TOME I - Les Temps Néroniens ET Le 2ème Siècle - par le R. P. Dom H. LECLERCQ

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Message  Monique le Jeu 14 Mai 2020, 7:48 am

V. — LA PROMULGATION DE L'ÉDIT DE PERSÉCUTION. — Rédaction. — Notoriété. — Affichage. — Proclamation publique. — Acclamations. — Transcription et copie du texte. — Lacération.


Les Actes des martyrs et leurs auteurs nous renseignent d'une façon assez complète sur la promulgation de l'édit, promulgation qui était l'objet d'un cérémonial bien circonstancié.

L'édit impérial est du nombre de ces actes dont parle Ulpien, qui devaient être placardés dans les lieux apparents, et lisiblement écrits en caractères grecs ou latins, suivant le pays (1). Aussi, dans la plupart des cas, les accusés répondent à l'interrogatoire qu'ils avaient connaissance de l'édit (2). Parfois cependant on force les martyrs à en prendre connaissance. A cet effet, on conduit Pionius au Forum, où le texte est affiché (3). Cet affichage se faisait en grande pompe, car le texte, émané de la personne divine des empereurs prenait un caractère religieux (4). On lui prodiguait donc cet appareil superstitieux dont on retrouve l'ordonnance dans la promulgation de certains actes royaux sous l'ancien régime et dont on peut voir de nos jours encore, en Angleterre, le déploiement extraordinaire. Tantôt on le proclamait au son de la trompette (1), tantôt on le faisait clamer par un héraut dans tous les carrefours (2), tantôt on le lisait au peuple solennellement convoqué au cirque (3) ou dans le temple de la Fortune. Les Actes de saint Terentianus mentionnent cette cérémonie. Le proconsul assemble les notables de la ville et leur lit un ordre impérial, aussitôt retentissent les acclamations :

«Tous s'écrièrent: A l'Auguste, sois toujours vainqueur (4)! » Ceci fut répété dix-sept fois de suite.

« Le proconsul Lucianus ajouta : Gloire aux dieux propices (5)! »

La proclamation se passait sans doute d'une manière peu différente de ce qu'elle était au IVe siècle : « Lorsqu'on nous lit les décrets de l'Empereur, il se fait partout un grand silence; chacun prête l'oreille, avide d'entendre. Malheur à qui oserait faire le moindre bruit et troubler une pareille lecture (6). »

Le texte était transcrit sur l'Album exposé au Forum. Il devait exister des expéditions parmi les archives du tribunal, car nous voyons le président en donner communication à l'accusé (7) ou bien encore le faire lire devant le tribunal (8).

Le cardinal Wiseman a introduit dans son livre célèbre, Fabiola, une scène intitulée l'Édit (1). On y voit un jeune chrétien lacérer pendant la nuit l'édit de persécution de Dioclétien. Cet épisode n'est pas imaginaire. Ce ne fut pas de nuit, mais en plein jour, à Nicomédie, devant la foule, qu'un chrétien dont le nom est inconnu mit en lambeaux l'édit récemment affiché (2). Un fait semblable se serait passé vers le même temps, dans la même ville : un fidèle nommé Eulampius, venu acheter des provisions, vit l'édit affiché sur la porte même de la ville et le déchira (3).




1. ULPIEN, L. 11, § 3. De institutoria actione (Digest., L. XIV, tit. III). Cf. AUSON., Gratiarum actio (éd. Vinet), p. 395 ; Corp. inscr. lat., t. I, na 198, p. 16, lignes 652, 66, etc.

2. Acta S. Maximi, § 1 (RUTNART, éd. 1689, p. 145) et alibi.

3. Passio S. Pionii, § 3.

4. Voyez LE BLANT, Les Actes des Martyrs, p. 263 et p. 75, § 24

1. BASILE, Orat. de S. Gordiano, § 2.

2. Martyrium S. Martyris D. N. J. C. Sancti Apa Anub. de Nassi, dans ZOEGA, Catalogus codicum copticorum, p. 32.

3. THÉODORET, Hist. ecclés., II, 17 ; SYMMACH., Epist., X, 83 ; Passio S. Mariae dans BALUZE, Miscellanea, I, p. 27 ; Acta S. Pontiani. § 1 ; Acta S. Sergii, § 1 (Acta SS., 14 janv., 24 févr.).

4. Mart. Samos., dans ASSEMANI, Act. Mart. orient., t. Il, p. 1.24.

5. Act. S. Terenliani, § 4 (Act. SS., 1er sept.).

6. S. CHRYSOST., Hom. II sur le ch. II de la Genèse, § 2.

7. Acta S. Paphnutii, § 14 (Acta SS., 24 sept.).

8. Passio S. Symphoriani, § 2 ; Passio S. Genesii, § 2.

1. Fabiola ou l'Église des Catacombes, 2e partie, ch. XIII.

2. EUSEBE, Hist. eccl., VIII, 5 ; LACTANCE, De morte persecut. XIII.

3. Acta SS. Eulampi et Eulampiae 1-3 (Act. SS., 10 octobre). Cette pièce paraît fortement remaniée.


A SUIVRE... VI. — LA FUITE DEVANT LA PERSÉCUTION. — Circonstances qui provoquèrent le livre de Tertullien. — Thèse soutenue dans ce livre. — Le parti opposé. — Multitude et triste condition des fugitifs.— Leur situation légale. — Règles pour la fuite concernant le clergé.
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Message  Monique le Ven 15 Mai 2020, 8:05 am

VI. — LA FUITE DEVANT LA PERSÉCUTION. — Circonstances qui provoquèrent le livre de Tertullien. — Thèse soutenue dans ce livre. — Le parti opposé. — Multitude et triste condition des fugitifs.— Leur situation légale. — Règles pour la fuite concernant le clergé.

Vers l'an 203 se répandit en Afrique un traité écrit par le prêtre Tertullien, de Carthage. Il portait le titre : De la fuite pendant la persécution. Ce pamphlet prenait parti dans une controverse dont l'enjeu était la vie ou l'honneur. Dans aucun autre de ses traités Tertullien n'a dépassé la fougue de paradoxes du traité de De la fuite. La situation précaire des Églises avait engagé leurs chefs à une politique que l'on pourrait nommer « opportuniste » Si le terme était moins décrié ou mieux oublié qu'il ne l'est. Un parti considérable se ralliait à leur manière de voir. Loin d'irriter le pouvoir par une opposition irréductible ou par une offensive continue, ils jugeaient plus sage et plus avantageux de le ménager, de l'apaiser même à l'aide de concessions effectives, toutes les fois que les questions fondamentales n'étaient pas mises en jeu. Courageux et prudents, ils fuyaient la persécution, s'efforçaient de la désarmer ou de l'esquiver; quand l'un et l'autre étaient pour diverses raisons devenus impossibles, ils mouraient. A Alexandrie (1) et en Afrique, les individus qui ne se sentaient pas la force d'affronter le martyre prenaient la fuite. En Afrique, les fidèles usaient encore d'un autre moyen : ils achetaient à prix d'argent le silence des gens de la police. On vit les chefs des Églises employer ce procédé pour éviter la persécution à leur peuple.

Dès que Tertullien connut le fait, il bondit : « La fuite est un rachat gratuit, le rachat à prix d'argent est une fuite, l'une et l'autre est une apostasie... Mieux vaut apostasier pendant la torture, au moins aura-t-on lutté. J'aime mieux vous témoigner la pitié que le dégoût. A la guerre, mieux vaut un tué qu'un fuyard. » Monté à ce diapason, il n'entend plus, c'est une pâmoison de cris, avec des larmes, des ricanements, des outrages. « Le Seigneur a commandé de fuir de ville en ville, bon pour les apôtres, mais pas pour nous. La fuite, l'apostasie, c'est tout un. Payer pour éviter le juge et arguer de ce mot : et Faites-vous des amis de Mammon », c'est un lâche refus de l'immolation, c'est aller de pair avec les misérables agents qui se font acheter, c'est s'égaler aux voleurs, aux filous, aux souteneurs qu'ils rançonnent. Puis proclamant l'infériorité chrétienne du riche, il répète avec le Seigneur : « Bienheureux les pauvres, car le royaume des cieux leur appartient»; eux du moins ne peuvent se racheter, ils n'ont pour payer que leur sang (1). » Cette dialectique frénétique eut peu d'effet. Ceux qui étaient en cause continuèrent à chercher dans les Livres saints, dans saint Paul, dans les maîtres du Didascalée d'Alexandrie, dans Cyprien, dans l'évêque Pierre d'Alexandrie, la règle de leur conduite (2).





1. CLEMEN. ALEX., Stromat., IV, 4.

1. TERTULL., De fuga, passim.

2. EUSÈBE, Hist. ecclés., VI, 42. Voy. les lettres de S. CYPRIEN ; Passio S. Agapes, Chioniae, Irenes, § 2 ; S. BASIL., Homil. XIX in Gordium ; Gesta apud Zenophilum ; Passio S. Theadoti Ancyrani, § 5, 6 ;
Passio S. Polycarp., § 5, 6 ; Passio S. Quirini, § 2 ; Passio S. Genesii Arelatensis ; Passio S. Philippi Heracl., § 9.

3. II Cor. XI, 26.-27.



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Message  Monique le Sam 16 Mai 2020, 7:40 am

La situation des malheureux exilés volontaires eut ses douleurs. Beaucoup tombaient dans les mains des brigands, on ne les revoyait jamais ; d'autres, enlevés par les Bédouins, par les Sarrasins, disparurent pour toujours. Un de ces fugitifs, Égyptien de naissance, s'enfuit dans la Thébaïde, où il vécut et inaugura la vie des anachorètes. On vivait à la belle étoile, pourchassé, affamé, haletant ; un grand nombre pouvait s'appliquer les paroles célèbres de l'apôtre Paul : « Voyages sans nombre, dangers au passage des fleuves, dangers des voleurs, dangers de la part des Juifs, dangers de la part des gentils, dangers dans les villes, dangers dans le désert, dangers sur mer, dangers de la part des faux frères ; labeurs, fatigues, veilles innombrables, faim, soif, jeûnes, froid, nudité, j'ai tout souffert (3)... errant çà et là, vêtu de peaux de brebis et de chèvres, pauvre, affligé, maltraité... retiré dans les déserts, sur les montagnes, dans les antres et dans les cavernes de la terre (1). » La situation légale des fugitifs offrait quelques analogies avec celle des émigrés avant le Consulat. Dans certains cas, on ne se bornait pas à confisquer leurs biens, plusieurs fois on les fit poursuivre. Ce fut le cas pour saint Polycarpe, saint Grégoire de Néocésarée, saint Denys d'Alexandrie, saint Quirin, saint Sevère, trois jeunes filles, Agape, Chionia et Irène ; un jour, les policiers atteignent les fugitifs : Dommina et ses deux filles, afin d'échapper aux soldats païens, se jettent dans le fleuve et disparaissent. Je trouve deux circonstances où l'on contraint le fugitif à se rendre par l'emprisonnement des siens : c'est d'abord le cas de saint Arcadius; celui d'Habib d'Édesse, dont on avait emprisonné la mère et les gens du hameau où le saint avait son domicile.

La fuite n'était pas une poussée pêle-mêle comme d'un troupeau. Des évêques contraints à fuir ou exilés par mesure administrative, comme Cyprien, Denys d'Alexandrie, sont en communication presque ininterrompue avec leur Église ; d'autres, acculés, font tête à la meute d'hommes qui voulaient leur vie : tels sont Nestor de Magyda (2) et Philippe d'Héraclée (3). Cependant la discipline dut châtier quelques lâchetés : saint Rogatien de Nantes ne put être, baptisé que dans son sang, le prêtre avait fui (4) ; en Afrique, on signale quelques abandons de leur poste par les clercs (5).

Une règle semble avoir été portée, au moins en ce qui concerne les clercs. M. Le Blant croit, avec raison, la retrouver dans une lettre de saint Augustin. La voici : « Fuir est permis, écrit-il, quand leur ministère n'est pas indispensable au salut des fidèles. Ils font légitimement alors ce que prescrit ou permet le Christ, car leur retraite même importe à ceux qu'au retour de la paix leur trépas laisserait sans pasteurs. Parfois, devant le péril, un combat généreux s'élevait entre les membres du clergé, tous également prêts à demeurer dans leur poste d'honneur. Que le sort décide alors entre eux, nous dit le grand évêque, car Dieu jugera mieux que les hommes, soit qu'il daigne appeler les meilleurs à la récompense du martyre et épargner les timides, soit qu'il veuille donner à ces derniers la force d'affronter les souffrances et retirer de ce monde ceux dont la vie importe le moins au bien de l'Église (1). »




1. Hebr., XI, 37-38.

2. Acta S. Nestorii, § 1 (Act. SS., 26 février).

3. Passio S. Philippi Heracl., § 2.

4. Passio SS. Rogatiani et Dottatiani, § 2.

5. S. AUGUST., Epist. XXVIII, ad presbyteros et diaconos, § 3.

1. S. AUGUST., lettre citée, § 12. Voy. Le BLANT, Les Perséc. et les Mart., p. 157.


A SUIVRE... VII. — LE ZÈLE TÉMÉRAIRE — Règle générale. — Les téméraires. — Le martyr typique. — Législation : de ceux dont la fuite expose le prochain, de ceux qui détruisent les idoles. — Règle spéciale pour les apostats repentants. — Les débiteurs insolvables.
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Message  Monique le Dim 17 Mai 2020, 7:34 am

VII. — LE ZÈLE TÉMÉRAIRE — Règle générale. — Les téméraires. — Le martyr typique. — Législation : de ceux dont la fuite expose le prochain, de ceux qui détruisent les idoles. — Règle spéciale pour les apostats repentants. — Les débiteurs insolvables.


L'Église eut encore à intervenir dans l'excès opposé à la fuite inspirée par la pusillanimité. Il n'est pas douteux que de très bonne heure elle régla ce point de discipline en repoussant le sacrifice de ceux qui, dans leur ardeur intempestive, provoquaient le martyre en proclamant leur croyance sans avoir été mis dans l'obligation de le faire.

Saint Grégoire de Nazianze résume dans une phrase cette discipline : « C'est témérité que de s'offrir, c'est lâcheté que de se refuser (1). » Les faits connus de tous alors prouvaient l'inopportunité ou le péril de cette conduite. On se transmettait avec horreur le nom de ces téméraires qu'une chute lamentable avait précipités des hauteurs du martyre dans l'abîme de l'apostasie.

A Smyrne, au temps de saint Polycarpe, un chrétien nommé Quintus réunit quelques fidèles; tous ensemble ils allèrent se déclarer chrétiens, tous moururent, à l'exception de Quintus, qui sacrifia (2). Ces tristesses étaient fréquentes, mais nous n'avons pas les éléments indispensables à une évaluation quelconque. Les documents nous apprennent que beaucoup de fidèles, bravant l'enseignement de l'Église, emportés par leur zèle, se livrèrent aux persécuteurs et persévérèrent dans leur confession. Néanmoins une sorte de défaveur planait sur leur souvenir. A côté de ces « enfants perdus » du martyre, se dressait ce que j'appellerai volontiers le type officiel : Polycarpe de Smyrne, Cyprien de Carthage. De Polycarpe on disait qu'il était martyr « selon l'ordre du Christ (3) », se dérobant d'abord devant le péril, puis, le moment venu, marchant à la mort sans faiblesse.

La discipline va, dans cette question du zèle téméraire, jusqu'au règlement de détail : un canon de saint Pierre d'Alexandrie déclare que, pour le cas où la fuite d'un chrétien compromettrait l'existence d'autres fidèles, il ne doit pas néanmoins se livrer. Cette législation semble avoir été mal observée ; saint Pierre d'Alexandrie lui-même paraît n'en avoir pas tenu compte (1). A Edesse, saint Habib, ayant connu l'arrestation de sa mère et de tous les habitants du hameau qu'il habitait, vint se livrer. Le vétéran à qui il s'adressa lui dit : « Vous a-t-on vu entrer chez moi ? — Personne. — Eh bien, tâchez de fuir de même. Votre mère et vos concitoyens sont pris en otages, mais vous savez bien qu'on ne peut rien leur faire, car l'édit des empereurs ne les atteint pas, mais vous seul (2). »

 A la passion du martyre, que les évêques étaient obligés de modérer (3), s'ajoutaient certaines hardiesses qui conduisaient à la mort, comme il arriva à une jeune enfant, en Afrique, nommée Salsa. Ses parents l'avaient contrainte à assister à un sacrifice et au repas sacrilège qui le suivait. Quand elle vit tout le monde faire la sieste, la petite fille se leva sans bruit, entra dans le temple et tira à elle le gros dieu — un serpent doré — dont la tête lui resta entre les mains. Elle alla la jeter dans la mer qui battait le pied de la colline, puis, enhardie, joyeuse, se sentant très forte, elle revint au temple, emporta le dieu entier, courut à la falaise et le poussa dans la mer; le bruit que fit la bête de bronze en rebondissant sur les rochers réveilla les païens ; on assomma la jeune fille sur place et on jeta son corps à la mer (1).




1. Orat. XLII in laudem Basilii magni, § 5 et 6.

2. Ecclesiae Smyrnensis epistola de martyrio S. Polycarpi, § 4 ; voy. LEBLANT, Les Persécut. et les Mart., 128.

3. Ibid. § 19.

1. Voy. Acta dans Patrol. graec. XVIII, p. 460, 462, et Canon XIII.

2. CURETON, Ancient syriae Documents.

3. COMMODIEN, Instr. II, c. 21, éd. Dombart. Sur l'épiscopat de Commodien, voyez G. BOISSIER dans les Mélanges Renier.

1. DUCHESNE, Sainte Salsa, vierge et martyre, lecture faite le 2 avril 1890 à la séance trimestrielle des cinq Académies.


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Message  Monique le Lun 18 Mai 2020, 8:13 am

A la passion du martyre, que les évêques étaient obligés de modérer (3), s'ajoutaient certaines hardiesses qui conduisaient à la mort, comme il arriva à une jeune enfant, en Afrique, nommée Salsa. Ses parents l'avaient contrainte à assister à un sacrifice et au repas sacrilège qui le suivait. Quand elle vit tout le monde faire la sieste, la petite fille se leva sans bruit, entra dans le temple et tira à elle le gros dieu un serpent doré dont la tête lui resta entre les mains. Elle alla la jeter dans la mer qui battait le pied de la colline, puis, enhardie, joyeuse, se sentant très forte, elle revint au temple, emporta le dieu entier, courut à la falaise et le poussa dans la mer; le bruit que fit la bête de bronze en rebondissant sur les rochers réveilla les païens ; on assomma la jeune fille sur place et on jeta son corps à la mer (1).

Un fait analogue est prévu et condamné par le canon 60e du concile d'lllibéris en Bétique (305) : si quelqu'un brise les idoles et est tué pour ce fait, il ne sera pas inscrit au nombre des martyrs ; car nous ne voyons pas dans l'Évangile que les Apôtres aient rien fait de semblable (2).

Vers le même temps, Lactance blâme ce chrétien qui déchira l'édit impérial, à Nicomédie (3). Plus anciennement, Origène fonde sur l'exégèse assez inattendue du texte de l'Exode : « Tu n'outrageras pas les dieux », une solution identique (4).

Je ne rencontre qu'une seule circonstance où l'Église concède aux fidèles le droit de se présenter d'eux-mêmes au martyre, c'est en ce qui concerne les apostats venus à résipiscence : « Puisqu'ils nous montrent tant de hâte à être réconciliés, dit saint Cyprien à son clergé, il est en leur pouvoir d'obtenir ce qu'ils souhaitent. Le temps où nous vivons est fait pour les combler ; la lutte dure encore et chaque jour voit de nouveaux combats. Si le repentir et la foi les dominent, ceux qui ne veulent pas attendre peuvent, dès à présent, remporter la couronne (5). »

Je ne saurais omettre de parler d'un motif qui donna occasion à quelques martyres. Un document hagiographique, dont plusieurs parties sont remplies d'un charme exquis, nous fait voir un jeune marié soumis à la torture pour son refus de sacrifier. Le magistrat fait amener la femme de Timothée, qui le conjure d'obéir au nom de leur mutuel amour. Toute sa prière repose sur un long quiproquo : « Peut-être as-tu des dettes, dit-elle à son mari, c'est un créancier qui te pourchasse, et tu veux mourir ici de désespoir. Écoute, rentrons à la maison, nous vendrons nos habits, et tu pourras payer. Ou bien est-ce à cause des impôts que tu as été arrêté par les licteurs parce que tu es insolvable ? Regarde, j'avais mis sur moi toute ma corbeille de noces, habits, bijoux ; prends tout, et nous payerons la taxe à l'empereur (1). »

Il n'est pas sans exemple de voir un débiteur insolvable profiter de la persécution pour fuir en héros une vie odieuse ; un juge dit à un chrétien : « Je sais que tu n'as pas payé les impôts et que tu cherches la mort pour échapper aux poursuites (2).»




3. COMMODIEN, Instr. II, c. 21, éd. Dombart. Sur l'épiscopat de Commodien, voyez G. BOISSIER dans les Mélanges Renier.

1. DUCHESNE, Sainte Salsa, vierge et martyre, lecture faite le 2 avril 1890 à la séance trimestrielle des cinq Académies.

2. Conc. Illiber., can. LX.

3. De mortib. persec., c. XIII.

4. Contr. Cels., 1. VIII.

5. Epist. XIII, ad Clerum.

1. Acta SS. Timothaei et Maurae (Act. SS., 3 mai).

2. Passio S. Theodoriti presbyteri, § 3.


A SUIVRE... VIII. L'APOSTASIE
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Message  Monique le Mar 19 Mai 2020, 7:07 am

VIII. L'APOSTASIE

On peut distinguer deux formes dans l'apostasie : celle qui se produisait dans l'excès de souffrances de la torture et pour laquelle Tertullien lui-même se sentait incliné à quelque indulgence, et l'apostasie consentie avant l'exécution des menaces de l'ennemi. L'édit de Dèce succédant à une longue paix fut celui qui provoqua le plus grand nombre d'apostasies. Quand parut l'édit de l'empereur, l'épouvante, raconte Denys d'Alexandrie, fut extrême. Beaucoup de ceux qui occupaient à Alexandrie le premier rang accoururent frappés de terreur. Les hommes revêtus d'emplois publics vinrent où les appelaient les devoirs de leur charge. D'autres, amenés par leurs familiers, par leurs proches, et personnellement cités, s'approchèrent des autels maudits. Quelques-uns, pâles, tremblants. semblaient être plutôt des victimes que des gens venus pour sacrifier. La foule raillait ces malheureux qui ne savaient trouver ni la résolution de se soumettre, ni le courage de mourir. Il en était qui couraient aux idoles, jurant avec audace que jamais ils n'avaient été chrétiens. Il en était qui s'enfuyaient et parmi lesquels quelques-uns étaient repris. Plusieurs de ces derniers supportaient pendant quelques jours les misères de l'emprisonnement, puis abjuraient avant même d'être conduits devant le juge. On en voyait qui, courageux d'abord au milieu des tortures, fléchissaient sous la menace de nouveaux supplices (1).

Les malheureux tombés dans l'apostasie épiloguaient sur leur cas. Le Christ avait dit : « Celui qui me reniera devant les hommes, je le renierai devant Dieu » ; les apostats disaient : « Nier qu'on soit chrétien n'est pas renier le Christ (2). » D'autres niaient la faute à cause du défaut d'intention ; en invoquant Jupiter, ils tournaient, disaient-ils, leur esprit vers le Dieu véritable (3), ou bien en adorant le soleil, ils adressaient leur prière à Dieu, « Soleil de l'éternelle justice (4) ».

Toutes ces escobarderies ne trompaient personne, mais les païens se contentaient de l'accomplissement matériel des rites : « Consens des lèvres, conserve, si tu veux, ta croyance. Sacrifie comme l'a fait Moïse ; sacrifie à qui tu voudras, à ton Dieu même, au Dieu unique, si tu n'en veux reconnaître qu'un seul (1). » Le sacrifice fut parfois omis. On disait à saint Platon : « a Renie seulement le Christ, ou laisse croire à la foule que tu l'as fait par écrit (2). » Ou encore on insinuait à l'accusé que la violence l'excusait de toute faute : « Quel mal y a-t-il à sacrifier pour sauver ta vie, à saluer du nom de Seigneur l'empereur qui est notre maître (3) ? » « Mille moyens, dit M. Le Blant, étaient cherchés pour échapper à la pression des païens. On achetait à prix d'argent la faveur de n'être pas inquiété ; au lieu de cette renonciation écrite qu'à l'heure du jugement dernier des anges accusateurs produiraient devant le tribunal de Dieu, on obtenait de ne remettre au magistrat que quelques lignes insignifiantes ; pour se soustraire, au moins de sa personne, à la douleur de renier le Christ, on faisait sacrifier à sa place ou un païen ou quelque esclave, parfois chrétien lui-même et désespéré d'obéir ; ainsi que l'avait fait David menacé par Saül en fureur, on feignait d'être frappé d'une attaque d'épilepsie (4). »



1. EUSÈBE, Hist. eccl., VI, 41

2. TERT, Scorpiac., § 9.

3. ORiGÈNE, Exhort. ad mart., § 46 ; Contr. Cels. I.

4. ELISÉE VARTABED, Soulèvement national de l'Arménie chrétienne au Ve siècle, p. 57.

1. S. BASILE, Homil. in Gordianum martyrem, § 7. Act. S. Tarachi, § 5; Act. S. Phileae, §1; Act. S. Marciani,§ 1, etc. Voy. LE BLANT, Les Perséc. et les Martyrs, p. 145.

2. Passio Platonis, § 11.

3. Martyr. Polycarpi, § 8.

4. LE BLANT, Les Perséc. et les Mart., p. 146.


A SUIVRE... IX.  L'ARRESTATION
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Message  Monique le Mer 20 Mai 2020, 7:38 am

Il n'y avait pas lieu de décerner contre chaque chrétien un mandat d'amener, puisque, selon la teneur de l'édit, il était de prise de corps du moment qu'il se trouvait visé par le texte. Les actes nous montrent plusieurs cas d'arrestation. Le plus ordinairement c'est un piquet de gens de police qui fait la besogne. Le magistrat envoie un strator arrêter sainte Thècle ; une escouade va arrêter saint Polycarpe; le proconsul d'Afrique fait amener saint Cyprien par des stratores. Au IVe siècle, sous Dioclétien, quatre protectores sont chargés de saisir un chrétien.

Il faut ajouter à cela les arrestations tumultuaires. A Lyon, pendant la comparution des martyrs, un jeune chrétien, connu de tous, Vettius Epagathus, qui assistait à l'interrogatoire, fut saisi d'indignation à la vue des tortures qu'on infligeait aux inculpés ; il s'avança au pied du tribunal et dit : « Je demande qu'on me permette de plaider la cause de mes frères ; je montrerai clairement que nous ne sommes ni athées, ni impies. » Il se fit alors une grande rumeur. Le légat dit : « Es-tu chrétien ?

Oui. »
Il fut mis sur-le-champ au nombre des martyrs (1).

Au moment où les magistrats de Cirta, en Numidie, renvoyaient Jacques et Marien au gouverneur, l'un des frères qui entouraient les martyrs attira les regards des gentils, car, par la grâce du martyre prochain, le Christ rayonnait sur son visage. « Es-tu aussi, lui cria-t-on, es-tu du nom et du culte chrétien ? » Il confessa sur l'heure et il fut réuni aux martyrs.


1. EUSÈBE, Hist. eccl., V, L


A SUIVRE...X. LA DÉTENTION
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Message  Monique le Jeu 21 Mai 2020, 7:27 am

X. LA DÉTENTION


Les prévenus pouvaient subir deux sortes de détention. L'une d'elles était la « garde libre », custodia libera ou privata.

« En ce monde, dit saint Augustin, suivant ce qu'a fait le prévenu, la condition varie ; les uns sont placés sous la garde peu rigoureuse des licteurs ; d'autres sont confiés aux options. D'autres enfin sont mis en prison, et, là encore, les grands coupables sont seuls jetés dans les cachots les plus profonds (1). »

Le régime de la custodia libera comportait une demi-liberté et il pouvait se prolonger longtemps, Saint Paul attendit pendant près de deux ans sa comparution devant Néron. Il vivait pendant ce temps-là sous la custodia militaris (2), c'est-à-dire sous la garde d'un frumentaire prétorien ; le geôlier et le prisonnier habitaient un logement particulier loué par l'Apôtre. Tout le monde pouvait le visiter librement (3). Quand Paul sortait, il était attaché à son gardien par une chaîne (4).

La remise de prisonniers à la garde de citoyens était un usage ordinaire (5). C'était la custodia libera ou privata. Les chrétiens en eurent le bénéfice, comme le montrent divers actes, entre autres ceux de sainte Thècle et de saint Cyprien (1). En cas d'évasion, le gardien avait tout à craindre. Nous voyons les gens de police, mentionnés dans l'évasion de saint Pierre, mis à mort (2) ; le gardien de Paul et Silas, les croyant en fuite, est au moment de se frapper de son épée (3).

Enfin les textes juridiques confirment ces épisodes historiques (4).



1. S. AUGUST., In Johannem, c. xt, tract. XLIX, § 9.

2. Digeste, XLVIII, VIII,1, 12, 14 ; FL. JOSÈPHE, Antiq. Jud., XVIII, 6; SÉNÉQUE, Epist., 5 ; De tranquill. animi, 10.

3. Act. Apost., XXVII, 30, 31.

4. Philipp., I, 7, 13, 14, 17, 30 ; Coloss., IV, 3, 4, 18 ; Ephés., III, 7 ; VI, 19-20 ; Act. Apost., XXVIII, 20.

5. SALL., Catil., XLVII, Suet., Vitell., II; Sm. APOLL., Epist.1, 7.

1. Acta S. Theclae dans GRARE, Spicil. SS. Patrum, t. I. (Sans préjuger quoi que ce soit du personnage de Tryphena. Voy. RAMSAY, qui utilise les recherches de MOMMSEN, The Church in the roman Empire before 170.) Voy. encore Act. S. Juliani, § 56 (Act. .SS., 9 janv.).Act. S. Stephani, § 6, 7 (Act. SS., 2 août).

2. Act. Apost., XII, 19.

3. Act.Apost., XVI, 27. Voy. aussi ch. XXXVII, 92.

4. L. 12 (Digeste, XLVIII, m.) PAUL, Sententiae, L V, c. XXXI, § 1.


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Message  Monique le Ven 22 Mai 2020, 6:56 am


XI. L'INCARCÉRATION


La custodia publica était l'incarcération effective (5).

Elle s'ouvrait par l'inscription de l'accusé sur le registre d'écrou. Dans les derniers temps de la république, ils étaient fort soigneusement tenus. On notait avec exactitude les dates d'incarcération, de décès, d'élargissement ou d'exécution (6).

Quelques témoignages, espacés sur un long espace de siècles, montrent que cette administration n'a dû subir que peu de changements. Eusèbe mentionne un gardien qui s'enquiert du nom du chrétien qu'on vient de lui amener (7).

En 380, une constitution impériale prescrivit l'inspection mensuelle des registres d'écrou par le commentariensis, chargé de faire connaître le nom, l'âge des prisonniers et la date de leur incarcération (1).

L'incarcération n'était pas incompatible avec l'emprisonnement sur parole. Un martyr nommé Basilisque demande quatre jours de liberté conditionnelle à ses gardiens afin d'aller visiter ses parents. Le geôlier refuse, car on attend le gouverneur, et Basilisque est inscrit sur le registre d'écrou. A force d'instances, Basilisque obtient sa demande et part sous escorte.

Le gouverneur arrive le lendemain, prend place au tribunal et se renseigne sur les détenus. On nomme Basilisque, qui est absent; les gens du greffe (scrinarii) cependant lisent son nom sur le registre. Le porte-clefs, qui ne peut le représenter, est garrotté, amené devant le gouverneur, qui le déclare responsable sur sa tête si le chrétien ne reparaît pas (2).



5. CALLISTRATE, ULPIEN, I, IX, V ; Ex quib. caus. (Digest., IV, VI) ; Collat. leg. Mos., IX, II, etc.

6. CICÉRON, Verr., Il, v, 57.

7. EUSÈBE, De resurr. et ascens. lib. II.

1. C. 6, De Custodia reorum (Cod. Theod., IX, III).

2. Vita S. Basilisci, § 2, 3, 4 (Act. SS., 3 mars).



A SUIVRE... XII. LE RÉGIME DES PRISONS
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Message  Monique Hier à 7:15 am


XII. LE RÉGIME DES PRISONS

Dans l'empire, le régime des prisons était atroce. Ces lieux privés d'air et de lumière ont été témoins d'indicibles douleurs. L'infection dépassait toute mesure. C'était quelquefois la plus redoutable épreuve dans la voie du martyre. Sainte Perpétue, cette vaillante femme, se sentit un frisson d'horreur à l'instant où la porte du cachot se referma sur elle. « Jamais, raconta-t-elle ensuite, elle n'avait imaginé semblables ténèbres (3) Un autre saint africain ajoute : « Mais cela ne nous fit pas peur (4) ». On ne trouve que de rares mentions de la mise au secret (5); les frères étaient ordinairement poussés dans des locaux où s'entassaient pêle-mêle morts et vivants. A Lyon, plusieurs confesseurs, le vieil évêque Pothiri entre autres, moururent en prison; on ne se pressait pas d'enlever les cadavres. Après l'audience, on apportait ceux à qui l'épuisement amené par la torture ne laissait plus la force de se traîner, on les jetait sur le sol, et la fièvre, la purulence des plaies, achevaient de vicier un peu plus l'atmosphère.

Lors des grandes razzias, on manquait de place ; alors les confesseurs étaient empilés véritablement « comme une nuée de sauterelles », dit un vieil auteur (1). Dans certains réduits on descendait l'accusé par une échelle qu'on retirait ensuite. Partout les deux sexes étaient réunis (2).

La prison était une longue torture, même elle avait ses raffinements. Certaines souffrances attachées à la durée d'un état ne pouvaient être subies devant le tribunal, par exemple: les ceps, consistant en une longue pièce de fer munie de créneaux dans lesquels une barre mobile venait enserrer les pieds des captifs (3). Ou bien on parsemait de tessons aigus le sol sur lequel couchait le chrétien enchaîné (4).

Mais c'étaient là des aggravations ; le régime ordinaire semble avoir eu comme principe l'alimentation insuffisante pour les prisonniers. On espérait venir à bout, par l'exaspération de la faim et de la soif, des volontés que la torture n'entamait pas (5).



3. Passio SS. Perpetuae et Felicitatis, § 3.

4. Passio S. Montani. § 4.

5. Passio Tarachi.

1. VICTOR DE VIT., Hist. persec. vandalic., lib. II, c. x.

2. HUMBERT. art. Cancer, dans le Dictionn. des Antiquités, p. 919,

3. Act. SS. Scillitan., § 2 ; EUSÈBE, Hist. eccl., V, 1.

4. Act. S. Vincentii ; S. DAMASUS, Carmen XVII, de S. Eutychio.

5. Acta S. Montani.


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Message  Monique Aujourd'hui à 8:06 am

Plusieurs moururent de cette privation. Un détenu écrivait: Fortunio, Victorinus, Victor, Herennius, Credula, Herena, Donatus, Firmus, Venustus, Julia, Martial, Ariston, « sont morts en prison. Nous les suivrons bientôt, car depuis huit jours nous venons d'être remis au cachot. Auparavant, on nous donnait tous les cinq jours un peu de pain et de l'eau à volonté (1) ».

A prix d'or, les diacres, les fidèles, pouvaient parvenir jusqu'aux prisonniers. Parfois cependant, pour empêcher ces visites que la vénalité des geôliers rendait faciles, le gouverneur scellait de son cachet les portes des prisons (2). Mais le plus souvent on parvenait jusqu'aux confesseurs moyennant une somme donnée aux gardiens. Une sainte émulation poussait les fidèles à cette œuvre de charité. On apportait des vivres, quelques friandises, mais surtout on apportait l'aliment inépuisable, le corps du Christ. Parfois un prêtre, accompagné du diacre, s'aventurait jusqu'à célébrer le saint sacrifice dans la prison (3). Saint Cyprien témoigna une sollicitude particulière à l'égard des prisonniers. Il recommandait aux visiteurs de ne pas venir en foule, afin de ne pas éveiller l'attention (4), et il s'ingéniait à soulager les confesseurs à l'aide de la caisse ecclésiastique, dont l'un des objets essentiels était l'assistance des captifs (5).

Les gardiens poussaient quelquefois à ces visites. Saint Pionius refusa les aliments qu'on lui apportait : « Je n'ai jamais été à charge à personne, disait-il, il est bien tard pour commencer ! » Mais les geôliers, vexés de se voir frustrés des bénéfices prélevés habituellement sur les visiteurs des chrétiens, mirent au cachot Pionius et ses compagnons (1).

Ce cachot souterrain, où nous voyons enfermer un évêque de Tibiuca, en Afrique (2), pouvait être aggravé par d'autres sévérités. Plusieurs textes autorisent à penser que parfois on ajoutait des poids accablants aux fers dont étaient chargés les martyrs (3).



1. CYPRIEN, Epist. XII, § 2, Celerino ; EUSÈBE, Hist. eccl., VIII, 8.

2. Passio S. Philippi, § 3 ; Acta S. Theogenis, § 7 , Potiti. § 15;
Faustini et Jovitae, § 15; Secundi, § 14, etc. (Act. SS.. 3 et 13 janv., 15 févr., 25 mars).

3. CYPRIEN, Epist., Iv.

4. Ibid.

5. Ibid. et TERTULL., Apolog., 39.

1. Passio S. Pionii, § II.

2. Acta S Felicis Tibiucensis : in ima parte carceris.

3. Voyez. LE BLANT, Les Actes des Martyrs, p. 185.



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