Rome souterraine. (NOTES)

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Rome souterraine. (NOTES)

Message  Louis le Dim 23 Nov 2014, 3:56 pm

NOTE C

La Chaire de Saint Pierre

SOMMAIRE. — Double sens du mot cathedra Petri. — La chaire véritable exposée en 1867. — I. DESCRIPTION DE LA CHAIRE : elle est composée de deux sortes de bois. — Ornée d'ivoires de deux époques. — Son antiquité traditionnelle ne présente pas de difficultés archéologiques. — II. NOTICE HISTORIQUE SUR LA CHAIRE DE SAINT PIERRE. — Le mot cathedra Petri pris dans son sens littéral par Ennodius, A. D. 500. — Inscription du Baptistère du Vatican. — Témoignages de saint Damase, IVe siècle, — d'Optat de Milève, même époque,— de saint Cyprien, IIIe  siècle, — de Tertullien. —  Saint Clément intronisé par saint Pierre. — Résumé des arguments en faveur de l'identité de la chaire. — III. AUTRE CHAIRE DE SAINT PIERRE DANS LE CIMETIERE D'OSTRIANUS. — Où était la chaire de saint Pierre près de laquelle furent recueillies les olea de Monza? — IV. LES DEUX FETES DE LA CHAIRE DE SAINT PIERRE. — Fête du 18 janvier. — Fête du 22 février. —  22 février, primatie de saint Pierre. — 18 janvier, sa venue à Rome.

Le mot cathedra Petri est devenu, depuis un temps immémorial, une des formules consacrées à exprimer l'autorité suprême dans l'Eglise catholique. Nous sommes enclins à le prendre dans sa seule acception morale et symbolique, oubliant qu'il désigne aussi une réalité concrète, et que, dans la chaire de bronze soutenue, au fond de l'abside de Saint-Pierre de Rome, par les colossales figures des quatre grands docteurs de l'Église latine, est enfermé un siège antique dans lequel la tradition romaine enseigne que saint Pierre s'est assis. Ce siège est presque toujours invisible. Quand le cardinal Wiseman voulut réfuter l'amusante bévue de lady Morgan, qui confondait cette vénérable relique avec une ancienne chaire conservée à Venise, et affirmait que sur la chaire de saint Pierre se lit une inscription musulmane, il dut se contenter, pour appuyer ses raisonnements, de descriptions et de dessins publiés il y a deux cents ans, car la relique n'avait jamais été découverte depuis le jour où Alexandre VII la plaça dans son enveloppe de bronze. M. de Rossi a été plus heureux ; à l'occasion du dix-huitième centenaire du martyre des apôtres, en 1867, le pape Pie IX ordonna que la chaire de saint Pierre fût exposée à la vénération des fidèles, et rendit ainsi possible de l'examiner de près. La gravure ci-jointe a été copiée avec beaucoup de soin sur une photographie prise pendant que la chaire était exposée; elle permettra au lecteur d'en suivre la description.

I.   —   DESCRIPTION   DE   LA   CHAIRE.

La chaire de saint Pierre est supportée par quatre solides pieds en chêne jaune, que réunissent des barres horizontales faites de même bois. Dans ces pieds sont fixés les anneaux de fer qui faisaient d'elle une sella gestatoria, telle que celle dans laquelle est encore aujourd'hui




porté le souverain pontife dans les occasions solennelles, ou celles dont les sénateurs romains commencèrent à se servir sous le règne de Claude. Les quatre pieds de chêne étaient carrés ; maintenant ils sont rongés et déformés par l'âge, et de nombreuses parcelles de bois leur ont été enlevées pour être conservées comme reliques. Ces vénérables supports ont été fortifiés par des pièces de bois d'acacia de couleur sombre, qui forment toute la partie intérieure de la chaire, et paraissent n'avoir aucunement souffert des causes qui ont réduit les pieds de chêne à l'état de ruines. Les panneaux de face et des côtés, ainsi que la rangée d'arcades formant dossier, et le tympan qui la surmonte, sont faits de même bois. La circonstance la plus remarquable de ce mélange de deux bois différents, c'est que tous les ornements d'ivoire qui couvrent le devant et le dossier de la chaire sont attachés au bois d'acacia seul, et jamais aux portions composées de chêne. La charpente de chêne, avec les anneaux qui y sont fixés, paraît donc appartenir à une date plus ancienne que les parties en bois d'acacia et leurs ornements d'ivoire.

Ces ornements d'ivoire sont eux-mêmes…

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(1) Cf. Bullettino di archeologia cristiana, 1867, p. 33-47.

Rome Souterraine, p. 536-538.

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Message  Louis le Lun 24 Nov 2014, 3:54 pm

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Ces ornements d'ivoire sont eux-mêmes de deux sortes. Ceux qui couvrent le panneau de devant sont des plaques d'ivoire carrées, disposées en trois rangées contenant chacune six plaques : sur celles-ci sont gravés les travaux d'Hercule, et dans les lignes de la gravure sont appliquées des laminæ d'or. Quelques-unes de ces plaques d'ivoire sont posées la tête en bas, et il est certain qu'elles n'ont point été fabriquées pour la place qu'elles occupent maintenant. Celles qui décorent le dossier s'adaptent parfaitement, au contraire, avec les portions d'acacia qu'elles recouvrent, elles correspondent à son architecture, et paraissent avoir été fabriquées exprès pour le revêtir. Ce sont de longues bandes d'ivoire, non plus gravées, mais sculptées en relief, et représentant des combats d'animaux, de centaures et d'hommes ; au milieu de la barre horizontale du tympan est la figure d'un empereur couronné, portant dans sa main droite un sceptre aujourd'hui brisé, et dans sa main gauche un globe; il a des moustaches, mais pas de barbe : M. de Rossi reconnaît en lui Charlemagne ou l'un de ses successeurs. De chaque côté de cette figure se tient un ange : l'un présente une couronne, l'autre porte une palme. Le style du bas-relief et des arabesques correspond à l'époque de Charlemagne. Les ivoires représentant les travaux d'Hercule sont beaucoup plus anciens : M. de Rossi ne croit point, cependant, qu'ils remontent jusqu'au Ier siècle.

Cette chaire n'est certainement pas, comme l'avait cru Wiseman sur la foi des descriptions inexactes de Torrigio et de Febeo, la chaise curule en ivoire dont se servait le sénateur Pudens. Mais rien ne s'oppose à ce que la charpente en chêne remonte au Ier siècle. Elle est plus  ancienne que les revêtements en bois d'acacia et les bandes d'ivoire qui les recouvrent : les uns et les autres appartiennent au moyen âge. Les ivoires antiques qui décorent le panneau antérieur furent probablement fixés à la chaire vers la même époque. Il n'est pas rare de trouver des couvertures d'évangéliaires, des reliquaires, des objets précieux de la première partie du moyen âge ornés ainsi d'ivoires de travail païen. A cette époque, le paganisme était bien mort : on ne craignait pas de faire servir à toute sorte d'usages, même à des usages sacrés, les trésors d'art laissés par lui. Au contraire, aux premiers siècles, pendant la lutte entre l'Eglise naissante et le paganisme encore maître du monde, les chrétiens (on l'a vu dans notre chapitre sur la sculpture) repoussaient avec horreur toute représentation empruntée à l'idolâtrie : ils n'eussent certes point laissé des objets de cette nature décorer une relique aussi vénérée que la chaire de saint Pierre. Il faut donc faire deux parts dans l'état actuel de la chaire, et distinguer la charpente primitive des additions postérieures. Cette charpente primitive peut fort bien avoir fait partie, non d'une chaire curule, mais d'une sella gestatoria : les anneaux antiques qui y sont fixés semblent l'établir. Or Wiseman fait remarquer avec beaucoup de raison que l'usage de la sella gestatoria remonte précisément au règne de Claude, et fut adopté à cette époque par les sénateurs. Il est très-vraisemblable que ce qui était alors regardé comme un honneur et un privilège réservé aux plus hautes dignités ait été offert par un converti de rang sénatorial au Pasteur suprême de l'Eglise, à celui auquel, selon l'expression du Liber pontificalis, « la chaire fut donnée ou conférée par le Seigneur Jésus-Christ (1).  »

II.  —  NOTICE    HISTORIQUE    SUR   LA   CHAIRE  DE  SAINT   PIERRE
Pour établir historiquement que la relique vénérée sous ce nom…


_________________________________________

(1)  Hic (Clemens) ex praecepto Beati Pétri suscepit Ecclesiam, et Pontificatum gubernavit sicut ei fuerat a Domino Jesu cathedra tradita, vel commissa. — Lib. font., IV.

Rome Souterraine, p. 538-539

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Message  Louis le Mar 25 Nov 2014, 4:41 pm

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II. NOTICE HISTORIQUE SUR LA CHAIRE DE SAINT PIERRE.

Pour établir historiquement que la relique vénérée sous ce nom a été regardée depuis les premiers temps de l'Eglise romaine comme le siège pastoral de saint Pierre, deux choses sont nécessaires : en premier lieu produire une chaîne de témoignages rattachant aux temps apostoliques ou aux temps voisins des apôtres la cathedra Petri, en second lieu démontrer que, en dehors de son acception métaphorique et morale, l'expression  cathedra ou sedes Petri a été et  doit être prise dans un sens littéral et concret.

Prenons un exemple. On lit dans Bède (1)  que Ceadwalla, roi des West-Saxons, converti par Wilfrid, vint à Rome pour y être baptisé. Après sa mort, arrivée en 689, le pape Sergius Ier fit placer dans Saint-Pierre une inscription ainsi conçue :

« Le roi Ceadwalla, puissant dans la guerre, abandonna tout pour l'amour de Dieu, afin de pouvoir visiter Pierre et la chaire de Pierre, et recevoir humblement à sa source l'eau qui purifie. »

A première vue, dans ces paroles, « la chaire de Pierre » paraît une expression métaphorique, désignant Rome et la juridiction papale, comme « Pierre » y est une métaphore, désignant le successeur de l'apôtre, le pape Sergius. Dans un passage comme celui-ci, rien n'indique une allusion précise, formelle, à une chaire matérielle et visible, telle que celle que nous venons de décrire.

Il faut donc produire des textes ne laissant aucun doute sur leur signification littérale, n'impliquant aucune idée de métaphore.

Tel est le passage suivant d'Ennodius de Pavie, qui florissait à la fin du Ve et au commencement du VIe siècle. Il peint Rome se réjouissant d'être chrétienne, et met dans sa bouche ces belles paroles :


Ecce nunc ad gestatoriam sellam apostolicæ confessionis uda mittunt limina candidatos ; et uberibus, gaudio exacto, Jietibus collata Dei beneficio dona geminantur (2) : « Voyez les seuils humides envoyant des néophytes en robe blanche vers la sella gestatoria de la confession apostolique; là, parmi des flots de joyeuses larmes, sont conférés, l'un après l'autre, les dons apportés par la bonté de Dieu, »

c'est-à-dire les deux sacrements de Baptême et de Confirmation. Dans ce passage Ennodius nous représente sous de vives couleurs le spectacle offert par le Baptistère du Vatican, quand les nouveaux baptisés, pleins d'une émotion joyeuse, sortaient des fonts pour recevoir la confirmation de la main de l'évêque assis dans la sella gestatoria, qui paraît avoir occupé à cette époque une place d'honneur dans le Baptistère de la Basilique. Ici, aucun doute n'est possible : c'est bien d'une chaire matérielle qu'il s'agit.

Ce texte peut être rapproché des vers suivants, tirés d'un manuscrit de Verdun ; ils sont du IV e ou V esiècle : …

___________________________________________________

(1). Hist. Eccl., V, 7. — Cf. de Montalembert, les Moines d'Occident, t. V, pp. 131, 132. — (2).  Apolog. pro Synodo, ap. Sismond, Opp., t. I, p. 1647.

Rome Souterraine, p. 540-541.

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Message  Louis le Mer 26 Nov 2014, 3:53 pm

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Ces vers nous disent que le Baptistère du Vatican, sur la porte duquel ils étaient inscrits, était « un double honneur ajouté par le Christ à Pierre, et à la chaire de l'apôtre », et qu'il y avait dans ce Baptistère un lieu distinct où les néophytes recevaient le sceau des promesses divines et les dons du Saint-Esprit par la main du Souverain Pasteur.

Comparant ces vers avec le texte d'Ennodius, on reconnaît que, dans les uns comme dans l'autre, la sedes apostolica n'est pas nommée seulement dans son acception spirituelle, mais encore dans un sens matériel et littéral ; et qu'au ve siècle au moins était solennellement conservée dans le Baptistère du Vatican une sella gestatoria sur laquelle ou devant laquelle le pape était assis quand il administrait le sacrement de la Confirmation.

Nous trouvons, un siècle plus tôt…

Rome Souterraine, p. 541-542.

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Message  Louis le Jeu 27 Nov 2014, 2:53 pm

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Nous trouvons, un siècle plus tôt, une évidente  allusion au même fait dans l'inscription mise par saint Damase sur la porte du Baptistère construit par lui :

VNA PETRI SEDES  VNVM  VERVMQVE  LAVACRVM.

De même, dans l'épitaphe du successeur immédiat de Damase, nous lisons que le pape Sirice

FONTE SACRO MAGNVS MERVIT SEDERE SACERDOS (1)».

La place habituelle du trône épiscopal était dans l'abside de la Basilique; par conséquent, s'il est dit que Sirice « fut jugé digne de s'asseoir comme grand prêtre près de la fontaine sacrée », il devient clair que « près de la fontaine sacrée », c'est-à-dire dans le Baptistère, était placée la chaire à laquelle l'évêque de Rome devait son rang suprême comme Sacerdos magnus : c'est ainsi que le magnifique Baptistère de saint Damase est appelé par Prudence « la chaire apostolique ».

Guidés par ces rapprochements et ces textes, nous lisons maintenant l'épitaphe de Ceadwalla sous une lumière toute nouvelle, et nous reconnaissons que « la chaire de Pierre » pour laquelle il abandonna sa patrie n'était autre que la fameuse sella gestatoria , que le roi saxon dut nécessairement visiter, quand il vint recevoir le baptême « à la fontaine de Pierre ».

Voici un témoignage non moins précis et plus ancien, celui de saint Optat de Milève. Il publia la première édition de son livre contre les Donatistes pendant le pontificat de Damase, et la seconde pendant celui de Sirice. Les Donatistes se vantaient d'avoir à Rome un évêque de leur secte. Optat leur opposa la succession des pontifes romains de Pierre à Damase et à Sirice, «  tous ayant occupé la même chaire, » et il ajouta : « Si l'on demande à Macrobe (l'évêque donatiste), en quel lieu de Rome il siège, pourra-t-il répondre : Dans la chaire de Pierre (in cathedra Petri ) ? il ne l'a même pas vue de ses yeux, et, en sa qualité de schismatique, il n'a pu approcher du sanctuaire où elle se trouve (2). » Ainsi la chaire dans laquelle Damase, puis Sirice, s'assirent en qualité de pontifes était au temps d'Optat regardée, non-seulement moralement, mais encore matériellement, comme la chaire de saint Pierre, et elle était vue par ceux qui venaient ad Petri mémoriam, c'est-à-dire dans la Basilique du Vatican.

Or, si, au IV e siècle, cette chaire était universellement regardée comme celle dont se servirent l'apôtre Pierre et tous ses successeurs, il est impossible qu'à cette époque une telle croyance ne s'appuyât elle-même sur une tradition plus ancienne. Avant que saint Damase l'ait placée dans le Baptistère du Vatican, la chaire apostolique doit avoir été conservée ailleurs, peut-être dans la crypte même où était la tombe de saint Pierre ou dans la basilique bâtie par Constantin. Ceci, au moins, est certain : avant la persécution de Dioclétien, pendant le cours du IIIe siècle, les catholiques professaient, et les hérétiques ne songeaient pas à nier, une tradition semblable à celle que saint Optat, dans le siècle suivant, opposa aux Donatistes. Cela résulte clairement du poëte contre Marcion, ordinairement publié à la suite des œuvres de Tertullien, et qui a tous les caractères d'un écrit du IIIe siècle. A la fin du livre III, le poëte énumère les évêques de Rome, et commence la liste par ces mots : …

__________________________________________

(1). Gruter, Inscr., pp. 1163, 10, et 1171. 16. —  (2). Optat. Milev., ad Parmen., II, 4.

Rome Souterraine, p. 542-543.

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Message  Louis le Ven 28 Nov 2014, 4:47 pm

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La Chaire de Saint Pierre

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… le poëte énumère les évêques de Rome, et commence la liste par ces mots :
Hac cathedra, Petrus qua sederat ipse, locatum Maxima Roma Linum primum consedere jussit.

« Dans cette chaire, où Pierre lui-même s'était assis, la grande Rome ordonna à Linus de s'asseoir le premier après lui. »


Ces paroles impliquent certainement l'idée d'une chaire matérielle, et ce sens littéral devient encore plus certain si on le rapproche du langage de saint Optat et d'Ennodius. Et, après la lumière jetée sur l'expression cathedra Petri par les textes de ces auteurs, il est impossible de ne pas remarquer combien, dans les passages des anciens Pères où cette expression se rencontre, sa force est augmentée par la pensée qu'en l'employant ils savaient que la chaire de l'apôtre était conservée à Rome, témoin visible, symbole sacré de l'origine apostolique de ses pontifes. Ainsi, quand saint Cyprien, parlant du Saint-Siège vacant par le martyre de saint Fabien, s'exprime ainsi : Cum locus Fabiani, id est locus Petri et gradus cathedræ sacerdotalis vacaret (1) , la force de ces mots s'accroît considérablement, si l'on pense que saint Cyprien, en les écrivant, voulait désigner la chaire vénérable « dans laquelle Pierre lui-même s'était assis», et sur laquelle tous ses successeurs, jusqu'à saint Fabien, avaient été intronisés.

Le célèbre passage de Tertullien, De præscript., c. 36, perd toute sa signification, si l'on n'admet que Tertullien connaissait l'existence de la vénérable relique. Il invite les hérétiques à comparer leurs doctrines à la tradition demeurée vivante dans les Eglises fondées par les apôtres : Percurre ecclesias apostolicas, apud quas ipsæ adhuc cathedræ apostolorum suis locis præsident... Si Italiæ adjaces, habes Romam. « Parcourez les Églises apostoliques, dans lesquelles les chaires mêmes des apôtres président encore en leur place... Si vous êtes voisin de l'Italie, vous avez Rome. » L'Eglise de Jérusalem conservait la ipsa cathedra de saint Jacques(1) ; Alexandrie vénérait la ipsa cathedra de saint Marc (2) ; et Tertullien avait trop longtemps résidé à Rome pour n'être point familier avec la ipsa cathedra « sur laquelle Pierre lui-même s'était assis ».

Dans un autre passage du même écrit, nous lisons : Romanorum (ecclesia) Clementem a Petro ordinatum edit: « l'Eglise de Rome proclame que Clément fut ordonné par Pierre (3). » Cependant les anciens catalogues placent Lin et Clet avant Clément. Ce texte de Tertullien montre au moins l'antiquité de la tradition consignée plus tard dans le Liber pontificalis, et d'après laquelle Lin et Clet gouvernèrent l'Eglise de Rome du vivant des apôtres, tandis que Clément fut ordonné par saint Pierre lui-même pour lui succéder, intronisé par lui dans sa propre chaire. Cette tradition forme le sujet d'une des fresques récemment découvertes par le P. Mullooly dans l'église souterraine de Saint-Clément (4). On la trouve longuement racontée dans les Clémentines , écrits apocryphes, mais d'une haute antiquité, et qui, au milieu de légendes douteuses, ont conservé à l'histoire bien des faits dont, sans eux, toute trace serait perdue.

Le lecteur a vu se dérouler, anneau par anneau.…


_______________________________________________________

(1). Ep. sp.59. —  (1). Euseb., Hist. Eccl., VII, 19, 32. —  (2).  Vales., in ibid. —  (3).  C. 32. —  (4) (voir image ci-dessous)



(Note de Louis : La note F – SAINT-CLÉMENT DE ROME sera traitée après la note C. Bien à vous.)

Rome Souterraine, p. 543-545.

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Message  Louis le Sam 29 Nov 2014, 3:16 pm

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La Chaire de Saint Pierre

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Le lecteur a vu se dérouler, anneau par anneau, toute la chaîne des témoignages relatifs à la chaire de saint Pierre : elle commence au ve siècle, et on peut la suivre jusqu'à une époque où vivaient encore des hommes qui avaient conversé avec les contemporains des apôtres. Pendant ce long espace de temps, la chaire de Pierre fut considérée par les chrétiens de toutes les parties du monde comme le gage et le symbole de la succession apostolique et de l'enseignement de la vraie doctrine. Elle était l'objet d'une fête que célébraient également saint Ambroise à Milan et saint Augustin en Afrique ; la relique elle-même avait été déposée par saint Damase dans le Baptistère du Vatican, où elle fut conservée pendant le Ve et une partie du VIe siècle : et il est probable que l'épitaphe de Ceadwalla, au VIIe, contient une allusion formelle à cette cathedra.

Pendant le moyen âge, on entend moins parler de la chaire de saint Pierre. Elle est nommée incidemment à l'occasion de l'intronisation des papes : les recueils liturgiques font mention d'elle. Mais les apologistes ne songent pas à l'invoquer, comme dans les siècles précédents, à titre d'argument contre les hérétiques. On ne peut donc voir dans la chaire de saint Pierre une légende de cette époque, une invention des siècles barbares.

L'existence de la chaire, et les souvenirs qu'elle rappelle, furent bien connus, du reste, pendant tout le cours du moyen âge : chaque année, le 22 février, elle était portée solennellement près du maître-autel de Saint-Pierre, et le pape s'asseyait sur elle. Les historiens du Vatican rapportent qu'elle fut conservée tantôt dans une chapelle, tantôt dans une autre, jusqu'au XVIIe siècle : Alexandre VII l'enferma dans un monument de bronze, où elle est demeurée cachée à tous les yeux jusqu'en 1867. Il n'est guère probable qu'une nouvelle chaire ait été, soit à cette époque, soit à une époque antérieure, substituée par fraude à celle que vit Ennodius, et que Damase déposa dans le Baptistère du Vatican. La cathedra exposée en 1867 correspond exactement à la description donnée par Ennodius. Les anneaux qui font d'elle une sella gestatoria sont fixés dans une portion de la chaire facile à distinguer des additions plus récentes. L'archéologie et l'histoire s'accordent donc pour reconnaître la vraisemblance de la tradition romaine, qui voit dans la chaire conservée à Saint-Pierre de Rome le siège même de l'apôtre.

A suivre : III.   —    AUTRE     CHAIRE    DE    SAINT    PIERRE  DANS   LE  CIMETIÈRE D'OSTRIANUS.


Rome Souterraine, p. 545.

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Re: Rome souterraine. (NOTES)

Message  Louis le Dim 30 Nov 2014, 4:16 pm

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La Chaire de Saint Pierre

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III. AUTRE CHAIRE DE SAINT PIERRE DANS LE CIMETIÈRE D'OSTRIANUS.

Voici par quels raisonnements la critique peut établir l'existence d'une seconde chaire de saint Pierre, aujourd'hui perdue, mais qui fut vénérée dans les premiers siècles.

Parmi les olea recueillies, au temps de saint Grégoire le Grand, par l'abbé Jean (voir pages 31, 101), et conservées à Monza, figure « l'huile de la chaire dans laquelle siégea d'abord l'apôtre saint Pierre ». Elle ne peut pas avoir été puisée près de la chaire conservée à cette époque au Vatican ; car, dans le papyrus manuscrit de Monza, où la provenance de chaque relique est indiquée avec beaucoup de soin, on la trouve citée parmi les olea recueillies près de la voie Salaria Nova. Entre la voie Salaria Nova et la voie Nomentane s'étend une lande derrière laquelle est située la crypte ( le cimetière d'Ostrianus) où, selon Bède, furent enterrés les corps des martyrs Papias et Maurus, baptisés en prison par le pape Marcel. Ce lieu était appelée ad Nymphas B. Petri ubi baptizabat ou, comme on lit dans les Mirabilia Urbis Romæ, « le cimetière de la fontaine de Pierre, » fons Petri. Or, puisque toutes les autres olea de l'abbé Jean sont notées par lui dans l'ordre où il les recueillait, allant de sanctuaire en sanctuaire, cette conclusion est évidente : lorsque, en allant de la voie Salaria à la voie Nomentane, il s'arrêta pour puiser à la « fontaine de Pierre » « l'huile de la chaire où siégea d'abord l'apôtre », il devait exister dans ce cimetière une chaire alors vénérée comme sedes ubi prius sedit Petrus apostolus.

On en trouve des traces légères, et comme voilées, dans quelques documents antiques. Ainsi le martyrologe hiéronymien indique le 18 janvier comme date de la Dedicatio cathedræ sancti Petri apostoli qua primum Romæ sedit. Le même jour est marqué comme la fête de la chaire de saint Pierre à Rome, dans les martyrologes d'Ado et de Bède. Aucun de ces documents n'emploie l'expression ubi primus ou prior, mais toujours l'adverbe prius ou primum, faisant allusion, non à la lignée des pontifes romains dont saint Pierre fut le premier, mais à quelque autre chaire dans laquelle il siégea après celle-ci. L'histoire de saint Pierre rend vraisemblable cette hypothèse. Tous les anciens auteurs supposent deux voyages de l'apôtre à Rome, l'un du temps de Claude, l'autre sous le règne de Néron. Ces deux voyages expliquent aisément comment il put résider en deux lieux différents, et siéger sur deux chaires conservées ensuite avec affection et respect par les chrétiens de Rome.

L'antiquité du cimetière appelé indifféremment d'Ostrianus ou Fons Petri a été démontrée ailleurs (1); la description d'une de ses cryptes par Bosio ressemble beaucoup, selon la remarque de M. de Rossi, à celle du lieu où dut être vénérée la chaire. Mais tout vestige de la chaire elle-même a disparu : moins heureuse que la chaire du Vatican, il n'est rien resté d'elle dans la mémoire des hommes : le raisonnement peut seul la retrouver : pas une légende, pas même une tradition fabuleuse n'a perpétué son souvenir. Et cependant, l'hypothèse de son existence est le seul moyen d'expliquer certaines expressions singulières relatives au cimetière d'Ostrianus, qui, bien que fort petit, portait le titre de Cœmeterium majus; elle est aussi le seul moyen de débrouiller la confusion, autrement inexplicable, dans laquelle est enveloppée l'histoire des deux fêtes de la chaire de saint Pierre.

A suivre : IV. LES DEUX FÊTES DE LA CHAIRE DE SAINT PIERRE.


Page 102 mentionnée ci-après.


Rome Souterraine, p. 546-547.

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Re: Rome souterraine. (NOTES)

Message  Louis le Lun 01 Déc 2014, 5:26 pm

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La Chaire de Saint Pierre

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IV. LES DEUX FÊTES DE LA CHAIRE DE SAINT PIERRE.

Personne, dans l'antiquité et pendant tout le moyen âge, ne douta que saint Pierre eût fondé l'Église de Rome et en eût fait le siège de la primauté divinement établie. Ce fait historique fut contesté pour la première fois au XVIe siècle. A cette époque, des controversistes protestants, pressés par les apologistes catholiques, essayèrent de tourner, en quelque sorte, la position que ces derniers occupaient sur le roc inexpugnable de l'Ecriture sainte, de la tradition et des Pères : ils déplacèrent habilement le terrain du combat, substituant à la discussion théologique la controverse historique. Ils crurent ruiner le fondement du catholicisme en soutenant que saint Pierre ne vint pas à Rome, ne fit point de Rome le siège de sa juridiction apostolique, et n'arrosa point de son sang le premier anneau de cette longue chaîne de pontifes dont l'histoire se confond avec celle du christianisme lui-même. Nous ne discuterons pas ici cette opinion, abandonnée aujourd'hui par la critique la moins orthodoxe (1). Nous la rappelons seulement parce qu'elle se lie à l'histoire liturgique de la chaire de saint Pierre.

« Ce fut, dit le R. P. Guéranger, pour opposer l'autorité de la liturgie à une si étrange prétention des Réformateurs que Paul IV, en 1558, rétablit au 18 janvier l'antique fête de la chaire de saint Pierre à Rome, car, depuis de longs siècles, l'Eglise ne solennisait plus le mystère du pontificat du prince des apôtres qu'au 22 février, où l'on réunissait la chaire d'Antioche à celle de Rome. Désormais, ce dernier jour fut assigné à la seule chaire d'Antioche, la première que l'apôtre ait occupée (1). »

Tous les martyrologes, à partir du VIII e siècle, désignent ce jour comme Cathedra Petri in Antiochia, ou apud Antiochiam, ou qua sedit apud Antiochiam. M. de Rossi fait remarquer que les documents antérieurs au VIIIe siècle ne contiennent aucune allusion à Antioche à propos de la fête du 22 février. La liturgie grégorienne intitule simplement ce jour Cathedra sancti Petri (2) , et dans un manuscrit de cette liturgie sont même ajoutés expressément les mots in Roma.

A l'époque de saint Léon le Grand, cette fête était célébrée dans la basilique Vaticane avec un grand concours d'évêques, et s'appelait Dies Apostoli; dans le calendrier Buchérien, qui indique les plus grandes fêtes de l'Eglise romaine après la persécution de Dioclétien, elle est indiquée comme Natale Petri de Cathedra. Le sermon sur cette fête attribué à saint Augustin ne fait aucune mention d'Antioche : on y lit ces paroles : « Nos pères ont donné à cette solennité le nom de la chaire (cathedra), parce que Pierre, le premier des apôtres, est dit avoir reçu en ce jour la chaire de l'épiscopat. C'est donc avec raison que les Églises célèbrent la fête de ce siège (sedis) fondé par l'apôtre pour le salut de toutes les Églises (1). »

Saint Ambroise, dans son sermon pour cette fête…

_____________________________________________________________

(1) Renan, L’Antéchrist , appendice, p. 551-557.
(1). Année liturgique, le temps de Noël, II, 18 janvier, p. 361.
(2). Greg. Magn. Op., III, p. 312, ed. Maur.
(1). Aug., Serm. 15, de Sanctis.


Rome Souterraine, p. 547-548.

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Message  Louis le Mar 02 Déc 2014, 4:54 pm

NOTE C


La Chaire de Saint Pierre

(suite)


IV. LES DEUX FÊTES DE LA CHAIRE DE  SAINT PIERRE. (suite)

Saint Ambroise, dans son sermon pour cette fête, commente l'Évangile et ne parle pas de l'objet spécial de la solennité. Polemius Silvius, au V e siècle, enregistre la fête de saint Pierre comme tombant le 22 février; et le Sacramentaire gothique-gallican assigne au même jour une messe dont la collecte est ainsi conçue : « O Dieu, qui en ce jour as donné au bienheureux Pierre d'être après toi la tête de l'Église, » etc. (1)  Ce n'est qu'après le VIIIe siècle que, dans une nouvelle édition du Sacramentaire, cette messe fut transférée au 18 janvier.

Ainsi, jusqu'au VIIIe siècle, on crut, d'après une tradition dont l'origine est inconnue, que les célèbres paroles de Jésus-Christ : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, » furent prononcées au mois de février, et le 22 de ce mois fut spécialement consacré, à Rome, à célébrer l'institution de la primauté de saint Pierre. Cette fête était rendue plus solennelle par l'intronisation du souverain pontife, qui, le 22 février, s'asseyait sur la chaire même dont se servit autrefois l'apôtre. On lit, à cette date, dans la liturgie gothique : « Dieu a confié les clefs du ciel à un homme formé de terre... et il a placé haut le trône du siège souverain. La chaire épiscopale du bienheureux Pierre, exposée en ce jour, en est le témoin (2). » On le voit, avant le VIIIe siècle, il n'est fait aucune mention d'Antioche comme étant l'un des souvenirs liés à cette fête.

Comment donc l'idée d'Antioche vint-elle, après le VIIIe siècle, s'annexer à la fête du 22 février? Et comment, dans les martyrologes des VIIIe, et IXe siècle, trouve-t-on une fête de la chaire de saint Pierre à Rome fixée au 18 janvier?

Cette dernière question reçoit une réponse facile si l'on admet l'hypothèse de la chaire vénérée au cimetière d'Ostrianus. Cette chaire ne symbolisait pas, comme celle du Vatican, la primauté de saint Pierre : elle était, le 18 janvier, honorée en souvenir de son premier voyage à Rome, de son premier séjour dans la ville éternelle, comme la chaire du Vatican l'était, le 22 février, en mémoire du pontificat suprême dont elle était le signe. Maintenant, comment, peu à peu, le sens spécial de chacune de ces fêtes vint-il à s'obscurcir, ou plutôt à être interverti, celle du 18 janvier devenant la commémoration de la primauté de saint Pierre, et celle du 22 février perdant cette signification pour n'être plus qu'un souvenir de son premier épiscopat à Antioche ?

Nous sommes réduits, sur cette curieuse révolution liturgique, aux conjectures. M. de Rossi suppose, non sans vraisemblance, que les copistes de l'ancien calendrier romain, voyant le 18 janvier marqué comme Cathedra sancti Petri qua primum Romæ sedit, et ne comprenant pas pourquoi une autre fête de la chaire de saint Pierre était célébrée le 22 février, ajoutèrent à cette dernière les mots apud Antiochiam, afin d'expliquer ce qui leur paraissait une anomalie. Ce même jour, 22 février, était célébrée la fête de sainte Thècle, discipula Pauli apostoli, qui vint à Antioche en Pisidie entendre saint Paul, et celle d'un certain Gallus, martyrisé à Antioche : il est possible que cette mention d'Antioche, déjà par deux fois attachée à ce jour, ait donné à quelque copiste l'idée de l'addition qui a tant embarrassé les archéologues (1).

_______________________________________________________________________

(1). Mabillon, Liturgia Gallicana, p. 226. « Deus, qui hodierna die beatum Petrum post te dedisti caput Ecclesiae, cuni te vere ille confessus sit, et a te digne prælatus sit, » etc. — A la même époque, le calendrier napolitain désignait la fête du mois de février comme dies quo electus est S. Petrus papa. Mazocchi, Kalend. Eccl. Neapol., p. 49.  —  (2).  Mabillon, 1. c, p. 298. —  (1). M. Wright a récemment publié un important martyrologe syriaque du IVe siècle, d'après un manuscrit de l'an 412; le martyre « dans la cité de Rome de Paul l'apôtre et de Simon Pierre, prince des apôtres, » y est commémoré au 28 décembre (Journal of Sacred Literature and Biblical Records, janvier 1866). Saint Grégoire de Nysse et saint Sophrone de Jérusalem assignent la même date à la fête des deux apôtres.


Rome Souterraine, p. 549-550.
A suivre : Note F.  —  SAINT-CLEMENT DE ROME.

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Re: Rome souterraine. (NOTES)

Message  Louis le Mer 03 Déc 2014, 4:14 pm

NOTE F

SAINT-CLÉMENT DE ROME.  
SOMMAIRE. — Notions préliminaires. — I. LA  BASILIQUE  SUPERIEURE. — Date de sa construction. — Erreur de beaucoup d'archéologues à ce sujet. — Conjecture de Panvinius. — Inscriptions du tombeau du cardinal Anastase, — de la chaire placée au fond de la basilique. — Fouilles faites par M. de Rossi en 1858, — continuées par le F. Mullooly. — Idée de leurs résultats. — II. LA  BASILIQUE  INFÉRIEURE. — Sa date. — Texte de saint Jérôme. — Lame de bronze d'un esclave de Victor, acolyte de la basilique, dans la première moitié du IVe siècle. — Époque de l'ensevelissement de la basilique, — déterminée par l'histoire du XIe siècle, — et par la date des peintures. — Époque où elle fut comblée à l'intérieur.— III. Les CHAMBRES DU Ier ou IIe SIECLE. — Leur description. — Firent-elles partie de la maison habitée par saint Clément sur le Celius ? — Arguments qui militent en faveur de cette tradition. — Escalier mettant ces chambres en communication avec la basilique. — Statue du Bon Pasteur trouvée dans ces chambres. — IV. LE SPELAEUM DE MITHRA. — Sa description. — Créé au IIIe siècle. — Autel. — Podia. — Imitation des usages chrétiens. — Origine de ce spelaeum, — construit par les païens, au IIIe siècle, dans un lieu confisqué sur les chrétiens pendant une persécution, — restitué aux chrétiens après la paix de l'Église. — Substructions en tuf volcanique appartenant à La Rome royale ou républicaine.

Une étude, si brève qu'elle soit, de la Rome souterraine chrétienne ne serait pas complète si, après avoir décrit les antiques cimetières de la campagne romaine, elle n'indiquait les résultats des fouilles merveilleuses qui, dans ces dernières années, ont fait découvrir, au centre même de Rome, un monument souterrain dont quelques parties se rapportent  peut-être aux origines tout à fait primitives du christianisme : nous voulons parler de la basilique de Saint-Clément et de ses dépendances. La note que l'on va lire ne contiendra pas une description des édifices accumulés, sur terre et sous terre, dans un espace de quelques mètres, entre le Celius et l'Esquilin : il faudrait, pour cela, un livre entier, et nous disposons d'un petit nombre de pages. Nous nous bornerons à établir, aussi nettement que possible, l'ordre et la chronologie des monuments découverts à Saint-Clément, prenant pour guide une lumineuse étude publiée en 1870 par M. de Rossi (1), et renvoyant aux ouvrages spéciaux du R. P. Mullooly (2) et de M. Roller (3) le lecteur désireux d'une description détaillée des particularités architecturales, des œuvres d'art et des peintures.
_____________________________________________________________


A suivre : — I. LA BASILIQUE  SUPERIEURE. — Date de sa construction. — Idées générales des fouilles. ...

Rome Souterraine, p. 558-559.

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Re: Rome souterraine. (NOTES)

Message  Louis le Jeu 04 Déc 2014, 4:07 pm

NOTE F
SAINT-CLEMENT DE ROME.

(SUITE)

I. LA  BASILIQUE  SUPERIEURE. — Date de sa construction. — Idées générales des fouilles.

Quand, après avoir traversé un bel atrium orné de portiques, on entre dans la basilique de Saint-Clément, et que, oubliant volontairement les restaurations maladroites du XVIIe et du XVIIIe siècle, on promène son regard des mosaïques de l'abside, tout imprégnées encore des vieilles traditions symboliques, aux ambons du chœur, à l'opus alexandrinum qui lui sert de pavage, aux grilles et aux balustrades de marbre qui entourent la schola cantorum, à la chaire épiscopale placée au fond du presbyterium, l'impression que l'on ressent est tout antique, et l'on se croirait volontiers transporté dans une basilique constantinienne.

Telle a été, jusqu'à ces derniers temps, la croyance générale : on prenait la basilique actuelle pour celle que vit et dont parle saint Jérôme, l'opinion publique la faisait, par conséquent, remonter au IVe siècle, et l'on supposait que les quelques détails vraiment antiques qui s'y rencontrent se trouvaient à leur place primitive. Il faut reconnaître qu'une harmonie merveilleuse relie entre elles les diverses parties de la basilique : le visiteur qui, sortant des catacombes, retrouve, sur les mosaïques de Saint-Clément, les palmiers, les agneaux, les guirlandes de fleurs et de fruits, les colombes, la grande vigne mystique, oublie volontiers qu'il a sous les yeux les compositions d'un artiste du XIIIe siècle : il se rappelle les cimetières de Domitille et de Prétextat, le baptistère de Constantin, l'église de Santa-Costanza : il se sent dans un édifice où le IVe, le Ve et le VIe siècle semblent avoir laissé partout leurs traces.

Cette impression, dont, aujourd'hui encore, il est difficile de se défendre, ne saurait, même en faisant abstraction des découvertes des quinze dernières années, résister à une critique exacte. Dès le XVIe siècle, le grand érudit Panvinius avait deviné la date de la basilique. Parlant du cardinal Anastase, mort au commencement du XIIe siècle : « Son tombeau, dît-il, existe encore dans cette église, qu'il a reconstruite de fond en comble, » quam a fundamentis refecit. Ciacconio nous a conservé l'inscription de ce tombeau, encore placé, au XVIe siècle, sous le portique de Saint-Clément. On y lisait les vers suivants :




Un regard jeté sur la chaire placée au fond de l'abside de la basilique confirme ce renseignement : on y lit gravée cette inscription :


ANASTASIVS  PRESBYTER  CARDINALIS  HVIVS TITVLI HOC OPVS CEPIT PERFECIT,

« Anastase, cardinal prêtre de ce titre, commença et termina ce travail, »


c'est-à-dire cette église. Le cardinal Anastase était contemporain du pape Pascal II, et sa signature se retrouve, en 1125, sur un diplôme du pape Honorius II. La date de la basilique actuelle est donc parfaitement déterminée : elle a été reconstruite ( novata, a fundamentis refecta) à la fin du XIe ou au commencement du XIIe, et substituée, à cette époque, à l'antique édifice dont parle saint Jérôme.

Les fouilles modernes ont mis en lumière cette conclusion…
Rome Souterraine, p. 559-560.


Dernière édition par Louis le Jeu 17 Sep 2015, 2:38 pm, édité 1 fois (Raison : Pagination.)

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Re: Rome souterraine. (NOTES)

Message  Louis le Ven 05 Déc 2014, 4:56 pm

NOTE F

SAINT-CLEMENT DE ROME.

I. LA  BASILIQUE  SUPÉRIEURE
(SUITE)


Les fouilles modernes ont mis en lumière cette conclusion, en faisant retrouver, sous la basilique actuelle, les restes de l'édifice primitif, dont la construction et l'ornementation présentent les traces successives de diverses époques, du IVe au XIesiècle, et en révélant, au-dessous de cette première basilique, d'autres monuments du plus grand intérêt, découverts en même temps qu'elle. L'ensemble de ces découvertes est un des épisodes les plus remarquables et les plus instructifs que nous offre l'histoire de l'archéologie contemporaine.

En 1858, M. de Rossi fut chargé par le gouvernement pontifical de faire des fouilles derrière l'abside de la basilique de Saint-Clément. Ces fouilles le conduisirent dans l'abside d'une seconde basilique, cachée sous terre, et, de là, à un étage inférieur, dans plusieurs chambres donc le style appartient à l'époque impériale ; à la suite de ces chambres, et un peu plus bas qu'elles, d'autres constructions, plus massives et beaucoup plus anciennes, furent reconnues par le savant explorateur. Grâce aux fouilles poursuivies depuis cette époque sous la direction du P. Mullooly, supérieur des Dominicains irlandais attachés à la basilique de Saint-Clément, cette première découverte n'est point demeurée stérile.

Les monuments retrouvés ont été déblayés et consolidés avec le plus grand soin ; de nouvelles découvertes  sont venues récompenser ces efforts intelligents, et aujourd'hui l'on peut reconnaître, sous l'église du XIIe siècle une réunion de monuments vraiment extraordinaire :  

1º une basilique inférieure, égale en longueur à celle construite à la surface du sol ;

2° sous la nef de la basilique inférieure, un immense massif de murailles, remontant au commencement de la république, peut-être même à l'époque des rois ;

3º sous l'abside de la basilique inférieure et communiquant avec elle par un antique escalier, deux chambres ornées de stucs, qui semblent du IIesiècle;

4º communiquant avec ces chambres,  un vaste  appartement artificiellement converti en caverne et ayant servi au culte de Mithra. Nous décrirons successivement chaque partie de cette singulière « stratification »  de monuments.

Ainsi, sur le versant du Celius où s'élève la basilique de Saint-Clément…
Rome Souterraine, p. 560-561.


Dernière édition par Louis le Dim 07 Déc 2014, 4:14 pm, édité 4 fois (Raison : Titre et formatage.)

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Message  Louis le Sam 06 Déc 2014, 4:08 pm

NOTE F
SAINT-CLEMENT DE ROME.

I. LA  BASILIQUE  SUPÉRIEURE

(SUITE)


Ainsi, sur le versant du Celius où s'élève la basilique de Saint-Clément, on peut trouver, dans le sol romain, des couches différentes de monuments, absolument comme le géologue retrouve, dans des terrains superposés, les restes d'animaux disparus, ayant appartenu à des périodes successives de l'histoire de la création. Sous l'édifice du moyen âge s'étend la basilique du IVe  siècle; sous celle-ci apparaissent des chambres d'un édifice privé du Ierou du IIe, et à un niveau un peu plus bas, on rencontre des vestiges de la Rome républicaine ou royale. Et l'élévation du terrain, la formation des couches différentes, ont été si rapides que deux siècles ont suffi pour que la basilique du IVe siècle s'élevât sur la maison du IIe.

M. de Rossi s'appuie sur un exemple aussi frappant pour recommander aux archéologues l'étude des divers niveaux que les édifices publics et privés de Rome ont occupés aux périodes successives de son histoire. Déjà, sur le Palatin, on a retrouvé la maison de Livie construite à un niveau plus bas que celle de Tibère (1). La caserne de la VII e cohorte des Vigiles dans le Transtevere, dont les graffites correspondent à la dernière moitié du II e, est enterrée sous le niveau de l'église voisine de Saint-Chrysogone, qui passe pour contemporaine de Constantin. Il y a donc, en certaines parties de Rome, comme trois villes superposées : celle de la république, celle de l'empire, celle de Constantin; en certaines autres, comme à Saint-Clément, quatre villes : celle de la république ou des rois, celle de  l'empire, celle de Constantin, celle du moyen âge, qui déjà elle-même s'enfonce dans le sol, car la basilique du XIIe siècle est aujourd'hui à un niveau un peu plus bas que la rue qui passe devant elle.

«Quiconque, dit M. de Rossi, se donnera la peine d'enrichir le plan de Rome de sections verticales de ses différents niveaux et de ses couches monumentales, en étudiant avec soin ses souterrains et les fondations des édifices modernes et du moyen âge, rendra un service signalé à l'archéologie et à la direction méthodique des fouilles : et il cueillera une palme plus glorieuse et plus féconde que peut-être il ne l'imagine (2). »

A suivre : II. La Basilique inférieure.

_____________________________________________

(1). Revue archéologique, mai 1870, p. 326 et suiv. — (2)  Bull. di arch. crist., 1870, p. 163. — On pourrait faire la même remarque pour toutes les villes d'origine romaine. A Paris, les arènes découvertes en 1870 étaient ensevelies sous un remblai de plus de 10 mètres. A Rouen, depuis le commencement de l'ère chrétienne, le sol s'est élevé, en moyenne, de 30 à 35 centimètres par siècle. M. l'abbé Cochet indique le même calcul pour Metz (l'antique Divodurum Trêves, Toulouse, Troyes (l'antique Augustobona). Une fouille en Normandie , dans la Revue archéologique, février 1873, p. 99-100.
Rome Souterraine, p. 561-562.


Dernière édition par Louis le Dim 07 Déc 2014, 4:16 pm, édité 2 fois (Raison : Titre et formatage.)

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Re: Rome souterraine. (NOTES)

Message  Louis le Dim 07 Déc 2014, 4:10 pm

NOTE F
SAINT-CLEMENT DE ROME.

(SUITE)

II. LA  BASILIQUE  INFERIEURE.

On se demande avec stupéfaction quelle peut être la cause d'un si prodigieux exhaussement du sol romain. La date de la basilique qui s'étend sous l'église actuelle ne peut faire de doute. La moderne basilique de Saint-Clément a été construite au commencement du XIIe siècle : celle qui lui sert, en quelque sorte, de fondations existait déjà, nous l'avons dit, au IVe. Saint Jérôme écrivait en 392 : « Une église bâtie à Rome garde jusqu'à ce jour la mémoire de Clément, » memoriam Clementis usque hodie Romæ exstructa ecclesia custodit (1). « Jusqu'à ce jour, » usque hodie, indique qu'à l'époque où écrivait le saint docteur la basilique de Saint-Clément était construite depuis une date déjà assez éloignée, qu'il est impossible de déterminer avec précision, mais que l'on peut cependant faire remonter à la première moitié du IV e siècle.

Un très-curieux monument épigraphique, publié et commenté par M. de Rossi, parait un indice certain de cette date. C'est une petite lame de bronze, qui était conservée dans la collection de Lelio Pasqualini, contemporain de Baronius. Elle portait une inscription sur l'une et l'autre face. La première était ainsi conçue :


TENE  ME QVIA  FVGI  ET  REVOCA  ME VICTORI  ACOLYTO  A  DOMINICV CLEMENTIS:

« Arrêtez-moi, car je me suis enfui, et ramenez-moi à Victor, acolyte de l'église de Saint-Clément. »


Cette inscription était belle et gravée en caractères très-réguliers : après le mot CLEM ENTIS était dessiné le monogramme L'inscription de l'autre face, beaucoup plus grossièrement tracée, contenait ces mots : FVGI  EVPLOGIO  EX  PRF. VRB : « Je me suis enfui de chez Euplogius, ancien préfet de Rome. » Au-dessous était dessiné le même monogramme entouré d'une couronne, et, prés de lui, une palme.

La forme de cette lame de bronze et les inscriptions qui s'y lisaient indiquent qu'elle avait garni un collier de fer placé au cou d'un esclave fugitif, ayant appartenu d'abord à Victor, acolyte de l'église de Saint-Clément, puis à Euplogius, ancien préfet de Rome. Quand même les inscriptions ne l'indiqueraient pas, il serait impossible de douter de l'origine chrétienne de cette lame.

Elle est un des plus intéressants monuments de la grande révolution morale opérée par le christianisme, adoucissant d'abord la condition des esclaves, et préparant peu à peu, par les institutions, par les mœurs, par les idées, la future abolition de l'esclavage. Quand un esclave s'était une fois enfui de chez son maître, le titre de fugitivus restait attaché à sa personne comme une tache indélébile : on était obligé de le déclarer en le vendant, et l'absence de cette déclaration pouvait amener la résolution de la vente. Quand l'esclave d'un maître païen s'était enfui, celui-ci gravait sur le front du malheureux quelques lettres l'indiquant, et souvent portant l'adresse du maître, afin qu'en cas de nouvelle fuite on sût à qui le ramener. C'était le supplice de la marque.

Dès les premières années…

___________________________________________________________________

(1). S. Hieronym., De viris illustribus.
Rome Souterraine, p. 562-563.

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Re: Rome souterraine. (NOTES)

Message  Louis le Lun 08 Déc 2014, 5:40 pm

II. LA  BASILIQUE  INFERIEURE.

NOTE F
SAINT-CLEMENT DE ROME.

(SUITE)

Dès les premières années de son règne, Constantin l'abolit. Par une loi que nous a conservée le Code Théodosien, et qui fut peut-être rédigée par Lactance, l'empereur chrétien défendit que l'on infligeât au visage des esclaves cette marque infamante, « par respect pour la beauté divine qui brille au front de l'homme (1). A partir de cette époque, l'usage s'établit de suspendre au cou des esclaves fugitifs des inscriptions pareilles à celles que nous venons de citer. Or celles-ci portent avec elles des indices de leur date. Celle qui nous a transmis le nom d'Euplogius paraît appartenir à la fin du IVe siècle : celle où se lit le nom de « Victor, acolyte de l'église de Saint-Clément, » est certainement plus ancienne. Non-seulement la forme des lettres semble indiquer le commencement du IVe siècle, mais encore les expressions employées ne peuvent se rapporter à une date postérieure. Victor ne prend pas le titre de acolytus basilicæ ou tituli S. Clementis, mais de acolytus a dominico Clementis. Le mot dominicum, dans l'antiquité chrétienne, désignait la maison du Seigneur, l'église. Du temps de saint Cyprien, le lieu d'assemblée des chrétiens était appelé ainsi. Pendant les années qui suivirent immédiatement la paix donnée à l'Église par Constantin, les chrétiens continuèrent à se servir de ce mot : mais peu à peu il fut remplacé par les mots titulus ou basilica : et le mot dominicum, dit M. de Rossi, ne se rencontre jamais sur des inscriptions postérieures à la première moitié du IVe siècle (2). Voilà donc la date de notre lame de bronze aussi nettement déterminée que possible : elle est peut être contemporaine de Constantin, et, en tout cas, elle ne dépasse pas l'an 350 : à cette époque existait donc déjà l'église de Saint-Clément, dont Victor était acolyte.

Comment cette basilique a-t-elle vu, par un progrès insensible et continu analogue à cet incrementum latens dont parlent les jurisconsultes romains, le sol s'élever autour d'elle et, peu à peu, l'ensevelir? La pensée se reporte à quelque cataclysme historique comparable, dans un ordre différent, à ces grands bouleversements de la nature dont la géologie retrouve l'histoire. Au XI e siècle, la région du Celius fut couverte de ruines. L'incendie allumé en 1084 par Robert Guiscard dévora les édifices accumulés dans ce quartier, un des plus peuplés de Rome. Un grand nombre de ses habitants furent obligés, à cette époque, d'abandonner la colline pour aller s'établir sur le Champ de Mars. Il est probable…

__________________________________________________

(1). Cod. Théod IX,  40, 2.— Voir, sur cette loi, le commentaire de Godefroy. —  (2). Bull. di arch. crist., 1863, p. 261.
Rome Souterraine, p. 564.


Dernière édition par Louis le Mar 09 Déc 2014, 3:44 pm, édité 1 fois (Raison : Titre)

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Re: Rome souterraine. (NOTES)

Message  Louis le Mar 09 Déc 2014, 3:42 pm

II. LA  BASILIQUE  INFERIEURE.

NOTE F
SAINT-CLEMENT DE ROME.

(SUITE)

Il est probable qu'alors les ruines et les décombres s'entassèrent sur la pente du Celius où se trouve la basilique : et comme, selon la remarque de M. l'abbé Cochet, les anciens, après la dévastation de quelque partie de leurs villes, nivelaient, mais ne déblayaient pas (1), le sol de ce quartier de Rome dut, quand on commença à y reconstruire les habitations détruites par l'incendie, se trouver considérablement exhaussé. La basilique, à ce moment, ressemblait, sans doute, à un navire en perdition que l'on voit peu à peu s'enfoncer dans la mer, et qui semble près d'être recouvert par les flots : seulement, ici, le navire demeurait immobile et c'étaient les flots qui montaient autour de lui.

La décoration intérieure de la basilique, aujourd'hui souterraine, concorde avec la date que nous indiquons. Il s'y trouve, outre les vestiges de peintures plus anciennes (dans un angle du narthex ou portique d'entrée, deux têtes qui peuvent être du Ve ou VIe  siècle), des fresques du Ve  (celles représentant les saintes femmes au tombeau, les noces de Cana, le Christ en croix, à l'angle opposé du narthex), du IXe  (l'assomption de la sainte Vierge, au même endroit), du Xe  (des scènes de la vie de saint Cyrille, peintes près de son tombeau présumé, à droite du presbyterium), du XIe siècle (la translation du corps de saint Cyrille et le miracle de saint Clément, sur les entre-colonnements du narthex, l'intronisation et la messe de saint Clément, l'histoire de saint Alexis, sur les entre-colonnements construits dans la nef).

Aucune décoration postérieure à cette époque n'apparaît dans la basilique primitive. Les peintures d'un des entre-colonnements ou pilastres de la nef ont été données par un notable habitant du quartier du Celius, nommé Beno de Rapiza, également donateur, avec sa femme Maria, de celles des entre-colonnements du narthex : or son nom se retrouve, en l'an 1080, sur un manuscrit du Vatican. Les entre-colonnements du narthex remontent à une époque plus reculée : mais les deux pilastres de la nef, sur lesquels se voient retracées des scènes de la vie de saint Clément et de saint Alexis, furent peut-être construits et décorés en même temps, et le nom de Beno de Rapiza indique, pour leur décoration, la fin du XIe  siècle. Il vivait sans doute encore en 1084, lors de l'incendie allumé par Robert Guiscard, et il se peut que les pilastres de la nef, qui rompirent la belle ordonnance des colonnes, en masquèrent deux et en bloquèrent l'intervalle, aient été construits à cette époque, pour soutenir l'édifice que l'accumulation des ruines environnantes faisait fléchir, mais que l'on n'avait pas encore résolu d'abandonner.

Quand elle eut été ainsi enterrée extérieurement, et qu'il fut devenu nécessaire de lut superposer un édifice nouveau, on s'occupa de combler intérieurement la vieille basilique. Celle-ci ne devint pas un accessoire du temple nouveau construit au-dessus d'elle, l'hypogée d'un monument supérieur, comme nous voyons, par exemple, harmonieusement superposées, les deux églises qui composent l'admirable monument élevé par la foi du XIIIesiècle à la poétique mémoire de saint François d'Assise. Les lignes des deux basiliques de Saint-Clément ne correspondent pas entre elles, et il est certain que, quand on voulut construire celle qui occupe maintenant la surface du sol, on condamna la précédente à disparaître. On la combla, en la remplissant de matériaux et de décombres, de façon à asseoir sur un fondement solide les colonnes et le pavage de la basilique du XIIe siècle. On construisit même, dans l'intérieur de la nef, de grossières murailles de maçonnerie, pour soutenir le poids de l'édifice supérieur. Et quand celui-ci commença à s'élever, l'édifice du IVe siècle était devenu inaccessible, enterré à l'extérieur et à l'intérieur.

_________________________________________________

(1). Revue archéologique, février 1873, p. 99-100.
Rome Souterraine, p.565-566.
A suivre : III.   —  LES CHAMBRES DU  Ier OU  Ile SIECLE.

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Re: Rome souterraine. (NOTES)

Message  Louis le Mer 10 Déc 2014, 3:39 pm

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NOTE F
SAINT-CLEMENT DE ROME.

III. LES  CHAMBRES DU IerOU DU Ile SIECLE.

(SUITE)

Sous l'abside de la basilique inférieure, on rencontre plusieurs appartements, qui, par leurs dimensions et leur style, paraissent appartenir à un édifice privé : il est probable que, dans leur état primitif, ils étaient déjà en tout ou en partie souterrains. Quand, en 1858, ces chambres furent découvertes, elles étaient entièrement comblées : et M. de Rossi, après les avoir rapidement examinées, duc les faire remplir de nouveau, de peur de laisser les constructions supérieures reposer sur le vide. Le P. Mullooly a pu les déblayer une seconde fois et assurer par des travaux de soutènement la solidité de l'édifice supérieur: aujourd'hui elles sont redevenues accessibles.

Deux seulement de ces chambres avaient été étudiées par M. de Rossi, et ont été rendues au public par les fouilles postérieures. La principale est presque carrée : elle mesure environ 6m, 25 sur 6 mètres. La plus petite forme un étroit parallélogramme, de 5 mètres sur 2 mètres. La plus vaste des deux est voûtée : la voûte est ornée de caissons d'un beau stuc blanc, sur lequel sont modelés en relief des ornements fantastiques, des candélabres comme en offrent tant de bas-reliefs de la bonne époque impériale, des scènes mythologiques. Parmi celles-ci, M. de Rossi distingua, en 1858, le groupe aujourd’hui presque disparu de Phèdre et Hippolyte : le chaste héros repousse les propositions de la femme incestueuse, et part pour la chasse avec un de ses compagnons.

Quelle était ta destination de ces chambres? à quel édifice appartenaient-elles ? On n'y a découvert aucune inscription, aucun indice pouvant donner à cet égard un renseignement précis. Les traditions chrétiennes rapportent que saint Clément habita sur le mont Celius, au lieu où s'élève la basilique qui lui est consacrée : le Liber pontificalis lui donne pour père un certain Faustinus, qui habitait, à Rome, dans la région du Celius (1). Une autre tradition, plus ou moins exacte, veut qu'il ait appartenu, comme son homonyme le consul de l'an 95, à la famille des Flavii, ce qui rendrait fort plausible qu'il ait habité un quartier aussi aristocratique que l'était, au Ier siècle de l'empire, la région du Celius(2).

Si ces traditions étaient acceptées, il serait naturel de croire que les chambres tout à l'heure décrites, dont le style ne répugne en rien à la dernière moitié du Ier siècle, ont fait partie de la maison habitée par saint Clément, ont été, peut-être, le lieu où se réunissaient, sous sa direction, les fidèles évangélisés par lui. On comprend que nous ne nous prononcions pas sur des hypothèses dénuées, jusqu'à présent, de preuves positives.

Nous indiquerons cependant deux arguments qui, dans une certaine mesure, paraissent leur être favorables, La basilique primitive de  Saint- Clément existait avant la fin du IVe siècle : saint Jérôme en parle comme n'étant pas de date récente, et le texte que nous avons cité, écrit en 392, se réfère probablement aux souvenirs du dernier séjour du saint docteur à Rome, en 385. Nous avons même indiqué d'autres documents établissant que l'église qui conservait la memoria de saint Clément était sans doute antérieure à 350. Or, au IVe siècle, on n'élevait pas un édifice sacré en l'honneur d'un martyr ou d'un saint si quelque souvenir matériel, quelque tradition locale, ne rattachait sa mémoire à l'emplacement choisi. Quel souvenir de saint Clément pouvait rappeler le versant du Celius où fut élevée la basilique? Son tombeau? Non : car, nous l'avons vu, il n'y avait pas, à cette époque, un seul martyr enterré dans l'intérieur de Rome, et aucune translation de corps saints n'avait encore eu lieu.

En ce qui concerne saint Clément, d'ailleurs…

_______________________________________________

(1). Bul.  di arch. crist., 1863, p. 27. —  (2). ibid. p. 33, 39, 89, 90; 1864, p. 20, 21.
Rome Souterraine, p. 566-567.

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Message  Louis le Jeu 11 Déc 2014, 3:53 pm

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NOTE F
SAINT-CLEMENT DE ROME.

III. LES  CHAMBRES DU IER OU DU IIe SIECLE.

(SUITE)


En ce qui concerne saint Clément, d'ailleurs, d'anciens documents nous apprennent que le pontife, exilé dans la Chersonèse Taurique, où il fonda une florissante chrétienté, fut précipité dans la mer, au lieu de son exil, et y mourut noyé (1). Les accès du saint ajoutent que, sous les flots, un tombeau lui fut construit par les anges, et l'une des fresques nouvellement découvertes conserve le souvenir de cette poétique tradition (2). Au IXe siècle seulement (869), les reliques du pontife martyr furent apportées à Rome par saint Cyrille, apôtre des Slaves, qui fut lui-même enterré dans la basilique, et dont une curieuse fresque représente les solennelles funérailles (3).

Il est donc certain qu'au IVe siècle il ne pouvait être question d'un tombeau de saint Clément sur le Celius. Reste l'hypothèse de la maison habitée par lut. Elle est fort vraisemblable. « Il est incontestable, dit M. de Rossi (4), que l'Eglise romaine, pendant les siècles de persécution, assemblait ses fidèles dans les maisons qui, après Constantin, changées en basiliques, conservèrent le nom de leurs anciens possesseurs. Si le personnage ou la matrone qui avait  accueilli dans sa maison les fidèles avait après sa  mort obtenu les honneurs des saints, la basilique était consacrée à sa mémoire et à son culte. Telle est l'origine des églises dédiées à sainte Pudentienne, à sainte Cécile, et à beaucoup d'autres; telle est aussi, suivant l'avis de Rondinini (5), l'origine de la basilique de Saint-Clément. »

Cette conjecture semble encore confirmée par la découverte d'un antique et grandiose escalier qui, communiquant avec le fond de la basilique par une porte murée seulement au Xe siècle, à l'époque où beaucoup des traditions primitives étaient perdues, descendait dans les chambres souterraines, comme ces escaliers que nous avons vus mettant en communication les hypogées chrétiens de la campagne romaine et les cellæ ou basilicæ construites au-dessus. La cella ou basilica surmontait ordinairement le tombeau du martyr, de telle sorte que son autel et son sanctuaire fussent placés immédiatement au-dessus de lui : il en est de même ici : la chambre ornée de stucs est placée perpendiculairement au-dessous de l'autel et de l'abside de la basilique. Dans cette chambre a été trouvée, parmi les décombres, une statue du Bon Pasteur, mutilée, mais parfaitement reconnaissable, que M. de Rossi juge antérieure à Constantin.

C'est encore là un indice à joindre à ceux qui nous porteraient à croire que les chambres décrites plus haut ont servi, avant la construction de la basilique, à la célébration du culte chrétien, et, par les souvenirs qui les consacraient, ont été la raison déterminante de la construction d'une église sur ce versant du Celius.

__________________________________________________


Rome Souterraine, p. 568-569.

A suivre: IV.  LE   SPELAEUM   DE   MITHRA.

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Message  Louis le Ven 12 Déc 2014, 4:04 pm

.
NOTE F

SAINT-CLEMENT DE ROME.
(SUITE)

IV. LE  SPELAEUM  DE  MITHRA.



Une étude plus complète des lieux semble, à première vue, en contradiction avec les hypothèses qui viennent d'être présentées. On a vu qu'un vaste escalier descend de la basilique du IV e siècle à l'étage des chambres. La porte qui mettait en communication la basilique avec le palier de cet escalier n'a pu être murée, avons-nous dit, antérieurement au IXe siècle, car l'enduit dont elle a été revêtue a reçu la suite des peintures représentant des faits de la vie de saint Cyrille, mort dans la seconde moitié du IXe siècle. Des vestiges de la porte antique ont été retrouvés par le P. Mullooly.

La principale chambre de l'étage inférieur, décrite dans le paragraphe précédent, a subi elle-même, à une époque indéterminée, qui peut être le milieu du IIIe siècle, des altérations qui contrastent avec le style si pur de la voûte. Elle a été mise en communication avec une sorte de vestibule carré, au moyen d'arceaux en forme de portes, supportés par des pilastres ornés de chapiteaux corinthiens, sur lesquels l'art de la décadence a laissé sa lourde empreinte. Ce vestibule ouvre lui-même sur une vaste salle oblongue, mesurant 10 mètres sur 6m, 25. Par cette disposition, qui modifia l'aspect primitif des lieux, la chambre voûtée ne fut plus que l'atrium, en quelque sorte, de cette salle, le pronaos qui, communiquant avec elle par un étroit vestibule, devenait sa dépendance, son accessoire. La grande salle elle-même a dû, à la même époque, perdre sa destination primitive : plusieurs portes latérales qui y donnaient accès ont été bouchées, et, dans l'état où nous la voyons, elle porte les traces d'un remaniement général qui, selon toute apparence, remonte au IIIe siècle.

Quelle était la destination de cette vaste salle? Elle forme une sorte de caverne artificielle, dont la voûte, revêtue de rocailles, et coupée par des bandes de mosaïque, imite l'aspect rugueux et bizarre d'une véritable grotte. Cette voûte est comme découpée à jour : onze lucernaires, les uns ronds, les autres carrés, y ont été pratiqués : c'est par eux qu'elle reçoit la lumière. On reconnaît là un de ces antres dédiés à Mithra qui, au III e siècle, devinrent si nombreux, soit qu'on lui consacrât des cavernes naturelles, soit qu'on disposât en vue de son culte des grottes artificielles, comme celle que nous décrivons.

Pourquoi Mithra, le dieu de la lumière, le « soleil invaincu »…
Rome Souterraine, p. 569-570.

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Message  Louis le Sam 13 Déc 2014, 2:33 pm

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NOTE F

SAINT-CLEMENT DE ROME.

IV. LE  SPELAEUM  DE  MITHRA.

(SUITE)

Pourquoi Mithra, le dieu de la lumière, le « soleil invaincu, » le  « jeune homme incorruptible (1), » devait-il être « cherché sous terre (2) » par ses adorateurs? pour quel motif devait-il être « caché dans des cavernes et couvert de ténèbres? » Nous ne rechercherons pas ici les raisons de ce symbolisme étrange, dans lequel le paganisme près de s'éteindre s'efforçait de recueillir encore une étincelle de vie. Une étude des monuments mithriaques découverts dans toutes les contrées de l'Europe serait ici hors de sa place. Nous citerons seulement une inscription que M. de Rossi a le premier publiée, et qui est relative à une caverne de Mithra découverte en 1797 dans les ruines du palais impérial d'Ostie. Il y est dit que l'empereur Commode « concéda à C. Valerius Héraclès, prêtre de Mithra, une crypte du palais, »  CRYPTAM  PALATI.

Ce que fit Commode à la fin du IIe siècle fut fait, dans le lieu que nous étudions, à une époque postérieure : un appartement, probablement souterrain, fut, au IIIe siècle, concédé à des adorateurs de Mithra, et approprié au culte de ce dieu, pour lequel il n'avait pas été originairement construit.

Au fond de cette caverne artificielle, sur la muraille qui fait face à la porte d'entrée, on remarque les empreintes d'un arc de mosaïque, aujourd'hui détruit : il indique probablement la place où était posé le bas-relief, représentant le dieu tuant le taureau, qui occupait la place d'honneur dans tous les sanctuaires mithriaques. L'image sacrée avait pour support l'autel, accompagné de gradins latéraux, qui est encore visible au fond du spelaeum. Sur ces gradins on posait les lampes et les divers objets symboliques servant au culte de Mithra. Parmi ces objets, il en était un qui jouait un rôle important dans le culte mithriaque. C'était une petite statue représentant le dieu sortant de la pierre mère, petra genitrix, à la façon de l'étincelle qui jaillit du silex. Le P. Mullooly a été assez heureux pour retrouver dans le spelaeum de Saint-Clément un exemplaire de cet antique symbole (1).

Des deux côtés de la caverne…

___________________________________________________


(1). Il a été reproduit par M. Roller, Revue archéologique, juillet-août 1872, p. 71.
Rome Souterraine, p. 570-571.

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Message  Louis le Dim 14 Déc 2014, 4:49 pm

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NOTE F
SAINT-CLEMENT DE ROME.

IV. LE  SPELAEUM  DE  MITHRA.

(SUITE)

Des deux côtés de la caverne règne, le long des murailles, un double podium sorte de console ou de gradin formant un plan incliné : c'étaient sans doute des lits triclinéaires, dont le rebord en contre-bas était utilisé en guise de table ; cinq cavités demi-circulaires qu'on remarque formant échancrure le long des podia servaient peut-être à poser les plats et les vases servant au festin. Cette disposition des lieux reporte immédiatement la pensée à l'une des fresques du célèbre tombeau de Vincentius et Vibia, prêtre et prêtresse de Mithra Soleil ou Sabazius : le P. Garrucci a commenté avec une admirable sagacité ces étranges peintures d'un hypogée païen contigu à la catacombe de Prétextat.

Or la fresque dont nous parlons représente Vincentius et six autres prêtres, SEPTEM  PII  SACERDOTES, couchés sur le lit triclinéaire, autour d'une table servie : deux d'entre eux portent le bonnet phrygien, que, dans notre caverne même, on voit sur la tête du Mithra sortant de la pierre. Ils accomplissent un des rites des mystères mithriaques, peut-être emprunté aux usages chrétiens, le rite du banquet, qui terminait probablement la série des initiations, et symbolisait le banquet de l'autre vie, également représenté sur le tombeau de Vincentius. Qu'on ne s'étonne pas si nous voyons dans ce rite une réminiscence probable de la liturgie chrétienne.

Le paganisme essaya quelquefois de se réveiller en empruntant à la jeune et immortelle religion du Christ des rites et des symboles. Les Pères de l'Eglise se sont plaints de ces contrefaçons sacrilèges. « Voilà, dit saint Justin, ce que la méchanceté des démons a commandé de faire dans les mystères de Mithra ; pour cela, le pain et une coupe de vin sont employés, avec certaines incantations, dans les rites de l'initiation. (2) »

Tertullien voit, de même, dans ces emprunts, l'œuvre de celui qu'il appelle, en son rude langage, le « singe de Dieu, » simius Dei. « Inspirés par le diable, s'écrie-t-il, par le diable dont le rôle est de renverser la vérité, les païens parodient, dans leurs mystères idolâtriques, la réalité des sacrements divins. »

Et poursuivant, il montre…

_______________________________________________________

(2). Justin., Apol., lt 66; cf, Dialog. cum Tryph., 70.
Rome Souterraine, p. 571.

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Message  Louis le Lun 15 Déc 2014, 3:51 pm

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NOTE F
SAINT-CLEMENT DE ROME.

IV. LE  SPELAEUM  DE  MITHRA.
(SUITE)


Et poursuivant, il montre les sectateurs de Mithra enseignant la régénération par l'eau, célébrant l'oblation du pain, marquant d'un signe mystérieux le front de certains initiés (1). Les inscriptions mithriaques elles-mêmes usurpent souvent les formules chrétiennes (2). Il semble que les païens, vaincus dans la lutte qu'ils soutenaient contre la grâce divine, aient tenté, par un effort désespéré, d'opposer, selon l'expression de M. Beugnoc, Mithra à Jésus (3), ou plutôt d'absorber le christianisme, en essayant une identification impossible et sacrilège. C'est dans ce sens qu'un prêtre du dieu phrygien osa prononcer cette parole, rapportée par saint Augustin : « Mithra est vraiment chrétien, « Mithra christianus est (4).

A première vue, l'existence d'un sanctuaire mithriaque communiquant avec les chambres décrites dans le paragraphe précédent semble contredire l'hypothèse d'après laquelle ces chambres seraient la memoria de saint Clément, le sanctuaire primitif consacré par son souvenir et par sa prédication. Examinons de plus près ce sujet.

Quand on se demande comment, sous la basilique élevée au IV esiècle en l'honneur de saint Clément, peut se rencontrer un spelaeum  mithriacum du III e, une explication se présente tout d'abord à l'esprit. Ce sanctuaire, dit-on, dut être concédé aux chrétiens par un empereur après la paix de l'Eglise : ils le purifièrent, et, au-dessus, construisirent la basilique. C'est ainsi que, à Alexandrie, l'empereur Constant fit don aux chrétiens d'un sanctuaire mithriaque depuis longtemps abandonné et désert, et que, en 336, l'évêque Théophile tenta d'en faire une église. On se rappelle, à ce propos, un texte bien connu de saint Jérôme, racontant qu'en 377 Gracchus, préfet de Rome, détruisit un spelaeum de Mithra, et mit en pièces les divers simulacres qui servaient à conférer aux initiés les sept grades successifs (corax, grypkus , miles, leo, perses, heliodromus,  pater) (5). Le culte de Mithra, dit-on, fut alors aboli, et, vers cette époque, les sanctuaires mithriaques purent être concédés aux chrétiens ; ainsi en dut-il être de celui du Celius.

Ce système, fort spécieux, est inacceptable. L'acte de Gracchus fut un acte de zèle tout privé, conforme, sans doute, aux lois rendues successivement,  depuis Constantin,  par tous  les Augustes chrétiens, mais peu conforme à leur politique, car, jusqu'en 392, ils souffrirent qu'à Rome, au moins, ces lois demeurassent inobservées.

Le parti païen dominait dans le sénat…

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Rome Souterraine, p. 572.

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Message  Louis le Mar 16 Déc 2014, 3:34 pm

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SAINT-CLEMENT DE ROME.

IV. LE  SPELAEUM  DE  MITHRA.
(SUITE)



Le parti païen dominait dans le sénat, et obligeait le christianisme, même sur le trône, à compter avec lui. En 382, cependant, Gracien put se faire obéir. A partir de cette époque, les rentes des temples païens furent supprimées, leurs biens confisqués; le culte public des faux dieux demeura interrompu, bien qu'il fût permis aux particuliers de continuer à leur rendre un culte privé. Non-seulement tous les sanctuaires de Mithra ne furent pas fermés après l'acte de Gracchus, mais il parait avoir attaqué seulement le spelaeum situé prés de l'église actuelle de Saine-Sylvestre : et cette violence isolée demeura sans imitateurs. Le sanctuaire mithriaque détruit par Gracchus fut rétabli, aux frais d'un particulier (1), après 382 et avant 390. Le culte de Mithra se maintint dans Rome, comme celui de tous les autres dieux, jusqu'en 394.

A cette époque, l'idolâtrie, que le triomphe momentané de l'usurpateur Eugène avait un instant ranimée , et qui, pendant deux ans et trois mois, avait rempli Rome de ses cérémonies renaissantes, passant en revue, pour ainsi dire, toutes les fêtes du calendrier païen, et se préparant, par un amburbium solennel, à la lutte décisive contre Théodose (2), reçut, en même temps que la faction eugénienne, dont la cause s'était confondue avec la sienne, le coup de mort : le culte public et privé des dieux fut alors supprimé par Théodose, qui tint au sénat cette sorte de lit de justice que racontent Zosime, Théodoret et Prudence (3), et où le paganisme condamné par le prince, accablé sous les acclamations de la majorité des sénateurs, eut à peine la force de faire entendre, par la bouche de ses derniers partisans, cette faible protestation, ce trepidum murmur dont parle le poète.

Il est donc de toute évidence que le sanctuaire mithriaque du Celius, s'il appartenait régulièrement aux païens, ne dut point leur être enlevé et être livré aux chrétiens avant l'an 394. Si l'on voulait même supposer que ce spelaeum, et non celui construit près de Saint-Sylvestre , fut l'objet de l'attaque de Gracchus, il faudrait au moins remonter jusqu'à l'an 377. Or nous avons vu qu'en 392 saint Jérôme considérait la basilique construite au-dessus comme ayant une date déjà assez ancienne, et d'autres indices nous ont permis de faire remonter sa construction à la première moitié du IVe siècle. Nous sommes donc en présence de cette double conclusion, en apparence contradictoire :

1° la basilique du Celius est du commencement du IVe siècle;

2°  l'antre mithriaque creusé au-dessous ne dut pas être confisqué sur les païens avant les dernières années du même siècle.

Il est facile de faire tomber cette apparente contradiction :…

_________________________________________________________



Rome Souterraine, p. 573-574.

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Message  Louis le Mer 17 Déc 2014, 4:51 pm

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NOTE F
SAINT-CLEMENT DE ROME.

IV. LE  SPELAEUM  DE  MITHRA.
(SUITE)


Il est facile de faire tomber cette apparente contradiction : et ici M. de Rossi fait intervenir une hypothèse ingénieuse et de tout point justifiée. Non, les empereurs chrétiens, avant la lutte décisive de Théodose et de la faction païenne qui avait suscité l'usurpateur Eugène, ne confisquèrent pas, à Rome, les temples et les sanctuaires possédés par les païens ; mais, en revanche, depuis Constantin, tous les lieux appartenant primitivement aux chrétiens, et que les païens, pendant les dernières persécutions, avaient usurpés, furent restitués à leurs premiers et légitimes propriétaires.

Nous avons déjà vu des empereurs païens eux-mêmes accomplissant cet acte de justice (1). Or il nous paraît démontré que, avant le IVe siècle, les chrétiens eurent, en ce lieu du Celius, un conventiculum, un dominicum, un lieu d'assemblée, consacré pour eux par un très-antique souvenir. Il est probable que, dans le courant du IIIe siècle, pendant une persécution, ce lieu de prières fut confisqué et donné aux païens. Ceux-ci le transformèrent en spelaeum mithriaque : les chambres souterraines de Saint-Clément ont conservé les traces visibles des travaux faits à cette époque pour leur imposer cette nouvelle appropriation.

Après la paix de l'Eglise, peut-être en vertu de l’édit de Milan (2) cet ancien sanctuaire profané et transformé fut restitué aux chrétiens; et alors s'éleva, au-dessus des chambres qui avaient peut-être entendu la voix de Clément, et dont Mithra venait d'être chassé, la splendide basilique rendue parla science moderne à notre pieuse admiration; — cette basilique qui plonge, pour ainsi dire, par toutes ses racines dans la Rome historique, puisque une partie de sa nef est soutenue par une superbe maçonnerie de tuf volcanique à blocs rectangulaires, dans laquelle on peut voir soit une portion du mur d'enceinte de Servius Tullius, soit, plus probablement, un palais de Tarquin l'Ancien ou un édifice public des premiers temps de la république, tandis que son abside est construite au-dessus d'un édifice privé du commencement de l'empire, reposant lui-même en partie sur un prolongement de ces constructions royales ou républicaines (1).

____________________________________________

(1). Voir  plus haut page 132. — (2). Voir plus haut page 81. — (1.) Bull.  di arch. crist., 1870, p. 133.. — Revue archéologique, juillet-août 1872. p. 66-67.

Rome Souterraine, p. 574-575.

Prochaine note à paraître: NOTE D : De l'intercession des saints, d'après Saint Augustin. (Rome souterraine, page 154)

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