TOME I - Les Temps Néroniens ET Le 2ème Siècle - par le R. P. Dom H. LECLERCQ

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Message  Monique le Sam 04 Juil 2020, 6:10 am

« Nos pères eurent avec eux le tabernacle du témoignage dans le désert, ainsi que Dieu le leur avait ordonné, en disant à Moïse de le construire selon le modèle qu'il lui avait fait voir. Aussi nos pères le reçurent et le portèrent du temps de Josué dans la terre qui avait été possédée par les peuples que Dieu chassa devant eux ; et il y fut jusqu'au temps de David. Comme il était agréable à Dieu, celui-ci lui demanda de pouvoir bâtir une maison au Dieu de Jacob ; mais ce fut Salomon qui édifia le temple, quoique le Très-Haut n'habite point dans les temples faits de la main des hommes, selon la parole du Prophète : « Le ciel est mon trône, et la terre l'appui de mes pieds. » « Quelle maison m'édifiez-vous, dit le Seigneur, ou quel sera le lieu de mon repos ? N'est-ce pas ma main qui a fait toutes ces choses ? »

« O hommes, à la tête dure, incirconcis de cœur et d'oreilles, vous résistez toujours au Saint-Esprit, et vous êtes tels que vos pères ont été ! Quel est le prophète que vos pères n'aient point persécuté ? Ils ont tué ceux qui prédisaient l'avènement du juste que vous venez de trahir et de mettre à mort, vous qui avez reçu la loi par le ministère des anges, et qui ne l'avez point gardée. »

Ces paroles les remplirent d'une rage qui leur déchirait le cœur et ils grinçaient les dents contre Etienne ; mais lui, rempli du Saint-Esprit, leva les yeux au ciel, vit la gloire de Dieu, et Jésus debout à la droite du Père, et dit : « Je vois les cieux ouverts et le Fils de l'homme qui est debout à la droite de Dieu. »

Alors ils poussèrent de grands cris en se bouchant les oreilles et se jetèrent avec impétuosité sur lui, et le traînèrent hors de la ville, où ils le lapidèrent ; les témoins déposèrent leurs vêtements aux pieds d'un jeune homme qui s'appelait Saut. Pendant qu'on le lapidait, Etienne invoquait Dieu en disant : « Seigneur Jésus, recevez mon esprit », et il se mit à genoux, éleva la voix et dit : « Seigneur, ne leur imputez point ce péché ! »

Et après avoir dit cette parole, il s'endormit dans le Seigneur.

Cependant quelques hommes qui craignaient Dieu prirent soin d'ensevelir le corps d'Etienne et conduisirent ses funérailles avec un grand deuil.


A SUIVRE... LE MARTYRE DE SAINT JACQUES LE MAJEUR APOTRE A JÉRUSALEM, L'AN 44
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Message  Monique le Dim 05 Juil 2020, 7:39 am

LE MARTYRE DE SAINT JACQUES LE MAJEUR APOTRE A JÉRUSALEM, L'AN 44

La rivalité politique qui séparait les familles illustrées par le souverain pontificat se traduisait par des iniquités destinées à détourner pour un temps la faveur du peuple au profit du parti victorieux. Les translations du pouvoir de la famille de Hanap à celle de Boëthus amenaient de nouvelles concessions au goût populaire, qui, en ce temps, à Jérusalem, était tourné aux disputes religieuses. Hérode Agrippa devint, par l'entraînement de cet état de choses, un violent persécuteur. Quelque temps avant la Pâque de l'an 44, il fit couper la tête à l'apôtre Jacques, fils de Zébédée, frère de Jean. L'exécution ne paraît pas avoir été ordonnée par le Sanhédrin, mais par Hérode lui-même, qui jouissait du ius gladii, (épées droites) ou croit de faire mourir par le glaive. C'était la répétition de ce qui s'était passé pour Jean-Baptiste. Les circonstances de ce martyre sont inconnues, à la réserve d'un seul trait qui nous a été conservé par Clément d'Alexandrie.



Eusèbe, Hist. ecclés., livre II, ch. IX.  BOLL., Julii VI, 5-47, 69-114.  Anal. Boll. (1885), IV, app. 467-8.


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Message  Monique le Lun 06 Juil 2020, 6:29 am

LE MARTYRE DE SAINT JACQUES LE MAJEUR, APOTRE

Dans le même temps, c'est-à-dire sous le règne de l'empereur Claude, le roi Hérode entreprit de persécuter quelques membres de l'Eglise, et fit périr par le glaive Jacques, frère de Jean. Dans le septième livre de ses Institutions, Clément rapporte du même Jacques une chose tout à fait digne de mémoire, qu'il avait apprise des anciens. Il dit donc que celui qui avait mis Jacques en jugement, voyant avec quelle liberté il confessait la foi du Christ, fut touché de sa constance, et confessa lui-même qu'il était chrétien. Ils furent, dit-il, l'un et l'autre conduits ensemble au supplice. Dans le trajet. cet homme ayant prié Jacques de lui pardonner, l'apôtre s'arrêta un instant, puis il lui dit en l'embrassant : « La paix soit avec toi. » Et ils furent ainsi tous deux décapités en même temps.


A SUIVRE... LE MARTYRE DE SAINT JACQUES PREMIER ÉVÊQUE DE JÉRUSALEM A JÉRUSALEM L'AN 62
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Message  Monique le Mar 07 Juil 2020, 7:27 am

LE MARTYRE DE SAINT JACQUES PREMIER ÉVÊQUE DE JÉRUSALEM A JÉRUSALEM L'AN 62

Jacques fut sacrifié à la haine d'Anne le Jeune, cinquième fils d'Anne, le grand-prêtre qui avait contribué plus que personne à la mort de Jésus, et grand-prêtre lui-même. Nanan le Jeune ou Anne était un homme hautain, dur, audacieux. C'était la fleur du sadducéisme, la complète expression de cette secte cruelle et inhumaine, toujours portée à rendre l'exercice de l'autorité insupportable et odieux. Jacques, frère du Seigneur, était connu dans Jérusalem comme un âpre défenseur des pauvres, et un prophète à la façon antique, on l'avait surnommé le Juste et il se montrait un des plus exacts observateurs qu'il y eût alors de la Loi. On avait une grande admiration pour ce vieillard (il avait, dit-on, quatre-vingt-seize ans quand il mourut), qui pratiquait la vie des ascètes dans toute sa rigueur : abstinence des nazirs, abstention de tout breuvage enivrant et de la chair des animaux, ne coupant jamais ses cheveux, s'interdisant les onctions et les bains, ne portant jamais de sandales ni d'habits de laine et se vêtissant de simple toile. On le voyait toujours prosterné dans le temple. Ses genoux avaient contracté des talus comme ceux des chameaux. Hanap résolut sa mort.



BOLL., ACTA SS. I mai. KOESSING, Dissertatio de anno quo mortem obierit Jacobus frater Domini, 1857. LUCHINI, Atti sinceri (1777), pp. 991-6. RUINART, Acta Martyr. sinc. (1689), 1-5. RENAN, Origines du Christianisme, passim. Voyez l'Index général; pp. 120 et suiv. Avec les réserves ordinaires quand il s'agit de cet auteur. STILTING, S. J., dans ACTA SS.

Dissertatio de fratribus Domini Jacobo, Josepho, Juda et Simone qua quaritur an allas ex illis fuerit inter XII Apostolos (1757), septemb. VI, p. I-XXII. TILLEMONT, Mém. h. e. (1693), I, 365-83 ; 610-639, app. (19 p). MOMBERT, James the son of Alphaeus and James the brother of the Lord are they identical ? dans Princet. Rev. (1865), XXXVII, 1. SCHAF, Das Verhaeltniss des Jacobus Bruders des Kern Zu Jakobus Alphai (1843), 8°, 99 pp. De plus on peut consulter les introductions aux nombreux commentaires à l'épître qu'il a écrite. Le récit que l'on donne ici est un fragment conservé par EUSÈBE, Hist. eccl., II, 23, du livre V des HYPOMNEMATA d'Hégésippe, auteur de la seconde moitié de second siècle (vers 180), sorte de touriste primitif, qui circulait dans les diverses églises dont il recueillait sur place les traditions.



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Message  Monique le Mer 08 Juil 2020, 9:12 am

LE MARTYRE DE SAINT JACQUES

Jacques, frère du Seigneur, qui depuis les temps du Christ Jésus jusqu'à nos jours a reçu le surnom de Juste, exerça, en même temps que les autres Apôtres, le gouvernement de l'Eglise. Plusieurs, il est vrai, ont porté ce nom de Jacques ; mais celui-ci fut sanctifié dès le sein de sa mère. Il ne but jamais de vin ni de boisson fermentée, s'abstint de la chair des animaux, ne coupa jamais ses cheveux, s'interdit les onctions et les bains. Seul entre tous, il jouissait du droit d'entrer dans le té'mple jusque dans le « Saint ». Son vêtement était de toile, jamais il ne portait de tissu de laine. Il avait coutume de pénétrer dans le temple et d'y prier longtemps agenouillé, pour obtenir le pardon des péchés du peuple, à tel point que, par suite de ces longues stations, ses genoux avaient pris des calus comme on en voit aux chameaux. A cause de sa vertu éclatante on lui donna le nom de Juste et de Oblias, c'est-à-dire « rempart du peuple », suivant ce qu'avaient prédit les prophètes à son sujet.

Plusieurs sectaires des sept hérésies juives lui demandèrent à quoi servait Jésus. Il répondit que Jésus était le Sauveur. Là-dessus, plusieurs d'entre eux confessèrent que Jésus était le Christ.

Ces sectaires niaient la résurrection, le second avènement du Christ dans lequel il doit rendre à chacun selon ses œuvres; tous ceux d'entre eux qui crurent Jacques, crurent les œuvres de Jacques. Mais comme un grand nombre et jusqu'aux plus signalés se mettaient à croire les Juifs, les scribes et les pharisiens commencèrent à s'agiter, disant qu'il s'en fallait de bien peu que tout le peuple ne crût que Jésus était le Christ.

Ils s'assemblèrent donc auprès de Jacques et lui dirent : « Nous t'exhortons à t'opposer à la folie du peuple, qui s'égare en allant vers Jésus comme s'il était le Christ. Persuade donc à tous ceux qui se trouvent ici à cause des fêtes de Pâques de ne penser de Jésus que ce qui est conforme à la vérité. Tous nous avons pleine confiance en toi, et souscrivons au jugement du peuple, que tu es un homme d'une justice éprouvée, qui ne fais acception de personne. Par conséquent détourne le peuple de son erreur au sujet de Jésus, car il t'obéit volontiers, comme nous-mêmes d'ailleurs. Monte sur la plate-forme du temple, afin que l'élévation du lieu te permette d'être vu et entendu par tous, car la solennité de Pâques a attiré toutes les tribus et une grande quantité de gentils. »


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Message  Monique le Jeu 09 Juil 2020, 6:44 am

Après cela les mêmes scribes et pharisiens transportèrent Jacques sur la plate-forme du temple et lui adressèrent ces paroles : « O Juste, en qui nous tous avons pleine confiance, puisque tout le peuple est abusé par sa foi au crucifié Jésus, apprends-nous à quoi sert ce Jésus pendu à une croix. »

Alors Jacques haussa la voix et répondit : « Pourquoi m'interrogez-vous au sujet de Jésus le Fils de l'homme ? Il est assis dans le ciel à la droite du Tout-Puissant, et il viendra sur les nuées du ciel. »

Et un grand nombre, affermis par le témoignage de Jacques, se mirent à rendre gloire à Jésus et dirent : « Hosanna au fils de David ! » Alors les scribes et les pharisiens présents se concertèrent. « Nous avons mal fait, dirent-ils, de procurer ce témoignage à Jésus ; montons donc, jetons-le en bas, afin que les spectateurs terrifiés cessent de se confier à lui. »

Alors ils vocifèrent et disent : « Oh ! oh ! le Juste lui-même qui s'abuse ! »

Ainsi furent accomplies ces paroles du prophète Isaïe : « Enlevons du milieu de nous le Juste qui nous est à charge, c'est pourquoi ils mangeront le fruit de leurs mains. » Et tout aussitôt ils montèrent sur la plate-forme et le précipitèrent en bas, et se dirent entre eux : « Lapidons Jacques le Juste. » Il se mirent donc à lui lancer des pierres, car il n'était pas mort de la chute, mais il priait agenouillé ainsi et disait : « Seigneur et Dieu le Père, je te prie de leur pardonner, ils ne savent pas ce qu'ils font. » Et comme ils l'accablaient de pierres, un homme de race sacerdotale, fils de Rechab, Rechabite (famille dont parle Jérémie), leur cria : « Arrêtez ! Que faites-vous ? Le Juste prie pour nous ». Mais l'un d'eux, foulon de son métier, lui cassa la tête avec le bâton qui lui servait à apprêter les étoffes.

Tel fut le martyre de Jacques ; il fut enterré sur la place même, et le monument qui le recouvre se voit encore près du temple.

Jacques fut devant les Juifs et les gentils un témoin inébranlable de la divinité de Jésus. Le siège de Jérusalem par Vespasien et la captivité de Juifs suivirent sa mort de près.


A SUIVRE... LES MARTYRS DES JARDINS DE NÉRON A ROME VERS LE Ier AOUT DE L'AN 64
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Message  Monique le Ven 10 Juil 2020, 7:23 am

LES MARTYRS DES JARDINS DE NÉRON A ROME VERS LE Ier AOUT DE L'AN 64

Le 59 juillet 64, commença l'incendie de Rome, qui dura neuf jours. Quand il fut éteint, une immense population réduite au plus complet dénuement s'entassa aux enviions du Champ de Mars, où Néron fit dresser des baraques et distribuer du pain et des vivres. D'ordinaire, ces oisifs acclamaient l'empereur; maintenant qu'ils avaient faim, ils le haïrent. Des accusations persistantes poursuivaient le pitre impérial. On savait qu'il était venu d'Antium pour jouir de l'effroyable spectacle dont la sublime horreur le transportait; on racontait même, ou du moins on insinuait, que lui-même avait ordonné ce spectacle, tel qu'on n'en avait jamais vu de pareil. Les accusations se haussaient jusqu'à la menace. Néron, qui le sut, essaya de détourner les soupçons en jetant à la foule un nom et une proie. Il y en avait un tout trouvé. En brûlant Rome, Néron avait blessé au vif les préjugés tenaces d'un peuple conservateur au plus haut degré de ses monuments religieux. Toute la friperie liturgique du paganisme, trophées, ex-votos, dépouilles opimes, pénates, tout le matériel religieux du culte avait flambé. L'horreur avait sa source dans le sentiment très vif de la religion et de la patrie outragées. Or il y avait, à Rome même, un groupe de population que son irréductible protestation contre les dieux de l'empire signalait à tous, c'était la colonie juive ; une circonstance semblait accablante contre eux dans l'enquête sur la responsabilité des récents désastres. Le feu avait pris dans les échoppes du Grand-Cirque, occupées par des marchands orientaux, parmi lesquels étaient beaucoup de Juifs. Mais il avait épargné la région de la porte Capène et le Transtevère, dont les Juifs formaient presque exclusivement la population. Ils n'avaient donc souffert quelque dommage qu'au Champ de Mars. De là à inculper les Juifs il y avait peu à faire, cependant ils échappèrent ; c'est que Néron était entouré de Juifs : Tibère Alexandre et Poppée étaient au plus haut point de leur faveur ; dans un rang inférieur, des esclaves, des actrices, des mimes, tous juifs et fort choyés. Est-ce trop s'avancer, que d'attribuer à ce groupe l'odieux d'avoir fait tomber sur les chrétiens la vengeance menaçante? Il faut se rappeler l'atroce jalousie que les Juifs nourrissaient contre les chrétiens, et si on la rapproche « de ce fait incontestable que les Juifs, avant la destruction de Jérusalem, furent les vrais persécuteurs des chrétiens et ne négligèrent rien pour les faire disparaître », on y trouvera le commentaire authentique d'un mot de saint Clément Romain, qui, faisant allusion aux massacres de chrétiens ordonnés par Néron, les attribue « à la jalousie, dia Zelon ».

Quand la rumeur se répandit, à l'aide de ce que nous appellerions aujourd'hui « la pression officielle », on fut surpris de la multitude de ceux qui suivaient la doctrine du Christ, laquelle n'était autre chose, aux yeux du plus grand nombre, qu'un schisme juif. Les gens sensés trouvèrent l'artifice pitoyable; l'accusation d'incendie portée contre ces pauvres gens ne tenait pas debout; « leur vrai crime, disait-on, c'est la haine du genre humain ».


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Message  Monique le Sam 11 Juil 2020, 7:05 am

Néanmoins on ne s'apitoya pas longtemps, car on allait s'amuser. En effet, les jeux que l'on donna dépassèrent en horreur tout ce que l'on avait jamais vu. Tacite et le pape saint Clément nous ont laissé quelques traits de ces jeux, qui durèrent peut-être plusieurs jours; nous donnons plus loin leurs trop courts récits, dont la brièveté ne peut se passer du commentaire que l'on va lire.

« A la barbarie des supplices, cette fois, on ajouta la dérision. Les victimes furent gardées pour une fête, à laquelle on donna sans doute un caractère expiatoire. Rome compta peu de journées aussi extraordinaires. Le ludus matutinus, consacré aux combats d'animaux, vit un défilé inouï. Les condamnés, couverts de peaux de bêtes fauves, furent lancés dans l'arène, où on les fit déchirer par des chiens ; d'autres furent crucifiés ; d'autres, enfin, revêtus de tuniques trempées dans l'huile, la poix ou la résine, se virent attachés à des poteaux et réservés pour éclairer la fête de nuit. Quand le jour baissa, on alluma ces flambeaux vivants. Néron offrit pour le spectacle les magnifiques jardins qu'il possédait au delà du Tibre et qui occupaient l'emplacement actuel du Borgo, de la place et de l'église de Saint-Pierre. Il s'y trouvait un cirque, commencé par Caligula, continué par Claude, et dont un obélisque, tiré d'Héliopolis (celui-là même qui marque de nos jours le centre de la place Saint-Pierre), était la borne. Cet endroit avait déjà vu des massacres aux flambeaux. Caligula, en se promenant, y fit décapiter, à la lueur des torches, un certain nombre de personnages consulaires, de sénateurs et de clames romaines.

L'idée de remplacer les falots par des corps humains, imprégnés de substances inflammables, put paraître ingénieuse. Comme supplice, cette façon de brûler vif n'était pas neuve; mais on n'en avait jamais fait un système d'illumination. A la clarté de ces hideuses torches, Néron, qui avait mis à la mode les courses du soir, se montra dans l'arène, tantôt mêlé au peuple en habit de jockey, tantôt conduisant son char et recherchant les applaudissements. Il y eut pourtant quelques signes de compassion. Même ceux qui croyaient à la culpabilité des chrétiens et qui avouaient qu'ils avaient mérité le dernier supplice eurent horreur de ces cruels plaisirs. Les hommes sages eussent voulu qu'on fit seulement ce qu'exigeait l'utilité publique, qu'on purgeât la ville d'hommes dangereux, mais qu'on n'eût pas l'air de sacrifier des criminels à la férocité d'un seul.


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Message  Monique le Dim 12 Juil 2020, 7:44 am

Des femmes, des vierges furent mêlées à ces jeux horribles. On se fit une fête des indignités sans nom qu'elles souffrirent. L'usage s'était établi, sous Néron, de faire jouer aux condamnés, dans l'amphithéâtre. des rôles mythologiques entraînant la mort de l'acteur. Ces hideux opéras, où la science des machines atteignait à des effets prodigieux, étaient chose nouvelle ; la Grèce eût été surprise si on lui eût suggéré une pareille tentative pour appliquer la férocité à l'esthétique, pour faire de l'art avec la torture. Le malheureux était introduit dans l'arène, costumé en dieu ou en héros voué à la mort, puis représentait, par son supplice, quelque scène tragique des fables consacrées par les sculpteurs et les poètes.

Tantôt c'était Hercule furieux brûlé sur le mont Oeta, arrachant de dessus sa peau la tunique de poix enflammée ; tantôt Orphée mis en pièces par un ours, Dédale précipité du ciel et dévoré par les bêtes, Pasiphaé subissant les étreintes du taureau, Atys meurtri ; quelquefois c'étaient d'horribles mascarades, où les hommes étaient accoutrés en prêtres de Saturne, le manteau rouge sur le dos, les femmes en prêtresses de Cérès, portant les bandelettes au front ; d'autres fois enfin, des pièces dramatiques, au courant desquelles le héros était réellement mis à mort, comme Lauréolus, ou bien des représentations d'actes tragiques, comme celui de Mucius Scaevola. A la fin, Mercure, avec une verge de fer rougie au feu, touchait chaque cadavre pour voir s'il remuait; des valets masqués, représentant Pluton ou l'Orcus, traînaient les morts par les pieds, assommant avec des maillets tout ce qui palpitait encore.

 Les dames chrétiennes les plus respectables durent se prêter à ces monstruosités. Les unes jouèrent le rôle des Danaïdes, les autres celui de Dircé. Il est difficile de dire en quoi la fable des Danaïdes pouvait fournir un tableau sanglant. Le supplice que toute la tradition mythologique attribue à ces femmes coupables, et dans lequel on les représentait, n'était pas assez cruel pour suffire aux plaisirs de Néron et des habitués de son amphithéâtre. Peut-être défilèrent-elles portant des urnes et reçurent-elles le coup fatal d'un acteur figurant Lyncée. Peut-être vit-on Amymone, l'une des Danaïdes, poursuivie par un satyre et violée par Neptune. Peut-être enfin ces malheureuses traversèrent-elles successivement devant les spectateurs la série des supplices du Tartare et moururent-elles après des heures de tourments.


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Message  Monique le Lun 13 Juil 2020, 9:27 am

« Quant aux supplices des Dircés, il n'y a pas de doute. On connaît le groupe colossal désigné sous le nom de Taureau Farnèse, maintenant au musée de Naples. Amphion et Zethus attachent Dircé aux cornes d'un taureau indompté, qui doit la traîner à travers les rochers et les ronces du Cithéron. Ce médiocre marbre rhodien, transporté à Rome dès le temps d'Auguste, était l'objet de l'universelle admiration. Quel plus beau sujet pour cet art hideux que la cruauté du temps avait mis en vogue et qui consistait à faire des tableaux vivants avec les statues célèbres? Un texte et une fresque de Pompei semblent prouver que cette scène terrible était souvent représentée dans les arènes, quand on avait à supplicier une femme. Attachées nues par les cheveux aux cornes d'un taureau furieux, les malheureuses assouvissaient les regards lubriques d'un peuple féroce. Quelques-unes des chrétiennes immolées de la sorte étaient faibles de corps ; leur courage fut surhumain; mais la foule infâme n'eut d'yeux que pour leurs entrailles ouvertes et leurs seins déchirés. »


TACITE, Annales, liv. XV, ch. XLIV.  CLÉMENT ROMAIN, Epître aux Corinthiens, I, ch. III, V et VI.  SUÉTONE, Néron, 16.  Pour la discussion des textes, leur valeur critique, voyez : RENAN, Origines du christianisme, t. IV (cité ici pour le commentaire du texte), p. 152 et suiv.  P. ALLARD, Hist. des Perséc., t. 1, p. 33 et suiv.: « L'incendie de Rome et les martyrs d'août 64. »  Douais, La persécution des chrétiens de Rome en l'année 64, dans la Rev. des Quest. hist. du 1er octobre 1885, en réponse à Recasa : : La persécution des chrétiens sous Néron (1884).Ramsay, The Church in the Roman Empire (1884), p. 232 et suiv., et les ouvrages de DOULCET, MILMAN, NEUMANN, traitant des rapports de l'Eglise avec l'Etat Romain.  BAUER, Christus und die Caesaren (1877), p. 273.  ARNOLD, Die Neronische Christenverfolgung, p. 105.  SCRILLER, Gesch. d. Kaiserrechts enter der Regierung des Nero, p. 437.  Voyez la note de HOLBROOKE ad Tacit., Annal. XV, 44.  ATTILIO PROFUMO, Le fonti ed i tempi dell' incendio neroniano, in-4°, Roma, 1904.


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Message  Monique le Mar 14 Juil 2020, 7:46 am

1° TACITE (Annales, XV, 44)

Ni les efforts humains, ni les largesses du prince, ni les prières aux dieux, ne détruisirent la persuasion que Néron avait eu l'infamie d'ordonner l'incendie. Pour faire taire cette rumeur, Néron produisit des accusés et livra aux supplices le plus raffinés les hommes odieux à cause de leurs crimes que le vulgaire nommait « chrétiens ». Celui dont ils tiraient ce nom, Christ, avait été sous le règne de Tibère supplicié par le procurateur Ponce-Pilate. Réprimée d'abord, l'exécrable superstition faisait irruption de nouveau, non seulement en Judée, berceau de ce fléau, mais jusque dans Rome, où reflue et se rassemble ce qu'il y a partout ailleurs de plus atroce et de plus honteux.

On saisit d'abord ceux qui avouaient; puis, sur leur déposition, une grande multitude, convaincue moins du crime d'incendie que de la haine du genre humain. On ajouta la dérision au supplice ; des hommes enveloppés de peaux de bêtes moururent déchirés par les chiens, ou furent attachés à des croix, ou furent destinés à être enflammés et, à la chute du jour, allumés en guise de luminaire nocturne. Néron avait prêté ses jardins pour ce divertissement et y donnait des courses, mêlé à la foule en habit de cocher, ou monté sur un char. Aussi, quoique coupables et dignes des derniers supplices, on avait pitié de ces hommes, parce qu'ils étaient sacrifiés, non à l'utilité publique, mais à la barbarie d'un seul.


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Message  Monique le Mer 15 Juil 2020, 9:08 am

2° SAINT CLÉMENT ROMAIN (Epître, I, 6)

[A Pierre et à Paul] on joignit une grande multitude d'élus qui endurèrent beaucoup d'affronts et de supplices, laissant aux chrétiens un illustre exemple. Par l'effet de la jalousie, des femmes, les Danaïdes et les Dircés, après avoir souffert de terribles et monstrueuses indignités, ont atteint leur but dans la course sacrée de la foi, et ont reçu la noble récompense, toutes faibles de corps qu'elles étaient.


A SUIVRE... LE MARTYRE DES SAINTS APOTRES PIERRE ET PAUL A ROME VERS L'AN 64 [66]
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Message  Monique le Jeu 16 Juil 2020, 8:02 am

LE MARTYRE DES SAINTS APOTRES PIERRE ET PAUL A ROME VERS L'AN 64 [66]

On ne sait avec certitude le nom d'aucun des chrétiens qui périrent à Rome pendant le divertissement du mois d'août 64. Il se pourrait cependant qu'il fallût rattacher à cet épisode le martyre des apôtres Pierre et Paul. Le fait du martyre est incontestable, malgré la végétation légendaire qui l'envahit de bonne heure. « Une chose certaine, c'est que Pierre est mort martyr. On ne conçoit guère qu'il ait été martyr ailleurs qu'à Rome, et, à Rome, le seul incident historique connu, par lequel on puisse expliquer sa mort, est l'épisode raconté par Tacite. Quant à Paul, des raisons solides perlent aussi à croire qu'il est mort martyr et mort à Borne. » L'étude des récits légendaires de la mort des Apôtres relève d'un travail dans lequel nous avons donné nos conclusions (1) ; je n'essayerai pas d'extraire, pour le présent recueil, ce que ces récits peuvent renfermer de vérité historique. Je n'indiquerai que l'incontestable dans l'histoire de ce double martyre.

RENAN, Origines du Christianisme, t. IV, p. 185 et suiv.  P. ALLARD, Histoire des Perséc., t. I, p. 73 et suiv.  La première épître de SAINT PIERRE aux fidèles d'Orient est évidemment postérieure à l'épisode de juillet-août, mais rien absolument ne permet d'aller plus avant dans la voie de la précision. EUSÈBE, Chron., ann. 13 de Néron, se trouve, quant à la date, parfaitement d'accord avec Clément Romain, dont le Polu Plettos eklelekton, les Danaïdes et les Dircés, sont réunis, comme en tas (Sunethroisthe), aux apôtres Pierre et Paul; de plus, toutes ces arrestations ont une cause commune : « la jalousie ».  Pour les passions légendaires des deux Apôtres, voyez DE ROSSI, Bullettino di archeologia cristiana (1867), p. 70, 71; (1869), p. 86.  DUCHESNE, Le Liber Pontificalis (1884), introd. et page 119, ch. IV, S 9 ; notes 12 et 13.  NEANDER, Geschichte der Pflanzung and Leitung der Kirche durch die Apostel, edit. (1847); II, 601 et suiv.H. PLEGENFELD, Historisch-kritische Enleitung in das N. T. (1875), p. 620 et suiv.  LE MÊME, Zeitschrift fur wiss. Theol. (1872), p. 353 et suiv. ; (1876), p. 59-64.  SEYERLEN, Enstehung und erste Schicksale der Chrislengemeinde zu Rom (1874), p. 61 et suiv. et les divers éditeurs de la Lettre de saint Clément.  Voyez. U. CHEVALIER, Répertoire des sources historiques, aux mots saint Pierre et saint Paul.  DUCHESNE, Les Origines chrétiennes, p. 86 et suiv.  ART. STAPL. BARNES, Saint Peter in Rome and his Tomb on the Vatican Hill.(London, 1900), p. 1-105.  LIPSIUS, Die apokryphen Apostelgeschichlen und Apostellegenden, II, p. 391.  ERSES, dans Zeitschrift f. Kirchengesch., VII, p. n.  ZISTERER, dans Theol. Quartalschr. (1892), LXXrv, p. 121-33 ;  LIGHTFOOT, Aposlolic Fathers. Clement, t. 1, p. 381.  GRISAR, dans Römisch.Quartalschr. (1892), VI, p. 119-153.  Anal. Bolland., XII, 1893, p.. 294.

1. Monumenta Ecclesiae liturgica. Voyez l'Avant-propos.


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Message  Monique le Ven 17 Juil 2020, 8:23 am

SAINT CLÉMENT ROMAIN (Épître, I, ch. V)

Mais laissons là les anciens exemples, et venons aux athlètes qui ont combattu depuis peu. Prenons les illustres exemples de notre génération. C'est par suite de la jalousie et de la discorde que les hommes grands et justes qui furent les colonnes de l'Eglise ont été persécutés et ont combattu jusqu'à la mort. Mettons-nous devant les yeux les saints Apôtres, Pierre, par exemple, qui. par suite d'une jalousie injuste, a souffert non pas une ou deux fois, mais plusieurs fois, et qui, après avoir souffert le martyre, est allé dans le lieu de gloire qui lui était dû. C'est par l'effet de la jalousie et de la discorde que, après avoir montré jusqu'où peut aller la patience, sept fois mis aux fers, banni, lapidé, et que, après avoir été le héraut de la vérité en Orient et en Occident, il a reçu la noble récompense de sa foi, après avoir enseigné le martyre souffert devant les puissances terrestres, il a été délivré du monde et il est allé dans le saint lieu, nous donnant un grand exemple de patience.


SAINT JEAN (XXI, 18-19)

[Jésus dit à Pierre] : « Quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et un autre te ceindra et te conduira tu ne veux pas. » Il dit cela pour faire connaître par quel genre de mort il devait glorifier Dieu.

DENYS DE CORINTHE (dans Eusèbe, Hist. eccl., 1. II, c. 24)

[Pierre et Paul] étant venus à Corinthe, nous instruisirent dans la doctrine de l'Evangile; ils partirent ensemble pour l'Italie et après vous avoir, Romains, instruits comme nous-mêmes, ils furent martyrisés vers le même temps.

TERTULLIEN (de Praescript., c. 36)

O heureuse Eglise de Rome, à laquelle les Apôtres léguèrent leur enseignement et leur sang, dans laquelle Pierre souffrit une passion semblable à celle du Sauveur, et Paul obtint d'être couronné comme Jean-Baptiste l'avait été !  

LE MÊME (Scorpiace, C. 15)

Pierre fut crucifié, Paul décapité.

Lisons les vies des Césars ; Néron le premier, à Rome, ensanglanta la foi naissante. Ce fut alors que Pierre eut les reins ceints par un autre que lui-même, lorsqu'il fut mis en croix ; alors que Paul obtint par le martyre une naissance nouvelle.

ORIGÈNE (dans Eusèbe, ouvr. cité, 1. III, c. I)

On dit que Pierre aborda enfin à Rome, où il fut, sur sa prière, crucifié la tête en bas. Paul souffrit le martyre à Rome, sous Néron.

GAIUS, prêtre de Rome (commencement du IIIe siècle)

Je puis montrer les trophées des Apôtres ; si vous allez soit au Vatican soit sur la voie d'Ostie, vous apercevrez les trophées de ceux qui ont fondé l'Eglise de Rome.



A SUIVRE ... LE MARTYRE DE FLAVIUS CLÉMENT CONSUL ET DE PLUSIEURS AUTRES, L'AN 95
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Message  Monique le Sam 18 Juil 2020, 8:24 am

LE MARTYRE DE FLAVIUS CLÉMENT CONSUL ET DE PLUSIEURS AUTRES, L'AN 95

On a peu de détails sur la persécution de Domitien, car il ne nous reste aucun acte authentique des martyrs qu'elle fit, mais seulement deux phrases d'écrivains contemporains. On y voit la mort d'un groupe de personnages d'un rang ires élevé sur lesquels planait l'accusation d'athéisme, car c'est le nom que l'on donnait alors à la profession du christianisme et l'adoption de moeurs juives. Formule abrégée qui, à la fin du premier siècle, résumait tous les griefs des gouvernants et du peuple contre les chrétiens.

SUÉTONE, Domit., 15. DION, LXVII, 13. RENAN, Origines du Christianisme, t. V, p. 226 et suiv., 286 et suiv. P. ALLARV, Hist. des Perséc., t. I, ch. II ; Les Chrétiens sous les premiers Flaviens et la Condamnation de Flavius Clément et des deux Domitille. TILLEMONT, Mém., t. H, p. 194. MERIVALE, Romans under the Empire, vol. VII, ch. LXII, p. 383. LIGHTFOOT, Philippians, p.22. ROSSI, Bullettino (1865), p. 17-24; (1875), p. 69-77. GSELL, Essai sur le règne de Domitien (1894), p. 996-999. RAMSAY, The Church in the Roman Empire, p. 259; The persecution of Domitian. (Ch. Flavian policy towards the Church. Confirmation of Nero's policy.)

I° DION CASSIUs (LXVII. 13)

En cette année (95), Domitien mit à mort, avec beau-coup d'autres, Flavius Clemens, alors consul, son cousin, et la femme de celui-ci, Flavie Domitille, sa parente. Tous deux furent condamnés pour crime d'athéisme. De ce chef furent condamnés beaucoup d'autres qui avaient adopté les coutumes juives : les uns furent mis à mort, les autres punis de la confiscation. Domitille fut seulement reléguée dans l'île de Pandataria. Domitien fit tuer Glabrion, qui avait été consul avec Trajan, accusé, entre autres choses, des mêmes crimes.

2° EUSÈBE (Hist. eccl., III, 18)

La doctrine de notre foi jeta un tel éclat que même les historiens éloignés de nos idées ne refusèrent pas de mentionner dans leurs écrits la persécution et les martyres auxquels elle donna lieu, et indiquent avec exactitude la date, racontant que, dans la quinzième année du règne de Domitien, avec un grand nombre d'autres, Domitille, fille de la soeur de Flavius Clemens, un des consuls de Rome en cette année-là, fut, pour avoir confessé le Christ, reléguée dans l'île de Pontia.

3° SAINT JÉRÔME (Lettre 108 à Eustochium)

[Paule] fut conduite à l'île de Pontia, ennoblie sous Domitien par l'exil de la plus noble des femmes, Ravie Domitille, et, visitant les petites chambres dans lesquelles celle-ci avait enduré son long martyre, sentit croître les ailes de sa foi et s'allumer le désir de voir Jérusalem et les saints lieux.


A SUIVRE... LE MARTYRE DE SAINT JEAN ÉVANGÉLISTE A ROME, L'AN 95
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Message  Monique le Dim 19 Juil 2020, 7:49 am

LE MARTYRE DE SAINT JEAN ÉVANGÉLISTE A ROME, L'AN 95

Jean, dernier survivant de la première génération chrétienne, se trouvait à Rome au temps où la persécution de Domitien était dans son fort. Le fait paraît incontestable, seules les circonstances qui l'accompagnèrent demeurent dans le vague. Il faut donc s'en tenir à ce que nous savons et laisser dans l'oubli qu'elles méritent les fantaisies légendaires dora on a entouré le martyre du vieil apôtre. Il paraît avoir souffert vers l'endroit où exista plus tard la porte Latine, laquelle ne reçut ce nom que dans l'enceinte d'Aurélien commencée en 271. A la suite de cet événement miraculeux, l'administration romaine déporta Jean dans l'île de Patmos.

TERTULLIEN, Praescript., 36. (Voyez S. JERÔME, in Matth., XX, a3; Adv. Jovinian., I, 26; EUSÈBE, Hist. eccl., VI, 5.) APOCALYPSE, I, 9. S. IRÉNÉE, adv. Haeres., V, 30. RENAN, Origines du Christianisme, t. IV, p. 197, 198, 209, qui admet le fait, mais en lui donnant une explication rationaliste et en le plaçant eu l'an 64. P. ALLARD, Hist. des Perséc., t. I, p. 113 et suiv.


LE MARTYRE DE SAINT JEAN
TERTULLIEN (ouvr. cité)


O heureuse Eglise de Rome, où Jean, plongé dans l'huile bouillante, n'y reçut aucun mal, et fut relégué (ensuite) dans une île.


SAINT JÉRÔME (De Viris illustribus, 9)

Après la mort de Domitien et l'annulation des édits cruels de son règne, sous le gouvernement de Nerva, Jean put regagner la ville d'Ephèse.


A SUIVRE... LES MARTYRS DE L'ASIE-MINEURE ET DE BITHYNIE SOUS DOMITIEN
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Message  Monique le Lun 20 Juil 2020, 7:32 am

LES MARTYRS DE L'ASIE-MINEURE ET DE BITHYNIE SOUS DOMITIEN

Tout ce que l'on sait sur ce sujet se réduit à quelques vagues

désignations et un seul nom. L'Apocalypse et la Lettre de Pline

à Trajan sont les deux seuls documents qui fassent allusion

aux effets de la persécution en Asie-Mineure et en Bithynie.

Les Actes de saint Ignace sont trop postérieurs pour donner au renseignement qu'ils nous fournissent sur le même sujet une égale autorité; néanmoins»ils sont recevables, et nous sommes, d'après ces pièces, autorisés à étendre la persécution de Domitien à tout le littoral de l'Asie-Mineure : à Antioche, en Syrie; à Smyrne, en Lydie; à Pergame, en Mysie; et au nord, sur les rives du Pont-Euxin.

Nous savons le nom d'un martyr à Pergame, Antipas, « lequel paraît avoir souffert près du fameux temple d'Esculape, peut-être dans un amphithéâtre en bois non loin du temple, à propos de quelque fête a. Quant aux apostasies de Bithynie dont parle Pline, il est permis de les reporter à la persécution de Domitien. La lettre à Trajan peut dater de la fin de l'année 112, c'est-à-dire dix-huit ans après la persécution. Or Pline fait remontrer les apostasies qu'il relate à une vingtaine d'années auparavant.



[ASIEMINEURE.]

Apocalypse, VI, 9-11 ; XX, l ; II, 9-Io, 13.  Acta Ignatii, édition Funk, t. II, p. 260.  TILLEMONT, Mém., t. II, note II sur la persécution de Domitien.  RENAN, Origines du Christianisme, t. IV, p. 183 et suiv. Il rapporte ces martyrs à la persécution de Néron afin de les faire rentrer dans son système chronologique (aujourd'hui généralement abandonné. Voy. HARNACK, Gesch. der altchr. Litt., t. II, p. 145).  P. ALLARD, Hist. des Perséc., t. I, p. 114 et suiv.  BOLL., April., II, 3.

[BITHYNIE.]

PLINE, Epist. X, 97.  Pour la discussion de Pline, voyez : DIERAUER, dans BUDINGER, Untersuchungen zur roemischen Kaiscrgeschichte, I (1868), p. 113, 126, note s.  MOMMSEN, dans l'Hermès (1868), p. 59.  LE MÊME, Etude sur Pline le Jeune, trad. MOREL (1873), p. 70 (Bibl. de l'Ec. des Hautes-Etudes, XVe fasc. (1873), p. 25-30, 70-73). KEIL, Plinii Epislolae (Leipzig, 1870).  NOËL DESVERGERS, Comptes rendus de l'Acad. des Inscr. (1866), p. 83-84.  Biograph. gén., art. Trajan, col. 593-596.  RENAN, Origines du Christianisme, V, p. 472.  P. ALLARD, Hist. des Perséc., t. I, p. 114 et suiv.


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Message  Monique le Mar 21 Juil 2020, 7:47 am

ASIE-MINEURE

J'ai vu sous l'autel les âmes de ceux qui ont été tués à cause de la parole de Dieu et du témoignage qu'ils ont rendu.  Je vis aussi les âmes de ceux à qui l'on avait tranché la tête pour avoir rendu hommage à Jésus, et pour avoir annoncé la parole de Dieu.  Je connais tes tribulations, dit le Seigneur à l'ange de l'Église de Smyrne. Ne crains rien des choses que tu dois souffrir. Voici que le diable va envoyer quelques-uns d'entre vous en prison, afin que vous soyez tentés, et vous souffrirez une tribulation qui durera dix jours.  Et à l'ange de l'Église de Pergame : Je sais en quel lieu tu habites, en quel lieu siège Satan ; je sais que tu restes fidèle à mon nom et que tu n'as pas renié ma foi. Et dans ces jours s'est montré mon témoin fidèle Antipas, qui a été tué chez vous, où Satan habite.

(Apocalypse.)

Ignace, successeur d'Evode sur le siège d'Antioche, gouvernait cette Église, qu'il avait conduite jadis comme un sage pilote, pendant les tempêtes et les persécutions. Il opposait aux assauts ses prières, ses jeûnes, la force de sa parole ou la pureté de sa doctrine, et détournait le péril par la fermeté de son âme, car sa principale crainte était de voir succomber la faiblesse ou l'extrême naïveté de quelques-uns. Voyant l'orage apaisé, il se réjouissait.

(Martyre de saint Ignace.)


BITHYNIE

Quelques individus, dit Pline, nommés par le dénonciateur, ont avoué qu'ils étaient chrétiens, et bientôt ils ont nié qu'ils le fussent. Ils avouaient qu'ils l'avaient bien été, mais ils assuraient qu'ils avaient cessé de l'être, les uns il y a trois ans, d'autres depuis plus longtemps encore, certains même depuis vingt ans.

(Lettre de Pline.)


A SUIVRE... LE MARTYRE DE SAINT SIMÉON ÉVÊQUE DE JÉRUSALEM. JÉRUSALEM, L'AN I07
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Message  Monique le Mer 22 Juil 2020, 8:14 am

LE MARTYRE DE SAINT SIMÉON ÉVÊQUE DE JÉRUSALEM. A. JÉRUSALEM, L'AN I07

Siméon, fils ou petit-fils de Cléopas, et cousin du Sauveur, était àgé de cent vingt ans. Depuis quelques mois on avait provoqué dans diverses villes de Judée des mouvements populaires dirigés contre les chrétiens. A Jérusalem, la haine des Juifs fit cause commune avec celle des hérétiques ébionites, esséens, elkasaïtes, dont plusieurs étaient à peine chrétiens. Ces malheureux dénoncèrent l'évêque au double titre de chrétien et de descendant de David. Déjà, sous Domitien, l'autorité romaine avait poursuivi quelques pauvres gens apparentés à l'ancienne famille royale, mais ces poursuites s'étaient vite arrêtées devant l'inanité de l'accusation; sous Trajan, on reprit l'affaire, et la double accusation intentée contre le vieil évêque fut accueillie par le légat consulaire de la Palestine Tiberius Claudius Atticus.

HEGESIPPE, Hypomnemata, dans EUSEBE, Hist. ecclés., III, 32. BOLLAND., Comm. hist., dans les ACTA SS. (1658), févr., III, 53-5 (3e éd. 54-7). LUCHINI, Alti sinceri (1777), 1, 238-9. RENAN, Origines du Christianisme, t. V, p. 496 et suiv. RUINART, Acta sinc. (1688), p. 7-8. TILLEMONT, Mem. h. e. (1694), II, 186-9o, 575-6. P. ALLARD, Hist. des Perséc., t. I, p. 177. LIGHTFOOT, Ignatius, I, 15, 21, suiv., 39, 58, 60, 66; II, 443-449 Epistle to the Galatians, p. 262. MIEL, Pantheistic Principles, pp. 234, 238, 253. BURTON, Lectures on Eccl. Hist., vol. I, p. 290, 341, 357; II, 14, 17. On a voulu faire de Siméon l'auteur de la Didachè (SPENCE), mais cette attribution parait peu probable.


Martyre de saint Siméon

Parmi ces hérétiques, il s'en trouva qui accusèrent Siméon, fils de Clopas, d'appartenir à la famille de David et d'être chrétien. Siméon subit le martyre à l'âge de cent vingt ans, sous le règne de Trajan Auguste et l'administration d'Atticus, légat consulaire pour la Syrie. Siméon fut donc appelé à comparaître devant Atticus, et torturé pendant plusieurs jours de la façon la plus cruelle, Il ne laissa pas un instant de confesser sa foi, à ce point qu'Atticus lui-même et tous les assistants admirèrent grandement son courage. étonnés qu'un homme âgé de cent vingt ans pût supporter de si nombreuses tortures. On finit par le mettre eu croix.


A SUIVRE... LE MARTYRE DE SAINT IGNACE ÉVÊQUE D'ANTIOCHE A ROME, L'AN 107
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Message  Monique le Jeu 23 Juil 2020, 7:43 am

LE MARTYRE DE SAINT IGNACE ÉVÊQUE D'ANTIOCHE A ROME, L'AN 107

Au début du second siècle, l'Église d'Antioche avait pour chef un personnage entouré du plus profond respect, qu'on nommait Ignatius, dont la réputation était répandue dans toutes les Églises, surtout en Asie-Mineure. Dans des circonstances que nous ignorons, probablement à la suite de quelque mouvement populaire; il fut arrêté, condamné à mort et, comme il n'était pas citoyen romain, désigné pour être conduit à Rome et livré aux bêtes dans l'amphithéâtre. On choisissait d'ordinaire pour ce spectacle de beaux hommes, dignes d'être montrés au peuple romain. Le voyage de ce courageux confesseur d'Antioche à Rome, le long des côtes d'Asie, de Macédoine et de Grèce, fut une sorte de triomphe. Les Églises des villes où il passait s'empressaient autour de lui, lui demandaient des conseils. Lui, de son côté, leur écrivait des épîtres pleines d'enseignement, auxquelles sa position, analogue à celle de saint Paul, prisonnier de Jésus-Christ, donnait la plus haute autorité. A Smyrne, en particulier, Ignace se trouva en rapport avec toutes les Églises de l'Asie. Polycarpe, évêque de Smyrne, put le voir et garda de lui un profond souvenir. Ignace eut à cet endroit une correspondance étendue ; ses lettres étaient accueillies avec presque autant de respect que des écrits apostoliques. Entouré de courriers d'un caractère sacré qui allaient et venaient, il ressemblait plus à un personnage puissant qu'à un prisonnier. Ce spectacle frappa les yeux des païens eux-mêmes. Parmi ces lettres, la plus célèbre est adressée de Symrne aux Romains. Je la cite en entier, bien qu'elle soit dans toutes les mémoires. L'antiquité chrétienne, aucune antiquité sans doute, n'offre rien de plus beau. Les défauts de la forme littéraire, obscurité, longueurs, répétitions, disparaissent devant la grandeur incomparable du fond. Nous n'avons pas le récit authentique du martyre d'Ignace ; nous avons, mieux que cela, l'image vive, sincère, originale, de l'âme de ce grand chrétien, à la veille du martyre, quand lui apparaissent de loin les lions qui doivent le dévorer, et derrière les lions, la gloire même du Christ, dont les rayons, comme un splendide soleil couchant, l'embrasent et le transfigurent. (E. RENAN ; P. ALLARD.)

La littérature presque infinie à laquelle la discussion de l'authenticité des épîtres de saint Ignace a donné naissance ne saurait être indiquée ici. On trouvera une bibliographie de ce sujet dans RICHARDSON, Bibliographie Synopsis, supplément à I'édition américaine de la collection « The Ante-Nicene Fathers » (1887, Buffalo), p. 10 à 15 inclus. Voyez aussi CHEVALIER, Répertoire des sources historiques, au mot Ignace ; et les prolégomènes aux éditions des épîtres par Funk, Opera Patrum apostolicorum, 2° édit. (1881), t. I, p. XLIX-LXXXIII. LIGHTFOOT, Apostolic Fathers, II (1885), II , 15-360; 708-857.  ZAHN, dans Patrum apostolicorum opera, III, II (1876), V-XLII. Sur les questions de date, de lieu du martyre et la critique du « Martyrium Ignatii », voyez P. ALLARD, Hist. des Perséc., I, p. 169 et suiv.  RENAN, Origines du Christianisme, t. V, p. 485 et suivantes, et les sources ordinaires, ACTA. SS., janvier.  TILLLEMONT, Men. h. é. (1694), II, 190-213; 576-83. (Pour la date : 107. EUSEBE, Chroniq., ROSSI, Inscript. chr. urbis Romae, p. 6, RUINART, Act. sinc., P. ALLARD, ouvr. cité. USHER, TILLEMONT, CEILLIER, GALLANDI, BUSSE, WIESELER, MOEHLER, FUNK, ROBERTS and SCHMIOT. pour 110. DE GOLTZ. pour 110-117, HARNACK; pour 112, RENAN. pour 114, BORGHESI, CHRONICON PASCHALE; VOLKMAR, UEBERWEG, KURTZ. pour 115-6, LLOYD, PAGI, CRABE, ROUTH, GIESELER. pour 98-117, LIGHTFOOT. pour 116, PEARSON). FUNK, Die Echtheit der ign. Briefe (1883); RÉVILLE, Les origines de l'épiscopat, t. I, (1894). VON DER GOLTZ, Ignatius von Antiochen als Christ und Theologe (1890). HARNACK, Gesch. der altchristlichen Litteratur, t. II, p. 381.  BOLLANDISTES, Biblioth. hag. gr., p. 57.  Bulletin critique, t. VII (1887), p. 124.  Dictionn. of Christ Biograph. art. S. Ignatius.


A SUIVRE... ÉPITRE DE SAINT IGNACE D'ANTIOCHE AUX ROMAINS
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Message  Monique le Sam 25 Juil 2020, 9:13 am

ÉPITRE DE SAINT IGNACE D'ANTIOCHE AUX ROMAINS

Ignace, porte-Dieu, à l'Église qui a reçu la miséricorde de la munificence du Père Très-Haut et de Jésus-Christ, son Fils unique ; à l'Église sanctifiée et illuminée par la volonté de Celui qui a créé toutes choses, qui sont selon la foi et l'amour de Jésus-Christ notre Dieu et notre Sauveur ; à l'Église qui siège à Rome même, à la divine, à l'éclatante, à la bienheureuse, à la glorieuse, à la désirable, à la chaste, à celle enfin qui préside à l'universelle assemblée de la charité, qui a le nom du Christ, le nom du Père et qui porte le Saint-Esprit; celle que je salue au nom du Dieu tout-puissant et de Jésus-Christ, Fils de ce Père ; à ceux qui sont unis à tous ses ordres par la même chair et l'esprit, remplis de la grâce de Dieu et purifiés de toute couleur étrangère, j'adresse mes salutations les plus abondantes et les plus délicates dans le Christ notre Dieu.

A. force de prières, j'ai obtenu de voir vos saints visages ; j'ai même obtenu plus que je ne demandais; car c'est en qualité de prisonnier de Jésus-Christ que j'espère aller vous, saluer, si toutefois Dieu me lait la grâce de demeurer tel jusqu'au bout. L'affaire est bien entamée, pourvu seule-ment que rien ne m'empêche d'atteindre le lot qui m'est échu. C'est de votre charité, à vrai dire, que je crains quelque dommage. Vous autres, vous ne risquez rien ; mais pour moi il m'est difficile d'atteindre Dieu, si, sous le prétexte d'une amitié charnelle, vous n'avez pas pitié de moi. Je ne veux pas que vous cherchiez à plaire aux hommes, mais que vous continuiez à plaire à Dieu. Jamais je ne retrouverai une pareille occasion, et vous, à condition que vous ayez la charité de rester tranquilles, jamais vous n'aurez contribué à une œuvre meilleure. Si vous ne dites rien, en effet, j'appartiendrai à Dieu; si, au contraire, vous m'aimez d'un amour charnel, me voilà de nouveau rejeté dans la lutte. Laissez-moi immoler pendant que l'autel est prêt, pour que, réunis tous en choeur par la charité, vous chantiez au Père dans le Christ Jésus : « Dieu a daigné envoyer du levant au couchant l'évêque de Syrie ! » Il est bon, en effet, de se coucher du monde en Dieu pour se lever en lui.

Vous n'avez jamais fait de mal à personne ; vous avez été des maîtres pour tant d'autres. Je veux seulement réduire en pratique ce que vous enseignez, ce que vous prescrivez. Demandez seulement pour moi la force du dedans et du dehors, afin que je ne fasse pas que parler, mais que je sache vouloir, afin que je ne sois pas seulement appelé chrétien, mais que je sois trouvé tel, quand j'aurai disparu du monde. Rien de ce qui est apparent n'est bon. Notre Dieu Jésus-Christ, existant dans son Père, ne paraît plus. Le christianisme n'est pas seulement une œuvre de silence, mais une œuvre d'éclat quand il est haï du monde.

J'écris aux Églises, je mande à tous que je suis assuré de mourir pour Dieu, si vous ne m'en empêchez. Je vous conjure de ne pas me montrer une tendresse intempestive. Laissez-moi être la nourriture des bêtes, grâce auxquelles il me sera donné de jouir de Dieu. Je suis le froment de Dieu; il faut que je sois moulu par la dent des bêtes pour que je sois trouvé pur pain du Christ. Caressez-les plutôt, afin qu'elles soient mon tombeau, qu'elles ne laissent rien subsister de mon corps, et que mes funérailles ne soient à charge à personne. Alors je serai vraiment disciple du Christ, quand le monde ne verra plus mon corps. Priez le Christ pour moi, afin que par ces membres je devienne un sacrifice à Dieu. Je ne vous commande pas comme eussent fait Pierre ou Paul. Ils étaient apôtres; je suis un condamné. Ils étaient libres; je suis maintenant un esclave. Mais si je souffre, je deviendrai affranchi de Jésus-Christ, et je renaîtrai libre. Aujourd'hui dans les chaînes, j'apprends à ne rien désirer.


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Message  Monique le Lun 27 Juil 2020, 8:52 am

Depuis la Syrie jusqu'à Rome, sur terre, sur mer, de jour, de nuit, je combats déjà contre les bêtes, enchaîné que je suis à dix léopards (je veux parler des soldats mes gardiens, qui se montrent d'autant plus méchants qu'on leur fait plus de bien). Grâce à leurs brutalités, je me forme, « mais je ne suis pas pour cela justifié ». Je gagnerai, je vous l'assure, à me trouver en face des bêtes qui me sont préparées. J'espère les rencontrer dans de bonnes dispositions ; au besoin je les flatterai de la main, pour qu'elles me dévorent sur-le-champ, et qu'elles ne fassent pas comme pour certains qu'elles ont craint de toucher. Si elles y mettent du mauvais vouloir, eh bien, je les forcerai.

Pardonnez-moi, je sais ce qui m'est préférable. C'est maintenant que je commence à être un vrai disciple. Non; aucune puissance, ni visible, ni invisible, ne m'empêchera de jouir de Jésus-Christ. Feu et croix, troupes de bêtes, dislocation des os, mutilation des membres, broiement de tout le corps, que tous les supplices du démon tombent sur moi, pourvu que je jouisse de Jésus-Christ.

Le monde et ses royaumes ne me sont rien. Mieux vaut pour moi mourir pour Jésus-Christ que régner sur toute la terre. Je cherche celui qui est mort pour nous; je veux celui qui est ressuscité pour nous. Ma délivrance est proche. De grâce, mes frères, ne me privez pas de la vie; ne me condamnez pas à mort. Je veux être à Dieu ; ne me livrez pas au monde, ne m'attirez pas avec la matière. Laissez-moi recevoir la pure lumière; c'est quand j'arriverai là que je serai vraiment un homme. Laissez-moi reproduire la passion de mon Dieu. Si quelqu'un le porte en son cœur, il comprendra ce que je veux; il compatira à ma peine, connaissant ce qui m'entrave.

Le prince de ce siècle veut me ravir et corrompre ma volonté d'être à Dieu. Qu'aucun de vous ne l'aide ; soyez de mon parti, c'est-à-dire, du parti de Dieu. N'ayez pas Jésus-Christ dans la bouche et le monde dans le cœur. Que la jalousie n'habite pas en vous. Si, quand je serai avec vous, je vous supplie, ne me croyez pas ; croyez plutôt à ce que je vous écris aujourd'hui. Je vous écris vivant et souhaitant mourir. Mon amour est crucifié, et il n'y a plus en moi d'ardeur pour la matière, il n'y a qu'une eau vive, qui murmure au dedans de moi et me dit : « Viens vers le Père. » Je ne prends plus de plaisir à la nourriture corruptible, ni aux joies de cette vie. Je veux le pain de Dieu, qui est la chair de Jésus-Christ, né de la race de David; et je veux pour breuvage son sang, qui est l'amour incorruptible.


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Message  Monique le Mar 28 Juil 2020, 11:12 am

Je ne veux plus vivre comme les autres hommes. Il en adviendra ainsi, si vous le voulez bien. Puisse cela vous plaire, afin que vous-mêmes plaisiez à Dieu. Je vous le demande en peu de mots : croyez-moi. Jésus-Christ vous fera connaître que je dis vrai. Il est la bouche de vérité par qui le Père a vraiment parlé. Demandez que ma demande soit comblée. Ce n'est pas selon la chair, mais selon la pensée de Dieu que je vous ai écrit. Si j'ai le bonheur de souffrir, vous l'aurez voulu ; si je suis rejeté, vous m'aurez traité en ennemi.

Souvenez-vous dans vos prières de l'Église de Syrie, laquelle en mon absence a Dieu pour son pasteur. Que le seul Jésus-Christ et votre charité y remplacent l'évêque absent. Je rougis de m'avouer comme étant l'un d'entre eux ; j'en suis indigne, moi le dernier de tous, un simple avorton, mais la miséricorde m'a pénétré, afin de faire de moi quelque chose dans le cas où je serai fidèle à Dieu. Je vous salue en esprit et par moi la charité des Églises qui m'ont reçu au nom du Christ, et non pas en simple voyageur. En effet les Églises qui ne se trouvaient pas sur mon chemin, mais qui vivaient du même esprit, accouraient à moi dans chaque cité.

Je vous écris de Smyrne par l'intermédiaire de quelques Ephésiens fort respectables qui sont du nombre des saints. Parmi mes compagnons en grand nombre se trouve Crocus, le tant aimé. Touchant ceux qui m'ont précédé de la Syrie jusqu'à Rome pour la gloire de Dieu, je crois que vous les connaissez, annoncez-leur que j'approche. Tous sont dignes, et de vous-mêmes, vous devez les réconforter en toutes choses.

Je vous ai écrit avant le IX des Calendes de septembre.

Que tout aille bien, vaillant jusqu'au bout, souffrant pour le Christ-Jésus.


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Message  Monique le Mer 29 Juil 2020, 7:51 am

LES MARTYRS DE BITHYNIE SOUS TRAJAN (111-112)


Le christianisme prit dès le début une extension singulière dans les diverses provinces qui composaient l'Asie-Mineure. Saint Pierre et saint Paul les avaient sillonnées en plusieurs directions et les Eglises étaient aussi prospères qu'elles étaient nombreuses, particulièrement en Phrygie. Les cultes païens avaient partout beaucoup souffert ; dans le Pont, la Galatie, la Bithynie, la Cappadoce, la Pamphylie, la Lydie, la Mysie, « la religion officielle n'avait pour se soutenir que l'appui qu'elle recevait de l'empire. Abandonnée à elle-même par les préfets indifférents, elle était tombée tout à fait bas. En certains endroits, les temples passaient à l'état de ruines. Les associations professionnelles et religieuses, les hétéries, qui étaient si fort dans le goût de l'Asie-Mineure, s'étaient développées à l'infini ; le christianisme, profitant des facilités que lui laissaient les fonctionnaires chargés de l'arrêter, gagnait de toutes parts. Nous avons vu que l'Asie et la Galatie étaient les pays du monde où la religion nouvelle avait trouvé le plus de faveur. De là, elle avait fait des progrès surprenants vers la mer Noire. » (Renan). Sans doute les conversions en masse avaient quelquefois de tristes revers, maïs l'heure des grandes crises passées, les Eglises présentaient un spectacle fort consolant pour les chrétiens, mais fort inquiétant aux yeux de l'empereur Trajan. Car ce fut lui l'auteur véritable de toutes les réformes dont Pline se fit l'exécuteur dans les limites de son gouvernement. On frappa les hétéries et toutes les corporations.

Aussi, chaque jour le légat de Bithynie retrouvait-il dans quelque affaire nouvelle la secte des chrétiens. Il les connaissait peu ; néanmoins les délations étaient si pressantes, si nombreuses, que Pline ne pouvait, malgré son désir, se dérober aux lois de l'empire. Il ordonna quelques arrestations, décida l'envoi à Rome des inculpés qui, jouissaient du titre de citoyens romains, et fit mettre à la question deux diaconesses. Tout cela n éclaircit pas la situation. Vers l'automne de l'an (???), les enterras étaient devenus inextricables; le légat impérial se trouvant à Amisus écrivit à l'empereur.



PLINE, Epist., X, 37. Une longue controverse a divisé les érudits à propos de l'authenticité de cette lettre. Elle a été contestée par B. AUBÉ, Revue contemporaine, 2e série, t. LXVII, p. 401.  Histoire des persécutions, p. 219.  DE LA BERGE, Essai sur le règne de Trajan (1877), p. 209.  DESJARDINS, Les Antonins d'après l'épigraphie, dans la Revue des Deux Mondes ( 1er déc. 1874), p. 657.  ERNEST HAVET, Le Christianisme et ses Origines, t. IV (1884), p. 425-431.  L'authenticité est universellement reconnue aujourd'hui. Voy. G. BOISSIER, dans la Revue archéologique, t. XXXI (1876), p. 114-125.  RENAN, Les Evangiles (1877), p. 476, note 3.  Jos. VARIOT, dans Rev. des Quest. historiques, juillet 1878, p. 80-153.  F. DELAUNAY, dans Revue de France, juin 1879, p. 527-533.  LIGHTFOOT, Apostolic Fathers, pars II, I, 51. P. ALLARD, Hist. des Perséc., t. 1, p. 116, 142 et suiv.  HARNACK, Gesch. der altchr. Litter., I, 11, p. 866. « Seine Echtheit ist mit unzureichenden Gründen bestritten worden. » (Voir HARNACK, Texte und Untersuchungen, VIII, 4 S., r et suiv.  CURETON, Ancient Syriac Documents, p. 70 et p. 186.  RAMSAY, The Church in the Roman Empire before 170, ch X, p. 196 et suiv. Pliny's report and Trajan's rescript. CHATEAUBRIAND a donné une traduction parmi les éclaircissements au Génie du Christianisme, note 2. Je ne sais si elle est de lui. On trouvera l'indication de quelques autres écrits plus anciens et moins importants au cours des dissertations qui viennent d'élire énumérées.


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Message  Monique le Jeu 30 Juil 2020, 7:52 am

PLINE A L'EMPEREUR

(Extrait)

Voici la règle que j'ai suivie envers ceux qui m'ont été déférés comme chrétiens.

Je leur ai posé la question s'ils étaient chrétiens ; ceux qui l'ont avoué, je les ai interrogés une seconde et une troisième fois, en les menaçant du supplice ; ceux qui ont persisté, je les ai fait conduire à la mort ; un point est en effet hors de doute pour moi, c'est que, quelle que soit la nature délictueuse ou non du fait avoué, cet entêtement, cette inflexible obstination méritaient d'être punis. Il y a eu quelques autres malheureux atteints de la même folie que, vu leur titre de citoyens romains, j'ai marqués pour être renvoyés à Rome. Puis, dans le courant de la procédure, le crime, comme il arrive d'ordinaire, prenant de grandes ramifications, plusieurs espèces se sont présentées.

Un libelle anonyme a été déposé, contenant beaucoup de noms. Ceux qui ont nié qu'ils fussent ou qu'ils eussent été chrétiens, j'ai cru devoir les faire relâcher quand ils ont invoqué après moi les dieux, et qu'ils ont supplié par l'encens et le vin votre image, que j'avais pour cela fait apporter avec les statues des divinités, et qu'en outre ils ont maudit Christus, toutes choses auxquelles, dit-on, ne peuvent être amenés par la force ceux qui sont vraiment chrétiens. D'autres, nommés par le délateur, ont dit qu'ils étaient chrétiens, et bientôt ils ont nié qu'ils le fussent, avouant qu'ils l'avaient bien été, mais assurant qu'ils avaient cessé de l'être, les uns il y a trois ans, d'autres depuis plus longtemps encore, certains il y a au moins vingt ans. Tous ceux-là ont aussi vénéré votre image et les statues des dieux, et ont maudit Christus. Or, ils affirmaient que toute leur faute ou toute leur erreur s'était bornée à se réunir habituellement à des jours fixés, avant le lever du soleil, pour chanter entre eux alternativement un hymne à Christus comme à un Dieu, et pour s'engager par serment non à tel ou tel crime, mais à ne pas commettre de vols, de brigandages, d'adultères, à ne pas manquer à la foi jurée, à ne pas nier un dépôt réclamé ; que, cela fait, ils avaient coutume de se retirer, puis de se réunir de nouveau pour prendre ensemble un repas, mais un repas ordinaire et parfaitement innocent ; que cela même ils avaient cessé de le faire depuis l'édit par lequel, conformément à vos ordres, j'avais interdit les hétéries.

Cela m'a fait regarder comme nécessaire de procéder à la recherche de la vérité par la torture sur deux servantes, de celles qu'on appelle diaconesses. Je n'ai rien trouvé qu'une superstition mauvaise, démesurée. Aussi, suspendant l'instruction, j'ai résolu de vous consulter. L'affaire m'a paru le mériter, surtout à cause du nombre de ceux qui sont en péril. Un grand nombre de personnes, en effet, de tout âge, de toute condition, des deux sexes, sont appelées en justice ou le seront ; ce ne sont pas seulement les villes, ce sont les bourgs et les campagnes que la contagion de cette superstition a envahies. Je crois qu'on pourrait l'arrêter et y porter remède. Ainsi il est déjà constaté que les temples, qui étaient à peu près abandonnés, ont recommencé à être fréquentés ; que les fêtes solennelles, qui avaient été longtemps interrompues, sont reprises, et qu'on met en vente la viande des victimes, pour laquelle on ne trouvait que de très rares acheteurs. D'où il est facile de concevoir quelle foule d'hommes pourrait être ramenée, si on laissait de la place au repentir.


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