terre, des rois, des princes et des barons, aussi bien que des évêques. J'en appelle à la chevalerie du monde entier. Nous aspirons à la pleine lumière. C'est au grand jour que nous voulons combattre et que notre sort doit être décidé. J'ignore la procédure; le dédale des lois m'est inconnu. Je suis un gentilhomme sans instruction, un soldat de Jésus-Christ et de l'Eglise, ne sachant manier que mon épée. » On lui fit observer que son langage impliquait une rétractation de ses aveux, et que cela le jetterait dans une situation périlleuse, en le rangeant parmi les relaps. C'était bien assez qu'il entreprit la défense de l'Ordre. Pour mieux lui faire sentir le poids d'une telle responsabilité, les juges lui donnèrent lecture des termes de leur commission, des lettres apostoliques concernant cette grave affaire, et de ses propres aveux soit à Paris soit à Chinon. Ces dernières pièces émurent profondément le grand maître; il parut frappé de stupeur et d'indignation. Il fit deux fois le signe de la Croix. « Si les seigneurs commissaires, dit-il, étaient gens d'une autre condition, je saurais que répondre ! » « Nous ne sommes pas ici, répliquèrent les juges, pour recevoir des gages de combat, un défi militaire. » « Telle n'est pas ma pensée ; je veux dire qu'on devrait en user à l'égard de ces pervers comme les Sarrasins et les Tartares, leur abattre la tête ou les fendre en deux ! » Jacques tenait donc pour une invention calomnieuse, pour une atroce supercherie la confession qu'on lui prêtait.
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:29 am

Page 187

11. Chaque parole pouvait le perdre, lui et les siens. Incapable de se tracer une ligne de conduite, il commença par demander un délai, dont il indiqua le terme ; puis, apercevant un homme de loi, qui portait aussi les insignes de chevalier, il le pria de lui venir en aide. Cet homme était Plasian ; il se trouvait à l'audience sans que personne ne l’eût mandé. Le grand-maître, dont la vie s'était écoulée en Orient à batailler contre les Infidèles, ne connaissait pas les antécédents et le génie de ce sinistre personnage. Il ne voyait que le chevalier ; le juriste répondit avec empressement à sa requête et devint son conseil : c'en était fait de la défense. Plasian résolut de sauver Molay, mais à sa manière. Le roi ne voulait pas la mort de l'accusé, chose inutile ou préjudiciable même à ses desseins ; il voulait seulement qu'il ne rétractât pas sa confession. Molay tomba dans le piège, malgré les révoltes de son honneur et les protestations de sa conscience. Quand il reparut devant le tribunal, à la question nette et catégorique s'il persistait à se porter comme défenseur, il éluda la réponse directe, et d'inspiration tenta de rompre le filet ourdi par l'astuce au service de la tyrannie. En réalité, sa réponse fut un appel au Pape. « Dans les documents mêmes réunis contre nous, déclara-t-il sans ambages, j'ai clairement entendu que le Saint-Père s'est réservé mon jugement et celui des principaux dignitaires du Temple ; je m'en tiens là. Qu'on m'amène en sa présence. Je n'aurai qu'un mot à prononcer pour ma justification, et ce mot est bien simple : j’ai tâché pendant toute ma vie d'honorer Jésus-Christ et l'Église, selon l'étendue de mon pouvoir. Mais je vous en conjure, ne négligez rien pour que le Pape me mande au plus tôt. Je n'ai pas longtemps à vivre. Avant de mourir, je dois rendre témoignage à la vérité. » Cette déclaration solennelle semblait un moment avoir interverti les rôles. Les juges demandèrent à l'accusé s'il avait à se plaindre de leurs procédés envers lui. « Non, répondit le grand-maître ; soyez justes jusqu’à la fin. Ma conscience m'impose une triple protestation en faveur de mon Ordre. Il n'est pas d'institut religieux où l'office divin se célèbre avec plus de respect et de pompe ; il n'en est pas non plus où le devoir de l'aumône ait jamais été mieux pratiqué ; il n'en est pas surtout, et n’est pas de nation au monde, qui pour la religion ait aussi généreusement répandu son sang ! » Jacques Molay rappela dans cette occasion la mort héroïque de ce Guillaume de Sonnaz qui parut se survivre aux deux batailles de Mansourah pour faire deux fois de son corps un rempart au christianisme. Il eût pu rappeler aussi cet autre chef du Temple resté debout sur les murs écroulés de Saint-Jean d'Acre et tombant le dernier sous les coups des Musulmans pour couvrir la suprême retraite.
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:30 am

Page 188

12. Quels arguments contre les imputations qui remontaient plus haut et donnaient au mal de plus anciennes racines ! « Sans la foi, remarqua l'un des juges, inutiles sont ces glorieux souvenirs, tout cet héroïsme est en pure perte. » — « Je le reconnais, répondit Jacques, et ma foi n'a pas subi la moindre altération; je crois en un seul Dieu, au mystère de la Trinité, à l'Incarnation du Verbe, à la rédemption des hommes par la croix, à tout ce qu'enseigne l'Eglise catholique. » — Là se trouvait indûment, comme en tant d'autres circonstances, Guillaume de Nogaret ; il ne voulait pas laisser l'honorable réunion sous l'impression de telles paroles. Faisant étalage d'érudition contre un noble chevalier qui ne dissimulait pas son ignorance, — « Saladin, lui dit-il, attribuait lui-même aux désordres des Templiers les revers des chrétiens dans la Palestine. Il les accusait d'avoir renié leur foi, de pactiser avec les infidèles. Lisez les chroniques de Saint-Denis, et vous en aurez la preuve. » « Les héritiers de Saladin ne m'ont guère laissé le temps de lire, répliqua Molay. Je ne sais ce que pensait ou disait Saladin lui-même. J'ai combattu sous Beaujeu dans des guerres incessantes et loyales. Jamais nous n'avons ouï ni vu rien de pareil à ce que vous dites. » Le chancelier resta muet; mais le grand-maître fut ramené dans sa prison, après avoir néanmoins obtenu qu'il aurait désormais sa chapelle et son chapelain. Sur de nouvelles instances qui ressemblaient fort à des injonctions, le roi donna l'ordre d'amener à Paris tous les détenus qui désireraient prendre la défense du Temple, alors cependant que les commissaires pontificaux les réclamaient tous sans distinction. Ce qu'on employa de ruse, d'intimidation et de violence .pour empêcher qu'il ne se présentât un défenseur, on ne saurait le dire. Il s'en présenta plus de cinq cents. Arrivés dans la capitale, ils comparurent devant la commission, qui tenait toujours ses séances à l'évêché. Cette comparution en masse eut lieu le 14 mars 1310. Ces hommes, se trouvant réunis, sentirent renaitre leur courage. Un généreux frisson courut dans leurs rangs. Ils protestèrent d'une voix unanime, avec cette énergie qui tient de l'exaltation et semble attester l'innocence, contre les indignes traitements dont on les avait accablés. L'acte d'accusation et le procès-verbal des interrogatoires antérieurs furent relus en leur présence ; puis on les somma de se constituer des procureurs chargés de soutenir leur cause. « On ne nous demandait pas, quand on nous soumettait à la question, s'écria l'un deux à cette requête, si nous voulions être torturés par procuration ! »
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:31 am

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13. Soixante-quatorze furent néanmoins désignés par l'ordre des commissaires ; car les officiers du roi ne voulaient plus d'une semblable séance. L'isolement était une précaution commandée par la Boulogne. Des notaires furent envoyés dans les diverses maisons où l'on avait disséminé les prisonniers pour recueillir leurs déclarations individuelles. En les fractionnant, on ne parvint pas à les désunir. Nous les entendons toutes dans celle du prêtre templier Pierre de Boulogne. « Bien que nous ne puissions pas, sans la délégation de l'Ordre et l'autorisation de notre chef, nommer des procureurs ayant réellement ce caractère, nous accomplirons notre devoir jusqu'au bout, dans la fausse position qui nous est faite. Les griefs entassés contre nous et dont nous avons entendu la lecture sont inventés à plaisir ; c'est un tissu d'horribles mensonges suggérés par des ennemis, une œuvre de faussaires et de calomniateurs. Ceux qui les soutiennent doivent être rangés parmi les mécréants. La milice du Temple est immaculée, déteste ces abominations, et sa vieille renommée n'en saurait être atteinte. Qu'on nous rende notre liberté ; nous irons ou nous enverrons concile ; et le monde entier verra ce que les mauvaises passions, la haine et la cupidité, l'ambition et la jalousie, ont tramé pour notre perte. Nous nous inscrivons en faux contre des témoins qui mentent à leur conscience, comme Judas, et qui vendent encore Jésus-Christ dans la personne de ses disciples. Quant à ceux d'entre nous qui n'ont pas craint de se calomnier eux-mêmes et de trahir leur religion, ce sont des lâches, que la mort et les tourments ont fait se parjurer, quand ce n'est pas l'espoir d'une honteuse récompense. Quoiqu'il en soit, il n'est pas de juridiction qui puisse accepter un pareil témoignage. Au nom de Dieu, nous demandons que la défense soit libre ; et cela nous suffit. Brisez nos chaînes, suspendez les tortures, donnez-nous le droit de parler ; le reste s'évanouira comme un songe. Avant tout et dès ce moment, qu'on nous admette aux sacrements de l'Eglise. Nous ne sommes pas des excommuniés » Le rapport des notaires était fait le 7 avril, et, ce jour-là même, neuf Templiers, dont deux prêtres, Rainaud de Pruyin avec Pierre de Boulogne, et sept chevaliers, parmi lesquels Bertrand de Sartiges et Guillaume de Chambonnet, présentèrent à la commission pontificale un cahier qui fait honneur aux sentiments, aussi bien qu'à l'habileté de ceux qui le rédigèrent. Nous ne pouvons que le résumer.
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:32 am

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14. Les plaignants désignent quatre des leurs, ceux que nous avons nommés, pour défendre l'institut aux grandes assises de Vienne. C'est le cas où jamais d'appliquer au concile cette dénomination. Ils souscrivent d'avance à tout ce que leurs délégués déposeront en faveur de l'Ordre, déclarant nul et de nul effet ce qui pourrait leur échapper en sens contraire. Ils annulent également les témoignages rendus jusque-là et ceux qui le seraient encore durant le cours de l'emprisonnement, sous la pression des menaces ou des promesses. Dans de semblables conditions, les aveux n'ont pas plus de valeur que les témoignages. Ils demandent que les apostats, dont on a si largement exploité les dénonciations, soient réintégrés dans les prisons royales, en attendant le jour où la vérité sera démontrée, de telle sorte qu'on rende alors à chacun selon ses œuvres. Ils demandent de plus que les laïques soient rigoureusement exclus des audiences, ceux en particulier dont la position bien connue peut influencer les réponses des témoins ou des accusés. N'est-ce pas déjà trop d'avoir sous les yeux le contraste des honneurs décernés à ceux qui nous accablent et des mauvais traitements infligés à ceux qui se défendent eux-mêmes? Chose inouïe! Des assertions sans preuve, notoirement dictées par la haine ou l'intérêt, l'emportent sur les dénégations signées avec le sang des martyrs! Cela ne se voit qu'en France ; partout ailleurs nos frères sont unanimes, la calomnie se tait ou demeure confondue.— Le mémoire revient sur le passé de l'Ordre, son institution par un saint, les services qu'il a rendus à l'Eglise, les exploits de ses héros, les vertus dont il a donné l'exemple, et jusque dans les derniers temps. Quelle apparence qu'il eut tout à coup changé de fond en comble? Qu'on mette en regard les hommes qui se portent maintenant pour ses accusateurs ; qu'on pèse les circonstances dans lesquelles les accusations se sont produites, les moyens employés pour extorquer les aveux, et qu'on prononce. Mais en a-t-on réellement le droit? Les formes juridiques ont-elles été gardées ? Où sont nos garanties ? Où est la liberté de la défense ? Est-ce un procès qui nous est intenté ? N'est-ce pas plutôt une guerre d'extermination qui nous est faite, sous le masque de la légalité, par des armes déloyales, avec des traits empoisonnés, sans déclaration préalable. Nous en appelons à Dieu !
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:32 am

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15. Les commissaires, de plus en plus ébranlés, répondirent que, n'ayant pas ordonné la prison, ils n'avaient pas le pouvoir de rendre aux détenus la liberté ; que du reste ils auraient toujours envers eux tous les égards imposés par la justice, tous les ménagements inspirés par la charité chrétienne, toute la bienveillance compatible avec leurs fonctions. Dans le but louable d'encourager ou de rassurer les prévenus, ils leur firent remarquer que leurs personnes et leurs biens étaient entre les mains du Pape. Et le roi? Les juges pouvaient-ils donc ignorer ses précautions iniques et ses barbares desseins? Les délégués officieux du Temple étaient de nouveau mandés le 11 avril devant la commission pontificale ; elle procédait à l'audition des témoins. Vingt-quatre furent entendus ce jour-là. Il n’en est qu’un dont les actes juridiques nous aient conservé la déposition, comme apparemment la plus significative , celle de l'avocat royal, nommé Raoul de Presles, un rival des Plasian et des Nogaret. Nous le disons sans crainte, cette déposition ne renferme aucune charge sérieuse contre les Templiers. Pas un fait de quelque importance ne s'y trouve articulé. Des inductions, ou mieux des insinuations perfides, et c'est tout. Le témoin n'a rien vu par lui-même ; il argue simplement d'une prétendue conversation avec un dignitaire de l'Ordre, et son principal argument a pour base les réticences de ce dernier. Si les autres témoignages n'ont pas plus de valeur que celui-là, nous comprenons le silence des Actes. Les jours suivants, on entendit aussi des témoins à décharge, parmi lesquels un certain nombre de prisonniers. Cette fois la déposition pouvait éclairer la justice ; elle jetait sur les débats une effrayante lumière. Les faits étaient présents et se reliaient d'une manière indissoluble avec ceux qu'on entendait rétablir. Citons au hasard deux exemples : Après avoir subi les tortures d'une triple question, j'ai confessé des crimes imaginaires, disait le chevalier Humbert du Puy. Que voulait-on davantage? Qu'espérait-on de moi ?Pendant trente-six semaines, on m'a tenu dans un isolement complet, dans un cachot fétide, au pain et à l'eau. » Pour expliquer ses imprudentes paroles, le chevalier Bernard du Gué montrait deux os tombés de ses talons par la violence des flammes auxquelles on avait soumis ses pieds, sous prétexte d'interroger sa conscience. Ces horreurs transpiraient au dehors ; et le peuple, dont nous avons vu travailler l'opinion avec tant d'art et de succès, se retournait en faveur des victimes, revenait à ses anciens sentiments pour les Templiers. Or le roi ne pouvait pas avoir oublié les périls des mouvements populaires : il importait de précipiter le dénouement ou de l'engager dans une impasse qui le rendit inévitable et désastreux.
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:33 am

Page 192

16. Les quatre délégués pressentaient l'imminence de la catastrophe. Le 7 mai, ils présentèrent à la commission un mémoire supplémentaire, qui confirmait de tout point le premier et dirigeait une plus vigoureuse attaque sur les officiers royaux. « On nous a jetés dans les fers à l'improviste, par un infâme guet-à-pens, était- il écrit dans cette pièce. On nous a menés à la boucherie comme des agneaux, sans défense possible, sans ménagement et sans pitié. Croyant paraître devant des juges, nous étions en face des bourreaux. Endormis dans le sentiment de notre innocence, nous nous sommes réveillés en criminels. N'étant que prévenus encore, n'ayant pas subi de condamnation, beaucoup de nos frères sont morts ; d'autres en plus grand nombre ont à jamais perdu leur force et leur santé. Que prouvent les témoignages qu'ils ont rendus dans le délire de la souffrance? Rien contre l'Institut, rien contre eux-mêmes. On leur a ravi le plus précieux, le moins aliénable de tous les biens, le libre arbitre ; et puis on les a sommés de parler. Quelle est la valeur de cette parole? On leur promettait au nom du roi, sous la garantie de ses lettres, la vie, la liberté, l'abondance et les honneurs, dès qu'il se reconnaîtraient coupables ; on menaçait de mort ou de captivité ceux qui protestaient de leur innocence ; on les trompait, en leur disant que pas un de leurs frères n'avait refusé d'avouer, que l'Ordre était anéanti par le Pape, qu'ils s'immoleraient dès lors pour une cause désespérée : dans de telles conditions, les chutes sont-elles donc étonnantes? Nous ne les justifions pas ; loin de nous cette lâche pensée : nous les expliquons. Ce qu'il y a d'étonnant, ce qui reste incompréhensible en dehors de la vérité, c'est que tant d'hommes se soient montrés supérieurs à ces infernales manœuvres. Le droit des accusés est d'avoir sous les yeux les pièces qui servent de base à l'accusation, et de connaître les noms des témoins étrangers qui la soutiennent ; nous revendiquons ce double droit, dont nous avons été dépouillés dès l'origine... Nous prions enfin les seigneurs commissaires d'interroger les serviteurs et les gardiens des chevaliers qui sont morts dans les prisons, touchant les sentiments qu'ils ont manifestés à la dernière heure, au moment de paraître devant Dieu. »
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:34 am

Pages 193-194

17. Un dimanche, trois jours après, Pierre de Boulogne et ses collègues demandèrent instamment d'être entendus ; les juges y consentirent. «:Notre sort est dans vos mains, s'écria tout à coup le prêtre avec une émotion qu'il ne pouvait dominer ; nous sommes vos justifiables. C’est vous seuls que le Pape a chargés d’informer sur la cause du Temple. Or, nous apprenons, et ce n’est pas sans terreur ni d'une manière incertaine, que l'archevêque de Sens réunit demain un concile provincial dans cette capitale pour juger ceux des Templiers qui comme nous ont accepté la défense de l’Ordre. L'issue d'un tel jugement, nous la savons d'avance. Sommes-nous donc soumis à deux tribunaux? Nous vous en conjurons, en vertu de vos pouvoirs apostoliques, ordonnez à l'archevêque de Sens de surseoir à sa monstrueuse procédure. Du concile provincial nous en appelons au Souverain Pontife. Signifiez notre appel au métropolitain, à tous les métropolitains de France ; ou du moins faites-nous conduire auprès de lui : nous le lui signifierons nous-mêmes. » Le président de la commission ne laissa pas ignorer aux appelants qu'il ne se croyait nullement le droit de suspendre le tribunal de l'archevêque ; il leur en donna même la raison : Les commissaires pontificaux instruisaient sur l'Ordre en général et pour préparer la décision du futur concile tandis que les juges provinciaux devaient seulement procéder au jugement des personnes. C'était donc là deux juridictions distinctes, fonctionnant parallèlement, mais n'ayant pas la même destination et ne s'entravant pas dans leur marche. Pour le malheur des Templiers, la distinction reposait sur une certaine base. Après avoir, comme nous l'avons dit, suspendu les mesures inquisitoriales, le Pape avait autorisé, par une concession dont il ne prévoyait pas les terribles conséquences, le rétablissement des tribunaux diocésains sous la présidence du métropolitain dans chaque province. C'est encore Philippe le Bel qui, par ses implacables obsessions, l'avait ramené dans cette voie. Cela n'empêcha pas les commissaires d'écouter en partie la supplique qui leur était adressée, et dont ils ne sentaient que trop bien la justice; ils tentèrent quelques efforts, en dépit de leur craintes, pour ménager la signification de l'appel. La journée s'écoula tout entière en vaines démarches ; les délégués haletants trouvèrent toutes les portes fermées : Philippe de Marigny se rendit invisible. Dès le lendemain, 1e concile entrait en séance, et dans trois jours la sentence fut portée. Ceux des prévenus qui s'étaient toujours reconnus coupables, on les renvoyait absous, avec ou sans pénitence; ceux qui n'avaient jamais rien avoué demeuraient condamnés à la prison perpétuelle. Quant à ceux qui venaient de rétracter leurs aveux, ils devaient comme relaps expirer dans les flammes. Un tel jugement ne saurait être étudié d'assez près ; il faut peser chaque terme de cette inique et sanglante trilogie.
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:35 am

Page 195

18. En apprenant la condamnation sommaire, non moins que précipitée, des malheureuses victimes, les commissaires pontificaux éprouvèrent une indicible pitié, qui n'était exempte ni de remords ni de honte. Avaient-ils assez vigoureusement agi, d'une manière surtout assez rapide? Leur juridiction ne tombait-elle pas sous le coup du même arrêt? pouvait-on mieux la déclarer illusoire? Dans les représentations qu'ils adressèrent à Marigny, pour l'engager à consulter le Pape avant de procéder à l'exécution, ils lui rappelaient que la Bulle même dont l'archevêque tenait ses pouvoirs ne permettait en aucune sorte d'appeler relaps les Templiers revenant sur leur confession, et qu'elle recommandait expressément de les traiter avec indulgence. Cette réclamation accéléra peut-être le dénouement fatal. Derrière l'abbaye de Saint-Antoine s'étendait un champ que Philippe le Bel avait fait entourer de palissades. Là s'élevaient autant de poteaux qu'il y avait de condamnés. Ceux-ci furent amenés sur des charrettes, puis séparément liés à chacune des potences. On se mit alors à leur brûler les pieds, les jambes ensuite, le corps enfin, en les avertissant qu'un aveu suffirait pour arrêter ce lent et barbare supplice. Tous n'étaient pas torturés à la fois ; on voulait que l'un servit d'exemple à l'autre. Leurs amis et leurs parents, admis à dessein, les conjuraient en larmes de tout confesser pour échapper à cette mort horrible. Pas un ne succomba; tous proclamèrent leur innocence, parmi des cris déchirants et de ferventes prières, en invoquant Jésus-Christ, la Vierge Marie, tous les saints, jusqu'au dernier souffle. Quoi de plus éloquent qu'un pareil témoignage? Il s'agit d'un fait, non d'une croyance ou d'une théorie. N'est-ce pas le cas de redire, avec une légère modification, cette simple parole du génie chrétien : « Je crois volontiers à des témoins qui se laissent brûler! » Le bûcher fumait encore, lorsque fut conduit devant la commission, qui s'obstinait à siéger n'étant plus qu'un fantôme, le chevalier Aimeric de Villars. Se frappant la poitrine, décomposé par la terreur, tremblant de tous ses membres, levant les mains au ciel, « Je veux, s'écria-t-il, tomber corps et âme dans l'enfer, sous les yeux des seigneurs commissaires, si je mens. Les crimes imputés à l'Ordre sont tous faux, bien que j'en ai moi-même confessé plusieurs dans les tortures, devant les officiers du roi. N'importe , j'avouerai tout, même que j'ai tué le divin Maître, s'il le faut, pour ne point subir le sort qu'ont subi mes frères! Non, je n'ai pas le courage d'endurer le feu! » La commission ne reprit ses audiences que beaucoup plus tard, à de rares intervalles, minée par le pouvoir royal. Le 5 juin 1311, elle déclarait sa mission remplie ; elle avait entendu deux cent trente-un témoins, et ne comptait plus alors que trois membres. Un mois environ après l'autodafé de Paris, neuf Templiers avaient subi le même supplice et dans les mêmes dispositions, à Senlis, province ecclésiastique de Reims. Nous ignorons si ces funestes exemples eurent des imitateurs dans le reste du royaume. A l'étranger, nulle exécution de ce genre, beaucoup de jugements favorables aux prévenus, plusieurs condamnations uniquement suivies de pénitences canoniques. La France avait donc seule dressé des bûchers.
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:36 am

CONCILE OECUMENIQUE DE VIENNE.

Page 196

19. On se demande comment le Pape, le chef et le gardien de la catholicité, résidant alors en France, n'était pas directement intervenu pour empêcher ces horreurs. Son inaction et son silence, c'est à la politique de Philippe le Bel qu'il faut les attribuer. Le despote rendait possibles les iniquités d'un procès en suspendant sur la tête du Pontife un procès plus scandaleux encore, celui de Boniface VIII. Clément avait eu beau renvoyer l'un et l'autre par une solennelle décision au prochain concile de Vienne. Cette décision semblait acceptée, pour ce qui regarde au moins le second ; mais, contre toute attente, dans le courant de 1309, le roi demande impérieusement une enquête immédiate. Il circonvient son prisonnier, il l'obsède, et Clément finit par succomber. Hâtons-nous de dire que la concession, toute regrettable qu'elle est, formule les plus expresses réserves et proclame l'innocence du Pape incriminé. L'enquête accordée par la Bulle n'aura pas d'autre résultat, y lisons-nous en propres termes, que de manifester au grand jour la parfaite orthodoxie et l'intégrité morale de celui qu'un aveugle acharnement accuse de perversion et d'hérésie. Ce ne sera pas la faute de Philippe si le procès aboutit à ce résultat. Nogaret et Plasian se mettent aussitôt à l'œuvre, ou mieux découvrent leurs batteries. Enguerrand de Marigny mène l'intrigue, comme toujours, en se tenant dans l'ombre ; mais cet intime « coadjuteur du roi » sera démasqué par un gantelet d'acier, quand aura sonné l'heure de la vengeance : le trésor royal gaspillé, d'autres le lui jetteront à la face ; Charles de Valois lui redemandera l'honneur royal, compromis dans cette abominable lutte avec le Saint-Siège. Des témoins sont mandés du fond de l'Italie. On apprend que Rinaldi de Supino lui-même a pris le chemin d'Avignon pour aller déposer contre sa victime! C'en est trop ; à quelques trois lieues de cette ville sont embusqués des hommes armés, que les parents de Boniface ont envoyés là pour arrêter le délateur au passage. Averti par un espion, il se dérobe, et regagne sa patrie, non sans laisser sur le terrain bon nombre de ses complices. La trame rompue fut bientôt renouée par l'infatigable artisan de mensonges qui l'avait ourdie. Ni les témoins ni les accusateurs ne lui manquent. Avignon voit entrer Nogaret et Plasian, entourés d'une puissante escorte, qui doit garantir leur précieuse vie contre toute agression, et leur honorable ministère.
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:36 am

Pages 197-198

20. Le tribunal est constitué ; l'enquête est ouverte, le 10 mai 1310; mais les moyens dilatoires multipliés par les défenseurs, incidents de procédure, récusations de juges et de témoins, absence de preuves écrites, font trainer les choses en longueur. Le bruit de cette action sacrilège se répand dans toutes les contrées du monde chrétien, y soulève une indignation dont le sentiment religieux n'est pas seul la cause. De la Germanie, de l'Angleterre, du Danemark, de l'Italie elle-même, de l'Espagne surtout, arrivent incessamment les plus vives réclamations, demandant au Souverain Pontife de couper court à cette ignoble scène et de sauvegarder sa propre majesté. La question touche non-seulement à la gloire de l'Eglise et de son chef, mais à l'essence même du catholicisme. Deux chevaliers espagnols se présentent un jour à l'audience, comme champions du Pape défunt, et jettent leur gant dans la salle. Les deux principaux accusateurs sont chevaliers aussi, on ne l'a pas oublié sans doute ; ils ne relèvent pas ce gage de combat, se fiant beaucoup plus à leur langue qu'à leur épée. Ils usèrent largement de la première, ne reculant devant aucune ignominie, remuant la boue la plus fétide, pour en couvrir un tombeau. A jamais elle retombera sur eux-mêmes. Il fallut longtemps subir leurs furieuses déclamations, dont l'insolence n'avait d'égale que la monotonie. Aux allégations déjà connues et sur lesquelles nous ne reviendrons pas, ils en ajoutèrent cependant quelques autres, mais tellement dénuées de sens et de pudeur, que force nous est de les taire. A quoi d'ailleurs serviraient les détails, supposé qu'ils fussent abordables? A rien, si ce n'est à renouveler l'impression dont les contemporains ne pouvaient se défendre. Les accusations sans cesse réitérées, n'apportant aucune lumière, inspirées par un servile intérêt ou par une haine posthume, produisaient uniquement la fatigue et le dégoût. Dans les témoignages nulle portée, nul solide fondement, nulle cohésion possible ; loin de présenter un caractère de vérité, la plupart ne gardaient même pas celui de la vraisemblance. D'où viendrait la solution et sur quelle base asseoir un jugement? De guerre lasse, au bout d'une longue année de stériles débats, vu la réprobation générale, sur les vives réclamations du comte de Valois, Philippe abandonna l'action judiciaire et déclara s'en rapporter, absolument à la sagesse du pape Clément V. Il y mettait pourtant une condition : Le Pontife déclarerait à son tour que le roi de France, ses adhérents et ses ministres avaient constamment agi dans des vues désintéressées et droites. Clément ne refusa pas d'acheter la paix à ce prix, que nous estimons énorme. Il s'empressa de le solder avec une ampleur inouïe, une munificence plus que pontificale. Le luxe d'expression qu'il déploie pour anéantir le passé nous paraît moins répondre à l'étendue de son pouvoir qu'à la générosité de ses intentions. Son empressement apparaît dans la comparaison des dates : Le désistement royal est du mois de février 1311; la Bulle est donnée le 27 avril.
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:37 am

Page 199

21. Et le concile de Vienne, qui devait commencer en octobre 1310, comment n'en est-il pas encore question ? Le Pape l'avait prorogé d'un an, pour les raisons qui ressortent des faits mêmes et se trouvent exposées dans le récit. La bulle de prorogation était du mois d'Avril 1310. A l'approche de cette grande assemblée, il écrivait de nombreuses lettres, excitant le zèle des prélats et le concours des princes. Parmi les premiers, quelques-uns étaient dispensés légitimement de se rendre ; mais ces autorisations, Clément ne les accordait pas sans regret, notamment aux archevêques de Trèves et de Mayence. Selon Jean Villani, Ptolémée de Lucques et saint Antonin plus de trois cents évêques répondirent à son appel et furent présents à l'ouverture du concile. Le continuateur de Nangis, s'inspirant des antipathies de Philippe le Bel, les réduit à cent quatorze ; il admet seulement un nombre beaucoup plus considérable d'abbés mitrés, de théologiens célèbres et de délégués épiscopaux. On y vit deux patriarches, ceux d'Antioche et d'Alexandrie. Tout annonçait un vrai concile œcuménique. La première session eut lieu le 16 octobre avec la pompe accoutumée, mais une émotion peu commune. Clément l'ouvrit par un discours dans lequel, ayant pris pour texte ces paroles du Psalmiste : «Dans le conseil et la réunion des justes, grandes sont les œuvres du Seigneur, » il exposa les points essentiels qui s'offraient aux délibérations du concile. Il les réduisit à trois : l'affaire des Templiers, les secours à la Terre-Sainte, la réformation des mœurs par le rétablissement de la discipline. On pourrait en compter cinq, puisqu'on devait y décider encore la pleine justification de Boniface VIII et la condamnation des dernières hérésies. Un prélat éminent par sa religion et sa science, Raynaldi ne le désigne pas autrement, prit la parole après le Pape et développa les points indiqués avec une grande supériorité de vues et de langage, une extrême vigueur, d'une manière absolument magistrale. L'orateur n'examine pas si les Templiers sont coupables ou non il lui suffit que le doute et la controverse existent, qu'un pareil scandale soit donné, pour voter la suppression de l'Ordre. Rien ne saurait désormais le réhabiliter; il est inutile ou même dangereux au Christianisme. Les expéditions en Orient, on peut les radier du programme ; dans l'état actuel des royaumes européens, elles sont impossibles. C'est sur le troisième point, le relèvement de la discipline ecclésiastique pour arriver à celui du peuple chrétien, que doit se concentrer l'attention des Pères.
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:38 am

Page 200

22. A cet égard, le discours dont nous parlons est un monument historique de la plus haute valeur, en même temps qu'un modèle de sens moral et de précision doctrinale. Il sonde la plaie dans tous les sens, indique partout le remède, signale les abus, rétablit les principes, met à nu la démoralisation et montre à l'épiscopat le but qu'il doit se proposer, dans cette réunion solennelle. Nous voudrions pouvoir citer ce travail tout entier; une indication générale nous est seulement permise. Quant à l'auteur, dont les historiens ne prononcent pas le nom, le savant critique Mansi désigne Guillaume Durand, le jeune neveu du grand théologien et son successeur sur le siège de Mende. Après la séance d'inauguration, furent organisées des conférences particulières qui durèrent tout l'hiver, principalement consacrées, selon les désirs et les instructions du Pape, à la question des Templiers. Devait-on leur permettre de se défendre publiquement en présence du concile, vu les procès antérieurs, les pièces existantes et les aveux obtenus? Tous les prélats d'Allemagne, d'Angleterre, d’Ecosse et d'Irlande, tous ceux d'Espagne sans exception, d'Italie moins un seul, de France même, moins les archevêques de Sens, de Reims et de Rouen, se prononcèrent pour l'affirmative. Il ne semblait pas qu'on pût dénier aux accusés le débat contradictoire, la manifestation au grand jour, cette suprême garantie de la justice et de la défense. On avertit donc les Templiers, avec lesquels on restait en communication, d'expédier leurs délégués à Vienne. Il s'en présenta dix, au nom de quinze cents ou deux mille errant dans les bois, dispersés dans les solitudes, aimant mieux mourir de faim que perdre leur liberté. Au lieu de les entendre, Clément les fit conduire en prison. Il se crut menace dans sa personne. L'improbation des rois étrangers, l'opposition manifestée par les Pères, le nombre annoncé des Templiers n'était pas l'unique raison de ses craintes. En supposant le fait tel qu'il est raconté, sans prétendre en atténuer l'arbitraire et l'injustice, on peut assurément y reconnaître la main qui naguère allumait les bûchers. Vienne n'était pas aussi loin de Paris que l'avait imaginé le cardinal de Prato. La distance n'était rien pour l'influence royale: le roi lui-même allait la franchir. Dans le mois de février 1312, on sut qu'il approchait, et bientôt qu'il campait aux portes de Vienne. Le 2 mars il écrivait au Pape une lettre autographe pour renouveler les engagements qu'il avait pris d'avance, de consacrer les biens des Templiers, soit à rétablissement d'un nouvel ordre de chevalerie ayant la même destination, soit aux dépenses d'une croisade qu'il promettait d'exécuter avec la majeure partie de la noblesse française.
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:39 am

Page 201

23. Clément prévint son entrée, en adoptant le programme indiqué par l'évêque de Mende. C'était le moyen, pensait-il, de concilier toutes les opinions et d'apaiser tous les scrupules. Dans un consistoire secret, tenu le 22 du même mois de mars, il annonça la résolution du supprimer l'ordre du Temple, non par voie de condamnation, les crimes n'étant pas démontrés, mais par provision apostolique, pour couper court à ce pénible et dangereux débat. Il tranchait la question sans la résoudre, en ce qui concerne la culpabilité. Le problème restera donc toujours le même. On finit par obtenir l'adhésion des opposants, de manière à pouvoir ajouter à la Bulle déjà prête les mots habituels dans de tels actes, sacro approbante concilio. Le Pape réservait à l'Eglise le soin de prononcer ultérieurement sur l'affectation des biens et le sort des personnes. L'Ordre restait aboli sous peine d'excommunication pour quiconque tenterait de le ressusciter. Distraction faite de ce qui sera jugé nécessaire à l'entretien des survivants, les biens seront transmis à l'Ordre militaire des Hospitaliers ou chevaliers de Rhodes. Il est vrai que le roi s'était aussi réservé les frais d'administration et de séquestre ; ces frais habilement calculés iront si loin que les destinataires sembleront appauvris par ce surcroît de richesse. En Aragon, en Castille, en Portugal, on ne les laissera pas sortir du royaume ; ils serviront aux milices du Christ et de Calatrava, dans la lutte contre les Maures. La deuxième session publique du concile eut lieu le 3 avril, en présence de Philippe le Bel, du comte de Valois son frère et de ses trois fils. Le monarque était assis à la droite du Pape, sur un trône moins élevé, quoique splendide. Ce n'est pas à cette session que fut promulguée la Bulle concernant les Templiers; peut-être n'avait-on pas encore les adhésions requises : on attendra la troisième et dernière session.
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:39 am

Page 202

24. Mais tout était prêt pour la sentence définitive qui devait terminer le procès de Boniface VIII. Elle était réclamée par la conscience catholique, malgré le désistement des accusateurs. Boniface est proclamé pape orthodoxe et légitime, devant son persécuteur acharné, qui dut subir les motifs de cette décision solennelle exposés par trois cardinaux et tirés des sources les plus authentiques. Par une sorte de dédommagement ou de compensation, dont le Pape avait donné l'exemple, il fut également déclaré que les conséquences du procès et du jugement n'atteindraient pas la couronne de France, ne retomberaient ni sur le roi ni sur ses descendants. Ceci n'a rien de doctrinal ou même de juridique, dans le sens rigoureux de ce dernier mot; c'est un vœu que l'assemblée formule : la Providence ne le ratifiera pas. Les deux graves questions des hérésies et de la discipline furent traitées dans les consistoires particuliers qui précédaient les séances publiques. De pieux et savants prélats, sur les vives recommandations du Pape, avaient préparé les éléments de ces délibérations avant de se rendre au concile ou pendant qu'il se tenait. Le Pape lui- même, au milieu des tribulations de son Pontificat, s'était occupé de ces études préparatoires. Le 6 mai, dans la session de clôture, d'importants décrets furent promulgués avec l'approbation unanime des Pères. Plusieurs étaient seulement élaborés et devaient être promulgués dans la suite ; émanent évidemment de cette grande assemblée et s'y rattachent par des liens indissolubles, malgré tout ce qu'on a fait depuis pour les en détacher. Une saine critique s'alliant à des pensées élevées, vient aisément à bout des arguties contraires. Depuis longtemps les meilleures autorités ont mis le concile de Vienne, malgré les nuages entassés plus tard et les réelles difficultés qu'il eut à vaincre ou les passions dont il fut entouré, au rang des conciles œcuméniques. C'est le quinzième. Il avait duré plus de six mois ; il touche par tous les points aux intérêts de l'Eglise universelle.
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:40 am

Pages 203-204

25. Pour donner un aperçu des erreurs dogmatiques et morales qu'il condamna, nous sommes obligés de revenir en arrière de rétrospectif quelques années, ce qui sera combler une lacune. Les Frères Mineurs venaient d'être à peine fondés que, frappés de l'étrangeté de leur habit et de l'austérité de leur vie, les peuples désignèrent ces nouveaux moines sous le nom italien de Fratricelli. Devenu peu à peu comme une sorte d'injure, ce nom fut indistinctement donné plus tard à tous ceux que des pratiques étranges, leur costume singulier, leur mépris des richesses, leurs mortifications exagérées, signalaient à la curiosité publique et semblaient rapprocher des moines. Beaucoup d'entre eux couvraient leurs vices du manteau de l'hypocrisie, dissimulant sous des dehors pieux les opinions schismatiques ou hérétiques dont ils étaient imbus, et qu'ils cherchaient à répandre par tous les moyens en leur pouvoir : le même nom de Fratricelli servit à les désigner. En employant cette dénomination, les auteurs du moyen âge, il convient d'en faire la remarque, n'ont pas eu toujours en vue les Fratricelles proprement dits. On est trop souvent tenté de les confondre avec d'autres sectes, telles que celles des Béghins ou Béghards, des Frères et des Sœurs du libre Esprit, dont ils partageaient du reste sur bien des points les erreurs, et parmi lesquelles ils cherchèrent à se dissimuler plus d'une fois. Les Fratricelles dont nous nous occupons furent connus dans l'origine sous le surnom de Bighini; de l'italien bigio, gris, à cause de la couleur grise de leur costume ; ils furent également appelés Bisochi ou Bizochi, de l'italien bisaccia, besace. Saint François d'Assise n'était pas encore descendu dans la tombe, que de graves ferments de
discorde s'étaient déjà glissés parmi les membres de sa famille ils ne firent que s'accroître après sa mort. Les règlements qu'il avait dressés furent diversement interprétés. Un certain nombre de religieux, se croyant appelés à réformer leur Ordre, à le ramener dans la voie du véritable détachement évangélique, entendaient pratiquer la règle et la pauvreté que leur saint fondateur avait établies. Une scission s'opéra donc parmi les Franciscains et donna naissance à deux partis. Les uns ne rompirent pas entièrement les liens qui les attachaient à leur Ordre ; ceux-là, le Saint-Siège ne pouvait pas les traiter et ne les traita pas en effet comme des schismatiques ou des hérétiques. Les autres, au contraire, quittèrent violemment leurs couvents, furieux de se voir désavoués par le Pape et par la grande majorité de leurs frères. Ne craignant pas de recourir au schisme, ils s'insurgèrent contre leurs supérieurs, se constituèrent en associations particulières, se prétendirent seuls dépositaires de la primauté et de la hiérarchie catholiques, établirent enfin une église à part, et fondèrent la secte proprement dite des Fratricelles. Ces déplorables luttes furent surtout engagées à propos de la pauvreté, que les plus modérés voulaient adoucir, tandis que les rigoristes s'obstinaient à appliquer littéralement, dans le sens le plus étroit et le plus sévère.
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:41 am

Page 205

26. La sollicitude pontificale ne pouvait manquer de se porter sur cette douloureuse situation. Pour mettre un terme à des discussions dangereuses, pour étouffer des divisions qui ne pouvaient se prolonger sans scandale, les Papes crurent donc nécessaire d'intervenir. Des explications de la règle de Saint-François qu'elles rendaient plus douce, bien qu'elle dût rester encore assez sévère, furent d'abord solennellement et successivement données par Grégoire IX en 1231, plus tard, en 1245, par Innocent IV, en 1257, par Alexandre IV. Tous les biens meubles ou immeubles appartenant aux Frères Mineurs devaient passer à l'avenir dans le domaine de l'Eglise Romaine : ces moines n'en seraient plus que de simples usufruitiers. Tant d'efforts tentés pour ramener la concorde et l'union au sein de l'Ordre, demeurèrent stériles. Ni les décisions solennelles des Papes, ni les peines auxquelles les supérieurs crurent nécessaire de recourir, rien ne put fléchir l'obstination d'un certain nombre de ces prétendus réformateurs, qui revendiquaient avant tout le détachement entier, absolu, des biens de la terre. Une tentative fut encore faite par Nicolas III dans l'année 1279. Ce Pape publia une nouvelle explication de la fameuse règle de Saint-François. Par son exactitude, par les détails qu'elle renfermait, cette explication mérita de devenir la base de toutes celles qui furent ultérieurement promulguées par les Souverains Pontifes. Persistant dans sa coupable résistance, le parti des novateurs refusa d'obtempérer aux instructions émanées de Rome. Nicolas III avait décidé que, sous aucun prétexte, nul, en dehors du Saint-Siège, n'aurait le droit d'expliquer ou d'interpréter la règle de Saint-François. Mais ces fanatiques obstinés dénièrent ce droit aux Papes. Ils allèrent jusqu'à prétendre que l'Eglise était arrivée à un tel état de corruption, qu'elle avait perdu toute son autorité sur la société chrétienne, qu'ils n'étaient plus tenus de reconnaitre ni sa hiérarchie ni sa souveraineté spirituelle. Bien des causes que l'histoire de cette époque nous révèle, exercèrent sur ces hommes leur funeste influence, contribuèrent à les égarer insensiblement et comme à leur insu. Citons seulement, en passant, les longues luttes des Albigeois et des Vaudois ; les prophéties attribuées à Joachim de Floris, qui trouva dans ses admirateurs des apôtres passionnés ; la croyance où l'on était tombé que l'année 1260 devait voir la chute complète de l'Eglise Romaine, à laquelle succéderait une Eglise nouvelle coïncidant avec le nouveau règne du Saint-Esprit ; l'introduction à l'Evangile éternel de l'abbé Joachim, Introductorium ad Evangelium œternum, composé vers 1254 par Gérard, zélateur franciscain, d'après lequel les humbles fils de Saint-François auraient le privilège de faire connaître et de propager ce nouvel Evangile du Saint-Esprit; enfin les nombreux écrits de Pierre Jean d'Oliva, qui s'était particulièrement rendu fameux par ses Commentaires sur l' Apocalypse, violent réquisitoire contre l'Eglise Romaine.
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:42 am

Pages 206-207

27. Le franciscain Oliva était né à Sérignan, dans le diocèse de Béziers, en 1247. Devenu célèbre par son savoir autant que par la régularité de ses mœurs, il fut un des plus fougueux zélateurs de la pauvreté, se montrant en toutes circonstances l'implacable adversaire du droit de propriété, que reconnaissaient la plupart des religieux de son Ordre. Persécuté par ces derniers pour la hardiesse et la témérité de ses opinions, accusé de porter le trouble parmi eux, taxé même d'hérésie, il fut cité une première fois en 1282 devant le chapitre général de Strasbourg, une deuxième fois en 1292 devant celui de Paris. Il se défendit avec une incroyable énergie, parvint à justifier sa doctrine, et sortit triomphant de la lutte qu'avaient engagée contre lui ses adversaires. Oliva mourut à Narbonne peu d'années après, en 1297. Il avait longtemps vécu et enseigné dans le couvent de Béziers, ce qui l'a fait souvent désigner sous le nom de Biterrensis, d'autres, à cause du lieu de sa naissance, l'appellent Oliva de Serignagno. La renommée de sainteté qu'il avait laissée après sa mort, ne put réduire ses ennemis au silence ; ils persistèrent à le représenter comme un hérétique. Cédant à leurs instances, Jean de Muro, général de l'Ordre, interdit aux Franciscains la lecture des écrits d'Oliva. Les accusations d'hérésie auxquelles il n'avait cessé d'être en butte, de son vivant comme après sa mort, furent cause que beaucoup de ses livres furent détruits ; ceux qui restèrent étaient conservés en manuscrits dans les bibliothèques publiques. Un véritable relâchement au point de vue de la pauvreté s'était opéré, nous l'avons dit, dans l'ordre des Franciscains; il avait surtout pris de grandes proportions sous le généralat d'Aquaspartanus. C'est contre ce relâchement qu'à l'exemple d'Oliva, mais dans une mesure plus coupable encore, avaient cru devoir réagir trois chefs des zélateurs, Raymond, Pierre de Macérata, Thomas de Tolentino. Ils furent incarcérés par ordre du général, à la suite des troubles qu'ils avaient suscités parmi leurs frères, et des propositions qu'ils soutenaient contre l'autorité du Pape. Ce dernier, d'après eux, ne possédait aucun droit pour modifier « un état révélé par Dieu et confirmé par la vie même des Apôtres. » Malgré ces profonds dissentiments, ces zélateurs et leurs partisans ne s'étaient pas encore complètement séparés de leur Ordre ; mais leurs intrigues, l'exagération des opinions professées par eux, devaient nécessairement aboutir à un schisme. Ce schisme éclata donc. Voici ce que nous lisons à ce sujet dans la chronique de 1289 laissée par Jordano : « Pierre de Macérata et Pierre de Fossombrone étaient des hérétiques apostats de l'Ordre des Frères mineurs. Ils avaient demandé au pape Célestin V la permission de mener une vie érémitique, afin de pouvoir, de cette manière, observer à la lettre la règle de Saint-François, et Célestin le leur avait permis, ainsi qu'à leurs adhérents, avec une bienveillance extrêmement dangereuse dans sa simplicité. Plusieurs apostats les suivirent, rejetant leurs communautés et les explications pontificales de la règle, se nommant Frères de Saint-François, appelant les laïques affiliés à leur secte Bizochi, Bocassoti, Fratricelles. Ils enseignaient qu'un ange avait dépouillé Nicolas III de son autorité; depuis lors, ajoutaient-ils, il n'y a plus eu ni Pape, ni prélats, ni prêtres véritables, sauf parmi eux, eux seuls marchant dans les voies de Dieu, eux seuls constituant la véritable Eglise. Ils changèrent de nom : Pierre de Macérata s'appela Liberatus; Pierre de Fossombrone, Angelus, parce qu'il prétendait que les Anges lui faisaient des révélations. » Les Fratricelles embrassèrent-ils tous, sous le Pontificat de Clément V, dont ils affectèrent de respecter toujours la mémoire, les erreurs et l'hérésie dont parle Jordano dans cette chronique ? Les documents que nous possédons ne permettent pas de l'affirmer.
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:42 am

Page 208

28. Clément V avait eu l’intention de publier un recueil de nouvelles décrétales, qui serait la continuation du Sexte rédigé par Boniface VIII et le complément obligé du concile de Vienne. La mort ne lui permettra pas de réaliser sa pensée ; mais l'œuvre était faite ; son successeur en fera la publication. C'est la partie du Droit Canon désignée sous le nom de Clémentines. Si tous les décrets composant le recueil ne portent pas la formule sacro approbante concilia beaucoup y suppléent par des expressions équivalentes, la plupart n'ont pas même besoin du signe sacramentel pour attester leur origine et leur consécration. Les Clémentines se divisent en cinq livres, dont le premier, qui de tous est le plus remarquable, traite des hérésies indiquées plus haut, les précise et les condamne, ainsi que d'autres erreurs moins connues et se rattachant visiblement à celles-là. Dans le même livre sont déterminés les droits et, par voie de conséquence, les devoirs des cardinaux pendant la vacance du Saint-Siège. Là sont aussi rappelées les anciennes prescriptions touchant l'âge canonique et les qualités exigées pour la réception des Saints Ordres. Les décrets tendant à l'amélioration des mœurs, au réveil du zèle, à l'administration des sacrements, à la répartition des bénéfices dans le clergé séculier, sont principalement renfermés dans le troisième livre. On y voit aussi les plus sages règlements pour la réforme de la vie monastique, amoindrie dans les derniers temps par le relâchement et la discorde. Un décret spécial renouvelle et confirme l'établissement de la Fête-Dieu. Remarquons dans le cinquième livre une disposition prohibant l'intérêt de l'argent, une autre faisant une obligation aux juges de faciliter aux condamnés la réception de la Pénitence et de l'Eucharistie, une autre enfin érigeant deux chaires d'hébreu, deux d'arabe, deux de chaldéen partout où résiderait la cour romaine, dans les universités de Paris, de Bologne, d'Oxford et de Salamanque. Cette institution, qui fait grand honneur à Clément V, et nous révèle une fois de plus les tendances du moyen âge, éait due surtout à l’inspiration du fameux Raymond Lulle, qui sera l'objet d'une étude à part. Cet homme extraordinaire avait fait une apparition au concile œcuménique, pour jeter au milieu de l'auguste assemblée l'idée de cette croisade intellectuelle, qui, dans sa conviction, devait remplacer la chevalerie à l'encontre de toutes les erreurs orientales, et relever du même coup les énergies altérées du christianisme en Occident. Après s'être éloigné de Vienne, Philippe le Bel achevait d'établir son pouvoir à Lyon, qui devenait la seconde capitale de la France. Il s'en était emparé déjà, moitié par l'intrigue, moitié par la terreur et l'approche d'une redoutable armée. Maître du château de Saint-Just, son fils aîné Louis avait aisément soumis le reste de la ville. Un traité définitif était conclu ; à partir de 1313, l'archevêque Pierre de Savoie ne gardait que l'ombre de la juridiction temporelle si longtemps exercée par ses prédécesseurs et par leur noble chapitre.
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:43 am

UN TRIPLE DÉNOUEMENT FATAL.

Page 209

29. Un homme aurait pu s'opposer à cette annexion, qui lésait Henri de ses droits en portant le dernier coup au royaume d'Arles ; c'était le futur empereur, Henri de Luxembourg. On eût pu croire que telle était son intention quand il se rendait à Lausanne ; mais depuis deux ans il avait quitté la Suisse pour aller à la conquête de l'Italie, où l'appelaient les vœux empressés des Gibelins et son propre désir de reconstituer l'empire, tel qu'il avait autrefois existé, en recevant à Rome l'onction et la couronne impériales. Avant son départ, il avait acquis pour son fils Jean le trône de Bohème, dont il évinçait le duc de Carinthie par le mariage de ce même Jean avec la fille du dernier roi Wenceslas. il avait entièrement pacifié l'Allemagne, des Alpes à la mer du Nord, et la laissait à la garde du Jeune monarque. Il avait enfin, au moment d'entrer dans la Péninsule italique, réitéré ses protestations de complète obéissance et de dévouement absolu envers le Saint-Siège. Le Pape, de son côté, le recommandait vivement à son légat Arnaud de Pellegrue, aux principales cités lombardes, aux seigneurs séculiers, aux dignitaires ecclésiastiques. En 1310, Henri franchissait les montagnes et descendait à Turin, sans rencontrer la plus légère résistance. Peu de jours après il était à Milan, accueilli par l'enthousiasme irréfléchi des grands et du peuple. Il voyait se réaliser la promesse que Gui della Torre, podestat actuel de cette ville, lui faisait au début, de le mener à travers toute la Lombardie, le faucon sur le poing. C'était trop dire ; plusieurs cités, dont les remparts, les monuments et les campagnes conservaient l'empreinte des derniers empereurs, se préparaient à la résistance, avaient résolu de garder intacte leur liberté. Alexandrie et Bologne étaient au premier rang. Robert de Naples tenait dans celle-là une imposante garnison ; l'autre prétendait rester dans le domaine de l'Église, et s'entourait de fortifications pour échapper à la domination de l'étranger. Gui della Torre lui-même ouvrait un peu tard les yeux et ne dissimulait plus ses patriotiques défiances. Le légat Arnaud, ayant décliné la charge d'introduire le César allemand dans sa légation apostolique et militante, avait repris le chemin d'Avignon. Le cardinal Thomas, du titre de Sainte-Sabine, nommé pour le remplacer, mourait avant d'arriver à destination. Celui de Sainte-Marie, son successeur, disparaît à nos yeux dans les troubles et les dissensions qui commencent.
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:44 am

Page 210

30. Malgré la faveur que le Pape témoigne au roi des Romains, il écoute les conseils de la prudence et donne au roi Robert le rectorat de l’Emilie, de la Romaniole et des comtés environnants. Ferrare envoie des orateurs au Souverain Pontife, dans le but de renouveler sa soumission et de resserrer les liens qui la rattachent à l'Église Romaine. Ces liens datent de loin ; ils remontent à Charlemagne constituant, après sa victoire sur Didier, le patrimoine de Saint-Pierre, est-il dit dans la lettre d'envoi ; ils sont désormais rivés par la reconnaissance, après l'éclatante défaite des Vénitiens. Bravant ces menaces, Henri de Luxembourg, dans la fête de l'Epiphanie 1311, reçoit à Milan, avec une pompe insolite, la couronne de fer des anciens rois lombards ; elle est posée sur son front par l'archevêque de cette capitale. Le Teuton agit dès lors, non en souverain, mais en despote. Il a beau protester qu'il est venu pour calmer les discordes, dissiper les factions, unir les Italiens sous la protection d'un même sceptre ; il est dominé par les Gibelins, et de plus il augmente les taxes pour subvenir aux besoins de son trésor épuisé. Quand les hommes du fisc se mirent à l'œuvre la résistance éclata. Ce fut l'occasion d'une sanglante émeute, qui dura jusqu'à la nuit, mais pour recommencer dès l'aurore. Les partis se dessinaient, la lutte avait pris un caractère politique : d'un côté, les Gibelins et les Teutons ; de l'autre, les Guelfes et les Noirs. Avec le secours des armes étrangères, les premiers eurent le dessus. Les seconds, expulsés de la ville, ne trouvèrent pas même la sécurité dans celles qui leur ouvraient leurs portes. La maison de Gui della Torre fut saccagée, puis détruite. Les Visconti restèrent maîtres de Milan, cette seconde Rome, lorsque le futur empereur s'en éloigna. Il se porta sur Gênes, dont il prit possession, tandis que ses lieutenants soumettaient Crémone, Trévise, Padoue, de gré ou de force. La guerre était déchaînée, les anciennes discordes allaient sévir dans toute la Péninsule. Le prétendu pacificateur avait changé de rôle et n'était plus qu'un chef de parti. A Gènes il reçut une ambassade du roi napolitain, qui le rappelait à de meilleures pensées, en lui proposant une alliance politique et matrimoniale. Henri de Luxembourg repoussa la proposition, dans l'enivrement de sa fortune.
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Message  Catherine Dim 12 Déc 2010, 11:45 am

Page 211

31. Robert désirait la paix ; mais ce n'était nullement par la crainte de la guerre. Il jeta soudain dans l'Etrurie une armée commandée par le prince Jean son frère, que soutenaient les Florentins, et lui-même s'empara de Rome. Les chemins semblaient fermés à l'Allemand. Une flotte le porta de Gênes à Pise. Côtoyant ensuite la mer, il parvint à gagner Viterbe ; mais, lorsqu'il poussa plus loin il réussit néanmoins à pénétrer dans l'enceinte de Rome sur la rive gauche du Tibre, et son étendard fut arboré sur le palais de Latran qui sortait à peine de ses ruines. Pour procéder au couronnement, il eût fallu posséder la basilique du prince des Apôtres. C'était le lieu consacré par la tradition, l'empire ne semblait pas admettre une autre base. Des combats acharnés sont livrés dans ce but, mais en pure perte : le roi Robert ne se laisse pas entamer. Les cardinaux délégués par le Pape, Nicolas d’Ostie, Léonard d’Albano, Arnaud de Sabine, et deux autres moins connus, entendaient que la cérémonie se fît à Saint-Pierre, non ailleurs. Sur une nouvelle décision du Souverain Pontife, elle eut lieu le 29 juin 1312 à Saint-Jean de Latran. Henri VII n'était pas plutôt sacré que, marchant sur les traces des empereurs franconiens et souabes, il démasqua toute son ambition. Nous n'avons pas à refaire cette page d'histoire, qui semblerait une copie. Contraint à s'éloigner de Rome, il reporta ses fureurs sur l'Etrurie et les états même de l'Eglise. Il ne cacha pas le dessein d'envahir le royaume de Naples, pour l'annexer à l'empire avec toute l'Italie. Robert y pourvoira. Pendant une année entière, le nouveau Frédéric II, anathématisé comme l'autre, dépensa plus d'activité, de courage et de talents qu'il n'en eût fallu pour le bonheur de sa patrie. Au mois d'août 1313 il était arrêté par la mort, loin de sa mission réelle et de ses premiers états, dans une obscure bourgade italienne. Le bruit courut, sans obtenir créance, qu'il était mort empoisonné. Les cruelles déceptions et les stériles fatigues, peut-être aussi les remords, furent son unique poison. L'année suivante, 1314, les électeurs germaniques, divisés entre eux comme toujours, après quelques tentatives de conciliation, lui donnaient deux successeurs au lieu d'un : Louis de Bavière et Frédéric le Beau, fils d'Albert Ier d'Autriche. Dans la guerre qui suivra la double élection, c'est à Louis que restera la victoire.
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