TOME I - Les Temps Néroniens ET Le 2ème Siècle - par le R. P. Dom H. LECLERCQ

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Message  Monique le Lun 20 Avr 2020, 2:05 pm

LES SAINT(ES) MARTYRS CHRÉTIENS

Recueil de pièces authentiques sur les martyrs depuis
les origines du Christianisme jusqu'au XXe siècle

TRADUITES ET PUBLIÉES Par le R. P. Dom H. LECLERCQ
Moine bénédictin de Saint-Michel de Farnborough


****************





TOME I
Les Temps Néroniens ET Le 2ème Siècle





PRÉFACE

J'éprouve une réelle satisfaction à présenter au public la troisième édition d'un livre auquel ses débuts ne faisaient pas augurer ce succès. Plusieurs personnes s'étaient montrées mécontentes d'un recueil dans lequel elles ne trouvaient presque rien de ce qu'elles comptaient, sur la foi du titre, y rencontrer. En effet, la part faite aux légendes qui sont, depuis des siècles, en possession du droit de remplacer l'histoire véritable était si réduite, les documents sincères choisis avec tant de rigueur, que le contenu du volume ne répondait pas à l'idée qu'on avait pu s'en faire à l'avance.

Cependant, le premier mouvement de surprise et d'humeur passé, le plus grand nombre ne fit pas difficulté de reconnaître l'avantage d'une méthode dont les défaillances tenaient à l'état imparfait de la critique plutôt qu'aux opinions personnelles de l'auteur. C'est bien à tort, en effet, qu'on s'imagine que les chrétiens fervents qui cherchent dans l'exemple des saints des modèles pour leur propre conduite, qu'on s'imagine, dis-je, que ces âmes très pures ne sont pas très délicates à l'égard des objets de leur admiration. Bien loin de s'accommoder des supercheries à condition que ces supercheries soient dévotes, beaucoup d'entre elles entendent ne laisser inspirer leur conduite que par des exemples certains. La critique ne saurait avoir de récompense plus choisie que d'assigner ainsi à plusieurs la règle et la limite du sacrifice. Cette considération, à elle seule, suffirait à me faire persévérer dans la voie que j'ai ouverte et où l'approbation la plus haute m'invite à ne plus m'arrêter.

Je ne me fais aucune illusion sur la portée scientifique du présent recueil. Il n'en a aucune et je le veux ainsi. Seules quelques traductions anciennes qui nous conservent des écrits dont l'original a disparu peuvent prétendre à une valeur documentaire. Les traductions que contient ce volume et ceux qui le suivent ne se trouvent pas dans ce cas. Elles n'ont d'autre but que de répondre à leur manière à l'antique sollicitude qu'inspira de tous temps à l'Église chrétienne l'instruction des fidèles. Les bons livres sont aussi efficaces pour le bien que les mauvais livres le sont pour le mal. C'est en conformité avec cette maxime que, dès les premiers temps du christianisme, des efforts furent tentés dans le but de procurer aux fidèles les connaissances qui éclairassent leur intelligence et affermissent leur volonté.

Vers la seconde moitié du IIe siècle apparaissent les traductions latines des principaux écrits de la littérature chrétienne : la version de la Bible dite Itala, celle de l'Épître du pseudo-Barnabé, celles du Pasteur d'Hermas, du Traité contre les Hérésies par saint Irénée, de l'Épître de saint Clément. Ces traductions et d'autres sans doute qui ne nous sont pas parvenues sont très habilement choisies et, dès cette époque reculée, nous présentent une sorte de « Bibliothèque théologique» dans laquelle les ouvrages fondamentaux de la théologie, de l'apologétique, de l'ascèse et de la controverse contemporaines se trouvent représentés. (1)


1. M. SCHANZ, Geschichte der römischen Literatur bis zum Gesetzgebungswerk des Kaiser Justinian, 3e partie : Die Zeit von Hadrian (117 n Ch.) bis auf Constantin (324 n. Ch.), 1896. Un chapitre spécial est consacré aux traductions : traductions bibliques et hiéronymiennes. trad. de Clément, Barnabé, Ignace, Polycarpe, Hermas, Irénée, Chronique d'Hippolyte (Liber generationis et barbarus Scaligeri), Anatolius, Didaché, Évangile de Thomas, canon de Muratori (?). Il faut ajouter à cette liste les traductions des ouvrages d'Origène.


Dernière édition par Monique le Lun 20 Avr 2020, 5:58 pm, édité 1 fois
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Message  Monique le Lun 20 Avr 2020, 2:07 pm

On pourrait, en suivant l'histoire littéraire des traductions faites au point de vue doctrinal depuis les origines de l'Église jusqu'à nos jours, écrire un livre neuf et curieux ; mais ce travail, pour être démonstratif, doit être complet ; nous ne pouvons rien faire de plus ici qu'en suggérer la pensée et en signaler l'intérêt.

Nul doute que dans la primitive Église l'enseignement donné aux fidèles ne comprît l'exposition du dogme et de la morale. Nous ne savons pas jusque dans son détail minutieux de quelle façon cet enseignement était distribué. Cependant nous savons que la charge de l'exposer aux frères était la fonction principale, peut-être même l'unique fonction, en un sens, du prêtre (2), qui, à ce titre, était regardé comme le représentant des Apôtres. (3) C'est dans le but de reconnaître le zèle déployé par le prêtre dans l'enseignement de la doctrine qu'un honoraire double lui était accordé. (4) La formule de l'ordination presbytérale ne reconnaît explicitement au prêtre que l'office d'enseigner la doctrine et d'assister l'évêque dans le gouvernement spirituel des fidèles. (1) De quels Manuels faisait-il usage pour s'acquitter de sa tâche ? Nous l'ignorons, puisque aucun écrit de ce genre ne nous a été conservé avec son titre. Toutefois, il n'y a aucune témérité à supposer que la Bible, adaptée suivant les divers pays aux tempéraments des races, devait former le fond de tout l'enseignement Si l'on compare la Didachè, l'épître de saint Clément aux Corinthiens, la lettre de saint Irénée à Florinus, aux homélies d'Origène, on pourra se rendre compte aisément de la distance qui existe entre les différentes méthodes d'utilisation et d'exposition du texte des livres saints par les vieux docteurs du christianisme à ses débuts.

Une autre source d'enseignement se trouvait dans les Actes des Martyrs. Ces pièces étaient en possession, dans plusieurs Églises, particulièrement en Afrique, d'une dignité liturgique officielle. (2) On les lisait publiquement, le jour anniversaire de la mort des martyrs, à la messe solennelle. En ces temps le martyre n'était pas comme de nos jours une exception, c'était une menace et une promesse pour tous les fidèles ; c'était le caractère essentiel du christianisme, c'est-à-dire une qualité dont toutes les autres, ou du moins beaucoup d'autres, dérivaient suivant des liaisons fixes. D'après l'enseignement des maîtres, le martyre était la perfection de la charité ; l'on s'y préparait par la réformation physique et morale de l'individu soumis à une sorte de préparation et d'ascèse, qui paraît même avoir fait l'objet d'une rédaction officielle. (1)

Dans ces conditions, le récit du combat de ceux qui avaient triomphé prenait dans la formation morale de la société chrétienne une importance considérable.

Les conditions politiques nouvelles amenées par la paix de l'Église laissèrent au martyre sa dignité éminente et surnaturelle, son attrait mystérieux et austère et sa valeur absolue. C'est que l'instrument par le moyen duquel chaque martyr a consommé son sacrifice est une parcelle de l'autel sur lequel le Christ est immolé. Chacune de ces parcelles, en venant s'ajouter à la croix de Jésus-Christ, achève de parfaire « ce qui manque à sa passion ».


2. CH. DE SMEDT, L'organisation des Églises chrétiennes jusqu'au milieu du IIIe siècle, dans la Revue des Quest. hist., Ier oct. 1888, p. 329-384; 1er oct. 1892, p. 1-37.

3. Constit. Apost., 1. II, c XXVI.

4. III., 1. II, c. XXVII

1. Constit. Apost., l. VIII, C. XIX.

2. L. DUCHESNE, Sainte Salsa, vierge et martyre à Tipasa, en Algérie, lecture faite le 2 avril 1890 à la réunion trimestrielle des cinq Académies.

1. E. LE BLANT, La préparation au martyre dans les premiers siècles de l'Église, dans les Mém. de l'Acad. des inscr., t. XXVIII, 1re part., p. 53 sq., réimprimé dans Les Persécuteurs et les Martyrs, ch. IX.


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Message  Monique le Mar 21 Avr 2020, 8:49 am

I. LES DOCUMENTS. Les lois. Commentaires des jurisconsultes. Sources littéraires. Épigraphie. Monuments figurés.


Les sources à l'aide desquelles nous pouvons reconstituer ce qui a trait au martyre à l'époque impériale sont de trois sortes : ce sont les pièces judiciaires, les ouvrages littéraires, les monuments épigraphiques et figurés. La valeur des documents compris dans ces sources diverses est bien loin d'être la même pour tous. On pourrait dire sans exagération que chaque document présente une valeur distincte. Les textes juridiques et législatifs et les pièces de greffe forment une première catégorie, la plus précieuse incontestablement et probablement la plus riche. Parmi ces textes il importe de distinguer : les lois proprement dites, qui, pour la plupart, ne peuvent être restituées aujourd'hui que d'une manière conjecturale ; les écrits des jurisconsultes, principalement de Domitius Ulpianus, qui avait rassemblé et expliqué, au livre VII de son traité De officio Proconsulis, les constitutions édictées par les empereurs contre le christianisme (1). Afin de parer aux difficultés du texte, il avait colligé les avis des Prudentes (2), qui, au dire de Gaius, servaient de fondement au droit public (3).

Le traité d'Ulpien nous a été conservé en partie sous forme de citations dans le Digeste et dans la compilation intitulée Collatio mosaicarum romanarum legum. Quand furent établies les Pandectes, la persécution légale contre les chrétiens était depuis longtemps terminée ; aussi les compilateurs ne s'embarrassèrent pas de conserver les constitutions impériales désormais abolies, et on ne saurait dire, même d'une manière approximative, l'étendue de ce qui nous manque. En ce qui concerne l'oeuvre personnelle d'Ulpien, le dommage paraît devoir être peu considérable. Les livres VIIe et VIIIe du traité De officio Proconsulis sont ceux dont le Digeste contient le plus d'extraits, et, au point de vue de la poursuite des chrétiens, ces fragments d' Ulpien nous représentent son œuvre presque complète. Il faut rappeler encore les Sententiae du jurisconsulte Paul, qui nous ont été transmises par les compilateurs de la loi romaine des Wisigoths, et ces Responsa Prudentium, c'est-à-dire les commentaires des hommes de loi, disputationes jurisperitorum, dont le sentiment précisait la jurisprudence romaine. Les constitutions, édits ou rescrits des empereurs. Outre ceux qui sont cités au Digeste, nous possédons deux recueils principaux, quoique incomplets, de ces actes impériaux : le Code Théodosien (438), qui ne contient pas les actes antérieurs à la paix de l'Église, et le Code Justinien (528-534), dont les matériaux remontent un peu au delà, niais ne présentent pas tous un égal degré de certitude. Les constitutions impériales rendues contre les chrétiens n'avaient plus alors qu'un intérêt d'érudition et d'archéologie, ce qui était, aux yeux des hommes du VIe siècle, une médiocre recommandation. On les a donc manipulées avec quelque sans-gène ou bien on les a complètement écartées.

Les œuvres littéraires contiennent un nombre relativement minime de traits historiques , sur les martyrs, et ces indications sont disséminées dans plusieurs ouvrages. Aucun écrivain de l'antiquité avant Eusèbe Pamphile sauf peut-être Hégésippe ne paraît s'être préoccupé de traiter les martyrs d'une manière historique, au point de vue de l'Église universelle. Tous se sont bornés à enregistrer les fastes des Églises particulières. Quant aux écrits où il est traité du martyre, ce sont des compositions oratoires comme celles d'Origène, de saint Cyprien et de quelques autres. Cependant, telles quelles, ces observations faites par les contemporains sont dignes d'une sérieuse attention et demanderaient d'être réunies dans un recueil spécial (1).



1. LACTANCE, Divinae institutiones, l. V, c. XI.

2. Peut-être aussi ses propres Commentaires.

3. Gaius, Comment., I. § 7 : Responsa Prudentium sunt sententiae et opiniones eorum quibus permissum est jura condere.

1. Le meilleur travail sur les persécutions est celui de M. P. ALLARD au titre général d'Histoire des persécutions, 5 vol., 1884-1890. On peut trouver plusieurs de ces textes dans RENAN, Origines du Christianisme ; voy. l'Index général au mot Martyrs, et AUBÉ, dont l'ouvrage est resté inachevé. Les livres de MM. RENAN et AUBÉ sont à l'index.


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Message  Monique le Mer 22 Avr 2020, 7:27 am

L'épigraphie ne tient pas un rôle égal en tous pays pour l'histoire du martyre. Aucune Eglise ne peut balancer à ce point de vue l'Eglise de Rome. Néanmoins les pierres funéraires des catacombes ne fournissent pas, dans le sujet qui nous occupe, un contingent de faits comparable à celui qu'elles représentent dans diverses autres parties de l'histoire de l'antiquité (1).

Les monuments figurés ne sont mentionnés que pour mémoire. Les types sont trop rares et trop divers pour supporter un essai de classement. Sauf quelques exceptions, les artistes ne représentaient guère que des symboles gracieux, des figures fraîches ; ils évitaient l'horreur du supplice. Cette pratique toutefois n'est pas un canon, de là quelques essais isolés dignes d'attention et sur lesquels nous reviendrons (1).

Ces documents le cèdent tous en importance aux « Actes des Martyrs » qui sont « la transcription exacte, ou à peu près, des procès-verbaux judiciaires dressés par les païens et vendus aux fidèles par les agents du tribunal (2) ». Par extension on a attribué ce nom à des documents rédigés dans des circonstances un peu différentes, tels que les « passions » et les « relations non officielles de témoins oculaires », l'importance de ces documents dépasse de beaucoup le domaine de l'histoire. Ils appartiennent sans doute à l'historien et à l'archéologue, mais ils appartiennent aussi au théologien, au psychologue, au physiologiste. A s'en tenir au point de vue de l'histoire, nous pourrons, à l'aide des sources qui ont été indiquées, éclairer plusieurs points demeurés obscurs. Il faudra s'en tenir à ces résultats et ne pas tenter de faire dire aux textes ce qu'ils ne disent pas. Agir autrement est le fait de l'illusion ou de la mauvaise foi. L'historien digne de ce nom ne prête pas attention aux intérêts mesquins et aux querelles tendancieuses. Les faits tout seuls comptent pour lui, c'est pourquoi il aperçoit plus vite que d'autres lacunes des documents dont il fait usage. Dans plusieurs cas l'induction employée avec une rigoureuse circonspection pourra l'autoriser à suppléer à coup sûr à l'insuffisance des textes. Mais c'est là un procédé exceptionnel, qui ne peut suffire à combler des vides fâcheux. La loyauté intellectuelle demande qu'on les signale et qu'on les respecte (1).



1. Voyez DE ROSSI, Roma sotterranea cristiana. Roma, 1864, 1867, 1877, in-folio Bullettino di archeologia cristiana (1863-1894) et le Nuovo bulletino (1895-...). Inscriptiones christianae urbis Romae, saeculo septimo antiquiores, 2 vol. (1861 et 1888) in-folio. E. LE BLANT, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, 2 vol. (1857-1864), en tenant compte des lectures de O. HIRSCHFELD dans le tome XII du Corp. inscr. lat., et Nouveau recueil des inscript. de la Gaule, 1 vol. (1892) in-4°. Voyez aussi la bibliographie d'épigraphie chrétienne, imprimés et manuscrits, dans LE BLANT, Manuel d'épigraphie chrétienne (Paris, 1869, in-12), p. 223 suiv., reproduite et mise à jour dans L'Épigraphie chrétienne en Gaule et dans l'Afrique romaine (Paris, 1890, in-8°.), p. 125 et suiv. HÜBNER, Inscr. christ. Hispaniae (Berolini, 1871, in-4°.) et le Supplementum (1900, in-4°). HÜBNER, Inscr. Britanniae christianae (Berolini, 1876, in-4°.). F. X. KRAUS, Die Christi. Inschriften des Rheinlandes (Freiburg im Br., in-4°). A. MAÏ, Inscript. christianarum pars I, dans Script. vet. nova coll. (1831), t. V, p. 1-472.  BAVET, De titulis Atticae christianis antiquissimis (Lutetiae, 1877, in-8°). F. CUMONT, Les Inscript. chrétiennes d'Asie-Mineure dans les Mélanges de l'Ecole de Rome (1895).  Enfin le Corp. inscr. latinarum, ses divers Suppléments et l'Ephemeris epigraphica ; le Corp. inscr. graec., t. IV, fasc. II, en vérifiant les tituli dispersés dans les tomes I, II et III dont KIRCHHOFF donne le relevé dans la préface an fascicule II du tome IV. Cf. la bibliographie donnée par U. CHEVALIER, Répertoire des sources historiques. Topo.- bibl. ad voc. Inscriptions et les bibliographies du Corp. inscr. latinarum. Ces indications ne sont destinées qu'à mettre à même les personnes désireuses de travailler dans cette voie de se renseigner sur quelques recueils fondamentaux dont la consultation les familiarisera avec les titres, le contenu et la valeur des sources moins compactes qui ne sauraient cependant être négligées.

1. ROSSI, Rom. sott., t. II, pl. XIX, 2 ; XX, 2 ; XXI ; Bullettino, 1875.

LE BLANT, Les pers. et les mort., ch. XXIV. — L. LEFORT, Les monuments primitifs de la peinture en Italie. GARUCCI, Storia dell arte cristiana. Voir la préface du t. III du présent Recueil.

2. EDM. LE BLANT, Les Actes des Martyrs, supplément aux « Acta sincera » de Dom Ruinart (extrait des Mémoires de l'Acad. des Inscr. et Bell.-Lettr., t. XXX, 2 partie.), Paris (1882), tirage à part, p. 16.

1. COMBEFIS, Sancti Patris nostri Asterii aliorumque orationes, p. 209.  


A SUIVRE... II. LES « ACTES DES MARTYRS » ET LEURS SOURCES. Établissement. Rédaction. Conservation. Expéditions.  Valeur judiciaire. Modes de destruction.  « Actes » et « Passions ». Notaires ecclésiastiques. Fortune des Actes. Collections d'Actes des martyrs. Martyrologes. Du dessein de ce recueil.
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Message  Monique le Jeu 23 Avr 2020, 8:05 am

II.  LES « ACTES DES MARTYRS » ET LEURS SOURCES. Établissement. Rédaction. Conservation. Expéditions.  Valeur judiciaire. Modes de destruction.  « Actes » et « Passions ». Notaires ecclésiastiques. Fortune des Actes. Collections d'Actes des martyrs. Martyrologes. Du dessein de ce recueil.

L'existence et la pureté des sources primitives sont assurées. Saint Astère, évêque d'Amasée, vit au IVe siècle une peinture sur toile sur laquelle était retracée l'histoire du martyre de sainte Euphémie. « Le juge, dit-il, est assis sur un siège élevé ; il regarde la vierge d'un œil farouche. Autour de lui sont ses doryphores et de nombreux soldats, puis des greffiers (notarii) tenant leurs tablettes et leurs styles à écrire. L'un de ces hommes, levant la main de la planchette enduite de cire, regarde fixement la chrétienne en se tournant vers elle comme pour lui enjoindre de parler plus distinctement, afin d'éviter toute erreur dans la transcription des réponses (1). » Ces greffiers faisaient partie de l'administration romaine, ainsi que nous le voyons par ce dialogue: « Pendant que Magnilien, le greffier, écrivait les réponses des chrétiens, le proconsul Gabinius lui dit : « As-tu inscrit les noms de tous ? » Magnilien répondit : « Si ta Puissance l'ordonne, je lirai mon texte. » Le proconsul Gabinius dit : « Lis-le. » Alors Magnilien, le greffier, dit et lut : « Les noms que j'ai notés sont les suivants : Maxime, Dadas et Quintilien (2). » Afin de suivre l'interrogatoire, sans rien omettre, les greffiers usaient d'une écriture sténographique appelée notes tironiennes (3). Les pièces ainsi établies étaient transcrites ultérieurement en caractères vulgaires. Elles n'entraient que sous cette dernière forme dans les archives judiciaires.

Nous connaissons plusieurs greffiers dont les transcriptions nous sont parvenues. Ce sont d'abord Néon et Eustrate, qui se convertirent à la vue des violences soutenues par les chrétiens, puis Cassien (4). Celui-ci, indigné par une sentence de mort, lança à terre son registre et son stylet. Dans les Actes du diacre Habib, martyrisé sous Licinius, à Édesse, nous voyons que les notaires écrivaient tout ce qu'ils avaient entendu à l'audience et les Sharirs de la ville (gens de police) écrivaient le reste, c'est-à-dire ce qui avait été dit en dehors du prétoire. Suivant l'usage, ils rapportaient au juge tout ce qu'ils avaient entendu, et leurs dépositions étaient rappelées dans les Actes (1). » Plusieurs pièces, d'une valeur malheureusement très médiocre, parlent des Actes écrits devant le tribunal (2) et sur l'ordre du président (3).

Les archives fonctionnaient régulièrement (4). Dès que les pièces y avaient été versées, elles étaient à l'abri de toute altération ; il n'en était pas ainsi tandis qu'elles se trouvaient entre les mains du commendataire. Un martyr nommé Victor, ébranlé par la torture et craignant d'y être appliqué de nouveau, « aborda en secret le commendataire et fit humblement appel à sa pitié, le suppliant de rayer son nom des Actes et de le délivrer; il lui offrait en récompense un petit fonds de terre qu'il possédait. Le commendataire accepta, et fit sortir Victor de prison pendant la nuit (1). »


1. Les textes cités dans cette préface ont été, pour la plupart, mis en courre dans les dissertations de M. Edmond Le Blant, qui, disséminées dans un grand nombre de revues, ont été en partie rassemblées et publiées de nouveau dans le volume intitulé : Les persécuteurs et les martyrs (1893). Dans cette préface, j'ai omis la citation des textes originaux et je me suis borné a la référence, afin d'alléger d'autant le volume. On trouvera la plupart de ces textes transcrits dans l'ouvrage que je viens de citer et dans Les Actes des Martyrs, supplément aux « Acta sincera » de Dom Ruinart, du même auteur.

1. COMBEFIS, Sancti Patris nostri Asterii aliorumque orationes, p. 209.

2. Acta SS. Maximi, Quintiliani, Dadae, § 4. (Act. SS., 13 avril, t. II, p. 974.) Voyez encore Geste collationis Carthag., dies 2, § 1, 8.

3. Voyez les travaux de CARPENTIER, TARDIF, SCHMITZ, HAVET.

4. Acta S. Speusippi, § 19, dans Acta SS., 17 janvier Martyrium Eustratii, § 6 (Seines, Vitae Sanctorum, 12 déc.). Passio S. Cassiani dans Ruinart, Acta sincera, p. 315.

1. CURETON, Ancient syriac Documents (1864), p. 72, sqq. — RUBENS DUVAL, La littér. syr. (1899), p. 127 suiv. — Ce document est donné dans le tome deuxième.

2. Acta S. Paphnutii, § 22. (Act. SS., 24 sept.) Acta S. Eupli, § 1, 2, (la version grecque) dans COTELIER, Monumenta Ecclesiae graecae, t. I, p. 193.

3. Passio S. Mariae, § 4. (BALUZE, Miscellanea, t. I, p. 27.)

4. Voyez FUSTEL. DE COULANGES, Institutions politiques de l'ancienne France, t. I. De l'Administration romaine, p. 202 (édit. JULLIAN, 1891).

1. Passio Hieronis, dans LE BLANT, Les Actes des Martyrs, p. II.


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Message  Monique le Ven 24 Avr 2020, 8:02 am

Les archives étaient dépositaires de pièces auxquelles on avait à recourir fréquemment. Tertullien renvoie ses contradicteurs aux archives de Rome (2). Pour le cas particulier du martyre, nous avons plusieurs témoignages. Eusèbe a conservé un fragment d'Apollonius qui contient ces mots : « En ce qui regarde Alexandre, il faut que la vérité soit connue; cet homme a comparu devant Aemilius Frontinus, proconsul d'Asie, non pas comme chrétien, mais pour des vols commis, alors qu'il avait déjà apostasié. Ceux qui voudront s'instruire complètement de cette affaire n'auront qu'à recourir aux archives publiques de la province d'Asie (3). » Dans la même province, Théodore, évêque d'Iconium, parle d'une pièce de cette nature établissant le martyre de saint Cyricus et de sainte Julitte, sa mère (4). Eusèbe a dû être un assidu aux archives romaines ; il leur emprunte les termes du procès-verbal de la comparution de saint Denys d'Alexandrie (5).  

En Afrique, où les archives portaient le nom d'archivum proconsulis (6), plusieurs documents incomparables nous aident à reconstituer le formulaire des Actes des martyrs. La pièce la plus voisine de l'original est connue sous le titre d' « Actes proconsulaires de saint Cyprien » ; nous savons par l'attestation d'un contemporain, le diacre Pontius, qu'elle a fait partie des archives (1). Saint Augustin écrit à l'occasion du procès de Félix d'Aptonge : « Si tu veux lire le dossier entier, adresse-toi aux archives proconsulaires (2). » Nous n'avons aucun texte pour l'Espagne. En Gaule, vers l'an 250, l'archive de Toulouse reçoit le procès de l'évêque Saturnin (3).

Les pièces mises aux archives y étaient conservées indéfiniment. Outre les témoignages cités de Tertullien, d'Apollonius, de saint Augustin et du rédacteur de la Passion de saint Saturnin, nous entendons saint Jérôme sommer Rufin de produire des Actes constatant ce qu'il dit avoir souffert pour la foi du Christ (4). Lors de la paix de l'Église, on procéda contre les « traditeurs » accusés d'avoir livré les Écritures, les noms des frères pendant les dernières persécutions. A cette occasion, on produisit les « Actes publics » qui constataient officiellement le fait (5).

L'instruction du procès des martyrs se prolongeait quelquefois pendant des mois  (6), [/size]parfois encore la cause était reprise après un premier jugement (7) ; il arriva plusieurs fois que, le magistrat devant lequel avait eu lieu la première comparution étant mort (1), le procès venant à échoir à son successeur ou à l'intérimaire, celui-ci se faisait rendre compte des affaires ouvertes. On communiquait, en pareil cas, au nouveau magistrat les procès-verbaux (2). Enfin ces actes étaient parfois transmis à une juridiction supérieure ; ce fut le cas de ceux de l'évêque Acace, dont l'interrogatoire eut le don de faire rire l'empereur Dèce et lui valut sa grâce (3). Aucun texte ne nous permet de dire si on communiquait la minute du texte ou bien une expédition. Quoi qu'il en soit, nous sommes surtout redevables à la ferveur des fidèles des copies parvenues jusqu'à nous. Ceux-ci ne reculaient devant aucun sacrifice ni aucun péril pour se procurer la transcription des actes. Ce fait nous met sur la voie d'une mesure administrative dont il ne reste pas d'autre trace. La communication des procès-verbaux des causes criminelles devait être interdite pendant les trois premiers siècles, car, sans cette réserve, il eût été inutile de recourir aux voies détournées dont plusieurs Actes nous instruisent. Divers textes nous apprennent que les Actes étaient placés régulièrement sous la garde du secrétaire (4), qui en trafiquait sans vergogne.  



1. Passio Hieronis, dans LE BLANT, Les Actes des Martyrs, p. II, d'après un ms. de la Bibi. nat, n° 1020, fol 106, Ve.

2. TERTULL., Contr. Marc., L. IV, C. VII.

3. EUSÈBE, Hist. eccl., V, 18.

4. Epist. Theodorici ep. De passione S. Quirici et Julittae. (Act. SS., t. III, juin, p.. 25.)

5. EUSÈBE, ibid., VII, 11. Voir la note de Valois.

6. AUGUST., Contr. Cresconium, I. III, C. 70.

1. Passio S. Cypriani auctore Pontio diacono, dans RUINART, Act. sinc., p. 130. Cf. P. MONCEAUX dans la Revue archéologique (1900).

2. AUGUST., Ouvr. cité, III, 70.

3. Passio S. Saturnini, ep. Tolosani, dans RUINART, p. 211.

4. Advers. Rufinum, lib. I, édit. des Bénédictins, t. I, p. 391.

5. Concile d'Arles, en 414, canon 13e. — S. AUGUST., Contra Crescon.,

6. Acta SS. Tarachi, Proli et Andronici, dans RUINART. p. 456 et suiv., Cyprien, Epist., 8, 16, 33, 35, 53 ; EUSÈBE, h. e. XI, 39.

7. Acta proconsularia S. Cypriani, § 2.

1. Voyez la Passion de sainte Perpétue, les Actes de saint Cyprien.

2. Acta S. Thyrsi, e. VI, § 31. (Acta SS., 28 janvier.) Acta S. Januarii (6 septembre) ; Passio S. Christinae (24 juillet) ; Passio S. Quirini, dans RUINART, p. 499, § 4. Voy. LE BLANT, Les Actes des Martyrs, p. 110, § 41.

3. Acta S. Acacii, § 5; Martyrium S. Myronis, § 7. (Act. SS.. 8 mai et 17 août) ; Acta S. Paphnutii, § 23 (24 septemb.) ; Acta S. Clementis Ancyrani, § 42 (22 janvier).

4. Digeste, L. 45, § 7. De jure fisci (L. XLIX, tit. XIV) ; Acta S. Canionis, § 17 (Act. SS., 22 mai).


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Message  Monique le Sam 25 Avr 2020, 7:17 am

On lit en effet au début des Actes de saint Tarachus : « Nous, Pamphile, Marcien, Lysias, Agathocle,... et tous les frères qui sont à Iconium, fidèles dans la vérité, et d'un seul coeur en Notre-Seigneur Jésus-Christ, nous avons recherché ce qui s'est accompli en Pamphylie, à l'égard des martyrs ; et comme il importait de recueillir tous les témoignages relatifs à leur confession, nous avons obtenu de transcrire ces documents, au prix de deux cents deniers, payés à Sabaste, l'un des greffiers (1).» On retrouve un fait analogue dans la vie de saint Pontius (2). Le rédacteur de la Passion du diacre Habib, à Édesse, semble ne s'être pas heurté aux mêmes difficultés : « Les notaires, dit-il, écrivaient tout ce qu'ils avaient entendu à l'audience... Moi, Théophile, qui étais païen de naissance et qui ai confessé le Christ dans la suite, je me suis empressé de prendre copie des actes de Habib, comme j'avais autrefois écrit les Actes des martyrs Gouria et Schamouna, ses compagnons (3).

Une fois en possession de ces copies, les chrétiens les reproduisirent sans changements, ou bien en firent la base de relations d'une allure plus littéraire ; tantôt on reproduisait divers fragments sans aucun changement, tantôt le procès-verbal était remanié presque entièrement. A ce point de vue, chaque document réclamerait une monographie séparée.

Les églises se servaient de procès-verbaux pour toucher les infidèles et affermir les frères. Les païens le savaient et s'efforçaient de s'opposer à cette propagande. Prudence nous apprend que des Actes furent saisis chez des fidèles et détruits (1). Mais une telle mesure était illusoire ; les perquisitions domiciliaires de la persécution de Dioclétien montrent le courage et l'adresse luttant avec succès contre ces violences administratives. Certains magistrats adoptèrent une mesure plus radicale. Dans le procès de saint Vincent, diacre de Saragosse, le gouverneur interdit de noter les débats, qui ne nous sont parvenus que par une relation rédigée d'après les souvenirs de témoins oculaires (2). Dans la Passion de saint Victor le Maure, nous lisons que « Anulinus fit saisir tous les exceptores qui se trouvaient dans le palais pour s'assurer qu'ils ne cachaient aucune note, aucun écrit. Ces hommes jurèrent par les dieux et par le salut de l'empereur qu'ils ne feraient rien de semblable ; tous les papiers furent apportés, et Anulinus les fit brûler en sa présence parles mains de l'exécuteur. L'empereur approuva fort cette mesure (3). » Le même trait se retrouve dans plusieurs autres pièces (4). Ces mesures étaient d'autant plus douloureuses aux frères qu'elles étaient irrémédiables ; et nous savons quel respect ils avaient pour les Actes, qui leur paraissaient à peine moins sacrés que le propre sang des martyrs (5).



1. Acta SS. Tarachi, Probi et Andronici ; dans RUINART, p. 422

2. Vita et Passio S. Pontii, ans BALUZE, Miscellanea, t. I, p. 33.

3. CURETON, Ancient syriac Documents, et R. DUVAL, La littérature syriaque (1899), p. 127. Cf. IGNATIUS EPHRAEM II RAHMANI, Acta sanctorum confessorum Guriae et Shamonae exarata syriaca lingua a Theophilo Edesseno anno Christi 297. Rome, 1899.

1. PRUDENCE, Peristeph. I, Hymn. SS. Hemet. et Celed., v. 75-78.

2. Passio S. Vincentii, levitae, § I, dans RUINART, p. 366.

3. Acta S. Victoris Mauri, § 6. (Acta SS., 8 mai.)

4. Passio S. Firuii et Rustici, dans MAFPEI, Instit. diplom., p. 310; Acta martyrii S. Alexandri episcopi, § 14. (Acta SS., 21 septemb. )

5 Acta S. Felicis, § I (Act. SS , 1er août) : De eius cruora una cum gestis reliquias nobiscum detulimus.


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Message  Monique le Dim 26 Avr 2020, 2:50 pm

Une autre source des Actes des Martyrs, ce sont les relations des témoins oculaires : la relation du martyre de saint Vincent de Saragosse (1), celle de sainte Perpétue. Dom Ruinart explique les légères variantes qui différencient les versions de cette dernière passion par le fait que les fidèles présents à l'interrogatoire, ou à la lecture liturgique, avaient tiré copie en leur particulier de ce qu'ils venaient d'entendre (2).

Quoi qu'il en soit, tous les documents dignes de confiance doivent être répartis en trois groupes : les Actes, les Passions et les Relations non officielles de témoins oculaires.

Le premier terme est presque sans application dans l'état actuel de nos documents si on le réserve aux seules transcriptions exactes, ou à peu près, des procès-verbaux judiciaires ; le second terme, dont les Actes proconsulaire S. Cypriani nous offrent un modèle achevé, doit s'entendre des rédactions composées par des chrétiens à l'aide de procès-verbaux, par exemple : la lettre des martyrs de Lyon ; enfin, il faut ranger dans le troisième groupe, des pièces dont nous avons dans les Passions de sainte Perpétue, des saints Saturnin et Dativus, des saints Jacques et Marien, des saints Montan et Lucius, des modèles achevés. A ce propos, on remarquera que ce procédé semblait alors très légitime, et les rédacteurs mentionnaient cette adaptation des pièces du greffe (3).

Une note du Liber pontificales appartient à notre sujet. On y lit que le pape Clément, deuxième successeur de saint Pierre, « partagea les diverses régions de Rome entre de fidèles notaires de l'Eglise, lesquels, chacun dans son quartier, devaient rechercher avec sollicitude et curiosité les Gestes des Martyrs (1). » Ensuite Antéros « fit rechercher avec soin, par les notaires, les Gestes des Martyrs et assura leur conservation, in ecclesia recondit (2). » Fabien, successeur d'Antéros, « créa sept sous-diacres qui surveillaient l'exactitude des collations faites par les sept notaires (3) ». Ces textes sont plus curieux que véridiques. Il faut observer que les Actes parvenus jusqu'à nous ne proviennent jamais de ces prétendus notaires ecclésiastiques, et aucun document contemporain ne mentionne leur existence ni leur présence, devant une institution dont il ne trouve ni les preuves dans son fonctionnement, ni la trace d'aucun individu en ayant fait partie, l'historien doit se tenir en garde et attendre, pour mettre à profit des textes trop clairs, une confirmation qui ne lui a pas été fournie (4). L'acharnement déployé contre les archives des chrétiens pendant la persécution de Dioclétien nous a privés sans doute d'un grand nombre de ces pièces.



1. Passio S. Vincentii, § I, dans RUINART, p. 366. Voy. Le BLANT, Les Pers. et les Mart., p. 5, et DUCHESNE, Le Lib. pontif., introd., p. CI, note I.

2. RUINART, Acta sinc. (édit. Paris, 1689), p. 79-81.

3. Acta SS. Saturnini, Felicis, Dativi, Ampelii et aliorum, § I, dans BALUZE, Miscellanea, t. I, p. 14; Acta S. Cantii, § I (Act. SS., 31 mai). Acta S. Dorotheae, § I, 6 février ; cf. Passio S. Saturnini, episcopi Tolosani, § 2, dans RUINART, p. 120.

1. L. DUCHESNE, Le Liber pontificalis (1886, t. I, p. 123) ; FUNK, Patres apostolici, t. II, p. 30, lignes 6, 7, Cf. HINRICS, Quellenstudien zur Geschichte der römischen Märtyrer, dans le Texte und Untersuchungen N. F. IV, 3 (1901). — A. DUFOURCQ, Étude sur les Gesta martyrum romains, Paris, 1900.

2. Ibid., p. 147.

3. Ibid., p. 148.

4. L'auteur du Lib. pont. semble croire qu'à la paix de l'Église les notaires changèrent d'attributions, c'est aussi l'opinion de l'auteur du Constitutum Silvestri.


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Message  Monique le Lun 27 Avr 2020, 7:31 am

 Mais a l'Église, après la tourmente, sut pourvoir à la réfection de ses archives dévastées. Ce fut souvent à l'aide de souvenirs, de traditions orales, que l'on dut reconstituer alors nombre d'Acte et de Passions, et souvent, sans en excepter les pièces dites « sincères », ces rédactions nouvelles furent accommodées, pour le détail, à la mode du temps où elles étaient faites (1). Il arriva donc que des pièces de la plus rare valeur, les Actes de sainte Thècle, par exemple, furent coulées dans le cadre d'une composition inventée de toutes pièces, comme quelques parcelles de bon métal dans une gangue pâteuse et grossière (2).

Il en résulta, au moins dans certaines Eglises, un discrédit complet jeté sur toute cette littérature. En Afrique, un concile général des Églises africaines tenu à Hippone, en 393, constatait et autorisait l'usage de lire les Actes au jour anniversaire des martyrs (3). A Rome, au contraire, ils disparurent complètement de la liturgie et d'assez bonne heure. A la fin du VIe siècle, ils y étaient à peu près inconnus (4). A Milan, nous les retrouvons en possession d'un rang éminent, car on continua de leur emprunter les leçons de la messe De même en Gaule, à l'époque mérovingienne (1). Ces usages différents sont comme le commentaire pratique de l'opération délicate de réfection des archives primitives dans chaque Église.

L'époque des persécutions ne présente aucun cas de Passions inventées. C'est plus tard que certains auteurs du Moyen-Age se livreront à cette littérature frauduleuse qui détourne l'attention et parfois même le culte sur des personnages dont l'existence même peut être mise en doute. « Les Actes de sainte Barbe, de sainte Catherine d'Alexandrie, de saint Georges, dit un Bollandiste, fournissent le type de cette sorte de documents. » Quant aux Vies de « Barlaam et Joasaph et d'un certain Alban, dérivées. l'une de la légende indienne de Bouddha, l'autre du mythe grec d'Oedipe (2) », elles ne s'appuient que sur la légende.

Il faut se garder de condamner en bloc la littérature hagiographique, dans laquelle un critique avisé peut ressaisir des traces incontestables de récits anciens (3) ; mais ce travail doit être entrepris sur chaque document pris à part, et un recueil de la nature de celui que l'on donne ici au public ne saurait attendre les résultats lointains de ces enquêtes presque innombrables.

Le prix que l'on attachait à la possession du récit authentique du combat des martyrs (4), l'usage que l'on en faisait dans la liturgie à des offices et à des jours déterminés, imposaient l'adoption d'un classement qui dut donner la première idée des collections.



1. LE BLANT, Les A. d.M., p. 25, cité par VAN DEN GHEYN, dans le Dictionnaire de théologie catholique, fasc. 3° (1900) à l'art. Acta martyrum, col. 322.

2. Sur les Actes de sainte Thècle, voyez la bibliographie et la notice à l'Appendice.

3. HARDODIN, Conc., t. I, p. 886;MANSI, t. III, p. 924 (can. 36).

4. Voyez. DUCHESNE, ouvr. cité, t. I, introd., p. CI, et le « Décret de Gélase » dans E. PREUSCHEN, Analecta (1893), p. 147-155.

1. Voyez. le Lectionnaire gallican et MABILLON, De liturg. gallic., I, V, 7, p. 39.

2. VAN DEN GHEYN, loc. cit., avec les références sur lesquelles s'appuient ces assertions, et Anal. boll. (1902), t. XXI, p. 205.

3. Outre les travaux cités de EDM. BLANT, on trouvera des recherches dans ce sens chez P. ALLLARD, Hist. des persécutions, t. I, Examen critique de quelques Passions des martyrs, p. 164 à 175, 202 à 230, et Introd., p. VIII à XIII du t. I, et p. VIII à XXII du t. IV.

4. CYPRIEN, Lettres, surtout la 37°.


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Message  Monique le Mar 28 Avr 2020, 7:16 am

Une préoccupation analogue semble avoir inspiré la lettre de Denys sur les martyrs d'Alexandrie (1), et plus certainement Eusèbe de Césarée, qui ouvre la liste des hagiographes grecs. Eusèbe composa deux ouvrages : une Collection des anciennes passions (2) qui n'a pas été retrouvée et un abrégé sur Les Martyrs de Palestine d'après une rédaction plus étendue et portant le même titre.

Le récit des martyrs de Palestine comprenait les exécutions dont Eusèbe avait été le témoin de 303 à 310, à Césarée ; l'autre recueil était une collection de martyres antérieurs à la persécution de Dioclétien. On y racontait « en vingt et un livres les souffrances de presque tous les martyrs, les évêques et les confesseurs de la foi qui ont combattu dans les diverses provinces ; l'auteur y avait écrit en particulier tous les combats que, par la grâce du Christ leur maître, des vierges ont livrés avec un courage viril, malgré leur sexe ». En plusieurs endroits de son Histoire ecclésiastique, Eusèbe renvoie à sa Collection sur les anciens martyrs qui devait contenir, entre autres pièces, les passions de saint Polycarpe, de saint Pothin, d'Apollonius et d'autres écrits du second siècle (1). La Collection d'Eusèbe a servi à établir un document hagiographique fort précieux, le martyrologe d'Asie Mineure, qui nous est parvenu dans une traduction syriaque très abrégée, par un manuscrit daté de l'an 412 (2). Ce texte est dans un rapport évident (3) avec le Martyrologe hiéronymien qui appartient à l'histoire des collections par un lien moins tenu que les martyrologes tels que nous les lisons ordinairement avec leurs notices réduites à quelques mots.

A vrai dire, on ne connaît qu'un seul manuscrit martyrologique hiéronymien offrant des notices historiques étendues sur les martyrs (4). Les indications qui accompagnent le nom du saint sont empruntées aux actes, elles font partie de la rédaction originale. Dans son état actuel, le fragment que l'on possède comprend quinze jours ; l'on y relève quatre notices historiques (1). Ces brèves notices servaient sans doute de lecture ascétique dans les monastères. Elles expliquent le conseil donné par Cassiodore aux religieux, « de lire les passions des martyrs qui ont germé par toute la terre, et particulièrement, dans la lettre de saint Jérôme à Chromate et à Héliodore (2) », qui ne peut être que le recueil même auquel elle sert d'introduction. Ainsi la lecture visée par Cassiodore serait celle des notices empruntées aux actes des martyrs et insérées dans ce recueil (3). Peut-être aussi existait-il un livre liturgique spécial, une sorte de martyrologe-lectionnaire, au moins dans certaines églises. Adon, archevêque de Vienne (au milieu du IXe siècle), rassembla partout où il put les atteindre les actes des martyrs dont il tirait un court résumé pour l'insérer dans la compilation martyrologique qui porte son nom. Cette pratique semble nous mettre sur la trace d'un livre liturgique composé suivant la même ordonnance que le martyrologe et comprenant le texte intégral des actes dont le martyrologe ne donnait qu'un abrégé. Cette conjecture s'appuie sur un feuillet détaché d'un manuscrit du XIe siècle portant au recto le calendrier d'une église et au verso la notice qui suit : « Que celui qui s'appliquera à lire les vies ou les passions des saints dont nous avons tracé les noms à la page précédente, sache que ce n'est pas sans raison qu'on les répète ici. »



1. DENYS D'ALEX., Lettres.

2. Voyez CURETON, History of the Martyrs of Palestina (1861).EUSÈBE, Hist. ecclés., suppl. au livre VIII — B. VIOLET,Die Palästinensischen Martyrer des Eusebius von Caeserea dans les Texte und Untersuchungen, XIV, 4 (1895). — VITEAU, De Eusebii caesariensis duplici opusculo Peri ton Palaistine marturesanton (1893). — La fin perdue des Martyrs de Palestine (Compte rendu du troisième congrès international des savants catholiques, à Bruxelles, 1895). — PREUSCHEN, dans HARNACK, Geschichte der Altchristlichen Litteratur, t. I, 800-11. Anal boll., t. XVI (1897), p. 113 à 139. — VAN DEN GHEYN, article cité, col. 323.

1. EUSÈBE, Hist. ecclés., IV, 15, 47; V, préface, 2; V, 4, 3 ; V, 21, 5; COMBEFIS, Illustrium Christi martyrum triumphi (1660), p. 258.

2. Cod. add. brit. 12.150. — WRIGHT dans le Journal of Sacred Litterature, t. VIII (1865-66), p. 45 et suiv., publié de nouveau par DE ROSSI et DUCHESNE dans leur préface au Martyrologium Hieronymianum (Acta SS. (1895, p. 9 et suiv. (tirage à part. Les deux éditeurs ont publié parallèlement le syriaque et le latin, et restitué par conjecture le grec.

3. V. DE BUCK, Acta SS.Octobr., t. XII, p. 185. Voyez aussi du même auteur: Recherches sur les calendriers ecclésiastiques, p. 7; H. STEVENSON, Studi in Italiaa.1879, p. 439, 458. —DE ROSSI, Bullettino di arch. crist. (1878), p. 102. — DUCHESNE, Les sources, etc., p. 10 et suiv. —A. HARNACK, Theologische Literaturzeitung, t. XIII (1887), p. 350. — BATTIFOL, La littérature grecque (1897), p. 229 et suiv. — EGLI, Martyrien und Martyrologien aeltester Zeit. et Zeitschrift f. wiss. Theologie, t. XXXIV, p. 273-93, enfin DE ROSSI et DUCHESNE, ouvr. cité.

4. Cod. Vaticanus, 238 (olim Laureshamensis), VIII-IX s. ; voy. STEVENSON, Bull. di archeol. crist. (1882), p. 109 ; DE ROSSI et DUCHESNE, ouvr. cité, p. x-XI. — MONUMENTA ECCLESIAE LITURGICA, t. I, préface, ch. dernier, où l'on rapproche le texte des notices du cod. lauresham de la rédaction du martyrologe romain actuel.

1. De institutione divinarum litterarum, c. XXXII. Voyez DE ROSSI

DUCHESNE, ouvr. cité, p. XI.

2. Quelques vestiges en ont subsisté dans divers manuscrits ; cod. Vatic. Reg., 435 ; cod. Parisinus. Nouu. acquisitions lat., n. 1604 ; cod. Vatic. Reg., 567; cod. Bern., 288; voy. DE ROSSI-DUCHESNE, ouvr. cité, dans la notice de ces différents manuscrits.

3. DE ROSSI et DUCHESNE, ouvr. cité, p. XXII


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Message  Monique le Mer 29 Avr 2020, 7:42 am

Ici, en effet, ils occupent la place qui leur est due d'après leur rang dans le calendrier au jour de leur natale. Ailleurs, au contraire, ils sont le plus souvent entremêlés, suivant qu'ils sont pris dans des exemplaires différents, rassemblés de tous côtés. Cette indication paraît avoir son, commentaire naturel dans une formule, souvent répétée, du martyrologe hiéronymien ; par exemple : Fête de saint Plato, dont on conserve les actes (1). Cette dernière phrase paraît être un renvoi à une collection distincte, tout comme dans le Lectionnaire gallican, parmi les lectures du deuxième jour des Rogations, à none, on lit : Liber Judith  asque in finem  postea Evangelium, et le troisième jour, à none : Liber Hester usque in finem postea Evangelium (2), simples renvois à des livres transcrits séparément.

A partir du VIe siècle, les recueils hagiographiques admettent le mélange des actes des martyrs et de la vie des saints, ils cessent donc de nous appartenir ; à plus forte raison les collections de Panade, de Timothée, d'Alexandre, de Théodoret, de Cyrille de Scythopolis et de Jean Moschus, qui écrivent en grec la vie des cénobites de la Thébaïde, de la Palestine, de la Syrie, de l'Égypte.

Les Églises orientales soutiennent mieux la tradition des recueils composés exclusivement des actes des martyrs. Dans la Mésopotamie occidentale on trouve un écrit peu volumineux qui comprend des actes d'époques assez différentes (1). La rédaction des pièces ne paraît pas postérieure au Ve siècle. Dès le IVe siècle, un personnage considérable, Maruthas de Maikerpat, compose le Livre des martyrs en syriaque, dans lequel il recueille les actes des martyrs de la Perse, sous Sapor II (2). Quant aux textes syriaques sur les martyrs en dehors de la Mésopotamie et de la Palestine, ils paraissent n'avoir jamais été réunis (3). II en est de même pour les actes éthiopiens et coptes.

Dans l'Église latine, les actes composèrent de bonne heure le livre renfermant les gesta martyrum.

A l'époque suivante, depuis le IXe siècle jusqu'au XVIe, on rencontre quelques compilations comme celle du Métaphraste et celle de Jacques de Voragine dans lesquelles la science et la vérité n'ont souvent rien à voir. Au XIVe siècle, Bernard Gui consacra la troisième partie de son Sanctorale aux actes des martyrs (4) ; en Arménie, le patriarche Grégoire II, dit Veghajazer (+ 1105), c'est-à-dire l'ami des martyrs, compila et traduisit du grec et du syriaque un grand nombre d'actes.



1. Cod. Wissemb., aujourd'hui à Wolfenbüttel XI kat. Aug. Nat. Sci. Platonis, cuius gesta habentur.

2. MABILLON, De liturgia gallicane libri tres, ou bien cod. Paris. n° 9127 B. N. fol. 178 v°, et fol. 184 r.

1. CURETON, Ancient syriac Docunments, p. 41, et BEDJAN. Acta rnartyrum et sanctorum (1890). Voy. Humas Duan., La littérature syriaque, p. 121 et suiv. (1899).

2. Publiés par ASSEMANI, Acta sanctorum martyrum Orientalium et Occidentalium, t. I, Rome (1748).

3. Voy. ROBENS DUVAL, ouvr. cité, p. 157 et suiv.

4. L. DELISLE, dans Notices et extraits des manuscrits de la Bibi. Nat., t. XXVII (1879), p. 169-455. « Le Sanctoral est un grand recueil hagiographique divisé en quatre parties. La première est consacrée aux fêtes de Notre-Seigneur, aux fêtes de Notre-Dame, aux fêtes de la Croix, aux fêtes des anges, à la Toussaint, à la Commémoration des Morts et à Dédicace des églises. La deuxième partie se rapporte à saint Jean-Baptiste, aux apôtres, aux évangélistes et à quelques-uns des soixante-douze disciples. La troisième contient. les actes des martyrs. Dans la quatrième sont les vies des confesseurs et des vierges. »


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Message  Monique le Jeu 30 Avr 2020, 8:21 am

La collection des Bollandistes donna le branle à divers travaux d'hagiographie concernant les martyrs, le premier en date et le plus célèbre fut le recueil de dom Ruinart, moine bénédictin ; Acta primorum martyrum sincera et selecta (1689). Les progrès accomplis dans les sciences auxiliaires et quelques pièces récemment découvertes imposeraient plusieurs modifications à ce travail. Un demi-siècle plus tard, S. E. Assemani publiait les biographies jadis recueillies par Maruthas, dans les Acta sanctorum martyrum Orientalium et Occidentalium(1748). Les collections se succèdent assez nombreuses depuis cette époque ; les plus notables sont celles de Luchini : Atti sinceri (1777) ; de Zingerlé : Echte Akten der hh. Märtyrer des Morgenlands übersetzt (1835) ; Hoffmann : Anszüge aus syrischen Akten persischer Märtyrer (1880) Hyvernat : Les Actes des martyrs de l'Égypte (1886) ; Bedjan : Acta martyrum et sanctorum , en syriaque (1891) Amelineau: Actes des martyrs de l'Eglise Copte (1890) ; F. C. Conybeare, The Armenian Apology and Acts of Apollonius and other Monuments of early Christianily (1896) (1).

   Je ne pense pas que l'on attende de ce livre une bibliographie des travaux provoqués par les Actes des martyrs. Je signalerai simplement la littérature romanesque qui s'en est inspirée, ce sujet est traité longuement dans la préface du tome V. Corneille a mis sur la scène Polyeucte et l'épisode de Didyme et Théodore avec un art et un succès inégal, saint Genest a inspiré Rotrou, et Goethe à trouvé dans les Actes de Cyprien et Julitta le thème du docteur Faust. Alexandre Dumas père composa (1837) un drame intitulé Caligula, M. de Bornier n'a pu faire représenter L'Apôtre sur aucune scène, enfin un religieux de la Compagnie de Jésus a écrit Les Flavius. La prose est moins bien partagée que la poésie. Entre les Martyrs de Chateaubriand et Quo Vadis de Henryk Sienkiewicz se place une littérature de rapsodies très inférieures à Fabiola de Wiseman et Callista de Newman. Ce sont : Lydia, Epagathus, Cesonia, Marcia (1).

   Le reste ne vaut pas l'honneur d'être nommé.

   La présente collection est exclusivement composée des Actes authentiques des martyrs. J'ai pensé qu'un ouvrage dont le dessein premier est d'aider à l'édification des fidèles ne pouvait atteindre son but en faisant usage de moyens équivoques, tels que celui qui consisterait à reproduire, une fois de plus, les légendes qui déparent malheureusement en trop grand nombre certains recueils hagiographiques. Car, quoi qu'on fasse, de telles compositions doivent appartenir nécessairement à l'une ou à l'autre des deux catégories d'arguments : ceux qui touchent des intelligences mutilées et superficielles, et ceux qui comptent pour les esprits impartiaux. Sans doute, un grand nombre d'esprits se tiennent pour satisfaits sur de pauvres raisons : cela ne prouve pas qu'il faille leur en donner de telles, ni qu'ils soient incapables d'être touchés par des raisons solides, ni surtout que nous puissions donner à autrui des preuves qui ne nous satisfont pas nous-mêmes. C'est là, pour ceux qui enseignent, leur devoir strict de raison et de loyauté. « Le devoir de la loyauté intellectuelle s'étend  non pas seulement à ne rien dire qu'on n'estime matériellement vrai,  non pas même à ne fonder ces vérités que sur des arguments dont nous approuvions la validité formelle pour nous, mais encore à ne rien omettre pour que ces affirmations et ces preuves soient valables en soi (1). »



   1. D. GUÉRANGER commença la publication du recueil intitulé : Les Actes des Martyrs depuis l'origine de l'Eglise chrétienne jusqu'à nos temps, traduits et publiés par les RR. PP. Bénédictins de la Congrégation de France, 4 vol. in-8° (1856-1863), 2e édit. (1879). Cette compilation est restée inachevée. A ces collections il faut ajouter celles que les ordres religieux ont données des personnages martyrisés qui ont appartenu respectivement auxdits ordres. Th. BOURCHIER, De martyribus fratrum ordinis minorum S. Francisci, Ingolstadt, 1582. LEYDANUS, Historia martyrum ordinis S. Francisci. Ingolstadt, 1588. HAVENSIUS, Relatio martyrum Carthusianorum, Ruremonde, 1508. MAIGRETIUS, Martyrographia Augustiniana, Anvers, 1625. M. MANCANO, Insigne martyrii relig. de la orden de S. Domingo, Madrid, 1629. Voyez D. CARROL. Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie,1902, au mot Actes des martyrs.

   1. Voir la préface du tome V. : Les martyrs dans la littérature, de d'Aubigné à Sienkiewicz.

   1. MAURICE BLONDEL, Lettres sur les exigences de la pensée contemporaine en matière d'apologétique et sur la méthode de la philosophie dans l'étude du problème religieux, dans les Annales de philosophie chrétienne, janvier 1896, tirage à part, p. 5.


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Message  Monique le Ven 01 Mai 2020, 7:36 am

Faudra-t-il donc renverser la fragile palissade légendaire qui semble à quelques-uns une fortification historique inexpugnable? Oui, sans doute ! Quant à dire comment l'on s'y prendra, ceci n'est pas mon affaire. Quoi qu'il en soit, il faut donc résolument abandonner le système qui consiste à s'indigner plutôt qu'à réfuter, et à condamner plutôt qu'à convaincre. Seul, l'homme vulgaire ne doute de rien, parce qu'il ne se doute de rien. L'histoire des lointains passés a toujours quelque teinte mythique , les noms des personnages, les aventures de leur vie et le mystère de leur fin forment une architecture dans laquelle tout n'est pas bien solide. En histoire, il y a deux sortes de vérités, toutes deux certaines ; ce sont les vérités connues et les vérités conclues. Une collection de documents comme sont ceux qui composent le présent recueil fournit les vérités connues (1), ce sont là ces « tout petits faits bien choisis, importants, significatifs, amplement circonstanciés et minutieusement notés », qui sont « aujourd'hui la matière de toute science (2) ».

Leur réunion, la détermination de leur valeur particulière, et leur classement représentent une période empirique dont nulle science ne peut se dispenser. Dans certaines sciences récemment créées, et même dans plusieurs autres très anciennes, mais auxquelles ont été appliqués des procédés récents d'investigation, il faut se résoudre à ne pas voir se lever le jour de l'histoire conclue ou, si l'on veut, de la synthèse. Plusieurs esprits éminents surent s'y résigner, et d'autres, grâce à l'ampleur grandiose de leurs hypothèses, firent autant avancer la science par leur respectueuse probité que, sur des sujets différents, on la faisait reculer par les affirmations d'une inconcevable crédulité (3).

Il faut être de son temps et non pas d'un temps qui n'est plus ; il ne sert de rien d'opposer en toute circonstance le passé au présent , et puisque, bon gré mal gré, on vit dans le présent par la pratique, mieux vaut encore essayer de l'améliorer que de le fuir. Qu'on le veuille on non, la société à laquelle nous appartenons est celle sur laquelle nous agissons efficacement; dans quelques cas il faut ajouter les sociétés qui viendront, jamais celles qui ont précédé. Les élégies sur le bon vieux temps ne servent de rien aux âmes disparues depuis dix siècles, et ce qui importe c'est de sauver les âmes. Et comment les sauverons-nous ? En disant la vérité, toute la vérité et la vérité toute seule.



1 . J'ai dit une fois pour toutes que la collection était « exclusivement composée des Actes authentiques ». Quant aux quelques pièces de moindre autorité que l'on a rejetées en appendice, elles ne laissent pas de contenir plusieurs détails dignes de foi.

2. TAINE, De l'intelligence, préface, p. (2).

3. CLAUDE BEDNARD, Eloge de M. Magendie. « M. Magendie avait pour l'esprit de système une répulsion vraiment extraordinaire. Toutes les fois qu'on lui parlait de doctrine ou de théorie médicale, il en éprouvait instinctivement une espèce de sentiment d'horreur... M. Magendie a conservé toute sa vie cette antipathie pour le raisonnement en médecine et en physiologie... Il n'a jamais voulu entendre parler que du résultat expérimental brut et isolé, sans qu'aucune idée systématique intervint ni comme point de départ, ni comme conséquence. Chacun, me disait-il, se compare dans sa sphère à quelque chose de plus ou moins grandiose, à Archimède, à Michel-Ange, à Newton, à Galilée, à Descartes... Louis XIV se comparait au soleil. Quant à moi, je suis beaucoup plus humble, je me compare à un chiffonnier ; avec mon crochet à la main et ma hotte sur le dos, je parcours le domaine de la science et je ramasse ce que j'y trouve. » Mettons-y le correctif qu'y ajoutait Claude Bernard : « Il faut bien se garder de proscrire l'usage des idées et des hypothèses. »


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Message  Monique le Sam 02 Mai 2020, 7:24 am

Quelques-uns me blâmeront, je le crains, mais je continuerai à penser que, « parce que l'Église se compose d'un élément divin et d'un élément humain, ce dernier doit être exposé avec une grande probité, comme il est dit au livre de Job : « Dieu n'a pas besoin de nos mensonges (1). »

C'est suivant cette pensée que je me suis efforcé de faire parler les martyrs comme ils l'eussent fait, de nos jours, parmi nous. L'étrange prétention que celle qui entend estropier la langue française sous prétexte de la couleur de l'original ! Fort bien, mais outre la couleur, il y a les teintes et les simples reflets, et les sons et les timbres et la cadence des mots et peut-être jusqu'à leur parfum, cette senteur flottante du dialecte ionien et du dialecte dorien, de la langue de l'Ombrie et de celle de Smyrne. « Il n'y a pas de raison pour s'arrêter dans une telle voie, et si l'on se permet, sous prétexte de fidélité, tel idiotisme qui ne se comprend qu'à l'aide d'un commentaire, pourquoi n'en pas venir franchement à ce système de calque, où le traducteur, se bornant à superposer le mot sur le mot, s'inquiète peu que sa version soit aussi obscure souvent plus que l'original, et laisse au lecteur le soin d'y trouver un sens? La langue française est puritaine : on ne fait pas de conditions avec elle. On est libre de ne point l'écrire ; mais dès qu'on entreprend cette tâche difficile, il faut passer les mains liées sous les fourches caudines du dictionnaire autorisé et de la grammaire que l'usage a consacrée. Toute traduction est essentiellement imparfaite, puisqu'elle est le résultat d'un compromis entre deux obligations contraires, d'une part l'obligation d'être aussi littéral qu'il se peut, de l'autre l'obligation d'être français. Mais de ces deux obligations, il en est une qui n'admet pas de moyen terme, c'est la seconde. Le devoir du traducteur n'est rempli que quand il a ramené la pensée de son original à une phrase française parfaitement correcte (1). »

Des interpolations sans nombre ont failli discréditer pour toujours la littérature des Acta martyrum, elles ont compromis pour longtemps la valeur historique et la portée apologétique des miracles qui y sont rapportés. A ce point de vue, les indications contenues dans les documents liturgiques eux-mêmes ne sont pas toujours de première valeur, soumises qu'elles ont été à toutes les violences, philologiques ou historiques, par suite d'intérêts divers et du défaut de critique (1). L'histoire cependant est « assez belle pour qu'on ne s'efforce pas de l'orner. S'y appliquer, comme on le fit, à dessein ou par simplicité; y introduire des prodiges s'accomplissant pour soutenir la constance des victimes et terrifier les persécuteurs, c'est, sans en avoir conscience, s'associer au sentiment des païens qui, incapables de comprendre la puissance du courage soutenu par la foi, attribuaient la victoire des saints à des secours d'un ordre surnaturel, c'est-à-dire souvent à la magie (2) ».

On ne saurait rencontrer le Moyen-Age sur un terrain plus défavorable que celui de la transcription des textes dont il a souvent méconnu le caractère historique. Il a fallu le persévérant effort de la pléiade de savants qui, depuis quatre siècles, s'efforce de réparer tant de mal pour rendre aux Actes des martyrs une part de l'autorité que leur accordaient les premiers chrétiens.



1. LÉON,XIII, Lettre encyclique aux archevêques, évêques et au clergé de France, du 8 septembre 1899.

1. ERN. RENAN, Le livre de Job (1860), préface, p. III-IV.

1. Il suffit, pour se rendre compte de ce fait, de se rappeler les corrections faites dans les légendes des martyrs au bréviaire par les papes eux-mêmes, et récemment encore par le Pape Léon XIII, comme on peut le voir dans l'Histoire du bréviaire de Mgr Battifol et dans celle de Dom Bäumer, O. S. B.

2. LE BLANT, Les Actes des Martyrs, p. 40.


A SUIVRE... III. LE RÉGIME DES PERSÉCUTIONS.
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Message  Monique le Dim 03 Mai 2020, 6:58 am

III. LE RÉGIME DES PERSÉCUTIONS. La procédure suivie contre les chrétiens.  Les édits de persécution. — Néron.  Les rescrits de Trajan et d'Hadrien. — Apparition de la torture comme moyeu d'obtenir l'abjuration. — Les édits restrictifs du IIIe siècle. — Septime Sévère. — Dèce. — Valérien. —L'édit de Gallien. Aurélien. — Les édits de 303-304


Il a existé dans l'Empire romain un droit qui prévoyait le crime dont la profession de christianisme rendait coupable. Nous avons dit qu'Ulpien avait rassemblé et expliqué au livre VII de son traité De officio Proconsulis les constitutions impériales portées contre le christianisme. Ces actes ayant été rejetés tout entiers par ceux qui établirent le texte des Pandectes, il ne nous reste que des informations fragmentaires soutenues dans les textes anciens. Tels quels, ils peuvent nous aider à ressaisir quelques traits essentiels à cette législation.

Néron inaugura les persécutions. On a paru croire que « ses actes odieux envers les chrétiens furent des actes de férocité, et non des dispositions législatives (1) ». Plusieurs faits semblent induire le contraire. Un document contemporain dont la date exacte demeure incertaine est adressé de Rome aux fidèles du Pont, de la Galatie, de la Cappadoce, de l'Asie, de la Bithynie. Parmi les conseils qu'on donne aux Églises, on lit ces paroles :

« TRÈS CHERS, NE VOUS TROUBLEZ PAS DANS LA CALAMITÉ (littéral, l'incendie) QUI FOND SUR VOUS POUR VOUS ÉPROUVER, comme s'il vous arrivait quelque chose d'extraordinaire.

« Mais vous unissant aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin de vous réjouir et de tressaillir un jour dans la révélation de sa gloire.

« Si vous êtes insultés au nom du Christ, vous serez heureux...

« Qu'aucun de vous ne soit châtié comme homicide, ou voleur, ou malfaisant, ou comme avide du bien d'autrui.

« Mais SI L'UN DE VOUS EST CHATIÉ COMME CHRÉTIEN, qu'il ne rougisse pas ; qu'il glorifie Dieu en cette qualité. « Car le temps vient où le jugement commence par la maison de Dieu (1). »


Ce texte dispense de toute discussion. La calamité est certaine et ses effets se réalisent au moment même dans la province d'Asie. Voilà ce que l'histoire constate. Faut-il faire coïncider ces indications avec la persécution de l'an 64, ou bien faut-il les appliquer à des vexations administratives exercées à une époque antérieure contre les Juifs? Nul ne le sait; les arguments qui se tirent du ton de l'épître de saint Pierre, des expressions élimes ou symboliques qui s'y rencontrent ont une valeur subjective, rien de plus.

Un autre texte contemporain nous apprend que, par l'ordre de Néron, « des supplices furent infligés aux chrétiens, race d'hommes d'une superstition nouvelle et malfaisante (2). « Cette phrase de Suétone ne se rattache d'aucune manière à l'épisode de l'incendie de Rome; elle se lit au paragraphe 16° de la biographie de Néron, et il n'est fait mention de l'incendie qu'au paragraphe 38e. Il y a peu d'état à faire du témoignage de Méliton, d'après lequel, seuls entre tous les empereurs, Néron et Domitien « ont mis en accusation » la foi chrétienne (1). La thèse soutenue par cet évêque, de l'intolérance des seuls mauvais empereurs à l'égard du christianisme, ne permet pas de donner à son affirmation une valeur historique rigoureuse. Tertullien reprit la théorie de Méliton, mais, en la négligeant comme il convient de le faire nous ne laissons pas de rencontrer dans plusieurs de ses écrits des traces d'informations non tendancieuses cette fois. C'est ainsi qu'il nous parle de mandata (2) et d'un Institutum Neronianum (3). Nous ne savons rien de plus sur cette loi, car c'est le nom que lui donne un historien fort postérieur, Sulpice Sévère, qui écrivait en 400. Après avoir fait le récit des actes de férocité des jardins du Vatican, cet écrivain ajoute : « Tel fut le commencement des persécutions contre les chrétiens; ensuite la religion fut interdite par la loi, et, en vertu d'édits officiellement rendus, il ne fut plus permis d'être chrétien (4). » Quelque valeur que l'on accorde à ce texte tardif, il importe de rappeler qu'il paraît contenir la formule de la législation primitive contre les chrétiens (5). Cette circonstance lui mérite une sérieuse attention.



1. RENAN, Les Apôtres, p. 349.

1. I Petri, IV, 12-16.

2. SUÉTONE, Nero, § 16.

1. MÉLITON, dans Eusèbe, Hist. eccl., VI, 24

2. TERTULL., Ad Scapul.

3. TERTULL., Ad nationes, I, II.

4. SULP. SEV., Sacra historia, II, 41.

5. G. BOISSIER. Voyez plus bas.


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Message  Monique le Lun 04 Mai 2020, 6:13 am

De cet édit primitif plusieurs points peuvent être établis : Les chrétiens étaient recherchés d'office ils devaient être décapités cette dernière circonstance qui semble en contradiction avec les « flambeaux vivants » des jardins de Néron, confirme l'information de Sulpice Sévère : après ces premiers sévices la religion fut interdite par la loi, post etiam datis legibus religio vetabatur. Ce ne serait qu'après les piacula du mois d'août de l'an 64 que la loi aurait été portée.

Pendant un long espace de temps les Églises vécurent donc sous le régime promulgué par la « loi » de Néron, si, comme l'affirme Tertullien, cette constitution fut seule exceptée de l'abrogation formelle prononcée par le Sénat sur tous les actes de cet empereur. La persécution de Domitien, qui n'a laissé aucune trace juridique, s'expliquerait naturellement par le rappel de la législation toujours en vigueur. Mais cette deuxième persécution dura peu, et l'empereur calmé, la loi dut retomber dans le silence. Elle ne paraît pas avoir été abolie. Ce fut sous son régime que se produisit la dénonciation anonyme dont Pline fut saisi pendant sa légation en Bithynie. Nous voyons que le libelle est conforme à la législation néronienne ; en effet, il ne contient que des noms avec l'accusation générale d'être chrétiens. Mais la procédure sommaire suivie par Pline dans les premières informations est elle-même conforme à la loi de Néron, d'après laquelle « il ne fut plus permis d'être chrétien ».

Il semble qu'à la date de la lettre à Trajan (112), les procès contre les chrétiens passaient inaperçus, et la législation, s'il en existait une, était peu connue. Pline n'avait jamais, dit-il, assisté à l'instruction d'un procès de cette sorte ; ses bureaux paraissent n'avoir pu le renseigner, bien que « le devoir de l'officium fût de noter les précédents pour les rappeler au gouverneur et assurer le maintien des traditions dans l'administration de la justice ».

« Je ne sais ce qu'il faut punir ou rechercher, ni jusqu'à quel point il faut aller. » Ce qui suit montre la nature des incertitudes de Pline : « Par exemple, dit-il, je ne sais s'il faut distinguer les âges ou bien si, en pareille matière, il n'y a pas de différence à faire entre la plus tendre jeunesse et l'âge mûr, s'il faut pardonner au repentir ou si celui qui a été tout à fait chrétien ne doit bénéficier en rien d'avoir cessé de l'être, si c'est le nom lui-même, abstraction faite de tout crime, ou les crimes inséparables du nom que l'on punit. En attendant, voici la règle que j'ai suivie envers ceux qui m'ont été déférés comme chrétiens ; ceux qui l'ont avoué, je les ai interrogés une seconde, une troisième fois, en les menaçant du supplice ; ceux qui ont persisté, je les ai fait conduire à la mort (1). »

C'est la pure législation néronienne. Nous lisons encore : « Un libelle anonyme a été déposé, contenant beaucoup de noms. Ceux qui ont nié qu'ils eussent été chrétiens, j'ai cru devoir les faire relâcher... D'autres, nommés par le dénonciateur, ont dit qu'ils étaient chrétiens... » Sur les uns ni sur les autres on ne tente rien pour obtenir une abjuration, on se borne à imposer à tous des sacrifices aux dieux de l'Empire.



1. TERTULL., Apol., c. v.

2. TERTULL., Ad Scapul., Apol., 5.

3. TERTULL., Ad nationes, I, 7

1. PLINE, Epist., X, 98.


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Message  Monique le Mar 05 Mai 2020, 7:01 am

C'est donc une marque probable de la plus haute antiquité que la mention de condamnation pour la profession de christianisme. Nous trouvons dans une pièce célèbre entre toutes, les actes de sainte Thècle, ces paroles adressées à un accusateur de l'apôtre Paul (1) : Lege auton khristianon, kai apoleitai suntomos.

« Les archives de la métropole, fait observer M. Le Blant, n'étaient pas plus riches que celles de la Bithynie en documents sur la question posée. » « En pareille matière, répond Trajan, on ne peut établir une règle fixe pour tous les cas. » Elle n'existait donc pas et il ne la crée point. Pline a suivi les principes du droit commun, et il en est loué.

La lettre de Trajan et un texte de Tertullien qui en rapporte une disposition particulière nous permettent de placer vers l'an 112 l'abrogation de la règle néronienne prescrivant la recherche des fidèles (2). Un rescrit de l'empereur Hadrien au proconsul d'Asie, Minucius Fundanus, en 152, précisait un peu plus la situation : « Si des personnes de votre province veulent ouvertement soutenir leurs dires contre les chrétiens, et les accuser en quelque chose devant le tribunal, je ne leur défends pas de s'en tenir à des pétitions et à des clameurs. Il est en effet beaucoup plus juste, si quelqu'un se porte accusateur, que vous connaissiez des imputations. Si donc quelqu'un accuse les personnes désignées, et prouve qu'elles commettent des infractions aux lois, ordonnez même des supplices, selon la gravité du délit (1). » L'infraction à la loi consistant dans la simple profession de christianisme, on continuait donc, sauf pour le point prévu par la règle de procédure de Trajan, à vivre sous le régime néronien. Antonin le Pieux écrivit aux cités et particulièrement aux Larissiens, aux Thessaloniciens et aux Athéniens de ne pas faire d'émeutes, meden neoteridzein, au sujet des chrétiens (2). C'était une simple mesure de police.

Dans le procès de Bithynie, nous avons assisté à une procédure tout entière de droit commun. Le rescrit de Trajan inaugure une jurisprudence et Tertullien, qui nous en montre l'illogisme, témoigne du maintien de cet état de choses au début du III° siècle. Dans l'intervalle, une monstruosité légale a pris place à l'instruction. « Vous violez contre nous toutes les formes de l'instruction criminelle, dit Tertullien. Vous torturez les autres accusés pour leur arracher un aveu (3) ; les chrétiens seuls sont mis à la question pour leur faire nier ce qu'ils confessent à grands cris (4). » Nous ne savons quand ni comment s'introduisit la torture afin d'arracher l'abjuration. Nous en voyons l'emploi à Lyon, en 177 ; mais dans ce procès fameux, la torture est mise en œuvre, tantôt pour obtenir des aveux, et ceci était conforme au droit commun, tantôt pour obtenir l'abjuration, comme dans le cas de Blandine et de Ponticus, dont on interrompait la torture de temps à autre pour leur dire : Jurez. Ils refusaient et l'on recommençait à travailler leurs pauvres corps.



1. GRABE, Spicilegium SS. Patrum, t. I, p 102.

2. TRAJAN, Epist. ad Plin., Tertull., Apol., c. v.

1. S. JUSTIN, I Apol., 68.

2. MÉLITON, dans EUSÈBE, Hist. eccl., IV, 26. Sur la persécution sous Antonin, voyez la bibliographie du « Martyre de saint Polycarpe ».

3. C'est encore le cas dans la procédure de Bithynie à l'égard de deux diaconesses.

4. TERTULI., Apolog., 2.


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Message  Monique le Mer 06 Mai 2020, 7:17 am

Le règne de Marc-Aurèle semble marquer, au moins pour un temps, l'abandon de la jurisprudence de Trajan. A Lyon, nous voyons le tribun de la treizième cohorte et les magistrats de la ville faire arrêter tous ceux que la voix publique désigne comme chrétiens. L'année suivante, 178, Celse s'écrie dans son Discours véritable que l'on voit les chrétiens « traqués de toutes parts, errants, vagabonds, recherchés, parce que l'on veut en finir avec eux (1) ». Dans une étude basée sur des textes très morcelés, il faut se garder de rien conclure de trop général sur le vu de quelques faits remarquables. Les pièces les plus graves nous montrent tout ce que les causes criminelles, dans l'antiquité, recélaient d'épisodes imprévus. A Smyrne, la procédure contre Polycarpe est en partie conduite par la populace ; à Lyon, la faiblesse des magistrats autorise toutes les exigences de la foule, « alors qu'un rescrit spécial vient d'ordonner que, suivant la règle commune, les citoyens romains soient décapités, l'un de ces hommes est livré aux bêtes pour complaire à la multitude. »

L'impulsion donnée par Marc-Aurèle se continua sous le règne de Commode, son successeur. Nous possédons un monument de la procédure suivie en l'an 180. Les Actes des martyrs Scillitains, en Afrique, remettent en mémoire la forme primitive de la procédure contre les chrétiens. On leur propose le pardon à condition d'offrir un sacrifice, et, sur leur refus, ils sont condamnés pour le même délit que les martyrs de Bithynie, l’ « obstination ». L'arrêt est ainsi conçu : « Attendu que Speratus, Nartallus, Cittinus, Donata, Vestia , Secunda ont déclaré vivre à la façon des chrétiens, et, sur l'offre qui leur était faite de revenir à la manière de vivre des Romains, ont persisté dans leur obstination, nous les condamnons à périr par le glaive (1).»

Le procès d'Apollonius, à Rome, montre que l'accusation portait sur la religion seule et qu'il n'y eut pas d'autre motif à la condamnation (2). Le règne de Commode inaugura une époque nouvelle à divers points de vue. L'Etat romain sembla se prêter à quelque indulgence à l'égard des chrétiens, et peut-être ce caprice, qui donnait le repos aux Églises, procura-t-il une recrudescence de conversions (3). On a fait observer que cet accroissement de la « secte » exerça une influence capitale sur la forme des poursuites. Comment frapper de telles multitudes ?

Pline écrivait à Trajan : « Suspendant l'instruction, j'ai résolu de vous consulter. L'affaire m'a paru le mériter, surtout à cause du nombre de ceux qui sont en péril. » Pendant la persécution du pro-consul d'Asie, Arrius Antoninus, les chrétiens de toute une ville se présentèrent ensemble devant son tribunal. Quelques-uns furent mis à mort, on renvoya le reste en leur disant :  « Insensés, manquez-vous de cordes et de précipices, si vous voulez mourir (4)



1. ORIGENE, Contr. Cels., VIII, 69.

1. Acta MM. Scillitanorum, § 5.

2. Acta Apollonii, dans Analecta Bollandiana, t. XIV,1895, p. 284-294.

3. TERTULL., Apol., 18. Cf. De test. anim., I.

4. TERTULL., Ad Scapul., 5.  


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Message  Monique le Jeu 07 Mai 2020, 7:51 am

Les persécutions du IIIe siècle paraissent toutes sauf une seule — influencées par la préoccupation de faire un choix parmi les coupables. La mention de ce choix en vue « d'un exemple » abonde dans les documents authentiques et dans ceux d'une valeur moins assurée (1).

A partir de Septime Sévère, le mot de Tertullien « nomen in causa est » ne s'applique plus à la jurisprudence nouvelle. La « confessio nominis », comme on disait à la première époque, n'a plus une criminalité absolue. Cette observation est très importante pour permettre aux personnes peu familières avec la période des persécutions de prendre une idée exacte de la situation des fidèles. Plusieurs s'imaginent que partout et toujours la vie du chrétien était menacée. On se représente un régime analogue, sinon semblable de tous points, au régime de la Terreur pendant la Révolution française. La vérité est très différente. L'ordonnance de Septime Sévère (202) ne proscrit que les païens qui se feront chrétiens. Aussi les plus illustres victimes de la persécution seront des catéchumènes ou des néophytes, Perpétue, Félicité, Révocatus et leurs compagnons. Nous sommes probablement alors en présence de deux procédures : l'une, celle du rescrit de Trajan, n'a pas été abrogée, elle subsiste donc et fonctionne, bien que nous ne puissions y rapporter aucune pièce certaine ; l'autre, prescrite pour le cas d'un délit spécial : la conversion. Ainsi, à l'égard des catéchumènes et des néophytes on semble être revenu à la loi néronienne de la poursuite d'office. Le début de la Passion de sainte Perpétue semble le dire : Apprehensi sunt adolescentes catechumeni. Les complices de la conversion semblent être également décrétés de prise de corps (1).

L'extension du droit de cité romaine à tous les provinciaux sous Caracalla entraîna une légère modification dans la situation des chrétiens. L'appel à César contre les jugements des gouverneurs fut abrogé. Depuis les origines du christianisme, nous ne l'avons vu revendiquer que par saint Paul et par quelques habitants de la province de Bithynie.

L'édit de Dèce (250) n'a pas été conservé. Ce que nous savons de son application permet de le reconstituer en partie. Ce fut un édit de proscription universelle. Tous les chrétiens sans exception étaient convoqués individuellement devant une commission locale. Les moindres villages eurent la leur. A l'appel de son nom, chacun devait offrir une victime, ou au moins brûler de l'encens sur l'autel et faire une libation. Il prononçait ensuite une formule blasphématoire dans laquelle il reniait le Christ. La cérémonie se terminait par un repas idolâtrique. La commission délivrait un acte constatant ce qui s'était passé. Cette pièce se compose de deux parties. La première est une requête adressée aux « préposés aux sacrifices » de la localité par celui qui veut faire acte de soumission. Il décline ses noms, âge, lieu de naissance, signes d'identité, déclare qu'il a de tout temps offert des sacrifices et que « récemment en leur présence, conformément aux prescriptions de l'édit, il a offert l'encens, fait la libation et goûté aux victimes ». Il demande certificat de tout ceci. La commission ou l'un de ses membres appose son visa et date le certificat. Il est tout à fait probable qu'il y eut un formulaire unique pour tout l'empire (1).



1. Passio S. Pionii, § 20 ; Acta S. Cypriani, 4 ; Passio S. Philippi Heraclaei, § 4 ; Passio S. Quirini, § 4 ; — Acta S. Speusippi, § 5 ; Acta S. Clementis. § 8 ; Acta S. Callixti, § 5. (Acta SS., 13 janvier, 23 janvier,14 octobre.)

1. Passio S. Perpetuae, § 2 et 4 en ce qui regarde Saturas, le catéchiste.

1. KREBS, dans Sitzungsberichte d. K. Pr. Akademie d. Wissensch. (1893), p. 1007-1014 ; WESSELY, Kaiserliche Academied. Wissensch. in Wien (1894), p. 3-9 ; FRANCHI DE CAVALIERI, dans le Nuovo Bullettino di archeologia cristiana (1895), p. 63, 73, et Theol. Literaturzeitung (1891., t. XIX, p. 37 et 162.


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Message  Monique le Ven 08 Mai 2020, 7:26 am

La persécution dura moins de dix-huit mois. Les hostilités de Gallus et d'Émilien ne semblent avoir rien changé à la jurisprudence en vigueur. Les édits de Valérien témoignent d'un grand changement survenu. Pour la première fois l'Église est traitée en association. Le texte du premier édit (257) est perdu. Plusieurs pièces nous révèlent ses dispositions. Il ordonne de traduire en justice non les chrétiens indistinctement, mais les principaux membres du clergé, évêques, prêtres (2) et diacres (3) ; à ceux-là seuls s'appliquera la procédure que le droit commun réserve aux duces factionum (4). Les simples fidèles pourront manifester leur religion en toute liberté (5). Nous voyons les chrétiens de Carthage accompagner leur évêque saint Cyprien au tribunal et au lieu de l'exécution. Dès lors, pour être martyrisé, il fallut fournir les preuves de son rang dans la hiérarchie ecclésiastique (6).

Ces restrictions avaient le double avantage d'épargner la population et de la contenir. On lit en effet dans les Actes d'un évêque nommé Hilaire qu'il fut torturé pour servir de leçon à tous : ut ipso tormentato universi ejus corrigantur exemplo (1).

Le premier édit de Valérien inaugurait des dispositions nouvelles. Le crime de religion est maintenant secondaire, il est puni par l'exil ; au contraire, les réunions illicites sont punies par la mort ou les travaux forcés (2).

L'année suivante (258), Valérien porta un nouvel édit qui aggravait le premier. Tous les évêques, prêtres ou diacres qui refuseraient d'abjurer sur-le-champ seront mis à mort : Episcopi et presbyteri et diacones incontinenti animadvertantur ; les nobles et chevaliers convaincus de christianisme seront dépouillés de leur dignité et décapités, les femmes du même rang exilées, les chrétiens de la maison de César seront assimilés aux esclaves des ergastules, les plus misérables,de tous. Un point qui n'est pas entièrement nouveau (on en signale des exemples au temps de Dèce), mais qui se généralise avec Valérien et se trouve énoncé dans l'édit de 238, c'est la confiscation des biens.

L'édit de Gallien mit fin à la persécution. « Jusque-là, plusieurs persécutions avaient cessé de fait, sans que le droit ait été changé. On laissait vivre les chrétiens et tomber en désuétude les lois d'exception rendues contre eux, mais le christianisme demeurait une religion illicite, toujours punissable en théorie. Gallien semble avoir voulu effacer cette tache originelle. Un édit général rendit aux évêques et à leur clergé — « aux magistrats du Verbe », selon son expression — la liberté de leur ministère. Puis des rescrits, envoyés à plusieurs évêques, réglèrent les mesures d'exécution. On a conservé un de ces rescrits. Il est adressé à Denys d'Alexandrie et à ses collègues orientaux et les remet en possession des « lieux religieux » saisis par le fisc. D'autres rescrits lèvent le séquestre établi sur les cimetières et permettent aux évêques d'en recouvrer l'usage. L'importance de ces actes éclate à tous les yeux. Les chefs des Églises et leurs ministres, supprimés par Valérien, reçoivent de son fils une sorte d'investiture et comme un titre officiel (1). » Nous ne savons rien de la jurisprudence de l'édit d'Aurélien (274). La mort de l'empereur, survenue peu après, empêcha en partie son effet. Bien que tombé en désuétude, l'édit d'Aurélien n'était pas formellement abrogé, il suffisait à détruire l'effet de la reconnaissance légale par Gallien et à replacer les chrétiens sous le coup de l'ancien droit qui les proscrivait en théorie.



2. Acta proconsularia S. Cypriani.

3. Acta S. Montani, 12, 15, 20.

4. L. 16. De Appellationibus (Digest., XLIX, I).

5. Voy. Acta Cypriani, §§ 2, 5.

6. CYPRIEN, Epist.LXXXII, Successo fratri.

1. Acta S. Hilarii, § 5 (Act. SS., 16 mars). Voy. Acta S. Nestorii, § 2, 26 février.

2. Digeste, XLVII, XXII, 2; XLVIII, IV, I, 3 ; Cyprien, Epist., 77, 78, 79.

1. P. ALLARD, Le Christianisme et l'Empire romain (1897).


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Message  Monique le Sam 09 Mai 2020, 7:55 am

Cette situation était si forte au milieu du siècle, que Valérien la prit pour but principal d'une persécution nouvelle, et s'usa en vains d'efforts pour dissoudre l'association chrétienne. L'échec de sa tentative amena une seconde reconnaissance de l'Église, plus formelle encore que la première, par Gallien. De nouveau cette reconnaissance fut abrogée par l'édit de persécution d'Aurélien. L'Église retomba alors dans une situation juridique qui avait été la sienne au siècle précédent, jouissant le plus souvent d'une paix précaire, que des accusations individuelles ou même de nouvelles persécutions générales pouvaient interrompre à tout moment. Mais, au moins, l'expérience a été faite; il a été démontré que le pouvoir impérial peut s'entendre avec l'Église, et que le droit d'adorer un autre Dieu que les divinités officielles peut être accordé sans péril pour l'État. Par deux fois, l'antique législation de Rome a été mise en échec (1). »

Les violences préliminaires à l'édit de persécution ne sont pas de notre sujet. L'édit de Dioclétien fut promulgué à Nicomédie le 24 février de l'an 303. Il ne contenait pas la peine de mort, mais seulement les dispositions suivantes : Cessation des assemblées chrétiennes ;destruction des églises ; destruction des Livres sacrés ; abjuration de tous les chrétiens. Les sanctions étaient, pour les personnes d'un rang élevé, la dégradation et la mort civile ; pour les personnes libres mais d'humble condition, l'esclavage ; pour les esclaves, l'incapacité à l'affranchissement.

L'exécution de l'édit varia beaucoup suivant les provinces.

L'édit semblait ne prendre aucune mesure pour contraindre à l'abjuration. Diverses circonstances haineusement interprétées provoquèrent, dans le courant de 303, un nouvel édit prescrivant l'incarcération des membres de la hiérarchie ecclésiastique : évêques, prêtres, diacres, lecteurs, exorcistes. Un troisième édit, rendu fort peu de temps après le second, commanda de rendre à la liberté tous ceux qui sacrifieraient et de mettre à mort ceux qui refuseraient. Au commencement de l'année 304, un quatrième édit commanda en termes généraux que tous, en tous pays, dans chaque ville, offrissent publiquement des sacrifices et des libations aux idoles (1). » Ces dispositions sont fort claires, la procédure cependant nous est peu connue. De nombreux traits, peu d'accord entre eux, semblent devoir faire accorder une large part à l'initiative des magistrats. Accepta potestate, dit Lattante, pro suis moribus quisque saeviit (2). La Passion de Théodote nous montre qu'en certains lieux toutes les denrées alimentaires étaient consacrées aux idoles avant d'être mises en vente (3); ailleurs, on expose à l'entrée des marchés des statues des dieux auxquelles tous doivent sacrifier avant de faire leurs achats (1) ; même obligation aux gens qui veulent puiser à la fontaine publique (2). La dernière persécution fut un effroyable carnage présidé par l'arbitraire des magistrats que stimulaient les empereurs. L'iniquité fut sans mesure. On ne peut essayer de ramener à des règles de procédure ce qui en fut la négation. « Contraindre par tous les moyens, » tel avait été le cri de guerre de la persécution suprême ; telle fut sa constante visée.

On sait que l'ère des persécutions fut close par la victoire de Constantin au pont Milvius (29 octobre 312) et l'édit promulgué à Milan au commencement de l'an 313.



1. P. ALLARD, ouvr. cité, p. 118.

1. EUSÈBE, De mart. Palaest., 3.

2. LACTANCE, Instit. divin., l. V, c. II.

3. Passio S. Theodoti dans RUINART, p. 357.

1. Acta S. Sebastiani, § 65 (Act. SS., 20 janvier).

2. Ibid. EUSÈBE, Hist. ecclés., VIII, 2 : pase mekhane, cf. LE BLANT,
Les Persée. et les Mart., p. 176.



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Message  Monique le Dim 10 Mai 2020, 6:38 am

IV. — LA PRÉPARATION AU MARTYRE. — Statistique du régime de persécution. — L'athlète. — Préoccupation de la souffrance physique. — L'impression produite et à produire sur les païens. — Inconvénients de l'apostasie. — L'instruction orale, les manuels de préparation au martyre. — Les représentations artistiques. — La préparation physique. — L'exemple. — Les récompenses, le paradis, le jugement.

Si l'on tente de dresser la double statistique des années où l'Église fut proscrite et de celles où elle fut tolérée, on ne saurait prétendre qu'à l'exactitude d'une simple approximation. Il s'en faut que les persécutions aient sévi partout et toujours dans l'Empire avec la même intensité ; aussi pour être tout à fait concluante, cette question voudrait être longuement étudiée à l'aide de statistiques minutieuses. Cependant nous pouvons, en négligeant le détail, entre Néron et Constantin, de l'an 64 à l'an 313, sur un espace de 249 années, compter les intervalles que voici :

Au Ier siècle : 6 années de persécution, 28 années de repos ;

Au IIe siècle : 86 années de persécution, 15 années de repos;

Au III° siècle : 24 années de persécution, 76 années de repos ;

Au IVe siècle : 13 années de persécution sur 13 années écoulées.

L'Église fut donc persécutée 129 années et jouit de 120 années de repos. La répartition des périodes de persécution dans chaque siècle nous fait voir que toutes les générations ont dû connaître l'alarme du martyre ; de là à s'y préparer, il n'y avait qu'un pas. Voici comment on le franchissait.

Une des comparaisons les plus fréquentes dans les textes anciens est celle qui rapproche le martyr de l'athlète (1). Peut être l'idée venait-elle de l'apôtre saint Paul, qui s'y complaisait. Quoi qu'il en soit, elle semble avoir eu un fondement moins fragile que des symboles toujours un peu subjectifs. Le métier d'athlète exigeait une moralité de vie, des habitudes sévères, un régime rigoureux, presque austère, tout ce que nous nommons entraînement. Le martyr devra donc fortifier sa volonté par le jeûne, la mortification, la prière ; la célèbre lettre des Églises de Lyon et de Vienne est écrite presque tout entière sur ce ton (1).

Les expressions être prêt, être exercé, s'appliquent, suivant les auteurs, tantôt aux martyrs, tantôt aux chrétiens. Eux-mêmes sont pleins de ces images. « On prépare des hommes aux combats singuliers et on les y exerce, dit saint Cyprien ; l'Apôtre nous enseigne d'être prêts nous aussi et exercés (2). » Et ailleurs : « Nous sommes armés nous aussi et préparés pour le combat que nous livre l'ennemi (3). » Quelquefois aussi on empruntait la métaphore aux choses de la guerre (4). Cependant ce n'était pas sans une secrète appréhension que beaucoup envisageaient les heures d'atroce souffrance qui ouvraient le paradis. Plusieurs témoignages montrent naïvement le rang que tenait dans les âmes, même bien trempées, la préoccupation de la souffrance physique.



1. S. GREG. NAZ., Orat. XLIII. In Laud. Basilii, § 5 ; S. CHRYSOST., Laudes omnium martyrum, § 2 ; Homil. III, in Osiam, § 1 ; CONSTANT. DIACON., Laudat. omn. mart., § 8 ; A. Mai, Spicil. rom., t. X, p. 108.

1. Ceux qui faiblirent sont appelés anetoimoi kai agumnastoi.EUSÈBE, Hist. eccl., V, 1.

2. CYPRIEN, Epist. LVI. Ad Thibaritanos, § 8.

3. Epist. LIV. Ad Cornelium, De lapsis, § 1.

4. Acta S. Tarachi, § 5, dans RUINART, p. 436.


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Message  Monique le Lun 11 Mai 2020, 7:22 am

Un martyr africain, Flavien, raconte ainsi une vision : « Il me sembla que j'interrogeais notre évêque Cyprien, le premier qui eût été immolé avant nous pour le Christ. Je lui demandais si le coup de la mort causait une grande douleur. Appelé au martyre, je m'inquiétais de savoir ce que j'aurais à endurer. Il me répondit : Lorsque l'âme est toute dans le ciel, la chair qui souffre n'est plus la nôtre ; le corps reste insensible quand l'esprit est en Dieu (1). » Le fait qui contient ce texte se rapporte à l'année 259, la doctrine était bien plus ancienne. Soixante années plus tôt environ, Tertullien exprimait la même pensée dans les mêmes termes : « Les tortures, dit-il, nous trouvent insensibles lorsque l'âme est toute dans le ciel, (2)» et nous voyons que cet enseignement faisait très probablement partie de l'instruction des catéchumènes puisque sainte Félicité déclarait que dans l'amphithéâtre ce ne serait pas à elle de souffrir, mais au Seigneur, qui serait en elle pour souffrir à sa place (3). En Gaule, nous retrouvons la même doctrine ; à Lyon, il est dit que « le Christ souffrit pour Sanctus, (4) » et la lettre de cette Église nous explique qu'une source d'eau vive s'échappait du flanc de Notre-Seigneur, apportant au martyr rafraîchissement et force. On lisait à ce sujet des récits merveilleux. Un martyr racontait qu'un adolescent l'assistait pendant la torture, essuyant d'une étoffe blanche la sueur de son corps sur lequel il répandait une eau fraîche et réparatrice. Cette onction lui procurait un tel bien-être qu'il ne se vit qu'à regret détacher du chevalet (5).

Ces enseignements, ces exemples avaient une portée morale surtout. L'Église, sachant que tout nous vient du secours divin et de la volonté surnaturelle, n'avait pas négligé cependant cette partie dans la préparation au martyre. Une sorte d'esprit de corps épuré, sanctifié, raidissait les âmes. Les païens eux-mêmes admiraient cette vaillance. On croit en voir quelque chose dans une lettre de Sénèque à Lucilius, alors malade: « Qu'est-ce que cela, lui dit-il, auprès de la flamine, et du chevalet, et des lames ardentes, et des fers appliqués aux blessures à peine cicatrisées pour les renouveler et les creuser plus avant? Parmi ces douleurs, quelqu'un n'a pas gémi, c'est peu ; il n'a pas supplié, c'est peu ; il n'a pas répondu, c'est peu ; il a souri, et souri de bon coeur (1). » Celse rendait hommage à ceux qui, pour leur foi, ont su mourir (2). « Lorsque des mains cruelles torturaient les membres du saint, lorsque le bourreau lui déchirait les chairs, sans pouvoir abattre sa constance, j'ai entendu, racontait un contemporain, parler les assistants. L'un disait : C'est une grande chose et dont je me trouble fort que de voir maîtriser ainsi la douleur (3). » Le traitement fait aux apostats par les païens ne pouvait manquer d'être rappelé. Les railleries qui les poursuivaient n'étaient pas le pire des maux : à Lyon, on avait vu les apostats torturés plus cruellement que les confesseurs. Dès qu'ils eurent convenu des crimes infâmes dont on les accusait, ils tombèrent sous le droit commun et furent torturés, non plus à titre de chrétiens, mais comme s'ils eussent été les plus monstrueux des hommes (4).




1. Passio S. Montani, § 21.

2. TERTULL., Ad martyres, c. 2.

3. Passio S. Perpetuae, § 15.

4. EUSÈBE, Hist. eccl., V, 1.

5. RUFIN. Hist. eccl., L 36 a cf. THÉODORET, Hist. eccl., III, II.
M. Le Blanta a cité d'autres textes sur cette question, V. Les Actes des Martyrs, p. 99, § 38.

1. SÉNÈQUE, Epist. 78.

2. ORIGÈNE, Contr. Cels., I, p. 8.

3. Liber de laude martyrii, § 15.

4. EUSÈBE, Hist. eccl., V, 1.


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Message  Monique le Mar 12 Mai 2020, 7:46 am

La préparation au martyre semble avoir fait l'objet d'un essai de réglementation. Outre les instructions orales dont nous trouvons la trace dans ce que nous savons de la vie de saint Cyprien de Carthage (1), de saint Apollinaire d'Égypte (2), du diacre Habib à Édesse (3), il a dû exister de petits traités destinés à rappeler aux fidèles menacés les commandements et les promesses d'en haut, en même temps qu'ils les pénétraient de quelques maximes brèves et saisissantes propres à ce que l'on devait attendre d'un chrétien en ce moment.

Saint Cyprien dut composer un de ces manuels. On lit, en effet, dans la préface d'une Exhortation au martyre écrite par lui : « Au moment où la persécution et ses angoisses vont nous atteindre, où la fin du monde et la venue de l'antéchrist sont proches, tu as souhaité, mon cher Fortunat, que, pour préparer et affermir les âmes des frères, je choisisse, dans les saintes Écritures, des exhortations qui excitent au combat les soldats de Jésus-Christ. Dans la mesure de ma faiblesse qu'assistera l'Esprit d'en haut, je tirerai des paroles du Seigneur des armes destinées aux fidèles... Pour ne pas fatiguer de longs discours celui qui lira ou écoutera mes paroles, je n'ai fait ici qu'un abrégé. Des divisions, faciles à apprendre et à retenir, comprendront les préceptes divins, et je t'envoie moins un traité de ma main que des matériaux mis en ordre pour ceux-là qui voudraient écrire eux-mêmes (1)». Il est probable que l'Exhortation au martyre de saint Cyprien et un opuscule d'Origène portant un titre semblable représentent aujourd'hui cette littérature. Cinq autres traités, dont deux de Tertullien, deux de saint Cyprien et celui d'un auteur anonyme, paraissent se rapporter au même genre littéraire qui semble avoir été tout à fait spécial au christianisme naissant.

Un autre élément de préparation au martyre fut la reproduction sensible de plusieurs épisodes fameux racontés dans l'Ancien Testament. La fresque, la pierre, l'ivoire, le verre, les médailles, représentent à l'envi les trois jeunes Hébreux dans la fournaise, Daniel dans le repaire des lions (2). De cette formation morale il faut rapprocher un texte de Tertullien: « Voilà, dit-il, parlant du jeûne, comment on s'endurcit à la prison, à la faim, à la soif, aux privations et aux angoisses, voilà comment le martyr sortira du cachot, tel qu'il y est entré, n'y rencontrant point de douleurs inconnues, mais ses macérations de chaque jour, certain de vaincre dans le combat parce qu'il a tué sa chair et que sur lui les tourments ne trouveront point à mordre. Son épiderme desséché lui sera une cuirasse, les ongles de fer y glisseront comme sur une corne épaisse. Tel sera celui qui, par le jeûne, a vu souvent de près la mort et s'est déchargé de son sang, fardeau pesant et importun pour l'âme impatiente de s'échapper (3). »

On a tant parlé des exagérations de Tertullien qu'il est nécessaire d'illustrer son texte par des faits assurés et de rappeler Alcibiade à Lyon, qui ne se soutenait qu'à l'aide de pain et d'eau (1) ; Procope de Scythopolis, qui espaçait parfois d'une semaine entière les jours où il prenait sa nourriture composée de pain et d'eau (2).




1. CYPRIEN, De exhortatione martyrii, Praefatio.

2. LEFORT, Les monuments primitifs de la peinture en Italie; GARUCCI, Storia dell'arte crist. DE ROSSI. Roma sotterranea, et la collection du Bullettino di archeol. cristiana depuis 1863.

3. TERTULL., De jejunio, c. 12.

1. PONTIUS, Vita et passio S. Cypriani, § 14. Voy. S. AUGUST. Sermo CCCXII, De Sanctis.

2. RUFIN, De vitis Patrum, c. 19.

3. CURETON, Ancient syriae Documents. Voy. LE BLANT, Les Actes des Martyrs p. 233 et suiv.

1. CYPRIEN, De exhortatione martyrii, Praefatio.

2. LEFORT, Les monuments primitifs de la peinture en Italie; GARUCCI, Storia dell'arte crist. DE ROSSI. Roma sotterranea, et la collection du Bullettino di archeol. cristiana depuis 1863.

3. TERTULL., De jejunio, c. 12.

1. EUSÈBE, Hist. eccl., V, 1.

2. RUINART, p. 373 (éd. Paris, 1689).


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Message  Monique le Mer 13 Mai 2020, 7:26 am

Un dernier et puissant moyen de préparation au martyre était la société des confesseurs. A Lyon, elle suffit à reconquérir de pauvres apostats (3), et nous voyons en Numidie les persécuteurs isoler le groupe des laïques du groupe des clercs, destinés tous deux à la mort, dans l'espoir d'arracher aux laïques, ainsi désemparés, un acte de faiblesse (4). Les frères connaissaient cette source des exhortations. La sentence capitale qui condamnait saint Cyprien faisait allusion à cette influence de l'évêque sur son peuple; les fidèles, en l'entendant, s'écrièrent : « Que l'on nous décapite tous avec notre évêque (5). »

Plus haut que l'exemple, il y avait la promesse des récompenses éternelles.

« Le prix du martyre, comme on l'enseignait, était immense. Salomon et David l'avaient dit au nom du Seigneur, et Jésus-Christ l'avait répété lui-mêmes. Le ciel, qui, selon quelques-uns, devait rester fermé pour tous jusqu'à la consommation des temps, s'ouvrait sur l'heure pour les saintes victime (6). Les mains des Anges les portaient vers l'Orient, et devant elles s'étendait un jardin resplendissant de fleurs, ombragé de rosiers gigantesques. La chair des bienheureux, devenue immatérielle et diaphane, laissait voir la pureté de leurs coeurs. Une atmosphère de parfums les entourait et leur donnait la vie. A leur entrée, la troupe des Séraphins les accueillait avec des cris d'admiration et de triomphe. Puis, dans un rayonnement immense, au milieu d'une large enceinte aux murailles faites de lumière, leur apparaissait le divin Maître, tel que saint Jean l'avait rêvé. Ses cheveux étaient blancs comme la neige et ses traits étaient ceux d'un jeune homme. Les martyrs le saluaient par un baiser, et, au toucher de sa main, leurs âmes s'emplissaient d'une allégresse inconnue.

« C'était ainsi que, dans leurs visions, les saints entrevoyaient les joies du paradis et ses splendeurs (1). Lus à l'église, comme l'Évangile même, leurs Actes publiaient ces merveilles et fortifiaient les coeurs mal affermis (2). » Toute cette gloire promise était accompagnée d'un suprême triomphe sur les bourreaux. « Notre patience, écrivaient les Pères, nous vient de la certitude d'être vengés (3) ; elle amasse des charbons ardents sur la tête de nos ennemis (4). Quel grand jour que celui où le Très-Haut comptera ses fidèles, enverra les coupables aux enfers et jettera nos persécuteurs dans l'abîme des feux éternels (5) ! Quel spectacle immense! quels seront ma joie, mon admiration et mon rire ! Que je triompherai à contempler, gémissants dans les ténèbres profondes, avec Jupiter et leurs adorateurs, ces princes, si puissants, si nombreux, que l'on disait reçus au ciel après leur mort ! Quel transport que de voir les magistrats, persécuteurs du saint nom de Jésus, consumés par des flammes plus dévorantes que celles des bûchers allumés pour les chrétiens (1) ! »

Je ne puis omettre le rôle des sacrements. Des actes tenus pour suspects «nous montrent l'évêque Philéas armant par le baptême et l'eucharistie saint Thyrse, qui va combattre pour la foi (2). La justification de ce trait existe dans un passage mystique de la Passio de sainte Perpétue (3), dans les Actes des saints Jacques et Marie (4) et dans ces mots d'une lettre de saint Cyprien : « Puisqu'une nouvelle persécution est proche et que de fréquentes révélations l'annoncent, soyons prêts et armés pour le combat... Ne laissons pas nus et sans défense ceux que nous encourageons à la lutte ; munissons-les par la protection du corps et du sang de Jésus-Christ, rassasiés de la nourriture divine qu'ils trouvent dans l'eucharistie, leur sauvegarde, leur rempart contre l'ennemi (5). »

Ainsi Dieu fortifiait le chrétien par le don d'une grâce surnaturelle qui le soutenait au milieu de ces terribles tortures et lui donnait la couronne du vainqueur.




3. EUSEBE, Hist. eccl., V, 1.

4. Passio SS. Jacohi et Mariani, § 10.

5. Acta S. Cypriani, § 4 et 5.

6. S. CYPRIEN, Ad mart., XII; Testim., III, 17 ; CLEM. ALEX., Strom . IV, 9, etc.

1. Acta S. Perpetuae, § 11, 12, 13 ; Acta S. Montani, § 11 ; Apocal., c. 1 ; Mém. de la Miss. archéol. au Caire, t. IX, p. 143, 144.

2. LE BLANT, Les Perséc. et les Mart., p. 104.

3. CYPR., Ad Demetr., XVII. Cf. TERTULL., Ad Scapul., 2.

4. TERTUL., De fuga, 12.

5. CYPR., Epist.LVI, ad Thibarit., § 10.

1. TERT., Despect., § 30 ; S. CYPR., Ad Demetr., i 24. Dans LE BLANT, ouvr. cité, p. 105-106.

2. Acta S. Thyrsi, § 20. (Acta SS., 28 janv.)

3. § 4.

4. § 8.

5. Epist. LIV, Cornelio, fratri §§ 1 et 2. — Les citations sont empruntées à Env. LE BLANT, Les Actes des Martyrs, p. 235.



A SUIVRE... V. — LA PROMULGATION DE L'ÉDIT DE PERSÉCUTION. — Rédaction. — Notoriété. — Affichage. — Proclamation publique. — Acclamations. — Transcription et copie du texte. — Lacération.

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