MONSIEUR VINCENT CHEZ LES TURCS

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Message  Diane + R.I.P Sam 28 Mar 2009 - 9:13

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En présence de telles visions et de tels souvenirs, le coeur de monsieur Vincent s’émeut. Il n’a jamais pensé à cela dans ses paisibles leçons de Buzet ! Il était vraiment nécessaire qu’il vécût cette invraisemblable aventure pour qu’il entendît cette grande plainte, qui continue à jaillir de la famille humaine, toujours misérable et toujours torturée.

Car ce dont il se rend compte maintenant est tout particulièrement odieux à un prêtre du Christ : il ne s’agit pas seulement ici d’une épreuve, infiniment plus dure que les autres, mais se rattachant quand même à la grande épreuve de la vie, pour aboutir enfin, par la voie royale de la souffrance, à l’éternelle lumière. La barbarie des Turcs, et même de ceux qui se disaient chrétiens, avait décrété la damnation, dès cette existence terrestre, pour un innombrable troupeau.

Alors, tout inculpé semblait vite un coupable, un membre néfaste au corps social : il fallait se hâter de l’extirper, de le jeter au plus vite dans les ténèbres extérieures.... Cependant ne serait-il pas plus sage d’essayer de l’amender, de le corriger, de le rendre meilleur, ou, en dernière hypothèse, moins mauvais ? Car, enfin, les temps de l’âge de crainte sont passés, et une société ne peut prospérer en paix, si elle s’appuie uniquement sur la terreur.

– Je sais bien, se disait monsieur Vincent, il y a aussi la justice. Oeil pour oeil, dent pour dent. Ainsi raisonnaient nos anciens. Ainsi agissent les musulmans. Mais Notre-Seigneur Jésus-Christ est venu nous rappeler que la justice ne peut pas étouffer la miséricorde. N’est-ce pas affreux de songer que pour des milliers et des milliers d’hommes, faibles et pécheurs comme nous tous, s’ouvre de par la loi, dès cette vie, le gouffre éternel ?

N’y a-t-il pas apparence, en effet, que ces pauvres gens, abandonnés, sans secours d’aucune sorte, à ce que l’on peut rencontrer de plus détestable sur sa route, ne fassent presque forcément l’apprentissage de la damnation ? Ne faudrait-il pas, non seulement les mettre hors d’état de nuire et les châtier équitablement, mais aussi leur apprendre, à côté de la laideur du vice, la douceur de la vertu, la beauté du repentir ? Refaire leur éducation morale, au lieu de se contenter de flageller leur chair ? Essayer de retrouver en eux des membres du corps social, au lieu de les laisser peu à peu rouler jusqu’à l’échafaud ?






À suivre..

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Message  Diane + R.I.P Sam 28 Mar 2009 - 17:25

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...Ainsi toutes les initiatives, d’essence naturellement chrétienne, qui, peu à peu, très lentement, travaillent à modifier et à épurer les lois et les procédures criminelles, bouillonnaient mystérieusement à cette époque dans l’esprit et le cœur d’un jeune prêtre gascon, esclave des Barbaresques : patronage des libérés, surveillance et visite des forçats, rééducation des criminels, assistance par le travail. Quand on aura voté des lois nouvelles, assaini les prisons, ramené un peu de ciel dans la géhenne pénale, travaillé pour la dignité humaine, les législateurs et les sociologues, les magistrats et les chefs d’État, s’ils jettent un regard sur les chemins parcourus, verront, au bout de toutes les perspectives, le bon sourire, céleste et rustique, de saint Vincent de Paul.

*
* *

Pour le moment, quand il reculait d’effroi devant les bagnes de Tunis, ses idées, évidemment, s’agitaient confusément dans sa tête : tantôt il rêvait d’une croisade qui jetterait des missionnaires dans ces prisons pour les purifier et les sanctifier ; tantôt il imaginait des montagnes d’or, qui lui permettraient de racheter en masse tous les captifs.

En attendant, il avait beau attiser le feu des fourneaux de son maître, la pierre philosophale ne se révélait pas, et les richesses escomptées ne ruisselaient pas au fond des cucurbites.

Le vieux Maure penchait vers son déclin. Il le sentait, et aussi redoublait-il d’efforts pour séduire son esclave et l’emmener avec lui, comme une conquête de l’Islam, au Commandeur des Croyants. Vincent résistait toujours. Alors, le « médecin spagirique » décida de répondre aux flatteuses invites du Sultan, et de s’embarquer seul pour Stamboul.





À suivre..

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Message  Diane + R.I.P Dim 29 Mar 2009 - 17:23

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Son jeune disciple demeura dans la sombre maison, où ce bon vieillard l’avait hébergé durant tout l’hiver et le printemps. Il resta sous la surveillance et les ordres du neveu de l’alchimiste, « vrai anthropomorphite », nous dit-il. Et il attendit les évènements avec la confiance de celui qui sait bien que rien n’arrive qu’avec la permission de Dieu.

Les jours paisibles, où il avait pu réfléchir et méditer à son aise, tiraient néanmoins vers leur fin. Au bout de quelques jours, une nouvelle assez étrange fut apportée par des galiotes turques, qui ralliaient la Goulette : l’alchimiste, brusquement tiré de son obscur laboratoire et exposé aux souffles rudes du large, n’avait pu supporter, dans son organisme épuisé, une aussi forte secousse ; dès les premiers jours de la traversée, il se sentit gravement atteint.

Était-ce le chagrin d’avoir quitté sa vie paisible d’études et de recherches dans le dédale ignoré de Tunis ? Était-ce l’émotion de comparaître devant Sa Hautesse Achmet Ier ? Bref, il ne tarda pas à rendre le dernier soupir. On avait dû l’immerger avant de pénétrer dans la Corne d’Or.

Que ferait son héritier ? Il se souciait peu de continuer ses travaux, et n’appréciait que médiocrement notre jeune abbé. De plus, il cherchait à s’en défaire le plus avantageusement possible, car il craignait de le voir libérer sans indemnité.






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Message  Diane + R.I.P Lun 30 Mar 2009 - 17:30

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Ce que Vincent de Paul ignorait, en effet, c’est que, dès avant sa capture, le roi Henri avait obtenu du Sultan un traité qui aurait dû le sauver. Le 20 mai 1604, les signatures avaient été apposées à un pacte solennel, par lequel notre ambassadeur à Constantinople, M. François Savary de Brèves, était autorisé à venir à Tunis pour libérer les esclaves français et chrétiens, faire rendre les prises des corsaires, abolir le droit de visite. Voilà pourquoi, à leur arrivée, cachait-on jalousement la véritable nationalité des navires pris sur les côtes de Languedoc et de Provence ; il avait fallu la naïveté du savant Sarrazin pour prendre notre Gascon à son service ; et le neveu, très inquiet, ne cherchait qu’à s’en débarrasser et à le faire sortir de Tunis avant l’arrivée imminente du plénipotentiaire !

Celui-ci arriva, le 17 juin 1606, et s’efforça de remplir sa mission.

On devine à quels obstacles il devait se heurter, de la part des Turcs, les plus fourbes des hommes. Au cours d’une semaine de pénibles négociations, au milieu d’un labyrinthe de menteries, de menaces, d’incidents diplomatiques, de bassesses et de violences, il parvint tout juste à libérer soixante-douze esclaves qu’il embarqua sur son vaisseau.
Monsieur Vincent ne se trouvait pas avec eux.



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Message  Diane + R.I.P Mar 31 Mar 2009 - 17:38

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CHAPITRE V

LE RENÉGAT




Non, monsieur Vincent n’avait pas été délivré par l’ambassadeur d’Henri IV. Déjà, en cette fin de juin, il n’était plus à Tunis ; son habile propriétaire, afin de se mettre à l’abri de toute visite et de toute enquête, avait trouvé le moyen de le vendre à un des rares colons terriens, qui habitaient sur les premières pentes des montagnes du Kef, au sud-ouest de la ville.

La Providence, pour préparer notre saint à son immense apostolat, le transportait ainsi sur un terrain tout différent de ceux sur lesquels il avait déjà vécu depuis son arrivée en Afrique.

Depuis la domination arabe, et surtout depuis l’occupation turque, l’admirable et la fertile terre de Tunisie se trouvait à peu près entièrement délaissée. Cependant, si, vers l’intérieur, au delà du Djérid, vers Gadamès, elle ne montrait plus qu’un sol uni et dur, des collines rocailleuses recélant du sel gemme, des sables mobiles ;

si elle se continuait par un véritable désert, coupé de rares oasis, par de grandes plaines basaltiques, hérissées d’amas de roches, de pétrifications et de troncs d’arbres carbonisés, elle gardait encore des côtes extrêmement fertiles, des plaines étalées jusqu’au mont Zaghouan, où croissaient librement l’olivier, le caroubier, le figuier, le dattier, tous les arbres des chaudes latitudes, et où le moindre effort méthodique de culture pouvait faire prospérer le tabac, la garance, le coton, le raisin, le melon et la pastèque.

Mais rien n’éloigne plus les peuples du travail agricole qu’un mauvais gouvernement. Affectés naturellement de la plus incroyable paresse, les Maures n’avaient même pas songé à réagir contre elle. À quoi bon faire péniblement lever des moissons, toujours à la merci d’une razzia féroce ? À quoi bon s’efforcer d’édifier une maison des champs, d’organiser un domaine, que, demain, pilleront et saccageront les janissaires de l’odjak ?

Cela, c’est l’histoire de tous les pays qu’a ruinés la domination musulmane. Le Croyant combat et prie ; et l’infidèle, traqué et pressuré, doit lui fournir tout ce dont il a besoin. Seulement, il arrive un moment où celui-ci, las d’être dépouillé du fruit de son labeur, abandonne la terre et la maison, et poussant devant lui sa famille et ses troupeaux, adopte l’existence nomade. Ainsi, par une implacable régression, se refont les déserts.




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Message  Diane + R.I.P Mer 1 Avr 2009 - 18:37

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CHAPITRE V

LE RENÉGAT


Le propriétaire agriculteur qui avait acheté Vincent constituait donc presque une exception. À la vérité, quand on l’approchait, on se rendait compte, malgré l’habituel mimétisme, qu’il n’était ni Arabe ni Turc. Sa peau presque blanche, ses traits fins, son langage, où transparaissait l’accent mêlé de l’italien et du provençal, laissaient vite soupçonner chez lui une origine européenne. Cela expliquait qu’il eût gardé le goût un peu naïf de récolter des bananes, des oranges et des citrons, d’essayer la culture du cumin, du sumac, du henné, du tamarin, du safran, peut-être même de la canne à sucre.

Cependant, s’il avait gardé les goûts d’un paysan de chez nous, – des goûts qui, entre parenthèses, plaisaient singulièrement au paysan gascon qu’il avait acheté comme esclave – il n’en vivait pas moins à la musulmane, vêtu de laine blanche, coiffé du tarbouch, et vivant avec trois femmes achetées sur le marché. Tout cela constituait un ensemble assez bizarre que Vincent se proposait bien d’arriver, un jour où l’autre, à percer.

Pour l’instant, après sa longue séquestration dans un laboratoire d’alchimiste, son âme profondément rustique s’épanouissait en plein air. L’implacable soleil de l’été africain n’avait pas encore tout desséché. Sur les versants de la montagne, dans le ravin profond, où son maître avait caché sa demeure, il se réjouissait de se trouver à l’ombrage d’arbres pareils à ceux du Marensin, des chênes-verts, des chênes-lièges, des frênes, des ormes, et de découvrir dans la plaine, toute couverte de fenouil jaune et de jacées bleues, des groupes de peupliers tremblants, de saules inclinés et tordus, où se détachait parfois le fer de lance d’un cyprès noir.

On achevait déjà de moissonner. Un mois plus tard, notre Gascon n’eût plus rien reconnu.



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Message  Diane + R.I.P Jeu 2 Avr 2009 - 17:30

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L’Afrique, seule, s’imposerait sur le sol marneux, où le sirocco roulerait des tempêtes de sable. Les pins, les tamaris, les buissons épineux de lentisques l’éloigneraient de la patrie, un instant imaginée et reconnue. Il serait là-bas, chez les Turcs. Mais la halte avait été bonne. De même quand, à l’automne, il se verrait obligé de labourer avec un chameau pelé, auxiliaire obligé de l’Arabe, il serait heureux de soigner à l’écurie deux petites mules, parentes de celles qu’il avait croisées si souvent, venant d’Espagne, et secouant leurs grelots sur les routes de sa Gascogne landaise.

On ne peut pas dire qu’à ce moment-là il fut très malheureux. Son maître, qui n’avait rien de turc, se révélait de jour en jour plus humain. Et, peu à peu, profondément tragique, la vérité se fit jour aux yeux de l’abbé Vincent.

Ce colon tunisien, qui l’avait acheté, lui, prêtre de Jésus-Christ, comme un simple bête de somme, appartenait, lui aussi, à l’Église. Il était Niçois d’origine et se nominait Guillaume Gautier. Il avait été arraché du monastère de Cordeliers où il avait fait profession ; le couvent mis à sac, les moines emmenés en esclavage, il avait cédé à la crainte des tourments, à la tentation d’une vie libre et sensuelle... Bref, il avait abjuré sa foi, et depuis longtemps.

Savait-il quelle espèce d’homme était exactement son esclave ? Peut-être. Il pensait alors l’entraîner dans sa chute et se tranquilliser ainsi dans sa lâcheté.

Ou pense bien que Vincent, si jeune qu’il fût, se garda de s’en laisser émouvoir. Mais quelle émotion profonde s’empara de lui quand il découvrit là, sous ses yeux, offerte à sa constatation quotidienne, la plus grande plaie de l’esclavage barbaresque : l’apostasie.






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Message  Diane + R.I.P Ven 3 Avr 2009 - 18:26

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Il y avait à cette époque, en Tunisie, près de sept mille esclaves chrétiens, amenés par les rapts que nous savons. On en comptait en Alger vingt mille environ. Nous connaissons déjà leur genre de vie.

« Ces pauvres esclaves, nous dit un témoin, ne sortaient des bagnes que pour aller travailler à labourer la terre, ou à d’autres ouvrages fort pénibles, ou bien pour aller ramer sur les galères, on servir sur les autres vaisseaux qui vont en voyage, et, le plus souvent, en guerre contre les chrétiens, où ils souffrent des fatigues, des coups, des mépris et des peines insupportables. Pour l’ordinaire, ils rament et travaillent tout nus, n’ayant simplement qu’un caleçon, exposés aux cuisantes ardeurs du soleil en été et à la rigueur du froid en hiver ; et quand ils en reviennent, tout épuisés de forces et comme à demi-morts, on les remet comme des bêtes dans ces étables [les bagnes] plutôt pour y languir que pour y trouver aucun repos. »

Il ne faut pas s’étonner que, dans le prodigieux abandon moral où se trouvaient ces gens-là, bien peu eussent le courage de mourir martyrs. Un très grand nombre reniaient leur foi, comme l’atteste la fameuse légende de Jean de Gonfaron, chantée par Mistral.

Et c’étaient particulièrement ces détestables exemples qui causaient le plus de mal parmi le troupeau des esclaves. Saint Vincent de Paul lui-même n’a pas hésité à reconnaître que ce lamentable laisser-aller « décourageait les chrétiens et en faisait passer plusieurs en la religion de Mahomet, en enflant le courage aux Turcs, spectateurs de ces désordres ».





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Message  Diane + R.I.P Sam 4 Avr 2009 - 17:56

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Car, nous l’avons déjà vu, les musulmans, même les meilleurs et les plus doux, se sentaient dévorés d’une sorte d’apostolat diabolique. Ils croyaient qu’en obtenant par tous les moyens la conversion des infidèles, ils s’assureraient le paradis. Tout conspirait pour assurer, sur ces rivages abhorrés, le triomphe du Croissant et la défaite de la Croix.

C’était aux champs maintenant que Vincent, à demi nu, portait ces tristes constatations, tandis qu’il se penchait vers une terre ingrate, sous un soleil de feu. L’été sévissait déjà dans toute sa rage. Dans ce pays désert, malgré la chaleur étouffante, il lui fallait donner ses soins à de maigres arpents, où se desséchaient quelques ceps de vigne, des plantations d’orangers, de citronniers et de jujubiers. Quels efforts pour les défendre, pour tirer des puits desséchés et verser sur ces cultures l’eau des outres à trompe d’éléphant ! Parfois, entre les huttes de sorgho sauvage, au-dessus des prairies émaillées de radiées d’un blanc mat et d’ombellifères, il relevait une face ravagée par le chagrin et les soucis.

Certes, il ne se plaignait pas de sa propre destinée : paysan, fils de paysan, il avait été, dès l’enfance, accoutumé aux pénibles travaux de la glèbe. Sa peau ne craignait pas les morsures du soleil. Son échine, héréditairement, se penchait avec facilité vers la bonne terre nourricière... Son mal s’avérait d’essence religieuse et morale. Il ressentait l’effroyable torture de l’apôtre devant le fourmillement des vices et des plaies qu’il ne peut guérir.





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Message  Diane + R.I.P Dim 5 Avr 2009 - 17:05

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Gautier lui avait laissé entendre la vanité des négociations du roi de France avec la Sublime Porte. Ce serait toujours ainsi. Où Charles-Quint avait échoué, quel autre monarque réussirait-il ? Allah règne, tout-puissant. Il n’y a pas d’autre dieu qu’Allah et Mahomet est son prophète.

Mais le paysan gascon qui vit toujours en Vincent de Paul n’accepte pas si aisément de se résigner. Eh ! quoi, de pareilles apostasies continueraient à souffleter la face adorable de Jésus-Christ ? Il serait permis à des suppôts de Satan d’attirer dans leurs filets et de récolter ainsi des milliers d’âmes pour l’éternité ? Cela ne se pouvait souffrir. Si l’Europe le supportait, c’est qu’elle ignorait encore la malignité d’une pareille organisation démoniaque. Quand elle la connaîtrait, elle n’hésiterait pas à s’armer pour une nouvelle croisade.

Oui, une croisade ! Vincent y dévouerait sa vie jusqu’au dernier souffle.

Parfois, appuyé sur sa bêche, regardant là-bas vers l’horizon marin, il croyait entendre le grondement sourd d’un bombardement, et en apercevoir les épaisses fumées.

La chrétienté avait arrêté l’Islam à Lépante : elle irait plus loin, elle prendrait l’offensive. Le drapeau blanc flotterait sur les Kasbahs de Tunis et d’Alger ; il apporterait à ces mornes solitudes, la foi, la charité, le travail, la civilisation...
Mais, en attendant ces heures de Dieu, n’était-il pas urgent d’organiser, avec des missionnaires, une sorte de pénétration pacifique de ce continent ? Toujours la même pensée, obsédante, de monsieur Vincent, porter partout la lumière et le salut, surtout chez ceux-là que l’on oublie : les humbles, les forçats, les serfs, les misérables !





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Message  ROBERT. Dim 5 Avr 2009 - 17:36

.


Marie-Madeleine,

Quelle belle idée d'avoir mis ces récits au sujet de Monsieur Vincent, un pratico-pratique comme il ne s'en fait plus... Allier travail et prédication; méditation et Évangiles; contemplation et travail sacerdotal...

Tout comme d'autres comme il ne s'en fait plus...beaucoup: Le Saint Curé d'Ars, Saint Jean Bosco, Saint Vincent de Paul...

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Message  Diane + R.I.P Lun 13 Avr 2009 - 18:20

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Certes, il y avait bien des consuls français à Tunis, comme en Alger et à Tripoli : notre pauvre esclave était payé pour savoir, à n’en pas douter, quelle était leur impuissance.

Séparés de la France par cette Méditerranée, livrée aux pirates et que l’on ne pouvait presque plus traverser impunément, on venait de voir, lors du récent voyage de M. de Savary de Brèves, à quoi se réduisaient leurs renseignements et leur action. Aussi peu surveillés qu’ils se trouvaient peu soutenus, ils se bornaient à finasser avec les Turcs, afin d’amasser une fortune le plus rapidement possible et de rentrer en France.

Le jeu se révélait, d’ailleurs, périlleux et difficile. Ces agents des infidèles se trouvaient constamment exposés aux pires caprices des pachas et du divan, car si les États barbaresques vivaient essentiellement de vol et de rapine, ils ne négligeaient pas non plus la chicane et la ruse. Ainsi, par exemple, les consuls savaient-ils très bien qu’il fallait éviter à tout prix d’offrir des présents à époque fixe au bey et aux grands dignitaires. Ils étaient prémunis contre ce trait particulier du caractère turc, qui transforme en droit acquis toute libéralité trop régulière, en sorte que celui qui a reçu deux fois de suite un cadeau, dans une occasion déterminée, le considère comme dû pour toujours. Et ces précautions n’empêchaient pas les représentants de la France d’être en butte aux exigences continuelles des Barbaresques.




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Message  Diane + R.I.P Mar 14 Avr 2009 - 17:39

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« La variété des choses qui font l’objet de leurs demandes, a écrit l’un d’eux, est incroyable. Je ne parle pas des armes, des vêtements dorés, des pendules ni des bijoux : ce sont là présents d’usage ; mais ils ne craignaient pas de réclamer des bouteilles de liqueur et d’eau de la reine de Hongrie, des pommades, du sucre candi, des bougies, des confitures, des pommes, des châtaignes, des jouets d’enfant et jusqu’à des meubles d’un usage tellement intime que l’on se trouve parfois embarrassé pour transmettre cette étrange pétition. Et ce n’est pas tout : ils chicanent sur la quantité et la qualité ; ils renvoient les vêtements et en demandent d’autres, parce que la doublure ne leur a pas plu ; les caisses de fruits, parce qu’il s’en trouve quelques-uns d’avariés ; et ainsi de suite... »

Quelle influence morale pouvaient exercer des consuls réduits à ce rôle humiliant ? Inutile d’y appuyer.
Il est vrai que, d’après les traités passés entre le roi de France et le Sultan, les consuls gardaient le droit d’héberger chez eux un prêtre au moins à titre de chapelain... Mais ils n’invoquaient jamais ce privilège, par crainte de déplaire aux ombrageux et aux fanatiques seigneurs auprès desquels ils se trouvaient accrédités ! Ainsi n’y avait-il pas un prêtre sur la terre d’Afrique, sinon des renégats comme le père Gautier ou de pauvres diables, bien empêchés d’exercer leur ministère, comme notre abbé Vincent. Près de cent mille esclaves chrétiens végétaient ainsi, entièrement privés de tout secours spirituel.

En attendant que l’on brisât cette redoutable puissance de l’Islam, il n’en restait pas moins que c’est par les consulats que l’on arriverait à améliorer cette épouvantable situation. En se fondant sur la lettre des traités, peut-être parviendrait-on à faire accepter par ces agents timorés, deux ou trois ecclésiastiques à titre de chapelains. Peu à peu, on en augmenterait le nombre. Le salut ne viendrait que par là. Cet esclave, appuyé sur sa bêche, aux penchants arides du Kef, voit la marche à suivre pour apporter la lumière et la joie du Christ, au fond des bagnes, dans la coursie des galères, aussi bien chez les Turcs que chez les peuples chrétiens.

Subrepticement, on augmentera le nombre des aumôniers. Pourquoi n’irait-on pas plus loin ?





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Message  Diane + R.I.P Mer 15 Avr 2009 - 17:34

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Ces prêtres n’auront jamais assez d’autorité et de liberté pour venir en aide avec pleine efficacité à ce peuple d’esclaves ; Vincent rêve d’autre chose. Il faudrait arriver à faire acheter par de grands seigneurs, comme ceux dont il a déjà élevé les enfants, en France, à faire acheter les consulats de Tunis et d’Alger, car ces charges se vendaient alors, suivant l’usage du royaume ; on y installerait non pas des fonctionnaires quelconques, sans âme, comme la plupart d’entre eux, mais de pieux laïques, enflammés de la charité du Christ...

Le soleil va plonger rapidement derrière la montagne. L’esclave de Gautier reprend son travail, avant de regagner la demeure du maître. Cela ne l’empêche pas de poursuivre le songe fiévreux qui le hante.

Ces consulats, si on les confiait carrément à des missionnaires, en les élevant à la dignité de représentant du Roi, en les investissant, pour venir en aide aux esclaves, de tous les pouvoirs et de tous les privilèges attachés à cette charge ?

Rome peut-être élèverait des objections ; la Congrégation de la Propagande rappellerait les saints canons qui interdisent aux prêtres, et surtout aux missionnaires dans les pays infidèles, tout commerce et toute immixtion dans les affaires temporelles... Oui, mais il ne s’agissait ici ni de négoce ni de politique, seulement du service de Dieu et des vaincus de la vie ! Ce serait une oeuvre de charité et non d’intérêt, de sacrifices et non de profits, car les dépenses excéderaient de beaucoup les revenus et il n’y aurait à recueillir là, au point de vue purement humain, que des vexations, des mauvais traitements, peut-être pis. Rome ne pourrait que se rendre à de pareilles raisons...





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Message  Diane + R.I.P Jeu 16 Avr 2009 - 18:03

MONSIEUR VINCENT CHEZ LES TURCS - Page 4 Saint_Vincent_de_Paul




La nuit tombe. Vincent ramasse ses outils et s’en va. On entend au loin déjà glapir les chacals. Il faut se hâter. Il marche sur une terre féroce, où ne manquent ni les panthères, ni les tigres, voire le seigneur lion, dont la grande voix majestueuse emplit parfois l’étendue. À la grâce de Dieu ! Afrique, mystérieuse Afrique, qui commence à se révéler à lui ! Comment ne souffrirait-il pas de penser que cette terre, consacrée par le sang de tant de martyrs, par le génie de saint Augustin et la mort crucifiée de saint Louis, est aujourd’hui livrée à l’erreur la plus abjecte, fermée à Jésus-Christ ?

Quelle œuvre immense à accomplir ! Sauver les esclaves, d’abord ; refouler l’islam ; conquérir à la vérité le monde arabe et le monde noir... Mille penser roulent dans sa tête, mille penser qu’il précisera plus tard :

« L’Église, depuis cent ans, a perdu, par de nouvelles hérésies, la plupart de l’Empire et les royaumes de Suède, de Danemark, de Norvège, d’Écosse, d’Angleterre, d’Irlande, de Bohème et de Hongrie. De sorte qu’il reste l’Italie, la France, l’Espagne et la Pologne, dont cette dernière et la France sont beaucoup mêlées des hérésies des autres pays. Or, ces pertes d’églises, depuis un siècle, ne nous donnent-elles pas sujet de craindre, dans les misères présentes, que, dans cent autres années, nous ne perdions tout à fait l’Église en Europe ? Les querelles politiques et théologiques l’ont réduite comme à un petit point ; et, par un surcroît de malheur, ce qui reste semble se disposer à une division par les nouvelles opinions qui pullulent tous les jours. Que savons-nous si Dieu ne veut pas transférer la même Église chez les infidèles, lesquels gardent peut-être plus d’innocence essentielle que la plupart des chrétiens, qui n’ont rien moins à cœur que les mystères de leur religion ? »

Lorsqu’il formulera ainsi le vaste plan des missions, lorsqu’il l’exposera aux âmes d’élite groupées autour de lui, il ajoutera :

– Ce sentiment me demeure depuis longtemps.

Où l’aurait-il conçu, sinon dans cet extraordinaire voyage d’Afrique, dont nous essayons d’évoquer à nouveau les inoubliables heures ?





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Message  Diane + R.I.P Ven 17 Avr 2009 - 17:36

MONSIEUR VINCENT CHEZ LES TURCS - Page 4 Saint_Vincent_de_Paul




Un pauvre jeune prêtre captif, à peine vêtu d’un misérable caleçon de coton, peine, la peau brûlée, sur une montagne perdue de Barbarie... Quelques années après, les missionnaires débarqueront contre vents et marées : les Barbaresques les poursuivront de leur haine ; on leur crachera au visage, on leur donnera des soufflets, on essaiera de les étrangler ; puis interviendra le martyre : le P. Le Vacher sera attaché à la bouche d’un canon. Mais rien ne saurait arrêter la vérité en marche. Les conversions se multiplient. Sanguis martyrum, semen christianorum. Et Bossuet s’écriera dans une de ses incomparables Oraisons funèbres :

Tu cèderas ou tu tomberas, Alger, riche des dépouilles de la chrétienté. Tu disais en ton coeur avare : Je tiens la mer sous mes lois, et les nations sont ma proie. La légèreté de tes vaisseaux te donnait de la confiance ; mais tu te verras attaqué dans tes murailles, comme un oiseau ravisseur qu’on irait chercher parmi ses rochers, et dans son nid, où il partage son butin à ses petits. Tu rends déjà tes esclaves... Tes maisons ne sont plus qu’un amas de pierres. Dans ta brutale fureur, tu te tournes contre toi-même, et tu ne sais comment assouvir ta rage impuissante. Mais nous verrons la fin de tes brigandages. Les pilotes étonnés s’écrient par avance : Qui est semblable à Tyr ? Et toutefois elle s’est tue dans le milieu de la mer.



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Message  Diane + R.I.P Sam 18 Avr 2009 - 18:40

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En attendant, il n’y a pour imaginer tout cela qu’un jeune abbé, exténué de fatigue, qui repose sur un tas de feuilles sèches, auprès des animaux domestiques, dans la case d’un vieux renégat italien.


Ce dernier lui parle peu, sauf pour lui donner ses ordres. Sait-il même à qui il a affaire et que cet esclave, si patient et si laborieux, constitue pour lui un reproche vivant ? Non, très certainement. Mais Vincent intrigue chacun par sa douceur, sa vertu, sa piété. Il feint de ne pas voir le misérable harem, où végète l’ex-père Gautier, et qui comprend bizarrement une renégate grecque, une femme arabe et une métisse. Il prie sans ostentation mais, à ces moments-là, son visage hâlé, où frisotte une petite barbe rare, se revêt du halo de l’extase. Qu’a donc ce garçon si austère, si insensible ? Il ne ressemble à aucun autre. Bien fou serait celui qui songerait à lui faire abjurer sa foi et à l’orienter du côté de la Mecque !


...Sur le gourbi inconnu, la Providence de Dieu veille de toutes ses étoiles.



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Message  Diane + R.I.P Lun 20 Avr 2009 - 17:20

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CHAPITRE VI
LES TROIS FEMMES


Les mois s’écoulent encore. Jamais, sous ce climat embrasé et alanguissant, jamais l’abbé Vincent n’a accueilli le moindre trouble. Si quelque tentation fut venue le solliciter, ne lui aurait-il pas suffi, pour la repousser, du spectacle du honteux abaissement auquel était parvenu son maître ? Le pauvre homme avait chu comme tant d’autres, et pour descendre jusqu’où ? Sans même avoir besoin de faire intervenir la foi robuste et éclairée de son esclave, comment ne pas comparer, aux seules lueurs de la raison, la noblesse de la vie chrétienne au croupissement bestial de l’Islam ?

De ses trois femmes, la métisse, qui avait été la première en date, paraissait à peu près délaissée, et son rôle se réduisait à peu près à celui de servante ; les deux autres se disputaient encore les faveurs du maître. La Grecque, qui se souvenait de rivages plus heureux et d’une religion où l’épouse était honorée à sa vraie place, luttait avec les ressources d’une civilisation plus haute et plus pure contre les charmes jeunes de la Mauresque, achetée en troisième rang. Elle était « douée de bel esprit », a écrit Vincent lui-même. Plus indépendante que les autres, elle osa lui montrer qu’elle s’intéressait à lui.

Elle savait que Gautier n’avait rien de ces époux jaloux que prodigue la tradition maure. Il s’affirmait même à son égard d’une croissante indifférence. Quoi d’étonnant à ce qu’elle se sentît attirée vers un jeune garçon, dont elle ignorait l’exacte origine, mais qui lui rapportait un peu de son Europe natale, de ses façons et de la foi de sa jeunesse ? Avec lui, s’il y consentait, elle pourrait parler, s’évader parfois en esprit de ce pays barbaresque, où la tyrannie et le malheur l’avaient conduite, et qui sait ? trouver quelque consolation.



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